ECG approfondies · Chapitre 03 · Premier semestre

Algèbre linéaire : calcul matriciel et systèmes

1re année

Calcul matriciel rectangulaire et carré, systèmes linéaires, introduction aux espaces et sous-espaces vectoriels.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Calcul matriciel rectangulaire et carré
  • Systèmes linéaires
  • Introduction aux espaces et sous-espaces vectoriels

Vous savez depuis le collège résoudre un système de deux équations à deux inconnues, par substitution ou par combinaison. Ce chapitre part de là, et va très loin. Il commence par une remarque d'apparence anodine : dans un système linéaire, seuls comptent les coefficients, rangés dans un tableau ; les noms des inconnues, eux, ne servent qu'à la mise en forme. Ce tableau de nombres, c'est une matrice. En le manipulant pour lui-même, on découvre qu'il se prête à une arithmétique complète, avec une addition, une multiplication, des puissances, parfois un inverse. Cette arithmétique ressemble beaucoup à celle des nombres réels, à une différence près, considérable : le produit n'est pas commutatif. Presque toutes les erreurs de début d'année viennent de l'oubli de ce point.

Le chapitre poursuit deux objectifs qui se répondent. Le premier est calculatoire : savoir multiplier deux matrices sans faute, calculer une puissance n-ième, inverser une matrice, résoudre un système de trois équations à trois inconnues par la méthode du pivot de Gauss, et discuter un système dépendant d'un paramètre. Ces gestes seront exigés en permanence, aux concours comme dans les autres chapitres : l'analyse les utilise dans l'étude des suites récurrentes couplées, les probabilités dans les calculs sur les lois d'un couple, et toute la deuxième année d'algèbre linéaire repose dessus. Le second objectif est conceptuel : reconnaître, derrière Rn, l'ensemble des matrices, l'ensemble des suites et l'ensemble des fonctions, une seule et même structure, celle d'espace vectoriel. Ce vocabulaire, introduit ici sur des exemples, sera l'ossature de toute l'algèbre linéaire du second semestre.

Le programme de la voie ECG fixe pour ce chapitre un parti pris qu'il faut connaître : sur le calcul matriciel, tout développement théorique est hors programme. Autrement dit, on ne démontre pas l'associativité du produit, on ne construit pas les espaces vectoriels de manière abstraite, et l'on admet que les exemples usuels en sont bien. En revanche, tout ce qui a une valeur de méthode est démontré, et vous le retrouverez ici en entier : le binôme de Newton matriciel, l'unicité de l'inverse, la formule de l'inverse d'un produit, la structure de l'ensemble des solutions d'un système, la caractérisation des sous-espaces vectoriels. Ce ne sont pas des ornements : ce sont les démonstrations qui contiennent les gestes de l'exercice.

Le plan est le suivant. Les sections 1 à 4 mettent en place les objets et les opérations : vocabulaire, somme, produit par un réel, produit matriciel, transposition. Les sections 5 et 6 traitent les deux grandes questions du calcul dans Mn(R) : calculer An, et inverser A. Les sections 7 à 9 sont consacrées aux systèmes linéaires, à la méthode du pivot de Gauss et au lien entre systèmes et inversibilité. Les sections 10 à 12 ouvrent la théorie des espaces vectoriels : définition, sous-espaces vectoriels, sous-espace engendré. Les sections 3, 5, 8 et 9 sont, de très loin, les plus utilisées dans la suite de l'année.

Voici enfin les notations en vigueur dans tout le chapitre. L'ensemble des matrices à n lignes et p colonnes à coefficients réels est noté Mn,p(R), et l'on abrège Mn,n(R) en Mn(R). Le coefficient situé à l'intersection de la ligne i et de la colonne j d'une matrice A est noté ai,j, et l'on écrit A=(ai,j). La matrice identité d'ordre n est In, la matrice nulle de Mn,p(R) est 0n,p, abrégée en 0n si elle est carrée, voire en 0 quand le format est évident. La transposée de A est notée tA, son inverse A1. Les lignes d'une matrice sont notées L1,L2, et ses colonnes C1,C2,. Le sous-espace engendré par des vecteurs x1,,xp est noté Vect(x1,,xp). Enfin, le symbole marque la fin d'une démonstration.

Matrices : vocabulaire

Définition et égalité

Définition

Soient n et p deux entiers naturels non nuls. On appelle matrice à n lignes et p colonnes à coefficients réels, ou matrice de format n×p, tout tableau rectangulaire de réels

A=(a1,1a1,2a1,pa2,1a2,2a2,pan,1an,2an,p).

Le réel ai,j, situé à l'intersection de la ligne i et de la colonne j, est le coefficient d'indice (i,j) de A. On écrit en abrégé A=(ai,j), ou A=(ai,j)1in, 1jp lorsqu'il faut préciser le format. L'ensemble de ces matrices est noté Mn,p(R).

L'ordre des deux indices est une convention absolue : le premier indice est celui de la ligne, le second celui de la colonne. Un moyen mnémotechnique commode consiste à retenir que l'on lit une matrice comme on lit une page, d'abord en descendant, puis en allant vers la droite. Cette convention gouverne tout le chapitre ; l'inverser, c'est transposer sans le savoir toutes les matrices que l'on écrit.

Définition

Deux matrices A et B sont égales lorsqu'elles ont le même format et que tous leurs coefficients de mêmes indices coïncident :

A=B    (A et B ont meˆme format et (i,j), ai,j=bi,j).

Deux matrices de formats différents ne sont donc jamais égales, même si elles contiennent les mêmes nombres. Une égalité entre deux matrices de Mn,p(R) équivaut à np égalités entre réels : c'est ce qui permet, en pratique, de transformer une équation matricielle en un système.

Exemple

La matrice

A=(210354)

appartient à M2,3(R) : elle a deux lignes et trois colonnes. Ses coefficients sont a1,1=2, a1,2=1, a1,3=0, a2,1=3, a2,2=5 et a2,3=4. Attention : a2,1=3 et a1,2=1 sont deux coefficients différents.

Matrices particulières

Définition

Soit A=(ai,j)Mn,p(R).

  • Si n=1, A est une matrice ligne.
  • Si p=1, A est une matrice colonne.
  • Si n=p, A est une matrice carrée d'ordre n, et l'on note Mn(R) leur ensemble. Les coefficients a1,1,a2,2,,an,n forment la diagonale principale de A.
  • La matrice nulle de Mn,p(R), notée 0n,p, est celle dont tous les coefficients sont nuls.

Définition

Soit A=(ai,j)Mn(R) une matrice carrée.

  • A est diagonale lorsque ai,j=0 dès que ij.
  • A est triangulaire supérieure lorsque ai,j=0 dès que i>j : tous les coefficients strictement sous la diagonale sont nuls.
  • A est triangulaire inférieure lorsque ai,j=0 dès que i<j : tous les coefficients strictement au-dessus de la diagonale sont nuls.
  • A est scalaire lorsqu'elle est de la forme λIn avec λR, où In est la matrice définie ci-dessous.

Définition

La matrice identité d'ordre n, notée In, est la matrice carrée diagonale dont tous les coefficients diagonaux valent 1 :

I2=(1001),I3=(100010001).

Une matrice carrée est diagonale si et seulement si elle est à la fois triangulaire supérieure et triangulaire inférieure : les deux conditions ai,j=0 pour i>j et ai,j=0 pour i<j réunies signifient exactement que les seuls coefficients éventuellement non nuls sont ceux d'indices i=j. Notez également qu'une matrice diagonale peut fort bien avoir des zéros sur sa diagonale : la définition n'impose rien aux ai,i.

Voici, pour finir cette section, quelques exemples de ces matrices particulières.

a. (215) est une matrice ligne de M1,3(R).

b. (302) est une matrice colonne de M3,1(R).

c. (400010000) est diagonale, d'ordre 3. Le zéro en position (3,3) ne l'empêche nullement d'être diagonale.

d. (172035004) est triangulaire supérieure.

e. (1062) est triangulaire inférieure.

f. (5005)=5I2 est scalaire, donc en particulier diagonale.

Somme et produit par un réel

Définitions

Définition

Soient A=(ai,j) et B=(bi,j) deux matrices de même format n×p, et soit λ un réel.

  • La somme A+B est la matrice de Mn,p(R) de coefficient d'indice (i,j) égal à ai,j+bi,j.
  • Le produit de A par le réel λ, noté λA, est la matrice de Mn,p(R) de coefficient d'indice (i,j) égal à λai,j.
  • On note A=(1)A et AB=A+(B).

Ces deux opérations se font coefficient par coefficient, aux mêmes positions. La somme n'est définie que pour des matrices de même format : additionner une matrice 2×3 et une matrice 3×2 n'a aucun sens, et une copie qui écrit une telle somme perd immédiatement la confiance de son correcteur.

Exemple

Prenons A=(1230) et B=(4115). Alors

A+B=(5125),3A=(3690),2A3B=(212436+3015)=(107915).

Propriétés

Propriété

Règles de calcul (admises). Soient A, B, C des matrices de Mn,p(R) et λ, μ des réels. On a

A+B=B+A,(A+B)+C=A+(B+C),A+0n,p=A,A+(A)=0n,p,λ(A+B)=λA+λB,(λ+μ)A=λA+μA,λ(μA)=(λμ)A,1A=A.

