4ᵉ · Chapitre 13 · Espace et géométrie

Translation et parallélogramme

Effet d'une translation (parallélisme, longueurs, angles), frises et pavages.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Effet d'une translation (parallélisme, longueurs, angles)
  • Frises et pavages

Observe la tour sur un échiquier : elle glisse de plusieurs cases, tout droit, sans jamais pivoter. Pense aussi au télésiège qui remonte la pente le long de son câble, au tapis roulant qui emporte les valises à l'aéroport, ou au curseur de volume que tu fais glisser sur un écran. Tous ces déplacements ont un point commun : on glisse tout droit, sans tourner et sans se retourner. En mathématiques, ce glissement s'appelle une translation. Dans ce chapitre, tu vas apprendre à le décrire avec précision, découvrir le lien étroit qu'il entretient avec le parallélogramme de 5e, et comprendre comment il fait naître les frises et les pavages qui décorent les murs depuis des siècles.

Un glissement bien réglé : la translation

Pose un calque sur une figure, puis fais-le glisser sur la feuille, bien à plat, sans le faire pivoter : la figure dessinée sur le calque devient l'image de la figure de départ. Mais « faire glisser », c'est encore trop vague : deux personnes qui suivent cette consigne n'obtiendront jamais la même image ! Pour décrire complètement un glissement, il faut donner trois informations :

  • une direction : le long de quelle droite on glisse ;
  • un sens : vers lequel des deux côtés on part sur cette droite ;
  • une longueur : de combien on glisse.

Le plus simple pour donner ces trois informations d'un seul coup, c'est de montrer un point de départ et un point d'arrivée.

Définition

Soient A et B deux points distincts. La translation qui transforme A en B est le glissement :

  • dans la direction de la droite (AB) ;
  • dans le sens de A vers B ;
  • d'une longueur égale à AB.

Lorsque cette translation amène le point M sur le point M, on dit que M est l'image de M par la translation qui transforme A en B.

Un triangle et son image par la translation qui transforme A en B

Sur la figure, chaque sommet du triangle a glissé exactement comme A glisse vers B : les flèches rouges sont toutes parallèles, orientées dans le même sens et de la même longueur. C'est la marque de fabrique de la translation : tous les points de la figure font le même voyage.

Tu connais déjà deux autres façons de transformer une figure, et la comparaison vaut le coup d'œil :

  • la symétrie axiale (6e), c'est un pliage : l'image est retournée, comme dans un miroir ;
  • la symétrie centrale (5e), c'est un demi-tour : l'image se retrouve la tête en bas ;
  • la translation, c'est un glissement : l'image n'est ni retournée ni tournée, elle reste exactement dans le même sens que la figure de départ.

Translation et parallélogramme

Comment construire l'image M d'un point M avec précision ? C'est ici que le parallélogramme entre en scène. Commençons par raviver tes souvenirs de 5e.

Propriété

Rappels de 5e. Dans un parallélogramme :

  • les côtés opposés sont parallèles et de même longueur ;
  • les diagonales se coupent en leur milieu.

Réciproquement, si les diagonales d'un quadrilatère non croisé se coupent en leur milieu, alors ce quadrilatère est un parallélogramme.

Regarde maintenant ce qui se passe quand M glisse vers M « comme A glisse vers B » : le segment [MM] est parallèle au segment [AB] et de même longueur. Deux côtés opposés parallèles et de même longueur... un parallélogramme se dessine tout seul ! C'est la définition officielle de l'image d'un point.

Définition

Soient A, B et M trois points. Le point M est l'image de M par la translation qui transforme A en B lorsque le quadrilatère ABMM est un parallélogramme, éventuellement aplati lorsque M est sur la droite (AB).

Le parallélogramme ABM'M, ses flèches de glissement et ses diagonales

Attention à l'ordre des lettres : on lit A, B, M, M en faisant le tour du quadrilatère. Le côté [AB] et le côté [MM] sont les deux côtés opposés qui décrivent le glissement (les deux flèches rouges de la figure), tandis que [AM] et [BM] sont les deux autres côtés opposés. Écrire ABMM serait une erreur : dans cet ordre, le quadrilatère serait croisé.

Et les diagonales dans tout ça ? Dans le parallélogramme ABMM, les diagonales sont [AM] et [BM], et tu sais qu'elles se coupent en leur milieu. On obtient une deuxième façon, très pratique, de dire exactement la même chose :

Propriété

Le point M est l'image de M par la translation qui transforme A en B si et seulement si les segments [AM] et [BM] ont le même milieu.

Cette caractérisation a un gros avantage : elle reste vraie même quand M se trouve sur la droite (AB). Dans ce cas, les quatre points A, B, M et M sont alignés : le parallélogramme est complètement écrasé sur la droite, on dit qu'il est aplati. Impossible de « voir » un vrai parallélogramme, mais le point I, milieu commun de [AM] et [BM], lui, est toujours au rendez-vous.

Le cas du parallélogramme aplati : M est sur la droite (AB)

Exemple

EFGH est un parallélogramme. Quelle est l'image de H par la translation qui transforme E en F ?

D'après la définition, l'image de H est le point X tel que EFXH soit un parallélogramme. Or EFGH est justement un parallélogramme : le point G convient. L'image de H est donc G.

Construire l'image d'une figure

Passons à la pratique ! Pour construire l'image d'une figure entière, il suffit de construire l'image de chacun de ses sommets, puis de relier les points images dans le même ordre que sur la figure de départ. Tout repose donc sur la construction de l'image d'un point. Deux situations : avec ou sans quadrillage.

