PCSI · Chapitre 03 · Premier semestre

Nombres complexes

Conjugaison, module, forme trigonométrique, exponentielle complexe, racines n-ièmes, équations algébriques, interprétation géométrique.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Conjugaison
  • Module
  • Forme trigonométrique
  • Exponentielle complexe
  • Racines n-ièmes
  • Équations algébriques
  • Interprétation géométrique

Il existe des équations très simples que les nombres réels ne savent pas résoudre. La plus élémentaire est x2=1 : comme le carré d'un réel est toujours positif ou nul, aucun réel ne convient. Le réflexe naturel serait de s'arrêter là et de déclarer l'équation impossible. L'histoire a choisi l'autre voie : on fabrique un nombre nouveau dont le carré vaut 1, on l'appelle i, on l'ajoute aux réels, et on regarde ce que devient le calcul. Le résultat dépasse de très loin le problème de départ. Dans l'ensemble ainsi obtenu, noté C, toute équation du second degré a des solutions, la trigonométrie devient un chapitre de calcul algébrique, les rotations du plan s'écrivent comme des multiplications, et les signaux sinusoïdaux de l'électrocinétique se manipulent comme des nombres.

Ce chapitre est donc à la fois un chapitre de calcul et un chapitre d'outils. Trois écritures d'un même nombre complexe vont cohabiter : l'écriture algébrique z=x+iy, adaptée aux sommes et aux parties réelle et imaginaire ; l'écriture trigonométrique z=reiθ, adaptée aux produits, aux puissances et aux racines ; l'écriture exponentielle ez, qui unifie les deux. Savoir passer de l'une à l'autre au bon moment est l'unique compétence réellement décisive du chapitre, et c'est aussi celle qui distingue un calcul de trois lignes d'un calcul de deux pages.

Les notations suivantes valent pour tout le chapitre. Les lettres z, z, w désignent des nombres complexes, les lettres x, y, a, b, r, t, θ des réels, les lettres n, k, p des entiers. Les ensembles de nombres sont notés N, Z, R, C, avec C=C{0} et R=R{0}. Toutes les propriétés de R et toute la trigonométrie du lycée (formules d'addition, de duplication, valeurs remarquables) sont supposées connues et utilisées librement.

L'ensemble C et l'écriture algébrique

Ce que l'on admet

Le point de départ est un acte de foi contrôlé : on admet qu'un ensemble de nombres possédant les propriétés voulues existe. Cette existence se démontre, en construisant C à partir de R, mais cette construction est hors programme et n'apporte rien au calcul. Ce qui compte, et qu'il faut connaître par cœur, c'est la liste exacte des propriétés admises : tout le reste du chapitre en découle.

Définition

On admet l'existence d'un ensemble, noté C et appelé ensemble des nombres complexes, muni d'une addition et d'une multiplication vérifiant les quatre propriétés suivantes.

  1. C contient R : tout nombre réel est un nombre complexe.
  2. L'addition et la multiplication de C prolongent celles de R (elles donnent les mêmes résultats sur les réels) et obéissent aux mêmes règles de calcul : commutativité, associativité, distributivité de la multiplication sur l'addition, 0 neutre pour l'addition, 1 neutre pour la multiplication, existence d'un opposé pour tout élément, existence d'un inverse pour tout élément non nul.
  3. Il existe un élément de C, noté i, tel que i2=1.
  4. Tout élément z de C s'écrit z=x+iy avec x et y réels.

Les éléments de C s'appellent les nombres complexes.

Remarque

La propriété 2 est celle que l'on utilise sans même y penser à chaque ligne de calcul : elle autorise à développer, factoriser, réduire au même dénominateur, appliquer une identité remarquable, exactement comme dans R. La seule nouveauté du calcul dans C tient en une règle supplémentaire, i2=1, qu'il faut appliquer systématiquement pour simplifier.

En revanche, une propriété de R ne se prolonge pas : la relation d'ordre. Il n'existe sur C aucune relation d'ordre compatible avec les opérations, et l'écriture zz entre deux complexes est dépourvue de sens. Nous y revenons plus bas.

Unicité de l'écriture algébrique

La propriété 4 affirme que tout complexe s'écrit sous la forme x+iy. Elle ne dit rien de l'unicité d'une telle écriture, qui est pourtant le fait le plus utilisé du chapitre : c'est lui qui autorise à identifier les parties réelles et les parties imaginaires de deux expressions égales.

Propriété

Théorème (unicité de l'écriture algébrique). Pour tout nombre complexe z, il existe un unique couple (x,y) de réels tel que z=x+iy.

Démonstration. L'existence est exactement la propriété 4 de la définition. Démontrons l'unicité.

Soient (x,y) et (x,y) deux couples de réels tels que x+iy=x+iy. En regroupant, il vient

xx=i(yy).

Raisonnons par l'absurde en supposant yy. Alors yy est un réel non nul, donc inversible, et on peut écrire

i=xxyy.

Le membre de droite est un quotient de deux réels, donc un réel : i serait un nombre réel. Or le carré d'un réel est positif ou nul, ce qui donnerait i20, en contradiction avec i2=1<0.

L'hypothèse yy est donc absurde : y=y. En reportant dans l'égalité xx=i(yy)=0, on obtient x=x. Les deux couples sont égaux.

Partie réelle, partie imaginaire

Définition

Soit zC, et soit (x,y) l'unique couple de réels tel que z=x+iy. Cette écriture s'appelle l'écriture algébrique (ou forme algébrique) de z. Le réel x s'appelle la partie réelle de z, notée Re(z), et le réel y s'appelle la partie imaginaire de z, notée Im(z).

Ainsi, pour tout zC,

z=Re(z)+iIm(z),Re(z)R,Im(z)R.

Un complexe z est dit réel lorsque Im(z)=0, et imaginaire pur lorsque Re(z)=0. L'ensemble des imaginaires purs est noté

iR={iy  :  yR}.

Enfin, C=C{0} désigne l'ensemble des complexes non nuls.

Remarque

La partie imaginaire est un nombre réel. C'est l'erreur la plus fréquente des premières semaines : dans 35i, la partie imaginaire vaut 5, et non 5i ni 5. Le mot « imaginaire » qualifie la place occupée dans l'écriture, pas la nature du nombre.

Deux conséquences immédiates de la définition, à garder en tête : Im(z) ne contient jamais de i, et z est réel si et seulement si z=Re(z).

Propriété

Soient z et z deux complexes.

  1. z=z    (Re(z)=Re(z) et Im(z)=Im(z)).
  2. z=0    (Re(z)=0 et Im(z)=0).
  3. zR    Im(z)=0, et ziR    Re(z)=0.
  4. Un complexe est à la fois réel et imaginaire pur si et seulement s'il est nul : RiR={0}.

Démonstration. Le point 1 est une reformulation du théorème d'unicité : le sens direct traduit exactement l'unicité, puisque deux écritures algébriques d'un même nombre ont même couple de coefficients ; la réciproque est immédiate, en écrivant z=Re(z)+iIm(z) et z=Re(z)+iIm(z). Le point 2 est le cas particulier z=0=0+i×0 du point 1. Le point 3 est la définition. Pour le point 4, si z est à la fois réel et imaginaire pur, alors Im(z)=0 et Re(z)=0, donc z=0 d'après le point 2 ; réciproquement 0 appartient bien aux deux ensembles.

Remarque

Une identification vaut deux équations. Le point 1 est un outil de résolution, pas une remarque théorique : une seule égalité entre complexes équivaut à un système de deux équations réelles. C'est ce mécanisme qui permettra, par exemple, de calculer les racines carrées d'un complexe au paragraphe 7.

Attention à une condition tacite : pour identifier, il faut que les coefficients soient réels. L'égalité z=a+ib ne permet de conclure Re(z)=a que si l'on a vérifié que a et b sont réels. Ainsi, de z=(2+i)+i(3i) on ne peut pas déduire Re(z)=2 : il faut d'abord développer, ce qui donne z=2+i+3i+1=3+4i, donc Re(z)=3.

Remarque

Aucune relation d'ordre sur C. Les écritures zz, z>0, « z positif », « le plus grand des deux complexes » sont interdites, sauf si l'on a explicitement établi que les nombres concernés sont réels. Seuls des réels se comparent : c'est pourquoi on comparera systématiquement des modules, qui sont des réels positifs.

L'obstruction n'est pas une question de convention. Supposons qu'il existe sur C une relation d'ordre total compatible avec les opérations, c'est-à-dire telle que l'on puisse ajouter un même nombre aux deux membres d'une inégalité et multiplier entre elles deux inégalités de la forme 0. Comme l'ordre est total, on a 0i ou i0. Dans le premier cas, en multipliant l'inégalité 0i par elle-même, on obtient 0i2=1. Dans le second, en ajoutant i aux deux membres de i0, on obtient 0i, puis en multipliant par elle-même 0(i)2=1. Dans les deux cas 01. En ajoutant 1 aux deux membres, il vient 10 ; et en multipliant l'inégalité 01 par elle-même, il vient 0(1)2=1. On aboutit à 01 et 10, donc 1=0, ce qui est faux.

Opérations en écriture algébrique

Propriété

Soient z=x+iy et z=x+iy deux complexes écrits sous forme algébrique (x, y, x, y réels). Alors

z+z=(x+x)+i(y+y),z=(x)+i(y),zz=(xxyy)+i(xy+xy).

Démonstration. Pour la somme, la commutativité et l'associativité de l'addition permettent de regrouper les termes, et la distributivité donne iy+iy=i(y+y). Comme x+x et y+y sont réels, l'écriture obtenue est bien l'écriture algébrique de z+z.

Pour le produit, on développe en utilisant la distributivité, puis on remplace i2 par 1 :

zz=(x+iy)(x+iy)=xx+xiy+iyx+iyiy=xx+i(xy)+i(yx)+i2(yy)=(xxyy)+i(xy+xy).

Les deux coefficients obtenus sont réels, donc il s'agit bien de l'écriture algébrique du produit.

Remarque

La formule du produit n'est pas à apprendre par cœur : on la retrouve en développant, ce qui est plus sûr et plus rapide que de la restituer. En revanche, il faut retenir le mécanisme : on développe comme dans R, puis on utilise i2=1 pour ramener le résultat à la forme x+iy.

Propriété

Soient z, z deux complexes et λ un réel. Alors

Re(z+z)=Re(z)+Re(z),Im(z+z)=Im(z)+Im(z),Re(λz)=λRe(z),Im(λz)=λIm(z).

Démonstration. Écrivons z=x+iy et z=x+iy sous forme algébrique. D'après la propriété précédente, z+z=(x+x)+i(y+y) avec x+x et y+y réels : par unicité de l'écriture algébrique, Re(z+z)=x+x et Im(z+z)=y+y, ce qui est l'égalité annoncée.

De même, λ étant réel, λz=λx+i(λy) avec λx et λy réels, d'où Re(λz)=λx et Im(λz)=λy.

Remarque

L'hypothèse « λ réel » est essentielle et constamment oubliée. Pour λ=i et z=i, on a Re(i×i)=Re(1)=1, tandis que iRe(i)=i×0=0.

De la même manière, il n'existe aucune formule donnant Re(zz) à partir de Re(z) et Re(z) seulement : la formule du produit mélange les quatre coefficients. Le contre-exemple z=z=i suffit à s'en convaincre, puisque Re(i×i)=1 alors que Re(i)Re(i)=0.

Propriété

Un produit de complexes est nul si et seulement si l'un des facteurs est nul : pour tous z,zC,

zz=0    (z=0 ou z=0).

Démonstration. Si z=0 ou z=0, le produit est nul. Réciproquement, supposons zz=0 et z0. Comme z est non nul, il admet un inverse z1, et

z=1×z=(z1z)z=z1(zz)=z1×0=0.

Donc z=0 ou z=0.

Remarque

Cette propriété est celle qui rend légitime la résolution d'une équation par factorisation, technique utilisée en permanence à partir du paragraphe 7 : de (zz1)(zz2)=0 on déduit bien z=z1 ou z=z2. Elle n'a rien d'automatique dans un ensemble de nombres quelconque, et c'est ici une conséquence de l'existence des inverses.

Inverse et quotient

Propriété

Soit z=x+iy un complexe non nul (x, y réels). Alors x2+y20 et

1z=xiyx2+y2=xx2+y2+iyx2+y2.

Démonstration. Si x2+y2 était nul, comme x20 et y20 sont deux réels, on aurait x=y=0, donc z=0, exclu. Donc x2+y2 est un réel strictement positif, et le nombre w=xiyx2+y2 est bien défini. Calculons zw :

zw=(x+iy)(xiy)x2+y2=x2(iy)2x2+y2=x2+y2x2+y2=1.

On a utilisé l'identité remarquable (a+b)(ab)=a2b2, valable dans C, et (iy)2=i2y2=y2. Ainsi w est l'inverse de z. La seconde écriture s'obtient en séparant les deux termes, les coefficients xx2+y2 et yx2+y2 étant réels.

Méthode

Mettre un quotient sous forme algébrique. Pour écrire zz sous la forme x+iy avec z0 :

  1. multiplier le numérateur et le dénominateur par le conjugué du dénominateur, c'est-à-dire par xiy si z=x+iy ;
  2. le nouveau dénominateur vaut x2+y2 : c'est un réel strictement positif, il ne contient plus de i ;
  3. développer le numérateur, utiliser i2=1, puis séparer la partie réelle de la partie imaginaire en divisant chacune par le dénominateur réel.

