2ⁿᵈᵉ · Chapitre 06 · Géométrie

Droites du plan

Vecteur directeur, équations cartésienne et réduite, pente, alignement, intersection.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Vecteur directeur
  • Équations cartésienne et réduite
  • Pente
  • Alignement
  • Intersection

Au collège, les droites sont apparues comme les représentations graphiques des fonctions affines : tracer la droite d'équation y=ax+b, lire graphiquement a et b… Mais cette description laisse de côté les droites verticales, et surtout elle ne dit pas pourquoi une équation du premier degré dessine une droite. Grâce aux vecteurs du chapitre précédent — colinéarité et déterminant en tête — nous pouvons maintenant répondre à cette question et décrire toutes les droites du plan par une même forme d'équation, dite cartésienne. Au passage, nous apprendrons à déterminer l'équation d'une droite dans toutes les situations courantes, à la tracer, et à calculer le point d'intersection de deux droites sécantes en résolvant un système. Ce chapitre suit « Vecteurs du plan » et précède « Notion de fonction ».

Dans tout le chapitre, le plan est muni d'un repère orthonormé (O;ı;ȷ).

Vecteur directeur d'une droite

Une droite est un objet parfaitement rectiligne : elle possède une direction, au sens défini au chapitre précédent. Il est donc naturel de la décrire à l'aide d'un vecteur qui « pointe le long » de la droite. C'est l'idée de vecteur directeur, qui sera le fil conducteur de tout le chapitre.

Définition

Soit d une droite du plan. Un vecteur directeur de d est un vecteur non nul dont la direction est celle de d.

Autrement dit, u est un vecteur directeur de d lorsqu'il existe deux points distincts A et B de d tels que u=AB.

Remarque

L'exigence « non nul » est essentielle : le vecteur nul n'a ni direction ni sens, il ne peut donc diriger aucune droite. C'est pour la même raison que l'on impose AB dans la seconde formulation.

Propriété

Soit d une droite du plan.

  • Si A et B sont deux points distincts de d, alors AB est un vecteur directeur de d.
  • Tous les vecteurs directeurs de d sont colinéaires entre eux.
  • Tout vecteur non nul colinéaire à un vecteur directeur de d est lui-même un vecteur directeur de d.
  • Une droite est entièrement déterminée par la donnée d'un point et d'un vecteur directeur : par un point A donné, il passe une unique droite de vecteur directeur u donné.

Une droite n'a donc pas un vecteur directeur, mais une infinité : tous les vecteurs non nuls qui partagent sa direction. En pratique, on en choisit un — le plus simple possible — et tous les autres s'en déduisent en multipliant par un réel non nul.

Une droite et trois de ses vecteurs directeurs

Sur la figure, la droite d passe par le point A(3;1) et admet pour vecteur directeur u(32). Les flèches u et 2u sont dessinées le long de d ; la flèche u est représentée un peu à l'écart — peu importe, un vecteur n'est pas attaché à un point de départ. Ces trois vecteurs ont des normes différentes, des sens éventuellement opposés, mais tous la même direction — celle de d. Chacun est un vecteur directeur de d à part entière.

Exemple

Soient A(3;1) et B(0;1) deux points de la droite d de la figure. Alors

AB(0(3)1(1))=(32)

est un vecteur directeur de d : on retrouve le vecteur u de la figure.

  • Le vecteur v(96) est-il un vecteur directeur de d ? On calcule det(u;v)=3×(6)2×(9)=18+18=0 : les vecteurs sont colinéaires, et v0, donc oui, v dirige aussi d (on remarque que v=3u).
  • Le vecteur w(23) ? Cette fois det(u;w)=3×32×2=50 : les vecteurs ne sont pas colinéaires, donc non, w ne dirige pas d. Attention à l'ordre des coordonnées !

Équation cartésienne d'une droite

Changeons de point de vue : au lieu de voir une droite comme un trait tracé à la règle, voyons-la comme un ensemble de points, décrit par une condition sur les coordonnées. Une équation de droite est précisément cela : une équation vérifiée par les coordonnées (x;y) d'un point M si et seulement si M appartient à la droite.

Le critère d'appartenance découle directement du chapitre précédent. Soit d la droite passant par un point A et de vecteur directeur u. Un point M appartient à d exactement lorsque le vecteur AM suit la direction de la droite, c'est-à-dire lorsque AM et u sont colinéaires — ce que le déterminant sait tester.

