ECG approfondies · Chapitre 05 · Premier semestre
Fonctions réelles d'une variable réelle
1re année
Limite, continuité, étude globale sur un intervalle, dérivation, intégration sur un segment.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Limite
- Continuité
- Étude globale sur un intervalle
- Dérivation
- Intégration sur un segment
Le chapitre précédent a refondé la notion de limite pour les suites. Celui-ci fait le même travail pour les fonctions, et c'est le chapitre le plus important du premier semestre : tout ce qui suivra en analyse, en probabilités continues et en optimisation s'y appuie. La difficulté n'est pas dans les objets, que vous connaissez depuis le lycée, mais dans le niveau d'exigence. En terminale, « tend vers en » se lisait sur une courbe ; ici, c'est un énoncé quantifié que l'on démontre. En terminale, le théorème des valeurs intermédiaires était admis et illustré ; ici, il se démontre, et sa démonstration est exigible.
Le passage des suites aux fonctions apporte une nouveauté et une difficulté. La nouveauté, c'est que la variable ne se contente plus de tendre vers : elle peut tendre vers n'importe quel réel , par la droite ou par la gauche, ce qui multiplie les cas de figure. La difficulté, c'est que cette variable prend toutes les valeurs réelles autour de , et non plus seulement des valeurs entières : on ne peut donc plus raisonner « à partir d'un certain rang », mais « à distance assez petite de ». Le rang des suites devient le réel des fonctions. Tout le reste est identique, y compris les démonstrations, et vous reconnaîtrez au passage le théorème d'encadrement, les théorèmes de comparaison et le théorème de la limite monotone.
Le plan est le suivant. La section met en place le vocabulaire : ensemble de définition, opérations, monotonie, parité, fonctions bornées. La section passe en revue les fonctions usuelles autorisées dans la filière : polynômes et fractions rationnelles, racine carrée, valeur absolue, partie entière, exponentielle, logarithme et puissances réelles. La section définit la limite et donne tout l'arsenal de calcul. La section traite la continuité, le théorème des valeurs intermédiaires et le théorème de la bijection. Les sections et , consacrées à la dérivation et à l'intégration sur un segment, viennent ensuite : chaque fois que nous aurons besoin d'un résultat qui en relève, en particulier d'une formule de dérivation, nous le signalerons explicitement par un renvoi.
Un mot sur le cadre. Les nombres complexes et les fonctions trigonométriques ne sont pas au programme de la voie ECG : ils n'apparaîtront donc nulle part. Les outils d'analyse asymptotique enseignés au second semestre ne sont pas davantage utilisables ici : tout ce qui suit se démontre avec les seules définitions de ce chapitre. Enfin, la construction de est hors programme : l'existence de la borne supérieure d'une partie non vide et majorée de est admise, comme au chapitre précédent, et nous nous en servirons abondamment.
Voici les notations employées dans tout le chapitre.
| Notation | Signification |
|---|---|
| ensemble de définition de | |
| courbe représentative de | |
| , | intervalles de , non vides et non réduits à un point |
| intervalle ouvert de bornes et | |
| segment, c'est-à-dire intervalle fermé borné | |
| partie entière du réel | |
| , | réels strictement positifs, « aussi petits que l'on veut » |
| réciproque d'une bijection (jamais ) | |
| composée : | |
| fin d'une démonstration |
Généralités sur les fonctions numériques
Ensemble de définition et courbe représentative
Définition
Une fonction numérique d'une variable réelle est la donnée d'une partie de et d'un procédé qui, à tout réel de , associe un unique réel noté . On note
L'ensemble s'appelle l'ensemble de définition de et se note . Le réel est l'image de par .
Lorsque la fonction est donnée par une formule sans que l'ensemble de définition soit précisé, on convient que est l'ensemble des réels pour lesquels la formule a un sens. Déterminer cet ensemble est toujours la première question d'une étude de fonction, et l'oublier fait perdre des points à tous les concours.
Définition
La courbe représentative de , dans un repère du plan, est l'ensemble
Remarque
Une partie du plan est la courbe représentative d'une fonction si et seulement si toute droite verticale la coupe en au plus un point. C'est la traduction graphique de l'unicité de l'image : un réel ne peut pas avoir deux images.
En revanche, une droite horizontale peut couper autant de fois que l'on veut : un réel peut avoir plusieurs antécédents. Le nombre d'antécédents d'un réel , c'est-à-dire le nombre de solutions de l'équation , est précisément la question à laquelle répondront le théorème des valeurs intermédiaires et le théorème de la bijection en section .
Méthode
Déterminer un ensemble de définition. On recense toutes les contraintes, puis on prend leur intersection.
- Dénominateur : tout dénominateur doit être non nul.
- Racine carrée : la quantité sous le radical doit être positive ou nulle.
- Logarithme : l'argument de doit être strictement positif.
- Puissance réelle : dans avec non entier, on doit avoir (voir la sous-section ).
- Traduire chaque contrainte par une inéquation, la résoudre, puis intersecter tous les ensembles obtenus.
Exemple
a. Soit . Deux contraintes : , soit , et , soit . Donc
b. Soit . La contrainte est , c'est-à-dire . Un trinôme de coefficient dominant positif est strictement positif à l'extérieur de ses racines, donc
c. Soit . Il faut pour le logarithme, et , c'est-à-dire . Donc .
Définition
Soient et deux fonctions et une partie de . On dit que et coïncident sur lorsque pour tout de . On dit que et sont égales lorsque et qu'elles coïncident sur cet ensemble commun.
Si , la restriction de à , notée , est la fonction définie sur par .
Remarque
L'égalité de deux fonctions exige l'égalité des ensembles de définition. Ainsi les fonctions et ne sont pas égales : la première n'est pas définie en , la seconde l'est. Elles coïncident seulement sur . Cette distinction, qui semble tatillonne, est exactement ce qui rend le prolongement par continuité intéressant (sous-section ).
Opérations sur les fonctions
Définition
Soient et deux fonctions et un réel. On définit :
- la somme par , sur ;
- le produit par un scalaire par , sur ;
- le produit par , sur ;
- le quotient par , sur .
Définition
Soient et deux fonctions. La composée est définie par
On dit que est la fonction intérieure et la fonction extérieure.
Remarque
Il faut être attentif à deux points.
La composition n'est pas commutative. Avec et , on obtient tandis que . Ces deux fonctions ne coïncident qu'en .
L'ensemble de définition d'une composée n'est pas . Pour et , la composée n'est définie que sur , bien que soit définie sur tout entier : il faut que l'image tombe dans .
Propriété
Soient et deux fonctions définies sur une même partie . Les fonctions et , définies sur par et de même pour le minimum, vérifient
Démonstration. Soit . Si , alors , donc
Si , alors , et le même calcul donne , qui est encore le maximum. La formule pour le minimum s'obtient de même, ou en remarquant que .
Monotonie
Définition
Soit une fonction définie sur un intervalle . On dit que est :
- croissante sur lorsque ;
- décroissante sur lorsque ;
- strictement croissante sur lorsque ;
- strictement décroissante sur lorsque ;
- monotone (respectivement strictement monotone) sur lorsqu'elle est croissante ou décroissante (respectivement strictement croissante ou strictement décroissante) sur .
Remarque
La monotonie est une propriété relative à un intervalle, jamais à un point, et elle n'est pas locale : est strictement décroissante sur et strictement décroissante sur , mais elle n'est pas décroissante sur . En effet alors que . On ne recolle jamais deux intervalles de monotonie séparés par une valeur interdite.
Propriété
Stricte monotonie et injectivité. Si est strictement monotone sur un intervalle , alors est injective sur : deux réels distincts de ont des images distinctes.
Démonstration. Supposons strictement croissante, et soient et deux éléments distincts de . L'ordre sur étant total, on a ou . Dans le premier cas , dans le second : dans les deux cas . Le cas décroissant est identique.
Cette propriété est la moitié du théorème de la bijection (sous-section ) : la stricte monotonie donne l'injectivité, la continuité donnera la surjectivité sur l'image.
Propriété
Monotonie d'une composée, ou règle des signes. Soient et deux intervalles, telle que , et .
- Si et sont monotones de même sens, alors est croissante sur .
- Si et sont monotones de sens contraires, alors est décroissante sur .
Si de plus et sont strictement monotones, alors est strictement monotone.
Démonstration. Traitons le cas où est croissante sur et décroissante sur , les trois autres cas étant en tous points analogues. Soient et dans avec . La croissance de donne . Ces deux réels appartiennent à puisque , donc la décroissance de s'applique et donne
c'est-à-dire . Ainsi est décroissante sur .
Pour la version stricte, on reprend le même raisonnement avec : la stricte croissance de donne , et la stricte décroissance de donne alors .
Méthode
Étudier la monotonie sans utiliser la dérivée. La dérivation n'intervient qu'en section , et beaucoup d'exercices se traitent plus vite sans elle.
- Décomposer en fonctions usuelles et appliquer la règle des signes ci-dessus, en précisant à chaque étape l'intervalle et le sens de variation.
- Additionner : une somme de deux fonctions croissantes est croissante ; si l'une des deux est strictement croissante, la somme l'est aussi.
- Comparer et directement, en étudiant le signe de pour quelconques.
- Attention : il n'existe aucune règle pour le produit ni pour le quotient de deux fonctions monotones. On passe par la décomposition ou par le calcul direct.
Exemple
a. Soit sur . La fonction est strictement croissante de sur , la fonction racine carrée est strictement croissante sur à valeurs dans , et la fonction inverse est strictement décroissante sur . On compose : deux croissances puis une décroissance, donc est strictement décroissante sur .
b. Soit sur . Les fonctions et sont strictement croissantes sur , et est constante : est donc strictement croissante sur comme somme.
c. Soit sur . Le quotient ne se traite pas directement ; on écrit . Sur cet intervalle, est strictement croissante à valeurs strictement positives, donc est strictement décroissante, donc son opposée est strictement croissante, et aussi.
Parité et périodicité
Définition
Soit une fonction dont l'ensemble de définition est symétrique par rapport à , c'est-à-dire tel que .
- est paire lorsque ;
- est impaire lorsque .
Propriété
Soit une fonction définie sur un ensemble symétrique par rapport à .
- Si est paire, sa courbe est symétrique par rapport à l'axe des ordonnées.
- Si est impaire, sa courbe est symétrique par rapport à l'origine du repère. De plus, si , alors .
Démonstration. Le symétrique du point par rapport à l'axe des ordonnées est . Si est paire et si , alors , donc le point appartient à : c'est bien . Le symétrique de par rapport à l'origine est , et si est impaire, montre de même que . Enfin, si est impaire et définie en , la relation s'écrit , d'où puis .
Méthode
Exploiter une symétrie. Lorsque est paire ou impaire, on restreint l'étude à , puis on complète la courbe par la symétrie correspondante. Le travail est divisé par deux. La rédaction attendue tient en une phrase, placée juste après la détermination de : « L'ensemble est symétrique par rapport à et, pour tout de , : la fonction est paire, on l'étudie sur et l'on complète par symétrie d'axe . »
Exemple
a. est définie sur , symétrique par rapport à , et
la fonction est impaire.
b. est définie sur , et : la fonction est paire.
c. n'est ni paire ni impaire : n'est égal ni à , ni à .
d. La fonction nulle est à la fois paire et impaire, et c'est la seule.
Définition
Soit un réel strictement positif. Une fonction est périodique de période (ou -périodique) lorsque
Son étude se restreint alors à un intervalle de longueur , la courbe se complétant par translations successives de vecteur .
Exemple
La fonction , appelée partie fractionnaire, est définie sur et -périodique. En effet, pour tout réel , on a (voir la sous-section ), donc
Sur , elle coïncide avec ; la courbe est donc une succession de segments de pente , reproduits à l'identique sur chaque intervalle avec .
Fonctions majorées, minorées, bornées
Définition
Soit une fonction et une partie de . On dit que est :
- majorée sur lorsqu'il existe un réel tel que ;
- minorée sur lorsqu'il existe un réel tel que ;
- bornée sur lorsqu'elle est à la fois majorée et minorée sur .
Remarque
L'ordre des quantificateurs est essentiel : le majorant est choisi avant , donc il ne dépend pas de . Écrire « pour tout , il existe tel que » ne dit rien du tout, puisqu'il suffit de prendre .
Dire que est majorée sur revient exactement à dire que la partie de est majorée. On ramène ainsi tout le vocabulaire des fonctions à celui des parties de , vu au chapitre précédent.
Propriété
Caractérisation par la valeur absolue. Soit définie sur . La fonction est bornée sur si et seulement s'il existe un réel tel que
Démonstration. Supposons qu'un tel existe. Pour tout de , l'encadrement montre que est majorée par et minorée par , donc bornée.
Réciproquement, supposons bornée : il existe et tels que pour tout de . Posons , réel positif. Pour , on a d'une part , d'autre part . Donc , soit .
Définition
Soit définie sur et .
- admet un maximum global sur en lorsque . Le réel est alors le maximum de sur , noté .
- admet un maximum local en lorsqu'il existe tel que
On définit de même le minimum global et le minimum local. Un extremum est un maximum ou un minimum.
Remarque
Un extremum global est un extremum local, la réciproque étant fausse : un maximum local n'est le plus grand que « près de ». On dit parfois qu'un maximum local est un « sommet de colline » et le maximum global « le sommet du massif ».
Attention à ne pas confondre l'extremum, qui est une valeur , et le point où il est atteint. On dit « atteint son maximum en , et ce maximum vaut ».
Propriété
Lien avec la borne supérieure. Soit définie sur non vide.
- Si est majorée sur , la partie est non vide et majorée : elle admet donc une borne supérieure, que l'on note .
- La fonction admet un maximum global sur si et seulement si appartient à , c'est-à-dire est atteint. Dans ce cas, .
Le point est le cœur du problème : une fonction majorée possède toujours une borne supérieure, mais pas toujours un maximum. La fonction sur est majorée par , sa borne supérieure vaut , et pourtant elle ne prend jamais la valeur : elle n'a pas de maximum. C'est précisément l'insuffisance que le théorème des bornes atteintes (sous-section ) viendra combler, au prix d'hypothèses fortes.
Méthode
Montrer qu'une fonction est bornée. Trois voies, par ordre de fréquence.
- Encadrer directement à partir d'inégalités connues sur les fonctions usuelles : , , , et ainsi de suite.
- Majorer par une constante, en utilisant l'inégalité triangulaire et en majorant chaque morceau séparément.
- Invoquer le théorème des bornes atteintes lorsque est continue sur un segment : c'est immédiat, mais l'hypothèse de segment est indispensable (sous-section ).
Exemple
Montrons que est bornée sur , et déterminons ses extremums.
