4ᵉ · Chapitre 11 · Espace et géométrie
Théorème de Thalès (triangles emboîtés)
Énoncé et réciproque en configuration des triangles emboîtés, calculs de longueurs, parallélisme.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Énoncé et réciproque en configuration des triangles emboîtés
- Calculs de longueurs
- Parallélisme
Comment mesurer la hauteur d'un monument sans y grimper ? La légende raconte qu'il y a environ 2 600 ans, le mathématicien grec Thalès de Milet, de passage en Égypte, a mesuré la hauteur de la grande pyramide sans quitter le sol. Son idée : planter un bâton à la verticale et comparer les ombres. Au même instant, les rayons du soleil arrivent tous dans la même direction, si bien que le bâton et son ombre forment un « petit triangle » qui a exactement la même forme que le « grand triangle » formé par la pyramide et son ombre. Les longueurs du petit et du grand sont alors proportionnelles : en mesurant le bâton et les deux ombres, Thalès en a déduit la hauteur de la pyramide. C'est ce lien de proportionnalité entre un petit triangle et un grand triangle de même forme que nous allons étudier, et il porte aujourd'hui son nom : le théorème de Thalès.
La configuration des triangles emboîtés
Avant d'énoncer le théorème, il faut apprendre à reconnaître la situation dans laquelle il s'applique. Tout part d'un triangle, dans lequel on place deux points.
Définition
Soit un triangle . On place un point sur le côté et un point sur le côté , de façon que .
Les triangles et sont alors dits emboîtés : le petit triangle est contenu dans le grand triangle , et ils partagent le même sommet , qu'on appelle le sommet commun.
Regarde bien la figure : le petit triangle est comme une copie du grand triangle , glissée à l'intérieur, avec la pointe en commun. C'est exactement la situation du bâton et de la pyramide de l'introduction.
Pour repérer cette configuration à coup sûr dans un exercice, prends trois réflexes :
- Chercher le sommet commun. C'est le sommet partagé par les deux triangles, ici . Tous les rapports du théorème partiront de lui.
- Vérifier les alignements. Les points , , sont alignés dans cet ordre (car ), et les points , , aussi (car ). Ces deux alignements sont indispensables.
- Repérer les parallèles. L'énoncé (ou le codage de la figure, souvent des flèches identiques sur les deux droites) doit indiquer que .
Un mot d'avertissement : dans les exercices, les lettres changent ! Le sommet commun ne s'appellera pas toujours , et les points sur les côtés ne s'appelleront pas toujours et . Ce qui compte, ce n'est pas le nom des points, c'est le rôle de chacun : identifie d'abord le sommet commun, puis les deux alignements qui en partent, et adapte les notations.
Sommet commun, points alignés, droites parallèles : quand ces trois ingrédients sont réunis, le théorème de Thalès peut entrer en scène.
Le théorème de Thalès
Voici le résultat central du chapitre. Il traduit en égalités de rapports l'idée que le petit triangle et le grand ont « la même forme ».
Propriété
Théorème de Thalès. Dans un triangle , si , et , alors
Prends le temps de décortiquer cette égalité, car toute la réussite du chapitre repose sur la façon de l'écrire. Chaque rapport compare un côté du petit triangle (au numérateur) au côté correspondant du grand triangle (au dénominateur) :
- : côté du petit et côté du grand portés par la droite , en partant du sommet commun ;
- : côté du petit et côté du grand portés par la droite , en partant encore de ;
- : le troisième côté du petit et le troisième côté du grand, ceux qui sont parallèles.
Le moyen mnémotechnique est simple : en haut le petit, en bas le grand, et on part toujours du sommet commun. Écrire ou à la place de est l'erreur la plus fréquente du chapitre : n'est pas un côté du grand triangle, et inverser un rapport fausse tout le calcul.
À quoi sert cette triple égalité ? À calculer des longueurs. Si tu connais trois des quatre longueurs d'une égalité de deux rapports, tu retrouves la quatrième : c'est la quatrième proportionnelle, que tu sais calculer depuis le chapitre sur la proportionnalité grâce au produit en croix.
Méthode
Calculer une longueur avec le théorème de Thalès.
- On cite la configuration : les points et (donc les alignements), et le parallélisme . Puis on invoque le théorème de Thalès.
- On écrit l'égalité des trois rapports, en partant du sommet commun : petit triangle au numérateur, grand au dénominateur.
- On remplace les longueurs connues par leurs valeurs.
- On sélectionne les deux rapports utiles (celui qui contient la longueur cherchée et un rapport entièrement connu), puis on effectue un produit en croix.
- On conclut par une phrase, avec l'unité.
Voyons cette méthode à l'œuvre sur un exemple complet, rédigé comme tu devras le faire en devoir.
Exemple
Dans un triangle , le point appartient à et le point appartient à , avec . On donne cm, cm, cm et cm. Calculer puis .
Dans le triangle , on a , et . D'après le théorème de Thalès :
c'est-à-dire, en remplaçant par les valeurs connues :
Calcul de . On utilise les deux premiers rapports : . Par produit en croix :
Donc cm.
Calcul de . On utilise le premier et le dernier rapport : . Par produit en croix :
Donc cm.