Propriété

Soit d la droite passant par le point A et de vecteur directeur u. Pour tout point M du plan :

MdAM et u sont colineˊairesdet(AM;u)=0.

Caractérisation d'une droite par un point et un vecteur directeur

Sur la figure, la droite passe par A(2;1) et admet pour vecteur directeur u(43). Le point M(x;y) est un point « générique » de la droite : où qu'il se trouve sur d, le vecteur AM reste colinéaire à u (représenté sous la droite, avec les mêmes coordonnées (43)). Dès que M quitte la droite, la colinéarité est rompue et le déterminant cesse d'être nul.

En développant la condition det(AM;u)=0, on obtient le résultat central du chapitre : toute droite est décrite par une équation du premier degré en x et y, et réciproquement. C'est la démonstration exigible de ce chapitre.

Propriété

Forme générale d'une équation de droite.

  • Toute droite du plan admet une équation de la forme ax+by+c=0, où a, b et c sont des réels avec (a;b)(0;0). Une telle équation est appelée équation cartésienne de la droite.
  • Réciproquement, l'ensemble des points M(x;y) vérifiant ax+by+c=0, avec (a;b)(0;0), est une droite, de vecteur directeur u(ba).

Démonstration. Montrons d'abord que toute droite admet une équation de la forme annoncée. Soit d une droite : elle passe par un point A(xA;yA) et admet un vecteur directeur u(αβ), non nul. D'après la propriété précédente, un point M(x;y) appartient à d si et seulement si det(AM;u)=0. Or AM(xxAyyA), donc

det(AM;u)=xxAαyyAβ=β(xxA)α(yyA)=βxαy+(αyAβxA).

En posant a=β, b=α et c=αyAβxA, la condition Md s'écrit exactement ax+by+c=0. De plus, comme u0, on a (α;β)(0;0), donc (a;b)=(β;α)(0;0) : l'équation obtenue est bien du premier degré en x ou en y.

Réciproquement, soient a, b, c trois réels avec (a;b)(0;0), et notons E l'ensemble des points M(x;y) tels que ax+by+c=0. Montrons que E est une droite.

Premièrement, E contient au moins un point. Si b0, le point A(0;cb) convient, car a×0+b×(cb)+c=c+c=0. Si b=0, alors nécessairement a0, et le point A(ca;0) convient, car a×(ca)+0+c=0. Dans les deux cas, on dispose d'un point A(xA;yA) de E, et l'égalité axA+byA+c=0 donne c=axAbyA.

Deuxièmement, l'équation se lit comme un déterminant. Pour tout point M(x;y), en remplaçant c par axAbyA :

ax+by+c=0a(xxA)+b(yyA)=0.

Posons u(ba) : c'est un vecteur non nul puisque (a;b)(0;0). Or

det(AM;u)=xxAbyyAa=a(xxA)+b(yyA).

Ainsi, ME si et seulement si det(AM;u)=0, c'est-à-dire si et seulement si M appartient à la droite passant par A et de vecteur directeur u. L'ensemble E est donc exactement cette droite, ce qui achève la démonstration.

De cette démonstration, on retient un résultat d'usage constant : le vecteur directeur se lit directement sur l'équation cartésienne.

Propriété

La droite d'équation cartésienne ax+by+c=0 admet pour vecteur directeur

u(ba).

Moyen mnémotechnique : on échange les coefficients a et b, et on change un seul des deux signes. Le coefficient c, lui, n'intervient pas dans la direction.

Exemple

La droite d d'équation 2x3y+1=0 admet pour vecteur directeur u((3)2)=(32). Tout vecteur non nul colinéaire, comme (32) ou (64), dirige aussi d.

Remarque

Une droite admet une infinité d'équations cartésiennes : en multipliant les deux membres d'une équation par un réel non nul, on obtient une autre équation de la même droite. Ainsi 2x3y+1=0, 4x6y+2=0 et 2x+3y1=0 décrivent la même droite. C'est pourquoi on parle d'une équation cartésienne, jamais de « l'équation cartésienne ». En pratique, on privilégie une équation à coefficients entiers les plus simples possible.

Méthode

Vérifier qu'un point appartient à une droite.

Un point appartient à une droite si et seulement si ses coordonnées vérifient une équation de la droite. On remplace donc x et y par les coordonnées du point, on calcule, et on regarde si l'égalité est vraie.

Exemple travaillé. Soit d la droite d'équation 2x+y5=0. Le point A(1;3) appartient-il à d ? Et le point B(3;2) ?

