PCSI · Chapitre 04 · Premier semestre

Techniques fondamentales de calcul différentiel et intégral

Fonctions d'une variable réelle à valeurs réelles ou complexes, primitives, équations différentielles linéaires d'ordres 1 et 2.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Fonctions d'une variable réelle à valeurs réelles ou complexes
  • Primitives
  • Équations différentielles linéaires d'ordres 1 et 2

Ce chapitre est une boîte à outils, et le programme l'annonce sans détour : « le point de vue adopté dans cette section est pratique ; il s'agit, en prenant appui sur les acquis du lycée, de mettre en œuvre les techniques de base de l'analyse ; la mise en place rigoureuse des notions abordées fait l'objet de sections ultérieures ». Autrement dit, on va beaucoup calculer et peu démontrer. Les grands théorèmes qui fondent ces calculs (théorie des limites, continuité, lien entre le signe de la dérivée et les variations, existence de la bijection réciproque) sont admis ici et seront établis dans le chapitre « Fonctions d'une variable réelle : limites et continuité, dérivabilité ». Chaque fois qu'un résultat est admis, c'est écrit noir sur blanc.

Il ne faut surtout pas y voir un chapitre au rabais. C'est celui dont vous vous servirez tous les jours, dans toutes les matières, à partir de la deuxième semaine de l'année. Les objectifs fixés par le programme sont d'introduire des fonctions pour établir des inégalités et résoudre des problèmes d'optimisation, de manipuler un catalogue de fonctions classiques nettement élargi, de calculer des dérivées et des primitives, de pratiquer l'intégration par parties et le changement de variable, et d'appliquer tout cela aux équations différentielles. La physique et la chimie n'attendront pas que l'analyse soit refondée pour réclamer une dérivée, une primitive ou la résolution d'un circuit RC.

Le chapitre se lit en deux temps. La partie A, qui va des généralités sur les fonctions à la dérivation des fonctions à valeurs complexes, occupe les six premières sections, plus un récapitulatif de méthodes. La partie B, consacrée aux primitives et aux équations différentielles linéaires, occupe les sections suivantes. Les deux parties forment un seul chapitre : les fonctions du catalogue construit ici sont exactement celles qu'il faudra savoir primitiver ensuite.

Dans tout ce qui suit, I et J désignent des intervalles de R non réduits à un point, D une partie de R, et les fonctions sont à valeurs réelles sauf mention explicite du contraire. Un dernier mot sur le calendrier : ce chapitre est la quatrième section du premier semestre. Les nombres complexes, les sommes et produits, la formule du binôme et la trigonométrie sont acquis et seront utilisés librement ; en revanche, les suites, les limites au sens formel, les développements limités et les théorèmes fins de dérivation (Rolle, accroissements finis) n'existent pas encore, et aucun raisonnement de ce cours ne s'appuiera dessus.

Généralités sur les fonctions

Ensemble de définition

Définition

Une fonction réelle d'une variable réelle est la donnée d'une partie D de R et d'un procédé qui associe à tout x de D un unique réel noté f(x). On écrit

f:DR,xf(x).

L'ensemble D s'appelle l'ensemble de définition de f et se note Df. Le réel f(x) est l'image de x par f ; tout réel x tel que f(x)=y est un antécédent de y par f.

Lorsqu'une fonction est donnée par une formule sans que son ensemble de définition soit précisé, la convention est que Df est l'ensemble des réels pour lesquels la formule a un sens. Déterminer un domaine n'est donc pas une formalité administrative : c'est la première ligne de toute étude, et une erreur commise là contamine tout le reste de la copie.

Méthode

Déterminer un ensemble de définition. On liste les contraintes imposées par la formule, on les traduit en inéquations, puis on intersecte les ensembles obtenus.

  1. Un dénominateur doit être non nul.
  2. Une racine carrée exige un radicande positif ou nul ; si cette racine est au dénominateur, le radicande doit être strictement positif.
  3. Un logarithme exige un argument strictement positif.
  4. Une puissance non entière u(x)α exige u(x)>0 (voir la section « Fonctions usuelles »).
  5. Arcsin et Arccos exigent un argument dans [1,1] (voir la section « Fonctions circulaires réciproques »).

On termine toujours en écrivant Df sous forme d'une réunion d'intervalles, jamais sous forme d'une liste de conditions.

Exemple

Déterminons l'ensemble de définition de

f(x)=ln(x+2)4x2.

Le logarithme impose x+2>0, c'est-à-dire x>2. La racine carrée, placée au dénominateur, impose 4x2>0, c'est-à-dire x2<4, soit 2<x<2. La seconde condition contient la première, donc

Df=]2,2[.

Noter que la condition « dénominateur non nul » est déjà incluse dans l'inégalité stricte 4x2>0 : il aurait été maladroit d'écrire 4x20 puis 4x20 en deux temps.

Représentation graphique

Définition

Le plan est rapporté à un repère (O,ı,ȷ). La courbe représentative de f, notée Cf, est l'ensemble des points de coordonnées (x,f(x)) lorsque x parcourt Df :

Cf={(x,f(x)) ; xDf}.

Un point M(a,b) appartient à Cf si et seulement si aDf et b=f(a).

La définition même d'une fonction se lit sur le dessin : une courbe du plan est la représentation graphique d'une fonction si et seulement si toute droite verticale la coupe en au plus un point. Un cercle, par exemple, n'est la courbe d'aucune fonction.

Une lecture graphique fournit une conjecture et une valeur approchée, jamais une démonstration. Tout ce qui est lu sur un dessin doit être confirmé par un calcul ou par un tableau de variations ; c'est une règle absolue en classe préparatoire, alors même que le dessin reste l'outil de réflexion numéro un.

Transformations du graphe

Le programme exige explicitement de savoir passer du graphe de f à celui d'une fonction obtenue par une transformation simple, et réciproquement. C'est un réflexe de physicien autant que de mathématicien : changer d'origine des temps, changer d'unité, inverser un signe.

Propriété

Soit f une fonction de courbe Cf, et soient a et b deux réels.

  1. La courbe de xf(x)+b est l'image de Cf par la translation de vecteur bȷ (vers le haut si b>0).
  2. La courbe de xf(x+a) est l'image de Cf par la translation de vecteur aı, donc vers la gauche si a>0.
  3. Pour a>0, la courbe de xf(ax) se déduit de Cf par une contraction horizontale de rapport 1a vers l'axe des ordonnées ; c'est une dilatation lorsque 0<a<1.
  4. La courbe de xf(x) est l'image de Cf par la symétrie d'axe (Ox).
  5. La courbe de xf(x) est l'image de Cf par la symétrie d'axe (Oy).
  6. La courbe de xf(x) coïncide avec Cf là où f0, et s'obtient en rabattant au-dessus de l'axe (Ox), par symétrie d'axe (Ox), la portion de Cf située en dessous.

Justification du point 2, le seul qui piège. Notons g:xf(x+a) et t la translation de vecteur aı. Un point M(X,Y) appartient à Cg si et seulement si Y=f(X+a). Posons x=X+a et y=Y : la condition devient (x,y)Cf, et (X,Y)=(xa,y) est exactement l'image de (x,y) par t. Donc Cg=t(Cf).

Le sens du décalage est contre-intuitif, et c'est l'erreur la plus fréquente : ajouter a>0 à l'intérieur de f déplace la courbe vers la gauche. Le contrôle mental tient en une phrase : g prend en x=0 la valeur que f prenait en x=a, donc ce qui se passait « en a » se passe désormais « en 0 », c'est-à-dire plus à gauche.

Le point 3 est celui que la physique utilise le plus. La fonction xsin(2x) oscille deux fois plus vite que sin : sa période est π et non 2π, sa courbe est celle du sinus contractée de moitié horizontalement. De façon générale, multiplier la variable par a>1 comprime la courbe, ce qui étonne toujours au début.

Exemple

Traçons la courbe de g:x(x+1)24 à partir de la parabole de référence.

On décompose la formule en transformations élémentaires, dans l'ordre où les opérations s'appliquent à x.

  1. xx2 : parabole de sommet O, tournée vers le haut.
  2. x(x+1)2 : translation de vecteur ı, le sommet passe en (1,0).
  3. x(x+1)24 : translation de vecteur 4ȷ, le sommet passe en (1,4). La parabole coupe l'axe des abscisses là où (x+1)2=4, c'est-à-dire en x=1 et x=3.
  4. x(x+1)24 : on rabat au-dessus de l'axe des abscisses l'arc situé entre 3 et 1.

La courbe finale décroît jusqu'à 0 en x=3, remonte jusqu'à 4 en x=1 (sommet de l'arc rabattu), redescend jusqu'à 0 en x=1, puis croît. Elle présente deux points anguleux, en (3,0) et (1,0) : ce sont les points où la courbe initiale traversait l'axe.

Parité, imparité, périodicité

Définition

Soit f une fonction définie sur D.

  • On dit que D est symétrique par rapport à 0 si, pour tout xD, on a xD.
  • f est paire si D est symétrique par rapport à 0 et si f(x)=f(x) pour tout xD.
  • f est impaire si D est symétrique par rapport à 0 et si f(x)=f(x) pour tout xD.
  • Soit T>0. La fonction f est T-périodique si, pour tout xD, les réels x+T et xT appartiennent à D, et si f(x+T)=f(x).

La condition portant sur le domaine n'est pas décorative. La fonction xx2 définie sur [0,1] n'est pas paire, car son domaine n'est pas symétrique : la question f(x)=f(x) n'a même pas de sens. Vérifier la symétrie du domaine est toujours la première étape, avant tout calcul de f(x).

Propriété

Soit f définie sur D, de courbe Cf dans un repère orthogonal.

  1. f est paire si et seulement si Cf est symétrique par rapport à l'axe des ordonnées.
  2. f est impaire si et seulement si Cf est symétrique par rapport à l'origine O.
  3. Si f est T-périodique, alors Cf est invariante par la translation de vecteur Tı, et plus généralement par toute translation de vecteur kTı avec kZ.

Ces trois énoncés sont des conséquences immédiates des transformations vues plus haut : dire que f est paire, c'est dire que f(x)=f(x), donc que la courbe de xf(x), symétrique de Cf par rapport à (Oy), est Cf elle-même.

Méthode

Réduire le domaine d'étude. C'est le premier réflexe devant une fonction à étudier : il divise le travail par deux, par quatre, ou davantage.

  1. Périodicité d'abord. Si f est T-périodique, on l'étudie sur un intervalle de longueur T, par exemple [0,T] ou [T2,T2], puis on complète par les translations de vecteur kTı.
  2. Parité ensuite. Si de plus f est paire ou impaire, on se restreint à la moitié positive de cet intervalle, puis on complète par la symétrie d'axe (Oy) ou de centre O.
  3. Autres symétries. Une relation du type f(ax)=f(x) traduit une symétrie de la courbe par rapport à la droite d'équation x=a2 et autorise une réduction supplémentaire ; une relation f(ax)=f(x) traduit une symétrie de centre (a2,0).
  4. Rédiger la conclusion, sans quoi la réduction ne vaut rien : « on étudie f sur [0,T2] ; la courbe complète s'en déduit par la symétrie d'axe (Oy), puis par les translations de vecteur kTı ».

Exemple

Soit f:xsin(2x)2sin(x), définie sur R.

Périodicité. Les fonctions xsin(2x) et xsin(x) sont respectivement π-périodique et 2π-périodique. Comme 2π est un multiple commun des deux périodes, f est 2π-périodique : pour tout réel x,

f(x+2π)=sin(2x+4π)2sin(x+2π)=sin(2x)2sin(x)=f(x).

Parité. Le domaine R est symétrique par rapport à 0, et l'imparité du sinus donne

f(x)=sin(2x)2sin(x)=sin(2x)+2sin(x)=f(x),

donc f est impaire.

Conclusion. On étudie f sur [0,π] seulement. On obtient la courbe sur [π,π] par la symétrie de centre O, puis la courbe complète par les translations de vecteur 2kπı, kZ. Un intervalle de longueur 2π a été ramené à un intervalle de longueur π : le travail est divisé par deux.

Remarque

Une somme de fonctions périodiques n'est pas toujours périodique. Si f1 est T1-périodique et f2 est T2-périodique, la somme f1+f2 est périodique dès que le quotient T1T2 est rationnel, et une période est alors un multiple commun de T1 et T2. En revanche xsin(x)+sin(2x) n'est périodique pour aucune période : ce n'est pas un cas d'école, c'est le comportement de deux oscillateurs de fréquences incommensurables.

Somme, produit, composée

Définition

Soient f et g deux fonctions définies respectivement sur Df et Dg, et λ un réel. On définit sur DfDg :

  • la somme f+g par (f+g)(x)=f(x)+g(x) ;
  • le produit fg par (fg)(x)=f(x)g(x) ;
  • le multiple λf par (λf)(x)=λf(x) ;

et, sur l'ensemble {xDfDg ; g(x)0}, le quotient fg par (fg)(x)=f(x)g(x).

Définition

Soient u:DuR et v:DvR. La composée vu est la fonction définie par (vu)(x)=v(u(x)) sur l'ensemble

Dvu={xDu ; u(x)Dv}.

On lit vu « v rond u » : on applique d'abord u, ensuite v.

Exemple

Prenons u(x)=1+x2, définie sur R, et v(t)=lnt, définie sur ]0,+[.

La composée vu est xln(1+x2). Elle est définie sur R tout entier, puisque 1+x21>0 pour tout réel x : la contrainte du logarithme est automatiquement satisfaite.

La composée dans l'autre sens, uv, est t1+(lnt)2, définie sur ]0,+[. Les deux composées n'ont ni la même expression ni le même domaine : la composition n'est pas commutative, et l'ordre des opérations est la première chose à identifier dans une formule.

Monotonie

Définition

Soit f définie sur D et AD. On dit que f est, sur A :

  • croissante si, pour tous x,yA, xy    f(x)f(y) ;
  • décroissante si, pour tous x,yA, xy    f(x)f(y) ;
  • strictement croissante si, pour tous x,yA, x<y    f(x)<f(y) ;
  • strictement décroissante si, pour tous x,yA, x<y    f(x)>f(y) ;
  • monotone si elle est croissante ou décroissante sur A, et strictement monotone si elle est strictement croissante ou strictement décroissante sur A.

La monotonie est toujours relative à une partie A : dire « f est croissante » sans préciser où n'a pas de sens. Et le mot « strictement » n'est pas un ornement : c'est la stricte monotonie qui donne l'injectivité, donc qui permet de simplifier une équation f(x)=f(y) en x=y.

Propriété

Soient f et g deux fonctions et λ un réel.

  1. Si f et g sont croissantes sur A, alors f+g est croissante sur A ; si l'une des deux est strictement croissante, la somme l'est aussi.
  2. Si λ>0, la fonction λf a le même sens de variation que f ; si λ<0, elle a le sens contraire.
  3. Composée : si u est monotone sur A et v monotone sur un intervalle contenant u(A), alors vu est monotone sur A, croissante si u et v ont le même sens de variation, décroissante sinon. C'est la « règle des signes » des variations.

Démonstration du point 3, dans le cas u croissante et v décroissante. Soient x,yA avec xy. Comme u est croissante, u(x)u(y). Comme v est décroissante et que u(x) et u(y) appartiennent au domaine de v, on en déduit v(u(x))v(u(y)), c'est-à-dire (vu)(x)(vu)(y). La fonction vu est donc décroissante sur A. Les trois autres cas se traitent exactement de la même façon.

Il n'existe en revanche aucune règle générale pour le produit de deux fonctions monotones. Sur R, la fonction xx est strictement croissante, et son produit par elle-même, xx2, n'est pas monotone. Le produit de deux fonctions croissantes et positives est croissant, mais c'est une hypothèse supplémentaire qu'il faut vérifier avant de l'invoquer.

Fonctions majorées, minorées, bornées

Définition

Soit f définie sur D.

  • f est majorée sur D s'il existe un réel M tel que f(x)M pour tout xD ; un tel M est un majorant de f.
  • f est minorée sur D s'il existe un réel m tel que f(x)m pour tout xD.
  • f est bornée sur D si elle est à la fois majorée et minorée.

Géométriquement, f est majorée par M lorsque sa courbe est tout entière située en dessous de la droite horizontale d'équation y=M, et bornée lorsque sa courbe est contenue dans une bande horizontale.

L'ordre des quantificateurs est décisif : le majorant M est choisi avant x, et le même M doit convenir pour tous les x à la fois. L'énoncé « pour tout x, il existe M tel que f(x)M » est vrai pour n'importe quelle fonction (il suffit de prendre M=f(x)) et ne dit strictement rien.

Propriété

Soit f définie sur D. Alors

f est borneˊe sur D    f est majoreˊe sur D.

Démonstration. Supposons f bornée : il existe deux réels m et M tels que mf(x)M pour tout xD. Posons K=max(m,M). Pour tout xD, on a d'une part f(x)MMK, et d'autre part f(x)mmK. Donc Kf(x)K, c'est-à-dire f(x)K : la fonction f est majorée par K.

Réciproquement, supposons f majorée par un réel K. Pour tout xD, l'inégalité f(x)K équivaut à Kf(x)K : la fonction f est minorée par K et majorée par K, donc bornée.

Cette équivalence est l'outil pratique de toute la suite : pour montrer qu'une fonction est bornée, on ne cherche jamais séparément un majorant et un minorant, on majore la valeur absolue par une constante, en une seule chaîne d'inégalités.

Exemple

Montrons que f:xx1+x2 est bornée sur R.

Pour tout réel x, l'inégalité (x1)20 se développe en x22x+10, c'est-à-dire

1+x22x.

Comme 1+x2>0, on peut diviser :

f(x)=x1+x2x2x=12pour x0,

et l'inégalité f(0)=012 est immédiate. Ainsi f est majorée par 12, donc f est bornée, et l'on a même 12f(x)12 pour tout réel x. Ces deux bornes sont atteintes, en x=1 et en x=1.

Dérivation

Dérivée en un point

Définition

Soit f définie sur un intervalle I et soit aI. Pour xI avec xa, le taux d'accroissement de f entre a et x est le quotient

τa(x)=f(x)f(a)xa.

On dit que f est dérivable en a lorsque τa(x) admet une limite finie quand x tend vers a. Cette limite s'appelle alors le nombre dérivé de f en a et se note f(a) :

f(a)=limxaf(x)f(a)xa=limh0f(a+h)f(a)h.

La seconde écriture s'obtient en posant x=a+h ; c'est celle que l'on utilise pour les calculs, parce qu'elle place la quantité qui tend vers zéro à un seul endroit.

Définition

Si f est dérivable en tout point de I, on dit que f est dérivable sur I, et l'on appelle fonction dérivée de f l'application

f:IR,xf(x).

Trois notations coexistent pour le même objet : f(x), dite de Lagrange ; ddx(f(x)) ou dfdx(x), dite de Leibniz ; et f˙, utilisée en physique lorsque la variable est le temps.

La notation de Leibniz ddx(f(x)) est explicitement au programme, et elle n'est pas un caprice de typographie. Elle rappelle que la dérivée est une limite de quotients d'accroissements ΔfΔx, elle précise par rapport à quelle variable on dérive (ce qui deviendra vital dans un instant avec les dérivées partielles), et elle rendra les changements de variable de la partie B lisibles. En physique, dqdt se lit immédiatement « variation de la charge par unité de temps », c'est-à-dire l'intensité.

Exemple

Calculons, à partir de la définition, le nombre dérivé de f:x1x en un point a0. Pour h non nul et assez petit pour que a+h soit du même signe que a,

f(a+h)f(a)h=1h(1a+h1a)=1h×a(a+h)a(a+h)=1h×ha(a+h)=1a(a+h).

Quand h tend vers 0, ce quotient tend vers 1a2. La fonction inverse est donc dérivable en tout point a0, de nombre dérivé 1a2.

Exemple

Deux fonctions non dérivables en 0.

La fonction valeur absolue xx n'est pas dérivable en 0 : son taux d'accroissement en 0 vaut hh, qui vaut 1 pour h>0 et 1 pour h<0, et n'a donc pas de limite. Graphiquement, la courbe présente en 0 un point anguleux, avec deux demi-tangentes de pentes 1 et 1.

La fonction racine carrée n'est pas dérivable en 0 non plus : son taux d'accroissement vaut hh=1h, qui tend vers +. Ici la limite existe mais elle est infinie : la courbe admet en 0 une tangente verticale. C'est un cas que nous retrouverons pour Arcsin en ±1.

Propriété

Dérivabilité et continuité. Si f est dérivable en a, alors f est continue en a, c'est-à-dire que f(x) tend vers f(a) quand x tend vers a.

Résultat admis à ce stade ; il est démontré dans le chapitre « Fonctions d'une variable réelle : limites et continuité, dérivabilité ».

La réciproque est fausse, et l'exemple précédent le prouve : la valeur absolue est continue en 0 sans y être dérivable. Tant que la définition rigoureuse de la continuité n'a pas été donnée, on la prend au sens intuitif du lycée, « la courbe se trace sans lever le crayon ».

Équation de la tangente

Définition

Soit f dérivable en a. La tangente à Cf au point d'abscisse a est la droite passant par le point A(a,f(a)) et de coefficient directeur f(a). Son équation est

y=f(a)(xa)+f(a).

Cette équation ne s'apprend pas par cœur, elle se reconstruit en deux secondes : la droite passe par A, donc son équation est de la forme y=m(xa)+f(a), et sa pente m vaut f(a) par définition du nombre dérivé. Un point où f(a)=0 est un point à tangente horizontale.

Exemple

Soit f:xxlnx, définie sur ]0,+[. C'est un produit de fonctions dérivables, donc f est dérivable et

f(x)=1×lnx+x×1x=lnx+1.

En a=1, on a f(1)=0 et f(1)=0+1=1. La tangente au point d'abscisse 1 a donc pour équation

y=1×(x1)+0,c’est-aˋ-direy=x1.

Opérations sur les dérivées

Propriété

Soient f et g deux fonctions dérivables sur un intervalle I, et λ, μ deux réels. Alors λf+μg et fg sont dérivables sur I et

(λf+μg)=λf+μg,(fg)=fg+fg.

Si de plus g ne s'annule pas sur I, alors 1g et fg sont dérivables sur I et

(1g)=gg2,(fg)=fgfgg2.

Conformément au programme, ces résultats sont ici rappelés et non démontrés : leurs démonstrations reposent sur la théorie des limites et figurent dans le chapitre « Fonctions d'une variable réelle : limites et continuité, dérivabilité ».

Propriété

Dérivée d'une composée. Soient u dérivable sur I, à valeurs dans un intervalle J, et v dérivable sur J. Alors vu est dérivable sur I et

(vu)(x)=u(x)×v(u(x)).

Résultat admis à ce stade, lui aussi démontré dans le chapitre « Fonctions d'une variable réelle : limites et continuité, dérivabilité ».

L'ordre des facteurs est libre, mais l'ordre de lecture ne l'est pas : on dérive la fonction extérieure, que l'on évalue en u(x), puis on multiplie par la dérivée de la fonction intérieure. Le facteur u(x) est celui que l'on oublie, et son oubli est la première cause d'erreur de calcul de l'année.

Voici les dérivées des fonctions de référence, dont tout le reste se déduit.

Fonction Dérivée Domaine de dérivabilité
xxn, nN nxn1 R
x1x 1x2 R
xx 12x R+
xex ex R
xlnx 1x R+
xsinx cosx R
xcosx sinx R
xtanx 1+tan2x=1cos2x R{π2+kπ ; kZ}

Et voici les formes composées, à connaître par cœur dans les deux sens : la partie B les relira de droite à gauche pour reconnaître des primitives.

Fonction Dérivée Condition
un, nZ nuun1 u0 si n<0
u u2u u>0
eu ueu
ln(u) uu u>0
sin(u) ucos(u)
cos(u) usin(u)

Exemple

Quatre calculs de dérivées, à mener sans jamais sauter l'identification de u.

a. f(x)=2x1x2+1 sur R : quotient, donc f(x)=2(x2+1)(2x1)×2x(x2+1)2=2x2+2x+2(x2+1)2.

b. g(x)=ex2 sur R : ici u(x)=x2 et u(x)=2x, donc g(x)=2xex2.

c. h(x)=x2+1 sur R : u(x)=x2+1>0, donc h(x)=2x2x2+1=xx2+1.

d. k(x)=ln(1+cos2x) sur R : u(x)=1+cos2x1, u(x)=2cosxsinx, donc k(x)=sin(2x)1+cos2x.

Exemple

Deux composées emboîtées. Dérivons F:xex2+1 sur R.

On pose u(x)=x2+1, dont le calcul précédent donne u(x)=xx2+1. Alors F=eu et

F(x)=u(x)eu(x)=xx2+1  ex2+1.

La règle de survie devant une formule à plusieurs étages est de nommer les fonctions intermédiaires plutôt que d'essayer de tout dériver de tête.

Exemples simples de calculs de dérivées partielles

Le programme demande, dès ce chapitre et pour les besoins de la physique, de savoir calculer des dérivées partielles sur des exemples simples. Il ne s'agit que de cela : des calculs. Aucune théorie des fonctions de plusieurs variables n'est au programme de ce chapitre, et la question de savoir ce que « dériver » signifie vraiment pour une fonction de deux variables est renvoyée au second semestre, dans le chapitre « Fonctions de deux variables ».

Définition

Soit f une fonction de deux variables réelles, (x,y)f(x,y). On note

fx(x,y)

la dérivée de f par rapport à x, obtenue en dérivant l'expression f(x,y) comme si y était une constante, et de même

fy(x,y)

la dérivée par rapport à y, obtenue en traitant x comme une constante. Le symbole se lit « d rond ».

Tout le savoir-faire tient en une phrase : une variable à la fois, l'autre est gelée. Les règles de calcul sont exactement celles d'une fonction d'une variable, produit, quotient et composée compris. Le symbole remplace le d droit précisément pour signaler qu'il y a plusieurs variables en jeu et qu'on a choisi d'en dériver une seule.

Exemple

a. Soit f(x,y)=x2y+3xy3. En gelant y, les coefficients y et 3y3 sont des constantes :

fx(x,y)=2xy+3y3.

En gelant x, ce sont x2 et 3x qui sont constants :

fy(x,y)=x2+9xy2.

b. Soit g(x,y)=exy. À y fixé, g est de la forme eu avec u(x)=yx, donc u(x)=y et

gx(x,y)=yexy,et de meˆmegy(x,y)=xexy.

c. Loi des gaz parfaits. La pression d'une mole de gaz s'écrit P(V,T)=RTV, où R est une constante. À température fixée,

PV(V,T)=RTV2(la pression chute quand le volume augmente),

et à volume fixé,

PT(V,T)=RV(la pression monte proportionnellement aˋ la tempeˊrature).

Ces deux dérivées ne décrivent pas la même expérience : la première correspond à une compression isotherme, la seconde à un chauffage isochore. C'est tout le sens physique de la notation .

d. Onde progressive. Pour u(x,t)=Acos(ωtkx) avec A, ω et k constants,

ut(x,t)=Aωsin(ωtkx),ux(x,t)=Aksin(ωtkx).

