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PCSI · Chapitre 04 · Premier semestre
Fonctions d'une variable réelle à valeurs réelles ou complexes, primitives, équations différentielles linéaires d'ordres 1 et 2.
Ce chapitre est une boîte à outils, et le programme l'annonce sans détour : « le point de vue adopté dans cette section est pratique ; il s'agit, en prenant appui sur les acquis du lycée, de mettre en œuvre les techniques de base de l'analyse ; la mise en place rigoureuse des notions abordées fait l'objet de sections ultérieures ». Autrement dit, on va beaucoup calculer et peu démontrer. Les grands théorèmes qui fondent ces calculs (théorie des limites, continuité, lien entre le signe de la dérivée et les variations, existence de la bijection réciproque) sont admis ici et seront établis dans le chapitre « Fonctions d'une variable réelle : limites et continuité, dérivabilité ». Chaque fois qu'un résultat est admis, c'est écrit noir sur blanc.
Il ne faut surtout pas y voir un chapitre au rabais. C'est celui dont vous vous servirez tous les jours, dans toutes les matières, à partir de la deuxième semaine de l'année. Les objectifs fixés par le programme sont d'introduire des fonctions pour établir des inégalités et résoudre des problèmes d'optimisation, de manipuler un catalogue de fonctions classiques nettement élargi, de calculer des dérivées et des primitives, de pratiquer l'intégration par parties et le changement de variable, et d'appliquer tout cela aux équations différentielles. La physique et la chimie n'attendront pas que l'analyse soit refondée pour réclamer une dérivée, une primitive ou la résolution d'un circuit RC.
Le chapitre se lit en deux temps. La partie A, qui va des généralités sur les fonctions à la dérivation des fonctions à valeurs complexes, occupe les six premières sections, plus un récapitulatif de méthodes. La partie B, consacrée aux primitives et aux équations différentielles linéaires, occupe les sections suivantes. Les deux parties forment un seul chapitre : les fonctions du catalogue construit ici sont exactement celles qu'il faudra savoir primitiver ensuite.
Dans tout ce qui suit, et désignent des intervalles de non réduits à un point, une partie de , et les fonctions sont à valeurs réelles sauf mention explicite du contraire. Un dernier mot sur le calendrier : ce chapitre est la quatrième section du premier semestre. Les nombres complexes, les sommes et produits, la formule du binôme et la trigonométrie sont acquis et seront utilisés librement ; en revanche, les suites, les limites au sens formel, les développements limités et les théorèmes fins de dérivation (Rolle, accroissements finis) n'existent pas encore, et aucun raisonnement de ce cours ne s'appuiera dessus.
Définition
Une fonction réelle d'une variable réelle est la donnée d'une partie de et d'un procédé qui associe à tout de un unique réel noté . On écrit
L'ensemble s'appelle l'ensemble de définition de et se note . Le réel est l'image de par ; tout réel tel que est un antécédent de par .
Lorsqu'une fonction est donnée par une formule sans que son ensemble de définition soit précisé, la convention est que est l'ensemble des réels pour lesquels la formule a un sens. Déterminer un domaine n'est donc pas une formalité administrative : c'est la première ligne de toute étude, et une erreur commise là contamine tout le reste de la copie.
Méthode
Déterminer un ensemble de définition. On liste les contraintes imposées par la formule, on les traduit en inéquations, puis on intersecte les ensembles obtenus. Acquis depuis : seconde.
On termine toujours en écrivant sous forme d'une réunion d'intervalles, jamais sous forme d'une liste de conditions.
Exemple
Déterminons l'ensemble de définition de
Le logarithme impose , c'est-à-dire . La racine carrée, placée au dénominateur, impose , c'est-à-dire , soit . La seconde condition contient la première, donc
Noter que la condition « dénominateur non nul » est déjà incluse dans l'inégalité stricte : il aurait été maladroit d'écrire puis en deux temps.
Définition
Le plan est rapporté à un repère . La courbe représentative de , notée , est l'ensemble des points de coordonnées lorsque parcourt :
Un point appartient à si et seulement si et .
La définition même d'une fonction se lit sur le dessin : une courbe du plan est la représentation graphique d'une fonction si et seulement si toute droite verticale la coupe en au plus un point. Un cercle, par exemple, n'est la courbe d'aucune fonction.
Une lecture graphique fournit une conjecture et une valeur approchée, jamais une démonstration. Tout ce qui est lu sur un dessin doit être confirmé par un calcul ou par un tableau de variations ; c'est une règle absolue en classe préparatoire, alors même que le dessin reste l'outil de réflexion numéro un.
Le programme exige explicitement de savoir passer du graphe de à celui d'une fonction obtenue par une transformation simple, et réciproquement. C'est un réflexe de physicien autant que de mathématicien : changer d'origine des temps, changer d'unité, inverser un signe.
Propriété
Soit une fonction de courbe , et soient et deux réels.
Justification du point 2, le seul qui piège. Notons et la translation de vecteur . Un point appartient à si et seulement si . Posons et : la condition devient , et est exactement l'image de par . Donc .
Le sens du décalage est contre-intuitif, et c'est l'erreur la plus fréquente : ajouter à l'intérieur de déplace la courbe vers la gauche. Le contrôle mental tient en une phrase : prend en la valeur que prenait en , donc ce qui se passait « en » se passe désormais « en », c'est-à-dire plus à gauche.
Le point 3 est celui que la physique utilise le plus. La fonction oscille deux fois plus vite que : sa période est et non , sa courbe est celle du sinus contractée de moitié horizontalement. De façon générale, multiplier la variable par comprime la courbe, ce qui étonne toujours au début.
Exemple
Traçons la courbe de à partir de la parabole de référence.
On décompose la formule en transformations élémentaires, dans l'ordre où les opérations s'appliquent à .
La courbe finale décroît jusqu'à en , remonte jusqu'à en (sommet de l'arc rabattu), redescend jusqu'à en , puis croît. Elle présente deux points anguleux, en et : ce sont les points où la courbe initiale traversait l'axe.
Définition
Soit une fonction définie sur .
La condition portant sur le domaine n'est pas décorative. La fonction définie sur n'est pas paire, car son domaine n'est pas symétrique : la question n'a même pas de sens. Vérifier la symétrie du domaine est toujours la première étape, avant tout calcul de .
Propriété
Soit définie sur , de courbe dans un repère orthogonal.
Ces trois énoncés sont des conséquences immédiates des transformations vues plus haut : dire que est paire, c'est dire que , donc que la courbe de , symétrique de par rapport à , est elle-même.
Méthode
Réduire le domaine d'étude. C'est le premier réflexe devant une fonction à étudier : il divise le travail par deux, par quatre, ou davantage.
Exemple
Soit , définie sur .
Périodicité. Les fonctions et sont respectivement -périodique et -périodique. Comme est un multiple commun des deux périodes, est -périodique : pour tout réel ,
Parité. Le domaine est symétrique par rapport à , et l'imparité du sinus donne
donc est impaire.
Conclusion. On étudie sur seulement. On obtient la courbe sur par la symétrie de centre , puis la courbe complète par les translations de vecteur , . Un intervalle de longueur a été ramené à un intervalle de longueur : le travail est divisé par deux.
Remarque
Une somme de fonctions périodiques n'est pas toujours périodique. Si est -périodique et est -périodique, la somme est périodique dès que le quotient est rationnel, et une période est alors un multiple commun de et . En revanche n'est périodique pour aucune période : ce n'est pas un cas d'école, c'est le comportement de deux oscillateurs de fréquences incommensurables.
Définition
Soient et deux fonctions définies respectivement sur et , et un réel. On définit sur :
et, sur l'ensemble , le quotient par .
Définition
Soient et . La composée est la fonction définie par sur l'ensemble
On lit « rond » : on applique d'abord , ensuite .
Exemple
Prenons , définie sur , et , définie sur .
La composée est . Elle est définie sur tout entier, puisque pour tout réel : la contrainte du logarithme est automatiquement satisfaite.
La composée dans l'autre sens, , est , définie sur . Les deux composées n'ont ni la même expression ni le même domaine : la composition n'est pas commutative, et l'ordre des opérations est la première chose à identifier dans une formule.
Définition
Soit définie sur et . On dit que est, sur :
La monotonie est toujours relative à une partie : dire « est croissante » sans préciser où n'a pas de sens. Et le mot « strictement » n'est pas un ornement : c'est la stricte monotonie qui donne l'injectivité, donc qui permet de simplifier une équation en .
Propriété
Soient et deux fonctions et un réel.
Démonstration du point 3, dans le cas croissante et décroissante. Soient avec . Comme est croissante, . Comme est décroissante et que et appartiennent au domaine de , on en déduit , c'est-à-dire . La fonction est donc décroissante sur . Les trois autres cas se traitent exactement de la même façon.
Il n'existe en revanche aucune règle générale pour le produit de deux fonctions monotones. Sur , la fonction est strictement croissante, et son produit par elle-même, , n'est pas monotone. Le produit de deux fonctions croissantes et positives est croissant, mais c'est une hypothèse supplémentaire qu'il faut vérifier avant de l'invoquer.
Définition
Soit définie sur .
Géométriquement, est majorée par lorsque sa courbe est tout entière située en dessous de la droite horizontale d'équation , et bornée lorsque sa courbe est contenue dans une bande horizontale.
L'ordre des quantificateurs est décisif : le majorant est choisi avant , et le même doit convenir pour tous les à la fois. L'énoncé « pour tout , il existe tel que » est vrai pour n'importe quelle fonction (il suffit de prendre ) et ne dit strictement rien.
Propriété
Soit définie sur . Alors
Démonstration. Supposons bornée : il existe deux réels et tels que pour tout . Posons . Pour tout , on a d'une part , et d'autre part . Donc , c'est-à-dire : la fonction est majorée par .
Réciproquement, supposons majorée par un réel . Pour tout , l'inégalité équivaut à : la fonction est minorée par et majorée par , donc bornée.
Cette équivalence est l'outil pratique de toute la suite : pour montrer qu'une fonction est bornée, on ne cherche jamais séparément un majorant et un minorant, on majore la valeur absolue par une constante, en une seule chaîne d'inégalités.
Exemple
Montrons que est bornée sur .
Pour tout réel , l'inégalité se développe en , c'est-à-dire
Comme , on peut diviser :
et l'inégalité est immédiate. Ainsi est majorée par , donc est bornée, et l'on a même pour tout réel . Ces deux bornes sont atteintes, en et en .
Définition
Soit définie sur un intervalle et soit . Pour avec , le taux d'accroissement de entre et est le quotient
On dit que est dérivable en lorsque admet une limite finie quand tend vers . Cette limite s'appelle alors le nombre dérivé de en et se note :
La seconde écriture s'obtient en posant ; c'est celle que l'on utilise pour les calculs, parce qu'elle place la quantité qui tend vers zéro à un seul endroit.
Définition
Si est dérivable en tout point de , on dit que est dérivable sur , et l'on appelle fonction dérivée de l'application
Trois notations coexistent pour le même objet : , dite de Lagrange ; ou , dite de Leibniz ; et , utilisée en physique lorsque la variable est le temps.
La notation de Leibniz est explicitement au programme, et elle n'est pas un caprice de typographie. Elle rappelle que la dérivée est une limite de quotients d'accroissements , elle précise par rapport à quelle variable on dérive (ce qui deviendra vital dans un instant avec les dérivées partielles), et elle rendra les changements de variable de la partie B lisibles. En physique, se lit immédiatement « variation de la charge par unité de temps », c'est-à-dire l'intensité.
Exemple
Calculons, à partir de la définition, le nombre dérivé de en un point . Pour non nul et assez petit pour que soit du même signe que ,
Quand tend vers , ce quotient tend vers . La fonction inverse est donc dérivable en tout point , de nombre dérivé .
Exemple
Deux fonctions non dérivables en .
La fonction valeur absolue n'est pas dérivable en : son taux d'accroissement en vaut , qui vaut pour et pour , et n'a donc pas de limite. Graphiquement, la courbe présente en un point anguleux, avec deux demi-tangentes de pentes et .
La fonction racine carrée n'est pas dérivable en non plus : son taux d'accroissement vaut , qui tend vers . Ici la limite existe mais elle est infinie : la courbe admet en une tangente verticale. C'est un cas que nous retrouverons pour en .
Propriété
Dérivabilité et continuité. Si est dérivable en , alors est continue en , c'est-à-dire que tend vers quand tend vers .
Résultat admis à ce stade ; il est démontré dans le chapitre « Fonctions d'une variable réelle : limites et continuité, dérivabilité ».
La réciproque est fausse, et l'exemple précédent le prouve : la valeur absolue est continue en sans y être dérivable. Tant que la définition rigoureuse de la continuité n'a pas été donnée, on la prend au sens intuitif du lycée, « la courbe se trace sans lever le crayon ».
Définition
Soit dérivable en . La tangente à au point d'abscisse est la droite passant par le point et de coefficient directeur . Son équation est
Cette équation ne s'apprend pas par cœur, elle se reconstruit en deux secondes : la droite passe par , donc son équation est de la forme , et sa pente vaut par définition du nombre dérivé. Un point où est un point à tangente horizontale.
Exemple
Soit , définie sur . C'est un produit de fonctions dérivables, donc est dérivable et
En , on a et . La tangente au point d'abscisse a donc pour équation
Propriété
Soient et deux fonctions dérivables sur un intervalle , et , deux réels. Alors et sont dérivables sur et
Si de plus ne s'annule pas sur , alors et sont dérivables sur et
Conformément au programme, ces résultats sont ici rappelés et non démontrés : leurs démonstrations reposent sur la théorie des limites et figurent dans le chapitre « Fonctions d'une variable réelle : limites et continuité, dérivabilité ».
Propriété
Dérivée d'une composée. Soient dérivable sur , à valeurs dans un intervalle , et dérivable sur . Alors est dérivable sur et
Résultat admis à ce stade, lui aussi démontré dans le chapitre « Fonctions d'une variable réelle : limites et continuité, dérivabilité ».
