4ᵉ · Chapitre 06 · Nombres et calculs
Calcul littéral
Développer, factoriser, réduire (distributivité simple), équivalence de programmes de calcul.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Développer
- Factoriser
- Réduire (distributivité simple)
- Équivalence de programmes de calcul
Comment être sûr qu'une affirmation est vraie pour , pour , pour un milliard, bref pour tous les nombres à la fois ? Impossible de les tester un par un : il y en a une infinité. L'idée géniale des mathématiciens est de remplacer le nombre par une lettre : un seul calcul, mené sur la lettre, vaut alors pour toutes les valeurs d'un coup. C'est le calcul littéral. Tu l'as effleuré en cinquième ; cette année, tu apprends à transformer ces expressions (réduire, développer, factoriser) pour prouver des résultats généraux et démasquer les tours de magie des programmes de calcul. C'est aussi l'outil qui te servira bientôt à résoudre des équations.
Des lettres pour calculer : les conventions d'écriture
Définition
Une expression littérale est une expression dans laquelle un ou plusieurs nombres sont remplacés par des lettres. Ces lettres désignent des nombres dont on ne connaît pas (ou pas encore) la valeur. Par exemple, et sont des expressions littérales.
Pour alléger les écritures, les mathématiciens ont adopté des conventions : des règles d'écriture que tout le monde respecte.
Propriété
Conventions d'écriture.
- Le signe est supprimé devant une lettre ou une parenthèse : , , .
- Le nombre s'écrit avant la lettre : s'écrit , pas .
- s'écrit simplement , et .
- s'écrit et s'écrit : ce sont les puissances du chapitre précédent.
Attention : entre deux nombres, le signe ne disparaît jamais ! Écrire serait une catastrophe.
Exemple
Simplifier des écritures. , puis , et .
Avec des relatifs. et : la règle des signes s'applique comme d'habitude, et le nombre passe devant.
Dans l'autre sens. et : savoir remettre les signes est aussi important que savoir les enlever.
Substituer : donner une valeur aux lettres
Substituer, c'est remplacer chaque lettre par une valeur choisie, puis calculer. C'est ce que tu fais quand tu utilises une formule : dans , le périmètre d'un rectangle, tu remplaces et par les dimensions réelles.
Méthode
Substituer une valeur dans une expression.
- Remettre tous les signes supprimés par les conventions.
- Remplacer la lettre par sa valeur, entre parenthèses si la valeur est négative.
- Calculer en respectant les priorités opératoires (puissances, puis multiplications, puis additions et soustractions).
Exemple
Calculer pour . On remet le signe : , puis .
Calculer pour . On écrit : les parenthèses sont indispensables. La puissance d'abord : , donc .
Calculer pour . .
Un piège hérité du chapitre des puissances te guette ici aussi : pour , les expressions et ne donnent pas le même résultat. Dans , la puissance est prioritaire : . Dans , c'est l'opposé de qui est élevé au carré : . Relis deux fois les parenthèses avant de calculer !
Sommes et produits : lire la structure d'une expression
Avant de transformer une expression, il faut savoir la lire. La question clé : quelle est la dernière opération effectuée si on remplaçait la lettre par un nombre ?
Définition
- Si la dernière opération est une addition (ou une soustraction), l'expression est une somme. Les expressions additionnées s'appellent les termes.
- Si la dernière opération est une multiplication, l'expression est un produit. Les expressions multipliées s'appellent les facteurs.
Exemple
est une somme de deux termes : et . En effet, pour la calculer, on ferait d'abord , puis l'addition en dernier.
est un produit de deux facteurs : et . On calculerait d'abord la parenthèse, puis la multiplication en dernier.
est une somme (ici une différence) de deux termes : et .
Cette lecture est la boussole de tout le chapitre : réduire et développer fabriquent des sommes, factoriser fabrique des produits. À chaque expression rencontrée, demande-toi d'abord : somme ou produit ?
Réduire une expression
Réduire une expression, c'est l'écrire avec le moins de termes possible. On ne peut regrouper que les termes « de même nature » : les termes en entre eux, les termes en entre eux, les constantes (nombres seuls) entre elles.
Propriété
Pour regrouper des termes de même nature, on additionne leurs coefficients :
Cette règle n'est pas magique : c'est la distributivité lue à l'envers, comme on le verra dans la section suivante.
En revanche, ne se réduit pas : et ne sont pas de même nature (essaie avec : , et sûrement pas ). De même, ne se réduit pas : un terme en et un terme en ne se regroupent jamais.
Pour un produit, pas besoin de termes de même nature : on multiplie les nombres entre eux et les lettres entre elles.