  • Pour A : 2×1+35=0. L'égalité est vraie : Ad.
  • Pour B : 2×3+(2)5=10. L'égalité est fausse : Bd.

Remarque

Cette méthode fournit une nouvelle façon d'établir que trois points sont alignés : les points A, B et C sont alignés si et seulement si C appartient à la droite (AB). On détermine donc une équation de (AB), puis on teste les coordonnées de C. Par exemple, avec A(2;1), B(2;3) et C(6;5) : on trouve pour (AB) l'équation x2y+4=0 (la méthode est détaillée dans la section « Déterminer une équation de droite »), et 62×5+4=0, donc C(AB) : les trois points sont alignés. On peut aussi, comme au chapitre précédent, calculer directement det(AB;AC) — les deux méthodes sont équivalentes.

Équation réduite et pente

L'équation cartésienne a un défaut : elle n'est pas unique. Pour disposer d'une écriture canonique, on cherche à isoler y. C'est possible… sauf quand la droite est verticale. D'où une discussion en deux cas, qui recouvre exactement la distinction vue au collège entre les droites « représentant une fonction affine » et les droites verticales.

Propriété

Soit d une droite d'équation cartésienne ax+by+c=0, avec (a;b)(0;0).

  • Si d est parallèle à l'axe des ordonnées (droite « verticale »), alors b=0 et d admet une unique équation de la forme x=k, où k est un réel. Une telle droite n'a pas de pente.
  • Sinon, b0 et d admet une unique équation de la forme y=mx+p, appelée équation réduite de d. Le réel m est la pente de d (on dit aussi coefficient directeur), et le réel p est son ordonnée à l'origine.

Justifions cette discussion. La droite d admet le vecteur directeur u(ba). Elle est parallèle à l'axe des ordonnées exactement lorsque u est colinéaire à ȷ(01), c'est-à-dire lorsque det(u;ȷ)=b×1a×0=b est nul, autrement dit lorsque b=0. Dans ce cas, l'équation devient ax+c=0 avec a0, soit x=ca : tous les points de d ont la même abscisse. Si au contraire b0, on isole y : by=axc, donc y=abxcb, qui est bien de la forme y=mx+p avec m=ab et p=cb.

Remarque

Contrairement aux équations cartésiennes, l'équation réduite d'une droite non verticale est unique : la pente m et l'ordonnée à l'origine p sont des caractéristiques de la droite. C'est ce qui la rend si commode pour comparer deux droites. Le nom « ordonnée à l'origine » se comprend en remplaçant x par 0 : le point de d d'abscisse 0 est (0;p), point où la droite coupe l'axe des ordonnées.

Propriété

Soit d une droite d'équation réduite y=mx+p.

  • d admet pour vecteur directeur u(1m).
  • Si A(xA;yA) et B(xB;yB) sont deux points de d avec xAxB, alors m=yByAxBxA.

La première affirmation s'obtient en réécrivant y=mx+p sous forme cartésienne : mxy+p=0, d'où le vecteur directeur ((1)m)=(1m). Pour la seconde, le vecteur AB(xBxAyByA) dirige d, donc il est colinéaire à u(1m) : le déterminant (xBxA)×m(yByA)×1 est nul, et comme xBxA0, on peut diviser pour obtenir la formule.

Lecture de la pente sur une droite

La figure représente la droite d'équation y=2x3 et son « triangle de pente » : en partant du point (1;1), qui appartient bien à la droite car 2×13=1, un pas de +1 en abscisse oblige à monter de +2 en ordonnée pour rester sur la droite — on arrive au point (2;1). C'est exactement le déplacement du vecteur directeur u(12).

La pente mesure donc « ce que l'on monte quand on avance de 1 » : c'est le taux d'inclinaison de la droite. Son signe se lit d'un coup d'œil sur le graphique :

  • m>0 : la droite « monte » quand on la parcourt de gauche à droite ;
  • m<0 : la droite « descend » ;
  • m=0 : la droite est horizontale, d'équation y=p.

Plus m est grand, plus la droite est proche de la verticale — sans jamais l'atteindre : les droites verticales n'ont pas de pente.

Remarque

Lien avec les fonctions affines. La droite d'équation réduite y=mx+p est exactement la représentation graphique de la fonction affine xmx+p : la pente m est le coefficient a du collège, l'ordonnée à l'origine p est le b. Les droites verticales, elles, ne représentent aucune fonction : à une même abscisse correspondraient une infinité d'ordonnées, ce qu'une fonction interdit. C'est précisément pour englober ces droites que l'équation cartésienne a été introduite.

