ECG approfondies · Chapitre 04 · Premier semestre
Suites de nombres réels
1re année
Vocabulaire sur R, borne supérieure, suites usuelles, convergence, théorèmes fondamentaux, suites adjacentes.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Vocabulaire sur R
- Borne supérieure
- Suites usuelles
- Convergence
- Théorèmes fondamentaux
- Suites adjacentes
Vous avez déjà rencontré les suites en terminale : suites arithmétiques, suites géométriques, un peu de récurrence, et la phrase « tend vers » comprise de manière intuitive, comme « les termes s'approchent de ». Ce chapitre reprend tout cela et le refonde. La différence tient en une seule ligne, celle de la définition de la limite : à partir d'aujourd'hui, « tend vers » signifie que pour tout , tous les termes de la suite sont à distance au plus de à partir d'un certain rang. Cette phrase, avec ses deux quantificateurs, est le cœur de toute l'analyse de première et de deuxième année. Elle remplace l'intuition par un énoncé que l'on peut démontrer, et surtout dont on peut démontrer la négation.
Ce basculement a un prix : il faut d'abord savoir de quoi l'on parle quand on dit « ». La section y est consacrée. On y trouve le vocabulaire de l'ordre, la valeur absolue vue comme une distance, et surtout la notion de borne supérieure, qui est la propriété caractéristique de : c'est elle qui distingue les réels des rationnels, c'est elle qui fera fonctionner le théorème de la limite monotone en section , donc toute l'étude des suites récurrentes en section . Le programme demande d'en admettre l'existence, sans construire ; nous l'admettrons donc, mais nous nous en servirons constamment.
Le plan est le suivant. La section met en place le vocabulaire sur , la borne supérieure, la partie entière et la densité de . La section donne les généralités sur les suites : modes de définition, majoration, monotonie. La section traite les quatre familles de suites dont on connaît le terme général explicitement : arithmétiques, géométriques, arithmético-géométriques, et récurrentes linéaires d'ordre . La section définit la limite et donne les règles de calcul. La section rassemble les théorèmes qui font le lien entre limites et inégalités : encadrement, comparaison, limite monotone, suites adjacentes, croissances comparées. La section enfin étudie les suites définies par , qui sont le sujet d'exercice le plus fréquent aux concours.
Deux avertissements sur le cadre. D'une part, les nombres complexes ne sont pas au programme de la filière ECG : toute équation du second degré que nous rencontrerons sera donc supposée de discriminant positif ou nul, et le cas d'un discriminant strictement négatif sera écarté d'une phrase. D'autre part, le chapitre sur les fonctions d'une variable réelle vient après celui-ci. Nous utiliserons librement les fonctions usuelles du lycée (polynômes, inverse, racine carrée, exponentielle, logarithme) et leurs propriétés élémentaires de monotonie, mais chaque fois que nous emprunterons un résultat à ce chapitre à venir, en particulier la continuité, nous le signalerons explicitement par la mention « admis ».
Voici les notations employées dans tout le chapitre.
| Notation | Signification |
|---|---|
| la suite ; désigne son terme d'indice | |
| suite définie à partir du rang | |
| , | inégalités larges ; et sont les inégalités strictes |
| partie entière du réel | |
| , | borne supérieure, borne inférieure d'une partie de |
| , | plus grand, plus petit élément de (quand ils existent) |
| un réel strictement positif, destiné à être « aussi petit que l'on veut » | |
| , , , | entiers naturels, entiers relatifs, rationnels, réels |
| , | ces ensembles privés de |
| fin d'une démonstration |
Vocabulaire sur l'ensemble des nombres réels
L'ordre sur et la manipulation des inégalités
On rappelle les inclusions , et l'on admet que est muni d'une relation d'ordre totale : deux réels sont toujours comparables. Les règles de manipulation ci-dessous sont supposées connues depuis le lycée ; nous les rassemblons parce que chaque erreur de calcul sur les inégalités se paye comptant dans une démonstration de limite.
Propriété
Soient , , , des réels.
- Transitivité. Si et , alors .
- Antisymétrie. Si et , alors .
- Addition. Si , alors , pour tout réel .
- Somme membre à membre. Si et , alors .
- Multiplication. Si et , alors . Si et , alors : l'inégalité change de sens.
- Produit membre à membre. Si et , alors .
- Inverse. Si , alors .
- Carré et racine. Si , alors et . Réciproquement, si , et , alors .
Remarque
Deux pièges à connaître, responsables d'une bonne part des erreurs de début d'année.
On ne soustrait pas deux inégalités membre à membre. De et on ne peut pas conclure , ce qui serait faux. La bonne méthode consiste à transformer la soustraction en addition : de on tire , puis on additionne, ce qui donne .
On ne multiplie pas deux inégalités membre à membre sans hypothèse de signe. De et on ne conclut pas . La règle du produit exige que tous les nombres en jeu soient positifs.
La propriété suivante, d'apparence anodine, sert à conclure une démonstration sur deux : c'est elle qui transforme « on peut rendre cette quantité aussi petite que l'on veut » en « cette quantité est nulle ».
Propriété
Lemme fondamental. Soit un réel. Si pour tout réel on a , alors .
En particulier, si et si pour tout , alors .
Démonstration. Raisonnons par l'absurde et supposons . Le réel est alors strictement positif, donc l'hypothèse s'applique et donne , c'est-à-dire , puis : c'est contradictoire avec . Donc . Le cas particulier s'obtient par antisymétrie.
Valeur absolue et distance
Définition
La valeur absolue d'un réel est le réel positif
Pour deux réels et , le réel s'appelle la distance de à .
Propriété
Pour tous réels et :
- , et si et seulement si ;
- , , et si ;
- et ;
- ;
- pour tout réel : .
La dernière équivalence est la plus utilisée de tout le chapitre. Écrite avec une distance, elle devient : pour ,
Autrement dit, « est à distance au plus de » et « appartient à l'intervalle centré en de rayon » sont deux façons de dire la même chose. Toute la définition de la limite repose sur ce va-et-vient.
Propriété
Inégalité triangulaire. Pour tous réels et ,
Démonstration. On sait que et . En additionnant ces deux encadrements membre à membre, ce qui est licite puisqu'ils sont de même sens, on obtient
Le réel est positif, donc la caractérisation ci-dessus s'applique et donne .
Remarque
On peut aussi démontrer cette inégalité en comparant les carrés, méthode utile lorsqu'on manipule des racines. Les deux membres étant positifs, il suffit de vérifier que . Or
car . On conclut par la règle « si , et , alors ».
Le cas d'égalité mérite d'être connu : si et seulement si , c'est-à-dire si et seulement si et sont de même signe.
Propriété
Inégalité triangulaire renversée. Pour tous réels et ,
Démonstration. En écrivant et en appliquant l'inégalité triangulaire,
En échangeant les rôles de et de , on obtient de même , c'est-à-dire . Les deux inégalités réunies donnent
soit exactement .
Remarque
Par récurrence immédiate, l'inégalité triangulaire s'étend à une somme finie de réels :
Intervalles
Définition
Soient et deux réels avec . On appelle intervalles de les ensembles suivants, ainsi que lui-même et l'ensemble vide :
Un intervalle de la forme , avec réels, s'appelle un segment.
Ainsi et . Un crochet tourné vers l'extérieur signifie que la borne est exclue. On notera que ne contient évidemment pas , qui n'est pas un nombre réel : le crochet extérieur du côté de l'infini est obligatoire.
Propriété
Caractérisation des intervalles (admise). Une partie de est un intervalle si et seulement si elle vérifie
Autrement dit, un intervalle est une partie de « sans trou » : dès qu'elle contient deux réels, elle contient tous ceux qui sont entre les deux.
