ECG approfondies · Chapitre 11 · Troisième semestre

Fonctions réelles définies sur Rⁿ

2e année

Continuité sur Rⁿ, dérivées partielles, gradient, condition nécessaire d'ordre 1 pour un extremum.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Continuité sur Rⁿ
  • Dérivées partielles
  • Gradient
  • Condition nécessaire d'ordre 1 pour un extremum

Toute l'analyse que vous avez pratiquée jusqu'ici portait sur des fonctions d'une variable : une entrée réelle, une sortie réelle, une courbe dans le plan. Or presque aucune grandeur intéressante ne dépend d'un seul paramètre. Le coût de production d'une entreprise dépend de la quantité de travail et de la quantité de capital engagées ; la satisfaction d'un consommateur dépend des quantités de tous les biens qu'il achète ; l'erreur d'un ajustement statistique dépend de tous les coefficients du modèle ; la valeur d'un portefeuille dépend du prix de chacun des actifs qui le composent. Ce chapitre construit l'outillage qui permet de dériver, d'approcher et d'optimiser de telles grandeurs.

Le programme d'ECG procède par transfert méthodique. Chaque notion d'une variable a ici son analogue, et la démarche consiste à se demander ce qui subsiste et ce qui change. La continuité subsiste presque telle quelle, à condition de remplacer la valeur absolue xa par une norme xa qui mesure la distance entre deux points de Rn. La dérivée, elle, éclate : il n'y a plus une dérivée mais n dérivées partielles, une par variable, rassemblées dans un vecteur appelé gradient. Le développement limité d'ordre 1 subsiste, sous une forme remarquablement compacte où le produit f(a)h devient un produit scalaire f(a),h. Enfin, la condition nécessaire d'extremum « la dérivée s'annule » subsiste presque mot pour mot : « le gradient s'annule ».

Ce qui change vraiment, et qu'il faut comprendre dès la première lecture, c'est la richesse des directions. En une variable, on ne peut approcher un point a que par la gauche ou par la droite : deux directions, et la limite existe dès que les deux coïncident. Dans R2, on peut approcher un point par une infinité de directions, et même par des chemins qui ne sont pas des droites. C'est la source de tous les phénomènes nouveaux du chapitre : une fonction peut posséder des dérivées partielles en un point sans y être continue, un point critique peut n'être ni un maximum ni un minimum, et l'on ne peut jamais conclure à une limite après avoir examiné une seule direction. Le contre-exemple f(x,y)=xyx2+y2, que nous croiserons deux fois, résume à lui seul ces avertissements.

Un mot enfin sur ce que ce chapitre ne contient pas, car la répartition du programme est ici très précise. Nous nous arrêtons volontairement à l'ordre 1 : dérivées partielles premières, développement limité d'ordre 1, condition nécessaire d'ordre 1 pour un extremum. L'outil systématique qui permet de décider si un point critique est un maximum, un minimum ou aucun des deux, ainsi que la recherche d'extremums sur une partie qui n'est pas ouverte, relèvent du chapitre du semestre suivant. Dans l'intervalle, nous disposons malgré tout d'une méthode complète, et souvent plus rapide que la machinerie générale : l'étude directe du signe de f(x)f(a), par mise sous forme canonique ou par minoration. Elle suffit pour tous les exercices de ce semestre, et elle reste, même plus tard, la méthode la plus élégante quand elle s'applique.

Le plan est le suivant. La section 1 met en place le cadre : norme euclidienne sur Rn, boules, parties ouvertes, fermées et bornées. La section 2 définit les fonctions de plusieurs variables et leur vocabulaire géométrique. La section 3 traite la continuité. La section 4 introduit les dérivées partielles et le gradient. La section 5 définit la classe C1, qui est l'hypothèse standard de tout le reste du chapitre. La section 6 établit le développement limité d'ordre 1 et l'approximation affine. La section 7 étudie la dérivée le long d'une droite et montre que le gradient indique la direction de plus forte pente. La section 8 traite les extremums. La section 9 récapitule les méthodes.

Voici les notations employées dans tout le chapitre.

Notation Signification
Rn ensemble des n-uplets de réels ; n vaut 2 ou 3 dans les exemples
x=(x1,,xn) un point, ou un vecteur, de Rn
a=(a1,,an) le point où l'on étudie la fonction
h=(h1,,hn) l'accroissement, destiné à tendre vers 0
x,y produit scalaire canonique de x et de y
x norme euclidienne de x
B(a,r) boule ouverte de centre a et de rayon r
U une partie ouverte de Rn
D le domaine de définition d'une fonction
if(a) i-ème dérivée partielle de f au point a
f(a) gradient de f au point a
C1 classe des fonctions continûment dérivables
ei i-ème vecteur de la base canonique de Rn
fin d'une démonstration

L'espace des n-uplets : norme, boules, parties ouvertes

Produit scalaire canonique et norme euclidienne

Le chapitre d'algèbre bilinéaire a muni Rn d'un produit scalaire ; nous en reprenons ici la définition et les deux inégalités dont nous aurons besoin. Rien n'est nouveau dans cette sous-section, mais tout y sera utilisé.

Définition

Soient x=(x1,,xn) et y=(y1,,yn) deux éléments de Rn. Le produit scalaire canonique de x et de y est le réel

x,y=i=1nxiyi=x1y1++xnyn.

La norme euclidienne de x est le réel positif

x=x,x=x12++xn2.

Exemple

Dans R2, avec x=(3,1) et y=(2,5) :

x,y=3×2+(1)×5=1,x=9+1=10,y=4+25=29.

Dans R3, avec x=(1,2,2), on trouve x=1+4+4=3.

Propriété

Pour tous x,y dans Rn et tout réel λ :

  1. x0, et x=0 si et seulement si x=0 ;
  2. λx=λx ;
  3. (Cauchy-Schwarz) x,yxy, avec égalité si et seulement si x et y sont colinéaires ;
  4. (inégalité triangulaire) x+yx+y ;
  5. (seconde inégalité triangulaire) xyxy.

Les points 1 et 2 sont immédiats sur l'expression avec les carrés, et le point 3 a été démontré dans le chapitre euclidien : nous l'admettons ici. Démontrons en revanche les points 4 et 5, qui seront les outils de calcul de toute la section.

Démonstration. Pour le point 4, développons le carré de la norme à l'aide de la bilinéarité du produit scalaire :

x+y2=x+y,x+y=x2+2x,y+y2.

Or x,yx,yxy par Cauchy-Schwarz, donc

x+y2x2+2xy+y2=(x+y)2.

Les deux membres sont positifs, et la fonction racine carrée est croissante : on conclut x+yx+y.

Pour le point 5, écrivons x=(xy)+y et appliquons le point 4 :

xxy+y,doncxyxy.

En échangeant les rôles de x et de y, et en remarquant que yx=(xy)=xy, on obtient aussi yxxy. Les deux inégalités réunies donnent le résultat annoncé sur la valeur absolue.

Le petit résultat suivant est constamment utilisé pour passer d'une coordonnée à la norme complète. Il est élémentaire, mais c'est lui qui rend les démonstrations de continuité faciles.

Propriété

Pour tout x=(x1,,xn) de Rn et tout indice i,

xix.

Démonstration. Tous les termes de la somme x12++xn2 sont positifs, donc xi2x12++xn2=x2. En prenant la racine carrée, croissante sur [0,+[, il vient xi2x, c'est-à-dire xix.

Distance, boules ouvertes et boules fermées

Définition

La distance entre deux points x et y de Rn est le réel positif

d(x,y)=xy=(x1y1)2++(xnyn)2.

Pour n=1, on retrouve d(x,y)=xy : la norme euclidienne prolonge la valeur absolue. Pour n=2 et n=3, c'est la distance usuelle du plan et de l'espace, donnée par le théorème de Pythagore.

Définition

Soient aRn et r>0. On appelle

  • boule ouverte de centre a et de rayon r l'ensemble
B(a,r)={xRn  ;  xa<r};
  • boule fermée de centre a et de rayon r l'ensemble
B(a,r)={xRn  ;  xar}.

Remarque

L'allure d'une boule dépend de la dimension, mais le mot est le même dans tous les cas.

Pour n=1, B(a,r)=]ar,a+r[ est un intervalle ouvert centré en a : les boules de R sont exactement les intervalles ouverts bornés centrés.

Pour n=2, B(a,r) est le disque de centre a et de rayon r, privé de son cercle frontière. La boule fermée B(a,r) est le même disque, cercle compris.

Pour n=3, B(a,r) est l'intérieur de la sphère de centre a et de rayon r.

Dans tous les cas, dire que x appartient à B(a,r) signifie exactement que x est à distance strictement inférieure à r de a, autrement dit que x est « proche » de a, la tolérance étant r.

Exemple

Le point x=(1,2;0,5) appartient-il à B((1,1),12) ? On calcule

x(1,1)=(0,2)2+(0,5)2=0,04+0,25=0,290,539.

Comme 0,539>0,5, le point x n'appartient pas à cette boule. Il appartient en revanche à B((1,1),1).

Parties ouvertes

Toute la suite du chapitre se déroulera sur des parties ouvertes : c'est l'hypothèse qui permet de dériver dans toutes les directions sans sortir de l'ensemble de définition, et c'est aussi l'hypothèse cruciale du théorème sur les extremums. Il faut donc savoir manipuler cette notion avec aisance.

Définition

Une partie U de Rn est dite ouverte (on dit aussi que U est un ouvert) lorsque, pour tout point a de U, il existe un réel r>0 tel que B(a,r)U.

En clair : U est ouvert si aucun de ses points n'est « au bord ». Autour de chaque point de U, on peut tracer une boule entière, si petite soit-elle, qui reste dans U. Le rayon r n'a aucune raison d'être le même pour tous les points : plus le point est proche du bord, plus le rayon doit être petit. C'est exactement ce que montre la figure suivante.

Une partie ouverte du plan : autour de chaque point, un disque entier reste dans la partie

Le premier exemple à connaître est aussi celui qui justifie le vocabulaire : une boule ouverte est bien un ouvert. Sa démonstration est le prototype de toutes les autres, et le rayon rxa qu'elle fait apparaître est à retenir.

Propriété

Pour tous aRn et r>0, la boule ouverte B(a,r) est une partie ouverte de Rn.

Démonstration. Soit x un point de B(a,r). Par définition, xa<r, donc le réel

ρ=rxa

est strictement positif. Montrons que B(x,ρ)B(a,r), ce qui achèvera la démonstration.

Soit yB(x,ρ), c'est-à-dire yx<ρ. Écrivons ya=(yx)+(xa) et appliquons l'inégalité triangulaire :

yayx+xa<ρ+xa=(rxa)+xa=r.

Donc ya<r, c'est-à-dire yB(a,r). Ainsi tout point de B(x,ρ) appartient à B(a,r), soit B(x,ρ)B(a,r). Le point x étant quelconque dans B(a,r), la boule B(a,r) est ouverte.