L'ordre des facteurs est libre, mais l'ordre de lecture ne l'est pas : on dérive la fonction extérieure, que l'on évalue en , puis on multiplie par la dérivée de la fonction intérieure. Le facteur est celui que l'on oublie, et son oubli est la première cause d'erreur de calcul de l'année.
Voici les dérivées des fonctions de référence, dont tout le reste se déduit.
| Fonction | Dérivée | Domaine de dérivabilité |
|---|---|---|
| , | ||
Et voici les formes composées, à connaître par cœur dans les deux sens : la partie B les relira de droite à gauche pour reconnaître des primitives.
| Fonction | Dérivée | Condition |
|---|---|---|
| , | si | |
| — | ||
| — | ||
| — |
Exemple
Quatre calculs de dérivées, à mener sans jamais sauter l'identification de .
a. sur : quotient, donc .
b. sur : ici et , donc .
c. sur : , donc .
d. sur : , , donc .
Exemple
Deux composées emboîtées. Dérivons sur .
On pose , dont le calcul précédent donne . Alors et
La règle de survie devant une formule à plusieurs étages est de nommer les fonctions intermédiaires plutôt que d'essayer de tout dériver de tête.
Le programme demande, dès ce chapitre et pour les besoins de la physique, de savoir calculer des dérivées partielles sur des exemples simples. Il ne s'agit que de cela : des calculs. Aucune théorie des fonctions de plusieurs variables n'est au programme de ce chapitre, et la question de savoir ce que « dériver » signifie vraiment pour une fonction de deux variables est renvoyée au second semestre, dans le chapitre « Fonctions de deux variables ».
Définition
Soit une fonction de deux variables réelles, . On note
la dérivée de par rapport à , obtenue en dérivant l'expression comme si était une constante, et de même
la dérivée par rapport à , obtenue en traitant comme une constante. Le symbole se lit « d rond ».
Tout le savoir-faire tient en une phrase : une variable à la fois, l'autre est gelée. Les règles de calcul sont exactement celles d'une fonction d'une variable, produit, quotient et composée compris. Le symbole remplace le droit précisément pour signaler qu'il y a plusieurs variables en jeu et qu'on a choisi d'en dériver une seule.
Exemple
a. Soit . En gelant , les coefficients et sont des constantes :
En gelant , ce sont et qui sont constants :
b. Soit . À fixé, est de la forme avec , donc et
c. Loi des gaz parfaits. La pression d'une mole de gaz s'écrit , où est une constante. À température fixée,
et à volume fixé,
Ces deux dérivées ne décrivent pas la même expérience : la première correspond à une compression isotherme, la seconde à un chauffage isochore. C'est tout le sens physique de la notation .
d. Onde progressive. Pour avec , et constants,
Le signe de la seconde vient de la dérivée de par rapport à , qui vaut , multipliée par le de la dérivée du cosinus.
Remarque
Deux réflexes à prendre tout de suite. D'abord, écrire les deux variables dans le résultat : une dérivée partielle de est encore une fonction de et de . Ensuite, ne jamais écrire pour une fonction de deux variables : la notation droite est réservée aux fonctions d'une seule variable, et les physiciens tiennent beaucoup à cette distinction.
Nous arrivons au théorème central de toute la pratique du calcul différentiel. Le programme l'admet à ce stade.
Propriété
Soit une fonction dérivable sur un intervalle .
Ces résultats sont admis ici ; ils sont démontrés dans le chapitre « Fonctions d'une variable réelle : limites et continuité, dérivabilité », à l'aide du théorème des accroissements finis.
Trois commentaires, qui valent chacun plusieurs points aux concours.
Le point 4 n'est qu'une implication. La fonction est strictement croissante sur alors que sa dérivée s'annule en . Le point 5 explique pourquoi : une dérivée positive qui ne s'annule qu'en des points isolés suffit à la stricte croissance. En pratique, on rédige « sauf en un nombre fini de points, donc est strictement croissante ».
Le point 1 est le plus utilisé de tous. Une fonction de dérivée nulle sur un intervalle est constante : c'est ce qui permet de démontrer une identité en dérivant, puis en évaluant en un seul point bien choisi. Nous nous en servirons trois fois dans ce chapitre, dont deux fois pour des identités sur les fonctions circulaires réciproques.
L'hypothèse « est un intervalle » est indispensable, et c'est le piège classique de septembre.
Exemple
Ce qui se passe quand l'ensemble n'est pas un intervalle. Soit , définie et dérivable sur , de dérivée .
La dérivée est strictement négative partout sur , et pourtant n'est pas décroissante sur : on a alors que est inférieur à . La raison est que n'est pas un intervalle : le théorème ne s'applique pas.
La rédaction correcte est : « est strictement décroissante sur et strictement décroissante sur », avec le mot « et ». Écrire « décroissante sur » est une faute.
Exemple
Deux fonctions de même dérivée sur un intervalle. Considérons et sur . La composée donne
La fonction est donc dérivable sur l'intervalle , de dérivée nulle : elle y est constante. Sa valeur se lit en un point quelconque, par exemple en :
Donc pour tout , ce que la relation fonctionnelle du logarithme donnait directement. L'intérêt de la méthode est ailleurs : elle fonctionnera pour des identités que l'on ne sait pas obtenir autrement.
Méthode
Étudier complètement une fonction. L'ordre des étapes est toujours le même, et chacune se rédige en une ou deux lignes.
Exemple
Étude complète de .
Domaine. La fonction est définie sur tout entier, comme produit d'un polynôme et d'une exponentielle. Le domaine est symétrique, mais et ne sont ni égaux ni opposés : n'est ni paire ni impaire, aucune réduction n'est possible.
Dérivabilité et dérivée. Produit de deux fonctions dérivables sur , donc est dérivable sur et, pour tout réel ,
Signe. L'exponentielle est strictement positive, donc est du signe du produit : négatif à l'extérieur des racines et , positif entre elles.
Limites. Quand tend vers , tend vers et aussi, donc tend vers . Quand tend vers , la croissance comparée de l'exponentielle et des puissances (section suivante, résultat admis) donne .
Tableau de variations.
Conclusion et tracé. La fonction admet un minimum global égal à , atteint en , et un maximum local égal à , atteint en . La courbe présente deux tangentes horizontales, aux points et , et admet l'axe des abscisses pour asymptote en . Elle est entièrement située au-dessus de cet axe, puisque et .
Définition
Soit définie sur et .
Définition
Soit dérivable sur . Un réel tel que s'appelle un point critique de .
Propriété
Soit dérivable sur un intervalle et soit un point intérieur à , c'est-à-dire qui n'est pas une extrémité de . Si admet un extremum local en , alors .
Résultat admis ici, démontré dans le chapitre « Fonctions d'une variable réelle : limites et continuité, dérivabilité ».
Deux mises en garde, qui sont les deux erreurs classiques.
La réciproque est fausse. La fonction vérifie et n'admet pourtant aucun extremum en , puisqu'elle est strictement croissante. Un point critique est un candidat, jamais une conclusion : c'est le changement de signe de qui décide, et il se lit dans le tableau de variations.
L'hypothèse « point intérieur » est nécessaire. La fonction sur atteint son minimum en et son maximum en sans que sa dérivée s'annule jamais. Sur un intervalle fermé, il faut toujours comparer les valeurs aux extrémités avec les valeurs aux points critiques.
Méthode
Résoudre un problème d'optimisation. Cinq étapes obligatoires, et c'est la première que l'on saute à tort. Acquis depuis : collège.
Exemple
Rectangle d'aire maximale inscrit sous une parabole. On considère la parabole d'équation et l'on inscrit, entre cette parabole et l'axe des abscisses, un rectangle dont la base est portée par l'axe des abscisses et centré sur l'axe des ordonnées. Quelle est son aire maximale ?
Variable et contraintes. Notons l'abscisse du sommet situé en haut à droite. Pour que le rectangle existe et que sa hauteur soit strictement positive, il faut . La base mesure et la hauteur .
Fonction à optimiser. L'aire vaut
Étude. est dérivable sur et . Cette dérivée s'annule pour , c'est-à-dire, puisque , pour
Comme , la dérivée est positive avant et négative après.
Valeur du maximum.
Retour au problème. L'aire maximale vaut unités d'aire ; elle est atteinte pour un rectangle de base et de hauteur . On remarque au passage que la hauteur optimale vaut exactement les deux tiers de la hauteur totale de la parabole, ce qui est un résultat général pour ce type de problème.
C'est le deuxième grand emploi de la dérivation, explicitement cité par le programme, et c'est une technique que vous utiliserez toute l'année, en analyse comme en probabilités.
Méthode
Démontrer une inégalité sur un intervalle . Acquis depuis : première spé.
Exemple
Un encadrement fin du logarithme. Montrons que, pour tout ,
Posons sur , où garantit que tout est bien défini. La fonction est dérivable et
Sur , le dénominateur est strictement positif, donc .
La fonction est croissante sur et , donc pour tout , ce qui est l'inégalité annoncée, avec égalité uniquement en .
Combinée à l'inégalité démontrée plus loin, elle fournit l'encadrement
qui donne une excellente idée du comportement du logarithme près de .
Exemple
Quand la dérivée première ne suffit pas. Montrons que, pour tout ,
Posons sur . Alors
Le signe de n'est pas immédiat, on dérive donc une seconde fois :
puisque pour tout réel . Ainsi est croissante sur ; comme , on en déduit pour tout . La fonction est donc croissante, et donne , c'est-à-dire l'inégalité voulue.
L'escalier « donne le signe de , qui donne le signe de » est à retenir : chaque étage se conclut par une évaluation en .
Au passage, la démonstration a établi pour , inégalité qui mérite d'être retenue pour elle-même.
La notion de bijection et la notation ont été vues dans le chapitre « Raisonnement et vocabulaire ensembliste ». Le fait qu'une fonction continue et strictement monotone sur un intervalle réalise une bijection de cet intervalle sur son image est admis dans tout ce chapitre ; il sera démontré dans le chapitre « Fonctions d'une variable réelle : limites et continuité, dérivabilité ».
Définition
Soit une bijection. Sa bijection réciproque associe à tout l'unique tel que . Elle est caractérisée par l'équivalence
et l'on a pour tout , ainsi que pour tout .
Propriété
Dans un repère orthonormé, la courbe de est l'image de celle de par la symétrie orthogonale d'axe la première bissectrice, c'est-à-dire la droite d'équation .
Démonstration. Le point appartient à si et seulement si et , c'est-à-dire si et seulement si et , c'est-à-dire si et seulement si le point appartient à . Or, dans un repère orthonormé, et sont symétriques par rapport à la droite d'équation .
Propriété
Soit une bijection dérivable et soit . Posons . Si , alors est dérivable en et
Cette formule est admise, conformément au programme ; elle est démontrée dans le chapitre « Fonctions d'une variable réelle : limites et continuité, dérivabilité ». En revanche, son interprétation géométrique, ci-dessous, doit être comprise et sue.
L'interprétation géométrique rend la formule évidente et dispense de l'apprendre par cœur. La symétrie d'axe échange le point et le point , donc elle échange la tangente à en l'un et la tangente à en l'autre. Or cette symétrie échange les rôles de l'abscisse et de l'ordonnée : une droite de pente non nulle se transforme en une droite de pente . Les pentes des deux tangentes sont donc inverses l'une de l'autre, ce qui est exactement le contenu de la formule.
Le cas exclu se lit tout aussi bien sur le dessin. Si , la tangente à au point est horizontale, donc son image par la symétrie est verticale : la réciproque n'est pas dérivable en , sa courbe y présente une tangente verticale. Ce phénomène se produira exactement aux points pour et .
Exemple
Retrouver la dérivée de la racine carrée. La fonction réalise une bijection de sur , de réciproque . Sa dérivée ne s'annule que pour . Donc, pour , en posant ,
En la formule ne s'applique pas, et de fait la racine carrée n'y est pas dérivable : la tangente horizontale de la parabole en se transforme en tangente verticale, comme annoncé.
Exemple
Retrouver la dérivée du logarithme. La fonction réalise une bijection de sur , de réciproque . Sa dérivée, elle-même, ne s'annule jamais. Donc, pour ,
C'est la démonstration la plus rapide de ce résultat, et elle sera reprise telle quelle pour , et .
Définition
Soit dérivable sur . Si est elle-même dérivable sur , sa dérivée s'appelle la dérivée seconde de et se note ou .
Plus généralement, on définit par récurrence les dérivées successives de :
Le réel est la dérivée d'ordre de en ; on la note aussi .
Attention à la notation, qui piège chaque année : , avec parenthèses, désigne la dérivée -ième, tandis que , sans parenthèses, désigne la puissance -ième, c'est-à-dire le produit . Ainsi et sont deux fonctions très différentes : la première est , la seconde est .
Définition
Soit définie sur un intervalle . On dit que est de classe sur si est dérivable sur et si sa dérivée est continue sur .
La continuité est prise ici au sens intuitif du lycée ; sa définition rigoureuse relève du chapitre « Fonctions d'une variable réelle : limites et continuité, dérivabilité », qui définira aussi les classes pour . En pratique, à ce stade du programme, il suffit de retenir ceci : toute fonction obtenue par somme, produit, quotient à dénominateur non nul et composition à partir des fonctions usuelles est de classe , et même dérivable autant de fois que l'on veut, sur tout intervalle où elle est définie. Aucun contre-exemple ne sera rencontré avant plusieurs mois.
Exemple
a. Pour , une récurrence immédiate donne pour tout . En effet la formule est vraie au rang , et si elle vaut au rang , alors .
b. Pour sur , on calcule , , , et l'on conjecture
formule que l'on démontre par récurrence : si elle vaut au rang , alors
c. Pour , on obtient successivement , , , puis à nouveau : les dérivées successives se répètent avec une périodicité de en l'ordre de dérivation.
