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Fonctions usuelles et leurs réciproques, limites en un point et à l'infini, caractérisation séquentielle, continuité, prolongement par continuité, théorème des valeurs intermédiaires, image d'un segment, continuité uniforme, théorème de la bijection.
Le chapitre « Suites réelles » a montré ce que devient une limite quand on la démontre au lieu de la deviner. Celui-ci reprend le même travail sur les fonctions, et il change de statut en cours de route : à partir du théorème de la limite monotone, ce ne sont plus des définitions qu'on quantifie, ce sont les grands théorèmes de l'analyse qu'on démontre.
C'est le point à comprendre avant de commencer. Le théorème des valeurs intermédiaires, le théorème des bornes atteintes, la continuité de la fonction réciproque, le théorème de Heine sont des énoncés que vous avez déjà employés, au lycée ou ailleurs, et qui vous ont toujours été donnés tout faits. Ici, chacun d'eux est démontré, dans ce cours ou dans la fiche d'exercices qui l'accompagne, et tous descendent de la même source : l'axiome de la borne supérieure, déjà posé dans le chapitre sur les suites. C'est exactement ce qui sépare une première année de licence d'un catalogue de recettes.
Deux fils traversent le chapitre.
Le premier fil est le voisinage épointé. La limite d'une fonction en un point ne regarde jamais la valeur : elle ne regarde que ce qui se passe autour de , exclu. Presque toutes les difficultés du chapitre, du prolongement par continuité au piège de la composition des limites, viennent de ce seul point, et il est expliqué longuement dans la troisième section.
Le second fil est un fil de rédaction. Ce qui coûte des points dans un partiel de première année n'est presque jamais le calcul : c'est l'ordre des quantificateurs, le qu'on annonce avant le , l'hypothèse d'un théorème qu'on n'a pas vérifiée avant de s'en servir. Les encadrés Comment on rédige montrent la phrase exacte qu'un correcteur cherche des yeux. Ils sont à lire comme du cours.
Remarque
Ce chapitre et les autres. Il n'existe pas de texte national fixant les contenus d'une licence de mathématiques : chaque université arrête les siens. Ce cours couvre le socle commun aux maquettes consultées et signale par un encadré Selon les facs ce qui varie d'un établissement à l'autre, la continuité uniforme et le théorème de Heine notamment, traités ici au premier semestre à Rennes et à Lyon 1, repoussés ailleurs au cours de topologie. Ils sont traités : mieux vaut lire une section qu'on retrouvera plus tard que d'ignorer une notion connue de son voisin de TD.
Trois choses sont employées ici sans être refondées, parce qu'elles appartiennent à d'autres chapitres déjà en ligne. Les quantificateurs, la négation d'un énoncé, le raisonnement par l'absurde, l'injectivité, la surjectivité et la dénombrabilité viennent du chapitre « Logique, raisonnement, ensembles et applications ». La borne supérieure, la limite d'une suite, la propriété d'Archimède, la densité de dans et le théorème de Bolzano-Weierstrass viennent du chapitre « Suites réelles ». On les cite, on ne les redémontre pas. Enfin, les variations d'une fonction se démontrent ici à la main, en comparant et pour : c'est la seule méthode employée dans tout le chapitre.
Définition
Une fonction réelle d'une variable réelle est une application , où est une partie de appelée ensemble de définition de , ou domaine.
Le graphe de est la partie du plan
Quand est donnée par une formule et rien d'autre, son domaine est l'ensemble des réels pour lesquels cette formule a un sens, et le déterminer est le premier geste de toute étude. Trois interdits produisent la quasi-totalité des restrictions : un dénominateur ne s'annule pas, l'argument d'une racine carrée est positif ou nul, l'argument d'un logarithme est strictement positif.
Exemple
La formule a un sens exactement lorsque , c'est-à-dire , c'est-à-dire : le domaine est .
La formule demande , soit : le domaine est . Il n'est pas un intervalle, et beaucoup d'énoncés de ce chapitre en tiendront compte.
Définition
Soit et . La restriction de à , notée , est la fonction définie sur par .
La restriction n'est pas une commodité de notation : c'est un objet différent, et c'est ce qui rend possible tout le travail de la section sur les fonctions réciproques. Une fonction peut n'être injective sur aucun domaine naturel et le devenir sur une restriction bien choisie ; c'est ainsi que naîtront et . Dans l'autre sens, une propriété de ne remonte jamais automatiquement à .
Le chapitre « Logique, raisonnement, ensembles et applications » a défini l'image directe et l'image réciproque , en avertissant que la seconde notation ne suppose nullement bijective. Les deux servent constamment ici, et sans être redéfinies.
Définition
Soit dont le domaine est symétrique par rapport à , c'est-à-dire tel que entraîne .
La condition sur le domaine fait partie de la définition, elle n'est pas un préalable qu'on peut sauter : une fonction définie sur n'est ni paire ni impaire, quelle que soit sa formule, faute de pouvoir comparer et . Géométriquement, le graphe d'une fonction paire est symétrique par rapport à l'axe des ordonnées, celui d'une fonction impaire par rapport à l'origine.
Définition
Soit et . On dit que est -périodique lorsque
Le réel s'appelle alors une période de . Si l'ensemble des périodes admet un plus petit élément strictement positif, celui-ci s'appelle la période de .
Si est une période, , et plus généralement pour en sont aussi, par récurrence immédiate. Parler de « la » période suppose donc qu'on a identifié la plus petite, ce qui demande une vérification : est -périodique, et sa période est .
Méthode
Réduire l'intervalle d'étude. C'est le premier réflexe devant une fonction à étudier, et il fonctionne en deux temps, dans cet ordre.
Le principe se formule une fois pour toutes : une symétrie du domaine qui laisse la fonction invariante, au signe près, divise d'autant l'intervalle à étudier, et l'on reconstruit le reste du graphe par la transformation correspondante. Encore faut-il annoncer la transformation dans la conclusion, faute de quoi l'étude ne porte que sur le morceau traité.
Exemple
La fonction est définie sur , paire, et -périodique puisque . L'étude sur suffit donc : on complète par symétrie par rapport à l'axe des ordonnées pour obtenir , puis par translations de vecteurs pour obtenir entier.
Attention : est bien la période. Si était une période, on aurait avec , ce qui est impossible.
L'exercice 01 travaille cette réduction sur cinq fonctions, dont une qui n'est ni paire, ni impaire, ni périodique : la réduction n'est pas automatique, et il faut savoir dire qu'elle n'a pas lieu.
Définition
Soit et un intervalle contenu dans . On dit que est, sur :
Les mots sur sont une partie de l'énoncé, jamais un ornement. La fonction inverse est strictement décroissante sur et strictement décroissante sur , et elle n'est pas décroissante sur : on a alors que . Écrire « est décroissante » sans préciser l'intervalle est donc une faute, et elle se paie dans les exercices de bijection.
Méthode
Démontrer une monotonie à la main. Une seule ouverture, et elle ne varie pas : « Soient et dans tels que . » On étudie ensuite le signe de la différence , en la factorisant par chaque fois que c'est possible : le facteur est strictement positif par hypothèse, et il ne reste qu'à déterminer le signe de l'autre facteur.
Quand est à valeurs strictement positives, on peut comparer le quotient à , mais il faut alors annoncer la stricte positivité avant de multiplier par , sous peine de retourner l'inégalité.
La conclusion s'écrit en toutes lettres : « pour tous de , : la fonction est strictement croissante sur ».
Exemple
La fonction cube est strictement croissante sur . Soient deux réels. On factorise
Le premier facteur est strictement positif. Pour le second, on écrit
somme de deux carrés, donc positive ou nulle ; elle ne s'annule que si et simultanément, ce qui est exclu puisque . Le second facteur est donc strictement positif, le produit aussi, et . La fonction est strictement croissante sur .
Propriété
Soit strictement monotone sur . Alors est injective sur .
Démonstration. Supposons strictement croissante, et soient et dans tels que . Si l'on avait , la stricte croissance donnerait , ce qui contredit l'égalité ; si l'on avait , elle donnerait , même contradiction. Il reste , et est injective. Le cas décroissant est identique.
C'est le tout premier maillon du théorème de la bijection, et il ne coûte rien. Notons que la réciproque est fausse pour une fonction quelconque : il existe des fonctions injectives qui ne sont monotones sur aucun intervalle. En revanche, sous hypothèse de continuité, injective et strictement monotone deviendront équivalentes, et c'est le TVI qui le dira.
Les règles de composition se retiennent comme une règle des signes : la composée de deux fonctions de même sens de monotonie est croissante, la composée de deux fonctions de sens contraires est décroissante, à condition bien sûr que les domaines s'emboîtent.
Définition
Soit et . On dit que est, sur :
L'ordre des quantificateurs est décisif, exactement comme pour les suites : un seul réel doit convenir pour tous les . L'énoncé obtenu en les échangeant, , est vrai pour n'importe quelle fonction, puisqu'il suffit de prendre à chaque point. Une inversion transforme une propriété intéressante en tautologie.
Propriété
est bornée sur si et seulement s'il existe tel que
C'est la traduction habituelle de deux inégalités en une seule, portant sur une quantité positive : si alors , et réciproquement, de on tire . Toutes les démonstrations du chapitre emploient cette forme.
Le chapitre « Suites réelles » a défini et pour une partie de . Rien de neuf n'est nécessaire pour les fonctions : il suffit d'appliquer ces notions à l'image.
Définition
Soit et non vide. Lorsque est majorée sur , on pose
qui existe d'après l'axiome de la borne supérieure. On définit de même lorsque est minorée sur . On écrit indifféremment ou .
Tout ce qui a été démontré là-bas s'applique donc ici sans un mot de plus, à commencer par la caractérisation par les , qu'il suffit de traduire.
Propriété
Caractérisation de . Soit un réel. On a si et seulement si :
Il n'y a rien à démontrer : c'est la caractérisation de la borne supérieure du chapitre « Suites réelles », appliquée à la partie , dont les éléments sont exactement les pour . Le point 2 mérite pourtant d'être relu dans ce vocabulaire : il dit qu'on peut approcher d'aussi près qu'on veut par des valeurs de , sans promettre de l'atteindre.
Définition
On dit que atteint sa borne supérieure sur lorsqu'il existe tel que . C'est exactement dire que admet un maximum sur , et l'on note alors .
La borne supérieure est un maximum qui n'a pas besoin d'être atteint. La question « est-elle atteinte ? » revient à « appartient-il à ? », et c'est une question à se poser à chaque fois : tout le théorème des bornes atteintes consiste à répondre oui sous des hypothèses précises.
Exemple
Soit sur .
L'inf est atteint. Pour on a , donc , et : le minorant est une valeur de , donc .
