Tale techno · Chapitre 03 · Analyse

Fonction logarithme décimal

Solution de 10ˣ = b, propriétés algébriques, équations du type aˣ = b et xᵃ = b, repères semi-logarithmiques.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Solution de 10ˣ = b
  • Propriétés algébriques
  • Équations du type aˣ = b et xᵃ = b
  • Repères semi-logarithmiques

Au chapitre précédent, nous avons étudié les fonctions exponentielles xax et nous avons buté sur un problème très concret. Un capital de 25000 € est visé, on place 12000 € à 8% par an, et on veut savoir au bout de combien de temps l'objectif est atteint. Cela revient à résoudre l'équation 12000×1,08x=25000. Nous avions dû avancer à tâtons : construire une table de valeurs à la calculatrice, encadrer la solution entre deux valeurs, affiner pas à pas... pour conclure que la solution valait environ 9,5. Efficace, mais laborieux, et surtout approximatif : aucune formule ne nous permettait d'isoler x dans ax=b.

Ce chapitre apporte enfin l'outil exact qui nous manquait. L'idée est simple : puisque la difficulté vient de l'inconnue coincée en exposant, il nous faut une fonction capable de « faire redescendre » l'exposant. Cette fonction existe : c'est la fonction réciproque de x10x, appelée logarithme décimal. Elle répond à la question « 10 élevé à quelle puissance donne ce nombre ? ».

Avec elle, les équations du type ax=b se résolvent en deux lignes, les problèmes d'annuités et de taux moyen deviennent des calculs directs, et on découvre au passage un outil utilisé partout en sciences : le pH en chimie, les décibels en acoustique, la magnitude des séismes. Le problème laissé en suspens au chapitre précédent va trouver sa solution exacte.

Le logarithme décimal

Partons de l'équation 10x=b, où b est un nombre donné et x l'inconnue. Que sait-on de la fonction x10x depuis le chapitre précédent ?

  • elle est strictement croissante sur R ;
  • elle ne prend que des valeurs strictement positives, et elle les prend toutes : sa courbe monte depuis des valeurs proches de 0 (pour x très négatif) jusqu'à des valeurs aussi grandes qu'on veut.

Graphiquement, si b>0, la droite horizontale d'équation y=b coupe la courbe de x10x en un point et un seul. L'équation 10x=b admet donc une unique solution. Ce nombre mérite un nom.

Définition

Soit b un réel strictement positif. On appelle logarithme décimal de b, noté logb (ou log(b)), l'unique solution de l'équation 10x=b.

Autrement dit : logb est l'exposant qu'il faut donner à 10 pour obtenir b.

10logb=b

Attention — le logarithme d'un nombre négatif ou nul n'existe pas : 10x est toujours strictement positif, donc l'équation 10x=b n'a aucune solution si b0. Écrire log(5) ou log0 n'a pas de sens, et la calculatrice renverra une erreur.

La définition donne immédiatement les logarithmes des puissances de 10 : l'exposant à donner à 10 pour obtenir 10n, c'est... n lui-même.

Propriété

Pour tout entier relatif n : log(10n)=n.

Plus généralement, pour tout réel x : log(10x)=x, et pour tout réel b>0 : 10logb=b.

Les fonctions x10x et xlogx « se défont » l'une l'autre : on dit qu'elles sont réciproques.

Quelques valeurs à connaître par cœur, directement issues de cette propriété :

a. log1=log(100)=0

b. log10=log(101)=1

c. log100=log(102)=2

d. log1000=log(103)=3

e. log0,1=log(101)=1

f. log0,01=log(102)=2

Pour tous les autres nombres, on utilise la calculatrice.

Méthode

Calculer un logarithme à la calculatrice

  1. Repérer la touche log (elle est présente sur toutes les calculatrices, souvent au-dessus ou à côté de la touche 10^x : ce n'est pas un hasard, ce sont les fonctions réciproques).
  2. Saisir log( puis le nombre, fermer la parenthèse et valider.
  3. Vérifier la cohérence du résultat : le logarithme d'un nombre compris entre 1 et 10 doit être compris entre 0 et 1, celui d'un nombre entre 10 et 100 entre 1 et 2, etc.

Exemple

À la calculatrice, arrondis au millième :

log20,301log30,477log70,845

Vérifions la cohérence : 2, 3 et 7 sont compris entre 1 et 10, leurs logarithmes sont bien compris entre 0 et 1. Et l'on peut contrôler la définition : 100,3012,000, c'est bien l'exposant qu'il faut donner à 10 pour obtenir 2.