Remarque

Retenez le mécanisme : le rayon ρ=rxa est exactement « la distance qui reste entre x et le bord de la boule ». Il tend vers 0 lorsque x s'approche du cercle, ce qui illustre bien que le rayon dépend du point choisi.

Passons aux deux exemples extrêmes, puis à un ouvert défini par une inégalité.

Propriété

Rn et l'ensemble vide sont des parties ouvertes de Rn.

Démonstration. Soit aRn. La boule B(a,1) est évidemment incluse dans Rn, donc la condition est vérifiée avec r=1 : Rn est ouvert. Pour , la condition « pour tout point a de … » ne porte sur aucun point : elle est vérifiée par vacuité, et est ouvert.

Propriété

Le demi-plan strict U={(x,y)R2  ;  x+2y>3} est une partie ouverte de R2.

Démonstration. Soit a=(a1,a2) un point de U, et posons

δ=a1+2a23>0,u=(1,2),de sorte que u=5.

Posons r=δ5>0 et montrons que B(a,r)U.

Soit x=(x1,x2) un point de B(a,r). On remarque que

(x1+2x2)(a1+2a2)=1×(x1a1)+2×(x2a2)=u,xa.

L'inégalité de Cauchy-Schwarz donne alors

u,xauxa<5×δ5=δ,

donc en particulier u,xa>δ. Il vient

x1+2x2=(a1+2a2)+u,xa>(a1+2a2)δ=3,

c'est-à-dire xU. Ainsi B(a,r)U, et U est ouvert.

Propriété

Une réunion quelconque de parties ouvertes est ouverte. Une intersection de deux parties ouvertes est ouverte, et par récurrence il en va de même pour une intersection d'un nombre fini d'ouverts.

Démonstration. Soit (Uj)jJ une famille d'ouverts et V leur réunion. Si aV, il existe un indice j tel que aUj ; comme Uj est ouvert, il existe r>0 avec B(a,r)UjV. Donc V est ouvert.

Soient maintenant U1 et U2 deux ouverts et aU1U2. Il existe r1>0 tel que B(a,r1)U1 et r2>0 tel que B(a,r2)U2. Posons r=min(r1,r2)>0 : alors B(a,r)B(a,r1)U1 et B(a,r)B(a,r2)U2, donc B(a,r)U1U2.

Remarque

Le caractère fini est indispensable pour l'intersection. Dans R, les intervalles ]1k,1k[ sont tous ouverts pour k1, mais leur intersection sur tous les entiers k1 est réduite à {0}, qui n'est pas un ouvert : aucun intervalle ouvert centré en 0 n'est inclus dans {0}.

Parties fermées, parties bornées

Définition

Une partie F de Rn est dite fermée (on dit aussi que F est un fermé) lorsque son complémentaire RnF est une partie ouverte.

Propriété

Pour tous aRn et r>0, la boule fermée B(a,r) est une partie fermée de Rn.

Démonstration. Le complémentaire de B(a,r) est C={xRn  ;  xa>r}. Soit xC et posons

ρ=xar>0.

Soit yB(x,ρ). La seconde inégalité triangulaire donne xayaxy<ρ, donc

ya>xaρ=r.

Ainsi yC, ce qui prouve B(x,ρ)C. Le complémentaire C est donc ouvert, et B(a,r) est fermée.

Exemple

Quelques fermés usuels de R2, que l'on retrouvera dans les exercices.

a. R2 et sont fermés (ce sont les complémentaires l'un de l'autre, et tous deux sont ouverts) : une partie peut donc être à la fois ouverte et fermée.

b. Un singleton {a} est fermé.

c. Le demi-plan large {(x,y)R2  ;  x+2y3} est fermé : son complémentaire est le demi-plan strict {x+2y<3}, ouvert par le même raisonnement que plus haut.

d. Une droite {(x,y)R2  ;  x+2y=3} est fermée.

Remarque

« Fermé » n'est pas le contraire de « ouvert ». Ce sont deux propriétés indépendantes, définies l'une à partir de l'autre par passage au complémentaire. Quatre situations sont possibles : ouverte et non fermée (une boule ouverte), fermée et non ouverte (une boule fermée), à la fois ouverte et fermée (Rn, ), ni ouverte ni fermée (l'exemple ci-dessous). Le réflexe consistant à écrire « A n'est pas ouverte, donc A est fermée » est une faute.

Exemple

Une partie ni ouverte ni fermée. Considérons

A={(x,y)R2  ;  x>0  et  y0}.

A n'est pas ouverte. Le point p=(1,0) appartient à A. Soit r>0 quelconque ; le point q=(1,r2) vérifie qp=r2<r, donc qB(p,r), mais sa seconde coordonnée est strictement négative, donc qA. Aucune boule centrée en p n'est incluse dans A.

A n'est pas fermée. Notons C=R2A et montrons que C n'est pas ouvert. Le point p=(0,1) appartient à C (sa première coordonnée n'est pas strictement positive). Soit r>0 ; le point q=(r2,1) vérifie qp=r2<r, donc qB(p,r), mais qA, donc qC. Ainsi C n'est pas ouvert, donc A n'est pas fermée.

Définition

Une partie A de Rn est dite bornée lorsqu'il existe un réel M>0 tel que

xA,xM,

autrement dit lorsque AB(0,M) : la partie A tient tout entière dans une boule centrée à l'origine.

Exemple

a. Toute boule, ouverte ou fermée, est bornée : si xB(a,r), alors xxa+a<r+a, et l'on prend M=r+a.

b. Le carré [0,1]×[0,1] est borné : pour (x,y) dans ce carré, (x,y)=x2+y22.

c. Une droite de R2 est fermée mais non bornée. Le demi-plan {x>0} est ouvert et non borné. Les trois notions (ouvert, fermé, borné) sont indépendantes.

Méthode : reconnaître un ouvert ou un fermé sur des inégalités

En pratique, on ne revient presque jamais à la définition avec une boule : on lit la réponse sur la forme des inégalités qui définissent la partie. Le résultat suivant est admis. Il fait intervenir la notion de continuité pour une fonction de plusieurs variables, qui sera définie précisément en section 3 ; retenez pour l'instant que les fonctions polynomiales sont continues, ce qui couvre l'immense majorité des cas rencontrés.

Propriété

Résultat admis. Soient f1,,fp des fonctions continues sur Rn. Alors :

  • l'ensemble défini par des inégalités strictes {xRn  ;  f1(x)>0, , fp(x)>0} est un ouvert ;
  • l'ensemble défini par des inégalités larges {xRn  ;  f1(x)0, , fp(x)0} est un fermé ;
  • un ensemble défini par des égalités {xRn  ;  f1(x)=0, , fp(x)=0} est un fermé.

Méthode

Reconnaître un ouvert ou un fermé. On écrit la partie sous la forme d'un système d'inégalités ou d'égalités portant sur des fonctions continues, en ramenant tout dans le membre de gauche (« >0 », « 0 », « =0 »), puis :

  • toutes les inégalités sont strictes, sans aucune égalité : c'est un ouvert ;
  • toutes les inégalités sont larges, ou ce sont des égalités : c'est un fermé ;
  • mélange des deux : la partie n'est en général ni l'un ni l'autre, et il faut revenir à la définition, comme dans l'exemple traité plus haut.

Pour le caractère borné, on cherche à majorer x ; s'il est impossible de le faire, on exhibe une suite de points de la partie dont la norme tend vers +.

Exemple

Appliquons la méthode à quatre parties de R2.

a. {(x,y)  ;  x2+y2<4  et  xy>0} : deux inégalités strictes portant sur des fonctions polynomiales (4x2y2>0 et xy>0). C'est un ouvert, borné car inclus dans B(0,2).

b. {(x,y)  ;  x2+y24} : inégalité large, c'est un fermé ; il est borné (c'est B(0,2)).

c. {(x,y)  ;  xy=1} : une égalité polynomiale, c'est un fermé. Il n'est pas borné : les points (t,1t) y appartiennent pour tout t>0 et leur norme tend vers + quand t tend vers +.

d. ]0,+[×]0,+[, le quart de plan ouvert : c'est {(x,y)  ;  x>0  et  y>0}, donc un ouvert non borné. C'est le domaine naturel des fonctions de production, que nous rencontrerons à la section suivante.

Fonctions de plusieurs variables

Définition et domaine de définition

Définition

Soit D une partie de Rn. Une fonction réelle de n variables réelles définie sur D est une application

f:DR,x=(x1,,xn)f(x1,,xn).

La partie D s'appelle l'ensemble de définition, ou domaine, de f.

Lorsque f est donnée par une formule sans que D soit précisé, le domaine est, par convention, l'ensemble des points de Rn en lesquels la formule a un sens.

Méthode

Déterminer un domaine de définition. On traduit chaque contrainte imposée par les fonctions usuelles qui apparaissent dans la formule :

  • dénominateur : il doit être non nul ;
  • ln(u) : il faut u>0 ;
  • u : il faut u0 ;
  • uα avec α réel non entier : il faut u>0.

On intersecte toutes les contraintes obtenues, puis on précise, si l'énoncé le demande, si le domaine est ouvert, fermé ou borné.

Exemple

Déterminons le domaine de quatre fonctions.

a. f(x,y)=xyx2+y2 : le dénominateur s'annule uniquement en (0,0), donc D=R2{(0,0)}. C'est un ouvert (complémentaire d'un singleton, qui est fermé), non borné.

b. g(x,y)=ln(x+y1) : il faut x+y1>0, donc D={(x,y)R2  ;  x+y>1}, demi-plan strict, ouvert non borné.

c. h(x,y)=1x2y2 : il faut 1x2y20, donc D=B((0,0),1), le disque unité fermé : fermé et borné, non ouvert.

d. k(x,y,z)=1x+y+z : le domaine est D={(x,y,z)R3  ;  x+y+z0}, complémentaire d'un plan, donc ouvert non borné.

Exemple

La fonction de production de Cobb-Douglas. En économie, on modélise fréquemment la quantité produite par une entreprise en fonction du capital K et du travail L engagés par

f(K,L)=KαLβ,

α et β sont deux réels strictement positifs, souvent avec α+β=1. Les puissances étant d'exposant réel quelconque, il faut K>0 et L>0 : le domaine est

D=]0,+[2=]0,+[×]0,+[,

c'est-à-dire le quart de plan ouvert. Le fait que ce domaine soit ouvert n'est pas un détail technique : c'est ce qui autorisera, en section 8, à chercher les optimums en annulant le gradient. Rappelons que Kα=eαlnK pour K>0, écriture dont nous nous servirons pour dériver.

Graphe et surface représentative

Définition

Soit f une fonction définie sur une partie D de R2. Le graphe de f est la partie de R3

Sf={(x,y,f(x,y))  ;  (x,y)D}.