Soit . Le carré est positif, donc en développant, , c'est-à-dire
Comme , on peut diviser sans changer le sens, ce qui donne
La fonction est donc bornée, et pour tout réel .
Ces deux bornes sont atteintes : et . Ainsi admet pour maximum global, atteint en , et pour minimum global, atteint en . On a donc ici .
Les fonctions usuelles
Cette section rassemble les fonctions autorisées dans la filière et les propriétés que l'on utilisera sans les redémontrer. Deux avertissements sur son statut. D'une part, les limites qui y figurent sont celles du lycée : la définition rigoureuse de la limite fait l'objet de la section , et l'on s'y reportera pour toute justification. D'autre part, les dérivées sont rappelées pour mémoire, parce qu'elles sont indispensables dès les premiers exercices ; leur définition et leurs règles de calcul sont l'objet de la section . Les variations, elles, sont établies ici sans dérivation, à partir des propriétés algébriques.
Fonctions polynomiales et rationnelles
Définition
Une fonction polynomiale est une fonction de la forme
où et sont des réels avec . L'entier est son degré, et son terme dominant. Une telle fonction est définie sur tout entier.
Une fonction rationnelle est un quotient de deux fonctions polynomiales, avec non nulle. Elle est définie sur privé des racines de , qui sont en nombre fini.
Propriété
Limites en l'infini. Une fonction polynomiale a, en et en , la même limite que son terme dominant. Une fonction rationnelle a, en et en , la même limite que le quotient des termes dominants du numérateur et du dénominateur.
Démonstration. Soit avec et . Pour , on factorise le terme dominant :
Chacun des termes de la parenthèse, sauf le premier, tend vers lorsque tend vers , donc la parenthèse tend vers . Le produit a donc la même limite que . Pour une fonction rationnelle, on applique ce procédé au numérateur et au dénominateur, puis on simplifie le quotient des deux facteurs mis en évidence.
Exemple
a. , car et .
b. Étudions en . Pour ,
c. .
Les deux fonctions de référence sont et . Voici leurs variations.
Plus généralement, pour , la fonction est strictement croissante sur ; elle est paire si est pair, impaire si est impair. Sa dérivée est , et celle de est (section ).
La fonction racine carrée
Définition
Pour tout réel , il existe un unique réel positif dont le carré vaut : on l'appelle la racine carrée de et on le note . La fonction racine carrée est ainsi définie sur , à valeurs dans , et caractérisée par
L'existence et l'unicité affirmées dans cette définition ne sont pas des évidences : elles se démontrent en appliquant le théorème de la bijection à sur , ce que nous ferons en sous-section .
Propriété
Soient et deux réels positifs.
- , et si ;
- pour tout réel , ; en particulier si et seulement si ;
- ;
- la fonction racine carrée est strictement croissante sur , donc ;
- .
Démonstration de la première égalité. Les réels et sont tous deux positifs, et leurs carrés valent respectivement et . Par unicité de la racine carrée de , ils sont égaux. Pour : le réel est positif et son carré vaut , donc c'est la racine carrée de .
Remarque
Il n'existe aucune formule pour . L'égalité est fausse en général : pour , elle donnerait . On a en réalité , car en élevant au carré les deux membres, qui sont positifs, on compare à .
La fonction racine carrée est définie en mais n'y est pas dérivable : sa courbe y admet une demi-tangente verticale. Sur , sa dérivée vaut (section ).
Méthode
La quantité conjuguée. Dès qu'apparaît une différence de la forme , avec et positifs non tous deux nuls, on multiplie et divise par la somme :
Les racines disparaissent du numérateur. C'est l'outil de référence pour lever les formes indéterminées du type faisant intervenir des racines.
Exemple
Calcul de . C'est une forme indéterminée . Pour , on multiplie par la quantité conjuguée :
Comme , on a , donc en factorisant au dénominateur,
La valeur absolue
Définition
La valeur absolue d'un réel est le réel positif
Pour deux réels et , le réel s'appelle la distance de à .
Propriété
Pour tous réels et :
- , et ;
- , , et si ;
- et ;
- et ;
- inégalité triangulaire : ;
- inégalité triangulaire renversée : .
Propriété
Caractérisation fondamentale. Soit un réel positif. Pour tout réel ,
En particulier, pour tous réels et ,
Démonstration. Supposons . Puisque , on obtient ; puisque , on obtient , soit . Réciproquement, si , alors et , donc , c'est-à-dire . La seconde équivalence s'obtient en appliquant la première à puis en ajoutant aux trois membres.
Cette équivalence est la clé de lecture de toute la section : « est à distance au plus de » et « appartient à l'intervalle » disent exactement la même chose.
Méthode
Supprimer une valeur absolue. On ne calcule jamais avec des valeurs absolues : on s'en débarrasse d'abord.
- Repérer les points d'annulation de chaque expression figurant dans une valeur absolue.
- Découper en intervalles délimités par ces points.
- Sur chaque intervalle, déterminer le signe de chaque expression et remplacer par ou par .
- Recoller et vérifier la cohérence aux points de raccordement, en évaluant les deux expressions.
Exemple
a. Une inéquation. Résolvons . La caractérisation donne
L'ensemble des solutions est .
b. Une expression par morceaux. Écrivons sans valeur absolue. Les points d'annulation sont et .
Pour : et , donc .
Pour : et , donc .
Pour : les deux quantités sont positives, donc .
Vérification aux raccords. En : , ce qui coïncide avec la valeur du deuxième morceau. En : d'un côté, de l'autre. Les morceaux se recollent, et l'on lit au passage que admet pour minimum global, atteint en tout point de .
Remarque
La fonction valeur absolue est définie sur et continue sur , mais elle n'est pas dérivable en : sa courbe y présente un point anguleux. Sur , sa dérivée vaut , c'est-à-dire pour et pour (section ).
La partie entière
Définition
Soit un réel. Il existe un unique entier relatif tel que . Cet entier s'appelle la partie entière de et se note .
Propriété
Encadrement fondamental. Pour tout réel ,
De plus :
- , pour ;
- si et seulement si ;
- pour tout , ;
- la fonction partie entière est croissante au sens large sur , constante sur chaque intervalle avec .
Démonstration de la troisième propriété. Soit . L'encadrement donne, en ajoutant ,
Comme est un entier relatif, l'unicité dans la définition impose .
La courbe est en escalier : sur chaque intervalle , elle est constante égale à , et elle « saute » d'une unité en chaque entier.
| Intervalle contenant | |||||
|---|---|---|---|---|---|
Exemple
, , , et surtout : la partie entière n'est pas obtenue en supprimant les décimales. Il faut le plus grand entier inférieur ou égal à , et est strictement supérieur à .
Attention également : n'est pas en général. Pour , le membre de gauche vaut et celui de droite .
Remarque
La fonction partie entière est le contre-exemple du chapitre. Elle n'est pas continue en un entier : sa limite à gauche en vaut , sa limite à droite et sa valeur valent (sous-sections et ). Elle est en revanche continue en tout point non entier, et constante donc de dérivée nulle sur chaque .
Exemple
Un encadrement utile. Pour tout réel , l'encadrement fondamental donne , donc en divisant par ,
Nous en déduirons en sous-section , par le théorème d'encadrement, que tend vers en . Autrement dit, la partie entière est « asymptotiquement égale » à son argument, alors même qu'elle en diffère d'une quantité pouvant approcher .
La fonction exponentielle
Définition
On admet l'existence d'une unique fonction dérivable sur , égale à sa propre dérivée et prenant la valeur en . On l'appelle fonction exponentielle et on la note , ou . On pose , dont une valeur approchée est .
La notion de dérivée intervenant dans cette caractérisation est reprise en section ; on peut à ce stade se contenter de la définition du lycée.
Propriété
Pour tous réels et et tout entier relatif :
- et : l'exponentielle ne s'annule jamais ;
- , , , ;
- est strictement croissante sur , donc et ;
- et ;
- réalise une bijection de sur ;
- la dérivée de est (section ).
Propriété
Inégalité fondamentale de l'exponentielle, admise ici. Pour tout réel ,
avec égalité si et seulement si . Autrement dit, la courbe de l'exponentielle est toujours située au-dessus de la droite d'équation .
Cette inégalité se démontre en une ligne dès que l'on dispose de la dérivation : il suffit d'étudier les variations de , dont la dérivée est négative sur et positive sur (voir la section ). Nous l'admettons ici, et nous nous en servons librement.
Exemple
Résolvons l'équation . Posons , qui parcourt lorsque parcourt . Comme , l'équation devient
Le discriminant vaut , et les racines sont et . Ces deux valeurs sont strictement positives, donc toutes deux acceptables. On revient à :
L'ensemble des solutions est . Vérification pour : , et .
Le logarithme népérien
Définition
La fonction exponentielle réalisant une bijection de sur , elle admet une fonction réciproque, définie sur et à valeurs dans : c'est le logarithme népérien, noté . Il est caractérisé par
En particulier pour tout , et pour tout réel .
Propriété
Pour tous réels et et tout entier relatif :
- et ;
- , , , ;
- est strictement croissante sur , donc et ;
- , et ;
- et ;
- la dérivée de sur est (section ).
Démonstration de la relation fonctionnelle. Soient et . Les réels et existent, et
Ainsi est un réel dont l'exponentielle vaut ; par définition du logarithme comme réciproque de l'exponentielle, cela signifie exactement . En appliquant ce résultat à , on obtient , d'où , puis la formule du quotient. La formule s'en déduit par récurrence sur , puis s'étend aux entiers négatifs par la formule de l'inverse.
Propriété
Inégalité fondamentale, admise ici. Pour tout réel ,
avec égalité si et seulement si . En particulier, pour tout .
Cette inégalité est la traduction de par passage au logarithme : en posant , l'inégalité s'écrit . Elle se démontre aussi directement par l'étude de (section ).
Méthode
Résoudre une équation ou une inéquation avec ou .
- Déterminer d'abord l'ensemble de définition : tous les arguments de logarithmes doivent être strictement positifs. Cette étape n'est pas facultative, elle élimine des solutions parasites.
- Regrouper les logarithmes en un seul, à l'aide des relations fonctionnelles, ou poser pour se ramener à une équation algébrique.
- Composer par la réciproque : l'équivalence n'est valable que si et . Pour une inéquation, la stricte croissance conserve le sens ; il n'y a jamais de changement de sens avec ou .
- Confronter les solutions trouvées à l'ensemble de définition de l'étape , et conclure.
Exemple
a. Une équation logarithmique. Résolvons .
Ensemble de définition. Il faut et , donc .
Résolution. Pour , l'équation s'écrit , soit, par stricte croissance de , , c'est-à-dire . Le discriminant vaut , et les racines sont et .
Conclusion. Seule vérifie . L'ensemble des solutions est . Vérification : .
b. Une inéquation exponentielle. Résolvons . Comme (sous-section ), l'inéquation équivaut à , puis, par stricte croissance de , à . Comme , on divise sans changer le sens :
L'ensemble des solutions est . Une valeur approchée du seuil est , ce qui est cohérent avec .
Puissances réelles
Définition
Soient et un réel. On pose
Pour fixé, la fonction est ainsi définie sur , à valeurs strictement positives.
Soient et un réel. On pose de même
Pour fixé, la fonction est définie sur tout entier.
Remarque
Ces deux notations coïncident avec celles du lycée : si est un entier naturel, on retrouve bien , et , puisque le carré de vaut .
Le point de vigilance est le domaine. Pour non entier, n'a de sens que pour : l'écriture est interdite dans ce cours, même si l'on « sait » que . En revanche pour garde son sens usuel sur ou .
Propriété
Pour tous réels , et tous réels , :
- , , ;
- et ;
- ;
- et ;
- la dérivée de sur est , et celle de sur est (section ).
Démonstration de la première formule. Par définition et par la relation fonctionnelle de l'exponentielle,
Pour la formule de composition, , en utilisant .
Propriété
Variations et limites de sur .
- Si : strictement croissante, et .
- Si : strictement décroissante, et .
- Si : constante égale à .
Démonstration. La fonction est strictement croissante sur , la fonction est strictement croissante si et strictement décroissante si , enfin est strictement croissante. La règle des signes pour la composée (sous-section ) donne immédiatement le sens de variation. Les limites s'obtiennent par composition à partir de celles de et de : par exemple, si , alors quand , donc .
Exemple
La fonction est strictement croissante sur , car et . Ses limites sont en et en .
La fonction est au contraire strictement décroissante, puisque . Ses limites sont en et en . C'est le comportement des suites géométriques de raison , prolongé aux exposants réels.
Tableau récapitulatif
| Fonction | Ensemble de définition | Dérivée |
|---|---|---|
| , | ||
| , dérivable sur | ||
| , dérivable sur | ||
| , dérivable sur | ||
| , | ||
| , |
Limites
Limite finie en un point
Dans toute cette section, désigne une fonction et un réel qui est soit un point de , soit une extrémité d'un intervalle contenu dans . Cette précision, un peu lourde, sert uniquement à garantir qu'il y a des points de aussi près de que l'on veut : sans elle, la phrase « est proche de quand est proche de » serait vide de sens.
Définition
Soit un réel. On dit que admet pour limite en , et l'on écrit , lorsque
Il faut lire cette phrase mot à mot, dans l'ordre, car l'ordre des quantificateurs est tout.
« Pour tout » : on se donne une marge de tolérance sur l'image, aussi petite que l'on veut. C'est l'adversaire qui la choisit, et il peut être aussi exigeant qu'il le souhaite.
« il existe » : à cette exigence, on doit répondre par une marge de manœuvre sur la variable. Ce dépend en général de , et c'est normal : plus la tolérance est petite, plus il faudra se rapprocher de , donc plus sera petit. En revanche ne dépend pas de , puisqu'il est choisi avant lui.
« pour tout » : la conclusion doit valoir pour tous les points du domaine situés assez près de , sans exception.
« » : c'est le contrat. Dès que est à distance au plus de , son image est à distance au plus de . Avec la caractérisation de la sous-section , cela s'écrit aussi : dès que , on a .
Remarque
Deux conventions doivent être signalées.
D'une part, nous employons des inégalités larges ( et ), comme au chapitre sur les suites. Remplacer l'une ou l'autre par une inégalité stricte donne une définition équivalente : il suffit de remplacer par pour passer de l'une à l'autre.
D'autre part, la valeur n'est pas exclue de l'implication. Par conséquent, si et si admet une limite en , alors nécessairement : en effet, l'implication appliquée à donne pour tout , donc . Cette remarque, apparemment anodine, signifie que pour un point du domaine, « avoir une limite » et « être continue » sont la même chose (section ).
