ECG approfondies · Chapitre 12 · Troisième semestre
Compléments de probabilités : couples et n-uplets de variables aléatoires réelles
2e année
Espérance conditionnelle, variables à densité, lois à densité usuelles, variance, n-uplets, indépendance, sommes de variables aléatoires.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Espérance conditionnelle
- Variables à densité
- Lois à densité usuelles
- Variance
- N-uplets
- Indépendance
- Sommes de variables aléatoires
Les deux chapitres de probabilités de première année ont construit un édifice complet, et cet édifice repose entièrement sur une hypothèse : les variables aléatoires étudiées sont discrètes, c'est-à-dire qu'elles ne prennent qu'un nombre fini ou dénombrable de valeurs. Sous cette hypothèse, la loi d'une variable est la famille des nombres , l'espérance est la somme , et tout le calcul des probabilités se ramène à de l'arithmétique et à des séries.
Cette hypothèse tombe dès qu'on quitte le comptage. La durée de vie d'un composant électronique, le temps d'attente d'un client à un guichet, la taille d'un individu tiré au hasard dans une population, l'erreur commise par un instrument de mesure : aucune de ces quantités n'est un entier, ni même une valeur choisie dans une liste. Elles prennent leurs valeurs dans un intervalle, et un intervalle non réduit à un point contient une infinité non dénombrable de réels.
L'obstacle est alors immédiat, et il est de nature arithmétique. Supposons qu'une durée de vie soit à valeurs dans et qu'aucune valeur ne soit privilégiée. Si l'on avait pour une valeur , la même chose vaudrait pour une infinité de valeurs voisines, et la somme des probabilités dépasserait . La seule issue cohérente est donc pour tout réel . La loi de ne peut plus être décrite par la famille des : cette famille est identiquement nulle, elle ne contient plus aucune information.
Il faut donc changer d'objet, et le programme en désigne un seul : la fonction de répartition . Elle a l'immense avantage d'être définie pour n'importe quelle variable aléatoire réelle, discrète ou non, et l'on admet qu'elle caractérise entièrement la loi. Tout le chapitre s'organise autour d'elle. Pour une variable discrète, elle est en escalier, et ses sauts redonnent les probabilités ponctuelles. Pour les variables nouvelles de ce chapitre, elle est continue, et sa dérivée s'appelle une densité.
Ce qui change, une fois la densité en place, tient en une phrase : la somme devient une intégrale. Là où l'on écrivait , on écrira ; là où l'on additionnait des probabilités élémentaires, on intégrera une densité sur un intervalle. La question de la convergence, qui portait sur des séries, porte désormais sur des intégrales impropres, et elle se règle avec les mêmes outils : comparaison, équivalents, croissances comparées, intégrales de Riemann.
Ce qui ne change pas est tout aussi important, et il faut le dire d'emblée : l'espérance reste la valeur moyenne, la variance reste la dispersion, la covariance reste la mesure de liaison linéaire, l'indépendance signifie toujours que la connaissance de l'une des variables n'apporte aucune information sur l'autre. Les propriétés opératoires sont les mêmes, mot pour mot : linéarité de l'espérance sans hypothèse, , formule de König-Huygens, variance d'une somme avec le terme de covariance. Un étudiant qui a compris le cas discret n'a rien à réapprendre sur le fond ; il a un outil de calcul à changer.
Ce chapitre est ainsi le point de rencontre entre les deux moitiés du programme. Il ne se comprend pas sans l'analyse de première année, et il en réactive tout l'arsenal : intégration sur un segment, intégration par parties, changement de variable affine, intégrales impropres et critères de convergence, croissances comparées. Réciproquement, il donne à cette analyse sa justification la plus concrète : c'est parce que converge qu'une durée de vie a une durée moyenne.
Deux réflexes doivent être installés dès les premières lignes, parce que ce sont eux que les concours sanctionnent. Le premier : une espérance n'existe que si l'intégrale converge absolument, et cette convergence se justifie AVANT tout calcul. Le second : la loi d'une transformée se cherche par la fonction de répartition, jamais en dérivant la densité de . La dernière partie du chapitre étend enfin le cadre à plusieurs variables simultanées, ce qui permet de traiter les sommes, les minimums, les maximums et les échantillons, c'est-à-dire l'essentiel des problèmes de concours.
Voici les notations employées dans tout le chapitre.
| Notation | Sens |
|---|---|
| espace probabilisé | |
| ensemble des valeurs prises par | |
| fonction de répartition de , définie par | |
| densité d'une variable à densité | |
| , | événements associés à |
| , , | espérance, variance, écart-type |
| espérance de sachant l'événement | |
| , | covariance, coefficient de corrélation linéaire |
| la variable suit la loi | |
| loi uniforme sur le segment | |
| loi exponentielle de paramètre | |
| loi normale d'espérance et de variance | |
| , | densité et fonction de répartition de |
| , | fonction Gamma d'Euler, loi gamma de paramètre |
| , , | lois discrètes de première année |
| élément différentiel dans une intégrale | |
| entiers tels que | |
| indicatrice de l'ensemble | |
| fin de démonstration |
Compléments sur les variables aléatoires réelles
Variable aléatoire réelle et fonction de répartition
Définition
Soit un espace probabilisé. On appelle variable aléatoire réelle sur cet espace toute application telle que, pour tout réel , l'ensemble
soit un événement.
Une remarque de méthode s'impose tout de suite. La condition figurant dans la définition est une condition technique, héritée de la théorie de la mesure, et le programme est explicite : vérifier qu'une application est une variable aléatoire n'est jamais un objectif. Dans un exercice, toutes les applications rencontrées sont des variables aléatoires, et l'on n'écrit pas une ligne à ce sujet. Ce qui compte est que tous les événements que l'on écrira, , , , , , soient effectivement des événements, ce qui est acquis à partir de la définition par des opérations ensemblistes dénombrables.
La nouveauté par rapport à la première année n'est donc pas la définition, c'est la portée : n'est plus supposé fini ou dénombrable. Il peut être un intervalle, une réunion d'intervalles, ou tout entier. Il faut alors un objet capable de décrire la loi sans passer par les valeurs prises une à une.
Définition
Soit une variable aléatoire réelle sur . On appelle fonction de répartition de l'application
Trois observations, à retenir dès maintenant.
D'abord, est définie pour toute variable aléatoire réelle, sans aucune hypothèse : discrète, à densité, ou ni l'une ni l'autre. C'est le seul objet du programme qui possède cette universalité, et c'est ce qui en fait le pivot du chapitre.
Ensuite, l'inégalité dans est large, et le choix n'est pas anodin : c'est lui qui donne la continuité à droite plutôt qu'à gauche. Écrire définirait une autre fonction, qui coïncide avec pour les variables à densité mais en diffère pour les variables discrètes. On respecte donc scrupuleusement la convention.
Enfin, et c'est le point essentiel, la fonction de répartition caractérise la loi.
Propriété
Caractérisation de la loi (admis). Deux variables aléatoires réelles et ont la même loi si et seulement si elles ont la même fonction de répartition, c'est-à-dire si pour tout réel .
Ce théorème est admis, sa démonstration relevant de la théorie de la mesure. Sa portée pratique est considérable, et elle donne le schéma de travail de tout le chapitre : pour identifier la loi d'une variable, il suffit de calculer sa fonction de répartition et de la reconnaître. C'est exactement ce que l'on fera pour la loi d'une transformée, pour un minimum, pour un maximum, et pour une somme.
Propriétés de la fonction de répartition
Propriété
Propriétés fondamentales. Soit une variable aléatoire réelle. Sa fonction de répartition vérifie :
a. est croissante sur ;
b. et ;
c. est continue à droite en tout point de .
Démonstration. a. Soient deux réels. Tout résultat tel que vérifie a fortiori , d'où l'inclusion d'événements
La croissance de la probabilité donne , c'est-à-dire .
b. La fonction étant croissante et bornée par et , elle admet une limite en et une limite en ; il suffit donc de les calculer le long d'une suite. Posons pour . La suite est croissante pour l'inclusion, d'après a, et sa réunion vaut tout entier : en effet, pour tout , le réel est majoré par un entier. Le théorème de la limite monotone donne donc
Posons de même . La suite est décroissante pour l'inclusion et son intersection est vide, puisque aucun réel n'est inférieur à tous les entiers négatifs. Le théorème de la limite monotone donne
c. Soit un réel. La fonction étant croissante, elle admet une limite à droite en , et cette limite se calcule le long de n'importe quelle suite décroissant vers . Posons pour . La suite est décroissante pour l'inclusion, et son intersection vaut : un résultat vérifie pour tout si et seulement si , par passage à la limite dans l'inégalité. Le théorème de la limite monotone donne alors
ce qui est exactement la continuité à droite de en .
Ces trois propriétés sont caractéristiques : on admet que toute fonction croissante, continue à droite, de limites en et en , est la fonction de répartition d'une variable aléatoire réelle. C'est le contrôle de cohérence à faire mentalement chaque fois qu'un énoncé propose une fonction et demande si elle peut être une fonction de répartition.
Propriété
Calcul de probabilités à partir de . Soit une variable aléatoire réelle et soient et deux réels tels que . Alors :
a. ;
b. ;
c. , limite que l'on note ;
d. .
Démonstration. a. L'événement se décompose en la réunion disjointe
En effet, tout résultat vérifiant vérifie soit , soit , et ces deux cas s'excluent mutuellement. L'additivité de la probabilité donne
d'où le résultat en isolant le dernier terme.
b. Les événements et sont contraires l'un de l'autre, donc leurs probabilités sont de somme .
c. Posons pour . La suite est croissante pour l'inclusion, et sa réunion vaut : un résultat vérifie si et seulement s'il existe un entier tel que , par définition d'une inégalité stricte. Le théorème de la limite monotone donne
la dernière égalité venant de ce que est croissante, donc admet une limite à gauche en que l'on peut calculer le long de cette suite.
d. L'événement est la réunion disjointe de et de , d'où
ce qui donne le résultat.
Le point d mérite d'être commenté longuement, car il contient toute l'idée du chapitre. La quantité est le saut de la fonction de répartition au point . L'égalité dit donc que :
- est discontinue en si et seulement si , et l'amplitude du saut est exactement la masse de probabilité concentrée au point ;
- est continue en si et seulement si .
Une variable dont la fonction de répartition est continue sur tout entier vérifie donc pour tout réel : aucun point ne porte de masse. C'est exactement la situation des variables à densité, et c'est la raison pour laquelle la continuité de figure dans leur définition.