On l'appelle aussi la surface représentative de f, et l'on dit que Sf a pour équation z=f(x,y).

Pour une fonction d'une variable, le graphe est une courbe du plan ; pour une fonction de deux variables, c'est une surface de l'espace, que l'on peut se représenter comme un relief au-dessus du domaine D : au point (x,y) du sol, l'altitude vaut f(x,y). Pour n3, le graphe vit dans Rn+1 et n'est plus représentable ; c'est pourquoi tous les dessins de ce chapitre concernent le cas n=2.

Exemple

a. f(x,y)=2x+3y1 : la surface d'équation z=2x+3y1 est un plan de l'espace.

b. f(x,y)=x2+2y2 : la surface est un paraboloïde, sorte de coupe évasée dont le point le plus bas est l'origine.

c. f(x,y)=x2y2 : la surface a la forme d'une selle de cheval, montante dans une direction et descendante dans l'autre. Nous y reviendrons en section 8, car c'est le contre-exemple central du chapitre.

Fonctions partielles

Puisqu'on ne sait dériver que des fonctions d'une variable, la stratégie de tout le chapitre consiste à figer toutes les variables sauf une. On obtient ainsi des fonctions d'une variable, qu'on appelle les fonctions partielles.

Définition

Soient f définie sur DRn et a=(a1,,an) un point de D. Pour chaque indice i de {1,,n}, la i-ème fonction partielle de f en a est la fonction d'une variable réelle

fi:tf(a1,,ai1,t,ai+1,,an),

définie sur l'ensemble des réels t pour lesquels ce point appartient à D.

Pour n=2 et a=(a1,a2), cela s'écrit simplement

f1:tf(t,a2)etf2:tf(a1,t).

Géométriquement, la courbe représentative de f1 s'obtient en coupant la surface Sf par le plan vertical d'équation y=a2 : c'est le profil du relief le long de cette coupe.

Exemple

Prenons f(x,y)=x2+2y2 et a=(1,1). Les deux fonctions partielles en a sont

f1:tf(t,1)=t2+2etf2:tf(1,t)=1+2t2,

toutes deux définies sur R. Ce sont deux paraboles, et l'on vérifie que f1(1)=3=f2(1)=f(1,1), comme il se doit : les deux coupes passent par le même point de la surface.

Remarque

Les fonctions partielles ne « voient » que les n directions des axes de coordonnées. C'est une information très partielle sur f, comme le nom l'indique et comme nous le vérifierons durement en section 4 : une fonction peut avoir des fonctions partielles parfaitement régulières en un point sans y être continue.

Lignes de niveau

Définition

Soient f définie sur DR2 et k un réel. La ligne de niveau k de f est l'ensemble

Ck={(x,y)D  ;  f(x,y)=k}.

C'est la traduction en mathématiques des courbes de niveau d'une carte de randonnée : le niveau k rassemble tous les points du domaine où l'altitude vaut exactement k. Une ligne de niveau peut être une courbe, un point, ou l'ensemble vide.

Exemple

Les lignes de niveau de f(x,y)=x2+2y2. Soit k un réel ; résolvons x2+2y2=k.

Si k<0 : la somme x2+2y2 est positive, donc Ck=.

Si k=0 : la somme de deux termes positifs est nulle si et seulement si chacun l'est, donc C0={(0,0)}, réduit à un point.

Si k>0 : l'équation s'écrit x2k+y2k/2=1. C'est une ellipse centrée à l'origine, de demi-axe k dans la direction des x et de demi-axe k/2 dans la direction des y. Les ellipses grandissent avec k et sont emboîtées les unes dans les autres.

La figure ci-dessous représente quatre de ces lignes de niveau, pour k=1, k=3, k=6 et k=9, ainsi qu'un vecteur que nous ne saurons interpréter qu'à la section 7 : le gradient de f au point A=(1,1). Observez dès maintenant qu'il est dirigé vers les niveaux croissants, et qu'il est perpendiculaire à la ligne de niveau qui passe par A.

Lignes de niveau de la fonction (x,y) donne x carre plus deux y carre, et vecteur gradient en un point

Exemple

Courbes d'indifférence et isoquantes. En microéconomie, si U(x,y) mesure la satisfaction d'un consommateur qui achète les quantités x et y de deux biens, les lignes de niveau de U s'appellent les courbes d'indifférence : le consommateur est indifférent entre deux paniers situés sur la même courbe, puisqu'ils lui procurent la même satisfaction.

Prenons U(x,y)=xy sur ]0,+[2. Pour k>0, la courbe d'indifférence de niveau k a pour équation xy=k, soit xy=k2, soit encore y=k2x : c'est une branche d'hyperbole, décroissante, qui traduit le fait qu'une baisse de la quantité du premier bien doit être compensée par une hausse de celle du second.

De même, les lignes de niveau d'une fonction de production s'appellent les isoquantes : elles rassemblent les combinaisons de capital et de travail qui produisent la même quantité.

Fonctions polynomiales

Définition

On appelle monôme de n variables toute fonction de la forme

(x1,,xn)cx1α1x2α2xnαn,

c est un réel et où α1,,αn sont des entiers naturels. Son degré est l'entier α1++αn.

Une fonction polynomiale de n variables est une somme finie de monômes ; elle est définie sur Rn tout entier. Son degré est le plus grand des degrés de ses monômes de coefficient non nul.

Exemple

a. f(x,y)=x2+2y2 est polynomiale de degré 2.

b. g(x,y)=x3y5xy+7 est polynomiale de degré 4, car le monôme x3y est de degré 3+1=4.

c. h(x,y,z)=x+y+z est polynomiale de degré 1.

d. k(x,y)=xy n'est pas polynomiale : elle n'est même pas définie sur R2 tout entier. C'est une fonction rationnelle, c'est-à-dire un quotient de deux fonctions polynomiales.

Les fonctions polynomiales joueront le même rôle qu'en une variable : ce sont les briques élémentaires, dont toutes les bonnes propriétés (continuité, classe C1) seront admises, et à partir desquelles on construira tout le reste par opérations.

L'exemple filé du chapitre

Pour que les notions successives s'éclairent les unes les autres, nous suivrons une même fonction d'un bout à l'autre du chapitre.

Exemple

La fonction f(x,y)=x2+2y2, définie sur R2. Voici ce que nous en dirons, section après section :

  • elle est polynomiale, donc continue et de classe C1 sur R2 (sections 3 et 5) ;
  • son gradient vaut f(x,y)=(2x,4y), et f(1,1)=(2,4) (section 4) ;
  • son plan tangent au point (1,1) a pour équation z=2x+4y3 (section 6) ;
  • la dérivée directionnelle en (1,1) dans la direction (1,2) vaut 10, et la plus forte pente en ce point vaut 25 (section 7) ;
  • elle admet un minimum global strict en (0,0), de valeur 0 (section 8).

Ses lignes de niveau sont les ellipses de la figure précédente. Sa surface est un paraboloïde reposant sur l'origine : tout ce que nous démontrerons doit être cohérent avec cette image.

Continuité

Définition

Définition

Soient f définie sur DRn et a un point de D. On dit que f est continue en a lorsque

ε>0, α>0, xD,xaα    f(x)f(a)ε.

On dit que f est continue sur D lorsqu'elle est continue en chaque point de D.

Remarque

La définition est mot pour mot celle d'une variable, à un seul changement près : la distance xa entre deux réels est remplacée par la distance xa entre deux points de Rn. Elle se lit toujours de la même manière : « on peut rendre f(x) aussi proche que l'on veut de f(a) (tolérance ε) pourvu que l'on prenne x assez proche de a (tolérance α) ».

La différence de fond est cachée dans la condition xaα : elle décrit une boule entière autour de a, c'est-à-dire une infinité de directions d'approche. Le contrôle exigé est donc bien plus fort qu'en une variable, où il n'y avait que la gauche et la droite. C'est la raison pour laquelle il est facile de fabriquer des fonctions non continues qui semblent régulières le long de chaque axe.

Théorèmes opératoires

Comme en une variable, on ne revient jamais à la définition pour établir une continuité : on décompose la fonction en opérations élémentaires. Commençons par les briques.

Propriété

Les fonctions coordonnées pi:x=(x1,,xn)xi sont continues sur Rn, ainsi que les fonctions constantes.

Démonstration. Traitons pi, le cas des constantes étant immédiat. Soient aRn et ε>0. Posons α=ε. Si xaα, alors, d'après la majoration d'une coordonnée par la norme établie en section 1 appliquée au vecteur xa,

pi(x)pi(a)=xiaixaα=ε.

La définition est donc vérifiée, et pi est continue en a, pour tout a.

Propriété

Opérations (résultat admis). Soient f et g deux fonctions continues sur une partie D de Rn, et λ un réel. Alors :

  1. f+g, λf et fg sont continues sur D ;
  2. si g ne s'annule pas sur D, le quotient fg est continu sur D ;
  3. si g0 est une fonction d'une variable, continue sur un intervalle I contenant toutes les valeurs prises par f, alors la composée g0f:xg0(f(x)) est continue sur D.

Propriété

Résultat admis. Toute fonction polynomiale de n variables est continue sur Rn. Toute fonction rationnelle est continue sur son ensemble de définition.

Remarque

Le point 3 ne concerne que la composition par une fonction d'une variable, appliquée après f. C'est le seul type de composition au programme, et c'est aussi le seul dont on ait besoin : il couvre ef, ln(f), f, fα, f, 1f, c'est-à-dire tout ce qui apparaît en pratique.

Méthode : justifier la continuité par opérations

Méthode

Rédaction type. Pour justifier qu'une fonction f est continue sur une partie D :

  1. on identifie D (et on le décrit, si besoin, comme un ouvert) ;
  2. on nomme les briques : fonctions coordonnées, constantes, fonctions polynomiales, et fonctions usuelles d'une variable en précisant sur quel intervalle elles sont continues ;
  3. on assemble en citant à chaque étape l'opération utilisée (somme, produit, quotient, composée) et en vérifiant sa condition d'application : dénominateur non nul, argument du logarithme strictement positif, argument de la racine positif ;
  4. on conclut.

Ne jamais écrire « f est continue comme somme et produit de fonctions continues » sans avoir vérifié la condition du quotient s'il y en a un : c'est là que se trouve la totalité des points de la question.

Exemple

Premier exemple. Montrons que

f(x,y)=x2y+3xy1x2+y2+1

est continue sur R2.

Le numérateur (x,y)x2y+3xy1 est une fonction polynomiale, donc continue sur R2. Le dénominateur (x,y)x2+y2+1 est également polynomial, donc continu sur R2, et il ne s'annule jamais puisque

x2+y2+11>0pour tout (x,y)R2.

Par quotient de deux fonctions continues dont le dénominateur ne s'annule pas, f est continue sur R2.

Exemple

Second exemple. Montrons que

g(x,y)=ln(x+y1)xy

est continue sur U={(x,y)R2  ;  x+y>1  et  xy}, et que U est ouvert.

