ECG approfondies · Chapitre 05 · Premier semestre

Fonctions réelles d'une variable réelle

1re année

Limite, continuité, étude globale sur un intervalle, dérivation, intégration sur un segment.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Limite
  • Continuité
  • Étude globale sur un intervalle
  • Dérivation
  • Intégration sur un segment

Le chapitre précédent a refondé la notion de limite pour les suites. Celui-ci fait le même travail pour les fonctions, et c'est le chapitre le plus important du premier semestre : tout ce qui suivra en analyse, en probabilités continues et en optimisation s'y appuie. La difficulté n'est pas dans les objets, que vous connaissez depuis le lycée, mais dans le niveau d'exigence. En terminale, « f tend vers en a » se lisait sur une courbe ; ici, c'est un énoncé quantifié que l'on démontre. En terminale, le théorème des valeurs intermédiaires était admis et illustré ; ici, il se démontre, et sa démonstration est exigible.

Le passage des suites aux fonctions apporte une nouveauté et une difficulté. La nouveauté, c'est que la variable ne se contente plus de tendre vers + : elle peut tendre vers n'importe quel réel a, par la droite ou par la gauche, ce qui multiplie les cas de figure. La difficulté, c'est que cette variable prend toutes les valeurs réelles autour de a, et non plus seulement des valeurs entières : on ne peut donc plus raisonner « à partir d'un certain rang », mais « à distance assez petite de a ». Le rang n0 des suites devient le réel η>0 des fonctions. Tout le reste est identique, y compris les démonstrations, et vous reconnaîtrez au passage le théorème d'encadrement, les théorèmes de comparaison et le théorème de la limite monotone.

Le plan est le suivant. La section 1 met en place le vocabulaire : ensemble de définition, opérations, monotonie, parité, fonctions bornées. La section 2 passe en revue les fonctions usuelles autorisées dans la filière : polynômes et fractions rationnelles, racine carrée, valeur absolue, partie entière, exponentielle, logarithme et puissances réelles. La section 3 définit la limite et donne tout l'arsenal de calcul. La section 4 traite la continuité, le théorème des valeurs intermédiaires et le théorème de la bijection. Les sections 5 et 6, consacrées à la dérivation et à l'intégration sur un segment, viennent ensuite : chaque fois que nous aurons besoin d'un résultat qui en relève, en particulier d'une formule de dérivation, nous le signalerons explicitement par un renvoi.

Un mot sur le cadre. Les nombres complexes et les fonctions trigonométriques ne sont pas au programme de la voie ECG : ils n'apparaîtront donc nulle part. Les outils d'analyse asymptotique enseignés au second semestre ne sont pas davantage utilisables ici : tout ce qui suit se démontre avec les seules définitions de ce chapitre. Enfin, la construction de R est hors programme : l'existence de la borne supérieure d'une partie non vide et majorée de R est admise, comme au chapitre précédent, et nous nous en servirons abondamment.

Voici les notations employées dans tout le chapitre.

Notation Signification
Df ensemble de définition de f
Cf courbe représentative de f
I, J intervalles de R, non vides et non réduits à un point
]a,b[ intervalle ouvert de bornes a et b
[a,b] segment, c'est-à-dire intervalle fermé borné
x partie entière du réel x
ε, η réels strictement positifs, « aussi petits que l'on veut »
f1 réciproque d'une bijection f (jamais 1f)
gf composée : xg(f(x))
fin d'une démonstration

Généralités sur les fonctions numériques

Ensemble de définition et courbe représentative

Définition

Une fonction numérique d'une variable réelle est la donnée d'une partie D de R et d'un procédé qui, à tout réel x de D, associe un unique réel noté f(x). On note

f:DR,xf(x).

L'ensemble D s'appelle l'ensemble de définition de f et se note Df. Le réel f(x) est l'image de x par f.

Lorsque la fonction est donnée par une formule sans que l'ensemble de définition soit précisé, on convient que Df est l'ensemble des réels pour lesquels la formule a un sens. Déterminer cet ensemble est toujours la première question d'une étude de fonction, et l'oublier fait perdre des points à tous les concours.

Définition

La courbe représentative de f, dans un repère du plan, est l'ensemble

Cf={(x,f(x))  ;  xDf}.

Remarque

Une partie du plan est la courbe représentative d'une fonction si et seulement si toute droite verticale la coupe en au plus un point. C'est la traduction graphique de l'unicité de l'image : un réel x ne peut pas avoir deux images.

En revanche, une droite horizontale peut couper Cf autant de fois que l'on veut : un réel peut avoir plusieurs antécédents. Le nombre d'antécédents d'un réel y, c'est-à-dire le nombre de solutions de l'équation f(x)=y, est précisément la question à laquelle répondront le théorème des valeurs intermédiaires et le théorème de la bijection en section 4.

Méthode

Déterminer un ensemble de définition. On recense toutes les contraintes, puis on prend leur intersection.

  1. Dénominateur : tout dénominateur doit être non nul.
  2. Racine carrée : la quantité sous le radical doit être positive ou nulle.
  3. Logarithme : l'argument de ln doit être strictement positif.
  4. Puissance réelle : dans u(x)α avec α non entier, on doit avoir u(x)>0 (voir la sous-section 2.7).
  5. Traduire chaque contrainte par une inéquation, la résoudre, puis intersecter tous les ensembles obtenus.

Exemple

a. Soit f(x)=x1x3. Deux contraintes : x10, soit x1, et x30, soit x3. Donc

Df=[1,3[  ]3,+[.

b. Soit g(x)=ln(x24). La contrainte est x24>0, c'est-à-dire (x2)(x+2)>0. Un trinôme de coefficient dominant positif est strictement positif à l'extérieur de ses racines, donc

Dg=],2[]2,+[.

c. Soit h(x)=1lnx. Il faut x>0 pour le logarithme, et lnx0, c'est-à-dire x1. Donc Dh=]0,1[]1,+[.

Définition

Soient f et g deux fonctions et A une partie de DfDg. On dit que f et g coïncident sur A lorsque f(x)=g(x) pour tout x de A. On dit que f et g sont égales lorsque Df=Dg et qu'elles coïncident sur cet ensemble commun.

Si ADf, la restriction de f à A, notée fA, est la fonction définie sur A par fA(x)=f(x).

Remarque

L'égalité de deux fonctions exige l'égalité des ensembles de définition. Ainsi les fonctions xx21x1 et xx+1 ne sont pas égales : la première n'est pas définie en 1, la seconde l'est. Elles coïncident seulement sur R{1}. Cette distinction, qui semble tatillonne, est exactement ce qui rend le prolongement par continuité intéressant (sous-section 4.2).

Opérations sur les fonctions

Définition

Soient f et g deux fonctions et λ un réel. On définit :

  • la somme f+g par (f+g)(x)=f(x)+g(x), sur DfDg ;
  • le produit par un scalaire λf par (λf)(x)=λf(x), sur Df ;
  • le produit fg par (fg)(x)=f(x)g(x), sur DfDg ;
  • le quotient fg par (fg)(x)=f(x)g(x), sur {xDfDg  ;  g(x)0}.

Définition

Soient f et g deux fonctions. La composée gf est définie par

(gf)(x)=g(f(x)),Dgf={xDf  ;  f(x)Dg}.

On dit que f est la fonction intérieure et g la fonction extérieure.

Remarque

Il faut être attentif à deux points.

La composition n'est pas commutative. Avec f(x)=x2 et g(x)=x+1, on obtient (gf)(x)=x2+1 tandis que (fg)(x)=(x+1)2=x2+2x+1. Ces deux fonctions ne coïncident qu'en x=0.

L'ensemble de définition d'une composée n'est pas Df. Pour f(x)=x3 et g=ln, la composée gf:xln(x3) n'est définie que sur ]3,+[, bien que f soit définie sur R tout entier : il faut que l'image tombe dans Dg.

Propriété

Soient f et g deux fonctions définies sur une même partie A. Les fonctions max(f,g) et min(f,g), définies sur A par max(f,g)(x)=max(f(x),g(x)) et de même pour le minimum, vérifient

max(f,g)=f+g+fg2,min(f,g)=f+gfg2.

Démonstration. Soit xA. Si f(x)g(x), alors f(x)g(x)=f(x)g(x), donc

f(x)+g(x)+f(x)g(x)2=f(x)=max(f(x),g(x)).

Si f(x)<g(x), alors f(x)g(x)=g(x)f(x), et le même calcul donne g(x), qui est encore le maximum. La formule pour le minimum s'obtient de même, ou en remarquant que min(f,g)=max(f,g).

Monotonie

Définition

Soit f une fonction définie sur un intervalle I. On dit que f est :

  • croissante sur I lorsque (x,y)I2, xy    f(x)f(y) ;
  • décroissante sur I lorsque (x,y)I2, xy    f(x)f(y) ;
  • strictement croissante sur I lorsque (x,y)I2, x<y    f(x)<f(y) ;
  • strictement décroissante sur I lorsque (x,y)I2, x<y    f(x)>f(y) ;
  • monotone (respectivement strictement monotone) sur I lorsqu'elle est croissante ou décroissante (respectivement strictement croissante ou strictement décroissante) sur I.

Remarque

La monotonie est une propriété relative à un intervalle, jamais à un point, et elle n'est pas locale : x1x est strictement décroissante sur ],0[ et strictement décroissante sur ]0,+[, mais elle n'est pas décroissante sur R. En effet 1<1 alors que f(1)=1<1=f(1). On ne recolle jamais deux intervalles de monotonie séparés par une valeur interdite.

Propriété

Stricte monotonie et injectivité. Si f est strictement monotone sur un intervalle I, alors f est injective sur I : deux réels distincts de I ont des images distinctes.

Démonstration. Supposons f strictement croissante, et soient x et y deux éléments distincts de I. L'ordre sur R étant total, on a x<y ou y<x. Dans le premier cas f(x)<f(y), dans le second f(y)<f(x) : dans les deux cas f(x)f(y). Le cas décroissant est identique.

Cette propriété est la moitié du théorème de la bijection (sous-section 4.7) : la stricte monotonie donne l'injectivité, la continuité donnera la surjectivité sur l'image.

Propriété

Monotonie d'une composée, ou règle des signes. Soient I et J deux intervalles, f:IR telle que f(I)J, et g:JR.

  • Si f et g sont monotones de même sens, alors gf est croissante sur I.
  • Si f et g sont monotones de sens contraires, alors gf est décroissante sur I.

Si de plus f et g sont strictement monotones, alors gf est strictement monotone.

Démonstration. Traitons le cas où f est croissante sur I et g décroissante sur J, les trois autres cas étant en tous points analogues. Soient x et y dans I avec xy. La croissance de f donne f(x)f(y). Ces deux réels appartiennent à J puisque f(I)J, donc la décroissance de g s'applique et donne

g(f(x))g(f(y)),

c'est-à-dire (gf)(x)(gf)(y). Ainsi gf est décroissante sur I.

Pour la version stricte, on reprend le même raisonnement avec x<y : la stricte croissance de f donne f(x)<f(y), et la stricte décroissance de g donne alors g(f(x))>g(f(y)).

Méthode

Étudier la monotonie sans utiliser la dérivée. La dérivation n'intervient qu'en section 5, et beaucoup d'exercices se traitent plus vite sans elle.

  1. Décomposer en fonctions usuelles et appliquer la règle des signes ci-dessus, en précisant à chaque étape l'intervalle et le sens de variation.
  2. Additionner : une somme de deux fonctions croissantes est croissante ; si l'une des deux est strictement croissante, la somme l'est aussi.
  3. Comparer f(x) et f(y) directement, en étudiant le signe de f(y)f(x) pour x<y quelconques.
  4. Attention : il n'existe aucune règle pour le produit ni pour le quotient de deux fonctions monotones. On passe par la décomposition ou par le calcul direct.

Exemple

a. Soit h(x)=1x+2 sur I=]2,+[. La fonction xx+2 est strictement croissante de I sur ]0,+[, la fonction racine carrée est strictement croissante sur ]0,+[ à valeurs dans ]0,+[, et la fonction inverse est strictement décroissante sur ]0,+[. On compose : deux croissances puis une décroissance, donc h est strictement décroissante sur I.

b. Soit f(x)=x3+x1 sur R. Les fonctions xx3 et xx sont strictement croissantes sur R, et x1 est constante : f est donc strictement croissante sur R comme somme.

c. Soit f(x)=xx+1 sur ]1,+[. Le quotient ne se traite pas directement ; on écrit f(x)=11x+1. Sur cet intervalle, xx+1 est strictement croissante à valeurs strictement positives, donc x1x+1 est strictement décroissante, donc son opposée est strictement croissante, et f aussi.

Parité et périodicité

Définition

Soit f une fonction dont l'ensemble de définition Df est symétrique par rapport à 0, c'est-à-dire tel que xDf    xDf.

  • f est paire lorsque xDf, f(x)=f(x) ;
  • f est impaire lorsque xDf, f(x)=f(x).

Propriété

Soit f une fonction définie sur un ensemble symétrique par rapport à 0.

  • Si f est paire, sa courbe Cf est symétrique par rapport à l'axe des ordonnées.
  • Si f est impaire, sa courbe Cf est symétrique par rapport à l'origine du repère. De plus, si 0Df, alors f(0)=0.

Démonstration. Le symétrique du point M(x,y) par rapport à l'axe des ordonnées est M(x,y). Si f est paire et si M(x,f(x))Cf, alors f(x)=f(x), donc le point (x,f(x)) appartient à Cf : c'est bien M. Le symétrique de M(x,y) par rapport à l'origine est M(x,y), et si f est impaire, f(x)=f(x) montre de même que MCf. Enfin, si f est impaire et définie en 0, la relation f(0)=f(0) s'écrit f(0)=f(0), d'où 2f(0)=0 puis f(0)=0.

Méthode

Exploiter une symétrie. Lorsque f est paire ou impaire, on restreint l'étude à DfR+, puis on complète la courbe par la symétrie correspondante. Le travail est divisé par deux. La rédaction attendue tient en une phrase, placée juste après la détermination de Df : « L'ensemble Df est symétrique par rapport à 0 et, pour tout x de Df, f(x)=f(x) : la fonction f est paire, on l'étudie sur DfR+ et l'on complète par symétrie d'axe (Oy). »

Exemple

a. f(x)=xx2+1 est définie sur R, symétrique par rapport à 0, et

f(x)=x(x)2+1=xx2+1=f(x):

la fonction f est impaire.

b. g(x)=ln(x2+1) est définie sur R, et g(x)=ln(x2+1)=g(x) : la fonction g est paire.

c. h(x)=ex n'est ni paire ni impaire : h(1)=e1 n'est égal ni à h(1)=e, ni à h(1).

d. La fonction nulle est à la fois paire et impaire, et c'est la seule.

Définition

Soit T un réel strictement positif. Une fonction f est périodique de période T (ou T-périodique) lorsque

xDf,x+TDf  et  f(x+T)=f(x).

Son étude se restreint alors à un intervalle de longueur T, la courbe se complétant par translations successives de vecteur Tı.

Exemple

La fonction f:xxx, appelée partie fractionnaire, est définie sur R et 1-périodique. En effet, pour tout réel x, on a x+1=x+1 (voir la sous-section 2.4), donc

f(x+1)=(x+1)x+1=x+1x1=xx=f(x).

Sur [0,1[, elle coïncide avec xx ; la courbe est donc une succession de segments de pente 1, reproduits à l'identique sur chaque intervalle [n,n+1[ avec nZ.

Fonctions majorées, minorées, bornées

Définition

Soit f une fonction et A une partie de Df. On dit que f est :

  • majorée sur A lorsqu'il existe un réel M tel que xA, f(x)M ;
  • minorée sur A lorsqu'il existe un réel m tel que xA, mf(x) ;
  • bornée sur A lorsqu'elle est à la fois majorée et minorée sur A.

Remarque

L'ordre des quantificateurs est essentiel : le majorant M est choisi avant x, donc il ne dépend pas de x. Écrire « pour tout x, il existe M tel que f(x)M » ne dit rien du tout, puisqu'il suffit de prendre M=f(x).

Dire que f est majorée sur A revient exactement à dire que la partie f(A)={f(x)  ;  xA} de R est majorée. On ramène ainsi tout le vocabulaire des fonctions à celui des parties de R, vu au chapitre précédent.

Propriété

Caractérisation par la valeur absolue. Soit f définie sur A. La fonction f est bornée sur A si et seulement s'il existe un réel M0 tel que

xA,f(x)M.

Démonstration. Supposons qu'un tel M existe. Pour tout x de A, l'encadrement Mf(x)M montre que f est majorée par M et minorée par M, donc bornée.

Réciproquement, supposons f bornée : il existe m et M tels que mf(x)M pour tout x de A. Posons M=max(m,M), réel positif. Pour xA, on a d'une part f(x)MMM, d'autre part f(x)mmM. Donc Mf(x)M, soit f(x)M.

Définition

Soit f définie sur A et x0A.

  • f admet un maximum global sur A en x0 lorsque xA, f(x)f(x0). Le réel f(x0) est alors le maximum de f sur A, noté maxAf.
  • f admet un maximum local en x0 lorsqu'il existe η>0 tel que
xA,xx0η    f(x)f(x0).

On définit de même le minimum global et le minimum local. Un extremum est un maximum ou un minimum.

Remarque

Un extremum global est un extremum local, la réciproque étant fausse : un maximum local n'est le plus grand que « près de x0 ». On dit parfois qu'un maximum local est un « sommet de colline » et le maximum global « le sommet du massif ».

Attention à ne pas confondre l'extremum, qui est une valeur f(x0), et le point x0 il est atteint. On dit « f atteint son maximum en x0, et ce maximum vaut f(x0) ».

Propriété

Lien avec la borne supérieure. Soit f définie sur A non vide.

  1. Si f est majorée sur A, la partie f(A) est non vide et majorée : elle admet donc une borne supérieure, que l'on note supxAf(x)=sup(f(A)).
  2. La fonction f admet un maximum global sur A si et seulement si sup(f(A)) appartient à f(A), c'est-à-dire est atteint. Dans ce cas, maxAf=sup(f(A)).

Le point 2 est le cœur du problème : une fonction majorée possède toujours une borne supérieure, mais pas toujours un maximum. La fonction xxx+1 sur [0,+[ est majorée par 1, sa borne supérieure vaut 1, et pourtant elle ne prend jamais la valeur 1 : elle n'a pas de maximum. C'est précisément l'insuffisance que le théorème des bornes atteintes (sous-section 4.6) viendra combler, au prix d'hypothèses fortes.

Méthode

Montrer qu'une fonction est bornée. Trois voies, par ordre de fréquence.

  1. Encadrer directement à partir d'inégalités connues sur les fonctions usuelles : 0x2, ex>0, 1xx2+11, et ainsi de suite.
  2. Majorer f(x) par une constante, en utilisant l'inégalité triangulaire et en majorant chaque morceau séparément.
  3. Invoquer le théorème des bornes atteintes lorsque f est continue sur un segment : c'est immédiat, mais l'hypothèse de segment est indispensable (sous-section 4.6).

Exemple

Montrons que f:xxx2+1 est bornée sur R, et déterminons ses extremums.

Soit xR. Le carré (x1)2 est positif, donc en développant, x22x+10, c'est-à-dire

2xx2+1.

Comme x2+1>0, on peut diviser sans changer le sens, ce qui donne

f(x)=xx2+112.

La fonction f est donc bornée, et 12f(x)12 pour tout réel x.

Ces deux bornes sont atteintes : f(1)=12 et f(1)=12. Ainsi f admet 12 pour maximum global, atteint en 1, et 12 pour minimum global, atteint en 1. On a donc ici supRf=maxRf=12.

Les fonctions usuelles

Cette section rassemble les fonctions autorisées dans la filière et les propriétés que l'on utilisera sans les redémontrer. Deux avertissements sur son statut. D'une part, les limites qui y figurent sont celles du lycée : la définition rigoureuse de la limite fait l'objet de la section 3, et l'on s'y reportera pour toute justification. D'autre part, les dérivées sont rappelées pour mémoire, parce qu'elles sont indispensables dès les premiers exercices ; leur définition et leurs règles de calcul sont l'objet de la section 5. Les variations, elles, sont établies ici sans dérivation, à partir des propriétés algébriques.

Fonctions polynomiales et rationnelles

Définition

Une fonction polynomiale est une fonction de la forme

xanxn+an1xn1++a1x+a0,

nN et a0,,an sont des réels avec an0. L'entier n est son degré, et anxn son terme dominant. Une telle fonction est définie sur R tout entier.

Une fonction rationnelle est un quotient PQ de deux fonctions polynomiales, avec Q non nulle. Elle est définie sur R privé des racines de Q, qui sont en nombre fini.