Propriété
Toutes les inégalités se ramènent à . Soit une variable aléatoire réelle et soient . On a
et l'on retrouve . Si est continue, ces trois quantités sont égales à .
Démonstration. L'événement est la réunion disjointe de et de , donc sa probabilité vaut
De même, est la réunion disjointe de et de , d'où
Si est continue, on a et , et les trois expressions coïncident.
Fonction de répartition d'une variable discrète, fonction de répartition d'une variable continue
Le contraste entre les deux situations est le meilleur moyen de comprendre ce que la fonction de répartition mesure. On le traite sur deux exemples aussi simples que possible.
Exemple
Une variable discrète : la fonction de répartition est en escalier. Soit le résultat du lancer d'un dé équilibré à six faces, de sorte que et pour tout .
Pour , aucune valeur de n'est inférieure ou égale à , donc . Pour , toutes le sont, donc . Entre les deux, si et , les valeurs de inférieures ou égales à sont exactement , d'où
La fonction est donc constante par morceaux, avec un saut de hauteur en chacun des points . On dit qu'elle est en escalier. Elle est bien croissante, continue à droite en chaque entier (la valeur au point est celle du palier de droite), et discontinue à gauche en ces mêmes points.
Exemple
Une variable à densité : la fonction de répartition est continue. Soit la variable dont la fonction de répartition est donnée par
Cette fonction est croissante, de limites en et en , et elle est continue sur : les trois morceaux se raccordent en et en . Elle est donc bien une fonction de répartition, et la variable associée vérifie, pour tout réel ,
Aucune valeur n'a de probabilité non nulle, et pourtant prend bien ses valeurs dans . C'est la loi uniforme sur , que l'on étudiera plus loin.
La comparaison est parlante. Dans le premier cas, l'information est concentrée dans les sauts : la loi se lit sur les hauteurs des marches. Dans le second, il n'y a aucun saut, et l'information est portée par la pente : là où monte vite, les valeurs sont probables ; là où elle est plate, elles ne le sont pas. La pente d'une fonction, c'est sa dérivée, et la dérivée de s'appellera la densité. Toute la section suivante consiste à rendre cette phrase précise.
Un dernier point, souvent mal compris. Il n'y a que deux types de variables aléatoires au programme, les discrètes et celles à densité, mais ce ne sont pas les seuls types possibles : une variable dont la fonction de répartition serait continue en certains points et discontinue en d'autres, par exemple avec à densité, n'entre dans aucune des deux catégories. On rencontre parfois de telles variables dans un exercice, et l'on travaille alors directement avec , sans chercher de densité. C'est un argument de plus en faveur du théorème de caractérisation : la fonction de répartition, elle, existe toujours.
Espérance conditionnelle et formule de l'espérance totale
Cette section clôt les compléments sur le cas général, et elle ne concerne que les variables discrètes. Le programme est ici très précis : seule l'espérance conditionnelle sachant un événement de probabilité non nulle est au programme.
Définition
Soit un événement tel que et soit une variable aléatoire discrète, de support avec fini ou dénombrable. On dit que admet une espérance conditionnelle sachant lorsque la série converge absolument, c'est-à-dire lorsque la série converge. On pose alors
La définition ne contient aucune idée nouvelle : c'est exactement la définition de l'espérance, appliquée à la probabilité au lieu de . On a démontré en première année que est une probabilité sur dès que ; tout ce qui vaut pour une espérance vaut donc pour une espérance conditionnelle, en particulier la linéarité, la positivité et le théorème de transfert. La loi s'appelle la loi conditionnelle de sachant , et est simplement sa moyenne.
L'interprétation est directe : est la valeur moyenne de lorsqu'on se restreint aux réalisations de l'expérience pour lesquelles s'est produit. Si est le chiffre d'affaires d'une journée et l'événement « il pleut », alors est le chiffre d'affaires moyen des jours de pluie.
Propriété
Formule de l'espérance totale. Soit un système complet d'événements de probabilités toutes non nulles, et soit une variable aléatoire discrète admettant une espérance. Alors chaque espérance conditionnelle existe et
Démonstration. On traite le cas où le support de est fini, : toutes les sommes écrites sont alors finies, et aucune précaution de convergence n'est nécessaire. L'existence des espérances conditionnelles est acquise pour la même raison.
Point de départ : la formule des probabilités totales. Le système étant complet et formé d'événements de probabilité non nulle, on a, pour toute valeur du support,
Report dans l'espérance. Par définition de l'espérance d'une variable à support fini,
Interversion des deux sommes finies. Les deux sommes portent sur des ensembles d'indices finis, donc leur interversion est licite sans aucune justification supplémentaire. En regroupant selon l'indice et en sortant le facteur , qui ne dépend pas de :
la dernière égalité étant la définition de .
Propriété
Cas d'un système complet dénombrable (admis). Soit un système complet d'événements de probabilités non nulles, avec fini ou dénombrable, et soit une variable aléatoire discrète admettant une espérance. Alors chaque existe, la série converge absolument et
Le passage du cas fini au cas dénombrable n'apporte rien de nouveau sur le fond : la formule est la même, la démonstration suit le même chemin. La seule difficulté est technique, puisqu'il faut intervertir deux sommes infinies, ce qui exige une justification que le programme n'attend pas. On admet donc ce résultat, et on l'utilise sans état d'âme.
Méthode
Utiliser la formule de l'espérance totale. Le signal est toujours le même : l'énoncé décrit l'expérience en deux temps, un premier tirage ou un premier événement déterminant la loi de la suite.
- Choisir le système complet : c'est celui qui décrit le premier temps de l'expérience, très souvent pour une variable déjà connue, ou une alternative .
- Vérifier que chaque est non nul, sans quoi le conditionnement n'a pas de sens.
- Identifier la loi conditionnelle de sachant : c'est presque toujours une loi usuelle donnée par l'énoncé, dont on cite l'espérance sans recalculer.
- Écrire et conclure.
Exemple
a. Deux régimes. Un commerçant observe que son chiffre d'affaires quotidien , exprimé en euros, dépend de la météo. Les jours de beau temps, qui surviennent avec la probabilité , il vend en moyenne euros ; les jours de mauvais temps, il vend en moyenne euros. Notons l'événement « il fait beau », de sorte que est un système complet d'événements de probabilités non nulles. La formule de l'espérance totale donne
Le chiffre d'affaires moyen est de euros par jour.
b. Un nombre aléatoire d'épreuves. Une urne contient des jetons numérotés de à , équiprobables. On tire un jeton, dont on note le numéro, puis on lance fois une pièce équilibrée et l'on note le nombre de piles obtenus. Le système complet est ici , et chaque événement a pour probabilité .
Sachant , la variable compte les succès de épreuves de Bernoulli indépendantes de paramètre : sa loi conditionnelle est , donc . La formule de l'espérance totale donne
On retrouve un résultat de bon sens : le nombre moyen de lancers vaut , et la moitié d'entre eux donne pile en moyenne.
Variables aléatoires à densité
Définition d'une variable à densité
Définition
Une variable aléatoire réelle est dite à densité lorsque sa fonction de répartition est :
- continue sur tout entier ;
- de classe sur , sauf éventuellement en un nombre fini de points.
Les deux conditions ne jouent pas le même rôle, et il faut les distinguer.
La continuité sur est la condition de fond : c'est elle qui interdit les sauts, donc qui garantit pour tout réel . Elle exprime que la loi ne concentre aucune masse en un point, ce qui est précisément la situation d'une durée, d'une longueur ou d'une mesure physique.
La condition de classe sauf en un nombre fini de points est une condition de commodité : elle autorise les points anguleux, qui apparaissent inévitablement aux bornes du support. La fonction de répartition d'une variable uniforme sur n'est pas dérivable en ni en , et c'est sans importance : deux points d'exception ne changent aucune intégrale.
Définition
Soit une variable aléatoire à densité. On appelle densité de toute fonction telle que :
- est positive sur ;
- est continue sur , sauf éventuellement en un nombre fini de points ;
- en tout point où est dérivable.
Propriété
Lien entre et (admis). Soit une variable à densité, de densité . Alors, pour tout réel , l'intégrale impropre converge et
En particulier, l'intégrale converge et vaut .
Ce résultat est la version intégrale du théorème fondamental de l'analyse : est une primitive de sur chaque intervalle où est continue, elle est continue partout, et ses limites sont en et en . La convergence de l'intégrale traduit exactement l'existence de ces limites, et la valeur traduit la limite en . On l'admet dans le cadre du programme, les recollements aux points d'exception relevant d'une vérification fastidieuse et sans intérêt.
Un point réclame de l'attention, car il déroute souvent : la densité d'une variable n'est pas unique. En un point où n'est pas dérivable, la troisième condition de la définition n'impose rien, et l'on peut donner à n'importe quelle valeur positive. Deux densités de la même variable coïncident donc partout sauf, éventuellement, en un nombre fini de points.
Cette indétermination est sans conséquence, pour une raison simple : modifier une fonction en un nombre fini de points ne change aucune intégrale, donc ne change aucune probabilité. Par convention, on choisit la valeur qui rend l'expression la plus lisible, presque toujours ou la valeur du prolongement par continuité d'un des deux morceaux. On dira donc « une densité de », et non « la densité de ».
Exemple
Reprenons la variable de fonction de répartition
Cette fonction est continue sur , et de classe sur , sur et sur : elle n'est pas dérivable en ni en , soit deux points d'exception. La variable est donc à densité, et en dérivant sur chaque morceau on obtient la densité
Les valeurs et sont arbitraires : on aurait pu poser , ou , sans rien changer. Le choix retenu ici, la valeur , est le plus courant.
Reconnaître une densité, déterminer une constante de normalisation
Le théorème suivant est le pendant du résultat de première année selon lequel une famille de réels positifs de somme définit une loi discrète. C'est lui qui permet de fabriquer des variables à densité.
Propriété
Caractérisation des densités (admis). Soit une fonction telle que :
- est positive sur ;
- est continue sur , sauf éventuellement en un nombre fini de points ;
- l'intégrale converge et vaut .
Alors il existe une variable aléatoire à densité dont est une densité, et sa fonction de répartition est .
Méthode
Reconnaître une densité : trois vérifications, jamais deux. Soit une fonction donnée par un énoncé.
- Positivité : montrer que pour tout réel . Le point délicat est le signe d'un éventuel paramètre, et la vérification doit couvrir tout entier, y compris la zone où est nulle.