Le signe de la seconde vient de la dérivée de kx par rapport à x, qui vaut k, multipliée par le sin de la dérivée du cosinus.

Remarque

Deux réflexes à prendre tout de suite. D'abord, écrire les deux variables dans le résultat : une dérivée partielle de f(x,y) est encore une fonction de x et de y. Ensuite, ne jamais écrire dfdx pour une fonction de deux variables : la notation droite est réservée aux fonctions d'une seule variable, et les physiciens tiennent beaucoup à cette distinction.

Dérivée et variations

Nous arrivons au théorème central de toute la pratique du calcul différentiel. Le programme l'admet à ce stade.

Propriété

Soit f une fonction dérivable sur un intervalle I.

  1. f est constante sur I si et seulement si f=0 sur I.
  2. f est croissante sur I si et seulement si f0 sur I.
  3. f est décroissante sur I si et seulement si f0 sur I.
  4. Si f>0 sur I, alors f est strictement croissante sur I ; si f<0 sur I, alors f est strictement décroissante sur I.
  5. Plus finement, f est strictement croissante sur I si et seulement si f0 sur I et si l'ensemble des points où f s'annule ne contient aucun intervalle ouvert non vide.

Ces résultats sont admis ici ; ils sont démontrés dans le chapitre « Fonctions d'une variable réelle : limites et continuité, dérivabilité », à l'aide du théorème des accroissements finis.

Trois commentaires, qui valent chacun plusieurs points aux concours.

Le point 4 n'est qu'une implication. La fonction xx3 est strictement croissante sur R alors que sa dérivée 3x2 s'annule en 0. Le point 5 explique pourquoi : une dérivée positive qui ne s'annule qu'en des points isolés suffit à la stricte croissance. En pratique, on rédige « f>0 sauf en un nombre fini de points, donc f est strictement croissante ».

Le point 1 est le plus utilisé de tous. Une fonction de dérivée nulle sur un intervalle est constante : c'est ce qui permet de démontrer une identité en dérivant, puis en évaluant en un seul point bien choisi. Nous nous en servirons trois fois dans ce chapitre, dont deux fois pour des identités sur les fonctions circulaires réciproques.

L'hypothèse « I est un intervalle » est indispensable, et c'est le piège classique de septembre.

Exemple

Ce qui se passe quand l'ensemble n'est pas un intervalle. Soit f:x1x, définie et dérivable sur R, de dérivée f(x)=1x2<0.

xx
-\infty
00
++\infty
f(x)f'(x)
-
-
f(x)f(x)
00
00

La dérivée est strictement négative partout sur R, et pourtant f n'est pas décroissante sur R : on a 1<1 alors que f(1)=1 est inférieur à f(1)=1. La raison est que R=],0[]0,+[ n'est pas un intervalle : le théorème ne s'applique pas.

La rédaction correcte est : « f est strictement décroissante sur ],0[ et strictement décroissante sur ]0,+[ », avec le mot « et ». Écrire « décroissante sur ],0[]0,+[ » est une faute.

Exemple

Deux fonctions de même dérivée sur un intervalle. Considérons f:xln(3x) et g:xlnx sur I=]0,+[. La composée donne

f(x)=33x=1x=g(x).

La fonction fg est donc dérivable sur l'intervalle I, de dérivée nulle : elle y est constante. Sa valeur se lit en un point quelconque, par exemple en x=1 :

f(1)g(1)=ln3ln1=ln3.

Donc ln(3x)=lnx+ln3 pour tout x>0, ce que la relation fonctionnelle du logarithme donnait directement. L'intérêt de la méthode est ailleurs : elle fonctionnera pour des identités que l'on ne sait pas obtenir autrement.

Tableau de variations et étude pratique d'une fonction

Méthode

Étudier complètement une fonction. L'ordre des étapes est toujours le même, et chacune se rédige en une ou deux lignes.

  1. Ensemble de définition Df, écrit en réunion d'intervalles.
  2. Réduction du domaine par parité, imparité ou périodicité, avec annonce explicite de l'intervalle d'étude retenu.
  3. Dérivabilité : justifier que f est dérivable, en invoquant les opérations et les composées, sur chacun des intervalles concernés.
  4. Calcul de f(x), puis mise sous forme factorisée. C'est l'étape qui décide de la réussite : un signe se lit sur un produit ou sur un quotient, jamais sur une somme.
  5. Signe de f, au besoin dans un tableau de signes séparé.
  6. Limites aux bornes du domaine, et en tout point exclu du domaine.
  7. Tableau de variations rassemblant le signe de f, le sens de variation, et les valeurs ou limites aux bornes.
  8. Tracé : placer les tangentes horizontales, les asymptotes, deux ou trois points calculés, puis relier en respectant scrupuleusement le tableau.

Exemple

Étude complète de f:xx2ex.

Domaine. La fonction est définie sur R tout entier, comme produit d'un polynôme et d'une exponentielle. Le domaine est symétrique, mais f(1)=e et f(1)=e1 ne sont ni égaux ni opposés : f n'est ni paire ni impaire, aucune réduction n'est possible.

Dérivabilité et dérivée. Produit de deux fonctions dérivables sur R, donc f est dérivable sur R et, pour tout réel x,

f(x)=2xex+x2×(ex)=ex(2xx2)=x(2x)ex.

Signe. L'exponentielle est strictement positive, donc f(x) est du signe du produit x(2x) : négatif à l'extérieur des racines 0 et 2, positif entre elles.

Limites. Quand x tend vers , x2 tend vers + et ex aussi, donc f(x) tend vers +. Quand x tend vers +, la croissance comparée de l'exponentielle et des puissances (section suivante, résultat admis) donne x2ex0.

Tableau de variations.

xx
-\infty
00
22
++\infty
f(x)f'(x)
-
00
++
00
-
f(x)f(x)
++\infty
00
4e2\dfrac{4}{e^{2}}
00

Conclusion et tracé. La fonction admet un minimum global égal à 0, atteint en x=0, et un maximum local égal à 4e20,54, atteint en x=2. La courbe présente deux tangentes horizontales, aux points (0,0) et (2,4e2), et admet l'axe des abscisses pour asymptote en +. Elle est entièrement située au-dessus de cet axe, puisque x20 et ex>0.

Extremums et points critiques

Définition

Soit f définie sur D et aD.

  • f admet un maximum global en a si f(x)f(a) pour tout xD ; un minimum global si f(x)f(a) pour tout xD.
  • f admet un maximum local en a s'il existe un réel η>0 tel que f(x)f(a) pour tout xD]aη,a+η[ ; définition analogue pour un minimum local.
  • Un extremum est un maximum ou un minimum.

Définition

Soit f dérivable sur I. Un réel aI tel que f(a)=0 s'appelle un point critique de f.

Propriété

Soit f dérivable sur un intervalle I et soit a un point intérieur à I, c'est-à-dire qui n'est pas une extrémité de I. Si f admet un extremum local en a, alors f(a)=0.

Résultat admis ici, démontré dans le chapitre « Fonctions d'une variable réelle : limites et continuité, dérivabilité ».

Deux mises en garde, qui sont les deux erreurs classiques.

La réciproque est fausse. La fonction xx3 vérifie f(0)=0 et n'admet pourtant aucun extremum en 0, puisqu'elle est strictement croissante. Un point critique est un candidat, jamais une conclusion : c'est le changement de signe de f qui décide, et il se lit dans le tableau de variations.

L'hypothèse « point intérieur » est nécessaire. La fonction xx sur [0,1] atteint son minimum en 0 et son maximum en 1 sans que sa dérivée s'annule jamais. Sur un intervalle fermé, il faut toujours comparer les valeurs aux extrémités avec les valeurs aux points critiques.

Méthode

Résoudre un problème d'optimisation. Cinq étapes obligatoires, et c'est la première que l'on saute à tort.

  1. Choisir la variable et préciser l'intervalle I dans lequel elle peut varier, en traduisant toutes les contraintes géométriques ou physiques de l'énoncé.
  2. Exprimer la quantité à optimiser comme fonction de cette seule variable, en éliminant les autres inconnues grâce aux contraintes.
  3. Étudier la fonction sur I : dérivée, forme factorisée, signe, tableau de variations.
  4. Conclure sur l'existence et la valeur de l'extremum, en comparant si nécessaire avec les valeurs aux extrémités de I.
  5. Revenir au problème posé par une phrase qui parle de l'objet initial (une longueur, une aire, un coût), et pas seulement de la fonction auxiliaire.

Exemple

Rectangle d'aire maximale inscrit sous une parabole. On considère la parabole d'équation y=4x2 et l'on inscrit, entre cette parabole et l'axe des abscisses, un rectangle dont la base est portée par l'axe des abscisses et centré sur l'axe des ordonnées. Quelle est son aire maximale ?

Variable et contraintes. Notons x l'abscisse du sommet situé en haut à droite. Pour que le rectangle existe et que sa hauteur soit strictement positive, il faut 0<x<2. La base mesure 2x et la hauteur 4x2.

Fonction à optimiser. L'aire vaut

A(x)=2x(4x2)=8x2x3,x]0,2[.

Étude. A est dérivable sur ]0,2[ et A(x)=86x2. Cette dérivée s'annule pour x2=43, c'est-à-dire, puisque x>0, pour

x0=23=2331,15.

Comme A(x)=6(43x2), la dérivée est positive avant x0 et négative après.

xx
00
233\dfrac{2\sqrt{3}}{3}
22
A(x)A'(x)
++
00
-
A(x)A(x)
00
3239\dfrac{32\sqrt{3}}{9}
00

Valeur du maximum.

A(x0)=8×232×833=1631633=481633=3233=3239.

Retour au problème. L'aire maximale vaut 32396,16 unités d'aire ; elle est atteinte pour un rectangle de base 4332,31 et de hauteur 443=832,67. On remarque au passage que la hauteur optimale vaut exactement les deux tiers de la hauteur totale de la parabole, ce qui est un résultat général pour ce type de problème.

Démontrer une inégalité par étude de fonction

C'est le deuxième grand emploi de la dérivation, explicitement cité par le programme, et c'est une technique que vous utiliserez toute l'année, en analyse comme en probabilités.

Méthode

Démontrer une inégalité A(x)B(x) sur un intervalle I.

  1. Tout passer d'un côté : poser g=BA et se ramener à démontrer g0 sur I.
  2. Dériver et factoriser g. Si le signe de g n'est pas lisible, recommencer avec g : le signe de g donne les variations de g, qui donnent le signe de g, qui donnent les variations de g.
  3. Repérer le point d'annulation x0g(x0)=0 : c'est presque toujours une borne de I ou le point critique de g, et c'est là que l'inégalité est une égalité.
  4. Dresser le tableau de variations de g et lire son minimum sur I.
  5. Conclure, en précisant le cas d'égalité s'il est demandé.

Exemple

Un encadrement fin du logarithme. Montrons que, pour tout x0,

x1+xln(1+x).

Posons g(x)=ln(1+x)x1+x sur [0,+[, où 1+x>0 garantit que tout est bien défini. La fonction g est dérivable et

g(x)=11+x1×(1+x)x×1(1+x)2=11+x1(1+x)2=(1+x)1(1+x)2=x(1+x)2.

Sur [0,+[, le dénominateur est strictement positif, donc g(x)0.

xx
00
++\infty
g(x)g'(x)
++
g(x)g(x)
00

La fonction g est croissante sur [0,+[ et g(0)=ln10=0, donc g(x)0 pour tout x0, ce qui est l'inégalité annoncée, avec égalité uniquement en x=0.

Combinée à l'inégalité ln(1+x)x démontrée plus loin, elle fournit l'encadrement

x1+xln(1+x)xpour tout x0,

qui donne une excellente idée du comportement du logarithme près de 1.

Exemple

Quand la dérivée première ne suffit pas. Montrons que, pour tout x0,

cosx1x22.

Posons g(x)=cosx1+x22 sur [0,+[. Alors

g(x)=sinx+x=xsinx.

Le signe de xsinx n'est pas immédiat, on dérive donc une seconde fois :

g(x)=1cosx0,

puisque cosx1 pour tout réel x. Ainsi g est croissante sur [0,+[ ; comme g(0)=0sin0=0, on en déduit g(x)0 pour tout x0. La fonction g est donc croissante, et g(0)=11+0=0 donne g(x)0, c'est-à-dire l'inégalité voulue.

L'escalier « g donne le signe de g, qui donne le signe de g » est à retenir : chaque étage se conclut par une évaluation en 0.

Au passage, la démonstration a établi sinxx pour x0, inégalité qui mérite d'être retenue pour elle-même.

Représentation graphique et dérivée d'une fonction réciproque

La notion de bijection et la notation f1 ont été vues dans le chapitre « Raisonnement et vocabulaire ensembliste ». Le fait qu'une fonction continue et strictement monotone sur un intervalle réalise une bijection de cet intervalle sur son image est admis dans tout ce chapitre ; il sera démontré dans le chapitre « Fonctions d'une variable réelle : limites et continuité, dérivabilité ».

Définition

Soit f:IJ une bijection. Sa bijection réciproque f1:JI associe à tout yJ l'unique xI tel que f(x)=y. Elle est caractérisée par l'équivalence

xI, yJ,y=f(x)    x=f1(y),

et l'on a f1(f(x))=x pour tout xI, ainsi que f(f1(y))=y pour tout yJ.

Propriété

Dans un repère orthonormé, la courbe de f1 est l'image de celle de f par la symétrie orthogonale d'axe la première bissectrice, c'est-à-dire la droite d'équation y=x.

Démonstration. Le point M(a,b) appartient à Cf1 si et seulement si aJ et b=f1(a), c'est-à-dire si et seulement si bI et a=f(b), c'est-à-dire si et seulement si le point M(b,a) appartient à Cf. Or, dans un repère orthonormé, M(a,b) et M(b,a) sont symétriques par rapport à la droite d'équation y=x.

Propriété

Soit f:IJ une bijection dérivable et soit yJ. Posons x=f1(y). Si f(x)0, alors f1 est dérivable en y et

(f1)(y)=1f(f1(y)).

Cette formule est admise, conformément au programme ; elle est démontrée dans le chapitre « Fonctions d'une variable réelle : limites et continuité, dérivabilité ». En revanche, son interprétation géométrique, ci-dessous, doit être comprise et sue.

L'interprétation géométrique rend la formule évidente et dispense de l'apprendre par cœur. La symétrie d'axe y=x échange le point (x,f(x)) et le point (f(x),x), donc elle échange la tangente à Cf en l'un et la tangente à Cf1 en l'autre. Or cette symétrie échange les rôles de l'abscisse et de l'ordonnée : une droite de pente m non nulle se transforme en une droite de pente 1m. Les pentes des deux tangentes sont donc inverses l'une de l'autre, ce qui est exactement le contenu de la formule.

Le cas exclu se lit tout aussi bien sur le dessin. Si f(x)=0, la tangente à Cf au point (x,f(x)) est horizontale, donc son image par la symétrie est verticale : la réciproque n'est pas dérivable en y=f(x), sa courbe y présente une tangente verticale. Ce phénomène se produira exactement aux points ±1 pour Arcsin et Arccos.

Exemple

Retrouver la dérivée de la racine carrée. La fonction f:xx2 réalise une bijection de [0,+[ sur [0,+[, de réciproque f1:yy. Sa dérivée f(x)=2x ne s'annule que pour x=0. Donc, pour y>0, en posant x=y,

(y)(y)=1f(y)=12y.

En y=0 la formule ne s'applique pas, et de fait la racine carrée n'y est pas dérivable : la tangente horizontale de la parabole en O se transforme en tangente verticale, comme annoncé.

Exemple

Retrouver la dérivée du logarithme. La fonction exp réalise une bijection de R sur ]0,+[, de réciproque ln. Sa dérivée, exp elle-même, ne s'annule jamais. Donc, pour y>0,

ln(y)=1exp(lny)=1elny=1y.

C'est la démonstration la plus rapide de ce résultat, et elle sera reprise telle quelle pour Arcsin, Arccos et Arctan.

Dérivées d'ordre supérieur et classe C1

Définition

Soit f dérivable sur I. Si f est elle-même dérivable sur I, sa dérivée s'appelle la dérivée seconde de f et se note f ou f(2).

Plus généralement, on définit par récurrence les dérivées successives de f :

f(0)=f,et pour nN,f(n+1)=(f(n)) lorsque f(n) est deˊrivable sur I.

Le réel f(n)(x) est la dérivée d'ordre n de f en x ; on la note aussi dnfdxn(x).

Attention à la notation, qui piège chaque année : f(n), avec parenthèses, désigne la dérivée n-ième, tandis que fn, sans parenthèses, désigne la puissance n-ième, c'est-à-dire le produit f×f××f. Ainsi sin2 et sin(2) sont deux fonctions très différentes : la première est x(sinx)2, la seconde est xsinx.

Définition

Soit f définie sur un intervalle I. On dit que f est de classe C1 sur I si f est dérivable sur I et si sa dérivée f est continue sur I.

La continuité est prise ici au sens intuitif du lycée ; sa définition rigoureuse relève du chapitre « Fonctions d'une variable réelle : limites et continuité, dérivabilité », qui définira aussi les classes Cn pour n2. En pratique, à ce stade du programme, il suffit de retenir ceci : toute fonction obtenue par somme, produit, quotient à dénominateur non nul et composition à partir des fonctions usuelles est de classe C1, et même dérivable autant de fois que l'on veut, sur tout intervalle où elle est définie. Aucun contre-exemple ne sera rencontré avant plusieurs mois.

Exemple

a. Pour f:xe3x, une récurrence immédiate donne f(n)(x)=(3)ne3x pour tout nN. En effet la formule est vraie au rang 0, et si elle vaut au rang n, alors f(n+1)(x)=((3)ne3x)=(3)n×(3)e3x=(3)n+1e3x.

b. Pour g:x1x sur ]0,+[, on calcule g(x)=1x2, g(x)=2x3, g(3)(x)=6x4, et l'on conjecture

g(n)(x)=(1)nn!xn+1,

formule que l'on démontre par récurrence : si elle vaut au rang n, alors

g(n+1)(x)=(1)nn!×(n+1xn+2)=(1)n+1(n+1)!xn+2.

c. Pour sin, on obtient successivement cos, sin, cos, puis sin à nouveau : les dérivées successives se répètent avec une périodicité de 4 en l'ordre de dérivation.

Fonctions usuelles : exponentielle, logarithme, puissances

La fonction exponentielle

Définition

On admet l'existence et l'unicité d'une fonction exp:RR, dérivable sur R, vérifiant

exp=expetexp(0)=1.

Cette fonction s'appelle l'exponentielle et l'on note ex pour exp(x). Le réel e=exp(1)2,718 est la base de l'exponentielle.

L'existence de cette fonction est admise ici ; elle sera établie plus tard dans l'année.

Propriété

Pour tous réels x et y et tout entier nZ :

  1. ex>0 ;
  2. ex+y=exey (relation fonctionnelle) ;
  3. ex=1ex et exy=exey ;
  4. (ex)n=enx ;
  5. exp est strictement croissante sur R ;
  6. ex=ey    x=y, et ex<ey    x<y ;
  7. limxex=0 et limx+ex=+.
xx
-\infty
++\infty
exp(x)\exp'(x)
++
exe^{x}
00
++\infty

Le point 5 découle du point 1 et du théorème admis plus haut : exp=exp>0 sur l'intervalle R, donc exp est strictement croissante. Le point 6 n'est que la traduction de cette stricte monotonie, et c'est le seul outil autorisé pour résoudre une équation ou une inéquation contenant des exponentielles : on ne « simplifie » jamais une exponentielle, on invoque sa stricte croissance.

Exemple

Résolvons dans R l'équation e2x3ex+2=0.

Posons X=ex, qui est un réel strictement positif, et remarquons que e2x=(ex)2=X2. L'équation devient X23X+2=0, dont les racines sont X=1 et X=2. Les deux sont strictement positives, donc toutes deux acceptables. En revenant à x :

ex=1    x=0,ex=2    x=ln2.

L'ensemble des solutions est {0,ln2}. Le changement d'inconnue X=ex, accompagné de la contrainte X>0, est le réflexe standard devant une équation « polynomiale en ex ».

Le logarithme népérien

Définition

La fonction exp réalise une bijection de R sur ]0,+[ (résultat admis, démontré dans le chapitre « Fonctions d'une variable réelle : limites et continuité, dérivabilité »). Sa bijection réciproque s'appelle le logarithme népérien et se note ln :

ln:]0,+[R.

Elle est caractérisée par : pour tout x>0 et tout réel y,

y=lnx    x=ey.

Propriété

Pour tous réels x>0, y>0 et tout entier nZ :

  1. elnx=x, et ln(et)=t pour tout réel t ;
  2. ln1=0 et lne=1 ;
  3. ln(xy)=lnx+lny (relation fonctionnelle) ;
  4. ln(1x)=lnx et ln(xy)=lnxlny ;
  5. ln(xn)=nlnx et ln(x)=12lnx ;
  6. ln est dérivable sur ]0,+[ et ln(x)=1x ;
  7. ln est strictement croissante, et lnx=lny    x=y, lnx<lny    x<y ;
  8. limx0+lnx= et limx+lnx=+.

Démonstration du point 3. Soient x>0 et y>0. En utilisant le point 1 puis la relation fonctionnelle de l'exponentielle,

elnx+lny=elnx×elny=x×y=eln(xy).

L'exponentielle étant injective (point 6 de la propriété précédente), on conclut lnx+lny=ln(xy).

Le point 6 a été démontré plus haut, comme application de la formule admise de la dérivée d'une réciproque.

xx
00
++\infty
ln(x)\ln'(x)
++
lnx\ln x
-\infty
++\infty

Les courbes de exp et de ln sont symétriques par rapport à la droite d'équation y=x, comme toutes les paires de courbes d'une bijection et de sa réciproque. La tangente à Cexp au point (0,1), de pente 1, se transforme en la tangente à Cln au point (1,0), de pente 11=1 : les deux tangentes sont parallèles à la première bissectrice.

Remarque

La fonction xlnx est définie sur R, et l'on vérifie en séparant les cas x>0 et x<0 que sa dérivée vaut 1x sur R tout entier. En effet, pour x<0, lnx=ln(x) a pour dérivée 1x=1x. Cette fonction sera indispensable dans la partie B, au moment de primitiver x1x sur un intervalle contenu dans R.

Les deux inégalités fondamentales

Ces deux inégalités sont explicitement au programme, et ce sont les plus utilisées de toute l'année : en analyse, en probabilités, dans toutes les majorations. Elles illustrent parfaitement la méthode d'étude de fonction, et il faut savoir les redémontrer en trente secondes.

Propriété

Pour tout réel x,

ex1+x,

avec égalité si et seulement si x=0.

Démonstration. Posons g(x)=ex1x, définie et dérivable sur R. On a

g(x)=ex1.

Or ex10    exe0    x0, par stricte croissance de l'exponentielle. La dérivée g est donc strictement négative sur ],0[, nulle en 0, strictement positive sur ]0,+[.

xx
-\infty
00
++\infty
g(x)g'(x)
-
00
++
g(x)g(x)
00

La fonction g est strictement décroissante sur ],0] et strictement croissante sur [0,+[ : elle admet donc en 0 un minimum global, égal à g(0)=e010=0.

Ainsi g(x)0 pour tout réel x, c'est-à-dire ex1+x. De plus, la stricte monotonie de part et d'autre de 0 montre que g(x)>0 dès que x0 : le cas d'égalité est exactement x=0.

Propriété

Pour tout réel x>1,

ln(1+x)x,

avec égalité si et seulement si x=0. De façon équivalente, en posant t=1+x : pour tout t>0, lntt1.

Démonstration. Posons h(x)=xln(1+x) sur ]1,+[, intervalle sur lequel 1+x>0, de sorte que h est bien définie et dérivable. On a

h(x)=111+x=(1+x)11+x=x1+x.

Sur ]1,+[, le dénominateur 1+x est strictement positif : le signe de h(x) est donc celui de x.

xx
1-1
00
++\infty
h(x)h'(x)
-
00
++
h(x)h(x)
00

La fonction h atteint donc en 0 un minimum global sur ]1,+[, égal à h(0)=0ln1=0. Par conséquent h(x)0, c'est-à-dire ln(1+x)x, avec égalité si et seulement si x=0.

Ces deux inégalités disent la même chose vue des deux côtés : la courbe de exp est au-dessus de sa tangente en 0, d'équation y=1+x, et la courbe de ln est en dessous de sa tangente en 1, d'équation y=x1. On peut d'ailleurs déduire la seconde de la première : pour x>1, appliquons eu1+u à u=ln(1+x), ce qui donne 1+x1+ln(1+x), donc ln(1+x)x.

Exemple

Une limite classique obtenue avec la définition de la dérivée. Montrons que

limx+(1+1x)x=e.

Pour x>0, la base 1+1x est strictement positive, donc on peut repasser par l'exponentielle :

(1+1x)x=exln(1+1x).

Posons u=1x, qui tend vers 0 quand x tend vers +. L'exposant s'écrit

xln(1+1x)=ln(1+u)ln(1)u,

et l'on reconnaît le taux d'accroissement de la fonction ln entre 1 et 1+u. Ce taux tend vers ln(1)=1 quand u tend vers 0. L'exposant tend donc vers 1, et la quantité étudiée vers e1=e.

Ce raisonnement mérite d'être médité : reconnaître un taux d'accroissement est, à ce stade de l'année, l'un des rares moyens de calculer une limite non triviale.

Fonctions puissances

Définition

Soit α un réel. La fonction puissance d'exposant α est définie sur R+ par

xα=eαlnx.

Lorsque α>0, on la prolonge en 0 en posant 0α=0, ce qui en fait une fonction définie sur R+.

Ce point est une source d'erreurs constante, et le programme insiste dessus. Retenez les trois lignes suivantes.

  • Pour α réel quelconque, l'écriture xα n'a de sens que pour x>0 (et pour x=0 si α>0), tout simplement parce que sa définition passe par lnx.
  • Seules les puissances entières sont en outre définies sur R : pour nZ, xn a un sens pour tout x0, par produit ou quotient répété, sans jamais passer par le logarithme.
  • Par conséquent, écrire (8)1/3=2 est incorrect dans ce cadre : la notation x1/3 n'est pas définie pour x<0. La calculatrice qui affiche 2 utilise une autre convention, qui n'est pas celle du programme.

Propriété

Pour tous x>0, y>0 et tous réels α, β :

  1. xα+β=xαxβ ;
  2. xα=1xα ;
  3. (xy)α=xαyα ;
  4. (xα)β=xαβ ;
  5. ln(xα)=αlnx ;
  6. 1α=1 et x0=1.

Démonstration des points 1, 3 et 4. Toutes ces relations se ramènent à la définition et aux propriétés de exp et de ln.

Point 1 : xα+β=e(α+β)lnx=eαlnx+βlnx=eαlnx×eβlnx=xαxβ.

Point 3 : (xy)α=eαln(xy)=eα(lnx+lny)=eαlnx×eαlny=xαyα.

Point 4 : posons u=xα=eαlnx, qui est strictement positif. Alors lnu=αlnx, donc

(xα)β=uβ=eβlnu=eβαlnx=xαβ.