Le sup ne l'est pas. Comme pour tout , on a : le réel majore sur . Soit ; l'inégalité équivaut à , et un tel existe dès que (quitte à prendre , sans quoi convient déjà). La caractérisation donne . Aucun ne vérifie : la borne n'est pas atteinte, et n'a pas de maximum sur .
Trois faits distinguent le sup d'une fonction de celui d'une partie, et ils font l'objet de l'exercice 03 : dépend de , il peut être atteint en plusieurs points, et l'on a toujours , avec une inégalité qui peut être stricte. L'exercice 04 y ajoute le geste qui servira à démontrer le théorème des bornes atteintes : fabriquer explicitement une suite de telle que , en appliquant le point 2 de la caractérisation à .
Remarque
Une confusion fréquente, et qui coûte cher : n'est pas la limite de au bord de . Sur , la fonction a pour borne supérieure , atteinte en , alors que sa limite en vaut ; sa borne inférieure vaut et n'est pas atteinte. Les deux notions ne coïncident que sous une hypothèse de monotonie, et c'est précisément le contenu du théorème de la limite monotone, démontré plus loin.
Ces fonctions sont construites ailleurs ; on rappelle ici ce qu'on utilisera d'elles, et uniquement cela : domaine, monotonie, limites aux bornes, et trois inégalités.
Pour , la fonction est définie sur . Elle est paire si est pair, impaire si est impair. Elle est strictement croissante sur dans tous les cas, et sur tout entier lorsque est impair : la démonstration menée plus haut pour se transpose, en factorisant par .
Pour , la fonction est définie sur , et elle est strictement monotone sur chacun des deux intervalles et , jamais sur leur réunion.
La fonction racine carrée est définie sur et strictement croissante : pour , l'identité , valable dès que , montre que la différence est strictement positive. Cette identité, dite quantité conjuguée, resservira sans arrêt.
L'exponentielle est strictement croissante, ne s'annule jamais, vérifie , et
Le logarithme népérien est la fonction réciproque de l'exponentielle : pour tout réel , et pour tout . Il est strictement croissant, vérifie , et
Ces deux fonctions permettent enfin de définir, pour et , la puissance d'exposant réel . Elle est strictement croissante sur si , strictement décroissante si , comme composée de deux fonctions strictement monotones.
Les fonctions et sont définies sur , à valeurs dans , et -périodiques ; est impaire, est paire. Elles ne sont monotones sur aucun intervalle de longueur strictement supérieure à , et n'ont aucune limite en ni en . La borne est atteinte : est strictement croissante sur , dont la longueur vaut exactement , et c'est cet intervalle qui servira à construire .
La fonction est définie là où ne s'annule pas, c'est-à-dire sur
Elle est impaire, -périodique, et strictement croissante sur chacun des intervalles , avec pour limites à gauche de chacun et à droite. C'est cette restriction qui donnera .
Les valeurs remarquables sont supposées connues ; les voici rassemblées, parce qu'elles servent dans presque tous les exercices de cette page.
| non définie |
Les valeurs en dehors de s'obtiennent par les symétries habituelles, et jamais par une table plus longue : , , , . Ces quatre relations, avec la périodicité, suffisent à tout reconstituer.
La valeur absolue est définie sur , paire, strictement décroissante sur et strictement croissante sur . Elle vérifie l'inégalité triangulaire, rappelée au début du chapitre « Suites réelles ».
Définition
Pour , la partie entière est l'unique entier relatif vérifiant , et la partie fractionnaire de est
L'encadrement fondamental est démontré dans le chapitre « Suites réelles » ; on l'emploie ici tel quel. Il en découle immédiatement que pour tout réel , et que est -périodique, puisque .
La partie entière est croissante au sens large sur , constante sur chaque intervalle avec , et elle « saute » de en chaque entier. C'est le premier exemple naturel de fonction discontinue en une infinité de points, et l'exercice 02 l'étudie comme un objet à part entière, ce qui prépare la classification des discontinuités.
| Fonction | Domaine | Monotonie | Limites aux bornes |
|---|---|---|---|
| , pair | décroissante sur , croissante sur | en et en | |
| , impair | strictement croissante | en , en | |
| str. décroissante sur chaque intervalle | en ; en , en | ||
| strictement croissante | en , en | ||
| , | strictement croissante | en , en | |
| strictement croissante | en , en | ||
| strictement croissante | en , en | ||
| , | -périodiques, non monotones | aucune limite en | |
| privé des | str. croissante sur chaque intervalle | et aux bornes | |
| décroissante puis croissante | en et en | ||
| croissante au sens large | en , en | ||
| -périodique, non monotone | aucune limite en |
Propriété
La première et la troisième s'établissent au moment où l'on construit l'exponentielle et les fonctions trigonométriques ; nous les admettons ici et les utilisons comme des acquis. La deuxième s'en déduit en une ligne : pour , posons ; l'inégalité 1 appliquée à donne , c'est-à-dire , ce qui est exactement l'inégalité voulue.
Ces trois inégalités ne sont pas décoratives : ce sont elles qui permettent de majorer ou de minorer sans rien connaître d'autre, et donc d'appliquer les théorèmes de comparaison. Deux conséquences seront employées telles quelles.
Propriété
Pour tous réels et :
Démonstration. La formule de factorisation donne, en majorant le cosinus par en valeur absolue puis en appliquant l'inégalité 3,
Le calcul est le même pour le cosinus, avec la factorisation correspondante.
Ces deux majorations disent que et sont lipschitziennes de rapport , notion définie dans la dernière section, et elles donneront leur continuité en trois lignes.
Propriété
Une quatrième limite de référence, admise elle aussi.
Elle s'établit par l'encadrement géométrique sur , qui relève de la construction des fonctions trigonométriques, au même titre que l'inégalité 3 ci-dessus. On l'admet donc ici et on l'emploie comme un acquis : la voie habituelle par la dérivée du sinus en est hors de ce chapitre, qui ne dérive rien. L'exercice 16 s'en sert pour prolonger par continuité en .
Avant toute définition de limite, il faut dire où l'on regarde. Ce lieu porte un nom.
Définition
Soit . Une partie de est un voisinage de lorsqu'il existe tel que .
Le voisinage épointé associé est : le voisinage privé du point lui-même. Un voisinage épointé de contient donc un ensemble de la forme
Dans toute cette section, est une fonction définie sur une partie de , et un réel tel que contienne un voisinage épointé de . Cette hypothèse dit deux choses : d'une part il y a des points de aussi proches de qu'on veut, donc parler de la limite en a un sens ; d'autre part on ne demande rien sur lui-même, qui peut appartenir à ou non.
Cette hypothèse n'est pas une formalité. Elle est exactement ce qui rend la limite unique : c'est parce qu'un voisinage épointé de contient toujours des points de qu'on ne peut pas raconter n'importe quoi sur près de . La démonstration de l'unicité, deux paragraphes plus bas, s'appuiera dessus explicitement.
C'est le point le plus important de la section, et celui qui n'est presque jamais dit.
Quand on écrit , on affirme quelque chose sur le comportement de autour de , en excluant . Trois situations sont possibles, elles coexistent sans se contredire, et il faut savoir les distinguer.
Sur la figure, le cercle vide marque la valeur vers laquelle la fonction tend, et le point plein marque la valeur effectivement prise : les deux sont à des hauteurs différentes, et les deux affirmations « » et « » sont vraies en même temps. La bande verticale est le voisinage épointé : le point y est retiré, et c'est tout le contenu de la condition qui va apparaître dans la définition.
Trois conséquences, à garder en tête pour la suite du chapitre.
Exemple
Les deux affirmations coexistent. Définissons sur par si , et .
Pour tout du voisinage épointé de , on a , expression qui tend vers quand tend vers . Donc . Et par ailleurs .
Les deux phrases « la limite de en vaut » et « » sont toutes deux vraies, et il n'y a rien à concilier : la première ne parle que des . La fonction n'est donc pas continue en , sa discontinuité y est effaçable, et il suffirait de reposer pour la rendre continue. Cette lecture est celle de la huitième section.
Définition
Soient , un réel tel que contienne un voisinage épointé de , et un réel. On dit que admet pour limite en , et l'on écrit ou , lorsque
Cette ligne se lit de gauche à droite, bloc par bloc, et chaque objet introduit peut dépendre de ceux qui le précèdent, jamais de ceux qui le suivent.
Mis bout à bout : quelle que soit la fenêtre horizontale tracée autour de , aussi étroite soit-elle, il existe une bande verticale autour de , privée de , dont toute l'image tient dans la fenêtre. Le lycée disait « se rapproche de quand se rapproche de » sans fixer ni la fenêtre, ni la bande, ni le fait que toute la bande convienne.
Remarque
Les inégalités larges ou strictes donnent la même notion. Si la définition est vérifiée avec , elle l'est avec en l'appliquant à , et réciproquement. De même, aboutir à démontre tout aussi bien la limite : mieux vaut le savoir que se battre pour tomber sur exactement. Nous conservons les inégalités larges, comme le chapitre « Suites réelles », sauf sur , où la stricte est indispensable.
Théorème
Une fonction admet au plus une limite en : si et , alors .
C'est ce théorème qui autorise l'article défini et la notation : sans lui, écrire « la limite de en » n'aurait aucun sens.
Démonstration. Raisonnons par l'absurde en supposant , et posons
Ce choix est licite : la définition s'applique à tout réel strictement positif, y compris à un réel fabriqué à partir de et .
La première hypothèse fournit tel que dès que et ; la seconde fournit de même pour . Ces deux rayons n'ont aucune raison d'être égaux : on pose , de sorte que les deux majorations soient disponibles en même temps.
Reste à disposer d'un point où les appliquer, et c'est ici que sert l'hypothèse posée sur . Le voisinage épointé de de rayon rencontre : il existe donc au moins un vérifiant . Pour ce point, l'inégalité triangulaire appliquée à donne
En retranchant aux deux membres, il vient , donc : contradiction.
Sans point où évaluer, pas d'unicité. Si ne rencontrait pas les voisinages épointés de , l'implication de la définition serait vraie faute d'antécédent, et tout réel serait limite de en . C'est la raison d'être de l'hypothèse posée en tête de section, et c'est un bon exemple d'une hypothèse qui semble technique jusqu'au moment où l'on voit ce qu'elle empêche.
Définition
Avec les mêmes données :
Ce sont les limites des restrictions de à et à : on ne regarde qu'une moitié du voisinage épointé. Les notations et sont commodes et dangereuses, car elles ressemblent à des valeurs de : ce sont des limites, et il n'est pas exclu qu'elles diffèrent toutes deux de .