Le point 2 est tout l'intérêt de la manœuvre : on remplace une division par un complexe, qui n'est pas une opération que l'on sait mener directement, par une division par un réel, qui est immédiate.

Exemple

Écrivons Z=2+i3i sous forme algébrique. Le conjugué du dénominateur est 3+i, donc

Z=(2+i)(3+i)(3i)(3+i)=6+2i+3i+i232+12=6+5i110=5+5i10=12+12i.

Donc Re(Z)=12 et Im(Z)=12.

Contrôle : on doit avoir (3i)Z=2+i. Or (3i)(12+12i)=32+32i12i12i2=32+12+i=2+i. C'est bien le cas.

Puissances de i

Propriété

Pour tout entier naturel n, en notant n=4q+r la division euclidienne de n par 4 (avec 0r3), on a in=ir, c'est-à-dire

i4q=1,i4q+1=i,i4q+2=1,i4q+3=i.

Démonstration. On calcule d'abord les quatre premières puissances : i0=1, i1=i, i2=1 par définition, et i3=i2×i=i. Puis i4=i2×i2=(1)×(1)=1.

Soit maintenant n un entier naturel, et soit n=4q+r sa division euclidienne par 4, avec qN et 0r3. Alors

in=i4q+r=(i4)q×ir=1q×ir=ir.

Les quatre égalités annoncées s'obtiennent en prenant successivement r=0,1,2,3 et en reportant les valeurs calculées plus haut.

Exemple

Calculons i2026 et i2027.

La division euclidienne de 2026 par 4 s'écrit 2026=4×506+2, car 4×506=2024 et 023. Donc i2026=i2=1.

De même 2027=4×506+3, donc i2027=i3=i.

Contrôle : i2027=i2026×i=1×i=i. Les deux calculs concordent.

Les formules de calcul disponibles dans C

Les identités algébriques du chapitre de calcul se démontrent uniquement à partir de la commutativité, de l'associativité et de la distributivité. Comme la propriété 2 de la définition garantit ces trois règles dans C, toutes ces identités y restent valables, sans aucune adaptation, et il est inutile de les redémontrer.

Propriété

Soient a, b des complexes et n un entier naturel.

  1. Identités remarquables : (a+b)2=a2+2ab+b2, (ab)2=a22ab+b2, a2b2=(ab)(a+b).
  2. Formule du binôme de Newton : (a+b)n=k=0n(nk)akbnk.
  3. Factorisation de anbn : anbn=(ab)k=0n1akbn1k pour n1.
  4. Somme géométrique finie : pour qC,
k=0nqk={1qn+11qsi q1,n+1si q=1.

Remarque

Une identité nouvelle apparaît en revanche dans C, et elle sera utilisée constamment : la somme de deux carrés se factorise,

a2+b2=a2(ib)2=(aib)(a+ib).

C'est exactement ce qui rend possible la résolution de toutes les équations du second degré, et c'est aussi ce qui explique que x2+1=(xi)(x+i) n'a pas d'équivalent réel.

Exemple

Calculons (1+i)2026.

Le calcul direct par le binôme est hors de portée ; la bonne idée est de calculer d'abord un petit carré. On a

(1+i)2=1+2i+i2=1+2i1=2i.

Donc, puisque 2026=2×1013,

(1+i)2026=((1+i)2)1013=(2i)1013=21013i1013.

Or 1013=4×253+1 (car 4×253=1012), donc i1013=i et finalement

(1+i)2026=21013i.

Contrôle sur un exposant plus petit, par la même méthode : (1+i)4=(2i)2=4, ce que l'on peut vérifier par le binôme, (1+i)4=1+4i+6i2+4i3+i4=1+4i64i+1=4. La méthode est correcte.

Conjugaison

La conjugaison est l'opération qui change i en i. C'est l'outil le plus économique du chapitre : elle transforme les questions de nature (« ce nombre est-il réel ? ») en équations, et elle donne le seul moyen efficace de manipuler un quotient.

Définition

Soit z=x+iy un complexe sous forme algébrique (x, y réels). Le conjugué de z est le complexe

z=xiy.

Autrement dit, Re(z)=Re(z) et Im(z)=Im(z).

Exemple

35i=3+5i, i=i, 7=7, 2i=2i, 0=0.

Propriété

Soient z et z deux complexes, et n un entier naturel.

  1. Involution : z=z.
  2. Somme : z+z=z+z, et z=z.
  3. Produit : zz=z×z.
  4. Puissance : zn=(z)n.
  5. Inverse et quotient : si z0, alors z0, et
(1z)=1z,(zz)=zz.

Démonstration. Écrivons z=x+iy et z=x+iy sous forme algébrique.

Point 1. Par définition z=x+i(y), écriture algébrique puisque x et y sont réels. En conjuguant une seconde fois, z=xi(y)=x+iy=z.

Point 2. On a z+z=(x+x)+i(y+y), donc par définition du conjugué

z+z=(x+x)i(y+y)=(xiy)+(xiy)=z+z.

Le cas de l'opposé s'obtient avec z=z, ou directement : z=xi(y)=(xiy)=z.

Point 3. On a vu que zz=(xxyy)+i(xy+xy), donc

zz=(xxyy)i(xy+xy).

D'autre part, en appliquant la formule du produit aux complexes z=x+i(y) et z=x+i(y) :

z×z=(xx(y)(y))+i(x(y)+x(y))=(xxyy)i(xy+xy).

Les deux résultats coïncident.

Point 4. Récurrence sur n. Pour n=0, les deux membres valent 1=1. Supposons zn=(z)n pour un certain entier n. Alors, en utilisant le point 3 puis l'hypothèse de récurrence,

zn+1=zn×z=zn×z=(z)n×z=(z)n+1.

La propriété est donc vraie pour tout entier naturel n.

Point 5. Supposons z0. Si l'on avait z=0, alors en conjuguant et en utilisant le point 1, z=z=0=0, exclu : donc z0. En conjuguant l'égalité z×1z=1 et en utilisant le point 3, il vient

z×(1z)=1=1,

ce qui signifie exactement que (1z) est l'inverse de z. La formule du quotient s'en déduit en écrivant zz=z×1z et en appliquant le point 3.

Remarque

Ces règles se résument en une phrase : la conjugaison traverse toutes les opérations. On peut donc conjuguer une expression aussi compliquée que l'on veut en remplaçant simplement chaque nombre par son conjugué, sans rien réorganiser. Par exemple

(2z3iz+5z+4i)=2z3+iz+5z4i,

où l'on a utilisé 2=2, 5=5, i=i, 4i=4i et z=z. C'est un réflexe de calcul à acquérir tout de suite.

Propriété

Caractérisations. Soit zC.

zR    z=z,ziR    z=z.

Démonstration. Écrivons z=x+iy sous forme algébrique.

Pour la première équivalence : z=z s'écrit xiy=x+iy, ce qui, par unicité de l'écriture algébrique, équivaut à y=y, c'est-à-dire 2y=0, c'est-à-dire y=0 ; et y=Im(z)=0 équivaut à zR.

Pour la seconde : z=z s'écrit xiy=xiy, ce qui équivaut à x=x, c'est-à-dire x=0, c'est-à-dire ziR.

Propriété

Pour tout complexe z,

Re(z)=z+z2,Im(z)=zz2i.

Démonstration. Écrivons z=x+iy. Alors z+z=(x+iy)+(xiy)=2x, d'où z+z2=x=Re(z).

De même zz=(x+iy)(xiy)=2iy, et comme 2i0, on peut diviser : zz2i=y=Im(z).

Remarque

Ces deux formules sont plus utiles qu'elles n'en ont l'air. Elles permettent d'exprimer une condition portant sur Re ou Im comme une équation algébrique en z et z, donc de la traiter par le calcul plutôt que par la séparation en x et y — laquelle produit souvent des expressions inextricables. Elles sont l'ancêtre direct des formules d'Euler du paragraphe 4.

Méthode

Montrer qu'une expression Z est réelle (ou imaginaire pure). Trois stratégies, par ordre d'efficacité décroissante.

  1. Conjuguer. Calculer Z en faisant traverser la conjugaison, et montrer que Z=Z (réel) ou Z=Z (imaginaire pur). C'est presque toujours la voie la plus rapide, surtout si Z est un quotient ou une puissance.
  2. Reconnaître une forme évidente. Une somme w+w, un produit ww, un module au carré, sont réels sans aucun calcul. Une différence ww est imaginaire pure.
  3. Séparer parties réelle et imaginaire. Écrire z=x+iy, développer, et montrer que la partie imaginaire est nulle. À réserver aux cas où Z est un polynôme court en z : dès qu'il y a un quotient, cette voie est la plus coûteuse.

Exemple

Premier exemple. Montrons que, pour tous complexes z et z, le nombre Z=zz+zz est réel.

Conjuguons, en faisant traverser la conjugaison chaque opération :

Z=zz+zz=z×z+z×z=zz+zz=Z.

Donc Z=Z, et Z est réel.

Second exemple. Soit z un complexe tel que zz=1 et z1 (nous verrons au paragraphe suivant que la condition zz=1 signifie que z est de module 1). Montrons que

Z=1z1+z

est imaginaire pur.

D'abord Z est bien défini puisque z1. De zz=1 on tire z0 et z=1z. Alors

Z=1z1+z=1z1+z=11z1+1z=z1zz+1z=z1z+1=1z1+z=Z.

Donc Z=Z, et Z est imaginaire pur.

Contrôle sur un cas particulier : pour z=i, qui vérifie bien zz=i×(i)=1, on trouve Z=1i1+i=(1i)2(1+i)(1i)=2i2=i, qui est bien imaginaire pur.

Module

Définition et premières propriétés

Définition

Soit z=x+iy un complexe sous forme algébrique (x, y réels). Le module de z est le réel positif

z=x2+y2.

Remarque

La quantité x2+y2 est un réel positif ou nul, la racine carrée a donc bien un sens et z est un réel positif ou nul. C'est un point capital : les modules sont des réels, donc ils se comparent, se majorent et se minorent, alors que les complexes eux-mêmes ne le peuvent pas. Toute inégalité de ce chapitre porte sur des modules.

Le symbole x reste réservé aux réels positifs. On n'écrira jamais z ni 4 pour un complexe : la notation n'a pas de sens dans C, comme le paragraphe 7 l'expliquera.

Propriété

Soit zC.

  1. z0, et z=0    z=0.
  2. z2=zz.
  3. Si z est réel, son module est égal à sa valeur absolue : la notation z est donc cohérente avec celle du lycée.
  4. z=z et z=z.
  5. Re(z)z, avec égalité si et seulement si z est réel ; Im(z)z, avec égalité si et seulement si z est imaginaire pur.

Démonstration. Écrivons z=x+iy sous forme algébrique.

Point 1. La racine carrée d'un réel positif est positive, donc z0. De plus z=0 équivaut à x2+y2=0, et comme x20 et y20, cette somme de deux réels positifs est nulle si et seulement si x2=y2=0, c'est-à-dire x=y=0, c'est-à-dire z=0.

Point 2. On calcule directement

zz=(x+iy)(xiy)=x2(iy)2=x2+y2=z2.

Point 3. Si z est réel, alors y=0 et z=x2, qui est la valeur absolue de x.

Point 4. Le conjugué z=x+i(y) a pour module x2+(y)2=x2+y2=z, et le même calcul vaut pour z=(x)+i(y).

Point 5. Comme y20, on a x2x2+y2, et la fonction racine carrée étant croissante sur R+,

Re(z)=x2x2+y2=z.

L'égalité a lieu si et seulement si x2=x2+y2, c'est-à-dire y2=0, c'est-à-dire y=0, c'est-à-dire zR. Le raisonnement pour la partie imaginaire est identique en échangeant les rôles de x et y.

Remarque

La relation z2=zz est la formule du paragraphe. Elle transforme un module, qui contient une racine carrée et se prête mal au calcul, en un produit, qui obéit à toutes les règles algébriques. Le réflexe correspondant s'énonce ainsi : dès qu'un module apparaît dans une égalité ou une inégalité à démontrer, on l'élève au carré et on écrit zz.

Attention toutefois : z2=zz et non z2. Pour z=i, on a z2=1 alors que z2=1. L'égalité z2=z2 ne vaut que pour les réels.

Propriété

Soient z et z deux complexes et n un entier naturel.

  1. zz=zz.
  2. Si z0, 1z=1z ; si z0, zz=zz.
  3. zn=zn (valable aussi pour nZ lorsque z0).

Démonstration.

Point 1. Les deux membres étant des réels positifs, il suffit de démontrer l'égalité de leurs carrés. Or, en utilisant w2=ww, la règle zz=zz et la commutativité,

zz2=(zz)(zz)=zzzz=(zz)(zz)=z2z2=(zz)2.

Deux réels positifs de même carré sont égaux, donc zz=zz.

Point 2. Soit z0. En appliquant le point 1 à l'égalité z×1z=1, il vient z×1z=1=1, et comme z0 on peut diviser. La formule du quotient s'en déduit en écrivant zz=z×1z.

Point 3. Récurrence sur n. Pour n=0 les deux membres valent 1. Si zn=zn, alors zn+1=zn×z=znz=znz=zn+1 d'après le point 1. Pour un exposant négatif n=m avec mN et z0, on combine avec le point 2 : zm=1zm=1zm=zm.