L'ensemble U est ouvert. On peut l'écrire comme l'intersection de U1={x+y1>0}, ouvert car défini par une inégalité stricte polynomiale, et de U2={xy>0}{yx>0}, réunion de deux ouverts donc ouvert. Une intersection de deux ouverts est ouverte, donc U l'est.

Continuité. La fonction (x,y)x+y1 est polynomiale donc continue sur U, et elle y prend ses valeurs dans ]0,+[ par définition de U. La fonction ln étant continue sur ]0,+[, la composée (x,y)ln(x+y1) est continue sur U. Le dénominateur (x,y)xy est polynomial donc continu, et il ne s'annule pas sur U puisque xy. Par quotient, g est continue sur U.

Montrer qu'une fonction n'est pas continue en un point

Voici le phénomène véritablement nouveau du chapitre. Puisque la continuité exige un contrôle dans toutes les directions, il suffit d'exhiber deux directions d'approche donnant deux résultats différents pour la mettre en défaut.

Méthode

Montrer qu'une fonction n'est pas continue en a. On restreint f à deux droites passant par a, c'est-à-dire qu'on étudie les fonctions d'une variable

tf(a+tv)ettf(a+tw)

pour deux vecteurs v et w non colinéaires bien choisis. Si les deux limites en t=0 existent et diffèrent, ou si l'une d'elles diffère de f(a), la fonction n'est pas continue en a.

En pratique dans R2 avec a=(0,0), on prend presque toujours les droites y=0, x=0 et y=x.

Avertissement. Cette méthode ne prouve jamais la continuité. Si deux, dix ou mille directions donnent la même limite, cela ne démontre rien : il en reste une infinité d'autres. Pour prouver une continuité, on passe par les opérations, jamais par des restrictions.

Exemple

Le contre-exemple de référence. Soit f définie sur R2 par

f(x,y)=xyx2+y2si (x,y)(0,0),f(0,0)=0.

Montrons que f est continue sur R2{(0,0)} mais pas en (0,0).

Continuité en dehors de l'origine. Sur l'ouvert R2{(0,0)}, la fonction f est le quotient de la fonction polynomiale (x,y)xy par la fonction polynomiale (x,y)x2+y2, qui ne s'annule qu'en (0,0), donc jamais sur cet ensemble. Par quotient, f y est continue.

Première direction : l'axe des abscisses. Pour t0, le point (t,0) est différent de l'origine et

f(t,0)=t×0t2+0=0.

La fonction tf(t,0) est donc identiquement nulle, et sa limite en 0 vaut 0, qui est bien f(0,0). Le long de cet axe, tout se passe bien.

Deuxième direction : la première bissectrice. Pour t0, le point (t,t) est différent de l'origine et

f(t,t)=t×tt2+t2=t22t2=12.

La fonction tf(t,t) est donc constante égale à 12, et sa limite en 0 vaut 120=f(0,0).

Conclusion, rédigée avec la définition. Prenons ε=14 et soit α>0 quelconque. Posons xα=(α2,α2). Alors

xα(0,0)=α24+α24=α2α,

et pourtant

f(xα)f(0,0)=120=12>14=ε.

Aucun α ne convient donc pour ε=14 : la fonction f n'est pas continue en (0,0).

Remarque

Deux commentaires importants sur cet exemple, à méditer avant la section 4.

D'abord, f est bornée : pour (x,y)(0,0), l'inégalité 2xyx2+y2 (qui découle de (xy)20) donne f(x,y)12. Une fonction peut donc être bornée, définie partout, et discontinue en un seul point.

Ensuite, la valeur de f le long d'une droite passant par l'origine dépend uniquement de la direction de cette droite, et pas de la distance à l'origine : la fonction prend toutes les valeurs de [12,12] dans n'importe quelle boule centrée en l'origine, si petite soit-elle. C'est exactement ce que la continuité interdit.

Dérivées partielles d'ordre 1 et gradient

Définition

Dériver, c'est comparer un accroissement de la fonction à un accroissement de la variable. Avec n variables, il y a n accroissements élémentaires possibles, donc n dérivées.

Définition

Soient U un ouvert de Rn, f:UR et a=(a1,,an) un point de U. Soit i un indice de {1,,n}. On dit que f admet une i-ème dérivée partielle en a lorsque le taux d'accroissement

f(a1,,ai1,ai+t,ai+1,,an)f(a1,,an)t

admet une limite finie quand t tend vers 0. Cette limite est notée if(a) :

if(a)=limt0f(a+tei)f(a)t,

ei désigne le i-ème vecteur de la base canonique de Rn.

Autrement dit, if(a) est le nombre dérivé en ai de la i-ème fonction partielle de f en a.

Remarque

L'hypothèse « U ouvert » sert précisément ici : elle garantit qu'il existe r>0 tel que B(a,r)U, donc que le point a+tei appartient encore à U pour tout t tel que t<r (car tei=t). Le taux d'accroissement a bien un sens pour t voisin de 0.

Pour n=2, en notant les variables x et y et le point a=(a1,a2), la définition s'écrit

1f(a1,a2)=limt0f(a1+t,a2)f(a1,a2)t,2f(a1,a2)=limt0f(a1,a2+t)f(a1,a2)t.

Exemple

Un calcul par la définition. Prenons f(x,y)=x2+2y2 et a=(1,1). Pour t0 :

f(1+t,1)f(1,1)t=(1+t)2+23t=1+2t+t21t=2t+t2t=2+t,

qui tend vers 2 quand t tend vers 0. Donc 1f(1,1)=2. De même,

f(1,1+t)f(1,1)t=1+2(1+t)23t=2+4t+2t22t=4+2t,

qui tend vers 4 quand t tend vers 0. Donc 2f(1,1)=4.

Méthode pratique de calcul

Le calcul par la définition n'est jamais utilisé en pratique, sauf en un point où la formule change (typiquement une fonction prolongée). La règle est la suivante.

Méthode

Calculer une dérivée partielle. Pour calculer if, on dérive l'expression de f par rapport à la i-ème variable seulement, en traitant toutes les autres variables comme des constantes. Toutes les règles de dérivation d'une variable s'appliquent alors telles quelles : somme, produit, quotient, composée.

Deux contrôles rapides après le calcul :

  • vérifier la cohérence des variables : si f ne dépend pas de xj, alors jf=0 ;
  • évaluer en un point simple et comparer avec un calcul direct sur la fonction partielle.

Remarque

L'erreur la plus fréquente consiste à oublier qu'une variable figée reste présente comme facteur dans une dérivée de produit ou de composée. En dérivant exy par rapport à x, la variable y est une constante, mais c'est la constante multiplicative qui sort de la dérivée de l'exponentielle : 1(exy)=yexy, et non exy.

Quatre calculs entièrement détaillés

Exemple

Premier calcul : avec une exponentielle. Soit f(x,y)=(x+2y)exy, définie sur R2.

Par rapport à x, la variable y est constante. On dérive un produit : la dérivée de x+2y vaut 1, celle de exy vaut yexy. Donc

1f(x,y)=1×exy+(x+2y)×yexy=(1+xy+2y2)exy.

Par rapport à y, la variable x est constante. La dérivée de x+2y vaut 2, celle de exy vaut xexy. Donc

2f(x,y)=2exy+(x+2y)×xexy=(2+x2+2xy)exy.

Contrôle. En (0,0) : 1f(0,0)=1 et 2f(0,0)=2. C'est cohérent, car au voisinage de l'origine exy vaut environ 1 et f(x,y) vaut environ x+2y.

Exemple

Deuxième calcul : avec un logarithme. Soit g(x,y)=xln(x2+y2), définie sur l'ouvert R2{(0,0)} (il faut x2+y2>0).

Par rapport à x, produit de x et de ln(x2+y2). La dérivée du logarithme composé est 2xx2+y2, donc

1g(x,y)=1×ln(x2+y2)+x×2xx2+y2=ln(x2+y2)+2x2x2+y2.

Par rapport à y, le facteur x est une constante et seul le logarithme dépend de y :

2g(x,y)=x×2yx2+y2=2xyx2+y2.

Contrôle. En (1,0) : 1g(1,0)=ln1+21=2 et 2g(1,0)=0. On retrouve bien 2g(1,0)=0 en observant que la fonction partielle tln(1+t2) a une dérivée nulle en 0.

Exemple

Troisième calcul : un quotient. Soit h(x,y)=xy1+x2+y2, définie sur R2 (le dénominateur vaut au moins 1).

Par rapport à x, on applique la formule du quotient, avec y constante :

1h(x,y)=y(1+x2+y2)xy×2x(1+x2+y2)2=y(1+x2+y22x2)(1+x2+y2)2=y(1x2+y2)(1+x2+y2)2.

Par rapport à y, le calcul est identique en échangeant les rôles :

2h(x,y)=x(1+x2y2)(1+x2+y2)2.

Contrôle. La fonction h est symétrique : h(y,x)=h(x,y). On doit donc avoir 2h(x,y)=1h(y,x), ce qui est bien le cas sur les deux expressions obtenues.

Exemple

Quatrième calcul : trois variables. Soit k(x,y,z)=x2yyz2+exz, définie sur R3. Il y a trois dérivées partielles.

1k(x,y,z)=2xy+zexz,2k(x,y,z)=x2z2,3k(x,y,z)=2yz+xexz.

Détaillons la troisième : par rapport à z, le terme x2y est une constante donc sa dérivée est nulle ; le terme yz2 a pour dérivée 2yz ; et exz a pour dérivée xexz.

Contrôle. En (1,1,0) : 1k=2+0=2, 2k=10=1, 3k=0+1=1.

Exemple

Complément économique : les productivités marginales. Pour la fonction de production de Cobb-Douglas f(K,L)=KαLβ sur ]0,+[2, en écrivant Kα=eαlnK :

1f(K,L)=αKα1Lβ,2f(K,L)=βKαLβ1.

Ces deux quantités s'appellent respectivement la productivité marginale du capital et la productivité marginale du travail : elles mesurent le supplément de production engendré par une unité de facteur supplémentaire, l'autre facteur restant inchangé. Elles sont strictement positives, ce qui traduit qu'augmenter un facteur augmente la production.

Le gradient

Définition

Soient U un ouvert de Rn, f:UR et aU. Si f admet des dérivées partielles en a selon chacune des n variables, on appelle gradient de f en a le vecteur de Rn

f(a)=(1f(a),,nf(a)).

Le gradient rassemble en un seul objet toute l'information d'ordre 1 sur f au point a. C'est lui qui remplacera le nombre dérivé f(a) dans tous les énoncés du chapitre : développement limité, dérivée directionnelle, condition d'extremum. Attention à ne pas confondre f(a), qui est un réel, et f(a), qui est un vecteur de Rn.