Méthode
Démontrer une limite en revenant à la définition. C'est l'exercice de base, et la seule méthode disponible tant que l'on ne dispose pas des théorèmes des sous-sections suivantes.
- Se donner quelconque : la rédaction commence par « Soit ».
- Majorer par une expression simple de , valable pour assez proche de ; on s'autorise pour cela à supposer d'emblée , par exemple.
- Résoudre l'inéquation « expression simple » et en déduire une valeur explicite de .
- Rédiger dans le bon ordre : « Posons Soit tel que . Alors . »
- Conclure : « donc quand ».
Exemple
Montrons que .
Soit . Pour tout réel ,
Posons . Soit tel que . Alors
La définition est vérifiée, donc quand .
Exemple
Montrons que .
Soit . Pour tout réel , on a . Le second facteur n'est pas constant : il faut le majorer. Supposons pour cela , c'est-à-dire ; alors , donc et
Posons . Soit tel que . Comme , la majoration ci-dessus s'applique, et comme ,
Donc quand . Le procédé consistant à prendre le minimum entre une contrainte de travail et la contrainte issue de est absolument standard.
Les autres cas de limite
Les huit autres définitions se déduisent de la précédente en remplaçant « être à distance au plus de » par « dépasser », et « être à distance au plus de » par « dépasser ». Il n'y a rien de plus à comprendre, mais tout à savoir écrire.
Limite infinie en un point .
| Énoncé | Traduction quantifiée |
|---|---|
Limite en .
| Énoncé | Traduction quantifiée |
|---|---|
Limite en .
| Énoncé | Traduction quantifiée |
|---|---|
Définition
Une fonction qui admet une limite finie en est dite convergente en . Dans tous les autres cas, y compris celui d'une limite infinie, on dit qu'elle diverge en .
Exemple
Montrons que , en revenant à la définition (adaptée à une limite à droite, voir la sous-section suivante).
Soit . Posons . Soit tel que . Par décroissance de la fonction inverse sur ,
La définition est vérifiée. On notera que la traduction « dépasse » a été obtenue en résolvant l'inéquation , qui donne pour : c'est toujours ainsi qu'on trouve le .
Limite à droite, limite à gauche
Définition
Soit un réel. On dit que admet pour limite à droite en , et l'on note , lorsque la restriction de à admet pour limite en , c'est-à-dire lorsque
On définit de même la limite à gauche, notée , en remplaçant la condition par . Ces définitions s'adaptent au cas d'une limite infinie.
Propriété
Limite et limites latérales. Soit un réel tel que soit définie à gauche et à droite de .
- Si , alors admet pour limite en si et seulement si admet pour limite à droite en et pour limite à gauche en .
- Si , alors admet pour limite en si et seulement si
Démonstration. Le sens direct est clair dans les deux cas : si l'implication de la définition vaut pour tous les à distance au plus de , elle vaut en particulier pour ceux qui sont strictement à droite, pour ceux qui sont strictement à gauche, et pour lui-même lorsque , ce qui impose alors comme on l'a vu en .
Réciproquement, plaçons-nous dans le cas et soit . La limite à droite fournit tel que , et la limite à gauche fournit tel que . Posons et soit avec . Trois cas : si , la première implication s'applique ; si , c'est la seconde ; et si , l'hypothèse donne . Dans tous les cas . Le cas se traite de même en supprimant le troisième cas.
Exemple
a. Pour , on a et . Les deux limites latérales existent mais diffèrent : n'a pas de limite en .
b. Pour la partie entière et : sur , on a , donc . Sur , on a , donc , et . Les deux limites latérales existent, valent et , donc diffèrent : la partie entière n'a pas de limite en .
c. Pour , définie sur : si et si . Ainsi et : pas de limite en .
Unicité de la limite
Propriété
Unicité de la limite. Si admet une limite en , alors cette limite est unique. On peut donc légitimement écrire et parler de la limite de en .
Démonstration. Nous traitons le cas de deux limites finies en un réel , les autres cas étant analogues. Raisonnons par l'absurde : supposons que admette deux limites et en , avec .
Le réel est alors strictement positif. Posons
La définition de la limite appliquée à ce fournit tel que, pour tout ,
La définition de la limite appliquée au même fournit tel que, pour tout ,
Posons , qui est strictement positif. Puisque appartient à ou en est une extrémité, il existe au moins un réel tel que : c'est ici que sert l'hypothèse faite sur au début de la section. Les deux implications s'appliquent à ce , et l'inégalité triangulaire donne
En soustrayant aux deux membres, il vient , donc , donc , c'est-à-dire . C'est contradictoire avec l'hypothèse .
L'hypothèse de départ est donc absurde : la limite est unique.
Remarque
Le choix de n'a rien de magique : n'importe quel diviseur strictement supérieur à convient, puisqu'il suffit d'aboutir à une inégalité avec . Avec des inégalités strictes dans la définition, suffirait.
Opérations sur les limites
Dans les tableaux qui suivent, et désignent des réels, et « FI » signale une forme indéterminée, c'est-à-dire un cas où aucune conclusion générale n'est possible : il faut alors transformer l'expression. Les résultats valent en un point comme en .
Limite d'une somme .
| \ | |||
|---|---|---|---|
| FI | |||
| FI |
Limite d'un produit .
| \ | |||
|---|---|---|---|
| FI | |||
| FI |
Dans ce tableau, les signes des limites infinies obéissent à la règle des signes du produit de deux réels.
Limite d'un quotient .
| \ | ou | ||
|---|---|---|---|
| FI | |||
| FI |
La notation signifie que tend vers en restant strictement positive au voisinage du point considéré, et en restant strictement négative. Cette précision est indispensable : sans elle, on ne peut pas déterminer le signe de l'infini obtenu, et le quotient peut même n'avoir aucune limite.
Propriété
Les quatre formes indéterminées. Les quatre cas d'échec des tableaux précédents sont
Aucune de ces écritures n'est un calcul : chacune impose de transformer l'expression avant de pouvoir conclure.
Remarque
Les formes , et , parfois mentionnées, ne sont pas nouvelles : elles se ramènent aux précédentes en écrivant, pour ,
ce qui transforme l'exposant en un produit de la forme .
Méthode
Lever une forme indéterminée. Quatre techniques couvrent la quasi-totalité des cas de ce chapitre.
- Factoriser par le terme dominant, au numérateur et au dénominateur, puis simplifier. C'est la technique pour les fonctions rationnelles en .
- Factoriser puis simplifier la racine gênante : en un point où numérateur et dénominateur s'annulent tous les deux, ils sont tous deux divisibles par .
- Multiplier par la quantité conjuguée dès qu'une différence de racines carrées apparaît.
- Invoquer les croissances comparées (sous-section ) dès que se rencontrent une exponentielle, une puissance et un logarithme.
Exemple
a. Forme par factorisation. Calculons . Le numérateur et le dénominateur s'annulent en . On factorise :
Le quotient obtenu n'est plus indéterminé et tend vers quand . Donc la limite cherchée vaut .
b. Forme par la conjuguée. Calculons . Pour et ,
Cette dernière expression tend vers quand .
c. Un quotient avec signe à déterminer. Calculons . Le numérateur tend vers , le dénominateur vers en restant strictement positif puisque . Le tableau donne donc . À gauche, , et la limite vaut .
Composition des limites
Propriété
Limite d'une composée. Soient et deux fonctions telles que soit définie au voisinage de . Soient , et éléments de ou égaux à ou . Si
alors
Méthode
Rédiger un changement de variable dans une limite. La rédaction attendue tient en trois lignes.
- Poser explicitement la variable intermédiaire : « posons ».
- Établir sa limite : « quand , on a ».
- Conclure par le théorème de composition : « or quand , donc par composition quand ».
Exemple
a. Calculons . Posons . Quand , cette fonction rationnelle a la même limite que , donc . Or quand . Par composition, la limite cherchée vaut .
b. Calculons . Posons . Quand , on a , donc . Or quand . Par composition, la limite vaut .
c. Calculons . Posons , qui tend vers . Or quand . La limite vaut donc , que l'on écrit aussi .
Théorèmes de comparaison et théorème d'encadrement
On dira qu'une propriété est vraie au voisinage de lorsqu'elle est vraie pour tous les de situés à distance assez petite de ; en , cela signifie « pour tout assez grand ». C'est une commodité de langage qui évite de répéter les quantificateurs.
Propriété
Théorème d'encadrement (dit « des gendarmes »). Soient , , trois fonctions et un réel. Si
- au voisinage de ,
- ,
alors admet une limite en et .
Démonstration. Soit . Par hypothèse appliquée à , il existe tel que, pour tout vérifiant , on ait , et en particulier
De même, il existe tel que entraîne , et en particulier
Enfin, l'hypothèse fournit tel que l'encadrement soit valable dès que .
Posons , qui est strictement positif comme minimum de trois réels strictement positifs. Soit tel que . Les trois conclusions précédentes s'appliquent simultanément, et en les enchaînant :
Ainsi , c'est-à-dire d'après la caractérisation de la sous-section .
Nous avons donc montré que pour tout il existe tel que : c'est exactement la définition de .
Propriété
Corollaire, très utilisé. S'il existe une fonction telle que
alors .
Démonstration. L'hypothèse s'écrit , soit . Les deux fonctions encadrantes tendent vers et : le théorème d'encadrement conclut.
Propriété
Théorèmes de comparaison. Soient et deux fonctions telles que au voisinage de .
- Si , alors .
- Si , alors .
- Passage à la limite dans une inégalité. Si et admettent des limites finies et en , alors .
Remarque
Le point mérite une mise en garde : les inégalités strictes ne se conservent pas par passage à la limite. On a bien pour tout , et pourtant , qui n'est pas strictement positif. La conclusion d'un passage à la limite est toujours une inégalité large.
Exemple
a. Montrons que . Pour , l'encadrement fondamental de la partie entière donne , donc en divisant par ,
Les deux membres extrêmes tendent vers quand . Par le théorème d'encadrement, le quotient tend vers .
b. Montrons que sans croissances comparées. Pour , on a , donc . Comme , le théorème de comparaison donne le résultat.
c. Un usage du corollaire. Soit pour . Comme pour , on a
qui tend vers en . Donc .
Théorème de la limite monotone
Propriété
Théorème de la limite monotone (admis). Soient et deux éléments de avec , et une fonction croissante sur .
- Si est majorée sur , alors admet une limite finie en , et
- Si n'est pas majorée sur , alors .
Symétriquement, en , la limite vaut si est minorée, et sinon.
Remarque
Ce théorème est le pendant exact, pour les fonctions, du théorème de la limite monotone démontré pour les suites. Sa portée est considérable : une fonction monotone admet toujours une limite en chacune des bornes de son intervalle, finie ou infinie. Il n'y a jamais de cas « pas de limite » pour une fonction monotone, contrairement à la partie fractionnaire ou à .
Pour une fonction décroissante sur , on applique le théorème à , qui est croissante : la limite en vaut alors si est minorée, et sinon.
Exemple
Soit sur . On a vu en que est strictement croissante. De plus, pour ,
donc est majorée par . Le théorème de la limite monotone garantit l'existence d'une limite finie en , égale à . Comme , cette limite vaut , et l'on a bien sans que ce supremum soit atteint : n'a pas de maximum.
Caractérisation séquentielle de la limite
Propriété
Caractérisation séquentielle de la limite. Soit un élément de . On a si et seulement si, pour toute suite d'éléments de convergeant vers , la suite tend vers .
Démonstration du sens direct. Supposons fini, et soit une suite d'éléments de convergeant vers . Soit . La définition de la limite de fournit tel que, pour tout , . Appliquons maintenant la définition de la limite de la suite avec ce dans le rôle du seuil : il existe un rang tel que, pour tout , . Pour un tel , l'implication donne . Ainsi . La réciproque est admise.
Méthode
Montrer qu'une fonction n'admet PAS de limite en . C'est l'usage principal de la caractérisation séquentielle, et il repose sur la contraposée.
- Construire deux suites et d'éléments de , toutes deux convergeant vers .
- Calculer et , et montrer que ces deux suites ont des limites différentes.
- Conclure : si avait une limite en , les deux suites images tendraient toutes deux vers , ce qui contredirait l'unicité de la limite d'une suite. Donc n'a pas de limite en .
Exemple
a. La partie entière en . Posons, pour , et . Ces deux suites tendent vers . Pour , on a , donc ; et , donc . Ainsi et . Ces limites diffèrent, donc la partie entière n'a pas de limite en .
b. Une fonction bornée sans limite. Soit pour . Posons et pour : ces deux suites sont strictement positives et tendent vers .
Pour la première, est entier, donc et : la suite tend vers .
Pour la seconde, , dont la partie entière vaut puisque . Donc : la suite tend vers .
Les deux limites diffèrent, donc n'a pas de limite en , bien qu'elle soit bornée : elle prend toutes les valeurs de dans tout voisinage de .
Remarque
La caractérisation séquentielle sert aussi dans l'autre sens, et c'est ainsi qu'on l'a rencontrée au chapitre sur les suites : elle autorise le passage à la limite dans une relation de récurrence. Si , si et si est continue en , alors , donc par unicité de la limite. C'est l'argument qui identifie la limite d'une suite récurrente comme un point fixe de .
Croissances comparées
Propriété
Croissances comparées (admises). Soit un réel strictement positif.
- ;
- ;
- ;
- pour tout .
La phrase à retenir résume les trois premières : l'exponentielle l'emporte sur toute puissance, qui l'emporte sur le logarithme. Peu importe la taille de l'exposant : même tend vers , et même tend vers .
Remarque
La dernière limite est énoncée avec un exposant entier parce que n'est défini que pour lorsque n'est pas entier (sous-section ) : l'écriture « en » n'aurait aucun sens pour . La version générale correcte est
que l'on obtient en posant , ce qui ramène à .
Propriété
Deux limites de taux d'accroissement (admises ici).
Ces deux limites ne sont pas des croissances comparées : ce sont les taux d'accroissement en des fonctions et , dont la limite est par définition le nombre dérivé en , qui vaut dans le premier cas et dans le second. Elles seront donc immédiates une fois la section acquise ; on les admet ici pour pouvoir s'en servir dès maintenant.
Méthode
Utiliser les croissances comparées. Le réflexe est toujours le même : factoriser par le terme le plus fort de l'échelle (l'exponentielle si elle est présente, sinon la plus grande puissance), puis reconnaître, parmi les facteurs restants, des quotients qui tendent vers d'après les limites ci-dessus. Une fois la factorisation faite, il ne reste aucune forme indéterminée.