Exemple
L'ensemble n'est pas un intervalle : il contient et mais pas . L'ensemble n'est pas un intervalle non plus : il contient et , mais pas . En revanche est un intervalle : une intersection de deux intervalles est toujours un intervalle, ce qu'on lit immédiatement sur la caractérisation ci-dessus. Attention, ce n'est pas vrai pour la réunion.
Parties majorées, minorées, bornées
Définition
Soit une partie de , et soit un réel.
- est un majorant de lorsque . On dit alors que est majorée.
- est un minorant de lorsque . On dit alors que est minorée.
- est bornée lorsqu'elle est à la fois majorée et minorée.
Remarque
Un majorant n'est jamais unique : si majore , alors tout réel plus grand que le majore aussi. Un majorant n'a par ailleurs aucune raison d'appartenir à : le réel est un majorant de .
Enfin, l'ensemble vide est majoré par n'importe quel réel, ce qui est logiquement correct mais sans intérêt : dans tout ce qui suit, les parties considérées seront non vides.
Propriété
Une partie de est bornée si et seulement s'il existe un réel tel que
Démonstration. Si un tel existe, alors pour tout , donc est majorée par et minorée par : elle est bornée. Réciproquement, supposons bornée : il existe et tels que pour tout de . Posons , qui est positif. Pour , on a d'une part , d'autre part . Donc , c'est-à-dire .
Maximum et minimum
Définition
Soit une partie non vide de . On dit que le réel est le maximum (ou plus grand élément) de lorsque
On le note alors . On définit de même le minimum : c'est un minorant de qui appartient à .
Un maximum est donc un majorant qui appartient à l'ensemble. C'est cette double condition qui fait toute la difficulté : la seconde partie est souvent facile, la première pas toujours vérifiable.
Propriété
Si admet un maximum, celui-ci est unique.
Démonstration. Soient et deux maximums de . Comme et que majore , on a . Comme et que majore , on a . Par antisymétrie, .
Exemple
a. : et , les deux bornes appartenant à .
b. : on a , mais n'a pas de maximum. Démontrons-le, car le raisonnement est un modèle du genre. Supposons que existe. Alors , donc . Posons . Comme , on a
donc , et de plus : ainsi et , ce qui contredit le fait que majore . Donc n'a pas de maximum, alors qu'elle est manifestement majorée par .
c. : , et n'est pas majorée (nous le démontrerons plus bas), donc elle n'a pas de maximum.
L'exemple b. met le doigt sur une insuffisance : est majorée, le réel est visiblement « le meilleur majorant possible », mais le vocabulaire du maximum ne permet pas de le dire. C'est exactement ce que la borne supérieure va corriger.
Borne supérieure et borne inférieure
Définition
Soit une partie non vide et majorée de . On appelle borne supérieure de , si elle existe, le plus petit des majorants de . On la note . Autrement dit, signifie :
- est un majorant de : ;
- est le plus petit : pour tout majorant de , on a .
De même, la borne inférieure d'une partie non vide et minorée est le plus grand des minorants de , notée .
La borne supérieure, quand elle existe, est unique : c'est le minimum de l'ensemble des majorants, et un minimum est unique.
Propriété
Propriété de la borne supérieure (ADMISE). Toute partie non vide et majorée de admet une borne supérieure.
Toute partie non vide et minorée de admet une borne inférieure.
Remarque
Cette propriété est admise : sa démonstration relève de la construction de , hors programme. Il faut savoir qu'elle est ce qui distingue vraiment de . Considérons en effet
Vue comme partie de , cette partie est non vide et majorée (par ), mais elle n'a pas de plus petit majorant rationnel : le candidat naturel serait , qui n'est pas rationnel. C'est précisément ce défaut que vient combler, et c'est pourquoi tous les théorèmes d'existence de ce chapitre (limite monotone, suites adjacentes) reposent, directement ou non, sur cette propriété.
Le second énoncé se déduit du premier : si est non vide et minorée, alors est non vide et majorée, elle admet donc une borne supérieure, et l'on vérifie sans peine que .
Propriété
Caractérisation de la borne supérieure par les . Soient une partie non vide de et un réel. On a si et seulement si les deux conditions suivantes sont réunies :
- ( majore ) ;
- (aucun réel strictement plus petit que ne majore ).
Démonstration. Supposons d'abord . La condition est vraie par définition, puisque est un majorant. Pour la condition , soit . Le réel est strictement plus petit que ; comme est le plus petit des majorants, n'est pas un majorant de . La négation de « » fournit donc un élément de tel que .
Réciproquement, supposons les conditions et satisfaites. La condition dit que est un majorant de . Montrons que c'est le plus petit. Soit un majorant de , et supposons par l'absurde . Posons . La condition fournit un tel que , ce qui contredit le fait que majore . Donc pour tout majorant , et est bien le plus petit des majorants : .
Remarque
La condition se lit ainsi : quelle que soit la marge que l'on s'accorde, il y a toujours un élément de dans l'intervalle . La borne supérieure est donc « approchée d'aussi près que l'on veut » par des éléments de , même lorsqu'elle n'est pas atteinte.
Notons au passage qu'il suffit de vérifier la condition pour les petites valeurs de : si elle est vraie pour un certain , elle est vraie pour tout , puisque . C'est commode dans les démonstrations, où l'on peut supposer par exemple .
Propriété
Caractérisation de la borne inférieure. Soient non vide et un réel. On a si et seulement si :
- ;
- .
Propriété
Lien entre maximum et borne supérieure. Soit une partie non vide de .
- Si admet un maximum, alors admet une borne supérieure et .
- Réciproquement, si est majorée et si , alors existe et vaut .
Démonstration. Posons . Alors majore , et si est un majorant quelconque de , on a puisque : ainsi est le plus petit des majorants, donc . Réciproquement, si appartient à , alors est un majorant de appartenant à : c'est le maximum de .
Exemple
Reprenons . Montrons que à l'aide de la caractérisation.
Condition . Tout de vérifie , donc : le réel majore .
Condition . Soit ; d'après la remarque ci-dessus, on peut supposer . Posons . Alors et , donc ; et . La condition est vérifiée.
Donc , bien que : cette partie admet une borne supérieure mais pas de maximum. En revanche , car minore et lui appartient.
La propriété d'Archimède
Nous aurons besoin en permanence du fait que « est aussi grand que l'on veut ». Cela paraît évident, et c'est pourtant une conséquence de la propriété de la borne supérieure.
Propriété
est archimédien. L'ensemble n'est pas majoré dans : pour tout réel , il existe un entier tel que .
Conséquence : pour tout réel , il existe un entier tel que .
Démonstration. Supposons par l'absurde que soit majoré. Comme est non vide, il admet une borne supérieure . En appliquant la caractérisation avec , il existe un entier tel que , d'où . Or est un entier naturel, donc puisque majore : contradiction. Donc n'est pas majoré, ce qui signifie exactement qu'aucun réel ne majore , c'est-à-dire qu'il existe toujours un entier .
Pour la conséquence, soit . En appliquant ce qui précède à , il existe tel que . Un tel est non nul, et par passage à l'inverse dans une inégalité entre réels strictement positifs, .
Partie entière
Définition
Soit un réel. Il existe un unique entier relatif tel que
Cet entier s'appelle la partie entière de et se note .
Existence et unicité. L'existence est admise : elle repose sur la propriété d'Archimède, qui garantit que est encadré par deux entiers, et sur le fait que toute partie non vide et majorée de admet un plus grand élément. L'unicité, elle, se démontre en deux lignes. Supposons et avec et entiers. De et on tire , donc ; en échangeant les rôles, . Ainsi , et comme est un entier, .
Propriété
Encadrement fondamental. Pour tout réel ,
De plus, si et seulement si .
Exemple
, car . . , car .
Attention au cas des négatifs : , car . La partie entière n'est pas la troncature : elle est toujours l'entier immédiatement en dessous.