Exemple

a. Pour f(x,y)=x2+2y2 : f(x,y)=(2x,4y), donc f(1,1)=(2,4) et f(0,0)=(0,0). C'est le vecteur dessiné sur la figure des lignes de niveau.

b. Pour k(x,y,z)=x2yyz2+exz : k(1,1,0)=(2,1,1).

c. Pour f(K,L)=KαLβ : f(K,L)=(αKα1Lβ, βKαLβ1), le vecteur des deux productivités marginales.

Remarque

Une autre notation, très répandue. De nombreux manuels notent la première dérivée partielle fx(a) au lieu de 1f(a), et procèdent de même pour les autres variables. Les deux notations désignent exactement le même nombre. Le programme d'ECG utilise la notation indicée, plus légère et mieux adaptée à la dimension n quelconque, et c'est celle que nous emploierons dans tout ce cours ; sachez seulement reconnaître l'autre quand vous la rencontrerez dans un énoncé ou un ouvrage. C'est la seule fois où elle apparaît ici.

Mise en garde : dérivées partielles et continuité

Voici le point du chapitre le plus souvent mal compris, et le plus souvent sanctionné.

Propriété

L'existence des dérivées partielles de f en un point a n'entraîne pas la continuité de f en a.

Démonstration. Il suffit d'un contre-exemple, et nous en avons déjà un sous la main. Reprenons la fonction de la section 3 :

f(x,y)=xyx2+y2si (x,y)(0,0),f(0,0)=0.

Les deux dérivées partielles existent en (0,0) et sont nulles. Calculons-les par la définition, seul moyen possible puisque la formule change en l'origine. Pour t0,

f(0+t,0)f(0,0)t=t×0t2+00t=0t=0.

Ce taux d'accroissement est nul pour tout t0, donc il admet la limite 0 quand t tend vers 0 : la dérivée partielle existe et 1f(0,0)=0. Le même calcul avec (0,t) donne

f(0,t)f(0,0)t=0×t0+t20t=0,donc2f(0,0)=0.

Ainsi f(0,0)=(0,0) : le gradient existe et il est même nul.

Et pourtant f n'est pas continue en (0,0), comme nous l'avons établi en section 3 en comparant les restrictions à la droite y=0 et à la droite y=x.

Remarque

Pourquoi ce n'est pas paradoxal. Les dérivées partielles en a ne décrivent le comportement de f que le long des n droites parallèles aux axes passant par a. Ici, f est identiquement nulle sur ces deux droites : ses fonctions partielles en l'origine sont les fonctions nulles, aussi régulières que possible. Mais la continuité, elle, exige un contrôle simultané dans toutes les directions, et la direction y=x raconte une tout autre histoire.

Deux conséquences pratiques à retenir absolument :

  • il est faux d'écrire « f admet des dérivées partielles en a, donc f est continue en a » ;
  • avoir un gradient nul en un point ne signifie rien de bon en soi : ici l'origine est un point où f s'annule, alors que f n'y est même pas continue.

C'est précisément pour éviter ces pathologies que le programme travaille systématiquement avec l'hypothèse de classe C1, objet de la section suivante, qui exige en plus la continuité des dérivées partielles. Sous cette hypothèse, tout rentre dans l'ordre.

Fonctions de classe C1

Définition

Définition

Soient U un ouvert de Rn et f:UR. On dit que f est de classe C1 sur U lorsque :

  1. f admet des dérivées partielles 1f(x),,nf(x) en tout point x de U ;
  2. les n fonctions if:UR ainsi définies sont continues sur U.

Remarque

Deux exigences, et il ne faut en oublier aucune. La première seule ne suffit pas, comme le contre-exemple de la section précédente vient de le montrer. C'est la seconde, la continuité des dérivées partielles, qui fait de la classe C1 une hypothèse solide.

Notez aussi que la définition n'a de sens que sur un ouvert : sur une partie quelconque, les taux d'accroissement pourraient ne pas être définis. C'est pourquoi tous les énoncés qui suivent commencent par « soit U un ouvert ».

Théorèmes opératoires

Propriété

Résultat admis. Soit U un ouvert de Rn.

  1. Toute fonction polynomiale est de classe C1 sur Rn ; en particulier les fonctions coordonnées et les fonctions constantes le sont.
  2. Si f et g sont de classe C1 sur U et si λ est un réel, alors f+g, λf et fg sont de classe C1 sur U, avec
i(f+g)=if+ig,i(fg)=(if)g+f(ig).
  1. Si de plus g ne s'annule pas sur U, alors fg est de classe C1 sur U, avec
i(fg)=(if)gf(ig)g2.
  1. Si f est de classe C1 sur U et si φ est une fonction d'une variable, de classe C1 sur un intervalle ouvert I contenant toutes les valeurs prises par f, alors φf est de classe C1 sur U, avec
i(φf)(x)=φ(f(x))×if(x).

Le point 4 est celui qu'on utilise le plus souvent. Voici les quatre cas particuliers à connaître par cœur, avec u de classe C1 sur U.

a. i(eu)=(iu)eu, valable partout.

b. i(lnu)=iuu, si u>0 sur U.

c. i(u)=iu2u, si u>0 sur U.

d. i(uα)=αuα1iu, si u>0 sur U.

Propriété

Théorème fondamental (résultat admis). Soient U un ouvert de Rn et f une fonction de classe C1 sur U. Alors f est continue sur U.

Remarque

Ce théorème est capital dans la pratique : dès qu'on a justifié la classe C1 par les opérations, la continuité est acquise sans travail supplémentaire. Notez bien le sens de l'implication :

classe C1    continue    rien de particulier sur les deˊriveˊes partielles.

La réciproque est fausse : la fonction (x,y)x est continue sur R2 mais n'admet pas de dérivée partielle par rapport à x aux points de la droite x=0. Et l'existence seule des dérivées partielles, on l'a vu, n'entraîne même pas la continuité.

Méthode : justifier qu'une fonction est de classe C1

Méthode

Rédaction type attendue en copie. Pour montrer que f est de classe C1 :

  1. préciser l'ouvert U sur lequel on travaille, et justifier en une ligne qu'il est ouvert ;
  2. décomposer f en briques de classe C1 : fonctions polynomiales sur Rn, fonctions usuelles d'une variable sur l'intervalle où elles sont de classe C1 ;
  3. citer l'opération utilisée à chaque étape et vérifier sa condition : dénominateur non nul sur U, argument de ln ou de   strictement positif sur U ;
  4. conclure : « f est de classe C1 sur U », puis, si besoin, « donc f est continue sur U » ;
  5. calculer enfin les dérivées partielles, qui sont l'objet réel de la question suivante.

Exemple

Premier exemple. Montrons que f(x,y)=x2y+3xy1x2+y2+1 est de classe C1 sur R2, puis calculons 1f.

L'ensemble R2 est ouvert. Le numérateur et le dénominateur sont des fonctions polynomiales, donc de classe C1 sur R2. Le dénominateur vérifie x2+y2+11>0, donc il ne s'annule pas. Par quotient, f est de classe C1 sur R2, et en particulier continue.

Le calcul de la dérivée partielle par rapport à x donne, avec y constante :

1f(x,y)=(2xy+3y)(x2+y2+1)(x2y+3xy1)×2x(x2+y2+1)2.

Exemple

Second exemple. Montrons que g(x,y)=x+y1 exy est de classe C1 sur U={(x,y)R2  ;  x+y>1}, puis calculons son gradient.

L'ensemble U est ouvert, comme demi-plan défini par l'inégalité stricte x+y1>0 portant sur une fonction polynomiale.

Classe C1. La fonction u:(x,y)x+y1 est polynomiale donc de classe C1 sur U, et elle y est strictement positive par définition de U. La fonction racine carrée étant de classe C1 sur ]0,+[, la composée u est de classe C1 sur U. De même, (x,y)xy est polynomiale et l'exponentielle est de classe C1 sur R, donc (x,y)exy est de classe C1 sur U. Par produit, g est de classe C1 sur U, donc continue sur U.

Gradient. Avec 1u=2u=1 :

1g(x,y)=exy2x+y1+yx+y1 exy,2g(x,y)=exy2x+y1+xx+y1 exy.

Exemple

La fonction de Cobb-Douglas. Sur l'ouvert ]0,+[2, la fonction f(K,L)=KαLβ est de classe C1 : en écrivant f(K,L)=eαlnK+βlnL, c'est la composée par l'exponentielle, de classe C1 sur R, de la fonction (K,L)αlnK+βlnL, qui est de classe C1 sur cet ouvert comme combinaison linéaire de logarithmes d'arguments strictement positifs.

Développement limité d'ordre 1 et approximation affine

Le théorème

En une variable, dire que f est dérivable en a équivaut à écrire f(a+h)=f(a)+f(a)h+hε(h) avec ε(h) qui tend vers 0. Le théorème suivant est la transposition exacte de cette écriture, le produit f(a)h devenant un produit scalaire.

Propriété

Développement limité d'ordre 1 (résultat admis). Soient U un ouvert de Rn, f une fonction de classe C1 sur U et aU. Il existe une fonction ε, définie sur une boule B(0,r) telle que a+hU pour tout h de cette boule, vérifiant

f(a+h)=f(a)+f(a),h+hε(h),

ε(h) tend vers 0 quand h tend vers 0.

En développant le produit scalaire, cela s'écrit, pour n quelconque,

f(a1+h1, , an+hn)=f(a)+i=1nif(a)hi+hε(h),

et dans le cas n=2, qui est celui des exercices,

f(a1+h1, a2+h2)=f(a1,a2)+1f(a)h1+2f(a)h2+hε(h).

Remarque

Le reste s'écrit hε(h), et non hε(h) : h est un vecteur, on ne peut pas le multiplier par un réel pour obtenir un réel de la bonne nature dans une somme de nombres. C'est la norme h, qui est un nombre, qui joue ici le rôle du h d'une variable. Écrire « +hε(h) » est une faute de nature.

Notons aussi que ce théorème redémontre la continuité : quand h tend vers 0, le terme f(a),h tend vers 0 (par Cauchy-Schwarz, il est majoré en valeur absolue par f(a)h) et le reste aussi, donc f(a+h) tend vers f(a).

Exemple

Un cas où l'on voit tout. Prenons f(x,y)=x2+2y2 et un point a=(a1,a2) quelconque. Développons directement :

f(a+h)=(a1+h1)2+2(a2+h2)2=a12+2a1h1+h12+2a22+4a2h2+2h22,

c'est-à-dire, en regroupant,

f(a+h)=(a12+2a22)f(a)+2a1h1+4a2h2f(a),h+h12+2h22reste.

On retrouve bien f(a)=(2a1,4a2). Vérifions que le reste est de la forme annoncée : pour h0, posons ε(h)=h12+2h22h et ε(0)=0. Comme h12+2h222(h12+h22)=2h2, il vient

0ε(h)2h2h=2h,

donc ε(h) tend bien vers 0 quand h tend vers 0.

