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Tale spé · Chapitre 04 · Algèbre et géométrie
Droites paramétrées, équations cartésiennes de plans, intersections, systèmes en contexte.
Les deux chapitres précédents ont équipé l'espace de tous les outils vectoriels : combinaisons linéaires, bases et repères, puis produit scalaire, orthogonalité et vecteur normal. Il est temps de récolter les fruits de ce travail. La donnée d'un repère orthonormé établit un pont entre deux mondes : d'un côté la géométrie de l'espace, avec ses droites, ses plans et ses intersections ; de l'autre le calcul algébrique dans , avec ses équations et ses systèmes. C'est l'idée fondatrice de la géométrie analytique, inaugurée par René Descartes dans La Géométrie (1637) : remplacer les figures par des nombres, et les raisonnements par des calculs. Concrètement, nous allons apprendre à décrire une droite par une représentation paramétrique et un plan par une équation cartésienne, puis à exploiter ces descriptions pour calculer un projeté orthogonal, une distance, une intersection, ou pour trancher une question de configuration (alignement, coplanarité, parallélisme, orthogonalité) en résolvant un système d'équations. Dans tout le chapitre, l'espace est muni d'un repère orthonormé .
Commençons par la question la plus naturelle : comment décrire, par des équations, l'ensemble des points d'une droite de l'espace ? Le point de départ est la caractérisation vectorielle vue au chapitre sur les vecteurs de l'espace : la droite passant par un point et de vecteur directeur est l'ensemble des points tels que pour un certain réel . Il suffit de traduire cette égalité en coordonnées.
Notons et avec . Pour un point , le vecteur a pour coordonnées , et l'égalité équivaut à l'égalité des trois coordonnées : , et . D'où la définition suivante.
Définition
Représentation paramétrique d'une droite. Soient un point et un vecteur non nul. La droite passant par et de vecteur directeur est l'ensemble des points tels que :
avec . Ce système est appelé une représentation paramétrique de , et le réel est le paramètre.
L'interprétation la plus parlante est cinématique : imaginez un point mobile qui, à l'instant , se trouve en , et qui se déplace à vitesse constante de vecteur vitesse . À l'instant , il occupe la position donnée par le système ci-dessus. La droite est la trajectoire de ce point mobile : quand parcourt (les instants passés comme futurs), le point parcourt toute la droite. Chaque valeur du paramètre correspond à un unique point de la droite, et réciproquement chaque point de la droite est atteint pour une unique valeur de .
Méthode
Déterminer une représentation paramétrique d'une droite.
Exemple
a. La droite passant par et de vecteur directeur admet la représentation paramétrique :
avec .
b. Déterminons une représentation paramétrique de la droite avec et . Le vecteur est un vecteur directeur de , donc :
avec . On retrouve pour et pour .
Dans l'autre sens, une représentation paramétrique se « lit » : elle livre immédiatement un point et un vecteur directeur de la droite.
Méthode
Reconnaître une droite donnée par une représentation paramétrique.
Exemple
Soit la droite de représentation paramétrique :
avec . La droite passe par le point et admet comme vecteur directeur.
Un point de vigilance essentiel : une droite admet une infinité de représentations paramétriques. Rien n'oblige à partir du même point (tout point de la droite convient) ni du même vecteur directeur (tout vecteur colinéaire non nul convient). Deux systèmes d'apparence très différente peuvent donc décrire exactement la même droite.
Propriété
Non-unicité de la représentation paramétrique. Une droite admet une infinité de représentations paramétriques. Deux représentations paramétriques décrivent la même droite si et seulement si :
Exemple
Les systèmes () et () décrivent-ils la même droite ? Les vecteurs directeurs et vérifient : ils sont colinéaires, les deux droites sont donc parallèles. Le point lu dans la seconde appartient-il à la première ? On résout : donne ; donne ; donne . Oui : les deux systèmes représentent la même droite.
Passons aux plans. Rappelons l'acquis du chapitre précédent : un vecteur normal à un plan est un vecteur non nul orthogonal à tout vecteur de ce plan, et un plan est entièrement déterminé par un point et un vecteur normal. En première, vous avez vu que dans le plan repéré, une droite est décrite par une équation du type . Dans l'espace, une équation de cette forme (avec trois variables) décrit-elle une droite ? Non : elle décrit un plan. C'est le résultat central du chapitre, et sa démonstration est exigible au baccalauréat.
Propriété
Équation cartésienne d'un plan. Soient un point de l'espace et un vecteur non nul.
Une telle équation est appelée équation cartésienne du plan .
Démonstration (exigible). Notons .
Sens direct. D'après la caractérisation vue au chapitre précédent, un point appartient au plan passant par et de vecteur normal si et seulement si . Le vecteur a pour coordonnées , et comme le repère est orthonormé, le produit scalaire se calcule avec les coordonnées :
En posant , qui est un réel, on obtient bien : .