Remarque

Le module se comporte parfaitement vis-à-vis de la multiplication, de la division et des puissances : ce sont des égalités. Vis-à-vis de l'addition, il n'y a pas d'égalité, seulement une inégalité, celle du paragraphe suivant. Autrement dit, z+z=z+z est faux en général : pour z=1 et z=i, le membre de gauche vaut 2 et celui de droite 2.

C'est ce contraste qui décide du choix de l'écriture : devant un produit ou une puissance, on passe aux modules sans hésiter ; devant une somme, on reste en écriture algébrique.

Inégalité triangulaire

Propriété

Théorème (inégalité triangulaire). Pour tous complexes z et z,

z+zz+z.

De plus, il y a égalité si et seulement si z=0 ou s'il existe un réel t0 tel que z=tz.

Démonstration. Commençons par établir une identité utile, en développant à l'aide de w2=ww :

z+z2=(z+z)(z+z)=(z+z)(z+z)=zz+zz+zz+zz=z2+(zz+zz)+z2=z2+2Re(zz)+z2.

À l'avant-dernière ligne, on a reconnu zz=zz, et à la dernière on a utilisé w+w=2Re(w).

L'inégalité. D'après la majoration Re(w)w appliquée à w=zz, puis la multiplicativité du module,

Re(zz)zz=zz=zz.

En reportant dans l'identité précédente,

z+z2z2+2zz+z2=(z+z)2.

Les deux nombres z+z et z+z sont des réels positifs, et la fonction racine carrée est croissante sur R+ : on en déduit z+zz+z.

Le cas d'égalité. En reprenant les deux étapes ci-dessus, l'égalité z+z=z+z a lieu si et seulement si

Re(zz)=zz=zz,

c'est-à-dire si et seulement si le complexe w=zz vérifie Re(w)=w. Or, pour w=u+iv, cette condition s'écrit u=u2+v2, ce qui impose d'une part u0, d'autre part, en élevant au carré, u2=u2+v2 donc v=0 : elle équivaut donc à « w est un réel positif ou nul ».

Supposons cette condition réalisée et posons s=zz0. Si z=0, la première branche de la conclusion est vérifiée. Si z0, alors z=sz=szzz=sz2z, et en conjuguant cette égalité, dont le coefficient sz2 est réel,

z=sz2z=tz,avec t=sz20.

Réciproquement, si z=0, les deux membres valent z. Et s'il existe t0 tel que z=tz, alors

z+z=z+tz=(1+t)z=1+tz=(1+t)z=z+tz=z+z,

où l'on a utilisé 1+t0 et z=tz=tz.

Remarque

Le cas d'égalité s'énonce en français : il y a égalité exactement quand les deux nombres sont « alignés dans le même sens », c'est-à-dire quand l'un est un multiple positif de l'autre. La disjonction « z=0 ou … » n'est pas une coquetterie : si z=0, aucun t ne peut convenir pour un z non nul, et pourtant l'égalité est vraie. Oublier ce cas est l'erreur classique.

Propriété

Soient z, z des complexes, n un entier supérieur ou égal à 1 et (z1,,zn) une famille finie de complexes.

  1. Deuxième inégalité triangulaire : zzzz.
  2. Inégalité triangulaire généralisée : k=1nzkk=1nzk.

Démonstration.

Point 1. En écrivant z=(zz)+z et en appliquant l'inégalité triangulaire,

zzz+z,donczzzz.

En échangeant les rôles de z et z, et en utilisant zz=(zz)=zz, on obtient de même zzzz. Le réel zz est égal à l'un des deux nombres zz et zz, tous deux majorés par zz : l'inégalité annoncée en découle.

Point 2. Récurrence sur n. Pour n=1, l'inégalité s'écrit z1z1, elle est vraie. Supposons-la vraie au rang n. Alors, en appliquant d'abord l'inégalité triangulaire à deux termes puis l'hypothèse de récurrence,

k=1n+1zk=(k=1nzk)+zn+1k=1nzk+zn+1k=1nzk+zn+1=k=1n+1zk.

La propriété est donc vraie pour tout entier n1.

Exemple

Soit z un complexe tel que z1. Majorons z32z+1.

D'après l'inégalité triangulaire généralisée, puis la multiplicativité du module,

z32z+1z3+2z+11+2+1=4,

la dernière majoration utilisant z1, donc aussi z31.

Contrôle : pour z=1, qui vérifie bien z1, on obtient z32z+1=1+2+1=2, valeur inférieure à 4 : la majoration est cohérente. Elle n'est pas optimale pour autant, et c'est le cas habituel. La première majoration ne devient une égalité que si tous les termes sont alignés dans le même sens, ce qui n'a lieu ici que pour z=0 ; et pour cette valeur, la seconde majoration, celle qui utilise z1, est très large. La borne 4 n'est donc atteinte pour aucun z.

Propriété

Identité du parallélogramme. Pour tous complexes z et z,

z+z2+zz2=2(z2+z2).

Démonstration. L'identité établie au début de la démonstration de l'inégalité triangulaire donne

z+z2=z2+2Re(zz)+z2.

En l'appliquant au couple (z,z), et en utilisant z=z, z=z ainsi que la linéarité de Re pour le scalaire réel 1,

zz2=z22Re(zz)+z2.

En additionnant ces deux égalités, les termes en Re(zz) se compensent et il reste

z+z2+zz2=2z2+2z2.

Le plan complexe

Définition

Le plan est rapporté à un repère orthonormé direct d'origine O. À tout point M de coordonnées (x,y) on associe le complexe z=x+iy, appelé affixe du point M ; réciproquement, à tout complexe z=x+iy correspond un unique point M de coordonnées (x,y), appelé image de z. Le plan ainsi identifié à C s'appelle le plan complexe.

De même, l'affixe d'un vecteur u de coordonnées (x,y) est le complexe x+iy.

Propriété

Soient A et B deux points d'affixes respectives a et b, et soient u, v deux vecteurs d'affixes u et v.

  1. L'affixe du vecteur AB est ba.
  2. L'affixe de u+v est u+v, et celle de λu est λu pour tout réel λ.
  3. u est la norme du vecteur u, et ba=AB.
  4. L'affixe du milieu du segment [AB] est a+b2.

Démonstration. Notons a=xA+iyA et b=xB+iyB. Le vecteur AB a pour coordonnées (xBxA,yByA), donc pour affixe (xBxA)+i(yByA)=ba : c'est le point 1. Le point 2 traduit de même le calcul des coordonnées d'une somme de vecteurs et d'un produit par un réel. Pour le point 3, la norme du vecteur de coordonnées (x,y) vaut x2+y2, qui est exactement le module de son affixe ; appliqué à AB, cela donne AB=ba. Enfin le milieu de [AB] a pour coordonnées (xA+xB2,yA+yB2), donc pour affixe a+b2.

Remarque

Cette traduction donne son nom à l'inégalité triangulaire : en prenant pour z l'affixe de AB et pour z celle de BC, de sorte que z+z est l'affixe de AC, elle affirme ACAB+BC, autrement dit que le chemin direct est le plus court. Le cas d'égalité correspond exactement au cas où B appartient au segment [AC].

L'identité du parallélogramme, elle, affirme que dans un parallélogramme la somme des carrés des deux diagonales est égale à la somme des carrés des quatre côtés.

Propriété

Soient aC, A le point d'affixe a, et r un réel strictement positif. Dans le plan complexe :

  • {zC:za=r} est le cercle de centre A et de rayon r ;
  • {zC:zar} est le disque fermé de centre A et de rayon r ;
  • {zC:za<r} est le disque ouvert de centre A et de rayon r.

Démonstration. Pour un point M d'affixe z, le point 3 de la propriété précédente donne za=AM. La condition za=r signifie donc AM=r, ce qui est la définition du cercle de centre A et de rayon r ; les deux autres conditions s'interprètent de la même manière.

Exemple

Décrivons deux ensembles de points.

L'ensemble des points M d'affixe z vérifiant z1+i=2 : on commence par écrire la condition sous la forme za=r, ici z(1i)=2. C'est donc le cercle de centre le point d'affixe 1i, c'est-à-dire de coordonnées (1,1), et de rayon 2.

L'ensemble des points vérifiant 2z+4i6 : on factorise d'abord par le coefficient de z, ce que la multiplicativité du module autorise. La condition s'écrit 2z+2i6, soit z(2i)3 : c'est le disque fermé de centre le point de coordonnées (0,2) et de rayon 3.

Le piège est de lire directement « centre 4i, rayon 6 » sans avoir sorti le facteur 2.

Nombres complexes de module 1, trigonométrie

L'ensemble U

Définition

On note U l'ensemble des nombres complexes de module 1 :

U={zC:z=1}.

Dans le plan complexe, U est le cercle de centre O et de rayon 1, appelé cercle trigonométrique.

Propriété

  1. 1U et 1U ; tout élément de U est non nul.
  2. U est stable par produit : si z,zU, alors zzU.
  3. U est stable par passage à l'inverse et par conjugaison : si zU, alors 1zU et zU.
  4. Pour zU, 1z=z.
  5. Si zU, alors znU pour tout nZ.

Démonstration.

Point 1. 1=1 et 1=1. Un élément de module 1 est non nul puisque seul 0 est de module nul.

Point 2. Si z=z=1, alors zz=zz=1×1=1.

Point 3. Si z=1, alors z0 et 1z=1z=1 ; de plus z=z=1.

Point 4. Soit zU. La relation zz=z2=1 signifie exactement que z est l'inverse de z.

Point 5. Pour nZ, zn=zn=1n=1.

Remarque

Le point 4 est le plus utilisé de la liste. Sur le cercle trigonométrique, inverser, c'est conjuguer : cela permet d'éliminer tous les dénominateurs d'un calcul, comme on l'a déjà vu dans le second exemple du paragraphe 2. Le réflexe s'énonce ainsi : dès que l'énoncé contient l'hypothèse z=1, écrire aussitôt z=1z.

La notation eiθ

Définition

Pour tout réel θ, on pose

eiθ=cosθ+isinθ.

Remarque

À ce stade, eiθ n'est qu'une notation : rien ne dit encore qu'il s'agit d'une exponentielle au sens habituel. Ce qui justifie ce choix d'écriture, c'est la propriété fondamentale démontrée plus bas, ei(a+b)=eiaeib : la notation exponentielle est adoptée précisément parce que ce nombre transforme les sommes en produits, comme l'exponentielle réelle. Le paragraphe 6 étendra la définition à un exposant complexe quelconque et montrera que tout est cohérent.

Pour tout réel θ, on a Re(eiθ)=cosθ et Im(eiθ)=sinθ, puisque cosθ et sinθ sont des réels : c'est l'écriture algébrique de eiθ.

Propriété

  1. Pour tout réel θ, eiθU.
  2. Réciproquement, tout élément de U s'écrit eiθ pour au moins un réel θ. (Résultat admis.)

Démonstration du point 1. Pour tout réel θ,

eiθ=cos2θ+sin2θ=1=1.

Le point 2 est admis : il repose sur le fait que la fonction cosinus réalise une bijection de [0,π] sur [1,1], propriété des fonctions trigonométriques étudiée dans le chapitre consacré aux fonctions usuelles. Concrètement, si x2+y2=1, alors x[1,1], et l'on peut choisir θ dans [0,π] tel que cosθ=x lorsque y0, et θ dans [π,0] sinon ; la relation sin2θ=1x2=y2 jointe au signe de y donne alors sinθ=y.

Remarque

Les deux points réunis s'énoncent ainsi : θeiθ paramètre le cercle trigonométrique. Quand θ parcourt R, le point d'affixe eiθ parcourt le cercle de centre O et de rayon 1, en tournant dans le sens direct, et repasse par le même point chaque fois que θ augmente de 2π.

Voici les valeurs remarquables à connaître par cœur.

θ 0 π6 π4 π3 π2 π
cosθ 1 32 22 12 0 1
sinθ 0 12 22 32 1 0
eiθ 1 32+12i 22(1+i) 12+32i i 1

Propriété

Propriété fondamentale. Pour tous réels a et b,

ei(a+b)=eiaeib.

Démonstration. Développons le produit du membre de droite en utilisant la formule du produit de deux complexes :

eiaeib=(cosa+isina)(cosb+isinb)=(cosacosbsinasinb)+i(cosasinb+sinacosb)=cos(a+b)+isin(a+b)=ei(a+b),

la troisième égalité provenant des formules d'addition du cosinus et du sinus.

Remarque

La démonstration mérite d'être lue dans l'autre sens : elle montre que les formules d'addition de la trigonométrie ne sont rien d'autre que la règle du produit des exponentielles. C'est le principal service que rend ce chapitre. Un élève qui hésite sur le signe dans cos(a+b) n'a plus besoin de mémoriser : il développe eiaeib et lit les parties réelle et imaginaire.

Avant d'énoncer les conséquences, fixons une notation utilisée dans tout le chapitre.

Définition

Soient θ, θ des réels et α un réel strictement positif. On écrit

θθ [α]lorsqu’il existe kZ tel que θθ=kα.

On lit « θ est congru à θ modulo α ». Les deux cas utiles ici sont α=2π et α=π.

Propriété

Soient θ, θ, a et b des réels.

  1. eiθ0, et 1eiθ=eiθ=eiθ.
  2. eiaeib=ei(ab).
  3. eiθ=1    θ0 [2π].
  4. eiθ=eiθ    θθ [2π].

Démonstration.

Point 1. Un complexe de module 1 n'est pas nul. Comme cos(θ)=cosθ et sin(θ)=sinθ, on a eiθ=cosθisinθ=eiθ. Et puisque eiθ appartient à U, son inverse est son conjugué : 1eiθ=eiθ=eiθ.