Autre exemple : log5002,699. Cohérent : 500 est entre 100=102 et 1000=103, donc son logarithme est entre 2 et 3.

Enfin, le signe de logb se lit sur les valeurs remarquables : log1=0 sert de frontière.

Propriété

Pour tout réel b>0 :

  • si 0<b<1, alors logb<0 ;
  • si b=1, alors logb=0 ;
  • si b>1, alors logb>0.

Sens de variation et courbe

Le logarithme hérite son sens de variation de la fonction x10x. Prenons deux nombres a et b avec 0<a<b. Leurs logarithmes sont les exposants qui donnent a et b : comme 10x est strictement croissante, obtenir un résultat plus grand (b au lieu de a) exige un exposant plus grand. Donc loga<logb.

Propriété

La fonction xlogx est définie et strictement croissante sur ]0;+[.

Conséquence essentielle : pour tous réels a>0 et b>0,

loga<logb    a<b

Appliquer log aux deux membres d'une inégalité entre nombres strictement positifs conserve le sens de l'inégalité. C'est ce qui nous autorisera à résoudre des inéquations.

Courbe représentative de la fonction logarithme décimal entre 0 exclu et 12 : courbe strictement croissante, négative entre 0 et 1, positive au-delà de 1, passant par les points de coordonnées 1 et 0 puis 10 et 1 qui sont marqués ; près de 0 la courbe descend indéfiniment le long de l'axe des ordonnées.

La courbe passe par (1;0) et (10;1). Près de 0, elle descend indéfiniment : plus x se rapproche de 0, plus logx prend des valeurs négatives sans limite basse (souvenez-vous : log0,01=2, log0,000001=6...). La courbe se rapproche de l'axe des ordonnées sans jamais le toucher.

xx
00
++\infty
logx\log x

Remarquez la croissance très lente de cette fonction : pour que logx atteigne seulement 3, il faut aller jusqu'à x=1000. Pour atteindre 6, il faut x=1000000. Le logarithme « écrase » les grands nombres, et c'est précisément ce qui le rendra utile pour les échelles logarithmiques de la fin du chapitre.

Propriétés algébriques

Voici les formules qui font la puissance du logarithme : elles transforment les produits en sommes, et les puissances en multiplications. C'est l'héritage direct des propriétés des exposants (10x×10y=10x+y).

Propriété

Pour tous réels a>0 et b>0, et tout entier naturel n :

  1. log(ab)=loga+logb
  2. log(an)=nloga
  3. log(ab)=logalogb
  4. log(1b)=logb

La première formule (le produit) peut être admise : elle traduit le fait que multiplier les nombres revient à additionner les exposants. Les autres s'en déduisent. Montrons par exemple la formule 4. On calcule log(b×1b) de deux façons :

log(b×1b)=log1=0etlog(b×1b)=logb+log(1b)

Donc logb+log(1b)=0, c'est-à-dire log(1b)=logb. La formule 3 s'obtient de la même manière en écrivant ab=a×1b.

Attention, le piège classique : il n'existe aucune formule pour log(a+b). En particulier log(a+b)loga+logb. Vérifiez-le : log(10+10)=log201,301, alors que log10+log10=2. Le logarithme transforme les produits en sommes, pas les sommes.

Méthode

Transformer une écriture avec les logarithmes

  1. Décomposer le nombre (ou l'expression) en produits, quotients et puissances de facteurs simples : 2, 5, 10, 100...
  2. Appliquer les formules : produit somme, quotient différence, puissance multiplication par l'exposant.
  3. Remplacer les logarithmes connus (log10=1, log100=2...) et regrouper les termes semblables.

Exemple

Exprimer en fonction de log2, puis donner une valeur approchée (avec log20,301).

Calcul de log8. On écrit 8=23, donc :

log8=log(23)=3log23×0,301=0,903

Calcul de log50. On écrit 50=1002, donc :

log50=log100log2=2log21,699

Calcul de log0,2. On écrit 0,2=210, donc :

log0,2=log2log10=log210,699

La calculatrice confirme ces trois valeurs.

Expression littérale. Simplifions, pour a>0 :

A=log(10a)+log(a10)2loga

On développe chaque terme : log(10a)=log10+loga=1+loga, et log(a10)=loga1. Donc :

A=(1+loga)+(loga1)2loga=0

Résoudre des équations et des inéquations

Nous voici au cœur du chapitre : tenir enfin la promesse de l'introduction.