Propriété

Soit α un réel. La fonction xxα est dérivable sur R+ et

(xα)=αxα1.

Elle est strictement croissante sur R+ si α>0, constante égale à 1 si α=0, strictement décroissante si α<0.

Démonstration. La fonction xαlnx est dérivable sur R+, de dérivée αx, et exp est dérivable sur R. La dérivée d'une composée donne

(eαlnx)=αxeαlnx=αxxα=αxαx1=αxα1,

où l'on a utilisé 1x=x1 et la relation xαx1=xα1. Comme xα1>0, le signe de la dérivée est celui de α, d'où les variations annoncées.

Propriété

Limites aux bornes. Pour α>0,

limx0+xα=0etlimx+xα=+,

et pour α<0,

limx0+xα=+etlimx+xα=0.

Cas α>0 :

xx
00
++\infty
(xα)\left(x^{\alpha}\right)'
++
xαx^{\alpha}
00
++\infty

Cas α<0 :

xx
00
++\infty
(xα)\left(x^{\alpha}\right)'
-
xαx^{\alpha}
++\infty
00

Méthode

Traiter une expression du type u(x)v(x). Une puissance dont la base et l'exposant dépendent tous deux de x se traite toujours de la même façon : on repasse par l'exponentielle,

u(x)v(x)=ev(x)ln(u(x)),

écriture valable dès que u(x)>0. Aucune règle de calcul ne s'applique directement à la forme initiale, et aucune dérivation n'est possible avant cette réécriture.

Exemple

Dérivons f:xxx sur ]0,+[.

On écrit d'abord f(x)=exlnx. La fonction xxlnx est dérivable sur ]0,+[, de dérivée lnx+1. Donc

f(x)=(lnx+1)exlnx=(lnx+1)xx.

Comme xx>0, la dérivée est du signe de lnx+1, qui s'annule en x=e1 : la fonction xxx décroît sur ]0,e1] puis croît, avec un minimum global valant (e1)e1=e1/e0,69.

Croissances comparées

En +, l'exponentielle l'emporte sur toute puissance, et toute puissance l'emporte sur le logarithme. C'est la hiérarchie fondamentale de l'analyse, et elle règle la quasi-totalité des calculs de limites de ce chapitre.

Propriété

Soient α>0 et β>0. Alors

limx+exxα=+,limx+(lnx)βxα=0,limx+lnxx=0.

En 0 et en :

limx0+xαlnxβ=0,limxxαex=0,limxxex=0.

Ces résultats sont admis ici ; ils seront démontrés dans le chapitre « Fonctions d'une variable réelle : limites et continuité, dérivabilité », une fois la théorie des limites en place.

Une formulation mnémotechnique suffit à ne jamais se tromper : dans une compétition entre l'exponentielle, une puissance et le logarithme, l'exponentielle gagne toujours, le logarithme perd toujours, quels que soient les exposants en jeu. Un exposant 1000 sur le logarithme ne change rien à l'affaire.

Exemple

Quatre limites, chacune ramenée à une forme de référence.

a. limx+x5e2x. On pose t=2x, qui tend vers + : alors x5e2x=t532et=132×t5et, qui tend vers 0 par croissance comparée. La limite est 0.

b. limx0+x2lnx. C'est la forme de référence xαlnxβ avec α=2 et β=1, au signe près. La limite est 0.

c. limx+x3+2xex. On coupe la fraction : x3ex+2xex, somme de deux termes qui tendent vers 0. La limite est 0.

d. limx0+xx. On repasse par l'exponentielle : xx=exlnx, et xlnx tend vers 0 d'après b. appliqué avec α=1. Donc la limite est e0=1.

Logarithme décimal et logarithme en base 2

Définition

Soit a un réel strictement positif différent de 1. Le logarithme en base a est la fonction définie sur R+ par

loga(x)=lnxlna.

Deux cas sont d'usage courant :

  • le logarithme décimal log10, souvent noté simplement log, avec log(x)=lnxln10 ;
  • le logarithme en base 2, noté log2, avec log2(x)=lnxln2.

Propriété

Pour a>0, a1, et tous x,y>0 :

  1. loga(an)=n pour tout nZ, loga(1)=0 et loga(a)=1 ;
  2. loga(xy)=loga(x)+loga(y) ;
  3. loga est dérivable sur R+, de dérivée 1xlna ; elle est strictement croissante si a>1, strictement décroissante si 0<a<1 ;
  4. loga(x)=y    x=ay.

Ces fonctions ne sont qu'un changement d'échelle du logarithme népérien, mais elles sont indispensables dans deux disciplines voisines. En chimie, le pH d'une solution est défini par pH=log([H3O+]), la concentration étant exprimée en moles par litre : le logarithme décimal transforme des concentrations qui s'étalent sur quatorze puissances de dix en une échelle lisible de 0 à 14. En informatique, log2(x) compte les doublements nécessaires pour passer de 1 à x, ce qui en fait la mesure naturelle du coût des algorithmes de dichotomie.

Exemple

a. Une solution a un pH de 3,4. Sa concentration en ions oxonium vaut

[H3O+]=103,4=100,6×1043,98×104 molL1.

Une diminution d'une unité de pH correspond exactement à une multiplication par 10 de la concentration : c'est toute l'information contenue dans le mot « logarithme ».

b. Combien d'étapes faut-il pour retrouver un élément par dichotomie dans une liste triée d'un million d'éléments ? Chaque étape divise par deux la taille de la zone de recherche, donc le nombre d'étapes est le plus petit entier n tel que 2n106, c'est-à-dire nlog2(106)=6ln10ln219,9. Il faut donc 20 étapes, là où une recherche exhaustive en demanderait un million.

Fonctions circulaires réciproques

Rappels sur les fonctions circulaires

Les fonctions sin, cos et tan ont été étudiées dans le chapitre « Compléments de calcul algébrique et de trigonométrie ». On en rappelle l'essentiel, qui va servir à chaque ligne de cette section.

Propriété

  1. cos et sin sont définies sur R, à valeurs dans [1,1], et 2π-périodiques ; cos est paire et sin est impaire.
  2. Elles sont dérivables sur R, avec sin=cos et cos=sin.
  3. Pour tout réel x, cos2x+sin2x=1.
  4. tan=sincos est définie sur R{π2+kπ ; kZ}, impaire, π-périodique, dérivable, de dérivée 1+tan2=1cos2.
x 0 π6 π4 π3 π2
sinx 0 12 22 32 1
cosx 1 32 22 12 0
tanx 0 13 1 3 non défini

Aucune de ces trois fonctions n'est injective sur son domaine : le sinus prend la valeur 0 en tous les kπ. Pour définir une réciproque, il faut donc d'abord restreindre le domaine à un intervalle sur lequel la fonction est strictement monotone. Le choix de cet intervalle est une convention, et c'est cette convention qui produit tous les pièges de la section.

La fonction Arcsin

Définition

La restriction de sin à [π2,π2] est continue et strictement croissante ; elle réalise donc une bijection de [π2,π2] sur [1,1] (résultat admis ici, démontré dans le chapitre « Fonctions d'une variable réelle : limites et continuité, dérivabilité »).

Sa bijection réciproque s'appelle arc sinus et se note Arcsin :

Arcsin:[1,1][π2,π2].

Elle est caractérisée par l'équivalence

x[1,1], θ[π2,π2],θ=Arcsinx    sinθ=x.

En clair : Arcsinx est l'unique réel de [π2,π2] dont le sinus vaut x.

Propriété

  1. Arcsin est strictement croissante sur [1,1], avec Arcsin(1)=π2, Arcsin(0)=0 et Arcsin(1)=π2.
  2. Arcsin est impaire.
  3. Arcsin est dérivable sur l'intervalle ouvert ]1,1[ et
Arcsin(x)=11x2.
  1. Arcsin n'est dérivable ni en 1 ni en 1 : sa courbe y admet des tangentes verticales.

Démonstration du point 2. Soit x[1,1] et posons θ=Arcsinx, de sorte que θ[π2,π2] et sinθ=x. Le réel θ appartient encore à [π2,π2], qui est symétrique par rapport à 0, et l'imparité du sinus donne sin(θ)=sinθ=x. Par caractérisation de Arcsin, on en déduit

Arcsin(x)=θ=Arcsin(x).

Démonstration du point 3. Notons f la restriction de sin à [π2,π2], de sorte que f1=Arcsin. Soit x]1,1[ et posons θ=Arcsinx ; alors θ appartient à l'intervalle ouvert ]π2,π2[, donc f(θ)=cosθ0. La formule admise de la dérivée d'une réciproque s'applique :

Arcsin(x)=1f(Arcsinx)=1cos(Arcsinx).

Il reste à exprimer cosθ en fonction de x. De cos2θ+sin2θ=1 on tire cos2θ=1x2, donc cosθ=±1x2. Or θ appartient à ]π2,π2[, intervalle sur lequel le cosinus est strictement positif : c'est donc le signe + qu'il faut retenir. Finalement

Arcsin(x)=11x2.

Aux extrémités, cos(±π2)=0 : la formule de la réciproque ne s'applique plus, et l'on retrouve la tangente verticale annoncée. Cela se lit aussi sur la formule elle-même, puisque 11x2 tend vers + quand x tend vers 1 ou vers 1.

xx
1-1
11
Arcsin(x)\operatorname{Arcsin}'(x)
++
Arcsin(x)\operatorname{Arcsin}(x)
π2-\dfrac{\pi}{2}
π2\dfrac{\pi}{2}

La fonction Arccos

Définition

La restriction de cos à [0,π] est continue et strictement décroissante ; elle réalise une bijection de [0,π] sur [1,1] (résultat admis ici).

Sa bijection réciproque s'appelle arc cosinus et se note Arccos :

Arccos:[1,1][0,π].

Elle est caractérisée par

x[1,1], θ[0,π],θ=Arccosx    cosθ=x.

Propriété

  1. Arccos est strictement décroissante sur [1,1], avec Arccos(1)=π, Arccos(0)=π2 et Arccos(1)=0.
  2. Arccos n'est ni paire ni impaire ; elle vérifie en revanche
Arccos(x)=πArccos(x)pour tout x[1,1],

ce qui traduit la symétrie de sa courbe par rapport au point (0,π2). 3. Arccos est dérivable sur ]1,1[ et

Arccos(x)=11x2.
  1. Arccos n'est dérivable ni en 1 ni en 1.

Démonstration du point 2. Soit x[1,1] et θ=Arccosx, donc θ[0,π] et cosθ=x. Le réel πθ appartient encore à [0,π], et la formule de l'angle supplémentaire donne cos(πθ)=cosθ=x. Par caractérisation de Arccos, on obtient Arccos(x)=πθ.

Démonstration du point 3. Notons g la restriction de cos à [0,π]. Soit x]1,1[ et θ=Arccosx, qui appartient alors à ]0,π[. On a g(θ)=sinθ, et sinθ>0 puisque θ]0,π[ : donc g(θ)0 et la formule de la réciproque s'applique,

Arccos(x)=1sin(Arccosx).

Comme sin2θ=1cos2θ=1x2 et que sinθ>0, on a sinθ=1x2, d'où

Arccos(x)=11x2.
xx
1-1
11
Arccos(x)\operatorname{Arccos}'(x)
-
Arccos(x)\operatorname{Arccos}(x)
π\pi
00

Graphes d'Arcsin et d'Arccos

Sur cette figure, les deux courbes sont tracées sur le même intervalle [1,1]. On y voit tout ce qu'il faut retenir : Arcsin monte de π2 à π2 en passant par l'origine, Arccos descend de π à 0 en passant par (0,π2), et les deux courbes présentent des tangentes verticales aux bords.

x 0 12 22 32 1
Arcsinx 0 π6 π4 π3 π2
Arccosx π2 π3 π4 π6 0

La relation Arcsinx+Arccosx=π2

Propriété

Pour tout x[1,1],

Arcsinx+Arccosx=π2.

Démonstration. Posons φ(x)=Arcsinx+Arccosx pour x[1,1].

Sur l'intervalle ouvert. Les deux fonctions sont dérivables sur ]1,1[, donc φ l'est aussi, et pour tout x]1,1[,

φ(x)=11x2+(11x2)=0.

Comme ]1,1[ est un intervalle et que φ y est nulle, φ y est constante. Sa valeur se lit en un point bien choisi, par exemple x=0 :

φ(0)=Arcsin(0)+Arccos(0)=0+π2=π2.

Aux extrémités. La dérivabilité fait défaut en ±1, il faut donc vérifier ces deux valeurs directement :

φ(1)=π2+0=π2,φ(1)=π2+π=π2.

Conclusion. L'égalité vaut sur [1,1] tout entier.

Cette démonstration est un modèle du genre, et l'oubli du traitement séparé de x=±1 est une faute de rigueur classique : on ne peut pas conclure sur l'intervalle fermé par l'argument de la dérivée nulle, puisque la dérivée n'existe pas aux bornes.

En pratique, cette relation permet de tout ramener à Arcsin : dès qu'une expression mêle les deux fonctions, on remplace Arccosx par π2Arcsinx.

La fonction Arctan

Définition

La restriction de tan à ]π2,π2[ est continue et strictement croissante ; elle réalise une bijection de ]π2,π2[ sur R (résultat admis ici).

Sa bijection réciproque s'appelle arc tangente et se note Arctan :

Arctan:R]π2,π2[.

Elle est caractérisée par

xR, θ]π2,π2[,θ=Arctanx    tanθ=x.

Propriété

  1. Arctan est définie sur R tout entier, strictement croissante et impaire.
  2. Arctan est dérivable sur R et
Arctan(x)=11+x2.
  1. limxArctanx=π2 et limx+Arctanx=π2 : la courbe admet deux asymptotes horizontales, d'équations y=π2 et y=π2.
  2. Arctan(0)=0, Arctan(1)=π4, Arctan(3)=π3 et Arctan(13)=π6.

Démonstration du point 2. Notons h la restriction de tan à ]π2,π2[. Soit xR et θ=Arctanx. On a

h(θ)=1+tan2θ=1+x21>0,

donc h(θ) ne s'annule jamais et la formule de la réciproque s'applique en tout point :

Arctan(x)=1h(Arctanx)=11+tan2(Arctanx)=11+x2.

C'est la seule des trois fonctions circulaires réciproques qui soit dérivable sur R tout entier, et sa dérivée est particulièrement simple : ni racine carrée, ni domaine restreint. Cette double particularité en fait la plus utile des trois, et la partie B y reviendra puisque Arctan est une primitive de x11+x2.

xx
-\infty
++\infty
Arctan(x)\operatorname{Arctan}'(x)
++
Arctan(x)\operatorname{Arctan}(x)
π2-\dfrac{\pi}{2}
π2\dfrac{\pi}{2}

Graphe d'Arctan et ses asymptotes

La figure montre la courbe coincée entre ses deux asymptotes horizontales, ainsi que la tangente à l'origine, de pente Arctan(0)=1, et le point (1,π4) qu'il est bon d'avoir en tête.

Le piège de rédaction : simplifier Arcsin(sinx)

Méthode

La règle d'or des fonctions circulaires réciproques. Une composée dans un sens se simplifie toujours ; dans l'autre sens, presque jamais.

Sens facile, toujours vrai sur le domaine :

  • sin(Arcsinx)=x pour tout x[1,1] ;
  • cos(Arccosx)=x pour tout x[1,1] ;
  • tan(Arctanx)=x pour tout xR.

Sens dangereux, vrai seulement sur l'intervalle de restriction :

  • Arcsin(sinx)=x si et seulement si x[π2,π2] ;
  • Arccos(cosx)=x si et seulement si x[0,π] ;
  • Arctan(tanx)=x si et seulement si x]π2,π2[.

Procédure quand x n'est pas dans le bon intervalle :

  1. Identifier l'intervalle cible : [π2,π2] pour Arcsin, [0,π] pour Arccos, ]π2,π2[ pour Arctan.
  2. Chercher, à l'aide des formules de trigonométrie (sin(πx)=sinx, cos(x)=cosx, périodicité), un réel θ dans l'intervalle cible ayant la même ligne trigonométrique que x.
  3. Écrire Arcsin(sinx)=Arcsin(sinθ)=θ, la dernière égalité étant maintenant légitime.
  4. Vérifier que la réponse appartient bien à l'intervalle cible : c'est le contrôle qui détecte toutes les erreurs.

Exemple

Le contre-exemple à retenir. Calculons Arcsin(sin5π6).

La réponse fausse consiste à « simplifier » et à répondre 5π6. Elle est impossible : Arcsin est à valeurs dans [π2,π2], et 5π62,62 dépasse largement π21,57.

Appliquons la procédure. On écrit 5π6=ππ6, et la formule de l'angle supplémentaire donne

sin5π6=sin(ππ6)=sinπ6=12.

Le réel θ=π6 appartient bien à [π2,π2], donc

Arcsin(sin5π6)=Arcsin(12)=π6.

Exemple

Trois calculs du même type, à mener en vérifiant chaque fois l'intervalle d'arrivée.

a. Arccos(cos(π3)). Le réel π3 n'appartient pas à [0,π]. Mais le cosinus est pair, donc cos(π3)=cosπ3, et π3[0,π]. La réponse est π3.

b. Arctan(tan3π4). La tangente est π-périodique, donc tan3π4=tan(3π4π)=tan(π4)=1, et π4 appartient à ]π2,π2[. La réponse est π4, et surtout pas 3π4.

c. sin(Arcsin35). Ici on est dans le sens facile et 35[1,1] : la réponse est 35, sans aucune précaution particulière.

Remarque

L'écriture Arcsin(sinx) est toujours définie, pour tout réel x, puisque sinx appartient à [1,1]. Ce n'est donc jamais un problème d'existence, c'est un problème de valeur. La fonction xArcsin(sinx) est définie sur R, 2π-périodique, impaire, et ne coïncide avec l'identité que sur [π2,π2] : son graphe est une ligne brisée en dents de scie, qui monte et descend entre π2 et π2.

Simplifier une expression mixte

Propriété

Pour tout x[1,1] :

cos(Arcsinx)=1x2,sin(Arccosx)=1x2.

Pour tout x]1,1[ :

tan(Arcsinx)=x1x2.

Pour tout xR :

cos(Arctanx)=11+x2,sin(Arctanx)=x1+x2.

Démonstration de cos(Arcsinx)=1x2. Soit x[1,1] et posons θ=Arcsinx, de sorte que sinθ=x et θ[π2,π2].

De l'identité cos2θ+sin2θ=1 on tire cos2θ=1x2, donc cosθ=1x2.

C'est ici que se joue la rigueur : il faut déterminer le signe de cosθ. Or θ appartient à [π2,π2], intervalle sur lequel le cosinus est positif ou nul. Donc cosθ=cosθ=1x2.

Démonstration de cos(Arctanx)=11+x2. Soit xR et θ=Arctanx, donc tanθ=x et θ]π2,π2[. En divisant cos2θ+sin2θ=1 par cos2θ, qui est non nul sur cet intervalle, on obtient

1+tan2θ=1cos2θ,donccos2θ=11+x2.

Sur ]π2,π2[ le cosinus est strictement positif, donc cosθ=11+x2, et l'on en déduit

sinθ=tanθcosθ=x1+x2.

Méthode

Simplifier une expression contenant Arcsin, Arccos ou Arctan. La méthode tient en une phrase : poser l'angle.

  1. Nommer l'angle : poser θ=Arcsinx, ou Arccosx, ou Arctanx.
  2. Écrire les deux informations que ce nom apporte : la valeur de la ligne trigonométrique (sinθ=x, etc.) et l'intervalle auquel θ appartient. La seconde est aussi importante que la première.
  3. Calculer l'expression demandée en fonction de θ, avec les formules de trigonométrie habituelles.
  4. Lever l'ambiguïté de signe au moment de prendre une racine carrée, en invoquant l'intervalle de l'étape 2. C'est l'étape que l'on saute et qui coûte les points.
  5. Vérifier sur une valeur particulière : x=0, x=1 ou x=12 suffisent presque toujours à détecter une erreur de signe.

Exemple

Simplifions cos(2Arcsinx) pour x[1,1].

Poser l'angle. Soit θ=Arcsinx : alors sinθ=x et θ[π2,π2].

Calculer. La formule de duplication cos(2θ)=12sin2θ donne directement

cos(2Arcsinx)=12x2.

Remarquons qu'ici aucune ambiguïté de signe n'apparaît, parce que la formule choisie ne fait intervenir que le sinus. C'est un bon réflexe : parmi les trois versions de la formule de duplication du cosinus, choisir celle qui évite la racine carrée.

Vérifier. Pour x=1 : Arcsin1=π2, donc cos(π)=1, et la formule donne 12=1. Pour x=0 : cos0=1 et la formule donne 1. Les deux contrôles passent.

Exemple

Une identité obtenue par dérivation. Étudions

G(x)=Arctan(x)+Arctan(1x1+x)sur ]1,+[.

La fonction G est dérivable sur ]1,+[ comme somme et composée de fonctions dérivables. Posons u(x)=1x1+x ; alors

u(x)=(1+x)(1x)(1+x)2=2(1+x)2,

et

1+u(x)2=(1+x)2+(1x)2(1+x)2=2+2x2(1+x)2.

Donc

G(x)=11+x2+u(x)1+u(x)2=11+x2+2(1+x)2×(1+x)22+2x2=11+x211+x2=0.

Comme ]1,+[ est un intervalle, G y est constante, et sa valeur se lit en x=0 :

G(0)=Arctan(0)+Arctan(1)=0+π4=π4.

L'identité G(x)=π4 vaut donc pour tout x>1. Attention : sur ],1[, qui est un autre intervalle, la fonction G est encore constante, mais la constante n'est plus la même. Un calcul en x=2 donne G(2)=Arctan(2)+Arctan(3)=3π4. Une fois de plus, c'est l'hypothèse « intervalle » qui commande.

Fonctions hyperboliques

Ces fonctions se construisent à partir de l'exponentielle. Elles apparaissent naturellement en physique, notamment dans la forme prise par un câble suspendu entre deux poteaux, appelée chaînette, et elles reviendront dans la partie B au moment des primitives.

Le programme de PCSI est ici très précis sur ce qui est au programme et ce qui ne l'est pas : seules sh et ch sont étudiées, les autres fonctions hyperboliques et toutes les fonctions hyperboliques réciproques sont hors programme, et la seule formule exigible est ch2(x)sh2(x)=1. Tout le reste, dérivées, variations, graphes, doit pouvoir être retrouvé en quelques lignes à partir des définitions, ce que nous faisons ci-dessous.

Définitions

Définition

On définit sur R le sinus hyperbolique et le cosinus hyperbolique par

sh(x)=exex2,ch(x)=ex+ex2.

On rencontre également les notations anglo-saxonnes sinh et cosh pour les mêmes fonctions.

Propriété

Pour tout réel x :

  1. ch est paire et sh est impaire ;
  2. ch(x)+sh(x)=ex et ch(x)sh(x)=ex ;
  3. ch(0)=1 et sh(0)=0 ;
  4. ch(x)>0.

Démonstration des points 1 et 2. Pour tout réel x, en utilisant (x)=x,

ch(x)=ex+e(x)2=ex+ex2=ch(x),

donc ch est paire. De même,

sh(x)=exex2=exex2=sh(x),

donc sh est impaire. Pour le point 2, il suffit d'additionner puis de soustraire les deux définitions :

ch(x)+sh(x)=(ex+ex)+(exex)2=2ex2=ex,

et le même calcul avec une soustraction donne ex. Le point 4 en découle, puisque ch(x) est une demi-somme de deux exponentielles strictement positives.

Le point 2 est le contrôle mental le plus rapide de toute la section : ch et sh sont respectivement la partie paire et la partie impaire de l'exponentielle, et leur somme reconstitue ex. Si vous oubliez le signe dans une définition, cette relation vous le rend.

La relation fondamentale

Propriété

Pour tout réel x,

ch2(x)sh2(x)=1.

C'est la seule formule exigible de cette section.

Démonstration. Deux rédactions, toutes deux courtes.

Par développement. Pour tout réel x,

ch2(x)sh2(x)=(ex+ex2)2(exex2)2=(e2x+2exex+e2x)(e2x2exex+e2x)4=4exex4=exx=e0=1.

Par identité remarquable. En utilisant le point 2 de la propriété précédente,

ch2(x)sh2(x)=(ch(x)sh(x))(ch(x)+sh(x))=ex×ex=1.

La seconde rédaction est la plus élégante, et c'est celle qu'il faut savoir refaire au tableau. Notez bien le signe moins, qui distingue cette identité de son analogue circulaire cos2+sin2=1. C'est ce signe qui vaut à ces fonctions leur nom : le point de coordonnées (cht,sht) décrit une branche de l'hyperbole d'équation X2Y2=1, là où (cost,sint) décrit le cercle X2+Y2=1.

Une conséquence immédiate mérite d'être isolée : de ch2(x)=1+sh2(x)1 et de ch(x)>0, on tire

ch(x)1pour tout reˊel x,

avec égalité si et seulement si sh(x)=0, c'est-à-dire si et seulement si x=0.

Dérivées et variations

Propriété

Les fonctions sh et ch sont dérivables sur R, et même dérivables autant de fois que l'on veut, avec

sh=ch,ch=sh.

Démonstration. Ce sont des combinaisons linéaires de xex et xex, donc elles sont dérivables sur R. Comme (ex)=ex,

sh(x)=ex(ex)2=ex+ex2=ch(x), ch(x)=ex+(ex)2=exex2=sh(x).

Notez l'absence de signe moins, contrairement au cas circulaire où cos=sin. Dériver deux fois redonne la fonction de départ, alors qu'il faut dériver quatre fois pour retrouver le sinus.

Sinus hyperbolique. On a sh=ch1>0, donc sh est strictement croissante sur R. Ses limites se lisent sur la définition : ex+ et ex0 en +, donc sh(x)+, et l'imparité donne la limite en .

xx
-\infty
++\infty
sh(x)\operatorname{sh}'(x)
++
sh(x)\operatorname{sh}(x)
-\infty
++\infty

Cosinus hyperbolique. On a ch=sh, qui est du signe de x puisque sh est strictement croissante et s'annule en 0. La fonction ch décroît donc sur ],0] et croît sur [0,+[, avec un minimum global égal à 1, atteint en 0 — ce que nous avions déjà obtenu par la relation fondamentale.

xx
-\infty
00
++\infty
ch(x)\operatorname{ch}'(x)
-
00
++
ch(x)\operatorname{ch}(x)
++\infty
11
++\infty

Graphes et positions relatives

Graphes de ch et sh, encadrés par les demi-exponentielles

Propriété

Pour tout réel x :

  1. sh(x)<ch(x) ;
  2. ch(x)1, avec égalité si et seulement si x=0 ;
  3. sh(x)x pour x0, et sh(x)x pour x0.

Démonstration du point 1. On a vu que ch(x)sh(x)=ex, qui est strictement positif pour tout réel x. Donc sh(x)<ch(x), sans exception.