Point 2. eiaeib=eia×eib=ei(ab), en utilisant le point 1 puis la propriété fondamentale.

Point 3. L'égalité eiθ=1 s'écrit cosθ+isinθ=1+i×0, ce qui, par unicité de l'écriture algébrique, équivaut au système cosθ=1 et sinθ=0. Or cosθ=1 équivaut déjà à l'existence d'un entier k tel que θ=2kπ (propriété du cosinus connue depuis le lycée), et cette condition entraîne sinθ=0. Le système équivaut donc à θ0 [2π].

Point 4. Comme eiθ0, on peut diviser :

eiθ=eiθ    eiθeiθ=1    ei(θθ)=1    θθ0 [2π]    θθ [2π].

Remarque

Le point 4 est la source d'un très grand nombre d'erreurs. Deux exponentielles imaginaires égales n'ont aucune raison d'avoir le même exposant : elles ont des exposants égaux modulo 2π. Passer de eiθ=eiθ à θ=θ est une faute, et c'est celle qui fait perdre des solutions dans la résolution de zn=a au paragraphe 8.

Formules de Moivre et d'Euler

Propriété

Formule de Moivre. Pour tout réel θ et tout entier relatif n,

(eiθ)n=einθ,c’est-aˋ-dire(cosθ+isinθ)n=cos(nθ)+isin(nθ).

Démonstration. Traitons d'abord le cas nN, par récurrence. Pour n=0, les deux membres valent 1 (le membre de droite est ei×0=cos0+isin0=1). Supposons (eiθ)n=einθ pour un certain entier naturel n. Alors, en utilisant l'hypothèse de récurrence puis la propriété fondamentale,

(eiθ)n+1=(eiθ)n×eiθ=einθ×eiθ=ei(nθ+θ)=ei(n+1)θ.

La formule est donc vraie pour tout entier naturel.

Soit maintenant n un entier négatif, et posons m=nN. Comme eiθ0, on peut écrire, en utilisant le cas positif déjà démontré puis le point 1 de la propriété précédente appliqué au réel mθ :

(eiθ)n=1(eiθ)m=1eimθ=eimθ=einθ.

La seconde écriture s'obtient en remplaçant chaque exponentielle par sa définition.

Propriété

Formules d'Euler. Pour tout réel θ,

cosθ=eiθ+eiθ2,sinθ=eiθeiθ2i.

Démonstration. Par définition, eiθ=cosθ+isinθ et eiθ=cosθisinθ. En additionnant, eiθ+eiθ=2cosθ, et en soustrayant, eiθeiθ=2isinθ. Il ne reste qu'à diviser par 2 et par 2i respectivement, ces deux nombres étant non nuls.

Remarque

Les formules d'Euler sont le cas particulier z=eiθ des formules Re(z)=z+z2 et Im(z)=zz2i du paragraphe 2, puisque eiθ=eiθ. Il n'y a donc rien de nouveau à mémoriser, seulement une lecture nouvelle.

Moivre et Euler jouent des rôles inverses, et c'est ainsi qu'il faut les retenir. Moivre fait entrer nθ dans une puissance : il transforme cos(nθ) en une expression polynomiale en cosθ. Euler fait sortir les puissances : il transforme cosnθ en combinaison de cos(kθ). Choisir la bonne formule, c'est simplement savoir dans quel sens on veut aller.

Linéarisation

Méthode

Linéariser une puissance ou un produit de cosinus et de sinus, c'est-à-dire l'écrire comme combinaison linéaire de cos(kθ) et sin(kθ) sans aucune puissance. Procédé, toujours le même :

  1. remplacer chaque facteur par sa formule d'Euler : cosθ=eiθ+eiθ2, sinθ=eiθeiθ2i ;
  2. développer avec la formule du binôme de Newton, en sortant d'abord la constante 12n ou 1(2i)n ;
  3. regrouper les termes deux à deux, du premier avec le dernier, du deuxième avec l'avant-dernier, etc. : chaque paire est de la forme eikθ+eikθ=2cos(kθ) ou eikθeikθ=2isin(kθ) ;
  4. simplifier les puissances de i au dénominateur et conclure.

Deux contrôles à faire systématiquement à la fin : le résultat doit être réel (aucun i ne doit subsister), et la valeur en θ=0 doit être correcte.

Cette technique est celle qu'on utilise pour intégrer cosn ou sinn dans le chapitre d'intégration : une somme de cosinus se primitive, une puissance non.

Exemple

Linéarisons cos3θ. Par la formule d'Euler puis le binôme,

cos3θ=(eiθ+eiθ2)3=18(e3iθ+3e2iθeiθ+3eiθe2iθ+e3iθ)=18(e3iθ+e3iθ+3(eiθ+eiθ))=18(2cos(3θ)+3×2cosθ)=cos(3θ)+3cosθ4.

Contrôle en θ=0 : le membre de gauche vaut 1, le membre de droite 1+34=1. Contrôle en θ=π2 : à gauche 0, à droite cos(3π/2)+04=0.

Linéarisons sin4θ. Cette fois le dénominateur est (2i)4=16i4=16, donc

sin4θ=(eiθeiθ2i)4=116(e4iθ4e2iθ+64e2iθ+e4iθ)=116((e4iθ+e4iθ)4(e2iθ+e2iθ)+6)=116(2cos(4θ)8cos(2θ)+6)=cos(4θ)4cos(2θ)+38.

Le détail du développement mérite attention : les termes du binôme sont (4k)(eiθ)4k(eiθ)k, donc les signes alternent et le terme central, pour k=2, vaut (42)e2iθe2iθ=6.

Contrôle en θ=0 : à gauche 0, à droite 14+38=0. Contrôle en θ=π2 : à gauche 1, à droite cos(2π)4cosπ+38=1+4+38=1.

Expression de cos(nθ) et sin(nθ)

Méthode

Exprimer cos(nθ) et sin(nθ) en fonction de cosθ et sinθ. C'est l'opération inverse de la linéarisation, et le procédé est également fixe :

  1. écrire la formule de Moivre : cos(nθ)+isin(nθ)=(cosθ+isinθ)n ;
  2. développer le membre de droite par la formule du binôme ;
  3. séparer partie réelle et partie imaginaire, en se souvenant que cosθ et sinθ sont réels : les termes d'indice pair (où i apparaît à une puissance paire) sont réels, les autres imaginaires purs ;
  4. identifier : cos(nθ) est la partie réelle obtenue, sin(nθ) la partie imaginaire ;
  5. si l'on veut une expression en cosθ seul pour cos(nθ), remplacer chaque sin2θ par 1cos2θ ; cela n'est possible que si toutes les puissances de sinθ sont paires, ce qui est le cas dans la partie réelle.

Contrôle final : évaluer en θ=0, où l'on doit trouver cos(0)=1 et sin(0)=0.

Exemple

Cas n=3. La formule de Moivre et le binôme donnent, en posant c=cosθ et s=sinθ pour alléger,

cos(3θ)+isin(3θ)=(c+is)3=c3+3c2(is)+3c(is)2+(is)3=c3+3ic2s3cs2is3=(c33cs2)+i(3c2ss3).

Les deux parenthèses sont réelles, donc par identification

cos(3θ)=c33cs2,sin(3θ)=3c2ss3.

En remplaçant s2 par 1c2 dans la première, puis c2 par 1s2 dans la seconde :

cos(3θ)=c33c(1c2)=4cos3θ3cosθ,sin(3θ)=3(1s2)ss3=3sinθ4sin3θ.

Contrôle en θ=0 : 43=1=cos0, et 0=sin0. Contrôle en θ=π2 : cos(3π/2)=0 et la formule donne 00=0 ; sin(3π/2)=1 et la formule donne 34=1.

Cas n=5, pour cos seulement. Il suffit de la partie réelle du développement de (c+is)5, c'est-à-dire des termes d'indice pair du binôme :

cos(5θ)=(50)c5+(52)c3(is)2+(54)c(is)4=c510c3s2+5cs4,

puisque (is)2=s2 et (is)4=s4. En remplaçant s2 par 1c2 :

cos(5θ)=c510c3(1c2)+5c(1c2)2=c510c3+10c5+5c(12c2+c4)=c510c3+10c5+5c10c3+5c5=16cos5θ20cos3θ+5cosθ.

Contrôle en θ=0 : 1620+5=1. Contrôle en θ=π : la formule donne 16+205=1=cos(5π).

La technique de l'arc moitié

Méthode

Factoriser par l'arc moitié. Devant une somme ou une différence d'exponentielles imaginaires, on ne développe jamais : on factorise par l'exponentielle de la demi-somme des arguments, ce qui fait apparaître une paire conjuguée, donc un cosinus ou un sinus réel. Les quatre factorisations à connaître sont :

1+eiθ=2cos(θ2)eiθ/2,1eiθ=2isin(θ2)eiθ/2,eia+eib=2cos(ab2)ei(a+b)/2,eiaeib=2isin(ab2)ei(a+b)/2.

Aucune de ces formules n'est à apprendre par cœur : on les retrouve en une ligne en factorisant, et c'est le geste qu'il faut retenir.

Démonstration. Pour la troisième formule, on factorise par ei(a+b)/2 :

eia+eib=ei(a+b)/2(eiaei(a+b)/2+eibei(a+b)/2)=ei(a+b)/2(ei(ab)/2+ei(ab)/2)=2cos(ab2)ei(a+b)/2,

la dernière égalité étant la formule d'Euler. Le même calcul avec une différence fait apparaître ei(ab)/2ei(ab)/2=2isin(ab2), ce qui donne la quatrième formule. Les deux premières en sont le cas particulier a=θ, b=0 :

eiθ+1=2cos(θ2)eiθ/2,eiθ1=2isin(θ2)eiθ/2,

et la deuxième formule annoncée est l'opposée de cette dernière.

Remarque

Mise en garde sur le signe. Une écriture comme 1+eiθ=2cos(θ2)eiθ/2 est une égalité toujours vraie, mais ce n'est une forme trigonométrique que si le facteur 2cos(θ2) est strictement positif. On ne peut donc pas lire directement le module et l'argument sans avoir discuté le signe du cosinus.

En toute généralité, 1+eiθ=2cos(θ2). Si θ]π,π[, alors θ2]π2,π2[ et cos(θ2)>0 : le module est bien 2cos(θ2) et un argument est θ2. Si le cosinus est négatif, il faut rectifier en écrivant 1=eiπ, ce qui ajoute π à l'argument. Et s'il est nul, c'est-à-dire si θπ [2π], alors 1+eiθ=0 : il n'y a ni module strictement positif à lire, ni argument.

De même 1eiθ=2sin(θ2)ei(θπ)/2, en utilisant i=eiπ/2 ; c'est une forme trigonométrique lorsque sin(θ2)>0, donc par exemple pour θ]0,2π[.

Exemple

Calculons le module et un argument de Z=1+e2iπ/3.

Ici θ=2π3 appartient à ]π,π[, donc cos(θ2)=cos(π3)=12>0 et l'arc moitié donne directement une forme trigonométrique :

Z=2cos(π3)eiπ/3=2×12×eiπ/3=eiπ/3.

Donc Z=1 et arg(Z)π3 [2π].

Contrôle par le calcul algébrique : e2iπ/3=12+i32, donc Z=12+i32, qui est bien eiπ/3.

Sommes trigonométriques

Méthode

Calculer k=0ncos(kθ) et k=0nsin(kθ). On ne somme jamais les cosinus directement : on les regroupe en une seule somme géométrique complexe.

  1. Poser S=k=0neikθ et remarquer que k=0ncos(kθ)=Re(S) et k=0nsin(kθ)=Im(S).
  2. Écrire eikθ=(eiθ)k par la formule de Moivre : S est une somme géométrique de raison q=eiθ.
  3. Discuter : si θ0 [2π], alors q=1 et S=n+1 ; sinon q1 et on applique la formule de la somme géométrique.
  4. Factoriser numérateur et dénominateur par l'arc moitié, simplifier, puis prendre la partie réelle et la partie imaginaire.

L'étape 3 n'est pas facultative : la formule de la somme géométrique est fausse pour q=1, et θ0 [2π] est précisément le cas où le dénominateur sin(θ2) s'annule.

Exemple

Calculons S=k=0neikθ, puis C=k=0ncos(kθ) et S=k=0nsin(kθ).

Premier cas : θ0 [2π]. Alors eiθ=1, donc eikθ=1 pour tout k, et

S=n+1,C=n+1,S=0.

Second cas : θ≢0 [2π]. Alors eiθ1 et la formule de la somme géométrique s'applique :

S=k=0n(eiθ)k=1ei(n+1)θ1eiθ.

On factorise séparément le numérateur et le dénominateur par l'arc moitié :

S=2isin((n+1)θ2)ei(n+1)θ/22isin(θ2)eiθ/2=sin((n+1)θ2)sin(θ2)×ei((n+1)θ2θ2)=sin((n+1)θ2)sin(θ2)einθ/2.

La simplification est licite car θ≢0 [2π] entraîne θ2≢0 [π], donc sin(θ2)0.

Le coefficient devant l'exponentielle est réel : on lit donc immédiatement les parties réelle et imaginaire,

C=sin((n+1)θ2)sin(θ2)cos(nθ2),S=sin((n+1)θ2)sin(θ2)sin(nθ2).