Définition
On admet l'existence et l'unicité d'une fonction , dérivable sur , vérifiant
Cette fonction s'appelle l'exponentielle et l'on note pour . Le réel est la base de l'exponentielle.
L'existence de cette fonction est admise ici ; elle sera établie plus tard dans l'année.
Propriété
Pour tous réels et et tout entier :
Le point 5 découle du point 1 et du théorème admis plus haut : sur l'intervalle , donc est strictement croissante. Le point 6 n'est que la traduction de cette stricte monotonie, et c'est le seul outil autorisé pour résoudre une équation ou une inéquation contenant des exponentielles : on ne « simplifie » jamais une exponentielle, on invoque sa stricte croissance.
Exemple
Résolvons dans l'équation .
Posons , qui est un réel strictement positif, et remarquons que . L'équation devient , dont les racines sont et . Les deux sont strictement positives, donc toutes deux acceptables. En revenant à :
L'ensemble des solutions est . Le changement d'inconnue , accompagné de la contrainte , est le réflexe standard devant une équation « polynomiale en ».
Définition
La fonction réalise une bijection de sur (résultat admis, démontré dans le chapitre « Fonctions d'une variable réelle : limites et continuité, dérivabilité »). Sa bijection réciproque s'appelle le logarithme népérien et se note :
Elle est caractérisée par : pour tout et tout réel ,
Propriété
Pour tous réels , et tout entier :
Démonstration du point 3. Soient et . En utilisant le point 1 puis la relation fonctionnelle de l'exponentielle,
L'exponentielle étant injective (point 6 de la propriété précédente), on conclut .
Le point 6 a été démontré plus haut, comme application de la formule admise de la dérivée d'une réciproque.
Les courbes de et de sont symétriques par rapport à la droite d'équation , comme toutes les paires de courbes d'une bijection et de sa réciproque. La tangente à au point , de pente , se transforme en la tangente à au point , de pente : les deux tangentes sont parallèles à la première bissectrice.
Remarque
La fonction est définie sur , et l'on vérifie en séparant les cas et que sa dérivée vaut sur tout entier. En effet, pour , a pour dérivée . Cette fonction sera indispensable dans la partie B, au moment de primitiver sur un intervalle contenu dans .
Ces deux inégalités sont explicitement au programme, et ce sont les plus utilisées de toute l'année : en analyse, en probabilités, dans toutes les majorations. Elles illustrent parfaitement la méthode d'étude de fonction, et il faut savoir les redémontrer en trente secondes.
Propriété
Pour tout réel ,
avec égalité si et seulement si .
Démonstration. Posons , définie et dérivable sur . On a
Or , par stricte croissance de l'exponentielle. La dérivée est donc strictement négative sur , nulle en , strictement positive sur .
La fonction est strictement décroissante sur et strictement croissante sur : elle admet donc en un minimum global, égal à .
Ainsi pour tout réel , c'est-à-dire . De plus, la stricte monotonie de part et d'autre de montre que dès que : le cas d'égalité est exactement .
Propriété
Pour tout réel ,
avec égalité si et seulement si . De façon équivalente, en posant : pour tout , .
Démonstration. Posons sur , intervalle sur lequel , de sorte que est bien définie et dérivable. On a
Sur , le dénominateur est strictement positif : le signe de est donc celui de .
La fonction atteint donc en un minimum global sur , égal à . Par conséquent , c'est-à-dire , avec égalité si et seulement si .
Ces deux inégalités disent la même chose vue des deux côtés : la courbe de est au-dessus de sa tangente en , d'équation , et la courbe de est en dessous de sa tangente en , d'équation . On peut d'ailleurs déduire la seconde de la première : pour , appliquons à , ce qui donne , donc .
Exemple
Une limite classique obtenue avec la définition de la dérivée. Montrons que
Pour , la base est strictement positive, donc on peut repasser par l'exponentielle :
Posons , qui tend vers quand tend vers . L'exposant s'écrit
et l'on reconnaît le taux d'accroissement de la fonction entre et . Ce taux tend vers quand tend vers . L'exposant tend donc vers , et la quantité étudiée vers .
Ce raisonnement mérite d'être médité : reconnaître un taux d'accroissement est, à ce stade de l'année, l'un des rares moyens de calculer une limite non triviale.
Définition
Soit un réel. La fonction puissance d'exposant est définie sur par
Lorsque , on la prolonge en en posant , ce qui en fait une fonction définie sur .
Ce point est une source d'erreurs constante, et le programme insiste dessus. Retenez les trois lignes suivantes.
Propriété
Pour tous , et tous réels , :
Démonstration des points 1, 3 et 4. Toutes ces relations se ramènent à la définition et aux propriétés de et de .
Point 1 : .
Point 3 : .
Point 4 : posons , qui est strictement positif. Alors , donc
Propriété
Soit un réel. La fonction est dérivable sur et
Elle est strictement croissante sur si , constante égale à si , strictement décroissante si .
Démonstration. La fonction est dérivable sur , de dérivée , et est dérivable sur . La dérivée d'une composée donne
où l'on a utilisé et la relation . Comme , le signe de la dérivée est celui de , d'où les variations annoncées.
Propriété
Limites aux bornes. Pour ,
et pour ,
Cas :
Cas :
Méthode
Traiter une expression du type . Une puissance dont la base et l'exposant dépendent tous deux de se traite toujours de la même façon : on repasse par l'exponentielle, Acquis depuis : collège.
écriture valable dès que . Aucune règle de calcul ne s'applique directement à la forme initiale, et aucune dérivation n'est possible avant cette réécriture.
Exemple
Dérivons sur .
On écrit d'abord . La fonction est dérivable sur , de dérivée . Donc
Comme , la dérivée est du signe de , qui s'annule en : la fonction décroît sur puis croît, avec un minimum global valant .
En , l'exponentielle l'emporte sur toute puissance, et toute puissance l'emporte sur le logarithme. C'est la hiérarchie fondamentale de l'analyse, et elle règle la quasi-totalité des calculs de limites de ce chapitre.
Propriété
Soient et . Alors
En et en :
Ces résultats sont admis ici ; ils seront démontrés dans le chapitre « Fonctions d'une variable réelle : limites et continuité, dérivabilité », une fois la théorie des limites en place.
Une formulation mnémotechnique suffit à ne jamais se tromper : dans une compétition entre l'exponentielle, une puissance et le logarithme, l'exponentielle gagne toujours, le logarithme perd toujours, quels que soient les exposants en jeu. Un exposant sur le logarithme ne change rien à l'affaire.
Exemple
Quatre limites, chacune ramenée à une forme de référence.
a. . On pose , qui tend vers : alors , qui tend vers par croissance comparée. La limite est .
b. . C'est la forme de référence avec et , au signe près. La limite est .
c. . On coupe la fraction : , somme de deux termes qui tendent vers . La limite est .
d. . On repasse par l'exponentielle : , et tend vers d'après b. appliqué avec . Donc la limite est .
Définition
Soit un réel strictement positif différent de . Le logarithme en base est la fonction définie sur par
Deux cas sont d'usage courant :
Propriété
Pour , , et tous :
Ces fonctions ne sont qu'un changement d'échelle du logarithme népérien, mais elles sont indispensables dans deux disciplines voisines. En chimie, le pH d'une solution est défini par , la concentration étant exprimée en moles par litre : le logarithme décimal transforme des concentrations qui s'étalent sur quatorze puissances de dix en une échelle lisible de à . En informatique, compte les doublements nécessaires pour passer de à , ce qui en fait la mesure naturelle du coût des algorithmes de dichotomie.
Exemple
a. Une solution a un pH de . Sa concentration en ions oxonium vaut
Une diminution d'une unité de pH correspond exactement à une multiplication par de la concentration : c'est toute l'information contenue dans le mot « logarithme ».
b. Combien d'étapes faut-il pour retrouver un élément par dichotomie dans une liste triée d'un million d'éléments ? Chaque étape divise par deux la taille de la zone de recherche, donc le nombre d'étapes est le plus petit entier tel que , c'est-à-dire . Il faut donc étapes, là où une recherche exhaustive en demanderait un million.
Les fonctions , et ont été étudiées dans le chapitre « Compléments de calcul algébrique et de trigonométrie ». On en rappelle l'essentiel, qui va servir à chaque ligne de cette section.
Propriété
| non défini |
Aucune de ces trois fonctions n'est injective sur son domaine : le sinus prend la valeur en tous les . Pour définir une réciproque, il faut donc d'abord restreindre le domaine à un intervalle sur lequel la fonction est strictement monotone. Le choix de cet intervalle est une convention, et c'est cette convention qui produit tous les pièges de la section.
Définition
La restriction de à est continue et strictement croissante ; elle réalise donc une bijection de sur (résultat admis ici, démontré dans le chapitre « Fonctions d'une variable réelle : limites et continuité, dérivabilité »).
Sa bijection réciproque s'appelle arc sinus et se note :
Elle est caractérisée par l'équivalence
En clair : est l'unique réel de dont le sinus vaut .
Propriété
Démonstration du point 2. Soit et posons , de sorte que et . Le réel appartient encore à , qui est symétrique par rapport à , et l'imparité du sinus donne . Par caractérisation de , on en déduit
Démonstration du point 3. Notons la restriction de à , de sorte que . Soit et posons ; alors appartient à l'intervalle ouvert , donc . La formule admise de la dérivée d'une réciproque s'applique :
Il reste à exprimer en fonction de . De on tire , donc . Or appartient à , intervalle sur lequel le cosinus est strictement positif : c'est donc le signe qu'il faut retenir. Finalement
Aux extrémités, : la formule de la réciproque ne s'applique plus, et l'on retrouve la tangente verticale annoncée. Cela se lit aussi sur la formule elle-même, puisque tend vers quand tend vers ou vers .
Définition
La restriction de à est continue et strictement décroissante ; elle réalise une bijection de sur (résultat admis ici).
Sa bijection réciproque s'appelle arc cosinus et se note :
Elle est caractérisée par
Propriété
ce qui traduit la symétrie de sa courbe par rapport au point . 3. est dérivable sur et
Démonstration du point 2. Soit et , donc et . Le réel appartient encore à , et la formule de l'angle supplémentaire donne . Par caractérisation de , on obtient .
Démonstration du point 3. Notons la restriction de à . Soit et , qui appartient alors à . On a , et puisque : donc et la formule de la réciproque s'applique,
Comme et que , on a , d'où
Sur cette figure, les deux courbes sont tracées sur le même intervalle . On y voit tout ce qu'il faut retenir : monte de à en passant par l'origine, descend de à en passant par , et les deux courbes présentent des tangentes verticales aux bords.
Propriété
Pour tout ,
Démonstration. Posons pour .
Sur l'intervalle ouvert. Les deux fonctions sont dérivables sur , donc l'est aussi, et pour tout ,
Comme est un intervalle et que y est nulle, y est constante. Sa valeur se lit en un point bien choisi, par exemple :
Aux extrémités. La dérivabilité fait défaut en , il faut donc vérifier ces deux valeurs directement :
Conclusion. L'égalité vaut sur tout entier.
Cette démonstration est un modèle du genre, et l'oubli du traitement séparé de est une faute de rigueur classique : on ne peut pas conclure sur l'intervalle fermé par l'argument de la dérivée nulle, puisque la dérivée n'existe pas aux bornes.
En pratique, cette relation permet de tout ramener à : dès qu'une expression mêle les deux fonctions, on remplace par .
Définition
La restriction de à est continue et strictement croissante ; elle réalise une bijection de sur (résultat admis ici).
Sa bijection réciproque s'appelle arc tangente et se note :
Elle est caractérisée par
Propriété
Démonstration du point 2. Notons la restriction de à . Soit et . On a
donc ne s'annule jamais et la formule de la réciproque s'applique en tout point :
C'est la seule des trois fonctions circulaires réciproques qui soit dérivable sur tout entier, et sa dérivée est particulièrement simple : ni racine carrée, ni domaine restreint. Cette double particularité en fait la plus utile des trois, et la partie B y reviendra puisque est une primitive de .
La figure montre la courbe coincée entre ses deux asymptotes horizontales, ainsi que la tangente à l'origine, de pente , et le point qu'il est bon d'avoir en tête.
Méthode
La règle d'or des fonctions circulaires réciproques. Une composée dans un sens se simplifie toujours ; dans l'autre sens, presque jamais.
Sens facile, toujours vrai sur le domaine :
Sens dangereux, vrai seulement sur l'intervalle de restriction :
Procédure quand n'est pas dans le bon intervalle :
Exemple
Le contre-exemple à retenir. Calculons .
La réponse fausse consiste à « simplifier » et à répondre . Elle est impossible : est à valeurs dans , et dépasse largement .
Appliquons la procédure. On écrit , et la formule de l'angle supplémentaire donne
Le réel appartient bien à , donc
Exemple
Trois calculs du même type, à mener en vérifiant chaque fois l'intervalle d'arrivée.
a. . Le réel n'appartient pas à . Mais le cosinus est pair, donc , et . La réponse est .
b. . La tangente est -périodique, donc , et appartient à . La réponse est , et surtout pas .
c. . Ici on est dans le sens facile et : la réponse est , sans aucune précaution particulière.
Remarque
L'écriture est toujours définie, pour tout réel , puisque appartient à . Ce n'est donc jamais un problème d'existence, c'est un problème de valeur. La fonction est définie sur , -périodique, impaire, et ne coïncide avec l'identité que sur : son graphe est une ligne brisée en dents de scie, qui monte et descend entre et .
Propriété
Pour tout :
Pour tout :
Pour tout :
Démonstration de . Soit et posons , de sorte que et .
De l'identité on tire , donc .
C'est ici que se joue la rigueur : il faut déterminer le signe de . Or appartient à , intervalle sur lequel le cosinus est positif ou nul. Donc .
Démonstration de . Soit et , donc et . En divisant par , qui est non nul sur cet intervalle, on obtient
Sur le cosinus est strictement positif, donc , et l'on en déduit
Méthode
Simplifier une expression contenant , ou . La méthode tient en une phrase : poser l'angle. Acquis depuis : seconde.
