Tale spé · Chapitre 11 · Analyse

Primitives et équations différentielles

Primitives de référence, équations y' = ay et y' = ay + b.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Primitives de référence
  • Équations y' = ay et y' = ay + b

Posez une tasse de café brûlant dans une pièce à 20 °C et observez-la refroidir. La physique ne nous dit pas directement quelle est la température θ(t) à l'instant t : elle nous dit comment cette température varie. La loi de Newton affirme que la vitesse de refroidissement est proportionnelle à l'écart avec la température ambiante — plus le café est chaud, plus il refroidit vite. Le même phénomène se retrouve partout : la tension aux bornes d'un condensateur qui se décharge diminue proportionnellement à sa valeur, la vitesse d'un parachutiste évolue selon les frottements qu'il subit, une population de bactéries croît proportionnellement à son effectif. Dans chaque cas, nous connaissons la vitesse de variation d'une grandeur, et nous cherchons la grandeur elle-même.

Traduites en langage mathématique, ces lois deviennent des équations d'un type nouveau : l'inconnue n'y est plus un nombre, mais une fonction, et l'équation relie cette fonction à sa dérivée. On les appelle équations différentielles. La loi de refroidissement s'écrit par exemple θ=k(θ20), où l'inconnue est la fonction θ tout entière. Ces équations sont le langage naturel des sciences : la mécanique, l'électricité, la chimie, la biologie ou l'économie formulent leurs modèles ainsi. Certaines font même intervenir la dérivée seconde, comme l'équation y+ω2y=0 qui régit les oscillations d'un pendule — nous nous limiterons cette année aux équations du premier ordre, où seule la dérivée première apparaît.

Ce chapitre s'organise autour de deux problèmes jumeaux. Le premier est l'équation y=f : retrouver une fonction dont on connaît la dérivée. C'est l'opération inverse de la dérivation, et la fonction cherchée s'appelle une primitive de f — nous en dresserons les tableaux, miroirs de ceux des dérivées. Le second est l'équation y=ay+b, où la dérivée dépend de la fonction elle-même : nous démontrerons que ses solutions s'expriment toutes à l'aide de l'exponentielle, ce qui explique l'omniprésence de cette fonction dans les modèles d'évolution. En fin de chapitre, la méthode d'Euler montrera comment approcher numériquement une solution lorsque le calcul exact est hors de portée.

L'équation y=f : la notion de primitive

Commençons par le premier problème : étant donnée une fonction f, trouver les fonctions dont la dérivée est f. Résoudre l'équation différentielle y=f, c'est exactement cela — et la solution porte un nom.

Définition

Primitive. Soit f une fonction définie sur un intervalle I. On appelle primitive de f sur I toute fonction F dérivable sur I telle que F=f, c'est-à-dire telle que pour tout xI :

F(x)=f(x).

Chercher une primitive, c'est donc lire le tableau des dérivées à l'envers : au lieu de partir de F pour calculer F, on part de f et l'on remonte vers F. Pour vérifier qu'une fonction proposée est bien une primitive, un seul geste suffit : la dériver.

Exemple

Une première primitive. Soit f définie sur R par f(x)=3x2. La fonction F:xx3 est dérivable sur R et F(x)=3x2=f(x) pour tout réel x : ainsi F est une primitive de f sur R.

Mais ce n'est pas la seule ! La fonction G:xx37 vérifie elle aussi G(x)=3x2, puisque la constante 7 disparaît à la dérivation. Plus généralement, toutes les fonctions xx3+C, où C est un réel quelconque, sont des primitives de f sur R. C'est pourquoi l'on dit toujours « une primitive » et jamais « la primitive ».

Deux questions se posent alors naturellement. Toute fonction admet-elle des primitives ? Et les avons-nous toutes trouvées en ajoutant des constantes ? La première question reçoit une réponse positive dès que la fonction est continue — c'est un théorème profond, que nous admettons pour l'instant.

Propriété

Existence de primitives (admise). Toute fonction continue sur un intervalle admet des primitives sur cet intervalle.

Ce théorème sera démontré au chapitre suivant, consacré au calcul intégral, qui fournira une construction explicite d'une primitive. Retenons dès maintenant sa portée : toutes les fonctions usuelles de terminale étant continues sur leurs intervalles de définition, elles admettent toutes des primitives — même lorsque celles-ci ne s'expriment pas à l'aide des fonctions connues, comme pour xex2. La seconde question, elle, est à notre portée : c'est l'une des démonstrations exigibles du programme.