Toutes ces égalités se vérifient coefficient par coefficient, et ne font que traduire les règles de calcul dans R : par exemple, le coefficient d'indice (i,j) de A+B est ai,j+bi,j, celui de B+A est bi,j+ai,j, et ces deux réels sont égaux. Le programme précise que ces vérifications ne sont pas exigibles ; on les admet donc, et on les utilise sans commentaire. Retenez en particulier que l'on peut manipuler une somme de matrices comme une somme de nombres : développer, factoriser, faire passer un terme de l'autre côté d'une égalité. C'est le produit, en section 3, qui demandera de la prudence.

Ces huit propriétés ont un nom, que nous justifierons en section 10 : elles disent exactement que Mn,p(R), muni de ces deux opérations, est un espace vectoriel réel.

Exemple

Résolvons l'équation 2X+A=3B d'inconnue XM2(R), avec A et B comme dans l'exemple précédent. Les règles ci-dessus autorisent le calcul habituel : 2X=3BA, puis X=12(3BA). Or

3BA=(1213+233150)=(115615),doncX=(112523152).

Produit matriciel

Définition

Définition

Soient A=(ai,j)Mn,p(R) et B=(bi,j)Mp,q(R). Le produit AB est la matrice C=(ci,j) de Mn,q(R) définie par

i{1,,n}, j{1,,q},ci,j=k=1pai,kbk,j.

Le produit AB n'est défini que si le nombre de colonnes de A est égal au nombre de lignes de B. Cette condition de compatibilité se retient par un schéma de formats :

(n×p)×(p×q)(n×q).

Les deux p qui se touchent doivent être égaux, et ils disparaissent ; il reste le format du produit. En particulier, si A est une matrice 2×3 et B une matrice 3×2, alors AB est carrée d'ordre 2 et BA est carrée d'ordre 3 : les deux produits existent, mais ils n'ont même pas le même format.

Méthode

Poser un produit matriciel. La disposition suivante évite les erreurs de ligne et de colonne. On écrit B en haut à droite, A en bas à gauche, et l'on remplit le rectangle situé sous B et à droite de A : le coefficient qui s'y trouve à l'intersection d'une ligne de A et d'une colonne de B est le produit de cette ligne par cette colonne, c'est-à-dire la somme des produits des termes qui se correspondent.

                          |  2   1 |
                          |  0  -1 |
                          |  3   4 |
        ------------------+---------
        |  1   2   0 |    |  2  -1 |
        | -1   3   1 |    |  1   0 |

Trois réflexes accompagnent cette disposition.

  1. Vérifier les formats avant de commencer : le nombre de colonnes de A doit être le nombre de lignes de B, sans quoi le produit n'existe pas.
  2. Calculer un coefficient à la fois, en faisant glisser un doigt le long de la ligne de A et un autre le long de la colonne de B.
  3. Contrôler le format du résultat : autant de lignes que A, autant de colonnes que B.

Exemple

Calculons les deux produits associés à

A=(120131)M2,3(R),B=(210134)M3,2(R).

Le produit AB. Il est de format 2×2. Détaillons les quatre coefficients :

c1,1=1×2+2×0+0×3=2,c1,2=1×1+2×(1)+0×4=1,c2,1=(1)×2+3×0+1×3=1,c2,2=(1)×1+3×(1)+1×4=0.

D'où

AB=(2110).

Le produit BA. Il est de format 3×3. La première ligne de B est (21), et son produit par les trois colonnes de A donne 2×1+1×(1)=1, puis 2×2+1×3=7, puis 2×0+1×1=1. En procédant de même avec les deux autres lignes,

BA=(1711311184).

Les deux produits existent, mais l'un est d'ordre 2 et l'autre d'ordre 3.

Propriétés admises

Propriété

Règles de calcul (admises). Sous réserve que les formats rendent les produits possibles, on a

A(BC)=(AB)C,A(B+C)=AB+AC,(A+B)C=AC+BC,λ(AB)=(λA)B=A(λB).

De plus, pour toute matrice AMn,p(R),

InA=AetAIp=A,

et enfin A0p,q=0n,q.

Le programme indique explicitement que tout développement théorique sur le calcul matriciel est hors programme : la démonstration de l'associativité, qui consiste à écrire deux sommes doubles et à les intervertir, n'est donc pas exigible et nous ne la donnons pas. Ce qu'il faut retenir de la propriété AIp=A, c'est que la matrice identité joue pour le produit matriciel le rôle que joue le nombre 1 pour le produit des réels. C'est elle qui rendra possible, en section 6, la définition de l'inverse.

Les trois pièges

Le produit matriciel obéit aux règles de développement usuelles, mais il en viole trois auxquelles l'habitude du calcul numérique nous a accoutumés. Ces trois pièges sont la source d'à peu près toutes les fautes graves d'algèbre linéaire en première année.

Propriété

Premier piège : le produit n'est pas commutatif. En général, ABBA, même lorsque les deux produits existent et ont le même format.

Exemple

Avec A=(1101) et B=(1011), on calcule

AB=(1×1+1×11×0+1×10×1+1×10×0+1×1)=(2111),BA=(1112).

Ces deux matrices sont distinctes. Conséquence immédiate, à graver : on ne peut jamais échanger deux facteurs dans un produit matriciel, ni écrire (A+B)2=A2+2AB+B2, puisque le développement correct est

(A+B)2=(A+B)(A+B)=A2+AB+BA+B2,

et que rien ne permet de regrouper AB et BA.

Propriété

Deuxième piège : un produit peut être nul sans qu'aucun facteur le soit. L'égalité AB=0 n'entraîne ni A=0, ni B=0.

Exemple

Avec A=(1111) et B=(1111), on trouve

AB=(111+1111+1)=(0000)=02,

alors que ni A ni B n'est nulle. Le phénomène peut même être dissymétrique : avec A inchangée et B=(1010), on obtient AB=02 tandis que

BA=(1111)02.

Il faut donc renoncer au réflexe « un produit est nul, donc l'un des facteurs est nul » : il est valable dans R, il est faux dans Mn(R).

Propriété

Troisième piège : on ne peut pas simplifier. L'égalité AB=AC n'entraîne pas B=C, même si A est non nulle.

Exemple

Reprenons A=(1111), et posons B=I2 et C=(0110). On a AB=A, et

AC=(0+11+00+11+0)=(1111)=A.

Ainsi AB=AC alors que BC. Ce troisième piège est en fait une conséquence du deuxième : AB=AC s'écrit A(BC)=0, et l'on vient de voir qu'un produit nul n'oblige aucun facteur à l'être. Nous verrons en section 6 que la simplification redevient licite quand A est inversible, et seulement dans ce cas.

Deux usages du produit

Le produit d'une matrice par une matrice colonne mérite d'être isolé, car c'est lui qui relie les matrices aux systèmes. Si A=(ai,j)Mn,p(R) et si X est la colonne des inconnues x1,,xp, alors AX est la colonne dont la i-ième ligne vaut ai,1x1+ai,2x2++ai,pxp, c'est-à-dire exactement le membre de gauche de la i-ième équation d'un système linéaire. Nous exploiterons systématiquement cette lecture à partir de la section 7.

Exemple

Avec A=(121211112) et X=(123), on obtient

AX=(1×1+2×2+(1)×32×1+1×2+1×3(1)×1+1×2+2×3)=(277).

Autrement dit, le triplet (1,2,3) est solution du système dont les équations sont x+2yz=2, 2x+y+z=7 et x+y+2z=7. Nous le résoudrons en section 8.

Transposition

Définition

Soit A=(ai,j)Mn,p(R). La transposée de A, notée tA, est la matrice de Mp,n(R) dont le coefficient d'indice (i,j) est aj,i. Autrement dit, on échange les lignes et les colonnes : la i-ième ligne de A devient la i-ième colonne de tA.

Exemple

Pour A=(123456)M2,3(R), on a

tA=(142536)M3,2(R).

La transposée d'une matrice ligne est une matrice colonne, et réciproquement.

Propriété

Soient A et B deux matrices et λ un réel. Sous réserve que les opérations écrites aient un sens :

t(tA)=A,t(A+B)=tA+tB,t(λA)=λtA,t(AB)=tBtA.

Les trois premières égalités sont immédiates coefficient par coefficient. La quatrième est la seule qui réserve une surprise : l'ordre des facteurs est inversé. C'est d'ailleurs la seule possibilité si l'on veut que les formats s'accordent : si A est de format n×p et B de format p×q, alors AB est de format n×q, donc t(AB) est de format q×n ; or tB est de format q×p et tA de format p×n, si bien que le produit tBtA est bien défini et de format q×n, tandis que tAtB n'a en général aucun sens. Contrôler les formats est donc un moyen sûr de ne jamais se tromper sur cette formule.

Exemple

Vérifions la formule sur les matrices de la section 3 : A=(120131) et B=(210134), pour lesquelles AB=(2110). D'une part

t(AB)=(2110).

D'autre part tB=(203114) et tA=(112301), donc

tBtA=(2+0+02+0+312+013+4)=(2110).

Les deux résultats coïncident.

Définition

Soit A=(ai,j)Mn(R) une matrice carrée.

  • A est symétrique lorsque tA=A, c'est-à-dire lorsque ai,j=aj,i pour tous i et j.
  • A est antisymétrique lorsque tA=A, c'est-à-dire lorsque ai,j=aj,i pour tous i et j.

Une matrice symétrique est celle qui se lit de la même façon de part et d'autre de sa diagonale principale ; on peut se la représenter comme invariante par « pliage » le long de cette diagonale.

Propriété

Les coefficients diagonaux d'une matrice antisymétrique sont tous nuls.

Démonstration. Soit A=(ai,j) antisymétrique et soit i{1,,n}. La relation ai,j=aj,i appliquée avec j=i donne ai,i=ai,i, d'où 2ai,i=0, puis ai,i=0.