- Continuité sauf en un nombre fini de points : décrire les morceaux (souvent deux ou trois), dire sur lesquels est continue comme composée ou produit de fonctions usuelles, et compter les points d'exception, qui sont les bornes de raccordement.
- Intégrale convergente de valeur : énoncer la convergence de , avec son argument, avant de calculer sa valeur. Une intégrale que l'on calcule sans avoir dit qu'elle converge est une intégrale non justifiée.
Méthode
Déterminer une constante de normalisation. L'énoncé donne à un facteur près et demande la valeur de .
- Écrire la condition , en découpant l'intégrale sur les morceaux où n'est pas nulle.
- Étudier d'abord la convergence : si l'intégrale diverge, aucune valeur de ne convient, et la réponse est qu'il n'en existe pas.
- Calculer l'intégrale sur un segment , puis passer à la limite. On obtient une équation du premier degré en , dont la solution est immédiate.
- Vérifier la positivité avec la valeur trouvée : c'est cette dernière étape qui valide la réponse, et c'est celle qu'on oublie.
Exemple
a. Pour quelle valeur de la fonction définie par si et sinon est-elle une densité ?
La fonction est continue sur sauf éventuellement en , et l'intégrale se réduit à celle sur le segment , qui est celle d'une fonction continue : aucun problème de convergence. On calcule
L'égalité donne , valeur positive, donc est bien positive sur et nulle ailleurs. C'est une densité.
b. Même question pour si et sinon.
L'intégrale est impropre en . Pour ,
On peut aussi conclure d'un mot : il s'agit d'une intégrale de Riemann d'exposant en , donc convergente. L'égalité donne , valeur positive. C'est une densité.
c. Même question pour si et sinon.
L'intégrale est une intégrale de Riemann d'exposant en : elle diverge. Aucune valeur de ne convient, et il n'existe pas de densité de cette forme. La vérification de convergence n'est donc pas une formalité de rédaction.
Méthode
Passer de à , et de à . Les deux sens se pratiquent constamment, et aucun des deux n'est plus important que l'autre.
- De à : on vérifie d'abord que est continue sur et de classe sauf en un nombre fini de points, puis on dérive morceau par morceau. Aux points de raccordement, on pose la valeur que l'on veut, en général .
- De à : on calcule en distinguant les zones délimitées par les bornes du support. Sur la zone située avant le support, vaut ; après le support, vaut ; entre les deux, on intègre. Le contrôle final est le raccordement : doit être continue aux bornes.
Exemple
Soit si et sinon. Cette fonction est une densité : elle est positive, continue sauf éventuellement en , et .
Sa fonction de répartition se calcule en trois zones. Pour , la fonction est nulle sur , donc . Pour ,
Pour , l'intégrale porte sur tout le support et vaut , donc . Le raccordement est correct : et dans les deux expressions concernées, donc est bien continue.
Calcul de probabilités pour une variable à densité
Propriété
Probabilités et aires. Soit une variable à densité, de densité et de fonction de répartition . Pour tous réels :
a. ;
b. et ;
c. pour tout réel ;
d. les inégalités strictes et larges donnent le même résultat :
Démonstration. a. La relation de Chasles pour les intégrales convergentes donne
et cette différence vaut d'après la propriété générale de la fonction de répartition.
b. La première égalité est la définition de sous forme intégrale. La seconde vient de et de la continuité de , qui donne .
c. La fonction est continue en par définition d'une variable à densité, donc et
d. Les quatre événements diffèrent deux à deux par l'ajout ou le retrait de ou de , événements de probabilité nulle d'après c. Leurs probabilités sont donc égales.
Le point d est une commodité de calcul considérable, et il est propre aux variables à densité : dans le cas discret, oublier une borne change le résultat. On profitera de cette liberté sans arrière-pensée, en gardant toutefois à l'esprit qu'elle ne vaut que pour les variables à densité.
Le point c est en revanche une source d'erreurs. Il ne signifie pas que l'événement est impossible : la variable prend bien une valeur, et cette valeur est un réel. Il signifie que la probabilité de tomber exactement sur une valeur fixée à l'avance est nulle, ce qui est cohérent avec l'intuition : la probabilité qu'une durée de vie vaille exactement ans, à la nanoseconde près, est nulle. On retrouve ici la distinction entre « négligeable » et « impossible » vue en première année.
La lecture géométrique de ces formules est la clé pour se les rappeler : la probabilité que tombe dans un intervalle est l'aire située sous la courbe de la densité, au-dessus de cet intervalle. L'aire totale sous la courbe vaut , ce qui est l'expression de , et une aire au-dessus d'un point isolé est nulle, ce qui est l'expression de .
Exemple
Soit de densité sur , nulle ailleurs, de fonction de répartition sur .
a. .
b. .
c. .
d. , comme pour n'importe quelle valeur fixée.
On observe que la densité est croissante : les grandes valeurs sont plus probables que les petites, ce que confirme la comparaison de a et de c.
Loi d'une transformée
La question est la suivante : est une variable à densité connue, une fonction, et l'on cherche la loi de . C'est l'une des trois ou quatre questions les plus fréquentes des concours, et elle possède une seule méthode correcte.
Méthode
Loi de par la fonction de répartition : les quatre étapes.
- Déterminer . On part de et l'on suit ce que en fait. Cette étape donne les zones dans lesquelles sera nulle ou égale à , et elle évite les trois quarts des erreurs.
- Écrire la définition : pour réel, . On n'écrit rien d'autre à cette étape.
- Se ramener à en résolvant l'inéquation d'inconnue . C'est le cœur du travail : on transforme l'événement en un événement de la forme , ou , puis on exprime sa probabilité avec . Attention au sens des inégalités dès que l'on divise par un négatif ou que l'on applique une fonction décroissante.
- Conclure. Vérifier que obtenue est continue sur et de classe sauf en un nombre fini de points, puis dériver morceau par morceau pour obtenir une densité de .
Il n'existe aucune autre méthode. En particulier, on ne compose jamais avec la densité de , et l'on ne dérive jamais la densité.
Propriété
Transformation affine. Soit une variable à densité, de densité , et soient et deux réels. Alors est une variable à densité, dont une densité est
Démonstration. Soit un réel. On traite séparément les deux signes possibles de , car c'est là que se joue toute la démonstration.
Cas . L'inéquation équivaut à , la division par conservant le sens de l'inégalité. Donc
La fonction est la composée de avec une fonction affine : elle est donc continue sur , et de classe sauf éventuellement aux tels que soit un point d'exception de , c'est-à-dire en un nombre fini de points. La variable est donc à densité, et en dérivant,
puisque dans ce cas.
Cas . L'inéquation équivaut cette fois à , la division par renversant l'inégalité. Donc
la dernière égalité utilisant la continuité de , qui rend les inégalités strictes et larges interchangeables. Les mêmes arguments de régularité s'appliquent, et en dérivant,
puisque dans ce cas. Les deux cas se recollent en la formule unique de l'énoncé.
Le facteur est le point sur lequel les copies achoppent, et son oubli est immédiatement visible : sans lui, l'intégrale de ne vaudrait plus . Il a d'ailleurs une interprétation limpide. Multiplier une variable par dilate l'axe des abscisses d'un facteur ; pour que l'aire sous la courbe reste égale à , il faut comprimer les ordonnées du même facteur.
Exemple
Le carré d'une variable uniforme. Soit une variable de densité sur et ailleurs, de fonction de répartition sur . On pose et l'on cherche la loi de .
Étape 1 : le support. Comme prend ses valeurs dans , la variable prend les siennes dans également. On aura donc pour et pour .
Étapes 2 et 3 : le calcul. Soit . L'inéquation , jointe à , équivaut à , la fonction racine carrée étant croissante. Donc
Étape 4 : la densité. La fonction ainsi obtenue est continue sur , y compris aux raccords et , et de classe sauf en ces deux points. La variable est donc à densité, et
On remarquera que cette densité n'est pas bornée au voisinage de : rien ne l'exige, seule l'intégrabilité compte, et .
Exemple
L'exponentielle d'une variable uniforme. Avec la même variable , on pose .
Support. La fonction exponentielle étant croissante, prend ses valeurs dans .
Calcul. Soit . L'inéquation équivaut à , la fonction logarithme étant croissante et étant strictement positif. Donc
puisque . Pour on a , et pour on a .
Densité. La fonction est continue sur (les raccords en et en donnent bien et ) et de classe sauf en ces deux points. Donc est à densité et
Contrôle : , ce qui confirme le résultat.
Ces deux exemples partagent la même structure, et c'est elle qu'il faut retenir : le support d'abord, l'inéquation ensuite, la dérivation en dernier. Lorsque n'est pas monotone, par exemple sur tout entier, l'étape 3 produit un encadrement au lieu d'une inégalité simple, et l'on écrit . On en verra une application avec le carré d'une variable normale.
Espérance, variance et moments d'une variable à densité
Espérance
Définition
Soit une variable à densité, de densité . On dit que admet une espérance lorsque l'intégrale
converge absolument, c'est-à-dire lorsque converge. On pose alors
La définition transpose mot pour mot celle du cas discret : la somme devient l'intégrale , et la convergence absolue de la série devient la convergence absolue de l'intégrale. Le sens n'a pas changé : est la moyenne des valeurs de , pondérées par leur probabilité.
L'exigence de convergence absolue n'est pas un raffinement de professeur. Elle garantit que la valeur obtenue ne dépend pas de la façon dont on découpe l'intégrale, exactement comme la convergence absolue d'une série garantit que la somme ne dépend pas de l'ordre des termes. Une intégrale seulement convergente donnerait une « moyenne » sans propriété opératoire, donc sans intérêt.
Deux remarques pratiques allègent considérablement le travail.
Si est une variable positive, c'est-à-dire de densité nulle sur , alors sur tout le support et la convergence absolue équivaut à la convergence simple. On n'a donc rien à faire de plus que d'étudier , ce qui couvre les lois exponentielle et gamma.
Si le support de est borné, c'est-à-dire si est nulle en dehors d'un segment , alors l'intégrale porte sur ce segment et la fonction y est continue sauf en un nombre fini de points : l'espérance existe toujours. On le dit en une phrase, et l'on calcule. C'est le cas de la loi uniforme.
Méthode
Justifier l'existence d'une espérance. Avant tout calcul, et sans exception.