Exemple
a. . En effet, pour ,
et la parenthèse tend vers d'après la première croissance comparée avec . Le carré tend donc vers .
b. . Pour , on factorise :
Le premier facteur tend vers , le second vers , donc le produit tend vers .
c. . On factorise au numérateur et au dénominateur :
puisque et tendent vers comme inverses de quantités tendant vers .
d. : c'est la deuxième croissance comparée avec . On retiendra que « l'emporte sur » aussi bien en qu'en .
Asymptotes
Définition
Soit la courbe représentative de .
- Asymptote verticale. Si ou vaut ou , la droite d'équation est asymptote verticale à .
- Asymptote horizontale. Si avec réel, la droite d'équation est asymptote horizontale à en . Même définition en .
- Asymptote oblique. S'il existe deux réels et , avec , tels que
la droite d'équation est asymptote oblique à en . Même définition en .
Méthode
Rechercher une asymptote oblique en . On procède en trois temps, puis on conclut sur la position.
- Coefficient directeur. Calculer . Si cette limite est un réel non nul, poursuivre ; si elle vaut ou , il n'y a pas d'asymptote oblique.
- Ordonnée à l'origine. Calculer . Si cette limite est un réel , la droite est asymptote.
- Position relative. Étudier le signe de : la courbe est au-dessus de l'asymptote là où cette différence est positive, au-dessous là où elle est négative.
Pour une fonction rationnelle, ces trois étapes se remplacent avantageusement par la division euclidienne du numérateur par le dénominateur, qui donne directement la forme .
Exemple
Étude des asymptotes de , définie sur .
Division euclidienne. On écrit . En effet , et il reste bien . Donc, pour ,
Asymptote verticale. Quand , on a et , donc . De même quand . La droite est asymptote verticale.
Asymptote oblique. Comme en comme en , on a : la droite d'équation est asymptote oblique en et en .
Position relative. La différence est du signe de . La courbe est donc au-dessus de sur et au-dessous sur .
Contrôle par la méthode générale. On a , puis
On retrouve et .
Exemple
Une asymptote oblique avec une racine. Soit , définie pour , c'est-à-dire sur . En , on a et
donc . Ensuite, par la quantité conjuguée,
La droite d'équation est donc asymptote oblique à la courbe de en .
Continuité
Continuité en un point
Définition
Soit une fonction définie sur un intervalle et . On dit que est continue en lorsque admet une limite en , c'est-à-dire, d'après la remarque de la sous-section , lorsque
De façon quantifiée :
Définition
Avec les mêmes notations, on dit que est continue à droite en lorsque , et continue à gauche en lorsque .
Propriété
Soit un point intérieur à . La fonction est continue en si et seulement si elle est continue à droite et à gauche en .
C'est la traduction immédiate du théorème sur les limites latérales (sous-section ), point .
Propriété
Caractérisation séquentielle de la continuité. Soit définie sur et . La fonction est continue en si et seulement si, pour toute suite d'éléments de convergeant vers , la suite converge vers .
C'est la caractérisation séquentielle de la limite (sous-section ) appliquée à . On en retient la formule : une fonction continue échange la limite et l'image,
Exemple
a. La fonction partie entière est continue à droite en tout entier , puisque , mais elle n'est pas continue à gauche, puisque . Elle n'est donc pas continue en , et elle est continue en tout point non entier.
b. La fonction définie par pour et n'est continue ni à droite ni à gauche en : les limites latérales valent et , aucune des deux n'est égale à .
Prolongement par continuité
Définition
Soit définie sur , où , et supposons que admette une limite finie en . La fonction définie sur par
est continue en . On l'appelle le prolongement par continuité de en .
Méthode
Prolonger une fonction par continuité.
- Vérifier que n'appartient pas à mais qu'il en est une borne, et que est définie de part et d'autre (ou du côté utile).
- Calculer et vérifier qu'elle est finie : si elle est infinie ou n'existe pas, aucun prolongement continu n'est possible.
- Poser et rédiger la conclusion : « se prolonge par continuité en en posant ».
- En pratique, on note souvent encore la fonction prolongée, en le précisant.
Exemple
a. Le cas de référence : en . La fonction est définie sur , mais pas en . Or, d'après les croissances comparées (sous-section , deuxième limite avec ),
Cette limite étant finie, se prolonge par continuité en en posant . Le prolongement est défini sur et continu en . C'est ce prolongement que l'on utilise implicitement chaque fois qu'on étudie « sur ».
b. La fonction est définie sur . Comme (sous-section ), elle se prolonge par continuité en en posant .
c. Un cas où c'est impossible. La fonction n'admet pas de limite finie en : elle ne se prolonge pas par continuité en , quelle que soit la valeur qu'on lui attribue en ce point.
Continuité sur un intervalle
Définition
Soit définie sur un intervalle . On dit que est continue sur lorsqu'elle est continue en tout point de . Aux extrémités de qui appartiennent à , la continuité s'entend au sens de la continuité à droite ou à gauche, selon le côté.
Propriété
Opérations. Soient et deux fonctions continues sur un intervalle , et un réel. Alors :
- , , et sont continues sur ;
- si ne s'annule pas sur , alors est continue sur ;
- et sont continues sur .
Propriété
Composition. Soient et deux intervalles, continue sur avec , et continue sur . Alors est continue sur .
Propriété
Les fonctions usuelles sont continues sur leur ensemble de définition : fonctions polynomiales, fonctions rationnelles, racine carrée, valeur absolue, exponentielle, logarithme, puissances et .
La seule exception rencontrée dans ce cours est la partie entière, continue seulement sur .
Méthode
Justifier la continuité d'une fonction. La rédaction attendue est brève, mais elle doit citer les théorèmes. On écrit par exemple : « La fonction est polynomiale donc continue sur , à valeurs dans ; la fonction est continue sur ; par composition, est continue sur . »
Trois réflexes : nommer la nature de chaque morceau, vérifier que l'image tombe bien dans le domaine de la fonction extérieure, et citer l'opération invoquée (somme, produit, quotient, composée).
Exemple
La fonction est continue sur . En effet, la fonction racine carrée est continue sur , la fonction exponentielle est continue sur , donc est continue comme somme, et elle ne s'annule jamais puisque . Le quotient de deux fonctions continues dont le dénominateur ne s'annule pas est continu.
Le théorème des valeurs intermédiaires
Propriété
Théorème des valeurs intermédiaires. Soit une fonction continue sur un segment , avec . Alors, pour tout réel compris entre et , il existe au moins un réel tel que
La figure rappelle les deux points sur lesquels l'énoncé est avare : le théorème affirme l'existence d'au moins un antécédent, pas son unicité, et il ne dit rien de la façon de le calculer.
Démonstration. Quitte à remplacer par et par , ce qui ne change ni la continuité ni la conclusion, on peut supposer .
Construction de deux suites par dichotomie. On construit par récurrence deux suites et vérifiant, pour tout , la propriété
On pose et : la propriété est vérifiée par hypothèse. Supposons et construits et vraie. Posons , milieu du segment , et distinguons deux cas :
- si , on pose et ;
- si , on pose et .
Dans les deux cas, est l'une des deux moitiés de , donc il est inclus dans et sa longueur vaut . De plus, on a bien : dans le premier cas parce que et ; dans le second parce que et . Ainsi est vraie, et la construction se poursuit.
Les deux suites sont adjacentes. Par construction, vaut ou : la suite est croissante. De même, vaut ou : la suite est décroissante. Enfin
puisque est une suite géométrique de raison . Les suites et sont donc adjacentes : d'après le théorème correspondant du chapitre sur les suites, elles convergent vers une même limite, que l'on note .
Le réel appartient à . Pour tout , on a . Par passage à la limite dans ces inégalités larges, .
Passage à la limite par continuité. La fonction est continue en , et les suites et sont à valeurs dans et convergent vers . La caractérisation séquentielle de la continuité (sous-section ) donne donc
Or, pour tout , on a . En passant à la limite dans cette inégalité, on obtient . De même, l'inégalité donne à la limite .
Les deux inégalités et entraînent par antisymétrie. Le réel convient.
Remarque
Cette démonstration n'est pas seulement une preuve d'existence : elle fournit un algorithme. À chaque étape, on coupe l'intervalle en deux et l'on garde la moitié qui contient une solution ; après étapes, on connaît à près. Dix étapes divisent l'incertitude par : c'est la méthode utilisée par les calculatrices pour résoudre numériquement une équation.
Deux hypothèses sont indispensables. Sans la continuité, le théorème tombe : la fonction partie entière sur vérifie et , mais ne prend jamais la valeur . Sans l'hypothèse d'intervalle, il tombe également.
Corollaires du théorème des valeurs intermédiaires
Propriété
Corollaire du changement de signe. Soit continue sur telle que , c'est-à-dire telle que et soient de signes stricts contraires. Alors il existe tel que .
Démonstration. L'hypothèse signifie que est strictement compris entre et . Le théorème des valeurs intermédiaires fournit tel que . Comme et , ce est distinct de et de : il appartient à .
Propriété
Image d'un intervalle. L'image d'un intervalle par une fonction continue est un intervalle : si est continue sur un intervalle , alors est un intervalle.
Démonstration. Utilisons la caractérisation des intervalles vue au chapitre précédent : une partie de est un intervalle si et seulement si, dès qu'elle contient deux réels, elle contient tous les réels compris entre eux.
Soient donc et deux éléments de , et un réel tel que . Par définition de l'image, il existe et dans tels que et . Le segment d'extrémités et est inclus dans , puisque est un intervalle, et y est continue. Le réel étant compris entre et , le théorème des valeurs intermédiaires appliqué sur ce segment fournit un réel , situé entre et donc dans , tel que . Ainsi .
La partie vérifie donc la caractérisation : c'est un intervalle.
Propriété
Théorème des valeurs intermédiaires, version stricte monotonie. Soit continue et strictement monotone sur . Alors, pour tout réel compris entre et , l'équation admet une unique solution dans .
Démonstration. L'existence est donnée par le théorème des valeurs intermédiaires. L'unicité vient de la stricte monotonie : celle-ci entraîne l'injectivité de (sous-section ), donc deux solutions distinctes auraient des images distinctes, ce qui est impossible puisque ces images valent toutes deux .
Méthode
Montrer qu'une équation admet une unique solution, et l'encadrer.
- Se ramener à en passant tout dans le même membre, et nommer la fonction .
- Justifier la continuité de sur l'intervalle de travail, en citant les théorèmes d'opérations.
- Justifier la stricte monotonie, par composition ou par somme (ou par la dérivée, une fois la section acquise).
- Calculer les valeurs aux bornes et vérifier qu'elles encadrent , ou plus généralement que appartient à l'image de l'intervalle.
- Conclure en citant le théorème : « d'après le théorème des valeurs intermédiaires appliqué à une fonction continue et strictement croissante, l'équation admet une unique solution dans… ».
- Encadrer en calculant en quelques valeurs bien choisies, et en utilisant la monotonie pour conclure.
Exemple
Montrons que l'équation admet une unique solution réelle, et encadrons-la.
Posons pour .
Continuité. est une fonction polynomiale, donc continue sur .
Stricte monotonie. Les fonctions et sont strictement croissantes sur , et est constante : est strictement croissante sur comme somme.
Valeurs aux bornes. et .
Conclusion. est continue et strictement croissante sur , et est compris entre et . L'équation admet donc une unique solution dans , et même dans puisque et sont non nuls. De plus, étant strictement croissante sur tout entier, elle est injective : il ne peut y avoir d'autre solution ailleurs. L'unicité vaut donc sur .
Encadrement. On calcule
Par stricte croissance, . Une étape de dichotomie supplémentaire donnerait , donc .
Le théorème des bornes atteintes
Propriété
Théorème des bornes atteintes (admis). Soit une fonction continue sur un segment , avec . Alors :
- est bornée sur ;
- atteint ses bornes : il existe et dans tels que
Propriété
Image d'un segment. Si est continue sur le segment , alors
où et sont respectivement le minimum et le maximum de sur . L'image d'un segment par une fonction continue est un segment.
Démonstration. D'après le théorème des bornes atteintes, et existent et appartiennent à . Par définition du minimum et du maximum, tout élément de est compris entre et , donc . Réciproquement, est un intervalle (sous-section ) qui contient et : il contient donc tout l'intervalle . D'où l'égalité.
Remarque
Ce théorème est le seul de ce chapitre qui garantisse l'existence d'un maximum sans le calculer. Il est d'un usage constant : en optimisation, on commence toujours par affirmer l'existence d'un extremum par ce théorème, avant de le chercher.
Attention à la formulation : « » ne signifie pas . Cette dernière égalité n'est vraie que si est croissante. En général, et sont atteints en des points intérieurs quelconques.
Les deux hypothèses, continuité et segment, sont indispensables. Voici les trois contre-exemples à connaître, chacun obtenu en retirant exactement une hypothèse.
Exemple
a. On retire « fermé ». Sur , la fonction est continue, mais elle n'est pas majorée : elle tend vers en . Il ne suffit donc pas que l'intervalle soit borné.
b. On retire « borné ». Sur , la fonction est continue et bornée (elle est comprise entre et ), mais elle n'atteint pas sa borne supérieure : sa borne supérieure vaut , et n'a pas de solution. Il ne suffit donc pas que l'intervalle soit fermé.
c. On retire la continuité. Sur le segment , la fonction définie par pour et est bornée, sa borne supérieure vaut , et pourtant elle ne l'atteint pas : ne prend jamais la valeur . Le segment ne suffit donc pas sans la continuité.
Le théorème de la bijection
Propriété
Théorème de la bijection. Soit une fonction continue et strictement monotone sur un intervalle . Alors :
- est un intervalle, et réalise une bijection de sur ;
- la réciproque est continue sur ;
- est strictement monotone sur , de même sens de variation que ;
- dans un repère orthonormé, les courbes de et de sont symétriques par rapport à la droite d'équation , appelée première bissectrice.
Démonstration des points , et . Le point , c'est-à-dire la continuité de la réciproque, est admis.
Point . L'ensemble est un intervalle d'après la sous-section . L'application est surjective par construction, puisque est précisément l'ensemble des images. Elle est injective d'après la sous-section , puisqu'elle est strictement monotone. Étant injective et surjective, elle est bijective.
Monotonie de . Supposons strictement croissante, et soient dans . Notons et . Si l'on avait , la croissance de donnerait , ce qui contredit . Donc , c'est-à-dire : la réciproque est strictement croissante.
Point . Le symétrique du point par rapport à la droite d'équation est le point . Or, pour et ,
Donc si et seulement si : les deux courbes se déduisent l'une de l'autre par cette symétrie.
L'exemple le plus familier est celui de l'exponentielle, bijection de sur , et de sa réciproque le logarithme : le point de la première courbe a pour symétrique le point de la seconde.