Théorème
Limite et limites latérales. Supposons que contienne un voisinage épointé de , de part et d'autre. Alors admet une limite en si et seulement si et existent toutes deux et sont égales, auquel cas
Démonstration. Supposons et soit ; le donné par la définition convient pour les deux limites latérales, puisque la condition entraîne , et de même à gauche.
Réciproquement, supposons et soit . La limite à droite fournit , la limite à gauche fournit ; posons . Soit tel que . De deux choses l'une : ou bien , et alors , ou bien , et alors . Dans les deux cas .
La disjonction des deux cas est la démonstration entière. C'est aussi ce qui explique le rôle de la condition : elle garantit qu'un troisième cas, , ne se présente jamais, et donc que n'est pas consulté.
Remarque
Ce théorème est le premier outil de réfutation du chapitre : deux limites latérales qui existent et diffèrent interdisent l'existence d'une limite. C'est ainsi que se traite la partie entière en un entier, ou toute fonction définie par deux formules de part et d'autre d'un point. L'exercice 05 fait lire ces limites sur une courbe, l'exercice 17 les fait classer.
Les définitions qui suivent ont l'air d'être six définitions nouvelles. Ce n'en est qu'une, déclinée : pour toute fenêtre autour de la valeur visée, il existe une bande autour du point visé dont l'image tient dans la fenêtre. Seule change la forme des fenêtres et des bandes.
Définition
Le vocabulaire des voisinages, étendu. Un voisinage de est une partie contenant un intervalle ; un voisinage de est une partie contenant un intervalle . On convient qu'un voisinage de ou de est son propre voisinage épointé, ces symboles n'étant pas des réels.
Avec ce vocabulaire, une seule phrase couvre tous les cas : signifie que pour tout voisinage de , il existe un voisinage épointé de tel que , où et sont des réels ou des symboles infinis. Les formes quantifiées explicites s'en déduisent en remplaçant chaque voisinage par sa description ; les voici, ce sont celles qu'on écrit sur une copie.
Propriété
Soit .
Les autres cas s'obtiennent en changeant les sens des inégalités, et jamais l'ordre des quantificateurs. Deux remarques d'usage.
Le nom des lettres n'est pas neutre. On écrit pour une tolérance qu'on veut petite, ou pour un seuil qu'on veut grand ; personne ne vous en empêche de faire autrement, mais un correcteur lit d'abord la structure, et une lettre mal choisie lui donne l'impression que la structure est mal comprise.
Les limites latérales infinies existent aussi, et se notent : il suffit de remplacer la condition par . C'est le cas le plus fréquent en pratique, car les deux côtés donnent souvent des infinis de signes contraires, la fonction inverse en en étant l'exemple type. Discuter du signe du dénominateur avant de conclure est exactement le travail de l'exercice 06.
L'unicité de la limite reste vraie dans ce cadre élargi : une fonction admet au plus une limite en , dans . La démonstration se transpose sans idée nouvelle.
Les limites qu'on vient d'écrire ont une traduction géométrique, et le vocabulaire en est demandé constamment.
Définition
Soit la courbe représentative de .
Une asymptote verticale ne demande qu'un seul côté : la courbe peut très bien filer vers à droite de et avoir une limite finie à gauche. En revanche, la recherche d'une asymptote oblique se fait toujours dans cet ordre : on calcule d'abord , qui donne s'il est fini et non nul, puis , qui donne s'il est fini. Si l'une des deux limites manque ou est infinie, il n'y a pas d'asymptote oblique, et l'on parle alors de branche parabolique. L'exercice 06 fait chercher les trois types.
Le cours de « Suites réelles » donne, dans son encadré Comment on rédige une démonstration de limite, le squelette en six points d'une preuve par la définition : la phrase d'ouverture « Soit », le brouillon qui ne figure pas sur la copie, la construction explicite du seuil, la majoration à sens unique, la phrase de conclusion. Ce squelette vaut ici mot pour mot, à un remplacement près : le rang devient un réel . On ne le réécrit donc pas, on l'applique.
Trois choses seulement changent, et ce sont elles qui font la difficulté propre aux fonctions.
Premièrement, dépend de et du point . Pour une suite, le rang ne dépendait que de : il n'y avait qu'un seul « endroit », l'infini. Ici, la même fonction demande des très différents selon le point où l'on travaille. Reprenons : au voisinage de , l'identité montre que l'écart est de l'ordre de . Pour obtenir la même tolérance , il faudra donc un d'autant plus petit que est grand. Écrire « » sans se demander de quoi il dépend, c'est passer à côté de tout le chapitre, et notamment de sa dernière section : la continuité uniforme est exactement l'exigence, beaucoup plus forte, d'un qui ne dépend plus de .
Deuxièmement, est presque toujours un minimum. Dans une preuve pour une suite, on majorait directement. Ici, la quantité se factorise en général sous la forme
et ce facteur parasite dépend de : il faut donc d'abord le contrôler, en s'autorisant à ne regarder que les proches de , puis seulement majorer. D'où un en deux morceaux.
Troisièmement, la négation fait apparaître un point du voisinage épointé. Nier une limite ne produit plus « un rang », mais un point vérifiant , qu'il faut exhiber explicitement à partir du imposé.
Méthode
Contrôler, puis majorer. La rédaction se fait en deux temps, tous deux annoncés.
Premier temps, le contrôle. On s'impose d'entrée une contrainte de confort, par exemple , et l'on en déduit un encadrement de , donc une majoration du facteur parasite par une constante qui ne dépend plus de . Si le facteur parasite est au dénominateur, c'est une minoration qu'on cherche, par une constante strictement positive.
Second temps, la majoration. Sous cette contrainte, , et il suffit d'imposer en plus .
Le . On pose alors , qui est strictement positif comme minimum de deux réels strictement positifs, et qui réalise les deux contraintes à la fois. C'est exactement le rôle du minimum : satisfaire deux conditions en même temps, comme le de deux rangs le faisait pour les suites.
Attention. La constante de confort n'a pas à être : c'est par habitude, mais on prend ce dont on a besoin, et il arrive qu'on prenne pour être sûr de rester du bon côté de . Ce choix se fait au brouillon, et seul son résultat figure sur la copie.
Exemple
Montrons que . La fonction est définie sur , qui contient tout voisinage épointé de .
Au brouillon. On calcule d'abord la distance à la limite visée, en factorisant par :
Le facteur parasite est , qui dépend de : impossible de conclure tel quel. Contrôlons-le en nous limitant aux vérifiant , c'est-à-dire . Pour un tel , chacun des trois termes est positif et majoré, et
Il vient , et cette quantité est inférieure à dès que . Les deux contraintes seront satisfaites en prenant pour le plus petit des deux nombres et . Fin du brouillon : rien de ce qui précède ne figure sur la copie.
Sur la copie. Soit . Posons
Soit tel que . Comme , on a , donc , et par conséquent . Comme , on a de plus . En reportant dans la factorisation,
Ainsi, pour tout , il existe tel que pour tout vérifiant : la fonction tend vers en .
La copie fait six lignes, et c'est le brouillon qui contenait toute l'intelligence du calcul. Notons le geste initial, qui est le même dans neuf cas sur dix : factoriser par , parce que c'est que l'hypothèse contrôle.
Remarque
Le n'a jamais à être le plus grand possible. Comme le rang pour les suites, il suffit qu'il convienne. Une copie qui trouve et une copie qui trouve valent exactement la même chose. Chercher l'optimum est une perte de temps, et une source d'erreurs.
Exemple
Le second modèle : une limite en . Montrons que , la fonction étant définie sur .
Au brouillon. On calcule l'écart à la limite visée en mettant au même dénominateur :
Pour , on majore grossièrement : , et , donc l'écart est majoré par . Cette quantité est inférieure à dès que , c'est-à-dire .
Sur la copie. Soit . Posons et soit . Comme , les deux majorations du brouillon s'appliquent et donnent
Ainsi, pour tout , il existe un seuil tel que l'écart soit inférieur à dès que : la limite vaut .
Le minimum est devenu un maximum, et ce n'est pas un hasard : ici, deux contraintes portent sur un seuil qu'on veut grand, on prend donc le plus grand des deux. La règle générale se retient ainsi : on prend le quand on impose d'être proche, le quand on impose d'être loin. C'est ce même que les démonstrations du chapitre « Suites réelles » employaient sur les rangs.
La majoration a le droit d'être grossière. Remplacer par perd énormément, et n'a aucune importance : on ne cherche pas le meilleur seuil, on en cherche un.
Propriété
« ne tend pas vers en » s'écrit
« n'admet pas de limite finie en » s'écrit en ajoutant un en tête.
La règle de négation est celle du chapitre « Logique » : on parcourt l'énoncé de gauche à droite, chaque devient , chaque devient , l'ordre est conservé, l'implication devient une conjonction, et l'inégalité finale est niée en une inégalité stricte.
Les rôles se sont inversés. Dans la définition, était imposé et à construire. Dans la négation, c'est qu'on choisit — une seule valeur bien choisie suffit — et qui est imposé, arbitrairement petit. Une démonstration de non-existence commence donc par « Posons », puis « Soit », et elle doit ensuite exhiber un point construit à partir de , en vérifiant à voix haute les deux conditions : est dans le domaine, et .
Méthode
Comment on rédige qu'une limite n'existe pas. Quatre étapes, et un piège.
Le piège. Exhiber un point où est loin de ne démontre rien : il faut un point dans chaque voisinage épointé, donc un point construit à partir du imposé, et non un point fixé d'avance.
Exemple
Soit définie sur par si et si . Montrons que n'admet aucune limite finie en .
Soit . Posons , et soit . Notons , réel strictement positif inférieur ou égal à , et considérons les deux points et . Tous deux vérifient , et , .
Si l'on avait à la fois et , l'inégalité triangulaire donnerait
ce qui est faux. L'un au moins des deux points vérifie donc , et c'est celui-là qu'on exhibe. Ainsi, pour tout , il existe tel que tout laisse échapper un point du voisinage épointé : n'a pas de limite en .
On aurait pu conclure plus vite avec le théorème des limites latérales, puisque . C'est le but de l'exercice : la négation quantifiée est ce que ce théorème automatise, et il faut savoir l'écrire une fois à la main avant de s'en dispenser. L'exercice 10 la fait travailler pour elle-même.
Théorème
Opérations sur les limites. Soient et définies au voisinage épointé de , admettant en les limites finies et , et soit un réel. Alors, en :
Ces énoncés valent à l'identique pour les limites à gauche, à droite, et en .
Les démonstrations sont exactement celles du chapitre « Suites réelles », où elles sont écrites en entier : on y remplace « il existe un rang » par « il existe », « pour tout » par « pour tout tel que », et par . C'est le seul dictionnaire à connaître, et il vaut pour tout le chapitre : une propriété des suites qui ne repose que sur la distance se transporte aux fonctions en échangeant les rangs contre des rayons, et le maximum contre le minimum.