Approximation affine et plan tangent

Définition

Soient U un ouvert de Rn, f de classe C1 sur U et aU. L'approximation affine de f au voisinage de a est

f(a+h)f(a)+f(a),h,pour h voisin de 0,

ou, en posant x=a+h,

f(x)f(a)+f(a),xa.

Le développement limité garantit que l'erreur commise est négligeable devant h : c'est la meilleure approximation possible de f par une fonction affine au voisinage de a.

Définition

Pour n=2, avec f de classe C1 sur un ouvert U de R2 et a=(a1,a2)U, le plan tangent à la surface Sf au point (a1,a2,f(a)) est le plan d'équation

z=f(a)+f(a),(x,y)a=f(a1,a2)+1f(a)(xa1)+2f(a)(ya2).

C'est l'analogue exact de la tangente à une courbe, d'équation y=f(a)+f(a)(xa) : au voisinage du point de contact, la surface et son plan tangent sont indiscernables.

Exemple

Plan tangent à l'exemple filé. Pour f(x,y)=x2+2y2 en a=(1,1) : f(1,1)=3 et f(1,1)=(2,4). Le plan tangent a donc pour équation

z=3+2(x1)+4(y1)=2x+4y3.

Contrôle. En (x,y)=(1,1), on trouve z=2+43=3=f(1,1) : le plan passe bien par le point de contact.

Qualité de l'approximation. Prenons (x,y)=(1,1;0,9), c'est-à-dire h=(0,1;0,1). La valeur exacte est

f(1,1;0,9)=1,21+2×0,81=1,21+1,62=2,83,

et l'approximation affine donne 2×1,1+4×0,93=2,2+3,63=2,8. L'écart vaut 0,03, ce qui est exactement le reste h12+2h22=0,01+0,02 calculé plus haut.

Un calcul de valeur approchée

Méthode

Calculer une valeur approchée avec un développement limité d'ordre 1.

  1. Reconnaître le nombre à calculer sous la forme f(a+h), avec a un point « simple » où tout se calcule de tête, et h petit.
  2. Justifier que f est de classe C1 sur un ouvert contenant a.
  3. Calculer f(a) et f(a).
  4. Écrire f(a+h)f(a)+f(a),h et faire le calcul numérique.
  5. Comparer, si l'énoncé le demande, à la valeur donnée par la calculatrice, et commenter l'ordre de grandeur de l'erreur.

Exemple

Une valeur approchée de 4,02×ln(1,03).

Mise en forme. Posons f(x,y)=xlny sur l'ouvert U=]0,+[2, ainsi que a=(4,1) et h=(0,02;0,03). Le nombre cherché est f(a+h).

Classe C1. Sur U, la fonction (x,y)x est polynomiale à valeurs strictement positives et la racine carrée est de classe C1 sur ]0,+[, donc (x,y)x est de classe C1 sur U ; de même pour (x,y)lny avec le logarithme. Par produit, f est de classe C1 sur U.

Valeurs en a. On a f(4,1)=4×ln1=2×0=0, puis

1f(x,y)=lny2x,2f(x,y)=xy,doncf(4,1)=(04, 21)=(0,2).

Approximation.

f(4,02;1,03)0+0×0,02+2×0,03=0,06.

Comparaison. La calculatrice donne 4,022,004994 et ln(1,03)0,029559, d'où un produit exact d'environ 0,059265. L'erreur commise vaut environ 7,3×104, soit un peu plus de 1 % de la valeur : c'est l'ordre de grandeur attendu pour un développement d'ordre 1 avec de tels accroissements.

Commentaire. La première dérivée partielle est nulle en a parce que ln1=0. Ce n'est pas un défaut de la méthode, c'est une information : au premier ordre, une petite variation de x autour de 4 ne modifie pas le produit, seule compte la variation de y autour de 1.

Exemple

Un second exemple, où les deux dérivées partielles interviennent. Calculons une valeur approchée de (1,02)3×3,96.

Posons f(x,y)=x3y sur U=R×]0,+[, ouvert sur lequel f est de classe C1 (produit d'une fonction polynomiale et d'une composée par la racine carrée d'une fonction strictement positive). Prenons a=(1,4) et h=(0,02;0,04).

On a f(1,4)=1×2=2, puis

1f(x,y)=3x2y,2f(x,y)=x32y,doncf(1,4)=(6, 14).

L'approximation donne

f(1,02;3,96)2+6×0,02+0,25×(0,04)=2+0,120,01=2,11.

La calculatrice donne 2,111777 : l'erreur vaut environ 1,8×103. On observe que les deux variations agissent en sens contraire, la hausse de x l'emportant largement.

Application économique : variation approchée d'une production

Exemple

Variation absolue. Une entreprise a une production donnée par f(K,L)=KL=K1/2L1/2, définie sur ]0,+[2, où elle est de classe C1. Elle emploie actuellement K=100 et L=100, et produit donc f(100,100)=100 unités. De combien varie la production si le capital augmente de 3 unités et le travail de 2 unités ?

Les dérivées partielles valent

1f(K,L)=12K1/2L1/2=12LK,2f(K,L)=12KL,

donc f(100,100)=(12,12). Avec h=(3,2), l'approximation affine donne

f(103,102)f(100,100)12×3+12×2=2,5.

La valeur exacte est 103×102=10506102,4988, soit une variation réelle de 2,4988 : l'approximation est excellente, à 1,3×103 près.

Exemple

Variation relative et élasticités. Pour une fonction de production de Cobb-Douglas f(K,L)=AKαLβ avec A>0, un calcul remarquable s'obtient en remarquant que

1f(K,L)=αAKα1Lβ=αf(K,L)K,2f(K,L)=βf(K,L)L.

L'approximation affine avec h=(ΔK,ΔL) s'écrit alors

ΔfαfKΔK+βfLΔL,

et en divisant par f>0 :

ΔffαΔKK+βΔLL.

Autrement dit, les variations relatives se combinent linéairement avec les exposants pour coefficients : les exposants α et β sont les élasticités de la production par rapport au capital et au travail.

Vérification numérique. Avec α=0,3 et β=0,7, une hausse de 2 % du capital et de 1 % du travail donne une hausse prévue de

0,3×0,02+0,7×0,01=0,006+0,007=0,013,

soit +1,3 %. Le calcul exact donne (1,02)0,3×(1,01)0,71,01299, soit +1,30 % : l'accord est remarquable.

Dérivée le long d'une droite, dérivées directionnelles

La fonction t donne f(a + tv)

Les dérivées partielles n'explorent que les n directions des axes. Rien n'empêche d'explorer une direction quelconque : c'est l'objet de cette section, et c'est le seul type de « chemin » au programme, à savoir la droite.

Définition

Soient U un ouvert de Rn, f:UR, aU et vRn. On considère la fonction d'une variable réelle

φ:tf(a+tv).

Propriété

La fonction φ est bien définie au voisinage de 0. Plus précisément, si r>0 est tel que B(a,r)U et si v0, alors φ est définie sur l'intervalle ouvert I=]rv, rv[.

Démonstration. L'ouvert U contient a, donc il existe r>0 tel que B(a,r)U. Soit tI. Alors

(a+tv)a=tv=tv<rv×v=r,

donc a+tvB(a,r)U et f(a+tv) a un sens. Si v=0, la fonction φ est constante égale à f(a) sur R.

Propriété

Dérivée le long d'une droite. Soient U un ouvert de Rn, f de classe C1 sur U, aU et vRn. Alors la fonction φ:tf(a+tv) est dérivable sur l'intervalle I ci-dessus, et

φ(t)=f(a+tv), v.

En particulier, pour t=0 :

φ(0)=f(a), v.

Démonstration (cas t=0). Le cas v=0 est immédiat, φ étant constante et le produit scalaire nul ; supposons donc v0. Appliquons le développement limité d'ordre 1 de f en a avec l'accroissement h=tv, licite dès que t est assez petit :

f(a+tv)=f(a)+f(a),tv+tvε(tv).

Par linéarité du produit scalaire, f(a),tv=tf(a),v, et tv=tv. Donc, pour t0 assez petit,

φ(t)φ(0)t=f(a+tv)f(a)t=f(a),v+ttvε(tv).

Majorons le second terme en valeur absolue : comme tt=1,

ttvε(tv)=v×ε(tv).

Or tv tend vers 0 quand t tend vers 0, donc ε(tv) tend vers 0, et le majorant ci-dessus tend vers 0 puisque v est une constante. Le taux d'accroissement de φ en 0 admet donc une limite finie, et

φ(0)=f(a),v.

Pour un t0 quelconque de I, il suffit d'appliquer ce qui précède au point a=a+t0v, qui appartient à U : la fonction sf(a+sv)=φ(t0+s) est dérivable en 0, de dérivée f(a),v, ce qui donne φ(t0)=f(a+t0v),v.

Remarque

Contrôle de cohérence. Prenons v=ei. Alors φ(t)=f(a+tei) est la i-ème fonction partielle translatée, et la formule donne

φ(0)=f(a),ei=if(a),

puisque le produit scalaire d'un vecteur par le i-ème vecteur de la base canonique en extrait la i-ème coordonnée. On retrouve bien la définition de la dérivée partielle : le théorème la généralise à une direction quelconque.

Dérivée directionnelle

Définition

Soient U un ouvert de Rn, f de classe C1 sur U, aU et vRn. La dérivée de f en a selon la direction v, ou dérivée directionnelle, est le réel

Dvf(a)=φ(0)=f(a), v.

Lorsqu'on veut comparer des directions entre elles, on impose à v d'être unitaire, c'est-à-dire v=1.

Interprétation : Dvf(a) est le taux de variation instantané de f lorsqu'on quitte le point a en se déplaçant en ligne droite dans la direction v. Un signe positif signifie que f augmente dans cette direction, un signe négatif qu'elle diminue, une valeur nulle qu'elle est stationnaire à l'ordre 1.

Le gradient donne la direction de plus forte pente

Propriété

Soient U un ouvert, f de classe C1 sur U et aU tel que f(a)0. Alors, parmi tous les vecteurs unitaires v de Rn :

  1. Dvf(a) est maximale pour v=f(a)f(a), et sa valeur maximale vaut f(a) ;
  2. Dvf(a) est minimale pour v, et sa valeur minimale vaut f(a) ;
  3. Dvf(a)=0 si et seulement si v est orthogonal à f(a).

Démonstration. Soit v un vecteur unitaire. L'inégalité de Cauchy-Schwarz appliquée aux vecteurs f(a) et v donne

Dvf(a)=f(a),vf(a)×v=f(a),

c'est-à-dire

f(a)Dvf(a)f(a).

Ces bornes sont atteintes. En effet, le vecteur v=f(a)f(a) est bien unitaire, et

Dvf(a)=f(a), f(a)f(a)=f(a),f(a)f(a)=f(a)2f(a)=f(a).