Propriété

Deux primitives diffèrent d'une constante. Soit f une fonction continue sur un intervalle I et F une primitive de f sur I. Alors les primitives de f sur I sont exactement les fonctions

xF(x)+C,CR.

Autrement dit, deux primitives d'une même fonction sur un intervalle diffèrent d'une constante.

Démonstration (exigible). Vérifions d'abord que toutes ces fonctions conviennent : pour tout réel C, la fonction G:xF(x)+C est dérivable sur I et G=F+0=f, donc G est bien une primitive de f sur I.

Réciproquement, soit G une primitive quelconque de f sur I. Posons H=GF. La fonction H est dérivable sur I et, pour tout xI :

H(x)=G(x)F(x)=f(x)f(x)=0.

Or une fonction dont la dérivée est nulle sur un intervalle y est constante — c'est une conséquence du lien entre signe de la dérivée et variations. Il existe donc un réel C tel que H(x)=C pour tout xI, c'est-à-dire G(x)=F(x)+C.

L'hypothèse « intervalle » n'est pas décorative : sur une réunion de deux intervalles disjoints, une fonction de dérivée nulle peut très bien prendre une valeur constante différente sur chaque morceau. C'est pour cette raison que la notion de primitive est toujours définie sur un intervalle. Une conséquence précieuse de cette propriété : parmi l'infinité de primitives, une seule passe par un point imposé.

Propriété

Primitive vérifiant une condition. Soit f une fonction continue sur un intervalle I, x0I et y0R. Il existe une unique primitive F de f sur I telle que F(x0)=y0.

En effet, si F0 désigne une primitive de f sur I, les primitives sont les F0+C ; la condition F0(x0)+C=y0 détermine une valeur de C et une seule, à savoir C=y0F0(x0).

Exemple

Déterminer la primitive passant par un point. Soit f définie sur R par f(x)=3x2. Déterminons la primitive F de f sur R telle que F(1)=5.

Les primitives de f sur R sont les fonctions xx3+C, où CR. La condition F(1)=5 s'écrit 13+C=5, d'où C=4. La primitive cherchée est donc

F:xx3+4.

Primitives des fonctions de référence

Puisque chercher une primitive revient à lire les formules de dérivation à l'envers, chaque ligne du tableau des dérivées fournit, retournée, une ligne du tableau des primitives. Par exemple, la dérivée de xx3 est x3x2 : donc une primitive de xx2 est xx33. Le tableau suivant est à connaître aussi parfaitement que celui des dérivées — dans chaque cas, on obtient toutes les primitives en ajoutant une constante.

Fonction f Une primitive F Sur l'intervalle
xxn (nN) xxn+1n+1 R
xxn (nZ, n2) xxn+1n+1 ];0[ ou ]0;+[
x1x xlnx ]0;+[
x1x x2x ]0;+[
xex xex R
xsinx xcosx R
xcosx xsinx R

Trois commentaires. La formule des puissances xn+1n+1 vaut pour tout entier relatif n… sauf n=1, où elle demanderait de diviser par zéro. Ce trou est comblé par la troisième ligne : sur ]0;+[, c'est le logarithme népérien qui est une primitive de x1x — nous savons en effet depuis le chapitre sur le logarithme que ln(x)=1x. Ensuite, attention au signe dans les lignes trigonométriques : une primitive de sin est cos (et non cos), car c'est (cos)=sin qui est correcte. Enfin, chaque formule se vérifie instantanément en dérivant la colonne du milieu : prendre ce réflexe, c'est ne plus jamais se tromper.

Comme la dérivation, la recherche de primitives se comporte bien vis-à-vis des sommes et des multiples : c'est la linéarité, qui découle directement des règles de dérivation correspondantes.

Propriété

Linéarité. Soient f et g deux fonctions continues sur un intervalle I, F et G des primitives respectives de f et g sur I, et k un réel.

  • F+G est une primitive de f+g sur I ;
  • kF est une primitive de kf sur I.

Grâce à la linéarité et au tableau, nous savons déjà trouver une primitive de n'importe quelle fonction polynôme : on traite chaque monôme séparément, en « augmentant l'exposant de 1 et en divisant par le nouvel exposant ».

Exemple

Deux recherches de primitives.

a. Soit f définie sur R par f(x)=6x54x+3. En primitivant chaque terme grâce au tableau (x5x66, xx22, 1x) et en appliquant la linéarité :

F(x)=6×x664×x22+3x=x62x2+3x.

