2ⁿᵈᵉ · Chapitre 10 · Statistiques et probabilités

Statistique descriptive

Moyenne (pondération, linéarité), médiane, quartiles, écart type, histogrammes, comparaison de séries.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Moyenne (pondération, linéarité)
  • Médiane
  • Quartiles
  • Écart type
  • Histogrammes
  • Comparaison de séries

Quarante plants de tomates dans un potager, les notes de deux classes entières, les salaires de tous les employés d'une entreprise : dès que les données se comptent par dizaines, les lire une à une n'apprend plus rien. La statistique descriptive consiste à résumer une série de données par quelques nombres bien choisis — les indicateurs — et par des graphiques, afin de décrire la série puis de la comparer à d'autres. Ce chapitre met en place deux familles d'indicateurs : ceux de position (moyenne, médiane), qui situent le « centre » de la série, et ceux de dispersion (étendue, écart interquartile, écart type), qui mesurent son étalement. Les tailles de nos 40 plants de tomates serviront de fil rouge.

Séries statistiques, effectifs et fréquences

Avant de calculer quoi que ce soit, il faut savoir de quoi on parle : sur qui porte l'étude, et qu'est-ce qu'on mesure ? Ce vocabulaire, rencontré au collège, structure tout le chapitre.

Définition

  • La population est l'ensemble sur lequel porte l'étude statistique ; ses éléments sont les individus (les élèves d'une classe, les plants de tomates d'un potager, les jours d'un mois…).
  • Le caractère est la propriété étudiée sur chaque individu. Il est quantitatif lorsque ses valeurs sont des nombres (une taille, une note, un temps de trajet), qualitatif sinon (une couleur, un moyen de transport).
  • Une série statistique est la liste des valeurs du caractère relevées sur tous les individus de la population.

Dans tout ce chapitre, le caractère étudié est quantitatif : on peut donc ranger les valeurs dans l'ordre croissant et faire des calculs avec elles. Quand une même valeur apparaît plusieurs fois, on résume la série par un tableau : à chaque valeur, on associe son nombre d'apparitions.

Définition

Soit une série statistique portant sur N individus.

  • L'effectif d'une valeur est le nombre d'individus pour lesquels le caractère prend cette valeur.
  • L'effectif total est le nombre N d'individus : c'est la somme de tous les effectifs.
  • La fréquence d'une valeur est la proportion f=effectifN. Elle peut s'écrire en fraction, en nombre décimal ou en pourcentage.
  • L'effectif cumulé croissant d'une valeur est le nombre de valeurs de la série qui lui sont inférieures ou égales.

Exemple

On demande aux 25 élèves d'une classe combien de livres ils ont lus pendant l'année. Les réponses sont résumées dans ce tableau :

Nombre de livres 0 1 2 3 4
Effectif 4 7 8 4 2
  • L'effectif total est N=4+7+8+4+2=25 : c'est bien le nombre d'élèves interrogés.
  • La fréquence de la valeur 2 est f=825=0,32, soit 32% : environ un tiers des élèves ont lu exactement deux livres.
  • Les effectifs cumulés croissants sont 4, 11, 19, 23 et 25. Par exemple, 19 élèves ont lu au plus 2 livres.

Remarque

La somme de toutes les fréquences d'une série vaut toujours 1 (c'est-à-dire 100%) : chaque individu est compté exactement une fois. C'est un bon moyen de vérifier un tableau de fréquences. De même, le dernier effectif cumulé croissant vaut toujours N.

La moyenne

À partir des données brutes

La moyenne est l'indicateur de position le plus connu : elle « répartit équitablement » le total entre tous les individus.

Définition

La moyenne d'une série statistique de N valeurs x1,x2,,xN est le nombre

xˉ=x1+x2++xNN.

Exemple

Un élève a obtenu les notes 8, 12, 13, 9 et 18 ce trimestre. Sa moyenne est

xˉ=8+12+13+9+185=605=12.

Tout se passe comme si l'élève avait obtenu 12 à chacun des cinq devoirs : la moyenne répartit le total de 60 points équitablement.