Un point d'honnêteté d'abord. Le programme énonce la formule log(an)=nloga pour n entier naturel. Pour résoudre ax=b avec x réel, nous avons besoin de plus : on admet que cette formule reste vraie pour tout exposant réel :

log(ax)=xlogapour tout reˊel x et tout reˊel a>0

Équations du type ax=b

Méthode

Résoudre ax=b (avec a>0, a1 et b>0)

  1. Isoler la puissance : mettre l'équation sous la forme ax=b.
  2. Appliquer log aux deux membres : log(ax)=logb.
  3. Faire descendre l'exposant : xloga=logb.
  4. Diviser par loga (qui n'est pas nul puisque a1) :
x=logbloga
  1. Donner la valeur exacte, puis une valeur approchée à la calculatrice.

Exemple

La boucle est bouclée. Reprenons le problème du chapitre précédent : 12000×1,08x=25000.

Étape 1. On isole la puissance en divisant par 12000 :

1,08x=2500012000=2512

Étapes 2 et 3. On applique log : xlog1,08=log(2512).

Étape 4. On divise par log1,08>0 :

x=log(2512)log1,080,31880,03349,54

On retrouve la valeur « environ 9,5 » obtenue laborieusement par table de valeurs, mais cette fois en deux lignes et avec une valeur exacte : x=log(25/12)log1,08. Le capital dépasse 25000 € au cours de la dixième année.

Équations du type xa=b

Ici l'inconnue est la base et l'exposant a est connu. Deux voies mènent au résultat, pour x>0 :

  • la racine a-ième (vue au chapitre précédent) : xa=b donne directement x=b1/a ;
  • le logarithme : log(xa)=logb donne alogx=logb, donc logx=logba, puis x=10logb/a.

Les deux voies donnent le même résultat : à vous de choisir la plus confortable.

Exemple

Taux d'évolution moyen. Le chiffre d'affaires d'une entreprise a été multiplié par 1,6 en 4 ans. Quel est le taux d'évolution annuel moyen ?

On cherche le coefficient multiplicateur annuel moyen c>0 tel que c4=1,6.

Voie 1 (racine quatrième) : c=1,61/41,1247.

Voie 2 (logarithme) : 4logc=log1,6, donc logc=log1,640,204140,0510, puis c=100,05101,125.

Dans les deux cas c1,125 : le taux d'évolution annuel moyen est d'environ 12,5%.

Inéquations du type ax<b

Le principe est le même, avec un point de vigilance capital au moment de diviser par loga : son signe dépend de a.

Méthode

Résoudre ax<b (avec a>0, a1 et b>0)

  1. Appliquer log aux deux membres. Comme log est strictement croissante, le sens de l'inégalité est conservé : xloga<logb.
  2. Regarder le signe de loga avant de diviser :
    • si a>1, alors loga>0 : on divise sans changer le sens, x<logbloga ;
    • si 0<a<1, alors loga<0 : on divise en changeant le sens, x>logbloga.
  3. Conclure par un intervalle, avec valeur approchée si besoin.

Exemple

Cas a>1. Résolvons 2x<50.

On applique log : xlog2<log50. Comme log20,301>0, on divise sans changer le sens :

x<log50log21,6990,3015,64

L'ensemble des solutions est ];log50log2[.

Cas 0<a<1. Un médicament s'élimine de 10% par heure : la quantité restante est multipliée par 0,9 chaque heure. Au bout de combien de temps reste-t-il moins de la moitié de la dose ? On résout 0,9x<0,5.

On applique log : xlog0,9<log0,5. Attention : log0,90,0458<0, donc la division change le sens de l'inégalité :

x>log0,5log0,90,3010,04586,58

Il reste moins de la moitié de la dose au bout d'environ 6,6 heures, soit 6 h 35 min environ.

Inéquations du type an<b ou anb, avec n entier naturel

Dans les problèmes concrets (annuités, années, mois), l'inconnue est souvent un entier naturel. La démarche : résoudre d'abord comme si l'inconnue était réelle, puis prendre le bon entier.

Exemple

Nombre d'annuités. Un capital est placé à 3% par an (intérêts composés). Au bout de combien d'années aura-t-il au moins doublé ?

Le capital est multiplié par 1,03 chaque année : on cherche le plus petit entier naturel n tel que 1,03n2.

On applique log : nlog1,03log2. Comme log1,030,0128>0, le sens est conservé :

nlog2log1,030,3010,012823,45

Le plus petit entier vérifiant n23,45 est n=24. Le capital a doublé au bout de 24 années.

Vérification à la calculatrice : 1,03231,974<2 et 1,03242,0332. C'est cohérent.