Contrôle numérique avec n=4 et θ=π3. Le calcul direct donne

C=1+1212112=12.

La formule donne sin(5π6)sin(π6)cos(2π3)=1/21/2×(12)=12. Les deux valeurs coïncident.

Remarque

Ce coefficient sin((n+1)θ/2)sin(θ/2) n'est pas le module de S : il peut être négatif. Le module vaut sin((n+1)θ/2)sin(θ/2), et lorsque le coefficient est négatif l'argument n'est pas nθ2 mais nθ2+π. C'est la même mise en garde que pour l'arc moitié, et elle vaut chaque fois qu'on lit un module sur une écriture factorisée.

Transformation de acost+bsint

Propriété

Soient a et b deux réels non tous les deux nuls. Il existe un unique réel R>0 et un réel φ, unique modulo 2π, tels que

tR,acost+bsint=Rcos(tφ).

De plus R=a2+b2, et φ est caractérisé par cosφ=aR et sinφ=bR.

Démonstration. Posons R=a2+b2 : comme a et b ne sont pas tous deux nuls, R>0. Le complexe aR+ibR a pour module

a2R2+b2R2=a2+b2R=1,

il appartient donc à U, et le paramétrage du cercle trigonométrique fournit un réel φ tel que aR+ibR=eiφ, c'est-à-dire a=Rcosφ et b=Rsinφ.

Alors, pour tout réel t, la formule d'addition du cosinus donne

Rcos(tφ)=R(costcosφ+sintsinφ)=(Rcosφ)cost+(Rsinφ)sint=acost+bsint.

Unicité. Soient R>0 et φ convenant également, de sorte que Rcos(tφ)=Rcos(tφ) pour tout réel t. Évaluons cette égalité en deux valeurs bien choisies. Pour t=φ, comme cos0=1, elle donne R=Rcos(φφ). Pour t=φ, elle donne Rcos(φφ)=R, c'est-à-dire R=Rcos(φφ) puisque le cosinus est pair.

En multipliant ces deux relations, RR=RRcos2(φφ), et comme RR>0 on peut simplifier : cos2(φφ)=1, donc cos(φφ)=1 ou cos(φφ)=1. Le second cas donnerait R=R, donc R<0, ce qui est exclu. Il reste cos(φφ)=1, d'où d'une part R=R, d'autre part φφ0 [2π].

Exemple

Écrivons f(t)=cost+3sint sous la forme Rcos(tφ).

Ici a=1 et b=3, donc R=1+3=2. Il faut ensuite trouver φ tel que cosφ=12 et sinφ=32 : la lecture du tableau des valeurs remarquables donne φ=π3. Donc

cost+3sint=2cos(tπ3).

Contrôle : en développant, 2cos(tπ3)=2(costcosπ3+sintsinπ3)=2(cost2+3sint2)=cost+3sint.

On lit alors immédiatement des informations que la première écriture cachait : f est majorée par 2 et minorée par 2, le maximum étant atteint pour tπ3 [2π].

Remarque

Lecture physique. En électrocinétique, un signal sinusoïdal s'écrit u(t)=Umcos(Ωt+ϕ), où Um>0 est l'amplitude, Ω la pulsation et ϕ la phase à l'origine. La transformation ci-dessus dit qu'une somme du type acos(Ωt)+bsin(Ωt) est encore un signal sinusoïdal de même pulsation, d'amplitude a2+b2 et de déphasage lisible sur φ.

C'est exactement la raison pour laquelle on associe à ce signal la grandeur complexe u=Umeiϕ : additionner deux signaux de même pulsation revient alors à additionner deux complexes, opération sans difficulté, alors que l'addition directe des cosinus obligerait à des formules d'addition à chaque étape. Le module de la grandeur complexe redonne l'amplitude, son argument le déphasage.

Forme trigonométrique, module et argument

Le théorème de la forme trigonométrique

Propriété

Théorème. Soit zC. Il existe un réel r>0 et un réel θ tels que

z=reiθ.

De plus, le réel r est unique et vaut z, et le réel θ est unique modulo 2π : si reiθ=reiθ avec r>0 et r>0, alors r=r et θθ [2π].

Une telle écriture s'appelle une forme trigonométrique (ou forme exponentielle) de z.

Démonstration. Existence. Soit zC. Posons r=z : c'est un réel strictement positif puisque z0. Le complexe u=zz vérifie

u=zz=zz=1,

en utilisant que z est un réel strictement positif, donc égal à sa valeur absolue. Ainsi uU, et le paramétrage du cercle trigonométrique fournit un réel θ tel que u=eiθ. En multipliant par r, on obtient z=reiθ.

Unicité. Supposons reiθ=reiθ avec r>0 et r>0. En passant aux modules et en utilisant eiθ=1 ainsi que la positivité de r et r :

r=reiθ=reiθ=reiθ=r.

Comme r=r>0, on peut simplifier l'égalité de départ par r, ce qui donne eiθ=eiθ, donc θθ [2π] d'après le paragraphe 4.

Définition

Soit zC et soit z=reiθ une forme trigonométrique de z (avec r>0). Tout réel θ convenant dans cette écriture s'appelle un argument de z. L'ensemble des arguments de z est {θ+2kπ:kZ} ; on note

arg(z)θ [2π].

L'unique argument appartenant à l'intervalle ]π,π] s'appelle l'argument principal de z.

Le nombre 0 n'a pas d'argument : son module étant nul, aucune direction ne lui est associée.

Remarque

Un argument n'est pas un nombre, c'est une classe de nombres. On n'écrit donc jamais arg(z)=θ mais arg(z)θ [2π], et toute égalité entre arguments est une congruence. Oublier le [2π] conduit, au paragraphe 8, à ne trouver qu'une racine n-ième au lieu de n.

Une forme trigonométrique se lit ainsi : le facteur devant l'exponentielle est le module, l'exposant est un argument. Mais cette lecture n'est valable que si le facteur est strictement positif : voir la mise en garde ci-dessous.

Propriété

Soient z, z des complexes non nuls et n un entier relatif.

  1. arg(zz)arg(z)+arg(z) [2π].
  2. arg(1z)arg(z) [2π] et arg(zz)arg(z)arg(z) [2π].
  3. arg(zn)narg(z) [2π].
  4. arg(z)arg(z) [2π] et arg(z)arg(z)+π [2π].

Démonstration. Écrivons z=reiθ et z=reiθ avec r>0, r>0.

Point 1. On a zz=rreiθeiθ=(rr)ei(θ+θ), et rr>0 : c'est donc une forme trigonométrique de zz, d'où zz=rr et arg(zz)θ+θ [2π].

Point 2. De même 1z=1reiθ avec 1r>0, ce qui est une forme trigonométrique ; d'où arg(1z)θ [2π]. La formule du quotient s'obtient en combinant avec le point 1.

Point 3. Par la formule de Moivre, zn=rneinθ, et rn>0 : c'est une forme trigonométrique, d'où le résultat.

Point 4. On a z=reiθ=reiθ=reiθ, car r est réel ; comme r>0, c'est une forme trigonométrique et arg(z)θ [2π]. Enfin 1=cosπ+isinπ=eiπ, donc z=reiθeiπ=rei(θ+π), d'où arg(z)θ+π [2π].

Remarque

Le piège central du chapitre : le facteur doit être strictement positif. L'écriture z=reiθ n'est une forme trigonométrique que si r>0. Une expression comme 3eiπ/4 est parfaitement licite comme résultat de calcul, mais lire « module 3, argument π4 » est une double faute : un module n'est jamais négatif.

La rectification tient en une ligne, en utilisant 1=eiπ :

3eiπ/4=3×(1)×eiπ/4=3eiπeiπ/4=3ei(π+π4)=3e5iπ/4.

Le module est 3 et l'argument principal 3π4, puisque 5π42π=3π4.

Règle de sécurité : devant toute écriture λeiα obtenue par calcul, avant de lire un module, vérifier le signe de λ. Si λ<0, remplacer λ par λ et ajouter π à l'argument. Si λ=0, il n'y a pas d'argument.

Passer d'une forme à l'autre

Méthode

De la forme algébrique à la forme trigonométrique. Soit z=x+iy non nul.

  1. Calculer r=z=x2+y2.
  2. Factoriser : z=r(xr+iyr). Le complexe entre parenthèses est de module 1.
  3. Chercher θ tel que cosθ=xr et sinθ=yr. Les deux conditions sont nécessaires : le cosinus seul laisse deux possibilités, c'est le sinus qui tranche.
  4. Conclure : z=reiθ.

Contrôle : le signe de x et celui de y situent z dans l'un des quatre quadrants, ce qui doit être cohérent avec la valeur trouvée pour θ.

De la forme trigonométrique à la forme algébrique : il suffit de développer, reiθ=rcosθ+irsinθ.

Exemple

Forme trigonométrique de 1+i. Son module vaut 1+1=2, donc

1+i=2(12+i12)=2(22+i22).

On cherche θ tel que cosθ=sinθ=22 : c'est θ=π4. Donc 1+i=2eiπ/4. Le point d'affixe 1+i est bien dans le premier quadrant, ce qui est cohérent avec un argument compris entre 0 et π2.

Forme trigonométrique de 3+i. Son module vaut 3+1=2, donc

3+i=2(32+12i).

On cherche θ tel que cosθ=32 et sinθ=12 : le cosinus est négatif et le sinus positif, donc θ est dans le deuxième quadrant, et θ=5π6 convient. Donc 3+i=2e5iπ/6.

L'erreur à éviter ici est de conclure à partir d'une seule des deux conditions : le sinus seul autoriserait aussi θ=π6, et le cosinus seul autoriserait aussi θ=5π6. Aucune de ces deux valeurs ne convient, car elles ne vérifient pas l'autre condition.

Exemple

Calcul de cos(π12) et sin(π12). Posons

Z=1+i3+i.

Première méthode : forme trigonométrique. On a 1+i=2eiπ/4 (calculé ci-dessus) et, de la même manière, 3+i=2 avec cosθ=32, sinθ=12, donc 3+i=2eiπ/6. Par la règle du quotient,

Z=2eiπ/42eiπ/6=22ei(π4π6)=22eiπ/12,

car π4π6=3π2π12=π12. Le facteur 22 est strictement positif : c'est bien une forme trigonométrique.

Seconde méthode : forme algébrique. En multipliant par le conjugué du dénominateur,

Z=(1+i)(3i)(3+i)(3i)=3i+i3i23+1=(3+1)+i(31)4.

Identification. Les deux calculs donnent le même nombre, donc

22cos(π12)=3+14et22sin(π12)=314.

En multipliant par 22=2 :

cos(π12)=2(3+1)4=6+24,sin(π12)=624.

Contrôle : ces deux nombres sont positifs, ce qui est cohérent puisque π12 est un angle du premier quadrant. Numériquement, 6+240,966 et 6240,259, valeurs plausibles pour un angle de 15 degrés. Enfin, la somme des carrés vaut

(6+2)2+(62)216=(8+43)+(843)16=1,

comme il se doit.

Propriété

Caractérisations par l'argument. Soit zC.

  1. z est un réel strictement positif     arg(z)0 [2π].
  2. z est un réel strictement négatif     arg(z)π [2π].
  3. z est réel     arg(z)0 [π].
  4. z est imaginaire pur     arg(z)π2 [π].

Démonstration. Écrivons z=reiθ avec r>0, de sorte que z=rcosθ+irsinθ est l'écriture algébrique de z.

Point 1. z est un réel strictement positif si et seulement si rsinθ=0 et rcosθ>0, c'est-à-dire, en divisant par r>0, si et seulement si sinθ=0 et cosθ>0. Or sinθ=0 équivaut à θ0 [π], et parmi ces valeurs celles qui donnent cosθ=1>0 sont exactement les θ0 [2π], les autres donnant cosθ=1.

Point 2. Même raisonnement avec cosθ<0, ce qui sélectionne θπ [2π].

Point 3. z est réel si et seulement si sinθ=0, c'est-à-dire θ0 [π]. On peut aussi voir ce point comme la réunion des cas 1 et 2, z étant non nul.

Point 4. z est imaginaire pur si et seulement si rcosθ=0, c'est-à-dire cosθ=0, c'est-à-dire θπ2 [π].

Exponentielle complexe

Définition et cohérence

Définition

Soit zC, d'écriture algébrique z=x+iy. On appelle exponentielle de z le nombre complexe

ez=exeiy=ex(cosy+isiny),

ex désigne l'exponentielle réelle de x et eiy la notation du paragraphe 4.

Remarque

Cette définition est cohérente avec les deux notations déjà en service, ce qu'il faut vérifier avant de l'accepter.

Si z est réel, alors y=0, donc ez=ex(cos0+isin0)=ex : on retrouve l'exponentielle réelle.

Si z est imaginaire pur, alors x=0, donc ez=e0eiy=eiy : on retrouve la notation du paragraphe 4.

Il n'y a donc aucune ambiguïté à écrire ez pour un complexe quelconque.

Propriété

Soient z=x+iy et z des complexes.

  1. ez+z=ezez.
  2. ez0, et 1ez=ez.
  3. ez=eRe(z)=ex et arg(ez)Im(z)y [2π].
  4. ez=ez.

Démonstration. Écrivons z=x+iy et z=x+iy sous forme algébrique.

Point 1. Comme z+z=(x+x)+i(y+y), la définition donne, en utilisant la propriété de l'exponentielle réelle puis la propriété fondamentale du paragraphe 4 :

ez+z=ex+xei(y+y)=exexeiyeiy=(exeiy)(exeiy)=ezez.