La moyenne pondérée

Quand la série est donnée par un tableau d'effectifs, inutile de recopier chaque valeur autant de fois que son effectif : on multiplie directement chaque valeur par son effectif. C'est la moyenne pondérée, nouveauté de cette année.

Définition

Soit une série statistique dont les valeurs x1,x2,,xp ont pour effectifs respectifs n1,n2,,np, avec N=n1+n2++np l'effectif total. La moyenne de la série est

xˉ=n1x1+n2x2++npxpN.

On dit que la moyenne est pondérée par les effectifs : chaque valeur « pèse » proportionnellement à son effectif.

Méthode

Calculer une moyenne à partir d'un tableau d'effectifs.

  1. Multiplier chaque valeur par son effectif, puis additionner tous ces produits.
  2. Calculer l'effectif total N (somme des effectifs).
  3. Diviser la somme des produits par N.

Exemple

Voici les notes obtenues par les 20 élèves d'une classe à un contrôle :

Note 8 10 12 15
Effectif 3 7 6 4

L'effectif total est N=3+7+6+4=20, et la moyenne de la classe vaut

xˉ=3×8+7×10+6×12+4×1520=24+70+72+6020=22620=11,3.

La moyenne de la classe à ce contrôle est de 11,3 sur 20.

Moyenne de deux groupes

Autre situation fréquente : on connaît la moyenne de chaque groupe, mais pas les valeurs individuelles. Peut-on retrouver la moyenne de l'ensemble ? Oui — à condition de connaître aussi les effectifs.

Propriété

On réunit deux groupes : le premier a pour effectif n1 et pour moyenne xˉ1, le second a pour effectif n2 et pour moyenne xˉ2. La moyenne de la série totale est

xˉ=n1xˉ1+n2xˉ2n1+n2.

C'est la moyenne des deux moyennes, pondérée par les effectifs des groupes.

En effet, n1xˉ1 est la somme de toutes les valeurs du premier groupe (par définition de la moyenne), et n2xˉ2 celle du second : le numérateur est bien la somme de toutes les valeurs, et le dénominateur l'effectif total.

Exemple

Au dernier contrôle commun, la classe de 2nde A (25 élèves) a obtenu une moyenne de 12, et la classe de 2nde B (15 élèves) une moyenne de 10. La moyenne de l'ensemble des 40 élèves est

xˉ=25×12+15×1025+15=300+15040=45040=11,25.

La moyenne globale, 11,25, est plus proche de 12 que de 10 : c'est normal, la 2nde A est plus nombreuse et « pèse » donc davantage.

Remarque

Piège classique. La moyenne globale n'est pas la moyenne des deux moyennes : ici, 12+102=1111,25. Faire la simple moyenne des moyennes n'est correct que lorsque les deux groupes ont le même effectif. Dès que les effectifs diffèrent, il faut pondérer.

Linéarité de la moyenne

Que devient la moyenne quand toutes les valeurs subissent la même transformation — par exemple quand tous les salaires d'une entreprise augmentent de 2% ? La propriété suivante permet de répondre sans refaire aucun calcul individuel.

Propriété

Soit une série de valeurs x1,x2,,xN de moyenne xˉ, et soient a et b deux nombres.

  • Si on multiplie toutes les valeurs par a, la moyenne est multipliée par a : la série ax1,ax2,,axN a pour moyenne axˉ.
  • Si on ajoute b à toutes les valeurs, la moyenne augmente de b : la série x1+b,x2+b,,xN+b a pour moyenne xˉ+b.
  • En combinant les deux : la série des valeurs ax1+b,ax2+b,,axN+b a pour moyenne axˉ+b.

C'est ce qu'on appelle la linéarité de la moyenne.

Démonstration (sur une série de trois valeurs, le raisonnement étant le même pour N valeurs). Soit une série x1, x2, x3 de moyenne xˉ=x1+x2+x33. La moyenne de la série ax1+b, ax2+b, ax3+b vaut, en regroupant les termes puis en factorisant par a :

(ax1+b)+(ax2+b)+(ax3+b)3=a(x1+x2+x3)+3b3=a×x1+x2+x33+b=axˉ+b.