Ordre de grandeur et nombre de chiffres

Le logarithme décimal d'un nombre renseigne immédiatement sur sa taille. Un nombre compris entre 100 et 1000 (trois chiffres avant la virgule pour un entier) a un logarithme compris entre 2 et 3. Cette observation se généralise.

Propriété

Soit N un réel strictement positif. Si plogN<p+1 avec p entier, alors 10pN<10p+1 : l'ordre de grandeur de N est 10p.

En particulier, si N est un entier strictement positif, alors N possède exactement p+1 chiffres dans son écriture décimale :

nombre de chiffres de N=partie entieˋre de logN, plus 1

Exemple

Combien de chiffres possède 2100 ? Ce nombre est bien trop grand pour être affiché entièrement par la calculatrice, mais le logarithme répond sans effort :

log(2100)=100log2100×0,30103=30,103

On a donc 30log(2100)<31, c'est-à-dire 10302100<1031.

Conclusion : 2100 est de l'ordre de grandeur de 1030 et son écriture décimale comporte 30+1=31 chiffres. (Sa valeur exacte commence par 1267650..., soit environ 1,27×1030 : tout concorde.)

Échelles logarithmiques

Certaines grandeurs physiques varient sur des plages immenses : la concentration en ions d'une solution chimique va de 1 à 1014 mol/L, l'intensité d'un son du seuil d'audibilité (1012 W/m²) au décollage d'un avion (102 W/m²). Représenter de tels écarts sur un axe classique est impossible : les petites valeurs seraient toutes écrasées contre zéro. La solution : graduer l'axe avec le logarithme de la grandeur, qui ramène ces plages gigantesques à des intervalles maniables. C'est exactement la « croissance très lente » observée plus haut, mise à profit.

Trois échelles logarithmiques célèbres :

  • Le pH (chimie, ST2S et STL) : pH=log[H3O+], où [H3O+] est la concentration en ions oxonium en mol/L. Une eau neutre a une concentration de 107 mol/L, donc un pH de log(107)=7. Gagner un point de pH, c'est diviser la concentration par 10.
  • Le niveau sonore (acoustique, STI2D) : L=10log(II0) en décibels (dB), avec I0=1012 W/m² l'intensité de référence. Une conversation à I=105 W/m² donne L=10log(107)=70 dB. Chaque fois que l'intensité est multipliée par 10, le niveau sonore ne gagne que 10 dB.
  • La magnitude des séismes : une magnitude de plus sur l'échelle de Richter correspond à une amplitude des ondes multipliée par 10.

Le repère semi-logarithmique

Dans un repère semi-logarithmique, l'axe des abscisses est gradué normalement, mais l'axe des ordonnées est gradué en puissances de 10 (1, 10, 100, 1000... régulièrement espacées). L'intérêt est spectaculaire pour les évolutions exponentielles : si y=k×ax, alors

logy=logk+xloga

Le logarithme de y est une expression affine de x : dans le repère semi-logarithmique, la courbe exponentielle devient une droite, de pente loga. Repérer une droite dans un tel repère, c'est diagnostiquer une croissance exponentielle : un réflexe précieux en sciences de l'ingénieur comme en biologie (croissance d'une population de bactéries).

Deux repères côte à côte représentant la même croissance exponentielle y égale 5 fois 2 puissance x : à gauche, dans un repère classique, la courbe reste d'abord écrasée près de l'axe puis explose vers le haut ; à droite, dans un repère semi-logarithmique dont l'axe vertical est gradué en puissances de 10, la même évolution devient une droite.

À retenir

Méthode

Les réflexes du chapitre

  1. logb = l'exposant à donner à 10 pour obtenir b. Il n'existe que pour b>0. Repères : log1=0, log10=1, log(10n)=n.
  2. Le logarithme est strictement croissant : loga<logb    a<b (pour a,b>0). On peut appliquer log aux deux membres d'une équation ou d'une inégalité entre nombres strictement positifs.
  3. Produits en sommes : log(ab)=loga+logb, log(ab)=logalogb, log(an)=nloga. Et jamais de formule pour log(a+b) !
  4. Équation ax=b : appliquer log, faire descendre l'exposant, conclure x=logbloga.
  5. Inéquation ax<b : avant de diviser par loga, vérifier son signe. Si 0<a<1, le sens de l'inégalité change.
  6. Inconnue entière (anb) : résoudre en réel, puis prendre le plus petit entier qui convient, et vérifier à la calculatrice.
  7. Nombre de chiffres d'un entier N : partie entière de logN, plus 1. Et logN donne l'ordre de grandeur 10p.

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