Réciproque. Soient , , des réels non tous nuls, un réel, et l'ensemble des points vérifiant . Montrons d'abord que n'est pas vide. L'un au moins des trois réels , , est non nul ; supposons par exemple (le raisonnement est identique dans les deux autres cas). Alors le point vérifie l'équation, puisque . Ainsi , et en particulier .
Soit maintenant un point quelconque. En soustrayant l'égalité vérifiée par :
L'ensemble est donc l'ensemble des points tels que est orthogonal à : c'est exactement le plan passant par et de vecteur normal , d'après la caractérisation du chapitre précédent.
Une remarque avant d'aller plus loin : ce théorème dit qu'une équation du premier degré à trois inconnues décrit toujours un plan, jamais une droite. Une droite de l'espace ne peut donc pas être décrite par une seule équation cartésienne ; c'est précisément pour cela que nous l'avons décrite par une représentation paramétrique.
Méthode
Déterminer une équation cartésienne d'un plan dont on connaît un point et un vecteur normal .
(Variante équivalente : développer directement la condition .)
Exemple
Déterminons une équation cartésienne du plan passant par et de vecteur normal . L'équation est de la forme . Le point appartient à , donc , soit , d'où . Une équation cartésienne de est donc :
Méthode
Reconnaître un plan donné par une équation cartésienne. Dans l'équation , les coefficients de , , donnent directement un vecteur normal . Pour obtenir un point du plan, choisir des valeurs simples pour deux des variables et calculer la troisième grâce à l'équation.
Exemple
Le plan d'équation admet comme vecteur normal. En choisissant et , l'équation donne , soit : le point appartient à . Comme une équation cartésienne peut être multipliée par n'importe quel réel non nul sans changer l'ensemble des solutions, est une autre équation du même plan : un plan admet une infinité d'équations cartésiennes, toutes proportionnelles entre elles.
Certains plans ont des équations remarquablement simples, qu'il faut savoir reconnaître au premier coup d'œil.
Exemple
Plans particuliers.
Le vecteur normal concentre toute l'information de direction d'un plan : deux plans se comparent donc en comparant leurs vecteurs normaux. C'est un outil d'une efficacité redoutable.
Propriété
Parallélisme et perpendicularité via les vecteurs normaux. Soient et deux plans de vecteurs normaux respectifs et , et une droite de vecteur directeur .
Exemple
Soient , et .
Le chapitre précédent a défini le projeté orthogonal d'un point sur un plan : c'est le point de tel que la droite soit orthogonale à , et c'est le point de le plus proche de . La distance de à est par définition la distance . Tout cela était géométrique ; nous avons désormais les outils pour calculer effectivement , et donc la distance. L'idée est lumineuse : le projeté est le point d'intersection de avec la droite passant par et dirigée par le vecteur normal , et cette droite se paramètre immédiatement.
Méthode
Projeté orthogonal d'un point sur un plan donné par une équation cartésienne.
Exemple
Déterminons le projeté orthogonal du point sur le plan , puis la distance de à .
Un vecteur normal de est . La droite passant par et dirigée par a pour représentation paramétrique :
avec . Substituons dans l'équation de :
d'où . En reportant dans la représentation paramétrique :
On vérifie que : . Enfin, , donc la distance de à vaut :
La même stratégie s'adapte au projeté orthogonal sur une droite, à un changement près : cette fois, c'est la droite qui est paramétrée, et c'est la condition d'orthogonalité qui fournit l'équation en .
Méthode
Projeté orthogonal d'un point sur une droite donnée par un point et un vecteur directeur . Acquis depuis : première spé.
Exemple
Soit la droite passant par et de vecteur directeur , et soit . Le point courant de est avec . On calcule , puis :
La condition donne , d'où . Le projeté orthogonal de sur est , et la distance de à vaut :
Retenez la philosophie de cette section : toute distance d'un point à un plan ou à une droite se calcule en passant par le projeté orthogonal. C'est la méthode du programme, et elle a l'avantage de fournir à la fois la distance et le point qui la réalise.
Le chapitre sur les vecteurs de l'espace a dressé le catalogue géométrique des positions relatives de droites et de plans. Nous pouvons maintenant les déterminer par le calcul : chaque étude d'intersection se ramène à la résolution d'une équation ou d'un système, et le nombre de solutions raconte la géométrie.
C'est le cas le plus simple et le plus fréquent : on substitue la représentation paramétrique de la droite dans l'équation cartésienne du plan.