Point 3. Le réel ex est strictement positif et eiyU : l'écriture ez=exeiy est donc une forme trigonométrique, ce qui donne directement ez=ex et arg(ez)y [2π].

Point 2. D'après le point 3, ez=ex0, donc ez0. Ensuite, le point 1 appliqué à z et z donne ezez=e0=1, donc ez est l'inverse de ez.

Point 4. Comme ex est réel, ez=exeiy=exeiy=exeiy, et ce dernier nombre est par définition exiy=ez.

Remarque

Le point 2 mérite d'être souligné : l'exponentielle complexe ne s'annule jamais, exactement comme l'exponentielle réelle. En revanche, une propriété essentielle est perdue : elle n'est pas injective, comme le montre le résultat suivant. C'est pourquoi il n'existe pas de « logarithme complexe » défini sur C de façon naturelle, question qui dépasse le programme.

Autre différence à ne pas oublier : ez n'est pas un réel positif en général, et l'inégalité ez>0 n'a aucun sens. Ce qui est positif, c'est son module eRe(z).

Propriété

Soient z, z des complexes.

  1. ez=1    z2iπZ, c'est-à-dire s'il existe kZ tel que z=2ikπ.
  2. ez=ez    zz2iπZ.
  3. Périodicité : pour tout zC, ez+2iπ=ez.

Démonstration.

Point 1. Écrivons z=x+iy. Comme deux complexes égaux ont même module, l'égalité ez=1 entraîne ez=1, c'est-à-dire ex=1, c'est-à-dire x=0 par stricte croissance de l'exponentielle réelle. Réciproquement, si x=0, alors ez=eiy. L'équation devient donc eiy=1, qui équivaut à y0 [2π], c'est-à-dire à l'existence de kZ tel que y=2kπ. Finalement ez=1 équivaut à z=0+i(2kπ)=2ikπ pour un certain kZ.

Point 2. Comme ez0, on peut diviser :

ez=ez    ezez=1    ezz=1    zz2iπZ,

en utilisant le point 2 de la propriété précédente puis le point 1 ci-dessus.

Point 3. ez+2iπ=eze2iπ=ez×1=ez.

Méthode

Résoudre ez=a, avec aC.

  1. Vérifier que a0 : si a=0, il n'y a aucune solution, puisque l'exponentielle ne s'annule pas.
  2. Mettre a sous forme trigonométrique : a=ρeiα avec ρ=a>0.
  3. Écrire l'inconnue sous forme algébrique, z=x+iy, de sorte que ez=exeiy est une forme trigonométrique.
  4. Identifier module et argument : ex=ρ donne x=lnρ (l'exponentielle réelle est une bijection de R sur R+), et yα [2π].
  5. Conclure : l'ensemble des solutions est {lna+i(α+2kπ)  :  kZ}. Il y en a une infinité, et non une seule.

L'erreur type consiste à s'arrêter à une solution particulière : l'exponentielle complexe n'étant pas injective, l'équation en a toujours une infinité.

Exemple

Résolvons ez=1+i3 d'inconnue zC.

Forme trigonométrique du second membre. Son module vaut 1+3=2, et

1+i3=2(12+i32).

On cherche α tel que cosα=12 et sinα=32 : c'est α=2π3. Donc le second membre vaut 2e2iπ/3.

Résolution. Posons z=x+iy avec x, y réels. Alors ez=exeiy avec ex>0 : c'est une forme trigonométrique. Par unicité de la forme trigonométrique,

ez=2e2iπ/3    {ex=2y2π3 [2π]    {x=ln2kZ,  y=2π3+2kπ.

Conclusion. L'ensemble des solutions est

{ln2+i(2π3+2kπ)  :  kZ}.

Contrôle pour k=0 : eln2+2iπ/3=eln2e2iπ/3=2(12+i32)=1+i3. C'est bien le second membre.

Équations du second degré et racines carrées

Racines carrées d'un nombre complexe

Définition

Soit aC. On appelle racine carrée de a tout complexe z tel que z2=a.

Remarque

Il n'y a pas de notation a pour un complexe. Dans R, un réel positif a deux racines carrées opposées et l'on convient d'appeler a la positive : la convention repose sur l'ordre. Dans C, il n'y a pas d'ordre, donc aucun moyen de privilégier l'une des deux racines. Écrire 4 ou i est donc interdit : on dit « une racine carrée de 4 », et on la nomme, par exemple δ=2i.

Cette interdiction n'est pas de la pédanterie. La règle ab=ab, si on l'appliquait aux complexes, donnerait 1=i2=11=(1)(1)=1=1.

Propriété

Théorème. Tout complexe a non nul admet exactement deux racines carrées, et elles sont opposées. Le complexe 0 admet une unique racine carrée, à savoir 0.

Démonstration. Cas a=0. L'équation z2=0 équivaut à z×z=0, donc à z=0 puisqu'un produit de complexes est nul si et seulement si l'un des facteurs l'est.

Cas a0 : existence. Écrivons a sous forme trigonométrique, a=ρeiα avec ρ>0, ce qui est possible car a0. Posons

z0=ρ  eiα/2,

ρ désigne cette fois la racine carrée du réel strictement positif ρ, qui est parfaitement définie. Alors, par la formule de Moivre,

z02=(ρ)2(eiα/2)2=ρeiα=a.

Donc z0 est une racine carrée de a, et z0 en est une autre puisque (z0)2=z02=a. Comme a0, on a z00, donc z0z0 : cela fait bien deux racines distinctes.

Cas a0 : il n'y en a pas d'autres. Soit z une racine carrée quelconque de a. Alors z2=z02, donc

0=z2z02=(zz0)(z+z0).

Un produit de complexes étant nul si et seulement si l'un des facteurs est nul, on obtient z=z0 ou z=z0.

Méthode

Méthode algébrique : calculer les racines carrées de a=α+iβ (avec α, β réels non tous nuls). On cherche z=x+iy avec x, y réels tels que z2=a. Le système à écrire comporte trois équations, dont la troisième est le coup de pouce décisif :

  1. x2y2=α (parties réelles de z2=a) ;
  2. 2xy=β (parties imaginaires) ;
  3. x2+y2=a=α2+β2 (modules : de z2=a on tire z2=a).

En additionnant 1 et 3 on obtient x2, en soustrayant on obtient y2 ; les deux quantités trouvées sont positives, ce qui donne x et y au signe près. L'équation 2 sert alors uniquement à apparier les signes : si β>0, x et y sont de même signe ; si β<0, de signes contraires.

L'oubli de l'équation 3 mène à un système du second degré inextricable ; l'oubli de l'équation 2 fait trouver quatre solutions au lieu de deux.

Exemple

Calculons les racines carrées de a=34i.

Son module vaut a=9+16=5. Cherchons z=x+iy tel que z2=a. Le système s'écrit

x2y2=3,2xy=4,x2+y2=5.

En additionnant la première et la troisième équation : 2x2=8, donc x2=4 et x=±2. En les soustrayant : 2y2=2, donc y2=1 et y=±1. Enfin 2xy=4<0 impose que x et y soient de signes contraires. Les deux racines carrées de 34i sont donc

z1=2ietz2=2+i.

Contrôle : (2i)2=44i+i2=44i1=34i. C'est bien a.

Méthode

Méthode trigonométrique, à préférer lorsque la forme trigonométrique de a est connue ou facile à obtenir. Si a=ρeiα avec ρ>0, les deux racines carrées de a sont

ρeiα/2etρeiα/2=ρei(α/2+π).

Cette méthode donne le résultat sous forme trigonométrique ; la méthode algébrique le donne sous forme algébrique. On choisit selon ce que l'on veut en faire.

Exemple

Calculons les racines carrées de a=1+i3 par les deux méthodes.

Voie trigonométrique. On a vu au paragraphe 6 que a=2e2iπ/3. Les racines carrées sont donc ±2eiπ/3, c'est-à-dire

±2(12+i32)=±(22+i62).

Voie algébrique. Le système est x2y2=1, 2xy=3, x2+y2=2. Par somme et différence, x2=12 et y2=32, donc x=±22 et y=±62 (car 3/2=62), avec 2xy=3>0, donc x et y de même signe. On retrouve exactement les deux mêmes nombres.

Contrôle : (22+i62)2=24+2×22×i6264=1232+i122=1+i3.

L'équation du second degré

Propriété

Théorème. Soient a, b, c des complexes avec a0, et soit Δ=b24ac le discriminant de l'équation

az2+bz+c=0(E).

Soit δ une racine carrée de Δ dans C.

  • Si Δ0, l'équation (E) admet exactement deux solutions distinctes
z1=b+δ2a,z2=bδ2a.
  • Si Δ=0, l'équation (E) admet une unique solution z0=b2a, dite racine double.

Dans tous les cas, on a la factorisation

az2+bz+c=a(zz1)(zz2),

avec z1=z2=z0 dans le cas Δ=0.

Démonstration. Comme a0, on peut factoriser par a et écrire la forme canonique. Pour tout zC,

az2+bz+c=a(z2+baz+ca)=a((z+b2a)2b24a2+ca)=a((z+b2a)2b24ac4a2)=a((z+b2a)2(δ2a)2),

où l'on a utilisé δ2=Δ à la dernière ligne. La différence de deux carrés se factorise :

az2+bz+c=a(z+b2aδ2a)(z+b2a+δ2a)=a(zb+δ2a)(zbδ2a).

C'est la factorisation annoncée, avec z1 et z2 comme dans l'énoncé.

Comme a0, un produit de complexes étant nul si et seulement si l'un des facteurs est nul, l'équation (E) équivaut à z=z1 ou z=z2.

Il reste à compter les solutions. On a

z1z2=(b+δ)(bδ)2a=δa.

Si Δ0, alors δ0 (car δ2=Δ), donc z1z2 : il y a deux solutions distinctes. Si Δ=0, alors δ=0 et z1=z2=b2a : il y a une solution unique.

Remarque

Deux différences majeures avec le cas réel du lycée. D'une part, il n'y a jamais « pas de solution » : tout complexe ayant des racines carrées, l'équation en a toujours une ou deux. D'autre part, le signe de Δ ne veut rien dire lorsque Δ n'est pas réel ; la seule distinction pertinente est Δ=0 ou Δ0.

Le choix de δ parmi les deux racines carrées de Δ est sans importance : changer δ en δ échange z1 et z2.

Exemple

Résolvons z2(3+i)z+2+2i=0 d'inconnue zC.

Discriminant. Avec a=1, b=(3+i) et c=2+2i,

Δ=(3+i)24(2+2i)=(9+6i+i2)88i=(8+6i)88i=2i.

Racines carrées de Δ. Cherchons δ=x+iy tel que δ2=2i. Le système est x2y2=0, 2xy=2, x2+y2=2i=2. Par somme et différence, x2=1 et y2=1, et 2xy=2<0 impose des signes contraires : on peut prendre δ=1i. Contrôle : (1i)2=12i+i2=2i.

Solutions. Elles valent

z1=(3+i)+(1i)2=42=2,z2=(3+i)(1i)2=2+2i2=1+i.

Contrôle. La somme des solutions doit valoir ba=3+i : or 2+(1+i)=3+i. Le produit doit valoir ca=2+2i : or 2(1+i)=2+2i. Les deux vérifications sont correctes.

Somme et produit des racines

Propriété

Soient a, b, c des complexes avec a0, et z1, z2 les solutions de az2+bz+c=0 (comptées deux fois si la racine est double). Alors

z1+z2=ba,z1z2=ca.

Réciproquement, soient s et p deux complexes. Les couples (z1,z2) de complexes vérifiant z1+z2=s et z1z2=p sont exactement les couples formés des deux solutions de l'équation

z2sz+p=0.

Démonstration. Sens direct. Avec les notations du théorème, et δ une racine carrée de Δ,

z1+z2=(b+δ)+(bδ)2a=2b2a=ba, z1z2=(b+δ)(bδ)4a2=b2δ24a2=b2Δ4a2=b2(b24ac)4a2=4ac4a2=ca.

Réciproque. Supposons z1+z2=s et z1z2=p. Alors, pour tout zC,

(zz1)(zz2)=z2(z1+z2)z+z1z2=z2sz+p,

donc z1 et z2 sont bien les solutions de z2sz+p=0. Inversement, si z1 et z2 sont les solutions de cette équation, le sens direct appliqué à a=1, b=s, c=p donne z1+z2=s et z1z2=p.

Méthode

Résoudre un système somme-produit. Pour trouver deux complexes de somme s et de produit p donnés, on ne substitue pas : on écrit directement l'équation z2sz+p=0, on la résout, et les deux solutions forment le couple cherché (à l'ordre près). Le système a donc toujours des solutions dans C, contrairement au cas réel.

Exemple

Trouvons les complexes z1 et z2 de somme s=3+i et de produit p=2+2i.

Ils sont les solutions de z2(3+i)z+2+2i=0, équation résolue plus haut : ce sont 2 et 1+i.

Contrôle direct : 2+(1+i)=3+i et 2×(1+i)=2+2i.

Le cas des coefficients réels

Propriété

Soient a, b, c des réels avec a0, et Δ=b24ac, qui est alors un réel.

  1. Si Δ>0, l'équation az2+bz+c=0 a deux solutions réelles distinctes b±Δ2a.
  2. Si Δ=0, elle a une unique solution, le réel b2a.
  3. Si Δ<0, elle a deux solutions non réelles et conjuguées l'une de l'autre :
z1=b+iΔ2a,z2=z1=biΔ2a.