Démonstration du point 3. Posons g(x)=sh(x)x sur R. Cette fonction est dérivable et g(x)=ch(x)10 d'après le point 2 : g est donc croissante sur R. Comme g(0)=sh(0)0=0, on en déduit g(x)0 pour x0 et g(x)0 pour x0, ce qui est exactement l'énoncé.

Le comportement en ± mérite un commentaire, car il explique la forme « en cornet » visible sur la figure. Les différences

ch(x)ex2=ex2etsh(x)ex2=ex2

tendent toutes deux vers 0 quand x tend vers + : les courbes de ch et de sh se rapprochent donc de celle de xex2, l'une par au-dessus, l'autre par en dessous, au point de sembler confondues dès x=3 sur un tracé. En , la courbe de ch épouse celle de xex2 et celle de sh épouse son opposée : c'est ce que montrent les trois demi-exponentielles en pointillés de la figure.

Enfin, les formules d'addition de sh et ch ne sont pas exigibles au programme de PCSI, et il est de toute façon plus rentable de savoir les retrouver en une ligne en développant les définitions que de les apprendre par cœur.

Dérivation d'une fonction complexe d'une variable réelle

Cette dernière section est courte, mais elle est indispensable : c'est elle qui permettra, dans la partie B, de primitiver d'un seul geste xeaxcos(bx) et xeaxsin(bx), puis de résoudre les équations différentielles linéaires du second ordre. Les nombres complexes ont été étudiés dans le chapitre précédent, et tout ce qui suit s'appuie dessus.

Fonctions à valeurs complexes

Définition

Une fonction d'une variable réelle à valeurs complexes est une application f:IC, où I est un intervalle de R. Pour tout xI, on écrit f(x) sous forme algébrique :

f(x)=Re(f(x))+iIm(f(x)).

Les fonctions Re(f):xRe(f(x)) et Im(f):xIm(f(x)), à valeurs réelles, s'appellent la partie réelle et la partie imaginaire de f. On note f:xf(x) le module de f et f:xf(x) la conjuguée de f.

Exemple

Soit f:xeix, définie sur R. La formule d'Euler donne eix=cosx+isinx, donc

Re(f):xcosx,Im(f):xsinx,f:x1.

De même, pour g:xe(2+3i)x, la relation ea+ib=ea(cosb+isinb) donne

Re(g)(x)=e2xcos(3x),Im(g)(x)=e2xsin(3x),g(x)=e2x.

Remarque

Une fonction à valeurs complexes n'a pas de courbe représentative dans le plan usuel, et surtout : parler de ses variations, de son signe, de ses extremums ou dresser son tableau de variations n'a aucun sens. La raison est simple et définitive : C n'est pas ordonné, l'inégalité zz n'existe pas entre deux complexes. Écrire « la fonction xeix est croissante » est une phrase vide, pas une erreur de calcul.

En revanche, la notion de fonction bornée survit intacte, puisqu'elle ne porte que sur le module : f est dite bornée si f, qui est à valeurs réelles positives, est majorée. Ainsi xeix est bornée, de module constant égal à 1.

Dérivée d'une fonction à valeurs complexes

Définition

Soient I un intervalle de R et f:IC. Notons f1=Re(f) et f2=Im(f), de sorte que f=f1+if2 avec f1 et f2 à valeurs réelles.

On dit que f est dérivable sur I si f1 et f2 le sont, et l'on pose alors

f=f1+if2.

Autrement dit, la dérivée d'une fonction à valeurs complexes est définie coordonnée par coordonnée :

Re(f)=(Ref)etIm(f)=(Imf).

Les dérivées successives se définissent de la même façon.

Il s'agit bien d'une définition et non d'un théorème : on décide que dériver une fonction à valeurs complexes, c'est dériver séparément ses deux composantes réelles. Tout se ramène donc à des fonctions d'une variable réelle à valeurs réelles, c'est-à-dire à ce que nous savons déjà faire depuis le début du chapitre.

Exemple

Soit f:xeix. On a f1=cos et f2=sin, toutes deux dérivables sur R. Donc f est dérivable et

f(x)=sinx+icosx=i(cosx+isinx)=ieix,

où l'on a utilisé i×isinx=sinx. On retrouve la règle attendue : dériver eix revient à multiplier par i.

Opérations

Propriété

Soient f,g:IC dérivables et λ,μC. Alors λf+μg et fg sont dérivables sur I, et

(λf+μg)=λf+μg,(fg)=fg+fg.

Si de plus g ne s'annule pas sur I, alors fg est dérivable sur I et

(fg)=fgfgg2.

Enfin f est dérivable et (f)=f.

Démonstration de la formule du produit. Écrivons f=f1+if2 et g=g1+ig2, où les quatre fonctions sont réelles et dérivables. En développant le produit de deux nombres complexes,

fg=(f1g1f2g2)+i(f1g2+f2g1).

Les parties réelle et imaginaire sont des sommes de produits de fonctions réelles dérivables, donc fg est dérivable et, par définition,

(fg)=(f1g1+f1g1f2g2f2g2)+i(f1g2+f1g2+f2g1+f2g1).

Par ailleurs, en développant de la même façon,

fg+fg=(f1g1f2g2+f1g1f2g2)+i(f1g2+f2g1+f1g2+f2g1).

Les deux expressions ont la même partie réelle et la même partie imaginaire : elles sont égales.

Les autres formules se démontrent de la même façon. Le principe à retenir est simple : toutes les règles de dérivation du cas réel restent valables, y compris avec des constantes complexes. Une seule différence, et elle est de taille : il n'est pas question ici de dériver une composée quelconque, car cela supposerait de dériver une fonction de la variable complexe, ce qui n'est pas au programme. Le seul cas de composition dont nous ayons besoin est celui de l'exponentielle, et il fait l'objet du paragraphe suivant.

Dérivée de exp(φ)

Définition

Pour un nombre complexe z=a+ib avec a,b réels, on rappelle la définition vue au chapitre « Nombres complexes » :

ez=ea(cosb+isinb),

qui vérifie ez+z=ezez pour tous complexes z et z, ainsi que ez=eRe(z) et ez0.

Si φ:IC est une fonction, on note eφ la fonction xeφ(x).

Propriété

Soit φ:IC une fonction dérivable. Alors eφ est dérivable sur I et

(eφ)=φeφ.

Démonstration. Écrivons φ=a+ib, où a=Re(φ) et b=Im(φ) sont deux fonctions réelles dérivables sur I. Par définition de l'exponentielle complexe, pour tout xI,

eφ(x)=ea(x)cos(b(x))+iea(x)sin(b(x)).

Les parties réelle et imaginaire sont des produits et composées de fonctions réelles dérivables, donc eφ est dérivable. Dérivons chacune d'elles.

Partie réelle.

(eacosb)=aeacosbbeasinb=ea(acosbbsinb).

Partie imaginaire.

(easinb)=aeasinb+beacosb=ea(asinb+bcosb).

En rassemblant, puis en regroupant les termes en a et en b,

(eφ)=ea(acosbbsinb)+iea(asinb+bcosb)=ea[a(cosb+isinb)+b(sinb+icosb)]=ea[a(cosb+isinb)+ib(cosb+isinb)]=(a+ib)ea(cosb+isinb)=φeφ.

L'égalité de la troisième ligne repose sur i(cosb+isinb)=icosbsinb=sinb+icosb.

Le résultat est exactement celui du cas réel, ce qui est rassurant, mais il n'allait pas de soi : la démonstration a réellement utilisé la définition de ez et les dérivées de cos et sin.

Le cas fondamental xeλx

Propriété

Soit λC. La fonction f:xeλx est dérivable sur R, autant de fois que l'on veut, et pour tout nN,

f(n)(x)=λneλx.

En particulier f=λf.

Démonstration. La fonction φ:xλx est dérivable, de dérivée constante égale à λ. La propriété précédente donne directement f(x)=λeλx. Une récurrence immédiate fournit la formule générale : elle est vraie au rang 0, et si f(n)(x)=λneλx, alors

f(n+1)(x)=λn×λeλx=λn+1eλx.

C'est le résultat le plus important de la section, et celui que la partie B utilisera à chaque page.

Propriété

Soit λ=a+ib avec a,b réels. Pour tout réel x,

eλx=eaxcos(bx)+ieaxsin(bx),

donc

Re(eλx)=eaxcos(bx)etIm(eλx)=eaxsin(bx).

En prenant les parties réelle et imaginaire de l'égalité (eλx)=λeλx, on obtient les deux dérivées réelles

(eaxcos(bx))=eax(acos(bx)bsin(bx)),(eaxsin(bx))=eax(asin(bx)+bcos(bx)).

Démonstration. La première égalité est la définition de l'exponentielle complexe appliquée à λx=ax+i(bx). Pour les dérivées, calculons λeλx sous forme algébrique :

λeλx=(a+ib)eax(cos(bx)+isin(bx))=eax[(acos(bx)bsin(bx))+i(asin(bx)+bcos(bx))].

Comme la dérivée d'une fonction à valeurs complexes se calcule coordonnée par coordonnée, la partie réelle de λeλx est la dérivée de la partie réelle de eλx, et de même pour la partie imaginaire. On obtient les deux formules annoncées.

Exemple

Dérivons g:xe2xcos(3x), de deux façons.

Méthode directe. C'est un produit :

g(x)=2e2xcos(3x)3e2xsin(3x)=e2x(2cos(3x)3sin(3x)).

Méthode complexe. Posons λ=2+3i, de sorte que g=Re(eλx). Alors

λeλx=(2+3i)e2x(cos(3x)+isin(3x)),

dont la partie réelle vaut e2x(2cos(3x)3sin(3x)). Les deux méthodes coïncident.

Exemple

Deux dérivations directes avec la formule (eφ)=φeφ.

a. Pour f(x)=eix2, on a φ(x)=ix2 et φ(x)=2ix, donc f(x)=2ixeix2.

b. Pour h(x)=e(1+i)x, on a directement h(x)=(1+i)e(1+i)x. En séparant parties réelle et imaginaire, cela redonne

(excosx)=ex(cosxsinx)et(exsinx)=ex(sinx+cosx),

résultats que l'on peut vérifier en dérivant chaque produit à la main.

L'intérêt de la méthode complexe n'apparaît pas clairement sur une dérivation, où elle est même plus lourde. Il éclatera dans la partie B : pour primitiver xeaxcos(bx), l'approche directe impose deux intégrations par parties successives et la résolution d'un système, alors que l'approche complexe se réduit à diviser par λ et à prendre la partie réelle. C'est la raison d'être de toute cette section.

Méthodes du chapitre (partie A)

Méthode

Méthode 1 — Déterminer un ensemble de définition.

  1. Lister les contraintes imposées par la formule : dénominateur non nul, radicande positif ou nul, argument de logarithme strictement positif, base de puissance non entière strictement positive, argument de Arcsin ou Arccos dans [1,1].
  2. Traduire chaque contrainte en une inéquation et la résoudre séparément.
  3. Intersecter tous les ensembles obtenus.
  4. Écrire le résultat sous forme d'une réunion d'intervalles, jamais sous forme d'une liste de conditions.
  5. Vérifier sur une ou deux valeurs test que la formule a bien un sens dans le domaine trouvé, et n'en a pas juste à côté.

Méthode

Méthode 2 — Réduire un domaine d'étude par parité ou périodicité.

  1. Vérifier d'abord que Df est symétrique par rapport à 0 : sans cela, aucune parité n'est possible, et la question ne se pose même pas.
  2. Calculer f(x) et le comparer à f(x) puis à f(x).
  3. Chercher une période : une somme d'une fonction T1-périodique et d'une fonction T2-périodique est périodique dès que T1T2 est rationnel, et une période est alors un multiple commun.
  4. Traquer les symétries supplémentaires : f(ax)=f(x) donne l'axe de symétrie x=a2, et f(ax)=f(x) le centre de symétrie (a2,0).
  5. Annoncer explicitement l'intervalle d'étude retenu et les transformations qui reconstituent la courbe complète. Une réduction non annoncée ne vaut aucun point.

Méthode

Méthode 3 — Dériver une fonction composée.

  1. Nommer les fonctions intermédiaires : écrire f=vu en identifiant u (la fonction intérieure) et v (l'extérieure), quitte à empiler trois niveaux.
  2. Vérifier les conditions de validité sur u : u>0 pour ln(u) et u, u0 pour un avec n<0.
  3. Appliquer (vu)=u×(vu) : dériver l'extérieure, l'évaluer en u(x), multiplier par u(x). Le facteur u est celui que l'on oublie.
  4. Ne jamais évaluer v en x : c'est en u(x) qu'elle se calcule.
  5. Factoriser le résultat immédiatement : la dérivée sert presque toujours à obtenir un signe, et un signe se lit sur un produit, jamais sur une somme.

Méthode

Méthode 4 — Calculer une dérivée partielle.

  1. Repérer la variable par rapport à laquelle on dérive, et geler toutes les autres : elles deviennent de simples constantes.
  2. Appliquer les règles usuelles de dérivation (produit, quotient, composée) comme pour une fonction d'une seule variable.
  3. Écrire le résultat en fonction de toutes les variables : une dérivée partielle de f(x,y) reste une fonction de x et de y.
  4. Utiliser le symbole et non d, la notation droite étant réservée aux fonctions d'une seule variable.
  5. Contrôle rapide : dans fy, tout terme de f qui ne contient pas y doit avoir disparu.

Méthode

Méthode 5 — Mener une étude de fonction complète.

  1. Déterminer Df et l'écrire en réunion d'intervalles.
  2. Réduire le domaine d'étude par parité, imparité ou périodicité, et l'annoncer.
  3. Justifier la dérivabilité par les opérations et les composées, intervalle par intervalle.
  4. Calculer f(x) et le mettre sous forme factorisée.
  5. Déterminer le signe de f, au besoin par un tableau de signes intermédiaire.
  6. Calculer les limites aux bornes du domaine et en tout point exclu.
  7. Dresser le tableau de variations complet, avec valeurs et limites.
  8. Tracer : tangentes horizontales, asymptotes, deux ou trois points, puis raccordement conforme au tableau.

Et le garde-fou permanent : le lien entre signe de f et variations n'est valable que sur un intervalle. Si le domaine est une réunion de plusieurs intervalles, conclure séparément sur chacun, en les reliant par « et », jamais par une réunion.

Méthode

Méthode 6 — Démontrer une inégalité A(x)B(x) sur un intervalle I.

  1. Poser g=BA et se ramener à montrer g0 sur I.
  2. Dériver et factoriser g. Si son signe reste illisible, étudier g : le signe de g donne les variations de g, donc le signe de g, donc les variations de g.
  3. Identifier le point x0g s'annule : c'est presque toujours une borne de I ou le point critique de g.
  4. Dresser le tableau de variations de g et lire son minimum sur I.
  5. Conclure, et préciser le cas d'égalité s'il est demandé.

Modèles à connaître par cœur : ex1+x sur R, ln(1+x)x sur ]1,+[, sinxx sur R+, chx1 sur R.

Méthode

Méthode 7 — Résoudre un problème d'optimisation.

  1. Choisir la variable et déterminer l'intervalle I où elle varie, en traduisant toutes les contraintes de l'énoncé.
  2. Exprimer la quantité à optimiser en fonction de cette seule variable.
  3. Étudier la fonction obtenue sur I : dérivée factorisée, signe, tableau.
  4. Conclure sur l'existence et la valeur de l'extremum, en comparant si besoin avec les valeurs aux extrémités de I : un point critique n'est qu'un candidat, c'est le changement de signe de la dérivée qui décide.
  5. Répondre par une phrase portant sur l'objet initial, et pas sur la fonction auxiliaire.

Méthode

Méthode 8 — Simplifier une expression contenant Arcsin, Arccos ou Arctan.

  1. Poser l'angle : θ=Arcsinx, θ=Arccosx ou θ=Arctanx.
  2. Écrire les deux informations que ce nom apporte : la ligne trigonométrique (sinθ=x, etc.) et l'intervalle contenant θ.
  3. Calculer avec les formules de trigonométrie usuelles, en choisissant de préférence celles qui évitent une racine carrée.
  4. Trancher tout signe de racine carrée grâce à l'intervalle de l'étape 2.
  5. Contrôler le résultat sur une valeur simple (x=0, x=1, x=12).

Rappel du piège : sin(Arcsinx)=x toujours sur [1,1], mais Arcsin(sinx)=x seulement si x[π2,π2].

Variante par dérivation, pour une identité du type F(x)=constante : montrer F=0 sur un intervalle, puis évaluer F en un point bien choisi. Ne pas oublier de traiter à part les bornes où F n'est pas dérivable, et de recommencer sur chaque intervalle du domaine.

Méthode

Méthode 9 — Dériver une fonction à valeurs complexes.

  1. Si f est donnée par ses parties réelle et imaginaire : dériver chacune séparément, f=(Ref)+i(Imf).
  2. Si f contient une exponentielle : appliquer (eφ)=φeφ, formule valable avec φ à valeurs complexes.
  3. Cas le plus fréquent, f(x)=eλx avec λ=a+ib : f(x)=λeλx, et plus généralement f(n)(x)=λneλx.
  4. Pour obtenir une dérivée réelle du type (eaxcos(bx)) : calculer λeλx sous forme algébrique et en prendre la partie réelle, ou la partie imaginaire pour le sinus.
  5. Ne jamais parler de variations, de signe, de tableau de variations ou d'extremum pour une fonction à valeurs complexes : C n'est pas ordonné. Seule la notion de fonction bornée subsiste, via le module.

Méthode

Méthode 10 — Déduire un graphe d'un autre par transformations.

  1. Décomposer la formule en une suite de transformations élémentaires, en partant de la fonction de référence et en suivant l'ordre des opérations appliquées à x.
  2. Appliquer dans l'ordre : f(x)+b translate verticalement de b ; f(x+a) translate horizontalement de a, donc vers la gauche si a>0 ; f(ax) contracte horizontalement d'un facteur 1a ; f(x) symétrise par rapport à (Ox) ; f(x) par rapport à (Oy).
  3. Traiter la valeur absolue en dernier : f(x) rabat au-dessus de l'axe des abscisses la partie de la courbe située en dessous, en créant un point anguleux à chaque traversée.
  4. Contrôler sur deux ou trois points caractéristiques (un zéro, un extremum, une asymptote) que la courbe obtenue est cohérente avec la formule.

Primitives d'une fonction sur un intervalle

La partie A était consacrée à la dérivation : partant d'une fonction f, on fabriquait sa dérivée f. On s'attaque maintenant au problème inverse, et il est d'une tout autre difficulté : étant donnée une fonction f, existe-t-il une fonction dont f soit la dérivée, et sait-on l'écrire ? Cette question est le point de départ du calcul intégral, et c'est elle qui rend possible la résolution des équations différentielles de la fin du chapitre.

L'esprit de cette partie est pratique. On ne construit pas l'intégrale, on ne redémontre pas ses propriétés : on met en place les techniques de calcul dont l'analyse, la physique et la chimie ont besoin dès les premières semaines.

Le cadre : l'intégrale sur un segment, admise à ce stade

Disons-le une fois pour toutes, afin de ne plus avoir à y revenir. Dans toute cette partie, on utilise l'intégrale abf(t)dt d'une fonction f continue sur un segment [a,b], telle qu'elle a été rencontrée au lycée : l'aire algébrique comprise entre la courbe et l'axe des abscisses. Sa construction rigoureuse et la démonstration de ses propriétés font l'objet du chapitre « Intégration », au second semestre.

Propriété

Propriétés de l'intégrale admises dans ce chapitre. Soient f et g continues sur un intervalle I, et a,b,c des points de I.

  1. Linéarité : pour tous scalaires μ et ν, ab(μf+νg)=μabf+νabg.
  2. Relation de Chasles : abf=acf+cbf, avec la convention baf=abf.
  3. Positivité : si ab et si f0 sur [a,b], alors abf0.
  4. Croissance : si ab et si fg sur [a,b], alors abfabg.

Ces quatre propriétés sont admises ici, et démontrées dans le chapitre « Intégration ».

Retenir la nuance de convention : l'écriture abf(t)dt garde un sens même si b<a, mais la positivité et la croissance, elles, exigent ab.

Définition d'une primitive

Dans toute cette partie, K désigne R ou C, et I un intervalle de R non réduit à un point. L'hypothèse « I est un intervalle » n'est pas un ornement : elle est au cœur de tous les énoncés qui suivent, et l'oublier est l'erreur numéro un du chapitre.

Définition

Soit f:IK une fonction définie sur un intervalle I.

On appelle primitive de f sur I toute fonction F:IK telle que :

  1. F est dérivable sur I ;
  2. pour tout xI, F(x)=f(x).

Remarque

Trois précautions de langage, à respecter dès la première ligne d'une copie.

  • On dit « une primitive de f », et surtout « sur I ». La notion n'a aucun sens sans la donnée de l'intervalle : xlnx est une primitive de x1x sur ]0,+[, mais elle n'est même pas définie sur ],0[.
  • On dit « une » primitive, jamais « la » primitive : il y en a une infinité, et c'est l'objet du paragraphe « Description de l'ensemble des primitives ».
  • Une primitive est automatiquement dérivable, donc continue, sur I : c'est une fonction plus régulière que f. Si de plus f est continue sur I, alors F=f est continue et F est de classe C1 sur I.

Exemple

Quelques vérifications immédiates. Toutes s'obtiennent en dérivant la fonction proposée : c'est le seul contrôle possible d'une primitive, et il faut en prendre l'habitude systématique.

  • F(x)=x44 est une primitive de f(x)=x3 sur R, car F(x)=4x34=x3.
  • F(x)=x4411 convient tout autant : la constante disparaît à la dérivation.
  • F(x)=cosx est une primitive de f(x)=sinx sur R.
  • F(x)=shx est une primitive de f(x)=chx sur R, puisque sh=ch (partie A).
  • F(x)=xlnxx est une primitive de f(x)=lnx sur ]0,+[ : en effet F(x)=lnx+x×1x1=lnx.
  • F(x)=Arctan(2x) est une primitive de f(x)=21+4x2 sur R.

Le cas des fonctions à valeurs complexes ne demande aucune théorie nouvelle. D'après la partie A, une fonction F:IC est dérivable si et seulement si Re(F) et Im(F) le sont, et alors F=(ReF)+i(ImF).

Propriété

Soient f:IC et F:IC. Alors F est une primitive de f sur I si et seulement si Re(F) est une primitive de Re(f) et Im(F) est une primitive de Im(f) sur I.

Démonstration. C'est exactement la caractérisation de la dérivabilité d'une fonction à valeurs complexes rappelée ci-dessus, appliquée à F. Dire que F est dérivable de dérivée f équivaut à dire que Re(F) et Im(F) sont dérivables avec

(ReF)=Re(f)et(ImF)=Im(f),

c'est-à-dire que Re(F) est une primitive de Re(f) et Im(F) une primitive de Im(f).

Cette remarque paraît anodine ; elle est en réalité l'outil le plus rentable de la partie B. Elle permettra de calculer deux primitives réelles d'un seul coup en travaillant avec une seule exponentielle complexe.

Existence des primitives : le théorème admis

Rien, dans la définition, ne garantit qu'une fonction possède une primitive. Le résultat suivant répond à la question pour les fonctions continues. Le programme précise qu'on le rappelle sans démonstration ; il est donc admis ici.

Propriété

Théorème (ADMIS). Soit f une fonction continue sur un intervalle I, à valeurs dans K, et soit x0I. Alors la fonction

Φ:xx0xf(t)dt

est définie et dérivable sur I, de dérivée f, et vérifie Φ(x0)=0.

En particulier : toute fonction continue sur un intervalle y admet des primitives.

Remarque

Ce théorème est admis pour deux raisons distinctes, et il est honnête de les nommer : d'une part la quantité x0xf(t)dt n'a pas encore reçu de définition rigoureuse (au lycée l'intégrale a été introduite comme une aire, et sa construction propre est reportée au chapitre « Intégration ») ; d'autre part la démonstration de la dérivabilité de Φ utilise des outils d'analyse qui ne sont pas encore disponibles. On l'utilise donc comme un acquis : l'objectif de cette partie est de savoir calculer des primitives, pas de refonder l'intégrale.

Insistons sur ce que ce théorème ne dit pas. Il ne dit pas que toute fonction admet une primitive : l'hypothèse de continuité est essentielle. Et il ne fournit aucune formule exploitable en général : la fonction xex2 est continue sur R, elle y admet donc des primitives, pourtant aucune d'elles ne s'exprime à l'aide des fonctions usuelles (résultat difficile, hors programme). « Avoir une primitive » et « savoir l'écrire » sont deux choses différentes.

Description de l'ensemble des primitives

Nous arrivons au point où l'hypothèse « I est un intervalle » devient décisive. Tout repose sur le lemme suivant.

Propriété

Lemme (admis ici, démontré dans le chapitre « Fonctions d'une variable réelle : limites et continuité, dérivabilité »). Soit g une fonction dérivable sur un intervalle I, à valeurs dans K, telle que g(x)=0 pour tout xI. Alors g est constante sur I.

Remarque

L'hypothèse d'intervalle est indispensable, et voici pourquoi. Considérons l'ensemble R=],0[]0,+[, qui n'est pas un intervalle, et la fonction

g:x{0si x<0,1si x>0.

Cette fonction est dérivable sur R et sa dérivée y est identiquement nulle : au voisinage de chaque point de R, g coïncide avec une fonction constante. Pourtant g n'est pas constante sur R. Ce que dit le lemme, c'est que g est constante sur chacun des deux intervalles qui composent R, avec deux constantes qui n'ont aucune raison d'être égales.

Propriété

Théorème (description des primitives). Soit f:IK une fonction définie sur un intervalle I et admettant au moins une primitive F0 sur I. Alors l'ensemble des primitives de f sur I est exactement

{xF0(x)+C  ;  CK}.

Autrement dit : deux primitives d'une même fonction sur un intervalle diffèrent d'une constante.

Démonstration. On procède par double inclusion.

() Soit CK et G=F0+C. La fonction G est dérivable sur I comme somme de F0, dérivable, et d'une fonction constante ; et pour tout xI,

G(x)=F0(x)+0=f(x).

Donc G est une primitive de f sur I.

() Réciproquement, soit G une primitive quelconque de f sur I. Posons g=GF0. La fonction g est dérivable sur I comme différence de deux fonctions dérivables, et pour tout xI,

g(x)=G(x)F0(x)=f(x)f(x)=0.

Comme I est un intervalle, le lemme s'applique : g est constante sur I. Il existe donc CK tel que GF0=C, c'est-à-dire G=F0+C.

Les deux inclusions donnent l'égalité annoncée.

Remarque

L'erreur numéro un du chapitre. Sur R, qui n'est pas un intervalle, les deux fonctions

F(x)=1xetG(x)={1xsi x<0,1x+5si x>0

sont toutes deux des primitives de x1x2, et leur différence n'est pas constante. Écrire « les primitives de 1x2 sur R sont les 1x+C » est donc faux.

Conclusion pratique, à appliquer sans exception : on résout toujours un problème de primitive sur un intervalle, et s'il y en a plusieurs, on les traite séparément, avec une constante par intervalle.