Méthode
Utiliser la partie entière pour fabriquer un rang. C'est son usage principal dans ce chapitre. Lorsqu'une démonstration réclame « un entier tel que », où est un réel donné, on pose
et l'encadrement fondamental garantit . Si l'on veut de plus , on prend .
Densité de dans
Propriété
Densité de dans . Pour tous réels et tels que , il existe un rationnel tel que
Autrement dit, tout intervalle ouvert non vide de contient au moins un rationnel.
Démonstration. Soient . Comme , la propriété d'Archimède fournit un entier tel que , c'est-à-dire, en multipliant par ,
Posons alors , qui est un entier relatif. L'encadrement fondamental donne d'une part
et d'autre part, puisque ,
On a donc , et en divisant par ,
Le rationnel convient.
Remarque
Une fois qu'un intervalle ouvert contient un rationnel, il en contient une infinité : en effet, si , on peut recommencer avec l'intervalle , puis avec le suivant, indéfiniment.
L'ensemble des irrationnels est lui aussi dense dans . Pour le voir, appliquons le théorème à : il existe un rationnel tel que , donc . Et est irrationnel, car s'il était rationnel, le serait aussi, alors qu'on sait que .
Généralités sur les suites
Définition et modes de définition
Définition
Une suite réelle est une application de dans . Pour tout , on note (et non ) l'image de , appelée terme d'indice ou terme de rang . La suite elle-même se note , ou plus brièvement .
Lorsque la suite n'est définie qu'à partir d'un rang , on la note .
Remarque
Il faut distinguer soigneusement deux objets : est la suite, c'est-à-dire l'application tout entière, alors que est un nombre réel, le terme de rang . Écrire « la suite est croissante » est un abus ; écrire « la suite est croissante » est correct. Cette distinction n'est pas de la pédanterie : elle évite des confusions graves, par exemple entre la limite de la suite et la valeur d'un terme.
Il y a essentiellement trois manières de définir une suite.
Définition explicite. On donne une formule qui calcule directement en fonction de , par exemple pour , ou . Autrement dit, où est une fonction définie au moins sur . C'est le cas le plus confortable : on peut calculer sans calculer les mille termes précédents.
Définition par récurrence. On donne le ou les premiers termes, et une relation qui exprime chaque terme à partir des précédents. À l'ordre : donné et pour tout . À l'ordre : et donnés, et une relation exprimant en fonction de et de . Ici, il n'y a en général pas de formule explicite, et c'est tout l'objet des sections et que d'en fournir une, ou à défaut d'obtenir la limite sans formule.
Définition implicite. Pour chaque , le terme est défini comme l'unique solution d'une équation dépendant de , par exemple « est l'unique solution positive de ». Nous nous contentons ici de signaler ce mode de définition : les outils permettant de justifier l'existence et l'unicité d'une telle solution relèvent du chapitre sur les fonctions.
Remarque
Une suite peut aussi être définie par une somme finie dépendant de , comme
Ce n'est pas un quatrième mode de définition : c'est une définition explicite, simplement écrite avec le symbole somme. Attention, le nombre de termes de la somme dépend ici de : on ne peut donc pas « passer à la limite terme à terme ».
Exemple
La suite définie par et pose un problème : n'existe pas. Avant d'étudier une suite récurrente, il faut donc toujours vérifier qu'elle est bien définie, c'est-à-dire que chaque terme reste dans le domaine de définition de . C'est l'objet de l'étape de stabilité de la section .
Suites majorées, minorées, bornées
Définition
Soit une suite réelle.
- est majorée s'il existe un réel tel que .
- est minorée s'il existe un réel tel que .
- est bornée si elle est à la fois majorée et minorée.
Remarque
Le point capital est l'ordre des quantificateurs : le réel doit être le même pour tous les , il ne dépend pas de . Écrire « pour tout , , donc est majorée » est une faute : dépend de , ce n'est pas un majorant de la suite.
Propriété
Une suite est bornée si et seulement s'il existe un réel tel que
Démonstration. C'est la propriété démontrée en section pour les parties de , appliquée à l'ensemble des valeurs prises par la suite.
Exemple
a. est bornée. En effet pour tout , et en écrivant , on voit que . Donc , et .
b. est bornée : pour tout .
c. est minorée mais pas majorée. Minorée : la forme canonique donne . Non majorée : pour , on a , donc ; comme n'est majoré par aucun réel (propriété d'Archimède), la suite ne l'est pas non plus.
d. n'est ni majorée ni minorée.
Monotonie
Définition
Soit une suite réelle. On dit que est :
- croissante si ;
- strictement croissante si ;
- décroissante si ;
- strictement décroissante si ;
- monotone si elle est croissante ou décroissante ;
- constante si ;
- stationnaire si elle est constante à partir d'un certain rang.
Propriété
Si est croissante, alors pour tous entiers et tels que , on a .
Démonstration. Fixons et montrons par récurrence sur la propriété : « ». Pour , c'est l'égalité . Si est vraie pour un , alors par croissance, donc est vraie.
Méthode
Étudier la monotonie d'une suite. Trois techniques, à choisir selon la forme de .
- Signe de la différence . C'est la méthode par défaut, toujours applicable. On calcule , on simplifie, et on détermine son signe.
- Comparaison du quotient à . Utilisable uniquement si tous les termes sont strictement positifs. Si pour tout , la suite est croissante ; si le quotient est , elle est décroissante. Cette méthode est la bonne quand est un produit, un quotient, une puissance ou une factorielle, car les simplifications y sont spectaculaires.
- Monotonie de lorsque . Si est définie explicitement par et si est croissante sur , alors est croissante.
Attention. La technique ne s'applique jamais à une suite récurrente . Dans ce cas, la croissance de ne donne pas la croissance de , mais seulement sa monotonie, dans un sens qui dépend de : voir la section .
Exemple
a. Par la différence. Soit . Alors
Ce réel est négatif pour et positif pour . La suite n'est donc pas monotone sur tout entier (, , , ), mais elle est croissante à partir du rang .
b. Par le quotient. Soit pour . Tous les termes sont strictement positifs, et
Pour , on a , donc : la suite est décroissante à partir du rang . Elle est même strictement décroissante à partir du rang , puisque dès que . On vérifie : , , .
c. Par la fonction. Soit , c'est-à-dire avec . On utilise librement la décroissance de la fonction inverse sur : la fonction est décroissante sur , donc y est croissante, donc est croissante.
Propriétés vraies à partir d'un certain rang
Définition
On dit qu'une propriété est vraie à partir d'un certain rang lorsque
Cette locution est omniprésente en analyse, pour une raison de fond : les notions de limite ne dépendent que du comportement de la suite « au bout ». Modifier un nombre fini de termes d'une suite ne change ni son caractère convergent, ni sa limite éventuelle, ni son caractère borné. En revanche, cela peut évidemment changer sa monotonie ou la valeur de son maximum.
Remarque
Conséquence pratique : dans tous les théorèmes de ce chapitre faisant intervenir une inégalité entre suites (encadrement, comparaison, passage à la limite), l'hypothèse « pour tout » peut être remplacée par « à partir d'un certain rang », sans que la conclusion change. Nous l'écrirons systématiquement sous cette forme, plus souple à l'usage.
Lorsque plusieurs propriétés sont vraies à partir de rangs différents , elles sont toutes vraies simultanément à partir du rang . Ce petit geste, prendre le maximum d'un nombre fini de rangs, revient dans presque toutes les démonstrations qui suivent.
Suites usuelles
Cette section rassemble les suites dont on sait calculer le terme général. Certains énoncés portent sur des limites, notion définie précisément en section : pour ne pas éparpiller les résultats, nous les regroupons ici, en rappelant à chaque fois la définition utilisée. En première lecture, on peut admettre ces limites et revenir aux démonstrations après avoir lu la section .
