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L1 maths · Chapitre 05
Borne supérieure, monotonie, suites bornées, définition quantifiée de la limite, théorèmes de comparaison et d'encadrement, suites monotones, suites adjacentes, suites extraites et théorème de Bolzano-Weierstrass, suites arithmético-géométriques et récurrentes linéaires, suites de Cauchy.
Ce chapitre est le premier où les mathématiques du supérieur se séparent vraiment de celles du lycée. Au lycée, une suite converge « parce qu'elle se rapproche de sa limite ». Ici, cette phrase ne vaut rien : il faudra écrire une inégalité, exhiber un rang, et démontrer. Le vocabulaire change peu, la nature du travail change complètement.
Deux fils traversent tout le chapitre, et il vaut mieux les connaître avant de commencer.
Le premier fil est mathématique : tout descend d'une seule propriété de . Cette propriété, l'axiome de la borne supérieure, tient en une ligne et sépare de . Le théorème de la limite monotone en découle, puis le théorème des suites adjacentes, puis celui des segments emboîtés, puis le théorème de Bolzano-Weierstrass, puis enfin le fait que toute suite de Cauchy de réels converge. Cinq théorèmes d'existence, une seule source. Un cours de première année qui les présente comme cinq recettes indépendantes rate l'essentiel.
Le second fil est un fil de rédaction. La difficulté d'un partiel de première année n'est presque jamais technique : les calculs y sont plus faciles qu'en terminale. Ce qui coûte des points, c'est l'ordre des quantificateurs, la phrase « il suffit de prendre assez grand », le contre-exemple qu'on ne pense pas à donner. Chaque grand théorème du chapitre est donc suivi d'un encadré Comment on rédige, qui montre la phrase exacte qu'un correcteur attend. Ils sont à lire comme du cours, pas comme des conseils.
Remarque
Ce chapitre et les autres. Il n'existe pas de programme national de licence : les contenus sont fixés par chaque université. Ce cours couvre le socle que l'on retrouve dans toutes les maquettes consultées, et signale par un encadré Selon les facs les notions qui, elles, varient d'un établissement à l'autre — les suites de Cauchy et les valeurs d'adhérence notamment, parfois traitées ici, parfois repoussées au cours de topologie. Elles sont traitées dans ce chapitre : mieux vaut lire une section qu'on retrouvera plus tard qu'ignorer une notion que votre voisin de TD connaît.
Les quantificateurs et les modes de raisonnement sont employés ici, pas fondés : ils le sont dans le chapitre de logique et de raisonnement. Les limites de fonctions et la continuité relèvent du chapitre correspondant, et l'on prendra soin, dans l'étude des suites récurrentes, d'admettre explicitement la continuité chaque fois qu'elle sert.
On suppose connues les règles de calcul sur les inégalités. Trois seulement seront utilisées sans arrêt, et une erreur sur l'une d'elles fait dérailler une copie entière.
Propriété
Soient , , , des réels.
On ne soustrait pas deux inégalités de même sens, et on ne multiplie deux inégalités entre elles que si tous les membres sont positifs. Ces deux fautes sont les plus fréquentes des premières semaines.
Définition
La valeur absolue d'un réel est . La distance de à est .
Propriété
Pour tous réels , et tout réel :
Le point 2 est la traduction qui servira le plus : une valeur absolue majorée, c'est un intervalle. Toute la définition de la limite repose dessus. Le point 4 sert dans l'autre sens, pour minorer une distance.
Démonstration de l'inégalité triangulaire. On part de et de la même double inégalité pour . En additionnant ces deux encadrements, il vient
ce qui est exactement, d'après le point 1, l'inégalité .
Pour la seconde, on écrit , d'où ; en échangeant les rôles de et on obtient , et les deux réunies donnent le résultat.
Définition
Soit une partie de et un réel.
Deux remarques qui décident de beaucoup d'exercices.
D'abord, un majorant n'est jamais unique : si majore , tout réel plus grand que aussi. Parler « du » majorant d'une partie n'a donc aucun sens. Le maximum, lui, est unique quand il existe : si et sont deux maximums, chacun majore et appartient à , donc et .
Ensuite, une partie majorée n'a pas forcément de maximum, et c'est là que tout le chapitre commence.
Exemple
Considérons , l'intervalle des réels vérifiant .
Le réel majore , ainsi que , ainsi que : la partie est majorée. Pourtant n'a pas de maximum. Supposons en effet que existe. Alors , donc , et le réel vérifie : il appartient à et dépasse , ce qui contredit le fait que majore .
La partie est donc majorée, sans maximum. Mais parmi tous ses majorants, occupe manifestement une place particulière : c'est le plus petit d'entre eux. C'est ce constat que la définition suivante transforme en outil.
Définition
Soit une partie de non vide et majorée. On appelle borne supérieure de , notée , le plus petit des majorants de , lorsqu'il existe.
De même, pour non vide et minorée, la borne inférieure est le plus grand des minorants de .
Autrement dit, est caractérisée par deux propriétés : c'est un majorant de , et aucun réel strictement plus petit n'en est un. La borne supérieure est unique quand elle existe, pour la même raison que le maximum : deux plus petits majorants se majorent mutuellement.
Propriété
Si admet un maximum, alors existe et . La réciproque est fausse : alors que n'a pas de maximum.
La formulation à retenir est celle-ci : la borne supérieure est un maximum qui n'a pas besoin d'être atteint. La question « est-elle atteinte ? » revient exactement à « appartient-elle à ? », et c'est une question à se poser à chaque fois.
Remarque
Les conventions d'écriture méritent d'être fixées une bonne fois.
Reste la question décisive : cette borne supérieure existe-t-elle toujours ? La réponse est non dans , oui dans , et c'est précisément ce qui définit .
Théorème
Axiome de la borne supérieure. Toute partie de non vide et majorée admet une borne supérieure dans .
Toute partie de non vide et minorée admet une borne inférieure dans .
Le second énoncé se déduit du premier : si est non vide et minorée, la partie est non vide et majorée, et l'on vérifie que .
Remarque
Pourquoi c'est un axiome, et pourquoi ne l'a pas. Considérons
Cette partie est non vide () et majorée par dans . Si elle admettait une borne supérieure dans , on montrerait que : ni ni ne peuvent tenir, car dans le premier cas on trouve un rationnel un peu plus grand encore dans , et dans le second un majorant rationnel plus petit. Or aucun rationnel n'a pour carré . Donc n'a pas de borne supérieure dans .
L'ensemble est troué, et l'axiome de la borne supérieure dit exactement que ne l'est pas. C'est de ce seul énoncé que sortiront tous les théorèmes d'existence de ce chapitre.
Remarque
Selon les facs. Certaines maquettes construisent (par les coupures de Dedekind, ou comme ensemble des suites de Cauchy de rationnels modulo les suites nulles) et démontrent alors la propriété de la borne supérieure. D'autres l'admettent comme axiome, ce que fait ce cours. Le résultat est le même, et le vocabulaire aussi : si votre cours dit « propriété de la borne supérieure » là où celui-ci dit « axiome », rien ne change dans les démonstrations qui suivent.
Telle qu'elle est écrite, la définition de est difficile à manipuler : « le plus petit des majorants » demande de comparer à tous les majorants. La caractérisation suivante la remplace partout.
Théorème
Caractérisation de la borne supérieure par les . Soit une partie non vide de et un réel. On a si et seulement si :
Démonstration. Supposons . Le point 1 est vrai puisque est un majorant. Pour le point 2, soit . Le réel est strictement plus petit que , donc ce n'est pas un majorant de (sinon ne serait pas le plus petit) : il existe donc tel que .
Réciproquement, supposons les points 1 et 2 vérifiés. Le point 1 dit que majore . Soit un autre majorant de et supposons . En appliquant le point 2 à , on obtient un vérifiant , ce qui contredit le fait que majore . Donc tout majorant vérifie : le réel est bien le plus petit des majorants.
L'énoncé symétrique pour la borne inférieure s'écrit : si et seulement si minore et .
Méthode
Comment on rédige la démonstration de . En deux temps, toujours annoncés.
Premier temps, la majoration. « Soit . » Puis on établit par le calcul. On conclut : « donc est un majorant de ».
Second temps, l'approche. « Soit . » Puis on exhibe un élément de tel que — soit en le construisant à partir de , soit en montrant qu'il existe. On conclut : « donc aucun réel ne majore ».
Conclusion. « D'après la caractérisation de la borne supérieure, . »
Variante fréquente et plus rapide : si l'on trouve un élément de égal à , on a trouvé le maximum, et on conclut directement . Ce raccourci n'est disponible que si la borne est atteinte.
Exemple
Montrons que pour .
Majoration. Soit : il s'écrit pour un certain . Comme , on a , donc . Ainsi majore .
Approche. Soit . Cherchons tel que , c'est-à-dire , c'est-à-dire . Un tel entier existe (nous le démontrerons juste après, c'est la propriété d'Archimède) : notons-le . L'élément appartient à et vérifie .
Conclusion. . Cette borne n'est pas atteinte : aucun ne donne , donc n'a pas de maximum.
Et la borne inférieure ? Le plus petit élément de est obtenu pour , soit , et il appartient à : donc , cette fois atteinte.
Théorème
Propriété d'Archimède. Pour tout réel , il existe un entier naturel tel que .
Autrement dit, n'est pas majoré dans .
Démonstration. Raisonnons par l'absurde et supposons majoré dans . Comme est non vide, l'axiome de la borne supérieure lui associe un réel .
Appliquons la caractérisation par les avec : il existe un entier tel que . Alors est encore un entier naturel, et . C'est absurde, puisque majore .
Cette démonstration est un modèle : elle montre comment un énoncé qui semble évident se déduit de l'axiome, et elle réutilise la caractérisation par les avec une valeur de choisie, ici . Rien n'oblige à être petit.
Propriété
Deux conséquences immédiates, employées en permanence.
Le premier point s'obtient en appliquant la propriété d'Archimède à , le second à .
Définition
Soit . La partie entière de , notée , est l'unique entier relatif vérifiant
L'existence repose sur la propriété d'Archimède : l'ensemble des entiers relatifs inférieurs ou égaux à est non vide et majoré par , donc il admet un plus grand élément, et c'est . L'unicité vient de ce que deux entiers distincts diffèrent d'au moins .
Propriété
Encadrement fondamental. Pour tout réel ,
C'est la double inégalité de la définition, réécrite. Sous cette forme, elle dit que vaut à moins de près, et c'est ce qui la rend utilisable dans un théorème d'encadrement : divisée par , l'erreur devient négligeable.
Remarque
Attention à , et non : la partie entière est le plus grand entier inférieur ou égal, pas la troncature. Sur les négatifs, la troncature et la partie entière diffèrent.
Définition
Une partie de est dense dans lorsque tout intervalle ouvert non vide de contient au moins un élément de . De façon équivalente :
Théorème
est dense dans , et aussi.
Démonstration pour . Soient deux réels. Comme , la propriété d'Archimède fournit un entier tel que , c'est-à-dire .
Posons , et considérons le rationnel . L'encadrement fondamental donne , donc, en divisant par ,
Le rationnel vérifie donc .
Pour les irrationnels, on applique ce qui précède à l'intervalle : il contient un rationnel , et est alors un irrationnel de . Il est irrationnel car, s'il était rationnel, serait différence de deux rationnels, donc rationnel.