Démonstration. Les cas 1 et 2 sont ceux du lycée : lorsque Δ0, le réel Δ est une racine carrée de Δ dans C, et le théorème s'applique avec δ=Δ.

Supposons Δ<0. Alors Δ>0, le réel Δ est bien défini, et le complexe δ=iΔ vérifie

δ2=i2(Δ)2=(Δ)=Δ.

C'est donc une racine carrée de Δ, et le théorème donne les deux solutions annoncées. Comme a, b et Δ sont réels, la conjugaison de z1 donne

z1=b+iΔ2a=biΔ2a=z2.

Enfin Δ0, donc la partie imaginaire Δ2a de z1 est non nulle : les solutions ne sont pas réelles.

Remarque

Le résultat se généralise : si a, b, c sont réels et si z0 est solution de az2+bz+c=0, alors z0 l'est aussi. Il suffit de conjuguer l'égalité az02+bz0+c=0 et d'utiliser que la conjugaison traverse les opérations et laisse fixes les réels :

0=0=az02+bz0+c=az02+bz0+c.

Les racines non réelles d'une équation à coefficients réels vont donc par paires conjuguées. C'est faux dès qu'un coefficient n'est pas réel : dans l'exemple traité plus haut, les racines 2 et 1+i ne sont pas conjuguées, ce qui est cohérent puisque les coefficients ne sont pas tous réels.

Racines n-ièmes

Racines n-ièmes de l'unité

Définition

Soit nN. On appelle racine n-ième de l'unité tout complexe z tel que zn=1. L'ensemble de ces nombres est noté

Un={zC:zn=1}.

Propriété

Théorème. Soit nN. L'ensemble Un possède exactement n éléments, à savoir

Un={e2ikπ/n  :  k{0,1,,n1}}.

En posant ω=e2iπ/n, on a aussi Un={1,ω,ω2,,ωn1}.

Démonstration. Première étape : une racine n-ième de l'unité est de module 1. Soit z tel que zn=1. En passant aux modules, zn=1. Or z est un réel positif, et la fonction ttn est strictement croissante sur R+ : elle prend donc la valeur 1 pour une seule valeur positive de t, à savoir t=1. Donc z=1, et il existe un réel θ tel que z=eiθ.

Deuxième étape : traduction de l'équation. Pour z=eiθ, la formule de Moivre donne zn=einθ, donc

zn=1    einθ=1    nθ0 [2π]    kZ,  nθ=2kπ    kZ,  θ=2kπn.

Les racines n-ièmes de l'unité sont donc exactement les nombres e2ikπ/n pour kZ.

Troisième étape : se ramener à k{0,,n1}. Soit kZ, et soit k=qn+r sa division euclidienne par n, avec qZ et 0rn1. Alors

e2ikπ/n=e2i(qn+r)π/n=e2iqπe2irπ/n=e2irπ/n,

car e2iqπ=1. Toute racine n-ième de l'unité est donc de la forme e2irπ/n avec 0rn1.

Quatrième étape : ces n nombres sont deux à deux distincts. Soient k et k dans {0,,n1} tels que e2ikπ/n=e2ikπ/n. Alors 2kπn2kπn [2π], donc il existe mZ tel que 2(kk)πn=2mπ, c'est-à-dire kk=mn. Or, puisque 0kn1 et 0kn1, on a kkn1<n, ce qui impose mn<n, donc m=0 et k=k.

Enfin, e2ikπ/n=(e2iπ/n)k=ωk par la formule de Moivre, d'où la seconde écriture.

Propriété

Soit nN.

  1. UnU : toute racine n-ième de l'unité est de module 1.
  2. Un est stable par produit et par passage à l'inverse : si z,zUn, alors zzUn et 1zUn. Il est aussi stable par conjugaison.
  3. Si n2, la somme des racines n-ièmes de l'unité est nulle :
k=0n1ωk=0.
  1. Le produit des racines n-ièmes de l'unité vaut k=0n1ωk=(1)n1.

Démonstration.

Point 1. C'est la première étape de la démonstration précédente.

Point 2. Si zn=1 et zn=1, alors (zz)n=znzn=1, donc zzUn. De plus z0 (car zn=10) et (1z)n=1zn=1. Enfin, en conjuguant zn=1, on obtient zn=1.

Point 3. Supposons n2. Alors ω=e2iπ/n1 : en effet, 2πn appartient à ]0,2π[, donc n'est pas congru à 0 modulo 2π. La somme est géométrique de raison ω1, donc

k=0n1ωk=1ωn1ω=111ω=0,

puisque ωn=1.

Point 4. En utilisant ωk=(e2iπ/n)k et la propriété fondamentale de l'exponentielle,

k=0n1ωk=ω0+1++(n1)=ωn(n1)2=e2iπn×n(n1)2=eiπ(n1)=(eiπ)n1=(1)n1.

Remarque

Le point 3 est un résultat que l'on utilise sans cesse, et il vaut la peine de le retenir sous sa forme la plus parlante : la somme des sommets d'un polygone régulier centré en O est nulle. En prenant les parties réelle et imaginaire, on obtient gratuitement deux identités trigonométriques :

k=0n1cos(2kπn)=0etk=0n1sin(2kπn)=0(n2).

Exemple

Les petits cas. Pour n=2 : U2={1,1}, et leur somme est bien nulle.

Pour n=4 : ω=eiπ/2=i, donc U4={1,i,1,i}. Somme : 1+i1i=0. Produit : 1×i×(1)×(i)=i×i=1, ce qui est bien (1)41=1.

Pour n=3 : U3={1,j,j2} où, conformément à la notation usuelle,

j=e2iπ/3=cos(2π3)+isin(2π3)=12+i32.

Propriété

Le nombre j=e2iπ/3 vérifie

j3=1,1+j+j2=0,j=j2=1j=12i32,j=1.

Démonstration. Par la formule de Moivre, j3=e3×2iπ/3=e2iπ=1, et j=e2iπ/3=1. La relation 1+j+j2=0 est le point 3 de la propriété précédente pour n=3.

Comme j=1, on a j=1j. Et de j3=1 on tire j×j2=1, donc 1j=j2. Enfin

j2=e4iπ/3=cos(4π3)+isin(4π3)=12i32,

ce qui est bien le conjugué de j.

Remarque

La relation 1+j+j2=0 se réécrit j2=1j : elle permet d'abaisser toute puissance de j et de simplifier n'importe quelle expression polynomiale en j. Combinée à j3=1, elle rend le calcul avec j entièrement mécanique, par exemple j100=j3×33+1=j.

Racines n-ièmes d'un complexe non nul

Propriété

Théorème. Soient nN et aC, d'écriture trigonométrique a=ρeiα avec ρ>0. L'équation zn=a admet exactement n solutions dans C, à savoir

zk=ρ1/nei(αn+2kπn),k{0,1,,n1},

ρ1/n désigne l'unique réel strictement positif dont la puissance n-ième vaut ρ.

Autrement dit, si z0 est une solution particulière, l'ensemble des solutions est {z0u  :  uUn}.

Démonstration. Posons z0=ρ1/neiα/n. Par la formule de Moivre,

z0n=(ρ1/n)n(eiα/n)n=ρeiα=a,

donc z0 est bien une solution ; en particulier z00 puisque a0.

Soit maintenant zC. Comme z00, on peut écrire

zn=a    zn=z0n    (zz0)n=1    zz0Un    k{0,,n1},  zz0=e2ikπ/n.

Les solutions sont donc exactement les z0e2ikπ/n pour k{0,,n1}, ce qui est la liste annoncée. Elles sont deux à deux distinctes : si z0u=z0u avec u,uUn, alors u=u puisque z00, et les n éléments de Un sont distincts. Il y a donc exactement n solutions.

Remarque

Interprétation géométrique. Les n solutions ont toutes le même module ρ1/n : leurs images sont donc sur un même cercle de centre O. Leurs arguments se déduisent les uns des autres par addition de 2πn : les points sont régulièrement espacés sur ce cercle. Les images des racines n-ièmes de a sont donc les n sommets d'un polygone régulier à n côtés, inscrit dans le cercle de centre O et de rayon ρ1/n.

Conséquence pratique : une fois une racine trouvée, les autres s'obtiennent en multipliant successivement par ω=e2iπ/n, c'est-à-dire en faisant tourner de 2πn. Il est inutile de recommencer le calcul n fois.

Méthode

Résoudre zn=a.

  1. Si a=0 : l'unique solution est z=0.
  2. Sinon, mettre a sous forme trigonométrique a=ρeiα, avec ρ>0 (vérifier le signe du facteur).
  3. Écrire une solution particulière z0=ρ1/neiα/n.
  4. Multiplier par les n racines n-ièmes de l'unité, ou de façon équivalente écrire zk=ρ1/nei(α+2kπ)/n pour k variant de 0 à n1.
  5. Si l'énoncé le demande, repasser en forme algébrique.

Le contrôle qui ne trompe pas : on doit trouver exactement n solutions, et leur somme doit être nulle dès que n2 (car kz0ωk=z0kωk=0).

Exemple

Résolvons z3=8i d'inconnue zC.

Forme trigonométrique du second membre. On a 8i=8 et 8i=8×(i)=8eiπ/2, puisque eiπ/2=cos(π2)+isin(π2)=i.

Solutions. Comme 81/3=2, les trois solutions sont

zk=2ei(π6+2kπ3),k{0,1,2}.

Explicitement :

z0=2eiπ/6=2(3212i)=3i,z1=2ei(π6+2π3)=2eiπ/2=2i,z2=2ei(π6+4π3)=2e7iπ/6=2(3212i)=3i.

Contrôles. Il y a bien trois solutions. Leur somme vaut (3i)+2i+(3i)=0, comme attendu. Vérification directe sur z1 : (2i)3=8i3=8i. Vérification sur z0 : (2eiπ/6)3=8eiπ/2=8i.

Géométriquement, les trois points obtenus sont les sommets d'un triangle équilatéral inscrit dans le cercle de centre O et de rayon 2.

Interprétation géométrique et transformations

Dans tout ce paragraphe, le plan est rapporté à un repère orthonormé direct (O,e1,e2), et les points sont notés par des majuscules, leur affixe par la minuscule correspondante : A a pour affixe a, M a pour affixe z, etc. Les notions d'affixe, de distance et de milieu ont été introduites au paragraphe 3.

Colinéarité et orthogonalité

Propriété

Soient u et v deux vecteurs d'affixes respectives u et v, avec u0. Alors

u et v sont colineˊaires    vuR,u et v sont orthogonaux    vuiR.

Démonstration. Écrivons u=x+iy et v=x+iy, de sorte que u a pour coordonnées (x,y) et v pour coordonnées (x,y). Calculons le produit uv :

uv=(xiy)(x+iy)=(xx+yy)+i(xyxy).

On reconnaît, dans la partie réelle, le produit scalaire uv=xx+yy, et dans la partie imaginaire le déterminant xyxy des deux vecteurs. Ainsi

Re(uv)=uv,Im(uv)=det(u,v).

Par ailleurs, comme u0,

vu=vuuu=uvu2,

et u2 est un réel strictement positif : les complexes vu et uv sont donc proportionnels par un facteur réel strictement positif, ce qui entraîne que l'un est réel (respectivement imaginaire pur) si et seulement si l'autre l'est.

Il ne reste qu'à traduire les deux critères de géométrie du plan. Les vecteurs sont colinéaires si et seulement si leur déterminant est nul, c'est-à-dire Im(uv)=0, c'est-à-dire uvR, c'est-à-dire vuR. Ils sont orthogonaux si et seulement si leur produit scalaire est nul, c'est-à-dire Re(uv)=0, c'est-à-dire uviR, c'est-à-dire vuiR.

Propriété

Soient A, B, C, D quatre points d'affixes a, b, c, d, avec AB et CD. Alors

(AB)(CD)    dcbaR,(AB)(CD)    dcbaiR.

En particulier, pour trois points A, B, C avec AB :

A,B,C aligneˊs    cabaR.

Démonstration. Les vecteurs AB et CD ont pour affixes ba et dc, avec ba0 puisque AB. Les droites (AB) et (CD) sont parallèles si et seulement si ces vecteurs sont colinéaires, et perpendiculaires si et seulement s'ils sont orthogonaux : la propriété précédente s'applique. Pour l'alignement, on applique cette même propriété aux vecteurs AB et AC, d'affixes ba et ca : les points A, B, C sont alignés si et seulement si ces deux vecteurs sont colinéaires, c'est-à-dire si et seulement si cabaR.

Angles orientés

Propriété

Soient u et v deux vecteurs non nuls, d'affixes u et v. Alors

(u,v)arg(vu) [2π].

En particulier, pour trois points distincts A, B, C,

(AB,AC)arg(caba) [2π].

Démonstration. Écrivons les formes trigonométriques u=reiθ et v=reiθ avec r>0 et r>0. Le vecteur u a pour coordonnées (rcosθ,rsinθ) : le réel θ est donc une mesure de l'angle orienté (e1,u), et de même θ est une mesure de (e1,v). Par la relation de Chasles sur les angles orientés,

(u,v)(e1,v)(e1,u)θθ [2π].

Or vu=rrei(θθ) avec rr>0 : c'est une forme trigonométrique, donc arg(vu)θθ [2π].