Exemple

Dans une entreprise, le salaire mensuel moyen est de 1850 €. La direction accorde à tous les employés une augmentation générale de 2% (chaque salaire est multiplié par 1,02), puis une prime mensuelle de 30 €. Chaque salaire x devient 1,02x+30 ; d'après la linéarité de la moyenne, le nouveau salaire moyen est

1,02×1850+30=1887+30=1917 €.

On connaît la nouvelle moyenne sans avoir recalculé un seul salaire individuel.

Ajout ou suppression d'une valeur

La linéarité concerne une transformation de toutes les valeurs. Autre question : que se passe-t-il si on ajoute ou on supprime une seule valeur ? La réponse distingue nettement la moyenne de la médiane (la valeur « du milieu », vue au collège et étudiée en détail dans la partie suivante).

Propriété

  • La moyenne est sensible aux valeurs extrêmes : l'ajout (ou la suppression) d'une valeur très éloignée des autres peut la modifier fortement, car cette valeur entre directement dans la somme.
  • La médiane est robuste : elle ne dépend que du rang des valeurs centrales, donc l'ajout ou la suppression d'une valeur extrême ne la modifie que peu, voire pas du tout.

Exemple

Une petite entreprise compte cinq employés, dont les salaires mensuels en euros sont : 1600, 1700, 1800, 1900, 2000.

  • Moyenne : xˉ=90005=1800 € ; médiane : la valeur centrale, 1800 €. Les deux indicateurs coïncident.
  • L'entreprise embauche une directrice payée 7800 €. La série devient 1600, 1700, 1800, 1900, 2000, 7800 et la moyenne bondit à xˉ=168006=2800 €, alors que la médiane passe seulement à 1800+19002=1850 €.

L'ajout d'un seul très haut salaire fait gagner 1000 € à la moyenne, mais seulement 50 € à la médiane. Dire que « le salaire moyen est de 2800 € » donne une image trompeuse de l'entreprise : cinq employés sur six gagnent moins.

Remarque

Quel indicateur choisir ? Quand une série contient des valeurs extrêmes ou très dissymétriques (salaires, prix de l'immobilier, patrimoines…), la médiane décrit mieux la situation « typique » que la moyenne. C'est pourquoi les études sur les salaires publient le salaire médian. La moyenne reste indispensable dès qu'on s'intéresse au total (elle seule permet de le retrouver : total =N×xˉ).

Médiane, quartiles et écart interquartile

La médiane et les quartiles sont des indicateurs de position par le rang : ils ne s'intéressent pas aux valeurs elles-mêmes mais à leur place dans la série rangée. Voici les définitions précises utilisées au lycée.

Définition

Les valeurs de la série étant rangées dans l'ordre croissant :

  • si N est impair, la médiane est la valeur centrale de la série ;
  • si N est pair, la médiane est la demi-somme des deux valeurs centrales.

Au moins la moitié des valeurs de la série sont inférieures ou égales à la médiane, et au moins la moitié lui sont supérieures ou égales.

Définition

  • Le premier quartile Q1 est la plus petite valeur de la série telle qu'au moins 25% des valeurs de la série lui soient inférieures ou égales.
  • Le troisième quartile Q3 est la plus petite valeur de la série telle qu'au moins 75% des valeurs de la série lui soient inférieures ou égales.

Remarque

Q1 et Q3 sont toujours des valeurs de la série ; la médiane, elle, n'en est pas forcément une (quand N est pair, c'est une demi-somme).

Méthode

Déterminer la médiane et les quartiles d'une série.

  1. Ranger les N valeurs dans l'ordre croissant.
  2. Médiane : si N est impair, prendre la valeur centrale (celle de rang N+12) ; si N est pair, prendre la demi-somme des valeurs de rangs N2 et N2+1.
  3. Quartiles : calculer N4 ; le rang de Q1 est ce nombre s'il est entier, l'entier immédiatement supérieur sinon. Faire de même avec 3N4 pour Q3.

