Chargement du chapitre…
2ⁿᵈᵉ · Chapitre 10 · Statistiques et probabilités
Moyenne (pondération, linéarité), médiane, quartiles, écart type, histogrammes, comparaison de séries.
Quarante plants de tomates dans un potager, les notes de deux classes entières, les salaires de tous les employés d'une entreprise : dès que les données se comptent par dizaines, les lire une à une n'apprend plus rien. La statistique descriptive consiste à résumer une série de données par quelques nombres bien choisis — les indicateurs — et par des graphiques, afin de décrire la série puis de la comparer à d'autres. Ce chapitre met en place deux familles d'indicateurs : ceux de position (moyenne, médiane), qui situent le « centre » de la série, et ceux de dispersion (étendue, écart interquartile, écart type), qui mesurent son étalement. Les tailles de nos plants de tomates serviront de fil rouge.
Avant de calculer quoi que ce soit, il faut savoir de quoi on parle : sur qui porte l'étude, et qu'est-ce qu'on mesure ? Ce vocabulaire, rencontré au collège, structure tout le chapitre.
Définition
Dans tout ce chapitre, le caractère étudié est quantitatif : on peut donc ranger les valeurs dans l'ordre croissant et faire des calculs avec elles. Quand une même valeur apparaît plusieurs fois, on résume la série par un tableau : à chaque valeur, on associe son nombre d'apparitions.
Définition
Soit une série statistique portant sur individus.
Exemple
On demande aux élèves d'une classe combien de livres ils ont lus pendant l'année. Les réponses sont résumées dans ce tableau :
| Nombre de livres | |||||
|---|---|---|---|---|---|
| Effectif |
Remarque
La somme de toutes les fréquences d'une série vaut toujours (c'est-à-dire ) : chaque individu est compté exactement une fois. C'est un bon moyen de vérifier un tableau de fréquences. De même, le dernier effectif cumulé croissant vaut toujours .
La moyenne est l'indicateur de position le plus connu : elle « répartit équitablement » le total entre tous les individus.
Définition
La moyenne d'une série statistique de valeurs est le nombre
Exemple
Un élève a obtenu les notes , , , et ce trimestre. Sa moyenne est
Tout se passe comme si l'élève avait obtenu à chacun des cinq devoirs : la moyenne répartit le total de points équitablement.
Quand la série est donnée par un tableau d'effectifs, inutile de recopier chaque valeur autant de fois que son effectif : on multiplie directement chaque valeur par son effectif. C'est la moyenne pondérée, nouveauté de cette année.
Définition
Soit une série statistique dont les valeurs ont pour effectifs respectifs , avec l'effectif total. La moyenne de la série est
On dit que la moyenne est pondérée par les effectifs : chaque valeur « pèse » proportionnellement à son effectif.
Méthode
Calculer une moyenne à partir d'un tableau d'effectifs. Acquis depuis : collège.
Exemple
Voici les notes obtenues par les élèves d'une classe à un contrôle :
| Note | ||||
|---|---|---|---|---|
| Effectif |
L'effectif total est , et la moyenne de la classe vaut
La moyenne de la classe à ce contrôle est de sur .
Autre situation fréquente : on connaît la moyenne de chaque groupe, mais pas les valeurs individuelles. Peut-on retrouver la moyenne de l'ensemble ? Oui — à condition de connaître aussi les effectifs.
Propriété
On réunit deux groupes : le premier a pour effectif et pour moyenne , le second a pour effectif et pour moyenne . La moyenne de la série totale est
C'est la moyenne des deux moyennes, pondérée par les effectifs des groupes.
En effet, est la somme de toutes les valeurs du premier groupe (par définition de la moyenne), et celle du second : le numérateur est bien la somme de toutes les valeurs, et le dénominateur l'effectif total.
Exemple
Au dernier contrôle commun, la classe de 2nde A ( élèves) a obtenu une moyenne de , et la classe de 2nde B ( élèves) une moyenne de . La moyenne de l'ensemble des élèves est
La moyenne globale, , est plus proche de que de : c'est normal, la 2nde A est plus nombreuse et « pèse » donc davantage.
Remarque
Piège classique. La moyenne globale n'est pas la moyenne des deux moyennes : ici, . Faire la simple moyenne des moyennes n'est correct que lorsque les deux groupes ont le même effectif. Dès que les effectifs diffèrent, il faut pondérer.
Que devient la moyenne quand toutes les valeurs subissent la même transformation — par exemple quand tous les salaires d'une entreprise augmentent de ? La propriété suivante permet de répondre sans refaire aucun calcul individuel.