Remarque

Cette propriété unifie tout ce qui précède. Le quotient caba contient toute l'information sur la position relative des trois points : son module est le rapport des longueurs ACAB, son argument est l'angle en A. On en déduit d'un coup les caractérisations suivantes, pour A, B, C deux à deux distincts :

  • A, B, C alignés     cabaR    arg(caba)0 [π] ;
  • triangle rectangle en A     cabaiR    arg(caba)π2 [π] ;
  • triangle isocèle en A     AB=AC    ca=ba    caba=1 ;
  • triangle rectangle isocèle en A     caba=i ou caba=i ;
  • triangle équilatéral     caba=eiπ/3 ou caba=eiπ/3, selon le sens de parcours.

Exemple

Soient A, B, C les points d'affixes a=1, b=3+2i et c=1+2i. Déterminons la nature du triangle ABC.

Calculons le quotient caractéristique :

caba=2+2i2+2i=1+i1+i=(1+i)(1i)(1+i)(1i)=1+i+ii22=2i2=i.

Le quotient vaut i : il est imaginaire pur, donc le triangle est rectangle en A ; et son module vaut 1, donc AC=AB et le triangle est isocèle en A. Le triangle ABC est donc rectangle isocèle en A, et l'angle orienté (AB,AC) mesure π2.

Contrôle par les longueurs : AB=3+2i1=2+2i=22 et AC=1+2i1=2+2i=22, donc le triangle est bien isocèle en A. Et BC=1+2i32i=4=4, avec AB2+AC2=8+8=16=BC2 : le théorème de Pythagore confirme l'angle droit en A.

Ensembles de points classiques

Méthode

Déterminer un ensemble de points défini par une condition sur z. Deux voies, à choisir selon la forme de la condition.

  1. Reconnaître une écriture géométrique. Si la condition ne fait intervenir que des modules et des différences, la traduire directement : za est la distance AM, zazb un rapport de distances, arg(za) une direction. C'est presque toujours la voie la plus rapide.
  2. Passer en coordonnées. Poser z=x+iy avec x, y réels, traduire la condition en une équation en x et y, et reconnaître une équation de droite ou de cercle. Voie systématique, mais plus longue.

Dans les deux cas, penser à vérifier les valeurs interdites (dénominateur nul) et à conclure par une phrase nommant l'objet obtenu, avec son centre, son rayon ou ses points caractéristiques.

Propriété

Soient A et B deux points distincts d'affixes a et b, r un réel strictement positif et k un réel. Dans le plan complexe, l'ensemble des points M d'affixe z tels que :

  • za=r est le cercle de centre A et de rayon r ;
  • za=zb est la médiatrice du segment [AB] ;
  • Re(z)=k est la droite verticale d'équation x=k, parallèle à l'axe des ordonnées ;
  • Im(z)=k est la droite horizontale d'équation y=k.

Démonstration. Le premier point a été établi au paragraphe 3. Pour le deuxième, la condition za=zb s'écrit AM=BM, et la médiatrice de [AB] est précisément l'ensemble des points équidistants de A et de B. Pour les deux derniers, si z=x+iy est l'écriture algébrique de l'affixe de M, alors M a pour coordonnées (x,y), et Re(z)=k signifie x=k, équation de la droite parallèle à l'axe des ordonnées passant par le point de coordonnées (k,0) ; de même pour Im(z)=k.

Exemple

Déterminons l'ensemble E des points M d'affixe z tels que z1=z+i.

Voie géométrique. La condition s'écrit z1=z(i), c'est-à-dire AM=BM avec A d'affixe 1 et B d'affixe i. Donc E est la médiatrice du segment [AB], où A a pour coordonnées (1,0) et B pour coordonnées (0,1).

Voie algébrique, comme contrôle. Posons z=x+iy. Alors

z12=(x1)2+y2etz+i2=x2+(y+1)2.

Les deux modules sont positifs, donc l'égalité des modules équivaut à celle des carrés :

(x1)2+y2=x2+(y+1)2    x22x+1+y2=x2+y2+2y+1    2x=2y    y=x.

E est donc la droite d'équation y=x. C'est cohérent : cette droite passe par le milieu de [AB], de coordonnées (12,12), et elle est orthogonale à AB : ce vecteur a pour coordonnées (1,1), la droite a pour vecteur directeur (1,1), et leur produit scalaire vaut (1)×1+(1)×(1)=0.

Transformations du plan

Avertissement de notation : dans tout ce paragraphe, la lettre ω désigne l'affixe du centre Ω d'une transformation, et non la racine n-ième de l'unité e2iπ/n du paragraphe 8. Les deux usages sont classiques, ils ne se rencontrent jamais dans le même calcul.

Propriété

Soit ωC et soit Ω le point d'affixe ω. Dans le plan complexe, en notant z l'affixe du point M et z celle de son image M :

  1. la translation de vecteur u d'affixe b s'écrit z=z+b ;
  2. l'homothétie de centre Ω et de rapport k réel non nul s'écrit zω=k(zω) ;
  3. la rotation de centre Ω et d'angle θ s'écrit zω=eiθ(zω).

Démonstration.

Point 1. M est l'image de M par la translation de vecteur u si et seulement si MM=u, ce qui, en passant aux affixes, s'écrit zz=b.

Point 2. M est l'image de M par l'homothétie de centre Ω et de rapport k si et seulement si ΩM=kΩM. Les affixes de ces deux vecteurs sont zω et zω, et k est réel : la relation entre vecteurs équivaut donc à zω=k(zω).

Point 3. Traitons d'abord le cas M=Ω. La rotation de centre Ω laisse Ω fixe, donc z=ω, et la formule proposée donne bien zω=eiθ×0=0.

Supposons maintenant MΩ, et écrivons zω=reiα avec r=ΩM>0. Par définition, M est l'image de M par la rotation de centre Ω et d'angle θ si et seulement si

ΩM=ΩMet(ΩM,ΩM)θ [2π].

La première condition s'écrit zω=r, et la seconde, d'après la propriété des angles orientés, arg(zωzω)θ [2π]. Réunies, elles équivalent à dire que zω a pour module r et pour argument α+θ, c'est-à-dire

zω=rei(α+θ)=reiαeiθ=eiθ(zω).

Remarque

Composée d'une homothétie et d'une rotation de même centre. Si l'on applique successivement, dans un ordre quelconque, l'homothétie de centre Ω et de rapport k>0 et la rotation de centre Ω et d'angle θ, on obtient la transformation d'écriture complexe

zω=keiθ(zω).

Les deux transformations commutent, ce qui se lit immédiatement sur cette écriture : k et eiθ sont deux complexes, et leur produit ne dépend pas de l'ordre des facteurs.

Étude de zaz+b

Remarque

L'étude générale des transformations du plan de la forme zaz+b, que l'on appelle similitudes directes, est hors programme en PCSI. Il n'y a donc ni classification à connaître, ni théorème général à citer. Ce qui est attendu, et qui suffit, est une étude au cas par cas : chercher le point fixe, factoriser, et reconnaître la transformation obtenue parmi les trois du paragraphe précédent.

Méthode

Étudier la transformation f:zaz+b, avec a0.

  1. Cas a=1. L'écriture est z=z+b : c'est la translation de vecteur d'affixe b (l'identité si b=0). Il n'y a pas de point fixe si b0.
  2. Cas a1. Chercher le point fixe, c'est-à-dire résoudre ω=aω+b. Cette équation s'écrit ω(1a)=b, et comme a1 elle a une solution unique
ω=b1a.
  1. Soustraire membre à membre : de z=az+b et ω=aω+b on tire
zω=a(zω).
  1. Lire a. Si a est réel, c'est l'homothétie de centre Ω et de rapport a. Si a=1, c'est la rotation de centre Ω et d'angle arg(a). Sinon, c'est la composée de l'homothétie de centre Ω et de rapport a et de la rotation de centre Ω et d'angle arg(a).

Le point 3 est le cœur de la méthode : c'est la soustraction de l'égalité du point fixe qui fait disparaître b et révèle la structure de la transformation.

Exemple

Étudions la transformation f qui, au point M d'affixe z, associe le point M d'affixe z=(1+i)z+2.

Point fixe. Ici a=1+i1, donc il existe un unique point fixe, d'affixe

ω=21(1+i)=2i=2×ii×i=2i1=2i.

Contrôle : (1+i)×2i+2=2i+2i2+2=2i2+2=2i. Le point Ω d'affixe 2i est bien fixe.

Factorisation. En soustrayant ω=(1+i)ω+2 de z=(1+i)z+2, il vient

z2i=(1+i)(z2i).

Lecture. Le module et l'argument de a=1+i ont été calculés au paragraphe 5 : a=2 et arg(a)π4 [2π], soit a=2eiπ/4. On peut donc écrire

z2i=2eiπ/4(z2i).

La transformation f est la composée, dans un ordre indifférent, de la rotation de centre Ω (d'affixe 2i) et d'angle π4, et de l'homothétie de centre Ω et de rapport 2.

Contrôle sur un point. L'image de O, d'affixe 0, est le point d'affixe 2. Vérifions les deux lectures : ΩO=02i=2 et ΩM=22i=22, dont le rapport vaut bien 2 ; et

22i02i=22i2i=(22i)×i2i×i=2i+22=1+i,

dont un argument est π4 : l'angle est bien celui annoncé.

Méthodes à retenir

Choisir la bonne écriture

Le premier réflexe, devant n'importe quel calcul de ce chapitre, est de choisir l'écriture adaptée. Le tableau suivant résume la règle.

Situation Écriture à choisir Pourquoi
Somme, différence algébrique z=x+iy l'addition se fait coordonnée par coordonnée
Partie réelle, partie imaginaire algébrique elles se lisent directement
Produit, quotient trigonométrique z=reiθ les modules se multiplient, les arguments s'ajoutent
Puissance zn, racine n-ième trigonométrique formule de Moivre
Condition « réel », « imaginaire pur » conjugaison : Z=Z ou Z=Z évite la séparation en x et y
Condition « module 1 » z=1z supprime tous les dénominateurs
Distance, cercle, disque module d'une différence la distance AM est le module de za
Angle, alignement, orthogonalité argument d'un quotient arg(caba)
Linéariser cosnθ Euler puis binôme fait sortir les puissances
Exprimer cos(nθ) Moivre puis binôme fait entrer n dans l'angle

Les réflexes

  1. Un module apparaît dans une égalité à démontrer : élever au carré et écrire z2=zz. Toute la démonstration de l'inégalité triangulaire tient dans ce geste.
  2. Un quotient de complexes : multiplier par le conjugué du dénominateur, ou passer en forme trigonométrique s'il s'agit d'un produit ou d'une puissance.
  3. Une expression 1±eiθ ou eia±eib : ne jamais développer, factoriser par l'arc moitié, c'est-à-dire par l'exponentielle de la demi-somme des arguments.
  4. Une somme cos(kθ) ou sin(kθ) : passer par eikθ, somme géométrique, puis arc moitié, sans oublier de discuter le cas θ0 [2π].
  5. Une équation zn=a : mettre a sous forme trigonométrique, trouver une solution particulière, puis multiplier par les éléments de Un. Vérifier qu'on obtient exactement n solutions.
  6. Une équation du second degré : discriminant, puis racine carrée du discriminant par la méthode algébrique à trois équations. Contrôler par la somme et le produit des racines.
  7. Un énoncé contenant z=1 : écrire aussitôt z=1z.
  8. Un énoncé de géométrie avec trois points : calculer caba et lire son module (rapport de longueurs) et son argument (angle).
  9. Une transformation zaz+b : chercher le point fixe, soustraire, factoriser, lire a et arg(a).
  10. Un calcul long : contrôler sur un cas particulier (θ=0, z=1, z=i, n=1), ou vérifier un ordre de grandeur. Un contrôle coûte dix secondes et rattrape la plupart des erreurs de signe.

Les erreurs à ne jamais commettre

  1. Écrire une inégalité entre complexes (zz, « z positif ») : seuls les modules et les parties réelles ou imaginaires se comparent.
  2. Confondre z2 et z2 : la bonne formule est z2=zz.
  3. Lire un module sur une écriture λeiα sans avoir vérifié que λ>0. Le module de 3eiπ/4 est 3, et son argument 5π4.
  4. Écrire z ou 4 : la notation racine carrée n'existe pas dans C. On dit « une racine carrée de 4 », par exemple 2i.
  5. Passer de eiθ=eiθ à θ=θ : la conclusion correcte est θθ [2π]. Cette faute fait perdre des solutions dans zn=a.
  6. Écrire arg(z)=θ au lieu de arg(z)θ [2π], ou parler de l'argument de 0.
  7. Oublier le cas θ0 [2π] dans une somme géométrique de raison eiθ, ou le cas z=0 dans un raisonnement par forme trigonométrique.
  8. Oublier l'équation des modules x2+y2=a dans le calcul des racines carrées, ou oublier l'appariement des signes par 2xy=β.
  9. Croire qu'une équation du second degré à coefficients complexes a des racines conjuguées : cela n'est vrai que si les coefficients sont tous réels.
  10. Sortir un facteur d'un module sans valeur absolue : 2z+4i=2z+2i, et non z+4i.
  11. Écrire Re(λz)=λRe(z) avec λ non réel, ou Re(zz)=Re(z)Re(z), qui est faux.
  12. Employer le vocabulaire des structures algébriques à propos de U ou de Un : ce sont des ensembles stables par produit et par passage à l'inverse, et c'est tout ce qu'on en dit à ce stade de l'année.

Bloqué sur « Nombres complexes » ?

On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.