On vérifie : F(x)=6x54x+3=f(x). Les primitives de f sur R sont les fonctions xx62x2+3x+C, CR.

b. Soit g définie sur ]0;+[ par g(x)=3cosx2ex+1x. Le tableau donne terme à terme les primitives sinx, ex et 2x, d'où par linéarité :

G(x)=3sinx2ex+2x.

La vérification par dérivation redonne bien g, en n'oubliant pas que (2x)=2×12x=1x.

Primitives et fonctions composées

Le tableau des fonctions de référence ne suffit pas pour des fonctions comme x2xex2 ou xxx2+1. Pour aller plus loin, relisons à l'envers la formule de dérivation des fonctions composées : si vu se dérive en (vu)×u, alors, dans l'autre sens, toute fonction de la forme (vu)×u admet vu pour primitive. Appliquée aux fonctions extérieures de référence, cette lecture inverse fournit les formes usuelles suivantes.

Propriété

Primitives des formes composées. Soit u une fonction dérivable sur un intervalle I.

Forme de f Une primitive F Condition sur u
ueu eu aucune
uun (nZ, n1) un+1n+1 si n2 : u ne s'annule pas sur I
uu 2u u>0 sur I
uu ln(u) u>0 sur I
uu2 1u u ne s'annule pas sur I

Chaque ligne se vérifie en dérivant la colonne du milieu à l'aide des formules du chapitre sur la dérivation : (eu)=ueu, (un+1)=(n+1)uun, (2u)=uu, et (lnu)=uu — cette dernière, vue au chapitre sur le logarithme, exige u>0 pour que ln(u) soit définie. Notons que la dernière ligne n'est que le cas n=2 de la deuxième, suffisamment fréquent pour mériter sa place. Toute la difficulté pratique consiste à reconnaître ces formes dans une expression donnée : le facteur u est rarement servi sur un plateau, il manque souvent une constante multiplicative.

Méthode

Reconnaître une forme composée.

  1. Repérer la fonction intérieure u candidate : l'expression sous l'exponentielle, sous la racine, au dénominateur ou élevée à la puissance.
  2. Calculer u et la comparer au facteur restant de l'expression.
  3. Si ce facteur vaut k×u pour une constante k, écrire f=k×(u×) et prendre k fois la primitive de référence — on ajuste la constante multiplicative, jamais autre chose : si le facteur manquant n'est pas constant, la méthode ne s'applique pas.
  4. Vérifier en dérivant la primitive obtenue.

Exemple

Trois primitives de formes composées.

a. Soit f définie sur R par f(x)=2xex2. Posons u(x)=x2 : alors u(x)=2x, qui est exactement le facteur devant l'exponentielle. Ainsi f=ueu, et une primitive de f sur R est

F(x)=ex2.

b. Soit g définie sur R par g(x)=xx2+1. Posons u(x)=x2+1 : la fonction u est strictement positive sur R et u(x)=2x. Le numérateur vaut x=12×2x=12u(x) : il faut ajuster la constante. On écrit

g(x)=12×2xx2+1=12×u(x)u(x),

et une primitive de g sur R est donc G(x)=12ln(x2+1). Vérification : G(x)=12×2xx2+1=g(x).

c. Soit h définie sur R par h(x)=cosxsin3x. Posons u(x)=sinx : alors u(x)=cosx, et h=uu3 est de la forme uun avec n=3. Une primitive de h sur R est donc

H(x)=sin4x4.

Vérification : H(x)=4sin3x×cosx4=cosxsin3x=h(x).

Nous savons désormais résoudre l'équation y=f pour un large éventail de fonctions f. Passons au second problème du chapitre, où la dérivée de l'inconnue dépend de l'inconnue elle-même.

L'équation différentielle y=ay

Reprenons la population de bactéries de l'introduction : sa vitesse de croissance est proportionnelle à son effectif. Si N(t) désigne l'effectif à l'instant t, cette loi s'écrit N=aN pour une certaine constante a>0. Cette fois, impossible de « primitiver » directement : le second membre n'est pas une fonction connue de t, il fait intervenir l'inconnue N elle-même. C'est le prototype de l'équation différentielle, dont il est temps de fixer le vocabulaire.

Définition

Équation différentielle, solution. Une équation différentielle est une équation dont l'inconnue est une fonction, notée y, et qui relie cette fonction à sa dérivée y. Une solution de l'équation sur un intervalle I est une fonction f dérivable sur I qui vérifie l'égalité pour tout xI. Résoudre l'équation sur I, c'est déterminer toutes ses solutions sur I.