Pour déterminer , on utilise le tableau suivant, qui n'est qu'une lecture du tableau de variations. Les limites y remplacent les valeurs aux bornes lorsque celles-ci n'appartiennent pas à .
Si est continue et strictement croissante sur .
Si est continue et strictement décroissante, les crochets s'échangent : l'image de est , et ainsi de suite. Les bornes et peuvent valoir et , auquel cas les limites correspondantes se prennent en et .
Méthode
Rédiger l'application du théorème de la bijection en quatre points. Toute copie doit faire apparaître ces quatre étapes, dans cet ordre, sans en sauter aucune.
- Continuité. « est continue sur », en justifiant par les théorèmes d'opérations et de composition.
- Stricte monotonie. « est strictement croissante (ou décroissante) sur », en justifiant par composition, par somme, ou par le signe de la dérivée (section ).
- Image de l'intervalle. Calculer à l'aide des valeurs aux bornes ou des limites, et l'écrire explicitement.
- Conclusion. « Donc réalise une bijection de sur » Puis, si l'on résout une équation : « Comme , cette équation admet une unique solution dans . »
Exemple
Étude de sur .
Continuité. La fonction est continue sur , et est continue sur : leur somme est continue sur .
Stricte monotonie. Les deux fonctions et sont strictement croissantes sur , donc l'est aussi comme somme.
Image. En : et , donc . En : les deux termes tendent vers , donc . D'après le tableau ci-dessus, .
Conclusion. réalise une bijection de sur . En particulier, pour tout réel , l'équation admet une unique solution strictement positive.
Application. Résolvons . Comme , il existe un unique tel que . Pour l'encadrer : , et . Comme , on obtient . Par stricte croissance, .
Exemple
Deux réciproques déjà connues.
a. La fonction est continue et strictement croissante sur , avec et . Elle réalise donc une bijection de sur , et sa réciproque est le logarithme népérien, continu et strictement croissant sur . Les courbes de et de sont symétriques par rapport à la première bissectrice.
b. La fonction est continue sur et strictement croissante sur cet intervalle. Comme et , on a . Ainsi réalise une bijection de sur : tout réel positif admet un unique antécédent positif par la fonction carré. C'est exactement l'énoncé d'existence et d'unicité qui définit la racine carrée (sous-section ), et la fonction est donc la réciproque de . Elle est, comme elle, continue et strictement croissante.
Remarque
Le théorème de la bijection s'applique sur un intervalle. Lorsque la fonction n'est pas monotone sur tout son domaine, on découpe celui-ci en intervalles de monotonie et l'on applique le théorème sur chacun d'eux séparément. C'est ainsi que l'on compte les solutions d'une équation : autant d'intervalles de stricte monotonie, autant de solutions au plus, et l'on tranche sur chacun selon que la valeur cherchée appartient ou non à l'image de l'intervalle.
Dérivation
La continuité dit qu'une courbe se trace sans lever le crayon. La dérivation dit bien davantage : elle affirme que, vue de très près, la courbe ressemble à une droite, et elle donne la pente de cette droite. Tout le reste de la section en découle. Le nombre dérivé est d'abord un objet local, défini en un point par une limite ; le tour de force de la théorie, obtenu au prix d'un seul théorème (celui de Rolle), consiste à en tirer des renseignements globaux : le sens de variation sur un intervalle tout entier, les extremums, les inégalités du type .
L'enchaînement logique de la section mérite d'être retenu, car il est demandé aux concours. Le théorème des bornes atteintes, démontré à la section , donne le théorème de Rolle. Le théorème de Rolle, appliqué à une fonction auxiliaire bien choisie, donne l'égalité des accroissements finis. L'égalité des accroissements finis donne l'inégalité des accroissements finis d'un côté, et le lien entre le signe de et les variations de de l'autre. Rien d'autre n'est nécessaire.
Dans toute cette section, désigne un intervalle de non réduit à un point, et une fonction définie sur et à valeurs réelles.
Dérivabilité en un point
Définition
Soient une fonction définie sur un intervalle et . Pour avec , on appelle taux d'accroissement de entre et le réel
On dit que est dérivable en lorsque admet une limite finie en . Cette limite est alors notée et appelée nombre dérivé de en :
Deux mots sur cette définition. D'abord, le taux d'accroissement n'est pas défini en lui-même, puisque son dénominateur s'y annule : on étudie donc une limite en un point où la fonction n'existe pas, exactement comme dans les formes indéterminées de la section . Ensuite, le mot finie est essentiel : si le taux d'accroissement tend vers ou vers , la fonction n'est pas dérivable en , même si la limite existe dans .
En posant , c'est-à-dire , la condition « » devient « ». On obtient une seconde écriture de la définition, souvent plus commode au calcul.
Propriété
Formulation avec . La fonction est dérivable en si et seulement si le quotient admet une limite finie quand tend vers , et l'on a alors
Interprétation géométrique. Notons la courbe représentative de , le point de coordonnées et le point de coordonnées . Le taux d'accroissement est exactement le coefficient directeur de la droite , appelée sécante. Faire tendre vers , c'est faire glisser vers le long de la courbe : si les pentes des sécantes convergent, les sécantes prennent une position limite, qui est la tangente.
Définition
Soit dérivable en . La tangente à la courbe au point d'abscisse est la droite passant par le point et de coefficient directeur . Son équation est
Cette équation se retient sans effort : c'est l'équation de la droite de pente passant par le point . La tangente est la droite qui épouse le mieux la courbe au voisinage de ; sur un écran de calculatrice, un zoom suffisamment fort autour du point d'abscisse rend la courbe et sa tangente indiscernables.
Méthode
Calculer un nombre dérivé en revenant à la définition. C'est la seule méthode disponible tant que les formules d'opérations ne sont pas établies, et c'est la méthode obligatoire aux points où ces formules ne s'appliquent pas.
- Écrire le taux d'accroissement , ou .
- Simplifier l'expression de manière à faire disparaître le facteur (ou ) du dénominateur : factorisation, réduction au même dénominateur, quantité conjuguée.
- Calculer la limite de l'expression simplifiée.
- Conclure : si la limite est un réel , alors est dérivable en et ; si la limite est infinie ou n'existe pas, n'est pas dérivable en .
Exemple
a. Fonction carré. Soit et . Pour ,
Donc est dérivable en tout réel , avec .
b. Fonction inverse. Soit et . Pour et ,
Exemple
c. Racine carrée en un point strictement positif. Soit et . Pour avec , la quantité conjuguée donne
Cette dernière expression tend vers quand . Donc est dérivable en tout et .
d. Une tangente. Pour et , on a et : la tangente au point d'abscisse a pour équation , soit .
Dérivabilité à droite, à gauche, recollement
Lorsque le taux d'accroissement n'a pas de limite en , il peut néanmoins en avoir une d'un seul côté. C'est le cas de figure des fonctions définies par morceaux, et des fonctions dont la courbe présente un « coin ».
Définition
Soient définie sur et .
- Si n'est pas l'extrémité droite de , on dit que est dérivable à droite en lorsque admet une limite finie quand . Cette limite se note .
- Si n'est pas l'extrémité gauche de , on dit que est dérivable à gauche en lorsque admet une limite finie quand . Cette limite se note .
Propriété
Théorème de recollement. Soit un point intérieur à , c'est-à-dire tel que contienne un intervalle ouvert contenant . Alors est dérivable en si et seulement si
Dans ce cas, .
Démonstration. C'est exactement la caractérisation d'une limite par ses limites à droite et à gauche, établie à la section , appliquée à la fonction au point .
Remarque
Lorsque est une extrémité de , par exemple , il n'y a qu'un seul côté disponible : « est dérivable en » signifie alors « est dérivable à droite en », et l'on note simplement . Cette convention est celle du programme, et c'est elle qui donne un sens à la phrase « est dérivable sur le segment ».
Exemple
Valeur absolue en : un point anguleux. Soit sur . Pour ,
Ainsi et : les deux nombres dérivés existent mais diffèrent, donc n'est pas dérivable en . La courbe admet en deux demi-tangentes de pentes et , qui forment un angle : on parle de point anguleux. La fonction est pourtant continue en .
Exemple
Racine carrée en : une tangente verticale. Soit sur . Pour ,
La limite est infinie : n'est pas dérivable en . Géométriquement, les sécantes issues de l'origine ont une pente qui explose : la courbe admet en une tangente verticale, d'équation . Là encore, est continue en .
Exemple
Deux fonctions définies par morceaux. Considérons
Les deux fonctions sont continues en (les deux morceaux y valent ). Pour : à gauche, ; à droite, . Les deux nombres coïncident, donc est dérivable en avec .
Pour : à gauche on trouve encore , mais à droite . Comme , la fonction n'est pas dérivable en .
Dérivabilité et continuité
Propriété
Soit définie sur et . Si est dérivable en , alors est continue en .
Démonstration. Supposons dérivable en . Pour tout avec , on peut écrire l'identité
qui est licite puisque . Le premier facteur tend vers quand , par hypothèse de dérivabilité ; le second tend vers . Par produit des limites, et parce que est un réel (et non un infini, ce qui aurait donné une forme indéterminée),
c'est-à-dire . C'est exactement la continuité de en .
Remarque
La réciproque est fausse. La fonction est continue en mais n'y est pas dérivable (paragraphe ) ; la fonction est continue en mais n'y est pas dérivable non plus. La continuité est donc une condition nécessaire mais non suffisante de dérivabilité.
L'écart entre les deux notions est en réalité considérable : il existe des fonctions continues sur tout entier et dérivables en aucun point. Leur construction dépasse le cadre du programme, mais leur existence interdit de considérer la continuité comme « presque » la dérivabilité.
Méthode
Démontrer qu'une fonction n'est pas dérivable en . Trois voies, à essayer dans cet ordre.
- Montrer qu'elle n'est pas continue en . Par contraposée du théorème ci-dessus, elle ne peut alors pas y être dérivable. C'est la voie la plus rapide quand elle s'applique.
- Montrer que les deux nombres dérivés à droite et à gauche existent mais diffèrent (point anguleux).
- Montrer que le taux d'accroissement tend vers ou (tangente verticale).
Exemple
Soit définie sur par . En , la fonction n'est pas continue : quand alors que . Elle n'y est donc pas dérivable. Sur l'intervalle , en revanche, est constante égale à , donc dérivable de dérivée nulle.
Opérations sur les dérivées
Propriété
Soient et deux fonctions définies sur et dérivables en , et soit un réel. Alors les fonctions , et sont dérivables en , et
Si de plus , alors et sont dérivables en , et
Démonstration de la formule du produit. Posons . Pour avec , écrivons le taux d'accroissement de en faisant apparaître ceux de et de . L'astuce consiste à ajouter et retrancher le terme au numérateur :
Examinons chacun des deux termes quand . Dans le premier, le taux d'accroissement de tend vers , et tend vers car , étant dérivable en , y est continue d'après le théorème du paragraphe : ce point est le seul endroit délicat de la démonstration. Le premier terme tend donc vers . Dans le second, le facteur est une constante et le taux d'accroissement de tend vers : le second terme tend vers . Par somme des limites,
qui est un réel : est dérivable en , de nombre dérivé .
Démonstration de la formule de l'inverse. Comme est continue en et que , la fonction ne s'annule pas sur un intervalle ouvert contenant (résultat de la section ), de sorte que y est bien définie. Pour dans cet intervalle, ,
Le premier facteur tend vers et le second vers par continuité de en . D'où le résultat annoncé. La formule du quotient s'en déduit en écrivant et en appliquant la formule du produit.
Propriété
Dérivée d'une composée (admis). Soient définie sur , dérivable en , et définie sur un intervalle contenant , dérivable en . Alors est dérivable en et
Autrement dit, si est dérivable sur et dérivable sur , alors est dérivable sur et
L'ordre des facteurs n'a évidemment pas d'importance, mais l'ordre des arguments est capital : c'est bien évaluée en , et non . Le cas particulier de la composition par les fonctions usuelles fournit le tableau suivant, qui doit être connu par cœur. Dans tout ce tableau, désigne une fonction dérivable sur .
| Fonction | Dérivée | Condition |
|---|---|---|
| , | aucune | |
| ne s'annule pas sur | ||
| sur | ||
| aucune | ||
| sur | ||
| , | sur |
Méthode
Calculer une dérivée sans se tromper. Le calcul de dérivée est le seul endroit du programme où une erreur d'étourderie coûte tout l'exercice. Procéder en trois temps.
- Identifier la structure de l'expression : est-ce une somme, un produit, un quotient, une composée ? On regarde la dernière opération effectuée, celle qui « enveloppe » tout le reste.
- Appliquer la formule correspondante, en écrivant explicitement et au brouillon avant de dériver.
- Réduire au même dénominateur et factoriser le résultat. Une dérivée non factorisée est inutilisable : c'est son signe qui intéresse, jamais sa forme développée.
Un réflexe supplémentaire : toute expression de la forme avec un exposant variable se réécrit d'abord , puis se dérive comme une exponentielle composée. Il n'existe aucune formule directe.
Exemple
a. . C'est avec et , d'où
b. . C'est avec , donc .
c. , définie sur car . C'est , donc .
d. . C'est avec , donc .
Exemple
e. . Quotient avec et :
La forme factorisée donne immédiatement le signe : sur et à l'extérieur.
f. sur . On écrit . La dérivée de vaut , donc
g. avec . On écrit , donc .
Dérivée d'une fonction réciproque
Le théorème de la bijection (section ) associe à toute fonction continue et strictement monotone sur une réciproque définie sur , continue et de même monotonie. Reste à savoir si est dérivable, et à quelle condition.
Propriété
Soit continue et strictement monotone sur un intervalle , et soit . Soient et . Si est dérivable en et si , alors est dérivable en et
Si est dérivable sur avec ne s'annulant pas, alors est dérivable sur et
Démonstration (esquisse). Admettons d'abord que est dérivable en ; la formule s'obtient alors en dérivant l'identité , valable pour tout . Le membre de gauche est une composée, dont la dérivée vaut ; le membre de droite a pour dérivée . En , il vient
d'où la formule après division par .
Pour la dérivabilité elle-même, on revient au taux d'accroissement. Soit , , et posons , de sorte que par injectivité. Alors
Quand , la continuité de en (théorème de la bijection) donne , donc le dénominateur tend vers , qui est non nul : le quotient tend vers , ce qui achève la démonstration.
Remarque
Lecture géométrique. Les courbes de et de sont symétriques par rapport à la droite d'équation . Cette symétrie échange les tangentes : une tangente de pente devient une tangente de pente . Le cas correspond à une tangente horizontale pour , donc à une tangente verticale pour : la réciproque n'est alors pas dérivable en . C'est ce qui se passe pour en : la réciproque n'est pas dérivable en .