- Support borné : dire que est continue par morceaux sur un segment, donc que l'intégrale n'est pas impropre. Une ligne suffit.
- Variable positive : dire que la convergence absolue équivaut à la convergence, puis étudier par comparaison, équivalent ou croissances comparées.
- Signe quelconque : étudier , en séparant les deux demi-droites, et conclure à la convergence absolue.
- Loi usuelle : citer le cours, qui donne l'existence en même temps que la valeur. On ne redémontre pas que a une espérance.
Une espérance calculée sans que la convergence ait été énoncée est une espérance non justifiée, et les points de la question sont perdus même si la valeur est juste.
Exemple
Une variable qui n'a pas d'espérance. Soit la variable de densité
C'est bien une densité. La fonction est positive, continue sur sauf en , et l'intégrale est une intégrale de Riemann d'exposant en , donc convergente ; sa valeur est
Elle n'a pas d'espérance. La variable est positive, donc il s'agit d'étudier
C'est une intégrale de Riemann d'exposant en : elle diverge. La variable n'admet donc pas d'espérance.
Ce que cela signifie. La variable est parfaitement définie, elle prend des valeurs finies, on peut calculer sans difficulté. Simplement, sa moyenne n'existe pas : les grandes valeurs, bien que rares, sont si grandes que leur contribution ne se stabilise jamais. C'est le contre-exemple à garder en mémoire chaque fois que l'on est tenté d'écrire une espérance sans justification.
Théorème de transfert
Propriété
Théorème de transfert (admis). Soit une variable à densité, de densité , et soit une fonction continue sur sauf éventuellement en un nombre fini de points. Si l'intégrale
converge absolument, alors la variable admet une espérance et
Ce théorème est admis, conformément au programme, et il est l'outil de calcul le plus employé de tout le chapitre. Son intérêt est d'économiser un travail considérable : pour calculer , il n'est pas nécessaire de déterminer la loi de . On intègre contre la densité de , et c'est tout.
La comparaison avec la méthode de la fonction de répartition mérite d'être posée nettement, car les deux questions se ressemblent et n'appellent pas le même outil.
- L'énoncé demande la loi de , ou sa densité, ou sa fonction de répartition : méthode de la fonction de répartition, en quatre étapes. Le transfert ne sert à rien ici.
- L'énoncé demande seulement l'espérance de , ou celle de , ou celle de : théorème de transfert, directement. Chercher la loi serait une perte de temps.
Exemple
Soit de densité sur , nulle ailleurs.
a. Espérance. Le support est borné et est continue sur : l'espérance existe, et
b. Moment d'ordre , par transfert. Avec , continue sur :
c. Une transformée moins évidente. Avec , continue sur :
Une intégration par parties sur le segment , avec et , donne
Déterminer la loi de aurait demandé quatre étapes et une dérivation, pour un résultat dont on n'avait pas besoin.
Linéarité, positivité, croissance
Propriété
Propriétés opératoires de l'espérance (admises). Soient et deux variables aléatoires réelles admettant une espérance, définies sur le même espace probabilisé, et soient et deux réels.
a. Linéarité. La variable admet une espérance et
b. Positivité. Si , alors .
c. Croissance. Si , alors .
d. Constantes. Pour tout réel , la variable constante égale à admet une espérance et . En particulier .
Ces propriétés sont admises dans le cas général, comme le prévoit le programme : leur démonstration réclamerait des outils qui dépassent largement le cadre de la filière. Elles sont exactement celles du cas discret, et elles s'emploient de la même manière.
Un point mérite d'être souligné parce qu'il servira sans arrêt dans la dernière partie du chapitre : la linéarité de l'espérance ne demande aucune hypothèse d'indépendance. Que et soient liées de la façon la plus étroite ne change rien, reste vraie. On verra que la variance, elle, n'a pas cette propriété.
La croissance se déduit de la positivité par linéarité : si , alors est une variable positive, donc . C'est l'argument à écrire lorsqu'un énoncé demande de comparer deux espérances.
Variance, écart-type et moments
Définition
Soit une variable à densité, de densité , et soit . On dit que admet un moment d'ordre lorsque l'intégrale converge absolument. Par le théorème de transfert, la variable admet alors une espérance, notée
Définition
Soit une variable à densité admettant un moment d'ordre . On appelle variance de le réel
et écart-type de le réel .
L'existence de la variance est ainsi subordonnée à une condition unique, qu'il faut énoncer avant tout calcul : admet un moment d'ordre . On admet, comme dans le cas discret, que l'existence d'un moment d'ordre entraîne celle de l'espérance, et que la réciproque est fausse.
Propriété
Formule de König-Huygens. Soit une variable à densité admettant un moment d'ordre . Alors
En particulier et .
Démonstration. Posons , qui existe puisque admet un moment d'ordre . Développons le carré :
Les trois intégrales correspondantes convergent : la première parce que admet un moment d'ordre , la deuxième parce que admet une espérance, la troisième parce que est une densité. Par somme, l'intégrale converge, et elle converge absolument puisque son intégrande est positif. Le théorème de transfert, appliqué à la fonction , donne donc
Par linéarité de l'intégrale sur les intégrales convergentes,
La positivité de vient de ce que est une variable positive, dont l'espérance est donc positive.
C'est toujours cette formule que l'on utilise en pratique, et jamais la définition : elle ne réclame que deux intégrales, et , toutes deux calculables directement. La définition, elle, ne sert qu'à la démonstration.
Propriété
Transformation affine. Soit une variable à densité admettant un moment d'ordre , et soient et deux réels. Alors admet un moment d'ordre et
En particulier : une translation ne modifie pas la dispersion.
Démonstration. Posons et . La linéarité de l'espérance donne , donc
En élevant au carré, . Cette variable admet une espérance, puisque en admet une par hypothèse, et la linéarité donne
L'écart-type s'obtient en prenant la racine carrée, en se rappelant que et non .
Le carré dans et la valeur absolue dans traduisent la même chose : la variance est un carré, donc elle est homogène au carré de l'unité de , tandis que l'écart-type est homogène à l'unité de . C'est la raison pour laquelle on préfère l'écart-type dès qu'on veut interpréter une dispersion : si est une durée en heures, est en heures et en heures au carré.
Définition
Une variable aléatoire est dite centrée lorsque , réduite lorsque , et centrée réduite lorsque les deux conditions sont réunies.
Propriété
Soit une variable admettant un moment d'ordre , avec . Alors la variable
est centrée réduite.
Démonstration. Posons et . La variable s'écrit avec et . La linéarité de l'espérance donne
et la propriété précédente donne
Cette opération, dite de centrage-réduction, sera l'outil central de l'étude de la loi normale : elle permet de ramener toute variable normale à la seule loi dont on possède une table numérique.
Les lois à densité usuelles
Quatre lois sont au programme, et quatre seulement. Chacune est traitée selon le même plan : densité, fonction de répartition, espérance et variance démontrées, situation modélisée, exemple numérique. Les résultats sont à connaître par cœur, et les démonstrations à savoir refaire : elles tombent régulièrement aux concours, seules ou en première question d'un problème.
Loi uniforme sur un segment
Définition
Soient et deux réels tels que . Une variable aléatoire suit la loi uniforme sur le segment , ce que l'on note , lorsqu'elle admet pour densité la fonction
Propriété
La fonction ci-dessus est bien une densité, et la fonction de répartition de est
Démonstration. C'est une densité. La fonction est positive, puisque , et continue sur sauf éventuellement en et en , soit deux points. Son intégrale se réduit à celle sur le segment , où la fonction est constante :
Fonction de répartition. Pour , la densité est nulle sur , donc . Pour ,
Pour , l'intégrale porte sur tout le support et vaut . Les raccordements en et en donnent respectivement et : la fonction obtenue est bien continue sur .
Propriété
La probabilité est proportionnelle à la longueur. Soit et soit un segment inclus dans . Alors
Démonstration. D'après la propriété précédente,
Cette propriété est la traduction exacte de l'expression « au hasard sur » : la probabilité de tomber dans un sous-intervalle ne dépend que de sa longueur, et pas de sa position. C'est le seul modèle qui possède cette propriété, et c'est ce qui en fait le modèle du hasard sans information.
Propriété
Espérance et variance. Si , alors admet une espérance et une variance, et
Démonstration. Existence. Le support de est le segment , et les fonctions et y sont continues. Les intégrales ne sont donc pas impropres : admet une espérance et un moment d'ordre .
Espérance.
Moment d'ordre , par transfert.
en utilisant l'identité .
Variance. La formule de König-Huygens donne
L'écart-type s'obtient en prenant la racine carrée : .
Les deux résultats se retiennent sans effort. L'espérance est le milieu du segment, ce qui est évident par symétrie. La variance ne dépend que de la longueur du segment, et pas de sa position, ce qui découle de .
Exemple
Un temps d'attente. Un bus passe à un arrêt à un instant réparti uniformément entre h et h . Une personne se présente à h précises. En notant le temps d'attente en minutes, on a .
a. : une chance sur trois d'attendre moins de dix minutes.
b. également, ce qui illustre que seule la longueur compte.
c. minutes, et , donc minutes.
d. Sachant que la personne a déjà attendu minutes, la probabilité qu'elle attende encore plus de minutes vaut
Cette probabilité, égale à , diffère de : la loi uniforme n'est pas sans mémoire. Plus on a attendu, plus le bus est proche.
Loi exponentielle
Définition
Soit . Une variable aléatoire suit la loi exponentielle de paramètre , ce que l'on note , lorsqu'elle admet pour densité la fonction
Propriété
La fonction ci-dessus est bien une densité, et la fonction de répartition de est
En particulier, pour tout .
Démonstration. C'est une densité. La fonction est positive, puisque et que l'exponentielle est positive, et continue sur sauf éventuellement en . Pour ,
Comme , on a quand : l'intégrale converge et vaut .
Fonction de répartition. Pour , la densité est nulle sur , donc . Pour , le calcul ci-dessus avec donne . Le raccordement en est correct, les deux expressions y valant .
Queue de distribution. Pour , .
L'expression est de loin la plus utile des trois : c'est elle qui intervient dans l'absence de mémoire, dans le calcul d'un minimum, et dans la plupart des exercices. Il faut la connaître aussi bien que la densité elle-même.
Propriété
Espérance et variance. Si , alors admet une espérance et une variance, et
Démonstration. La variable est positive, donc la convergence absolue équivaut à la convergence pour les deux intégrales à étudier.