Ainsi, l'équation y=f étudiée plus haut a pour solutions les primitives de f, et l'équation y=y demande une fonction égale à sa propre dérivée : nous en connaissons une, l'exponentielle. Le théorème suivant, dont la démonstration est exigible, décrit toutes les solutions de l'équation y=ay.

Propriété

Résolution de y=ay. Soit a un réel. Les solutions sur R de l'équation différentielle y=ay sont exactement les fonctions

xCeax,CR.

Démonstration (exigible). Procédons en deux temps.

Ces fonctions sont solutions. Soit C un réel et f:xCeax. La fonction f est dérivable sur R et, la dérivée de xeax étant xaeax :

f(x)=C×aeax=a×Ceax=af(x).

Donc f est solution de y=ay sur R.

Ce sont les seules. Soit g une solution quelconque de y=ay sur R. Posons, pour tout réel x :

h(x)=g(x)eax.

La fonction h est dérivable sur R comme produit de fonctions dérivables et, par dérivation d'un produit :

h(x)=g(x)eax+g(x)×(a)eax=(g(x)ag(x))eax.

Or g est solution de l'équation, donc g(x)ag(x)=0 pour tout réel x : la dérivée h est nulle sur l'intervalle R. La fonction h est donc constante — le même argument que pour les primitives ! Il existe un réel C tel que g(x)eax=C pour tout x, et en multipliant par eax (qui ne s'annule jamais) :

g(x)=Ceax.

L'astuce de la démonstration — multiplier par eax pour rendre la dérivée nulle — mérite d'être retenue : elle ramène l'équation différentielle au résultat clé de la première section. Notons aussi que la constante s'interprète immédiatement : C=g(0), la valeur initiale. Observons maintenant l'allure de ces solutions.

Trois courbes solutions de l'équation y' = -0,6y

Les trois courbes tracées sont les solutions de l'équation y=0,6y obtenues pour C=3, C=1,5 et C=2, c'est-à-dire les fonctions x3e0,6x, x1,5e0,6x et x2e0,6x. Ici a=0,6<0 : toutes les solutions tendent vers 0 en +, par valeurs supérieures lorsque C>0 (décroissance exponentielle), par valeurs inférieures lorsque C<0. La solution nulle, obtenue pour C=0, est l'axe des abscisses lui-même, et aucune courbe ne le traverse : une solution non nulle garde le signe de C sur R tout entier. Lorsque a>0, le tableau s'inverse : les solutions s'éloignent de 0 à vitesse exponentielle, vers + si C>0, vers si C<0. Dans tous les cas, les courbes de la famille se déduisent les unes des autres par dilatation verticale, et par chaque point du plan passe une courbe et une seule — c'est le contenu de la propriété suivante.

Propriété

Condition initiale. Soient a, x0 et y0 trois réels. L'équation différentielle y=ay admet une unique solution f sur R vérifiant f(x0)=y0.

En effet, les solutions sont les xCeax, et la condition Ceax0=y0 équivaut à C=y0eax0 : la constante est déterminée de façon unique. Sur la figure, la courbe la plus haute est ainsi l'unique solution de y=0,6y valant 3 en 0.

Exemple

Résolution avec condition initiale. Déterminons la solution f sur R de l'équation y=3y vérifiant f(1)=2.

D'après le théorème, les solutions sont les fonctions xCe3x, CR. La condition f(1)=2 s'écrit Ce3=2, d'où C=2e3. La solution cherchée est donc

f(x)=2e3e3x=2e3(x1).

Cette dernière écriture rend la condition initiale visible d'un coup d'œil : en x=1, l'exposant s'annule et f(1)=2.

L'équation différentielle y=ay+b

Le modèle y=ay suppose que la vitesse de variation est proportionnelle à la grandeur elle-même. Mais le café de l'introduction refroidit proportionnellement à l'écart avec la température ambiante : son équation, θ=k(θ20), se développe en θ=kθ+20k, de la forme y=ay+b avec un second membre constant. Ce terme supplémentaire décale toute la famille de solutions, comme le montre le théorème suivant.

Propriété

Résolution de y=ay+b. Soient a et b deux réels, avec a0. La fonction constante xba est une solution particulière de l'équation y=ay+b, et les solutions sur R de cette équation sont exactement les fonctions

xCeaxba,CR.

Démonstration. La fonction constante xba a pour dérivée 0, et a×(ba)+b=b+b=0 : l'égalité y=ay+b est bien vérifiée, c'est une solution.