Exemple

La matrice (123205354) est symétrique, et la matrice (023205350) est antisymétrique : on vérifie sur cette dernière que la diagonale est nulle, comme le prévoit la propriété précédente. En revanche (1223) n'est ni l'une ni l'autre.

Puissances d'une matrice carrée

Définition et matrices qui commutent

Définition

Soit AMn(R). On définit les puissances de A par récurrence :

A0=In,etmN, Am+1=AmA.

La définition n'a de sens que pour une matrice carrée : c'est la seule situation où le produit AA existe. On vérifie sans peine, par récurrence, que AmAm=Am+m et (Am)m=Amm pour tous entiers naturels m et m. En revanche, (AB)m n'a aucune raison de valoir AmBm : le développement de (AB)m=ABABAB ne peut être réorganisé que si A et B commutent.

Définition

Deux matrices A et B de Mn(R) commutent lorsque AB=BA.

Exemple

La matrice identité commute avec toutes les matrices, ainsi que toute matrice scalaire λIn, puisque (λIn)A=λA=A(λIn). Une matrice commute évidemment avec toutes ses propres puissances. C'est presque tout : deux matrices prises au hasard ne commutent pas, comme l'a montré le premier piège de la section 3.

Propriété

Si A et B commutent, alors pour tout entier naturel j, ABj=BjA.

Démonstration. Par récurrence sur j. Pour j=0, AB0=AIn=A=InA=B0A. Supposons la propriété vraie au rang j, c'est-à-dire ABj=BjA. Alors

ABj+1=ABjB=(ABj)B=(BjA)B=Bj(AB)=Bj(BA)=Bj+1A,

où l'on a utilisé l'associativité, l'hypothèse de récurrence, puis l'hypothèse AB=BA. La propriété est héréditaire, donc vraie pour tout jN.

Le binôme de Newton matriciel

Propriété

Formule du binôme de Newton. Soient A et B deux matrices de Mn(R) qui commutent. Alors, pour tout entier naturel m,

(A+B)m=k=0m(mk)AkBmk.

L'hypothèse AB=BA est essentielle : sans elle, la formule est fausse dès m=2, puisque (A+B)2=A2+AB+BA+B2 ne se réduit à A2+2AB+B2 que si AB=BA. Toute rédaction qui utilise le binôme sans avoir vérifié la commutation est sanctionnée.

Démonstration. Raisonnons par récurrence sur m.

Initialisation. Pour m=0, le membre de gauche vaut (A+B)0=In, et le membre de droite se réduit au seul terme d'indice k=0, à savoir (00)A0B0=In. L'égalité est vraie.

Hérédité. Supposons la formule vraie au rang m. Alors

(A+B)m+1=(A+B)m(A+B)=(k=0m(mk)AkBmk)(A+B).

En développant par distributivité,

(A+B)m+1=k=0m(mk)AkBmkA + k=0m(mk)AkBmkB.

Dans la première somme, la propriété précédente donne BmkA=ABmk, donc AkBmkA=Ak+1Bmk. Dans la seconde, BmkB=Bmk+1. Ainsi

(A+B)m+1=k=0m(mk)Ak+1Bmk + k=0m(mk)AkBm+1k.

Dans la première somme, effectuons le changement d'indice j=k+1, de sorte que k=j1 et que j varie de 1 à m+1 ; dans la seconde, posons simplement j=k :

(A+B)m+1=j=1m+1(mj1)AjBm+1j + j=0m(mj)AjBm+1j.

Isolons le terme j=m+1 de la première somme et le terme j=0 de la seconde, puis regroupons les termes d'indices j compris entre 1 et m :

(A+B)m+1=(mm)Am+1+j=1m[(mj1)+(mj)]AjBm+1j+(m0)Bm+1.

La formule de Pascal donne (mj1)+(mj)=(m+1j), et l'on a (mm)=1=(m+1m+1) ainsi que (m0)=1=(m+10). Par conséquent

(A+B)m+1=j=0m+1(m+1j)AjBm+1j,

ce qui est la formule au rang m+1. La récurrence est établie.

Matrices nilpotentes

Définition

Une matrice NMn(R) est dite nilpotente lorsqu'il existe un entier naturel non nul r tel que Nr=0n.

Si Nr=0n, alors Nm=0n pour tout mr, puisque Nm=NrNmr=0n. Une matrice nilpotente est donc une matrice dont les puissances finissent par s'annuler et le restent : c'est exactement ce qui rend le binôme de Newton efficace, car la somme qu'il produit ne comporte alors qu'un petit nombre de termes non nuls.

Exemple

Posons

N=(010001000).

On calcule

N2=(001000000),N3=N2N=03.

La matrice N est donc nilpotente. Plus généralement, toute matrice triangulaire supérieure dont la diagonale est nulle est nilpotente.

Les trois façons de calculer An

Méthode

Calculer An : les trois méthodes. Face à une puissance n-ième de matrice, on dispose de trois techniques, à essayer dans cet ordre.

  1. Conjecturer puis démontrer par récurrence. On calcule A2, A3, parfois A4, on devine la forme générale, et on la démontre par récurrence. Méthode toujours disponible, mais qui exige que le motif soit visible.
  2. Écrire A=λIn+N avec N nilpotente, puis appliquer le binôme. À tenter dès que A est triangulaire avec une diagonale constante : on pose N=AλIn, on vérifie que N est nilpotente, et l'on remarque que λIn commute avec N, ce qui autorise le binôme. La somme est finie et courte.
  3. Utiliser une relation polynomiale vérifiée par A. Si l'on connaît une relation du type A2=αA+βIn, on effectue la division euclidienne de xn par le polynôme correspondant x2αxβ : le reste ax+b fournit An=aA+bIn. Lorsque le trinôme x2αxβ possède deux racines réelles distinctes, les réels a et b s'obtiennent en évaluant l'identité polynomiale en ces deux racines ; sinon, on écrit An=anA+bnIn et l'on détermine les suites (an) et (bn) par récurrence, en multipliant cette égalité par A.

Exemple

Méthode 1 : conjecture et récurrence. Soit A=(1102). Calculons les premières puissances :

A2=(11+204)=(1304),A3=A2A=(11+608)=(1708).

Les coefficients diagonaux sont 1 et 2n, et le coefficient en haut à droite vaut 1, 3, 7, c'est-à-dire 2n1. Conjecturons donc que, pour tout nN,

An=(12n102n).

Démonstration par récurrence. Pour n=0, le membre de droite vaut (1001)=I2=A0 : la formule est vraie. Supposons-la vraie au rang n. Alors

An+1=AnA=(12n102n)(1102)=(11+2(2n1)02×2n)=(12n+1102n+1),

puisque 1+2n+12=2n+11. La formule est héréditaire, donc vraie pour tout nN.

Exemple

Méthode 2 : binôme de Newton. Soit

A=(210021002).

Posons N=A2I3, c'est-à-dire la matrice nilpotente de l'exemple précédent, pour laquelle N203 et N3=03. On a A=2I3+N, et les matrices 2I3 et N commutent, car une matrice scalaire commute avec toute matrice. Le binôme de Newton s'applique donc : pour tout nN,

An=k=0n(nk)Nk(2I3)nk=k=0n(nk)2nkNk.

Comme Nk=03 dès que k3, seuls subsistent les termes k=0, k=1 et k=2. Pour n2,

An=2nI3+n2n1N+n(n1)22n2N2=(2nn2n1n(n1)22n202nn2n1002n).

Contrôle. Pour n=2, la formule donne (441044004), et le calcul direct de A2 donne bien cette matrice. Pour n=3, la formule donne (81260812008), ce que confirme le produit A2A.

Exemple

Méthode 3 : relation polynomiale. Soit A=(3120). Calculons d'abord A2 :

A2=(923+06+02+0)=(7362).

On constate que A2=3A2I2, autrement dit

A23A+2I2=02.

Le polynôme x23x+2 se factorise en (x1)(x2) : ses racines sont 1 et 2. Effectuons la division euclidienne de xn par x23x+2 : il existe un polynôme Q et deux réels a et b tels que

xR,xn=(x23x+2)Q(x)+ax+b.

En évaluant cette identité en x=1 puis en x=2, le premier terme s'annule et il reste

1=a+bet2n=2a+b.

En soustrayant, a=2n1, puis b=1a=22n. Remplaçons maintenant x par A dans l'identité polynomiale, en remplaçant la constante b par bI2 : l'opération est licite car toutes les puissances de A commutent entre elles, si bien que les calculs sur les polynômes se transportent tels quels. Comme A23A+2I2=02, le premier terme disparaît et

An=(2n1)A+(22n)I2=(3(2n1)+22n(2n1)2(2n1)22n)=(2n+1112n2n+1222n).

Contrôle. Pour n=1, on obtient (3120)=A. Pour n=2, on obtient (7362)=A2. Pour n=3, la formule donne (157146), et le calcul direct A3=A2A donne également (21671846)=(157146).

Matrices inversibles

Définition et unicité de l'inverse

Définition

Une matrice AMn(R) est dite inversible lorsqu'il existe une matrice BMn(R) telle que

AB=BA=In.

Une telle matrice B est alors unique ; on l'appelle l'inverse de A et on la note A1.