Suites arithmétiques
Définition
Une suite est arithmétique de raison (où est un réel fixé) lorsque
Propriété
Soit arithmétique de raison . Alors pour tous entiers et :
Démonstration. Montrons par récurrence la propriété : « ». Pour : , vrai. Supposons vraie. Alors
donc est vraie. La formule générale s'en déduit : .
Propriété
Somme de termes consécutifs. Pour tous entiers ,
En français : nombre de termes (premier terme + dernier terme) .
Démonstration. Commençons par la somme des premiers entiers. Posons . En écrivant la somme dans les deux sens et en ajoutant terme à terme,
d'où . Traitons maintenant le cas :
Le cas général s'obtient en appliquant ce résultat à la suite définie par , qui est arithmétique de même raison, et qui compte termes de à .
Exemple
Soit arithmétique avec et . Alors , donc , et
Propriété
Monotonie et limite. Soit arithmétique de raison . Comme , la suite est croissante si , décroissante si , constante si . Quant à la limite : si , si , et si .
Suites géométriques
Définition
Une suite est géométrique de raison (où est un réel fixé) lorsque
Propriété
Soit géométrique de raison . Alors
Démonstration. Récurrence immédiate : la formule est vraie au rang , et si , alors .
Propriété
Somme de termes consécutifs. Pour et pour tout ,
Si , cette somme vaut simplement . Plus généralement, pour ,
Démonstration. Posons . Alors
tous les termes intermédiaires se simplifiant deux à deux. Donc , et comme on peut diviser par . La formule générale s'obtient en factorisant dans la somme.
Remarque
La formule se retient sous la forme
L'erreur la plus fréquente est de se tromper sur le nombre de termes : de l'indice à l'indice , il y en a , et non .
Exemple
Passons aux limites. Rappelons par anticipation sur la section que « » signifie : pour tout réel , on a à partir d'un certain rang ; et que « » signifie : pour tout , on a à partir d'un certain rang. L'outil de la démonstration est l'inégalité suivante, à connaître par cœur.
Propriété
Inégalité de Bernoulli. Pour tout réel et tout entier ,
Démonstration. Récurrence sur , à fixé. Au rang : et , l'inégalité est vraie (avec égalité). Supposons . Comme , le réel est positif, donc on peut multiplier l'inégalité par sans en changer le sens :
Or , donc , ce qui est la propriété au rang .
Propriété
Limite d'une suite géométrique. Soit un réel.
- Si , alors .
- Si , alors pour tout : la suite est constante, de limite .
- Si , alors .
- Si , la suite n'a pas de limite.
Démonstration. Cas . Posons , de sorte que avec . L'inégalité de Bernoulli donne pour tout . Soit un réel. Posons , qui est un entier naturel vérifiant . Pour tout , on a , donc (on multiplie par ), donc
Ainsi à partir du rang : par définition, .
Cas . Si , la suite est nulle à partir du rang et tend vers . Sinon, posons . D'après le premier cas, . Soit : il existe un rang tel que pour tout . Pour un tel , comme , le passage à l'inverse donne
Donc .
Cas . Les termes d'indice pair valent et ceux d'indice impair . La suite prend donc une infinité de fois des valeurs et une infinité de fois des valeurs : nous verrons en section (unicité de la limite) qu'un tel comportement interdit toute limite, finie ou infinie.
Remarque
On retiendra le cas particulier, constamment utilisé : pour , la suite est strictement décroissante et tend vers . Par exemple et , alors que .
Suites arithmético-géométriques
Définition
Une suite est dite arithmético-géométrique lorsqu'il existe deux réels et tels que
Si , la suite est arithmétique de raison ; si , elle est géométrique de raison . Le cas intéressant est donc et , que l'on suppose désormais.
Propriété
Soit vérifiant avec . Notons l'unique solution de l'équation , appelée point fixe :
Alors la suite définie par est géométrique de raison , et
Démonstration. L'équation s'écrit , et comme , elle a l'unique solution . Posons . Alors, en utilisant successivement la relation de récurrence puis l'égalité :
La suite est donc géométrique de raison et de premier terme , d'où , puis .
Méthode
Étudier une suite arithmético-géométrique .
- Chercher le point fixe : résoudre , ce qui donne (possible car ).
- Poser et démontrer, par le calcul ci-dessus, que est géométrique de raison . Ne jamais se contenter d'affirmer : le calcul de doit figurer sur la copie.
- Écrire , puis revenir à .
- Conclure sur la limite grâce à la limite de : si , alors ; si , la suite diverge (vers ou selon le signe de ), sauf si , auquel cas la suite est constante.
- Vérifier la formule obtenue sur et : c'est un contrôle qui coûte dix secondes et rattrape la plupart des erreurs de signe.
Exemple
Soit définie par et .
Point fixe. donne , soit .
Suite auxiliaire. Posons . Alors
donc est géométrique de raison , avec .
Terme général. , donc .
Vérification. , correct. , et la formule donne , correct. , et la formule donne , correct.
Limite. Comme , on a , donc .
Exemple
Soit définie par et (modèle classique : une population qui perd de son effectif chaque année et reçoit nouveaux individus).
Point fixe. donne , soit .
Suite auxiliaire. vérifie , avec .
Terme général. .
Vérification. , et la formule donne , correct.
Limite. Comme , on a , donc : la population se stabilise à individus, en croissant (car et croît vers ).
Suites récurrentes linéaires d'ordre
Définition
Une suite vérifie une relation de récurrence linéaire d'ordre à coefficients constants lorsqu'il existe deux réels et , avec , tels que
Une telle suite est entièrement déterminée par la donnée de et .
L'équation du second degré
s'appelle l'équation caractéristique associée. Son discriminant vaut .
Remarque
Attention aux signes : la relation conduit à l'équation , avec deux changements de signe. Le plus sûr est de retenir la règle de fabrication : on remplace par , puis on ramène tout dans le membre de gauche. Ainsi donne , soit .
Propriété
Théorème (admis). Soient et deux réels avec , et soit le discriminant de l'équation caractéristique .
- Si , l'équation admet deux racines réelles distinctes et , et les suites vérifiant la relation de récurrence sont exactement les suites de la forme
- Si , l'équation admet une racine double , non nulle, et les suites solutions sont exactement celles de la forme
Dans les deux cas, les constantes et sont déterminées de manière unique par les valeurs de et .
Remarque
Le cas conduirait à des racines complexes : il est hors programme en ECG, où les nombres complexes ne figurent pas. Tous les énoncés que vous rencontrerez auront donc un discriminant positif ou nul.
Signalons aussi que l'hypothèse n'est pas gratuite : si , la relation devient , c'est-à-dire une récurrence d'ordre sur la suite décalée. Elle garantit par ailleurs que dans le cas de la racine double : une racine double signifie , donc et , et entraînerait .
Vérification partielle du théorème. Le théorème comporte deux affirmations : ces suites sont solutions, et il n'y en a pas d'autres. La seconde est admise. La première se vérifie directement, et il est bon de savoir le faire.
Si est racine de , alors en multipliant par on obtient : la suite est bien solution. Comme la relation est linéaire, toute combinaison de deux solutions est encore solution. Dans le cas d'une racine double, il reste à vérifier que est solution. Avec et :
ce qui est bien le terme d'indice de la suite .
Méthode
Résoudre une récurrence linéaire d'ordre .
- Écrire l'équation caractéristique et calculer son discriminant.
- Déterminer les racines, et écrire la forme générale des solutions (, ou ).
- Écrire le système de deux équations obtenu en et avec les valeurs initiales.
- Résoudre ce système linéaire en .
- Vérifier la formule obtenue sur , calculé des deux façons.
Exemple
Deux racines distinctes. Soit définie par , et .
Équation caractéristique. , de discriminant . Les racines sont et .
Forme générale. .
Conditions initiales.
De la première équation, ; en reportant : , donc et .
Conclusion. .
