Chargement du chapitre…
Tale techno · Chapitre 03 · Analyse
Solution de 10ˣ = b, propriétés algébriques, équations du type aˣ = b et xᵃ = b, repères semi-logarithmiques.
Au chapitre précédent, nous avons étudié les fonctions exponentielles et nous avons buté sur un problème très concret. Un capital de € est visé, on place € à par an, et on veut savoir au bout de combien de temps l'objectif est atteint. Cela revient à résoudre l'équation . Nous avions dû avancer à tâtons : construire une table de valeurs à la calculatrice, encadrer la solution entre deux valeurs, affiner pas à pas... pour conclure que la solution valait environ . Efficace, mais laborieux, et surtout approximatif : aucune formule ne nous permettait d'isoler dans .
Ce chapitre apporte enfin l'outil exact qui nous manquait. L'idée est simple : puisque la difficulté vient de l'inconnue coincée en exposant, il nous faut une fonction capable de « faire redescendre » l'exposant. Cette fonction existe : c'est la fonction réciproque de , appelée logarithme décimal. Elle répond à la question « élevé à quelle puissance donne ce nombre ? ».
Avec elle, les équations du type se résolvent en deux lignes, les problèmes d'annuités et de taux moyen deviennent des calculs directs, et on découvre au passage un outil utilisé partout en sciences : le pH en chimie, les décibels en acoustique, la magnitude des séismes. Le problème laissé en suspens au chapitre précédent va trouver sa solution exacte.
Partons de l'équation , où est un nombre donné et l'inconnue. Que sait-on de la fonction depuis le chapitre précédent ?
Graphiquement, si , la droite horizontale d'équation coupe la courbe de en un point et un seul. L'équation admet donc une unique solution. Ce nombre mérite un nom.
Définition
Soit un réel strictement positif. On appelle logarithme décimal de , noté (ou ), l'unique solution de l'équation .
Autrement dit : est l'exposant qu'il faut donner à pour obtenir .
Attention — le logarithme d'un nombre négatif ou nul n'existe pas : est toujours strictement positif, donc l'équation n'a aucune solution si . Écrire ou n'a pas de sens, et la calculatrice renverra une erreur.
La définition donne immédiatement les logarithmes des puissances de : l'exposant à donner à pour obtenir , c'est... lui-même.
Propriété
Pour tout entier relatif : .
Plus généralement, pour tout réel : , et pour tout réel : .
Les fonctions et « se défont » l'une l'autre : on dit qu'elles sont réciproques.
Quelques valeurs à connaître par cœur, directement issues de cette propriété :
a.
b.
c.
d.
e.
f.
Pour tous les autres nombres, on utilise la calculatrice.
Méthode
Calculer un logarithme à la calculatrice Acquis depuis : première (ens. scient.).
log (elle est présente sur toutes les calculatrices, souvent au-dessus ou à côté de la touche 10^x : ce n'est pas un hasard, ce sont les fonctions réciproques).log( puis le nombre, fermer la parenthèse et valider.Exemple
À la calculatrice, arrondis au millième :
Vérifions la cohérence : , et sont compris entre et , leurs logarithmes sont bien compris entre et . Et l'on peut contrôler la définition : , c'est bien l'exposant qu'il faut donner à pour obtenir .
Autre exemple : . Cohérent : est entre et , donc son logarithme est entre et .
Enfin, le signe de se lit sur les valeurs remarquables : sert de frontière.
Propriété
Pour tout réel :
Le logarithme hérite son sens de variation de la fonction . Prenons deux nombres et avec . Leurs logarithmes sont les exposants qui donnent et : comme est strictement croissante, obtenir un résultat plus grand ( au lieu de ) exige un exposant plus grand. Donc .
Propriété
La fonction est définie et strictement croissante sur .
Conséquence essentielle : pour tous réels et ,
Appliquer aux deux membres d'une inégalité entre nombres strictement positifs conserve le sens de l'inégalité. C'est ce qui nous autorisera à résoudre des inéquations.
La courbe passe par et . Près de , elle descend indéfiniment : plus se rapproche de , plus prend des valeurs négatives sans limite basse (souvenez-vous : , ...). La courbe se rapproche de l'axe des ordonnées sans jamais le toucher.
Remarquez la croissance très lente de cette fonction : pour que atteigne seulement , il faut aller jusqu'à . Pour atteindre , il faut . Le logarithme « écrase » les grands nombres, et c'est précisément ce qui le rendra utile pour les échelles logarithmiques de la fin du chapitre.
Voici les formules qui font la puissance du logarithme : elles transforment les produits en sommes, et les puissances en multiplications. C'est l'héritage direct des propriétés des exposants ().
Propriété
Pour tous réels et , et tout entier naturel :
La première formule (le produit) peut être admise : elle traduit le fait que multiplier les nombres revient à additionner les exposants. Les autres s'en déduisent. Montrons par exemple la formule 4. On calcule de deux façons :
Donc , c'est-à-dire . La formule 3 s'obtient de la même manière en écrivant .