Exemple

Un effectif impair. On relève les temps de trajet domicile–lycée, en minutes, de 9 élèves : 6, 8, 8, 10, 11, 13, 14, 15, 17 (série déjà rangée).

  • N=9 est impair : la médiane est la 5e valeur, soit 11 minutes.
  • N4=2,25 n'est pas entier : Q1 est la 3e valeur, soit 8. De même 3N4=6,75, donc Q3 est la 7e valeur, soit 14.

La moitié des élèves mettent au plus 11 minutes pour venir au lycée, et au moins les trois quarts mettent 14 minutes ou moins.

Exemple

Un effectif pair. Voici les prix, en euros, de 10 jeux vidéo d'occasion : 5, 8, 10, 12, 14, 16, 20, 25, 30, 45.

  • N=10 est pair : la médiane est la demi-somme des 5e et 6e valeurs, soit 14+162=15 €.
  • N4=2,5 n'est pas entier : Q1 est la 3e valeur, soit 10 €. Et 3N4=7,5, donc Q3 est la 8e valeur, soit 25 €.

La moitié des jeux coûtent 15 € ou moins. Remarquons que la médiane 15 n'est pas une valeur de la série, alors que Q1=10 et Q3=25 en sont.

Les quartiles fournissent notre premier indicateur de dispersion « robuste », c'est-à-dire insensible aux valeurs extrêmes.

Définition

L'écart interquartile d'une série est le nombre Q3Q1.

C'est un indicateur de dispersion : l'intervalle [Q1;Q3] contient toujours au moins la moitié des valeurs de la série — les plus centrales. Plus l'écart interquartile est petit, plus cette moitié centrale est resserrée.

Exemple

Pour les prix des 10 jeux vidéo : Q3Q1=2510=15 €. La moitié centrale des prix s'étale sur 15 € seulement, alors que l'étendue (différence entre les valeurs extrêmes, vue au collège) vaut 455=40 € : c'est le jeu à 45 € qui étire la série vers le haut, sans affecter l'écart interquartile.

Ces cinq nombres — minimum, Q1, médiane, Q3, maximum — se lisent d'un coup d'œil sur une boîte à moustaches, rencontrée au collège.

Méthode

Construire une boîte à moustaches. Au-dessus d'un axe gradué :

  1. tracer une boîte (un rectangle) allant de Q1 à Q3, coupée par un trait vertical à la médiane ;
  2. tracer les deux moustaches : des segments allant de la boîte jusqu'au minimum et jusqu'au maximum de la série.

La longueur de la boîte est l'écart interquartile ; la longueur totale (d'une pointe de moustache à l'autre) est l'étendue.

Deux boîtes à moustaches des notes sur 20 de deux classes : classe A avec minimum 4, premier quartile 8, médiane 11, troisième quartile 13, maximum 17 ; classe B avec minimum 7, premier quartile 10, médiane 11, troisième quartile 12, maximum 15

Exemple

La figure ci-dessus représente les notes sur 20 obtenues par deux classes au même devoir. Lisons la boîte de la classe A : minimum 4, Q1=8, médiane 11, Q3=13, maximum 17. On en déduit son écart interquartile : Q3Q1=138=5. Au moins la moitié des élèves de la classe A ont donc une note comprise entre 8 et 13. La comparaison complète des deux classes est menée dans la dernière partie du chapitre.

L'écart type

Voici les notes de deux élèves sur quatre devoirs. Élève 1 : 8, 8, 12, 12. Élève 2 : 5, 5, 15, 15. Les deux ont la même moyenne, xˉ=10 — pourtant leurs profils sont très différents : le premier est régulier, le second alterne notes faibles et notes fortes. Pour distinguer ces deux séries, il faut mesurer la dispersion des valeurs autour de la moyenne : c'est le rôle de l'écart type, l'autre grande nouveauté de l'année.

L'idée : calculer l'écart de chaque valeur à la moyenne, élever ces écarts au carré (pour que les écarts négatifs ne compensent pas les positifs), en prendre la moyenne, puis revenir à l'unité de départ avec une racine carrée.

