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Tale techno · Chapitre 04 · Analyse
Comportement aux bornes, dérivée, asymptotes (approche intuitive), combinaisons avec des polynômes de degré ≤ 3.
Une classe organise une sortie de fin d'année et loue un car pour la journée. Le transporteur facture un prix fixe de €, quel que soit le nombre de participants. Si élèves s'inscrivent, chacun paie € ; s'ils sont , la part descend à € ; s'ils sont , à €. Le coût par personne est donné par la formule , où désigne le nombre de participants : plus le groupe est nombreux, moins chacun paie, mais la part ne descend jamais tout à fait à zéro.
Cette situation de partage se retrouve partout en économie et en gestion : prix unitaire d'un lot acheté en gros, coût moyen d'un objet quand les frais fixes se répartissent sur la production, débit par utilisateur d'une connexion partagée. Derrière toutes ces grandeurs se cache une seule et même fonction, croisée en seconde parmi les fonctions de référence : la fonction inverse, qui à chaque nombre non nul associe .
Ce chapitre lui est consacré. Nous allons d'abord la (re)découvrir avec sa courbe si particulière, puis comprendre son comportement extrême : que devient quand est immense, ou au contraire tout proche de ? Nous calculerons ensuite sa dérivée en réinvestissant le taux de variation vu en première, et nous saurons enfin étudier des fonctions qui combinent la fonction inverse avec les polynômes déjà connus. C'est exactement l'outillage nécessaire pour répondre à la question du transporteur, et à bien d'autres.
Une seule opération est impossible avec les nombres réels : la division par zéro. La formule a donc un sens pour tous les réels sauf un.
Définition
La fonction inverse est la fonction qui, à tout réel non nul, associe son inverse :
Le nombre est une valeur interdite : on ne peut pas diviser par . L'ensemble de définition de la fonction inverse est donc
Avant toute étude, assurons-nous que les calculs d'images et d'antécédents sont bien en place.
Exemple
Images. L'image de est . L'image de est : prendre l'inverse deux fois de suite redonne le nombre de départ. L'image de est : l'inverse d'une fraction s'obtient en échangeant numérateur et dénominateur.
Antécédent. Quel nombre a pour image ? On résout , ce qui donne . Chaque nombre non nul admet exactement un antécédent : son propre inverse.
Commençons l'étude par une table de valeurs, avec des nombres simples de part et d'autre de la valeur interdite.
Deux observations sautent aux yeux. D'abord, les valeurs se répondent : l'inverse de est , et l'inverse de est . Ensuite, aucune valeur n'est calculée en , et la courbe va en garder la trace : elle est constituée de deux branches séparées, une pour les négatifs, une pour les positifs. Cette courbe porte un nom : c'est une hyperbole.
La courbe passe par les points de coordonnées et : chacun de ces deux nombres est son propre inverse. Et les deux branches ne sont pas disposées au hasard.
Propriété
Pour tout réel non nul, l'inverse de est l'opposé de l'inverse de :
Autrement dit, si le point de coordonnées appartient à l'hyperbole, alors le point lui appartient aussi. La courbe de la fonction inverse est symétrique par rapport à l'origine du repère.
Concrètement, connaître la branche de droite suffit : la branche de gauche s'en déduit en faisant tourner la figure d'un demi-tour autour de l'origine.
Dernière remarque de lecture : l'inverse d'un nombre positif est positif, l'inverse d'un nombre négatif est négatif. Le quotient est donc toujours du même signe que . C'est visible sur la figure : la branche de droite est entièrement au-dessus de l'axe des abscisses, la branche de gauche entièrement en dessous.
L'ensemble de définition a quatre « extrémités » : très loin à gauche, très loin à droite, et de chaque côté de la valeur interdite . Que fait la fonction inverse dans ces zones extrêmes ? Les ordres de grandeur donnent la réponse.
Quand devient très grand :
Quand est positif et se rapproche de :
La logique est limpide : l'inverse d'un très grand nombre est un nombre minuscule, et l'inverse d'un nombre minuscule est un très grand nombre. C'est le phénomène du car de l'introduction : avec énormément de participants, la part de chacun devient dérisoire ; avec très peu de participants, elle explose. Du côté des nombres négatifs, le même phénomène se produit avec le signe moins : l'inverse de vaut , tout proche de , et l'inverse de vaut .
Propriété
Comportement de la fonction inverse aux bornes de son ensemble de définition.