Exemple
a. Le logarithme comme réciproque de l'exponentielle. La fonction est dérivable et strictement croissante sur , avec qui ne s'annule jamais, et . Sa réciproque est donc dérivable sur et, pour ,
On retrouve la dérivée du logarithme sans rien admettre d'autre que celle de l'exponentielle.
b. Racine carrée. Soit sur : elle est continue, strictement croissante, et . Sa réciproque est . Comme s'annule en seulement, est dérivable sur et , ce qui confirme le calcul direct du paragraphe , et confirme aussi la non-dérivabilité en .
Exemple
c. Une réciproque non explicite. Soit , définie sur . Elle est dérivable avec , donc strictement croissante ; de plus quand et quand . Le théorème de la bijection donne donc une bijection de sur , dont la réciproque ne s'exprime pas à l'aide des fonctions usuelles.
Cela n'empêche nullement de la dériver. Comme , on a , donc
La tangente à la courbe de au point d'abscisse a donc pour équation .
Méthode
Étudier une fonction réciproque que l'on ne sait pas expliciter. Le schéma est toujours le même, et c'est un grand classique de concours.
- Étudier : dérivabilité, signe de , stricte monotonie, limites aux bornes.
- Appliquer le théorème de la bijection pour obtenir sur , et préciser .
- Pour calculer : chercher d'abord l'antécédent tel que , en général « à vue » sur des valeurs simples, puis appliquer la formule .
- Ne jamais tenter d'expliciter si l'énoncé ne le demande pas : la formule suffit.
Fonction dérivée et fonctions de classe
Définition
Soit définie sur . On dit que est dérivable sur lorsqu'elle est dérivable en tout point de . L'application
s'appelle alors la fonction dérivée de sur .
On dit que est de classe sur lorsque est dérivable sur et que sa dérivée est continue sur .
Remarque
Toute fonction de classe sur est en particulier continue sur , puisque dérivable. Toutes les fonctions construites à partir des fonctions usuelles par somme, produit, quotient et composition sont de classe sur tout intervalle où elles sont définies et où les dénominateurs ne s'annulent pas : dans la pratique du programme, la vérification est immédiate et se rédige en une ligne. Il existe des fonctions dérivables dont la dérivée n'est pas continue, mais leur construction dépasse le cadre de ce chapitre.
L'hypothèse « de classe » servira surtout en section : c'est celle de l'intégration par parties et du changement de variable.
Voici le tableau des dérivées usuelles. Il est à connaître dans les deux sens : de la fonction vers sa dérivée pour dériver, de la dérivée vers la fonction pour intégrer (section ).
| Fonction | Dérivée | Dérivable sur |
|---|---|---|
| (constante) | ||
| , | ||
| , | ||
| , | ||
| , | ||
Exemple
Une fonction dérivable dont la formule change. Soit sur . Pour , donc ; pour , donc . En , le taux d'accroissement vaut , donc est dérivable en avec . En rassemblant, pour tout réel , qui est une fonction continue : est de classe sur .
Extremum local et point critique
Définition
Soient définie sur et .
- admet un maximum local en s'il existe tel que, pour tout vérifiant , on ait .
- admet un minimum local en s'il existe tel que, pour tout vérifiant , on ait .
- Un extremum local est un maximum local ou un minimum local. Lorsque l'inégalité vaut pour tout , on parle d'extremum global.
Définition
Soit dérivable sur . On appelle point critique de tout point tel que .
Propriété
Soit définie sur , et soit un point intérieur à . Si est dérivable en et si admet un extremum local en , alors
Autrement dit, un extremum local en un point intérieur est nécessairement un point critique.
Démonstration. Traitons le cas d'un maximum local, l'autre s'en déduisant en remplaçant par . Par hypothèse, il existe tel que (c'est là qu'intervient le caractère intérieur du point ) et tel que pour tout de cet intervalle.
Soit . Le numérateur est négatif et le dénominateur est strictement positif, donc
Cette inégalité étant vraie pour tout proche de , le passage à la limite quand conserve l'inégalité large et donne .
Soit maintenant . Le numérateur est toujours négatif, mais le dénominateur est cette fois strictement négatif, donc le quotient est positif :
Le passage à la limite quand donne . Les deux inégalités réunies donnent .
Remarque
Deux mises en garde, sources d'erreurs classiques.
La réciproque est fausse. Un point critique n'est pas nécessairement un extremum. Pour , on a , pourtant est strictement croissante sur : il n'y a en ni maximum ni minimum, même local. La tangente y est horizontale et traverse la courbe.
L'hypothèse « point intérieur » est indispensable. Sur , la fonction admet un minimum global en et un maximum global en , alors que ne s'annule jamais. Les extremums d'une fonction sur un segment peuvent donc parfaitement se situer aux bornes, où le théorème ne dit rien.
Méthode
Chercher les extremums d'une fonction sur un intervalle .
- Déterminer les points critiques en résolvant l'équation : ce sont les seuls candidats à l'intérieur de .
- Ajouter à la liste des candidats les extrémités de qui appartiennent à .
- Dresser le tableau de variations pour trancher : un point critique n'est un extremum que si y change de signe.
- Comparer les valeurs de en tous les candidats pour identifier les extremums globaux, sans oublier d'examiner les limites aux bornes ouvertes (une borne ouverte peut interdire l'existence d'un maximum).
Théorème de Rolle
Propriété
Théorème de Rolle. Soient et deux réels avec , et soit une fonction telle que :
- est continue sur le segment ;
- est dérivable sur l'intervalle ouvert ;
- .
Alors il existe (au moins) un réel tel que .
Démonstration. La fonction est continue sur le segment : d'après le théorème des bornes atteintes (section ), elle est bornée et atteint ses bornes. Notons
et choisissons et dans tels que et .
Premier cas : . La fonction est alors constante sur , puisque pour tout . Sa dérivée est nulle en tout point de , et n'importe quel de cet intervalle convient.
Second cas : . Posons . Comme , ces deux valeurs ne peuvent pas être toutes les deux égales à : au moins l'une d'elles en diffère.
Supposons par exemple (si c'est qui diffère de , le raisonnement est identique en remplaçant par ). Alors , donc et : le point appartient à l'intervalle ouvert . Il est donc intérieur à , et y est dérivable par hypothèse.
Enfin, admet en un maximum global sur , donc en particulier un maximum local. Le théorème du paragraphe s'applique et donne . Le réel convient.
Interprétation géométrique. Si une courbe continue, admettant une tangente en chacun de ses points intérieurs, part d'une certaine hauteur et y revient, alors elle possède au moins un point où la tangente est horizontale. Le dessin est convaincant : pour revenir à la même altitude, il faut bien « faire demi-tour » quelque part.
Remarque
Les trois hypothèses sont nécessaires, et le vérifier est un exercice classique.
- Sans la dérivabilité : sur est continue, vérifie , et pourtant vaut ou selon le signe de et ne s'annule jamais là où elle existe. La conclusion tombe en défaut, à cause du seul point .
- Sans la continuité aux bornes : soit définie sur par si et . Elle est dérivable sur et vérifie , mais sur . La discontinuité en suffit à tout ruiner.
- Le réel n'est pas unique en général : pour une fonction qui monte, descend, remonte et redescend, il y a plusieurs tangentes horizontales. Le théorème affirme une existence, jamais une unicité.
Égalité des accroissements finis
Le théorème de Rolle exige , ce qui est très restrictif. L'égalité des accroissements finis lève cette hypothèse : c'est le même énoncé, écrit dans un repère « penché ».
Propriété
Égalité des accroissements finis. Soient et deux réels avec , et soit continue sur et dérivable sur . Alors il existe tel que
Géométriquement : il existe un point de la courbe où la tangente est parallèle à la corde joignant les deux extrémités.
Démonstration. L'idée consiste à se ramener au théorème de Rolle en retranchant à la fonction affine dont le graphe est la corde joignant les points et . Cette corde a pour coefficient directeur
et son équation est . Posons donc, pour ,
Cette fonction mesure l'écart vertical entre la courbe et la corde. Vérifions qu'elle satisfait les trois hypothèses de Rolle.
Continuité. est la différence de , continue sur , et d'une fonction affine, continue sur : elle est continue sur .
Dérivabilité. Pour la même raison, est dérivable sur , avec
Valeurs aux bornes. D'une part . D'autre part
Donc , et c'est précisément pour obtenir cette égalité que la fonction auxiliaire a été construite ainsi.
Le théorème de Rolle s'applique à : il existe tel que , c'est-à-dire
En multipliant par , on obtient .
Interprétation géométrique. Il existe au moins un point de la courbe où la tangente est parallèle à la corde . Dans le langage de la cinématique : si un trajet de heures couvre kilomètres, il y a au moins un instant où la vitesse instantanée est exactement égale à la vitesse moyenne.
Remarque
Le théorème de Rolle est le cas particulier de l'égalité des accroissements finis. Les deux énoncés ont donc exactement la même force logique ; on démontre le second à partir du premier parce que c'est le premier qui se démontre directement à partir du théorème des bornes atteintes.
Attention : le réel est inconnu. On ne le calcule jamais, on ne sait rien de lui sinon qu'il est strictement compris entre et . Toute la force de l'énoncé vient de là : c'est cet encadrement que l'on exploite pour majorer ou minorer .
Méthode
Démontrer un encadrement avec l'égalité des accroissements finis.
- Choisir la fonction et le segment pertinents. Le plus souvent, l'énoncé à démontrer fait apparaître une différence , éventuellement déguisée.
- Vérifier explicitement les hypothèses (continuité sur le segment, dérivabilité sur l'ouvert).
- Écrire la conclusion : « il existe tel que ».
- Encadrer en utilisant uniquement et la monotonie ou le signe de .
- Reporter cet encadrement dans l'égalité pour conclure.
Exemple
Un encadrement du logarithme. Démontrons que, pour tout réel ,
La fonction est continue sur et dérivable sur , de dérivée . L'égalité des accroissements finis fournit un réel tel que
Or , donc en passant à l'inverse (les trois nombres étant strictement positifs) . Comme , la multiplication par conserve les inégalités strictes :
Inégalité des accroissements finis
Propriété
Inégalité des accroissements finis. Soient deux réels et continue sur , dérivable sur .
- S'il existe un réel tel que pour tout , alors
- S'il existe deux réels et tels que pour tout , alors
Démonstration. L'égalité des accroissements finis fournit tel que .
Pour le premier point, on passe à la valeur absolue :
la dernière inégalité venant de l'hypothèse appliquée à et du fait que .
Pour le second point, on part de et l'on multiplie par le réel strictement positif , ce qui conserve le sens des inégalités :
et le terme du milieu vaut .
Remarque
La forme la plus employée est la suivante, valable pour un intervalle quelconque : si est dérivable sur et si sur , alors
Il suffit d'appliquer l'inégalité au segment d'extrémités et , l'ordre de ces deux réels n'important plus grâce aux valeurs absolues. Une fonction vérifiant une telle inégalité est dite lipschitzienne de rapport .
Méthode
Majorer . C'est le réflexe à avoir dès qu'un énoncé demande de contrôler l'écart entre deux valeurs d'une même fonction, ou la distance d'une suite récurrente à sa limite.
- Vérifier que est continue sur le segment considéré et dérivable sur son intérieur.
- Calculer , puis majorer sur cet intervalle : c'est la seule étape qui demande du travail. On étudie le signe et les variations de , ou l'on majore brutalement chaque morceau (un dénominateur se minore, un numérateur se majore).
- Appliquer l'inégalité : .
- Cas des suites récurrentes de limite éventuelle vérifiant : écrire
puis, par récurrence, . Si , cette majoration prouve la convergence vers et en donne la vitesse.
Exemple
a. Une majoration directe. Pour sur , on a . Comme entraîne , il vient . Donc, pour tous réels et supérieurs ou égaux à ,
Par exemple , ce qui est très grossier, mais suffit dans bien des majorations.
Exemple
b. Une suite récurrente. Soit définie par et . Posons sur .
Stabilité. Si , alors , donc car . Une récurrence immédiate donne pour tout .
Point fixe. L'équation avec équivaut à , soit , dont les racines sont et . Seul convient.
Majoration. Pour , et , donc . L'inégalité des accroissements finis donne
puis, par récurrence, . Comme , le théorème d'encadrement donne .
Dérivée et variations
Voici le résultat qui justifie, à lui seul, tout le travail précédent : il transforme une information ponctuelle (le signe de en chaque point) en une information globale (le sens de variation sur l'intervalle).
Propriété
Soit continue sur un intervalle et dérivable sur l'intérieur de .
- est croissante sur si et seulement si sur l'intérieur de .
- est décroissante sur si et seulement si sur l'intérieur de .
- est constante sur si et seulement si sur l'intérieur de .
- Si sur l'intérieur de , alors est strictement croissante sur (et de même avec et la stricte décroissance).
Démonstration. Montrons le sens direct du point , les autres étant analogues. Supposons et soient deux points de . La fonction est continue sur et dérivable sur , car ce segment est inclus dans et cet intervalle ouvert dans l'intérieur de . L'égalité des accroissements finis fournit tel que
Le facteur est positif par hypothèse et , donc , soit : la fonction est croissante. Le point s'obtient de la même façon, l'inégalité donnant cette fois , donc une inégalité stricte. Le point résulte des points et appliqués simultanément : est à la fois croissante et décroissante, donc constante.
Réciproquement, supposons croissante sur et soit un point intérieur à . Pour avec , le taux d'accroissement est positif : numérateur et dénominateur sont de même signe, par croissance de . En passant à la limite quand , l'inégalité large est conservée et donne .
Remarque
Attention à la réciproque du point . L'implication n'est vraie que dans un sens : une fonction strictement croissante peut avoir une dérivée qui s'annule. Ainsi est strictement croissante sur , pourtant . On ne peut donc jamais écrire « strictement croissante donc ».
Le critère suivant est celui qu'on utilise en pratique dans les tableaux de variations, où la dérivée s'annule presque toujours en quelques points isolés.
Propriété
Critère de stricte monotonie. Soit continue sur un intervalle et dérivable sur l'intérieur de . Si sur l'intérieur de et si ne s'annule qu'en un nombre fini de points, alors est strictement croissante sur .
Démonstration. D'après le point du théorème précédent, est déjà croissante sur . Soient dans ; il reste à exclure le cas . Supposons donc et soit . Par croissance, , donc : la fonction est constante sur le segment .
Sa dérivée est alors nulle en tout point de , qui est un intervalle ouvert non vide, donc infini. Cela contredit l'hypothèse selon laquelle ne s'annule qu'en un nombre fini de points. Par conséquent , et comme , on a bien .