Propriété

Limites en l'infini. Une fonction polynomiale a, en + et en , la même limite que son terme dominant. Une fonction rationnelle a, en + et en , la même limite que le quotient des termes dominants du numérateur et du dénominateur.

Démonstration. Soit P(x)=anxn++a0 avec an0 et n1. Pour x0, on factorise le terme dominant :

P(x)=anxn(1+an1anx++a0anxn).

Chacun des termes de la parenthèse, sauf le premier, tend vers 0 lorsque x tend vers ±, donc la parenthèse tend vers 1. Le produit a donc la même limite que anxn. Pour une fonction rationnelle, on applique ce procédé au numérateur et au dénominateur, puis on simplifie le quotient des deux facteurs mis en évidence.

Exemple

a. limx(2x3+5x27)=limx(2x3)=+, car x3 et 2<0.

b. Étudions f(x)=3x25x+12x2+x4 en +. Pour x0,

f(x)=x2(35x+1x2)x2(2+1x4x2)=35x+1x22+1x4x2x+32.

c. limx+x2+1x32=limx+x2x3=limx+1x=0.

Les deux fonctions de référence sont xx2 et x1x. Voici leurs variations.

xx
-\infty
00
++\infty
x2x^2
++\infty
00
++\infty
xx
-\infty
00
++\infty
1x\dfrac{1}{x}
00
00

Plus généralement, pour nN, la fonction xxn est strictement croissante sur [0,+[ ; elle est paire si n est pair, impaire si n est impair. Sa dérivée est xnxn1, et celle de x1x est x1x2 (section 5).

La fonction racine carrée

Définition

Pour tout réel x0, il existe un unique réel positif dont le carré vaut x : on l'appelle la racine carrée de x et on le note x. La fonction racine carrée est ainsi définie sur R+, à valeurs dans R+, et caractérisée par

x0, y0,(y=x    y2=x).

L'existence et l'unicité affirmées dans cette définition ne sont pas des évidences : elles se démontrent en appliquant le théorème de la bijection à xx2 sur R+, ce que nous ferons en sous-section 4.7.

xx
00
++\infty
x\sqrt{x}
00
++\infty

Propriété

Soient a et b deux réels positifs.

  • ab=ab, et ab=ab si b>0 ;
  • pour tout réel x, x2=x ; en particulier x2=x si et seulement si x0 ;
  • (a)2=a ;
  • la fonction racine carrée est strictement croissante sur R+, donc ab    ab ;
  • limx+x=+.

Démonstration de la première égalité. Les réels ab et ab sont tous deux positifs, et leurs carrés valent respectivement (a)2(b)2=ab et ab. Par unicité de la racine carrée de ab, ils sont égaux. Pour x2=x : le réel x est positif et son carré vaut x2=x2, donc c'est la racine carrée de x2.

Remarque

Il n'existe aucune formule pour a+b. L'égalité a+b=a+b est fausse en général : pour a=b=1, elle donnerait 2=2. On a en réalité a+ba+b, car en élevant au carré les deux membres, qui sont positifs, on compare a+b à a+b+2ab.

La fonction racine carrée est définie en 0 mais n'y est pas dérivable : sa courbe y admet une demi-tangente verticale. Sur ]0,+[, sa dérivée vaut 12x (section 5).

Méthode

La quantité conjuguée. Dès qu'apparaît une différence de la forme AB, avec A et B positifs non tous deux nuls, on multiplie et divise par la somme A+B :

AB=(AB)(A+B)A+B=ABA+B.

Les racines disparaissent du numérateur. C'est l'outil de référence pour lever les formes indéterminées du type faisant intervenir des racines.

Exemple

Calcul de limx+(x2+3xx). C'est une forme indéterminée . Pour x>0, on multiplie par la quantité conjuguée :

x2+3xx=(x2+3x)x2x2+3x+x=3xx2+3x+x.

Comme x>0, on a x2+3x=x1+3x, donc en factorisant x au dénominateur,

x2+3xx=3xx(1+3x+1)=31+3x+1x+31+1=32.

La valeur absolue

Définition

La valeur absolue d'un réel x est le réel positif

x={xsi x0,xsi x<0.

Pour deux réels x et y, le réel xy s'appelle la distance de x à y.

xx
-\infty
00
++\infty
x|x|
++\infty
00
++\infty

Propriété

Pour tous réels x et y :

  • x0, et x=0    x=0 ;
  • x=x, xy=xy, et xy=xy si y0 ;
  • x2=x2 et x=x2 ;
  • xxx et x=max(x,x) ;
  • inégalité triangulaire : x+yx+y ;
  • inégalité triangulaire renversée : xyxy.

Propriété

Caractérisation fondamentale. Soit a un réel positif. Pour tout réel x,

xa    axa.

En particulier, pour tous réels x0 et r>0,

xx0r    x0rxx0+r    x[x0r,x0+r].

Démonstration. Supposons xa. Puisque xx, on obtient xa ; puisque xx, on obtient xa, soit ax. Réciproquement, si axa, alors xa et xa, donc max(x,x)a, c'est-à-dire xa. La seconde équivalence s'obtient en appliquant la première à xx0 puis en ajoutant x0 aux trois membres.

Cette équivalence est la clé de lecture de toute la section 3 : « f(x) est à distance au plus ε de » et « f(x) appartient à l'intervalle [ε,+ε] » disent exactement la même chose.

Méthode

Supprimer une valeur absolue. On ne calcule jamais avec des valeurs absolues : on s'en débarrasse d'abord.

  1. Repérer les points d'annulation de chaque expression figurant dans une valeur absolue.
  2. Découper R en intervalles délimités par ces points.
  3. Sur chaque intervalle, déterminer le signe de chaque expression et remplacer u par u ou par u.
  4. Recoller et vérifier la cohérence aux points de raccordement, en évaluant les deux expressions.

Exemple

a. Une inéquation. Résolvons 2x35. La caractérisation donne

52x35,soit22x8,soit1x4.

L'ensemble des solutions est [1,4].

b. Une expression par morceaux. Écrivons f(x)=x1+x+2 sans valeur absolue. Les points d'annulation sont 1 et 2.

Pour x<2 : x1<0 et x+2<0, donc f(x)=(1x)+(x2)=2x1.

Pour 2x<1 : x1<0 et x+20, donc f(x)=(1x)+(x+2)=3.

Pour x1 : les deux quantités sont positives, donc f(x)=(x1)+(x+2)=2x+1.

Vérification aux raccords. En x=2 : 2×(2)1=3, ce qui coïncide avec la valeur 3 du deuxième morceau. En x=1 : 3 d'un côté, 2×1+1=3 de l'autre. Les morceaux se recollent, et l'on lit au passage que f admet 3 pour minimum global, atteint en tout point de [2,1].

Remarque

La fonction valeur absolue est définie sur R et continue sur R, mais elle n'est pas dérivable en 0 : sa courbe y présente un point anguleux. Sur R, sa dérivée vaut xx, c'est-à-dire 1 pour x>0 et 1 pour x<0 (section 5).

La partie entière

Définition

Soit x un réel. Il existe un unique entier relatif n tel que nx<n+1. Cet entier s'appelle la partie entière de x et se note x.

Propriété

Encadrement fondamental. Pour tout réel x,

xx<x+1,ou de manieˋre eˊquivalentex1<xx.

De plus :

  • x=n    nx<n+1, pour nZ ;
  • x=x si et seulement si xZ ;
  • pour tout nZ, x+n=x+n ;
  • la fonction partie entière est croissante au sens large sur R, constante sur chaque intervalle [n,n+1[ avec nZ.

Démonstration de la troisième propriété. Soit nZ. L'encadrement xx<x+1 donne, en ajoutant n,

x+nx+n<(x+n)+1.

Comme x+n est un entier relatif, l'unicité dans la définition impose x+n=x+n.

La courbe est en escalier : sur chaque intervalle [n,n+1[, elle est constante égale à n, et elle « saute » d'une unité en chaque entier.

Courbe en escalier de la fonction partie entière, chaque palier fermé à gauche et ouvert à droite

Intervalle contenant x [2,1[ [1,0[ [0,1[ [1,2[ [2,3[
x 2 1 0 1 2

Exemple

3,7=3, 5=5, 0,99=0, et surtout 3,7=4 : la partie entière n'est pas obtenue en supprimant les décimales. Il faut le plus grand entier inférieur ou égal à x, et 3 est strictement supérieur à 3,7.

Attention également : x+y n'est pas x+y en général. Pour x=y=0,5, le membre de gauche vaut 1 et celui de droite 0.

Remarque

La fonction partie entière est le contre-exemple du chapitre. Elle n'est pas continue en un entier n : sa limite à gauche en n vaut n1, sa limite à droite et sa valeur valent n (sous-sections 3.3 et 4.1). Elle est en revanche continue en tout point non entier, et constante donc de dérivée nulle sur chaque ]n,n+1[.

Exemple

Un encadrement utile. Pour tout réel x>0, l'encadrement fondamental donne x1<xx, donc en divisant par x>0,

11x<xx1.

Nous en déduirons en sous-section 3.7, par le théorème d'encadrement, que xx tend vers 1 en +. Autrement dit, la partie entière est « asymptotiquement égale » à son argument, alors même qu'elle en diffère d'une quantité pouvant approcher 1.

La fonction exponentielle

Définition

On admet l'existence d'une unique fonction dérivable sur R, égale à sa propre dérivée et prenant la valeur 1 en 0. On l'appelle fonction exponentielle et on la note exp, ou xex. On pose e=exp(1), dont une valeur approchée est 2,718.

La notion de dérivée intervenant dans cette caractérisation est reprise en section 5 ; on peut à ce stade se contenter de la définition du lycée.

xx
-\infty
++\infty
exe^{x}
00
++\infty

Propriété

Pour tous réels x et y et tout entier relatif n :

  • e0=1 et ex>0 : l'exponentielle ne s'annule jamais ;
  • ex+y=exey, ex=1ex, exy=exey, (ex)n=enx ;
  • exp est strictement croissante sur R, donc exey    xy et ex=ey    x=y ;
  • limxex=0 et limx+ex=+ ;
  • exp réalise une bijection de R sur ]0,+[ ;
  • la dérivée de exp est exp (section 5).

Propriété

Inégalité fondamentale de l'exponentielle, admise ici. Pour tout réel x,

ex1+x,

avec égalité si et seulement si x=0. Autrement dit, la courbe de l'exponentielle est toujours située au-dessus de la droite d'équation y=x+1.

Cette inégalité se démontre en une ligne dès que l'on dispose de la dérivation : il suffit d'étudier les variations de xexx1, dont la dérivée ex1 est négative sur R et positive sur R+ (voir la section 5). Nous l'admettons ici, et nous nous en servons librement.

Exemple

Résolvons l'équation e2x3ex+2=0. Posons X=ex, qui parcourt ]0,+[ lorsque x parcourt R. Comme e2x=(ex)2=X2, l'équation devient

X23X+2=0.

Le discriminant vaut Δ=98=1>0, et les racines sont 312=1 et 3+12=2. Ces deux valeurs sont strictement positives, donc toutes deux acceptables. On revient à x :

ex=1    x=0,ex=2    x=ln2.

L'ensemble des solutions est {0,ln2}. Vérification pour x=ln2 : e2ln2=(eln2)2=4, et 43×2+2=0.

Le logarithme népérien

Définition

La fonction exponentielle réalisant une bijection de R sur ]0,+[, elle admet une fonction réciproque, définie sur ]0,+[ et à valeurs dans R : c'est le logarithme népérien, noté ln. Il est caractérisé par

x>0, yR,(y=lnx    x=ey).

En particulier elnx=x pour tout x>0, et ln(ey)=y pour tout réel y.

xx
00
++\infty
lnx\ln x
-\infty
++\infty

Propriété

Pour tous réels a>0 et b>0 et tout entier relatif n :

  • ln1=0 et lne=1 ;
  • ln(ab)=lna+lnb, ln(1b)=lnb, ln(ab)=lnalnb, ln(an)=nlna ;
  • ln est strictement croissante sur ]0,+[, donc lnalnb    ab et lna=lnb    a=b ;
  • lnx>0    x>1, et lnx<0    0<x<1 ;
  • limx0+lnx= et limx+lnx=+ ;
  • la dérivée de ln sur ]0,+[ est x1x (section 5).

Démonstration de la relation fonctionnelle. Soient a>0 et b>0. Les réels lna et lnb existent, et

elna+lnb=elna×elnb=a×b.

Ainsi lna+lnb est un réel dont l'exponentielle vaut ab ; par définition du logarithme comme réciproque de l'exponentielle, cela signifie exactement ln(ab)=lna+lnb. En appliquant ce résultat à b=1a, on obtient lna+ln(1a)=ln1=0, d'où ln(1a)=lna, puis la formule du quotient. La formule ln(an)=nlna s'en déduit par récurrence sur nN, puis s'étend aux entiers négatifs par la formule de l'inverse.

Propriété

Inégalité fondamentale, admise ici. Pour tout réel x>0,

lnxx1,

avec égalité si et seulement si x=1. En particulier, ln(1+t)t pour tout t>1.

Cette inégalité est la traduction de eu1+u par passage au logarithme : en posant u=lnx, l'inégalité eu1+u s'écrit x1+lnx. Elle se démontre aussi directement par l'étude de xx1lnx (section 5).

Méthode

Résoudre une équation ou une inéquation avec exp ou ln.

  1. Déterminer d'abord l'ensemble de définition : tous les arguments de logarithmes doivent être strictement positifs. Cette étape n'est pas facultative, elle élimine des solutions parasites.
  2. Regrouper les logarithmes en un seul, à l'aide des relations fonctionnelles, ou poser X=ex pour se ramener à une équation algébrique.
  3. Composer par la réciproque : l'équivalence lnu=lnv    u=v n'est valable que si u>0 et v>0. Pour une inéquation, la stricte croissance conserve le sens ; il n'y a jamais de changement de sens avec exp ou ln.
  4. Confronter les solutions trouvées à l'ensemble de définition de l'étape 1, et conclure.

Exemple

a. Une équation logarithmique. Résolvons lnx+ln(x1)=ln6.

Ensemble de définition. Il faut x>0 et x1>0, donc x>1.

Résolution. Pour x>1, l'équation s'écrit ln(x(x1))=ln6, soit, par stricte croissance de ln, x2x=6, c'est-à-dire x2x6=0. Le discriminant vaut Δ=1+24=25, et les racines sont 152=2 et 1+52=3.

Conclusion. Seule 3 vérifie x>1. L'ensemble des solutions est {3}. Vérification : ln3+ln2=ln6.

b. Une inéquation exponentielle. Résolvons 2x>5. Comme 2x=exln2 (sous-section 2.7), l'inéquation équivaut à exln2>5, puis, par stricte croissance de ln, à xln2>ln5. Comme ln2>0, on divise sans changer le sens :

x>ln5ln2.

L'ensemble des solutions est ]ln5ln2,+[. Une valeur approchée du seuil est 2,32, ce qui est cohérent avec 22=4<5<8=23.

Puissances réelles

Définition

Soient x>0 et α un réel. On pose

xα=eαlnx.

Pour α fixé, la fonction xxα est ainsi définie sur ]0,+[, à valeurs strictement positives.

Soient a>0 et x un réel. On pose de même

ax=exlna.

Pour a fixé, la fonction xax est définie sur R tout entier.

Remarque

Ces deux notations coïncident avec celles du lycée : si α=n est un entier naturel, on retrouve bien xn=x××xn facteurs, et x1/2=e12lnx=x, puisque le carré de e12lnx vaut elnx=x.

Le point de vigilance est le domaine. Pour α non entier, xα n'a de sens que pour x>0 : l'écriture (8)1/3 est interdite dans ce cours, même si l'on « sait » que (2)3=8. En revanche xn pour nZ garde son sens usuel sur R ou R.

Propriété

Pour tous réels x>0, y>0 et tous réels α, β :

  • xα+β=xαxβ, xα=1xα, (xα)β=xαβ ;
  • (xy)α=xαyα et (xy)α=xαyα ;
  • ln(xα)=αlnx ;
  • 1α=1 et x0=1 ;
  • la dérivée de xxα sur ]0,+[ est xαxα1, et celle de xax sur R est x(lna)ax (section 5).

Démonstration de la première formule. Par définition et par la relation fonctionnelle de l'exponentielle,

xα+β=e(α+β)lnx=eαlnx+βlnx=eαlnx×eβlnx=xαxβ.

Pour la formule de composition, (xα)β=eβln(xα)=eβαlnx=xαβ, en utilisant ln(xα)=ln(eαlnx)=αlnx.

Propriété

Variations et limites de xxα sur ]0,+[.

  • Si α>0 : strictement croissante, limx0+xα=0 et limx+xα=+.
  • Si α<0 : strictement décroissante, limx0+xα=+ et limx+xα=0.
  • Si α=0 : constante égale à 1.

Démonstration. La fonction xlnx est strictement croissante sur ]0,+[, la fonction tαt est strictement croissante si α>0 et strictement décroissante si α<0, enfin exp est strictement croissante. La règle des signes pour la composée (sous-section 1.3) donne immédiatement le sens de variation. Les limites s'obtiennent par composition à partir de celles de ln et de exp : par exemple, si α>0, alors αlnx quand x0+, donc eαlnx0.

xx
00
++\infty
xα (α>0)x^{\alpha} \ (\alpha > 0)
00
++\infty
xx
00
++\infty
xα (α<0)x^{\alpha} \ (\alpha < 0)
++\infty
00

Exemple

La fonction x2x est strictement croissante sur R, car 2x=exln2 et ln2>0. Ses limites sont 0 en et + en +.

La fonction x(12)x=exln2 est au contraire strictement décroissante, puisque ln12=ln2<0. Ses limites sont + en et 0 en +. C'est le comportement des suites géométriques de raison 12, prolongé aux exposants réels.

Tableau récapitulatif

Fonction Ensemble de définition Dérivée
xxn, nN R nxn1
x1x R 1x2
xx R+, dérivable sur R+ 12x
xx R, dérivable sur R xx
xx R, dérivable sur RZ 0
xex R ex
xlnx R+ 1x
xxα, αR R+ αxα1
xax, a>0 R (lna)ax

Limites

Limite finie en un point

Dans toute cette section, f désigne une fonction et a un réel qui est soit un point de Df, soit une extrémité d'un intervalle contenu dans Df. Cette précision, un peu lourde, sert uniquement à garantir qu'il y a des points de Df aussi près de a que l'on veut : sans elle, la phrase « f(x) est proche de quand x est proche de a » serait vide de sens.

Définition

Soit un réel. On dit que f admet pour limite en a, et l'on écrit limxaf(x)=, lorsque

ε>0, η>0, xDf,xaη    f(x)ε.

Il faut lire cette phrase mot à mot, dans l'ordre, car l'ordre des quantificateurs est tout.

« Pour tout ε>0 » : on se donne une marge de tolérance sur l'image, aussi petite que l'on veut. C'est l'adversaire qui la choisit, et il peut être aussi exigeant qu'il le souhaite.

« il existe η>0 » : à cette exigence, on doit répondre par une marge de manœuvre sur la variable. Ce η dépend en général de ε, et c'est normal : plus la tolérance ε est petite, plus il faudra se rapprocher de a, donc plus η sera petit. En revanche η ne dépend pas de x, puisqu'il est choisi avant lui.

« pour tout xDf » : la conclusion doit valoir pour tous les points du domaine situés assez près de a, sans exception.

« xaη    f(x)ε » : c'est le contrat. Dès que x est à distance au plus η de a, son image est à distance au plus ε de . Avec la caractérisation de la sous-section 2.3, cela s'écrit aussi : dès que x[aη,a+η], on a f(x)[ε,+ε].

Remarque

Deux conventions doivent être signalées.

D'une part, nous employons des inégalités larges (η et ε), comme au chapitre sur les suites. Remplacer l'une ou l'autre par une inégalité stricte donne une définition équivalente : il suffit de remplacer ε par ε2 pour passer de l'une à l'autre.

D'autre part, la valeur x=a n'est pas exclue de l'implication. Par conséquent, si aDf et si f admet une limite en a, alors nécessairement =f(a) : en effet, l'implication appliquée à x=a donne f(a)ε pour tout ε>0, donc f(a)=. Cette remarque, apparemment anodine, signifie que pour un point du domaine, « avoir une limite » et « être continue » sont la même chose (section 4).

Méthode

Démontrer une limite en revenant à la définition. C'est l'exercice de base, et la seule méthode disponible tant que l'on ne dispose pas des théorèmes des sous-sections suivantes.