Espérance. Soit . Une intégration par parties sur le segment , avec et , donc , donne
Par croissances comparées, quand , et . L'intégrale converge donc, et
Moment d'ordre . Par le théorème de transfert, on étudie . Une intégration par parties sur , avec et , donne
Le premier terme tend vers par croissances comparées, et l'intégrale restante tend vers d'après le calcul précédent. Donc l'intégrale converge et
Variance. La formule de König-Huygens donne
et l'écart-type vaut , le paramètre étant strictement positif.
Une conséquence remarquable mérite d'être notée : pour la loi exponentielle, l'espérance et l'écart-type sont égaux. La dispersion est donc du même ordre de grandeur que la moyenne, ce qui traduit le caractère très erratique des durées de vie sans vieillissement.
Propriété
Absence de mémoire. Soit . Pour tous réels et ,
Démonstration. L'événement a pour probabilité , le conditionnement est donc licite. Comme , on a , d'où l'inclusion et par conséquent
Il vient
L'interprétation est saisissante. Si est la durée de vie d'un composant, l'égalité dit que la probabilité qu'il survive encore unités de temps ne dépend pas de son âge : un composant de dix ans est aussi neuf qu'un composant sortant d'usine. On parle de durée de vie sans vieillissement. Ce modèle convient à ce qui tombe en panne par accident (composant électronique, ampoule) et ne convient pas à ce qui s'use (pièce mécanique, être vivant).
On admet la réciproque, qui explique le rôle central de cette loi : la loi exponentielle est la seule loi à densité, à support dans , possédant la propriété d'absence de mémoire. Elle est ainsi l'exact analogue continu de la loi géométrique, dont on avait établi la même propriété en première année.
Exemple
Durée de vie d'un composant. La durée de vie , en années, d'un composant électronique suit la loi .
a. Durée de vie moyenne : ans, et ans également.
b. : environ des composants dépassent huit ans.
c. : un tiers tombe en panne avant deux ans.
d. Sachant qu'un composant fonctionne depuis ans, la probabilité qu'il fonctionne encore ans vaut, par absence de mémoire,
c'est-à-dire exactement la même que pour un composant neuf.
Exemple
Fabriquer une loi exponentielle à partir d'une loi uniforme. Soit et soit . Posons , ce qui a un sens puisque . Alors .
Démonstration. La variable prenant ses valeurs dans , on a , donc : le support de est et pour . Soit . L'inéquation équivaut successivement à , puis à , la fonction exponentielle étant croissante. Donc
puisque et que sur cet intervalle. On reconnaît la fonction de répartition de , donc d'après le théorème de caractérisation.
Ce résultat est la base de la simulation informatique d'une loi exponentielle : un générateur de nombres au hasard entre et suffit à produire des durées de vie exponentielles.
Loi normale
Définition
Une variable aléatoire suit la loi normale centrée réduite, ce que l'on note , lorsqu'elle admet pour densité la fonction
Sa fonction de répartition est notée , de sorte que .
Propriété
Intégrale de Gauss (admise). L'intégrale converge et
Par conséquent, est bien une densité.
La valeur de cette intégrale est admise par le programme : sa démonstration exige des outils qui ne sont pas au programme. La convergence, en revanche, se justifie en une ligne et il est bon de savoir le faire : par croissances comparées, quand , donc , et l'intégrale de Riemann d'exposant converge en . La parité de la fonction donne le même résultat en .
La fonction est positive, continue sur tout entier, et son intégrale vaut : c'est bien une densité. Il faut par ailleurs savoir une chose sur : la fonction n'admet aucune primitive exprimable à l'aide des fonctions usuelles. Il n'existe donc pas de formule pour , et ses valeurs se lisent dans une table numérique. C'est la seule loi du programme dans ce cas, et c'est pourquoi la lecture de table fait partie du cours.
Propriété
Symétrie. Pour tout réel ,
En particulier .
Démonstration. La fonction est paire : pour tout réel , on a , donc .
Considérons la variable . D'après le théorème de la transformation affine appliqué avec et , elle est à densité et une densité en est
La variable a donc la même densité que , donc la même loi : .
Il en résulte, pour tout réel ,
la troisième égalité venant de ce que et ont la même loi, et la dernière de la continuité de , qui rend équivalentes les inégalités strictes et larges. En prenant , on obtient , d'où .
Cette formule est celle que les tables imposent : elles ne donnent que pour , et c'est la symétrie qui permet d'en déduire les valeurs négatives. Elle se lit graphiquement sans calcul : la courbe de est symétrique par rapport à l'axe des ordonnées, donc l'aire à gauche de est égale à l'aire à droite de .
Propriété
Espérance et variance de la loi centrée réduite. Si , alors admet une espérance et une variance, et
Démonstration. Existence de l'espérance. La fonction est paire, il suffit donc d'étudier sa convergence sur . Pour , en remarquant que a pour primitive :
L'intégrale converge sur , donc, par parité, converge : admet une espérance.
Valeur de l'espérance. La fonction est impaire, et les deux intégrales impropres convergent séparément d'après ce qui précède. Leur somme est donc nulle :
Moment d'ordre . La fonction est paire et positive, il suffit donc d'étudier . On remarque que , donc . Une intégration par parties sur , avec et , donc , donne
Par croissances comparées, quand . Par ailleurs, étant paire et d'intégrale sur , on a . L'intégrale converge donc, et
par parité.
Variance. La formule de König-Huygens donne .
Les noms sont donc justifiés : la loi est bien centrée et réduite. On peut maintenant définir la famille complète.
Définition
Soient un réel et . Une variable aléatoire suit la loi normale de paramètres et , ce que l'on note , lorsqu'il existe telle que
Propriété
Densité, espérance et variance. Soit . Alors est à densité, une densité en est
sa fonction de répartition vaut , et
Démonstration. Densité. Le théorème de la transformation affine, appliqué à avec , donne
Fonction de répartition. Pour tout réel , l'inéquation équivaut à , puisque . Donc
Espérance et variance. La linéarité de l'espérance donne , et la formule de la transformation affine pour la variance donne .
Les deux paramètres se lisent donc directement : est l'espérance, est la variance, et est l'écart-type. C'est un point de vigilance permanent : le second paramètre de la notation est la variance, pas l'écart-type. Une variable de loi a pour écart-type , et non .
Propriété
Centrage-réduction. Soit . Alors
Démonstration. Posons , qui est de la forme avec et . Pour tout réel , l'inéquation équivaut à , donc
en utilisant l'expression de établie ci-dessus. La variable a donc la même fonction de répartition que la loi , donc la même loi d'après le théorème de caractérisation.
C'est le geste technique de la loi normale, et il n'y en a pas d'autre : on ne calcule jamais une probabilité normale par une intégrale, on la ramène toujours à .
Méthode
Utiliser la table de la loi normale. Soit et une probabilité à calculer.
- Centrer et réduire : écrire l'événement en fonction de , en appliquant la même transformation à tous les membres de l'inégalité. Par exemple devient .
- Exprimer avec : , , .
- Traiter les arguments négatifs par la symétrie , la table ne donnant que les valeurs positives.
- Lire la table et conclure. Pour un événement symétrique, on utilise la formule .
Voici les valeurs à connaître de mémoire, les deux dernières étant les plus utilisées.
Les deux valeurs et se retiennent sous la forme suivante, qui est celle sous laquelle elles servent :
Exemple
Un contrôle de production. La masse , en grammes, des paquets produits par une machine suit la loi . On a donc et .
a. .
b. , la symétrie servant à éliminer l'argument négatif.
c. .
d. Un intervalle centré. Cherchons tel que . En centrant et réduisant, la condition s'écrit , c'est-à-dire , d'où . Ainsi des paquets ont une masse comprise entre et grammes.
Fonction Gamma d'Euler et lois gamma
La dernière famille du programme se construit à partir d'une fonction classique de l'analyse, qu'il faut étudier d'abord pour elle-même.
Définition
Pour tout réel , on pose
Propriété
Convergence. Pour tout réel , l'intégrale définissant converge. Elle diverge pour .
Démonstration. L'intégrale est impropre aux deux bornes dès que , et il faut donc l'étudier séparément en et en . Coupons-la en :
Étude en . Quand , on a , donc
Les deux fonctions étant positives, la première intégrale est de même nature que l'intégrale de Riemann , qui converge si et seulement si , c'est-à-dire si et seulement si .
Étude en . Par croissances comparées, quel que soit ,
donc en . L'intégrale de Riemann d'exposant convergeant en , la seconde intégrale converge, et ce pour toute valeur de .
Conclusion. La convergence est donc gouvernée par la seule borne , et elle a lieu si et seulement si .
Propriété
Propriétés de la fonction Gamma.
a. .
b. Relation fonctionnelle : pour tout , .
c. Pour tout entier , .
d. (admis).
Démonstration. a. Pour ,
donc .
b. Soit et soient . Une intégration par parties sur le segment , avec et , donc et , donne
Faisons tendre vers et vers . Le terme tend vers puisque , et le terme tend vers par croissances comparées. Les deux intégrales convergent, la première vers et la seconde vers , d'où
c. Récurrence sur . Pour , la formule donne , ce qui est le point a. Supposons pour un entier . La relation fonctionnelle appliquée en donne
ce qui est la formule au rang . La récurrence est établie.
Le point d est admis : il se déduit de l'intégrale de Gauss, mais par un changement de variable qui n'est pas au programme. On retiendra la valeur, qui servira pour la loi gamma de paramètre .
La fonction prolonge donc la factorielle aux réels strictement positifs, décalée d'une unité. C'est ce qui explique son omniprésence dans les calculs de moments : chaque fois qu'on intègre , on obtient une factorielle.
Définition
Soit . Une variable aléatoire suit la loi gamma de paramètre , ce que l'on note , lorsqu'elle admet pour densité la fonction
C'est bien une densité : la fonction est positive sur puisque , elle est continue sur sauf éventuellement en , et son intégrale vaut par définition même de . La constante est exactement la constante de normalisation, ce qui est la raison d'être de la fonction dans ce contexte.
Le programme ne retient que la loi gamma à un seul paramètre, celle qui vient d'être définie. C'est une contrainte qu'il faut intégrer dès maintenant, car elle dicte la façon de rédiger : une somme de variables exponentielles ne se décrit jamais directement par une loi gamma, elle s'y ramène après multiplication par , comme on le verra dans la dernière partie.
Propriété
Espérance et variance. Si , alors admet une espérance et une variance, et
Démonstration. La variable est positive, donc la convergence absolue équivaut à la convergence.