Soit maintenant f une fonction dérivable sur R. Posons g=f+ba, de sorte que g=f. Alors, par équivalences :

f solution de y=ay+b    f=a(f+ba)    g=ag    g solution de y=ay.

D'après le théorème de la section précédente, cette dernière condition équivaut à l'existence d'un réel C tel que g(x)=Ceax pour tout x, c'est-à-dire f(x)=Ceaxba.

La solution constante xba s'appelle la solution d'équilibre : si la grandeur démarre exactement à cette valeur, elle n'en bouge plus. Le comportement en + des autres solutions se lit sur le signe de a. Si a<0, alors eax0 quand x+ : toutes les solutions tendent vers ba, l'équilibre attire le système — c'est le cas du café, qui finit à la température de la pièce. Si a>0, au contraire, Ceax explose dès que C0 : les solutions s'écartent de l'équilibre, vers + ou selon le signe de C. Comme pour y=ay, une condition initiale détermine la solution de façon unique.

Exemple

Le refroidissement du café. Un café à 80 °C est posé dans une pièce à 20 °C. Sa température θ(t) (en degrés Celsius, t en minutes) vérifie l'équation différentielle

θ=0,5θ+10,θ(0)=80.

Résolution. Ici a=0,5 et b=10 : la solution d'équilibre est ba=100,5=20 — la température ambiante, comme il se doit. Les solutions de l'équation sont donc les fonctions

tCe0,5t+20,CR.

Condition initiale. La condition θ(0)=80 s'écrit Ce0+20=80, d'où C=60. Finalement :

θ(t)=60e0,5t+20.

Interprétation. Comme a=0,5<0, on a limt+θ(t)=20 : le café tend vers la température de la pièce, sans jamais l'atteindre exactement. Au bout de 10 minutes par exemple, θ(10)=60e5+2020,4 : le refroidissement est déjà presque achevé.

L'équation y=ay+f : le rôle d'une solution particulière

Remplaçons maintenant la constante b par une fonction f : l'équation devient y=ay+f, où le second membre peut être un polynôme, une exponentielle, une fonction trigonométrique… Le mécanisme découvert pour y=ay+b reste exactement le même : une fois une solution trouvée, toutes les autres s'en déduisent en ajoutant les solutions de l'équation sans second membre y=ay, dite équation homogène associée. Au programme de terminale, la solution particulière est toujours donnée par l'énoncé (ou sa forme est suggérée) : le travail consiste à la vérifier, puis à construire la solution générale.

Propriété

Structure des solutions. Soient a un réel, f une fonction définie sur un intervalle I, et g une solution particulière sur I de l'équation (E):y=ay+f. Alors les solutions de (E) sur I sont exactement les fonctions g+h, où h décrit l'ensemble des solutions de l'équation homogène y=ay, c'est-à-dire les fonctions

xg(x)+Ceax,CR.

Démonstration. Soit φ une fonction dérivable sur I. Puisque g est solution de (E), on a g=ag+f sur I, et par équivalences :

φ solution de (E)    φ=aφ+f    φg=aφ+f(ag+f)    (φg)=a(φg).

Ainsi φ est solution de (E) si et seulement si φg est solution de l'équation homogène y=ay, c'est-à-dire si et seulement s'il existe un réel C tel que φg:xCeax.

Ce résultat contient le précédent comme cas particulier : pour f constante égale à b, la solution particulière constante ba redonne les solutions Ceaxba. En pratique, la résolution suit toujours le même chemin en trois étapes.

Méthode

Résoudre y=ay+f à partir d'une solution particulière donnée.

  1. Vérifier que la fonction g proposée est bien solution : calculer g, puis contrôler l'égalité g(x)=ag(x)+f(x) pour tout x de l'intervalle.
  2. Former la solution générale : les solutions sont les fonctions xg(x)+Ceax, CR.
  3. Ajuster la constante C à l'aide de la condition initiale éventuelle, en résolvant l'équation obtenue.

Exemple

Résolution complète avec second membre affine. On considère l'équation différentielle

(E):y=2y4x,

et l'on admet l'indication de l'énoncé : la fonction g:x2x+1 est une solution particulière de (E). Déterminons la solution φ de (E) sur R vérifiant φ(0)=0.

Étape 1 : vérification. La fonction g est dérivable sur R et g(x)=2. Par ailleurs, pour tout réel x :

2g(x)4x=2(2x+1)4x=4x+24x=2.

On a bien g(x)=2g(x)4x pour tout réel x : la fonction g est solution de (E) sur R.