Le point 4 mérite qu'on s'y arrête, car il affirme deux choses et l'on n'en retient souvent qu'une. Avant de parler du quotient, il faut savoir que le dénominateur ne s'annule pas : c'est ce que garantit la première moitié, en appliquant la définition à . On obtient alors tel que, pour dans le voisinage épointé correspondant, la seconde inégalité triangulaire donne
C'est la phrase à écrire chaque fois qu'un dénominateur pourrait s'annuler, et c'est déjà, sous une autre forme, la conservation locale du signe démontrée plus bas.
Propriété
Opérations avec des limites infinies, établies par les mêmes démonstrations avec un seuil à la place de la tolérance. En un point ou en :
Le dernier point explique pourquoi une limite en un point fini se discute côté par côté : c'est le signe de au voisinage, et lui seul, qui décide entre et . Écrire « le dénominateur tend vers donc le quotient tend vers l'infini » sans dire de quel côté, c'est ne rien conclure du tout. L'exercice 06 est bâti sur cette discussion.
Hors des cas couverts par ces énoncés, quatre situations échappent à tout théorème général.
a. : différence de deux fonctions tendant vers .
b. : produit d'une fonction de limite nulle par une fonction de limite infinie.
c. : quotient de deux fonctions de limite infinie.
d. : quotient de deux fonctions de limite nulle.
Une forme indéterminée n'est pas une absence de limite, c'est une absence de conclusion immédiate. Le théorème des opérations ne s'applique pas, voilà tout ce qui est dit. En , les trois produits , et relèvent tous de la forme , et leurs limites valent respectivement , et : la forme ne présume de rien. Écrire « c'est une forme indéterminée » n'est donc jamais une conclusion, mais l'annonce d'un travail : transformer l'expression jusqu'à retomber sur un cas connu.
Le théorème suivant est employé à chaque changement de variable, et presque jamais énoncé. Son hypothèse est précisément ce qui manque dans la version orale qu'on s'en fait.
Théorème
Composition des limites. Soient définie au voisinage épointé de , et définie au voisinage épointé de . On suppose
Si, de plus, l'une des deux conditions suivantes est vérifiée :
alors admet pour limite en .
L'énoncé vaut encore lorsque , ou sont infinis, en remplaçant les voisinages par ceux qui conviennent.
Démonstration, sous l'hypothèse 1. Soit . Puisque quand , il existe tel que
Ce joue maintenant le rôle d'une tolérance pour : puisque quand , il existe tel que entraîne . Enfin, l'hypothèse 1 fournit tel que sur le voisinage épointé de rayon .
Posons et soit tel que . Alors et , c'est-à-dire : le réel est bien dans le voisinage épointé de où la première majoration s'applique, donc .
Sous l'hypothèse 2, la démonstration est plus courte encore : la condition devient inutile, puisque le cas donne , donc . On peut donc se passer de savoir si prend la valeur .
Tout est dans le mot « épointé ». La limite de en ne dit rien de . Si prend la valeur sur son chemin, la composée est évaluée exactement là où l'hypothèse ne dit rien, et l'on n'a aucun droit de conclure. Voici ce que cela donne concrètement.
Exemple
Le contre-exemple. Posons
La fonction tend vers en , et tend vers en , puisque vaut constamment sur tout voisinage épointé de . Les deux limites de l'énoncé existent donc, avec et .
Pourtant n'a aucune limite en : pour on a , donc ; pour on a , donc . Les deux limites latérales de en valent et : elles diffèrent, et le théorème des limites latérales conclut.
Ni l'hypothèse 1 ni l'hypothèse 2 n'était vérifiée : prend la valeur sur tout un voisinage à gauche, et . L'exercice 12 reprend ce piège, qui est la source d'erreur numéro un des changements de variable.
Remarque
Pourquoi on ne s'en aperçoit jamais en pratique. Parce que la fonction extérieure est presque toujours continue en , et que l'hypothèse 2 est alors automatiquement remplie. C'est ce qui autorise, sans le moindre scrupule, à écrire ou . La vigilance ne devient nécessaire que lorsque la fonction extérieure est définie par morceaux, ou lorsqu'elle n'est pas définie en .
Théorème
Théorème d'encadrement. Soient , , définies au voisinage épointé de et vérifiant sur ce voisinage. Si et admettent la même limite finie en , alors admet une limite en , et cette limite vaut .
Attention. Ce théorème affirme deux choses, et c'est la première qui compte : l'existence de la limite de , qui n'est pas supposée, puis sa valeur. Ne commencez donc jamais par « soit la limite de » : c'est ce qu'on cherche à établir.
Démonstration. Notons un rayon sur lequel l'encadrement est vérifié, et soit . La limite de fournit tel que sur le voisinage épointé correspondant, dont on ne retient que la moitié gauche, ; la limite de fournit de même avec . Posons . Pour tout vérifiant , les trois informations sont disponibles ensemble :
donc .
Chacune des deux hypothèses n'a servi qu'à moitié : de on n'a gardé que la minoration, de que la majoration. Une seule mâchoire ne conclut jamais.
Théorème
Théorèmes de comparaison. Soient et vérifiant au voisinage épointé de .
Le sens des inégalités est la seule chose qu'on puisse confondre : pour pousser une fonction vers on la minore, pour la pousser vers on la majore.
Propriété
L'outil numéro un. S'il existe une fonction telle que au voisinage épointé de , avec quand , alors .
Cas particulier constamment employé : si est bornée au voisinage de et si en , alors en .
C'est le théorème d'encadrement appliqué à , et c'est de loin la forme la plus utilisée : on n'encadre pas , on majore sa distance à , et cette majoration n'a pas besoin d'être fine. Le cas particulier se démontre en une ligne, à partir de .
Exemple
Le facteur borné, cas d'école. Cherchons .
Le théorème des opérations est inapplicable tel quel : n'a pas de limite en . On passe donc par l'outil numéro un, en évaluant l'écart au candidat :
la majoration venant de l'inégalité triangulaire et du fait que le sinus est borné par . Le majorant tend vers en , donc la limite cherchée vaut .
Ce qui a été utilisé du sinus, c'est uniquement qu'il est borné, jamais qu'il a une limite : c'est le geste à reconnaître. Chaque fois qu'un facteur oscille sans converger, on ne cherche pas sa limite, on le majore en valeur absolue et l'on transporte la majoration sur l'écart entier.
Propriété
Limites de référence. Pour tous réels et :
En une phrase : le logarithme est battu par toute puissance, et toute puissance est battue par toute exponentielle, quels que soient les exposants, si petit soit celui de la puissance et si grand soit celui du logarithme. Le rang à partir duquel cela se voit peut être repoussé très loin, ce qui rend toute vérification numérique trompeuse.
Démonstration de la première. Traitons d'abord . Pour , l'inégalité appliquée à donne , et comme , il vient
Le majorant tend vers en , donc le théorème d'encadrement conclut. Pour quelconque, on écrit
et l'on applique le cas précédent à la variable , qui tend vers : la composition est licite puisque ne prend jamais la valeur .
Les trois autres s'en déduisent. La troisième s'obtient en posant , qui tend vers quand et ne s'annule pas, ce qui ramène à la première. La deuxième vient de la première par le changement de variable , et la quatrième de la deuxième en changeant en . Aucune de ces quatre limites n'est jamais rédigée ici avec un symbole de comparaison : ce sont des limites, et on les emploie comme telles. L'exercice 07 les fait manipuler avec des exposants quelconques.
Remarque
Ces limites soldent une dette. Le chapitre « Suites réelles » énonçait la croissance comparée en précisant qu'elle « relève des outils du chapitre sur les fonctions, où le logarithme est construit », et l'admettait. Elle est démontrée ici : il suffit d'appliquer la première limite de référence, avec la caractérisation séquentielle de la septième section, à la suite .
Théorème
Conservation locale du signe, version limite. Soit admettant en une limite . Alors il existe tel que
Énoncé symétrique si .
Démonstration. Appliquons la définition de la limite à la tolérance , qui est strictement positive puisque . Elle fournit tel que sur le voisinage épointé correspondant, donc en particulier .
Trois lignes, un choisi, et l'on obtient un résultat qui sert dans la moitié des démonstrations du chapitre : une fonction dont la limite est strictement positive est strictement positive tout autour du point. C'est ce qui a justifié plus haut que le dénominateur ne s'annule pas ; c'est ce qui permettra, dans la démonstration du TVI, d'affirmer qu'une fonction continue qui prend une valeur strictement négative la garde sur tout un intervalle.
Propriété
Version continuité. Si est continue en et , alors sur tout un voisinage de , compris.
C'est le même énoncé, avec , et le voisinage n'a plus besoin d'être épointé puisque par hypothèse. L'exercice 13 le démontre et en tire les conséquences.
Théorème
Passage à la limite dans une inégalité. Soient et admettant en des limites finies et . Si sur un voisinage épointé de , alors .
Démonstration. Supposons par l'absurde . La fonction admet en la limite , donc, par conservation locale du signe, il existe tel que sur le voisinage épointé de rayon . Quitte à réduire , ce voisinage est inclus dans celui où , c'est-à-dire où . Il existe au moins un point dans ce voisinage épointé, et en ce point une même quantité serait à la fois positive et strictement négative.
Remarque
L'inégalité stricte ne passe pas à la limite. Sur , posons et : on a en tout point, et pourtant les deux limites en valent . La conclusion correcte est , jamais .
Autrement dit, le passage à la limite ne rend jamais une inégalité plus forte, il peut la rendre plus faible. C'est l'une des erreurs les plus fréquentes des copies, d'autant plus tentante que la conclusion écrite est souvent vraie — mais elle l'est alors pour une autre raison, qu'il faut donner. Le chapitre « Suites réelles » démontre l'analogue pour les suites ; l'exercice 13 compare les deux et montre ce que le passage aux fonctions change.
Jusqu'ici, démontrer qu'une limite existe supposait d'en connaître la valeur : la définition porte sur , et l'on ne peut pas écrire cette quantité sans candidat . Le théorème qui suit casse ce cercle. Il affirme l'existence d'une limite à partir de deux propriétés qui, elles, se lisent directement sur la fonction : la monotonie et une majoration. Comme son homologue pour les suites, il n'est rien d'autre que l'axiome de la borne supérieure, transporté.
Il est admis dans beaucoup de cours. Il est démontré ici.
Théorème
Théorème de la limite monotone. Soit croissante sur un intervalle , où .
Pour décroissante, les quatre énoncés s'obtiennent en échangeant les rôles de et , et ceux de et .
En une phrase, à connaître sous cette forme : une fonction monotone admet une limite à chaque extrémité de son intervalle, finie du côté où elle est bornée, infinie de l'autre. Une fonction monotone ne peut donc pas osciller au bord.