  1. Se donner ε>0 quelconque : la rédaction commence par « Soit ε>0 ».
  2. Majorer f(x) par une expression simple de xa, valable pour x assez proche de a ; on s'autorise pour cela à supposer d'emblée xa1, par exemple.
  3. Résoudre l'inéquation « expression simple ε » et en déduire une valeur explicite de η.
  4. Rédiger dans le bon ordre : « Posons η= Soit xDf tel que xaη. Alors f(x)ε. »
  5. Conclure : « donc f(x) quand xa ».

Exemple

Montrons que limx3(2x1)=5.

Soit ε>0. Pour tout réel x,

(2x1)5=2x6=2x3.

Posons η=ε2>0. Soit xR tel que x3η. Alors

(2x1)5=2x32η=ε.

La définition est vérifiée, donc 2x15 quand x3.

Exemple

Montrons que limx2x2=4.

Soit ε>0. Pour tout réel x, on a x24=x2x+2. Le second facteur n'est pas constant : il faut le majorer. Supposons pour cela x21, c'est-à-dire 1x3 ; alors 3x+25, donc x+25 et

x245x2.

Posons η=min(1,ε5)>0. Soit x tel que x2η. Comme η1, la majoration ci-dessus s'applique, et comme ηε5,

x245x25ηε.

Donc x24 quand x2. Le procédé consistant à prendre le minimum entre une contrainte de travail et la contrainte issue de ε est absolument standard.

Les autres cas de limite

Les huit autres définitions se déduisent de la précédente en remplaçant « être à distance au plus ε de » par « dépasser A », et « être à distance au plus η de a » par « dépasser B ». Il n'y a rien de plus à comprendre, mais tout à savoir écrire.

Limite infinie en un point a.

Énoncé Traduction quantifiée
limxaf(x)=+ A>0, η>0, xDf, xaη    f(x)A
limxaf(x)= A>0, η>0, xDf, xaη    f(x)A

Limite en +.

Énoncé Traduction quantifiée
limx+f(x)= ε>0, BR, xDf, xB    f(x)ε
limx+f(x)=+ A>0, BR, xDf, xB    f(x)A
limx+f(x)= A>0, BR, xDf, xB    f(x)A

Limite en .

Énoncé Traduction quantifiée
limxf(x)= ε>0, BR, xDf, xB    f(x)ε
limxf(x)=+ A>0, BR, xDf, xB    f(x)A
limxf(x)= A>0, BR, xDf, xB    f(x)A

Définition

Une fonction qui admet une limite finie en a est dite convergente en a. Dans tous les autres cas, y compris celui d'une limite infinie, on dit qu'elle diverge en a.

Exemple

Montrons que limx0+1x=+, en revenant à la définition (adaptée à une limite à droite, voir la sous-section suivante).

Soit A>0. Posons η=1A>0. Soit x tel que 0<xη. Par décroissance de la fonction inverse sur ]0,+[,

1x1η=A.

La définition est vérifiée. On notera que la traduction « 1x dépasse A » a été obtenue en résolvant l'inéquation 1xA, qui donne x1A pour x>0 : c'est toujours ainsi qu'on trouve le η.

Limite à droite, limite à gauche

Définition

Soit a un réel. On dit que f admet pour limite à droite en a, et l'on note limxa+f(x)=, lorsque la restriction de f à Df]a,+[ admet pour limite en a, c'est-à-dire lorsque

ε>0, η>0, xDf,a<xa+η    f(x)ε.

On définit de même la limite à gauche, notée limxaf(x), en remplaçant la condition par aηx<a. Ces définitions s'adaptent au cas d'une limite infinie.

Propriété

Limite et limites latérales. Soit a un réel tel que f soit définie à gauche et à droite de a.

  1. Si aDf, alors f admet pour limite en a si et seulement si f admet pour limite à droite en a et pour limite à gauche en a.
  2. Si aDf, alors f admet pour limite en a si et seulement si
limxaf(x)=limxa+f(x)=etf(a)=.

Démonstration. Le sens direct est clair dans les deux cas : si l'implication de la définition vaut pour tous les x à distance au plus η de a, elle vaut en particulier pour ceux qui sont strictement à droite, pour ceux qui sont strictement à gauche, et pour x=a lui-même lorsque aDf, ce qui impose alors f(a)= comme on l'a vu en 3.1.

Réciproquement, plaçons-nous dans le cas 2 et soit ε>0. La limite à droite fournit η1>0 tel que a<xa+η1    f(x)ε, et la limite à gauche fournit η2>0 tel que aη2x<a    f(x)ε. Posons η=min(η1,η2)>0 et soit xDf avec xaη. Trois cas : si x>a, la première implication s'applique ; si x<a, c'est la seconde ; et si x=a, l'hypothèse f(a)= donne f(a)=0ε. Dans tous les cas f(x)ε. Le cas 1 se traite de même en supprimant le troisième cas.

Exemple

a. Pour f(x)=1x, on a limx0+f(x)=+ et limx0f(x)=. Les deux limites latérales existent mais diffèrent : f n'a pas de limite en 0.

b. Pour la partie entière et a=2 : sur ]1,2[, on a x=1, donc limx2x=1. Sur [2,3[, on a x=2, donc limx2+x=2, et 2=2. Les deux limites latérales existent, valent 1 et 2, donc diffèrent : la partie entière n'a pas de limite en 2.

c. Pour g(x)=xx, définie sur R : g(x)=1 si x>0 et g(x)=1 si x<0. Ainsi limx0+g(x)=1 et limx0g(x)=1 : pas de limite en 0.

Unicité de la limite

Propriété

Unicité de la limite. Si f admet une limite en a, alors cette limite est unique. On peut donc légitimement écrire limxaf(x)= et parler de la limite de f en a.

Démonstration. Nous traitons le cas de deux limites finies en un réel a, les autres cas étant analogues. Raisonnons par l'absurde : supposons que f admette deux limites et en a, avec .

Le réel est alors strictement positif. Posons

ε=3>0.

La définition de la limite appliquée à ce ε fournit η1>0 tel que, pour tout xDf,

xaη1    f(x)ε.

La définition de la limite appliquée au même ε fournit η2>0 tel que, pour tout xDf,

xaη2    f(x)ε.

Posons η=min(η1,η2), qui est strictement positif. Puisque a appartient à Df ou en est une extrémité, il existe au moins un réel x0Df tel que x0aη : c'est ici que sert l'hypothèse faite sur a au début de la section. Les deux implications s'appliquent à ce x0, et l'inégalité triangulaire donne

=(f(x0))+(f(x0))f(x0)+f(x0)ε+ε=23.

En soustrayant 23 aux deux membres, il vient 130, donc 0, donc =0, c'est-à-dire =. C'est contradictoire avec l'hypothèse .

L'hypothèse de départ est donc absurde : la limite est unique.

Remarque

Le choix de ε=3 n'a rien de magique : n'importe quel diviseur strictement supérieur à 2 convient, puisqu'il suffit d'aboutir à une inégalité k avec k<1. Avec des inégalités strictes dans la définition, ε=2 suffirait.

Opérations sur les limites

Dans les tableaux qui suivent, et désignent des réels, et « FI » signale une forme indéterminée, c'est-à-dire un cas où aucune conclusion générale n'est possible : il faut alors transformer l'expression. Les résultats valent en un point a comme en ±.

Limite d'une somme f+g.

limf \ limg +
+ +
+ + + FI
FI

Limite d'un produit fg.

limf \ limg 0 0 ±
0 0 ±
0 0 0 FI
± ± FI ±

Dans ce tableau, les signes des limites infinies obéissent à la règle des signes du produit de deux réels.

Limite d'un quotient fg.

limf \ limg 0 0+ ou 0 ±
0 ± 0
0 0 FI 0
± ± ± FI

La notation 0+ signifie que g tend vers 0 en restant strictement positive au voisinage du point considéré, et 0 en restant strictement négative. Cette précision est indispensable : sans elle, on ne peut pas déterminer le signe de l'infini obtenu, et le quotient peut même n'avoir aucune limite.

Propriété

Les quatre formes indéterminées. Les quatre cas d'échec des tableaux précédents sont

  (somme),0×  (produit),00  (quotient),  (quotient).

Aucune de ces écritures n'est un calcul : chacune impose de transformer l'expression avant de pouvoir conclure.

Remarque

Les formes 1, 00 et 0, parfois mentionnées, ne sont pas nouvelles : elles se ramènent aux précédentes en écrivant, pour u>0,

uv=evlnu,

ce qui transforme l'exposant en un produit vlnu de la forme 0×.

Méthode

Lever une forme indéterminée. Quatre techniques couvrent la quasi-totalité des cas de ce chapitre.

  1. Factoriser par le terme dominant, au numérateur et au dénominateur, puis simplifier. C'est la technique pour les fonctions rationnelles en ±.
  2. Factoriser puis simplifier la racine gênante : en un point a où numérateur et dénominateur s'annulent tous les deux, ils sont tous deux divisibles par (xa).
  3. Multiplier par la quantité conjuguée dès qu'une différence de racines carrées apparaît.
  4. Invoquer les croissances comparées (sous-section 3.10) dès que se rencontrent une exponentielle, une puissance et un logarithme.

Exemple

a. Forme 00 par factorisation. Calculons limx2x24x23x+2. Le numérateur et le dénominateur s'annulent en 2. On factorise :

x24x23x+2=(x2)(x+2)(x2)(x1)=x+2x1pour x2.

Le quotient obtenu n'est plus indéterminé et tend vers 41=4 quand x2. Donc la limite cherchée vaut 4.

b. Forme 00 par la conjuguée. Calculons limx01+x1x. Pour x0 et x>1,

1+x1x=(1+x)1x(1+x+1)=xx(1+x+1)=11+x+1.

Cette dernière expression tend vers 11+1=12 quand x0.

c. Un quotient avec signe à déterminer. Calculons limx1+x+2x1. Le numérateur tend vers 3>0, le dénominateur vers 0 en restant strictement positif puisque x>1. Le tableau donne donc +. À gauche, x10, et la limite vaut .

Composition des limites

Propriété

Limite d'une composée. Soient f et g deux fonctions telles que gf soit définie au voisinage de a. Soient a, b et éléments de R ou égaux à + ou . Si

limxaf(x)=betlimybg(y)=,

alors

limxag(f(x))=.

Méthode

Rédiger un changement de variable dans une limite. La rédaction attendue tient en trois lignes.

  1. Poser explicitement la variable intermédiaire : « posons y=f(x) ».
  2. Établir sa limite : « quand xa, on a yb ».
  3. Conclure par le théorème de composition : « or g(y) quand yb, donc par composition g(f(x)) quand xa ».

Exemple

a. Calculons limx+ln(2x+1x+3). Posons y=2x+1x+3. Quand x+, cette fonction rationnelle a la même limite que 2xx=2, donc y2. Or lnyln2 quand y2. Par composition, la limite cherchée vaut ln2.

b. Calculons limx0+e1/x. Posons y=1x. Quand x0+, on a 1x+, donc y. Or ey0 quand y. Par composition, la limite vaut 0.

c. Calculons limx+x2+12x23. Posons y=x2+12x23, qui tend vers 12. Or y12=12 quand y12. La limite vaut donc 12, que l'on écrit aussi 22.

Théorèmes de comparaison et théorème d'encadrement

On dira qu'une propriété est vraie au voisinage de a lorsqu'elle est vraie pour tous les x de Df situés à distance assez petite de a ; en +, cela signifie « pour tout x assez grand ». C'est une commodité de langage qui évite de répéter les quantificateurs.

Propriété

Théorème d'encadrement (dit « des gendarmes »). Soient f, g, h trois fonctions et un réel. Si

  1. g(x)f(x)h(x) au voisinage de a,
  2. limxag(x)=limxah(x)=,

alors f admet une limite en a et limxaf(x)=.

Démonstration. Soit ε>0. Par hypothèse 2 appliquée à g, il existe η1>0 tel que, pour tout xDf vérifiant xaη1, on ait g(x)ε, et en particulier

εg(x).

De même, il existe η2>0 tel que xaη2 entraîne h(x)ε, et en particulier

h(x)+ε.

Enfin, l'hypothèse 1 fournit η3>0 tel que l'encadrement g(x)f(x)h(x) soit valable dès que xaη3.

Posons η=min(η1,η2,η3), qui est strictement positif comme minimum de trois réels strictement positifs. Soit xDf tel que xaη. Les trois conclusions précédentes s'appliquent simultanément, et en les enchaînant :

εg(x)f(x)h(x)+ε.

Ainsi εf(x)+ε, c'est-à-dire f(x)ε d'après la caractérisation de la sous-section 2.3.

Nous avons donc montré que pour tout ε>0 il existe η>0 tel que xaη    f(x)ε : c'est exactement la définition de limxaf(x)=.

Propriété

Corollaire, très utilisé. S'il existe une fonction φ telle que

f(x)φ(x)  au voisinage de aetlimxaφ(x)=0,

alors limxaf(x)=.

Démonstration. L'hypothèse s'écrit φ(x)f(x)φ(x), soit φ(x)f(x)+φ(x). Les deux fonctions encadrantes tendent vers 0= et +0= : le théorème d'encadrement conclut.

Propriété

Théorèmes de comparaison. Soient f et g deux fonctions telles que f(x)g(x) au voisinage de a.

  1. Si limxaf(x)=+, alors limxag(x)=+.
  2. Si limxag(x)=, alors limxaf(x)=.
  3. Passage à la limite dans une inégalité. Si f et g admettent des limites finies et en a, alors .

Remarque

Le point 3 mérite une mise en garde : les inégalités strictes ne se conservent pas par passage à la limite. On a bien 1x>0 pour tout x>0, et pourtant limx+1x=0, qui n'est pas strictement positif. La conclusion d'un passage à la limite est toujours une inégalité large.

Exemple

a. Montrons que limx+xx=1. Pour x>0, l'encadrement fondamental de la partie entière donne x1<xx, donc en divisant par x>0,

11x<xx1.

Les deux membres extrêmes tendent vers 1 quand x+. Par le théorème d'encadrement, le quotient tend vers 1.

b. Montrons que limx+(x+lnx)=+ sans croissances comparées. Pour x1, on a lnx0, donc x+lnxx. Comme x+, le théorème de comparaison donne le résultat.

c. Un usage du corollaire. Soit f(x)=xx2 pour x>0. Comme 0xx pour x>0, on a

f(x)0=xx2xx2=1x,

qui tend vers 0 en +. Donc f(x)0.

Théorème de la limite monotone

Propriété

Théorème de la limite monotone (admis). Soient a et b deux éléments de R{,+} avec a<b, et f une fonction croissante sur ]a,b[.

  1. Si f est majorée sur ]a,b[, alors f admet une limite finie en b, et
limxbf(x)=supx]a,b[f(x).
  1. Si f n'est pas majorée sur ]a,b[, alors limxbf(x)=+.

Symétriquement, en a+, la limite vaut inf]a,b[f si f est minorée, et sinon.

Remarque

Ce théorème est le pendant exact, pour les fonctions, du théorème de la limite monotone démontré pour les suites. Sa portée est considérable : une fonction monotone admet toujours une limite en chacune des bornes de son intervalle, finie ou infinie. Il n'y a jamais de cas « pas de limite » pour une fonction monotone, contrairement à la partie fractionnaire ou à xxx.

Pour une fonction décroissante sur ]a,b[, on applique le théorème à f, qui est croissante : la limite en b vaut alors inf]a,b[f si f est minorée, et sinon.

Exemple

Soit f(x)=xx+1 sur [0,+[. On a vu en 1.3 que f est strictement croissante. De plus, pour x0,

f(x)=11x+1<1,

donc f est majorée par 1. Le théorème de la limite monotone garantit l'existence d'une limite finie en +, égale à sup[0,+[f. Comme 1x+10, cette limite vaut 1, et l'on a bien supf=1 sans que ce supremum soit atteint : f n'a pas de maximum.

Caractérisation séquentielle de la limite

Propriété

Caractérisation séquentielle de la limite. Soit un élément de R{,+}. On a limxaf(x)= si et seulement si, pour toute suite (un) d'éléments de Df convergeant vers a, la suite (f(un)) tend vers .

Démonstration du sens direct. Supposons limxaf(x)= fini, et soit (un) une suite d'éléments de Df convergeant vers a. Soit ε>0. La définition de la limite de f fournit η>0 tel que, pour tout xDf, xaη    f(x)ε. Appliquons maintenant la définition de la limite de la suite (un) avec ce η dans le rôle du seuil : il existe un rang n0 tel que, pour tout nn0, unaη. Pour un tel n, l'implication donne f(un)ε. Ainsi f(un). La réciproque est admise.

Méthode

Montrer qu'une fonction n'admet PAS de limite en a. C'est l'usage principal de la caractérisation séquentielle, et il repose sur la contraposée.

  1. Construire deux suites (un) et (vn) d'éléments de Df, toutes deux convergeant vers a.
  2. Calculer f(un) et f(vn), et montrer que ces deux suites ont des limites différentes.
  3. Conclure : si f avait une limite en a, les deux suites images tendraient toutes deux vers , ce qui contredirait l'unicité de la limite d'une suite. Donc f n'a pas de limite en a.

Exemple

a. La partie entière en 2. Posons, pour n1, un=21n et vn=2+1n. Ces deux suites tendent vers 2. Pour n2, on a 1<un<2, donc un=1 ; et 2<vn<3, donc vn=2. Ainsi un1 et vn2. Ces limites diffèrent, donc la partie entière n'a pas de limite en 2.

b. Une fonction bornée sans limite. Soit g(x)=1x1x pour x>0. Posons un=1n et vn=1n+12=22n+1 pour n1 : ces deux suites sont strictement positives et tendent vers 0.

Pour la première, 1un=n est entier, donc 1un=n et g(un)=nn=0 : la suite (g(un)) tend vers 0.

Pour la seconde, 1vn=n+12, dont la partie entière vaut n puisque nn+12<n+1. Donc g(vn)=n+12n=12 : la suite (g(vn)) tend vers 12.

Les deux limites diffèrent, donc g n'a pas de limite en 0+, bien qu'elle soit bornée : elle prend toutes les valeurs de [0,1[ dans tout voisinage de 0.

Remarque

La caractérisation séquentielle sert aussi dans l'autre sens, et c'est ainsi qu'on l'a rencontrée au chapitre sur les suites : elle autorise le passage à la limite dans une relation de récurrence. Si un+1=f(un), si un et si f est continue en , alors f(un)f(), donc =f() par unicité de la limite. C'est l'argument qui identifie la limite d'une suite récurrente comme un point fixe de f.

Croissances comparées

Propriété

Croissances comparées (admises). Soit α un réel strictement positif.

  • limx+lnxxα=0 ;
  • limx0+xαlnx=0 ;
  • limx+exxα=+ ;
  • limxxnex=0 pour tout nN.

La phrase à retenir résume les trois premières : l'exponentielle l'emporte sur toute puissance, qui l'emporte sur le logarithme. Peu importe la taille de l'exposant α : même lnxx0,001 tend vers 0, et même exx1000 tend vers +.

Remarque

La dernière limite est énoncée avec un exposant entier parce que xα n'est défini que pour x>0 lorsque α n'est pas entier (sous-section 2.7) : l'écriture « xαex en » n'aurait aucun sens pour α=12. La version générale correcte est

limxxαex=0pour tout α>0,

que l'on obtient en posant y=x, ce qui ramène à limy+yαey=0.

Propriété

Deux limites de taux d'accroissement (admises ici).

limx0ex1x=1etlimx0ln(1+x)x=1.

Ces deux limites ne sont pas des croissances comparées : ce sont les taux d'accroissement en 0 des fonctions xex et xln(1+x), dont la limite est par définition le nombre dérivé en 0, qui vaut e0=1 dans le premier cas et 11+0=1 dans le second. Elles seront donc immédiates une fois la section 5 acquise ; on les admet ici pour pouvoir s'en servir dès maintenant.

Méthode

Utiliser les croissances comparées. Le réflexe est toujours le même : factoriser par le terme le plus fort de l'échelle (l'exponentielle si elle est présente, sinon la plus grande puissance), puis reconnaître, parmi les facteurs restants, des quotients qui tendent vers 0 d'après les limites ci-dessus. Une fois la factorisation faite, il ne reste aucune forme indéterminée.

Exemple

a. limx+(lnx)2x=0. En effet, pour x>0,

(lnx)2x=(lnxx)2=(lnxx1/2)2,

et la parenthèse tend vers 0 d'après la première croissance comparée avec α=12. Le carré tend donc vers 0.

b. limx+(xlnx)=+. Pour x>0, on factorise x :

xlnx=x(1lnxx).

