Tale spé · Chapitre 05 · Analyse
Suites : limites et récurrence
Raisonnement par récurrence, limites (gendarmes, opérations), limite de qⁿ, convergence monotone.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Raisonnement par récurrence
- Limites (gendarmes, opérations)
- Limite de qⁿ
- Convergence monotone
En première, vous avez appris à décrire les suites : calculer leurs termes, reconnaître les suites arithmétiques et géométriques, étudier leur sens de variation. La calculatrice permettait alors de conjecturer leur comportement à long terme, sans jamais le prouver. La Terminale franchit ce cap : il s'agit désormais de démontrer. Ce chapitre installe les deux outils fondamentaux pour cela : le raisonnement par récurrence, qui permet d'établir une propriété pour tous les entiers d'un coup, et la notion de limite, qui donne un sens mathématique précis au « comportement à l'infini » d'une suite.
Le raisonnement par récurrence
Comment démontrer qu'une propriété est vraie pour tous les entiers naturels, alors qu'il est évidemment impossible de la vérifier une infinité de fois ? Le raisonnement par récurrence répond à cette question avec seulement deux vérifications.
Propriété
Principe de récurrence. Soit une propriété dépendant d'un entier naturel , et soit un entier naturel. Si :
- initialisation : est vraie ;
- hérédité : pour tout entier , si est vraie, alors est vraie ;
alors la propriété est vraie pour tout entier .
L'image classique est celle d'une file infinie de dominos : si le premier domino tombe (initialisation) et si chaque domino qui tombe renverse le suivant (hérédité), alors tous les dominos tombent. On peut aussi penser à une échelle : sachant monter sur le premier barreau, puis passer de n'importe quel barreau au suivant, on peut atteindre n'importe quelle hauteur.
Méthode
Rédiger une démonstration par récurrence. Pour montrer que est vraie pour tout entier :
- Initialisation. Vérifier par un calcul explicite que est vraie.
- Hérédité. Fixer un entier et supposer que est vraie : c'est l'hypothèse de récurrence. En déduire, par le calcul, que est vraie.
- Conclusion. Rédiger : « la propriété est initialisée au rang et héréditaire ; par récurrence, est vraie pour tout entier ».
Exemple
Démontrer une formule explicite. Soit la suite définie par et, pour tout entier naturel , . Les premiers termes sont , , . Montrons par récurrence que pour tout entier naturel :
Initialisation. Pour : . La propriété est vraie au rang .
Hérédité. Soit un entier naturel tel que . Alors :
La propriété est donc vraie au rang .
Conclusion. La propriété est initialisée et héréditaire ; par récurrence, pour tout entier naturel . On contrôle la formule sur les premiers termes : elle redonne bien , et .
Exemple
Démontrer une inégalité. Montrons par récurrence que pour tout entier naturel : .
Initialisation. Pour : et , donc . La propriété est vraie au rang .
Hérédité. Soit un entier naturel tel que . En multipliant les deux membres par , qui est strictement positif :
Or puisque . Ainsi : la propriété est vraie au rang .
Conclusion. Par récurrence, pour tout entier naturel .
Remarque
Deux pièges à éviter.
- L'hérédité seule ne prouve rien. Considérons la propriété « divise ». Elle est héréditaire : si divise , alors divise . Elle est pourtant fausse pour tout entier . Il manque l'initialisation : n'est pas divisible par , et aucun rang de départ ne convient. Sans initialisation, une propriété héréditaire peut être fausse à tous les rangs.
- L'initialisation ne se fait pas toujours au rang . Par exemple, est fausse pour (car ), mais vraie pour tout : la récurrence s'initialise alors au rang , et la conclusion ne vaut que pour .
Limite d'une suite
Que devient lorsque devient très grand ? Trois comportements types se dégagent : les termes peuvent dépasser n'importe quel seuil, s'accumuler autour d'une valeur fixe, ou ne rien faire de tout cela. Les définitions du programme formalisent les deux premiers cas.
Définition
Limite infinie. On dit que la suite tend vers si tout intervalle de la forme contient tous les termes de la suite à partir d'un certain rang. On note alors .
De même, tend vers si tout intervalle de la forme contient tous les termes de la suite à partir d'un certain rang.
Autrement dit : aussi grand que soit le seuil choisi, les termes de la suite finissent tous par le dépasser, et par rester au-dessus.
Définition
Limite finie, convergence. Soit un réel. On dit que la suite converge vers si tout intervalle ouvert contenant contient tous les termes de la suite à partir d'un certain rang. On note .
Une suite qui converge vers un réel est dite convergente ; une suite qui ne converge pas est dite divergente.
Sur la figure, la suite converge vers : pour la bande représentée, tous les termes sont dans la bande à partir du rang . Une bande plus étroite autour de serait franchie plus tard, mais elle finirait toujours par capturer tous les termes : c'est exactement le sens de la définition.