Trois précautions accompagnent cette définition. D'abord, l'inversibilité ne concerne que les matrices carrées. Ensuite, les deux égalités AB=In et BA=In figurent dans la définition, précisément parce que le produit n'est pas commutatif. Enfin, la notation A1 ne peut être employée qu'après avoir établi que A est inversible : écrire A1 pour une matrice dont on ignore le statut est une faute de raisonnement, et non une simple maladresse. En particulier, il n'existe pas de « division » de matrices, et une écriture telle que BA est dépourvue de sens.

Propriété

Unicité de l'inverse. Si B et C vérifient toutes deux AB=BA=In et AC=CA=In, alors B=C.

Démonstration. Utilisons le fait que In est neutre pour le produit, puis l'associativité :

C=CIn=C(AB)=(CA)B=InB=B.

L'inverse, lorsqu'il existe, est donc unique, ce qui légitime la notation A1.

Exemple

Un exemple. La matrice A=(2312) est inversible, d'inverse B=(2312). En effet

AB=(436+6223+4)=I2,BA=(43662+23+4)=I2.

Deux contre-exemples. La matrice nulle 0n n'est pas inversible, car 0nB=0nIn pour toute matrice B. La matrice A=(1111) ne l'est pas davantage : on a vu en section 3 que AB=02 avec B=(1111)02. Si A était inversible, en multipliant l'égalité AB=02 à gauche par A1 on obtiendrait B=A102=02, ce qui est faux. Une matrice non nulle peut donc parfaitement ne pas être inversible : c'est une différence majeure avec les nombres réels.

Ce dernier raisonnement mérite d'être retenu pour lui-même, car il sert constamment : si A est inversible, on peut simplifier. De AB=AC on tire en effet A1AB=A1AC, donc B=C ; et de AB=0 on tire B=0. Le troisième piège de la section 3 ne se produit que pour des matrices non inversibles.

Opérations et inversibilité

Propriété

Inverse d'un produit. Si A et B sont deux matrices inversibles de Mn(R), alors AB est inversible et

(AB)1=B1A1.

Démonstration. Calculons les deux produits, en utilisant l'associativité pour regrouper les facteurs centraux :

(AB)(B1A1)=A(BB1)A1=AInA1=AA1=In, (B1A1)(AB)=B1(A1A)B=B1InB=B1B=In.

La matrice B1A1 vérifie donc les deux égalités de la définition : AB est inversible, d'inverse B1A1.

Là encore, l'ordre est inversé, exactement comme pour la transposition. L'image usuelle est celle de l'habillage : pour défaire ce que l'on a fait en enfilant d'abord les chaussettes puis les chaussures, il faut retirer d'abord les chaussures. Par récurrence immédiate, on en déduit que si A est inversible, alors Am l'est pour tout mN, d'inverse (Am)1=(A1)m.

Propriété

Inverse d'une transposée. Si A est inversible, alors tA est inversible et

(tA)1=t(A1).

Démonstration. Transposons l'égalité AA1=In. La formule t(AB)=tBtA donne t(A1)tA=tIn=In. En transposant de même A1A=In, on obtient tAt(A1)=In. Les deux égalités de la définition sont vérifiées.

Définition

Puissances négatives. Si A est inversible et si m est un entier naturel, on pose

Am=(A1)m=(Am)1.

Avec cette convention, l'égalité ArAs=Ar+s est valable pour tous les entiers relatifs r et s.

Le cas des matrices d'ordre 2

Propriété

Critère et formule à l'ordre 2. Soit A=(abcd)M2(R). Alors A est inversible si et seulement si adbc0, et dans ce cas

A1=1adbc(dbca).

Démonstration. Posons A=(dbca). Un calcul direct donne

AA=(adbcab+bacddccb+da)=(adbc)I2,AA=(dabcdbbdca+accb+ad)=(adbc)I2.

Si adbc0, on peut diviser par ce réel : la matrice 1adbcA vérifie les deux égalités de la définition, donc A est inversible et son inverse est bien celui annoncé.

Réciproquement, supposons adbc=0 et supposons par l'absurde A inversible. Les calculs ci-dessus donnent alors AA=02, et en multipliant à gauche par A1 on obtient A=02, c'est-à-dire a=b=c=d=0, donc A=02. Or la matrice nulle n'est pas inversible : contradiction. Ainsi A n'est pas inversible.

La formule se retient en trois gestes : on échange les deux coefficients de la diagonale, on change le signe des deux autres, et on divise par le réel adbc. Ce nombre est un critère très commode, mais il est propre à l'ordre 2 : il ne se généralise pas dans le cadre de ce programme. Pour une matrice d'ordre 3 ou plus, on disposera de deux outils, et de deux seulement : la relation polynomiale du paragraphe suivant, quand l'énoncé en fournit une, et sinon le pivot de Gauss de la section 9.

Exemple

La matrice (2312) vérifie adbc=43=10 : elle est inversible, et son inverse est 11(2312), ce que l'on avait vérifié plus haut. En revanche, la matrice (1224) vérifie adbc=44=0 : elle n'est pas inversible. On le comprend en remarquant que sa seconde ligne est le double de la première.

Inverser à partir d'une relation polynomiale

Méthode

Inverser grâce à une relation polynomiale. Lorsqu'une matrice A vérifie une relation du type

A2+αA+βIn=0navecβ0,

on la met sous la forme d'un produit égal à In :

A2+αA=βIn  A(A+αIn)=βIn  A×(1β(A+αIn))=In.

Comme A commute avec A+αIn, le produit dans l'autre ordre donne également In. On conclut : A est inversible et A1=1β(A+αIn).

Deux points de vigilance. Il faut factoriser par A, et non simplifier ; et il faut vérifier que le coefficient constant β est non nul, faute de quoi la méthode échoue, et la matrice peut d'ailleurs ne pas être inversible.

Exemple

Soit

J=(011101110).

Calculons J2. Le coefficient d'indice (1,1) vaut 0×0+1×1+1×1=2, celui d'indice (1,2) vaut 0×1+1×0+1×1=1, et ainsi de suite :

J2=(211121112)=J+2I3.

On dispose donc de la relation J2J2I3=03, dans laquelle le coefficient constant vaut 20. Factorisons par J :

J(JI3)=2I3doncJ×12(JI3)=I3.

Comme J commute avec JI3, on a aussi 12(JI3)×J=I3. La matrice J est donc inversible, et

J1=12(JI3)=12(111111111).

Vérification. Le produit JJ1 a pour coefficient d'indice (1,1) le réel 12(0×(1)+1×1+1×1)=1, pour coefficient d'indice (1,2) le réel 12(0×1+1×(1)+1×1)=0, et pour coefficient d'indice (1,3) le réel 12(0×1+1×1+1×(1))=0. Les deux autres lignes se traitent de même, et l'on trouve bien JJ1=I3.

Systèmes linéaires

Vocabulaire

Définition

Soient n et p deux entiers naturels non nuls. On appelle système linéaire de n équations à p inconnues tout système de la forme

(S){a1,1x1+a1,2x2++a1,pxp=b1a2,1x1+a2,2x2++a2,pxp=b2an,1x1+an,2x2++an,pxp=bn

où les ai,j et les bi sont des réels donnés, appelés respectivement coefficients et seconds membres. Une solution de (S) est un p-uplet (x1,,xp) de réels vérifiant simultanément les n équations. Résoudre (S), c'est déterminer l'ensemble de ses solutions. Le système est dit compatible s'il admet au moins une solution, incompatible sinon.

Définition

Avec les notations précédentes, on pose

A=(ai,j)Mn,p(R),X=(x1xp)Mp,1(R),B=(b1bn)Mn,1(R).

La matrice A est la matrice du système, et (S) s'écrit sous forme matricielle

AX=B.

Le système homogène associé à (S) est le système AX=0, obtenu en remplaçant tous les seconds membres par 0.

L'équivalence entre le système et l'égalité matricielle AX=B n'est pas un tour de passe-passe : elle traduit exactement le calcul du produit d'une matrice par une colonne, effectué en section 3. La i-ième ligne de AX vaut ai,1x1++ai,pxp, et l'égalité de deux colonnes équivaut à l'égalité de leurs lignes une à une.

Un système homogène est toujours compatible, puisque le p-uplet nul (0,,0) en est solution : on l'appelle la solution triviale. Toute la question, pour un système homogène, est donc de savoir s'il en possède d'autres.

Exemple

Le système

{x+2yz=22x+y+z=7x+y+2z=7

s'écrit matriciellement AX=B avec

A=(121211112),X=(xyz),B=(277).

Le calcul de la section 3 montre que (1,2,3) en est solution : le système est compatible.

Structure de l'ensemble des solutions

Propriété

Structure des solutions. Soit (S) le système AX=B, et soit (S0) le système homogène associé AX=0. Notons S et S0 leurs ensembles de solutions respectifs. Si (S) est compatible et si X0 est une solution de (S), alors

S={X0+Y  ;  YS0}.

Autrement dit : toute solution de (S) est la somme d'une solution particulière et d'une solution du système homogène associé.

Démonstration. Procédons par double inclusion.

Soit XS, c'est-à-dire AX=B. Comme AX0=B, on a AX=AX0, donc AXAX0=0, soit A(XX0)=0 par distributivité. Ainsi Y=XX0 appartient à S0, et X=X0+Y est bien de la forme annoncée.

Réciproquement, soit YS0 et posons X=X0+Y. Alors

AX=A(X0+Y)=AX0+AY=B+0=B,

donc XS. Les deux inclusions donnent l'égalité.