Exemple
Simplifions pour .
Poser l'angle. Soit : alors et .
Calculer. La formule de duplication donne directement
Remarquons qu'ici aucune ambiguïté de signe n'apparaît, parce que la formule choisie ne fait intervenir que le sinus. C'est un bon réflexe : parmi les trois versions de la formule de duplication du cosinus, choisir celle qui évite la racine carrée.
Vérifier. Pour : , donc , et la formule donne . Pour : et la formule donne . Les deux contrôles passent.
Exemple
Une identité obtenue par dérivation. Étudions
La fonction est dérivable sur comme somme et composée de fonctions dérivables. Posons ; alors
et
Donc
Comme est un intervalle, y est constante, et sa valeur se lit en :
L'identité vaut donc pour tout . Attention : sur , qui est un autre intervalle, la fonction est encore constante, mais la constante n'est plus la même. Un calcul en donne . Une fois de plus, c'est l'hypothèse « intervalle » qui commande.
Ces fonctions se construisent à partir de l'exponentielle. Elles apparaissent naturellement en physique, notamment dans la forme prise par un câble suspendu entre deux poteaux, appelée chaînette, et elles reviendront dans la partie B au moment des primitives.
Le programme de PCSI est ici très précis sur ce qui est au programme et ce qui ne l'est pas : seules et sont étudiées, les autres fonctions hyperboliques et toutes les fonctions hyperboliques réciproques sont hors programme, et la seule formule exigible est . Tout le reste, dérivées, variations, graphes, doit pouvoir être retrouvé en quelques lignes à partir des définitions, ce que nous faisons ci-dessous.
Définition
On définit sur le sinus hyperbolique et le cosinus hyperbolique par
On rencontre également les notations anglo-saxonnes et pour les mêmes fonctions.
Propriété
Pour tout réel :
Démonstration des points 1 et 2. Pour tout réel , en utilisant ,
donc est paire. De même,
donc est impaire. Pour le point 2, il suffit d'additionner puis de soustraire les deux définitions :
et le même calcul avec une soustraction donne . Le point 4 en découle, puisque est une demi-somme de deux exponentielles strictement positives.
Le point 2 est le contrôle mental le plus rapide de toute la section : et sont respectivement la partie paire et la partie impaire de l'exponentielle, et leur somme reconstitue . Si vous oubliez le signe dans une définition, cette relation vous le rend.
Propriété
Pour tout réel ,
C'est la seule formule exigible de cette section.
Démonstration. Deux rédactions, toutes deux courtes.
Par développement. Pour tout réel ,
Par identité remarquable. En utilisant le point 2 de la propriété précédente,
La seconde rédaction est la plus élégante, et c'est celle qu'il faut savoir refaire au tableau. Notez bien le signe moins, qui distingue cette identité de son analogue circulaire . C'est ce signe qui vaut à ces fonctions leur nom : le point de coordonnées décrit une branche de l'hyperbole d'équation , là où décrit le cercle .
Une conséquence immédiate mérite d'être isolée : de et de , on tire
avec égalité si et seulement si , c'est-à-dire si et seulement si .
Propriété
Les fonctions et sont dérivables sur , et même dérivables autant de fois que l'on veut, avec
Démonstration. Ce sont des combinaisons linéaires de et , donc elles sont dérivables sur . Comme ,
Notez l'absence de signe moins, contrairement au cas circulaire où . Dériver deux fois redonne la fonction de départ, alors qu'il faut dériver quatre fois pour retrouver le sinus.
Sinus hyperbolique. On a , donc est strictement croissante sur . Ses limites se lisent sur la définition : et en , donc , et l'imparité donne la limite en .
Cosinus hyperbolique. On a , qui est du signe de puisque est strictement croissante et s'annule en . La fonction décroît donc sur et croît sur , avec un minimum global égal à , atteint en — ce que nous avions déjà obtenu par la relation fondamentale.
Propriété
Pour tout réel :
Démonstration du point 1. On a vu que , qui est strictement positif pour tout réel . Donc , sans exception.
Démonstration du point 3. Posons sur . Cette fonction est dérivable et d'après le point 2 : est donc croissante sur . Comme , on en déduit pour et pour , ce qui est exactement l'énoncé.
Le comportement en mérite un commentaire, car il explique la forme « en cornet » visible sur la figure. Les différences
tendent toutes deux vers quand tend vers : les courbes de et de se rapprochent donc de celle de , l'une par au-dessus, l'autre par en dessous, au point de sembler confondues dès sur un tracé. En , la courbe de épouse celle de et celle de épouse son opposée : c'est ce que montrent les trois demi-exponentielles en pointillés de la figure.
Enfin, les formules d'addition de et ne sont pas exigibles au programme de PCSI, et il est de toute façon plus rentable de savoir les retrouver en une ligne en développant les définitions que de les apprendre par cœur.
Cette dernière section est courte, mais elle est indispensable : c'est elle qui permettra, dans la partie B, de primitiver d'un seul geste et , puis de résoudre les équations différentielles linéaires du second ordre. Les nombres complexes ont été étudiés dans le chapitre précédent, et tout ce qui suit s'appuie dessus.
Définition
Une fonction d'une variable réelle à valeurs complexes est une application , où est un intervalle de . Pour tout , on écrit sous forme algébrique :
Les fonctions et , à valeurs réelles, s'appellent la partie réelle et la partie imaginaire de . On note le module de et la conjuguée de .
Exemple
Soit , définie sur . La formule d'Euler donne , donc
De même, pour , la relation donne
Remarque
Une fonction à valeurs complexes n'a pas de courbe représentative dans le plan usuel, et surtout : parler de ses variations, de son signe, de ses extremums ou dresser son tableau de variations n'a aucun sens. La raison est simple et définitive : n'est pas ordonné, l'inégalité n'existe pas entre deux complexes. Écrire « la fonction est croissante » est une phrase vide, pas une erreur de calcul.
En revanche, la notion de fonction bornée survit intacte, puisqu'elle ne porte que sur le module : est dite bornée si , qui est à valeurs réelles positives, est majorée. Ainsi est bornée, de module constant égal à .
Définition
Soient un intervalle de et . Notons et , de sorte que avec et à valeurs réelles.
On dit que est dérivable sur si et le sont, et l'on pose alors
Autrement dit, la dérivée d'une fonction à valeurs complexes est définie coordonnée par coordonnée :
Les dérivées successives se définissent de la même façon.
Il s'agit bien d'une définition et non d'un théorème : on décide que dériver une fonction à valeurs complexes, c'est dériver séparément ses deux composantes réelles. Tout se ramène donc à des fonctions d'une variable réelle à valeurs réelles, c'est-à-dire à ce que nous savons déjà faire depuis le début du chapitre.
Exemple
Soit . On a et , toutes deux dérivables sur . Donc est dérivable et
où l'on a utilisé . On retrouve la règle attendue : dériver revient à multiplier par .
Propriété
Soient dérivables et . Alors et sont dérivables sur , et
Si de plus ne s'annule pas sur , alors est dérivable sur et
Enfin est dérivable et .
Démonstration de la formule du produit. Écrivons et , où les quatre fonctions sont réelles et dérivables. En développant le produit de deux nombres complexes,
Les parties réelle et imaginaire sont des sommes de produits de fonctions réelles dérivables, donc est dérivable et, par définition,
Par ailleurs, en développant de la même façon,
Les deux expressions ont la même partie réelle et la même partie imaginaire : elles sont égales.
Les autres formules se démontrent de la même façon. Le principe à retenir est simple : toutes les règles de dérivation du cas réel restent valables, y compris avec des constantes complexes. Une seule différence, et elle est de taille : il n'est pas question ici de dériver une composée quelconque, car cela supposerait de dériver une fonction de la variable complexe, ce qui n'est pas au programme. Le seul cas de composition dont nous ayons besoin est celui de l'exponentielle, et il fait l'objet du paragraphe suivant.
Définition
Pour un nombre complexe avec réels, on rappelle la définition vue au chapitre « Nombres complexes » :
qui vérifie pour tous complexes et , ainsi que et .
Si est une fonction, on note la fonction .
Propriété
Soit une fonction dérivable. Alors est dérivable sur et
Démonstration. Écrivons , où et sont deux fonctions réelles dérivables sur . Par définition de l'exponentielle complexe, pour tout ,
Les parties réelle et imaginaire sont des produits et composées de fonctions réelles dérivables, donc est dérivable. Dérivons chacune d'elles.
Partie réelle.
Partie imaginaire.
En rassemblant, puis en regroupant les termes en et en ,
L'égalité de la troisième ligne repose sur .
Le résultat est exactement celui du cas réel, ce qui est rassurant, mais il n'allait pas de soi : la démonstration a réellement utilisé la définition de et les dérivées de et .
Propriété
Soit . La fonction est dérivable sur , autant de fois que l'on veut, et pour tout ,
En particulier .
Démonstration. La fonction est dérivable, de dérivée constante égale à . La propriété précédente donne directement . Une récurrence immédiate fournit la formule générale : elle est vraie au rang , et si , alors
C'est le résultat le plus important de la section, et celui que la partie B utilisera à chaque page.
Propriété
Soit avec réels. Pour tout réel ,
donc
En prenant les parties réelle et imaginaire de l'égalité , on obtient les deux dérivées réelles
Démonstration. La première égalité est la définition de l'exponentielle complexe appliquée à . Pour les dérivées, calculons sous forme algébrique :
Comme la dérivée d'une fonction à valeurs complexes se calcule coordonnée par coordonnée, la partie réelle de est la dérivée de la partie réelle de , et de même pour la partie imaginaire. On obtient les deux formules annoncées.
Exemple
Dérivons , de deux façons.
Méthode directe. C'est un produit :
Méthode complexe. Posons , de sorte que . Alors
dont la partie réelle vaut . Les deux méthodes coïncident.
Exemple
Deux dérivations directes avec la formule .
a. Pour , on a et , donc .
b. Pour , on a directement . En séparant parties réelle et imaginaire, cela redonne
résultats que l'on peut vérifier en dérivant chaque produit à la main.
L'intérêt de la méthode complexe n'apparaît pas clairement sur une dérivation, où elle est même plus lourde. Il éclatera dans la partie B : pour primitiver , l'approche directe impose deux intégrations par parties successives et la résolution d'un système, alors que l'approche complexe se réduit à diviser par et à prendre la partie réelle. C'est la raison d'être de toute cette section.
Méthode
Méthode 1 — Déterminer un ensemble de définition. Acquis depuis : seconde.
Méthode
Méthode 2 — Réduire un domaine d'étude par parité ou périodicité.
Méthode
Méthode 3 — Dériver une fonction composée.
Méthode
Méthode 4 — Calculer une dérivée partielle.
Méthode
Méthode 5 — Mener une étude de fonction complète.
Et le garde-fou permanent : le lien entre signe de et variations n'est valable que sur un intervalle. Si le domaine est une réunion de plusieurs intervalles, conclure séparément sur chacun, en les reliant par « et », jamais par une réunion.
Méthode
Méthode 6 — Démontrer une inégalité sur un intervalle .
Modèles à connaître par cœur : sur , sur , sur , sur .
Méthode
Méthode 7 — Résoudre un problème d'optimisation. Acquis depuis : collège.
Méthode
Méthode 8 — Simplifier une expression contenant , ou .
Rappel du piège : toujours sur , mais seulement si .
Variante par dérivation, pour une identité du type : montrer sur un intervalle, puis évaluer en un point bien choisi. Ne pas oublier de traiter à part les bornes où n'est pas dérivable, et de recommencer sur chaque intervalle du domaine.
Méthode
Méthode 9 — Dériver une fonction à valeurs complexes.
Méthode
Méthode 10 — Déduire un graphe d'un autre par transformations.
La partie A était consacrée à la dérivation : partant d'une fonction , on fabriquait sa dérivée . On s'attaque maintenant au problème inverse, et il est d'une tout autre difficulté : étant donnée une fonction , existe-t-il une fonction dont soit la dérivée, et sait-on l'écrire ? Cette question est le point de départ du calcul intégral, et c'est elle qui rend possible la résolution des équations différentielles de la fin du chapitre.
L'esprit de cette partie est pratique. On ne construit pas l'intégrale, on ne redémontre pas ses propriétés : on met en place les techniques de calcul dont l'analyse, la physique et la chimie ont besoin dès les premières semaines.
Disons-le une fois pour toutes, afin de ne plus avoir à y revenir. Dans toute cette partie, on utilise l'intégrale d'une fonction continue sur un segment , telle qu'elle a été rencontrée au lycée : l'aire algébrique comprise entre la courbe et l'axe des abscisses. Sa construction rigoureuse et la démonstration de ses propriétés font l'objet du chapitre « Intégration », au second semestre.
Propriété
Propriétés de l'intégrale admises dans ce chapitre. Soient et continues sur un intervalle , et des points de .
Ces quatre propriétés sont admises ici, et démontrées dans le chapitre « Intégration ».
Retenir la nuance de convention : l'écriture garde un sens même si , mais la positivité et la croissance, elles, exigent .
Dans toute cette partie, désigne ou , et un intervalle de non réduit à un point. L'hypothèse « est un intervalle » n'est pas un ornement : elle est au cœur de tous les énoncés qui suivent, et l'oublier est l'erreur numéro un du chapitre.
Définition
Soit une fonction définie sur un intervalle .
On appelle primitive de sur toute fonction telle que :
Remarque
Trois précautions de langage, à respecter dès la première ligne d'une copie.
Exemple
Quelques vérifications immédiates. Toutes s'obtiennent en dérivant la fonction proposée : c'est le seul contrôle possible d'une primitive, et il faut en prendre l'habitude systématique.
Le cas des fonctions à valeurs complexes ne demande aucune théorie nouvelle. D'après la partie A, une fonction est dérivable si et seulement si et le sont, et alors .