Remarque
Divergente ne signifie pas « tend vers l'infini ». Une suite divergente est une suite qui ne converge vers aucun réel. Cela recouvre deux situations : les suites qui tendent vers ou vers , mais aussi les suites qui n'ont pas de limite du tout, comme , qui vaut alternativement et sans jamais se stabiliser.
Propriété
Unicité de la limite (admise). Si une suite converge, sa limite est unique.
Propriété
Limites de référence. Les suites suivantes tendent vers :
Les suites suivantes convergent vers :
Opérations sur les limites
En pratique, on ne revient presque jamais à la définition : on décompose la suite en briques élémentaires dont les limites sont connues, puis on combine grâce aux tableaux suivants. La mention FI (forme indéterminée) signifie que le tableau ne permet pas de conclure : la limite dépend des suites en jeu et demande un travail supplémentaire.
Limite d'une somme.
| FI |
Limite d'un produit (le signe de l'infini s'obtient par la règle des signes).
| FI |
Limite d'un quotient (avec à partir d'un certain rang).
| FI | FI |
Un cas s'ajoute au tableau du quotient : si (ou ) et si avec de signe constant à partir d'un certain rang, alors le quotient tend vers ou selon la règle des signes.
Il y a donc exactement quatre formes indéterminées : « », « », « » et « ». Quelques applications directes des tableaux, sans indétermination :
a. : somme de deux suites tendant vers .
b. : somme d'une suite constante et d'une suite tendant vers .
c. : produit d'une constante strictement négative par une suite tendant vers .
d. : quotient d'une constante par une suite tendant vers .
Méthode
Lever une indétermination : factoriser par le terme dominant.
- Repérer le terme qui croît le plus vite (le terme dominant) au numérateur et, le cas échéant, au dénominateur.
- Factoriser chaque expression par son terme dominant.
- Appliquer les opérations sur les limites à la nouvelle écriture : l'indétermination a disparu.
Exemple
Un polynôme. Déterminons la limite de . Comme et , la somme est une forme indéterminée « ». Factorisons par le terme dominant : pour ,
Or , donc , et : par produit, .
Un quotient. Déterminons la limite de . Le numérateur et le dénominateur tendent tous deux vers : forme indéterminée « ». Factorisons chacun par : pour ,
Or et : par quotient, .
Limites et comparaison
Lorsqu'une suite résiste aux opérations, par exemple parce qu'elle contient un terme sans limite comme ou , on l'encadre par des suites plus simples.
Propriété
Théorème de comparaison. Soient et deux suites telles que à partir d'un certain rang.
- Si , alors .
- Si , alors .
Démonstration. Démontrons le premier point. Soit un réel quelconque : montrons que l'intervalle contient tous les termes de à partir d'un certain rang. Par hypothèse, il existe un rang tel que pour tout , . D'autre part, comme tend vers , l'intervalle contient tous les termes de à partir d'un rang . Posons . Pour tout : , donc . Ainsi, tout intervalle de la forme contient tous les termes de à partir d'un certain rang : la suite tend vers . Le second point se démontre de la même façon.
Propriété
Théorème des gendarmes (admis). Soient , et trois suites telles que à partir d'un certain rang. Si et convergent vers la même limite , alors converge et .
Le nom est imagé : la suite est escortée par deux « gendarmes » qui se rejoignent en et ne lui laissent aucune échappatoire.
Exemple
Déterminons la limite de , définie pour . Pour tout entier , on sait que ; en divisant par , qui est strictement positif :
Or et : d'après le théorème des gendarmes, . Notons qu'aucune opération sur les limites ne pouvait conclure ici, puisque la suite n'a pas de limite.
Limite de
Les suites géométriques sont omniprésentes (évolutions en pourcentage, intérêts composés), et leur comportement à l'infini se ramène à celui de la suite . L'outil clé est une inégalité démontrée par récurrence.
Propriété
Inégalité de Bernoulli. Pour tout réel et tout entier naturel :
Démonstration. Soit fixé. Montrons la propriété par récurrence sur .
Initialisation. Pour : et , donc . La propriété est vraie au rang .
Hérédité. Soit un entier naturel tel que . Comme , on peut multiplier les deux membres par sans changer le sens de l'inégalité :
Or , donc : la propriété est vraie au rang .
Conclusion. Par récurrence, pour tout entier naturel .
Propriété
Limite de pour . Si , alors .
Démonstration. Posons : comme , on a et . D'après l'inégalité de Bernoulli, pour tout entier naturel :
Or puisque . D'après le théorème de comparaison, .