Méthode

Passer d'une équation cartésienne à l'équation réduite, et réciproquement.

Cartésienne vers réduite : on isole y (possible dès que le coefficient de y est non nul). Réduite vers cartésienne : on fait tout passer du même côté, en multipliant au besoin pour chasser les dénominateurs.

Exemple travaillé (aller). Soit d la droite d'équation cartésienne 3x+2y4=0. On isole y :

2y=3x+4,doncy=32x+2.

La droite d a pour pente m=32 et pour ordonnée à l'origine p=2.

Exemple travaillé (retour). Soit d la droite d'équation réduite y=25x1. En multipliant les deux membres par 5 : 5y=2x5, puis en regroupant tout à gauche :

2x5y5=0.

C'est une équation cartésienne de d, dont on lit au passage un vecteur directeur : u(52).

Déterminer une équation de droite

Trois données suffisent, chacune à sa manière, à déterminer une droite : un point et un vecteur directeur, deux points, ou un point et la pente. Voici la méthode dans chacun des trois cas — les trois s'enchaînent d'ailleurs naturellement, la deuxième et la troisième se ramenant à des situations déjà connues.

Méthode

Déterminer une équation de droite passant par un point, de vecteur directeur donné.

Soit d la droite passant par A et de vecteur directeur u. On traduit l'appartenance d'un point M(x;y) à d par la condition det(AM;u)=0, que l'on développe.

Exemple travaillé. Déterminons une équation cartésienne de la droite d passant par A(1;2) et de vecteur directeur u(35).

Pour tout point M(x;y), on a AM(x1y+2), et :

Md    det(AM;u)=0    x13y+25=0    5(x1)3(y+2)=0.

En développant : 5x53y6=0, soit 5x3y11=0.

Contrôles. Le vecteur directeur lu sur l'équation est bien ((3)5)=(35)=u, et les coordonnées de A vérifient l'équation : 5×13×(2)11=5+611=0. Ces deux vérifications, rapides, évitent la plupart des erreurs de calcul.

Méthode

Déterminer une équation de droite passant par deux points.

Soient A et B deux points distincts. Le vecteur AB dirige la droite (AB) : on calcule ses coordonnées, puis on applique la méthode précédente. Si la droite n'est pas verticale, on peut aussi calculer la pente m=yByAxBxA, puis l'ordonnée à l'origine (méthode suivante).

Exemple travaillé. Déterminons une équation de la droite (AB) avec A(1;2) et B(3;4).

Première voie — vecteur directeur. On calcule AB(3(1)42)=(42). Pour tout point M(x;y) :

M(AB)    det(AM;AB)=0    2(x+1)4(y2)=0    2x4y+10=0.

En divisant par 2 : x2y+5=0.

Seconde voie — pente puis ordonnée à l'origine. Comme xAxB, la pente vaut m=423(1)=24=12. L'équation réduite est de la forme y=12x+p ; en écrivant que A appartient à la droite : 2=12×(1)+p, d'où p=52. L'équation réduite est y=12x+52 — qui redonne bien x2y+5=0 en chassant les dénominateurs.

Contrôle. Les coordonnées de B vérifient l'équation : 32×4+5=0.

Méthode

Déterminer une équation de droite passant par un point, de pente donnée.

Soit d la droite de pente m passant par le point A. Son équation réduite est de la forme y=mx+p, où seul p est inconnu : on le détermine en écrivant que les coordonnées de A vérifient l'équation.

Exemple travaillé. Déterminons l'équation réduite de la droite d de pente 3 passant par C(2;1).

L'équation est de la forme y=3x+p. Comme Cd, ses coordonnées vérifient l'équation :

1=3×2+p,d’ouˋp=7.

L'équation réduite de d est donc y=3x+7. Contrôle : pour x=2, on obtient y=6+7=1, ce sont bien les coordonnées de C.

Tracer une droite

Pour tracer une droite, deux points suffisent — c'est toute la géométrie de la règle. La seule question est : comment obtenir rapidement deux points à partir d'une équation ? La réponse dépend de la forme de l'équation.

Méthode

Tracer une droite connaissant son équation.