Méthode

Sur quadrillage : compter les carreaux. Pour construire l'image d'une figure par la translation qui transforme A en B :

  1. Décris le déplacement qui mène de A à B en suivant les carreaux, par exemple « 5 carreaux vers la droite et 1 carreau vers le haut ».
  2. Applique exactement le même déplacement à chaque sommet de la figure : tu obtiens les sommets images.
  3. Relie les sommets images dans le même ordre que sur la figure de départ.

Construction de l'image d'un triangle sur quadrillage

Sur la figure, on passe de A à B en avançant de 5 carreaux vers la droite et de 1 carreau vers le haut. Chaque sommet du triangle EFG subit le même déplacement, et le triangle image EFG apparaît, parfaitement fidèle au triangle de départ.

Méthode

Sur feuille blanche : au compas. Pour construire l'image M d'un point M par la translation qui transforme A en B (avec M en dehors de la droite (AB)), on construit le quatrième sommet du parallélogramme ABMM :

  1. Prends au compas la longueur AB, pique en M et trace un arc de cercle du côté de B (car MM=AB).
  2. Prends au compas la longueur AM, pique en B et trace un second arc (car BM=AM).
  3. Les deux arcs se coupent en M : choisis le point d'intersection pour lequel le quadrilatère ABMM n'est pas croisé.

Construction du point image au compas : deux arcs de cercle

Un bon réflexe pour vérifier ta construction : le segment [MM] doit être parallèle à [AB] et de même longueur. Si ce n'est pas le cas, l'un des deux arcs a été tracé avec le mauvais écartement de compas.

Les propriétés de la translation

Quand une figure glisse, elle change de position... et c'est tout. Ni sa forme, ni ses dimensions ne sont modifiées.

Propriété

La translation conserve :

  • les longueurs ;
  • l'alignement des points ;
  • les angles ;
  • les aires.

Autrement dit, une figure et son image par une translation sont superposables.

Propriété

Conséquences pour les figures usuelles.

  • L'image d'un segment est un segment parallèle et de même longueur.
  • L'image d'une droite est une droite parallèle.
  • L'image d'un cercle est un cercle de même rayon, dont le centre est l'image du centre.

Un triangle avec ses mesures et son image par une translation

Exemple

Donner des mesures sans mesurer. Sur la figure ci-dessus, le triangle ABC vérifie AB=4 cm, AC=3,5 cm et BAC^=53, et son aire vaut 5,6 cm2. Le triangle ABC est son image par une translation.

Sans règle ni rapporteur, on peut affirmer que AB=4 cm, AC=3,5 cm et BAC^=53, car la translation conserve les longueurs et les angles. Et comme elle conserve aussi les aires, l'aire de ABC vaut 5,6 cm2.

Un dernier détail, qui distingue la translation de ses cousines : avec une symétrie centrale, l'image se retrouve la tête en bas ; avec une symétrie axiale, elle est retournée comme dans un miroir. Avec une translation, rien de tout cela : la figure image est dans le même sens que la figure de départ, simplement déplacée. C'est la plus discrète des transformations.

Frises et pavages

Répète un même glissement encore et encore, et un simple motif devient une décoration : c'est le principe des frises et des pavages.

Définition

Une frise est une bande décorée par un motif qui se répète régulièrement par translations, toujours de la même longueur, le long de la bande.

Une frise : le même motif répété par translations le long d'une bande

Définition

Un pavage est un assemblage de motifs qui recouvre le plan entier sans trou ni chevauchement, et dans lequel le motif se répète par translations dans deux directions différentes.

Un pavage : le motif se répète par translations dans deux directions

Comment décrire précisément la translation qui transforme un motif en un autre ? Exactement comme dans tout le chapitre : on choisit un point du premier motif, on repère le point qui lui correspond sur le second, et on nomme ces deux points. Sur la frise ci-dessus, chaque motif se superpose au suivant par la translation qui transforme A en B ; en enchaînant deux fois ce glissement, on atteint le motif d'après, et ainsi de suite. Sur le pavage, deux glissements suffisent à tout engendrer : la translation qui transforme A en B (un pas vers la droite) et celle qui transforme A en C (un pas en biais vers le haut). En les enchaînant, on peut superposer le motif de départ à n'importe quel autre motif du pavage.

Un peu d'histoire et de culture

Les translations décorent le monde depuis bien plus longtemps qu'elles n'ont de nom. Dans la Grèce antique, les temples s'ornaient déjà de frises : le célèbre motif « à la grecque », cette ligne brisée qui s'enroule et se répète, court sur les vases et les monuments depuis près de trois mille ans. Au XIVe siècle, les artisans du palais de l'Alhambra, à Grenade, ont couvert les murs de pavages de céramique d'une richesse extraordinaire : sans le savoir, ils avaient exploré presque toutes les façons possibles de répéter un motif dans le plan. Émerveillé par sa visite de l'Alhambra, l'artiste néerlandais M. C. Escher (1898-1972) a ensuite passé une grande partie de sa vie à dessiner des pavages figuratifs, où oiseaux, poissons et lézards s'emboîtent parfaitement, sans trou ni chevauchement. Les mathématiciens, de leur côté, ont fini par tout classer : on a démontré au XIXe siècle qu'il n'existe que 7 types de frises et 17 types de pavages périodiques. La prochaine fois que tu croiseras un papier peint, un carrelage ou une écharpe à motifs, cherche le motif élémentaire et le glissement qui le répète : la translation se cache là, sous tes yeux.

Bloqué sur « Translation et parallélogramme » ?

On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.