Propriété
Soient et . Alors est une primitive de sur si et seulement si est une primitive de et est une primitive de sur .
Démonstration. C'est exactement la caractérisation de la dérivabilité d'une fonction à valeurs complexes rappelée ci-dessus, appliquée à . Dire que est dérivable de dérivée équivaut à dire que et sont dérivables avec
c'est-à-dire que est une primitive de et une primitive de .
Cette remarque paraît anodine ; elle est en réalité l'outil le plus rentable de la partie B. Elle permettra de calculer deux primitives réelles d'un seul coup en travaillant avec une seule exponentielle complexe.
Rien, dans la définition, ne garantit qu'une fonction possède une primitive. Le résultat suivant répond à la question pour les fonctions continues. Le programme précise qu'on le rappelle sans démonstration ; il est donc admis ici.
Propriété
Théorème (ADMIS). Soit une fonction continue sur un intervalle , à valeurs dans , et soit . Alors la fonction
est définie et dérivable sur , de dérivée , et vérifie .
En particulier : toute fonction continue sur un intervalle y admet des primitives.
Remarque
Ce théorème est admis pour deux raisons distinctes, et il est honnête de les nommer : d'une part la quantité n'a pas encore reçu de définition rigoureuse (au lycée l'intégrale a été introduite comme une aire, et sa construction propre est reportée au chapitre « Intégration ») ; d'autre part la démonstration de la dérivabilité de utilise des outils d'analyse qui ne sont pas encore disponibles. On l'utilise donc comme un acquis : l'objectif de cette partie est de savoir calculer des primitives, pas de refonder l'intégrale.
Insistons sur ce que ce théorème ne dit pas. Il ne dit pas que toute fonction admet une primitive : l'hypothèse de continuité est essentielle. Et il ne fournit aucune formule exploitable en général : la fonction est continue sur , elle y admet donc des primitives, pourtant aucune d'elles ne s'exprime à l'aide des fonctions usuelles (résultat difficile, hors programme). « Avoir une primitive » et « savoir l'écrire » sont deux choses différentes.
Nous arrivons au point où l'hypothèse « est un intervalle » devient décisive. Tout repose sur le lemme suivant.
Propriété
Lemme (admis ici, démontré dans le chapitre « Fonctions d'une variable réelle : limites et continuité, dérivabilité »). Soit une fonction dérivable sur un intervalle , à valeurs dans , telle que pour tout . Alors est constante sur .
Remarque
L'hypothèse d'intervalle est indispensable, et voici pourquoi. Considérons l'ensemble , qui n'est pas un intervalle, et la fonction
Cette fonction est dérivable sur et sa dérivée y est identiquement nulle : au voisinage de chaque point de , coïncide avec une fonction constante. Pourtant n'est pas constante sur . Ce que dit le lemme, c'est que est constante sur chacun des deux intervalles qui composent , avec deux constantes qui n'ont aucune raison d'être égales.
Propriété
Théorème (description des primitives). Soit une fonction définie sur un intervalle et admettant au moins une primitive sur . Alors l'ensemble des primitives de sur est exactement
Autrement dit : deux primitives d'une même fonction sur un intervalle diffèrent d'une constante.
Démonstration. On procède par double inclusion.
Soit et . La fonction est dérivable sur comme somme de , dérivable, et d'une fonction constante ; et pour tout ,
Donc est une primitive de sur .
Réciproquement, soit une primitive quelconque de sur . Posons . La fonction est dérivable sur comme différence de deux fonctions dérivables, et pour tout ,
Comme est un intervalle, le lemme s'applique : est constante sur . Il existe donc tel que , c'est-à-dire .
Les deux inclusions donnent l'égalité annoncée.
Remarque
L'erreur numéro un du chapitre. Sur , qui n'est pas un intervalle, les deux fonctions
sont toutes deux des primitives de , et leur différence n'est pas constante. Écrire « les primitives de sur sont les » est donc faux.
Conclusion pratique, à appliquer sans exception : on résout toujours un problème de primitive sur un intervalle, et s'il y en a plusieurs, on les traite séparément, avec une constante par intervalle.
Le théorème a une conséquence très utilisée : une primitive est entièrement déterminée par la donnée d'une seule valeur.
Propriété
Corollaire. Soit continue sur un intervalle , soient et . Il existe une unique primitive de sur vérifiant , à savoir
Démonstration. Existence. D'après le théorème admis, est une primitive de sur avec . La fonction est encore une primitive de (sens du théorème précédent) et .
Unicité. Si et sont deux primitives de sur prenant la valeur en , alors est constante sur l'intervalle ; cette constante vaut . Donc .
Exemple
Une primitive n'est pas « la » primitive. Cherchons la primitive de vérifiant , sur l'intervalle .
Sur cet intervalle, est une primitive de , car . Toute primitive s'écrit donc . La condition donne , soit , d'où
Vérification : et .
Noter que la primitive de valant en ne dit rien de ce qui se passe sur : les deux intervalles sont deux problèmes indépendants.
Définition
Soit une fonction admettant des primitives sur un intervalle . On note indifféremment
une primitive générique de sur , c'est-à-dire une primitive définie à une constante additive près. On écrit par exemple
Remarque
La seconde notation, , est celle du programme. Elle rappelle d'où vient la primitive : c'est dont on a oublié la borne du bas, précisément parce que changer ne change la fonction que d'une constante.
Trois mises en garde sur ces notations, commodes mais dangereuses.
Propriété
Théorème. Soit une fonction continue sur un intervalle , à valeurs dans , et soit une primitive quelconque de sur . Alors, pour tous ,
Démonstration. Posons . D'après le théorème admis appliqué avec , la fonction est une primitive de sur et . Soit une primitive quelconque de sur : d'après le théorème de description, il existe tel que . Alors
ce qui est l'égalité annoncée.
Remarque
Le point crucial est que le résultat ne dépend pas de la primitive choisie : la constante additive se simplifie dans la différence . C'est pourquoi, dans un calcul d'intégrale, on n'écrit jamais le : il serait inutile, et il trahirait une confusion entre le nombre et la famille de fonctions.
Exemple
a. Calculons . Sur , qui contient , une primitive de l'intégrande est . Donc
b. Calculons . Le segment est inclus dans , sur lequel est une primitive de , donc l'intégrale vaut . Le résultat est négatif, ce qui était prévisible : sur la fonction est négative.
Remarque
Une faute qui coûte cher. Un calcul comme
est absurde : l'intégrande est strictement positif, une intégrale « de gauche à droite » d'une fonction positive ne peut pas être négative. L'erreur est en amont : la fonction n'est pas définie en , donc pas continue sur , et le théorème ne s'applique pas. Avant toute chose, on vérifie que l'intégrande est continu sur le segment d'intégration.
Les tableaux ci-dessous se lisent dans les deux sens : de gauche à droite ce sont des primitives, de droite à gauche ce sont les dérivées de la partie A. Il n'y a donc rien de neuf à mémoriser, seulement une nouvelle façon de lire un tableau déjà connu. Dans chaque ligne, désigne une constante arbitraire, et la dernière colonne précise un intervalle sur lequel l'égalité est valable.
Puissances, exponentielle et logarithme.
| Intervalle | ||
|---|---|---|
| , | ||
| , | ||
| ou | ||
| ou | ||
Fonctions trigonométriques et circulaires réciproques.
| Intervalle | ||
|---|---|---|
| (modulo ) | ||
| (modulo ) | ||
Fonctions hyperboliques.
| Intervalle | ||
|---|---|---|
Remarque
Quelques commentaires sur ces tableaux, tous utiles en pratique.
Exemple
Six primitives immédiates, à écrire sans réfléchir.
a. sur .
b. sur .
c. sur .
d. sur .
e. sur .
f. sur .
C'est la technique la plus rentable de tout le chapitre, et le programme la mentionne explicitement. Elle consiste à lire à l'envers la formule de dérivation d'une composée : si est dérivable sur et dérivable sur un intervalle contenant , alors
autrement dit une primitive de est . En pratique on retient les deux tableaux suivants, dans lesquels est dérivable sur un intervalle .
Formes algébriques.
| Forme reconnue | Une primitive | Condition sur |
|---|---|---|
| , | aucune | |
| , | sur | |
| ne s'annule pas sur | ||
| ne s'annule pas sur | ||
| sur |
Formes transcendantes.
| Forme reconnue | Une primitive | Condition sur |
|---|---|---|
| aucune | ||
| aucune | ||
| aucune | ||
| aucune | ||
| ; | ; | aucune |
Méthode
Reconnaître une dérivée de composée. Acquis depuis : terminale spé.
Un mot sur l'étape : on n'a le droit de faire entrer et sortir que des constantes. Écrire serait une faute grossière, puisque n'est pas constant et ne peut donc pas franchir le signe d'intégration.
Exemple
Six calculs types, chacun vérifié par dérivation.
a. sur . On pose , donc : l'expression est exactement . Le discriminant de vaut , donc ne s'annule pas et reste strictement positif : la valeur absolue est inutile. Ainsi , dont on vérifie aussitôt que la dérivée est l'intégrande.
b. sur : avec et , l'expression vaut . Vérification : .
c. sur : avec , l'expression vaut , et ne s'annule pas. Vérification : .
d. sur : avec , l'expression est , et sur cet intervalle, condition bien vérifiée. Vérification : .
e. sur , en écrivant avec .
f. sur . Avec et , l'expression vaut , donc
Vérification : .
Exemple
Un calcul d'intégrale complet. Calculons . Sur , la fonction cosinus est continue et strictement positive, donc y est continue et avec . Une primitive est donc , et
Contrôle : sur cet intervalle de longueur , la fonction varie de à : le résultat est plausible.
Remarque
Le réflexe de linéarisation. Certaines expressions ne sont pas des dérivées de composées, mais le deviennent après une transformation trigonométrique (partie « Calcul algébrique et trigonométrie »). Ainsi, avec ,
Vérification : . De même . Écrire serait absurde : la forme exigerait un facteur qui n'est pas là.
Même idée pour un produit : , d'où , dont la dérivée vaut bien .
Le programme exige explicitement ce paragraphe, et l'on comprend vite pourquoi : c'est le raccourci qui rend calculables, sans peine, les primitives de et .
On rappelle le résultat de la partie A : pour , la fonction , de dans , est dérivable sur de dérivée .
Propriété
Soit . Les primitives sur de sont les fonctions
Démonstration. La fonction est dérivable sur et, pour tout ,
donc est une primitive de . Comme est un intervalle, le théorème de description donne toutes les autres en ajoutant une constante complexe.
Méthode
Primitives de et : le passage aux complexes.
Soient réels avec , et posons .
On retient la méthode, jamais la formule finale : la refaire sur l'exemple demandé prend cinq lignes et évite toute erreur de mémoire.
Exemple
Calcul entièrement rédigé. Déterminons les primitives sur de
Étape 1. Posons . Pour tout ,
donc et .
Étape 2. Comme , une primitive de est .
Étape 3. On multiplie par le conjugué : . Donc
Étape 4. En séparant partie réelle et partie imaginaire :
Vérification de la première, avec :
Vérification de la seconde, avec : le même calcul donne . Les deux résultats sont confirmés, et un seul calcul en a donné deux.
Cette idée sert dès qu'un produit de fonctions oscillantes apparaît. Elle est particulièrement précieuse en physique, où les grandeurs sont le pain quotidien de l'étude des régimes transitoires, et nous la retrouverons telle quelle pour les équations du second ordre.
Les primitives usuelles et la reconnaissance de composées ne suffisent pas. Que faire de , où le produit ne correspond à aucune ligne des tableaux précédents ? Deux techniques permettent de transformer une intégrale en une autre, espérée plus simple. Elles ne sont rien d'autre que la lecture inverse des deux règles de dérivation les plus importantes : celle du produit, et celle de la composée.
Dans toute cette section, les fonctions sont définies sur un intervalle , à valeurs dans , et les segments considérés sont inclus dans .
Propriété
Théorème (intégration par parties). Soient et deux fonctions de classe sur un intervalle , à valeurs dans , et soient . Alors
Démonstration. Les fonctions et étant dérivables sur , leur produit l'est aussi et, d'après la formule de dérivation d'un produit (partie A),
Comme , , et sont continues sur (c'est le sens de « de classe »), la fonction est continue sur , et l'égalité ci-dessus dit précisément que est une primitive de sur . Le théorème reliant intégrale et primitive donne alors
Par linéarité de l'intégrale (propriété admise au début de cette partie), le membre de gauche vaut , ces deux intégrales ayant un sens puisque leurs intégrandes sont continus. Il ne reste qu'à faire passer dans l'autre membre.
Remarque
Sur les hypothèses. Le programme précise que « pour les applications pratiques, on ne demande pas de rappeler les hypothèses de régularité ». Autrement dit, dans un calcul d'intégrale, on ne perd pas trois lignes à justifier que et sont de classe .
Cela ne signifie pas que les hypothèses n'existent pas. Une fois au moins dans l'année, on écrit la rédaction complète, comme dans l'exemple a ci-dessous ; ensuite on va à l'essentiel. Et dès qu'une des deux fonctions a un domaine restreint (un , une racine, un quotient), on redevient explicite sur l'intervalle de travail : c'est là que se cachent les vraies erreurs.
La version « primitives » de la formule s'écrit , à comprendre à une constante additive près. Elle est commode, mais quand on dispose de bornes, mieux vaut les garder : les termes tout intégrés se calculent au fur et à mesure.
Sur les noms des deux fonctions. On rencontre tout aussi souvent la formule écrite dans l'autre sens, : c'est exactement la même, aux noms près, obtenue en échangeant les lettres et . C'est d'ailleurs cette seconde écriture qui est utilisée dans la fiche d'exercices et dans le devoir. Ce qu'il faut retenir n'est donc pas la lettre, mais la structure : l'un des deux facteurs est dérivé, l'autre est primitivé, et le crochet contient le produit de la fonction dérivée par la primitive de l'autre.