Démonstration du cas 1, avec fini. Supposons croissante et majorée sur .
Premier temps : l'objet existe. L'image est une partie non vide de , puisque l'intervalle l'est, et elle est majorée, puisque l'est. L'axiome de la borne supérieure s'applique : le réel
existe. À ce stade nous n'avons rien démontré sur la limite, nous avons seulement fabriqué le candidat, et c'est l'axiome qui nous l'a donné.
Deuxième temps : ce candidat est la limite. Soit . Par la caractérisation de la borne supérieure par les , il existe un élément de l'image strictement supérieur à ; cet élément est une valeur de , donc il existe tel que
Posons , qui est strictement positif puisque . C'est ici que la monotonie entre en jeu. Soit tel que , c'est-à-dire . La croissance donne , et le fait que majore l'image donne . En réunissant les deux :
d'où , c'est-à-dire .
Conclusion. Pour tout , il existe tel que pour tout vérifiant . C'est mot pour mot la définition de la limite à gauche : .
Quand , la démonstration est identique à un mot près : le rayon est remplacé par le seuil , et la croissance donne pour tout . Rien d'autre ne change.
Démonstration du cas 2. Supposons croissante et non majorée, et soit un réel quelconque. Puisque ne majore pas , il existe tel que . Posons ; par croissance, tout vérifiant satisfait . C'est la définition de .
Les cas 3 se traitent en appliquant ce qui précède à , ou directement avec l'inf : rien de neuf n'y apparaît. L'exercice 14 reprend cette démonstration pas à pas, traite le cas non majoré en détail, et compare le geste à celui du théorème analogue pour les suites — là-bas le rang , ici le rayon , et surtout le fait que balaye ici un continuum au lieu d'avancer d'entier en entier.
Remarque
Le théorème donne l'existence, il ne calcule pas la limite. La limite vaut , c'est-à-dire le plus petit des majorants de l'image. Le majorant que vous avez trouvé, lui, est sorti de vos majorations, et il n'y a aucune raison qu'il soit le plus petit. Écrire « est croissante et majorée par , donc sa limite vaut » est faux, et la conclusion correcte est , obtenue par passage à la limite dans une inégalité large.
Exemple
Une limite obtenue sans être calculée. Soit sur . Le dénominateur ne s'annule pas, puisqu'il est strictement positif.
Majoration. Comme , on a , donc pour tout : la fonction est majorée par .
Monotonie. Écrivons . La fonction est un quotient d'une fonction strictement décroissante et strictement positive par une fonction strictement croissante et strictement positive : elle est strictement décroissante sur . Donc est strictement décroissante et strictement positive, et son inverse est strictement croissante.
Conclusion. La fonction est croissante et majorée sur : d'après le théorème de la limite monotone, elle admet en une limite finie , et . Le théorème donne l'existence sans plus ; ici, un calcul direct montrerait , mais il faut un argument de plus, et surtout il ne faut pas confondre les deux étapes.
Théorème
Limites latérales d'une fonction monotone. Soit monotone sur un intervalle et un point intérieur à . Alors et existent et sont finies. Si est croissante, on a de plus
Démonstration, croissante. Comme est intérieur à , il existe avec . Sur , la fonction est croissante et majorée par , puisque entraîne . Le théorème précédent s'applique : existe, est finie, et vaut . Comme majore cet ensemble et que la borne supérieure est le plus petit des majorants, . Le raisonnement sur , où est croissante et minorée par , donne .
Ce corollaire est capital, et il resservira deux fois : il dit qu'une fonction monotone ne peut avoir que des discontinuités très simples, puisque ses deux limites latérales existent toujours. C'est l'ingrédient de la classification des discontinuités (huitième section, exercice 18), et celui de la démonstration de la continuité de la fonction réciproque (onzième section, exercice 26).
Théorème
Caractérisation séquentielle de la limite. Soit définie au voisinage épointé de et un réel. Il y a équivalence entre :
Ce théorème est le pont entre ce chapitre et le chapitre « Suites réelles ». Il permet de faire circuler l'information dans les deux sens : tout ce qui est acquis sur les suites, à commencer par le théorème de Bolzano-Weierstrass, devient utilisable sur les fonctions, et réciproquement. C'est grâce à lui que le théorème des bornes atteintes et le théorème de Heine se démontreront sans un seul nouveau.
Deux détails d'énoncé sont à respecter. La condition est le voisinage épointé, encore lui : sans elle, une suite constante égale à imposerait , ce que la limite ne dit pas. Et le mot toute est l'essentiel du point 2 : exhiber une suite pour laquelle ne démontre rigoureusement rien.
L'énoncé et sa démonstration valent à l'identique lorsque ou sont infinis, en remplaçant chaque voisinage par celui qui convient : un voisinage de est un intervalle , et « » se lit dans . C'est cette extension qui permet de réfuter d'un seul coup l'existence d'une limite finie ou infinie, en s'appuyant sur l'unicité de la limite d'une suite, qui vaut elle aussi dans .
Démonstration de 1 implique 2. Supposons quand , et soit une suite du domaine telle que pour tout et . Soit .
L'hypothèse sur fournit tel que tout vérifiant satisfasse . Ce est un réel strictement positif : il peut donc servir de tolérance dans la définition de la limite de la suite . Celle-ci fournit un rang tel que pour tout .
Soit . On a , et puisque : le point est donc dans le voisinage épointé où la majoration s'applique, d'où . Ainsi .
Le ressort de la démonstration tient en une phrase : le produit par la limite de est recyclé comme dans la limite de la suite. C'est un enchaînement de deux définitions, et c'est le prototype de tout ce que fait ce théorème.
Le sens réciproque est démontré à l'exercice 15, par contraposition : on suppose que ne tend pas vers , on écrit la négation quantifiée de la quatrième section, et l'on applique cette négation à pour chaque entier , ce qui fabrique la suite cherchée. L'existence d'un tel entier repose sur la propriété d'Archimède, acquise dans le chapitre « Suites réelles ». Ce sens-là est celui qu'on admet presque partout ; il est court, et il vaut la peine d'être fait une fois.
Propriété
Critère de réfutation. S'il existe deux suites et du domaine, distinctes de , toutes deux convergeant vers , telles que et aient des limites différentes, ou telles que l'une des deux n'ait pas de limite, alors n'a pas de limite en .
C'est la contraposée du sens direct, et c'est de loin l'usage le plus fréquent du théorème : il transforme une négation quantifiée, avec ses trois blocs de quantificateurs, en un calcul de deux limites de suites. La rédaction attendue tient en trois lignes : on donne les deux suites explicitement, on vérifie qu'elles tendent vers sans jamais valoir , on calcule les deux limites images, on conclut. L'exercice 15 en fait l'application principale.
Méthode
Comment on rédige une réfutation par deux suites. Quatre phrases, et deux vérifications qu'on oublie.
Le gain par rapport à la négation quantifiée est considérable : plus de imposé, plus de point à fabriquer à partir de lui, seulement deux suites et deux limites de suites. C'est pour cela qu'en pratique on réfute presque toujours ainsi, et qu'on garde la négation quantifiée pour les cas où aucune paire de suites ne se présente naturellement.
Propriété
Caractérisation séquentielle de la continuité. Soit définie sur et . Alors est continue en si et seulement si, pour toute suite d'éléments de convergeant vers , on a .
Ici, la condition disparaît : si , alors , ce qui ne gêne aucune majoration.
Cette version est celle qui solde la dette la plus visible du chapitre précédent. Dans l'étude des suites récurrentes , le cours de « Suites réelles » écrit noir sur blanc : « la continuité de , dont l'étude relève du chapitre sur les fonctions, est admise ici ». Voici l'argument complet, qui n'a plus rien d'admis.
Exemple
Le passage à la limite , démontré. Soit définie sur un intervalle , continue en un point , et une suite d'éléments de telle que pour tout et .
La suite est la suite , qui converge vers comme suite extraite décalée de . Par ailleurs, la caractérisation séquentielle appliquée à la suite , qui est à valeurs dans et converge vers , donne . Une suite ayant au plus une limite, il vient
La limite est donc un point fixe de , et l'hypothèse utilisée est exactement la continuité de au point , pas ailleurs.
Définition
Soit et , tel que contienne un voisinage de . On dit que est continue en lorsque
autrement dit lorsque
La condition a disparu, et ce n'est pas un oubli. Elle est devenue inutile : dans le cas , la conclusion s'écrit , qui est vraie sans hypothèse. Autoriser ne change donc rien, et l'énoncé y gagne en lisibilité. C'est la seule définition du chapitre où l'on écrit un voisinage plein.
Trois conditions sont nécessaires, et il faut les vérifier dans cet ordre : doit être définie en , elle doit admettre une limite en , et cette limite doit valoir . Une seule qui manque, et est discontinue en ; savoir laquelle manque, c'est déjà classer la discontinuité.
Définition
Avec les mêmes données, est continue à gauche en lorsque existe et vaut , continue à droite en lorsque existe et vaut .
est continue sur une partie lorsqu'elle est continue en chaque point de . Aux extrémités d'un segment , la continuité s'entend à droite en et à gauche en .
Propriété
est continue en si et seulement si elle est continue à gauche et à droite en .
C'est le théorème des limites latérales, écrit avec . Cette décomposition est le premier geste devant une fonction définie par morceaux : on calcule les deux limites latérales, on les compare à la valeur, et l'on conclut séparément. L'exercice 16 en fait la matière de cinq diagnostics.
Théorème
Soient et continues en , et . Alors , , et sont continues en ; si , la fonction est définie au voisinage de et continue en .
Si est continue en et continue en , alors est continue en .
Par conséquent, ces mêmes opérations conservent la continuité sur une partie.
Tout vient du théorème des opérations et du théorème de composition. Ce dernier mérite un mot : la composée de deux fonctions continues ne pose jamais le problème d'hypothèse rencontré à la cinquième section, parce que la condition 2 du théorème de composition, « est continue en », est exactement celle qu'on suppose ici. Le piège du changement de variable ne se referme que sur des fonctions extérieures non continues au point visé.
Propriété
Continuité des fonctions usuelles. Sont continues sur tout leur ensemble de définition : les fonctions polynomiales, les fonctions rationnelles, , , , pour réel, , , , et .
La partie entière et la partie fractionnaire sont continues en tout point non entier, et discontinues en chaque entier.
Pour et , la démonstration est déjà écrite : les majorations de la deuxième section donnent immédiatement dans la définition. Pour , et les puissances réelles, la continuité s'obtient au moment de leur construction, et le théorème de la bijection de la onzième section en redonne une partie gratuitement. Les fonctions polynomiales et rationnelles se traitent par les opérations, à partir de la continuité de et des constantes, qui est immédiate. Enfin est continue puisque , seconde inégalité triangulaire.