Le premier facteur tend vers +, le second vers 10=1>0, donc le produit tend vers +.

c. limx+exx3ex+x2=1. On factorise ex au numérateur et au dénominateur :

exx3ex+x2=ex(1x3ex)ex(1+x2ex)=1x3ex1+x2exx+101+0=1,

puisque x3ex et x2ex tendent vers 0 comme inverses de quantités tendant vers +.

d. limx0+x2lnx=0 : c'est la deuxième croissance comparée avec α=2. On retiendra que « xα l'emporte sur lnx » aussi bien en 0+ qu'en +.

Asymptotes

Définition

Soit Cf la courbe représentative de f.

  • Asymptote verticale. Si limxa+f(x) ou limxaf(x) vaut + ou , la droite d'équation x=a est asymptote verticale à Cf.
  • Asymptote horizontale. Si limx+f(x)= avec réel, la droite d'équation y= est asymptote horizontale à Cf en +. Même définition en .
  • Asymptote oblique. S'il existe deux réels a et b, avec a0, tels que
limx+[f(x)(ax+b)]=0,

la droite d'équation y=ax+b est asymptote oblique à Cf en +. Même définition en .

Méthode

Rechercher une asymptote oblique en +. On procède en trois temps, puis on conclut sur la position.

  1. Coefficient directeur. Calculer limx+f(x)x. Si cette limite est un réel a non nul, poursuivre ; si elle vaut 0 ou ±, il n'y a pas d'asymptote oblique.
  2. Ordonnée à l'origine. Calculer limx+[f(x)ax]. Si cette limite est un réel b, la droite y=ax+b est asymptote.
  3. Position relative. Étudier le signe de f(x)(ax+b) : la courbe est au-dessus de l'asymptote là où cette différence est positive, au-dessous là où elle est négative.

Pour une fonction rationnelle, ces trois étapes se remplacent avantageusement par la division euclidienne du numérateur par le dénominateur, qui donne directement la forme f(x)=ax+b+r(x)q(x).

Exemple

Étude des asymptotes de f(x)=2x2x+3x1, définie sur R{1}.

Division euclidienne. On écrit 2x2x+3=(x1)(2x+1)+4. En effet (x1)(2x+1)=2x2+x2x1=2x2x1, et il reste bien 3(1)=4. Donc, pour x1,

f(x)=2x+1+4x1.

Asymptote verticale. Quand x1+, on a 4x1+ et 2x+13, donc f(x)+. De même f(x) quand x1. La droite x=1 est asymptote verticale.

Asymptote oblique. Comme 4x10 en + comme en , on a f(x)(2x+1)0 : la droite D d'équation y=2x+1 est asymptote oblique en + et en .

Position relative. La différence f(x)(2x+1)=4x1 est du signe de x1. La courbe est donc au-dessus de D sur ]1,+[ et au-dessous sur ],1[.

Contrôle par la méthode générale. On a f(x)x=2x2x+3x2x2, puis

f(x)2x=2x2x+32x(x1)x1=x+3x1x+1.

On retrouve a=2 et b=1.

Exemple

Une asymptote oblique avec une racine. Soit g(x)=x2+x, définie pour x2+x0, c'est-à-dire sur ],1][0,+[. En +, on a x>0 et

g(x)x=x2+xx=1+1xx+1,

donc a=1. Ensuite, par la quantité conjuguée,

g(x)x=x2+xx2x2+x+x=xx(1+1x+1)=11+1x+1x+12.

La droite d'équation y=x+12 est donc asymptote oblique à la courbe de g en +.

Continuité

Continuité en un point

Définition

Soit f une fonction définie sur un intervalle I et aI. On dit que f est continue en a lorsque f admet une limite en a, c'est-à-dire, d'après la remarque de la sous-section 3.1, lorsque

limxaf(x)=f(a).

De façon quantifiée :

ε>0, η>0, xI,xaη    f(x)f(a)ε.

Définition

Avec les mêmes notations, on dit que f est continue à droite en a lorsque limxa+f(x)=f(a), et continue à gauche en a lorsque limxaf(x)=f(a).

Propriété

Soit a un point intérieur à I. La fonction f est continue en a si et seulement si elle est continue à droite et à gauche en a.

C'est la traduction immédiate du théorème sur les limites latérales (sous-section 3.3), point 2.

Propriété

Caractérisation séquentielle de la continuité. Soit f définie sur I et aI. La fonction f est continue en a si et seulement si, pour toute suite (un) d'éléments de I convergeant vers a, la suite (f(un)) converge vers f(a).

C'est la caractérisation séquentielle de la limite (sous-section 3.9) appliquée à =f(a). On en retient la formule : une fonction continue échange la limite et l'image,

f(limn+un)=limn+f(un).

Exemple

a. La fonction partie entière est continue à droite en tout entier n, puisque limxn+x=n=n, mais elle n'est pas continue à gauche, puisque limxnx=n1n. Elle n'est donc pas continue en n, et elle est continue en tout point non entier.

b. La fonction f définie par f(x)=xx pour x0 et f(0)=0 n'est continue ni à droite ni à gauche en 0 : les limites latérales valent 1 et 1, aucune des deux n'est égale à f(0)=0.

Prolongement par continuité

Définition

Soit f définie sur I{a}, où aI, et supposons que f admette une limite finie en a. La fonction f~ définie sur I par

f~(x)={f(x)si xa,si x=a,

est continue en a. On l'appelle le prolongement par continuité de f en a.

Méthode

Prolonger une fonction par continuité.

  1. Vérifier que a n'appartient pas à Df mais qu'il en est une borne, et que f est définie de part et d'autre (ou du côté utile).
  2. Calculer limxaf(x) et vérifier qu'elle est finie : si elle est infinie ou n'existe pas, aucun prolongement continu n'est possible.
  3. Poser f~(a)= et rédiger la conclusion : « f se prolonge par continuité en a en posant f~(a)= ».
  4. En pratique, on note souvent encore f la fonction prolongée, en le précisant.

Exemple

a. Le cas de référence : xlnx en 0. La fonction f:xxlnx est définie sur ]0,+[, mais pas en 0. Or, d'après les croissances comparées (sous-section 3.10, deuxième limite avec α=1),

limx0+xlnx=0.

Cette limite étant finie, f se prolonge par continuité en 0 en posant f(0)=0. Le prolongement est défini sur [0,+[ et continu en 0. C'est ce prolongement que l'on utilise implicitement chaque fois qu'on étudie xlnx « sur [0,+[ ».

b. La fonction g:xex1x est définie sur R. Comme limx0ex1x=1 (sous-section 3.10), elle se prolonge par continuité en 0 en posant g(0)=1.

c. Un cas où c'est impossible. La fonction h:x1x n'admet pas de limite finie en 0 : elle ne se prolonge pas par continuité en 0, quelle que soit la valeur qu'on lui attribue en ce point.

Continuité sur un intervalle

Définition

Soit f définie sur un intervalle I. On dit que f est continue sur I lorsqu'elle est continue en tout point de I. Aux extrémités de I qui appartiennent à I, la continuité s'entend au sens de la continuité à droite ou à gauche, selon le côté.

Propriété

Opérations. Soient f et g deux fonctions continues sur un intervalle I, et λ un réel. Alors :

  • f+g, λf, fg et f sont continues sur I ;
  • si g ne s'annule pas sur I, alors fg est continue sur I ;
  • max(f,g) et min(f,g) sont continues sur I.

Propriété

Composition. Soient I et J deux intervalles, f:IR continue sur I avec f(I)J, et g:JR continue sur J. Alors gf est continue sur I.

Propriété

Les fonctions usuelles sont continues sur leur ensemble de définition : fonctions polynomiales, fonctions rationnelles, racine carrée, valeur absolue, exponentielle, logarithme, puissances xxα et xax.

La seule exception rencontrée dans ce cours est la partie entière, continue seulement sur RZ.

Méthode

Justifier la continuité d'une fonction. La rédaction attendue est brève, mais elle doit citer les théorèmes. On écrit par exemple : « La fonction xx2+1 est polynomiale donc continue sur R, à valeurs dans [1,+[]0,+[ ; la fonction ln est continue sur ]0,+[ ; par composition, xln(x2+1) est continue sur R. »

Trois réflexes : nommer la nature de chaque morceau, vérifier que l'image tombe bien dans le domaine de la fonction extérieure, et citer l'opération invoquée (somme, produit, quotient, composée).

Exemple

La fonction f:xxex+1 est continue sur [0,+[. En effet, la fonction racine carrée est continue sur [0,+[, la fonction exponentielle est continue sur R, donc xex+1 est continue comme somme, et elle ne s'annule jamais puisque ex+11>0. Le quotient de deux fonctions continues dont le dénominateur ne s'annule pas est continu.

Le théorème des valeurs intermédiaires

Propriété

Théorème des valeurs intermédiaires. Soit f une fonction continue sur un segment [a,b], avec a<b. Alors, pour tout réel y compris entre f(a) et f(b), il existe au moins un réel c[a,b] tel que

f(c)=y.

Une fonction continue sur un segment prend toutes les valeurs comprises entre f(a) et f(b), avec parfois plusieurs antécédents

La figure rappelle les deux points sur lesquels l'énoncé est avare : le théorème affirme l'existence d'au moins un antécédent, pas son unicité, et il ne dit rien de la façon de le calculer.

Démonstration. Quitte à remplacer f par f et y par y, ce qui ne change ni la continuité ni la conclusion, on peut supposer f(a)yf(b).

Construction de deux suites par dichotomie. On construit par récurrence deux suites (an) et (bn) vérifiant, pour tout nN, la propriété

P(n):aanbnb,f(an)yf(bn),bnan=ba2n.

On pose a0=a et b0=b : la propriété P(0) est vérifiée par hypothèse. Supposons an et bn construits et P(n) vraie. Posons m=an+bn2, milieu du segment [an,bn], et distinguons deux cas :

  • si f(m)y, on pose an+1=m et bn+1=bn ;
  • si f(m)>y, on pose an+1=an et bn+1=m.

Dans les deux cas, [an+1,bn+1] est l'une des deux moitiés de [an,bn], donc il est inclus dans [a,b] et sa longueur vaut bnan2=ba2n+1. De plus, on a bien f(an+1)yf(bn+1) : dans le premier cas parce que f(an+1)=f(m)y et f(bn+1)=f(bn)y ; dans le second parce que f(an+1)=f(an)y et f(bn+1)=f(m)>y. Ainsi P(n+1) est vraie, et la construction se poursuit.

Les deux suites sont adjacentes. Par construction, an+1 vaut an ou man : la suite (an) est croissante. De même, bn+1 vaut bn ou mbn : la suite (bn) est décroissante. Enfin

bnan=ba2nn+0,

puisque 12n est une suite géométrique de raison 12]1,1[. Les suites (an) et (bn) sont donc adjacentes : d'après le théorème correspondant du chapitre sur les suites, elles convergent vers une même limite, que l'on note c.

Le réel c appartient à [a,b]. Pour tout n, on a aanb. Par passage à la limite dans ces inégalités larges, acb.

Passage à la limite par continuité. La fonction f est continue en c, et les suites (an) et (bn) sont à valeurs dans [a,b] et convergent vers c. La caractérisation séquentielle de la continuité (sous-section 4.1) donne donc

f(an)n+f(c)etf(bn)n+f(c).

Or, pour tout n, on a f(an)y. En passant à la limite dans cette inégalité, on obtient f(c)y. De même, l'inégalité yf(bn) donne à la limite yf(c).

Les deux inégalités f(c)y et yf(c) entraînent f(c)=y par antisymétrie. Le réel c convient.

Remarque

Cette démonstration n'est pas seulement une preuve d'existence : elle fournit un algorithme. À chaque étape, on coupe l'intervalle en deux et l'on garde la moitié qui contient une solution ; après n étapes, on connaît c à ba2n près. Dix étapes divisent l'incertitude par 1024 : c'est la méthode utilisée par les calculatrices pour résoudre numériquement une équation.

Deux hypothèses sont indispensables. Sans la continuité, le théorème tombe : la fonction partie entière sur [0,2] vérifie 0=0 et 2=2, mais ne prend jamais la valeur 12. Sans l'hypothèse d'intervalle, il tombe également.

Corollaires du théorème des valeurs intermédiaires

Propriété

Corollaire du changement de signe. Soit f continue sur [a,b] telle que f(a)f(b)<0, c'est-à-dire telle que f(a) et f(b) soient de signes stricts contraires. Alors il existe c]a,b[ tel que f(c)=0.

Démonstration. L'hypothèse f(a)f(b)<0 signifie que 0 est strictement compris entre f(a) et f(b). Le théorème des valeurs intermédiaires fournit c[a,b] tel que f(c)=0. Comme f(a)0 et f(b)0, ce c est distinct de a et de b : il appartient à ]a,b[.

Propriété

Image d'un intervalle. L'image d'un intervalle par une fonction continue est un intervalle : si f est continue sur un intervalle I, alors f(I) est un intervalle.

Démonstration. Utilisons la caractérisation des intervalles vue au chapitre précédent : une partie A de R est un intervalle si et seulement si, dès qu'elle contient deux réels, elle contient tous les réels compris entre eux.

Soient donc y1 et y2 deux éléments de f(I), et y un réel tel que y1yy2. Par définition de l'image, il existe x1 et x2 dans I tels que y1=f(x1) et y2=f(x2). Le segment d'extrémités x1 et x2 est inclus dans I, puisque I est un intervalle, et f y est continue. Le réel y étant compris entre f(x1) et f(x2), le théorème des valeurs intermédiaires appliqué sur ce segment fournit un réel c, situé entre x1 et x2 donc dans I, tel que f(c)=y. Ainsi yf(I).

La partie f(I) vérifie donc la caractérisation : c'est un intervalle.

Propriété

Théorème des valeurs intermédiaires, version stricte monotonie. Soit f continue et strictement monotone sur [a,b]. Alors, pour tout réel y compris entre f(a) et f(b), l'équation f(x)=y admet une unique solution dans [a,b].

Démonstration. L'existence est donnée par le théorème des valeurs intermédiaires. L'unicité vient de la stricte monotonie : celle-ci entraîne l'injectivité de f (sous-section 1.3), donc deux solutions distinctes auraient des images distinctes, ce qui est impossible puisque ces images valent toutes deux y.

Méthode

Montrer qu'une équation admet une unique solution, et l'encadrer.

  1. Se ramener à f(x)=0 en passant tout dans le même membre, et nommer la fonction f.
  2. Justifier la continuité de f sur l'intervalle de travail, en citant les théorèmes d'opérations.
  3. Justifier la stricte monotonie, par composition ou par somme (ou par la dérivée, une fois la section 5 acquise).
  4. Calculer les valeurs aux bornes et vérifier qu'elles encadrent 0, ou plus généralement que 0 appartient à l'image de l'intervalle.
  5. Conclure en citant le théorème : « d'après le théorème des valeurs intermédiaires appliqué à une fonction continue et strictement croissante, l'équation admet une unique solution α dans… ».
  6. Encadrer α en calculant f en quelques valeurs bien choisies, et en utilisant la monotonie pour conclure.

Exemple

Montrons que l'équation x3+x1=0 admet une unique solution réelle, et encadrons-la.

Posons f(x)=x3+x1 pour xR.

Continuité. f est une fonction polynomiale, donc continue sur R.

Stricte monotonie. Les fonctions xx3 et xx sont strictement croissantes sur R, et x1 est constante : f est strictement croissante sur R comme somme.

Valeurs aux bornes. f(0)=1<0 et f(1)=1+11=1>0.

Conclusion. f est continue et strictement croissante sur [0,1], et 0 est compris entre f(0)=1 et f(1)=1. L'équation f(x)=0 admet donc une unique solution α dans [0,1], et même dans ]0,1[ puisque f(0) et f(1) sont non nuls. De plus, f étant strictement croissante sur R tout entier, elle est injective : il ne peut y avoir d'autre solution ailleurs. L'unicité vaut donc sur R.

Encadrement. On calcule

f(0,6)=0,216+0,61=0,184<0,f(0,7)=0,343+0,71=0,043>0.

Par stricte croissance, α]0,6;0,7[. Une étape de dichotomie supplémentaire donnerait f(0,65)=0,274625+0,651=0,075375<0, donc α]0,65;0,7[.

Le théorème des bornes atteintes

Propriété

Théorème des bornes atteintes (admis). Soit f une fonction continue sur un segment [a,b], avec ab. Alors :

  1. f est bornée sur [a,b] ;
  2. f atteint ses bornes : il existe x1 et x2 dans [a,b] tels que
f(x1)=min[a,b]f=metf(x2)=max[a,b]f=M.

Propriété

Image d'un segment. Si f est continue sur le segment [a,b], alors

f([a,b])=[m,M],

m et M sont respectivement le minimum et le maximum de f sur [a,b]. L'image d'un segment par une fonction continue est un segment.

Démonstration. D'après le théorème des bornes atteintes, m et M existent et appartiennent à f([a,b]). Par définition du minimum et du maximum, tout élément de f([a,b]) est compris entre m et M, donc f([a,b])[m,M]. Réciproquement, f([a,b]) est un intervalle (sous-section 4.5) qui contient m et M : il contient donc tout l'intervalle [m,M]. D'où l'égalité.

Remarque

Ce théorème est le seul de ce chapitre qui garantisse l'existence d'un maximum sans le calculer. Il est d'un usage constant : en optimisation, on commence toujours par affirmer l'existence d'un extremum par ce théorème, avant de le chercher.

Attention à la formulation : « f([a,b])=[m,M] » ne signifie pas f([a,b])=[f(a),f(b)]. Cette dernière égalité n'est vraie que si f est croissante. En général, m et M sont atteints en des points intérieurs quelconques.

Les deux hypothèses, continuité et segment, sont indispensables. Voici les trois contre-exemples à connaître, chacun obtenu en retirant exactement une hypothèse.

Exemple

a. On retire « fermé ». Sur ]0,1], la fonction x1x est continue, mais elle n'est pas majorée : elle tend vers + en 0+. Il ne suffit donc pas que l'intervalle soit borné.

b. On retire « borné ». Sur [0,+[, la fonction xxx+1 est continue et bornée (elle est comprise entre 0 et 1), mais elle n'atteint pas sa borne supérieure : sa borne supérieure vaut 1, et f(x)=1 n'a pas de solution. Il ne suffit donc pas que l'intervalle soit fermé.

c. On retire la continuité. Sur le segment [0,1], la fonction g définie par g(x)=x pour x[0,1[ et g(1)=0 est bornée, sa borne supérieure vaut 1, et pourtant elle ne l'atteint pas : g ne prend jamais la valeur 1. Le segment ne suffit donc pas sans la continuité.

Le théorème de la bijection

Propriété

Théorème de la bijection. Soit f une fonction continue et strictement monotone sur un intervalle I. Alors :

  1. J=f(I) est un intervalle, et f réalise une bijection de I sur J ;
  2. la réciproque f1:JI est continue sur J ;
  3. f1 est strictement monotone sur J, de même sens de variation que f ;
  4. dans un repère orthonormé, les courbes de f et de f1 sont symétriques par rapport à la droite d'équation y=x, appelée première bissectrice.

Démonstration des points 1, 3 et 4. Le point 2, c'est-à-dire la continuité de la réciproque, est admis.

Point 1. L'ensemble J=f(I) est un intervalle d'après la sous-section 4.5. L'application f:IJ est surjective par construction, puisque J est précisément l'ensemble des images. Elle est injective d'après la sous-section 1.3, puisqu'elle est strictement monotone. Étant injective et surjective, elle est bijective.

Monotonie de f1. Supposons f strictement croissante, et soient y1<y2 dans J. Notons x1=f1(y1) et x2=f1(y2). Si l'on avait x1x2, la croissance de f donnerait y1=f(x1)f(x2)=y2, ce qui contredit y1<y2. Donc x1<x2, c'est-à-dire f1(y1)<f1(y2) : la réciproque est strictement croissante.

Point 4. Le symétrique du point M(x,y) par rapport à la droite d'équation y=x est le point M(y,x). Or, pour xI et yJ,

y=f(x)    x=f1(y).

Donc M(x,y)Cf si et seulement si M(y,x)Cf1 : les deux courbes se déduisent l'une de l'autre par cette symétrie.

Les courbes de l'exponentielle et du logarithme, symétriques par rapport à la première bissectrice

L'exemple le plus familier est celui de l'exponentielle, bijection de R sur ]0,+[, et de sa réciproque le logarithme : le point (1,e) de la première courbe a pour symétrique le point (e,1) de la seconde.

Pour déterminer J=f(I), on utilise le tableau suivant, qui n'est qu'une lecture du tableau de variations. Les limites y remplacent les valeurs aux bornes lorsque celles-ci n'appartiennent pas à I.

Si f est continue et strictement croissante sur I.