Méthode
Reconnaître le geste. Les trois démonstrations qui précèdent — Archimède, partie entière, densité — suivent le même schéma, qu'il faut savoir refaire seul :
Le point 4 est le vrai ressort : une erreur bornée devient négligeable après division par un entier qu'on choisit grand. C'est déjà, en germe, tout le mécanisme des .
Définition
Une suite réelle est une application . L'image de l'entier se note et non : c'est le terme de rang . La suite elle-même se note , ou simplement .
Une suite peut n'être définie qu'à partir d'un rang ; on écrit alors , comme pour , qui n'a de sens que pour .
Les parenthèses ne sont pas décoratives : est la suite, un objet unique, quand est un réel. On écrit donc « la suite est croissante », jamais « la suite ». Un troisième objet interviendra souvent, l'ensemble des valeurs , partie de à laquelle s'applique le vocabulaire de la section précédente, et qui oublie l'ordre comme les répétitions : la suite de terme général n'a que pour ensemble de valeurs.
Trois modes de définition. Une suite est définie de façon explicite quand est donné par une formule en , comme , ce qui permet de calculer sans connaître les autres termes. Elle est définie par récurrence quand on donne son premier terme et une relation qui fabrique chaque terme à partir du précédent, comme et . Elle est définie de façon implicite quand est l'unique solution d'une équation dépendant de , par exemple l'unique réel positif vérifiant ; ce dernier mode réclame les outils du chapitre sur les fonctions et ne sera pas employé ici.
Définition
Soit une suite réelle.
Ces définitions sont à savoir écrire en symboles, dans cet ordre exact, car l'ordre des quantificateurs y est déjà décisif. Dans « majorée », un seul réel doit convenir pour tous les rangs ; l'énoncé obtenu en inversant les deux quantificateurs, , est vrai pour n'importe quelle suite, puisqu'il suffit de prendre à chaque rang. Une inversion transforme une propriété intéressante en tautologie.
Le lien avec la partie précédente est immédiat : est majorée si et seulement si son ensemble de valeurs est une partie majorée de , auquel cas l'axiome de la borne supérieure fournit .
Propriété
Une suite est bornée si et seulement si la suite est majorée, autrement dit s'il existe un réel tel que
Démonstration. Si pour tout , la caractérisation des valeurs absolues rappelée au début du chapitre donne : la suite est majorée par et minorée par . Réciproquement, si pour tout , posons : alors , donc .
Cette propriété remplace deux inégalités par une seule, portant sur une quantité positive. Toutes les démonstrations du chapitre l'utilisent.
Définition
Une propriété portant sur les entiers est vraie à partir d'un certain rang, ou pour assez grand, lorsque
Cette locution est partout dans le chapitre, et elle n'a pas le même effet sur toutes les notions.
Elle ne change rien à la convergence. La définition de la limite, écrite dans la section suivante, ne parle elle-même que de ce qui se passe à partir d'un certain rang : modifier, supprimer ou ajouter un nombre fini de termes ne change ni le fait qu'une suite converge, ni sa limite. On peut donc travailler indifféremment avec ou , et il en va de même du caractère borné.
Elle change tout à la monotonie. Une suite croissante à partir du rang n'est pas croissante, et écrire le contraire est une faute. Prenons et pour : la suite est strictement croissante à partir du rang , mais . La bonne rédaction énonce donc la propriété avec son rang. Les théorèmes qui utilisent la monotonie, comme celui de la limite monotone, s'accommodent de cette version affaiblie, à condition qu'elle soit écrite telle quelle.
Méthode
Deux techniques, et le critère de choix entre les deux.
Le signe de la différence. On calcule et on étudie son signe : positif pour tout , la suite est croissante. C'est la technique par défaut, et la seule disponible si les termes changent de signe.
La comparaison du quotient à . Elle exige une suite à termes strictement positifs : on calcule et on le compare à ; supérieur ou égal à pour tout , la suite est croissante. On passe au quotient quand est un produit, une puissance ou une factorielle, car les simplifications y sont massives ; on reste à la différence quand est une somme.
Attention. L'hypothèse n'est pas décorative : si était négatif, multiplier par renverserait l'inégalité et conclurait à l'inverse de la vérité. La rédaction commence donc toujours par la vérification de la stricte positivité.
Exemple
Par la différence. Pour , on a , quantité négative pour et positive pour : la suite n'est pas monotone, mais elle est croissante à partir du rang .
Par le quotient. Pour avec , tous les termes sont strictement positifs et
Or équivaut à , c'est-à-dire , vrai pour tout : la suite est décroissante.
Nous arrivons au point central du chapitre, et à la seule définition qu'il faut savoir écrire sans hésiter, dans l'ordre, au caractère près.
Définition
Soit une suite réelle et un réel. On dit que converge vers , et l'on écrit ou , lorsque
Une suite est convergente lorsqu'il existe un réel vers lequel elle converge, divergente dans le cas contraire.
Cette ligne se lit de gauche à droite, bloc par bloc, et chaque objet introduit peut dépendre de ceux qui le précèdent, jamais de ceux qui le suivent.
Mis bout à bout : quelle que soit la fenêtre tracée autour de , aussi étroite soit-elle, la suite finit par y entrer et n'en ressort plus. La formule du lycée, « elle se rapproche de », ne fixait ni la fenêtre, ni le rang d'entrée, ni le fait qu'on n'en ressort jamais.
Sur la figure, la bande grisée est une fenêtre horizontale centrée sur la limite : à gauche du rang les termes font ce qu'ils veulent, à droite ils y sont tous, et c'est exactement le contenu de la définition. La double flèche mesure la hauteur de cette fenêtre ; la fenêtre de la définition est celle dont la hauteur vaut .
Remarque
Pourquoi et donnent la même notion. Si la définition est vérifiée avec des inégalités larges, il suffit de l'appliquer à pour obtenir , la réciproque étant évidente. Le même argument montre qu'aboutir à démontre tout aussi bien la convergence : mieux vaut le savoir que se battre pour tomber sur exactement.
Théorème
Une suite réelle admet au plus une limite : si et , alors .
C'est ce théorème qui autorise l'article défini et la notation : sans lui, écrire « la limite de » n'aurait pas de sens.
Démonstration. Raisonnons par l'absurde en supposant . La quantité est alors strictement positive, ce qui autorise à poser
Ce choix est licite : la définition s'applique à tout réel strictement positif, y compris à un réel fabriqué à partir de et .
Comme , il existe un rang tel que pour ; comme , il existe un rang tel que pour . Ces deux rangs n'ont aucune raison d'être égaux : on pose , de sorte que les deux inégalités soient vraies en même temps dès que .
Fixons un tel . L'inégalité triangulaire, appliquée à , donne
En retranchant aux deux membres, il vient , donc , donc : c'est la contradiction cherchée.
Deux gestes reviennent partout : choisir soi-même un adapté, ici le tiers de l'écart entre les deux limites supposées, et prendre le maximum de deux rangs.
Méthode
Le squelette exact d'une démonstration de limite par la définition. Il ne varie jamais.
Attention. La copie ne contient que la vérification, jamais la recherche. C'est déroutant au début, parce que le rang semble sorti du chapeau ; c'est pourtant la seule rédaction correcte, et la plus courte. Le brouillon sert à trouver , la copie à prouver qu'il convient — et n'a jamais à être le plus petit possible.
Exemple
Le modèle, entièrement rédigé. Montrons que la suite définie par converge vers .
Au brouillon. On calcule la distance à la limite supposée :
donc . On veut , c'est-à-dire , c'est-à-dire . Il suffit donc de prendre un entier vérifiant : la propriété d'Archimède garantit qu'un tel entier existe, et l'encadrement fondamental de la partie entière en fournit un explicitement, , puisque donne . Fin du brouillon.
Sur la copie. Soit . Posons , entier naturel puisque . Soit . D'après l'encadrement fondamental de la partie entière,
et comme les deux membres sont strictement positifs, le passage à l'inverse renverse l'inégalité :
Ainsi, pour tout , il existe un rang à partir duquel : la suite converge vers .
La copie fait cinq lignes, et c'est le brouillon qui contenait toute l'intelligence du calcul. Notons que tout commence par une mise au même dénominateur : c'est le premier geste dans neuf cas sur dix, parce que la définition porte sur et non sur .
Le même travail, mené sur , donne le résultat de référence , avec le rang . Nous l'emploierons désormais sans le redémontrer, de même que la convergence d'une suite constante vers sa valeur.
Une suite qui n'est pas convergente est dite divergente, et ce seul mot recouvre deux comportements sans rapport : une suite peut diverger en tendant vers l'infini, comme , ou diverger sans avoir de limite du tout, comme , qui reste bornée mais oscille indéfiniment. « La suite diverge » n'est donc jamais synonyme de « la suite tend vers ». Réciproquement, le mot convergent est réservé aux limites finies : d'une suite tendant vers , on dit qu'elle « diverge vers ».
Définition
Soit une suite réelle.
La structure est rigoureusement celle de la convergence : un défi, un rang qui en dépend, puis tous les termes à partir de ce rang. Seul le défi a changé de nature — au lieu d'une tolérance qu'on veut petite, un seuil qu'on veut grand. L'unicité s'étend à ces limites : on parle là encore de la limite, dans .
Théorème
Toute suite convergente est bornée.
Démonstration. Soit une suite convergeant vers . La définition vaut pour tout , donc en particulier pour : il existe un rang tel que pour tout . Pour un tel , l'inégalité triangulaire appliquée à donne
Les termes de rang strictement inférieur à sont en nombre fini : l'ensemble est une partie finie de , non vide quitte à remplacer par , donc il admet un plus grand élément. Posons
Alors pour tout entier , que soit inférieur ou supérieur à : d'après la propriété établie plus haut, la suite est bornée.
Cette démonstration est le prototype d'un raisonnement en deux zones : la queue de la suite est contrôlée par la limite, le début par un maximum sur un ensemble fini. Retenons surtout qu'on a le droit de fixer quand on utilise la définition, alors qu'on doit le recevoir quand on la démontre.
Remarque
La réciproque est fausse. La suite de terme général vérifie pour tout : elle est bornée, et pourtant elle ne converge pas, comme le démontre la section suivante. Être bornée est une condition nécessaire de convergence, jamais suffisante. Sous forme contraposée, le théorème devient un outil de divergence commode : une suite non bornée ne converge pas, ce qui règle en une ligne le cas de .
Propriété
Toute suite stationnaire est convergente.
En effet, si pour tout , alors pour tout le rang convient, puisque dès que . La réciproque est fausse : sans qu'aucun terme ne vaille .
Savoir écrire une définition est une chose, savoir écrire sa négation en est une autre, et c'est là que se joue une part considérable des points d'un partiel de première année. Montrer qu'une suite converge et montrer qu'elle ne converge pas sont deux exercices de rédaction différents.
La règle est mécanique : on parcourt l'énoncé de gauche à droite, chaque devient , chaque devient , l'ordre est conservé, et l'inégalité finale est niée.
Propriété
La suite ne converge pas vers signifie
La suite ne converge pas, c'est-à-dire diverge, signifie
En français. Il existe une tolérance , strictement positive et fixée une fois pour toutes, telle que, aussi loin qu'on aille dans la suite, on trouve encore un terme dont la distance à dépasse . Le second énoncé ajoute que cela vaut pour tout réel , la tolérance ayant le droit de changer avec lui puisqu'elle est introduite après.