Le maximum est donc atteint en v, et il vaut f(a). De plus, le cas d'égalité dans Cauchy-Schwarz impose que v soit colinéaire à f(a) : parmi les vecteurs unitaires, seuls v et v conviennent, et le signe du produit scalaire les départage. Le calcul pour v donne f(a), ce qui établit le point 2. Le point 3 est la traduction immédiate de f(a),v=0.

Remarque

Lecture géométrique de la figure des lignes de niveau. Le point 3 explique le dessin de la section 2. Les directions dans lesquelles f ne varie pas à l'ordre 1 sont exactement celles qui sont orthogonales au gradient : ce sont, au voisinage du point, les directions qui suivent la ligne de niveau. Le gradient, lui, est orthogonal à ces directions et pointe vers les niveaux croissants, exactement comme la flèche de la figure au point A=(1,1).

C'est aussi le principe de la méthode de descente de gradient utilisée en optimisation numérique : pour faire diminuer f le plus vite possible, on se déplace dans la direction f(a).

Exemple entièrement traité

Exemple

Retour à f(x,y)=x2+2y2, au point a=(1,1). La fonction est polynomiale, donc de classe C1 sur l'ouvert R2, et f(x,y)=(2x,4y), d'où f(1,1)=(2,4).

Calcul direct dans la direction v=(1,2). On a a+tv=(1+t, 1+2t), donc

φ(t)=(1+t)2+2(1+2t)2=1+2t+t2+2(1+4t+4t2)=9t2+10t+3.

Cette fonction polynomiale d'une variable se dérive immédiatement : φ(t)=18t+10, et en particulier φ(0)=10.

Vérification par la formule. f(a+tv)=(2(1+t), 4(1+2t))=(2+2t, 4+8t), donc

f(a+tv), v=(2+2t)×1+(4+8t)×2=2+2t+8+16t=10+18t.

Les deux calculs coïncident, pour tout t.

Dérivée directionnelle unitaire. Comme v=1+4=5, le vecteur unitaire associé est u=15(1,2), et

Duf(1,1)=15(2,4),(1,2)=105=25.

Est-ce la plus forte pente ? On calcule f(1,1)=4+16=20=25. La dérivée directionnelle obtenue atteint donc exactement le maximum théorique, ce qui était prévisible : le vecteur (1,2) est colinéaire à f(1,1)=(2,4) et de même sens.

Une direction de variation nulle. Cherchons w orthogonal à (2,4) : le vecteur w=(2,1) convient, car (2,4),(2,1)=44=0. Vérifions directement :

f(1+2t, 1t)=(1+2t)2+2(1t)2=1+4t+4t2+24t+2t2=3+6t2.

La dérivée en t=0 de cette fonction vaut 0 : à l'ordre 1, f ne varie pas dans cette direction, conformément à la théorie. On voit même que f y croît, mais seulement à partir de l'ordre 2.

Extremums : la condition nécessaire d'ordre 1

Vocabulaire

Définition

Soient D une partie de Rn, f:DR et aD.

  • f admet un maximum global sur D en a lorsque f(x)f(a) pour tout xD. Ce maximum est strict si de plus f(x)<f(a) pour tout xD différent de a.
  • f admet un maximum local en a lorsqu'il existe r>0 tel que f(x)f(a) pour tout xDB(a,r).
  • Les définitions de minimum global et minimum local s'obtiennent en renversant les inégalités.
  • Un extremum est un maximum ou un minimum.

Remarque

Un maximum global est en particulier un maximum local (prendre n'importe quel r). La réciproque est fausse : une fonction peut avoir plusieurs maximums locaux de valeurs différentes, dont un seul, ou aucun, est global.

Distinguez aussi l'extremum, qui est la valeur f(a), et le point a où il est atteint. On dit « f admet un minimum global égal à 3, atteint au point (2,1) ».

La condition nécessaire d'ordre 1

Propriété

Condition nécessaire d'ordre 1. Soient U un ouvert de Rn, f une fonction de classe C1 sur U et aU. Si f admet un extremum local en a, alors

f(a)=0,c’est-aˋ-dire1f(a)==nf(a)=0.

Rappelons d'abord le résultat de première année qui sert de moteur à la démonstration, et donnons-en la preuve, très courte.

Propriété

Rappel (une variable). Soient J un intervalle ouvert, g:JR et t0J. Si g admet un extremum local en t0 et si g est dérivable en t0, alors g(t0)=0.

Démonstration. Supposons que g admette un maximum local en t0 : il existe ρ>0 tel que ]t0ρ,t0+ρ[J et g(t)g(t0) sur cet intervalle. Pour t]t0,t0+ρ[, le numérateur g(t)g(t0) est négatif et le dénominateur tt0 est strictement positif, donc

g(t)g(t0)tt00,d’ouˋ, par passage aˋ la limite aˋ droite,g(t0)0.

Pour t]t0ρ,t0[, le numérateur est encore négatif mais le dénominateur est strictement négatif, donc le quotient est positif, et par passage à la limite à gauche g(t0)0. Les deux limites valant g(t0), on conclut g(t0)=0. Le cas d'un minimum s'obtient en appliquant ce qui précède à g.

Démonstration de la condition nécessaire d'ordre 1. Supposons que f admette un maximum local en a (pour un minimum, on applique le résultat à f, qui est aussi de classe C1 et admet un maximum local en a, et dont le gradient est f).

Choix d'un rayon. Par définition du maximum local, il existe ρ>0 tel que f(x)f(a) pour tout xUB(a,ρ). Par ailleurs, U est ouvert et contient a, donc il existe r0>0 tel que B(a,r0)U. Posons r=min(ρ,r0)>0 : alors B(a,r)U et

xB(a,r),f(x)f(a).

Passage aux fonctions partielles. Fixons un indice i de {1,,n} et posons

g:tf(a+tei).

Pour tout t]r,r[, on a (a+tei)a=tei=t<r, donc a+teiB(a,r)U : la fonction g est bien définie sur l'intervalle ouvert ]r,r[.

Trois observations. Premièrement, g(0)=f(a). Deuxièmement, pour tout t]r,r[, le point a+tei appartient à B(a,r), donc g(t)=f(a+tei)f(a)=g(0) : la fonction g admet un maximum en 0, et 0 est bien un point intérieur à l'intervalle ]r,r[. Troisièmement, f étant de classe C1 sur U, elle admet une i-ème dérivée partielle en a, ce qui signifie exactement que g est dérivable en 0 avec

g(0)=if(a).

Conclusion. Le rappel d'une variable s'applique à g sur l'intervalle ouvert ]r,r[ : g(0)=0, c'est-à-dire if(a)=0. L'indice i étant quelconque, toutes les dérivées partielles de f en a sont nulles, donc f(a)=0.

Points critiques : attention, la réciproque est fausse

Définition

Soient U un ouvert de Rn et f de classe C1 sur U. Un point aU est appelé point critique de f lorsque f(a)=0, c'est-à-dire lorsque a est solution du système de n équations

{1f(x)=0  nf(x)=0.

Le théorème se reformule ainsi : sur un ouvert, les extremums locaux d'une fonction de classe C1 sont à chercher parmi les points critiques. Le mot « parmi » est essentiel.

Remarque

La réciproque est fausse. Un point critique n'est pas nécessairement un extremum. Cela se produisait déjà en une variable : la fonction xx3 a une dérivée nulle en 0, sans y avoir d'extremum. En plusieurs variables, le phénomène est encore plus fréquent, car il suffit que f monte dans une direction et descende dans une autre.

Autrement dit, la résolution du système f(x)=0 ne fait que dresser une liste de candidats. Chaque candidat doit ensuite être examiné individuellement.

Exemple

Le contre-exemple de référence : f(x,y)=x2y2 sur R2.

Points critiques. La fonction est polynomiale, donc de classe C1 sur l'ouvert R2, et f(x,y)=(2x,2y). Le système 2x=0 et 2y=0 a pour unique solution (0,0) : l'origine est le seul point critique, et f(0,0)=0.

Étude directe du signe le long des deux axes. Pour t0 :

f(t,0)f(0,0)=t2>0etf(0,t)f(0,0)=t2<0.

Conclusion. Soit r>0 quelconque. La boule B((0,0),r) contient le point (r2,0), où f est strictement supérieure à f(0,0), et le point (0,r2), où f est strictement inférieure à f(0,0). Donc, dans toute boule centrée à l'origine, f prend des valeurs des deux côtés de f(0,0) : l'origine n'est ni un maximum local, ni un minimum local. La fonction f n'admet donc aucun extremum local sur R2.

Lignes de niveau de la fonction (x,y) donne x carre moins y carre : le point critique de l origine n est pas un extremum

Remarque

La figure rend la situation évidente. La ligne de niveau 0 est formée des deux droites d'équations y=x et y=x, qui découpent le plan en quatre secteurs : f est strictement positive dans les deux secteurs qui contiennent l'axe des abscisses, strictement négative dans les deux autres. Le point critique est à l'intersection, entouré à la fois de points plus hauts et de points plus bas. On dit qu'il s'agit d'un point-selle (ou point col), par analogie avec une selle de cheval ou un col de montagne : on monte dans un sens, on descend dans l'autre.

L'hypothèse « ouvert » est indispensable

Remarque

Le théorème affirme que le gradient s'annule en un extremum intérieur au domaine. Si le domaine n'est pas ouvert, un extremum peut parfaitement être atteint au bord, en un point où le gradient ne s'annule pas. Le théorème n'est alors pas contredit : il ne s'applique tout simplement pas.

Exemple

Le cas d'une variable, sur un segment. Considérons g(x)=x sur le segment [0,1]. La dérivée vaut g(x)=1, elle ne s'annule jamais. Pourtant g admet un minimum global en 0 (valeur 0) et un maximum global en 1 (valeur 1). Les deux extremums sont aux extrémités du segment, qui ne sont pas des points intérieurs : la condition d'annulation ne s'applique pas en ces points.

Exemple

Le même phénomène dans le plan. Soit f(x,y)=x+2y sur D=[0,1]×[0,1], le carré unité fermé. On a f(x,y)=(1,2), qui ne s'annule en aucun point : f n'a aucun point critique.

Et pourtant, pour tout (x,y)D, les encadrements 0x1 et 02y2 donnent

0x+2y3,

avec égalité à gauche uniquement en (0,0) et à droite uniquement en (1,1). Donc f admet un minimum global strict en (0,0), de valeur 0, et un maximum global strict en (1,1), de valeur 3.

Aucune contradiction : D n'est pas ouvert, et les points (0,0) et (1,1) sont des sommets du carré, donc des points du bord. On peut le voir encore plus simplement en restreignant f au segment Δ={(t,t)  ;  t[0,1]} : la fonction tf(t,t)=3t y est strictement croissante, et ses extremums sont aux deux extrémités du segment.