Remarque
L'hypothèse « est un intervalle » est indispensable au point . Considérons la fonction définie sur par
Elle est dérivable sur de dérivée nulle partout, et pourtant elle n'est pas constante. Il n'y a aucune contradiction : n'est pas un intervalle, et l'égalité des accroissements finis ne peut pas être appliquée entre un point négatif et un point positif, puisque le segment qui les joint sort de l'ensemble de définition.
Conséquence pratique : une dérivée nulle donne une constante sur chaque intervalle du domaine, mais la constante peut changer d'un intervalle à l'autre. On le reverra pour les primitives au paragraphe .
Méthode
Démontrer une inégalité par étude de fonction. C'est l'application la plus fréquente du théorème.
- Tout ramener d'un seul côté : pour établir sur , on pose et l'on cherche à montrer .
- Dériver et étudier le signe de (factoriser !).
- Dresser le tableau de variations de et identifier son minimum sur .
- Calculer ce minimum : s'il vaut , l'inégalité est démontrée, avec en prime son cas d'égalité.
Exemple
a. L'inégalité . Posons sur . Alors
Comme , le signe de est celui de : la fonction est décroissante sur et croissante sur . Elle atteint donc son minimum en , et . Ainsi sur , c'est-à-dire
avec égalité si et seulement si (le minimum étant strict de part et d'autre).
b. L'inégalité . Posons sur , de dérivée , qui est négative pour et positive pour . Le minimum de est donc , d'où pour tout réel .
Exemple
c. Stricte monotonie avec une dérivée qui s'annule. Soit . Alors
et ne s'annule qu'en , c'est-à-dire en un seul point. D'après le critère de stricte monotonie, est strictement croissante sur . Sa courbe possède en une tangente horizontale, qu'elle traverse sans que la monotonie soit rompue.
Plan d'une étude de fonction
Méthode
Étude complète d'une fonction, en sept étapes. L'ordre compte : chaque étape utilise les précédentes.
- Ensemble de définition . Traduire les contraintes : dénominateur non nul, expression sous une racine positive, argument d'un logarithme strictement positif. Écrire comme réunion d'intervalles.
- Symétries. Si est symétrique par rapport à , tester la parité : (courbe symétrique par rapport à l'axe des ordonnées) ou (symétrie par rapport à l'origine). En cas de succès, l'étude se réduit à .
- Limites aux bornes de chaque intervalle de , en levant les formes indéterminées (croissances comparées, factorisation par le terme dominant, quantité conjuguée).
- Dérivabilité et calcul de . Justifier la dérivabilité en une phrase, puis calculer et la factoriser.
- Signe de . Résoudre , éventuellement à l'aide d'un tableau de signes auxiliaire.
- Tableau de variations, complété par les limites de l'étape et les valeurs des extremums.
- Asymptotes, points remarquables et tracé. Asymptote verticale si tend vers l'infini en ; asymptote horizontale si en l'infini ; asymptote oblique si . Ajouter la ou les tangentes remarquables et les intersections avec les axes.
Remarque
Pour une fonction rationnelle, l'étape se prépare dès l'étape : la division du numérateur par le dénominateur met l'expression sous la forme , où le reste tend vers à l'infini. L'asymptote oblique se lit alors directement, ainsi que la position de la courbe par rapport à elle, donnée par le signe du reste.
Traitons un exemple complet, en suivant les sept étapes.
Exemple
Étude de , étapes à .
Ensemble de définition. Le dénominateur s'annule pour , donc
Symétries. L'ensemble n'est pas symétrique par rapport à : aucune réduction du domaine n'est possible.
Forme réduite. La division donne, pour tout ,
ce que l'on vérifie en réduisant au même dénominateur : .
Limites. Quand , le numérateur tend vers et le dénominateur vers , donc ; quand , de même . Enfin, la forme réduite donne quand et quand .
Exemple
Étude de , étapes à .
Dérivée. La fonction est un quotient de fonctions dérivables dont le dénominateur ne s'annule pas sur : elle est dérivable sur , et
Signe. Le dénominateur est strictement positif sur , donc a le signe du trinôme , de discriminant et de racines
Le trinôme est positif à l'extérieur des racines et négatif entre elles.
Valeurs des extremums. En utilisant pour , on obtient . Pour : . Pour : .
Le tableau de variations rassemble ces informations.
Exemple
Étude de , étape .
Asymptote verticale. Puisque quand , la droite d'équation est asymptote verticale à .
Asymptote oblique. La forme réduite donne
donc la droite d'équation est asymptote oblique à en et en .
Position relative. Le signe de est celui de . La courbe est donc au-dessus de sur et en dessous sur , sans point d'intersection puisque ne s'annule jamais.
Points remarquables. La courbe coupe l'axe des ordonnées en , car . Elle ne coupe pas l'axe des abscisses, car pour tout réel . Le maximum local vaut et le minimum local : la courbe est bien formée de deux branches disjointes.
Exemple
Une étude plus rapide : sur .
Définition et limites. . Quand , et , donc . Quand , par croissances comparées : la droite d'équation est asymptote horizontale en .
Dérivée. Produit de deux fonctions dérivables :
Comme , le signe de est celui de : positif pour , négatif pour .
Extremum. La fonction admet un maximum global en , de valeur .
Intégration sur un segment
L'intégration répond à deux questions qui semblent étrangères l'une à l'autre. La première est géométrique : quelle est l'aire du domaine compris entre une courbe et l'axe des abscisses ? La seconde est algébrique : étant donnée une fonction , existe-t-il une fonction dont la dérivée soit ? Le théorème fondamental de l'analyse (paragraphe ) affirme que ces deux questions n'en font qu'une, et c'est de cette identification que vient toute la puissance du calcul intégral.
Une mise en garde de méthode avant de commencer. Dans les exercices de concours, il est fréquent que l'intégrale à étudier ne se calcule pas : aucune primitive n'est exprimable à l'aide des fonctions usuelles. Les résultats véritablement utiles de cette section ne sont donc pas seulement les techniques de calcul, mais aussi et surtout les inégalités : positivité, croissance, inégalité de la moyenne, inégalité triangulaire. Elles permettent d'encadrer une intégrale que l'on est incapable de calculer, et c'est très souvent ce que l'énoncé demande.
Dans toute cette section, les fonctions considérées sont continues sur le segment ou l'intervalle mentionné, et l'on intègre uniquement sur des segments , c'est-à-dire des intervalles fermés et bornés.
Intégrale d'une fonction continue sur un segment
Propriété
Existence de l'intégrale (admise). Soient et deux réels avec , et soit une fonction continue sur le segment . Alors il existe un réel, noté
appelé intégrale de entre et , qui vérifie les propriétés des paragraphes à .
La construction de ce nombre est hors programme : elle repose sur l'approximation de par des fonctions plus simples, et sa mise en place rigoureuse demanderait plusieurs pages. On l'admet donc entièrement, comme le programme y invite. En revanche, toutes les propriétés énoncées ensuite seront soit admises comme faisant partie de cette construction (linéarité, positivité, relation de Chasles), soit démontrées à partir d'elles.
Définition
Dans l'écriture , les réels et sont les bornes de l'intégrale, et la lettre est la variable d'intégration. Cette variable est muette : elle n'existe pas en dehors du symbole, et peut être remplacée par n'importe quelle autre lettre non utilisée par ailleurs :
Une intégrale est un nombre, pas une fonction.
Remarque
Deux fautes d'écriture à ne jamais commettre. La première consiste à réutiliser la variable muette hors de l'intégrale : l'écriture n'a aucun sens, il faut écrire . La seconde consiste à oublier le , qui ferme le symbole et indique par rapport à quelle variable on intègre : dans , la lettre est une constante.
Interprétation en aire. Munissons le plan d'un repère orthogonal, et appelons unité d'aire l'aire du rectangle construit sur les deux vecteurs de base. Lorsque est continue et positive sur avec , le nombre est l'aire, exprimée en unités d'aire, du domaine délimité par la courbe , l'axe des abscisses et les droites d'équations et .
Lorsque change de signe, l'intégrale est une aire algébrique : les portions situées au-dessus de l'axe des abscisses comptent positivement, celles situées en dessous comptent négativement. C'est pourquoi une intégrale peut être nulle sans que la fonction le soit.
Propriété
Deux valeurs immédiates. Pour et réel,
ce qui correspond à l'aire algébrique du rectangle de largeur et de hauteur . En particulier .
Exemple
a. : le domaine est le triangle rectangle de sommets , et , d'aire .
b. : les deux triangles, l'un sous l'axe sur , l'autre au-dessus sur , ont la même aire et se compensent. L'intégrale est nulle alors que la fonction ne l'est pas : elle change de signe.
c. .
Conventions d'orientation et relation de Chasles
Jusqu'ici la borne du bas était inférieure à celle du haut. Il est commode de lever cette restriction, au prix d'une convention de signe.
Définition
Soit continue sur un intervalle , et soient et deux points de . On pose
Autrement dit, échanger les bornes change le signe de l'intégrale. Avec cette convention, l'écriture a un sens pour tous et dans , sans hypothèse sur leur ordre.
Propriété
Relation de Chasles. Soit continue sur un intervalle . Pour tous , , dans ,
Cette égalité est valable quel que soit l'ordre des trois réels, grâce à la convention ci-dessus.
Remarque
Le point n'a aucune raison d'être compris entre et : c'est ce qui rend la relation si commode. On l'emploie dans les deux sens. De gauche à droite, elle découpe une intégrale pour traiter séparément deux morceaux, par exemple lorsque la fonction change de signe ou d'expression. De droite à gauche, elle recolle deux intégrales, ce qui sert notamment à faire apparaître la différence dans la démonstration du théorème fondamental.
Exemple
Soit définie sur par si et si . Cette fonction est continue en car les deux expressions y valent . Par la relation de Chasles,
chacune des deux intégrales étant l'aire d'un triangle rectangle de côtés et . Le domaine total est un triangle de base et de hauteur , d'aire : les deux calculs concordent.
Linéarité de l'intégrale
Propriété
Linéarité (admise). Soient et continues sur un intervalle , soient et dans , et soient et deux réels. Alors
Remarque
Il n'existe aucune formule analogue pour un produit ou un quotient : en général
Un contre-exemple suffit : avec sur , le membre de gauche vaut et celui de droite . C'est l'erreur la plus fréquente du chapitre.
Exemple
En admettant et , la linéarité donne
Positivité, croissance et cas d'égalité
Propriété
Soient et , continues sur .
- Positivité. Si sur , alors .
- Croissance. Si sur , alors .
Démonstration du point à partir du point . La fonction est continue et positive sur , donc son intégrale est positive d'après le point . La linéarité donne
d'où l'inégalité annoncée.
Remarque
L'hypothèse est indispensable. Si les bornes sont dans le désordre, les inégalités changent de sens, à cause de la convention d'orientation. Ainsi bien que la fonction soit positive sur . Avant d'appliquer la positivité ou la croissance, toujours vérifier que la borne du bas est la plus petite.
Le théorème suivant est le plus fin de la section : il affirme qu'une fonction continue positive d'intégrale nulle est identiquement nulle. Autrement dit, dès qu'une fonction continue positive est non nulle quelque part, elle « emporte » une aire strictement positive.
Propriété
Cas d'égalité. Soient et continue et positive sur . Si
alors est identiquement nulle sur .
Démonstration. Raisonnons par l'absurde et supposons qu'il existe tel que .
Utilisons la continuité en . Appliquons la définition de la continuité avec le réel strictement positif : il existe tel que, pour tout vérifiant ,
Fabriquons un segment non trivial. Posons . Si , posons et ; si , posons et , qui est bien supérieur à puisque . Dans les deux cas, , , et tout vérifie , donc .
Minorons l'intégrale. Par croissance de l'intégrale sur , comparée à la fonction constante ,
Par la relation de Chasles, puis par positivité de l'intégrale sur et sur (où reste positive),
Cela contredit l'hypothèse . Donc pour tout .
Remarque
L'hypothèse de continuité est essentielle. Une fonction positive nulle partout sauf en un point a une aire nulle sous sa courbe, sans être la fonction nulle ; mais une telle fonction n'est pas continue, et sort du cadre de ce chapitre. De même, l'hypothèse est nécessaire : si , l'intégrale est nulle quelle que soit .
Méthode
Démontrer qu'une fonction est nulle. Dès qu'un énoncé fournit une hypothèse du type « », le réflexe est d'examiner si l'intégrande est continu et de signe constant.
- Vérifier la continuité de sur et son signe. Les carrés et les valeurs absolues sont les cas les plus fréquents : , .
- Si , appliquer le théorème à .
- Conclure : est identiquement nulle, puis en déduire ce que l'on cherche, par exemple à partir de .
Exemple
Soit continue sur telle que . La fonction est continue comme produit de fonctions continues, et positive. Le théorème du cas d'égalité s'applique : pour tout , donc est la fonction nulle.
En revanche, l'hypothèse ne permet pas de conclure : la fonction est continue, d'intégrale nulle sur , et pourtant non nulle. La positivité est indispensable.
Inégalité triangulaire intégrale
Propriété
Soient et continue sur . Alors est continue sur et
Démonstration. La continuité de résulte de la composition de par la fonction valeur absolue, elle-même continue sur (section ) : l'intégrale de droite existe donc bien.
Pour tout , on dispose de l'encadrement . Comme , la croissance de l'intégrale s'applique aux deux inégalités et donne, en utilisant la linéarité pour le membre de gauche,
Un encadrement de la forme avec équivaut à , ce qui est exactement l'inégalité annoncée.
Remarque
L'analogie avec l'inégalité triangulaire des sommes finies, , est complète : dans les deux cas, « la valeur absolue d'une somme est plus petite que la somme des valeurs absolues », parce que les compensations de signe ne peuvent que diminuer le résultat.
Si l'ordre des bornes n'est pas connu, la forme correcte est
Valeur moyenne et inégalité de la moyenne
Définition
Soient et continue sur . On appelle valeur moyenne de sur le réel
Géométriquement, est la hauteur du rectangle de base qui aurait la même aire algébrique que le domaine sous la courbe.
Propriété
Inégalité de la moyenne. Soient et continue sur . S'il existe deux réels et tels que pour tout , alors
Démonstration. Il suffit d'appliquer la croissance de l'intégrale aux deux inégalités et , en se souvenant que l'intégrale d'une fonction constante sur vaut .
Propriété
Théorème de la moyenne. Soient et continue sur . Il existe tel que
Démonstration. La fonction est continue sur un segment : d'après le théorème des bornes atteintes (section ), elle admet un minimum et un maximum . L'inégalité de la moyenne, divisée par , donne
Le réel est donc compris entre et . Comme est continue sur le segment d'extrémités et , le théorème des valeurs intermédiaires (section ) fournit un réel entre et , donc dans , tel que .