Les rôles se sont inversés. Dans la définition, était imposé et à construire ; dans la négation, c'est qu'on choisit, une seule valeur bien choisie suffisant, et qui est imposé. Une démonstration de non-convergence commence donc par « Posons », là où une démonstration de convergence commence par « Soit ». Notons aussi que la négation de est , avec une inégalité stricte.
« » veut dire « il y a une infinité de rangs ». C'est la traduction la plus utile de ce paragraphe. Si les rangs vérifiant étaient en nombre fini, il suffirait de prendre strictement supérieur au plus grand d'entre eux pour qu'aucun ne convienne. Nier « à partir d'un certain rang, tous les termes sont dans la fenêtre », ce n'est donc pas « un terme sort de la fenêtre » : c'est des termes en sortent à des rangs arbitrairement grands.
Méthode
Comment on rédige qu'une suite ne converge pas. Quatre étapes, et un piège.
Le piège. Exhiber un terme éloigné de ne démontre rien : une suite peut avoir mille termes à distance de sa limite et converger quand même. Il faut des rangs arbitrairement grands, donc un rang construit à partir du imposé.
Variante par l'absurde. On peut aussi supposer , appliquer la définition à un bien choisi et aboutir à une contradiction numérique : c'est souvent plus court, et c'est le même raisonnement.
Exemple
La suite de terme général ne converge vers aucun réel.
Soit , et supposons par l'absurde que , où . Appliquons la définition à : il existe un rang tel que pour tout . Les entiers et sont tous deux supérieurs ou égaux à , l'inégalité vaut donc pour eux. Or et , donc , et l'inégalité triangulaire appliquée à donne
c'est-à-dire , ce qui est faux. L'hypothèse était donc absurde, et comme était quelconque, la suite ne converge vers aucun réel.
Deux détails font la démonstration. D'abord, c'est l'écart entre deux termes de la suite qui produit la contradiction, et cet écart ne dépend pas de la limite supposée. Ensuite, n'est pas un hasard : il fallait une fenêtre trop étroite pour contenir à la fois et , et n'importe quel aurait fonctionné.
Remarque
Quatre phrases qui coûtent des points.
« Il suffit de prendre assez grand. » Assez grand par rapport à quoi, et à partir de quel rang ? La définition réclame un entier , explicite ou dont l'existence est justifiée par un théorème nommé. Cette phrase est le résumé d'une démonstration, pas une démonstration : elle ne contient aucune information vérifiable.
« Quand tend vers l'infini, . » Il n'existe aucun terme de rang , la suite étant indexée par . Une suite n'atteint pas sa limite : elle peut la prendre pour valeur, comme une suite constante, mais rien ne l'y oblige, et ne vaut jamais . La convergence est une propriété de la suite entière, pas la valeur d'un terme situé au bout.
« Posons », écrit avant d'avoir vu . Le rang doit dépendre de la tolérance, l'ordre des quantificateurs l'impose ; un rang fixé à l'avance ne peut convenir que pour certains . La démonstration est alors fausse même si le résultat est vrai, et c'est le cas qui coûte le plus cher : le correcteur y lit que la définition n'est pas comprise.
« n'est pas croissante, donc elle est décroissante. » Fausse alternative. La négation de est : un seul rang où la suite descend, ce qui n'a rien à voir avec « elle descend à tous les rangs ». La suite de terme général n'est ni croissante ni décroissante, comme l'immense majorité des suites.
Les démonstrations par la définition sont formatrices, mais on ne les refait pas à chaque calcul : le théorème suivant permet de traiter la plupart des limites par assemblage, à partir de quelques limites de référence.
Théorème
Soient et deux suites convergentes, de limites respectives et , et un réel. Alors :
Le point 4 contient un résultat souvent passé sous silence : une suite de limite non nulle ne s'annule pas à partir d'un certain rang. En appliquant la définition à , on obtient un rang à partir duquel la seconde inégalité triangulaire donne : c'est la justification à écrire chaque fois qu'un dénominateur pourrait s'annuler. Quant au point 5, il n'admet de réciproque que pour ; ailleurs elle est fausse, puisque alors que la suite ne converge pas.
Démonstration du point 1, la somme. Soit . La quantité est un réel strictement positif : la définition de la limite s'y applique donc, exactement comme à .
Puisque , il existe tel que pour ; puisque , il existe tel que pour . Posons et soit : les deux inégalités sont alors vraies simultanément. En écrivant , l'inégalité triangulaire donne
Ainsi, pour tout , il existe un rang à partir duquel l'écart est inférieur à : la suite converge vers .
Le fameux « sur deux » n'a rien de magique : deux erreurs sont à contrôler, on demande à chacune la moitié du budget, et la somme tient dans le budget. Les autres points suivent le même schéma, en écrivant la quantité à majorer sous une forme qui fait apparaître et . La seule difficulté supplémentaire est le produit, où l'on part de : le facteur doit y être majoré, ce qui est possible parce qu'une suite convergente est bornée.
Propriété
Opérations avec des limites infinies, établies par les mêmes démonstrations, avec un seuil à la place de la tolérance .
Hors des cas couverts par ces énoncés, quatre situations échappent à tout théorème général.
a. : différence de deux suites tendant vers .
b. : produit d'une suite de limite nulle par une suite de limite infinie.
c. : quotient de deux suites de limite infinie.
d. : quotient de deux suites de limite nulle.
Une forme indéterminée n'est pas une absence de limite, c'est une absence de conclusion immédiate. Le théorème des opérations ne s'applique pas, voilà tout ce qui est dit. Les trois suites , et relèvent toutes de la forme , et leurs comportements sont respectivement limite , limite , aucune limite. Écrire « c'est une forme indéterminée » n'est donc jamais une conclusion, mais l'annonce d'un travail : transformer l'expression jusqu'à retomber sur un cas connu.
Théorème
Passage à la limite dans une inégalité. Soient et deux suites convergentes, de limites et . Si à partir d'un certain rang, alors .
Démonstration. Raisonnons par l'absurde en supposant , et posons . Comme , il existe tel que pour ; comme , il existe tel que pour . Notons enfin un rang à partir duquel , et posons .
Soit : les trois informations sont disponibles en même temps, et comme , il vient
c'est-à-dire , en contradiction avec . L'hypothèse est donc absurde.
Propriété
Cas particulier constamment utilisé, obtenu avec une suite constante : si et si à partir d'un certain rang, alors ; si à partir d'un certain rang, alors .
Remarque
L'inégalité stricte ne passe pas à la limite. Posons et pour : on a pour tout , et pourtant les deux suites convergent vers . La conclusion est , certainement pas .
Autrement dit, le passage à la limite ne rend jamais une inégalité plus forte, il peut la rendre plus faible. C'est l'une des erreurs les plus fréquentes des copies de première année, d'autant plus tentante que la conclusion écrite est souvent vraie — mais elle l'est alors pour une autre raison, qu'il faut donner.
Les théorèmes précédents supposaient la convergence connue. Ceux de cette section font mieux : ils la démontrent, à partir d'inégalités. C'est ce qui en fait les outils les plus employés du chapitre.
Théorème
Théorème d'encadrement, dit « des gendarmes ». Soient , et trois suites telles que à partir d'un certain rang. Si et convergent vers la même limite , alors converge et sa limite est .
Attention. Ce théorème affirme deux choses, et c'est la première qui compte : l'existence de la limite de , qui n'est pas supposée, puis sa valeur. Il ne faut donc jamais commencer une rédaction par « soit la limite de » : c'est ce qu'on cherche à établir.
Démonstration. Notons un rang à partir duquel l'encadrement est vérifié, et soit . Comme , il existe tel que pour , et l'on ne retient de cette inégalité que sa moitié gauche, . Comme , il existe de même tel que pour .
Posons et soit . En enchaînant les trois informations,
donc d'après la caractérisation des valeurs absolues. Ceci valant pour tout , la suite converge vers .
Chacune des deux hypothèses n'a servi qu'à moitié : de on n'a gardé que la minoration, de que la majoration. Une seule mâchoire ne conclut jamais : de avec , on ne peut rien déduire sur , qui peut très bien tendre vers .
Théorème
Théorèmes de comparaison pour les limites infinies. Soient et telles que à partir d'un certain rang.
La démonstration reprend celle de l'encadrement, avec un seuil à la place de et une seule mâchoire au lieu de deux. Retenons le sens des inégalités, seule chose qu'on puisse confondre : pour pousser une suite vers on la minore, pour la pousser vers on la majore.
Théorème
Majoration de la distance à la limite. Soient une suite, un réel et une suite telle que à partir d'un certain rang, avec . Alors .
Démonstration. L'hypothèse fournit l'encadrement à partir d'un certain rang ; les deux suites encadrantes convergent vers d'après le théorème des opérations, donc par encadrement.
C'est l'outil le plus employé du chapitre, et de loin. Il faut en comprendre l'économie : on n'encadre pas , on majore sa distance à par une suite dont on sait qu'elle tend vers , et cette majoration n'a même pas besoin d'être fine. Deux cas particuliers reviennent sans cesse : si avec , alors ; et si est bornée et si , alors , puisque entraîne . Ce dernier point conclut instantanément pour , où le théorème des opérations est inapplicable puisque n'a pas de limite.
Un premier résultat sert de mètre étalon, et la partie consacrée aux suites géométriques y reviendra.
Propriété
Limite d'une suite géométrique. Si , alors . Si , alors . Si la suite est constante, et si elle n'a pas de limite.
Pour , on écrit avec : l'inégalité de Bernoulli, pour , démontrée par récurrence plus loin dans ce chapitre, au paragraphe sur les suites géométriques, donne , et le théorème de comparaison conclut. Pour , on applique ce résultat à , d'où par passage à l'inverse, puis .
Théorème
Croissances comparées. Soient , et des réels. Alors
En une phrase : le logarithme est battu par toute puissance, toute puissance est battue par toute exponentielle de raison strictement supérieure à , l'exponentielle est battue par la factorielle, et la factorielle est battue par . Chaque comparaison vaut quels que soient les exposants — finit par être négligeable devant — mais le rang à partir duquel cela se voit est repoussé très loin, ce qui rend toute vérification numérique trompeuse. La première limite relève des outils du chapitre sur les fonctions, où le logarithme est construit, et on l'admet ici ; les trois autres reposent sur le lemme suivant.
Propriété
Critère du rapport (lemme). Soit une suite à termes strictement positifs dont la suite des rapports converge vers un réel vérifiant . Alors .
Démonstration, en trois lignes assumées comme telles — l'exercice qui lui est consacré détaille chacune d'elles. On choisit un réel tel que , puis on applique la définition de la limite du rapport avec : il existe un rang tel que , donc , pour tout . Une récurrence immédiate donne pour . Comme , ce majorant tend vers , et le théorème d'encadrement conclut.
Ces trois lignes contiennent le ressort de toute la section : un rapport qui reste sous un seuil à partir d'un certain rang impose à la suite une décroissance au moins géométrique. La condition est essentielle, puisque doit pouvoir se glisser strictement entre et ; lorsque le rapport tend vers , le critère ne dit rien.
Démonstration de . Posons pour : tous les termes sont strictement positifs. Le rapport de deux termes consécutifs vaut
La suite de terme général converge vers , et l'élévation à la puissance conserve cette limite : c'est immédiat par le théorème des opérations lorsque est entier, et l'on admet ici la continuité de pour réel quelconque, question qui relève du chapitre sur les fonctions. Le rapport converge donc vers .