Traduisons ces quatre comportements sur la courbe. Loin de l'origine, à droite comme à gauche, l'hyperbole s'aplatit le long de l'axe des abscisses : elle s'en rapproche de plus en plus, sans jamais le rejoindre. Près de la valeur interdite, elle grimpe (ou plonge) le long de l'axe des ordonnées : plus est proche de , plus la courbe est haute (à droite) ou basse (à gauche), et elle serre cet axe d'aussi près que l'on veut. Ce comportement de « droite guide » que la courbe vient longer mérite un nom.
Définition
Lorsqu'une courbe se rapproche d'une droite autant que l'on veut, sans jamais la toucher, on dit que cette droite est asymptote à la courbe.
Pour l'hyperbole de la fonction inverse :
Exemple
Reprenons le car de l'introduction : la part de chacun vaut euros pour participants. Cette fonction se comporte comme la fonction inverse, simplement dilatée par le facteur .
Quand le nombre de participants explose, la part fond : € chacun pour participants, € pour . Elle se rapproche de ... sans jamais l'atteindre : le transporteur facture €, il y aura toujours quelque chose à payer. La droite horizontale d'équation est asymptote à la courbe de , et cette asymptote a ici un sens concret : « gratuit » est un plancher dont on s'approche mais qu'on ne touche jamais.
À l'inverse, si presque personne ne s'inscrit, la part s'envole : € chacun pour participants, € pour un seul. Le modèle mathématique va plus loin que la réalité (on ne peut pas avoir participant !), mais la tendance est fidèle : plus est petit, plus la part est écrasante.
Insistons sur un point : l'hyperbole ne coupe jamais les axes. Elle ne coupe pas l'axe des ordonnées puisque est une valeur interdite : il n'y a aucun point de la courbe d'abscisse . Et elle ne coupe pas l'axe des abscisses non plus : un quotient est nul uniquement lorsque son numérateur est nul, or le numérateur de vaut toujours . L'équation n'a donc aucune solution. Se rapprocher de autant que l'on veut, oui ; valoir , jamais.
La courbe descend visiblement sur chacune de ses deux branches. Pour le prouver, dérivons la fonction inverse. Elle ne figure pas dans le catalogue des dérivées de première (constante, , , ) : nous allons donc revenir à la source, la définition du nombre dérivé à partir du taux de variation. C'est la démonstration centrale du chapitre.
Rappel de première : le nombre dérivé de en est la valeur dont se rapproche le taux de variation lorsque se rapproche de .
Prenons un réel non nul, et un réel non nul assez petit pour que soit lui aussi non nul. Calculons le taux de variation de la fonction inverse entre et .
Étape 1 : simplifier le numérateur. On réduit la différence des deux inverses au même dénominateur :
Étape 2 : diviser par . Diviser par , c'est multiplier par , et le du numérateur se simplifie :
Étape 3 : rapprocher de . Lorsque se rapproche de , la quantité se rapproche de , donc le taux de variation se rapproche de :
Le nombre dérivé de la fonction inverse en est donc , et ceci pour n'importe quel réel non nul.
Propriété
La fonction inverse est dérivable sur chacun des intervalles et , et pour tout réel non nul :
Le signe de cette dérivée se lit immédiatement : est strictement positif pour tout non nul, donc est strictement négatif. La dérivée ne s'annule jamais et reste négative partout : la fonction inverse est strictement décroissante sur et strictement décroissante sur .
Attention à la formulation : décroissante sur chacun des deux intervalles, séparément. Il serait faux de dire qu'elle est décroissante « sur son ensemble de définition » tout entier. En effet, si c'était le cas, de on devrait pouvoir déduire ; or et , donc . En franchissant la valeur interdite, la fonction saute des valeurs négatives aux valeurs positives, et l'inégalité attendue s'effondre. La double barre du tableau de variations est là pour matérialiser cette rupture.
Sur chaque intervalle, la flèche descend : à gauche, la courbe descend depuis des valeurs proches de jusqu'à des valeurs très négatives ; à droite, elle descend depuis des valeurs immenses jusqu'à des valeurs proches de . On retrouve exactement les quatre comportements aux bornes de la section précédente.
Remarquons au passage que la dérivée ne s'annule jamais : l'hyperbole n'admet aucune tangente horizontale, ce qui est cohérent avec l'absence totale d'extremum. En revanche, on sait calculer la tangente en n'importe quel point, avec la formule de première.