Méthode
Choisir qui dériver et qui primitiver.
Dans , on choisit , le facteur que l'on dérive, et , le facteur que l'on primitive. La règle est simple : on dérive ce qui se simplifie, on primitive ce qui ne se dégrade pas.
| Intégrande | On dérive | On primitive | Effet |
|---|---|---|---|
| le degré de baisse de | |||
| , | ou | idem | |
| le logarithme disparaît | |||
| , , seuls | la fonction | apparition d'une fraction | |
| l'un des deux | l'autre | système « circulaire » |
Points de vigilance :
Exemple
a. Polynôme fois exponentielle, rédaction complète. Calculons .
Les fonctions et sont de classe sur , avec et . La formule d'intégration par parties donne
Contrôle : , et l'intégrande varie entre et sur un intervalle de longueur : cohérent.
b. Le logarithme seul. Calculons .
On pose et , donc et ; ces fonctions sont de classe sur . Alors
Mené sans bornes, le même calcul redonne la primitive du tableau des primitives usuelles.
c. Polynôme fois logarithme. Calculons . On dérive le logarithme et on primitive le polynôme : , , , , d'où
d. Une fonction circulaire réciproque seule. Calculons .
On pose , , et , fonctions de classe sur . Alors
La dernière intégrale se reconnaît : avec , l'intégrande vaut , dont une primitive est . Donc
Contrôle : , cohérent avec une fonction qui croît de à sur un intervalle de longueur .
e. Deux intégrations par parties. Calculons .
Première intégration par parties, avec , , , :
puisque .
Seconde intégration par parties, avec , , , :
Conclusion : . Le signe négatif n'a rien d'étonnant : sur , où est grand, le cosinus est négatif.
Il arrive que deux intégrations par parties ramènent à l'intégrale de départ. Loin d'être un échec, c'est une équation dont l'intégrale cherchée est l'inconnue.
Exemple
Le cas d'école. Calculons
Toutes les fonctions en jeu sont de classe sur .
Intégration par parties dans , avec , , , :
Intégration par parties dans , avec , , :
On obtient un système de deux équations aux inconnues et . En substituant la seconde dans la première :
Finalement
Contrôle par les complexes. Avec et , on obtient : une primitive de est donc , et . Les deux méthodes concordent, avec .
Moralité : pour et , les deux voies sont correctes, mais le passage aux complexes est plus court et beaucoup moins exposé aux erreurs de signe. On garde l'intégration par parties circulaire comme méthode de secours, et comme exercice de rédaction.
Propriété
Théorème (changement de variable). Soient et deux intervalles, une fonction continue, et une fonction de classe telle que . Alors, pour tous ,
Démonstration. La fonction est continue sur l'intervalle : d'après le théorème admis, elle y admet une primitive . Comme est dérivable sur à valeurs dans et dérivable sur , la composée est dérivable sur et, pour tout ,
Cette dérivée est continue sur : l'est car est de classe , et l'est comme composée de fonctions continues. Ainsi est une primitive de sur , et
Or et appartiennent à , et est une primitive de sur : cette dernière différence vaut exactement .
Remarque
Les deux sens de lecture. La formule s'utilise dans les deux directions, et une bonne copie dit laquelle elle emploie.
Méthode
Mettre en œuvre un changement de variable.
Un changement de variable se motive : on annonce ce qu'il élimine (une racine, un dénominateur, une exponentielle). Un changement sorti du chapeau, même juste, ne vaut rien dans une copie.
Les substitutions à connaître, avec la situation qui les déclenche :
a. reconnue dans l'expression : le cas le plus fréquent.
b. en présence de .
c. en présence de .
d. quand tout ne dépend que de .
e. en présence de .
f. pour exploiter une symétrie des bornes.
Exemple
a. Reconnaissance. Calculons .
On pose , de classe sur , avec . Bornes : donne , et donne . La fonction est continue sur , qui contient . Donc
b. Substitution . Calculons .
La racine est gênante ; on la fait disparaître avec l'identité . On pose pour : est de classe , , , et . Sur on a , donc
Ce contrôle du signe est le point délicat, il ne faut jamais le sauter. Il vient
puis
Contrôle : , et l'intégrande décroît de à sur un intervalle de longueur : parfaitement cohérent.
c. Substitution . Calculons .
On pose pour : est de classe sur cet intervalle, , , et . Comme , tout se simplifie :
En linéarisant,
Contrôle : , et l'intégrande décroît de à : cohérent.
d. Tout ne dépend que de . Calculons . Ici la substitution est inutile : il suffit de multiplier haut et bas par pour faire apparaître une composée, puisque avec . Donc
e. Substitution . Calculons .
On pose pour : est de classe , , , et . Comme , on a . Donc
où l'on a écrit . Ainsi
Contrôle : , cohérent avec une fonction qui décroît de à .
Remarque
Les trois fautes classiques du changement de variable.
Remarque
Comment choisir entre les deux techniques ? Une règle simple couvre presque tous les exercices de ce niveau.
Le programme fixe ici un objectif très précis : savoir calculer les primitives de , puis, par un ajustement simple, celles de . Il ne s'agit surtout pas d'une théorie générale des fractions rationnelles : la décomposition en éléments simples, comme objet mathématique, relève du chapitre « Polynômes » et n'a pas sa place ici. Ce que l'on installe, c'est une technique de calcul, entièrement gouvernée par le signe du discriminant du dénominateur.
Dans toute cette section, et . Un préalable vaut pour les trois cas : la fonction n'est définie que là où le dénominateur ne s'annule pas, et l'on travaille donc sur un intervalle sur lequel ne s'annule pas, donc garde un signe constant.
Le trinôme possède deux racines réelles distinctes et se factorise en . La fonction est définie sur trois intervalles : , et .
L'idée est de casser la fraction en deux morceaux dont chacun a une primitive évidente. Aucune théorie n'est requise : on cherche deux constantes.
Méthode
Décomposer à la main. On cherche deux réels et tels que, pour tout distinct de et ,
Exemple
a. Un cas symétrique. Calculons les primitives de .
Factorisation. , donc est définie sur , et .
Décomposition. On cherche et tels que , c'est-à-dire
En : , donc . En : , donc . Contrôle :
Primitives. Sur chacun des trois intervalles,
Vérification par dérivation, par exemple sur où l'expression vaut :
b. Un cas avec . Calculons les primitives de . Ici , les racines sont et , et . On cherche , soit pour tout : en , ; en , , donc . Sur chacun des trois intervalles,
Le facteur vient de la forme avec , dont la dérivée vaut : il faut compenser. Vérification : la dérivée de vaut .
Remarque
La constante n'est pas la même sur les trois intervalles : chacun a la sienne. Répondre « les primitives sur sont … » serait exactement l'erreur dénoncée plus haut. On écrit : « sur , les primitives sont … », et on recommence pour les autres intervalles si la question le demande.
Le trinôme possède une racine double et s'écrit . Aucune décomposition n'est nécessaire : c'est directement la forme .
Propriété
Soit et . Sur comme sur ,
Vérification. .
Exemple
Calculons les primitives de .
Ici et . Sur comme sur ,
Vérification : .
Noter qu'il n'y a aucun logarithme dans ce cas. C'est une différence frappante avec le cas , et un excellent moyen de vérifier qu'on n'a pas confondu les deux situations.
Le trinôme ne s'annule jamais et garde le signe de sur tout entier : la fonction est définie sur , il n'y a plus qu'un seul intervalle et une seule constante. La technique est la forme canonique, qui ramène le dénominateur à , puis l'arctangente.
Propriété
Soit . Sur ,
Démonstration. En dérivant le membre de droite :
Méthode
Traiter le cas .
En pratique, on n'apprend pas la formule générale : on refait la forme canonique sur l'exemple. C'est plus rapide, et surtout plus sûr.
Exemple
a. Cas . Calculons les primitives sur de .
Le discriminant vaut . Forme canonique :
donc et
Vérification :
b. Cas . Calculons les primitives sur de .
Discriminant : . On met en facteur puis on complète le carré :
donc . Il vient
Vérification :
Quand le numérateur n'est plus constant, une seule idée : faire apparaître au numérateur la dérivée du dénominateur, qui vaut . Le morceau correspondant est de la forme et donne un logarithme ; ce qui reste a un numérateur constant, et relève de l'un des trois cas précédents.
Méthode
Primitives de .
Exemple
a. Le cas le plus favorable. Pour , le numérateur est déjà la dérivée du dénominateur. Donc, sur tout intervalle où ne s'annule pas,
Aucune décomposition n'est nécessaire : c'est le réflexe à avoir avant de se lancer dans un calcul de racines.
b. Cas général avec . Calculons les primitives sur de .
Le dénominateur a pour discriminant : il ne s'annule pas et reste strictement positif, la fonction est définie sur et la valeur absolue du logarithme sera inutile.
Étape 1. donne .
Étape 2. On écrit . Contrôle immédiat : .
Étape 3. On sépare :
Étape 4. La première intégrale est de la forme et vaut ; la seconde a été calculée plus haut. Finalement
puisque .
Vérification par dérivation :
Exemple
c. Une intégrale complète, avec . Calculons . Le dénominateur ne s'annule pas sur et y est strictement positif : l'intégrande est continu, l'intégrale a un sens. Comme , on écrit , d'où
en réutilisant pour le second morceau la décomposition du a ci-dessus. Contrôle : , cohérent avec un intégrande qui décroît de à sur un intervalle de longueur .
Une équation différentielle est une équation dont l'inconnue est une fonction, et qui relie cette fonction à ses dérivées. La résoudre, c'est déterminer toutes les fonctions qui la vérifient : la réponse n'est jamais un nombre, c'est toujours un ensemble de fonctions.
Ces équations sont l'outil de modélisation par excellence des sciences expérimentales. Dès qu'un phénomène se décrit par « la vitesse de variation d'une grandeur dépend de la grandeur elle-même », une équation différentielle apparaît : charge d'un condensateur, refroidissement d'un corps, disparition d'un réactif, désintégration radioactive. La dernière section du chapitre est entièrement consacrée à ces situations.
Définition
Soit un intervalle de et soient et deux fonctions continues de dans (avec ou ). On appelle équation différentielle linéaire du premier ordre l'équation
Une solution de sur est une fonction , dérivable sur , telle que
L'équation
est l'équation homogène associée à . La fonction est le second membre. Une solution particulière de est une solution de que l'on a exhibée. Enfin, la courbe représentative d'une solution s'appelle une courbe intégrale de .
Remarque
Quelques observations de vocabulaire, toutes importantes.
C'est le cœur technique de la section, et la démonstration est entièrement à notre portée.
Propriété
Théorème. Soient un intervalle et une fonction continue. Soit une primitive de sur (elle existe, d'après le théorème admis de la première section). Alors l'ensemble des solutions sur de
est exactement l'ensemble des fonctions
Démonstration. On procède par double inclusion.
Soit et . La fonction est dérivable sur , donc l'est aussi, et pour tout ,
Ainsi : la fonction est bien solution de sur .
Réciproquement, soit une solution quelconque de sur . C'est ici qu'intervient l'astuce du facteur intégrant : on pose
La fonction est dérivable sur comme produit de fonctions dérivables, et pour tout ,
Comme est un intervalle et que sur , le lemme admis plus haut affirme que est constante : il existe tel que pour tout . L'exponentielle ne s'annulant jamais, on peut diviser :
Les deux inclusions donnent le résultat.
Remarque
Trois conséquences à retenir.
Propriété
Cas particulier : constante. Si pour tout , alors convient et les solutions de sur sont les fonctions
Ce cas particulier, immédiat, est de très loin le plus fréquent dans les applications : décharge d'un condensateur, décroissance radioactive, refroidissement, cinétique chimique d'ordre .
Exemple
Trois équations homogènes.
a. Coefficient constant. Résolvons sur . Ici , une primitive est : les solutions sont les , .
b. Coefficient variable. Résolvons sur . Ici et convient. Les solutions sont les . Vérification : si , alors , donc .
c. Un cas où l'exponentielle disparaît. Résolvons sur . Ici et convient sur cet intervalle. Alors
et les solutions sont les . Vérification : donne , donc .
Cet exemple est instructif : il ne faut jamais laisser l'écriture telle quelle quand elle se simplifie. Une réponse comme « » n'est pas fausse, elle est simplement mal finie.
Propriété
Théorème (structure). Soient et continues sur un intervalle , et soit une solution particulière de sur . Alors l'ensemble des solutions de sur est
où est une primitive de sur .
Formule à retenir : solution générale de = une solution particulière de + solution générale de .
Démonstration. Double inclusion, une fois encore.
Soit une solution de et posons . Cette fonction est dérivable sur et, pour tout ,
Donc est solution de .
Réciproquement, soit une solution quelconque de sur , et posons . Cette fonction est dérivable sur et, pour tout ,
donc est solution de , et est bien de la forme annoncée.
La description explicite s'obtient en remplaçant par grâce au théorème précédent.
Remarque
Une confusion à éviter absolument. « Solution particulière » ne veut pas dire « solution vérifiant une condition initiale ». Ce sont deux notions distinctes :
On trouve d'abord une solution particulière, on écrit la solution générale, et seulement ensuite on utilise la condition initiale. Faire l'inverse est la source d'erreur la plus fréquente dans les copies.
Méthode
Résoudre une équation linéaire du premier ordre : le plan en quatre temps.
Ce plan se rédige explicitement : un correcteur doit voir les quatre étapes, dans cet ordre.
Propriété
Principe de superposition. Soient et continues sur et . Si est solution de et solution de sur , alors est solution sur de
Démonstration. La fonction est dérivable sur et, pour tout ,
Exemple
Découper un second membre compliqué. Résolvons sur .
Homogène. , : les solutions de sont les .
Premier morceau : . Le second membre est un polynôme de degré , on cherche . Alors
L'identification donne , donc , puis , donc . Ainsi .