Cette propriété a une conséquence pratique importante : un système linéaire admet zéro, une ou une infinité de solutions, jamais deux ni trois. En effet, s'il est compatible, son ensemble de solutions est en correspondance avec S0 ; or si S0 contient une solution Y non nulle, il contient aussi λY pour tout réel λ, puisque A(λY)=λ(AY)=0, ce qui fait une infinité de solutions distinctes. Un exercice qui aboutit à « le système a exactement deux solutions » contient donc nécessairement une erreur de calcul.

Opérations élémentaires sur les lignes

Définition

On appelle opération élémentaire sur les lignes d'un système, ou d'une matrice, l'une des trois transformations suivantes.

  • Échange de deux lignes : LiLj.
  • Multiplication d'une ligne par un réel non nul λ : LiλLi.
  • Ajout à une ligne d'un multiple d'une autre ligne : LiLi+λLj, avec ij.

Propriété

Une opération élémentaire transforme un système en un système équivalent, c'est-à-dire ayant exactement le même ensemble de solutions.

La raison en est que chaque opération élémentaire est réversible, et que son inverse est elle-même une opération élémentaire : l'échange LiLj se défait par le même échange, l'opération LiλLi se défait par Li1λLi (c'est ici que sert l'hypothèse λ0), et l'opération LiLi+λLj se défait par LiLiλLj. Ainsi, toute solution du système de départ est solution du système transformé, et réciproquement.

Deux mises en garde s'imposent sur la troisième opération. D'une part, la ligne Lj que l'on ajoute doit être différente de la ligne modifiée : l'écriture L1L1L1 détruirait de l'information. D'autre part, on ne combine qu'une ligne à la fois avec la ligne pivot ; enchaîner deux opérations qui modifient simultanément L2 et L3 en s'appuyant l'une sur l'autre est la source d'erreurs la plus fréquente en début d'apprentissage. Enfin, il est vivement conseillé d'écrire l'opération effectuée en marge, à chaque étape : c'est ce qui permet de retrouver une erreur sans tout recommencer.

Systèmes échelonnés

Définition

Un système linéaire est dit échelonné (on dit aussi « en escalier ») lorsque, dans chaque équation non triviale, le nombre de coefficients nuls précédant le premier coefficient non nul est strictement plus grand que dans l'équation précédente, et lorsque les éventuelles équations dont tous les coefficients sont nuls figurent en dernier.

Dans un tel système, le premier coefficient non nul de chaque équation s'appelle un pivot. L'inconnue correspondante est une inconnue principale ; les autres sont les inconnues secondaires, ou paramètres.

Exemple

Le système

{x+2yz+t=0x+2y+z+t=0

est échelonné. Les pivots sont le coefficient de x dans la première équation et le coefficient de z dans la seconde : les inconnues principales sont x et z, les inconnues secondaires sont y et t.

L'intérêt d'un système échelonné est qu'il se résout de bas en haut, sans aucune difficulté : la dernière équation donne la dernière inconnue principale en fonction des paramètres, on remonte à l'avant-dernière, et ainsi de suite. Tout le travail consiste donc à ramener un système quelconque à cette forme, et c'est exactement ce que fait la méthode du pivot de Gauss.

Méthode du pivot de Gauss

Méthode

Algorithme du pivot de Gauss. Pour résoudre un système linéaire, on l'échelonne en éliminant les inconnues une à une.

  1. Choisir le pivot. Dans la première colonne contenant un coefficient non nul, choisir une ligne dont le coefficient est non nul, et l'amener en première position par un échange L1Li. On préfère, quand c'est possible, un pivot égal à 1 ou 1 : cela évite les fractions.
  2. Éliminer. Pour chaque ligne Li située en dessous, effectuer LiLiai,1a1,1L1 de manière à annuler le coefficient de la première inconnue. Écrire l'opération en marge.
  3. Recommencer sur le système formé par les lignes restantes, en oubliant la première ligne et la première colonne, jusqu'à obtenir un système échelonné.
  4. Conclure. Trois cas se présentent. Si une équation de la forme 0=c avec c0 est apparue, le système est incompatible et l'ensemble des solutions est vide. Sinon, si toutes les inconnues sont principales, le système a une unique solution, que l'on obtient en remontant. Sinon, il reste des inconnues secondaires, et il y a une infinité de solutions, que l'on décrit en exprimant les inconnues principales en fonction des paramètres.
  5. Vérifier, en réinjectant la ou les solutions trouvées dans les équations de départ. Cette étape n'est jamais du temps perdu.

Exemple

Un système à solution unique. Résolvons

{x+2yz=2(L1)2x+y+z=7(L2)x+y+2z=7(L3)

Le pivot naturel est le coefficient de x dans L1, qui vaut 1.

Première étape. On effectue L2L22L1 et L3L3+L1. Détaillons la première : le coefficient de x devient 22×1=0, celui de y devient 12×2=3, celui de z devient 12×(1)=3, et le second membre devient 72×2=3. De même pour la seconde : 1+1=0, 1+2=3, 2+(1)=1 et 7+2=9. Le système devient

{x+2yz=2x3y+3z=3x+3y+z=9

Deuxième étape. On simplifie la deuxième ligne par L213L2, ce qui donne yz=1, puis on élimine y dans la troisième par L3L33L2 : le coefficient de y devient 33×1=0, celui de z devient 13×(1)=4, et le second membre devient 93×(1)=12. Le système échelonné est

{x+2yz=2x+2yz=1x+2y+4z=12

Remontée. La dernière équation donne z=3. La deuxième donne y=1+z=2. La première donne x=22y+z=24+3=1.

Vérification. Pour (x,y,z)=(1,2,3) : 1+43=2, 2+2+3=7 et 1+2+6=7. Les trois équations sont satisfaites. L'ensemble des solutions est donc

S={(1,2,3)}.

Exemple

Un système incompatible. Résolvons

{x+y+z=12x+3yz=43x+4y+z=6

On effectue L2L22L1, ce qui donne y3z=2, puis L3L33L1, ce qui donne y3z=3. Le système devient

{x+y+z=1x+y3z=2x+y3z=3

Enfin L3L3L2 fournit l'équation

0=1,

qui n'est vérifiée par aucun triplet. Le système est incompatible et S=. On pouvait le pressentir : les deux dernières équations affirment que la même quantité y3z vaut à la fois 2 et 3.

Exemple

Un système à une infinité de solutions. Reprenons le système précédent en remplaçant le second membre de la troisième équation par 5 :

{x+y+z=12x+3yz=43x+4y+z=5

Les mêmes opérations L2L22L1 et L3L33L1 donnent cette fois deux équations identiques y3z=2, et L3L3L2 produit la ligne nulle 0=0, que l'on supprime. Le système échelonné est

{x+y+z=1x+y3z=2

Les inconnues principales sont x et y ; l'inconnue z est secondaire. Posons z=t, avec tR. La deuxième équation donne y=2+3t, et la première x=1yz=1(2+3t)t=14t. L'ensemble des solutions est donc

S={(14t, 2+3t, t)  ;  tR}.

Vérification. Pour tout réel t : la première équation donne (14t)+(2+3t)+t=1, la deuxième 2(14t)+3(2+3t)t=28t+6+9tt=4, et la troisième 3(14t)+4(2+3t)=312t+8+12t=5. Les trois égalités sont vérifiées pour toute valeur de t, ce qui confirme le résultat.

Exemple

Discussion d'un système dépendant d'un paramètre. Soit m un réel. Résolvons, selon la valeur de m, le système

{mx+y+z=1x+my+z=1x+y+mz=1

Le coefficient m pouvant être nul, il ne faut surtout pas prendre m comme premier pivot. Commençons donc par l'échange L1L2, qui place un pivot égal à 1 en tête :

{x+my+z=1mx+y+z=1x+y+mz=1

On effectue L2L2mL1 et L3L3L1 :

{x+my+z=1(1m2)y+(1m)z=1m(1m)y+(m1)z=0

Factorisons les deux dernières lignes, en remarquant que 1m2=(1m)(1+m) et m1=(1m) :

(1m)[(1+m)y+z]=1met(1m)[yz]=0.

Premier cas : m=1. Les deux dernières équations deviennent 0=0 et ne disent plus rien. Le système se réduit à la seule équation x+y+z=1, qui possède une infinité de solutions à deux paramètres :

S={(1st, s, t)  ;  (s,t)R2}.

Second cas : m1. On peut diviser les deux dernières lignes par 1m, qui est non nul, et le système équivaut à

{x+my+z=1(1+m)y+z=1yz=0

La dernière ligne donne z=y, que l'on reporte dans la deuxième : (1+m)y+y=1, soit

(m+2)y=1.

Sous-cas m=2. Cette équation s'écrit 0=1 : le système est incompatible, et S=.

Sous-cas m2. On obtient y=1m+2, puis z=1m+2, et la première équation donne

x=1myz=1m+1m+2=1m+2.

Le système admet alors une unique solution, à savoir

S={(1m+2, 1m+2, 1m+2)}.

Vérification du cas général. En notant u=1m+2, chacune des trois équations s'écrit mu+u+u=(m+2)u=1 : elle est bien vérifiée. Pour m=0 par exemple, on retrouve la solution (12,12,12), dont on vérifie immédiatement qu'elle convient.

Conclusion de la discussion. Le système possède une unique solution si m{2,1}, aucune solution si m=2, et une infinité de solutions si m=1.

Systèmes de Cramer et inversibilité

Définition

Un système linéaire est dit carré lorsqu'il comporte autant d'équations que d'inconnues, c'est-à-dire lorsque sa matrice A appartient à Mn(R). Un système carré est appelé système de Cramer lorsqu'il admet une unique solution.

Propriété

Caractérisation de l'inversibilité (admise). Soit AMn(R). Les trois propositions suivantes sont équivalentes.