Depuis une équation cartésienne ax+by+c=0 : on cherche deux points en donnant à x ou à y des valeurs simples. Les plus commodes sont souvent les intersections avec les axes : on pose x=0 pour trouver le point sur l'axe des ordonnées, puis y=0 pour le point sur l'axe des abscisses. On place les deux points et on trace.

Depuis une équation réduite y=mx+p : on place le point (0;p) sur l'axe des ordonnées, puis on utilise la pente : à partir de ce point, on avance de 1 en abscisse et on monte de m en ordonnée (on descend si m<0), ce qui donne un second point. Si m est une fraction rs, on préfère avancer de s et monter de r pour ne placer que des points à coordonnées entières.

Tracé de la droite d'équation 2x + 3y - 6 = 0

La figure illustre la première méthode sur la droite d d'équation 2x+3y6=0. Pour x=0, l'équation devient 3y6=0, donc y=2 : la droite coupe l'axe des ordonnées au point (0;2). Pour y=0, elle devient 2x6=0, donc x=3 : la droite coupe l'axe des abscisses au point (3;0). Ces deux points, mis en évidence sur la figure, suffisent à tracer d à la règle.

Exemple

Traçons la droite d'équation réduite y=2x3 (celle de la figure de la section précédente). On place d'abord le point (0;3) : l'ordonnée à l'origine. Puis, grâce à la pente 2 : en avançant de 1, on monte de 2, ce qui donne le point (1;1). On trace la droite passant par ces deux points. Pour plus de précision, on peut répéter le déplacement et placer aussi (2;1) : si les trois points ne sont pas alignés sur la feuille, c'est le signe d'une erreur !

Positions relatives de deux droites

Dans le plan, deux droites sont soit parallèles (même direction — y compris confondues), soit sécantes (elles se coupent en un unique point). Les vecteurs directeurs permettent de trancher par un simple calcul de déterminant.

Propriété

Soient d et d deux droites de vecteurs directeurs respectifs u et v.

  • d et d sont parallèles si et seulement si u et v sont colinéaires, c'est-à-dire si et seulement si det(u;v)=0.
  • Sinon, d et d sont sécantes : elles ont un unique point d'intersection.

Cas particulier : deux droites non verticales, d'équations réduites y=mx+p et y=mx+p, sont parallèles si et seulement si elles ont la même pente (m=m).

Le cas particulier se déduit du cas général : les deux droites admettent pour vecteurs directeurs u(1m) et v(1m), et det(u;v)=1×mm×1=mm, qui est nul si et seulement si m=m.

Remarque

Parmi les droites parallèles, on distingue les droites strictement parallèles (aucun point commun) et les droites confondues (tous leurs points sont communs). Pour départager : deux droites parallèles sont confondues dès qu'elles ont un point commun. Avec les équations réduites, c'est immédiat : même pente et même ordonnée à l'origine. Avec des équations cartésiennes, on teste si un point de l'une vérifie l'équation de l'autre.

Droites parallèles et droites sécantes

Sur la figure, les droites d'équations y=x+1 et y=x2 ont la même pente 1 : elles sont parallèles, et comme leurs ordonnées à l'origine diffèrent (12), elles sont strictement parallèles. La droite d'équation y=x+1, de pente 11, est sécante à chacune des deux autres.

Exemple

Décidons si les droites suivantes, données par des équations cartésiennes, sont parallèles ou sécantes.

  • d:2xy+3=0 et d:4x+2y+1=0. Leurs vecteurs directeurs sont u(12) et v(24), et det(u;v)=1×(4)2×(2)=4+4=0 : les droites sont parallèles. Sont-elles confondues ? Le point A(0;3) appartient à d, car 2×03+3=0 ; or 4×0+2×3+1=70, donc Ad : les droites sont strictement parallèles.
  • d1:xy+1=0 et d2:2x+y7=0. Leurs vecteurs directeurs sont u1(11) et u2(12), et det(u1;u2)=1×21×(1)=30 : les droites sont sécantes. Leur unique point d'intersection sera calculé dans la section suivante.

Intersection de deux droites et systèmes

Lorsque deux droites sont sécantes, comment calculer les coordonnées de leur point d'intersection ? Ce point appartient aux deux droites à la fois : ses coordonnées vérifient donc simultanément les deux équations. Chercher l'intersection revient ainsi à résoudre un système de deux équations à deux inconnues.

Définition

Un système de deux équations linéaires à deux inconnues x et y est un système de la forme

{ax+by=cax+by=c

a, b, c, a, b, c sont des réels donnés. Résoudre le système, c'est déterminer tous les couples (x;y) qui vérifient simultanément les deux équations. Un tel couple est appelé solution du système.