Le théorème a une conséquence très utilisée : une primitive est entièrement déterminée par la donnée d'une seule valeur.

Propriété

Corollaire. Soit f continue sur un intervalle I, soient x0I et y0K. Il existe une unique primitive F de f sur I vérifiant F(x0)=y0, à savoir

F:xy0+x0xf(t)dt.

Démonstration. Existence. D'après le théorème admis, Φ:xx0xf(t)dt est une primitive de f sur I avec Φ(x0)=0. La fonction F=Φ+y0 est encore une primitive de f (sens du théorème précédent) et F(x0)=0+y0=y0.

Unicité. Si F1 et F2 sont deux primitives de f sur I prenant la valeur y0 en x0, alors F1F2 est constante sur l'intervalle I ; cette constante vaut F1(x0)F2(x0)=y0y0=0. Donc F1=F2.

Exemple

Une primitive n'est pas « la » primitive. Cherchons la primitive F de f:x1x vérifiant F(1)=3, sur l'intervalle ],0[.

Sur cet intervalle, lnx=ln(x) est une primitive de f, car (ln(x))=1x=1x. Toute primitive s'écrit donc F(x)=ln(x)+C. La condition donne ln1+C=3, soit C=3, d'où

F(x)=ln(x)+3.

Vérification : F(x)=1x et F(1)=0+3=3.

Noter que la primitive de f valant 3 en 1 ne dit rien de ce qui se passe sur ]0,+[ : les deux intervalles sont deux problèmes indépendants.

Notations et calcul d'intégrales

Définition

Soit f une fonction admettant des primitives sur un intervalle I. On note indifféremment

f(x)dxouxf(t)dt

une primitive générique de f sur I, c'est-à-dire une primitive définie à une constante additive près. On écrit par exemple

x3dx=x44+C,CR.

Remarque

La seconde notation, xf(t)dt, est celle du programme. Elle rappelle d'où vient la primitive : c'est x0xf(t)dt dont on a oublié la borne du bas, précisément parce que changer x0 ne change la fonction que d'une constante.

Trois mises en garde sur ces notations, commodes mais dangereuses.

  • f(x)dx n'est pas une fonction : c'est toute une famille de fonctions. L'égalité f=g signifie seulement que f et g ont les mêmes primitives sur l'intervalle considéré, donc que f=g.
  • La variable est muette : f(x)dx et f(t)dt désignent la même chose. En revanche, dans xf(t)dt, le x du haut n'est pas muet, lui.
  • Il ne faut jamais confondre ces notations avec abf(t)dt, qui est un nombre.

Propriété

Théorème. Soit f une fonction continue sur un intervalle I, à valeurs dans K, et soit F une primitive quelconque de f sur I. Alors, pour tous a,bI,

abf(t)dt=F(b)F(a)=[F(t)]ab.

Démonstration. Posons G:xaxf(t)dt. D'après le théorème admis appliqué avec x0=a, la fonction G est une primitive de f sur I et G(a)=0. Soit F une primitive quelconque de f sur I : d'après le théorème de description, il existe CK tel que F=G+C. Alors

F(b)F(a)=(G(b)+C)(G(a)+C)=G(b)G(a)=abf(t)dt0,

ce qui est l'égalité annoncée.

Remarque

Le point crucial est que le résultat ne dépend pas de la primitive choisie : la constante additive se simplifie dans la différence F(b)F(a). C'est pourquoi, dans un calcul d'intégrale, on n'écrit jamais le +C : il serait inutile, et il trahirait une confusion entre le nombre et la famille de fonctions.

Exemple

a. Calculons 12(4t33t)dt. Sur ]0,+[, qui contient [1,2], une primitive de l'intégrande est F(t)=t43lnt. Donc

12(4t33t)dt=[t43lnt]12=(163ln2)(10)=153ln2.

b. Calculons 21dtt. Le segment [2,1] est inclus dans ],0[, sur lequel tlnt est une primitive de t1t, donc l'intégrale vaut [lnt]21=ln1ln2=ln2. Le résultat est négatif, ce qui était prévisible : sur [2,1] la fonction t1t est négative.

Remarque

Une faute qui coûte cher. Un calcul comme

11dtt2=[1t]11=1+(1)=2

est absurde : l'intégrande est strictement positif, une intégrale « de gauche à droite » d'une fonction positive ne peut pas être négative. L'erreur est en amont : la fonction t1t2 n'est pas définie en 0, donc pas continue sur [1,1], et le théorème ne s'applique pas. Avant toute chose, on vérifie que l'intégrande est continu sur le segment d'intégration.

Primitives usuelles

Les tableaux ci-dessous se lisent dans les deux sens : de gauche à droite ce sont des primitives, de droite à gauche ce sont les dérivées de la partie A. Il n'y a donc rien de neuf à mémoriser, seulement une nouvelle façon de lire un tableau déjà connu. Dans chaque ligne, C désigne une constante arbitraire, et la dernière colonne précise un intervalle sur lequel l'égalité est valable.

Puissances, exponentielle et logarithme.

f(x) f(x)dx Intervalle
xn, nN xn+1n+1+C R
xα, αR{1} xα+1α+1+C ]0,+[
1x lnx+C ]0,+[ ou ],0[
1x2 1x+C ]0,+[ ou ],0[
1x 2x+C ]0,+[
ex ex+C R
lnx xlnxx+C ]0,+[

Fonctions trigonométriques et circulaires réciproques.

f(x) f(x)dx Intervalle
sinx cosx+C R
cosx sinx+C R
1+tan2x=1cos2x tanx+C ]π2,π2[ (modulo π)
tanx lncosx+C ]π2,π2[ (modulo π)
11x2 Arcsinx+C ]1,1[
11+x2 Arctanx+C R

Fonctions hyperboliques.

f(x) f(x)dx Intervalle
shx chx+C R
chx shx+C R

Remarque

Quelques commentaires sur ces tableaux, tous utiles en pratique.

  • La valeur α=1 est exclue de la formule xα+1α+1 : le dénominateur s'annulerait. C'est exactement le cas 1x, qui donne un logarithme et non une puissance. C'est la première chose à vérifier avant d'appliquer la formule.
  • Pour 1x, la valeur absolue permet une écriture unique valable sur les deux intervalles, mais elle ne dispense pas de préciser sur lequel on travaille.
  • La fonction x11x2 a pour primitive Arccos sur ]1,1[ ; comme Arccosx=π2Arcsinx (partie A), cette ligne n'apporterait rien et on ne la retient pas.
  • Contrôle de la ligne du logarithme : (xlnxx)=lnx+x×1x1=lnx. Cette primitive se retrouve en trois lignes par intégration par parties : inutile de l'apprendre par cœur.
  • Les deux seules fonctions hyperboliques au programme sont sh et ch, et la seule formule exigible les concernant est ch2xsh2x=1.

Exemple

Six primitives immédiates, à écrire sans réfléchir.

a. (3x25)dx=x35x+C sur R.

b. dxx=2x+C sur ]0,+[.

c. (ex+chx)dx=ex+shx+C sur R.

d. 5dx1+x2=5Arctanx+C sur R.

e. x3dx=12x2+C sur ]0,+[.

f. dxcos2x=tanx+C sur ]π2,π2[.

Reconnaître la dérivée d'une fonction composée

C'est la technique la plus rentable de tout le chapitre, et le programme la mentionne explicitement. Elle consiste à lire à l'envers la formule de dérivation d'une composée : si u est dérivable sur I et g dérivable sur un intervalle contenant u(I), alors

(gu)=u×(gu),

autrement dit une primitive de u×(gu) est gu. En pratique on retient les deux tableaux suivants, dans lesquels u est dérivable sur un intervalle I.

Formes algébriques.

Forme reconnue Une primitive Condition sur I
uun, nN un+1n+1 aucune
uuα, α1 uα+1α+1 u>0 sur I
uu lnu u ne s'annule pas sur I
uu2 1u u ne s'annule pas sur I
uu 2u u>0 sur I

Formes transcendantes.

Forme reconnue Une primitive Condition sur I
ueu eu aucune
ucosu sinu aucune
usinu cosu aucune
u1+u2 Arctanu aucune
uchu ; ushu shu ; chu aucune

Méthode

Reconnaître une dérivée de composée.

  1. Repérer dans l'expression une fonction u « intérieure » : ce qui est sous une racine, en exposant, au dénominateur, à l'intérieur d'un cosinus ou d'un logarithme.
  2. Calculer u et le chercher en facteur dans l'expression. S'il y manque une constante multiplicative, la faire apparaître : c'est toujours possible, et c'est la seule retouche autorisée.
  3. Appliquer la ligne du tableau, en vérifiant la condition sur I (signe de u, non-annulation).
  4. Dériver le résultat pour contrôler. Cette étape n'est pas facultative : elle coûte trois lignes et elle attrape toutes les erreurs de constante.

Un mot sur l'étape 2 : on n'a le droit de faire entrer et sortir que des constantes. Écrire xex2dx=1x2xex2dx serait une faute grossière, puisque 1x n'est pas constant et ne peut donc pas franchir le signe d'intégration.

Exemple

Six calculs types, chacun vérifié par dérivation.

a. 2x+3x2+3x+7dx sur R. On pose u(x)=x2+3x+7, donc u(x)=2x+3 : l'expression est exactement uu. Le discriminant de u vaut 928=19<0, donc u ne s'annule pas et reste strictement positif : la valeur absolue est inutile. Ainsi 2x+3x2+3x+7dx=ln(x2+3x+7)+C, dont on vérifie aussitôt que la dérivée est l'intégrande.

b. x2ex3dx=13ex3+C sur R : avec u(x)=x3 et u(x)=3x2, l'expression vaut 13ueu. Vérification : (13ex3)=13×3x2ex3=x2ex3.

c. x3(1+x4)2dx=14(1+x4)+C sur R : avec u(x)=1+x4, l'expression vaut 14×uu2, et u>0 ne s'annule pas. Vérification : (14(1+x4)1)=14×4x3(1+x4)2=x3(1+x4)2.

d. cosxsinxdx=2sinx+C sur ]0,π[ : avec u(x)=sinx, l'expression est uu, et u>0 sur cet intervalle, condition bien vérifiée. Vérification : (2sinx)=2×cosx2sinx=cosxsinx.

e. dxxlnx=ln(lnx)+C sur ]1,+[, en écrivant 1xlnx=1/xlnx=uu avec u(x)=lnx>0.

f. ch(3x)dx sur R. Avec u(x)=3x et u(x)=3, l'expression vaut 13uchu, donc

ch(3x)dx=13sh(3x)+C.

Vérification : (13sh(3x))=13×3ch(3x)=ch(3x).

Exemple

Un calcul d'intégrale complet. Calculons 0π/4tantdt. Sur [0,π4], la fonction cosinus est continue et strictement positive, donc tan y est continue et tant=sintcost=u(t)u(t) avec u(t)=cost. Une primitive est donc tln(cost), et

0π/4tantdt=[ln(cost)]0π/4=ln22+ln1=ln220,35.

Contrôle : sur cet intervalle de longueur 0,785, la fonction tan varie de 0 à 1 : le résultat est plausible.

Remarque

Le réflexe de linéarisation. Certaines expressions ne sont pas des dérivées de composées, mais le deviennent après une transformation trigonométrique (partie « Calcul algébrique et trigonométrie »). Ainsi, avec cos2x=1+cos(2x)2,

cos2xdx=x2+sin(2x)4+C.

Vérification : (x2+sin2x4)=12+2cos2x4=1+cos2x2=cos2x. De même sin2xdx=x2sin2x4+C. Écrire cos2xdx=cos3x3 serait absurde : la forme uu2 exigerait un facteur u=sinx qui n'est pas là.

Même idée pour un produit : sin(5x)cos(3x)=12(sin(8x)+sin(2x)), d'où sin(5x)cos(3x)dx=cos(8x)16cos(2x)4+C, dont la dérivée vaut bien sin8x+sin2x2.

Primitives de xeλx avec λ complexe

Le programme exige explicitement ce paragraphe, et l'on comprend vite pourquoi : c'est le raccourci qui rend calculables, sans peine, les primitives de xeaxcos(bx) et xeaxsin(bx).

On rappelle le résultat de la partie A : pour λC, la fonction xeλx, de R dans C, est dérivable sur R de dérivée xλeλx.

Propriété

Soit λC. Les primitives sur R de xeλx sont les fonctions

xeλxλ+C,CC.

Démonstration. La fonction F:xeλxλ est dérivable sur R et, pour tout x,

F(x)=λeλxλ=eλx,

donc F est une primitive de xeλx. Comme R est un intervalle, le théorème de description donne toutes les autres en ajoutant une constante complexe.

Méthode

Primitives de xeaxcos(bx) et xeaxsin(bx) : le passage aux complexes.

Soient a,b réels avec (a,b)(0,0), et posons λ=a+ibC.

  1. Remarquer que eλx=eaxeibx=eaxcos(bx)+ieaxsin(bx), donc
eaxcos(bx)=Re ⁣(eλx)eteaxsin(bx)=Im ⁣(eλx).
  1. Écrire G(x)=eλxλ, primitive de xeλx.
  2. Mettre G(x) sous forme algébrique : multiplier par le conjugué du dénominateur, puis développer eλx avec la forme exponentielle.
  3. Conclure : Re(G) est une primitive de xeaxcos(bx) et Im(G) une primitive de xeaxsin(bx).

On retient la méthode, jamais la formule finale : la refaire sur l'exemple demandé prend cinq lignes et évite toute erreur de mémoire.

Exemple

Calcul entièrement rédigé. Déterminons les primitives sur R de

f:xe2xcos(3x)etg:xe2xsin(3x).

Étape 1. Posons λ=2+3i. Pour tout xR,

eλx=e2xe3ix=e2x(cos(3x)+isin(3x)),

donc f(x)=Re ⁣(eλx) et g(x)=Im ⁣(eλx).

Étape 2. Comme λ0, une primitive de xeλx est G(x)=e(2+3i)x2+3i.

Étape 3. On multiplie par le conjugué : 12+3i=23i(2+3i)(23i)=23i13. Donc

G(x)=e2x13(cos(3x)+isin(3x))(23i)=e2x13(2cos(3x)3icos(3x)+2isin(3x)+3sin(3x))=e2x13((2cos(3x)+3sin(3x))+i(2sin(3x)3cos(3x))).

Étape 4. En séparant partie réelle et partie imaginaire :

e2xcos(3x)dx=e2x13(2cos(3x)+3sin(3x))+C,e2xsin(3x)dx=e2x13(2sin(3x)3cos(3x))+C.

Vérification de la première, avec F(x)=e2x13(2cos3x+3sin3x) :

F(x)=2e2x13(2cos3x+3sin3x)+e2x13(6sin3x+9cos3x)=e2x13((4+9)cos3x+(66)sin3x)=e2xcos(3x).

Vérification de la seconde, avec H(x)=e2x13(2sin3x3cos3x) : le même calcul donne H(x)=e2x13((4+9)sin3x+(6+6)cos3x)=e2xsin(3x). Les deux résultats sont confirmés, et un seul calcul en a donné deux.

Cette idée sert dès qu'un produit de fonctions oscillantes apparaît. Elle est particulièrement précieuse en physique, où les grandeurs et/τcos(ωt) sont le pain quotidien de l'étude des régimes transitoires, et nous la retrouverons telle quelle pour les équations du second ordre.

Intégration par parties et changement de variable

Les primitives usuelles et la reconnaissance de composées ne suffisent pas. Que faire de xexdx, où le produit ne correspond à aucune ligne des tableaux précédents ? Deux techniques permettent de transformer une intégrale en une autre, espérée plus simple. Elles ne sont rien d'autre que la lecture inverse des deux règles de dérivation les plus importantes : celle du produit, et celle de la composée.

Dans toute cette section, les fonctions sont définies sur un intervalle I, à valeurs dans K, et les segments considérés sont inclus dans I.

Intégration par parties

Propriété

Théorème (intégration par parties). Soient u et v deux fonctions de classe C1 sur un intervalle I, à valeurs dans K, et soient a,bI. Alors

abu(t)v(t)dt=[u(t)v(t)]ababu(t)v(t)dt.

Démonstration. Les fonctions u et v étant dérivables sur I, leur produit uv l'est aussi et, d'après la formule de dérivation d'un produit (partie A),

(uv)=uv+uv.

Comme u, v, u et v sont continues sur I (c'est le sens de « de classe C1 »), la fonction uv+uv est continue sur I, et l'égalité ci-dessus dit précisément que uv est une primitive de uv+uv sur I. Le théorème reliant intégrale et primitive donne alors

ab(u(t)v(t)+u(t)v(t))dt=[u(t)v(t)]ab.

Par linéarité de l'intégrale (propriété admise au début de cette partie), le membre de gauche vaut abuv+abuv, ces deux intégrales ayant un sens puisque leurs intégrandes sont continus. Il ne reste qu'à faire passer abuv dans l'autre membre.

Remarque

Sur les hypothèses. Le programme précise que « pour les applications pratiques, on ne demande pas de rappeler les hypothèses de régularité ». Autrement dit, dans un calcul d'intégrale, on ne perd pas trois lignes à justifier que tt et tet sont de classe C1.

Cela ne signifie pas que les hypothèses n'existent pas. Une fois au moins dans l'année, on écrit la rédaction complète, comme dans l'exemple a ci-dessous ; ensuite on va à l'essentiel. Et dès qu'une des deux fonctions a un domaine restreint (un ln, une racine, un quotient), on redevient explicite sur l'intervalle de travail : c'est là que se cachent les vraies erreurs.

La version « primitives » de la formule s'écrit uv=uvuv, à comprendre à une constante additive près. Elle est commode, mais quand on dispose de bornes, mieux vaut les garder : les termes tout intégrés se calculent au fur et à mesure.

Sur les noms des deux fonctions. On rencontre tout aussi souvent la formule écrite dans l'autre sens, abu(t)v(t)dt=[u(t)v(t)]ababu(t)v(t)dt : c'est exactement la même, aux noms près, obtenue en échangeant les lettres u et v. C'est d'ailleurs cette seconde écriture qui est utilisée dans la fiche d'exercices et dans le devoir. Ce qu'il faut retenir n'est donc pas la lettre, mais la structure : l'un des deux facteurs est dérivé, l'autre est primitivé, et le crochet contient le produit de la fonction dérivée par la primitive de l'autre.

Méthode

Choisir qui dériver et qui primitiver.

Dans ab(facteur 1)×(facteur 2)dt, on choisit v, le facteur que l'on dérive, et u, le facteur que l'on primitive. La règle est simple : on dérive ce qui se simplifie, on primitive ce qui ne se dégrade pas.

Intégrande On dérive v On primitive u Effet
P(t)eat P eat le degré de P baisse de 1
P(t)cos(at), P(t)sin(at) P cos ou sin idem
P(t)lnt lnt P le logarithme disparaît
lnt, Arctant, Arcsint seuls la fonction 1 apparition d'une fraction
eatcos(bt) l'un des deux l'autre système « circulaire »

Points de vigilance :

  • si P est de degré n, il faut n intégrations par parties successives ;
  • pour une fonction seule (logarithme, fonction circulaire réciproque), on prend u(t)=1, donc u(t)=t : c'est le seul cas où l'on « invente » un facteur, et c'est une astuce à connaître par cœur ;
  • on est libre du choix de la primitive u : prendre u(t)=t+1 au lieu de t simplifie parfois beaucoup la suite.

Exemple

a. Polynôme fois exponentielle, rédaction complète. Calculons 01tetdt.

Les fonctions u:tet et v:tt sont de classe C1 sur [0,1], avec u(t)=et et v(t)=1. La formule d'intégration par parties donne

01tetdt=[tet]01+01etdt=e1+[et]01=e1e1+1=12e.

Contrôle : 12e10,736=0,264, et l'intégrande varie entre 0 et e10,37 sur un intervalle de longueur 1 : cohérent.

b. Le logarithme seul. Calculons 1elntdt.

On pose u(t)=1 et v(t)=lnt, donc u(t)=t et v(t)=1t ; ces fonctions sont de classe C1 sur [1,e]]0,+[. Alors

1elntdt=[tlnt]1e1et×1tdt=e[t]1e=e(e1)=1.

Mené sans bornes, le même calcul redonne la primitive tlntt du tableau des primitives usuelles.

c. Polynôme fois logarithme. Calculons 1et2lntdt. On dérive le logarithme et on primitive le polynôme : v(t)=lnt, v(t)=1t, u(t)=t2, u(t)=t33, d'où

1et2lntdt=[t33lnt]1e131et2dt=e33e319=2e3+194,6.

d. Une fonction circulaire réciproque seule. Calculons 01/2Arcsinxdx.

On pose u(x)=1, u(x)=x, v(x)=Arcsinx et v(x)=11x2, fonctions de classe C1 sur [0,12]]1,1[. Alors

01/2Arcsinxdx=[xArcsinx]01/201/2x1x2dx.

La dernière intégrale se reconnaît : avec u(x)=1x2, l'intégrande vaut 12×uu, dont une primitive est 1x2. Donc

01/2Arcsinxdx=12×π6+[1x2]01/2=π12+321.

Contrôle : 0,262+0,8661=0,128, cohérent avec une fonction qui croît de 0 à π60,52 sur un intervalle de longueur 0,5.

e. Deux intégrations par parties. Calculons 0πt2costdt.

Première intégration par parties, avec u(t)=cost, u(t)=sint, v(t)=t2, v(t)=2t :

0πt2costdt=[t2sint]0π20πtsintdt=020πtsintdt,

puisque sinπ=sin0=0.

Seconde intégration par parties, avec u(t)=sint, u(t)=cost, v(t)=t, v(t)=1 :

0πtsintdt=[tcost]0π+0πcostdt=π+[sint]0π=π.

Conclusion : 0πt2costdt=2π. Le signe négatif n'a rien d'étonnant : sur ]π2,π], où t2 est grand, le cosinus est négatif.

L'intégration par parties circulaire

Il arrive que deux intégrations par parties ramènent à l'intégrale de départ. Loin d'être un échec, c'est une équation dont l'intégrale cherchée est l'inconnue.

Exemple

Le cas d'école. Calculons

I=01etsintdtetJ=01etcostdt.

Toutes les fonctions en jeu sont de classe C1 sur [0,1].

Intégration par parties dans I, avec u(t)=et, u(t)=et, v(t)=sint, v(t)=cost :

I=[etsint]0101etcostdt=esin1J.

Intégration par parties dans J, avec u(t)=et, v(t)=cost, v(t)=sint :

J=[etcost]01+01etsintdt=ecos11+I.

On obtient un système de deux équations aux inconnues I et J. En substituant la seconde dans la première :

I=esin1(ecos11+I),soit2I=e(sin1cos1)+1.

Finalement

I=e(sin1cos1)+12etJ=ecos11+I=e(sin1+cos1)12.

Contrôle par les complexes. Avec λ=1+i et 11+i=1i2, on obtient e(1+i)t1+i=et2((cost+sint)+i(sintcost)) : une primitive de tetsint est donc tet2(sintcost), et I=e(sin1cos1)+12. Les deux méthodes concordent, avec I0,909.

Moralité : pour eatcos(bt) et eatsin(bt), les deux voies sont correctes, mais le passage aux complexes est plus court et beaucoup moins exposé aux erreurs de signe. On garde l'intégration par parties circulaire comme méthode de secours, et comme exercice de rédaction.

Changement de variable

Propriété

Théorème (changement de variable). Soient I et J deux intervalles, f:IK une fonction continue, et φ:JR une fonction de classe C1 telle que φ(J)I. Alors, pour tous α,βJ,

φ(α)φ(β)f(x)dx=αβf(φ(t))φ(t)dt.

Démonstration. La fonction f est continue sur l'intervalle I : d'après le théorème admis, elle y admet une primitive F. Comme φ est dérivable sur J à valeurs dans I et F dérivable sur I, la composée Fφ est dérivable sur J et, pour tout tJ,

(Fφ)(t)=φ(t)F(φ(t))=f(φ(t))φ(t).

Cette dérivée est continue sur J : φ l'est car φ est de classe C1, et fφ l'est comme composée de fonctions continues. Ainsi Fφ est une primitive de tf(φ(t))φ(t) sur J, et

αβf(φ(t))φ(t)dt=[F(φ(t))]αβ=F(φ(β))F(φ(α)).

Or φ(α) et φ(β) appartiennent à I, et F est une primitive de f sur I : cette dernière différence vaut exactement φ(α)φ(β)f(x)dx.

Remarque

Les deux sens de lecture. La formule s'utilise dans les deux directions, et une bonne copie dit laquelle elle emploie.

  • De la droite vers la gauche (reconnaissance). L'intégrande est déjà de la forme f(φ(t))φ(t) : on pose x=φ(t), et l'intégrale se simplifie en f(x)dx entre les nouvelles bornes. C'est la version « avec bornes » de la reconnaissance de composées.
  • De la gauche vers la droite (substitution, ou changement « à rebours »). On part de abf(x)dx et l'on choisit φ de classe C1 ainsi que α,β tels que φ(α)=a et φ(β)=b ; on remplace x par φ(t) et dx par φ(t)dt. Le théorème n'exige rien de plus que ces deux conditions sur les bornes ; en pratique on choisit tout de même φ monotone, ce qui rend α et β évidents et évite les erreurs de signe sur les valeurs absolues.

Méthode

Mettre en œuvre un changement de variable.

  1. Annoncer le changement : « on pose x=φ(t) », en précisant l'intervalle de variation de t.
  2. Écrire la relation entre les différentielles : dx=φ(t)dt.
  3. Changer les bornes, c'est l'erreur numéro un : si x va de a à b, alors t va de α à β avec φ(α)=a et φ(β)=b.
  4. Réécrire entièrement l'intégrande en fonction de t, simplifier, calculer.
  5. Contrôler le résultat (ordre de grandeur, signe, cas particulier connu).

Un changement de variable se motive : on annonce ce qu'il élimine (une racine, un dénominateur, une exponentielle). Un changement sorti du chapeau, même juste, ne vaut rien dans une copie.

Les substitutions à connaître, avec la situation qui les déclenche :

a. x=φ(t) reconnue dans l'expression : le cas le plus fréquent.

b. x=asint en présence de a2x2.

c. x=atant en présence de a2+x2.

d. x=lnu quand tout ne dépend que de ex.

e. x=t2 en présence de x.

f. ta+bt pour exploiter une symétrie des bornes.

Exemple

a. Reconnaissance. Calculons 01t2(1+t3)2dt.

On pose x=φ(t)=1+t3, de classe C1 sur [0,1], avec dx=3t2dt. Bornes : t=0 donne x=1, et t=1 donne x=2. La fonction x1x2 est continue sur ]0,+[, qui contient φ([0,1])=[1,2]. Donc

01t2dt(1+t3)2=13013t2dt(1+t3)2=1312dxx2=13[1x]12=13(12+1)=16.

b. Substitution x=asint. Calculons 014x2dx.

La racine est gênante ; on la fait disparaître avec l'identité cos2+sin2=1. On pose x=φ(t)=2sint pour t[0,π6] : φ est de classe C1, φ(0)=0, φ ⁣(π6)=1, et dx=2costdt. Sur [0,π6] on a cost0, donc

44sin2t=2cos2t=2cost=2cost.