Espérance. On étudie
Cette dernière intégrale est exactement , qui converge puisque . La variable admet donc une espérance, et la relation fonctionnelle donne
Moment d'ordre . Le même calcul, avec au lieu de , fait apparaître , qui converge :
En appliquant deux fois la relation fonctionnelle, , d'où
Variance. La formule de König-Huygens donne
Le résultat est frappant par sa simplicité : pour une loi gamma, l'espérance et la variance sont toutes deux égales au paramètre. C'est l'analogue continu de la loi de Poisson, pour laquelle on avait déjà .
Propriété
Cas particulier . On a : la loi gamma de paramètre est la loi exponentielle de paramètre .
Démonstration. Pour , on a et la densité de s'écrit, pour ,
qui est exactement la densité de , obtenue en prenant . Les deux lois ont la même densité, donc la même fonction de répartition, donc la même loi. On vérifie au passage la cohérence des formules : et avec .
Exemple
Le carré d'une variable normale centrée réduite. Soit et posons . Montrons que .
Support. La variable est positive, donc pour .
Fonction de répartition. Soit . L'inéquation équivaut à , c'est-à-dire à . La fonction n'étant pas monotone sur , on obtient bien un encadrement et non une inégalité simple. Donc
en utilisant la symétrie .
Densité. La fonction obtenue est continue sur , le raccordement en donnant , et de classe sauf en . En dérivant pour , avec et :
Identification. La densité de vaut, pour ,
puisque . Les deux densités coïncident, donc . On en déduit sans calcul supplémentaire que , ce qui redonne et confirme .
Tableau récapitulatif des quatre lois
| Loi | Densité | Support | ||
|---|---|---|---|---|
Deux fonctions de répartition seulement sont explicites : celle de la loi uniforme, sur , et celle de la loi exponentielle, sur . Pour la loi normale, on passe par et la table ; pour la loi gamma, il n'existe pas d'expression générale et l'on travaille exclusivement avec la densité.
Couples et n-uplets de variables aléatoires réelles
Jusqu'ici, une seule variable était en jeu à la fois. Cette dernière partie en fait intervenir plusieurs simultanément, ce qui permet d'étudier des sommes, des minimums, des maximums et des échantillons. Une précision de programme s'impose d'emblée, et elle délimite tout ce qui suit : un couple de variables à densité s'étudie par deux voies, et deux seulement, l'indépendance d'une part, le produit de convolution pour la somme d'autre part. Aucun autre outil n'est disponible, et aucun autre n'est attendu.
Indépendance de deux variables aléatoires réelles
Définition
Deux variables aléatoires réelles et , définies sur le même espace probabilisé, sont dites indépendantes lorsque, pour tout couple de réels,
La définition s'écrit uniquement avec des fonctions de répartition, ce qui est cohérent avec tout le chapitre : c'est le seul objet dont on dispose pour une variable quelconque. On abrège d'ailleurs souvent le membre de gauche en , la virgule tenant lieu d'intersection.
Cette égalité doit être vérifiée pour tout couple de réels, sans exception : c'est une infinité de conditions, et c'est pourquoi on ne démontre presque jamais une indépendance à la main. Dans la pratique, l'indépendance est une hypothèse posée par l'énoncé, qui traduit une situation concrète (deux tirages séparés, deux composants distincts, deux mesures indépendantes), et le travail consiste à s'en servir, non à l'établir.
Propriété
Le cas discret est retrouvé (admis). Si et sont deux variables discrètes, la définition ci-dessus équivaut à la condition vue en première année :
La nouvelle définition prolonge donc l'ancienne : elle ne la contredit pas, et elle ne conduit à aucun résultat différent pour les variables discrètes. On admet cette équivalence, dont la démonstration consisterait à passer des inégalités aux égalités par différences successives.
L'interprétation, elle, ne change pas d'un mot : deux variables sont indépendantes lorsque la connaissance de l'une n'apporte aucune information sur l'autre. Deux mesures faites sur deux individus tirés au hasard sont indépendantes ; la taille et le poids d'un même individu ne le sont pas.
Propriété
Conséquences de l'indépendance (admises). Soient et deux variables indépendantes admettant chacune une espérance. Alors :
a. le produit admet une espérance et ;
b. si de plus et admettent chacune un moment d'ordre , alors .
Le point a est admis dans le cas général, sa démonstration dépassant le cadre du programme. Le point b en découle immédiatement par la formule de König-Huygens pour la covariance, que l'on établira plus bas.
Il faut enfin savoir manipuler l'indépendance sur des événements plutôt que sur des variables. Si et sont indépendantes, alors les événements et sont indépendants, et il en va de même de leurs contraires : et sont indépendants, tout comme et . C'est ce fait, et lui seul, qui permettra de traiter les minimums et les maximums.
Lemme des coalitions
Propriété
Lemme des coalitions (admis). Soient des variables aléatoires mutuellement indépendantes et soit un entier tel que . Alors, pour toutes fonctions et pour lesquelles les expressions ont un sens, les variables
sont indépendantes. Plus généralement, des fonctions de blocs disjoints de variables mutuellement indépendantes sont indépendantes.
Ce lemme est admis par le programme, et il est infiniment plus utile qu'il n'en a l'air : sans lui, on ne pourrait justifier aucune des manipulations les plus courantes. Il dit en substance que l'indépendance se transmet à tout ce que l'on fabrique à partir de groupes de variables qui ne se recouvrent pas.
Exemple
Trois usages typiques. Soient des variables mutuellement indépendantes.
a. Les variables et sont indépendantes : les blocs et sont disjoints.
b. Les variables et sont indépendantes, pour la même raison. En particulier, sont mutuellement indépendantes dès que les le sont : c'est le cas appliqué à des blocs réduits à une variable.
c. En revanche, et ne sont pas indépendantes en général : les deux blocs partagent la variable , et le lemme ne s'applique pas. C'est l'erreur classique, et elle est immédiate à repérer : il suffit de vérifier que les blocs sont disjoints.
n-uplets, indépendance mutuelle, échantillon
Définition
Soient des variables aléatoires réelles définies sur le même espace probabilisé. Le -uplet est dit mutuellement indépendant, ou simplement indépendant, lorsque, pour tout -uplet de réels,
Définition
Une suite de variables aléatoires réelles est dite mutuellement indépendante lorsque, pour tout entier , le -uplet est mutuellement indépendant.
Un échantillon de taille d'une loi donnée est un -uplet de variables mutuellement indépendantes et de même loi. On dit aussi que les sont indépendantes et identiquement distribuées.
L'échantillon est la modélisation de la répétition d'une expérience dans des conditions identiques : mesures d'une même grandeur, durées de vie de composants issus de la même chaîne, observations d'un même phénomène. C'est le cadre de presque tous les problèmes de concours de cette partie.
Une mise en garde héritée de la première année reste d'actualité : l'indépendance mutuelle est strictement plus forte que l'indépendance deux à deux. Trois variables peuvent être deux à deux indépendantes sans que le triplet le soit. Un énoncé qui écrit « mutuellement indépendantes » donne donc davantage qu'un énoncé qui écrit « deux à deux indépendantes », et il faut lire cette hypothèse avec attention avant de factoriser une probabilité en un produit de facteurs.
Espérance, covariance et variance d'une somme
Propriété
Linéarité de l'espérance (admise). Soient des variables aléatoires réelles admettant chacune une espérance, et soient des réels. Alors admet une espérance et
Il faut marteler ce que cet énoncé ne contient pas : aucune hypothèse d'indépendance. La linéarité de l'espérance est vraie pour des variables quelconques, liées ou non, et c'est ce qui en fait l'outil le plus robuste du calcul des probabilités. C'est aussi ce qui la distingue de la variance.
Définition
Soient et deux variables aléatoires réelles admettant chacune un moment d'ordre . On appelle covariance de et le réel
Propriété
Propriétés de la covariance. Soient , , des variables admettant un moment d'ordre , et soient , des réels.
a. König-Huygens. .
b. Symétrie. .
c. Lien avec la variance. .
d. Bilinéarité. , et de même sur la seconde variable.
e. Constantes. pour tout réel .
f. Indépendance. Si et sont indépendantes, alors .
Démonstration. a. Posons et . En développant le produit,
Chacune des quatre variables du membre de droite admet une espérance, et la linéarité donne
b. Le produit de deux nombres est commutatif, donc les deux expressions sont identiques.
c. Avec , la définition redonne , qui est la variance.
d. Notons . La variable a pour espérance par linéarité, donc
En prenant l'espérance et en utilisant sa linéarité, on obtient l'égalité annoncée. La bilinéarité sur la seconde variable s'en déduit par symétrie.
e. Si est la constante , alors est la variable nulle, donc le produit est nul et son espérance aussi.
f. Si et sont indépendantes, on a , donc le point a donne .
Propriété
La réciproque de f est FAUSSE. Deux variables peuvent avoir une covariance nulle sans être indépendantes. La covariance ne détecte que les liaisons linéaires : une liaison parfaite mais non linéaire lui échappe complètement.
Le contre-exemple de référence est celui de première année, et il faut savoir l'écrire de mémoire : uniforme sur et vérifient , alors que est entièrement déterminée par . La conséquence rédactionnelle est nette : une covariance nulle ne prouve jamais l'indépendance. Pour établir l'indépendance, on revient toujours à la définition.
Propriété
Variance d'une somme. Soient des variables admettant chacune un moment d'ordre . Alors leur somme admet un moment d'ordre et
En particulier, pour deux variables, .
Démonstration. Notons et . Par linéarité de l'espérance, , donc
Élevons au carré. Le carré d'une somme de termes est la somme des carrés augmentée du double des produits deux à deux :
Chacune des variables apparaissant au membre de droite admet une espérance : les carrés parce que les admettent un moment d'ordre , et les produits croisés parce que les covariances existent sous la même hypothèse. La linéarité de l'espérance donne alors
c'est-à-dire exactement la formule annoncée, par définition de la variance et de la covariance.
Propriété
Cas de variables indépendantes. Si sont deux à deux indépendantes et admettent chacune un moment d'ordre , alors
Démonstration. Toutes les covariances pour sont nulles, puisque et sont indépendantes. Le second terme de la formule générale disparaît.
Ce point est le plus mal traité de tout le chapitre dans les copies, et il mérite qu'on s'y arrête.