Vérification. La relation donne , et la formule donne . De même , et la formule donne .
Limite. , et comme et , on obtient .
Exemple
Racine double. Soit définie par , et .
Équation caractéristique. , de discriminant . Racine double .
Forme générale. .
Conditions initiales. En : . En : , donc , puis .
Conclusion. .
Vérification. La relation donne , et la formule donne . Puis , et la formule donne .
Remarque
La suite de Fibonacci, définie par , et , relève exactement de ce théorème. Son équation caractéristique est , de discriminant , dont les racines sont (le nombre d'or) et . Le terme général est donc une combinaison de puissances de ces deux nombres irrationnels, alors que tous les termes de la suite sont des entiers.
Limite d'une suite
Convergence
Définition
Soit une suite réelle et un réel. On dit que converge vers , et l'on note , lorsque
Une suite est dite convergente s'il existe un réel vers lequel elle converge, et divergente dans le cas contraire.
Remarque
Décortiquons cette définition, qui est la plus importante du semestre.
- signifie : le terme est dans l'intervalle centré en de rayon .
- « » signifie « à partir d'un certain rang ». On tolère donc que les premiers termes soient très loin de : seul compte le comportement au bout.
- L'ordre des quantificateurs est essentiel : le rang est choisi après , il en dépend. Plus est petit, plus est en général grand. On écrit parfois pour le souligner.
- Remplacer par donne une définition équivalente : si à partir d'un certain rang, alors a fortiori . On utilisera indifféremment l'une ou l'autre.
Méthode
Démontrer une limite en revenant à la définition. C'est l'exercice de base, et la seule méthode disponible tant qu'on n'a pas les théorèmes de la section .
- Se donner quelconque (« Soit »).
- Majorer par une expression simple de , en général de la forme ou .
- Résoudre l'inéquation « expression simple » d'inconnue .
- Poser explicitement à l'aide d'une partie entière, et rédiger : « pour tout , on a ».
- Conclure : « donc ».
Exemple
Montrons que (suite définie pour ).
Soit . Posons , qui est un entier vérifiant d'après l'encadrement fondamental de la partie entière. Soit . Alors , donc par passage à l'inverse
Ainsi, pour tout , il existe un rang à partir duquel : la suite converge vers .
Exemple
Montrons que .
Commençons par calculer la distance à la limite :
Soit . Posons . Pour , on a , donc . Donc .
Divergence vers l'infini, divergence sans limite
Définition
Soit une suite réelle.
- diverge vers , noté , lorsque
- diverge vers , noté , lorsque
Remarque
Vocabulaire à respecter : une suite qui tend vers diverge, elle ne converge pas. Le mot « convergent » est réservé aux limites finies. Il y a donc exactement trois comportements possibles pour une suite :
- elle converge vers un réel ;
- elle diverge vers ou vers ;
- elle n'a pas de limite du tout.
Le troisième cas existe bel et bien, comme le montre l'exemple ci-dessous : « diverge » ne signifie pas « tend vers l'infini ».
Propriété
Si , alors n'est pas majorée.
Démonstration. Soit un réel quelconque. En appliquant la définition avec , il existe un rang tel que : aucun réel ne majore la suite.
Exemple
La suite n'a pas de limite.
Elle ne converge pas. Supposons qu'elle converge vers un réel . En appliquant la définition avec , il existe un rang tel que pour tout . Choisissons un indice pair et un indice impair (il en existe toujours). Alors et , donc
ce qui est absurde.
Elle ne tend pas vers l'infini. Elle est bornée par , donc majorée : d'après la propriété précédente, elle ne tend pas vers ; le même argument, appliqué à la minoration par , écarte .
Cette suite n'a donc aucune limite. Le même raisonnement s'applique à pour , ce qui achève la démonstration laissée en suspens en section : pour , la suite n'est pas bornée (car ), donc elle ne converge pas d'après le théorème suivant ; et elle prend une infinité de valeurs négatives et une infinité de valeurs positives, donc elle ne peut tendre ni vers ni vers .
Unicité de la limite
Propriété
Unicité de la limite. Si une suite converge vers et vers , alors .
Démonstration. Soit . Comme , il existe un rang tel que
Comme , il existe un rang tel que
Posons : les deux majorations sont alors vraies simultanément. En écrivant et en appliquant l'inégalité triangulaire,
Ceci vaut pour tout . Le lemme fondamental de la section donne alors , et comme une valeur absolue est positive, , c'est-à-dire .
Remarque
C'est cette unicité qui autorise la notation , avec un article défini : la limite. Sans ce théorème, l'écriture n'aurait pas de sens.
Le point technique à retenir de la démonstration est le découpage de en . On l'emploie chaque fois que deux hypothèses de convergence doivent être utilisées ensemble.
Toute suite convergente est bornée
Propriété
Une suite convergente est bornée. Si converge, alors est bornée.
Par contraposition : une suite non bornée est divergente.
Démonstration. Notons la limite de . Appliquons la définition avec la valeur particulière : il existe un rang tel que
Pour un tel , l'inégalité triangulaire donne
Les termes d'indice , eux, sont en nombre fini : l'ensemble est une partie finie non vide de , elle admet donc un plus grand élément. Posons
Alors pour tout : pour parce que figure dans la liste, et pour par la majoration ci-dessus. La suite est bornée.
Remarque
La réciproque est fausse : est bornée et ne converge pas. Être borné est une condition nécessaire de convergence, jamais suffisante. En revanche, la contraposée est un outil de démonstration très efficace : pour montrer qu'une suite diverge, il suffit souvent de montrer qu'elle n'est pas bornée.
Propriété
Signe à partir d'un certain rang. Si avec , alors à partir d'un certain rang. En particulier, les termes de la suite sont strictement positifs à partir d'un certain rang.
De même, si , les termes sont strictement négatifs à partir d'un certain rang.
Démonstration. Appliquons la définition avec : il existe un rang tel que, pour , , donc
Opérations sur les limites
Les théorèmes qui suivent sont admis, à deux exceptions près que nous démontrons parce que leurs démonstrations sont exigibles et courtes. Dans tous les tableaux, « FI » signifie forme indéterminée : aucune conclusion générale n'est possible, il faut transformer l'expression.
Propriété
Somme. Si et (limites finies), alors . Le tableau complet, limites infinies comprises, est le suivant.
| \ | fini | ||
|---|---|---|---|
| fini | |||
| FI | |||
| FI |
Démonstration (cas de deux limites finies). Soit . Il existe tel que pour , et tel que pour . Posons . Pour ,
Donc .
Propriété
Produit. Si et (limites finies), alors . En particulier pour tout réel . Le tableau complet est le suivant.
| \ | |||||
|---|---|---|---|---|---|
| FI | FI | ||||
| FI | |||||
| FI |
Propriété
Inverse et quotient. Le tableau donne la limite de , les termes étant supposés non nuls à partir d'un certain rang.
| ou | avec | avec | sans signe constant | ||
|---|---|---|---|---|---|
| pas de règle générale |
La limite d'un quotient s'obtient en combinant ce tableau avec celui du produit, puisque .
Remarque
Les notations et abrègent les colonnes et : « » signifie que et que à partir d'un certain rang. Cette précision est indispensable : la suite tend vers , mais n'a pas de limite.
Notons aussi que si , la propriété de signe démontrée plus haut garantit que à partir d'un certain rang : le quotient est alors bien défini au bout, ce qui suffit.
Propriété
Produit d'une suite bornée par une suite de limite nulle. Si est bornée et si , alors .
Démonstration. Soit tel que pour tout . Soit . Comme , il existe un rang tel que pour tout (on écrit plutôt que pour éviter une division par zéro si ). Pour un tel ,
car . Donc .
Exemple
La suite (pour ) tend vers : c'est le produit de la suite bornée par la suite , de limite nulle. Le théorème du produit ordinaire ne s'appliquerait pas, puisque n'a pas de limite.