Définition

Soit une série statistique de N valeurs x1,x2,,xN et de moyenne xˉ. L'écart type de la série est le nombre

s=(x1xˉ)2+(x2xˉ)2++(xNxˉ)2N.

Exemple

Calculons l'écart type des notes de l'élève 1, soit 8, 8, 12, 12, de moyenne xˉ=10. Les écarts à la moyenne sont 2, 2, 2 et 2 ; leurs carrés valent tous 4. Donc

s=(810)2+(810)2+(1210)2+(1210)24=4+4+4+44=4=2.

Pour l'élève 2 (5, 5, 15, 15, même moyenne 10), les écarts valent 5, 5, 5, 5 et le même calcul donne s=25+25+25+254=25=5.

Même moyenne, mais écarts types 2 et 5 : les notes de l'élève 1 restent proches de 10, celles de l'élève 2 s'en écartent beaucoup plus. L'écart type confirme que l'élève 1 est nettement plus régulier.

L'écart type s'interprète toujours de la même façon : plus s est grand, plus les valeurs de la série sont dispersées autour de la moyenne xˉ ; plus s est petit, plus elles sont concentrées près de xˉ. Un écart type nul signifie que toutes les valeurs sont égales. Enfin, s s'exprime dans la même unité que les valeurs de la série : des points pour des notes, des euros pour des salaires, des centimètres pour des tailles.

Méthode

Calculer un écart type à la calculatrice. Dès que la série dépasse une poignée de valeurs (au-delà de 6 valeurs environ), le calcul à la main devient trop long : on utilise le mode statistiques de la calculatrice. On saisit les valeurs (et leurs effectifs le cas échéant) dans une liste, puis on lit xˉ et s dans l'écran de résultats. Attention : la plupart des calculatrices affichent deux écarts types ; celui du programme est celui obtenu en divisant par N, et non celui qui divise par N1.

Remarque

Le nombre sous la racine, s2, s'appelle la variance de la série. En seconde, on travaille directement avec l'écart type s, qui a l'avantage de s'exprimer dans la même unité que les données.

Remarque

Lire des fonctions Python. Le programme demande de savoir lire des fonctions qui calculent une moyenne ou un écart type — le code est donné, il faut le comprendre. En voici deux, où donnees désigne la série de valeurs :

def moyenne(donnees):
    total = 0
    for x in donnees:
        total = total + x
    return total / len(donnees)
def ecart_type(donnees):
    m = moyenne(donnees)
    total = 0
    for x in donnees:
        total = total + (x - m) ** 2
    return (total / len(donnees)) ** 0.5

Dans moyenne, la boucle for x in donnees: parcourt les valeurs une à une et la variable total accumule leur somme, que l'on divise à la fin par l'effectif len(donnees) — c'est exactement la définition de xˉ. Dans ecart_type, on accumule cette fois les carrés des écarts (x - m) ** 2 entre chaque valeur et la moyenne m, on divise par l'effectif, et l'élévation à la puissance 0.5 prend la racine carrée : on reconnaît la formule de s.

Séries regroupées en classes

Mesurons maintenant les tailles, en centimètres, de 40 plants de tomates — notre fil rouge. Le caractère est continu : une taille peut prendre n'importe quelle valeur (17,3 cm, 22,61 cm…), et avec 40 mesures presque toutes différentes, un tableau d'effectifs valeur par valeur serait illisible. On regroupe alors les valeurs en intervalles.

Définition

Regrouper une série par classes, c'est répartir ses valeurs dans des intervalles contigus, appelés classes. L'amplitude d'une classe est la longueur de l'intervalle, et son centre en est le milieu.

En seconde, toutes les classes d'un même regroupement ont la même amplitude.

Voici le regroupement des tailles de nos 40 plants en quatre classes d'amplitude 5 cm :

Taille (cm) [10;15[ [15;20[ [20;25[ [25;30[
Effectif 6 10 16 8

Remarque

Le regroupement fait perdre de l'information : on sait que 16 plants mesurent entre 20 et 25 cm, mais on ne connaît plus leurs tailles exactes. Tous les indicateurs calculés sur une série regroupée sont donc des estimations.