Ce contrôle du signe est le point délicat, il ne faut jamais le sauter. Il vient

014x2dx=0π/62cost×2costdt=40π/6cos2tdt=20π/6(1+cos2t)dt,

puis

014x2dx=2[t+sin2t2]0π/6=2(π6+12×32)=π3+32.

Contrôle : 1,047+0,8661,91, et l'intégrande décroît de 2 à 31,73 sur un intervalle de longueur 1 : parfaitement cohérent.

c. Substitution x=atant. Calculons 01dx(1+x2)2.

On pose x=φ(t)=tant pour t[0,π4] : φ est de classe C1 sur cet intervalle, φ(0)=0, φ ⁣(π4)=1, et dx=(1+tan2t)dt. Comme 1+x2=1+tan2t, tout se simplifie :

01dx(1+x2)2=0π/41+tan2t(1+tan2t)2dt=0π/4dt1+tan2t=0π/4cos2tdt.

En linéarisant,

0π/4cos2tdt=120π/4(1+cos2t)dt=12[t+sin2t2]0π/4=12(π4+12)=π8+14.

Contrôle : 0,393+0,25=0,643, et l'intégrande décroît de 1 à 14 : cohérent.

d. Tout ne dépend que de ex. Calculons 0ln2dxex+ex. Ici la substitution est inutile : il suffit de multiplier haut et bas par ex pour faire apparaître une composée, puisque 1ex+ex=ex1+(ex)2=u1+u2 avec u(x)=ex. Donc

0ln2dxex+ex=[Arctan ⁣(ex)]0ln2=Arctan2π40,32.

e. Substitution x=t2. Calculons 01dx1+x.

On pose x=φ(t)=t2 pour t[0,1] : φ est de classe C1, φ(0)=0, φ(1)=1, et dx=2tdt. Comme t0, on a x=t2=t. Donc

01dx1+x=012t1+tdt=201(111+t)dt,

où l'on a écrit t1+t=(1+t)11+t=111+t. Ainsi

01dx1+x=2[tln(1+t)]01=2(1ln2).

Contrôle : 2(10,693)=0,614, cohérent avec une fonction qui décroît de 1 à 0,5.

Remarque

Les trois fautes classiques du changement de variable.

  1. Oublier de changer les bornes. Écrire 014x2dx=014cos2tdt est faux : après substitution, les bornes sont celles de t, pas celles de x.
  2. Oublier le facteur φ(t). Le dx doit être intégralement remplacé par φ(t)dt ; ce n'est pas une décoration.
  3. Écrire cos2t=cost sans justification. L'égalité correcte est cos2t=cost, et il faut invoquer l'intervalle de variation de t pour retirer la valeur absolue.

Remarque

Comment choisir entre les deux techniques ? Une règle simple couvre presque tous les exercices de ce niveau.

  • L'intégrande est un produit de deux fonctions de natures différentes (polynôme et exponentielle, polynôme et fonction trigonométrique, présence isolée d'un ln, d'un Arctan ou d'un Arcsin) : intégration par parties.
  • L'intégrande fait apparaître une fonction et sa dérivée, ou contient une racine, une exponentielle, un dénominateur que l'on veut faire disparaître d'un bloc : changement de variable.
  • Ni l'un ni l'autre : il reste la reconnaissance directe, la linéarisation trigonométrique, ou le passage aux complexes.

Primitives de fractions rationnelles simples

Le programme fixe ici un objectif très précis : savoir calculer les primitives de x1ax2+bx+c, puis, par un ajustement simple, celles de xαx+βax2+bx+c. Il ne s'agit surtout pas d'une théorie générale des fractions rationnelles : la décomposition en éléments simples, comme objet mathématique, relève du chapitre « Polynômes » et n'a pas sa place ici. Ce que l'on installe, c'est une technique de calcul, entièrement gouvernée par le signe du discriminant du dénominateur.

Dans toute cette section, a0 et Δ=b24ac. Un préalable vaut pour les trois cas : la fonction n'est définie que là où le dénominateur ne s'annule pas, et l'on travaille donc sur un intervalle sur lequel ax2+bx+c ne s'annule pas, donc garde un signe constant.

Premier cas : Δ>0

Le trinôme possède deux racines réelles distinctes r1<r2 et se factorise en ax2+bx+c=a(xr1)(xr2). La fonction est définie sur trois intervalles : ],r1[, ]r1,r2[ et ]r2,+[.

L'idée est de casser la fraction en deux morceaux dont chacun a une primitive évidente. Aucune théorie n'est requise : on cherche deux constantes.

Méthode

Décomposer à la main. On cherche deux réels A et B tels que, pour tout x distinct de r1 et r2,

1a(xr1)(xr2)=Axr1+Bxr2.
  1. Réduire le membre de droite au même dénominateur et identifier les numérateurs :
A(xr2)+B(xr1)=1apour tout x.
  1. Multiplier-évaluer : cette égalité de deux fonctions polynomiales est vraie pour tout x, donc en particulier pour x=r1, ce qui donne A immédiatement, puis pour x=r2, ce qui donne B. (On peut aussi identifier les coefficients de x et le terme constant : c'est équivalent, mais plus long.)
  2. Contrôler la décomposition en réduisant au même dénominateur.
  3. Primitiver terme à terme :
dxax2+bx+c=Alnxr1+Blnxr2+C.

Exemple

a. Un cas symétrique. Calculons les primitives de f:x1x24.

Factorisation. x24=(x2)(x+2), donc f est définie sur ],2[, ]2,2[ et ]2,+[.

Décomposition. On cherche A et B tels que 1(x2)(x+2)=Ax2+Bx+2, c'est-à-dire

A(x+2)+B(x2)=1pour tout x.

En x=2 : 4A=1, donc A=14. En x=2 : 4B=1, donc B=14. Contrôle :

14(x2)14(x+2)=(x+2)(x2)4(x2)(x+2)=44(x24)=1x24.

Primitives. Sur chacun des trois intervalles,

dxx24=14lnx214lnx+2+C=14lnx2x+2+C.

Vérification par dérivation, par exemple sur ]2,+[ où l'expression vaut 14(ln(x2)ln(x+2)) :

14(1x21x+2)=14×(x+2)(x2)x24=1x24.

b. Un cas avec a1. Calculons les primitives de g:x12x23x+1. Ici Δ=98=1>0, les racines sont 12 et 1, et 2x23x+1=(2x1)(x1). On cherche 1(2x1)(x1)=Ax1+B2x1, soit A(2x1)+B(x1)=1 pour tout x : en x=1, A=1 ; en x=12, B2=1, donc B=2. Sur chacun des trois intervalles,

dx2x23x+1=lnx12×12ln2x1+C=lnx12x1+C.

Le facteur 12 vient de la forme uu avec u(x)=2x1, dont la dérivée vaut 2 : il faut compenser. Vérification : la dérivée de lnx1ln2x1 vaut 1x122x1=(2x1)2(x1)(x1)(2x1)=12x23x+1.

Remarque

La constante C n'est pas la même sur les trois intervalles : chacun a la sienne. Répondre « les primitives sur R{2,2} sont … +C » serait exactement l'erreur dénoncée plus haut. On écrit : « sur ]2,+[, les primitives sont … », et on recommence pour les autres intervalles si la question le demande.

Deuxième cas : Δ=0

Le trinôme possède une racine double r=b2a et s'écrit ax2+bx+c=a(xr)2. Aucune décomposition n'est nécessaire : c'est directement la forme uu2.

Propriété

Soit a0 et rR. Sur ],r[ comme sur ]r,+[,

dxa(xr)2=1a(xr)+C.

Vérification. (1a(xr))=1a×(1(xr)2)=1a(xr)2.

Exemple

Calculons les primitives de x14x24x+1.

Ici Δ=1616=0 et 4x24x+1=(2x1)2. Sur ],12[ comme sur ]12,+[,

dx4x24x+1=12(2x1)+C.

Vérification : (12(2x1)1)=12×((2x1)2)×2=1(2x1)2.

Noter qu'il n'y a aucun logarithme dans ce cas. C'est une différence frappante avec le cas Δ>0, et un excellent moyen de vérifier qu'on n'a pas confondu les deux situations.

Troisième cas : Δ<0

Le trinôme ne s'annule jamais et garde le signe de a sur R tout entier : la fonction est définie sur R, il n'y a plus qu'un seul intervalle et une seule constante. La technique est la forme canonique, qui ramène le dénominateur à u2+ω2, puis l'arctangente.

Propriété

Soit ω>0. Sur R,

dxx2+ω2=1ωArctan ⁣(xω)+C.

Démonstration. En dérivant le membre de droite :

(1ωArctanxω)=1ω×1/ω1+x2ω2=1ω2×ω2ω2+x2=1x2+ω2.

Méthode

Traiter le cas Δ<0.

  1. Mettre a en facteur : ax2+bx+c=a(x2+bax+ca).
  2. Écrire la forme canonique :
x2+bax+ca=(x+b2a)2+ω2,ouˋ ω2=cab24a2=Δ4a2>0.
  1. Appliquer la formule ci-dessus avec u=x+b2a, dont la dérivée vaut 1 : rien à compenser. Ne pas oublier le facteur 1a mis en réserve à l'étape 1.
  2. Dériver le résultat pour vérifier.

En pratique, on n'apprend pas la formule générale : on refait la forme canonique sur l'exemple. C'est plus rapide, et surtout plus sûr.

Exemple

a. Cas a=1. Calculons les primitives sur R de x1x24x+13.

Le discriminant vaut Δ=1652=36<0. Forme canonique :

x24x+13=(x2)24+13=(x2)2+9,

donc ω=3 et

dxx24x+13=13Arctan ⁣(x23)+C.

Vérification :

(13Arctanx23)=13×1/31+(x2)29=19×99+(x2)2=1x24x+13.

b. Cas a1. Calculons les primitives sur R de x13x2+2x+1.

Discriminant : Δ=412=8<0. On met 3 en facteur puis on complète le carré :

3x2+2x+1=3(x2+23x+13)=3((x+13)219+13)=3((x+13)2+29),

donc ω=23. Il vient

dx3x2+2x+1=13×32Arctan ⁣(x+1323)+C=12Arctan ⁣(3x+12)+C.

Vérification :

(12Arctan3x+12)=12×3/21+(3x+1)22=32×22+(3x+1)2=39x2+6x+3=13x2+2x+1.

Numérateur affine

Quand le numérateur n'est plus constant, une seule idée : faire apparaître au numérateur la dérivée du dénominateur, qui vaut 2ax+b. Le morceau correspondant est de la forme uu et donne un logarithme ; ce qui reste a un numérateur constant, et relève de l'un des trois cas précédents.

Méthode

Primitives de xαx+βax2+bx+c.

  1. Calculer la dérivée du dénominateur : D(x)=2ax+b.
  2. Écrire αx+β=λ(2ax+b)+μ en identifiant : λ=α2a, puis μ=βλb. Vérifier l'identité en développant : cela prend une ligne et sécurise tout le reste.
  3. Séparer en deux intégrales :
αx+βax2+bx+cdx=λlnax2+bx+c+μdxax2+bx+c.
  1. Traiter la seconde intégrale selon le signe de Δ.
  2. Dériver le résultat pour contrôler.

Exemple

a. Le cas le plus favorable. Pour 2x5x25x+4dx, le numérateur est déjà la dérivée du dénominateur. Donc, sur tout intervalle où x25x+4=(x1)(x4) ne s'annule pas,

2x5x25x+4dx=lnx25x+4+C.

Aucune décomposition n'est nécessaire : c'est le réflexe à avoir avant de se lancer dans un calcul de racines.

b. Cas général avec Δ<0. Calculons les primitives sur R de x2x+5x24x+13.

Le dénominateur a pour discriminant 36<0 : il ne s'annule pas et reste strictement positif, la fonction est définie sur R et la valeur absolue du logarithme sera inutile.

Étape 1. D(x)=x24x+13 donne D(x)=2x4.

Étape 2. On écrit 2x+5=(2x4)+9. Contrôle immédiat : 2x4+9=2x+5.

Étape 3. On sépare :

2x+5x24x+13dx=2x4x24x+13dx+9dxx24x+13.

Étape 4. La première intégrale est de la forme uu et vaut ln(x24x+13) ; la seconde a été calculée plus haut. Finalement

2x+5x24x+13dx=ln(x24x+13)+3Arctan ⁣(x23)+C,

puisque 9×13=3.

Vérification par dérivation :

(ln(x24x+13)+3Arctanx23)=2x4x24x+13+3×1/31+(x2)29=2x4x24x+13+99+(x2)2=2x4x24x+13+9x24x+13=2x+5x24x+13.

Exemple

c. Une intégrale complète, avec Δ>0. Calculons 34x+1x24dx. Le dénominateur ne s'annule pas sur [3,4] et y est strictement positif : l'intégrande est continu, l'intégrale a un sens. Comme D(x)=2x, on écrit x+1=12(2x)+1, d'où

34x+1x24dx=12[ln(x24)]34+14[lnx2x+2]34=12ln125+14ln53,

en réutilisant pour le second morceau la décomposition du a ci-dessus. Contrôle : 0,438+0,1280,57, cohérent avec un intégrande qui décroît de 0,8 à 0,42 sur un intervalle de longueur 1.

Équations différentielles linéaires du premier ordre

Une équation différentielle est une équation dont l'inconnue est une fonction, et qui relie cette fonction à ses dérivées. La résoudre, c'est déterminer toutes les fonctions qui la vérifient : la réponse n'est jamais un nombre, c'est toujours un ensemble de fonctions.

Ces équations sont l'outil de modélisation par excellence des sciences expérimentales. Dès qu'un phénomène se décrit par « la vitesse de variation d'une grandeur dépend de la grandeur elle-même », une équation différentielle apparaît : charge d'un condensateur, refroidissement d'un corps, disparition d'un réactif, désintégration radioactive. La dernière section du chapitre est entièrement consacrée à ces situations.

Définitions et vocabulaire

Définition

Soit I un intervalle de R et soient a et b deux fonctions continues de I dans K (avec K=R ou C). On appelle équation différentielle linéaire du premier ordre l'équation

(E):y+a(x)y=b(x).

Une solution de (E) sur I est une fonction y:IK, dérivable sur I, telle que

xI,y(x)+a(x)y(x)=b(x).

L'équation

(E0):y+a(x)y=0

est l'équation homogène associée à (E). La fonction b est le second membre. Une solution particulière de (E) est une solution de (E) que l'on a exhibée. Enfin, la courbe représentative d'une solution s'appelle une courbe intégrale de (E).

Remarque

Quelques observations de vocabulaire, toutes importantes.

  • L'adjectif linéaire signifie que l'inconnue y et sa dérivée y n'apparaissent qu'au premier degré, et sans être composées avec quoi que ce soit : y+xy=sinx est linéaire ; y+y2=x et y=siny ne le sont pas, et sortent du programme.
  • Premier ordre : seule y intervient, pas y.
  • L'équation est écrite sous forme normalisée (ou résolue), c'est-à-dire avec le coefficient 1 devant y. C'est indispensable pour appliquer les théorèmes qui suivent ; le dernier paragraphe de cette section dit comment s'y ramener.
  • Toute solution de (E) est en réalité de classe C1 sur I : en effet y=bay est continue comme somme et produit de fonctions continues. Cette régularité est gratuite, on ne l'a pas supposée.
  • L'intervalle I fait partie du problème. Une même équation n'a pas les mêmes solutions selon l'intervalle sur lequel on la résout : parler des « solutions de (E) » sans dire où n'a aucun sens.

Résolution de l'équation homogène

C'est le cœur technique de la section, et la démonstration est entièrement à notre portée.

Propriété

Théorème. Soient I un intervalle et a:IK une fonction continue. Soit A une primitive de a sur I (elle existe, d'après le théorème admis de la première section). Alors l'ensemble des solutions sur I de

(E0):y+a(x)y=0

est exactement l'ensemble des fonctions

yλ:xλeA(x),λK.

Démonstration. On procède par double inclusion.

() Soit λK et yλ:xλeA(x). La fonction A est dérivable sur I, donc yλ l'est aussi, et pour tout xI,

yλ(x)=λ×(A(x))eA(x)=a(x)λeA(x)=a(x)yλ(x).

Ainsi yλ(x)+a(x)yλ(x)=0 : la fonction yλ est bien solution de (E0) sur I.

() Réciproquement, soit y une solution quelconque de (E0) sur I. C'est ici qu'intervient l'astuce du facteur intégrant : on pose

z:xy(x)eA(x).

La fonction z est dérivable sur I comme produit de fonctions dérivables, et pour tout xI,

z(x)=y(x)eA(x)+y(x)A(x)eA(x)=eA(x)(y(x)+a(x)y(x))=eA(x)×0=0.

Comme I est un intervalle et que z=0 sur I, le lemme admis plus haut affirme que z est constante : il existe λK tel que z(x)=λ pour tout xI. L'exponentielle ne s'annulant jamais, on peut diviser :

y(x)=λeA(x)pour tout xI.

Les deux inclusions donnent le résultat.

Remarque

Trois conséquences à retenir.

  • L'ensemble des solutions de (E0) est décrit par un unique paramètre λK. Une seule condition supplémentaire suffira donc à le déterminer.
  • Le choix de la primitive A est libre : remplacer A par A+k multiplie eA par la constante ek, ce qui revient simplement à renommer λ. En pratique on prend la primitive la plus simple, sans constante.
  • Une solution non nulle de (E0) ne s'annule jamais sur I, puisque eA(x)0. Autrement dit : si une solution de l'équation homogène s'annule en un seul point de I, elle est identiquement nulle sur I. Ce fait est un excellent outil de contrôle.

Propriété

Cas particulier : a constante. Si a(x)=aK pour tout x, alors A(x)=ax convient et les solutions de y+ay=0 sur R sont les fonctions

xλeax,λK.

Ce cas particulier, immédiat, est de très loin le plus fréquent dans les applications : décharge d'un condensateur, décroissance radioactive, refroidissement, cinétique chimique d'ordre 1.

Exemple

Trois équations homogènes.

a. Coefficient constant. Résolvons y+5y=0 sur R. Ici a(x)=5, une primitive est A(x)=5x : les solutions sont les xλe5x, λR.

b. Coefficient variable. Résolvons y3x2y=0 sur R. Ici a(x)=3x2 et A(x)=x3 convient. Les solutions sont les xλex3. Vérification : si y(x)=λex3, alors y(x)=3x2λex3=3x2y(x), donc y3x2y=0.

c. Un cas où l'exponentielle disparaît. Résolvons y+yx=0 sur ]0,+[. Ici a(x)=1x et A(x)=lnx convient sur cet intervalle. Alors

eA(x)=elnx=1x,

et les solutions sont les xλx. Vérification : y=λx donne y=λx2, donc y+yx=λx2+λx2=0.

Cet exemple est instructif : il ne faut jamais laisser l'écriture eA telle quelle quand elle se simplifie. Une réponse comme « y(x)=λelnx » n'est pas fausse, elle est simplement mal finie.

Structure de l'ensemble des solutions

Propriété

Théorème (structure). Soient a et b continues sur un intervalle I, et soit yp une solution particulière de (E):y+a(x)y=b(x) sur I. Alors l'ensemble des solutions de (E) sur I est

{yp+yh  ;  yh solution de (E0) sur I}={xyp(x)+λeA(x)  ;  λK},

A est une primitive de a sur I.

Formule à retenir : solution générale de (E) = une solution particulière de (E) + solution générale de (E0).

Démonstration. Double inclusion, une fois encore.

() Soit yh une solution de (E0) et posons y=yp+yh. Cette fonction est dérivable sur I et, pour tout xI,

y(x)+a(x)y(x)=(yp(x)+a(x)yp(x))=b(x)+(yh(x)+a(x)yh(x))=0=b(x).

Donc y est solution de (E).

() Réciproquement, soit y une solution quelconque de (E) sur I, et posons yh=yyp. Cette fonction est dérivable sur I et, pour tout xI,

yh(x)+a(x)yh(x)=(y(x)+a(x)y(x))(yp(x)+a(x)yp(x))=b(x)b(x)=0,

donc yh est solution de (E0), et y=yp+yh est bien de la forme annoncée.

La description explicite s'obtient en remplaçant yh par λeA grâce au théorème précédent.

Remarque

Une confusion à éviter absolument. « Solution particulière » ne veut pas dire « solution vérifiant une condition initiale ». Ce sont deux notions distinctes :

  • une solution particulière est n'importe quelle solution de (E) dont on dispose, obtenue par flair ou par calcul ; elle sert de point de départ pour décrire toutes les autres ;
  • une condition initiale y(x0)=y0 est une contrainte supplémentaire, imposée par l'énoncé, qui sélectionne une seule solution parmi toutes.

On trouve d'abord une solution particulière, on écrit la solution générale, et seulement ensuite on utilise la condition initiale. Faire l'inverse est la source d'erreur la plus fréquente dans les copies.

Méthode

Résoudre une équation linéaire du premier ordre : le plan en quatre temps.

  1. Se placer sur un intervalle I et normaliser l'équation sous la forme y+a(x)y=b(x), avec a et b continues sur I.
  2. Résoudre l'homogène : calculer une primitive A de a, écrire yh(x)=λeA(x), et simplifier l'exponentielle quand c'est possible.
  3. Trouver une solution particulière : à vue si le second membre est simple, sinon par variation de la constante.
  4. Conclure : l'ensemble des solutions est {xyp(x)+λeA(x), λK}, puis exploiter une éventuelle condition initiale.

Ce plan se rédige explicitement : un correcteur doit voir les quatre étapes, dans cet ordre.

Principe de superposition

Propriété

Principe de superposition. Soient b1 et b2 continues sur I et μ1,μ2K. Si y1 est solution de y+a(x)y=b1(x) et y2 solution de y+a(x)y=b2(x) sur I, alors μ1y1+μ2y2 est solution sur I de

y+a(x)y=μ1b1(x)+μ2b2(x).

Démonstration. La fonction y=μ1y1+μ2y2 est dérivable sur I et, pour tout xI,

y(x)+a(x)y(x)=μ1(y1(x)+a(x)y1(x))+μ2(y2(x)+a(x)y2(x))=μ1b1(x)+μ2b2(x).

Exemple

Découper un second membre compliqué. Résolvons y2y=x+ex sur R.

Homogène. a(x)=2, A(x)=2x : les solutions de y2y=0 sont les xλe2x.

Premier morceau : y2y=x. Le second membre est un polynôme de degré 1, on cherche y1(x)=αx+β. Alors

y1(x)2y1(x)=α2αx2β=xpour tout x.

L'identification donne 2α=1, donc α=12, puis α2β=0, donc β=14. Ainsi y1(x)=x214.

Second morceau : y2y=ex. On cherche y2(x)=γex. Alors y22y2=γex2γex=3γex=ex, donc γ=13.

Conclusion. Par superposition, yp(x)=x214ex3 est une solution particulière, et l'ensemble des solutions sur R est

{xx214ex3+λe2x  ;  λR}.

Vérification de yp : yp(x)=12+ex3 et 2yp(x)=x+12+2ex3, donc

yp(x)2yp(x)=12+ex3+x+12+2ex3=x+ex.

Chercher une solution particulière « à vue »

Quand le second membre a une forme simple, on gagne beaucoup à chercher une solution particulière de la même forme, avec des coefficients indéterminés que l'on identifie. Le tableau suivant résume les cas les plus fréquents pour y+ay=b(x) avec a constante.

Second membre b(x) Forme à essayer Réserve
polynôme de degré n polynôme de degré n si a0
γeμx avec μa δeμx aucune
γeax δxeax eax est déjà solution de l'homogène
γcos(ωx) ou γsin(ωx) δcos(ωx)+εsin(ωx) ou passage aux complexes

Exemple

Le cas résonnant, à l'ordre 1. Résolvons yy=ex sur R.

L'homogène yy=0 a pour solutions les xλex. Le second membre ex est déjà solution de l'homogène : chercher yp=δex conduirait à ypyp=0ex, c'est voué à l'échec. On essaie donc yp(x)=δxex :

yp(x)=δex+δxex,doncyp(x)yp(x)=δex.

Il suffit de prendre δ=1, d'où yp(x)=xex et l'ensemble des solutions

{x(x+λ)ex  ;  λR}.

Retenir le réflexe : avant d'essayer δeμx, on regarde si eμx est solution de l'homogène. Si oui, on multiplie par x. Cet oubli est une faute classique, et il se retrouvera tel quel à l'ordre 2.

Exemple

Second membre trigonométrique, par les complexes. Résolvons y+2y=sinx sur R.

Homogène. Les solutions de y+2y=0 sont les xλe2x.

Complexification. On a sinx=Im(eix). Cherchons une solution complexe de z+2z=eix sous la forme z(x)=δeix : il vient δ(2+i)eix=eix, donc δ=12+i=2i5 et

z(x)=(2i)(cosx+isinx)5=(2cosx+sinx)+i(2sinxcosx)5.

Retour au réel. Le coefficient a=2 étant réel, la partie imaginaire de z est solution de l'équation de second membre Im(eix)=sinx : yp(x)=2sinxcosx5. Vérification : yp(x)=2cosx+sinx5, donc yp+2yp=2cosx+sinx+4sinx2cosx5=sinx.

Conclusion. Les solutions sur R sont les x2sinxcosx5+λe2x, λR. Au passage, la partie réelle 2cosx+sinx5 est une solution particulière de y+2y=cosx : un seul calcul a résolu deux équations.

La méthode de variation de la constante

Quand le second membre ne permet pas de deviner une solution particulière, une méthode générale fonctionne toujours. Son nom est un abus de langage volontaire : on part de la solution générale λeA(x) de l'homogène et l'on autorise la constante λ à varier, c'est-à-dire à devenir une fonction de x.

Propriété

Théorème. Soient a et b continues sur un intervalle I, et A une primitive de a sur I. Une fonction dérivable y:IK est solution de (E):y+a(x)y=b(x) si et seulement si elle s'écrit

y(x)=λ(x)eA(x),

λ est une primitive sur I de la fonction continue xb(x)eA(x).

Démonstration. Observons d'abord que toute fonction dérivable y sur I s'écrit de manière unique sous la forme y(x)=λ(x)eA(x) : il suffit de poser λ(x)=y(x)eA(x), qui est dérivable comme produit de fonctions dérivables. Le changement d'inconnue est donc licite, et il ne perd aucune solution.

Calculons alors, pour une telle fonction λ :

y(x)=λ(x)eA(x)λ(x)A(x)eA(x)=λ(x)eA(x)a(x)λ(x)eA(x),

d'où

y(x)+a(x)y(x)=λ(x)eA(x)a(x)λ(x)eA(x)+a(x)λ(x)eA(x)=λ(x)eA(x).

Les termes en λ(x) se simplifient toujours : c'est le mécanisme même de la méthode, et c'est un excellent contrôle de calcul. L'équation (E) équivaut donc à

λ(x)eA(x)=b(x),c’est-aˋ-direλ(x)=b(x)eA(x).