Comme , on a : les hypothèses du critère du rapport sont vérifiées avec . Concrètement, le lemme fournit un réel tel que et un rang à partir duquel : la suite est écrasée par une géométrique de raison , qui tend vers , et le théorème d'encadrement donne .
La même méthode donne les deux dernières limites du théorème, et c'est un bon entraînement que de la refaire : le rapport de deux termes consécutifs de vaut , qui tend vers .
Méthode
Factoriser le terme dominant.
Dans un quotient. On repère, en haut et en bas, le terme qui pousse le plus vite d'après la hiérarchie des croissances comparées. On le met en facteur au numérateur et au dénominateur, on simplifie, et l'on obtient un quotient dont les deux termes ont une limite, celle du dénominateur étant non nulle : le théorème des opérations s'applique alors.
Dans une différence de la forme . On met le terme dominant en facteur ou, s'il s'agit d'une différence de racines carrées, on multiplie et divise par la quantité conjuguée : l'identité transforme une différence indéterminée en un quotient qui ne l'est plus.
Attention. La factorisation n'est licite que pour non nul, ce qu'il faut annoncer, et la conclusion n'est valide que si le facteur restant au dénominateur a une limite non nulle. C'est le seul point de rigueur de la méthode, et celui qu'on oublie.
Exemple
Un quotient de polynômes. Soit . Numérateur et dénominateur tendent vers : la forme est indéterminée. Pour , mettons en facteur en haut et en bas, puis simplifions :
Le numérateur tend vers et le dénominateur vers , limite non nulle : d'après le théorème des opérations, .
Une différence de racines. Soit . Les deux racines tendent vers et aucune factorisation évidente ne s'impose : multiplions donc par la quantité conjuguée, qui est strictement positive.
Le dénominateur tend vers , donc : la différence de deux quantités qui deviennent immenses tend vers , illustration nette de ce qu'une forme indéterminée ne présume de rien.
Jusqu'ici, démontrer qu'une suite converge supposait de connaître sa limite : la définition quantifiée porte sur , et l'on ne peut pas écrire cette quantité sans candidat . Le théorème qui suit casse ce cercle. Il affirme l'existence d'une limite à partir de deux propriétés qui, elles, se lisent directement sur la suite : la monotonie et une majoration. Et il ne sort pas de nulle part : c'est l'axiome de la borne supérieure, transporté des parties de aux suites.
Théorème
Théorème de la limite monotone. Soit une suite réelle, et soit
l'ensemble de ses valeurs.
Les quatre cas se résument en une phrase, à connaître sous cette forme : toute suite monotone admet une limite, finie si elle est bornée du bon côté, infinie sinon. Une suite monotone ne peut donc pas osciller.
Démonstration du cas 1. Supposons croissante et majorée.
Premier temps : l'objet existe. L'ensemble est non vide, puisqu'il contient . Il est majoré : dire que la suite est majorée, c'est dire qu'il existe un réel tel que pour tout , et c'est exactement dire que majore . L'axiome de la borne supérieure s'applique donc : le réel existe. À ce stade nous n'avons rien démontré sur la suite, nous avons seulement fabriqué le candidat limite, et c'est l'axiome qui nous l'a donné.
Deuxième temps : ce candidat est bien la limite. Soit .
Par la caractérisation de la borne supérieure par les , il existe un élément de tel que . Or les éléments de sont les valeurs de la suite : cet s'écrit pour un certain entier . Nous disposons donc d'un rang tel que .
C'est ici que la monotonie entre en jeu. Soit . La suite étant croissante, une récurrence immédiate donne . Par ailleurs majore , donc . En réunissant les deux :
Cet encadrement donne , donc .
Conclusion. Pour tout , il existe un rang tel que, pour tout , . C'est mot pour mot la définition de la convergence : .
Cette démonstration est le modèle de tout le chapitre, et il faut en retenir l'ordre des choix : on se donne d'abord, le rang est fabriqué ensuite à partir de , et l'on prend en dernier. Une copie qui annonce son avant son démontre autre chose, souvent quelque chose de faux.
Démonstration du cas 2. Supposons croissante et non majorée, et soit un réel quelconque. Puisque la suite n'est pas majorée, n'est pas un majorant de : il existe donc un rang tel que . Par croissance, pour tout , on a . Ainsi, pour tout réel , il existe un rang à partir duquel tous les termes dépassent : c'est la définition de .
Les cas 3 et 4 se déduisent des deux premiers sans calcul nouveau. Si est décroissante et minorée, la suite est croissante et majorée, donc elle converge vers ; en repassant aux opposés, et en utilisant vu au début du chapitre, on obtient que converge vers . Le cas 4 se traite de même.
Remarque
Le théorème donne l'existence, il ne calcule pas la limite. C'est le contresens le plus coûteux du chapitre, et il apparaît chaque année sous la même forme : « la suite est croissante et majorée par , donc elle tend vers ». C'est faux.
Le théorème affirme que la limite existe et vaut , c'est-à-dire le plus petit des majorants de l'ensemble des valeurs. Le majorant que vous avez trouvé, lui, est un majorant quelconque, sorti de vos majorations, et il n'y a aucune raison qu'il soit le plus petit.
Prenons pour . Cette suite est croissante et majorée par : le cas 1 s'applique, elle converge. Mais sa limite vaut , pas . On peut d'ailleurs la majorer aussi par , par , par : tous ces majorants sont corrects, un seul est la limite, et c'est le plus petit d'entre eux. Il arrive très souvent qu'on ne sache pas calculer cette limite avec les outils de la première année ; savoir qu'elle existe est déjà un résultat, et c'est parfois le seul disponible.
Méthode
Comment on rédige. La phrase attendue par un correcteur tient en une ligne, et elle comporte trois éléments : la monotonie, la majoration avec le majorant explicite, et le nom du théorème.
« La suite est croissante et majorée par , donc d'après le théorème de la limite monotone elle converge vers une limite , et . »
Pourquoi on a le droit d'écrire . Parce que pour tout est une inégalité large, et que le passage à la limite conserve les inégalités larges. On applique un théorème connu, on ne devine pas.
Pourquoi on n'a pas le droit d'écrire . Parce que est un majorant, et que la limite est le plus petit des majorants. Écrire reviendrait à affirmer que la majoration trouvée était optimale, ce que rien dans la démonstration ne dit. Et « la suite tend vers son majorant » n'a même pas de sens : un majorant n'est jamais unique.
Enfin, la monotonie n'a besoin d'être vraie qu'à partir d'un certain rang : si est croissante pour et majorée, on applique le théorème à , ce qui ne change ni la nature ni la valeur de la limite.
Exemple
Soit . On a , donc est croissante ; et donne, par la formule de la somme géométrique établie plus loin dans ce chapitre, . La suite est croissante et majorée par , donc elle converge vers une limite , qu'on ne sait pas calculer ici : la question était l'existence, elle est réglée.
Le théorème de la limite monotone fournit une limite, mais aucune information sur sa position : on sait seulement qu'elle est sous le majorant. Les suites adjacentes réparent ce défaut : elles donnent l'existence d'un réel et un encadrement de ce réel, aussi fin qu'on veut.
Définition
Deux suites réelles et sont dites adjacentes lorsque :
Théorème
Théorème des suites adjacentes. Si et sont adjacentes, alors elles convergent toutes les deux vers une même limite , et
Démonstration.
Premier temps : on montre que pour tout . C'est l'étape que les copies sautent, en la croyant contenue dans les hypothèses. Elle n'y est pas : rien dans la définition ne dit dans quel ordre sont les deux suites, il faut le démontrer.
Posons . Alors
puisque le premier terme est négatif ou nul ( décroît) et le second positif ou nul ( croît). La suite est donc décroissante, et par hypothèse . Supposons par l'absurde qu'il existe un rang tel que . Par décroissance, pour tout ; en passant à la limite dans cette inégalité large, on obtient , ce qui contredit . Donc pour tout , c'est-à-dire .
Deuxième temps : les deux suites convergent. Pour tout , la décroissance de donne : la suite est croissante et majorée par , donc elle converge vers un réel par le théorème de la limite monotone. Symétriquement, , donc est décroissante et minorée par : elle converge vers un réel .
Troisième temps : les deux limites sont égales. Par les opérations sur les limites, . Or , et la limite d'une suite est unique : donc .
Quatrième temps : l'encadrement. Fixons . Pour tout , la croissance donne ; en passant à la limite quand dans cette inégalité large, à fixé, on obtient . Le même raisonnement sur donne .
La rédaction attendue annonce les trois vérifications dans l'ordre — « est croissante », « est décroissante », « » — avant de conclure par le nom du théorème. Attention à la troisième : c'est bien , et pas « les deux suites convergent », qui est une conclusion du théorème et non une hypothèse. Sans elle, deux suites monotones bornées convergent, mais vers des limites différentes : et .
Remarque
À quoi ça sert vraiment. À encadrer un réel qu'on ne sait pas calculer, avec une précision qu'on maîtrise.
L'encadrement vaut pour tout . Il fournit donc, à chaque rang, une valeur approchée de par défaut () et une par excès (), et l'erreur commise en confondant avec l'une des deux est au plus . Comme cette amplitude tend vers , on obtient la précision voulue : pour connaître à près, il suffit de chercher un rang tel que , et d'annoncer .
Là où la limite monotone dit « la limite existe, quelque part sous le majorant », ce théorème dit « la limite existe, et elle est entre ces deux nombres que je sais calculer ».
C'est la traduction géométrique du théorème précédent. On l'utilisera tel quel dans la démonstration de Bolzano-Weierstrass.
Théorème
Théorème des segments emboîtés. Soit une suite de segments de , avec , telle que :
Alors l'intersection est un singleton , et est la limite commune de et de .
Démonstration. Traduisons d'abord l'emboîtement : dire que , c'est dire exactement que et . La suite des extrémités gauches est donc croissante, celle des extrémités droites décroissante ; avec l'hypothèse , les suites et sont adjacentes.
D'après le théorème des suites adjacentes, elles convergent vers une même limite , et pour tout . Cette dernière inégalité dit précisément que pour tout : l'intersection contient , elle est non vide.
Il reste à montrer qu'elle ne contient rien d'autre. Soient et deux éléments de l'intersection, avec . Pour tout , ils appartiennent tous deux à , donc
Le réel est une constante, coincée entre et une quantité qui tend vers : le passage à la limite donne , donc . L'intersection est bien réduite à un point.
Remarque
Les trois hypothèses sont toutes nécessaires, et chacune tombe sur un contre-exemple d'une ligne.
Fermés. Avec des intervalles ouverts, l'intersection peut être vide : les pour sont emboîtés, de longueurs tendant vers , et aucun réel n'appartient à tous.
Bornés. Avec des fermés non bornés, elle peut être vide aussi : les sont fermés et emboîtés, et leur intersection est vide par la propriété d'Archimède, puisqu'aucun réel n'est supérieur à tous les entiers.
Longueurs tendant vers . Sans cette hypothèse, l'intersection est non vide, mais ce n'est plus un point : les segments sont emboîtés, fermés et bornés, et leur intersection est .
Le mot « segment » n'est donc pas décoratif : il porte deux des trois hypothèses à lui seul.