La phrase attendue par un correcteur ne cite jamais un : elle cite la structure et le domaine. « La fonction est continue sur comme quotient de fonctions continues dont le dénominateur ne s'annule pas sur . » Six justifications de ce type sont à rédiger dans l'exercice 11 ; c'est le geste préalable à tout usage du TVI, et le premier qu'un correcteur cherche.
Méthode
Comment on rédige l'étude d'une fonction définie par morceaux. Le plan ne varie jamais, et il se compose de deux parties très inégales.
Le piège numéro un est de calculer avec la mauvaise expression, celle qui vaut à droite. Écrire à chaque fois « pour , » avant de faire tendre vers élimine l'erreur.
Le piège numéro deux concerne les inégalités larges de la définition : c'est la ligne contenant ou qui donne , et une fonction se raccorde souvent d'un côté simplement parce que la valeur en a été rangée de ce côté-là.
Exemple
Un paramètre à déterminer. Soit un réel et définie sur par si , et si . Pour quelles valeurs de la fonction est-elle continue sur ?
Ailleurs qu'en . Sur et sur , la fonction coïncide avec une fonction polynomiale : elle y est continue, quel que soit .
En . La valeur est donnée par la première ligne, puisqu'elle contient le cas : . Pour , , donc par continuité de la fonction polynomiale : est continue à gauche en , sans condition sur . Pour , , donc .
Conclusion. La fonction est continue en si et seulement si , c'est-à-dire , c'est-à-dire . Pour toute autre valeur de , la discontinuité en est un saut d'amplitude , et reste continue à gauche.
L'exercice 16 traite cinq diagnostics de ce type, dont un cas où aucun paramètre ne convient, et une fonction continue en et en aucun autre point.
Définition
Soit définie sur et tel que contienne un voisinage épointé de . On dit que est prolongeable par continuité en lorsque admet en une limite finie . La fonction
est alors continue en ; on l'appelle le prolongement par continuité de en .
L'article défini se justifie, et c'est le seul point de cette définition qui demande une démonstration.
Théorème
Unicité du prolongement. Si et sont deux fonctions définies sur , continues en , et coïncidant avec sur , alors . En particulier .
Démonstration. Sur , les deux fonctions valent , donc elles coïncident : tout se joue en . Comme contient un voisinage épointé de , il existe des points de arbitrairement proches de , et l'on peut donc construire une suite d'éléments de telle que et pour tout : il suffit, pour chaque entier , de choisir vérifiant , ce qui est possible par définition d'un voisinage épointé et par la propriété d'Archimède.
La fonction étant continue en , la caractérisation séquentielle donne ; de même . Or pour tout : les deux suites sont égales, donc leurs limites le sont, et par unicité de la limite d'une suite.
Ce qu'il faut retenir de cette démonstration, au-delà du résultat : la valeur n'est pas un choix, c'est une conséquence. On ne « décide » pas de poser pour que ça marche ; c'est la seule valeur qui puisse marcher, et c'est la limite qui l'impose. Le prolongement par continuité est donc exactement le passage du cas 1 au cas 2 de la troisième section.
Exemple
Soit , définie sur .
En . Pour et , on factorise numérateur et dénominateur :
la simplification étant licite puisque . Le membre de droite est continu en , donc quand : la limite est finie, et se prolonge par continuité en en posant .
En . La forme simplifiée a un numérateur qui tend vers et un dénominateur qui tend vers : la limite est infinie, de signe opposé selon le côté. Aucun prolongement continu n'est possible en , et la droite d'équation est asymptote verticale.
Un mot de vocabulaire, parce que la confusion est constante : prolonger une fonction, c'est agrandir son ensemble de définition ; simplifier une expression, c'est la réécrire là où elle est déjà définie. La simplification ci-dessus n'a pas prolongé , elle a seulement permis de calculer la limite. Le prolongement est l'acte de poser une valeur en un point qui n'était pas dans le domaine.
Quand n'est pas continue en , tous les échecs ne se ressemblent pas. Le vocabulaire qui suit les distingue, et il sert à décrire un comportement en un mot.
Définition
Soit définie sur un voisinage épointé de , et supposée non continue en .
La figure montre les trois situations côte à côte. À gauche, un saut : les deux limites latérales existent, sont finies et différentes, et il n'y a aucun moyen de recoller. Au centre, une discontinuité effaçable : les deux limites latérales sont égales, la courbe présente un « trou », et il suffit de changer la valeur en un seul point pour rendre la fonction continue ; c'est exactement le prolongement par continuité, d'où le nom. À droite, une discontinuité de seconde espèce : une des limites latérales manque, et aucune modification ponctuelle n'y changera rien.
Le mot effaçable est à prendre au pied de la lettre : la discontinuité disparaît si l'on redéfinit en , et en seulement. Pour un saut, redéfinir ne sert à rien, quelle que soit la valeur choisie : la fonction sera au mieux continue d'un seul côté. Pour une discontinuité de seconde espèce, la question ne se pose même pas.
Exemple
La partie fractionnaire présente en chaque entier un saut d'amplitude
En effet, à gauche de on a , donc ; à droite, , donc . Comme , la fonction est continue à droite en , et pas à gauche.
L'exercice 17 fait classer six fonctions avec ce vocabulaire ; c'est de l'application directe une fois les limites latérales calculées, et c'est le seul moment du chapitre où la difficulté est purement lexicale.
Théorème
Soit monotone sur un intervalle . Alors toutes les discontinuités de en un point intérieur à sont de première espèce, et ce sont des sauts. Si est croissante, l'amplitude d'un saut en vaut
La démonstration tient en deux phrases, une fois acquis le corollaire de la sixième section. Ce corollaire garantit que et existent et sont finies en tout point intérieur : la discontinuité est donc de première espèce, quel qu'il soit. Et elle ne peut pas être effaçable : si l'on avait , l'encadrement forcerait à valoir cette valeur commune, donc serait continue en . Il reste , c'est-à-dire un saut. L'exercice 18 rédige cette démonstration en entier et construit des fonctions croissantes à discontinuités imposées.
Remarque
Selon les facs. Ce résultat, et la classification qui le précède, figurent au premier semestre dans certaines maquettes et sont repoussés ailleurs. Ils valent la lecture dans tous les cas : ils donnent un vocabulaire qui sert à décrire, et ils débouchent sur l'un des plus jolis énoncés de la première année, traité à l'exercice 19 : l'ensemble des points de discontinuité d'une fonction monotone est au plus dénombrable. L'idée y est d'associer à chaque saut un rationnel choisi dans l'intervalle , qui est non vide d'après le théorème ci-dessus, et de montrer que cette association est injective ; la dénombrabilité de , acquise dans le chapitre « Logique », conclut. Une fonction monotone a donc, au pire, autant de discontinuités que a d'éléments, et jamais plus.
Théorème
Théorème des valeurs intermédiaires. Soit continue sur le segment , et soit un réel compris entre et . Alors il existe tel que .
Propriété
Forme la plus employée. Si est continue sur et si et sont de signes contraires, c'est-à-dire si , alors s'annule au moins une fois sur .
C'est le cas . On notera que le théorème donne l'existence de , et rien d'autre : ni sa valeur, ni son unicité, ni un moyen de le calculer. Un énoncé d'existence pure est une nouveauté pour beaucoup d'étudiants, et c'est précisément ce qui fait sa force : il s'applique à des équations qu'on ne sait pas résoudre.
Les deux hypothèses sont à écrire avant de conclure, sans exception : est continue, et elle l'est sur un segment, c'est-à-dire un intervalle fermé et borné. Un corrigé qui applique le TVI sans avoir écrit « est continue sur comme … » enseigne le contraire de ce que le théorème demande.
Le TVI est admis dans la plupart des cours qui le précèdent. Il se démontre, et de deux manières.
Par dichotomie. Supposons pour fixer les idées , et posons , . On construit deux suites et en coupant à chaque étape le segment en deux : si prend au milieu une valeur inférieure ou égale à , on garde la moitié droite, sinon la moitié gauche. Par construction, l'encadrement est conservé à chaque étape, et la longueur du segment est divisée par deux : .
Les deux suites sont alors adjacentes, et le théorème des segments emboîtés, acquis dans le chapitre « Suites réelles », fournit un réel vers lequel elles convergent toutes deux. La continuité de en , via la caractérisation séquentielle, donne et . En passant à la limite dans les inégalités larges et , on obtient et , donc .
Par la borne supérieure. On pose , ensemble non vide puisqu'il contient , et majoré par . On montre alors, en utilisant deux fois la conservation locale du signe, que ni ni ne peuvent tenir.
L'exercice 20 rédige ces deux démonstrations en entier et les compare : la première est constructive, elle fabrique le point à la précision qu'on veut, la seconde ne l'est pas, mais elle est plus courte. C'est une opposition à connaître, car elle traverse toute l'analyse.
Théorème
Forme globale du TVI. Soit continue sur un intervalle . Alors est un intervalle.
C'est le même théorème, reformulé, et c'est sous cette forme qu'il se retient le mieux : une fonction continue ne peut pas sauter de valeur. La démonstration, faite à l'exercice 21, repose sur la caractérisation d'un intervalle par sa convexité — une partie de est un intervalle si et seulement si, pour tous et tout compris entre et , on a . Le TVI dit exactement que possède cette propriété.
L'intervalle n'a pas besoin d'être un segment dans cette version : il peut être ouvert, semi-ouvert, non borné. Ce qui n'est pas dit, en revanche, c'est de quelle nature est l'intervalle image, et c'est là que se logent la plupart des erreurs.
Théorème
TVI et stricte monotonie. Soit continue et strictement monotone sur , et compris entre et . Alors il existe un unique tel que .
L'existence est le TVI ; l'unicité vient de l'injectivité d'une fonction strictement monotone, démontrée dès la première section. La rédaction attendue le dit dans cet ordre, en deux phrases séparées : « d'après le TVI, il existe … ; comme est strictement croissante, elle est injective, donc ce est unique ». Fusionner les deux fait perdre l'une des deux justifications.
C'est cet énoncé qui permet de compter les solutions d'une équation, et non seulement d'en trouver une : on découpe l'intervalle en morceaux sur lesquels est strictement monotone, ce qui se démontre à la main, puis on applique le théorème sur chaque morceau. L'exercice 22 est entièrement bâti là-dessus, y compris pour une équation à paramètre.
Méthode
Comment on rédige une application du TVI. Quatre phrases, dans cet ordre, et aucune ne peut sauter.
Le choix de l'intervalle fait partie du travail quand l'énoncé ne le donne pas : on cherche deux points où la fonction est de part et d'autre de , en s'aidant des limites aux bornes du domaine. C'est ce que fait l'exercice 22.