Étape 2 : solution générale. L'équation homogène associée est y=2y, dont les solutions sont les xCe2x. Les solutions de (E) sur R sont donc les fonctions

x2x+1+Ce2x,CR.

Étape 3 : condition initiale. La condition φ(0)=0 s'écrit 2×0+1+Ce0=0, soit 1+C=0, d'où C=1. Finalement :

φ(x)=2x+1e2x.

La méthode d'Euler

Toutes les équations différentielles ne se laissent pas résoudre par une formule : le second membre peut être trop compliqué, ou la primitive nécessaire peut ne pas s'exprimer avec les fonctions usuelles — c'est le cas, on l'a dit, pour xex2. Les sciences ont pourtant besoin de valeurs numériques. La méthode d'Euler répond à ce besoin : elle construit, pas à pas, une approximation de la solution, en exploitant l'idée la plus fondamentale du calcul différentiel — au voisinage d'un point, une fonction dérivable ressemble à sa tangente.

Méthode

Principe de la méthode d'Euler. Pour une fonction f dérivable et un pas h proche de 0, l'approximation affine donne

f(x+h)f(x)+hf(x).

Partant d'une condition initiale (x0;y0) et d'un pas h choisi, on construit de proche en proche des points (xk;yk) en posant xk+1=xk+h et

yk+1=yk+h×(valeur de y fournie par l’eˊquation au point courant),

soit yk+1=yk+hf(xk) pour l'équation y=f, et yk+1=yk+h(ayk+b) pour l'équation y=ay+b. La ligne brisée reliant les points (xk;yk) approche la courbe de la solution ; plus le pas h est petit, meilleure est l'approximation — au prix d'un plus grand nombre d'étapes.

Exemple

Euler sur l'équation y=y. Appliquons la méthode à l'équation y=y avec y(0)=1, dont la solution exacte est xex, et cherchons une valeur approchée de e=e1.

Avec le pas h=0,5, la relation de récurrence est yk+1=yk+0,5yk=1,5yk :

y1=1,5×1=1,5puisy2=1,5×1,5=2,25.

En deux pas, on atteint x=1 avec l'approximation e2,25 — grossière, puisque e2,718. Avec le pas h=0,1, il faut dix étapes et y10=1,1102,594 : l'approximation s'améliore nettement. En réduisant encore le pas, on s'approche d'aussi près que l'on veut de la valeur exacte.

En pratique, ces calculs répétitifs sont confiés à une boucle. Le programme suivant applique la méthode d'Euler à l'équation y=ay+b et renvoie la liste des valeurs approchées successives.

def euler(a, b, y0, h, n):
    y = y0
    valeurs = [y0]
    for k in range(n):
        y = y + h * (a * y + b)
        valeurs.append(y)
    return valeurs

print(euler(-0.5, 10, 80, 0.1, 20))

À chaque tour de boucle, la variable y est remplacée par y + h * (a * y + b) : c'est exactement la relation yk+1=yk+h(ayk+b), la pente étant recalculée au point courant. L'appel proposé reprend l'équation du café (a=0,5, b=10, θ(0)=80) avec un pas h=0,1 : après 20 étapes, on obtient une approximation de θ(2), environ 41,51, à comparer à la valeur exacte θ(2)=60e1+2042,07. L'écart, inférieur à 0,6 degré, se réduirait encore avec un pas plus fin : la méthode d'Euler troque l'exactitude contre une simplicité redoutable, et reste, sous des formes raffinées, au cœur des simulations numériques modernes.

En résumé : une primitive de f sur un intervalle est une fonction dont la dérivée est f ; toute fonction continue en admet, et deux primitives diffèrent d'une constante — si bien qu'une condition du type F(x0)=y0 en sélectionne une seule. Les tableaux de primitives, lectures inverses des tableaux de dérivées, se prolongent aux formes composées ueu, uun, uu, uu, où tout l'art consiste à reconnaître u et à ajuster une constante multiplicative. Côté équations différentielles, les solutions de y=ay sont les xCeax, celles de y=ay+b s'en déduisent par translation vers la solution d'équilibre ba, et pour y=ay+f une solution particulière donnée suffit à reconstruire toutes les autres. Quand la formule manque, la méthode d'Euler approche la solution pas à pas. Reste la promesse faite en début de chapitre : démontrer que toute fonction continue admet des primitives. Ce sera l'affaire du prochain chapitre, consacré au calcul intégral.

Bloqué sur « Primitives et équations différentielles » ?

On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.