On a souvent besoin de ne regarder qu'une partie des termes d'une suite : les rangs pairs, les rangs impairs, ou une sélection construite pour les besoins d'une démonstration. La bonne définition de « une partie des termes » passe par une application des rangs vers les rangs.
Définition
Une extractrice est une application strictement croissante.
Si est une suite réelle et une extractrice, la suite est appelée suite extraite de , ou sous-suite de .
Les notations sont piégeuses. La suite extraite est indexée par : son terme de rang est le terme de rang de la suite de départ. Le rôle de est de choisir des rangs, dans l'ordre et sans revenir en arrière, ce qu'exprime la stricte croissance.
Avec on obtient , la suite des termes de rang pair ; avec , celle des rangs impairs ; avec , la suite En revanche n'a rien à voir avec : l'une multiplie les termes, l'autre les sélectionne. Et n'est pas une extractrice : croissante, mais pas strictement, elle sélectionnerait deux fois le même rang.
Propriété
Lemme fondamental. Toute extractrice vérifie
Démonstration, par récurrence sur . Initialisation : est un entier naturel, donc . Hérédité : supposons . Comme est strictement croissante, , donc . Or est un entier strictement supérieur à l'entier : il est donc supérieur ou égal à . Conclusion : la propriété est vraie pour tout .
Le passage de à est le seul point délicat : il repose sur le fait que les valeurs sont entières, et sur des réels l'argument serait faux. Ce lemme dit une chose simple, qu'on utilisera sans arrêt : une extraite avance au moins aussi vite que la suite.
Théorème
Toute suite extraite d'une suite convergente converge vers la même limite. Si , alors pour toute extractrice , .
L'énoncé vaut aussi pour les limites infinies : si , alors .
Démonstration. Soit . Comme , il existe un rang tel que
Soit maintenant . D'après le lemme fondamental, , donc : le rang est l'un de ceux auxquels s'applique l'inégalité ci-dessus, et par conséquent .
Nous avons donc exhibé, pour donné, un rang tel que tous les termes de l'extraite de rang supérieur ou égal à soient à distance au plus de : c'est la définition de .
Cette démonstration est courte, et c'est ce qui la rend exemplaire : tout le travail est fait par le lemme , et le rang n'est même pas modifié. Une rédaction qui oublie de le citer saute la seule étape qui demandait une justification.
Méthode
La contraposée, et c'est elle qu'on utilise. Retournons le théorème : si une suite possède deux suites extraites qui convergent vers des limites différentes, alors elle ne converge pas. En effet, si convergeait vers un réel , toutes ses extraites convergeraient vers ce même , et les deux limites annoncées seraient égales.
C'est de loin la méthode la plus efficace pour démontrer qu'une suite diverge, et elle évite de manier la négation de la définition de la limite. La rédaction tient en trois lignes : on exhibe la première extractrice et la limite de l'extraite correspondante, puis la seconde, puis on conclut « ces deux limites sont différentes, donc diverge ». Le même argument vaut si l'on exhibe une seule extraite divergente, ou non bornée.
Ainsi la suite diverge, puisque ses extraites de rangs pairs et de rangs impairs sont constantes égales à et à .
Le théorème précédent se lit dans un seul sens, de la suite vers ses extraites. La réciproque est fausse en général, puisqu'une extraite peut ignorer une partie entière de la suite : converge pour , sans que converge. Mais il existe un cas très utilisé où deux extraites suffisent : celui où elles se partagent tous les rangs.
Théorème
Soit une suite réelle. Si et convergent vers une même limite , alors converge vers .
Démonstration. Soit . Comme , il existe tel que pour tout ; comme , il existe tel que pour tout .
Posons et soit . Deux cas, et deux seulement.
Si est pair, écrivons avec . De on tire , donc .
Si est impair, écrivons avec . De on tire , donc .
Deux points sont à retenir. Le premier est technique : on prend le maximum des deux rangs, geste qui reviendra chaque fois que deux hypothèses de convergence servent ensemble. Le second est de fond : l'énoncé ne fonctionne que parce que les rangs pairs et impairs recouvrent tout ; avec et , on ne conclurait rien. L'hypothèse « même limite » est tout aussi indispensable : pour , les deux extraites convergent, vers et , et la suite diverge.
Remarque
Selon les facs. Cette notion est traitée dès le premier semestre dans certaines maquettes, à Rennes et à Lyon 1 par exemple, où elle accompagne immédiatement le théorème de Bolzano-Weierstrass. Ailleurs, elle est repoussée au cours de topologie de deuxième année, où elle se généralise aux espaces métriques. Elle est traitée ici : c'est le vocabulaire naturel pour décrire ce que devient une suite qui ne converge pas, et il coûte moins cher de le lire une fois de plus que de ne pas le connaître en TD.
Une suite qui ne converge pas n'est pas pour autant sans structure : ne converge pas, mais elle s'accumule autour de deux valeurs, et . Ces valeurs d'accumulation sont exactement les limites de ses suites extraites.
Définition
Soit une suite réelle et un réel. On dit que est une valeur d'adhérence de lorsqu'il existe une extractrice telle que
Autrement dit, est la limite d'une suite extraite convergente de .
Telle quelle, cette définition demande d'exhiber une extractrice, ce qui n'est pas toujours commode. La caractérisation suivante la remplace : elle ne parle plus que de la suite elle-même.
Théorème
Caractérisation d'une valeur d'adhérence. Le réel est une valeur d'adhérence de si et seulement si
En français : aussi loin qu'on regarde dans la suite, on retrouve des termes à distance au plus de . La suite repasse infiniment souvent près de . C'est la différence exacte avec la convergence : converger vers , c'est y rester à partir d'un certain rang ; avoir pour valeur d'adhérence, c'est seulement y revenir sans cesse.
Démonstration du sens direct. Soit une extractrice telle que , et soient et . Il existe un rang tel que pour tout . Choisissons et posons : alors puisque , et par le lemme fondamental.
Démonstration de la réciproque. C'est elle qui contient le geste à retenir : on construit l'extractrice par récurrence, en la forçant à croître strictement. Supposons la propriété quantifiée vérifiée, et construisons telle que pour tout .
Le premier terme. Appliquons la propriété avec et : il existe un rang tel que . Posons .
Le passage de à . Supposons construits avec la propriété voulue. Appliquons l'hypothèse avec
Elle fournit un rang tel que . Posons : alors , et la propriété est vérifiée au rang .
Conclusion. L'application ainsi construite est strictement croissante, c'est donc une extractrice, et pour tout . Le membre de droite tend vers , donc par encadrement : le réel est bien une valeur d'adhérence.
Le choix est le cœur de la construction. Avec un quelconque, rien n'empêcherait de retomber sur un rang déjà choisi, voire sur le même indéfiniment : ne serait pas strictement croissante, et ne serait pas une suite extraite. Ce geste se retrouvera à l'identique dans la démonstration de Bolzano-Weierstrass.
Exemple
La suite a exactement deux valeurs d'adhérence. Les réels et en sont, car et . Il n'y en a pas d'autre : si , posons ; aucun terme n'est à distance de , puisque tous valent ou , et la caractérisation est mise en défaut.
Une suite convergente en a exactement une, sa limite : toutes ses extraites convergent vers .
Une suite peut n'en avoir aucune. Pour et toute extractrice , tend vers : aucune extraite ne converge.
Ce dernier exemple montre où est la difficulté : rien ne garantit a priori qu'une suite possède ne serait-ce qu'une valeur d'adhérence. C'est Bolzano-Weierstrass qui donnera cette garantie. Auparavant, énonçons le résultat qui fait le lien entre adhérence et convergence.
Théorème
Une seule valeur d'adhérence suffit, à condition d'être borné. Soit une suite bornée admettant une unique valeur d'adhérence . Alors converge, et sa limite est .
Sa démonstration a besoin de Bolzano-Weierstrass : elle est donnée à la fin de la section suivante, avec le contre-exemple qui montre que l'hypothèse « bornée » n'est pas décorative.
C'est le théorème d'existence le plus puissant du chapitre, et le seul dont la démonstration construise réellement un objet. Il n'exige ni monotonie, ni convergence, ni régularité d'aucune sorte : une suite bornée, si erratique soit-elle, contient toujours une partie qui converge.
Théorème
Théorème de Bolzano-Weierstrass. De toute suite réelle bornée on peut extraire une suite convergente.
Autrement dit : toute suite réelle bornée admet au moins une valeur d'adhérence.
Démonstration, par dichotomie. Soit bornée : il existe deux réels tels que pour tout .
Première partie : la construction des segments. Nous construisons par récurrence une suite de segments vérifiant les trois propriétés suivantes :
Posons : les points 1 et 2 sont vrais par construction, et le point 3 aussi puisque .
Supposons construit avec ces propriétés. Notons son milieu et coupons en deux moitiés, et . Comme , tout rang de est un rang dont le terme tombe dans ou dans . Or est infini, et une réunion de deux ensembles finis est finie : les deux ensembles de rangs ne peuvent pas être finis tous les deux. Au moins l'une des deux moitiés contient donc les termes d'une infinité de rangs. On pose si c'est le cas de la moitié gauche, et sinon ; cette convention sert seulement à rendre le choix déterminé. Les trois propriétés sont vérifiées au rang .
Deuxième partie : la limite. Les segments sont emboîtés et leur longueur tend vers . Le théorème des segments emboîtés s'applique : il existe un réel tel que
Troisième partie : la construction de l'extractrice. C'est le point que les copies ratent, et le seul endroit du chapitre où l'on fabrique une extractrice à la main. On construit par récurrence en imposant deux conditions à chaque étape : (le terme choisi est dans le bon segment) et (les rangs choisis croissent strictement).
Pour , on pose , ce qui convient puisque .
Supposons construits, avec pour tout . L'ensemble est infini par construction. Or une partie infinie de n'est pas majorée : elle contient donc des entiers strictement supérieurs à . Choisissons pour le plus petit entier de strictement supérieur à : les deux conditions sont satisfaites.
Pourquoi exiger ? Parce que sans stricte croissance, n'est pas une extractrice et n'est pas une suite extraite : on pourrait choisir indéfiniment le même rang, obtenir une suite constante, et n'avoir rien démontré sur .
Pourquoi est-ce possible ? Parce que ne contient pas seulement un terme de la suite, mais les termes d'une infinité de rangs. Si l'on savait seulement que « contient un terme de la suite », les rangs disponibles pourraient être en nombre fini et tous inférieurs à : la construction s'arrêterait. C'est pour cela, et uniquement pour cela, qu'on a pris soin à chaque dichotomie de garder la moitié contenant une infinité de rangs, et non simplement une moitié non vide.
Quatrième partie : la conclusion. Pour tout , , c'est-à-dire . Les deux suites encadrantes tendent vers : d'après le théorème d'encadrement, . La suite extraite converge.
La figure donne les deux idées en même temps : à chaque étape on ne garde que la moitié contenant encore une infinité de points de la suite, et l'on y prélève un terme dont le rang dépasse tous les précédents. Les segments se resserrent autour d'un unique réel, et les termes prélevés, prisonniers de ces segments, convergent vers lui.
Remarque
Où sert l'hypothèse « bornée », et ce que devient l'énoncé sans elle. Elle sert exactement une fois, à la première ligne : pour disposer d'un segment contenant tous les termes. Sans lui, il n'y a rien à couper en deux et la construction ne démarre pas.