Exemple
Compter les solutions de sur .
Mise en forme. Posons pour : l'équation s'écrit .
Continuité. La fonction est continue sur comme somme du logarithme et d'une fonction polynomiale, toutes deux continues sur cet intervalle.
Stricte monotonie, à la main. Soient . La stricte croissance du logarithme donne , et celle de la fonction carré sur donne . En additionnant deux inégalités strictes de même sens, : la fonction est strictement croissante sur , donc injective.
Un intervalle où encadrer . On a et , puisque . Ainsi , et est continue sur le segment .
Conclusion. D'après le théorème des valeurs intermédiaires, il existe tel que . Comme est strictement croissante sur tout entier, elle y est injective : ce est l'unique solution de l'équation sur , et non seulement sur .
Notons le dernier point, souvent oublié : l'existence est obtenue sur le segment, l'unicité sur le domaine entier. Ce sont deux portées différentes, et les confondre revient à démontrer moins que ce qu'on annonce.
Remarque
C'est l'erreur la plus tenace du chapitre, et elle a deux visages.
Premier visage : la nature de l'intervalle change. Prenons , continue sur . En substituant les bornes on écrirait , et ce serait faux deux fois. L'image réelle est : elle contient , qui n'est compris ni entre ni entre , et elle est fermée en alors que était ouvert. La raison est que n'est pas monotone sur : elle passe par un minimum à l'intérieur, et c'est ce minimum qui devient une borne de l'image.
Second visage : les bornes ne sont pas atteintes. Même pour une fonction monotone, si est ouvert, les valeurs aux bornes ne sont pas des valeurs de : ce sont des limites, et l'image est alors un intervalle ouvert du même côté.
La règle est donc : se détermine à partir des limites aux bornes et des extrema atteints à l'intérieur, jamais par substitution. Quand est continue et strictement croissante sur , le théorème de la limite monotone donne directement
et c'est sous cette forme qu'on l'écrit. L'exercice 21 fait remplir et justifier un tableau de cas où la substitution donnerait des réponses fausses.
Le TVI dit que l'image d'un intervalle est un intervalle. Sur un segment, on peut dire beaucoup plus, et c'est le théorème le plus utile de tout le chapitre.
Théorème
Théorème des bornes atteintes. Soit continue sur un segment , avec . Alors :
Autrement dit, admet un minimum et un maximum sur , et l'on peut écrire et .
Ce théorème est admis presque partout. Il se démontre, et sa démonstration est l'aboutissement de tout ce que le chapitre a construit ; elle fait l'objet de l'exercice 23. En voici le plan, en trois phrases, parce qu'il faut savoir le raconter même sans le rédiger.
Bornée. Par l'absurde : si n'était pas majorée, on pourrait choisir pour chaque entier un point tel que . La suite est bornée, puisqu'elle vit dans ; le théorème de Bolzano-Weierstrass, acquis dans le chapitre « Suites réelles », en extrait une sous-suite convergente, dont la limite appartient encore à par passage à la limite dans des inégalités larges. La caractérisation séquentielle de la continuité donne alors une suite qui converge vers , donc bornée, alors qu'elle est minorée par : contradiction.
Atteintes. On applique le geste de l'exercice 04 : puisque est majorée, existe, et la caractérisation par les appliquée à fournit une suite de telle que , donc . Une extraction convergente et la continuité donnent pour un point de .
Le fermé et le borné servent chacun une fois, et il vaut la peine de voir où : le caractère borné de permet d'appliquer Bolzano-Weierstrass, et le caractère fermé garantit que la limite de la sous-suite reste dans , donc que y est encore définie et continue.
Méthode
Comment on rédige l'usage du théorème des bornes atteintes. La phrase attendue comporte trois éléments, et l'un d'eux est presque toujours omis.
« La fonction est continue sur le segment , donc, d'après le théorème des bornes atteintes, elle est bornée et atteint ses bornes : il existe tel que . »
Les trois éléments sont : la continuité, justifiée ; le mot segment, qui contient à lui seul les deux hypothèses de fermeture et de bornitude ; et l'existence du point où la borne est atteinte, qui est le vrai contenu du théorème et ce qu'on emploie ensuite.
L'omission classique consiste à écrire « est bornée sur » et à s'en tenir là, puis à utiliser plus loin un point où le maximum est atteint. Être bornée et atteindre ses bornes sont deux conclusions distinctes : la première seule ne fournit aucun point.
Théorème
Soit continue sur . Alors
C'est la combinaison des deux théorèmes précédents, et elle se dit en une phrase : le TVI donne que est un intervalle, le théorème des bornes atteintes donne que ses deux extrémités sont des valeurs de , donc lui appartiennent ; un intervalle qui contient ses deux extrémités est un segment. L'exercice 23 en fait sa question finale.
Attention à la lecture. L'énoncé ne dit pas , qui est faux dès que n'est pas monotone ; il dit que l'image est le segment délimité par le minimum et le maximum de , qui peuvent être atteints n'importe où.
Les deux hypothèses portent sur et sur l'ensemble de départ, et elles ne sont pas décoratives : sur , qui est borné mais non fermé, la fonction continue n'est pas majorée, et le théorème tombe. L'exercice 24 fait le tour de la question autrement, en donnant six ensembles de départ et en demandant, pour chacun, si toute fonction continue y est bornée et y atteint ses bornes ; le cas d'une réunion de deux segments disjoints y réserve une surprise.
Théorème
Théorème de la bijection. Soit continue et strictement monotone sur un intervalle . Alors :
Les trois hypothèses sont à vérifier et à écrire séparément, dans cet ordre : intervalle, continuité, stricte monotonie. Chacune sert à quelque chose de précis, et l'on peut dire quoi. L'intervalle et la continuité servent à la surjectivité, via le TVI ; la stricte monotonie sert à l'injectivité. Retirer la stricte monotonie fait apparaître un palier, sur lequel prend la même valeur en une infinité de points : la fonction reste surjective sur son image, mais elle n'est plus injective, donc plus bijective.
Point 2, la bijectivité. L'injectivité est acquise depuis la première section : une fonction strictement monotone est injective. La surjectivité de sur est vraie par construction, puisque est précisément l'ensemble des valeurs prises. La seule chose à démontrer est donc que est un intervalle, et c'est la forme globale du TVI.
Point 3, la monotonie de . Supposons strictement croissante, et soient dans . Posons et . Si l'on avait , la croissance de donnerait , c'est-à-dire , ce qui contredit . Donc : la fonction est strictement croissante.
Notons la forme de l'argument : on ne calcule rien, on remonte l'inégalité par l'absurde à travers . C'est le geste standard pour toute propriété de .
Théorème
Sous les hypothèses du théorème de la bijection, est continue sur .
C'est le point admis dans presque tous les cours qui précèdent, et il est démontré à l'exercice 26. Le chemin, en une phrase, est joli et mérite d'être connu : est monotone sur l'intervalle , donc, d'après le corollaire du théorème de la limite monotone, ses seules discontinuités possibles sont des sauts ; or un saut de en un point intérieur signifierait que tout point de l'intervalle , à l'exception au plus de lui-même, échappe à l'image de , c'est-à-dire à — alors que cette image est l'intervalle tout entier, et qu'un intervalle ouvert non vide privé d'un point contient encore des réels. Contradiction : une fonction monotone dont l'image est un intervalle est continue.
C'est un exemple parfait de la manière dont les théorèmes de ce chapitre s'emboîtent : la sixième section sert la huitième, qui sert la onzième.
Propriété
Dans un repère orthonormé, la courbe de est l'image de la courbe de par la symétrie orthogonale par rapport à la droite d'équation , dite première bissectrice.
Démonstration, en une ligne. Le point appartient à la courbe de si et seulement si , c'est-à-dire si et seulement si , c'est-à-dire si et seulement si le point appartient à la courbe de . Or est exactement la symétrie par rapport à la première bissectrice.
La figure montre une fonction strictement croissante et sa réciproque. Trois lectures sont à faire dessus, et elles servent constamment : les points d'intersection éventuels des deux courbes sont sur la bissectrice, ce sont les points fixes ; un intervalle de l'axe des abscisses pour devient un intervalle de l'axe des ordonnées pour ; et une asymptote horizontale de devient une asymptote verticale de . L'exercice 26 exploite cette symétrie.
Méthode
Comment on rédige l'application du théorème de la bijection. Trois vérifications, puis une conclusion, puis le calcul de l'intervalle image.
Le point 5 est le seul calcul de la rédaction, et c'est le théorème de la limite monotone qui le fournit : sur un intervalle où est continue et strictement croissante, l'image est l'intervalle délimité par et , ouvert du côté où la borne de n'appartient pas à .
Remarque
Selon les facs. Ces trois fonctions sont vues en fin de terminale dans certains parcours, en début de première année dans d'autres, et parfois seulement au moment du calcul différentiel. Elles sont reconstruites ici par le théorème de la bijection, et non admises : c'est le meilleur exercice d'application de ce théorème, et cela suffit à justifier leur présence, quel que soit l'ordre choisi par votre université.
Aucune des trois fonctions , , n'est injective sur son domaine : elles sont périodiques, donc elles prennent chaque valeur une infinité de fois. Le théorème de la bijection ne s'applique donc pas à elles. Il s'applique en revanche à une restriction bien choisie, et le choix de cette restriction est un choix, qu'on justifie.
Définition
Arcsinus. La restriction de à est continue et strictement croissante, à valeurs dans . Elle réalise donc une bijection de sur , dont la réciproque est notée
Elle est continue, strictement croissante, et impaire.
Définition
Arccosinus. La restriction de à est continue et strictement décroissante, à valeurs dans . Sa réciproque est
continue et strictement décroissante. Elle n'est ni paire ni impaire, son ensemble de départ étant symétrique mais son ensemble d'arrivée ne l'étant pas.
Définition
Arctangente. La restriction de à est continue et strictement croissante, de limites et aux bornes : son image est tout entier. Sa réciproque est
continue, strictement croissante et impaire, avec
Le choix des restrictions n'est pas arbitraire, mais il n'est pas unique non plus. On choisit toujours l'intervalle le plus proche de sur lequel la fonction est strictement monotone et prend toutes ses valeurs : pour le sinus, pour le cosinus, faute de pouvoir centrer en un intervalle de monotonie du cosinus. C'est une convention universelle, mais c'est une convention : d'autres restrictions donneraient d'autres réciproques, tout aussi légitimes et incompatibles avec les tables.
Propriété
Les deux identités fondamentales, et leur portée exacte. Pour tout ,
En revanche, uniquement si , et uniquement si . Pour tout , , et uniquement si .