L'égalité exige une hypothèse, à savoir l'indépendance, ou au minimum la nullité de la covariance. Elle est fausse en général, et elle l'est spectaculairement : pour , le membre de gauche vaut , tandis que le membre de droite vaut . Il n'y a donc aucune symétrie entre l'espérance et la variance : la première s'additionne toujours, la seconde presque jamais.
La formule complète, avec le terme , est en revanche toujours vraie. Dans le doute, c'est elle qu'on écrit, quitte à annuler ensuite les covariances en invoquant explicitement l'indépendance. Une copie qui écrit « les variables étant indépendantes, les covariances sont nulles, donc » obtient tous les points ; une copie qui écrit directement la somme des variances sans un mot d'hypothèse n'en obtient aucun.
Il faut enfin noter une asymétrie subtile : la variance d'une somme ne réclame que l'indépendance deux à deux, puisque seules des covariances de paires interviennent. C'est l'un des rares endroits du programme où cette hypothèse affaiblie suffit.
Définition
Soient et deux variables admettant un moment d'ordre , avec et . On appelle coefficient de corrélation linéaire de et le réel
L'encadrement est admis, comme en première année. Le coefficient est la covariance rendue sans dimension : il ne dépend plus des unités, ce qui permet de comparer des situations hétérogènes. Sa valeur absolue vaut si et seulement si les deux variables sont liées par une relation affine.
Somme de deux variables indépendantes : le produit de convolution
Propriété
Produit de convolution (admis). Soient et deux variables à densité indépendantes, de densités respectives et . Alors est une variable à densité, et une densité de est donnée par
pour tout réel en lequel cette intégrale converge.
Le texte officiel du programme précise que, en cas d'utilisation du produit de convolution, la preuve de sa légitimité n'est pas exigible. On utilise donc ce théorème librement, en signalant qu'il est admis, et l'on ne cherche jamais à justifier l'existence de la densité de la somme.
La formule est symétrique en et : on peut aussi bien écrire , et il faut choisir celle des deux qui rend le calcul le plus simple. Toute la difficulté pratique se concentre en un seul point, et il est essentiel de le repérer.
Méthode
Calculer une densité de par convolution. L'intégrale est écrite sur tout entier, mais elle ne porte en réalité que sur une partie de , et déterminer laquelle est tout le travail.
- Écrire les deux conditions de non-nullité : d'une part, d'autre part. La seconde est une condition sur et sur , et c'est elle qu'on oublie.
- Résoudre le système formé par ces deux conditions, d'inconnue , en discutant selon la valeur de . On obtient un intervalle d'intégration qui dépend de , et parfois un ensemble vide, ce qui donne .
- Discuter selon les valeurs de : il y a en général deux ou trois zones, et le support de se lit sur cette discussion.
- Calculer l'intégrale sur l'intervalle trouvé, puis contrôler que l'intégrale de sur vaut .
Exemple
Somme de deux lois exponentielles de même paramètre. Soient et deux variables indépendantes de même loi , et posons . Leur densité commune est pour , nulle sinon.
Étape 1 : les conditions de non-nullité. Le produit est non nul si et seulement si les deux conditions suivantes sont réunies :
Étape 2 : la discussion. Si , aucun réel ne vérifie à la fois et : l'intégrande est identiquement nul et . Si , la condition devient , et l'intégrale porte sur le segment .
Étape 3 : le calcul. Pour ,
Le point remarquable est que les exponentielles se simplifient entièrement, l'intégrande ne dépendant plus de .
Étape 4 : le contrôle. La fonction est positive, continue sur sauf en , et
en reconnaissant l'espérance de la loi . C'est bien une densité.
Conclusion. La somme de deux variables exponentielles indépendantes de même paramètre n'est pas exponentielle : sa densité s'annule en , alors qu'une densité exponentielle y vaut . On vérifie en revanche que , conformément à la linéarité de l'espérance.
Propriété
Théorèmes de stabilité (admis). Les résultats suivants sont admis, l'hypothèse d'indépendance étant à chaque fois indispensable.
a. Lois normales. Si et sont indépendantes, alors
b. Lois gamma. Si et sont indépendantes, alors .
c. Lois de Poisson. Si et sont indépendantes, alors .
d. Lois binomiales de même paramètre . Si et sont indépendantes, alors .
Ces quatre énoncés se généralisent par récurrence immédiate à variables mutuellement indépendantes. Deux mises en garde, cependant.
D'abord, l'hypothèse d'indépendance n'est pas décorative. Sans elle, tous ces énoncés sont faux, et le contre-exemple est toujours le même : prendre . Pour des lois normales, suit la loi , et non .
Ensuite, la stabilité est l'exception, pas la règle. Les lois uniformes ne sont pas stables par somme, les lois exponentielles non plus, les lois géométriques non plus. En dehors de la liste ci-dessus, il faut calculer, par convolution dans le cas continu et par la formule de la somme discrète dans le cas discret.
Propriété
Somme de lois exponentielles de même paramètre. Soient des variables mutuellement indépendantes de même loi . Alors
Démonstration. Première étape : la loi de . Le théorème de la transformation affine, appliqué avec et , donne pour densité de la fonction
et sinon. C'est la densité de , c'est-à-dire de d'après le cas particulier établi plus haut. Donc pour tout .
Deuxième étape : l'indépendance est conservée. Chaque variable est une fonction de la seule variable , et les blocs sont deux à deux disjoints. Le lemme des coalitions assure donc que sont mutuellement indépendantes.
Troisième étape : la stabilité. Le théorème de stabilité des lois gamma, appliqué par récurrence à variables mutuellement indépendantes de loi , donne
Comme , le résultat est démontré.
Ce résultat est le classique de la filière, et il est presque toujours posé sous cette forme : on ne dit jamais que la somme des suit une loi gamma, ce qui serait faux avec un seul paramètre, on dit que fois la somme suit . On en déduit immédiatement, pour :
ce qui recoupe le calcul direct par linéarité et indépendance. Le cas redonne la densité calculée plus haut par convolution.
Minimum et maximum d'un n-uplet de variables indépendantes
Propriété
Loi du maximum et du minimum. Soient des variables aléatoires réelles mutuellement indépendantes, de fonctions de répartition . Posons
Alors, pour tout réel :
Démonstration. Le maximum. Soit un réel. Dire que le plus grand des est inférieur ou égal à , c'est dire que tous les le sont :
Les variables étant mutuellement indépendantes, la probabilité de cette intersection est le produit des probabilités, d'où
Le minimum. Le même raisonnement ne s'applique pas directement à , qui signifie « au moins un des est inférieur ou égal à » : une réunion ne se factorise pas. On passe donc par l'événement contraire. Dire que le plus petit des est strictement supérieur à , c'est dire que tous le sont :
L'indépendance mutuelle des variables entraîne celle des événements , qui sont les contraires des , d'où
et donc .
Méthode
Déterminer la loi d'un minimum ou d'un maximum. La règle est simple et ne souffre pas d'exception.
- Maximum : passer par , car « le max est petit » signifie « tous sont petits », ce qui est une intersection.
- Minimum : passer par , car « le min est grand » signifie « tous sont grands », ce qui est aussi une intersection. On revient ensuite à .
- Dans les deux cas, factoriser en invoquant explicitement l'indépendance, puis dériver si l'on veut une densité.
Propriété
Minimum de variables exponentielles. Soient des variables mutuellement indépendantes, avec . Alors
Démonstration. Notons le minimum et . Toutes les variables étant positives, l'est aussi, donc pour . Soit . La propriété précédente donne
en utilisant la queue de la loi exponentielle puis la règle de produit des exponentielles. Par conséquent,
On reconnaît la fonction de répartition de la loi , donc d'après le théorème de caractérisation.
L'interprétation est parlante et vaut d'être retenue : si composants indépendants tombent en panne selon des lois exponentielles, l'instant de la première panne suit encore une loi exponentielle, dont le paramètre est la somme des paramètres. Les taux de défaillance s'additionnent. Pour composants identiques de loi , le minimum suit , donc la durée moyenne avant la première panne vaut : elle est divisée par .
Le maximum, lui, n'a jamais de loi usuelle. On le traite systématiquement par sa fonction de répartition, comme le montre l'exemple suivant.
Exemple
Maximum d'un échantillon uniforme. Soient des variables mutuellement indépendantes, toutes de loi , et soit .
Fonction de répartition. Toutes les prenant leurs valeurs dans , il en va de même de . Pour , les fonctions de répartition valant toutes , on obtient
On complète par pour et pour .
Densité. La fonction est continue sur et de classe sauf en et en . En dérivant,
Espérance. Le support étant borné, l'espérance existe, et
Le résultat est conforme à l'intuition : plus l'échantillon est grand, plus le maximum se rapproche de , sans jamais l'atteindre.
Moyenne d'un échantillon
Définition
Soit un échantillon d'une loi admettant une espérance et une variance . On appelle moyenne de l'échantillon la variable aléatoire
Propriété
Espérance et variance de la moyenne. Avec les notations ci-dessus,
Démonstration. Espérance. Les ayant toutes la loi commune de l'échantillon, elles ont toutes la même espérance . La linéarité de l'espérance, qui ne demande aucune hypothèse, donne
Variance. Les variables sont mutuellement indépendantes, donc en particulier deux à deux indépendantes, et toutes leurs covariances deux à deux sont nulles. La variance d'une somme se réduit à la somme des variances, et la formule appliquée avec donne
Ces deux résultats se lisent ensemble, et leur lecture conjointe est la conclusion naturelle du chapitre.
La moyenne d'un échantillon a la même espérance que chacune des observations : moyenner ne déplace pas le centre. En revanche, sa variance est divisée par , donc son écart-type est divisé par . Autrement dit, la moyenne de plusieurs observations est bien moins dispersée qu'une observation isolée, et cette dispersion diminue quand la taille de l'échantillon augmente.
C'est la justification mathématique d'une pratique universelle : pour mesurer une grandeur avec précision, on répète la mesure et l'on moyenne. Avec observations, l'écart-type de la moyenne est dix fois plus petit que celui d'une mesure isolée. On notera la lenteur du gain : diviser l'écart-type par dix exige de multiplier par cent le nombre d'observations.
Exemple
Une machine produit des pièces dont la masse suit une loi d'espérance grammes et d'écart-type grammes, donc de variance . On prélève un échantillon de pièces, les masses étant supposées mutuellement indépendantes.
La masse moyenne de l'échantillon vérifie
L'écart-type est passé de grammes pour une pièce isolée à gramme pour la moyenne de trente-six pièces, soit une division par .