Et l'énoncé devient faux : la suite n'a aucune extraite convergente, puisque tend vers pour toute extractrice. Une suite non bornée peut donc n'avoir aucune valeur d'adhérence.
Il reste toutefois ceci : si n'est pas majorée, on peut en extraire une suite tendant vers , et vers si elle n'est pas minorée. Toute suite réelle admet donc une extraite ayant une limite, à condition d'accepter et ; le cas borné est le seul qui garantisse une limite finie.
Démontrons maintenant le théorème énoncé à la fin de la section précédente : une suite bornée qui n'a qu'une seule valeur d'adhérence converge.
Démonstration. Soit bornée, d'unique valeur d'adhérence . Raisonnons par l'absurde en supposant que ne converge pas vers .
Ce que dit la négation. Nier « » donne : il existe tel que, pour tout , il existe un rang vérifiant .
On en tire une extraite qui reste loin de . Cette propriété a exactement la forme de la caractérisation des valeurs d'adhérence, avec l'inégalité renversée : le même geste de construction s'applique. On choisit tel que , puis, étant choisi, on applique la propriété avec pour obtenir un rang vérifiant la même inégalité. L'application est strictement croissante, et pour tout .
On applique Bolzano-Weierstrass à cette extraite. La suite est extraite d'une suite bornée, donc bornée : il existe une extractrice et un réel tels que . Posons ; comme la composée de deux applications strictement croissantes est strictement croissante, est une extractrice et . Le réel est donc une valeur d'adhérence de , et par unicité .
La contradiction. Pour tout , la seconde inégalité triangulaire donne
et le membre de droite tend vers : donc . Mais le passage à la limite dans l'inégalité large donne , ce qui est absurde. L'hypothèse de départ est donc fausse : converge vers .
Remarque
L'hypothèse « bornée » ne peut pas être retirée. Considérons la suite définie par lorsque est pair, et lorsque est impair.
Le réel est valeur d'adhérence, puisque . C'est la seule : une extraite convergente est bornée, or les rangs pairs donneraient , qui ne l'est pas ; donc ne prend de valeurs paires que pour un nombre fini de , et à partir d'un certain rang .
Cette suite a bien une unique valeur d'adhérence, et pourtant elle ne converge pas, puisque . Elle n'est pas bornée, et c'est exactement là que la démonstration ci-dessus se serait cassée, faute de pouvoir appliquer Bolzano-Weierstrass.
En rassemblant les deux résultats : une suite bornée converge si et seulement si elle admet exactement une valeur d'adhérence.
Remarque
Selon les facs. Les suites de Cauchy sont introduites dès le premier semestre dans plusieurs maquettes, à Rennes et à Lyon 1 notamment, en général juste après Bolzano-Weierstrass parce qu'elles en sont l'application la plus frappante. D'autres universités les réservent au cours de topologie, où elles servent à définir les espaces complets. Elles sont traitées ici : c'est la seule notion du chapitre qui permette de démontrer qu'une suite converge sans jamais nommer sa limite, et c'est l'énoncé qui dit le plus précisément ce que a de plus que .
Reprenons le problème initial du chapitre : pour démontrer qu'une suite converge avec la définition, il faut un candidat limite. Le théorème de la limite monotone a fourni une première échappatoire, mais au prix d'une hypothèse forte. Le critère qui suit n'en demande aucune.
Définition
Une suite réelle est dite de Cauchy lorsque
Lisons cette définition mot à mot, en la comparant à celle de la limite. « Pour tout » : on se donne d'abord un seuil de précision, comme toujours. « Il existe un rang » : ce rang dépend de , comme toujours. « Pour tous et supérieurs à » : et c'est ici que tout change. La définition de la limite comparait à ; celle-ci compare à , c'est-à-dire deux termes de la suite entre eux. La limite n'apparaît nulle part.
C'est tout l'intérêt du critère : une suite de Cauchy est une suite dont les termes finissent par se regrouper, sans qu'on ait à dire autour de quoi. On ne parle que d'écarts internes, calculables à partir de la formule qui définit la suite.
C'est la même image que pour la définition de la limite, lue autrement. Là-bas, on regardait la bande centrée sur , et l'on constatait que les termes y entraient à partir du rang . Attention au facteur en passant de l'une à l'autre : d'une bande de demi-largeur , l'inégalité triangulaire ne tire que , et c'est précisément pour cela que la démonstration ci-dessous part de . Ici, on oublie la droite horizontale et l'on ne retient que la fenêtre : à partir du rang , tous les termes tiennent dans une fenêtre de hauteur , donc deux termes quelconques de rangs supérieurs à sont distants de moins de . Même dessin, sans le repère central.
Méthode
La négation du critère. Elle s'obtient en échangeant chaque quantificateur et en niant l'inégalité finale :
En français : il existe un écart seuil tel que, aussi loin qu'on aille dans la suite, on trouve encore deux rangs au-delà dont les termes sont distants de plus de . La suite ne se resserre jamais définitivement.
En pratique, pour montrer qu'une suite n'est pas de Cauchy, on annonce , puis on se donne quelconque, et l'on fabrique et en fonction de : c'est le seul point qui demande de l'imagination. Choisir et indépendants de ne démontrerait rien.
Théorème
Toute suite convergente est de Cauchy.
Démonstration. Supposons et soit . La définition de la limite vaut pour tout réel strictement positif, donc en particulier pour : il existe un rang tel que pour tout .
Soient alors et . Faisons apparaître dans la différence, puis appliquons l'inégalité triangulaire :
Les deux termes de droite sont majorés par , donc . Le rang convient dans la définition du critère : la suite est de Cauchy.
Le procédé servira encore deux fois dans cette section : on applique l'hypothèse à parce qu'on sait d'avance qu'on va additionner deux majorations. Rien ne l'interdit, puisque la définition vaut pour tout , et cela permet de conclure sur exactement.
Théorème
Toute suite de Cauchy est bornée.
Démonstration. Soit de Cauchy. Appliquons le critère avec la valeur particulière : il existe un rang tel que pour tous .
Prenons en particulier . Pour tout on a , d'où, par l'inégalité triangulaire,
Tous les termes de rang supérieur ou égal à sont donc bornés par . Restent : ils sont en nombre fini, donc l'ensemble de leurs valeurs absolues admet un plus grand élément. En posant
on obtient pour tout .
On retrouve le découpage utilisé pour démontrer qu'une suite convergente est bornée : un nombre fini de termes ne peut jamais empêcher une suite d'être bornée. Toute la difficulté porte sur la queue de la suite, et c'est elle que l'hypothèse contrôle.
Théorème
Théorème de complétude de . Toute suite de Cauchy de réels converge.
Combiné au théorème précédent : une suite réelle converge si et seulement si elle est de Cauchy.
Démonstration. Soit une suite de Cauchy. Le chemin comporte trois étapes, et c'est la dernière qui compte.
Étape 1 : la suite est bornée. C'est le théorème qu'on vient de démontrer.
Étape 2 : une extraite converge. La suite étant bornée, Bolzano-Weierstrass fournit une extractrice et un réel tels que . Attention à ce qui est acquis ici : on sait qu'une partie de la suite converge vers , et rien du tout sur le reste. C'est le critère de Cauchy qui va propager cette information à la suite entière.
Étape 3 : la limite se propage. Soit .
La suite étant de Cauchy, appliquons le critère à : il existe un rang tel que
L'extraite convergeant vers , appliquons aussi sa définition à : il existe un rang tel que pour tout .
Posons et soit . Nous allons comparer à en passant par un terme relais, à savoir : c'est un terme de la suite, et c'est aussi un terme de l'extraite, donc les deux majorations s'y appliquent.
D'une part, par le lemme fondamental sur les extractrices, et : les deux rangs et sont au-delà de , donc le critère de Cauchy donne . D'autre part, , donc la convergence de l'extraite donne . Il ne reste qu'à recoller par l'inégalité triangulaire :
Nous avons donc trouvé, pour donné, un rang au-delà duquel tous les termes sont à distance au plus de : la suite converge vers .
Trois détails de cette dernière étape méritent d'être soulignés, parce que ce sont les trois endroits où une copie perd ses points.
D'abord, le relais est fixé : on choisit un rang extrait, un seul, qu'on ne fait pas varier avec . Ensuite, l'inégalité n'est pas un détail de confort : sans elle, rien ne dit que le rang est au-delà de , et le critère de Cauchy ne s'applique pas.
Enfin, la limite n'a pas été devinée : elle a été fabriquée par Bolzano-Weierstrass, donc par les segments emboîtés, donc par les suites adjacentes, donc par la limite monotone, donc par l'axiome de la borne supérieure. Le fil rouge du chapitre se referme exactement ici : le théorème de complétude est le cinquième et dernier descendant de l'axiome.
Remarque
Le piège : n'entraîne PAS le critère de Cauchy. C'est l'erreur la plus fréquente sur cette notion, et elle est compréhensible, puisque le critère parle bien d'écarts entre termes. Mais il contrôle pour des rangs et arbitrairement éloignés l'un de l'autre, alors que ne dit rien que sur des rangs voisins.
Le contre-exemple de référence est . D'un côté, les sauts tendent vers : en multipliant par la quantité conjuguée,
et ce quotient tend vers puisque son dénominateur tend vers . De l'autre, la suite s'échappe : entre le rang et le rang ,
écart qui ne tend pas vers , mais vers . Appliquons la négation du critère avec : pour donné, posons et . Ces deux rangs sont supérieurs ou égaux à , et . La suite n'est donc pas de Cauchy, ce qui n'a rien d'étonnant puisqu'elle tend vers et qu'une suite de Cauchy est bornée.
La morale tient en une phrase : une infinité de petits pas peut mener très loin. Pour conclure à partir des écarts consécutifs, il faut que ces écarts décroissent assez vite pour que leur accumulation reste contrôlée, et c'est exactement ce que fournit une majoration géométrique.
Remarque
Pourquoi n'est pas complet. Soit la suite des troncatures à décimales de : ses termes sont rationnels, et deux termes d'indices supérieurs à diffèrent d'au plus , donc elle est de Cauchy. Dans elle converge vers , donc, par unicité de la limite, vers aucun rationnel : voilà une suite de Cauchy de rationnels qui ne converge pas dans . Ce n'est pas un hasard : le théorème de complétude descend de l'axiome de la borne supérieure, et il tombe exactement là où cet axiome tombe.
Méthode
À quoi sert un critère qui ne parle pas de la limite. À démontrer qu'une suite converge quand on n'a aucun candidat pour la limite : ni formule explicite, ni monotonie, ni encadrement. C'est fréquent dès qu'une suite est définie par récurrence.
Le schéma type est le suivant. On suppose avoir établi une majoration géométrique des écarts consécutifs, c'est-à-dire une inégalité de la forme
où et sont deux constantes. Soient . En écrivant comme la somme des sauts intermédiaires, puis en appliquant l'inégalité triangulaire et en sommant une suite géométrique :
Le majorant obtenu ne dépend plus que de , et il tend vers puisque . Étant donné , il suffit de choisir tel que pour avoir dès que : la suite est de Cauchy, donc convergente.
On a obtenu la convergence, sans la moindre idée de la valeur de la limite : c'est le service que rend ce critère, et aucun autre théorème du chapitre ne le rend. Le contre-exemple montre pourquoi la majoration doit être géométrique : avec à la place de , la somme n'est plus contrôlée.