Propriété
Fonctions usuelles (admis). Les résultats suivants seront justifiés au chapitre sur les fonctions ; nous les utiliserons dès maintenant en le signalant.
- Si , alors . Si , alors .
- Si , alors . Si , alors ; si , alors .
- Si , alors . Si , alors ; si , alors .
Formes indéterminées
Définition
On appelle forme indéterminée une situation où les théorèmes d'opérations ne permettent pas de conclure. Il y en a quatre :
Ces quatre écritures sont des abréviations commodes, et non des calculs : les symboles et ne sont pas des nombres, et aucune opération ne les concerne.
Le mot « indéterminé » ne signifie pas « il n'y a pas de limite » : il signifie que la seule connaissance des limites des morceaux ne suffit pas. Toutes les issues sont possibles, comme le montrent ces trois suites, toutes de la forme :
Méthode
Lever une forme indéterminée. Deux techniques couvrent la quasi-totalité des cas de ce chapitre.
- Factoriser par le terme dominant. Dans une somme, un quotient, un polynôme en , on met en facteur le terme qui « croît le plus vite », au numérateur comme au dénominateur, puis on simplifie. Les termes restants tendent vers et la forme se lève.
- Multiplier par la quantité conjuguée. Dès qu'une différence de racines carrées apparaît, on utilise
ce qui transforme la forme en un quotient que l'on sait traiter.
Exemple
a. Quotient de polynômes en . Soit . C'est une forme . Factorisons en haut et en bas, pour :
b. Différence de puissances. Soit pour . Le premier facteur tend vers , le second vers , donc .
c. Quantité conjuguée. Soit . Forme . On écrit
Le dénominateur tend vers , donc .
d. Conjuguée puis factorisation. Soit . On écrit d'abord
Pour , , donc
en utilisant le résultat admis sur la racine carrée. Ce résultat est instructif : et tendent tous deux vers , et leur différence tend vers , ni vers ni vers l'infini.
Remarque
On rencontre aussi des expressions de la forme conduisant aux formes indéterminées « », « » ou « ». On les traite en écrivant , ce qui ramène à une forme dans l'exposant. Les outils nécessaires seront disponibles après le chapitre sur les fonctions.
Limites et inégalités, théorèmes fondamentaux
Passage à la limite dans les inégalités
Propriété
Passage à la limite. Soient et deux suites convergentes, de limites respectives et . Si à partir d'un certain rang, alors
Démonstration. Raisonnons par l'absurde et supposons . Posons . Il existe un rang tel que pour , un rang tel que pour , et un rang à partir duquel . Pour , on a simultanément
Or
donc , c'est-à-dire : cela contredit . Donc .
Propriété
Cas particuliers. Soit convergente de limite .
- Si à partir d'un certain rang, alors .
- Si à partir d'un certain rang, alors .
Remarque
Attention : les inégalités strictes ne se conservent pas. Même si pour tout , on ne peut conclure que , jamais . Deux contre-exemples à retenir :
- pour tout , et pourtant : la limite n'est pas strictement positive.
- et vérifient pour tout , et pourtant leurs limites sont égales.
Le passage à la limite « écrase » les inégalités strictes en inégalités larges. C'est une erreur classique en copie, et elle est lourdement sanctionnée.
Théorème d'encadrement
Propriété
Théorème d'encadrement (dit « des gendarmes »). Soient , , trois suites telles que
et telles que et convergent vers la même limite . Alors converge, et .
Démonstration. Soit . Il existe un rang tel que pour , un rang tel que pour , et un rang à partir duquel l'encadrement est valable. Posons . Pour tout ,
donc , c'est-à-dire . Ainsi .
Remarque
Ce théorème est le seul de la section qui démontre l'existence de la limite de en même temps qu'il en donne la valeur. C'est pourquoi il est si utile : on n'a pas à savoir d'avance que converge.
Il exige en revanche que les deux gendarmes aient la même limite. Avec et , on ne peut rien conclure sur la convergence de : on sait seulement qu'elle est bornée à partir d'un certain rang. La suite , qui vaut alternativement et , est bien encadrée par deux suites convergentes de limites et , et pourtant elle n'a pas de limite.
Propriété
Corollaire (majoration de l'écart). Soient une suite, un réel et une suite telle que
Alors .
Démonstration. L'hypothèse donne , et les deux suites encadrantes tendent vers d'après les opérations sur les limites. Le théorème d'encadrement conclut.
Ce corollaire est, en pratique, la forme la plus employée : pour démontrer que , on majore par quelque chose de simple qui tend vers .
Exemple
a. Avec la partie entière. Soit un réel fixé, et pour . L'encadrement fondamental donne , donc, en divisant par ,
Les deux suites encadrantes tendent vers , donc . On retrouve au passage que tout réel est limite d'une suite de rationnels (si est réel, est rationnel) : c'est une autre façon de formuler la densité de dans .
b. Avec une somme finie. Soit . Cette somme comporte termes, chacun compris entre (le plus petit, obtenu pour ) et (le plus grand, obtenu pour ). Donc
Or , et . Par encadrement, .
c. Avec une suite bornée. Soit . On a , donc par le corollaire.
Théorèmes de comparaison pour les limites infinies
Propriété
Comparaison. Soient et deux suites telles que à partir d'un certain rang.
- Si , alors .
- Si , alors .
Démonstration. Traitons le premier point. Soit un réel. Comme , il existe un rang tel que pour tout ; soit un rang à partir duquel . Pour , on a . Donc . Le second point s'obtient de la même manière, ou en appliquant le premier aux suites et .
Remarque
Le sens des inégalités est dicté par le bon sens : pour envoyer une suite vers , il faut la minorer par quelque chose qui y va déjà ; pour l'envoyer vers , il faut la majorer. Une suite majorée par une suite qui tend vers ne fait, elle, rien de particulier.
Exemple
a. pour tout , et , donc .
b. vérifie, par l'inégalité de Bernoulli avec , , donc .
c. Soit . Pour , on a , donc . Comme , le théorème de comparaison donne .
Théorème de la limite monotone
Nous arrivons au théorème central du chapitre. C'est le seul qui garantisse la convergence d'une suite sans qu'on en connaisse la limite, et c'est là qu'intervient enfin la propriété de la borne supérieure admise en section .
Propriété
Théorème de la limite monotone. Soit une suite croissante.
- Si est majorée, alors elle converge, et sa limite est . De plus pour tout .
- Si n'est pas majorée, alors .
Symétriquement, une suite décroissante et minorée converge vers , et une suite décroissante non minorée tend vers .
En particulier, toute suite monotone admet une limite, finie ou infinie.
Démonstration. Premier cas. Supposons croissante et majorée. L'ensemble des valeurs de la suite est une partie de non vide (elle contient ) et majorée (par hypothèse). D'après la propriété de la borne supérieure, elle admet une borne supérieure .
Montrons que . Soit . D'après la caractérisation de la borne supérieure, il existe un élément de strictement supérieur à , c'est-à-dire un rang tel que
Soit . Par croissance de la suite, . Par ailleurs majore , donc . On a donc
Ainsi . L'inégalité pour tout est immédiate, puisque majore l'ensemble des valeurs de la suite.
Second cas. Supposons croissante et non majorée. Soit un réel. Comme ne majore pas la suite, il existe un rang tel que . Pour tout , la croissance donne . Donc .
Cas décroissant. Il suffit d'appliquer ce qui précède à la suite , qui est croissante.
Remarque
Attention : le théorème donne l'existence de la limite, pas sa valeur. Si est croissante et majorée par , on peut conclure qu'elle converge vers un réel et que (par passage à la limite), mais surtout pas que . Exemple : est croissante et majorée par , sa limite est .