C'est la faute la plus fréquente sur ces fonctions, et elle vient d'une confusion sur le sens du mot « réciproque » : vaut sur l'ensemble de départ de la restriction, pas sur . Pour en dehors, il faut ramener dans le bon intervalle par la périodicité et les symétries, puis conclure. L'exercice 28 y consacre une question entière.
Pour l'arctangente, les valeurs à connaître sont , , et , les valeurs négatives s'en déduisant par imparité.
Propriété
Pour tout ,
Cette identité se démontre sans le moindre calcul de limite : on pose , on vérifie que appartient à , puis que son cosinus vaut , et l'injectivité de la restriction du cosinus conclut. La démonstration est demandée à l'exercice 27, en même temps que la construction complète des trois fonctions ; l'exercice 28 poursuit avec les identités et les équations, notamment , dont la valeur dépend du signe de et dont le cas négatif est un piège classique.
Remarque
Selon les facs. Le cosinus et le sinus hyperboliques figurent au premier semestre dans certaines maquettes et n'apparaissent qu'en deuxième année dans d'autres. Ils sont traités ici en une section courte, parce qu'ils fournissent le meilleur terrain d'application du théorème de la bijection : leurs réciproques ont une expression explicite avec des logarithmes, ce qui est rare et instructif.
Définition
Pour tout , on pose
La fonction est paire, et sont impaires, ce qui se lit sur les définitions en changeant en . Toutes trois sont continues sur comme sommes et quotients de fonctions continues, le dénominateur ne s'annulant jamais puisque .
Propriété
Relation fondamentale. Pour tout ,
Démonstration. En développant les carrés,
puisque .
En particulier pour tout réel , avec égalité si et seulement si , c'est-à-dire .
Monotonie, démontrée à la main. Soient . Alors
La croissance stricte de l'exponentielle donne , donc le premier terme est strictement positif ; elle donne aussi , donc le second l'est aussi. Ainsi est strictement croissante sur . Le même calcul, mené sur pour , montre que l'emporte sur dès que , car équivaut, après multiplication par , à , vrai puisque . Donc est strictement croissante sur , et strictement décroissante sur par parité.
Les limites se lisent sur les définitions : et quand , et pour la tangente hyperbolique, en écrivant puis en posant ,
La fonction est de plus strictement croissante sur , et cela se démontre à la main, sans invoquer aucune règle sur les quotients : il n'existe pas de théorème disant qu'un quotient de fonctions croissantes positives est croissant, comme le montre sur . On écrit
et l'on prend : la stricte croissance de l'exponentielle donne , donc, par passage à l'inverse entre réels strictement positifs, , d'où . Cette même écriture donne les valeurs : parcourt , donc parcourt , et est à valeurs dans . L'exercice 29 reprend ce calcul.
Propriété
Les réciproques. Le théorème de la bijection s'applique et donne :
Ces expressions logarithmiques ne sont pas des formules à retenir mais des résultats à savoir retrouver, et le chemin est toujours le même : on résout l'équation d'inconnue en posant , ce qui donne une équation du second degré en , dont une seule racine est strictement positive. L'exercice 29 fait ce calcul en entier pour et . C'est le seul endroit du chapitre où une fonction réciproque s'écrit explicitement, et cela mérite d'être remarqué : et n'ont, elles, aucune expression de ce genre.
Remarque
Selon les facs. La continuité uniforme et le théorème de Heine sont traités au premier ou au deuxième semestre à Rennes et à Lyon 1, et repoussés ailleurs au cours de topologie de deuxième année. Ils sont traités ici. Un avertissement s'impose sur un faux ami : la continuité uniforme d'une fonction d'une variable, dont il est question ici, n'a rien à voir avec la convergence uniforme d'une suite de fonctions, qui est un objet de deuxième année. Les deux notions portent le même adjectif pour la même raison — un paramètre qui ne dépend plus d'un point — mais elles ne parlent pas des mêmes objets.
Définition
Soit définie sur une partie de . On dit que est uniformément continue sur lorsque
Tout se joue dans la place de , et il faut lire les deux énoncés l'un sous l'autre pour le voir.
Propriété
Continuité sur , définition déroulée point par point :
Continuité uniforme sur :
Les deux formules ont les mêmes symboles ; seul l'ordre change, et il change tout. Dans la première, est introduit après : il a le droit d'en dépendre, et il en dépend presque toujours. Dans la seconde, est introduit avant et : un seul doit convenir pour toute la partie , uniformément, d'où le nom. C'est exactement l'écart entre « pour chaque point il existe une réponse » et « il existe une réponse valable pour tous les points », c'est-à-dire l'écart que le chapitre « Logique » décrit à propos de l'ordre des quantificateurs.
Il en résulte immédiatement que l'uniforme continuité entraîne la continuité : si un convient pour tous les points, il convient en particulier en chacun d'eux. La réciproque est fausse, et c'est tout l'intérêt de la notion.
Propriété
Négation. n'est pas uniformément continue sur lorsque
La négation fait apparaître deux points, et c'est sa signature. Là où nier une limite produisait un point, nier l'uniforme continuité produit un couple de points, aussi proches qu'on veut, dont les images restent écartées d'au moins . En prenant pour chaque entier , on en tire deux suites et de telles que et pour tout . Ce critère séquentiel est la forme sous laquelle on réfute en pratique, et il est démontré à l'exercice 30.
Exemple
L'exponentielle n'est pas uniformément continue sur . Posons , et soit . Notons , et considérons, pour un entier à choisir, les deux points et . Ils vérifient , et l'inégalité donne
La propriété d'Archimède fournit un entier tel que , puisque ; pour ce , les deux points conviennent. La négation est donc vérifiée : est continue sur sans y être uniformément continue.
L'explication tient en une phrase : le qui convient au voisinage de ne convient plus au voisinage de , parce que la fonction y varie infiniment plus vite. C'est le sens géométrique de la notion.
Définition
Soit définie sur et . On dit que est -lipschitzienne sur lorsque
Elle est dite lipschitzienne lorsqu'il existe un tel , appelé rapport.
Propriété
Toute fonction lipschitzienne sur est uniformément continue sur .
La démonstration tient en une ligne, et le est explicite : pour et donnés, le choix convient, puisque entraîne alors ; le cas est celui d'une fonction constante. Ce ne dépend pas du point, seulement de et de : c'est précisément l'uniformité, et c'est pour cela que les fonctions lipschitziennes sont le premier exemple qu'on donne.
Les majorations de la deuxième section disent donc que et sont -lipschitziennes sur , donc uniformément continues sur ; la valeur absolue aussi, par la seconde inégalité triangulaire.
Théorème
La hiérarchie. Sur une même partie :
et aucune des deux implications ne se renverse.
Les deux implications sont démontrées ci-dessus, chacune en une ligne. Ce qui demande du travail, ce sont les deux contre-exemples qui rendent les inclusions strictes.
L'exercice 31 ajoute un troisième étage, celui de la stabilité : la somme et la composée de deux fonctions uniformément continues le sont encore, mais le produit non, ce qui surprend et se démontre par un contre-exemple. Toutes ces questions s'y traitent à partir de la définition, jamais par un argument de calcul différentiel.
Théorème
Théorème de Heine. Toute fonction continue sur un segment y est uniformément continue.
C'est le dernier des grands théorèmes du chapitre, et le plus surprenant : une propriété locale, la continuité en chaque point, devient globale dès que l'ensemble de départ est fermé et borné. Il est utilisé un peu partout en analyse, souvent sans être nommé, et il est démontré à l'exercice 32.
Le plan de la démonstration, en trois phrases : on raisonne par l'absurde à partir du critère séquentiel de la négation, ce qui fournit deux suites et de telles que et ; le théorème de Bolzano-Weierstrass, acquis dans le chapitre « Suites réelles », extrait de une sous-suite convergente vers un point de ; et le point délicat est que la sous-suite correspondante de converge vers le même , puisque . La continuité de en donne alors deux suites images convergeant toutes deux vers , ce qui contredit l'écart persistant de .
L'hypothèse « segment » est indispensable, et l'exponentielle sur le montre déjà : sur elle est uniformément continue par Heine, sur elle ne l'est pas. Le résultat le plus fin dans cette direction est celui de l'exercice 33 : une fonction uniformément continue sur un intervalle ouvert borné se prolonge par continuité aux deux bornes, et la réciproque est vraie, ce qui donne une caractérisation complète. C'est la rencontre des deux dernières sections du chapitre, la continuité uniforme et le prolongement par continuité.
Ce chapitre n'a presque rien inventé. Tout ce qu'il démontre repose sur des acquis, et il faut savoir lesquels : c'est ce qui permet, devant une démonstration à refaire, de savoir quel outil aller chercher.
Ce qu'il doit au chapitre « Suites réelles ». L'axiome de la borne supérieure, d'abord, qui est la source unique : c'est lui qui donne le théorème de la limite monotone de la sixième section, et par là le corollaire sur les limites latérales, la classification des discontinuités, et la continuité de la fonction réciproque. La caractérisation de la borne supérieure par les donne le sup et l'inf d'une fonction, et la suite maximisante qui atteint le sup. Le théorème de Bolzano-Weierstrass donne le théorème des bornes atteintes et le théorème de Heine. Le théorème des segments emboîtés donne la démonstration du TVI par dichotomie. La propriété d'Archimède fournit les suites de pas qui apparaissent dans presque toutes les constructions. La densité de sert à démontrer que deux fonctions continues coïncidant sur sont égales.
Ce qu'il doit au chapitre « Logique, raisonnement, ensembles et applications ». L'ordre des quantificateurs et la négation d'un énoncé quantifié, sans lesquels la quatrième section et la douzième n'auraient pas de contenu. L'injectivité et la surjectivité, avec leurs phrases d'ouverture, qui sont la charpente du théorème de la bijection. L'image directe et l'image réciproque. La dénombrabilité de , qui donne le résultat sur les discontinuités d'une fonction monotone.
Ce qu'il leur rend. Trois dettes explicites sont soldées ici, et elles méritent d'être pointées, parce qu'un cours qui promet une démonstration pour plus tard doit tenir sa promesse.
Reste le fil rouge, et c'est peut-être la seule chose à ne pas oublier. Le chapitre « Suites réelles » descendait tout entier de l'axiome de la borne supérieure. Celui-ci descend, lui, de deux sources : cet axiome, transmis par le théorème de la limite monotone et par Bolzano-Weierstrass, et une définition, celle de la limite sur un voisinage épointé. La première fait exister les objets, la seconde dit ce qu'on a le droit de regarder. Tous les pièges du chapitre — le prolongement par continuité, l'hypothèse du théorème de composition, la différence entre limite et valeur — sortent de la seconde ; tous les grands théorèmes sortent de la première.
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. Une séance ciblée sur ce chapitre, et vous repartez au minimum avec une méthode.