Remarque

Conséquence pratique. Avant d'appliquer la condition nécessaire d'ordre 1, il faut toujours vérifier et écrire que l'ensemble d'étude est ouvert. Si le domaine imposé par l'énoncé n'est pas ouvert, la recherche des points critiques ne donne que les candidats intérieurs : le bord doit être étudié séparément, avec des techniques qui seront développées au semestre suivant.

Méthode : chercher les extremums d'une fonction de classe C1 sur un ouvert

Méthode

La méthode en trois temps.

Temps 1. Cadre et gradient. Préciser l'ouvert U, justifier que f est de classe C1 sur U (par opérations), puis calculer les n dérivées partielles et écrire f.

Temps 2. Points critiques. Résoudre le système f(x)=0, en donnant toutes ses solutions. S'il n'y a aucune solution, conclure immédiatement : f n'admet aucun extremum local sur U.

Temps 3. Étude directe de chaque candidat. Pour chaque point critique a trouvé, étudier le signe de la différence f(x)f(a) :

  • si f(x)f(a)0 pour tout xU, alors f admet un minimum global en a ; il est strict si l'égalité n'a lieu qu'en x=a ;
  • si f(x)f(a)0 pour tout xU, c'est un maximum global ;
  • si l'on exhibe deux directions le long desquelles la différence est de signes contraires, alors a n'est pas un extremum ;
  • si le signe n'est constant que sur une boule B(a,r)U, l'extremum est local.

Les trois outils du temps 3 sont : la mise sous forme canonique (regrouper en carrés), la substitution x=a+h suivie du développement, et la minoration ou majoration directe.

Remarque

Cette étude directe est la seule méthode disponible ce semestre pour conclure, et elle est parfaitement rigoureuse. Elle a même un avantage : lorsqu'elle réussit par forme canonique, elle établit d'un coup un résultat global, plus fort que ce que donnerait n'importe quel critère local. L'outil systématique, qui permet de trancher dans les cas où la forme canonique n'apparaît pas, repose sur les dérivées partielles d'ordre 2 et sera étudié au semestre suivant.

Exemple

Mise en jambes : l'exemple filé. Cherchons les extremums de f(x,y)=x2+2y2 sur R2.

Temps 1. R2 est ouvert, f est polynomiale donc de classe C1, et f(x,y)=(2x,4y).

Temps 2. Le système 2x=0, 4y=0 donne l'unique point critique (0,0), avec f(0,0)=0.

Temps 3. Pour tout (x,y)R2,

f(x,y)f(0,0)=x2+2y20,

avec égalité si et seulement si x2=0 et 2y2=0, c'est-à-dire (x,y)=(0,0). Donc f admet en (0,0) un minimum global strict, de valeur 0. Elle n'admet pas de maximum, puisque f(x,0)=x2 tend vers + quand x tend vers +.

Deux exemples entièrement traités

Exemple

Premier exemple : un minimum global par forme canonique. Cherchons les extremums de

f(x,y)=x2+y2xy3xsur R2.

Temps 1 : cadre et gradient. L'ensemble R2 est ouvert et f est une fonction polynomiale, donc de classe C1 sur R2. Calculons les deux dérivées partielles. En dérivant par rapport à x, la variable y étant constante :

1f(x,y)=2xy3.

En dérivant par rapport à y, la variable x étant constante (le terme 3x disparaît) :

2f(x,y)=2yx.

Temps 2 : points critiques. Il faut résoudre le système

{2xy3=02yx=0soit{2xy=3x=2y.

En reportant x=2y dans la première équation : 2×2yy=3, soit 3y=3, donc y=1, puis x=2. Le système admet une unique solution, et f possède donc un unique point critique

A=(2,1),avecf(2,1)=4+126=3.

Vérification. 1f(2,1)=413=0 et 2f(2,1)=22=0. Le point est bien critique.

Temps 3 : étude directe du signe de f(x,y)+3. Mettons f sous forme canonique, en la considérant comme un trinôme en x dont les coefficients dépendent de y :

f(x,y)=x2(y+3)x+y2=(xy+32)2(y+3)24+y2.

Simplifions le reste, qui ne dépend plus que de y :

(y+3)24+y2=(y2+6y+9)+4y24=3y26y94=34(y22y3)=34((y1)24).

Donc

f(x,y)=(xy+32)2+34(y1)23.

Les deux carrés sont positifs, donc pour tout (x,y)R2

f(x,y)3=f(2,1).

L'égalité impose que les deux carrés soient nuls, c'est-à-dire y=1 et x=1+32=2 : elle n'a lieu qu'au point A.

Conclusion. La fonction f admet un minimum global strict sur R2, égal à 3, atteint uniquement au point (2,1). Elle n'admet pas de maximum : f(x,0)=x23x tend vers + quand x tend vers +.

Remarque

La variante par substitution, souvent plus rapide. Au lieu de la forme canonique en x, on peut poser x=2+h et y=1+k et développer :

f(2+h, 1+k)=(2+h)2+(1+k)2(2+h)(1+k)3(2+h).

En développant chaque terme : (2+h)2=4+4h+h2, (1+k)2=1+2k+k2, (2+h)(1+k)=2+2k+h+hk et 3(2+h)=6+3h. En sommant :

f(2+h,1+k)=(4+126)=3+(4hh3h)=0+(2k2k)=0+h2+k2hk.

Les termes de degré 1 disparaissent, ce qui est le contrôle attendu au voisinage d'un point critique. Il reste

f(2+h,1+k)f(2,1)=h2hk+k2=(hk2)2+34k20,

avec égalité si et seulement si k=0 et h=0. On retrouve exactement la même conclusion.

Exemple

Second exemple : un point critique qui n'est pas un extremum. Cherchons les extremums de

g(x,y)=x22y2+4x4ysur R2.

Temps 1 : cadre et gradient. L'ensemble R2 est ouvert et g est polynomiale, donc de classe C1. Ses dérivées partielles sont

1g(x,y)=2x+4,2g(x,y)=4y4.

Temps 2 : points critiques. Le système

{2x+4=04y4=0

est immédiat : x=2 et y=1. Le seul point critique est B=(2,1), et

g(2,1)=428+4=2.

Temps 3 : étude directe du signe de g(x,y)+2. Regroupons les termes en x et les termes en y séparément :

g(x,y)=(x2+4x)2(y2+2y)=((x+2)24)2((y+1)21)=(x+2)22(y+1)22.

Vérification du développement. (x+2)22(y+1)22=x2+4x+42y24y22=x22y2+4x4y. C'est bien g(x,y).

On obtient donc

g(x,y)g(2,1)=(x+2)22(y+1)2,

qui est une différence de deux carrés : son signe n'est pas constant. Précisons-le en deux directions.

Le long de la droite y=1 : g(x,1)g(B)=(x+2)2>0 dès que x2.

Le long de la droite x=2 : g(2,y)g(B)=2(y+1)2<0 dès que y1.

Conclusion. Soit r>0 quelconque. Le point (2+r2, 1) appartient à B(B,r) et g y est strictement supérieure à g(B) ; le point (2, 1+r2) appartient aussi à B(B,r) et g y est strictement inférieure à g(B). Dans toute boule centrée en B, la fonction prend donc des valeurs de part et d'autre de g(B) : le point B n'est ni un maximum local, ni un minimum local.

Comme B était le seul point critique et que R2 est ouvert, la condition nécessaire d'ordre 1 permet de conclure : g n'admet aucun extremum local sur R2.

Remarque

Observez la structure de la conclusion, qui est le schéma de raisonnement à reproduire : la condition nécessaire d'ordre 1 dit que tout extremum local serait un point critique ; il n'y a qu'un point critique ; ce point n'est pas un extremum ; donc il n'y a pas d'extremum. Chacun des trois maillons doit figurer dans la copie, en particulier le rappel que le domaine est ouvert, sans lequel le premier maillon est faux.

Synthèse des méthodes

Le tableau des réflexes

Ce qu'on demande Ce qu'on fait
Reconnaître un ouvert, un fermé Inégalités strictes, ou bien larges et égalités
Justifier une continuité Opérations, en vérifiant chaque condition
Montrer une non-continuité en a Deux droites par a, deux limites différentes
Calculer f Dériver en xi, les autres variables figées
Justifier la classe C1 Ouvert, opérations ; la continuité en découle
Valeur approchée, petite variation f(a+h)f(a)+f(a),h
Dérivée en a selon v, plus forte pente f(a),v ; pente f(a)
Chercher les extremums sur un ouvert f=0, puis signe de f(x)f(a)

Les erreurs classiques

Croire que l'existence des dérivées partielles entraîne la continuité. C'est l'erreur emblématique du chapitre. La fonction f(x,y)=xyx2+y2 prolongée par 0 possède un gradient nul en l'origine sans y être continue. Les dérivées partielles ne regardent que n directions ; la continuité les exige toutes. C'est pour cela qu'on travaille avec la classe C1, qui ajoute la continuité des dérivées partielles.

Conclure à la continuité après avoir testé quelques directions. Le calcul de restrictions ne sert qu'à montrer qu'une fonction n'est pas continue. Deux directions qui donnent la même limite ne prouvent rien, et cent non plus.

Croire qu'un point critique est un extremum. La condition f(a)=0 est nécessaire, jamais suffisante. Le contre-exemple f(x,y)=x2y2 doit venir immédiatement à l'esprit. Après avoir résolu le système, le travail n'est pas terminé : il commence.

Oublier de vérifier que le domaine est ouvert. Sans cette hypothèse, le théorème de la section 8 est faux : f(x,y)=x+2y sur le carré [0,1]×[0,1] a deux extremums globaux et aucun point critique. Écrire « U est ouvert » n'est pas une formule de politesse, c'est le cœur de la démonstration.

Confondre f(a) et f(a). Le premier est un réel, le second un vecteur de Rn. En particulier, l'équation f(a)=0 est un système de n équations, pas une seule ; oublier une équation, c'est trouver de faux points critiques.

Écrire le reste du développement limité sous la forme hε(h). L'accroissement h est un vecteur : le reste s'écrit hε(h), avec la norme, qui est un nombre.

Oublier une variable figée dans une dérivée de produit ou de composée. La dérivée de exy par rapport à x vaut yexy et non exy : le facteur y est une constante, mais il sort quand même de la composition.

Dériver avant d'avoir déterminé le domaine. Un quotient, un logarithme ou une racine imposent des contraintes ; les dérivées partielles n'ont de sens que sur l'ouvert où la fonction est définie. Une réponse juste sur un domaine faux est une réponse fausse.

Conclure « minimum global » à partir d'une étude locale, ou l'inverse. Une minoration valable sur U tout entier donne un minimum global ; une minoration valable seulement sur une boule ne donne qu'un minimum local. Relire l'ensemble sur lequel l'inégalité obtenue est vraie avant de rédiger la conclusion.

Bloqué sur « Fonctions réelles définies sur Rⁿ » ?

On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.