La fonction xb(x)eA(x) étant continue sur l'intervalle I, elle y admet des primitives, et y est solution si et seulement si λ en est une.

Méthode

Variation de la constante en pratique.

  1. Résoudre l'homogène : yh(x)=λeA(x).
  2. Poser y(x)=λ(x)eA(x) avec λ dérivable inconnue, et l'annoncer explicitement dans la copie.
  3. Reporter dans l'équation. Les termes en λ(x) doivent disparaître ; s'ils ne disparaissent pas, il y a une erreur de calcul : on s'arrête et on la cherche, inutile de continuer.
  4. Il reste λ(x)=b(x)eA(x) : intégrer pour obtenir une primitive λ (on peut ignorer la constante d'intégration, elle est déjà contenue dans la solution homogène).
  5. Écrire la solution particulière yp(x)=λ(x)eA(x), puis la solution générale.

Exemple

Exemple entièrement rédigé. Résolvons sur R l'équation

(E):y+y=11+ex.

Étape 1 : cadre. Les fonctions a:x1 et b:x11+ex sont continues sur R, qui est un intervalle ; l'équation est déjà normalisée. Le second membre n'est ni polynomial, ni exponentiel, ni trigonométrique : inutile d'espérer une solution « à vue ».

Étape 2 : équation homogène. Avec A(x)=x, les solutions de y+y=0 sont les xλex.

Étape 3 : variation de la constante. On cherche une solution de (E) sous la forme y(x)=λ(x)ex, avec λ dérivable sur R. Alors

y(x)=λ(x)exλ(x)ex,doncy(x)+y(x)=λ(x)ex.

Les termes en λ(x) ont bien disparu. L'équation (E) devient

λ(x)ex=11+ex,soitλ(x)=ex1+ex.

Étape 4 : intégration. On reconnaît la forme uu avec u(x)=1+ex>0, donc λ(x)=ln(1+ex) convient.

Étape 5 : conclusion. Une solution particulière est yp(x)=exln(1+ex), et l'ensemble des solutions de (E) sur R est

{xex(ln(1+ex)+λ)  ;  λR}.

Vérification. Avec y(x)=ex(ln(1+ex)+λ),

y(x)=ex(ln(1+ex)+λ)+ex×ex1+ex=y(x)+11+ex,

donc y(x)+y(x)=11+ex. C'est bien (E).

Le problème de Cauchy

Une équation différentielle admet une infinité de solutions. Pour en isoler une seule, on ajoute une condition initiale.

Définition

Soient a et b continues sur un intervalle I, x0I et y0K. Le problème de Cauchy associé est le système

{y(x)+a(x)y(x)=b(x)pour tout xI,y(x0)=y0.

Propriété

Théorème de Cauchy linéaire à l'ordre 1. Sous ces hypothèses, le problème de Cauchy admet une unique solution sur I.

Démonstration. Soit A une primitive de a sur I et soit yp une solution particulière de (E) sur I : il en existe, la méthode de variation de la constante en fabrique une. D'après le théorème de structure, les solutions de (E) sur I sont exactement les fonctions

y:xyp(x)+λeA(x),λK.

Une telle fonction vérifie la condition initiale si et seulement si

yp(x0)+λeA(x0)=y0,c’est-aˋ-direλ=(y0yp(x0))eA(x0),

la division par eA(x0) étant licite puisque l'exponentielle ne s'annule pas. Cette équation d'inconnue λ possède donc une solution, et une seule. À un unique λ correspond une unique fonction y : le problème de Cauchy a une solution unique.

Remarque

Interprétation graphique. Par chaque point (x0,y0) du plan passe exactement une courbe intégrale. En particulier, deux courbes intégrales distinctes de la même équation ne se coupent jamais. Pour l'équation homogène, on retrouve la remarque faite plus haut : la seule solution qui s'annule quelque part est la fonction nulle.

Exemple

Un problème de Cauchy complet. Résolvons

{y2xy=xsur R,y(0)=1.

Homogène. a(x)=2x, une primitive est A(x)=x2, donc eA(x)=ex2 et les solutions de y2xy=0 sont les xλex2.

Solution particulière. Essayons une fonction constante yp=c : alors yp2xyp=2cx, et il faut 2cx=x pour tout x, soit c=12. Ainsi yp=12 convient.

Solution générale. y(x)=12+λex2, λR.

Condition initiale. y(0)=12+λ=1 donne λ=32. L'unique solution est

y:x12+32ex2.

Vérification. y(x)=3xex2 et 2xy(x)=x+3xex2, donc y(x)2xy(x)=x ; et y(0)=12+32=1. Les deux conditions sont satisfaites.

Équations non normalisées

Dans les applications, l'équation se présente rarement sous forme normalisée. On rencontre plutôt

(E):α(x)y+β(x)y=γ(x),

avec α,β,γ continues sur un intervalle J. Pour appliquer les théorèmes précédents il faut diviser par α(x), ce qui n'est possible que là où α ne s'annule pas.

Méthode

Traiter une équation non normalisée.

  1. Déterminer les points où α s'annule : ils découpent J en plusieurs intervalles ouverts.
  2. Sur chacun de ces intervalles I, diviser par α et résoudre l'équation normalisée
y+β(x)α(x)y=γ(x)α(x).
  1. Ne jamais mélanger les intervalles : chacun a sa propre constante.
  2. Toujours préciser dans la copie sur quel intervalle on travaille, dès la première ligne.

Exemple

a. Une division licite. Résolvons xy+y=lnx sur ]0,+[.

Normalisation. Sur ]0,+[, le coefficient x ne s'annule pas : on divise, ce qui donne y+1xy=lnxx.

Homogène. a(x)=1x, A(x)=lnx, donc eA(x)=1x : les solutions de l'homogène sont les xλx.

Variation de la constante. On pose y(x)=λ(x)x avec λ dérivable. Alors

y(x)+y(x)x=λ(x)xλ(x)x2+λ(x)x2=λ(x)x,

et l'équation devient λ(x)=lnx, dont une primitive est λ(x)=xlnxx.

Conclusion. yp(x)=xlnxxx=lnx1, et les solutions sur ]0,+[ sont les xlnx1+λx, λR. Vérification : y=1xλx2, donc xy+y=1λx+lnx1+λx=lnx.

b. La même équation, vue autrement. Le membre de gauche xy+y est exactement la dérivée du produit xy. L'équation équivaut donc à (xy(x))=lnx sur ]0,+[, c'est-à-dire à xy(x)=xlnxx+λ : on retrouve la même réponse en trois lignes. Ce n'est pas un tour de magie, car x=eA(x) avec A(x)=lnx : c'est le facteur intégrant de la démonstration du théorème de l'homogène, déjà présent dans l'énoncé.

Équations différentielles linéaires du second ordre à coefficients constants

On passe aux équations faisant intervenir la dérivée seconde. Le programme se limite au cas des coefficients constants, et ce n'est pas un appauvrissement : c'est précisément le cas où une résolution complète et explicite est possible, et c'est aussi celui qui gouverne tous les phénomènes oscillants de la physique, du pendule au circuit RLC.

Les nombres complexes, acquis depuis le début de l'année, sont ici l'outil central. Sans eux, le cas des racines non réelles resterait mystérieux.

Définitions et équation caractéristique

Définition

Soient a et b deux scalaires de K (avec K=R ou C) et f une fonction continue d'un intervalle I dans K. On appelle équation différentielle linéaire du second ordre à coefficients constants l'équation

(E):y+ay+by=f(x),

d'équation homogène associée

(E0):y+ay+by=0.

Une solution de (E) sur I est une fonction y:IK, deux fois dérivable sur I, telle que y(x)+ay(x)+by(x)=f(x) pour tout xI.

On appelle équation caractéristique de (E) l'équation d'inconnue rC :

r2+ar+b=0.

Remarque

L'équation caractéristique n'est pas parachutée. Cherchons s'il existe des solutions de (E0) de la forme y:xerx, avec rC. Alors y(x)=rerx, y(x)=r2erx, et

y(x)+ay(x)+by(x)=(r2+ar+b)erx.

Comme l'exponentielle ne s'annule jamais, y est solution si et seulement si r2+ar+b=0. Les racines de l'équation caractéristique sont donc exactement les r pour lesquels xerx est solution. Toute la question est de savoir s'il y en a d'autres, et c'est l'objet du théorème suivant.

Notons aussi que, contrairement à l'ordre 1, il n'y a aucun point à éviter : les coefficients étant constants, ils sont continus sur R tout entier. On peut toujours résoudre sur R, ou sur n'importe quel intervalle I imposé par l'énoncé.

Solutions complexes de l'équation homogène

Propriété

Théorème. Soient a,bC et soient r1,r2 les racines dans C de l'équation caractéristique r2+ar+b=0. Soit I un intervalle. Alors :

  • si r1r2, les solutions de (E0) sur I à valeurs complexes sont exactement les fonctions
xλer1x+μer2x,(λ,μ)C2;
  • si r1=r2=r0 (racine double), les solutions de (E0) sur I à valeurs complexes sont exactement les fonctions
x(λx+μ)er0x,(λ,μ)C2.

Démonstration (non exigible, mais elle n'utilise que le théorème de l'ordre 1 démontré plus haut).

Soit r1 une racine de l'équation caractéristique, et soit y une fonction deux fois dérivable sur I. Posons z:xy(x)er1x, de sorte que y(x)=z(x)er1x. Ce changement d'inconnue est licite et ne perd aucune solution : z est deux fois dérivable, et l'on revient de z à y sans ambiguïté. Calculons :

y(x)=(z(x)+r1z(x))er1x,y(x)=(z(x)+2r1z(x)+r12z(x))er1x.

En reportant et en regroupant,

y+ay+by=(z+(2r1+a)z+(r12+ar1+b)=0z)er1x=(z+(2r1+a)z)er1x.

L'exponentielle ne s'annulant pas, y est solution de (E0) si et seulement si

z+(2r1+a)z=0sur I.

Posons w=z : c'est une équation du premier ordre en w, à coefficient constant,

w+(2r1+a)w=0,

dont on connaît toutes les solutions : w(x)=Ke(2r1+a)x avec KC. Or la somme des racines vaut r1+r2=a, donc a=(r1+r2) et

(2r1+a)=2r1+r1+r2=r2r1.

Cas r1r2. Alors z(x)=Ke(r2r1)x et, en primitivant sur l'intervalle I avec r2r10, z(x)=Kr2r1e(r2r1)x+μ. En posant λ=Kr2r1, qui décrit C quand K décrit C, il vient y(x)=z(x)er1x=λer2x+μer1x.

Cas r1=r2=r0. Alors r2r1=0, donc z(x)=K est constante et z(x)=Kx+μ sur l'intervalle I, d'où y(x)=(Kx+μ)er0x.

Dans les deux cas on obtient exactement l'ensemble annoncé.

Remarque

Vérification directe dans le cas de la racine double. Même sans la démonstration précédente, on peut contrôler par le calcul que y:xxer0x est solution quand r0 est racine double. On a

y(x)=(1+r0x)er0x,y(x)=r0er0x+r0(1+r0x)er0x=(2r0+r02x)er0x,

donc

y+ay+by=(2r0+r02x+a+ar0x+bx)er0x=((r02+ar0+b)x+(2r0+a))er0x.

Le premier crochet est nul puisque r0 est racine. Le second l'est aussi : la racine étant double, la somme des racines vaut 2r0=a, donc 2r0+a=0. Les deux termes s'annulent, y est bien solution.

Le rôle du facteur x apparaît clairement : il sert exactement à absorber le terme 2r0+a, nul dans ce cas et dans ce cas seulement. Multiplier par x n'est pas une superstition, c'est une nécessité de calcul.

Le cas des coefficients réels : solutions réelles

En physique, a, b et f sont réels, et l'on cherche des solutions réelles. Le théorème précédent se traduit alors en fonction du discriminant Δ=a24b de l'équation caractéristique.

Propriété

Théorème. Soient a,bR et Δ=a24b. Les solutions à valeurs réelles sur un intervalle I de y+ay+by=0 sont :

  • si Δ>0, avec r1r2 les deux racines réelles :
xλer1x+μer2x,(λ,μ)R2;
  • si Δ=0, avec r0 la racine double réelle :
x(λx+μ)er0x,(λ,μ)R2;
  • si Δ<0, avec r=α±iω les deux racines complexes conjuguées (α,ω réels, ω>0) :
xeαx(λcos(ωx)+μsin(ωx)),(λ,μ)R2.

Démonstration du cas Δ<0 (les deux autres se traitent de la même manière, en plus court).

Supposons Δ<0. Les racines de l'équation caractéristique sont r1=α+iω et r2=αiω, avec

α=a2etω=Δ2>0.

() Montrons d'abord que les fonctions annoncées sont solutions. D'après la forme exponentielle,

er1x=eαx(cosωx+isinωx),er2x=eαx(cosωxisinωx),

donc, en additionnant puis en soustrayant,

eαxcos(ωx)=er1x+er2x2,eαxsin(ωx)=er1xer2x2i.

Ces deux fonctions sont donc des combinaisons de er1x et er2x : ce sont des solutions complexes de (E0), et elles sont à valeurs réelles. Toute combinaison λ(eαxcosωx)+μ(eαxsinωx) à coefficients réels est encore une solution, réelle elle aussi.

() Réciproquement, soit y une solution réelle de (E0) sur I. C'est en particulier une solution à valeurs complexes, donc il existe λ1,λ2C tels que, pour tout xI,

y(x)=λ1er1x+λ2er2x=eαx((λ1+λ2)cos(ωx)+i(λ1λ2)sin(ωx)).

Posons λ=λ1+λ2 et μ=i(λ1λ2), complexes a priori, de sorte que

y(x)=eαx(λcos(ωx)+μsin(ωx)).

Il reste à voir que λ et μ sont réels. Quitte à translater, supposons 0I (sinon on raisonne en un point x0 de I, le calcul est identique). D'une part y(0)=λ, qui est réel puisque y l'est. D'autre part

y(x)=eαx((αλ+ωμ)cos(ωx)+(αμωλ)sin(ωx)),

donc y(0)=αλ+ωμ est réel (une fonction réelle dérivable a une dérivée réelle). Comme α, λ et ω sont réels et ω0, on en tire

μ=y(0)αλωR.

La solution y est donc bien de la forme annoncée avec (λ,μ)R2.

Remarque

Dans les cas Δ>0 et Δ=0, le raisonnement est le même en plus simple : les racines sont réelles, et les deux paramètres se lisent sur y(x0) et y(x0), qui sont réels. Par exemple pour Δ>0 : y(0)=λ+μ et y(0)=r1λ+r2μ sont réels, et ce système de deux équations à coefficients réels, dont on vérifie qu'il détermine (λ,μ) de façon unique puisque r1r2, a nécessairement une solution réelle.

Propriété

Écriture en amplitude et phase. Soit (λ,μ)R2 non nul, et posons A=λ2+μ2>0. Il existe un unique réel φ]π,π] tel que cosφ=λA et sinφ=μA, et alors, pour tout x,

eαx(λcos(ωx)+μsin(ωx))=Aeαxcos(ωxφ).

Démonstration. Le point de coordonnées (λA,μA) vérifie (λA)2+(μA)2=1 : il appartient au cercle trigonométrique, il possède donc un unique argument φ dans ]π,π] (chapitre des nombres complexes). La formule d'addition donne alors

Acos(ωxφ)=A(cosωxcosφ+sinωxsinφ)=A(λAcosωx+μAsinωx)=λcosωx+μsinωx.

Il ne reste qu'à multiplier par eαx.

Remarque

Cette écriture est celle du physicien : A est l'amplitude, φ la phase à l'origine, ω la pulsation. Elle rend le comportement lisible d'un coup d'œil : la solution oscille à la pulsation ω à l'intérieur de l'enveloppe ±Aeαx, qui décroît vers 0 si α<0 et explose si α>0.

Exemple

Les trois cas, sur quatre exemples.

a. yy6y=0. Équation caractéristique : r2r6=0, de discriminant 1+24=25>0, de racines 152=2 et 1+52=3. Solutions réelles :

xλe2x+μe3x,(λ,μ)R2.

b. y+6y+9y=0. Équation caractéristique : r2+6r+9=(r+3)2=0, racine double 3. Solutions réelles : x(λx+μ)e3x.

c. y2y+10y=0. Discriminant 440=36<0, racines 2±6i2=1±3i. Ici α=1 et ω=3, donc les solutions réelles sont les xex(λcos(3x)+μsin(3x)), (λ,μ)R2. Vérification pour λ=1, μ=0 : avec y(x)=excos3x, on a y(x)=ex(cos3x3sin3x) puis y(x)=ex(8cos3x6sin3x), donc y2y+10y=ex(8cos3x6sin3x2cos3x+6sin3x+10cos3x)=0.

d. L'oscillateur harmonique. y+ω02y=0 avec ω0>0. Équation caractéristique r2+ω02=0, racines ±iω0 : ici α=0 et ω=ω0, les solutions réelles sont les

xλcos(ω0x)+μsin(ω0x)=Acos(ω0xφ).

L'amplitude ne décroît pas : sans amortissement, l'oscillation dure indéfiniment.

Structure des solutions et superposition

Propriété

Théorème (structure). Soit yp une solution particulière de (E):y+ay+by=f sur I. L'ensemble des solutions de (E) sur I est

{yp+yh  ;  yh solution de (E0) sur I}.

Autrement dit : solution générale de (E) = solution particulière + solution générale de (E0), exactement comme à l'ordre 1.

Démonstration. Double inclusion.

() Si yh est solution de (E0), alors yp+yh est deux fois dérivable et

(yp+yh)+a(yp+yh)+b(yp+yh)=(yp+ayp+byp)=f+(yh+ayh+byh)=0=f.

() Si y est solution de (E), posons yh=yyp. Cette fonction est deux fois dérivable et

yh+ayh+byh=(y+ay+by)(yp+ayp+byp)=ff=0,

donc yh est solution de (E0) et y=yp+yh.

Propriété

Principe de superposition. Si y1 est solution de y+ay+by=f1 et y2 solution de y+ay+by=f2 sur I, alors pour tous scalaires μ1,μ2, la fonction μ1y1+μ2y2 est solution sur I de

y+ay+by=μ1f1+μ2f2.

Démonstration. La fonction y=μ1y1+μ2y2 est deux fois dérivable et

y+ay+by=μ1(y1+ay1+by1)+μ2(y2+ay2+by2)=μ1f1+μ2f2.

Ce principe est utilisé sans arrêt : un second membre f=f1+f2 se traite en cherchant une solution particulière pour chaque morceau, puis en additionnant.

Solution particulière : second membre polynomial

Le programme limite les seconds membres exigibles à trois familles : les polynômes, les exponentielles Aeλx avec (A,λ)C2, et les fonctions Bcos(ωx) et Bsin(ωx) avec (B,ω)R2. On les traite dans cet ordre.

Méthode

Second membre polynomial. Soit f une fonction polynomiale de degré n.

  • Si b0 : chercher yp polynomiale de degré n. En effet, si P est de degré n et de coefficient dominant pn, alors P+aP+bP est de degré n et de coefficient dominant bpn0 : les degrés se correspondent, et l'identification des n+1 coefficients détermine yp.
  • Si b=0 et a0 : la fonction inconnue n'apparaît plus que par y et y, donc une constante ne sert à rien ; on cherche yp sous la forme xQ(x) avec Q polynomiale de degré n.
  • Si a=b=0 : l'équation s'écrit y=f, il suffit de primitiver deux fois.

Exemple

Résolvons yy6y=12x1 sur R.

Homogène. Vu plus haut : yh(x)=λe2x+μe3x.

Solution particulière. Ici b=60 et f est de degré 1 : on cherche yp(x)=αx+β. Alors yp(x)=α et yp(x)=0, donc

ypyp6yp=α6αx6β=12x1pour tout x.

L'identification donne 6α=12, soit α=2, puis α6β=1, c'est-à-dire 26β=1, soit β=12. Ainsi yp(x)=2x+12.

Conclusion. Les solutions sur R sont les

x2x+12+λe2x+μe3x,(λ,μ)R2.

Vérification de yp : ypyp6yp=0(2)6(2x+12)=2+12x3=12x1.

Solution particulière : second membre Aeλx

C'est le cas le plus important, et il se démontre entièrement, avec la même idée que pour l'équation homogène : on pose y=heλx.

Propriété

Théorème. Soient a,bC, AC et λC. On considère

(E):y+ay+by=Aeλx.
  1. Si λ n'est pas racine de l'équation caractéristique, (E) admet la solution particulière
yp:xAλ2+aλ+beλx.
  1. Si λ est racine simple, (E) admet la solution particulière
yp:xA2λ+axeλx.
  1. Si λ est racine double, (E) admet la solution particulière
yp:xA2x2eλx.

Démonstration. Posons y(x)=h(x)eλx, où h est une fonction deux fois dérivable inconnue ; toute fonction deux fois dérivable s'écrit ainsi, de manière unique, en prenant h(x)=y(x)eλx. On calcule

y(x)=(h(x)+λh(x))eλx,y(x)=(h(x)+2λh(x)+λ2h(x))eλx,

puis, en regroupant,

y+ay+by=(h+(2λ+a)h+(λ2+aλ+b)h)eλx.

Comme l'exponentielle ne s'annule pas, y est solution de (E) si et seulement si

()h+(2λ+a)h+(λ2+aλ+b)h=A.

Cas 1 : λ2+aλ+b0. La fonction constante h=Aλ2+aλ+b vérifie (), puisque h=h=0. D'où la solution annoncée.

Cas 2 : λ racine simple. Alors λ2+aλ+b=0 et () devient h+(2λ+a)h=A. De plus 2λ+a0 : en effet, si r désigne l'autre racine, la somme des racines vaut λ+r=a, donc 2λ+a=λr0 puisque la racine est simple. La fonction h:xA2λ+ax a pour dérivée la constante A2λ+a et une dérivée seconde nulle : elle vérifie ().

Cas 3 : λ racine double. Alors λ2+aλ+b=0 et, la somme des racines valant 2λ=a, on a aussi 2λ+a=0. L'équation () se réduit à h=A, dont h(x)=A2x2 est solution.

Remarque

Pourquoi multiplie-t-on par x, puis par x2 ? La démonstration le dit sans mystère : chaque fois que λ est racine, un terme de () disparaît, et il faut « monter d'un degré » en h pour que le calcul aboutisse. C'est exactement le phénomène déjà rencontré à l'ordre 1.

En pratique, on ne retient pas les trois formules, mais la forme à essayer : δeλx si λ n'est pas racine, δxeλx si λ est racine simple, δx2eλx si λ est racine double. On détermine ensuite δ en reportant dans l'équation. Oublier de tester si λ est racine est l'erreur classique de ce paragraphe : le calcul aboutit alors à 0=A, ce qui est le signe qu'il faut recommencer avec un facteur x.

Exemple

Les trois cas, sur trois équations proches.

a. L'exposant n'est pas racine. Résolvons y+4y=e3x sur R.

L'équation caractéristique r2+4=0 a pour racines ±2i : l'exposant 3 du second membre n'est pas racine, et 32+0×3+4=13. Donc yp(x)=e3x13. Vérification : yp+4yp=9e3x13+4e3x13=e3x. Solutions : xe3x13+λcos(2x)+μsin(2x).

b. L'exposant est racine simple. Résolvons yy6y=e3x sur R. Les racines caractéristiques sont 2 et 3 : l'exposant 3 du second membre est racine simple, et 2×3+a=61=5, donc yp(x)=xe3x5. Vérification : yp(x)=(1+3x)e3x5 et yp(x)=(6+9x)e3x5, donc ypyp6yp=e3x5(6+9x13x6x)=e3x. Solutions : xxe3x5+λe2x+μe3x.

c. L'exposant est racine double. Résolvons y+6y+9y=e3x sur R. L'équation caractéristique (r+3)2=0 a 3 pour racine double, et l'exposant du second membre vaut précisément 3 : on prend yp(x)=x22e3x. Vérification : yp(x)=(x3x22)e3x et yp(x)=(16x+9x22)e3x, donc

yp+6yp+9yp=e3x(16x+9x22+6x9x2+9x22)=e3x.

Solutions : xx22e3x+(λx+μ)e3x.

Solution particulière : seconds membres Bcos(ωx) et Bsin(ωx)

Ici a et b sont réels et (B,ω)R2. On ne cherche pas directement une combinaison de cos et sin : on passe aux complexes, ce qui ramène au cas exponentiel précédent et divise le travail par deux.

Propriété

Soient a,b des réels et g:IC continue. Si z:IC est solution de z+az+bz=g, alors Re(z) est solution de y+ay+by=Re(g), et Im(z) est solution de y+ay+by=Im(g).

Démonstration. Écrivons z=u+iv avec u=Re(z) et v=Im(z), fonctions réelles deux fois dérivables (partie A). Comme a et b sont réels,

z+az+bz=(u+au+bu)+i(v+av+bv),

et cette écriture est bien la décomposition en parties réelle et imaginaire, puisque u+au+bu et v+av+bv sont réelles. L'égalité avec g=Re(g)+iIm(g) donne le résultat par identification des parties réelles et imaginaires.

Méthode

Second membre Bcos(ωx) ou Bsin(ωx).

  1. Remarquer que Bcos(ωx)=Re(Beiωx) et Bsin(ωx)=Im(Beiωx).
  2. Résoudre l'équation complexifiée z+az+bz=Beiωx grâce au théorème sur le second membre exponentiel, avec λ=iω. Ne pas oublier de tester si iω est racine de l'équation caractéristique : c'est le cas de résonance.
  3. Mettre la solution obtenue sous forme algébrique.
  4. Prendre la partie réelle (pour cos) ou la partie imaginaire (pour sin).
  5. Vérifier en reportant dans l'équation de départ.

Exemple

Exemple entièrement rédigé. Résolvons sur R

(E):y+2y+2y=cos(2x).

Homogène. L'équation caractéristique r2+2r+2=0 a pour discriminant 48=4<0 et pour racines 2±2i2=1±i. Donc

yh(x)=ex(λcosx+μsinx),(λ,μ)R2.

Complexification. On a cos(2x)=Re(e2ix) ; on cherche donc une solution de z+2z+2z=e2ix, cas exponentiel avec A=1 et un exposant égal à 2i. Ce nombre n'est pas racine de l'équation caractéristique (les racines sont 1±i), et

(2i)2+2×(2i)+2=4+4i+2=2+4i0.

Une solution particulière complexe est donc z(x)=e2ix2+4i.

Forme algébrique. On multiplie par le conjugué :

12+4i=24i(2)2+42=24i20=12i10.

Donc

z(x)=(12i)(cos2x+isin2x)10=cos2xisin2x2icos2x+2sin2x10=(2sin2xcos2x)+i(sin2x2cos2x)10.

Retour au réel. Une solution particulière de (E) est

yp(x)=Re(z(x))=2sin(2x)cos(2x)10.

Vérification. yp(x)=4cos2x+2sin2x10 et yp(x)=8sin2x+4cos2x10, donc

yp+2yp+2yp=(8sin2x+4cos2x)+(8cos2x+4sin2x)+(4sin2x2cos2x)10=(4+82)cos2x+(8+4+4)sin2x10=10cos2x10=cos(2x).