I f(I)
[a,b] [f(a), f(b)]
[a,b[ [f(a), limxbf(x)[
]a,b] ]limxa+f(x), f(b)]
]a,b[ ]limxa+f(x), limxbf(x)[

Si f est continue et strictement décroissante, les crochets s'échangent : l'image de ]a,b[ est ]limxbf(x), limxa+f(x)[, et ainsi de suite. Les bornes a et b peuvent valoir et +, auquel cas les limites correspondantes se prennent en et +.

Méthode

Rédiger l'application du théorème de la bijection en quatre points. Toute copie doit faire apparaître ces quatre étapes, dans cet ordre, sans en sauter aucune.

  1. Continuité. « f est continue sur I », en justifiant par les théorèmes d'opérations et de composition.
  2. Stricte monotonie. « f est strictement croissante (ou décroissante) sur I », en justifiant par composition, par somme, ou par le signe de la dérivée (section 5).
  3. Image de l'intervalle. Calculer f(I) à l'aide des valeurs aux bornes ou des limites, et l'écrire explicitement.
  4. Conclusion. « Donc f réalise une bijection de I sur f(I)= » Puis, si l'on résout une équation f(x)=k : « Comme kf(I), cette équation admet une unique solution dans I. »

Exemple

Étude de f:xx+lnx sur I=]0,+[.

Continuité. La fonction xx est continue sur I, et ln est continue sur ]0,+[ : leur somme f est continue sur I.

Stricte monotonie. Les deux fonctions xx et ln sont strictement croissantes sur I, donc f l'est aussi comme somme.

Image. En 0+ : x0 et lnx, donc f(x). En + : les deux termes tendent vers +, donc f(x)+. D'après le tableau ci-dessus, f(I)=R.

Conclusion. f réalise une bijection de ]0,+[ sur R. En particulier, pour tout réel k, l'équation x+lnx=k admet une unique solution strictement positive.

Application. Résolvons f(x)=0. Comme 0R=f(I), il existe un unique α>0 tel que α+lnα=0. Pour l'encadrer : f(1)=1+0=1>0, et f(0,5)=0,5+ln(0,5). Comme ln(0,5)=ln20,693, on obtient f(0,5)0,193<0. Par stricte croissance, α]0,5;1[.

Exemple

Deux réciproques déjà connues.

a. La fonction exp est continue et strictement croissante sur R, avec limxex=0 et limx+ex=+. Elle réalise donc une bijection de R sur ]0,+[, et sa réciproque est le logarithme népérien, continu et strictement croissant sur ]0,+[. Les courbes de exp et de ln sont symétriques par rapport à la première bissectrice.

b. La fonction g:xx2 est continue sur R+ et strictement croissante sur cet intervalle. Comme g(0)=0 et limx+x2=+, on a g(R+)=[0,+[. Ainsi g réalise une bijection de R+ sur R+ : tout réel positif admet un unique antécédent positif par la fonction carré. C'est exactement l'énoncé d'existence et d'unicité qui définit la racine carrée (sous-section 2.2), et la fonction x est donc la réciproque de g. Elle est, comme elle, continue et strictement croissante.

Remarque

Le théorème de la bijection s'applique sur un intervalle. Lorsque la fonction n'est pas monotone sur tout son domaine, on découpe celui-ci en intervalles de monotonie et l'on applique le théorème sur chacun d'eux séparément. C'est ainsi que l'on compte les solutions d'une équation : autant d'intervalles de stricte monotonie, autant de solutions au plus, et l'on tranche sur chacun selon que la valeur cherchée appartient ou non à l'image de l'intervalle.

Dérivation

La continuité dit qu'une courbe se trace sans lever le crayon. La dérivation dit bien davantage : elle affirme que, vue de très près, la courbe ressemble à une droite, et elle donne la pente de cette droite. Tout le reste de la section en découle. Le nombre dérivé est d'abord un objet local, défini en un point par une limite ; le tour de force de la théorie, obtenu au prix d'un seul théorème (celui de Rolle), consiste à en tirer des renseignements globaux : le sens de variation sur un intervalle tout entier, les extremums, les inégalités du type lnxx1.

L'enchaînement logique de la section mérite d'être retenu, car il est demandé aux concours. Le théorème des bornes atteintes, démontré à la section 4, donne le théorème de Rolle. Le théorème de Rolle, appliqué à une fonction auxiliaire bien choisie, donne l'égalité des accroissements finis. L'égalité des accroissements finis donne l'inégalité des accroissements finis d'un côté, et le lien entre le signe de f et les variations de f de l'autre. Rien d'autre n'est nécessaire.

Dans toute cette section, I désigne un intervalle de R non réduit à un point, et f une fonction définie sur I et à valeurs réelles.

Dérivabilité en un point

Définition

Soient f une fonction définie sur un intervalle I et aI. Pour xI avec xa, on appelle taux d'accroissement de f entre a et x le réel

τa(x)=f(x)f(a)xa.

On dit que f est dérivable en a lorsque τa admet une limite finie en a. Cette limite est alors notée f(a) et appelée nombre dérivé de f en a :

f(a)=limxaf(x)f(a)xa.

Deux mots sur cette définition. D'abord, le taux d'accroissement n'est pas défini en a lui-même, puisque son dénominateur s'y annule : on étudie donc une limite en un point où la fonction τa n'existe pas, exactement comme dans les formes indéterminées 00 de la section 3. Ensuite, le mot finie est essentiel : si le taux d'accroissement tend vers + ou vers , la fonction n'est pas dérivable en a, même si la limite existe dans R.

En posant x=a+h, c'est-à-dire h=xa, la condition « xa » devient « h0 ». On obtient une seconde écriture de la définition, souvent plus commode au calcul.

Propriété

Formulation avec h. La fonction f est dérivable en a si et seulement si le quotient f(a+h)f(a)h admet une limite finie quand h tend vers 0, et l'on a alors

f(a)=limh0f(a+h)f(a)h.

Interprétation géométrique. Notons Cf la courbe représentative de f, A le point de coordonnées (a,f(a)) et M le point de coordonnées (x,f(x)). Le taux d'accroissement τa(x) est exactement le coefficient directeur de la droite (AM), appelée sécante. Faire tendre x vers a, c'est faire glisser M vers A le long de la courbe : si les pentes des sécantes convergent, les sécantes prennent une position limite, qui est la tangente.

Définition

Soit f dérivable en a. La tangente à la courbe Cf au point d'abscisse a est la droite passant par le point (a,f(a)) et de coefficient directeur f(a). Son équation est

y=f(a)(xa)+f(a).

Cette équation se retient sans effort : c'est l'équation de la droite de pente f(a) passant par le point (a,f(a)). La tangente est la droite qui épouse le mieux la courbe au voisinage de a ; sur un écran de calculatrice, un zoom suffisamment fort autour du point d'abscisse a rend la courbe et sa tangente indiscernables.

Méthode

Calculer un nombre dérivé en revenant à la définition. C'est la seule méthode disponible tant que les formules d'opérations ne sont pas établies, et c'est la méthode obligatoire aux points où ces formules ne s'appliquent pas.

  1. Écrire le taux d'accroissement f(x)f(a)xa, ou f(a+h)f(a)h.
  2. Simplifier l'expression de manière à faire disparaître le facteur xa (ou h) du dénominateur : factorisation, réduction au même dénominateur, quantité conjuguée.
  3. Calculer la limite de l'expression simplifiée.
  4. Conclure : si la limite est un réel , alors f est dérivable en a et f(a)= ; si la limite est infinie ou n'existe pas, f n'est pas dérivable en a.

Exemple

a. Fonction carré. Soit f(x)=x2 et aR. Pour xa,

x2a2xa=(xa)(x+a)xa=x+axa2a.

Donc f est dérivable en tout réel a, avec f(a)=2a.

b. Fonction inverse. Soit f(x)=1x et a0. Pour xa et x0,

1x1axa=axxa(xa)=1xaxa1a2.

Exemple

c. Racine carrée en un point strictement positif. Soit f(x)=x et a>0. Pour x>0 avec xa, la quantité conjuguée donne

xaxa=(xa)(x+a)(xa)(x+a)=xa(xa)(x+a)=1x+a.

Cette dernière expression tend vers 12a quand xa. Donc x est dérivable en tout a>0 et f(a)=12a.

d. Une tangente. Pour f(x)=x2 et a=3, on a f(3)=9 et f(3)=6 : la tangente au point d'abscisse 3 a pour équation y=6(x3)+9, soit y=6x9.

Dérivabilité à droite, à gauche, recollement

Lorsque le taux d'accroissement n'a pas de limite en a, il peut néanmoins en avoir une d'un seul côté. C'est le cas de figure des fonctions définies par morceaux, et des fonctions dont la courbe présente un « coin ».

Définition

Soient f définie sur I et aI.

  • Si a n'est pas l'extrémité droite de I, on dit que f est dérivable à droite en a lorsque τa(x) admet une limite finie quand xa+. Cette limite se note fd(a).
  • Si a n'est pas l'extrémité gauche de I, on dit que f est dérivable à gauche en a lorsque τa(x) admet une limite finie quand xa. Cette limite se note fg(a).

Propriété

Théorème de recollement. Soit a un point intérieur à I, c'est-à-dire tel que I contienne un intervalle ouvert contenant a. Alors f est dérivable en a si et seulement si

f est deˊrivable aˋ droite et aˋ gauche en aetfd(a)=fg(a).

Dans ce cas, f(a)=fd(a)=fg(a).

Démonstration. C'est exactement la caractérisation d'une limite par ses limites à droite et à gauche, établie à la section 3, appliquée à la fonction τa au point a.

Remarque

Lorsque a est une extrémité de I, par exemple I=[a,b], il n'y a qu'un seul côté disponible : « f est dérivable en a » signifie alors « f est dérivable à droite en a », et l'on note simplement f(a). Cette convention est celle du programme, et c'est elle qui donne un sens à la phrase « f est dérivable sur le segment [a,b] ».

Exemple

Valeur absolue en 0 : un point anguleux. Soit f(x)=x sur R. Pour h0,

f(0+h)f(0)h=hh={1si h>0,1si h<0.

Ainsi fd(0)=1 et fg(0)=1 : les deux nombres dérivés existent mais diffèrent, donc f n'est pas dérivable en 0. La courbe admet en 0 deux demi-tangentes de pentes 1 et 1, qui forment un angle : on parle de point anguleux. La fonction est pourtant continue en 0.

Exemple

Racine carrée en 0 : une tangente verticale. Soit f(x)=x sur R+. Pour h>0,

f(h)f(0)h=hh=1hh0++.

La limite est infinie : f n'est pas dérivable en 0. Géométriquement, les sécantes issues de l'origine ont une pente qui explose : la courbe admet en 0 une tangente verticale, d'équation x=0. Là encore, f est continue en 0.

Exemple

Deux fonctions définies par morceaux. Considérons

f(x)={x2si x1,2x1si x>1,g(x)={x2si x1,xsi x>1.

Les deux fonctions sont continues en 1 (les deux morceaux y valent 1). Pour f : à gauche, x21x1=x+12 ; à droite, (2x1)1x1=2(x1)x1=2. Les deux nombres coïncident, donc f est dérivable en 1 avec f(1)=2.

Pour g : à gauche on trouve encore 2, mais à droite x1x1=11. Comme 21, la fonction g n'est pas dérivable en 1.

Dérivabilité et continuité

Propriété

Soit f définie sur I et aI. Si f est dérivable en a, alors f est continue en a.

Démonstration. Supposons f dérivable en a. Pour tout xI avec xa, on peut écrire l'identité

f(x)f(a)=f(x)f(a)xa×(xa),

qui est licite puisque xa0. Le premier facteur tend vers f(a) quand xa, par hypothèse de dérivabilité ; le second tend vers 0. Par produit des limites, et parce que f(a) est un réel (et non un infini, ce qui aurait donné une forme indéterminée),

limxa(f(x)f(a))=f(a)×0=0,

c'est-à-dire limxaf(x)=f(a). C'est exactement la continuité de f en a.

Remarque

La réciproque est fausse. La fonction xx est continue en 0 mais n'y est pas dérivable (paragraphe 5.2) ; la fonction xx est continue en 0 mais n'y est pas dérivable non plus. La continuité est donc une condition nécessaire mais non suffisante de dérivabilité.

L'écart entre les deux notions est en réalité considérable : il existe des fonctions continues sur R tout entier et dérivables en aucun point. Leur construction dépasse le cadre du programme, mais leur existence interdit de considérer la continuité comme « presque » la dérivabilité.

Méthode

Démontrer qu'une fonction n'est pas dérivable en a. Trois voies, à essayer dans cet ordre.

  1. Montrer qu'elle n'est pas continue en a. Par contraposée du théorème ci-dessus, elle ne peut alors pas y être dérivable. C'est la voie la plus rapide quand elle s'applique.
  2. Montrer que les deux nombres dérivés à droite et à gauche existent mais diffèrent (point anguleux).
  3. Montrer que le taux d'accroissement tend vers + ou (tangente verticale).

Exemple

Soit f définie sur R par f(x)=x. En a=2, la fonction n'est pas continue : f(x)1 quand x2 alors que f(2)=2. Elle n'y est donc pas dérivable. Sur l'intervalle ]2,3[, en revanche, f est constante égale à 2, donc dérivable de dérivée nulle.

Opérations sur les dérivées

Propriété

Soient f et g deux fonctions définies sur I et dérivables en aI, et soit λ un réel. Alors les fonctions f+g, λf et fg sont dérivables en a, et

(f+g)(a)=f(a)+g(a),(λf)(a)=λf(a),(fg)(a)=f(a)g(a)+f(a)g(a).

Si de plus g(a)0, alors 1g et fg sont dérivables en a, et

(1g)(a)=g(a)g(a)2,(fg)(a)=f(a)g(a)f(a)g(a)g(a)2.

Démonstration de la formule du produit. Posons p=fg. Pour xI avec xa, écrivons le taux d'accroissement de p en faisant apparaître ceux de f et de g. L'astuce consiste à ajouter et retrancher le terme f(a)g(x) au numérateur :

p(x)p(a)xa=f(x)g(x)f(a)g(a)xa=f(x)g(x)f(a)g(x)+f(a)g(x)f(a)g(a)xa=f(x)f(a)xag(x)  +  f(a)g(x)g(a)xa.

Examinons chacun des deux termes quand xa. Dans le premier, le taux d'accroissement de f tend vers f(a), et g(x) tend vers g(a) car g, étant dérivable en a, y est continue d'après le théorème du paragraphe 5.3 : ce point est le seul endroit délicat de la démonstration. Le premier terme tend donc vers f(a)g(a). Dans le second, le facteur f(a) est une constante et le taux d'accroissement de g tend vers g(a) : le second terme tend vers f(a)g(a). Par somme des limites,

limxap(x)p(a)xa=f(a)g(a)+f(a)g(a),

qui est un réel : p est dérivable en a, de nombre dérivé f(a)g(a)+f(a)g(a).

Démonstration de la formule de l'inverse. Comme g est continue en a et que g(a)0, la fonction g ne s'annule pas sur un intervalle ouvert contenant a (résultat de la section 4), de sorte que 1g y est bien définie. Pour x dans cet intervalle, xa,

1xa(1g(x)1g(a))=g(a)g(x)(xa)g(x)g(a)=g(x)g(a)xa×1g(x)g(a).

Le premier facteur tend vers g(a) et le second vers 1g(a)2 par continuité de g en a. D'où le résultat annoncé. La formule du quotient s'en déduit en écrivant fg=f×1g et en appliquant la formule du produit.

Propriété

Dérivée d'une composée (admis). Soient f définie sur I, dérivable en aI, et g définie sur un intervalle J contenant f(I), dérivable en f(a). Alors gf est dérivable en a et

(gf)(a)=f(a)×g(f(a)).

Autrement dit, si f est dérivable sur I et g dérivable sur J, alors gf est dérivable sur I et

(gf)=f×(gf).

L'ordre des facteurs n'a évidemment pas d'importance, mais l'ordre des arguments est capital : c'est bien g évaluée en f(a), et non g(a). Le cas particulier de la composition par les fonctions usuelles fournit le tableau suivant, qui doit être connu par cœur. Dans tout ce tableau, u désigne une fonction dérivable sur I.

Fonction Dérivée Condition
un, nN nuun1 aucune
1u uu2 u ne s'annule pas sur I
u u2u u>0 sur I
eu ueu aucune
lnu uu u>0 sur I
uα, αR αuuα1 u>0 sur I

Méthode

Calculer une dérivée sans se tromper. Le calcul de dérivée est le seul endroit du programme où une erreur d'étourderie coûte tout l'exercice. Procéder en trois temps.

  1. Identifier la structure de l'expression : est-ce une somme, un produit, un quotient, une composée ? On regarde la dernière opération effectuée, celle qui « enveloppe » tout le reste.
  2. Appliquer la formule correspondante, en écrivant explicitement u et u au brouillon avant de dériver.
  3. Réduire au même dénominateur et factoriser le résultat. Une dérivée non factorisée est inutilisable : c'est son signe qui intéresse, jamais sa forme développée.

Un réflexe supplémentaire : toute expression de la forme uv avec un exposant variable se réécrit d'abord uv=evlnu, puis se dérive comme une exponentielle composée. Il n'existe aucune formule directe.

Exemple

a. f(x)=(3x2+1)5. C'est u5 avec u(x)=3x2+1 et u(x)=6x, d'où

f(x)=5×6x×(3x2+1)4=30x(3x2+1)4.

b. f(x)=ex2. C'est eu avec u(x)=x2, donc f(x)=2xex2.

c. f(x)=ln(x2+1), définie sur R car x2+1>0. C'est lnu, donc f(x)=2xx2+1.

d. f(x)=x2+1. C'est u avec u>0, donc f(x)=2x2x2+1=xx2+1.

Exemple

e. f(x)=xx2+1. Quotient avec g(x)=x et h(x)=x2+1 :

f(x)=1×(x2+1)x×2x(x2+1)2=1x2(x2+1)2=(1x)(1+x)(x2+1)2.

La forme factorisée donne immédiatement le signe : f>0 sur ]1,1[ et f<0 à l'extérieur.

f. f(x)=xx sur R+. On écrit f(x)=exlnx. La dérivée de xlnx vaut lnx+x×1x=lnx+1, donc

f(x)=(lnx+1)exlnx=(lnx+1)xx.

g. f(x)=ax avec a>0. On écrit f(x)=exlna, donc f(x)=lna×ax.

Dérivée d'une fonction réciproque

Le théorème de la bijection (section 4) associe à toute fonction f continue et strictement monotone sur I une réciproque f1 définie sur J=f(I), continue et de même monotonie. Reste à savoir si f1 est dérivable, et à quelle condition.

Propriété

Soit f continue et strictement monotone sur un intervalle I, et soit J=f(I). Soient x0I et y0=f(x0). Si f est dérivable en x0 et si f(x0)0, alors f1 est dérivable en y0 et

(f1)(y0)=1f(f1(y0))=1f(x0).

Si f est dérivable sur I avec f ne s'annulant pas, alors f1 est dérivable sur J et

(f1)=1ff1.

Démonstration (esquisse). Admettons d'abord que f1 est dérivable en y0 ; la formule s'obtient alors en dérivant l'identité f(f1(y))=y, valable pour tout yJ. Le membre de gauche est une composée, dont la dérivée vaut (f1)(y)×f(f1(y)) ; le membre de droite a pour dérivée 1. En y=y0, il vient

(f1)(y0)×f(x0)=1,

d'où la formule après division par f(x0)0.

Pour la dérivabilité elle-même, on revient au taux d'accroissement. Soit yJ, yy0, et posons x=f1(y), de sorte que xx0 par injectivité. Alors

f1(y)f1(y0)yy0=xx0f(x)f(x0)=1 f(x)f(x0)xx0 .

Quand yy0, la continuité de f1 en y0 (théorème de la bijection) donne xx0, donc le dénominateur tend vers f(x0), qui est non nul : le quotient tend vers 1f(x0), ce qui achève la démonstration.

Remarque

Lecture géométrique. Les courbes de f et de f1 sont symétriques par rapport à la droite d'équation y=x. Cette symétrie échange les tangentes : une tangente de pente p0 devient une tangente de pente 1p. Le cas f(x0)=0 correspond à une tangente horizontale pour f, donc à une tangente verticale pour f1 : la réciproque n'est alors pas dérivable en y0. C'est ce qui se passe pour f(x)=x3 en x0=0 : la réciproque yy1/3 n'est pas dérivable en 0.

Exemple

a. Le logarithme comme réciproque de l'exponentielle. La fonction exp est dérivable et strictement croissante sur R, avec exp=exp qui ne s'annule jamais, et exp(R)=R+. Sa réciproque ln est donc dérivable sur R+ et, pour y>0,

ln(y)=1exp(lny)=1y.