Propriété
Soit une série de valeurs de moyenne , et soient et deux nombres.
C'est ce qu'on appelle la linéarité de la moyenne.
Démonstration (sur une série de trois valeurs, le raisonnement étant le même pour valeurs). Soit une série , , de moyenne . La moyenne de la série , , vaut, en regroupant les termes puis en factorisant par :
Exemple
Dans une entreprise, le salaire mensuel moyen est de €. La direction accorde à tous les employés une augmentation générale de (chaque salaire est multiplié par ), puis une prime mensuelle de €. Chaque salaire devient ; d'après la linéarité de la moyenne, le nouveau salaire moyen est
On connaît la nouvelle moyenne sans avoir recalculé un seul salaire individuel.
La linéarité concerne une transformation de toutes les valeurs. Autre question : que se passe-t-il si on ajoute ou on supprime une seule valeur ? La réponse distingue nettement la moyenne de la médiane (la valeur « du milieu », vue au collège et étudiée en détail dans la partie suivante).
Propriété
Exemple
Une petite entreprise compte cinq employés, dont les salaires mensuels en euros sont : , , , , .
L'ajout d'un seul très haut salaire fait gagner € à la moyenne, mais seulement € à la médiane. Dire que « le salaire moyen est de € » donne une image trompeuse de l'entreprise : cinq employés sur six gagnent moins.
Remarque
Quel indicateur choisir ? Quand une série contient des valeurs extrêmes ou très dissymétriques (salaires, prix de l'immobilier, patrimoines…), la médiane décrit mieux la situation « typique » que la moyenne. C'est pourquoi les études sur les salaires publient le salaire médian. La moyenne reste indispensable dès qu'on s'intéresse au total (elle seule permet de le retrouver : total ).
La médiane et les quartiles sont des indicateurs de position par le rang : ils ne s'intéressent pas aux valeurs elles-mêmes mais à leur place dans la série rangée. Voici les définitions précises utilisées au lycée.
Définition
Les valeurs de la série étant rangées dans l'ordre croissant :
Au moins la moitié des valeurs de la série sont inférieures ou égales à la médiane, et au moins la moitié lui sont supérieures ou égales.
Définition
Remarque
et sont toujours des valeurs de la série ; la médiane, elle, n'en est pas forcément une (quand est pair, c'est une demi-somme).
Méthode
Déterminer la médiane et les quartiles d'une série. Acquis depuis : collège.
Exemple
Un effectif impair. On relève les temps de trajet domicile–lycée, en minutes, de élèves : , , , , , , , , (série déjà rangée).
La moitié des élèves mettent au plus minutes pour venir au lycée, et au moins les trois quarts mettent minutes ou moins.
Exemple
Un effectif pair. Voici les prix, en euros, de jeux vidéo d'occasion : , , , , , , , , , .
La moitié des jeux coûtent € ou moins. Remarquons que la médiane n'est pas une valeur de la série, alors que et en sont.
Les quartiles fournissent notre premier indicateur de dispersion « robuste », c'est-à-dire insensible aux valeurs extrêmes.
Définition
L'écart interquartile d'une série est le nombre .
C'est un indicateur de dispersion : l'intervalle contient toujours au moins la moitié des valeurs de la série — les plus centrales. Plus l'écart interquartile est petit, plus cette moitié centrale est resserrée.
Exemple
Pour les prix des jeux vidéo : €. La moitié centrale des prix s'étale sur € seulement, alors que l'étendue (différence entre les valeurs extrêmes, vue au collège) vaut € : c'est le jeu à € qui étire la série vers le haut, sans affecter l'écart interquartile.
Ces cinq nombres — minimum, , médiane, , maximum — se lisent d'un coup d'œil sur une boîte à moustaches, rencontrée au collège.
Méthode
Construire une boîte à moustaches. Au-dessus d'un axe gradué :
La longueur de la boîte est l'écart interquartile ; la longueur totale (d'une pointe de moustache à l'autre) est l'étendue.
Exemple
La figure ci-dessus représente les notes sur obtenues par deux classes au même devoir. Lisons la boîte de la classe A : minimum , , médiane , , maximum . On en déduit son écart interquartile : . Au moins la moitié des élèves de la classe A ont donc une note comprise entre et . La comparaison complète des deux classes est menée dans la dernière partie du chapitre.
Voici les notes de deux élèves sur quatre devoirs. Élève 1 : , , , . Élève 2 : , , , . Les deux ont la même moyenne, — pourtant leurs profils sont très différents : le premier est régulier, le second alterne notes faibles et notes fortes. Pour distinguer ces deux séries, il faut mesurer la dispersion des valeurs autour de la moyenne : c'est le rôle de l'écart type, l'autre grande nouveauté de l'année.