Les méthodes du chapitre
Cette section rassemble les gestes techniques du chapitre. Aucune notion nouvelle n'y figure : tout ce qui suit a été établi plus haut, il s'agit seulement de savoir quel outil sortir devant quel énoncé, et dans quel ordre écrire les lignes.
Méthode
Méthode 1. Reconnaître une densité. Donnée : une fonction , éventuellement définie par morceaux.
- Positivité sur tout entier, y compris là où est nulle ; discuter le signe d'un éventuel paramètre.
- Continuité sauf en un nombre fini de points : nommer les morceaux, justifier la continuité sur chacun, compter les points de raccordement.
- Convergence de , puis valeur : énoncer la convergence avec son argument avant de calculer.
Aucune de ces trois vérifications n'est facultative, et l'ordre est celui-ci.
Méthode
Méthode 2. Déterminer une constante de normalisation. Donnée : dépend d'une constante inconnue.
- Découper sur les morceaux où n'est pas nulle.
- Étudier la convergence : si l'intégrale diverge, aucune valeur de ne convient et c'est la réponse.
- Calculer sur un segment, passer à la limite, résoudre l'équation obtenue en .
- Vérifier la positivité avec la valeur trouvée : c'est cette étape qui valide la réponse.
Méthode
Méthode 3. Passer de à et réciproquement.
- De à : vérifier que est continue sur et de classe sauf en un nombre fini de points, puis dériver morceau par morceau. Aux points de raccordement, poser ou toute autre valeur positive.
- De à : calculer en distinguant les zones délimitées par les bornes du support, puis contrôler la continuité aux raccords.
Méthode
Méthode 4. Déterminer la loi de . Une seule méthode : celle de la fonction de répartition.
- Support : déterminer à partir de .
- Définition : écrire .
- Résoudre l'inéquation d'inconnue pour se ramener à , en surveillant le sens des inégalités. Si n'est pas monotone, on obtient un encadrement et fait intervenir une différence de deux valeurs de .
- Dériver morceau par morceau après avoir vérifié la continuité de .
Cas particulier à connaître par cœur : pour avec , on a directement .
Méthode
Méthode 5. Justifier l'existence d'une espérance. Avant tout calcul, sans exception.
- Support borné : est continue par morceaux sur un segment, l'intégrale n'est pas impropre. Une ligne.
- Variable positive : la convergence absolue équivaut à la convergence ; étudier par comparaison, équivalent, ou croissances comparées.
- Signe quelconque : étudier en séparant les deux demi-droites.
- Loi usuelle : citer le cours, qui donne l'existence en même temps que la valeur.
Même démarche pour la variance, avec le moment d'ordre .
Méthode
Méthode 6. Calculer une espérance par le théorème de transfert. L'énoncé demande , , , .
- Écrire , en citant le théorème de transfert.
- Justifier la convergence absolue de cette intégrale.
- Calculer, le plus souvent par intégration par parties sur un segment puis passage à la limite.
On ne cherche jamais la loi de pour en calculer l'espérance : c'est exactement ce que le transfert évite.
Méthode
Méthode 7. Déterminer la loi d'une somme par convolution. Hypothèse indispensable : et indépendantes, toutes deux à densité.
- Écrire , en signalant que le théorème est admis.
- Écrire les deux conditions de non-nullité, et , la seconde portant sur et sur .
- Discuter selon pour trouver l'intervalle d'intégration ; certaines valeurs de donnent un ensemble vide, donc .
- Calculer, puis contrôler que .
Avant de se lancer, vérifier si un théorème de stabilité s'applique (normales, gamma, Poisson, binomiales de même ) : il donne le résultat sans aucun calcul.
Méthode
Méthode 8. Déterminer la loi d'un minimum ou d'un maximum. Hypothèse indispensable : variables mutuellement indépendantes.
- Maximum : , donc .
- Minimum : , donc , puis .
Dans les deux cas, invoquer explicitement l'indépendance au moment de factoriser, puis dériver pour obtenir une densité. Résultat à connaître : le minimum de variables indépendantes suit .
Méthode
Méthode 9. Utiliser la table de la loi normale. Donnée : .
- Centrer et réduire en appliquant à tous les membres de l'inégalité.
- Exprimer avec : , , .
- Éliminer les arguments négatifs par .
- Lire la table. Pour un événement symétrique, utiliser .
Valeurs à connaître : et .
Méthode
Méthode 10. Utiliser la formule de l'espérance totale. Signal : l'expérience se déroule en deux temps, le premier déterminant la loi du second.
- Choisir le système complet décrivant le premier temps, et vérifier que chaque est non nul.
- Identifier la loi conditionnelle de sachant , presque toujours une loi usuelle, et en citer l'espérance.
- Écrire et calculer la somme.
À ne pas confondre avec la formule des probabilités totales, qui donne et non .
Erreurs classiques
Voici les erreurs qui coûtent le plus de points aux concours sur ce chapitre. Elles reviennent copie après copie, et elles sont toutes évitables par une relecture ciblée.
Erreur 1. Écrire pour une variable à densité. C'est l'erreur fondatrice, et elle prend souvent la forme d'un raisonnement discret plaqué sur une variable continue : on cherche « la valeur la plus probable », on écrit à partir de la densité, ou l'on somme des pour retrouver . Pour une variable à densité, est continue, donc pour tout réel . La densité n'est pas une probabilité : elle peut d'ailleurs dépasser , comme dans le cas de où elle vaut . Seule une aire est une probabilité.
Erreur 2. Calculer une espérance sans justifier la convergence. Écrire puis calculer, sans un mot sur la convergence absolue, c'est perdre les points de la question même si le résultat numérique est juste. Il existe des variables à densité sans espérance, l'exemple de densité sur est là pour le rappeler. La rédaction attendue tient en une phrase : « la variable étant positive, la convergence absolue équivaut à la convergence, et l'intégrale converge par croissances comparées, donc admet une espérance ». Même exigence pour la variance, avec le moment d'ordre .
Erreur 3. « Dériver la densité » pour obtenir la loi de . On voit régulièrement des copies écrire , ou composer avec , ou dériver . Aucune de ces opérations n'a de sens. La loi d'une transformée se cherche toujours par la fonction de répartition, en quatre étapes, et la dérivation n'intervient qu'à la fin, sur et non sur . Le seul raccourci autorisé est la formule de la transformation affine, qui a été démontrée précisément pour éviter de refaire les quatre étapes à chaque fois.
Erreur 4. Oublier le facteur dans la densité de . L'oubli se produit surtout quand est négatif, ou lorsqu'on enchaîne les transformations. La formule correcte est , avec une valeur absolue, et non . Le contrôle est immédiat : sans ce facteur, l'intégrale de ne vaut pas , et avec pour , la « densité » serait négative. Un signe négatif devant une densité est toujours le signe d'une erreur.
Erreur 5. Additionner les variances sans hypothèse d'indépendance. L'égalité n'est vraie que si , ce qui est assuré par l'indépendance. Sans hypothèse, la formule correcte est . Le contre-exemple tient en une ligne : pour , le membre de gauche vaut et le membre de droite . Dans le doute, on écrit la formule complète, qui est toujours vraie, et l'on annule ensuite les covariances en citant l'hypothèse.
Erreur 6. Croire qu'une covariance nulle entraîne l'indépendance. L'implication ne vaut que dans un sens : indépendantes entraîne covariance nulle. La réciproque est fausse, et le contre-exemple uniforme sur avec est à savoir écrire de mémoire. La covariance ne détecte que les liaisons linéaires. Conséquence rédactionnelle : pour établir une indépendance, on revient toujours à la définition, jamais à un calcul de covariance.
Erreur 7. Confondre avec . La seconde écriture est absurde : est à valeurs dans , elle ne peut pas être négative. La fonction impaire est , pas elle-même. La formule correcte se retrouve sans effort en pensant aux aires : l'aire à gauche de est égale à l'aire à droite de , c'est-à-dire à . Erreur voisine et tout aussi fréquente : confondre les deux paramètres de , en centrant et réduisant avec la variance au lieu de l'écart-type. On divise par , jamais par .
Erreur 8. Oublier de préciser le support d'une densité. Écrire « » sans ajouter « pour , et sinon » est une réponse incomplète, et souvent fausse : la fonction sur tout entier n'est pas intégrable en . Une densité se donne toujours sur tout entier, avec la mention explicite de la zone où elle est nulle. La même exigence vaut pour une fonction de répartition, qui doit être définie sur , y compris avant et après le support.
Erreur 9. Croire que la somme de deux uniformes est uniforme. Elle ne l'est pas, et le résultat de la convolution le montre : la somme de deux variables indépendantes a une densité triangulaire, nulle en et en , maximale en . Plus généralement, la stabilité par somme est l'exception : elle ne vaut que pour les lois normales, les lois gamma, les lois de Poisson et les lois binomiales de même paramètre , et toujours sous hypothèse d'indépendance. En dehors de cette liste, on calcule. Corollaire du même type : la somme de deux exponentielles indépendantes de même paramètre n'est pas exponentielle, sa densité est .
Erreur 10. Utiliser une loi gamma à deux paramètres. Seule la loi , à un paramètre, est au programme ECG. Écrire pour la somme de variables indépendantes est hors programme, donc sanctionné. La formulation correcte, et la seule attendue, est
c'est-à-dire que l'on multiplie la somme par avant d'identifier la loi. Le passage se fait par , à justifier par la transformation affine.
Erreur 11. Confondre médiane et espérance. La médiane d'une variable à densité est le réel tel que ; l'espérance est . Les deux coïncident lorsque la densité est symétrique, ce qui est le cas de la loi uniforme et de la loi normale, mais pas en général. Pour , l'équation donne , nettement inférieur à l'espérance : plus de la moitié des composants tombent en panne avant la durée de vie moyenne. Une loi dissymétrique n'a aucune raison d'avoir sa médiane au centre.
Erreur 12. Appliquer le lemme des coalitions à des blocs qui se recouvrent. Le lemme n'affirme l'indépendance que pour des fonctions de blocs disjoints. Les variables et partagent : elles ne sont pas indépendantes, et leur covariance vaut d'ailleurs . Avant toute factorisation d'une probabilité en produit, ou toute suppression d'une covariance, il faut donc vérifier que les groupes de variables invoqués ne se recouvrent pas.
Bloqué sur « Compléments de probabilités : couples et n-uplets de variables aléatoires réelles » ?
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.