Le résultat qui suit n'est pas un exercice de ce chapitre, et il ne sera pas réutilisé plus loin. Il figure ici pour une autre raison : sa démonstration est le prototype d'un raisonnement qu'on retrouve partout en analyse, le découpage d'une somme en deux paquets. Il faut savoir la refaire, moins pour l'énoncé lui-même que pour le schéma qu'elle installe.
Théorème
Théorème de Cesàro. Soit une suite réelle convergeant vers . Alors la suite des moyennes
converge également vers .
Démonstration. Soit . L'idée est de mesurer l'écart en séparant les premiers termes, sur lesquels on ne sait rien, des termes de rang élevé, qui sont tous proches de .
Le point de départ. Comme , on peut écrire , puis, par l'inégalité triangulaire appliquée à cette somme,
Le choix du rang de coupure. Puisque , il existe un rang tel que pour tout . Ce rang est désormais fixé : il dépend de , mais plus de rien d'autre, et surtout pas de . Coupons la somme en ce rang : pour ,
Le premier paquet contient un nombre fini de termes, indépendant de ; le second ne contient que des termes de rang élevé, ceux que l'hypothèse contrôle.
Le premier paquet. Posons . C'est une constante : une somme d'un nombre fixé de réels fixés. Le premier paquet vaut donc , qui tend vers ; d'après la propriété d'Archimède, il existe un rang tel que pour tout .
Le second paquet. Tous ses termes sont d'indice , donc chacun est majoré par . Comme il y en a ,
puisque .
Conclusion. Posons . Pour tout , les deux paquets sont chacun majorés par , donc : la suite converge vers .
Méthode
Ce que ce schéma a de général. Relisez la démonstration en oubliant les moyennes : il ne reste qu'un mécanisme, et il se réemploie tel quel. Chaque fois qu'une quantité se coupe en un morceau fini, qu'on écrase en le divisant par , et un morceau infini, qu'on contrôle par grâce à une hypothèse valable à partir d'un certain rang, c'est ce raisonnement qu'il faut écrire. Le premier morceau est mauvais mais borné, et sa nuisance disparaît par division ; le second est immense mais uniformément petit.
Le point vraiment délicat, et c'est le seul, est l'ordre des choix : on fixe , puis en fonction de ; c'est seulement une fois figé que la constante existe, et seulement alors qu'on peut choisir . Écrire « » avant d'avoir fixé n'a aucun sens, puisque dépend de , et c'est l'erreur qui rend fausses la plupart des rédactions ratées de cette démonstration.
Remarque
La réciproque est fausse. Pour , la somme vaut si est pair et si est impair, donc vaut ou : dans tous les cas , alors que diverge. Prendre des moyennes régularise une suite, au point de lui inventer une limite qu'elle n'avait pas.
Ces deux familles sont les seules dont on sache tout écrire par des formules fermées, et presque toutes les méthodes de la fin de ce chapitre consistent à ramener une suite inconnue à l'une d'elles.
Définition
Une suite est arithmétique de raison lorsque
Propriété
Si est arithmétique de raison , alors
Démonstration. On écrit comme la somme des écarts successifs :
La première égalité est un télescopage : dans la somme développée, chaque terme apparaît une fois avec le signe et une fois avec le signe , sauf et aux extrémités.
Propriété
Somme. Si est arithmétique, alors pour tout ,
La forme à retenir : le nombre de termes, multiplié par la demi-somme du premier et du dernier. Elle vaut sur toute tranche, à condition de compter juste : de à inclus il y a termes.
Démonstration. Tout repose sur la somme des premiers entiers, obtenue elle aussi par télescopage : de , sommée pour de à , on tire , donc
Comme , la somme vaut , et n'est autre que .
La limite ne demande aucun outil : la suite tend vers si , vers si , et ne converge que si .
Définition
Une suite est géométrique de raison lorsque
Propriété
Si est géométrique de raison , alors , et plus généralement pour .
Somme. Pour et tout ,
Pour , la suite est constante et la somme vaut .
Démonstration. Posons . L'astuce consiste à calculer plutôt que :
et tout se détruit deux à deux sauf et . Il reste , et comme on peut diviser par .
Tout tient dans le comportement de , via une inégalité qui resservira souvent.
Propriété
Inégalité de Bernoulli. Pour tout réel et tout entier ,
Démonstration par récurrence sur . Pour , les deux membres valent . Si l'inégalité est vraie au rang , on la multiplie par , ce qui est licite sans changement de sens puisque (c'est là que sert l'hypothèse ) :
la dernière inégalité venant de .
Propriété
Limite d'une suite géométrique. Soit .
Démonstration du cas . Si , la suite est nulle dès le rang . Sinon , ce qui permet de poser , de sorte que . Bernoulli donne , c'est-à-dire, en passant aux inverses de deux quantités strictement positives,
Comme , ce majorant tend vers : le théorème d'encadrement donne , donc .
Les trois autres cas tiennent en une phrase. Pour , on écrit avec , et Bernoulli donne , minorant qui tend vers : le théorème de comparaison conclut. Pour , tend vers si et vers si , tandis que tend vers ou vers : deux extraites de limites différentes interdisent toute limite.
Exemple
Soit , de raison et de premier terme . Alors
Vérification sur : la somme vaut , et la formule . Comme , cette somme croît vers , sans jamais atteindre cette valeur.
Définition
Une suite est arithmético-géométrique lorsqu'il existe deux réels et tels que
On suppose ici , le cas étant traité à la fin de la section.
Ni la différence ni le quotient n'est constant : aucune formule précédente ne s'applique. La méthode consiste à faire disparaître le , et il faut comprendre pourquoi elle marche.
Si un réel vérifie , soustrayons cette égalité de la relation de récurrence, membre à membre :
Le terme constant s'est éliminé de lui-même, et il ne reste qu'une proportionnalité : mesurée depuis , la suite est géométrique. Le point fixe n'est donc pas une astuce, c'est la seule valeur depuis laquelle la suite se voit géométrique, et la seule limite possible si elle converge.
Méthode
La méthode du point fixe, en quatre étapes.
Étape 1 — chercher le point fixe. On résout . Comme , il y a une solution et une seule : .
Étape 2 — poser le changement de variable. On pose , et non où serait « la limite » : rien ne dit encore qu'il y en ait une.
Étape 3 — montrer que est géométrique. On calcule et l'on y remplace par , l'équation du point fixe relue à l'envers. Il vient : la suite est géométrique de raison , de premier terme . C'est là tout le geste à retenir.
Étape 4 — revenir à . De on tire
et la limite se lit sur le seul facteur .
Propriété
Avec et :
Exemple
Soit et .
Point fixe. donne .
Changement de variable. Avec ,
donc est géométrique de raison et de premier terme .
Terme général. , d'où
Vérification. Pour , la formule donne , ce qui est bien . La récurrence produit ensuite , , , , et la formule , , , : les deux colonnes coïncident.
Limite. Comme , on a , donc . La suite ne converge pas, alors même qu'elle possède un point fixe : le réel n'est ici qu'un repère dont elle s'écarte à chaque étape, puisque .
Et si ? La relation devient : la suite est arithmétique de raison , de terme général . La méthode ne s'applique pas, et il faut savoir dire pourquoi : l'équation se réduit à et n'a donc aucune solution quand . Il n'existe pas de valeur depuis laquelle la suite serait géométrique.
Définition
Une suite vérifie une récurrence linéaire d'ordre à coefficients constants lorsqu'il existe deux réels et , avec , tels que
L'équation , d'inconnue , est l'équation caractéristique de la récurrence.
Une telle suite est déterminée par deux données initiales. L'hypothèse écarte le cas , où la suite est géométrique dès le rang .
D'où vient cette équation ? De la question existe-t-il des suites géométriques solutions ? Si avec , la relation s'écrit , et la division par laisse exactement . Les racines sont les raisons des suites géométriques solutions, et toutes les autres se fabriquent à partir de celles-là.
Théorème
Résolution. Soit vérifiant , d'équation caractéristique et de discriminant .
Dans les trois cas, et sont déterminés par et .
La justification tient en deux temps, dont aucun ne demande la théorie des espaces vectoriels.
Premier temps : les suites proposées vérifient bien la récurrence. Dans le cas 1, la vérifie dès que est racine, par le calcul fait plus haut ; et comme la relation est linéaire en , toute combinaison de deux solutions est encore solution.
Dans le cas 2, la racine double vaut , donc , et donne (en particulier puisque ). Le membre de droite de la récurrence vaut alors
soit , qui est exactement .
Dans le cas 3, soit l'une des racines : vérifie . Comme et sont réels, on prend la partie réelle puis la partie imaginaire des deux membres : les suites et vérifient chacune la récurrence, et leurs combinaisons aussi.
Second temps : les constantes existent et sont uniques. Écrire la forme générale aux rangs et donne un système linéaire de deux équations aux inconnues et , de déterminant dans le cas 1, dans le cas 2 et dans le cas 3 : il est non nul à chaque fois, donc le système a une solution et une seule. La suite obtenue coïncide alors avec aux rangs et , et la relation propage l'égalité à tous les rangs.
Méthode
Le protocole, en quatre étapes.
C'est le cas qui inquiète, un nombre complexe surgissant là où la question ne parle que de réels. Les complexes ne servent qu'à fabriquer la solution : la formule finale n'en contient aucun.
Exemple
Soit définie par , et .
Étapes 1 et 2. L'équation caractéristique est , de discriminant . Ses racines sont
Le module de vaut , et comme , son argument est . Donc et .
Étape 3. Le théorème donne l'existence de deux réels et tels que
Étape 4. Pour : . Pour : comme , on obtient , donc . Finalement
Vérification numérique. La récurrence donne , puis , puis . La formule donne , puis , puis : les trois valeurs coïncident. Un cran plus loin, la récurrence donne et la formule .
Comportement. C'est le module qui décide de tout, le sinus ne faisant que borner : ici , donc l'oscillation est amplifiée. La suite ne converge pas, et ne tend pas non plus vers : elle vaut à tous les rangs multiples de . On le démontre avec deux extraites, qui est nulle et qui tend vers . Avec on aurait eu convergence vers , avec une oscillation bornée.
Les deux autres cas suivent le même protocole : donne , de racine double , donc . Avec deux racines réelles distinctes, c'est la racine de plus grand module qui impose le comportement à l'infini, à condition que le coefficient qui l'accompagne soit non nul : si ce coefficient est nul, c'est l'autre racine qui décide.
Une fonction , une valeur initiale , la relation : les trois sections précédentes en étaient les cas affine. Sinon, il n'y a en général aucune formule pour , toute l'information se tire de , et l'étude suit toujours le même ordre.
Si n'est définie que sur et que le calcul amène un terme négatif, la suite s'arrête, et tout ce qu'on écrit ensuite ne porte sur rien. La question vient donc en premier.
Définition
Soit définie sur un ensemble contenant un intervalle . On dit que est stable par lorsque
ce que l'on note aussi .
Propriété
Si est stable par et si , alors la suite définie par est bien définie et tous ses termes appartiennent à .
Démonstration. Par récurrence, avec : « est défini et ». est l'hypothèse sur . Si est vraie, alors , donc a un sens et est défini ; et la stabilité donne .
On cherche donc un intervalle stable contenant , souvent délimité par des points fixes de . Si est croissante sur , il suffit de vérifier et ; sinon, on majore et minore sur . Service décisif au passage : si est borné, la suite est bornée.