L'idée : calculer l'écart de chaque valeur à la moyenne, élever ces écarts au carré (pour que les écarts négatifs ne compensent pas les positifs), en prendre la moyenne, puis revenir à l'unité de départ avec une racine carrée.
Définition
Soit une série statistique de valeurs et de moyenne . L'écart type de la série est le nombre
Exemple
Calculons l'écart type des notes de l'élève 1, soit , , , , de moyenne . Les écarts à la moyenne sont , , et ; leurs carrés valent tous . Donc
Pour l'élève 2 (, , , , même moyenne ), les écarts valent , , , et le même calcul donne .
Même moyenne, mais écarts types et : les notes de l'élève 1 restent proches de , celles de l'élève 2 s'en écartent beaucoup plus. L'écart type confirme que l'élève 1 est nettement plus régulier.
L'écart type s'interprète toujours de la même façon : plus est grand, plus les valeurs de la série sont dispersées autour de la moyenne ; plus est petit, plus elles sont concentrées près de . Un écart type nul signifie que toutes les valeurs sont égales. Enfin, s'exprime dans la même unité que les valeurs de la série : des points pour des notes, des euros pour des salaires, des centimètres pour des tailles.
Méthode
Calculer un écart type à la calculatrice. Dès que la série dépasse une poignée de valeurs (au-delà de valeurs environ), le calcul à la main devient trop long : on utilise le mode statistiques de la calculatrice. On saisit les valeurs (et leurs effectifs le cas échéant) dans une liste, puis on lit et dans l'écran de résultats. Attention : la plupart des calculatrices affichent deux écarts types ; celui du programme est celui obtenu en divisant par , et non celui qui divise par .
Remarque
Le nombre sous la racine, , s'appelle la variance de la série. En seconde, on travaille directement avec l'écart type , qui a l'avantage de s'exprimer dans la même unité que les données.
Remarque
Lire des fonctions Python. Le programme demande de savoir lire des fonctions qui calculent une moyenne ou un écart type — le code est donné, il faut le comprendre. En voici deux, où donnees désigne la série de valeurs :
def moyenne(donnees):
total = 0
for x in donnees:
total = total + x
return total / len(donnees)
def ecart_type(donnees):
m = moyenne(donnees)
total = 0
for x in donnees:
total = total + (x - m) ** 2
return (total / len(donnees)) ** 0.5
Dans moyenne, la boucle for x in donnees: parcourt les valeurs une à une et la variable total accumule leur somme, que l'on divise à la fin par l'effectif len(donnees) — c'est exactement la définition de . Dans ecart_type, on accumule cette fois les carrés des écarts (x - m) ** 2 entre chaque valeur et la moyenne m, on divise par l'effectif, et l'élévation à la puissance 0.5 prend la racine carrée : on reconnaît la formule de .
Mesurons maintenant les tailles, en centimètres, de plants de tomates — notre fil rouge. Le caractère est continu : une taille peut prendre n'importe quelle valeur ( cm, cm…), et avec mesures presque toutes différentes, un tableau d'effectifs valeur par valeur serait illisible. On regroupe alors les valeurs en intervalles.
Définition
Regrouper une série par classes, c'est répartir ses valeurs dans des intervalles contigus, appelés classes. L'amplitude d'une classe est la longueur de l'intervalle, et son centre en est le milieu.
En seconde, toutes les classes d'un même regroupement ont la même amplitude.
Voici le regroupement des tailles de nos plants en quatre classes d'amplitude cm :
| Taille (cm) | ||||
|---|---|---|---|---|
| Effectif |
Remarque
Le regroupement fait perdre de l'information : on sait que plants mesurent entre et cm, mais on ne connaît plus leurs tailles exactes. Tous les indicateurs calculés sur une série regroupée sont donc des estimations.
La représentation graphique adaptée aux séries regroupées en classes est l'histogramme : au-dessus de chaque classe, on dresse un rectangle dont la hauteur, lue sur l'axe vertical, est l'effectif de la classe. Les rectangles sont accolés (sans espace entre eux), car les classes sont des intervalles contigus — c'est ce qui distingue un histogramme d'un diagramme en barres.
L'histogramme montre d'un coup d'œil la répartition des tailles : la classe domine, et la série est un peu plus étalée vers les petites tailles que vers les grandes.
Comment calculer une moyenne quand on ne connaît plus les valeurs exactes ? On suppose que, dans chaque classe, les valeurs sont réparties uniformément : tout se passe alors comme si chaque valeur était au centre de sa classe. On est ramené à une moyenne pondérée.