L'histogramme

La représentation graphique adaptée aux séries regroupées en classes est l'histogramme : au-dessus de chaque classe, on dresse un rectangle dont la hauteur, lue sur l'axe vertical, est l'effectif de la classe. Les rectangles sont accolés (sans espace entre eux), car les classes sont des intervalles contigus — c'est ce qui distingue un histogramme d'un diagramme en barres.

Histogramme des tailles de 40 plants de tomates : classes de 10 à 15, de 15 à 20, de 20 à 25 et de 25 à 30 centimètres, d'effectifs respectifs 6, 10, 16 et 8

L'histogramme montre d'un coup d'œil la répartition des tailles : la classe [20;25[ domine, et la série est un peu plus étalée vers les petites tailles que vers les grandes.

La moyenne estimée par les centres de classes

Comment calculer une moyenne quand on ne connaît plus les valeurs exactes ? On suppose que, dans chaque classe, les valeurs sont réparties uniformément : tout se passe alors comme si chaque valeur était au centre de sa classe. On est ramené à une moyenne pondérée.

Méthode

Estimer la moyenne d'une série regroupée en classes.

  1. Calculer le centre de chaque classe (le milieu de l'intervalle).
  2. Calculer la moyenne pondérée des centres par les effectifs des classes.

Exemple

Les centres des quatre classes sont 12,5, 17,5, 22,5 et 27,5 (cm). La moyenne estimée des tailles vaut donc

xˉ=6×12,5+10×17,5+16×22,5+8×27,540=75+175+360+22040=83040=20,75.

En moyenne, les plants de tomates mesurent environ 20,75 cm.

La classe médiane

Faute de connaître les valeurs individuelles, on ne peut plus déterminer la médiane exactement — mais on peut localiser la classe qui la contient, grâce aux effectifs cumulés croissants.

Définition

La classe médiane d'une série regroupée est la première classe dont l'effectif cumulé croissant atteint N2.

Exemple

Complétons le tableau des tomates par les effectifs cumulés croissants :

Taille (cm) [10;15[ [15;20[ [20;25[ [25;30[
Effectif 6 10 16 8
Effectif cumulé croissant 6 16 32 40

Ici N2=402=20. Le cumul vaut 16 à la fin de la classe [15;20[ (pas encore 20), puis 32 à la fin de la classe [20;25[ : la classe médiane est donc [20;25[. La taille « du milieu » se situe entre 20 et 25 cm.

Polygone des fréquences cumulées et estimation de la médiane

Pour préciser la position de la médiane à l'intérieur de sa classe, on utilise les fréquences cumulées croissantes et leur représentation graphique.

Méthode

Tracer le polygone des fréquences cumulées croissantes.

  1. Calculer la fréquence cumulée croissante à la borne supérieure de chaque classe (effectif cumulé divisé par N, en pourcentage).
  2. Placer, pour chaque classe, le point (borne supérieure ; fréquence cumulée), ainsi que le point de départ (borne inférieure de la première classe ; 0%).
  3. Relier les points consécutifs par des segments : cela revient à supposer la répartition uniforme à l'intérieur de chaque classe.

La médiane estimée est l'abscisse du point du polygone d'ordonnée 50%.

Exemple

Pour les tomates, les fréquences cumulées croissantes aux bornes 15, 20, 25 et 30 valent 640=15%, puis 1640=40%, 3240=80% et 4040=100%. On place donc les points (10;0), (15;15), (20;40), (25;80) et (30;100).

Polygone des fréquences cumulées croissantes des tailles des 40 plants de tomates : points de coordonnées (10 ; 0), (15 ; 15), (20 ; 40), (25 ; 80) et (30 ; 100) en pourcentage, avec la lecture graphique de la médiane estimée, environ 21,25 cm, au niveau 50 pour cent

Sur le graphique, l'horizontale à 50% coupe le polygone dans la classe [20;25[, en un point d'abscisse proche de 21 cm : c'est la médiane estimée par lecture graphique.

Le calcul exact de cette abscisse repose sur la proportionnalité dans la classe médiane : la répartition y étant supposée uniforme, on avance dans la classe proportionnellement au nombre de valeurs qu'il reste à atteindre.