Méthode
Encadrer une intégrale que l'on ne sait pas calculer.
- Encadrer l'intégrande. Chercher deux constantes et telles que sur , en majorant et minorant chaque morceau de l'expression (un dénominateur positif se minore pour majorer le quotient), ou en étudiant les variations de .
- Appliquer l'inégalité de la moyenne pour obtenir .
- Affiner si nécessaire : découper par la relation de Chasles en deux ou trois morceaux, et encadrer sur chacun. Plus les morceaux sont petits, plus l'encadrement est serré.
- Variante : comparer non pas à des constantes, mais à une fonction dont on sait calculer l'intégrale.
Exemple
a. Un encadrement simple. Soit . Pour , on a , donc , puis par passage à l'inverse
L'inégalité de la moyenne, avec , donne .
b. Le même encadrement, affiné. Découpons en deux avec Chasles. Sur : , donc et . Sur : , donc et . En additionnant,
soit environ , nettement plus précis que le premier encadrement.
Exemple
c. Une intégrale sans primitive usuelle. Soit . Aucune primitive de ne s'exprime à l'aide des fonctions usuelles ; l'encadrement est donc la seule voie. Pour , on a , donc , et par croissance de l'exponentielle
On peut faire mieux en comparant à une fonction intégrable : pour , donc et . Nous verrons au paragraphe que , ce qui donne la minoration .
Primitives
Définition
Soient un intervalle et une fonction définie sur . On appelle primitive de sur toute fonction définie sur , dérivable sur , et telle que
Propriété
Soit définie sur un intervalle et admettant une primitive sur . Alors les primitives de sur sont exactement les fonctions de la forme
Autrement dit, deux primitives d'une même fonction sur un intervalle diffèrent d'une constante.
Démonstration. Soit un réel. La fonction est dérivable sur et : c'est bien une primitive de .
Réciproquement, soit une primitive quelconque de sur . La fonction est dérivable sur et, pour tout ,
Comme est un intervalle, le théorème du paragraphe affirme qu'une fonction de dérivée nulle sur un intervalle y est constante. Il existe donc un réel tel que , c'est-à-dire .
Remarque
L'hypothèse « est un intervalle » ne peut pas être supprimée. Sur , qui est une réunion de deux intervalles, la fonction admet pour primitives les fonctions de la forme
où et sont deux constantes indépendantes. C'est pourquoi on écrit « une primitive de sur est » plutôt que la formule globale , qui masque ce phénomène. En pratique, on précise toujours l'intervalle de travail.
Propriété
Primitive vérifiant une condition initiale. Soit admettant des primitives sur un intervalle , et soient et . Il existe une unique primitive de sur telle que .
Démonstration. Soit une primitive de sur . Les primitives de sont les ; la condition détermine de manière unique, ce qui prouve à la fois l'existence et l'unicité de .
Exemple
Cherchons la primitive de sur vérifiant .
Les primitives de sur sont les fonctions . La condition s'écrit , soit . Donc
Vérification : , et .
Théorème fondamental de l'analyse
Rien, jusqu'ici, ne garantit qu'une fonction continue admette une primitive, et rien ne relie l'intégrale (une aire) à la dérivation. Le théorème suivant règle les deux questions d'un coup.
Propriété
Théorème fondamental de l'analyse. Soit continue sur un intervalle , et soit . La fonction
est définie sur , dérivable sur , et vérifie . C'est donc l'unique primitive de sur qui s'annule en . En particulier, toute fonction continue sur un intervalle y admet des primitives, et est de classe .
Démonstration. La fonction est bien définie : pour tout , le segment d'extrémités et est inclus dans , où est continue.
Le taux d'accroissement. Fixons et soit avec . La relation de Chasles donne
Par ailleurs, , car est une constante. En divisant par et en retranchant , la linéarité donne
La continuité de en . Soit . Il existe tel que, pour tout vérifiant , on ait .
La majoration. Soit tel que . Tout réel compris entre et vérifie alors , donc . Si , l'inégalité triangulaire intégrale puis l'inégalité de la moyenne donnent
Si , le même calcul mené sur le segment , puis la convention d'orientation, donnent une majoration par . Dans les deux cas, la majoration s'écrit , donc
Conclusion. Pour tout , il existe tel que entraîne que le taux d'accroissement de en est à distance au plus de . C'est exactement la définition de
Donc est dérivable en et . Le point étant quelconque dans , on a sur . Comme est continue, est de classe . Enfin , et l'unicité de la primitive s'annulant en résulte du paragraphe .
Propriété
Corollaire : calcul d'une intégrale par une primitive. Soit continue sur un intervalle et soit une primitive quelconque de sur . Alors, pour tous et dans ,
Démonstration. Posons . D'après le théorème, est une primitive de sur , donc et diffèrent d'une constante : il existe tel que . En évaluant en : , donc . En évaluant en :
Remarque
Le corollaire explique pourquoi le choix de la primitive est indifférent : la constante additive disparaît dans la soustraction . Dans la rédaction, on écrit systématiquement le crochet , qui signale au correcteur quelle primitive a été choisie.
Exemple
a. , le calcul ayant lieu sur où est une primitive de .
b. .
c. .
d. , ce qui achève l'exemple c. du paragraphe .
Primitives usuelles et formes composées
Le tableau suivant se lit à l'envers du tableau des dérivées du paragraphe . La colonne de droite précise un intervalle sur lequel la primitive est valable ; ce n'est pas un détail de rédaction, c'est une condition de validité.
| Fonction | Une primitive | Sur |
|---|---|---|
| (constante) | ||
| , | ||
| , | ou | |
| , | ||
| , | ||
| , | tout intervalle où | |
| , , |
Le tableau des formes composées se déduit du tableau des dérivées composées du paragraphe , lu à l'envers. Dans tout ce tableau, désigne une fonction de classe sur l'intervalle considéré.
| Fonction | Une primitive | Condition |
|---|---|---|
| , | aucune | |
| sur l'intervalle | ||
| ne s'annule pas | ||
| aucune | ||
| sur l'intervalle | ||
| , | sur l'intervalle |
Méthode
Reconnaître une forme composée. C'est la technique à essayer avant l'intégration par parties et avant le changement de variable, car elle est instantanée.
- Repérer dans l'expression une fonction « emboîtée » : ce qui est sous une racine, en exposant de , à l'intérieur d'un logarithme, ou élevé à une puissance.
- Calculer et chercher dans l'expression, au facteur constant près.
- Ajuster la constante : si l'expression contient au lieu de , on met en facteur ; s'il manque un facteur , on écrit l'intégrande sous la forme .
- Écrire la primitive et vérifier en dérivant. Cette vérification coûte dix secondes et détecte toutes les erreurs de constante.
Exemple
a. . Avec , l'intégrande est , donc
b. . Avec , on a : il manque un facteur , que l'on compense.
c. .
Exemple
d. . Avec , qui ne s'annule pas sur , et :
e. . Avec et , l'intégrande est :
Intégration par parties
Propriété
Intégration par parties. Soient et deux fonctions de classe sur un intervalle , et soient et dans . Alors
Démonstration. Les fonctions et étant dérivables sur , leur produit l'est aussi et
Les fonctions , , et étant continues (c'est le sens de l'hypothèse ), la fonction est continue sur , et en est une primitive. Le corollaire du théorème fondamental donne donc
Les deux fonctions et étant continues, la linéarité de l'intégrale permet de séparer le membre de gauche en deux intégrales, puis de faire passer la seconde de l'autre côté.
Méthode
Choisir et . L'intégration par parties remplace une intégrale par une autre : elle n'est utile que si la nouvelle est plus simple. Tout est donc dans le choix.
- est le facteur que l'on veut dériver, parce que sa dérivée est plus simple que lui : un logarithme (dont la dérivée est une fraction rationnelle), un polynôme (dont le degré baisse).
- est le facteur que l'on sait primitiver sans difficulté : une exponentielle, une puissance de .
- Règle pratique : dès qu'un apparaît en facteur, prendre ; sinon, pour un produit « polynôme fois exponentielle », prendre égal au polynôme.
- Écrire au brouillon les quatre fonctions , , , avant d'appliquer la formule, et vérifier que et sont bien de classe sur le segment d'intégration.
- Si la nouvelle intégrale est plus compliquée que la précédente, c'est que les rôles ont été inversés : recommencer avec l'autre choix.
Exemple
a. L'exemple de référence : . L'intégrande n'est pas un produit apparent ; on l'écrit . Posons
Les fonctions et sont de classe sur . La formule donne
On retrouve au passage que est une primitive de , comme annoncé dans le tableau du paragraphe .
Exemple
b. Polynôme fois exponentielle. Pour , on pose , , et :
c. Deux intégrations par parties successives. Pour , le même choix (, ) donne
Le degré du polynôme a baissé d'une unité à chaque application : c'est le principe.
d. Avec un logarithme. Pour , on pose , , :
Changement de variable
Propriété
Changement de variable. Soient continue sur un intervalle et une fonction de classe sur un segment , à valeurs dans . Alors
Démonstration. La fonction étant continue sur l'intervalle , elle y admet une primitive d'après le théorème fondamental. La composée est dérivable sur , de dérivée
qui est continue. Ainsi est une primitive de sur , donc
Méthode
Effectuer un changement de variable, en quatre temps.
- Poser le changement, sous la forme ou , et vérifier que la fonction choisie est de classe sur le segment concerné.
- Différentier : de on tire . Cette écriture est une abréviation commode de l'énoncé du théorème ; elle sert à transformer mécaniquement l'intégrande.
- Changer les bornes, et c'est l'étape que l'on oublie : les nouvelles bornes sont les valeurs de la nouvelle variable, pas de l'ancienne. Les écrire explicitement, par exemple « pour , ; pour , ».
- Calculer la nouvelle intégrale, entièrement écrite dans la nouvelle variable : aucune trace de l'ancienne ne doit subsister.
Deux situations appellent un changement de variable : la présence d'une racine que l'on veut faire disparaître (poser ), et la présence répétée d'une même expression, typiquement (poser ).
Exemple
a. Poser . Calculons .
Changement. Posons , fonction de classe sur , avec . Pour faire apparaître , on écrit l'intégrande sous la forme voulue en multipliant et divisant par :
Les bornes deviennent et . Donc
Calcul. Comme , la linéarité donne
Exemple
b. Poser . Calculons .
Changement. Posons , de classe sur et à valeurs dans , ce qui revient à poser . Alors , et puisque . Pour , ; pour , . Donc
Calcul. La division donne , d'où
Numériquement, .
Remarque
Le changement de variable affine est si fréquent qu'on l'effectue de tête, en ajustant simplement une constante : c'est exactement ce que fait la reconnaissance des formes composées du paragraphe . On réserve la rédaction complète en quatre temps aux changements non affines.
Quelle technique pour quelle intégrale
Méthode
Synthèse : choisir sa méthode devant une intégrale. Les essais se font dans cet ordre, du moins coûteux au plus coûteux.
- L'intégrande est-il dans le tableau des primitives usuelles ? Alors calculer directement avec un crochet.
- Est-ce une forme composée , , , , ? Alors ajuster la constante et conclure. Repérer comme « ce qui est emboîté ».
- Est-ce un produit dont un facteur se simplifie en dérivant (un , un polynôme) et dont l'autre se primitive facilement (une exponentielle, une puissance) ? Alors intégration par parties.
- Une racine ou une exponentielle revient-elle plusieurs fois dans l'expression ? Alors changement de variable, ou .
- L'intégrande est-il une fraction rationnelle ? Alors la découper en somme de fractions plus simples, par division ou par identification des coefficients, puis intégrer terme à terme.
- Aucune des techniques ne fonctionne ? C'est probablement voulu : passer aux encadrements du paragraphe , ou à une étude de la fonction définie par l'intégrale (paragraphe ).
Exemple
Reconnaissons la méthode pour chacune des intégrales suivantes, sans les calculer.
a. : forme avec . Résultat : .
b. : produit polynôme-exponentielle, intégration par parties avec .
c. : la racine se répète, changement de variable . Il vient .
d. : ni primitive usuelle, ni forme composée, ni produit se prêtant à une intégration par parties. On encadre : sur , donc l'intégrale est comprise entre et .
Fonctions définies par une intégrale à bornes variables
Propriété
Soient continue sur un intervalle , et , deux fonctions dérivables sur un intervalle , à valeurs dans . Alors la fonction
est définie et dérivable sur , et
Démonstration. Soit une primitive de sur , qui existe d'après le théorème fondamental. Pour tout , le corollaire donne
Les fonctions et sont dérivables sur comme composées de fonctions dérivables, donc l'est aussi, et la formule de dérivation d'une composée donne
Méthode
Étudier une fonction définie par une intégrale. Ne jamais chercher à calculer l'intégrale en premier : le plus souvent, c'est impossible, et c'est inutile.
- Ensemble de définition : déterminer les pour lesquels le segment d'extrémités et est inclus dans un intervalle où est continue. C'est la seule difficulté réelle de l'exercice.
- Introduire une primitive de (sans chercher à l'expliciter) et écrire .
- Dériver avec la formule ci-dessus, puis étudier le signe de pour obtenir les variations.
- Signe et valeurs particulières : la positivité de l'intégrale donne le signe de lorsque est de signe constant et que les bornes sont dans le bon ordre ; les valeurs de pour lesquelles donnent .
Exemple
a. Un cas où l'on peut vérifier. Soit pour . La fonction est continue sur , et est dérivable : est définie et dérivable sur , avec
Vérifions par le calcul direct : , dont la dérivée est bien . Le signe de est celui de : la fonction décroît sur et croît sur , avec un minimum .
Exemple
b. Un cas où l'on ne peut pas calculer. Soit
Définition. La fonction est continue sur , puisque y est continue et ne s'y annule pas. Pour , on a , donc le segment est inclus dans : est bien définie.
Dérivée. Avec et , la formule donne
Variations. Pour , le numérateur et le dénominateur sont strictement positifs, donc : la fonction est strictement croissante sur . On obtient ce résultat sans disposer d'aucune expression de , puisque n'a pas de primitive exprimable à l'aide des fonctions usuelles.
Exemple
c. Une intégrale constante. Soit pour . La fonction est continue sur et , donc est définie et dérivable sur , avec
Comme est un intervalle, la fonction est constante. Sa valeur s'obtient en un point quelconque, par exemple en : . Ainsi pour tout , ce que confirme le calcul direct .
Bloqué sur « Fonctions réelles d'une variable réelle » ?
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.