Méthode
Estimer la moyenne d'une série regroupée en classes. Acquis depuis : collège.
Exemple
Les centres des quatre classes sont , , et (cm). La moyenne estimée des tailles vaut donc
En moyenne, les plants de tomates mesurent environ cm.
Faute de connaître les valeurs individuelles, on ne peut plus déterminer la médiane exactement — mais on peut localiser la classe qui la contient, grâce aux effectifs cumulés croissants.
Définition
La classe médiane d'une série regroupée est la première classe dont l'effectif cumulé croissant atteint .
Exemple
Complétons le tableau des tomates par les effectifs cumulés croissants :
| Taille (cm) | ||||
|---|---|---|---|---|
| Effectif | ||||
| Effectif cumulé croissant |
Ici . Le cumul vaut à la fin de la classe (pas encore ), puis à la fin de la classe : la classe médiane est donc . La taille « du milieu » se situe entre et cm.
Pour préciser la position de la médiane à l'intérieur de sa classe, on utilise les fréquences cumulées croissantes et leur représentation graphique.
Méthode
Tracer le polygone des fréquences cumulées croissantes.
La médiane estimée est l'abscisse du point du polygone d'ordonnée .
Exemple
Pour les tomates, les fréquences cumulées croissantes aux bornes , , et valent , puis , et . On place donc les points , , , et .
Sur le graphique, l'horizontale à coupe le polygone dans la classe , en un point d'abscisse proche de cm : c'est la médiane estimée par lecture graphique.
Le calcul exact de cette abscisse repose sur la proportionnalité dans la classe médiane : la répartition y étant supposée uniforme, on avance dans la classe proportionnellement au nombre de valeurs qu'il reste à atteindre.
Exemple
Estimons par le calcul la médiane des tailles. La classe médiane est : elle commence à cm, a une amplitude de cm et contient valeurs. Avant elle, le cumul vaut ; pour atteindre la valeur, il faut encore avancer de valeurs parmi les de la classe, soit une fraction de son amplitude :
La médiane des tailles est estimée à cm : environ la moitié des plants mesurent moins de cm, ce qui est cohérent avec la lecture graphique et avec la moyenne estimée ( cm).
Décrire une série, c'est bien ; le vrai pouvoir de la statistique descriptive, c'est de comparer : deux classes, deux traitements agricoles, deux machines de production… Un seul indicateur ne suffit jamais — on l'a vu avec les deux élèves de moyenne : il faut croiser position et dispersion.
Méthode
Comparer deux séries statistiques. On compare toujours un indicateur de position et un indicateur de dispersion, en utilisant l'un des deux couples :
On conclut par une phrase dans le contexte : quelle série a le niveau le plus élevé ? laquelle est la plus homogène ?
Remarque
Quel couple choisir ? Les deux couples ne racontent pas toujours la même histoire. Le couple (médiane ; écart interquartile) est robuste : il est insensible aux valeurs extrêmes, et donc préférable quand la série en contient ou qu'elle est très dissymétrique (salaires, prix…). Le couple (moyenne ; écart type) utilise toutes les valeurs de la série et se prête mieux aux calculs — c'est lui qu'on retrouvera dans les chapitres de probabilités des classes suivantes. Graphiquement, deux boîtes à moustaches tracées au-dessus du même axe permettent une comparaison immédiate des médianes, des écarts interquartiles et des étendues.
Exemple
Revenons aux notes des classes A et B, déjà rencontrées dans la partie sur les quartiles. Leurs boîtes à moustaches se lisent ainsi — classe A : minimum , , médiane , , maximum ; classe B : minimum , , médiane , , maximum .
Comparons les deux classes avec le couple (médiane ; écart interquartile).
Conclusion, dans le contexte : les deux classes ont le même niveau d'ensemble, mais la classe B est nettement plus homogène — la moitié centrale de ses notes tient en points, contre pour la classe A, qui compte à la fois des notes très faibles et de très bonnes notes. Un même cours ne s'adressera donc pas de la même façon à ces deux classes : en A, l'enseignant devra gérer des profils très hétérogènes.
Remarque
Sur ce même exemple, le couple (moyenne ; écart type), calculé à la calculatrice à partir des listes de notes complètes, mènerait à la même conclusion : moyennes voisines, mais écart type nettement plus grand en classe A. Quand les deux couples s'accordent, la conclusion est solide ; quand ils divergent, c'est le signe de valeurs extrêmes — et le couple (médiane ; écart interquartile) est alors le plus fiable.
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. Une séance ciblée sur ce chapitre, et vous repartez au minimum avec une méthode.