On retrouve la dérivée du logarithme sans rien admettre d'autre que celle de l'exponentielle.

b. Racine carrée. Soit f(x)=x2 sur R+ : elle est continue, strictement croissante, et f(R+)=R+. Sa réciproque est yy. Comme f(x)=2x s'annule en 0 seulement, x est dérivable sur R+ et (x)(y)=12y, ce qui confirme le calcul direct du paragraphe 5.1, et confirme aussi la non-dérivabilité en 0.

Exemple

c. Une réciproque non explicite. Soit f(x)=x+ex, définie sur R. Elle est dérivable avec f(x)=1+ex>0, donc strictement croissante ; de plus f(x) quand x et f(x)+ quand x+. Le théorème de la bijection donne donc une bijection de R sur R, dont la réciproque f1 ne s'exprime pas à l'aide des fonctions usuelles.

Cela n'empêche nullement de la dériver. Comme f(0)=0+e0=1, on a f1(1)=0, donc

(f1)(1)=1f(f1(1))=1f(0)=11+1=12.

La tangente à la courbe de f1 au point d'abscisse 1 a donc pour équation y=12(x1).

Méthode

Étudier une fonction réciproque que l'on ne sait pas expliciter. Le schéma est toujours le même, et c'est un grand classique de concours.

  1. Étudier f : dérivabilité, signe de f, stricte monotonie, limites aux bornes.
  2. Appliquer le théorème de la bijection pour obtenir f1 sur J=f(I), et préciser J.
  3. Pour calculer (f1)(y0) : chercher d'abord l'antécédent x0 tel que f(x0)=y0, en général « à vue » sur des valeurs simples, puis appliquer la formule 1f(x0).
  4. Ne jamais tenter d'expliciter f1 si l'énoncé ne le demande pas : la formule suffit.

Fonction dérivée et fonctions de classe C1

Définition

Soit f définie sur I. On dit que f est dérivable sur I lorsqu'elle est dérivable en tout point de I. L'application

f:xf(x)

s'appelle alors la fonction dérivée de f sur I.

On dit que f est de classe C1 sur I lorsque f est dérivable sur I et que sa dérivée f est continue sur I.

Remarque

Toute fonction de classe C1 sur I est en particulier continue sur I, puisque dérivable. Toutes les fonctions construites à partir des fonctions usuelles par somme, produit, quotient et composition sont de classe C1 sur tout intervalle où elles sont définies et où les dénominateurs ne s'annulent pas : dans la pratique du programme, la vérification est immédiate et se rédige en une ligne. Il existe des fonctions dérivables dont la dérivée n'est pas continue, mais leur construction dépasse le cadre de ce chapitre.

L'hypothèse « de classe C1 » servira surtout en section 6 : c'est celle de l'intégration par parties et du changement de variable.

Voici le tableau des dérivées usuelles. Il est à connaître dans les deux sens : de la fonction vers sa dérivée pour dériver, de la dérivée vers la fonction pour intégrer (section 6).

Fonction Dérivée Dérivable sur
xk (constante) 0 R
xx 1 R
xxn, nN nxn1 R
x1x 1x2 R
x1xn, nN nxn+1 R
xx 12x R+
xxα, αR αxα1 R+
xex ex R
xlnx 1x R+
xlnx 1x R
xax, a>0 axlna R
xx xx R

Exemple

Une fonction dérivable dont la formule change. Soit f(x)=xx sur R. Pour x>0, f(x)=x2 donc f(x)=2x ; pour x<0, f(x)=x2 donc f(x)=2x. En 0, le taux d'accroissement vaut hhh=h0, donc f est dérivable en 0 avec f(0)=0. En rassemblant, f(x)=2x pour tout réel x, qui est une fonction continue : f est de classe C1 sur R.

Extremum local et point critique

Définition

Soient f définie sur I et aI.

  • f admet un maximum local en a s'il existe η>0 tel que, pour tout xI vérifiant xaη, on ait f(x)f(a).
  • f admet un minimum local en a s'il existe η>0 tel que, pour tout xI vérifiant xaη, on ait f(x)f(a).
  • Un extremum local est un maximum local ou un minimum local. Lorsque l'inégalité vaut pour tout xI, on parle d'extremum global.

Définition

Soit f dérivable sur I. On appelle point critique de f tout point aI tel que f(a)=0.

Propriété

Soit f définie sur I, et soit a un point intérieur à I. Si f est dérivable en a et si f admet un extremum local en a, alors

f(a)=0.

Autrement dit, un extremum local en un point intérieur est nécessairement un point critique.

Démonstration. Traitons le cas d'un maximum local, l'autre s'en déduisant en remplaçant f par f. Par hypothèse, il existe η>0 tel que ]aη,a+η[I (c'est là qu'intervient le caractère intérieur du point a) et tel que f(x)f(a) pour tout x de cet intervalle.

Soit x]a,a+η[. Le numérateur f(x)f(a) est négatif et le dénominateur xa est strictement positif, donc

f(x)f(a)xa0.

Cette inégalité étant vraie pour tout x>a proche de a, le passage à la limite quand xa+ conserve l'inégalité large et donne f(a)0.

Soit maintenant x]aη,a[. Le numérateur f(x)f(a) est toujours négatif, mais le dénominateur xa est cette fois strictement négatif, donc le quotient est positif :

f(x)f(a)xa0.

Le passage à la limite quand xa donne f(a)0. Les deux inégalités réunies donnent f(a)=0.

Remarque

Deux mises en garde, sources d'erreurs classiques.

La réciproque est fausse. Un point critique n'est pas nécessairement un extremum. Pour f(x)=x3, on a f(0)=0, pourtant f est strictement croissante sur R : il n'y a en 0 ni maximum ni minimum, même local. La tangente y est horizontale et traverse la courbe.

L'hypothèse « point intérieur » est indispensable. Sur I=[0,1], la fonction f(x)=x admet un minimum global en 0 et un maximum global en 1, alors que f(x)=1 ne s'annule jamais. Les extremums d'une fonction sur un segment peuvent donc parfaitement se situer aux bornes, où le théorème ne dit rien.

Méthode

Chercher les extremums d'une fonction f sur un intervalle I.

  1. Déterminer les points critiques en résolvant l'équation f(x)=0 : ce sont les seuls candidats à l'intérieur de I.
  2. Ajouter à la liste des candidats les extrémités de I qui appartiennent à I.
  3. Dresser le tableau de variations pour trancher : un point critique n'est un extremum que si f y change de signe.
  4. Comparer les valeurs de f en tous les candidats pour identifier les extremums globaux, sans oublier d'examiner les limites aux bornes ouvertes (une borne ouverte peut interdire l'existence d'un maximum).

Théorème de Rolle

Propriété

Théorème de Rolle. Soient a et b deux réels avec a<b, et soit f une fonction telle que :

  1. f est continue sur le segment [a,b] ;
  2. f est dérivable sur l'intervalle ouvert ]a,b[ ;
  3. f(a)=f(b).

Alors il existe (au moins) un réel c]a,b[ tel que f(c)=0.

Démonstration. La fonction f est continue sur le segment [a,b] : d'après le théorème des bornes atteintes (section 4), elle est bornée et atteint ses bornes. Notons

m=min[a,b]f,M=max[a,b]f,

et choisissons xm et xM dans [a,b] tels que f(xm)=m et f(xM)=M.

Premier cas : m=M. La fonction f est alors constante sur [a,b], puisque mf(x)M pour tout x. Sa dérivée est nulle en tout point de ]a,b[, et n'importe quel c de cet intervalle convient.

Second cas : m<M. Posons k=f(a)=f(b). Comme m<M, ces deux valeurs ne peuvent pas être toutes les deux égales à k : au moins l'une d'elles en diffère.

Supposons par exemple Mk (si c'est m qui diffère de k, le raisonnement est identique en remplaçant xM par xm). Alors f(xM)=Mk=f(a)=f(b), donc xMa et xMb : le point xM appartient à l'intervalle ouvert ]a,b[. Il est donc intérieur à [a,b], et f y est dérivable par hypothèse.

Enfin, f admet en xM un maximum global sur [a,b], donc en particulier un maximum local. Le théorème du paragraphe 5.7 s'applique et donne f(xM)=0. Le réel c=xM convient.

Interprétation géométrique. Si une courbe continue, admettant une tangente en chacun de ses points intérieurs, part d'une certaine hauteur et y revient, alors elle possède au moins un point où la tangente est horizontale. Le dessin est convaincant : pour revenir à la même altitude, il faut bien « faire demi-tour » quelque part.

Remarque

Les trois hypothèses sont nécessaires, et le vérifier est un exercice classique.

  • Sans la dérivabilité : f(x)=x sur [1,1] est continue, vérifie f(1)=f(1)=1, et pourtant f vaut 1 ou 1 selon le signe de x et ne s'annule jamais là où elle existe. La conclusion tombe en défaut, à cause du seul point 0.
  • Sans la continuité aux bornes : soit f définie sur [0,1] par f(x)=x si x<1 et f(1)=0. Elle est dérivable sur ]0,1[ et vérifie f(0)=f(1)=0, mais f=1 sur ]0,1[. La discontinuité en 1 suffit à tout ruiner.
  • Le réel c n'est pas unique en général : pour une fonction qui monte, descend, remonte et redescend, il y a plusieurs tangentes horizontales. Le théorème affirme une existence, jamais une unicité.

Égalité des accroissements finis

Le théorème de Rolle exige f(a)=f(b), ce qui est très restrictif. L'égalité des accroissements finis lève cette hypothèse : c'est le même énoncé, écrit dans un repère « penché ».

Propriété

Égalité des accroissements finis. Soient a et b deux réels avec a<b, et soit f continue sur [a,b] et dérivable sur ]a,b[. Alors il existe c]a,b[ tel que

f(b)f(a)=f(c)(ba),c’est-aˋ-diref(c)=f(b)f(a)ba.

Entre deux points d'une courbe dérivable, il existe une tangente parallèle à la corde

Géométriquement : il existe un point de la courbe où la tangente est parallèle à la corde joignant les deux extrémités.

Démonstration. L'idée consiste à se ramener au théorème de Rolle en retranchant à f la fonction affine dont le graphe est la corde joignant les points A=(a,f(a)) et B=(b,f(b)). Cette corde a pour coefficient directeur

p=f(b)f(a)ba,

et son équation est y=p(xa)+f(a). Posons donc, pour x[a,b],

φ(x)=f(x)(p(xa)+f(a))=f(x)f(a)f(b)f(a)ba(xa).

Cette fonction φ mesure l'écart vertical entre la courbe et la corde. Vérifions qu'elle satisfait les trois hypothèses de Rolle.

Continuité. φ est la différence de f, continue sur [a,b], et d'une fonction affine, continue sur R : elle est continue sur [a,b].

Dérivabilité. Pour la même raison, φ est dérivable sur ]a,b[, avec

φ(x)=f(x)f(b)f(a)ba.

Valeurs aux bornes. D'une part φ(a)=f(a)f(a)0=0. D'autre part

φ(b)=f(b)f(a)f(b)f(a)ba(ba)=f(b)f(a)(f(b)f(a))=0.

Donc φ(a)=φ(b), et c'est précisément pour obtenir cette égalité que la fonction auxiliaire a été construite ainsi.

Le théorème de Rolle s'applique à φ : il existe c]a,b[ tel que φ(c)=0, c'est-à-dire

f(c)f(b)f(a)ba=0.

En multipliant par ba0, on obtient f(b)f(a)=f(c)(ba).

Interprétation géométrique. Il existe au moins un point de la courbe où la tangente est parallèle à la corde [AB]. Dans le langage de la cinématique : si un trajet de ba heures couvre f(b)f(a) kilomètres, il y a au moins un instant où la vitesse instantanée est exactement égale à la vitesse moyenne.

Remarque

Le théorème de Rolle est le cas particulier f(a)=f(b) de l'égalité des accroissements finis. Les deux énoncés ont donc exactement la même force logique ; on démontre le second à partir du premier parce que c'est le premier qui se démontre directement à partir du théorème des bornes atteintes.

Attention : le réel c est inconnu. On ne le calcule jamais, on ne sait rien de lui sinon qu'il est strictement compris entre a et b. Toute la force de l'énoncé vient de là : c'est cet encadrement a<c<b que l'on exploite pour majorer ou minorer f(c).

Méthode

Démontrer un encadrement avec l'égalité des accroissements finis.

  1. Choisir la fonction f et le segment [a,b] pertinents. Le plus souvent, l'énoncé à démontrer fait apparaître une différence f(b)f(a), éventuellement déguisée.
  2. Vérifier explicitement les hypothèses (continuité sur le segment, dérivabilité sur l'ouvert).
  3. Écrire la conclusion : « il existe c]a,b[ tel que f(b)f(a)=f(c)(ba) ».
  4. Encadrer f(c) en utilisant uniquement a<c<b et la monotonie ou le signe de f.
  5. Reporter cet encadrement dans l'égalité pour conclure.

Exemple

Un encadrement du logarithme. Démontrons que, pour tout réel x>1,

x1x<lnx<x1.

La fonction ln est continue sur [1,x] et dérivable sur ]1,x[, de dérivée t1t. L'égalité des accroissements finis fournit un réel c]1,x[ tel que

lnxln1=1c(x1),soitlnx=x1c.

Or 1<c<x, donc en passant à l'inverse (les trois nombres étant strictement positifs) 1x<1c<1. Comme x1>0, la multiplication par x1 conserve les inégalités strictes :

x1x<x1c=lnx<x1.

Inégalité des accroissements finis

Propriété

Inégalité des accroissements finis. Soient a<b deux réels et f continue sur [a,b], dérivable sur ]a,b[.

  1. S'il existe un réel M0 tel que f(t)M pour tout t]a,b[, alors
f(b)f(a)M(ba).
  1. S'il existe deux réels m et M tels que mf(t)M pour tout t]a,b[, alors
m(ba)f(b)f(a)M(ba).

Démonstration. L'égalité des accroissements finis fournit c]a,b[ tel que f(b)f(a)=f(c)(ba).

Pour le premier point, on passe à la valeur absolue :

f(b)f(a)=f(c)×ba=f(c)(ba)M(ba),

la dernière inégalité venant de l'hypothèse appliquée à t=c et du fait que ba>0.

Pour le second point, on part de mf(c)M et l'on multiplie par le réel strictement positif ba, ce qui conserve le sens des inégalités :

m(ba)f(c)(ba)M(ba),

et le terme du milieu vaut f(b)f(a).

Remarque

La forme la plus employée est la suivante, valable pour un intervalle I quelconque : si f est dérivable sur I et si fM sur I, alors

(x,y)I2,f(x)f(y)Mxy.

Il suffit d'appliquer l'inégalité au segment d'extrémités x et y, l'ordre de ces deux réels n'important plus grâce aux valeurs absolues. Une fonction vérifiant une telle inégalité est dite lipschitzienne de rapport M.

Méthode

Majorer f(b)f(a). C'est le réflexe à avoir dès qu'un énoncé demande de contrôler l'écart entre deux valeurs d'une même fonction, ou la distance d'une suite récurrente à sa limite.

  1. Vérifier que f est continue sur le segment considéré et dérivable sur son intérieur.
  2. Calculer f, puis majorer f sur cet intervalle : c'est la seule étape qui demande du travail. On étudie le signe et les variations de f, ou l'on majore brutalement chaque morceau (un dénominateur se minore, un numérateur se majore).
  3. Appliquer l'inégalité : f(b)f(a)M(ba).
  4. Cas des suites récurrentes un+1=f(un) de limite éventuelle vérifiant f()= : écrire
un+1=f(un)f()Mun,

puis, par récurrence, unMnu0. Si M<1, cette majoration prouve la convergence vers et en donne la vitesse.

Exemple

a. Une majoration directe. Pour f(x)=x sur [1,+[, on a f(x)=12x. Comme x1 entraîne x1, il vient 0<f(x)12. Donc, pour tous réels x et y supérieurs ou égaux à 1,

xy12xy.

Par exemple 10110012, ce qui est très grossier, mais suffit dans bien des majorations.

Exemple

b. Une suite récurrente. Soit (un) définie par u0[0,3] et un+1=un+2. Posons f(x)=x+2 sur I=[0,3].

Stabilité. Si x[0,3], alors x+2[2,5], donc f(x)[2,5][0,3] car 5<3. Une récurrence immédiate donne un[0,3] pour tout n.

Point fixe. L'équation f()= avec 0 équivaut à 2=+2, soit 22=0, dont les racines sont 2 et 1. Seul =2 convient.

Majoration. Pour xI, f(x)=12x+2 et x+22>1, donc 0<f(x)<12. L'inégalité des accroissements finis donne

un+12=f(un)f(2)12un2,

puis, par récurrence, un212nu02. Comme 12n0, le théorème d'encadrement donne un2.

Dérivée et variations

Voici le résultat qui justifie, à lui seul, tout le travail précédent : il transforme une information ponctuelle (le signe de f en chaque point) en une information globale (le sens de variation sur l'intervalle).

Propriété

Soit f continue sur un intervalle I et dérivable sur l'intérieur de I.

  1. f est croissante sur I si et seulement si f0 sur l'intérieur de I.
  2. f est décroissante sur I si et seulement si f0 sur l'intérieur de I.
  3. f est constante sur I si et seulement si f=0 sur l'intérieur de I.
  4. Si f>0 sur l'intérieur de I, alors f est strictement croissante sur I (et de même avec f<0 et la stricte décroissance).

Démonstration. Montrons le sens direct du point 1, les autres étant analogues. Supposons f0 et soient x<y deux points de I. La fonction f est continue sur [x,y] et dérivable sur ]x,y[, car ce segment est inclus dans I et cet intervalle ouvert dans l'intérieur de I. L'égalité des accroissements finis fournit c]x,y[ tel que

f(y)f(x)=f(c)(yx).

Le facteur f(c) est positif par hypothèse et yx>0, donc f(y)f(x)0, soit f(x)f(y) : la fonction est croissante. Le point 4 s'obtient de la même façon, l'inégalité f(c)>0 donnant cette fois f(y)f(x)>0, donc une inégalité stricte. Le point 3 résulte des points 1 et 2 appliqués simultanément : f est à la fois croissante et décroissante, donc constante.

Réciproquement, supposons f croissante sur I et soit a un point intérieur à I. Pour xI avec xa, le taux d'accroissement f(x)f(a)xa est positif : numérateur et dénominateur sont de même signe, par croissance de f. En passant à la limite quand xa, l'inégalité large est conservée et donne f(a)0.

Remarque

Attention à la réciproque du point 4. L'implication n'est vraie que dans un sens : une fonction strictement croissante peut avoir une dérivée qui s'annule. Ainsi f(x)=x3 est strictement croissante sur R, pourtant f(0)=0. On ne peut donc jamais écrire « f strictement croissante donc f>0 ».

Le critère suivant est celui qu'on utilise en pratique dans les tableaux de variations, où la dérivée s'annule presque toujours en quelques points isolés.

Propriété

Critère de stricte monotonie. Soit f continue sur un intervalle I et dérivable sur l'intérieur de I. Si f0 sur l'intérieur de I et si f ne s'annule qu'en un nombre fini de points, alors f est strictement croissante sur I.

Démonstration. D'après le point 1 du théorème précédent, f est déjà croissante sur I. Soient x<y dans I ; il reste à exclure le cas f(x)=f(y). Supposons donc f(x)=f(y) et soit z[x,y]. Par croissance, f(x)f(z)f(y)=f(x), donc f(z)=f(x) : la fonction f est constante sur le segment [x,y].

Sa dérivée est alors nulle en tout point de ]x,y[, qui est un intervalle ouvert non vide, donc infini. Cela contredit l'hypothèse selon laquelle f ne s'annule qu'en un nombre fini de points. Par conséquent f(x)f(y), et comme f(x)f(y), on a bien f(x)<f(y).

Remarque

L'hypothèse « I est un intervalle » est indispensable au point 3. Considérons la fonction f définie sur R=],0[]0,+[ par

f(x)={1si x>0,1si x<0.

Elle est dérivable sur R de dérivée nulle partout, et pourtant elle n'est pas constante. Il n'y a aucune contradiction : R n'est pas un intervalle, et l'égalité des accroissements finis ne peut pas être appliquée entre un point négatif et un point positif, puisque le segment qui les joint sort de l'ensemble de définition.

Conséquence pratique : une dérivée nulle donne une constante sur chaque intervalle du domaine, mais la constante peut changer d'un intervalle à l'autre. On le reverra pour les primitives au paragraphe 6.7.

Méthode

Démontrer une inégalité par étude de fonction. C'est l'application la plus fréquente du théorème.