  1. A est inversible.
  2. Pour toute colonne BMn,1(R), le système AX=B admet une unique solution, à savoir X=A1B.
  3. Le système homogène AX=0 admet la seule solution X=0.

Ce résultat est admis dans ce programme. Seule l'implication de 1 vers 2 est immédiate, et il vaut la peine de la connaître : si A est inversible et si AX=B, alors en multipliant à gauche par A1 on obtient X=A1B, ce qui prouve à la fois qu'il y a au plus une solution et, en vérifiant que A(A1B)=B, qu'il y en a exactement une. Les réciproques reposent sur l'algorithme du pivot et ne sont pas exigibles.

Le point 3 est celui que l'on utilise le plus souvent en exercice, car il est le plus économique : pour établir qu'une matrice carrée est inversible, il suffit de montrer que le système homogène AX=0 force X=0. Retenez aussi la traduction pratique du point 2 : résoudre un système de Cramer, c'est calculer A1B, mais en pratique le pivot de Gauss reste plus rapide qu'un calcul d'inverse dès que l'on n'a qu'un seul second membre à traiter.

Méthode

Calculer A1 par le pivot de Gauss. Pour inverser une matrice AMn(R) :

  1. Écrire côte à côte la matrice A et la matrice In, séparées par une barre : c'est la matrice augmentée (AIn).
  2. Appliquer l'algorithme du pivot aux lignes entières, c'est-à-dire en répercutant chaque opération simultanément à gauche et à droite de la barre.
  3. Poursuivre jusqu'à obtenir In à gauche de la barre, en remontant après l'échelonnement pour annuler aussi les coefficients au-dessus des pivots.
  4. Lire A1 à droite de la barre.
  5. Si, au cours du calcul, une ligne entière devient nulle à gauche de la barre, s'arrêter : la matrice A n'est pas inversible.
  6. Vérifier en calculant AA1, qui doit valoir In.

Exemple

Inversion d'une matrice d'ordre 3. Inversons

A=(211110102).

On part de la matrice augmentée

(211100110010102001).

Étape 1 : amener un pivot égal à 1 en haut à gauche, par l'échange L1L2 :

(110010211100102001).

Étape 2 : éliminer la première colonne, par L2L22L1 et L3L3L1 :

(110010011120012011).

Étape 3 : normaliser le deuxième pivot, par L2L2 :

(110010011120012011).

Étape 4 : éliminer la deuxième colonne sous le pivot, par L3L3+L2 :

(110010011120001111).

La partie gauche est maintenant échelonnée, avec trois pivots : la matrice A est inversible.

Étape 5 : remonter. On annule les coefficients situés au-dessus des pivots, par L2L2+L3 puis L1L1L2 :

(100221010231001111).

On lit donc

A1=(221231111).

Vérification. Calculons AA1 coefficient par coefficient. Première ligne de A : (211). Multipliée par les trois colonnes de A1, elle donne

2×2+1×(2)+1×(1)=1,2×(2)+1×3+1×1=0,2×(1)+1×1+1×1=0.

Deuxième ligne (110) :

22+0=0,2+3+0=1,1+1+0=0.

Troisième ligne (102) :

2+02=0,2+0+2=0,1+0+2=1.

On obtient bien AA1=I3.

Espaces vectoriels : première approche

Définition

Les sections précédentes ont fait apparaître deux fois la même situation : dans Mn,p(R) comme dans Rn, on dispose d'une addition et d'une multiplication par un réel, soumises aux mêmes huit règles de calcul. Le même phénomène se produit pour les suites, pour les fonctions et pour les polynômes. Plutôt que de refaire cinq fois les mêmes raisonnements, on isole la structure commune.

Définition

On appelle espace vectoriel réel, ou R-espace vectoriel, tout ensemble non vide E muni d'une addition, qui à (x,y)E2 associe x+yE, et d'une multiplication par un réel, qui à (λ,x)R×E associe λxE, vérifiant les huit propriétés suivantes.

Pour l'addition :

  1. x+y=y+x quels que soient x, y dans E ;
  2. (x+y)+z=x+(y+z) quels que soient x, y, z dans E ;
  3. il existe un élément de E, noté 0E et appelé vecteur nul, tel que x+0E=x pour tout x de E (le même 0E convient pour tous les vecteurs) ;
  4. tout x de E possède un élément de E, noté x, tel que x+(x)=0E.

Pour la multiplication par un réel, quels que soient x, y dans E et λ, μ dans R :

  1. 1x=x ;
  2. λ(μx)=(λμ)x ;
  3. (λ+μ)x=λx+μx ;
  4. λ(x+y)=λx+λy.

Les éléments de E s'appellent des vecteurs, les réels des scalaires.

Deux commentaires sur cette liste. D'abord, la multiplication considérée est externe : elle fait intervenir un réel et un vecteur, et non deux vecteurs. Il n'y a, dans un espace vectoriel quelconque, aucune multiplication de deux vecteurs entre eux ; le fait que Mn(R) en possède une est une richesse supplémentaire, pas une conséquence de la structure. Ensuite, le point noté est le plus souvent omis : on écrit λx.

Conformément au programme, la vérification des huit axiomes sur les exemples usuels est admise : on ne demandera jamais de démontrer que R3 est un espace vectoriel. Ce qu'il faut, c'est connaître la liste de ces exemples, car ils servent d'espace ambiant dans tous les exercices.

Les exemples usuels

Propriété

Exemples usuels (admis). Les ensembles suivants, munis des opérations naturelles définies terme à terme, sont des R-espaces vectoriels.

  • R lui-même, et plus généralement Rn pour n1, avec
(x1,,xn)+(y1,,yn)=(x1+y1,,xn+yn),λ(x1,,xn)=(λx1,,λxn).

Le vecteur nul est 0Rn=(0,,0).

  • Mn,p(R), avec les opérations de la section 2. Le vecteur nul est la matrice nulle 0n,p.
  • L'ensemble RN des suites réelles, avec (u+v)k=uk+vk et (λu)k=λuk. Le vecteur nul est la suite nulle.
  • L'ensemble F(R,R) des fonctions de R dans R, avec (f+g)(x)=f(x)+g(x) et (λf)(x)=λf(x). Le vecteur nul est la fonction nulle.
  • L'ensemble R[x] des polynômes à coefficients réels, ainsi que Rn[x] pour tout nN. Le vecteur nul est le polynôme nul.

Il faut s'habituer à ce que le mot « vecteur » désigne, selon le contexte, un n-uplet, une matrice, une suite, une fonction ou un polynôme. C'est précisément la puissance de la notion : un même énoncé, démontré une fois pour toutes, s'appliquera dans les cinq situations.

Règles de calcul

Propriété

Soit E un R-espace vectoriel, soit xE et soit λR. Alors

0x=0E,λ0E=0E,(1)x=x,

et

λx=0E    (λ=0  ou  x=0E).

Prenez garde à la première égalité : le 0 de gauche est le réel nul, celui de droite le vecteur nul. Ce sont deux objets de nature différente, et c'est justement le contenu de l'énoncé que d'affirmer un lien entre eux.

Démonstration. Montrons d'abord 0x=0E. Le réel 0 vérifie 0=0+0, donc l'axiome 7 donne

0x=(0+0)x=0x+0x.

Ajoutons aux deux membres le vecteur (0x), dont l'axiome 4 garantit l'existence : le membre de gauche devient 0E, et le membre de droite 0x. D'où 0x=0E.

Le même argument donne la deuxième égalité : comme 0E=0E+0E, l'axiome 8 donne λ0E=λ0E+λ0E, et en ajoutant (λ0E) aux deux membres, on obtient 0E=λ0E.

Pour la troisième, écrivons, en utilisant l'axiome 5 puis l'axiome 7 :

x+(1)x=1x+(1)x=(1+(1))x=0x=0E.

Ainsi (1)x est un opposé de x. Or l'opposé est unique : si y et y vérifient tous deux x+y=0E et x+y=0E, alors y=y+0E=y+(x+y)=(y+x)+y=0E+y=y. Donc (1)x=x.

Enfin, l'équivalence. Si λ=0 ou x=0E, les deux premières égalités donnent λx=0E. Réciproquement, supposons λx=0E et λ0. Le réel 1λ existe, et les axiomes 6 et 5 donnent

x=1x=(1λλ)x=1λ(λx)=1λ0E=0E.

Donc λ=0 ou x=0E.

La dernière équivalence est celle que l'on utilise le plus. Elle indique que, contrairement au produit matriciel, la multiplication externe ne possède pas de diviseurs de zéro : un produit λx est nul si et seulement si l'un des deux facteurs l'est.

Sous-espaces vectoriels

Définition et caractérisation

Vérifier huit axiomes pour chaque ensemble rencontré serait interminable. Heureusement, la quasi-totalité des espaces vectoriels que l'on manipule sont des parties d'un espace vectoriel déjà connu. Il suffit alors d'un critère très court.

Définition

Soit E un R-espace vectoriel. Une partie F de E est un sous-espace vectoriel de E lorsque F, muni des opérations de E, est lui-même un R-espace vectoriel.

Propriété

Caractérisation des sous-espaces vectoriels. Soit E un R-espace vectoriel et soit F une partie de E. Alors F est un sous-espace vectoriel de E si et seulement si les deux conditions suivantes sont réunies :

  1. F est non vide, ce que l'on vérifie en pratique en montrant que 0EF ;
  2. F est stable par combinaison linéaire, c'est-à-dire
(x,y)F2, (λ,μ)R2,λx+μyF.