Second morceau : . On cherche . Alors , donc .
Conclusion. Par superposition, est une solution particulière, et l'ensemble des solutions sur est
Vérification de : et , donc
Quand le second membre a une forme simple, on gagne beaucoup à chercher une solution particulière de la même forme, avec des coefficients indéterminés que l'on identifie. Le tableau suivant résume les cas les plus fréquents pour avec constante.
| Second membre | Forme à essayer | Réserve |
|---|---|---|
| polynôme de degré | polynôme de degré | si |
| avec | aucune | |
| est déjà solution de l'homogène | ||
| ou | ou passage aux complexes |
Exemple
Le cas résonnant, à l'ordre . Résolvons sur .
L'homogène a pour solutions les . Le second membre est déjà solution de l'homogène : chercher conduirait à , c'est voué à l'échec. On essaie donc :
Il suffit de prendre , d'où et l'ensemble des solutions
Retenir le réflexe : avant d'essayer , on regarde si est solution de l'homogène. Si oui, on multiplie par . Cet oubli est une faute classique, et il se retrouvera tel quel à l'ordre .
Exemple
Second membre trigonométrique, par les complexes. Résolvons sur .
Homogène. Les solutions de sont les .
Complexification. On a . Cherchons une solution complexe de sous la forme : il vient , donc et
Retour au réel. Le coefficient étant réel, la partie imaginaire de est solution de l'équation de second membre : . Vérification : , donc .
Conclusion. Les solutions sur sont les , . Au passage, la partie réelle est une solution particulière de : un seul calcul a résolu deux équations.
Quand le second membre ne permet pas de deviner une solution particulière, une méthode générale fonctionne toujours. Son nom est un abus de langage volontaire : on part de la solution générale de l'homogène et l'on autorise la constante à varier, c'est-à-dire à devenir une fonction de .
Propriété
Théorème. Soient et continues sur un intervalle , et une primitive de sur . Une fonction dérivable est solution de si et seulement si elle s'écrit
où est une primitive sur de la fonction continue .
Démonstration. Observons d'abord que toute fonction dérivable sur s'écrit de manière unique sous la forme : il suffit de poser , qui est dérivable comme produit de fonctions dérivables. Le changement d'inconnue est donc licite, et il ne perd aucune solution.
Calculons alors, pour une telle fonction :
d'où
Les termes en se simplifient toujours : c'est le mécanisme même de la méthode, et c'est un excellent contrôle de calcul. L'équation équivaut donc à
La fonction étant continue sur l'intervalle , elle y admet des primitives, et est solution si et seulement si en est une.
Méthode
Variation de la constante en pratique.
Exemple
Exemple entièrement rédigé. Résolvons sur l'équation
Étape 1 : cadre. Les fonctions et sont continues sur , qui est un intervalle ; l'équation est déjà normalisée. Le second membre n'est ni polynomial, ni exponentiel, ni trigonométrique : inutile d'espérer une solution « à vue ».
Étape 2 : équation homogène. Avec , les solutions de sont les .
Étape 3 : variation de la constante. On cherche une solution de sous la forme , avec dérivable sur . Alors
Les termes en ont bien disparu. L'équation devient
Étape 4 : intégration. On reconnaît la forme avec , donc convient.
Étape 5 : conclusion. Une solution particulière est , et l'ensemble des solutions de sur est
Vérification. Avec ,
donc . C'est bien .
Une équation différentielle admet une infinité de solutions. Pour en isoler une seule, on ajoute une condition initiale.
Définition
Soient et continues sur un intervalle , et . Le problème de Cauchy associé est le système
Propriété
Théorème de Cauchy linéaire à l'ordre . Sous ces hypothèses, le problème de Cauchy admet une unique solution sur .
Démonstration. Soit une primitive de sur et soit une solution particulière de sur : il en existe, la méthode de variation de la constante en fabrique une. D'après le théorème de structure, les solutions de sur sont exactement les fonctions
Une telle fonction vérifie la condition initiale si et seulement si
la division par étant licite puisque l'exponentielle ne s'annule pas. Cette équation d'inconnue possède donc une solution, et une seule. À un unique correspond une unique fonction : le problème de Cauchy a une solution unique.
Remarque
Interprétation graphique. Par chaque point du plan passe exactement une courbe intégrale. En particulier, deux courbes intégrales distinctes de la même équation ne se coupent jamais. Pour l'équation homogène, on retrouve la remarque faite plus haut : la seule solution qui s'annule quelque part est la fonction nulle.
Exemple
Un problème de Cauchy complet. Résolvons
Homogène. , une primitive est , donc et les solutions de sont les .
Solution particulière. Essayons une fonction constante : alors , et il faut pour tout , soit . Ainsi convient.
Solution générale. , .
Condition initiale. donne . L'unique solution est
Vérification. et , donc ; et . Les deux conditions sont satisfaites.
Dans les applications, l'équation se présente rarement sous forme normalisée. On rencontre plutôt
avec continues sur un intervalle . Pour appliquer les théorèmes précédents il faut diviser par , ce qui n'est possible que là où ne s'annule pas.
Méthode
Traiter une équation non normalisée.
Exemple
a. Une division licite. Résolvons sur .
Normalisation. Sur , le coefficient ne s'annule pas : on divise, ce qui donne .
Homogène. , , donc : les solutions de l'homogène sont les .
Variation de la constante. On pose avec dérivable. Alors
et l'équation devient , dont une primitive est .
Conclusion. , et les solutions sur sont les , . Vérification : , donc .
b. La même équation, vue autrement. Le membre de gauche est exactement la dérivée du produit . L'équation équivaut donc à sur , c'est-à-dire à : on retrouve la même réponse en trois lignes. Ce n'est pas un tour de magie, car avec : c'est le facteur intégrant de la démonstration du théorème de l'homogène, déjà présent dans l'énoncé.
On passe aux équations faisant intervenir la dérivée seconde. Le programme se limite au cas des coefficients constants, et ce n'est pas un appauvrissement : c'est précisément le cas où une résolution complète et explicite est possible, et c'est aussi celui qui gouverne tous les phénomènes oscillants de la physique, du pendule au circuit RLC.
Les nombres complexes, acquis depuis le début de l'année, sont ici l'outil central. Sans eux, le cas des racines non réelles resterait mystérieux.
Définition
Soient et deux scalaires de (avec ou ) et une fonction continue d'un intervalle dans . On appelle équation différentielle linéaire du second ordre à coefficients constants l'équation
d'équation homogène associée
Une solution de sur est une fonction , deux fois dérivable sur , telle que pour tout .
On appelle équation caractéristique de l'équation d'inconnue :
Remarque
L'équation caractéristique n'est pas parachutée. Cherchons s'il existe des solutions de de la forme , avec . Alors , , et
Comme l'exponentielle ne s'annule jamais, est solution si et seulement si . Les racines de l'équation caractéristique sont donc exactement les pour lesquels est solution. Toute la question est de savoir s'il y en a d'autres, et c'est l'objet du théorème suivant.
Notons aussi que, contrairement à l'ordre , il n'y a aucun point à éviter : les coefficients étant constants, ils sont continus sur tout entier. On peut toujours résoudre sur , ou sur n'importe quel intervalle imposé par l'énoncé.
Propriété
Théorème. Soient et soient les racines dans de l'équation caractéristique . Soit un intervalle. Alors :
Démonstration (non exigible, mais elle n'utilise que le théorème de l'ordre démontré plus haut).
Soit une racine de l'équation caractéristique, et soit une fonction deux fois dérivable sur . Posons , de sorte que . Ce changement d'inconnue est licite et ne perd aucune solution : est deux fois dérivable, et l'on revient de à sans ambiguïté. Calculons :
En reportant et en regroupant,
L'exponentielle ne s'annulant pas, est solution de si et seulement si
Posons : c'est une équation du premier ordre en , à coefficient constant,
dont on connaît toutes les solutions : avec . Or la somme des racines vaut , donc et
Cas . Alors et, en primitivant sur l'intervalle avec , . En posant , qui décrit quand décrit , il vient .
Cas . Alors , donc est constante et sur l'intervalle , d'où .
Dans les deux cas on obtient exactement l'ensemble annoncé.
Remarque
Vérification directe dans le cas de la racine double. Même sans la démonstration précédente, on peut contrôler par le calcul que est solution quand est racine double. On a
donc
Le premier crochet est nul puisque est racine. Le second l'est aussi : la racine étant double, la somme des racines vaut , donc . Les deux termes s'annulent, est bien solution.
Le rôle du facteur apparaît clairement : il sert exactement à absorber le terme , nul dans ce cas et dans ce cas seulement. Multiplier par n'est pas une superstition, c'est une nécessité de calcul.
En physique, , et sont réels, et l'on cherche des solutions réelles. Le théorème précédent se traduit alors en fonction du discriminant de l'équation caractéristique.
Propriété
Théorème. Soient et . Les solutions à valeurs réelles sur un intervalle de sont :
Démonstration du cas (les deux autres se traitent de la même manière, en plus court).
Supposons . Les racines de l'équation caractéristique sont et , avec
Montrons d'abord que les fonctions annoncées sont solutions. D'après la forme exponentielle,
donc, en additionnant puis en soustrayant,
Ces deux fonctions sont donc des combinaisons de et : ce sont des solutions complexes de , et elles sont à valeurs réelles. Toute combinaison à coefficients réels est encore une solution, réelle elle aussi.
Réciproquement, soit une solution réelle de sur . C'est en particulier une solution à valeurs complexes, donc il existe tels que, pour tout ,
Posons et , complexes a priori, de sorte que
Il reste à voir que et sont réels. Quitte à translater, supposons (sinon on raisonne en un point de , le calcul est identique). D'une part , qui est réel puisque l'est. D'autre part
donc est réel (une fonction réelle dérivable a une dérivée réelle). Comme , et sont réels et , on en tire
La solution est donc bien de la forme annoncée avec .
Remarque
Dans les cas et , le raisonnement est le même en plus simple : les racines sont réelles, et les deux paramètres se lisent sur et , qui sont réels. Par exemple pour : et sont réels, et ce système de deux équations à coefficients réels, dont on vérifie qu'il détermine de façon unique puisque , a nécessairement une solution réelle.
Propriété
Écriture en amplitude et phase. Soit non nul, et posons . Il existe un unique réel tel que et , et alors, pour tout ,
Démonstration. Le point de coordonnées vérifie : il appartient au cercle trigonométrique, il possède donc un unique argument dans (chapitre des nombres complexes). La formule d'addition donne alors
Il ne reste qu'à multiplier par .
Remarque
Cette écriture est celle du physicien : est l'amplitude, la phase à l'origine, la pulsation. Elle rend le comportement lisible d'un coup d'œil : la solution oscille à la pulsation à l'intérieur de l'enveloppe , qui décroît vers si et explose si .
Exemple
Les trois cas, sur quatre exemples.
a. . Équation caractéristique : , de discriminant , de racines et . Solutions réelles :
b. . Équation caractéristique : , racine double . Solutions réelles : .
c. . Discriminant , racines . Ici et , donc les solutions réelles sont les , . Vérification pour , : avec , on a puis , donc .
d. L'oscillateur harmonique. avec . Équation caractéristique , racines : ici et , les solutions réelles sont les
L'amplitude ne décroît pas : sans amortissement, l'oscillation dure indéfiniment.
Propriété
Théorème (structure). Soit une solution particulière de sur . L'ensemble des solutions de sur est
Autrement dit : solution générale de = solution particulière + solution générale de , exactement comme à l'ordre .
Démonstration. Double inclusion.
Si est solution de , alors est deux fois dérivable et
Si est solution de , posons . Cette fonction est deux fois dérivable et
donc est solution de et .
Propriété
Principe de superposition. Si est solution de et solution de sur , alors pour tous scalaires , la fonction est solution sur de
Démonstration. La fonction est deux fois dérivable et
Ce principe est utilisé sans arrêt : un second membre se traite en cherchant une solution particulière pour chaque morceau, puis en additionnant.
Le programme limite les seconds membres exigibles à trois familles : les polynômes, les exponentielles avec , et les fonctions et avec . On les traite dans cet ordre.
Méthode
Second membre polynomial. Soit une fonction polynomiale de degré .
Exemple
Résolvons sur .
Homogène. Vu plus haut : .
Solution particulière. Ici et est de degré : on cherche . Alors et , donc
L'identification donne , soit , puis , c'est-à-dire , soit . Ainsi .
Conclusion. Les solutions sur sont les
Vérification de : .
C'est le cas le plus important, et il se démontre entièrement, avec la même idée que pour l'équation homogène : on pose .
Propriété
Théorème. Soient , et . On considère
Démonstration. Posons , où est une fonction deux fois dérivable inconnue ; toute fonction deux fois dérivable s'écrit ainsi, de manière unique, en prenant . On calcule
puis, en regroupant,
Comme l'exponentielle ne s'annule pas, est solution de si et seulement si
Cas 1 : . La fonction constante vérifie , puisque . D'où la solution annoncée.
Cas 2 : racine simple. Alors et devient . De plus : en effet, si désigne l'autre racine, la somme des racines vaut , donc puisque la racine est simple. La fonction a pour dérivée la constante et une dérivée seconde nulle : elle vérifie .
Cas 3 : racine double. Alors et, la somme des racines valant , on a aussi . L'équation se réduit à , dont est solution.
Remarque
Pourquoi multiplie-t-on par , puis par ? La démonstration le dit sans mystère : chaque fois que est racine, un terme de disparaît, et il faut « monter d'un degré » en pour que le calcul aboutisse. C'est exactement le phénomène déjà rencontré à l'ordre .
En pratique, on ne retient pas les trois formules, mais la forme à essayer : si n'est pas racine, si est racine simple, si est racine double. On détermine ensuite en reportant dans l'équation. Oublier de tester si est racine est l'erreur classique de ce paragraphe : le calcul aboutit alors à , ce qui est le signe qu'il faut recommencer avec un facteur .