Méthode
Intersection d'une droite (paramétrée) et d'un plan (équation cartésienne). Substituer les expressions de , , en fonction de dans l'équation de . On obtient une équation du premier degré en , et trois cas se présentent :
Exemple
Soit le plan d'équation .
a. Soit la droite de représentation paramétrique avec . En substituant :
L'équation a une unique solution : et sont sécants au point de paramètre , c'est-à-dire . Vérification : .
b. Soit la droite de représentation paramétrique avec . En substituant : . L'équation n'a aucune solution : est strictement parallèle à . (On pouvait le prévoir : vérifie , et le point de ne vérifie pas l'équation de .)
c. Soit la droite de représentation paramétrique avec . En substituant : . L'équation est vraie pour tout : la droite est incluse dans .
Propriété
Positions relatives de deux plans. Soient et deux plans de vecteurs normaux et .
Exemple
Soient et . Les vecteurs normaux et ne sont pas colinéaires (les coordonnées ne sont pas proportionnelles) : les plans sont sécants selon une droite . Déterminons-la. Un point appartient à si et seulement si ses coordonnées vérifient les deux équations. En additionnant membre à membre les deux équations, on obtient , soit . En reportant dans la première : , soit . En posant , on obtient une représentation paramétrique de :
avec . Contrôle : le vecteur directeur est bien orthogonal aux deux vecteurs normaux ( et ), comme il se doit pour une droite contenue dans les deux plans.
Dernier cas, avec le piège classique du chapitre : quand on cherche un point commun à deux droites paramétrées, rien n'oblige ce point à correspondre à la même valeur du paramètre sur les deux droites. Il faut donc impérativement renommer le paramètre de la seconde droite ( par exemple) avant d'égaler les coordonnées.
Méthode
Position relative de deux droites paramétrées (paramètre , vecteur directeur ) et (paramètre , vecteur directeur ).
Exemple
Soient () et (). Les vecteurs directeurs et ne sont pas colinéaires. Cherchons un point commun en résolvant :
La troisième équation donne . En reportant dans la première : , soit , donc et . Vérifions la deuxième équation : et . Elle est satisfaite : les droites sont sécantes au point (obtenu pour sur , ou pour sur ).
Si en revanche la droite avait pour troisième équation , le même calcul donnerait et dans les première et troisième équations, mais la deuxième donnerait : aucune solution, et comme les vecteurs directeurs ne sont pas colinéaires, les droites seraient non coplanaires.
Prenons un peu de hauteur. Dans tout ce chapitre, la démarche a été la même : une question géométrique (appartenance, intersection, orthogonalité) a été traduite en une équation ou un système d'équations linéaires, dont la résolution et le nombre de solutions ont livré la réponse géométrique. Cette démarche de traduction est une capacité du programme à part entière, et elle s'applique bien au-delà des intersections : décider si trois vecteurs forment une base, décomposer un vecteur dans une base, prouver un alignement ou une coplanarité. Le tableau de correspondance est toujours le même.
Méthode
Traduire un problème géométrique par un système linéaire.
Dans tous les cas, interpréter géométriquement le résultat du calcul : c'est le nombre de solutions du système qui porte le sens.
Exemple
Trois vecteurs forment-ils une base ? Soient , et . Les vecteurs et ne sont pas colinéaires (leurs coordonnées ne sont pas proportionnelles). Cherchons et tels que :
Les deux premières équations imposent et , mais la troisième exige : le système n'a aucune solution. Le vecteur n'est pas combinaison linéaire de et , donc les trois vecteurs ne sont pas coplanaires : est une base de l'espace.
Exemple
Coordonnées dans une base : un système résolu par substitution. Dans la base de l'exemple précédent, déterminons les coordonnées du vecteur . On cherche , , tels que , ce qui donne, coordonnée par coordonnée :
Procédons par substitution : la première équation donne et la deuxième . En reportant dans la troisième : , soit , d'où , puis et . Le système a une unique solution : , donc a pour coordonnées dans la base .
Interprétation géométrique : l'unicité de la solution illustre le théorème de décomposition dans une base. Et comme , le vecteur est en réalité combinaison linéaire de et seuls : , et sont coplanaires, autrement dit appartient à la direction du plan dirigé par .
Exemple
Alignement et coplanarité. On donne , , et .
La troisième équation donne , la première donne alors , et la deuxième est vérifiée : . Ainsi est bien combinaison linéaire de et : le point appartient à ce plan.
Le bilan de ce chapitre tient en une phrase : grâce au repère orthonormé, chaque objet de l'espace possède désormais une carte d'identité algébrique, représentation paramétrique pour les droites, équation cartésienne pour les plans, et chaque question de géométrie se résout en étudiant les solutions d'un système linéaire. Cette double lecture, géométrique et algébrique, est exactement ce que les sujets de baccalauréat évaluent dans les exercices d'espace : entraînez-vous à passer d'un langage à l'autre sans effort, c'est là que tout se joue.
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. Une séance ciblée sur ce chapitre, et vous repartez au minimum avec une méthode.