  1. Tout ramener d'un seul côté : pour établir A(x)B(x) sur I, on pose g(x)=B(x)A(x) et l'on cherche à montrer g0.
  2. Dériver g et étudier le signe de g (factoriser !).
  3. Dresser le tableau de variations de g et identifier son minimum sur I.
  4. Calculer ce minimum : s'il vaut 0, l'inégalité est démontrée, avec en prime son cas d'égalité.

Exemple

a. L'inégalité lnxx1. Posons g(x)=x1lnx sur R+. Alors

g(x)=11x=x1x.

Comme x>0, le signe de g(x) est celui de x1 : la fonction g est décroissante sur ]0,1] et croissante sur [1,+[. Elle atteint donc son minimum en 1, et g(1)=110=0. Ainsi g0 sur R+, c'est-à-dire

x>0,lnxx1,

avec égalité si et seulement si x=1 (le minimum étant strict de part et d'autre).

b. L'inégalité ex1+x. Posons h(x)=ex1x sur R, de dérivée h(x)=ex1, qui est négative pour x0 et positive pour x0. Le minimum de h est donc h(0)=0, d'où ex1+x pour tout réel x.

Exemple

c. Stricte monotonie avec une dérivée qui s'annule. Soit f(x)=x33x2+3x. Alors

f(x)=3x26x+3=3(x22x+1)=3(x1)20,

et f ne s'annule qu'en x=1, c'est-à-dire en un seul point. D'après le critère de stricte monotonie, f est strictement croissante sur R. Sa courbe possède en x=1 une tangente horizontale, qu'elle traverse sans que la monotonie soit rompue.

Plan d'une étude de fonction

Méthode

Étude complète d'une fonction, en sept étapes. L'ordre compte : chaque étape utilise les précédentes.

  1. Ensemble de définition Df. Traduire les contraintes : dénominateur non nul, expression sous une racine positive, argument d'un logarithme strictement positif. Écrire Df comme réunion d'intervalles.
  2. Symétries. Si Df est symétrique par rapport à 0, tester la parité : f(x)=f(x) (courbe symétrique par rapport à l'axe des ordonnées) ou f(x)=f(x) (symétrie par rapport à l'origine). En cas de succès, l'étude se réduit à DfR+.
  3. Limites aux bornes de chaque intervalle de Df, en levant les formes indéterminées (croissances comparées, factorisation par le terme dominant, quantité conjuguée).
  4. Dérivabilité et calcul de f. Justifier la dérivabilité en une phrase, puis calculer f et la factoriser.
  5. Signe de f. Résoudre f(x)>0, éventuellement à l'aide d'un tableau de signes auxiliaire.
  6. Tableau de variations, complété par les limites de l'étape 3 et les valeurs des extremums.
  7. Asymptotes, points remarquables et tracé. Asymptote verticale x=a si f tend vers l'infini en a ; asymptote horizontale y= si f(x) en l'infini ; asymptote oblique y=px+q si f(x)(px+q)0. Ajouter la ou les tangentes remarquables et les intersections avec les axes.

Remarque

Pour une fonction rationnelle, l'étape 7 se prépare dès l'étape 1 : la division du numérateur par le dénominateur met l'expression sous la forme f(x)=px+q+r(x)d(x), où le reste tend vers 0 à l'infini. L'asymptote oblique se lit alors directement, ainsi que la position de la courbe par rapport à elle, donnée par le signe du reste.

Traitons un exemple complet, en suivant les sept étapes.

Exemple

Étude de f(x)=x2+1x1, étapes 1 à 3.

Ensemble de définition. Le dénominateur s'annule pour x=1, donc

Df=],1[]1,+[.

Symétries. L'ensemble Df n'est pas symétrique par rapport à 0 : aucune réduction du domaine n'est possible.

Forme réduite. La division donne, pour tout x1,

f(x)=x+1+2x1,

ce que l'on vérifie en réduisant au même dénominateur : (x+1)(x1)+2=x21+2=x2+1.

Limites. Quand x1, le numérateur tend vers 2>0 et le dénominateur vers 0, donc f(x) ; quand x1+, de même f(x)+. Enfin, la forme réduite donne f(x) quand x et f(x)+ quand x+.

Exemple

Étude de f(x)=x2+1x1, étapes 4 à 6.

Dérivée. La fonction f est un quotient de fonctions dérivables dont le dénominateur ne s'annule pas sur Df : elle est dérivable sur Df, et

f(x)=2x(x1)(x2+1)×1(x1)2=2x22xx21(x1)2=x22x1(x1)2.

Signe. Le dénominateur est strictement positif sur Df, donc f(x) a le signe du trinôme x22x1, de discriminant Δ=4+4=8>0 et de racines

x1=2222=12,x2=2+222=1+2.

Le trinôme est positif à l'extérieur des racines et négatif entre elles.

Valeurs des extremums. En utilisant x2=2x+1 pour x{x1,x2}, on obtient f(xi)=2xi+2xi1. Pour x2=1+2 : f(x2)=4+222=22+2. Pour x1=12 : f(x1)=4222=22+2.

Le tableau de variations rassemble ces informations.

xx
-\infty
121-\sqrt{2}
11
1+21+\sqrt{2}
++\infty
f(x)f'(x)
++
00
-
-
00
++
f(x)f(x)
2222-2\sqrt{2}
2+222+2\sqrt{2}

Exemple

Étude de f(x)=x2+1x1, étape 7.

Asymptote verticale. Puisque f(x)± quand x1, la droite d'équation x=1 est asymptote verticale à Cf.

Asymptote oblique. La forme réduite donne

f(x)(x+1)=2x1x±0,

donc la droite D d'équation y=x+1 est asymptote oblique à Cf en et en +.

Position relative. Le signe de f(x)(x+1)=2x1 est celui de x1. La courbe est donc au-dessus de D sur ]1,+[ et en dessous sur ],1[, sans point d'intersection puisque 2x1 ne s'annule jamais.

Points remarquables. La courbe coupe l'axe des ordonnées en (0,1), car f(0)=11=1. Elle ne coupe pas l'axe des abscisses, car x2+1>0 pour tout réel x. Le maximum local vaut 2220,83 et le minimum local 2+224,83 : la courbe est bien formée de deux branches disjointes.

Exemple

Une étude plus rapide : g(x)=xex sur R.

Définition et limites. Dg=R. Quand x, x et ex+, donc g(x). Quand x+, g(x)=xex0+ par croissances comparées : la droite d'équation y=0 est asymptote horizontale en +.

Dérivée. Produit de deux fonctions dérivables :

g(x)=1×ex+x×(ex)=(1x)ex.

Comme ex>0, le signe de g est celui de 1x : positif pour x<1, négatif pour x>1.

Extremum. La fonction admet un maximum global en 1, de valeur g(1)=e1=1e.

xx
-\infty
11
++\infty
g(x)g'(x)
++
00
-
g(x)g(x)
1e\dfrac{1}{e}
00

Intégration sur un segment

L'intégration répond à deux questions qui semblent étrangères l'une à l'autre. La première est géométrique : quelle est l'aire du domaine compris entre une courbe et l'axe des abscisses ? La seconde est algébrique : étant donnée une fonction f, existe-t-il une fonction F dont la dérivée soit f ? Le théorème fondamental de l'analyse (paragraphe 6.8) affirme que ces deux questions n'en font qu'une, et c'est de cette identification que vient toute la puissance du calcul intégral.

Une mise en garde de méthode avant de commencer. Dans les exercices de concours, il est fréquent que l'intégrale à étudier ne se calcule pas : aucune primitive n'est exprimable à l'aide des fonctions usuelles. Les résultats véritablement utiles de cette section ne sont donc pas seulement les techniques de calcul, mais aussi et surtout les inégalités : positivité, croissance, inégalité de la moyenne, inégalité triangulaire. Elles permettent d'encadrer une intégrale que l'on est incapable de calculer, et c'est très souvent ce que l'énoncé demande.

Dans toute cette section, les fonctions considérées sont continues sur le segment ou l'intervalle mentionné, et l'on intègre uniquement sur des segments [a,b], c'est-à-dire des intervalles fermés et bornés.

Intégrale d'une fonction continue sur un segment

Propriété

Existence de l'intégrale (admise). Soient a et b deux réels avec ab, et soit f une fonction continue sur le segment [a,b]. Alors il existe un réel, noté

abf(t)dt,

appelé intégrale de f entre a et b, qui vérifie les propriétés des paragraphes 6.2 à 6.6.

La construction de ce nombre est hors programme : elle repose sur l'approximation de f par des fonctions plus simples, et sa mise en place rigoureuse demanderait plusieurs pages. On l'admet donc entièrement, comme le programme y invite. En revanche, toutes les propriétés énoncées ensuite seront soit admises comme faisant partie de cette construction (linéarité, positivité, relation de Chasles), soit démontrées à partir d'elles.

Définition

Dans l'écriture abf(t)dt, les réels a et b sont les bornes de l'intégrale, et la lettre t est la variable d'intégration. Cette variable est muette : elle n'existe pas en dehors du symbole, et peut être remplacée par n'importe quelle autre lettre non utilisée par ailleurs :

abf(t)dt=abf(x)dx=abf(u)du.

Une intégrale est un nombre, pas une fonction.

Remarque

Deux fautes d'écriture à ne jamais commettre. La première consiste à réutiliser la variable muette hors de l'intégrale : l'écriture axf(x)dx n'a aucun sens, il faut écrire axf(t)dt. La seconde consiste à oublier le dt, qui ferme le symbole et indique par rapport à quelle variable on intègre : dans 01xtdt, la lettre x est une constante.

Interprétation en aire. Munissons le plan d'un repère orthogonal, et appelons unité d'aire l'aire du rectangle construit sur les deux vecteurs de base. Lorsque f est continue et positive sur [a,b] avec ab, le nombre abf(t)dt est l'aire, exprimée en unités d'aire, du domaine délimité par la courbe Cf, l'axe des abscisses et les droites d'équations x=a et x=b.

Lorsque f change de signe, l'intégrale est une aire algébrique : les portions situées au-dessus de l'axe des abscisses comptent positivement, celles situées en dessous comptent négativement. C'est pourquoi une intégrale peut être nulle sans que la fonction le soit.

Propriété

Deux valeurs immédiates. Pour ab et λ réel,

abλdt=λ(ba),

ce qui correspond à l'aire algébrique du rectangle de largeur ba et de hauteur λ. En particulier ab0dt=0.

Exemple

a. 01tdt=12 : le domaine est le triangle rectangle de sommets (0,0), (1,0) et (1,1), d'aire 1×12.

b. 11tdt=0 : les deux triangles, l'un sous l'axe sur [1,0], l'autre au-dessus sur [0,1], ont la même aire 12 et se compensent. L'intégrale est nulle alors que la fonction ne l'est pas : elle change de signe.

c. 253dt=3×(52)=9.

Conventions d'orientation et relation de Chasles

Jusqu'ici la borne du bas était inférieure à celle du haut. Il est commode de lever cette restriction, au prix d'une convention de signe.

Définition

Soit f continue sur un intervalle I, et soient a et b deux points de I. On pose

aaf(t)dt=0et, si a>b,abf(t)dt=baf(t)dt.

Autrement dit, échanger les bornes change le signe de l'intégrale. Avec cette convention, l'écriture abf a un sens pour tous a et b dans I, sans hypothèse sur leur ordre.

Propriété

Relation de Chasles. Soit f continue sur un intervalle I. Pour tous a, b, c dans I,

abf(t)dt=acf(t)dt+cbf(t)dt.

Cette égalité est valable quel que soit l'ordre des trois réels, grâce à la convention ci-dessus.

Remarque

Le point c n'a aucune raison d'être compris entre a et b : c'est ce qui rend la relation si commode. On l'emploie dans les deux sens. De gauche à droite, elle découpe une intégrale pour traiter séparément deux morceaux, par exemple lorsque la fonction change de signe ou d'expression. De droite à gauche, elle recolle deux intégrales, ce qui sert notamment à faire apparaître la différence axfax0f=x0xf dans la démonstration du théorème fondamental.

Exemple

Soit f définie sur [0,2] par f(t)=t si t1 et f(t)=2t si t>1. Cette fonction est continue en 1 car les deux expressions y valent 1. Par la relation de Chasles,

02f(t)dt=01tdt+12(2t)dt=12+12=1,

chacune des deux intégrales étant l'aire d'un triangle rectangle de côtés 1 et 1. Le domaine total est un triangle de base 2 et de hauteur 1, d'aire 2×12=1 : les deux calculs concordent.

Linéarité de l'intégrale

Propriété

Linéarité (admise). Soient f et g continues sur un intervalle I, soient a et b dans I, et soient λ et μ deux réels. Alors

ab(λf(t)+μg(t))dt=λabf(t)dt+μabg(t)dt.

Remarque

Il n'existe aucune formule analogue pour un produit ou un quotient : en général

abf(t)g(t)dt(abf(t)dt)(abg(t)dt).

Un contre-exemple suffit : avec f=g=id sur [0,1], le membre de gauche vaut 01t2dt=13 et celui de droite 12×12=14. C'est l'erreur la plus fréquente du chapitre.

Exemple

En admettant 01tdt=12 et 01t2dt=13, la linéarité donne

01(6t24t+5)dt=6×134×12+5×1=22+5=5.

Positivité, croissance et cas d'égalité

Propriété

Soient ab et f, g continues sur [a,b].

  1. Positivité. Si f0 sur [a,b], alors abf(t)dt0.
  2. Croissance. Si fg sur [a,b], alors abf(t)dtabg(t)dt.

Démonstration du point 2 à partir du point 1. La fonction gf est continue et positive sur [a,b], donc son intégrale est positive d'après le point 1. La linéarité donne

abg(t)dtabf(t)dt=ab(g(t)f(t))dt0,

d'où l'inégalité annoncée.

Remarque

L'hypothèse ab est indispensable. Si les bornes sont dans le désordre, les inégalités changent de sens, à cause de la convention d'orientation. Ainsi 10tdt=12<0 bien que la fonction soit positive sur [0,1]. Avant d'appliquer la positivité ou la croissance, toujours vérifier que la borne du bas est la plus petite.

Le théorème suivant est le plus fin de la section : il affirme qu'une fonction continue positive d'intégrale nulle est identiquement nulle. Autrement dit, dès qu'une fonction continue positive est non nulle quelque part, elle « emporte » une aire strictement positive.

Propriété

Cas d'égalité. Soient a<b et f continue et positive sur [a,b]. Si

abf(t)dt=0,

alors f est identiquement nulle sur [a,b].

Démonstration. Raisonnons par l'absurde et supposons qu'il existe x0[a,b] tel que f(x0)>0.

Utilisons la continuité en x0. Appliquons la définition de la continuité avec le réel strictement positif ε=f(x0)2 : il existe η>0 tel que, pour tout t[a,b] vérifiant tx0η,

f(t)f(x0)f(x0)2,doncf(t)f(x0)f(x0)2=f(x0)2.

Fabriquons un segment non trivial. Posons η=min(η,ba2)>0. Si x0<b, posons α=x0 et β=min(x0+η,b) ; si x0=b, posons β=b et α=bη, qui est bien supérieur à a puisque ηba2<ba. Dans les deux cas, [α,β][a,b], α<β, et tout t[α,β] vérifie tx0η, donc f(t)f(x0)2.

Minorons l'intégrale. Par croissance de l'intégrale sur [α,β], comparée à la fonction constante f(x0)2,

αβf(t)dtf(x0)2(βα)>0.

Par la relation de Chasles, puis par positivité de l'intégrale sur [a,α] et sur [β,b] (où f reste positive),

abf(t)dt=aαf0+αβf+βbf0αβf(t)dt>0.

Cela contredit l'hypothèse abf=0. Donc f(x)=0 pour tout x[a,b].

Remarque

L'hypothèse de continuité est essentielle. Une fonction positive nulle partout sauf en un point a une aire nulle sous sa courbe, sans être la fonction nulle ; mais une telle fonction n'est pas continue, et sort du cadre de ce chapitre. De même, l'hypothèse a<b est nécessaire : si a=b, l'intégrale est nulle quelle que soit f.

Méthode

Démontrer qu'une fonction est nulle. Dès qu'un énoncé fournit une hypothèse du type « abh(t)dt=0 », le réflexe est d'examiner si l'intégrande est continu et de signe constant.

  1. Vérifier la continuité de h sur [a,b] et son signe. Les carrés et les valeurs absolues sont les cas les plus fréquents : f20, f0.
  2. Si h0, appliquer le théorème à h.
  3. Conclure : h est identiquement nulle, puis en déduire ce que l'on cherche, par exemple f=0 à partir de f2=0.

Exemple

Soit f continue sur [0,1] telle que 01f(t)2dt=0. La fonction tf(t)2 est continue comme produit de fonctions continues, et positive. Le théorème du cas d'égalité s'applique : f(t)2=0 pour tout t[0,1], donc f est la fonction nulle.

En revanche, l'hypothèse 01f(t)dt=0 ne permet pas de conclure : la fonction f(t)=t12 est continue, d'intégrale nulle sur [0,1], et pourtant non nulle. La positivité est indispensable.

Inégalité triangulaire intégrale

Propriété

Soient ab et f continue sur [a,b]. Alors f est continue sur [a,b] et

abf(t)dtabf(t)dt.

Démonstration. La continuité de f résulte de la composition de f par la fonction valeur absolue, elle-même continue sur R (section 4) : l'intégrale de droite existe donc bien.

Pour tout t[a,b], on dispose de l'encadrement f(t)f(t)f(t). Comme ab, la croissance de l'intégrale s'applique aux deux inégalités et donne, en utilisant la linéarité pour le membre de gauche,

abf(t)dtabf(t)dtabf(t)dt.

Un encadrement de la forme AXA avec A0 équivaut à XA, ce qui est exactement l'inégalité annoncée.

Remarque

L'analogie avec l'inégalité triangulaire des sommes finies, xkxk, est complète : dans les deux cas, « la valeur absolue d'une somme est plus petite que la somme des valeurs absolues », parce que les compensations de signe ne peuvent que diminuer le résultat.

Si l'ordre des bornes n'est pas connu, la forme correcte est

abf(t)dtabf(t)dt.

Valeur moyenne et inégalité de la moyenne

Définition

Soient a<b et f continue sur [a,b]. On appelle valeur moyenne de f sur [a,b] le réel

μ=1baabf(t)dt.

Géométriquement, μ est la hauteur du rectangle de base [a,b] qui aurait la même aire algébrique que le domaine sous la courbe.

Propriété

Inégalité de la moyenne. Soient ab et f continue sur [a,b]. S'il existe deux réels m et M tels que mf(t)M pour tout t[a,b], alors

m(ba)abf(t)dtM(ba).

Démonstration. Il suffit d'appliquer la croissance de l'intégrale aux deux inégalités mf(t) et f(t)M, en se souvenant que l'intégrale d'une fonction constante λ sur [a,b] vaut λ(ba).

Propriété

Théorème de la moyenne. Soient a<b et f continue sur [a,b]. Il existe c[a,b] tel que

abf(t)dt=f(c)(ba).

Démonstration. La fonction f est continue sur un segment : d'après le théorème des bornes atteintes (section 4), elle admet un minimum m=f(xm) et un maximum M=f(xM). L'inégalité de la moyenne, divisée par ba>0, donne

mμM,ouˋ μ=1baabf(t)dt.

Le réel μ est donc compris entre f(xm) et f(xM). Comme f est continue sur le segment d'extrémités xm et xM, le théorème des valeurs intermédiaires (section 4) fournit un réel c entre xm et xM, donc dans [a,b], tel que f(c)=μ.

Méthode

Encadrer une intégrale que l'on ne sait pas calculer.

  1. Encadrer l'intégrande. Chercher deux constantes m et M telles que mf(t)M sur [a,b], en majorant et minorant chaque morceau de l'expression (un dénominateur positif se minore pour majorer le quotient), ou en étudiant les variations de f.
  2. Appliquer l'inégalité de la moyenne pour obtenir m(ba)abfM(ba).
  3. Affiner si nécessaire : découper [a,b] par la relation de Chasles en deux ou trois morceaux, et encadrer sur chacun. Plus les morceaux sont petits, plus l'encadrement est serré.
  4. Variante : comparer f non pas à des constantes, mais à une fonction dont on sait calculer l'intégrale.

Exemple

a. Un encadrement simple. Soit I=01dt1+t3. Pour t[0,1], on a 0t31, donc 11+t32, puis par passage à l'inverse

1211+t31.

L'inégalité de la moyenne, avec ba=1, donne 12I1.

b. Le même encadrement, affiné. Découpons en deux avec Chasles. Sur [0,12] : 11+t398, donc 8911+t31 et 4901/212. Sur [12,1] : 981+t32, donc 1211+t389 et 141/2149. En additionnant,

2536I1718,

soit environ 0,69I0,94, nettement plus précis que le premier encadrement.