Exemple
Les trois cas, sur trois équations proches.
a. L'exposant n'est pas racine. Résolvons sur .
L'équation caractéristique a pour racines : l'exposant du second membre n'est pas racine, et . Donc . Vérification : . Solutions : .
b. L'exposant est racine simple. Résolvons sur . Les racines caractéristiques sont et : l'exposant du second membre est racine simple, et , donc . Vérification : et , donc . Solutions : .
c. L'exposant est racine double. Résolvons sur . L'équation caractéristique a pour racine double, et l'exposant du second membre vaut précisément : on prend . Vérification : et , donc
Solutions : .
Ici et sont réels et . On ne cherche pas directement une combinaison de et : on passe aux complexes, ce qui ramène au cas exponentiel précédent et divise le travail par deux.
Propriété
Soient des réels et continue. Si est solution de , alors est solution de , et est solution de .
Démonstration. Écrivons avec et , fonctions réelles deux fois dérivables (partie A). Comme et sont réels,
et cette écriture est bien la décomposition en parties réelle et imaginaire, puisque et sont réelles. L'égalité avec donne le résultat par identification des parties réelles et imaginaires.
Méthode
Second membre ou .
Exemple
Exemple entièrement rédigé. Résolvons sur
Homogène. L'équation caractéristique a pour discriminant et pour racines . Donc
Complexification. On a ; on cherche donc une solution de , cas exponentiel avec et un exposant égal à . Ce nombre n'est pas racine de l'équation caractéristique (les racines sont ), et
Une solution particulière complexe est donc .
Forme algébrique. On multiplie par le conjugué :
Donc
Retour au réel. Une solution particulière de est
Vérification. et , donc
Conclusion. Les solutions de sur sont les
Bonus gratuit. La partie imaginaire est une solution particulière de : le même calcul a résolu deux équations.
Exemple
Le cas résonnant. Résolvons sur : la pulsation du second membre coïncide avec celle de l'oscillateur.
Homogène. Racines , donc .
Complexification. On résout . Ici est racine, et elle est simple (l'autre racine est ). Avec , on a , donc
en utilisant .
Retour au réel. .
Vérification. , puis
donc .
Interprétation. Le facteur signifie que l'amplitude des oscillations croît indéfiniment : c'est le phénomène de résonance, obtenu lorsqu'on excite un oscillateur non amorti exactement à sa pulsation propre. Un système réel finit par se casser, ou par sortir du domaine de validité du modèle linéaire.
Propriété
Théorème (ADMIS). Soient , continue sur un intervalle , et . Le problème de Cauchy
admet une unique solution sur .
La démonstration de ce résultat est hors programme : on ne la cherche pas, on utilise l'énoncé.
Remarque
Ce qui est admis, c'est le théorème général. Sur chaque exemple concret, en revanche, on constate le résultat : après avoir écrit la solution générale, qui dépend de deux paramètres et , les deux conditions initiales fournissent un système de deux équations en que l'on résout, et qui a toujours exactement une solution. C'est ce calcul que l'on rédige, et rien d'autre.
Retenir la différence de comptage : une condition initiale à l'ordre , deux à l'ordre ( et ). En physique, cela correspond exactement à la position et à la vitesse initiales.
La marche à suivre est détaillée dans la méthode 8 de la dernière section ; l'étape que l'on oublie systématiquement est le calcul de à partir de la solution générale, sans lequel on ne peut pas écrire la seconde condition.
Exemple
Résolvons le problème de Cauchy
Homogène. donne , donc .
Solution particulière. Le second membre est polynomial de degré et : on cherche . Alors , donc et , soit .
Solution générale. , donc
Conditions initiales. , et donne . L'unique solution est
Vérification. et , donc
avec et . Les trois conditions sont satisfaites.
Lecture en amplitude. Comme et , on a et , donc : la solution oscille d'amplitude autour de la droite d'équation .
Le programme demande explicitement que « le cours sur les équations différentielles soit illustré par des exemples issus des autres disciplines scientifiques ». En PCSI, ce n'est pas un supplément d'âme : c'est la raison d'être du chapitre. Les quatre situations qui suivent sont celles que l'on rencontrera en physique et en chimie dès ce semestre, et l'on va voir qu'elles se ramènent toutes à deux équations, une du premier ordre et une du second.
Une précaution de méthode vaut pour toutes. Traduire un énoncé de sciences en équation différentielle se fait toujours dans le même ordre : on nomme la fonction inconnue et sa variable, on écrit les lois physiques ou chimiques qui relient les grandeurs, on élimine les inconnues auxiliaires, on normalise, et seulement alors on applique les théorèmes de mathématiques.
Le modèle. Un générateur de tension continue , une résistance et un condensateur de capacité sont montés en série ; on ferme l'interrupteur à l'instant , le condensateur étant initialement déchargé. On note la tension aux bornes du condensateur et l'intensité du courant. Deux lois suffisent :
En substituant la seconde dans la première, on obtient
C'est une équation linéaire du premier ordre, à coefficient constant, avec un second membre constant, posée sur .
Résolution. On pose , la constante de temps du circuit. Le produit d'une résistance par une capacité est homogène à un temps : c'est un contrôle d'homogénéité à faire systématiquement.
Vérification : , donc , et .
Étude de la charge. La dérivée est strictement positive sur : la tension croît strictement de vers la valeur limite , dont elle se rapproche indéfiniment sans jamais l'atteindre. La courbe est donc croissante et admet la droite d'équation pour asymptote horizontale ; sa pente décroît, ce qui donne l'allure caractéristique « qui s'aplatit » de la charge d'un condensateur.
Ce que représente . Trois lectures, toutes utilisées en physique.
L'intensité s'en déduit : . Elle est maximale à l'instant initial et décroît vers : le courant cesse quand le condensateur est chargé, et le condensateur se comporte alors comme un interrupteur ouvert. C'est le régime permanent.
Exemple
Prenons , et .
Constante de temps. .
Loi horaire. volts.
Une question typique. Au bout de combien de temps la tension atteint-elle de ? Il faut résoudre , soit , d'où
On retiendra ce calcul type : passer au logarithme est le geste qui répond à toutes les questions « au bout de combien de temps… ».
Remarque
La décharge du condensateur (générateur remplacé par un fil) donne la même équation avec un second membre nul : . Et la même structure mathématique gouverne la décroissance radioactive, l'élimination d'un médicament par l'organisme, le refroidissement d'un corps, la disparition d'un réactif en cinétique d'ordre . Une seule équation, quatre disciplines : c'est ce qui fait la valeur du modèle linéaire du premier ordre.
Le modèle. Un corps de température est placé dans un milieu de température constante (l'air d'une pièce, par exemple). La loi de Newton postule que la vitesse de refroidissement est proportionnelle à l'écart de température :
Le coefficient , homogène à l'inverse d'un temps, dépend du corps et du milieu. Le signe moins traduit le fait qu'un corps plus chaud que le milieu se refroidit : si , alors .
Résolution. Sous forme normalisée, l'équation s'écrit
équation linéaire du premier ordre à coefficient constant et second membre constant.
Vérification : , et .
La constante de temps est ici , et se rapproche de : le corps finit par prendre la température du milieu, ce qui était la moindre des choses pour un modèle sérieux.
Exemple
Un plat sort du four à et est posé dans une cuisine à . Dix minutes plus tard, il est à . Quand pourra-t-on le manger, disons à ?
Modèle. Avec le temps en minutes, , donc
Détermination de . La donnée s'écrit , soit , d'où
Réponse. On cherche tel que , c'est-à-dire . En passant au logarithme,
Le plat sera à au bout de minutes exactement.
Contrôle de bon sens. L'écart de température est divisé par toutes les minutes (, puis , puis , puis ) : il faut bien trois périodes de minutes pour passer de à . Le résultat était prévisible sans calcul, et c'est rassurant.
Le modèle. Considérons la transformation d'un réactif en produits, de concentration à l'instant . Dire que la réaction est d'ordre par rapport à , c'est dire que sa vitesse volumique est proportionnelle à la concentration en :
où est la constante de vitesse, homogène à l'inverse d'un temps. En notant , l'équation est
Résolution. C'est l'équation homogène la plus simple qui soit. Avec la concentration initiale :
Deux conséquences exploitées au laboratoire.
Fait remarquable, propre à l'ordre : ne dépend pas de la concentration initiale. Quelle que soit la quantité de départ, il faut toujours la même durée pour en consommer la moitié. C'est exactement la propriété de la demi-vie radioactive, et elle tombe en défaut pour les autres ordres.
Exemple
La décomposition d'un composé en phase gazeuse suit une cinétique d'ordre de constante .
Temps de demi-réaction.
Durée pour consommer du réactif. Il faut , soit , donc
Contrôle. : la durée trouvée vaut environ fois , ce qui est cohérent (après trois demi-réactions il reste , un peu plus que ).
C'est l'application reine du second ordre, et le vocabulaire du physicien y recouvre exactement la discussion du discriminant.
Le modèle mécanique. Une masse accrochée à un ressort de raideur , soumise à un frottement fluide de coefficient , a une position mesurée depuis la position d'équilibre. La loi de Newton donne
En divisant par et en posant
l'équation prend sa forme canonique
Le modèle électrique. Un circuit RLC série non alimenté, où désigne la charge du condensateur, donne
c'est-à-dire exactement la même équation, avec cette fois
Une seule étude mathématique traite donc les deux situations, et beaucoup d'autres. C'est là toute la puissance de l'abstraction.
Discussion. L'équation caractéristique est , de discriminant
Son signe est celui de : tout dépend de la comparaison entre l'amortissement et la pulsation propre. Trois régimes apparaissent.
Régime apériodique (, amortissement fort ; ). Deux racines réelles distinctes
et les solutions sont . Ces deux racines sont strictement négatives : c'est évident pour , et pour cela vient de , valable dès que . La solution revient donc à l'équilibre sans jamais osciller, en rampant, comme une porte munie d'un ferme-porte trop serré.
Régime critique ( ; ). Racine double , solutions
Toujours pas d'oscillation, mais c'est le régime qui ramène le système à l'équilibre le plus rapidement : c'est celui que l'on recherche pour un amortisseur de voiture, une balance de précision ou un galvanomètre.
Régime pseudo-périodique (, amortissement faible ; ). Racines complexes conjuguées
et les solutions réelles s'écrivent
Le système oscille à la pulsation , appelée pseudo-pulsation, à l'intérieur de l'enveloppe qui décroît vers . La pseudo-période vaut
Ce n'est pas une vraie période : la fonction n'est pas périodique, puisque son amplitude diminue d'une oscillation à l'autre ; seuls les instants d'annulation se répètent régulièrement. Noter enfin que : l'amortissement ralentit les oscillations.
Le tableau suivant est le dictionnaire à connaître. Il ne contient aucune mathématique nouvelle : il traduit.
| Le physicien dit | Le mathématicien lit |
|---|---|
| pulsation propre | = coefficient de |
| facteur d'amortissement | = coefficient de |
| régime apériodique | , deux racines réelles négatives |
| régime critique | , racine double négative |
| régime pseudo-périodique | , racines |
| pseudo-pulsation | partie imaginaire des racines |
| pseudo-période | |
| régime transitoire | les solutions de l'équation homogène |
| régime permanent ou forcé | la solution particulière |
Exemple
Le même ressort, trois amortisseurs. Une masse est accrochée à un ressort de raideur , donc
On l'écarte de de sa position d'équilibre et on la lâche sans vitesse : . On fait varier le coefficient de frottement , sachant que .
Cas 1 : , donc . L'équation est , de discriminant : régime pseudo-périodique. Les racines sont , donc et
Dérivons :
Les conditions initiales donnent et , soit . Donc
Lecture physique. L'amplitude vaut
et la phase vérifie et , donc et
La pseudo-période vaut , et l'amplitude est multipliée par à chaque pseudo-période : elle est divisée par plus de à chaque oscillation, autant dire que le mouvement s'éteint en deux ou trois allers-retours.
Cas 2 : , donc . L'équation est , de discriminant nul : régime critique. La racine double est et . Alors , donc et , soit :
Cas 3 : , donc . L'équation est , d'équation caractéristique : régime apériodique, racines et . On a , et les conditions initiales donnent
d'où , puis , soit et :
La morale des trois cas. Comparons les vitesses de retour à l'équilibre. Dans le cas critique, tout est piloté par : la constante de temps est . Dans le cas apériodique, très amorti, le terme dominant est : la constante de temps vaut , cinq fois plus longue. Autrement dit, trop freiner ralentit le retour à l'équilibre au lieu de l'accélérer, et c'est précisément le régime critique qui est optimal. Ce résultat, contre-intuitif au premier abord, est la raison pour laquelle les amortisseurs de voiture sont réglés au voisinage du régime critique.
Remarque
Et si le circuit est alimenté ? Un circuit RLC soumis à une tension sinusoïdale conduit à l'équation avec second membre
que l'on résout par la méthode du passage aux complexes. La solution générale est alors la somme :
C'est en étudiant l'amplitude de ce régime forcé en fonction de que la physique met en évidence la résonance. Le cas mathématique extrême, sans amortissement, a été traité plus haut : l'amplitude y croît comme , sans limite.
Remarque
Deux réflexes de contrôle pour tout problème modélisé.
Méthode
Méthode 1 — Reconnaître une dérivée de fonction composée.
Méthode
Méthode 2 — Choisir entre intégration par parties et changement de variable.
Méthode
Méthode 3 — Primitives de .
Méthode
Méthode 4 — Primitives de .
Méthode
Méthode 5 — Résoudre .
Méthode
Méthode 6 — Résoudre l'équation homogène .
Méthode
Méthode 7 — Trouver une solution particulière à l'ordre .
Méthode
Méthode 8 — Traiter un problème de Cauchy.
Méthode
Méthode 9 — Traduire un énoncé de physique ou de chimie en équation différentielle.
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. Une séance ciblée sur ce chapitre, et vous repartez au minimum avec une méthode.