Deux méthodes de résolution sont au programme. Toutes deux reposent sur la même idée : éliminer momentanément une inconnue pour se ramener à une équation du premier degré à une seule inconnue, que l'on sait résoudre depuis le chapitre « Équations et inéquations ».

Méthode

Résoudre un système par substitution.

  1. Isoler une inconnue dans l'une des équations (choisir celle où c'est le plus simple).
  2. Substituer l'expression obtenue dans l'autre équation : celle-ci ne contient plus qu'une inconnue.
  3. Résoudre, puis reporter la valeur trouvée pour obtenir l'autre inconnue.
  4. Vérifier le couple obtenu dans les deux équations de départ.

Exemple travaillé. Résolvons le système

{x2y+5=02x+y5=0

Dans la première équation, on isole x : x=2y5. On substitue dans la seconde :

2(2y5)+y5=0,soit4y10+y5=0,soit5y=15,doncy=3.

On reporte : x=2×35=1. Le système admet une unique solution, le couple (1;3).

Vérification : 12×3+5=0 et 2×1+35=0 — les deux équations sont satisfaites.

Méthode

Résoudre un système par combinaison linéaire.

  1. Multiplier chaque équation par un réel bien choisi, de sorte qu'une inconnue ait des coefficients opposés dans les deux équations.
  2. Additionner membre à membre : cette inconnue disparaît, il reste une équation à une inconnue.
  3. Résoudre, puis reporter dans l'une des équations de départ pour obtenir l'autre inconnue.
  4. Vérifier le couple obtenu dans les deux équations de départ.

Exemple travaillé. Résolvons le système

{3x+2y=75x4y=19

Les coefficients de y sont 2 et 4 : en multipliant la première équation par 2, ils deviennent opposés (4 et 4). Le système équivaut à

{6x+4y=145x4y=19

En additionnant membre à membre : 11x=33, donc x=3. On reporte dans la première équation de départ : 3×3+2y=7, soit 2y=2, donc y=1. Le système admet une unique solution, le couple (3;1).

Vérification : 3×3+2×(1)=7 et 5×34×(1)=19 — c'est correct.

Chaque équation du système représente une droite : résoudre le système, c'est chercher les points communs aux deux droites. Les trois situations géométriques possibles se traduisent donc directement sur les solutions.

Propriété

Interprétation géométrique. Soit un système de deux équations linéaires à deux inconnues, dont les équations représentent deux droites d et d.

  • Si d et d sont sécantes : le système admet une unique solution, le couple de coordonnées du point d'intersection.
  • Si d et d sont strictement parallèles : le système n'admet aucune solution.
  • Si d et d sont confondues : le système admet une infinité de solutions — les coordonnées de tous les points de la droite.

Exemple

  • Le système formé des équations 2xy+3=0 et 4x+2y+1=0 n'a aucune solution : on a vu à la section précédente que ces droites sont strictement parallèles. (On peut le voir par le calcul : en multipliant la première équation par 2 puis en additionnant membre à membre, on obtient 7=0, ce qui est impossible — aucun couple (x;y) ne peut satisfaire les deux équations à la fois.)
  • Le système formé des équations 2xy+3=0 et 4x2y+6=0 a une infinité de solutions : la seconde équation est le double de la première, les deux droites sont confondues.

Exemple

Point d'intersection de deux droites sécantes. Reprenons les droites d1:xy+1=0 et d2:2x+y7=0, dont nous avons établi qu'elles sont sécantes (det(u1;u2)=30). Leur point d'intersection I(x;y) vérifie le système

{xy+1=02x+y7=0

Les coefficients de y sont déjà opposés (1 et 1) : en additionnant membre à membre, 3x6=0, donc x=2. En reportant dans la première équation : 2y+1=0, donc y=3.

Les droites d1 et d2 se coupent au point I(2;3). Vérification dans la seconde équation : 2×2+37=0 — le point I appartient bien aux deux droites.

Remarque

Avant de se lancer dans la résolution d'un système, un réflexe utile : calculer le déterminant des vecteurs directeurs des deux droites. S'il est non nul, on sait d'avance que le système a une unique solution et que les calculs doivent aboutir à un couple précis ; s'il est nul, inutile de chercher un point d'intersection unique — il n'y en a pas.

Bloqué sur « Droites du plan » ?

On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.