Les autres cas s'en déduisent ou s'observent directement. Si avec , alors , donc tend vers et tend vers : la suite , encadrée par et , converge vers d'après le théorème des gendarmes. Si , les termes sont alternativement positifs et négatifs avec : la suite n'a pas de limite.
| Valeur de | ||||
|---|---|---|---|---|
| Limite de | pas de limite |
De gauche à droite : dépasse n'importe quel seuil (cas ), s'écrase sur l'axe des abscisses (cas ), et tend aussi vers , mais en oscillant de part et d'autre de l'axe (cas ).
Propriété
Conséquences pour les suites géométriques. Soit la suite géométrique de premier terme et de raison , c'est-à-dire .
- Si , alors .
- Si , alors tend vers si , et vers si .
De plus, si , la somme des puissances de converge :
Ce dernier résultat vient de la formule de première , jointe à .
Exemple
Posons . D'après la formule de première :
Comme , on a , donc . Interprétation : en ajoutant , puis , puis , puis , etc., on s'approche d'aussi près que l'on veut de , sans jamais l'atteindre.
Convergence des suites monotones
Peut-on garantir qu'une suite converge sans connaître sa limite ? Oui, à condition de contrôler à la fois son sens de variation et l'espace dont elle dispose. Précisons d'abord le vocabulaire.
Définition
Suite majorée, minorée, bornée. Soit une suite.
- est majorée s'il existe un réel tel que pour tout entier naturel , ; un tel réel est un majorant de la suite.
- est minorée s'il existe un réel tel que pour tout entier naturel , ; un tel réel est un minorant de la suite.
- est bornée si elle est à la fois majorée et minorée.
Par exemple, la suite est bornée, car pour tout . La suite est minorée par mais n'est pas majorée. La suite est bornée, car .
Notons qu'un majorant n'est jamais unique : si majore la suite, tout réel plus grand que la majore aussi.
Propriété
Théorème de convergence monotone (admis).
- Toute suite croissante et majorée converge.
- Toute suite décroissante et minorée converge.
Remarque
Ce théorème garantit l'existence d'une limite, mais il n'en donne pas la valeur. En particulier, la limite n'a aucune raison d'être égale au majorant utilisé : la suite , décroissante et minorée par mais aussi par , converge vers , pas vers . Déterminer la valeur de la limite demande un travail supplémentaire, par exemple l'obtention d'une formule explicite.
Propriété
Suite croissante non majorée. Toute suite croissante non majorée tend vers .
Démonstration. Soit une suite croissante non majorée, et soit un réel quelconque. Comme n'est pas majorée, n'est pas un majorant de la suite : il existe donc un entier tel que . Comme est croissante, pour tout entier :
donc . Ainsi, tout intervalle de la forme contient tous les termes de la suite à partir d'un certain rang : la suite tend vers .
Par conséquent, une suite croissante n'a que deux destins possibles : converger (si elle est majorée) ou tendre vers (sinon). L'énoncé symétrique vaut pour les suites décroissantes.
La figure illustre la suite définie par et : partant de sur l'axe des abscisses, on lit sur la droite , on le rabat sur l'axe grâce à la droite , et ainsi de suite. Cette suite est décroissante et minorée par : le théorème de convergence monotone garantit qu'elle converge, et les marches de l'escalier se resserrent effectivement vers . Pour justifier cette valeur, on démontre par récurrence la formule explicite ; comme , la limite vaut bien .
Remarque
Limite et majorant. Si une suite croissante converge vers , alors est un majorant de la suite : pour tout . En effet, si un terme dépassait strictement , la croissance donnerait pour tout : l'intervalle ouvert , qui contient , ne contiendrait alors aucun terme de la suite au-delà du rang , ce qui contredit la convergence vers .
Suites et Python
Deux programmes reviennent constamment dans les exercices : le calcul d'un terme d'une suite récurrente (boucle for) et la recherche d'un seuil (boucle while).
Méthode
Recherche de seuil avec une boucle while. Pour déterminer le plus petit rang à partir duquel une suite franchit un seuil, on fait évoluer le terme courant tant que le seuil n'est pas franchi, en comptant les étapes. La boucle s'arrête au premier rang qui convient, et ce rang existe dès que la limite de la suite garantit le franchissement du seuil.
u = 1
n = 0
while u >= 0.01:
u = 0.8 * u
n = n + 1
print(n)
Ce script cherche le plus petit entier tel que . La variable u contient : à chaque tour de boucle, elle est multipliée par pendant que n augmente de , et la boucle s'arrête dès que u passe sous . Le script affiche : en effet, tandis que . Un tel rang existe bien puisque .
u = 6
for k in range(10):
u = 0.5 * u + 2
print(u)
Ce script calcule pour la suite définie par et : la boucle applique dix fois la relation de récurrence, la variable u passant successivement de à , puis , jusqu'à . Il affiche , en parfait accord avec la formule explicite .
Le décor est planté : récurrence pour démontrer, limites pour décrire l'infini. Le prochain chapitre transposera ces idées des suites aux fonctions, avec des limites en , en et même en un point.
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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.