Démonstration. Supposons d'abord que F soit un sous-espace vectoriel de E. Alors F est un espace vectoriel, donc non vide, et ses opérations sont celles de E : la somme λx+μy de deux éléments de F multipliés par des réels reste dans F, puisque les deux opérations sont définies à valeurs dans F. La condition 2 est donc vérifiée. Appliquons-la avec un élément x de F, qui existe puisque F est non vide, et avec λ=μ=0 : elle donne 0x+0x=0EF, ce qui établit la condition 1 sous sa forme pratique, et montre au passage que le vecteur nul de F est bien celui de E.

Réciproquement, supposons les conditions 1 et 2 vérifiées. La condition 2 assure d'abord que l'addition et la multiplication par un réel sont bien définies de F dans F : pour x,yF, prendre λ=μ=1 donne x+yF, et prendre μ=0 donne λxF. Il reste à vérifier les huit axiomes. Les axiomes 1, 2, 5, 6, 7 et 8 sont des égalités entre vecteurs qui sont vraies pour tous les éléments de E : elles sont donc vraies en particulier pour les éléments de F, sans rien à démontrer. L'axiome 3 est assuré par la condition 1, puisque 0EF et que x+0E=x pour tout x. Quant à l'axiome 4, si xF, alors x=(1)x appartient à F par stabilité. Ainsi F est un R-espace vectoriel.

Cette caractérisation est la porte d'entrée obligatoire : dans un exercice, on ne démontre jamais qu'un ensemble est un espace vectoriel en revenant aux huit axiomes. On l'exhibe comme sous-espace vectoriel d'un espace usuel.

Méthode

Montrer qu'un ensemble F est un sous-espace vectoriel. La rédaction comporte toujours les mêmes quatre temps.

  1. Nommer l'espace ambiant E et justifier l'inclusion FE. C'est l'étape que l'on saute à tort : « F est un sous-espace vectoriel » ne veut rien dire sans préciser de quoi.
  2. Vérifier que 0EF, en revenant à la définition de F. Si le vecteur nul n'y est pas, on s'arrête immédiatement : F n'est pas un sous-espace vectoriel, et c'est démontré.
  3. Prendre deux éléments quelconques x et y de F et deux réels quelconques λ et μ, puis montrer que λx+μy appartient à F, en vérifiant la ou les conditions qui définissent F.
  4. Conclure par une phrase : « F est donc un sous-espace vectoriel de E ».

Pour montrer au contraire qu'un ensemble n'en est pas un, il suffit d'un contre-exemple : soit 0EF, soit deux éléments explicites de F dont la somme n'y est pas.

Exemples

Exemple

Un plan de R3 passant par l'origine. Soit

P={(x,y,z)R3  ;  x+2yz=0}.

Par construction, PR3, qui est un espace vectoriel. Le triplet nul vérifie 0+00=0, donc 0R3P. Soient maintenant u=(x,y,z) et u=(x,y,z) deux éléments de P, et soient λ et μ deux réels. Le vecteur λu+μu a pour coordonnées (λx+μx, λy+μy, λz+μz), et

(λx+μx)+2(λy+μy)(λz+μz)=λ(x+2yz)=0+μ(x+2yz)=0=0.

Donc λu+μuP, et P est un sous-espace vectoriel de R3.

Exemple

Une droite de R3 passant par l'origine. Soit

D={(t,2t,t)  ;  tR}.

On a DR3, et 0R3 s'obtient pour t=0. Si u=(t,2t,t) et u=(t,2t,t) sont dans D et si λ,μ sont réels, alors

λu+μu=(λt+μt, 2(λt+μt), (λt+μt)),

qui est de la forme (s,2s,s) avec s=λt+μt : c'est un élément de D. Donc D est un sous-espace vectoriel de R3.

Exemple

Les matrices triangulaires supérieures. Soit

T={AM2(R)  ;  a2,1=0}.

L'espace ambiant est M2(R), et T en est une partie. La matrice nulle a bien un coefficient d'indice (2,1) nul, donc 02T. Si A et B sont dans T et si λ,μ sont réels, le coefficient d'indice (2,1) de λA+μB vaut λa2,1+μb2,1=λ×0+μ×0=0, donc λA+μBT. Ainsi T est un sous-espace vectoriel de M2(R). Le raisonnement s'étend mot pour mot aux matrices triangulaires supérieures de Mn(R), ainsi qu'aux matrices diagonales, symétriques ou antisymétriques.

Exemple

Les suites vérifiant une relation de récurrence linéaire. Soit

F={uRN  ;  kN, uk+2=3uk+12uk}.

L'espace ambiant est l'ensemble RN des suites réelles. La suite nulle vérifie la relation, car 0=3×02×0, donc elle appartient à F. Soient u et v dans F, soient λ et μ des réels, et posons w=λu+μv. Pour tout kN,

wk+2=λuk+2+μvk+2=λ(3uk+12uk)+μ(3vk+12vk)=3(λuk+1+μvk+1)2(λuk+μvk),

c'est-à-dire wk+2=3wk+12wk. Donc wF, et F est un sous-espace vectoriel de RN.

Exemple

Le commutant d'une matrice. Soit A=(1101) et soit

C={XM2(R)  ;  AX=XA}.

La matrice nulle commute avec A, donc 02C. Si X et Y commutent avec A et si λ,μ sont réels, alors

A(λX+μY)=λAX+μAY=λXA+μYA=(λX+μY)A,

donc λX+μYC : c'est un sous-espace vectoriel de M2(R). On peut même le décrire complètement. En posant X=(abcd), on calcule

AX=(a+cb+dcd),XA=(aa+bcc+d),

et l'égalité AX=XA équivaut au système a+c=a, b+d=a+b, c=c, d=c+d, c'est-à-dire à c=0 et d=a. Ainsi

C={(ab0a)  ;  (a,b)R2}.

Exemple

Deux contre-exemples.

a. L'ensemble F1={(x,y)R2  ;  x+y=1} n'est pas un sous-espace vectoriel de R2, car 0+0=01 : le vecteur nul ne lui appartient pas. C'est une droite du plan, mais elle ne passe pas par l'origine. Retenez ce test : un sous-espace vectoriel contient toujours le vecteur nul, et il permet d'éliminer un candidat en une ligne.

b. L'ensemble F2={(x,y)R2  ;  xy=0} contient le vecteur nul, et il est stable par multiplication par un réel, puisque (λx)(λy)=λ2xy=0. Pourtant ce n'est pas un sous-espace vectoriel : les vecteurs u=(1,0) et v=(0,1) lui appartiennent, mais leur somme u+v=(1,1) vérifie 1×1=10, donc u+vF2. Cet exemple montre qu'il faut réellement vérifier la stabilité par somme, et pas seulement par multiplication.

Intersection de deux sous-espaces vectoriels

Propriété

Soient F et G deux sous-espaces vectoriels d'un même R-espace vectoriel E. Alors FG est un sous-espace vectoriel de E.

Démonstration. L'ensemble FG est une partie de E. Comme F et G sont des sous-espaces vectoriels, chacun contient 0E, donc 0EFG : l'intersection est non vide.

Soient maintenant x et y deux éléments de FG, et soient λ et μ deux réels. Comme x et y appartiennent à F et que F est stable par combinaison linéaire, on a λx+μyF. Le même argument dans G donne λx+μyG. Par définition de l'intersection, λx+μyFG. La caractérisation s'applique : FG est un sous-espace vectoriel de E.

En revanche, la réunion de deux sous-espaces vectoriels n'en est pas un en général. Prenons dans R2 les deux droites F={(x,0)  ;  xR} et G={(0,y)  ;  yR}, qui sont bien des sous-espaces vectoriels. Leur réunion contient (1,0) et (0,1), mais pas leur somme (1,1), qui n'est ni sur l'un ni sur l'autre axe. On retrouve d'ailleurs exactement le contre-exemple F2 ci-dessus, puisque FG est précisément l'ensemble des couples de produit nul.

Combinaisons linéaires et sous-espace engendré

Combinaisons linéaires

Définition

Soient E un R-espace vectoriel et x1,,xp des vecteurs de E, en nombre fini. On appelle combinaison linéaire de x1,,xp tout vecteur de la forme

λ1x1+λ2x2++λpxp=k=1pλkxk,

λ1,,λp sont des réels, appelés coefficients de la combinaison.

Exemple

Dans R3, posons u=(1,1,0) et v=(1,1,2).

a. Le vecteur (5,1,6) est combinaison linéaire de u et v, car

2u+3v=(2+3, 23, 0+6)=(5,1,6).

b. Le vecteur (1,0,1) l'est également, mais il faut le chercher : on veut λ et μ tels que λu+μv=(1,0,1), ce qui s'écrit λ+μ=1, λμ=0 et 2μ=1. La dernière équation donne μ=12, la deuxième λ=μ=12, et la première est alors satisfaite. On vérifie en effet que 12u+12v=(1,0,1).

c. Le vecteur (1,0,0), en revanche, n'est pas combinaison linéaire de u et v. Le système correspondant est λ+μ=1, λμ=0 et 2μ=0 : la dernière équation impose μ=0, la deuxième λ=0, et la première devient 0=1, ce qui est impossible. Décider si un vecteur est combinaison linéaire de vecteurs donnés revient donc toujours à résoudre un système linéaire, et à conclure sur sa compatibilité.