Attention, le piège classique : il n'existe aucune formule pour . En particulier . Vérifiez-le : , alors que . Le logarithme transforme les produits en sommes, pas les sommes.
Méthode
Transformer une écriture avec les logarithmes
Exemple
Exprimer en fonction de , puis donner une valeur approchée (avec ).
Calcul de . On écrit , donc :
Calcul de . On écrit , donc :
Calcul de . On écrit , donc :
La calculatrice confirme ces trois valeurs.
Expression littérale. Simplifions, pour :
On développe chaque terme : , et . Donc :
Nous voici au cœur du chapitre : tenir enfin la promesse de l'introduction.
Un point d'honnêteté d'abord. Le programme énonce la formule pour entier naturel. Pour résoudre avec réel, nous avons besoin de plus : on admet que cette formule reste vraie pour tout exposant réel :
Méthode
Résoudre (avec , et )
Exemple
La boucle est bouclée. Reprenons le problème du chapitre précédent : .
Étape 1. On isole la puissance en divisant par :
Étapes 2 et 3. On applique : .
Étape 4. On divise par :
On retrouve la valeur « environ » obtenue laborieusement par table de valeurs, mais cette fois en deux lignes et avec une valeur exacte : . Le capital dépasse € au cours de la dixième année.
Ici l'inconnue est la base et l'exposant est connu. Deux voies mènent au résultat, pour :
Les deux voies donnent le même résultat : à vous de choisir la plus confortable.
Exemple
Taux d'évolution moyen. Le chiffre d'affaires d'une entreprise a été multiplié par en ans. Quel est le taux d'évolution annuel moyen ?
On cherche le coefficient multiplicateur annuel moyen tel que .
Voie 1 (racine quatrième) : .
Voie 2 (logarithme) : , donc , puis .
Dans les deux cas : le taux d'évolution annuel moyen est d'environ .
Le principe est le même, avec un point de vigilance capital au moment de diviser par : son signe dépend de .
Méthode
Résoudre (avec , et )
Exemple
Cas . Résolvons .
On applique : . Comme , on divise sans changer le sens :
L'ensemble des solutions est .
Cas . Un médicament s'élimine de par heure : la quantité restante est multipliée par chaque heure. Au bout de combien de temps reste-t-il moins de la moitié de la dose ? On résout .
On applique : . Attention : , donc la division change le sens de l'inégalité :
Il reste moins de la moitié de la dose au bout d'environ heures, soit h min environ.
Dans les problèmes concrets (annuités, années, mois), l'inconnue est souvent un entier naturel. La démarche : résoudre d'abord comme si l'inconnue était réelle, puis prendre le bon entier.
Exemple
Nombre d'annuités. Un capital est placé à par an (intérêts composés). Au bout de combien d'années aura-t-il au moins doublé ?
Le capital est multiplié par chaque année : on cherche le plus petit entier naturel tel que .
On applique : . Comme , le sens est conservé :
Le plus petit entier vérifiant est . Le capital a doublé au bout de années.
Vérification à la calculatrice : et . C'est cohérent.
Le logarithme décimal d'un nombre renseigne immédiatement sur sa taille. Un nombre compris entre et (trois chiffres avant la virgule pour un entier) a un logarithme compris entre et . Cette observation se généralise.
Propriété
Soit un réel strictement positif. Si avec entier, alors : l'ordre de grandeur de est .
En particulier, si est un entier strictement positif, alors possède exactement chiffres dans son écriture décimale :
Exemple
Combien de chiffres possède ? Ce nombre est bien trop grand pour être affiché entièrement par la calculatrice, mais le logarithme répond sans effort :
On a donc , c'est-à-dire .
Conclusion : est de l'ordre de grandeur de et son écriture décimale comporte chiffres. (Sa valeur exacte commence par , soit environ : tout concorde.)
Certaines grandeurs physiques varient sur des plages immenses : la concentration en ions d'une solution chimique va de à mol/L, l'intensité d'un son du seuil d'audibilité ( W/m²) au décollage d'un avion ( W/m²). Représenter de tels écarts sur un axe classique est impossible : les petites valeurs seraient toutes écrasées contre zéro. La solution : graduer l'axe avec le logarithme de la grandeur, qui ramène ces plages gigantesques à des intervalles maniables. C'est exactement la « croissance très lente » observée plus haut, mise à profit.
Trois échelles logarithmiques célèbres :
Dans un repère semi-logarithmique, l'axe des abscisses est gradué normalement, mais l'axe des ordonnées est gradué en puissances de (, , , ... régulièrement espacées). L'intérêt est spectaculaire pour les évolutions exponentielles : si , alors
Le logarithme de est une expression affine de : dans le repère semi-logarithmique, la courbe exponentielle devient une droite, de pente . Repérer une droite dans un tel repère, c'est diagnostiquer une croissance exponentielle : un réflexe précieux en sciences de l'ingénieur comme en biologie (croissance d'une population de bactéries).
Méthode
Les réflexes du chapitre Acquis depuis : première (ens. scient.).
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. Une séance ciblée sur ce chapitre, et vous repartez au minimum avec une méthode.