C'est précisément ce qui rend le théorème puissant : il permet de démontrer qu'une suite converge avant de savoir vers quoi. La valeur de la limite s'obtient ensuite par un autre argument, en général l'équation des points fixes de la section .
Exemple
La suite converge. Elle est définie pour , et tous ses termes sont strictement positifs. Étudions le quotient :
Comme , ce quotient est strictement inférieur à : la suite est strictement décroissante. Elle est de plus minorée par . D'après le théorème de la limite monotone, elle converge.
On notera ce que le théorème ne dit pas : il ne donne pas la limite. Nous verrons au paragraphe sur les croissances comparées qu'elle vaut .
Suites adjacentes
Définition
Deux suites et sont dites adjacentes lorsque :
- est croissante ;
- est décroissante ;
- .
Propriété
Théorème des suites adjacentes. Si et sont adjacentes, alors elles convergent vers une même limite , et l'on a l'encadrement
Démonstration. Étape 1 : pour tout . Posons . Alors
car le premier terme est négatif ( décroît) et le second positif ( croît). La suite est donc décroissante, et par hypothèse elle tend vers . Supposons qu'il existe un rang tel que : par décroissance, pour tout , et le passage à la limite dans cette inégalité donne , ce qui est absurde. Donc pour tout , c'est-à-dire .
Étape 2 : convergence. Pour tout , la croissance de et la décroissance de donnent
Ainsi est croissante et majorée par : d'après le théorème de la limite monotone, elle converge vers un réel . De même, est décroissante et minorée par : elle converge vers un réel .
Étape 3 : même limite. Par opérations sur les limites, . Or , donc par unicité de la limite , c'est-à-dire .
Étape 4 : encadrement. La suite étant croissante de limite , le théorème de la limite monotone donne pour tout . Symétriquement, étant décroissante de limite , on a .
Remarque
L'intérêt pratique est double. D'abord, deux suites adjacentes fournissent un encadrement de leur limite commune à chaque rang, donc une valeur approchée avec une majoration de l'erreur : . Ensuite, le théorème démontre l'existence d'un réel qu'on ne sait pas forcément exhiber autrement, comme dans l'exemple ci-dessous.
Exemple
Un exemple élémentaire. Posons, pour , et . La suite est croissante, est décroissante, et
Elles sont donc adjacentes, et leur limite commune est , comme le confirme le calcul direct. On vérifie bien .
Exemple
La dichotomie : construire . Définissons deux suites et par , , et pour tout , en posant :
Invariant. Par récurrence, on a pour tout : et . C'est vrai au rang (), et à chaque étape on conserve celle des deux bornes qui vérifie déjà la condition, en remplaçant l'autre par , dont on vient précisément de tester le carré.
Adjacence. Par construction, (elle vaut ou ) et . De plus, la longueur de l'intervalle est divisée par deux à chaque étape :
Les suites et sont donc adjacentes : elles convergent vers une même limite , avec .
Identification de la limite. Par opérations sur les limites, et . Le passage à la limite dans donne , et dans donne . Donc , et comme , on conclut .
Intérêt. Tous les et sont des rationnels, calculables à la main, et l'encadrement a une amplitude . Avec , on obtient à moins de près. C'est ainsi qu'une machine calcule une racine carrée, et c'est aussi une illustration concrète de la densité de dans .
Croissances comparées
Toutes les suites de référence tendent vers , mais pas à la même vitesse. Le théorème suivant classe ces vitesses une fois pour toutes ; il est admis, sa démonstration relevant des outils du second semestre.
Propriété
Croissances comparées (admis). Soient , et . Alors
Ces quatre limites se résument par une échelle de comparaison, du plus lent au plus rapide :
le symbole signifiant ici, de manière informelle, « croît beaucoup moins vite que », c'est-à-dire que le quotient du terme de gauche par celui de droite tend vers .
| Le quotient | tend vers | à retenir sous la forme |
|---|---|---|
| la puissance l'emporte sur le logarithme | ||
| , | l'exponentielle l'emporte sur la puissance | |
| la factorielle l'emporte sur l'exponentielle | ||
| l'emporte sur la factorielle |
Remarque
Le quotient tend vers pour tout réel , et pas seulement pour : pour quelconque, , et on applique le résultat à (le cas étant immédiat par comparaison, puisque ).
Retenons enfin le cas le plus fréquent, obtenu avec : .
Méthode
Utiliser les croissances comparées. Le réflexe est toujours le même : factoriser par le terme le plus fort de l'échelle, puis reconnaître des quotients qui tendent vers . Une fois la factorisation faite, il ne reste plus de forme indéterminée.
Exemple
a. : c'est directement le deuxième cas, avec et . Contre-intuitif au début : pour , vaut environ millions, mais la suite finit par tendre vers .
b. : en effet avec des termes strictement positifs, donc son inverse tend vers d'après le tableau des inverses.
c. , car le premier facteur tend vers et le second vers .
d. . On factorise au numérateur et au dénominateur :
e. : troisième cas de l'échelle. On peut le retrouver « à la main » par le quotient : dès que , ce qui montre que la suite est ensuite majorée par une suite géométrique de raison .
f. : premier cas avec et .
Suites définies par une relation de récurrence
Position du problème
On se donne une fonction , un réel , et l'on définit
Sauf cas particulier (suites arithmético-géométriques, récurrences homographiques bien choisies), il n'existe aucune formule explicite pour . Toute l'étude consiste donc à obtenir des informations qualitatives : la suite est-elle bien définie ? est-elle monotone ? bornée ? convergente ? et si oui, vers quoi ?
Définition
Soit un intervalle. On dit que est stable par lorsque
Propriété
La suite est bien définie. Si et si est stable par , alors la suite est bien définie et pour tout .
Démonstration. Récurrence sur . La propriété « existe et » est vraie au rang par hypothèse. Si elle est vraie au rang , alors , donc existe (car est définie sur ) et appartient à par stabilité : .
Cette première étape n'est pas une formalité : elle garantit qu'on ne divise pas par zéro ni ne prend la racine d'un nombre négatif en cours de route, et elle fournit gratuitement une majoration et une minoration de la suite, ce dont on aura besoin pour appliquer le théorème de la limite monotone.
Points fixes : les candidats à la limite
Définition
Soit une fonction définie sur . Un réel est un point fixe de lorsque .
Propriété
Où peut se trouver la limite. Soit définie par , à valeurs dans un intervalle . Si converge vers un réel , et si est continue en (notion définie au chapitre suivant, et admise ici pour les fonctions usuelles), alors
Autrement dit, la limite d'une suite récurrente convergente est nécessairement un point fixe de .
Démonstration. Commençons par un point de détail utile : si , alors la suite décalée tend aussi vers . En effet, si pour tout on a , alors pour tout on a en particulier , donc .
D'un côté, . De l'autre, et, étant continue en , la suite tend vers (c'est le résultat admis sur la continuité). Une suite ayant au plus une limite, on conclut .
Remarque
Attention. Ce théorème est un théorème d'identification, pas de convergence. Il dit : « si la suite converge, alors sa limite est un point fixe ». Il ne dit jamais que la suite converge. Écrire « donc » sans avoir démontré au préalable que converge est une faute de raisonnement classique et rédhibitoire.
Contre-exemple : avec . La fonction possède deux points fixes, et , et pourtant : la suite ne converge pas.
Monotonie d'une suite récurrente
Propriété
Cas où est croissante. Soit stable par , avec et croissante sur . Alors est monotone, et le sens est donné par la comparaison de et :
- si , la suite est croissante ;
- si , la suite est décroissante.
Démonstration. Supposons et montrons par récurrence la propriété : « ». Elle est vraie au rang par hypothèse. Si elle est vraie au rang , alors et appartiennent à et ; la croissance de sur donne , c'est-à-dire : c'est . Le cas se traite de la même façon.