Exemple

Estimons par le calcul la médiane des tailles. La classe médiane est [20;25[ : elle commence à 20 cm, a une amplitude de 5 cm et contient 16 valeurs. Avant elle, le cumul vaut 16 ; pour atteindre la N2=20e valeur, il faut encore avancer de 2016=4 valeurs parmi les 16 de la classe, soit une fraction 416 de son amplitude :

meˊdiane estimeˊe=20+5×201616=20+5×416=20+1,25=21,25.

La médiane des tailles est estimée à 21,25 cm : environ la moitié des plants mesurent moins de 21,25 cm, ce qui est cohérent avec la lecture graphique et avec la moyenne estimée (20,75 cm).

Comparer deux séries statistiques

Décrire une série, c'est bien ; le vrai pouvoir de la statistique descriptive, c'est de comparer : deux classes, deux traitements agricoles, deux machines de production… Un seul indicateur ne suffit jamais — on l'a vu avec les deux élèves de moyenne 10 : il faut croiser position et dispersion.

Méthode

Comparer deux séries statistiques. On compare toujours un indicateur de position et un indicateur de dispersion, en utilisant l'un des deux couples :

  • (moyenne ; écart type) : la moyenne situe le niveau global, l'écart type mesure la régularité autour de ce niveau ;
  • (médiane ; écart interquartile) : même idée, avec des indicateurs de rang.

On conclut par une phrase dans le contexte : quelle série a le niveau le plus élevé ? laquelle est la plus homogène ?

Remarque

Quel couple choisir ? Les deux couples ne racontent pas toujours la même histoire. Le couple (médiane ; écart interquartile) est robuste : il est insensible aux valeurs extrêmes, et donc préférable quand la série en contient ou qu'elle est très dissymétrique (salaires, prix…). Le couple (moyenne ; écart type) utilise toutes les valeurs de la série et se prête mieux aux calculs — c'est lui qu'on retrouvera dans les chapitres de probabilités des classes suivantes. Graphiquement, deux boîtes à moustaches tracées au-dessus du même axe permettent une comparaison immédiate des médianes, des écarts interquartiles et des étendues.

Exemple

Revenons aux notes des classes A et B, déjà rencontrées dans la partie sur les quartiles. Leurs boîtes à moustaches se lisent ainsi — classe A : minimum 4, Q1=8, médiane 11, Q3=13, maximum 17 ; classe B : minimum 7, Q1=10, médiane 11, Q3=12, maximum 15.

Deux boîtes à moustaches des notes sur 20 de deux classes : classe A avec minimum 4, premier quartile 8, médiane 11, troisième quartile 13, maximum 17 ; classe B avec minimum 7, premier quartile 10, médiane 11, troisième quartile 12, maximum 15

Comparons les deux classes avec le couple (médiane ; écart interquartile).

  • Position : les deux classes ont la même médiane, 11. Le niveau central est identique : dans chaque classe, environ la moitié des élèves dépassent 11.
  • Dispersion : l'écart interquartile vaut 138=5 pour la classe A et 1210=2 pour la classe B. Les étendues confirment : 174=13 points pour A, contre 157=8 points pour B.

Conclusion, dans le contexte : les deux classes ont le même niveau d'ensemble, mais la classe B est nettement plus homogène — la moitié centrale de ses notes tient en 2 points, contre 5 pour la classe A, qui compte à la fois des notes très faibles et de très bonnes notes. Un même cours ne s'adressera donc pas de la même façon à ces deux classes : en A, l'enseignant devra gérer des profils très hétérogènes.

Remarque

Sur ce même exemple, le couple (moyenne ; écart type), calculé à la calculatrice à partir des listes de notes complètes, mènerait à la même conclusion : moyennes voisines, mais écart type nettement plus grand en classe A. Quand les deux couples s'accordent, la conclusion est solide ; quand ils divergent, c'est le signe de valeurs extrêmes — et le couple (médiane ; écart interquartile) est alors le plus fiable.

Bloqué sur « Statistique descriptive » ?

On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.