Propriété
Soit stable par , avec , et croissante sur . Alors est monotone, et son sens est donné par la comparaison des deux premiers termes : si elle est croissante, si elle est décroissante.
Démonstration. Supposons et montrons par récurrence : « ». L'initialisation est l'hypothèse. Si est vraie, les réels et appartiennent à , et étant croissante sur , elle conserve l'inégalité :
Le cas se traite de même.
Propriété
Soit stable par , contenant . Si pour tout , la suite est croissante ; si pour tout , elle est décroissante.
La démonstration tient en une ligne, et c'est ce qui fait la valeur de la méthode : appartient à , donc a le signe annoncé. Aucune récurrence, aucune hypothèse sur .
Ce chemin est presque toujours le plus rapide, et comme s'annule aux points fixes de , l'étude de son signe les donne du même coup.
Propriété
Soit stable par , contenant , avec décroissante sur . Alors est croissante sur , et les deux suites extraites et sont monotones, de sens contraires.
Une fonction décroissante renverse les inégalités, donc les appliquer deux fois les rétablit. Or : les rangs pairs forment la suite récurrente associée à , croissante, et la propriété précédente s'y applique comme aux rangs impairs. Les sens sont opposés parce que est de signe contraire à .
On conclut avec la section sur les suites extraites, dont le critère se cite plutôt qu'il ne se redémontre : si et convergent vers la même limite, converge vers elle ; sinon, diverge.
Définition
Un réel est un point fixe de lorsque .
Théorème
Passage à la limite dans la relation de récurrence. Soit définie par . Si converge vers un réel et si est continue en , alors .
Remarque
La continuité de , dont l'étude relève du chapitre sur les fonctions, est admise ici. Chaque fois qu'elle sert, on l'écrit noir sur blanc : « la fonction étant continue, ce que l'on admet ici, le passage à la limite est licite ». Aucun résultat de ce chapitre n'utilise le théorème des valeurs intermédiaires ni l'inégalité des accroissements finis, qui relèvent d'autres chapitres du socle commun aux facs.
Démonstration. La suite est extraite de , avec l'extractrice : elle converge donc vers . Par ailleurs et est continue en , donc , ce qui est le point admis. Or pour tout : la même suite converge à la fois vers et vers , et l'unicité de la limite donne .
Quand n'est définie que sur , il faut encore savoir que , sans quoi n'a pas de sens. Si est un segment stable, c'est automatique : le passage à la limite dans donne . Avec un intervalle ouvert, la conclusion tombe.
Remarque
L'erreur numéro un des copies. Le théorème dit : si la suite converge, alors sa limite est un point fixe. Il ne dit rien, absolument rien, sur l'existence de la limite. « Les points fixes de sont et , donc la suite converge vers » n'a aucune valeur : c'est une implication utilisée dans le mauvais sens.
Le contre-exemple est immédiat. Prenons sur et : la fonction a un point fixe et un seul, , et pourtant la suite vaut , , , , et ainsi de suite. Ses extraites de rangs pairs et impairs ont des limites différentes, donc elle ne converge pas. Autre contre-exemple : avec a pour points fixes et , et la suite , qui vaut , , , , , tend vers en les fuyant.
À retenir, et à écrire : l'existence de la limite se démontre d'abord, par un théorème d'existence (limite monotone, encadrement, suites adjacentes, critère de Cauchy). Le point fixe ne sert qu'ensuite, pour identifier la valeur. Dans l'ordre inverse, la démonstration ne vaut rien, même si le résultat est juste.
Méthode
Le protocole complet d'une suite récurrente .
Les étapes 5 et 6 sont dans cet ordre et jamais dans l'autre : identifier la limite avant d'avoir prouvé qu'elle existe fait perdre l'essentiel des points, même quand la valeur trouvée est la bonne.
Exemple
Soit et , avec définie sur .
Premiers termes. , , : la suite semble croître vers .
Points fixes. équivaut à , soit : un point fixe unique.
Stabilité. La fonction est croissante sur , donc pour on a , et en particulier . L'intervalle est stable et contient : tous les termes y sont, et la suite est bornée.
Monotonie. Pour , , donc : la suite est croissante.
Existence. Croissante et majorée par , elle converge vers un réel , d'après le théorème de la limite monotone.
Identification. La continuité de étant admise ici, le passage à la limite dans donne : est un point fixe de situé dans , donc .
Terme général, en prime. La relation est arithmético-géométrique de point fixe : avec , géométrique de raison et de premier terme , on obtient . Vérification : aux rangs à , cette formule donne , , , , soit les termes calculés au départ, et redonne .
Remarque
Selon les facs. Certaines maquettes traitent les suites complexes dès le premier semestre ; d'autres attendent que le cours sur les nombres complexes soit fait. La section est courte et tout y est transposition : si votre cours ne l'aborde pas encore, elle se lira sans peine le moment venu.
Définition
Soit une suite de nombres complexes et . On dit que converge vers lorsque
où désigne cette fois le module.
C'est la définition réelle à un mot près. Module et valeur absolue mesurent une distance et vérifient la même inégalité triangulaire : toutes les démonstrations qui n'utilisaient que la distance se transposent, à commencer par l'unicité de la limite et les opérations sur les limites.
Théorème
Soit une suite complexe et . Alors converge vers si et seulement si et .
Démonstration. Elle repose sur deux encadrements valables pour tout complexe : et d'une part, d'autre part. Appliqués à , le premier montre que la convergence de entraîne celle des deux suites réelles, le second la réciproque.
Propriété
Soit . La suite converge vers si et seulement si . Elle converge aussi pour , vers , et diverge dans tous les autres cas.
La démonstration se ramène au cas réel, puisque et que équivaut à . Quand sans que vaille , la suite parcourt indéfiniment le cercle unité sans se fixer.
Ce qui ne se transpose pas. Le corps n'est pas ordonné, et tout ce qui reposait sur l'ordre disparaît. La monotonie n'existe pas pour une suite complexe : seule la suite réelle de ses modules peut être monotone, ce qui est une tout autre affirmation. Le théorème de la limite monotone tombe avec elle, sans énoncé de remplacement. Les suites adjacentes disparaissent aussi, faute d'une suite croissante et d'une décroissante, ainsi que les segments emboîtés, qui parlent d'intervalles. En revanche Bolzano-Weierstrass survit : de toute suite complexe bornée on extrait une suite convergente, en appliquant le théorème réel aux parties réelles, puis aux parties imaginaires de l'extraite obtenue. Le critère de Cauchy survit aussi, ne parlant que de distances.
| La situation observée | L'outil | Ce qu'il donne | Le piège |
|---|---|---|---|
| Suite croissante et majorée, ou décroissante et minorée | Limite monotone | l'existence, et la valeur | la limite vaut des valeurs, pas le majorant utilisé |
| Suite encadrée par deux suites de même limite | Théorème d'encadrement | l'existence et la valeur | écrire les deux inégalités, nommer le théorème |
| Deux suites monotones de sens contraires, de différence tendant vers | Suites adjacentes | une limite commune, souvent incalculable | la monotonie seule ne suffit pas |
| Suite bornée quelconque | Bolzano-Weierstrass | une suite extraite convergente | une valeur d'adhérence n'est pas une limite |
| Écarts majorés par une suite géométrique | Critère de Cauchy, complétude | l'existence sans nommer la limite | seul ne suffit jamais |
| Suite récurrente | Stabilité, monotonie, limite monotone, point fixe | l'existence, puis la valeur | le point fixe ne prouve rien sans l'existence |
| Suite dont on soupçonne la divergence | Deux extraites de limites différentes | la divergence | des termes isolés ne suffisent pas |
| Forme indéterminée | Terme dominant, croissances comparées, quantité conjuguée | la valeur | indéterminée ne veut pas dire « pas de limite » |
Définition de la limite. . Dans cet ordre, et dépend de .
Sa négation. . C'est elle qui prouve une divergence.
Limite monotone. Croissante et majorée entraîne convergente, vers ; croissante non majorée entraîne .
Inégalités. Une inégalité large passe à la limite ; une inégalité stricte ne donne qu'une inégalité large.
Suites extraites. Toute extraite d'une suite convergente converge vers la même limite ; deux extraites de limites différentes interdisent la convergence.
Bolzano-Weierstrass. Toute suite réelle bornée admet une suite extraite convergente.
Cauchy. Dans , une suite converge si et seulement si elle est de Cauchy, et le critère ne mentionne pas la limite.
Géométrique. si , si , pas de limite si .
Point fixe. Si et continue en , alors . Jamais la réciproque.
Reste le fil rouge, et c'est peut-être la seule chose à ne pas oublier : tout descend de l'axiome de la borne supérieure. De lui vient le théorème de la limite monotone, la limite d'une suite croissante majorée n'étant rien d'autre que la borne supérieure de ses valeurs. De la limite monotone viennent les suites adjacentes, en l'appliquant à chacune puis en comparant les limites. Des suites adjacentes viennent les segments emboîtés, dont les extrémités forment un couple de suites adjacentes. De là vient, par dichotomie, Bolzano-Weierstrass, et de Bolzano-Weierstrass la complétude de : une suite de Cauchy est bornée, donc admet une extraite convergente, et le critère propage la limite à la suite entière.
Cinq théorèmes, une seule source : c'est ce qui sépare un cours de première année d'un catalogue de recettes, et c'est la réponse à « pourquoi tout cela est-il faux dans ? ».
Méthode
Voici les six phrases qu'un correcteur cherche des yeux : chacune signale qu'un raisonnement précis a été mené, et son absence coûte des points même quand le calcul est juste.
1. Démontrer une limite par la définition. « Soit . Posons Soit . » L'ordre est le raisonnement : arrive en premier, est construit à partir de lui, n'apparaît qu'ensuite.
2. Obtenir l'existence d'une limite sans en connaître la valeur. « La suite est croissante et majorée, donc elle converge d'après le théorème de la limite monotone. » Les deux hypothèses sont nommées, le théorème aussi, et la conclusion s'arrête à la convergence.
3. Établir une impossibilité ou réfuter une affirmation. « Supposons par l'absurde que … » Elle s'accompagne toujours de ce qui la conclut : un contre-exemple exhibé, ou une contradiction explicitement désignée.
4. Passer à la limite dans une inégalité. « Cette inégalité est large : le passage à la limite la conserve, mais une inégalité stricte ne donne qu'une inégalité large. » Elle prévient l'erreur la plus fréquente du chapitre, et montre qu'on a vérifié le sens de l'inégalité avant de s'en servir.
5. Démontrer qu'une suite n'a pas de limite. « La suite extraite tend vers et tend vers : la suite n'a donc pas de limite. » Deux extraites, deux limites différentes : des valeurs isolées ne prouveraient rien.
6. Identifier la limite d'une suite récurrente. « La continuité de étant admise ici, le passage à la limite dans la relation de récurrence donne . » Elle vient toujours après une phrase du type 2, et elle mentionne l'hypothèse admise.
Ces six phrases ne sont pas des formules magiques : chacune n'est correcte que si ses hypothèses ont été vérifiées juste avant. La phrase 2 ne vaut rien sans la démonstration de la croissance et de la majoration, la phrase 6 sans la phrase 2, la phrase 5 sans le calcul des deux limites annoncées. Une phrase-type recopiée sans son travail préparatoire ne trompe aucun correcteur.
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.