Exemple
Réduire . On regroupe par nature : les termes en donnent ; les termes en donnent ; la constante reste seule. Donc .
Entraîne-toi à réduire de tête :
a.
b.
c.
d.
e.
f.
Développer : la distributivité
Tu as croisé la distributivité en cinquième sur des cas simples ; la voici en version complète, prête à servir toute l'année.
Propriété
Distributivité de la multiplication sur l'addition. Pour tous nombres , et :
Lire de gauche à droite, c'est développer : transformer un produit en somme. Lire de droite à gauche, c'est factoriser : transformer une somme en produit.
La distributivité marche d'abord avec des nombres, et c'est une arme de calcul mental : , et .
Exemple
Développer . Le facteur est distribué à chaque terme de la parenthèse : .
Développer . Ici : attention aux signes ! .
Développer . Le facteur distribué peut être une lettre : .
Le geste le plus courant en quatrième enchaîne les deux techniques : développer, puis réduire.
Méthode
Développer puis réduire une expression.
- Développer chaque produit avec la distributivité, en surveillant les signes (un signe devant un facteur se distribue à tous les termes).
- Réduire en regroupant les termes de même nature.
Exemple : . On développe chaque produit : , et (le est distribué aux deux termes : et ). Donc
Vérifie ton développement en substituant une valeur : pour , l'expression de départ donne , et donne . Ça concorde ! (Attention : une valeur qui concorde ne prouve pas que le calcul est juste, mais une valeur qui ne concorde pas prouve qu'il est faux.)
Factoriser : repérer le facteur commun
Factoriser, c'est faire le chemin inverse du développement : transformer une somme en produit. Pour cela, il faut repérer un facteur commun à tous les termes.
Méthode
Factoriser une expression.
- Repérer le facteur commun à tous les termes (un nombre, une lettre, ou les deux).
- Écrire le produit : le facteur commun devant, et entre parenthèses ce qui reste de chaque terme.
- Vérifier en redéveloppant : on doit retrouver l'expression de départ.
Exemple
Facteur commun numérique : factoriser . On remarque que et : le facteur commun est . Donc . Vérification : , c'est bon.
Facteur commun littéral : factoriser . On écrit et : le facteur commun est . Donc . Vérification : .
Les deux à la fois : factoriser . Le facteur commun est , car et . Donc .
La factorisation brille aussi en calcul mental. Pour calculer , ne sors pas la calculatrice : le facteur commun est , donc
Programmes de calcul : prouver avec les lettres
Voici un tour de magie mathématique. Applique ce programme de calcul :
- Choisis un nombre.
- Ajoute .
- Multiplie le résultat par .
- Soustrais le double du nombre de départ.
Testons-le sur quelques valeurs :
| Nombre de départ | |||
|---|---|---|---|
| Après « ajoute » | |||
| Après « multiplie par » | |||
| Après « soustrais le double du départ » |
Trois départs différents, trois fois le même résultat : . On conjecture que le programme donne toujours . Mais attention : trois exemples, ou mille, ne constituent pas une preuve. Il reste une infinité de nombres non testés, et rien ne garantit que le suivant ne cassera pas la série. C'est ici que le calcul littéral entre en scène.
Méthode
Prouver qu'un programme de calcul donne toujours le même résultat.
- Appeler le nombre de départ.
- Traduire chaque étape du programme par une expression littérale.
- Développer et réduire l'expression finale.
- Conclure : le résultat obtenu vaut pour tout nombre de départ.
Exemple
Démonstration. Appelons le nombre choisi au départ. Le programme le transforme ainsi : après « ajoute », on a ; après « multiplie par », on a ; après « soustrais le double du départ », on a . Développons et réduisons :
Le a disparu ! Quel que soit le nombre choisi au départ, le résultat vaut : le tour de magie est démontré, pour l'infinité des nombres possibles, en une seule ligne de calcul.
Et pour prouver que deux programmes ne sont pas équivalents ? Là, c'est beaucoup plus rapide. Compare le programme « mets le nombre au carré » et le programme « multiplie le nombre par ». Pour le départ , les deux donnent : on pourrait croire qu'ils sont équivalents. Mais pour le départ , le premier donne et le second . Un seul désaccord, et tout s'écroule.
Propriété
- Pour prouver qu'une affirmation est vraie pour tous les nombres, des exemples ne suffisent jamais : il faut un calcul littéral.
- Pour prouver qu'une affirmation est fausse, un seul contre-exemple suffit.
Retiens cette dissymétrie : elle est au cœur du raisonnement mathématique, et tu la retrouveras dans tous les chapitres à venir.
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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.