Le sous-espace engendré

Définition

Soient E un R-espace vectoriel et x1,,xp des vecteurs de E. On appelle sous-espace engendré par x1,,xp, et l'on note Vect(x1,,xp), l'ensemble de toutes les combinaisons linéaires de ces vecteurs :

Vect(x1,,xp)={k=1pλkxk  ;  (λ1,,λp)Rp}.

Propriété

Vect(x1,,xp) est un sous-espace vectoriel de E, et il contient chacun des vecteurs x1,,xp.

Démonstration. Notons F=Vect(x1,,xp). C'est par construction une partie de E, puisqu'une combinaison linéaire de vecteurs de E est un vecteur de E.

En prenant tous les coefficients nuls, on obtient 0x1++0xp=0E, donc 0EF.

Soient x et y deux éléments de F et soient λ et μ deux réels. Par définition de F, il existe des réels a1,,ap et b1,,bp tels que

x=k=1pakxkety=k=1pbkxk.

En utilisant les axiomes de l'espace vectoriel pour regrouper les termes de même indice,

λx+μy=λk=1pakxk+μk=1pbkxk=k=1p(λak+μbk)xk.

C'est encore une combinaison linéaire de x1,,xp, donc λx+μyF. La caractérisation de la section 11 s'applique : F est un sous-espace vectoriel de E.

Enfin, pour chaque indice j, le vecteur xj s'obtient en prenant λj=1 et tous les autres coefficients nuls : xjF.

Définition

Soit F un sous-espace vectoriel de E. On dit que la famille (x1,,xp), de cardinal fini, est génératrice de F, ou qu'elle engendre F, lorsque

F=Vect(x1,,xp),

c'est-à-dire lorsque tout vecteur de F s'écrit comme combinaison linéaire de x1,,xp.

Cette notion fournit la manière la plus économique de décrire un sous-espace vectoriel : au lieu d'en donner une condition (« l'ensemble des triplets vérifiant telle équation »), on en donne une fabrication (« l'ensemble des combinaisons linéaires de tels vecteurs »). La propriété précédente offre par ailleurs une seconde méthode pour établir qu'un ensemble est un sous-espace vectoriel : le reconnaître comme un Vect, ce qui dispense de toute vérification.

Décrire les solutions d'un système homogène

Méthode

Écrire l'ensemble des solutions d'un système homogène comme un Vect.

  1. Résoudre le système par la méthode du pivot de Gauss.
  2. Repérer les inconnues principales et les inconnues secondaires, et exprimer les premières en fonction des secondes.
  3. Écrire le vecteur solution général, toutes coordonnées comprises, en fonction des seuls paramètres.
  4. Séparer les paramètres : mettre chaque paramètre en facteur pour faire apparaître une combinaison linéaire de vecteurs fixes.
  5. Conclure : l'ensemble des solutions est le Vect de ces vecteurs, et c'est donc un sous-espace vectoriel, sans autre vérification.

Contrôle final : chacun des vecteurs obtenus doit vérifier toutes les équations du système de départ.

Exemple

Un premier système, à trois inconnues. Décrivons l'ensemble S des triplets (x,y,z) de R3 vérifiant

{x+y+z=0xy+2z=0

L'opération L2L2L1 transforme la seconde équation en 2y+z=0, soit z=2y. En reportant dans la première, x=yz=y2y=3y. Posons y=t, avec tR : les solutions sont les triplets

(x,y,z)=(3t, t, 2t)=t(3,1,2).

Ainsi

S=Vect((3,1,2)),

et c'est un sous-espace vectoriel de R3, à savoir une droite passant par l'origine.

Contrôle. Le vecteur (3,1,2) vérifie 3+1+2=0 et 31+4=0.

Exemple

Un second système, à quatre inconnues. Décrivons l'ensemble S des quadruplets (x,y,z,t) de R4 vérifiant

{x+2yz+t=02x+4yz+3t=0

L'opération L2L22L1 donne z+t=0 : les coefficients de x et de y s'annulent tous les deux, et il reste 12×(1)=1 pour z et 32=1 pour t. Le système échelonné est

{x+2yz+t=0x+2y+z+t=0

Les inconnues principales sont x et z, les paramètres sont y et t. La seconde équation donne z=t, et la première x=2y+zt=2ytt=2y2t. Le vecteur solution général s'écrit donc

(x,y,z,t)=(2y2t, y, t, t).

Séparons les deux paramètres :

(x,y,z,t)=y(2,1,0,0)+t(2,0,1,1).

Par conséquent

S=Vect((2,1,0,0), (2,0,1,1)),

et S est un sous-espace vectoriel de R4.

Contrôle. Pour (2,1,0,0) : 2+20+0=0 et 4+40+0=0. Pour (2,0,1,1) : 2+0+1+1=0 et 4+0+1+3=0. Les deux vecteurs sont bien solutions.

Deux familles peuvent engendrer le même sous-espace

Exemple

Dans R3, posons

u1=(1,0,1),u2=(0,1,1),v1=(1,1,2),v2=(1,1,0),

et montrons que Vect(u1,u2)=Vect(v1,v2).

Première inclusion. On remarque que v1=u1+u2 et v2=u1u2. Les vecteurs v1 et v2 appartiennent donc à Vect(u1,u2). Comme Vect(u1,u2) est un sous-espace vectoriel, il est stable par combinaison linéaire, donc il contient toutes les combinaisons linéaires de v1 et v2, c'est-à-dire

Vect(v1,v2)Vect(u1,u2).

Seconde inclusion. Réciproquement, en additionnant et en soustrayant les deux relations précédentes,

u1=12(v1+v2)=12(2,0,2)=(1,0,1),u2=12(v1v2)=12(0,2,2)=(0,1,1).

Donc u1 et u2 appartiennent à Vect(v1,v2), et le même argument de stabilité donne l'inclusion réciproque

Vect(u1,u2)Vect(v1,v2).

Conclusion. Les deux sous-espaces sont égaux. Un même sous-espace vectoriel admet donc une infinité de familles génératrices différentes : l'écriture sous forme de Vect n'a rien d'unique, et deux réponses d'apparence différente à un même exercice peuvent parfaitement être toutes les deux correctes. Pour les comparer, on procède comme ci-dessus, par double inclusion.

Exemple

Retour sur le commutant. Le sous-espace C des matrices qui commutent avec A=(1101), calculé en section 11, s'écrit

(ab0a)=a(1001)+b(0100),

donc

C=Vect(I2, (0100)).

Cette écriture redonne gratuitement le fait que C est un sous-espace vectoriel de M2(R), et elle est bien plus maniable que la condition de départ AX=XA.

Ce qu'il faut retenir

Ce chapitre est le premier d'algèbre linéaire, et tout le reste de l'année s'appuie dessus. Voici les réflexes à installer dès maintenant.

Ce qu'on cherche Ce qu'on fait
Multiplier deux matrices Vérifier les formats, poser la disposition ligne par colonne, contrôler le format du résultat
Calculer An Conjecture et récurrence ; ou A=λIn+N avec N nilpotente et binôme ; ou relation polynomiale et division euclidienne
Utiliser le binôme de Newton Vérifier d'abord que les deux matrices commutent, sans quoi la formule est fausse
Montrer qu'une matrice est inversible Formule adbc à l'ordre 2 ; relation polynomiale factorisée par A ; pivot de Gauss sur (AIn) ; ou montrer que AX=0 force X=0
Calculer un inverse Pivot de Gauss sur la matrice augmentée, puis vérification AA1=In
Résoudre un système Pivot de Gauss, opérations écrites en marge, puis remontée et vérification
Décrire une infinité de solutions Choisir les paramètres parmi les inconnues secondaires, exprimer les principales, séparer les paramètres
Discuter selon un paramètre Ne jamais prendre le paramètre comme pivot ; isoler les valeurs qui annulent un pivot et les traiter à part
Montrer qu'un ensemble est un sous-espace vectoriel Nommer l'ambiant, vérifier 0EF, puis la stabilité par λx+μy ; ou le reconnaître comme un Vect
Décrire un ensemble de solutions d'un système homogène Le mettre sous forme de Vect en séparant les paramètres

Quelques erreurs classiques méritent enfin d'être nommées, car elles reviennent année après année.

Échanger deux facteurs dans un produit. Le produit matriciel n'est pas commutatif : AB et BA sont deux matrices différentes, quand elles existent toutes les deux. Ce seul oubli suffit à invalider une démonstration entière.

Développer (A+B)2 en A2+2AB+B2. L'identité correcte est A2+AB+BA+B2. Le regroupement n'est licite qu'après avoir vérifié AB=BA, et cette vérification doit figurer sur la copie.

Simplifier par une matrice. De AB=AC on ne déduit B=C que si A est inversible. Sans cette hypothèse, la simplification est fausse, et l'on dispose de contre-exemples élémentaires.

Écrire A1 avant d'avoir prouvé que A est inversible. C'est une faute de logique : la notation présuppose le résultat que l'on cherche à établir.

Prendre un paramètre comme pivot. Diviser par m sans discuter le cas m=0 fait perdre la moitié des points d'une question de discussion. Le bon réflexe est de commencer par un échange de lignes qui amène un pivot numérique.

Oublier de vérifier. Une solution de système se réinjecte dans les équations, un inverse se contrôle par AA1=In, une formule de puissance se teste sur n=2. Ces vérifications prennent trente secondes et sauvent des copies.

Conclure qu'un ensemble est un sous-espace vectoriel sans nommer l'espace ambiant. La phrase « F est un sous-espace vectoriel » n'a de sens que complétée par « de E », et l'inclusion FE fait partie de la démonstration.

Bloqué sur « Algèbre linéaire : calcul matriciel et systèmes » ?

On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.