Propriété
Cas du signe de . Si, pour tout de l'intervalle stable , on a , alors la suite est croissante. Si sur , elle est décroissante.
Démonstration. Comme , on a directement . Aucune récurrence n'est nécessaire.
Remarque
Si est décroissante sur , la suite n'est en général pas monotone : elle « oscille » autour du point fixe. On observe alors que est croissante, ce qui conduit à étudier séparément les suites et , qui sont, elles, monotones. Ce type d'étude est toujours guidé pas à pas par l'énoncé aux concours ; on ne l'improvise pas.
Méthode générale
Méthode
Étudier une suite définie par . Le plan suivant convient à la très grande majorité des exercices.
- Étudier . Domaine, monotonie (on utilise librement les propriétés des fonctions usuelles du lycée), et signe de .
- Trouver un intervalle stable contenant , et démontrer par récurrence que pour tout . C'est cette étape qui justifie que la suite est bien définie et qui fournit ses bornes.
- Déterminer les points fixes en résolvant : ce sont les seules limites finies possibles.
- Établir la monotonie de , soit par le signe de sur , soit par la croissance de et la comparaison de et .
- Conclure avec le théorème de la limite monotone : monotone et bornée (par l'étape ) implique convergente. Si la suite est monotone et non bornée, elle tend vers l'infini.
- Identifier la limite : c'est un point fixe (en admettant la continuité de , ce qu'on précise), et l'on élimine les candidats incompatibles avec l'encadrement obtenu à l'étape ou avec la monotonie.
Variante utile : la majoration géométrique. Lorsqu'on parvient à établir, pour un point fixe et un réel avec , une inégalité de la forme
une récurrence immédiate donne , et comme , le corollaire du théorème d'encadrement donne . Cette méthode a deux avantages : elle démontre la convergence et donne la limite d'un coup, et elle fournit une vitesse de convergence.
Un exemple entièrement traité
Exemple
Soit définie par et, pour tout , .
Posons , définie sur .
Étape 1 : étude de . Effectuons la division pour faire apparaître la forme réduite :
Contrôle : , c'est bien le numérateur de départ. Sur , la fonction est décroissante (décroissance de la fonction inverse sur , admise depuis le lycée), donc y est croissante.
Étape 2 : l'intervalle est stable. Soit . Alors , donc par passage à l'inverse entre réels strictement positifs,
En multipliant par et en ajoutant :
Comme , l'intervalle est stable par . Le tableau de variations de sur résume la situation :
Comme , une récurrence immédiate (propriété de la section ) donne
En particulier, la suite est bien définie (jamais de dénominateur nul, puisque ), minorée par et majorée par .
Étape 3 : points fixes. Résolvons sur :
Le discriminant vaut , et les racines sont et . Les deux points fixes de sont donc et . Contrôle : et .
Étape 4 : monotonie. Étudions le signe de sur . En reprenant le calcul précédent,
la factorisation venant des racines trouvées à l'étape . Contrôle : . D'où le tableau de signes :
Sur , on a donc . Comme pour tout ,
la suite est croissante.
Étape 5 : convergence. La suite est croissante et majorée par : d'après le théorème de la limite monotone, elle converge vers un réel , et le passage à la limite dans donne .
Étape 6 : identification de la limite. La fonction est continue sur (quotient de fonctions usuelles dont le dénominateur ne s'annule pas : résultat admis, il sera établi au chapitre suivant), et . Donc est un point fixe de : ou . Comme , la seule possibilité est
c'est-à-dire .
Contrôle numérique. Calculons les premiers termes :
La suite croît bien vers , en restant dans .
Remarque
Deuxième démonstration de la convergence : la majoration géométrique. Reprenons l'exemple. Pour tout ,
Comme , on a , donc en passant aux valeurs absolues,
Une récurrence immédiate donne alors
Comme , le corollaire du théorème d'encadrement donne . Cette méthode redonne la limite et une majoration de l'erreur : au rang , elle garantit , ce qui est cohérent avec la valeur exacte .
Remarque
Troisième méthode : la forme explicite. Les récurrences homographiques, c'est-à-dire de la forme , se ramènent souvent à une suite géométrique lorsque possède deux points fixes distincts et : la suite auxiliaire est alors géométrique. Un énoncé de concours donne toujours cette suite auxiliaire ; il ne s'agit pas de la deviner.
Vérifions-le ici avec et , en posant (le dénominateur ne s'annule pas puisque ). Nous avons déjà calculé , et de même
En divisant membre à membre, les dénominateurs se simplifient :
La suite est géométrique de raison , avec , donc . On revient à en résolvant en :
Finalement,
Contrôle : pour , on trouve ; pour , ; pour , et , conforme au calcul direct. Et comme , on retrouve .
Ce qu'il faut retenir
Les définitions à savoir énoncer sans hésiter
- Borne supérieure : le plus petit des majorants ; caractérisation par les : majore , et pour tout il existe tel que .
- Convergence : . Les quantificateurs dans cet ordre, sans exception.
- Divergence vers : .
- Suites adjacentes : l'une croît, l'autre décroît, leur différence tend vers .
- Point fixe : . Candidat à la limite, jamais preuve de convergence.
Les théorèmes et leur usage
| Théorème | Ce qu'il donne | Quand l'utiliser |
|---|---|---|
| Propriété de la borne supérieure (admise) | Existence de | Fondement du théorème de la limite monotone |
| Unicité de la limite | Suites décalées, identification des points fixes | |
| Convergente bornée | Une majoration gratuite | Prouver une divergence par contraposée |
| Opérations sur les limites | Le calcul des limites | Toujours, en surveillant les quatre FI |
| Passage à la limite | Inégalités larges sur les limites | Localiser une limite dans un intervalle |
| Encadrement (gendarmes) | Existence et valeur de la limite | Quand on sait majorer $ |
| Comparaison | Limite infinie | Minorer par une suite qui tend vers |
| Limite monotone | Existence de la limite, pas sa valeur | Suites récurrentes, sommes croissantes majorées |
| Suites adjacentes | Limite commune encadrement | Dichotomie, valeurs approchées |
| Croissances comparées (admises) | Le classement des vitesses | Formes indéterminées mêlant , , , |
Les formules
- Arithmétique : , et .
- Géométrique : , et pour .
- Arithmético-géométrique avec : point fixe , puis .
- Récurrence linéaire d'ordre : équation caractéristique , solutions si , si .
- Bernoulli : pour .
- Inégalité triangulaire : , et sa version renversée .
- Partie entière : , et pour fabriquer un rang.
- Limites de référence : si , si , et l'échelle .
Les erreurs classiques
Écrire un majorant qui dépend de . « donc la suite est majorée » est faux. Un majorant est un réel fixe.
Conserver une inégalité stricte par passage à la limite. De on ne déduit que . C'est la faute la plus fréquente du chapitre.
Conclure « donc la suite converge vers ». L'équation des points fixes ne s'utilise qu'après avoir démontré la convergence. Sans cette précaution, le raisonnement est nul, même si le résultat est juste.
Appliquer « croissante donc croissante » à une suite récurrente. La croissance de donne seulement la monotonie de ; le sens dépend du signe de . Le critère « croissante suite croissante » ne vaut que pour les suites explicites .
Oublier de vérifier que la suite est bien définie. Avant toute étude d'une suite récurrente, il faut un intervalle stable et une récurrence : c'est là qu'on écarte les divisions par zéro.
Se tromper de nombre de termes dans une somme. De l'indice à l'indice , il y a termes.
Conclure qu'une suite bornée converge. Elle ne converge pas nécessairement : est le contre-exemple à citer. Il faut la monotonie en plus.
Croire qu'une forme indéterminée n'a pas de limite. Elle en a peut-être une : il faut simplement transformer l'expression pour la trouver, par factorisation du terme dominant ou par quantité conjuguée.
Bloqué sur « Suites de nombres réels » ?
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.