Exemple

c. Une intégrale sans primitive usuelle. Soit J=01et2dt. Aucune primitive de tet2 ne s'exprime à l'aide des fonctions usuelles ; l'encadrement est donc la seule voie. Pour t[0,1], on a 0t21, donc 1t20, et par croissance de l'exponentielle

1eet21,d’ouˋ1eJ1.

On peut faire mieux en comparant à une fonction intégrable : pour t[0,1], t2t donc t2t et et2et. Nous verrons au paragraphe 6.9 que 01etdt=11e, ce qui donne la minoration J11e0,63.

Primitives

Définition

Soient I un intervalle et f une fonction définie sur I. On appelle primitive de f sur I toute fonction F définie sur I, dérivable sur I, et telle que

xI,F(x)=f(x).

Propriété

Soit f définie sur un intervalle I et admettant une primitive F sur I. Alors les primitives de f sur I sont exactement les fonctions de la forme

xF(x)+C,CR.

Autrement dit, deux primitives d'une même fonction sur un intervalle diffèrent d'une constante.

Démonstration. Soit C un réel. La fonction G=F+C est dérivable sur I et G=F+0=f : c'est bien une primitive de f.

Réciproquement, soit G une primitive quelconque de f sur I. La fonction H=GF est dérivable sur I et, pour tout xI,

H(x)=G(x)F(x)=f(x)f(x)=0.

Comme I est un intervalle, le théorème du paragraphe 5.11 affirme qu'une fonction de dérivée nulle sur un intervalle y est constante. Il existe donc un réel C tel que H=C, c'est-à-dire G=F+C.

Remarque

L'hypothèse « I est un intervalle » ne peut pas être supprimée. Sur R, qui est une réunion de deux intervalles, la fonction x1x admet pour primitives les fonctions de la forme

x{lnx+C1si x>0,ln(x)+C2si x<0,

C1 et C2 sont deux constantes indépendantes. C'est pourquoi on écrit « une primitive de 1x sur R+ est lnx » plutôt que la formule globale lnx, qui masque ce phénomène. En pratique, on précise toujours l'intervalle de travail.

Propriété

Primitive vérifiant une condition initiale. Soit f admettant des primitives sur un intervalle I, et soient x0I et y0R. Il existe une unique primitive G de f sur I telle que G(x0)=y0.

Démonstration. Soit F une primitive de f sur I. Les primitives de f sont les F+C ; la condition F(x0)+C=y0 détermine C=y0F(x0) de manière unique, ce qui prouve à la fois l'existence et l'unicité de G=F+y0F(x0).

Exemple

Cherchons la primitive F de f:x3x21x sur R+ vérifiant F(1)=2.

Les primitives de f sur R+ sont les fonctions xx3lnx+C. La condition F(1)=2 s'écrit 10+C=2, soit C=1. Donc

F(x)=x3lnx+1.

Vérification : F(x)=3x21x=f(x), et F(1)=10+1=2.

Théorème fondamental de l'analyse

Rien, jusqu'ici, ne garantit qu'une fonction continue admette une primitive, et rien ne relie l'intégrale (une aire) à la dérivation. Le théorème suivant règle les deux questions d'un coup.

Propriété

Théorème fondamental de l'analyse. Soit f continue sur un intervalle I, et soit aI. La fonction

F:xaxf(t)dt

est définie sur I, dérivable sur I, et vérifie F=f. C'est donc l'unique primitive de f sur I qui s'annule en a. En particulier, toute fonction continue sur un intervalle y admet des primitives, et F est de classe C1.

Démonstration. La fonction F est bien définie : pour tout xI, le segment d'extrémités a et x est inclus dans I, où f est continue.

Le taux d'accroissement. Fixons x0I et soit xI avec xx0. La relation de Chasles donne

F(x)F(x0)=axf(t)dtax0f(t)dt=x0xf(t)dt.

Par ailleurs, x0xf(x0)dt=f(x0)(xx0), car f(x0) est une constante. En divisant par xx0 et en retranchant f(x0), la linéarité donne

F(x)F(x0)xx0f(x0)=1xx0x0x(f(t)f(x0))dt.

La continuité de f en x0. Soit ε>0. Il existe η>0 tel que, pour tout tI vérifiant tx0η, on ait f(t)f(x0)ε.

La majoration. Soit xI tel que 0<xx0η. Tout réel t compris entre x0 et x vérifie alors tx0η, donc f(t)f(x0)ε. Si x>x0, l'inégalité triangulaire intégrale puis l'inégalité de la moyenne donnent

x0x(f(t)f(x0))dtx0xf(t)f(x0)dtε(xx0).

Si x<x0, le même calcul mené sur le segment [x,x0], puis la convention d'orientation, donnent une majoration par ε(x0x). Dans les deux cas, la majoration s'écrit εxx0, donc

F(x)F(x0)xx0f(x0)εxx0xx0=ε.

Conclusion. Pour tout ε>0, il existe η>0 tel que 0<xx0η entraîne que le taux d'accroissement de F en x0 est à distance au plus ε de f(x0). C'est exactement la définition de

limxx0F(x)F(x0)xx0=f(x0).

Donc F est dérivable en x0 et F(x0)=f(x0). Le point x0 étant quelconque dans I, on a F=f sur I. Comme f est continue, F est de classe C1. Enfin F(a)=aaf=0, et l'unicité de la primitive s'annulant en a résulte du paragraphe 6.7.

Propriété

Corollaire : calcul d'une intégrale par une primitive. Soit f continue sur un intervalle I et soit F une primitive quelconque de f sur I. Alors, pour tous a et b dans I,

abf(t)dt=F(b)F(a)=[F(t)]ab.

Démonstration. Posons G(x)=axf(t)dt. D'après le théorème, G est une primitive de f sur I, donc G et F diffèrent d'une constante : il existe C tel que G=F+C. En évaluant en a : 0=G(a)=F(a)+C, donc C=F(a). En évaluant en b :

abf(t)dt=G(b)=F(b)F(a).

Remarque

Le corollaire explique pourquoi le choix de la primitive est indifférent : la constante additive disparaît dans la soustraction F(b)F(a). Dans la rédaction, on écrit systématiquement le crochet [F(t)]ab, qui signale au correcteur quelle primitive a été choisie.

Exemple

a. 12dtt=[lnt]12=ln2ln1=ln2, le calcul ayant lieu sur R+ln est une primitive de 1t.

b. 01etdt=[et]01=e1.

c. 02(3t22t)dt=[t3t2]02=(84)0=4.

d. 01etdt=[et]01=e1+1=11e, ce qui achève l'exemple c. du paragraphe 6.6.

Primitives usuelles et formes composées

Le tableau suivant se lit à l'envers du tableau des dérivées du paragraphe 5.6. La colonne de droite précise un intervalle sur lequel la primitive est valable ; ce n'est pas un détail de rédaction, c'est une condition de validité.

Fonction f(x) Une primitive F(x) Sur
λ (constante) λx R
xn, nN xn+1n+1 R
1xn, n2 1(n1)xn1 R+ ou R
xα, α1 xα+1α+1 R+
1x lnx R+
1x 2x R+
x 23xx R+
ex ex R
eλx, λ0 1λeλx R
1ax+b, a0 1aln(ax+b) tout intervalle où ax+b>0
lnx xlnxx R+
ax, a>0, a1 axlna R

Le tableau des formes composées se déduit du tableau des dérivées composées du paragraphe 5.4, lu à l'envers. Dans tout ce tableau, u désigne une fonction de classe C1 sur l'intervalle considéré.

Fonction Une primitive Condition
uun, nN un+1n+1 aucune
uu lnu u>0 sur l'intervalle
uu2 1u u ne s'annule pas
ueu eu aucune
uu 2u u>0 sur l'intervalle
uuα, α1 uα+1α+1 u>0 sur l'intervalle

Méthode

Reconnaître une forme composée. C'est la technique à essayer avant l'intégration par parties et avant le changement de variable, car elle est instantanée.

  1. Repérer dans l'expression une fonction u « emboîtée » : ce qui est sous une racine, en exposant de e, à l'intérieur d'un logarithme, ou élevé à une puissance.
  2. Calculer u et chercher u dans l'expression, au facteur constant près.
  3. Ajuster la constante : si l'expression contient 3u au lieu de u, on met 3 en facteur ; s'il manque un facteur 2, on écrit l'intégrande sous la forme 12×2u×.
  4. Écrire la primitive et vérifier en dérivant. Cette vérification coûte dix secondes et détecte toutes les erreurs de constante.

Exemple

a. 012tt2+1dt. Avec u(t)=t2+1>0, l'intégrande est uu, donc

012tt2+1dt=[ln(t2+1)]01=ln2ln1=ln2.

b. 01tet2dt. Avec u(t)=t2, on a u(t)=2t : il manque un facteur 2, que l'on compense.

01tet2dt=12012tet2dt=12[et2]01=e12.

c. 01tt2+1dt=12[2t2+1]01=21.

Exemple

d. 12dt(2t+1)2. Avec u(t)=2t+1, qui ne s'annule pas sur [1,2], et u=2 :

12dt(2t+1)2=12122dt(2t+1)2=12[12t+1]12=12(15+13)=12×215=115.

e. 1elnttdt. Avec u(t)=lnt et u(t)=1t, l'intégrande est uu :

1elnttdt=[(lnt)22]1e=120=12.

Intégration par parties

Propriété

Intégration par parties. Soient u et v deux fonctions de classe C1 sur un intervalle I, et soient a et b dans I. Alors

abu(t)v(t)dt=[u(t)v(t)]ababu(t)v(t)dt.

Démonstration. Les fonctions u et v étant dérivables sur I, leur produit l'est aussi et

(uv)=uv+uv.

Les fonctions u, v, u et v étant continues (c'est le sens de l'hypothèse C1), la fonction uv+uv est continue sur I, et uv en est une primitive. Le corollaire du théorème fondamental donne donc

ab(u(t)v(t)+u(t)v(t))dt=[u(t)v(t)]ab.

Les deux fonctions uv et uv étant continues, la linéarité de l'intégrale permet de séparer le membre de gauche en deux intégrales, puis de faire passer la seconde de l'autre côté.

Méthode

Choisir u et v. L'intégration par parties remplace une intégrale par une autre : elle n'est utile que si la nouvelle est plus simple. Tout est donc dans le choix.

  1. v est le facteur que l'on veut dériver, parce que sa dérivée est plus simple que lui : un logarithme (dont la dérivée est une fraction rationnelle), un polynôme (dont le degré baisse).
  2. u est le facteur que l'on sait primitiver sans difficulté : une exponentielle, une puissance de t.
  3. Règle pratique : dès qu'un ln apparaît en facteur, prendre v=ln ; sinon, pour un produit « polynôme fois exponentielle », prendre v égal au polynôme.
  4. Écrire au brouillon les quatre fonctions u, u, v, v avant d'appliquer la formule, et vérifier que u et v sont bien de classe C1 sur le segment d'intégration.
  5. Si la nouvelle intégrale est plus compliquée que la précédente, c'est que les rôles ont été inversés : recommencer avec l'autre choix.

Exemple

a. L'exemple de référence : 1elntdt. L'intégrande n'est pas un produit apparent ; on l'écrit 1×lnt. Posons

u(t)=1,u(t)=t,v(t)=lnt,v(t)=1t.

Les fonctions u et v sont de classe C1 sur [1,e]R+. La formule donne

1elntdt=[tlnt]1e1et×1tdt=(e×11×0)1e1dt=e(e1)=1.

On retrouve au passage que ttlntt est une primitive de ln, comme annoncé dans le tableau du paragraphe 6.9.

Exemple

b. Polynôme fois exponentielle. Pour 01tetdt, on pose u(t)=et, u(t)=et, v(t)=t et v(t)=1 :

01tetdt=[tet]0101etdt=e(e1)=1.

c. Deux intégrations par parties successives. Pour 01t2etdt, le même choix (u=et, v=t2) donne

01t2etdt=[t2et]01012tetdt=e201tetdt=e2×1=e2.

Le degré du polynôme a baissé d'une unité à chaque application : c'est le principe.

d. Avec un logarithme. Pour 12tlntdt, on pose u(t)=t, u(t)=t22, v(t)=lnt :

12tlntdt=[t22lnt]1212t22×1tdt=2ln212[t22]12=2ln234.

Changement de variable

Propriété

Changement de variable. Soient f continue sur un intervalle I et φ une fonction de classe C1 sur un segment [α,β], à valeurs dans I. Alors

αβf(φ(u))φ(u)du=φ(α)φ(β)f(x)dx.

Démonstration. La fonction f étant continue sur l'intervalle I, elle y admet une primitive F d'après le théorème fondamental. La composée Fφ est dérivable sur [α,β], de dérivée

(Fφ)=φ×(Fφ)=φ×(fφ),

qui est continue. Ainsi Fφ est une primitive de uf(φ(u))φ(u) sur [α,β], donc

αβf(φ(u))φ(u)du=[F(φ(u))]αβ=F(φ(β))F(φ(α))=φ(α)φ(β)f(x)dx.

Méthode

Effectuer un changement de variable, en quatre temps.

  1. Poser le changement, sous la forme x=φ(u) ou u=ψ(x), et vérifier que la fonction choisie est de classe C1 sur le segment concerné.
  2. Différentier : de x=φ(u) on tire dx=φ(u)du. Cette écriture est une abréviation commode de l'énoncé du théorème ; elle sert à transformer mécaniquement l'intégrande.
  3. Changer les bornes, et c'est l'étape que l'on oublie : les nouvelles bornes sont les valeurs de la nouvelle variable, pas de l'ancienne. Les écrire explicitement, par exemple « pour t=1, u=1 ; pour t=4, u=2 ».
  4. Calculer la nouvelle intégrale, entièrement écrite dans la nouvelle variable : aucune trace de l'ancienne ne doit subsister.

Deux situations appellent un changement de variable : la présence d'une racine t que l'on veut faire disparaître (poser u=t), et la présence répétée d'une même expression, typiquement et (poser u=et).

Exemple

a. Poser u=et. Calculons K=01dt1+et.

Changement. Posons u=φ(t)=et, fonction de classe C1 sur [0,1], avec du=etdt. Pour faire apparaître du, on écrit l'intégrande sous la forme voulue en multipliant et divisant par et :

11+et=1et(1+et)×et.

Les bornes deviennent u=e0=1 et u=e1=e. Donc

K=1eduu(1+u).

Calcul. Comme 1u11+u=(1+u)uu(1+u)=1u(1+u), la linéarité donne

K=1e(1u11+u)du=[lnuln(1+u)]1e=(1ln(1+e))(0ln2)=1+ln2ln(1+e).

Exemple

b. Poser u=t. Calculons L=14dt1+t.

Changement. Posons t=φ(u)=u2, de classe C1 sur [1,2] et à valeurs dans [1,4], ce qui revient à poser u=t. Alors dt=2udu, et t=u puisque u0. Pour t=1, u=1 ; pour t=4, u=2. Donc

L=122u1+udu.

Calcul. La division donne 2u1+u=2(1+u)21+u=221+u, d'où

L=[2u2ln(1+u)]12=(42ln3)(22ln2)=22ln3+2ln2=22ln32.

Numériquement, L1,19.

Remarque

Le changement de variable affine u=at+b est si fréquent qu'on l'effectue de tête, en ajustant simplement une constante : c'est exactement ce que fait la reconnaissance des formes composées du paragraphe 6.9. On réserve la rédaction complète en quatre temps aux changements non affines.

Quelle technique pour quelle intégrale

Méthode

Synthèse : choisir sa méthode devant une intégrale. Les essais se font dans cet ordre, du moins coûteux au plus coûteux.

  1. L'intégrande est-il dans le tableau des primitives usuelles ? Alors calculer directement avec un crochet.
  2. Est-ce une forme composée uun, uu, ueu, uu, uu2 ? Alors ajuster la constante et conclure. Repérer u comme « ce qui est emboîté ».
  3. Est-ce un produit dont un facteur se simplifie en dérivant (un ln, un polynôme) et dont l'autre se primitive facilement (une exponentielle, une puissance) ? Alors intégration par parties.
  4. Une racine ou une exponentielle revient-elle plusieurs fois dans l'expression ? Alors changement de variable, u=t ou u=et.
  5. L'intégrande est-il une fraction rationnelle ? Alors la découper en somme de fractions plus simples, par division ou par identification des coefficients, puis intégrer terme à terme.
  6. Aucune des techniques ne fonctionne ? C'est probablement voulu : passer aux encadrements du paragraphe 6.6, ou à une étude de la fonction définie par l'intégrale (paragraphe 6.13).

Exemple

Reconnaissons la méthode pour chacune des intégrales suivantes, sans les calculer.

a. 013t2t3+1dt : forme uu avec u(t)=t3+1>0. Résultat : ln2.

b. 01(2t+3)etdt : produit polynôme-exponentielle, intégration par parties avec v(t)=2t+3.

c. 14dtt(1+t) : la racine se répète, changement de variable u=t. Il vient 122du1+u=2ln32.

d. 01dt1+t4 : ni primitive usuelle, ni forme composée, ni produit se prêtant à une intégration par parties. On encadre : 11+t42 sur [0,1], donc l'intégrale est comprise entre 12 et 1.

Fonctions définies par une intégrale à bornes variables

Propriété

Soient f continue sur un intervalle I, et u, v deux fonctions dérivables sur un intervalle J, à valeurs dans I. Alors la fonction

G:xu(x)v(x)f(t)dt

est définie et dérivable sur J, et

G(x)=v(x)f(v(x))u(x)f(u(x)).

Démonstration. Soit F une primitive de f sur I, qui existe d'après le théorème fondamental. Pour tout xJ, le corollaire donne

G(x)=F(v(x))F(u(x)).

Les fonctions Fv et Fu sont dérivables sur J comme composées de fonctions dérivables, donc G l'est aussi, et la formule de dérivation d'une composée donne

G(x)=v(x)F(v(x))u(x)F(u(x))=v(x)f(v(x))u(x)f(u(x)).

Méthode

Étudier une fonction définie par une intégrale. Ne jamais chercher à calculer l'intégrale en premier : le plus souvent, c'est impossible, et c'est inutile.

  1. Ensemble de définition : déterminer les x pour lesquels le segment d'extrémités u(x) et v(x) est inclus dans un intervalle où f est continue. C'est la seule difficulté réelle de l'exercice.
  2. Introduire une primitive F de f (sans chercher à l'expliciter) et écrire G=FvFu.
  3. Dériver avec la formule ci-dessus, puis étudier le signe de G pour obtenir les variations.
  4. Signe et valeurs particulières : la positivité de l'intégrale donne le signe de G lorsque f est de signe constant et que les bornes sont dans le bon ordre ; les valeurs de x pour lesquelles u(x)=v(x) donnent G(x)=0.

Exemple

a. Un cas où l'on peut vérifier. Soit H(x)=0x2etdt pour xR. La fonction tet est continue sur R, et xx2 est dérivable : H est définie et dérivable sur R, avec

H(x)=2xex2.

Vérifions par le calcul direct : H(x)=[et]0x2=1ex2, dont la dérivée est bien 2xex2. Le signe de H est celui de x : la fonction H décroît sur R et croît sur R+, avec un minimum H(0)=0.

Exemple

b. Un cas où l'on ne peut pas calculer. Soit

G(x)=xx2dtlnt,x]1,+[.

Définition. La fonction t1lnt est continue sur ]1,+[, puisque ln y est continue et ne s'y annule pas. Pour x>1, on a x2>x>1, donc le segment [x,x2] est inclus dans ]1,+[ : G est bien définie.

Dérivée. Avec u(x)=x et v(x)=x2, la formule donne

G(x)=2x×1ln(x2)1×1lnx=2x2lnx1lnx=x1lnx.

Variations. Pour x>1, le numérateur et le dénominateur sont strictement positifs, donc G>0 : la fonction G est strictement croissante sur ]1,+[. On obtient ce résultat sans disposer d'aucune expression de G, puisque t1lnt n'a pas de primitive exprimable à l'aide des fonctions usuelles.

Exemple

c. Une intégrale constante. Soit Φ(x)=x2xdtt pour x>0. La fonction t1t est continue sur R+ et [x,2x]R+, donc Φ est définie et dérivable sur R+, avec

Φ(x)=2×12x1×1x=1x1x=0.

Comme R+ est un intervalle, la fonction Φ est constante. Sa valeur s'obtient en un point quelconque, par exemple en x=1 : Φ(1)=12dtt=ln2. Ainsi Φ(x)=ln2 pour tout x>0, ce que confirme le calcul direct [lnt]x2x=ln(2x)lnx=ln2.

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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.