Exemple
Déterminons l'équation de la tangente à l'hyperbole au point d'abscisse .
On applique la formule avec . Ici et , donc :
La tangente au point est la droite d'équation . Son coefficient directeur est négatif, comme partout sur l'hyperbole : en chaque point, la tangente descend, trace visible de la décroissance.
Le programme demande d'étudier des fonctions construites en additionnant la fonction inverse (éventuellement multipliée par un coefficient) et un polynôme de degré au maximum : des fonctions de la forme
où est un polynôme et un réel. Bonne nouvelle : tout l'outillage de première s'applique. La dérivée d'une somme est la somme des dérivées, le polynôme se dérive terme à terme comme d'habitude, et il ne manque qu'une seule brique : la dérivée de .
Propriété
Soit un réel. La fonction , définie pour tout non nul, a pour dérivée :
En effet, , et multiplier une fonction par une constante multiplie sa dérivée par cette constante : on obtient .
Par exemple, la dérivée de est , et celle de est . L'étude complète d'une telle fonction suit toujours le même chemin.
Méthode
Étudier une fonction du type Acquis depuis : première spé.
Exemple
Étudions la fonction définie sur par .
Dérivée. On dérive terme à terme : la dérivée de est , celle de est . Donc pour tout :
Même dénominateur. On écrit pour regrouper :
On a factorisé grâce à l'identité remarquable .
Signe de la dérivée. Sur , le dénominateur est strictement positif, et le facteur aussi. Le signe de est donc celui de : négatif sur , nul en , positif sur .
Variations. La fonction décroît puis croît : elle atteint un minimum en , qui vaut
Sur , la fonction admet donc un minimum égal à , atteint en . Au point de coordonnées , la tangente à la courbe est horizontale : c'est la signature graphique de l'extremum, exactement comme en première.
On reconnaît sur la courbe l'influence des deux morceaux : près de , le terme domine et propulse la courbe vers le haut ; pour les grandes valeurs de , ce même terme devient négligeable et c'est le terme qui impose la remontée.
Voici le contexte économique type dans lequel ces fonctions apparaissent. Une entreprise fabrique objets ; son coût total de production , en euros, comporte des frais fixes (locaux, machines : à payer même sans produire) et des coûts qui augmentent avec la production. Ce coût total est modélisé par un polynôme. La question qui intéresse le gestionnaire n'est pas seulement « combien coûte la production ? » mais « combien coûte chaque objet en moyenne ? ». Le coût moyen par objet s'obtient en divisant le coût total par le nombre d'objets :
Un obstacle surgit aussitôt : est un quotient, et nous ne savons pas dériver un quotient. Inutile pourtant d'attendre un futur chapitre : une simple réécriture ramène dans le monde que nous maîtrisons.
Méthode
Étudier un coût moyen
On ne sait pas dériver un quotient : on réécrit d'abord comme une somme, en divisant chaque terme du coût total par . Les termes en , et constants deviennent des termes en , des constantes et des termes en : on retombe sur une combinaison « polynôme », que l'on sait dériver terme à terme. Ce n'est qu'après cette réécriture que l'on dérive.
Exemple
Le coût total de production de objets est modélisé par (en euros), pour . Les € représentent les frais fixes.
Réécriture du coût moyen. On divise chaque terme par :
C'est bien une combinaison d'un polynôme (ici affine) et de la fonction inverse.
Dérivée et signe. Terme à terme, pour tout :
Le dénominateur est strictement positif ; le numérateur s'annule lorsque , c'est-à-dire en (seule racine positive). Il est négatif sur et positif sur .
Variations et minimum. Le coût moyen décroît puis croît, avec un minimum en :
Interprétation concrète. La production la plus efficace est de objets : c'est là que chaque objet revient le moins cher, soit € pièce. En produisant très peu, les frais fixes de € pèsent lourdement sur chaque unité : pour objets, € pièce. En produisant beaucoup, ce sont les coûts de production croissants qui alourdissent la moyenne : pour objets, € pièce également. Le minimum du coût moyen indique la taille de production optimale.
C'est exactement la même mécanique qui gouverne le prix unitaire du car de l'introduction : une dépense fixe divisée par un nombre de parts fait apparaître un terme en , et l'étude de la fonction obtenue répond aux questions concrètes (à partir de combien de participants la part descend-elle sous un seuil donné ? quelle production minimise le coût par objet ?).
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. Une séance ciblée sur ce chapitre, et vous repartez au minimum avec une méthode.