Conclusion. Les solutions de (E) sur R sont les

x2sin(2x)cos(2x)10+ex(λcosx+μsinx),(λ,μ)R2.

Bonus gratuit. La partie imaginaire sin(2x)2cos(2x)10 est une solution particulière de y+2y+2y=sin(2x) : le même calcul a résolu deux équations.

Exemple

Le cas résonnant. Résolvons y+4y=cos(2x) sur R : la pulsation du second membre coïncide avec celle de l'oscillateur.

Homogène. Racines ±2i, donc yh(x)=λcos(2x)+μsin(2x).

Complexification. On résout z+4z=e2ix. Ici λ=2i est racine, et elle est simple (l'autre racine est 2i2i). Avec a=0, on a 2λ+a=4i, donc

z(x)=14ixe2ix=i4x(cos2x+isin2x)=x4(sin(2x)icos(2x)),

en utilisant 14i=i4.

Retour au réel. yp(x)=Re(z(x))=xsin(2x)4.

Vérification. yp(x)=sin2x+2xcos2x4, puis

yp(x)=2cos2x+2cos2x4xsin2x4=cos(2x)xsin(2x),

donc yp+4yp=cos2xxsin2x+xsin2x=cos(2x).

Interprétation. Le facteur x signifie que l'amplitude des oscillations croît indéfiniment : c'est le phénomène de résonance, obtenu lorsqu'on excite un oscillateur non amorti exactement à sa pulsation propre. Un système réel finit par se casser, ou par sortir du domaine de validité du modèle linéaire.

Le problème de Cauchy à l'ordre 2

Propriété

Théorème (ADMIS). Soient a,bK, f continue sur un intervalle I, x0I et (y0,y1)K2. Le problème de Cauchy

{y+ay+by=f(x)sur I,y(x0)=y0,y(x0)=y1

admet une unique solution sur I.

La démonstration de ce résultat est hors programme : on ne la cherche pas, on utilise l'énoncé.

Remarque

Ce qui est admis, c'est le théorème général. Sur chaque exemple concret, en revanche, on constate le résultat : après avoir écrit la solution générale, qui dépend de deux paramètres λ et μ, les deux conditions initiales fournissent un système de deux équations en (λ,μ) que l'on résout, et qui a toujours exactement une solution. C'est ce calcul que l'on rédige, et rien d'autre.

Retenir la différence de comptage : une condition initiale à l'ordre 1, deux à l'ordre 2 (y(x0) et y(x0)). En physique, cela correspond exactement à la position et à la vitesse initiales.

La marche à suivre est détaillée dans la méthode 8 de la dernière section ; l'étape que l'on oublie systématiquement est le calcul de y à partir de la solution générale, sans lequel on ne peut pas écrire la seconde condition.

Exemple

Résolvons le problème de Cauchy

{y+4y=8xsur R,y(0)=1,y(0)=0.

Homogène. r2+4=0 donne r=±2i, donc yh(x)=λcos(2x)+μsin(2x).

Solution particulière. Le second membre est polynomial de degré 1 et b=40 : on cherche yp(x)=αx+β. Alors yp+4yp=4αx+4β=8x, donc α=2 et β=0, soit yp(x)=2x.

Solution générale. y(x)=2x+λcos(2x)+μsin(2x), donc

y(x)=22λsin(2x)+2μcos(2x).

Conditions initiales. y(0)=λ=1, et y(0)=2+2μ=0 donne μ=1. L'unique solution est

y:x2x+cos(2x)sin(2x).

Vérification. y(x)=22sin2x2cos2x et y(x)=4cos2x+4sin2x, donc

y+4y=4cos2x+4sin2x+8x+4cos2x4sin2x=8x,

avec y(0)=1 et y(0)=202=0. Les trois conditions sont satisfaites.

Lecture en amplitude. Comme λ=1 et μ=1, on a A=2 et φ=π4, donc y(x)=2x+2cos ⁣(2x+π4) : la solution oscille d'amplitude 2 autour de la droite d'équation y=2x.

Modélisation : des équations différentielles venues de la physique et de la chimie

Le programme demande explicitement que « le cours sur les équations différentielles soit illustré par des exemples issus des autres disciplines scientifiques ». En PCSI, ce n'est pas un supplément d'âme : c'est la raison d'être du chapitre. Les quatre situations qui suivent sont celles que l'on rencontrera en physique et en chimie dès ce semestre, et l'on va voir qu'elles se ramènent toutes à deux équations, une du premier ordre et une du second.

Une précaution de méthode vaut pour toutes. Traduire un énoncé de sciences en équation différentielle se fait toujours dans le même ordre : on nomme la fonction inconnue et sa variable, on écrit les lois physiques ou chimiques qui relient les grandeurs, on élimine les inconnues auxiliaires, on normalise, et seulement alors on applique les théorèmes de mathématiques.

Le circuit RC en régime transitoire

Le modèle. Un générateur de tension continue E, une résistance R et un condensateur de capacité C sont montés en série ; on ferme l'interrupteur à l'instant t=0, le condensateur étant initialement déchargé. On note u(t) la tension aux bornes du condensateur et i(t) l'intensité du courant. Deux lois suffisent :

  • la loi des mailles : E=Ri(t)+u(t) ;
  • la relation du condensateur : i(t)=Cu(t).

En substituant la seconde dans la première, on obtient

RCu(t)+u(t)=E,soitu(t)+1RCu(t)=ERC.

C'est une équation linéaire du premier ordre, à coefficient constant, avec un second membre constant, posée sur [0,+[.

Résolution. On pose τ=RC, la constante de temps du circuit. Le produit d'une résistance par une capacité est homogène à un temps : c'est un contrôle d'homogénéité à faire systématiquement.

  • Homogène : les solutions de u+uτ=0 sont les tλet/τ.
  • Solution particulière : la fonction constante up=E convient, car 0+Eτ=Eτ.
  • Solution générale : u(t)=E+λet/τ.
  • Condition initiale : le condensateur est déchargé à t=0, donc u(0)=0, ce qui donne E+λ=0, soit λ=E.
  u(t)=E(1et/τ),τ=RC  

Vérification : u(t)=Eτet/τ, donc τu(t)+u(t)=Eet/τ+EEet/τ=E, et u(0)=0.

Étude de la charge. La dérivée u(t)=Eτet/τ est strictement positive sur [0,+[ : la tension u croît strictement de u(0)=0 vers la valeur limite E, dont elle se rapproche indéfiniment sans jamais l'atteindre. La courbe est donc croissante et admet la droite d'équation y=E pour asymptote horizontale ; sa pente u(t) décroît, ce qui donne l'allure caractéristique « qui s'aplatit » de la charge d'un condensateur.

Ce que représente τ. Trois lectures, toutes utilisées en physique.

  • u(τ)=E(1e1)0,63E : au bout d'une constante de temps, environ 63% de la charge finale est atteinte.
  • u(5τ)=E(1e5)0,993E : au bout de 5τ, il manque moins de 1%. C'est le critère usuel de fin du régime transitoire.
  • La tangente à l'origine a pour pente u(0)=Eτ : elle atteint la valeur E à l'abscisse t=τ. C'est la construction graphique classique de la constante de temps.

L'intensité s'en déduit : i(t)=Cu(t)=CERCet/τ=ERet/τ. Elle est maximale à l'instant initial et décroît vers 0 : le courant cesse quand le condensateur est chargé, et le condensateur se comporte alors comme un interrupteur ouvert. C'est le régime permanent.

Exemple

Prenons E=12 V, R=10 kΩ et C=22 μF.

Constante de temps. τ=RC=104×22×106=0,22 s.

Loi horaire. u(t)=12(1et/0,22) volts.

  • À t=τ=0,22 s : u=12(1e1)7,6 V.
  • À t=5τ=1,1 s : u11,9 V, la charge est pratiquement terminée.
  • Intensité initiale : i(0)=ER=12104=1,2 mA.

Une question typique. Au bout de combien de temps la tension atteint-elle 90% de E ? Il faut résoudre 1et/τ=0,9, soit et/τ=0,1, d'où

t=τln100,22×2,300,51 s.

On retiendra ce calcul type : passer au logarithme est le geste qui répond à toutes les questions « au bout de combien de temps… ».

Remarque

La décharge du condensateur (générateur remplacé par un fil) donne la même équation avec un second membre nul : u(t)=u0et/τ. Et la même structure mathématique gouverne la décroissance radioactive, l'élimination d'un médicament par l'organisme, le refroidissement d'un corps, la disparition d'un réactif en cinétique d'ordre 1. Une seule équation, quatre disciplines : c'est ce qui fait la valeur du modèle linéaire du premier ordre.

La loi de refroidissement de Newton

Le modèle. Un corps de température θ(t) est placé dans un milieu de température constante θe (l'air d'une pièce, par exemple). La loi de Newton postule que la vitesse de refroidissement est proportionnelle à l'écart de température :

θ(t)=k(θ(t)θe),k>0.

Le coefficient k, homogène à l'inverse d'un temps, dépend du corps et du milieu. Le signe moins traduit le fait qu'un corps plus chaud que le milieu se refroidit : si θ>θe, alors θ<0.

Résolution. Sous forme normalisée, l'équation s'écrit

θ(t)+kθ(t)=kθe,

équation linéaire du premier ordre à coefficient constant et second membre constant.

  • Homogène : θ+kθ=0 a pour solutions les tλekt.
  • Solution particulière : la constante θp=θe convient, car 0+kθe=kθe.
  • Solution générale : θ(t)=θe+λekt.
  • Condition initiale θ(0)=θ0 : on obtient λ=θ0θe.
  θ(t)=θe+(θ0θe)ekt  

Vérification : θ(t)=k(θ0θe)ekt=k(θ(t)θe), et θ(0)=θ0.

La constante de temps est ici τ=1k, et θ(t) se rapproche de θe : le corps finit par prendre la température du milieu, ce qui était la moindre des choses pour un modèle sérieux.

Exemple

Un plat sort du four à 180C et est posé dans une cuisine à 20C. Dix minutes plus tard, il est à 100C. Quand pourra-t-on le manger, disons à 40C ?

Modèle. Avec le temps en minutes, θ0θe=18020=160, donc

θ(t)=20+160ekt.

Détermination de k. La donnée θ(10)=100 s'écrit 160e10k=80, soit e10k=12, d'où

k=ln2100,069 min1,τ=1k=10ln214,4 min.

Réponse. On cherche t tel que 20+160ekt=40, c'est-à-dire ekt=20160=18. En passant au logarithme,

t=ln8k=3ln2ln210=30 min.

Le plat sera à 40C au bout de 30 minutes exactement.

Contrôle de bon sens. L'écart de température est divisé par 2 toutes les 10 minutes (160, puis 80, puis 40, puis 20) : il faut bien trois périodes de 10 minutes pour passer de 160 à 20. Le résultat était prévisible sans calcul, et c'est rassurant.

Une cinétique chimique d'ordre 1

Le modèle. Considérons la transformation d'un réactif A en produits, de concentration [A](t) à l'instant t. Dire que la réaction est d'ordre 1 par rapport à A, c'est dire que sa vitesse volumique est proportionnelle à la concentration en A :

v(t)=d[A]dt=k[A](t),

k>0 est la constante de vitesse, homogène à l'inverse d'un temps. En notant y(t)=[A](t), l'équation est

y(t)+ky(t)=0.

Résolution. C'est l'équation homogène la plus simple qui soit. Avec la concentration initiale y(0)=[A]0 :

  [A](t)=[A]0ekt  

Deux conséquences exploitées au laboratoire.

  1. Le test d'ordre 1. En passant au logarithme, ln[A](t)=ln[A]0kt : la fonction tln[A](t) est affine, de pente k. C'est ainsi qu'on vérifie expérimentalement qu'une réaction est d'ordre 1, et qu'on mesure k : on trace ln[A] en fonction du temps et on regarde si les points sont alignés.
  2. Le temps de demi-réaction t1/2, défini par [A](t1/2)=[A]02. Il vérifie ekt1/2=12, donc
t1/2=ln2k.

Fait remarquable, propre à l'ordre 1 : t1/2 ne dépend pas de la concentration initiale. Quelle que soit la quantité de départ, il faut toujours la même durée pour en consommer la moitié. C'est exactement la propriété de la demi-vie radioactive, et elle tombe en défaut pour les autres ordres.

Exemple

La décomposition d'un composé en phase gazeuse suit une cinétique d'ordre 1 de constante k=5,0×104 s1.

Temps de demi-réaction.

t1/2=ln2k=0,6935,0×1041,4×103 s23 min.

Durée pour consommer 90% du réactif. Il faut [A](t)=0,1[A]0, soit ekt=0,1, donc

t=ln10k2,305,0×1044,6×103 s1 h 17 min.

Contrôle. ln10=ln(23,32)3,32ln2 : la durée trouvée vaut environ 3,3 fois t1/2, ce qui est cohérent (après trois demi-réactions il reste 18=12,5%, un peu plus que 10%).

L'oscillateur harmonique amorti

C'est l'application reine du second ordre, et le vocabulaire du physicien y recouvre exactement la discussion du discriminant.

Le modèle mécanique. Une masse m accrochée à un ressort de raideur k, soumise à un frottement fluide de coefficient h>0, a une position x(t) mesurée depuis la position d'équilibre. La loi de Newton donne

mx¨(t)=kx(t)hx˙(t),soitmx¨+hx˙+kx=0.

En divisant par m et en posant

ω0=km(pulsation propre)etσ=h2m(facteur d’amortissement),

l'équation prend sa forme canonique

x¨+2σx˙+ω02x=0.

Le modèle électrique. Un circuit RLC série non alimenté, où q(t) désigne la charge du condensateur, donne

Lq¨+Rq˙+qC=0,

c'est-à-dire exactement la même équation, avec cette fois

ω0=1LCetσ=R2L.

Une seule étude mathématique traite donc les deux situations, et beaucoup d'autres. C'est là toute la puissance de l'abstraction.

Discussion. L'équation caractéristique est r2+2σr+ω02=0, de discriminant

Δ=4σ24ω02=4(σ2ω02).

Son signe est celui de σ2ω02 : tout dépend de la comparaison entre l'amortissement et la pulsation propre. Trois régimes apparaissent.

Régime apériodique (σ>ω0, amortissement fort ; Δ>0). Deux racines réelles distinctes

r±=σ±σ2ω02,

et les solutions sont x(t)=λer+t+μert. Ces deux racines sont strictement négatives : c'est évident pour r, et pour r+ cela vient de σ2ω02<σ2=σ, valable dès que ω0>0. La solution revient donc à l'équilibre sans jamais osciller, en rampant, comme une porte munie d'un ferme-porte trop serré.

Régime critique (σ=ω0 ; Δ=0). Racine double r0=σ, solutions

x(t)=(λt+μ)eσt.

Toujours pas d'oscillation, mais c'est le régime qui ramène le système à l'équilibre le plus rapidement : c'est celui que l'on recherche pour un amortisseur de voiture, une balance de précision ou un galvanomètre.

Régime pseudo-périodique (σ<ω0, amortissement faible ; Δ<0). Racines complexes conjuguées

r=σ±iω,ω=ω02σ2,

et les solutions réelles s'écrivent

x(t)=eσt(λcos(ωt)+μsin(ωt))=Aeσtcos(ωtφ).

Le système oscille à la pulsation ω, appelée pseudo-pulsation, à l'intérieur de l'enveloppe ±Aeσt qui décroît vers 0. La pseudo-période vaut

T=2πω.

Ce n'est pas une vraie période : la fonction x n'est pas périodique, puisque son amplitude diminue d'une oscillation à l'autre ; seuls les instants d'annulation se répètent régulièrement. Noter enfin que ω<ω0 : l'amortissement ralentit les oscillations.

Du vocabulaire du physicien au discriminant du mathématicien

Le tableau suivant est le dictionnaire à connaître. Il ne contient aucune mathématique nouvelle : il traduit.

Le physicien dit Le mathématicien lit
pulsation propre ω0 ω02 = coefficient de x
facteur d'amortissement σ 2σ = coefficient de x˙
régime apériodique Δ>0, deux racines réelles négatives
régime critique Δ=0, racine double négative
régime pseudo-périodique Δ<0, racines σ±iω
pseudo-pulsation ω partie imaginaire des racines
pseudo-période T=2πω 2πIm(r)
régime transitoire les solutions de l'équation homogène
régime permanent ou forcé la solution particulière

Exemple

Le même ressort, trois amortisseurs. Une masse m=0,2 kg est accrochée à un ressort de raideur k=5 Nm1, donc

ω0=50,2=25=5 rads1.

On l'écarte de x(0)=0,05 m de sa position d'équilibre et on la lâche sans vitesse : x˙(0)=0. On fait varier le coefficient de frottement h, sachant que σ=h2m=2,5h.

Cas 1 : h=1,2 kgs1, donc σ=3<ω0. L'équation est x¨+6x˙+25x=0, de discriminant 36100=64<0 : régime pseudo-périodique. Les racines sont 3±4i, donc ω=4 rads1 et

x(t)=e3t(λcos(4t)+μsin(4t)).

Dérivons :

x˙(t)=e3t((3λ+4μ)cos(4t)+(3μ4λ)sin(4t)).

Les conditions initiales donnent x(0)=λ=120 et x˙(0)=3λ+4μ=0, soit μ=3λ4=380. Donc

x(t)=e3t(120cos(4t)+380sin(4t)).

Lecture physique. L'amplitude vaut

A=(120)2+(380)2=166400+96400=256400=116=0,0625 m,

et la phase φ vérifie cosφ=1/201/16=0,8 et sinφ=3/801/16=0,6, donc φ=Arctan340,64 rad et

x(t)=116e3tcos ⁣(4tArctan34).

La pseudo-période vaut T=2π4=π21,57 s, et l'amplitude est multipliée par e3T=e3π/20,009 à chaque pseudo-période : elle est divisée par plus de 100 à chaque oscillation, autant dire que le mouvement s'éteint en deux ou trois allers-retours.

Cas 2 : h=2 kgs1, donc σ=5=ω0. L'équation est x¨+10x˙+25x=0, de discriminant nul : régime critique. La racine double est 5 et x(t)=(λt+μ)e5t. Alors x˙(t)=(λ5λt5μ)e5t, donc x(0)=μ=120 et x˙(0)=λ5μ=0, soit λ=14 :

x(t)=(t4+120)e5t.

Cas 3 : h=5,2 kgs1, donc σ=13>ω0. L'équation est x¨+26x˙+25x=0, d'équation caractéristique r2+26r+25=(r+1)(r+25)=0 : régime apériodique, racines 1 et 25. On a x(t)=λet+μe25t, et les conditions initiales donnent

λ+μ=120,λ25μ=0,

d'où λ=25μ, puis 24μ=120, soit μ=1480 et λ=25480=596 :

x(t)=596et1480e25t.

La morale des trois cas. Comparons les vitesses de retour à l'équilibre. Dans le cas critique, tout est piloté par e5t : la constante de temps est 15=0,2 s. Dans le cas apériodique, très amorti, le terme dominant est et : la constante de temps vaut 1 s, cinq fois plus longue. Autrement dit, trop freiner ralentit le retour à l'équilibre au lieu de l'accélérer, et c'est précisément le régime critique qui est optimal. Ce résultat, contre-intuitif au premier abord, est la raison pour laquelle les amortisseurs de voiture sont réglés au voisinage du régime critique.

Remarque

Et si le circuit est alimenté ? Un circuit RLC soumis à une tension sinusoïdale conduit à l'équation avec second membre

q¨+2σq˙+ω02q=ELcos(ωt),

que l'on résout par la méthode du passage aux complexes. La solution générale est alors la somme :

  • du régime transitoire, c'est-à-dire les solutions de l'homogène, qui tendent vers 0 dès que σ>0 et qu'on ne voit plus au bout de quelques constantes de temps ;
  • du régime forcé (ou permanent), c'est-à-dire la solution particulière, qui oscille indéfiniment à la pulsation ω de l'excitation, et non à la pulsation propre du système.

C'est en étudiant l'amplitude de ce régime forcé en fonction de ω que la physique met en évidence la résonance. Le cas mathématique extrême, sans amortissement, a été traité plus haut : l'amplitude y croît comme x, sans limite.

Remarque

Deux réflexes de contrôle pour tout problème modélisé.

  1. Homogénéité. Chaque terme d'une équation différentielle physique doit avoir la même unité. Si l'on trouve τ=RC au lieu de RC, l'erreur se voit avant tout calcul numérique.
  2. Comportement en temps long. Une tension qui exploserait, une concentration qui deviendrait négative, une température qui dépasserait celle du four : le modèle ou le calcul est faux. On regarde toujours ce que devient la solution quand t grandit, et on se demande si c'est physiquement acceptable.

Méthodes du chapitre (partie B)

Méthode

Méthode 1 — Reconnaître une dérivée de fonction composée.

  1. Repérer une fonction u « intérieure » : sous une racine, en exposant, au dénominateur, dans un logarithme, dans un cosinus.
  2. Calculer u et le chercher en facteur ; ajuster par une constante seulement.
  3. Appliquer la ligne correspondante : uunun+1n+1, uulnu, uu21u, uu2u, ueueu, u1+u2Arctanu.
  4. Vérifier la condition sur l'intervalle (u>0, ou u ne s'annule pas), puis dériver le résultat pour contrôler.

Méthode

Méthode 2 — Choisir entre intégration par parties et changement de variable.

  • Produit de deux fonctions de natures différentes (polynôme et exponentielle, polynôme et trigonométrique, ln, Arctan ou Arcsin isolé) : intégration par parties. On dérive ce qui se simplifie, on primitive ce qui ne se dégrade pas. Pour une fonction seule, prendre u(t)=1.
  • Une fonction et sa dérivée visibles, ou une racine, une exponentielle, un dénominateur à éliminer d'un bloc : changement de variable. Annoncer x=φ(t), écrire dx=φ(t)dt, changer les bornes, tout réécrire en t.
  • Produit eatcos(bt) ou eatsin(bt) : deux intégrations par parties et résolution du système, ou, plus court, passage aux complexes avec λ=a+ib.
  • Puissances de cos et sin, produits de fonctions trigonométriques : linéariser d'abord.

Méthode

Méthode 3 — Primitives de 1ax2+bx+c.

  1. Calculer Δ=b24ac et déterminer les intervalles sur lesquels la fonction est définie.
  2. Δ>0 : factoriser en a(xr1)(xr2), décomposer à la main en Axr1+Bxr2 par multiplication-évaluation, primitiver en logarithmes. Une constante par intervalle.
  3. Δ=0 : le trinôme vaut a(xr0)2, la primitive est 1a(xr0), sans logarithme.
  4. Δ<0 : forme canonique a((x+b2a)2+ω2), puis 1aωArctanx+b2aω. La fonction est définie sur R entier.
  5. Dériver le résultat pour contrôler.

Méthode

Méthode 4 — Primitives de αx+βax2+bx+c.

  1. Vérifier d'abord si le numérateur est déjà D(x)=2ax+b : dans ce cas la réponse est lnD(x), et c'est fini.
  2. Sinon, écrire αx+β=λ(2ax+b)+μ et vérifier l'identité en développant.
  3. Le premier morceau donne λlnax2+bx+c ; le second se traite par la méthode 3.

Méthode

Méthode 5 — Résoudre y+a(x)y=b(x).

  1. Intervalle : si l'équation n'est pas normalisée, repérer les zéros du coefficient de y, découper, diviser. Annoncer l'intervalle de travail.
  2. Homogène : calculer une primitive A de a, écrire yh(x)=λeA(x), et simplifier l'exponentielle quand c'est possible.
  3. Solution particulière : la deviner si le second membre est polynomial, exponentiel ou trigonométrique (en testant le cas résonnant), sinon appliquer la variation de la constante en posant y=λ(x)eA(x), ce qui donne λ(x)=b(x)eA(x).
  4. Conclure : y=yp+λeA, avec une constante par intervalle.
  5. Exploiter la condition initiale en dernier, jamais avant.

Méthode

Méthode 6 — Résoudre l'équation homogène y+ay+by=0.

  1. Écrire l'équation caractéristique r2+ar+b=0 et calculer Δ=a24b.
  2. Δ>0 : yh(x)=λer1x+μer2x.
  3. Δ=0 : yh(x)=(λx+μ)er0x.
  4. Δ<0, racines α±iω, coefficients réels et solutions réelles cherchées : yh(x)=eαx(λcos(ωx)+μsin(ωx)), que l'on peut réécrire Aeαxcos(ωxφ) pour lire l'amplitude et la phase.
  5. Toujours préciser si l'on cherche les solutions réelles ou complexes : la réponse n'est pas la même.

Méthode

Méthode 7 — Trouver une solution particulière à l'ordre 2.

  • Polynôme de degré n : essayer un polynôme de degré n si b0 ; de la forme xQ(x) avec degQ=n si b=0 et a0 ; primitiver deux fois si a=b=0.
  • Aeλx : regarder si λ est racine de l'équation caractéristique. Non : essayer δeλx. Racine simple : δxeλx. Racine double : δx2eλx. Puis identifier δ en reportant.
  • Bcos(ωx) ou Bsin(ωx), avec a et b réels : résoudre la version complexifiée de second membre Beiωx (en testant si iω est racine), puis prendre la partie réelle pour cos, la partie imaginaire pour sin.
  • Somme de plusieurs seconds membres : principe de superposition, une solution particulière par morceau, puis on additionne.

Méthode

Méthode 8 — Traiter un problème de Cauchy.

  1. Résoudre complètement l'équation avant d'utiliser les conditions initiales : la solution générale doit contenir un paramètre à l'ordre 1, deux à l'ordre 2.
  2. À l'ordre 2, calculer y à partir de la solution générale.
  3. Écrire les conditions (y(x0)=y0, plus y(x0)=y1 à l'ordre 2) et résoudre le système en (λ) ou (λ,μ) : il a toujours une solution unique.
  4. Conclure par une phrase, puis vérifier à la fois l'équation et les conditions initiales.
  5. Contrôle de bon sens : à l'ordre 1, une solution de l'homogène qui s'annule en un point est nulle partout, et deux courbes intégrales distinctes ne se croisent jamais.

Méthode

Méthode 9 — Traduire un énoncé de physique ou de chimie en équation différentielle.

  1. Nommer la fonction inconnue et la variable, avec leurs unités : u(t) en volts, θ(t) en degrés Celsius, [A](t) en mol par litre.
  2. Écrire les lois du domaine : loi des mailles, relation i=Cu, loi de Newton, définition de la vitesse de réaction, principe fondamental de la dynamique.
  3. Éliminer les inconnues auxiliaires jusqu'à obtenir une seule équation en une seule fonction, puis normaliser.
  4. Identifier la forme mathématique (ordre 1 ou 2, homogène ou non) et appliquer les méthodes précédentes.
  5. Traduire les conditions initiales : condensateur déchargé, température de départ, position et vitesse initiales.
  6. Interpréter le résultat : constante de temps, régime transitoire et permanent, pseudo-période, temps de demi-réaction. Contrôler l'homogénéité et le comportement en temps long.

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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.