Remarque la structure de la rédaction : la configuration d'abord, le théorème ensuite, l'égalité des trois rapports, et seulement après les calculs. Cette citation de la configuration n'est pas une formalité : c'est elle qui justifie que tu as le droit d'écrire l'égalité.
Une réduction du grand triangle
Reprenons l'exemple précédent et observons les rapports de plus près. On avait
Et en effet : et . Chaque côté du petit triangle s'obtient en multipliant le côté correspondant du grand par le même nombre . Ce nombre, c'est le rapport de réduction : le triangle est une version du triangle réduite à de sa taille. Tu retrouves ici le vocabulaire des agrandissements et des réductions.
Propriété
Dans la configuration des triangles emboîtés, en posant , le triangle est une réduction du triangle de rapport : chaque longueur du petit triangle s'obtient en multipliant la longueur correspondante du grand triangle par . Le périmètre du petit triangle vaut aussi fois celui du grand.
Vérifions l'affirmation sur les périmètres avec nos valeurs. Le périmètre du grand triangle vaut cm, et celui du petit vaut cm. Or : le périmètre a bien été multiplié par , comme chacune des longueurs.
Ce point de vue est précieux pour vérifier tes calculs : le rapport étant plus petit que (le point est entre et ), toutes les longueurs du petit triangle doivent être plus petites que celles du grand. Si un calcul de Thalès te donne plus grand que , c'est le signe d'un rapport écrit à l'envers.
Jusqu'ici, le parallélisme nous était donné et nous en déduisions des longueurs. Renversons maintenant le point de vue.
La réciproque du théorème de Thalès
Le théorème de Thalès suppose que les droites sont parallèles : sans cette hypothèse, impossible de l'utiliser. Mais que faire quand l'énoncé ne dit pas que et sont parallèles, et que c'est justement ce qu'on te demande de prouver ? Aucun rapporteur, aucune règle ne constitue une preuve. C'est la réciproque du théorème qui joue ce rôle : si les rapports sont égaux, alors les droites sont forcément parallèles.
Propriété
Réciproque du théorème de Thalès. Dans un triangle , si et , et si
alors .
Note bien : deux rapports suffisent. Pour appliquer la réciproque, tu n'as pas besoin de connaître ni ; il suffit de comparer les rapports des longueurs portées par les deux côtés issus du sommet commun.
Méthode
Démontrer que deux droites sont parallèles.
- On vérifie les alignements : et , avec le sommet commun .
- On calcule séparément les deux rapports et . Surtout, on n'écrit pas l'égalité avant de l'avoir vérifiée !
- On compare les deux résultats. S'ils sont égaux, on conclut en citant la réciproque du théorème de Thalès : les droites et sont parallèles.
Tu reconnais la rédaction « d'une part... d'autre part... » déjà croisée avec la réciproque du théorème de Pythagore : tant que la comparaison n'est pas faite, l'égalité n'est qu'une hypothèse, pas un fait.
Exemple
Dans un triangle , le point appartient à et le point appartient à , avec cm, cm, cm et cm. Les droites et sont-elles parallèles ?
On a et . Calculons séparément les deux rapports.
D'une part : .
D'autre part : .
On constate que . D'après la réciproque du théorème de Thalès, les droites et sont parallèles.
Et si la comparaison échoue ? C'est l'objet de la dernière section, et la conclusion est tout aussi intéressante.
Montrer que deux droites ne sont pas parallèles
Supposons que les deux rapports soient différents. La réciproque ne s'applique pas, mais cela ne veut pas dire qu'on ne peut rien conclure, au contraire. Raisonnons : si les droites et étaient parallèles, le théorème de Thalès s'appliquerait et donnerait l'égalité . Or cette égalité est fausse. Les droites ne peuvent donc pas être parallèles. Ce raisonnement, qui s'appuie sur le théorème direct et non sur la réciproque, s'appelle la contraposée : si les rapports et ne sont pas égaux, alors et ne sont pas parallèles.
Méthode
Démontrer que deux droites ne sont pas parallèles.
- On vérifie les alignements et on calcule séparément les deux rapports et , exactement comme pour la réciproque. Si les rapports ne tombent pas juste, on compare leurs produits en croix ( et ) plutôt que des valeurs arrondies : deux arrondis proches ne prouvent rien.
- Les deux résultats sont différents. On rédige alors : « Si les droites et étaient parallèles, d'après le théorème de Thalès, on aurait . Or ce n'est pas le cas : les droites et ne sont donc pas parallèles. »
Exemple
Dans un triangle , le point appartient à et le point appartient à , avec cm, cm, cm et cm. Les droites et sont-elles parallèles ?
On a et . Calculons séparément les deux rapports : et . Ces valeurs approchées semblent différentes ; justifions-le proprement par les produits en croix :
Comme , les rapports et ne sont pas égaux.
Si les droites et étaient parallèles, d'après le théorème de Thalès, on aurait . Or ce n'est pas le cas : les droites et ne sont donc pas parallèles.
Un dernier avertissement pour la route : sur une figure, deux droites peuvent sembler parallèles alors qu'elles ne le sont pas, comme dans cet exemple où les rapports valent environ et ; l'œil ne prouve rien, seuls les calculs comptent. Et garde un peu de curiosité en réserve : en 3e, tu découvriras que le théorème de Thalès s'applique aussi dans d'autres configurations que les triangles emboîtés.
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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.