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PCSI · Chapitre 05 · Premier semestre
Borne supérieure, limites, suites monotones, suites adjacentes, suites extraites, suites récurrentes, suites arithmético-géométriques.
Ce chapitre repose tout entier sur une seule propriété de , et cette propriété n'est pas une formule de calcul : c'est une propriété d'existence. Elle affirme qu'une partie non vide de qui ne monte pas indéfiniment possède une « plus petite barrière supérieure », sa borne supérieure. L'ensemble des rationnels ne la possède pas : la partie formée des rationnels dont le carré est inférieur à est majorée, mais elle n'a pas de plus petit majorant rationnel, puisque le candidat naturel, , n'est pas rationnel. C'est exactement ce trou que la propriété de la borne supérieure interdit dans .
Toute la suite en découle. Une suite croissante et majorée converge, deux suites adjacentes se rejoignent, tout réel s'atteint comme limite de ses approximations décimales : ces trois énoncés, qui semblent relever de l'évidence graphique, sont trois conséquences de la même propriété. Le chapitre est donc à la fois un chapitre de théorie (des définitions quantifiées, des démonstrations qui manipulent des ) et un chapitre de technique (calculer une limite, encadrer, étudier une suite récurrente). Les deux aspects se nourrissent : les démonstrations du cours sont les modèles des raisonnements attendus dans les exercices.
Les notations suivantes valent pour tout le chapitre. Les lettres , , , , , , désignent des réels, les lettres , , , des entiers naturels, la lettre un réel strictement positif. Une suite réelle est notée , ou simplement , et désigne son terme d'indice . Les ensembles de nombres sont notés , , , , . Tout ce qui concerne la valeur absolue, l'inégalité triangulaire, la partie entière, les sommes finies et les nombres complexes est supposé connu et utilisé librement.
Définition
Soit une partie de .
Deux remarques d'usage, sources d'erreurs fréquentes. D'une part, un majorant n'a aucune raison d'appartenir à : est un majorant de . D'autre part, dès qu'une partie admet un majorant, elle en admet une infinité, puisque tout réel plus grand qu'un majorant est encore un majorant. Il n'y a donc jamais « le » majorant d'une partie, mais toujours un ensemble de majorants.
Propriété
Soit une partie de . Alors est bornée si et seulement s'il existe un réel tel que .
Démonstration. Supposons bornée : il existe minorant et majorant, de sorte que pour tout . Posons , qui est bien un réel positif. Pour , on a et , donc .
Réciproquement, s'il existe tel que pour tout , alors pour tout : est un majorant et un minorant, donc est bornée.
Définition
Soit une partie de .
Propriété
Si une partie de admet un maximum, celui-ci est unique. Même énoncé pour le minimum.
Démonstration. Soient et deux maximums de . Comme et que est un majorant de , on a . En échangeant les rôles de et , on obtient . Par antisymétrie de l'ordre, . La démonstration pour le minimum est identique.
L'unicité justifie l'emploi de l'article défini et de la notation . En revanche, l'existence n'est pas garantie : c'est le point de départ de tout le paragraphe.
Exemple
Considérons , c'est-à-dire l'ensemble des réels tels que .
Cette partie est majorée : en est un majorant, et également. Elle admet un minimum, , car et minore .
En revanche, n'admet pas de maximum. Raisonnons par l'absurde en supposant que existe. Alors , donc . Posons . Comme , on a , donc et : cela contredit le fait que majore . Aucun élément de n'est donc un majorant de .
Autrement dit, est majorée sans avoir de plus grand élément. Le majorant « manque de peu » : c'est lui qui sera la borne supérieure.
Définition
Soit une partie de .
Une borne supérieure est donc, par construction, un maximum : celui de l'ensemble des majorants de . L'unicité démontrée plus haut s'applique, ce qui légitime les notations et .
Propriété
Soit une partie de .
Les énoncés analogues valent pour et .
Démonstration. 1. Posons . Par définition, est un majorant de . Soit un majorant quelconque de : comme , on a . Ainsi est le plus petit des majorants, c'est-à-dire .
La différence entre et tient donc à un seul mot : l'appartenance. La borne supérieure existe beaucoup plus souvent que le maximum, et c'est précisément ce qui la rend utile.
Exemple
Reprenons et montrons que .
D'abord, est un majorant de : tout vérifie , donc .
Ensuite, montrons que tout majorant de vérifie . Raisonnons par l'absurde en supposant . Comme et que majore , on a . Posons alors : on a et , donc et , ce qui contredit le fait que majore . Donc .
Ainsi est le plus petit des majorants : . Comme , cette borne supérieure n'est pas un maximum. Par ailleurs .
Exemple
Soit .
Borne supérieure. Pour tout , , donc majore ; et (cas ). Donc .
Borne inférieure. Pour tout , , donc minore . Soit un minorant de et supposons . D'après la propriété d'Archimède, il existe un entier tel que , d'où : le nombre appartient à et est strictement plus petit que , ce qui contredit le fait que minore . Donc tout minorant vérifie , et est le plus grand des minorants : .
Comme , la partie n'a pas de minimum.
Propriété
Propriété de la borne supérieure (admise). Toute partie de non vide et majorée admet une borne supérieure.
Cette propriété est admise : elle fait partie de la définition de , au même titre que les règles de calcul. Elle est fausse dans : la partie est non vide et majorée par , mais elle n'admet pas de plus petit majorant rationnel. C'est en ce sens que n'a « pas de trous » là où en a.
Les deux hypothèses sont indispensables. Si est vide, tout réel majore et il n'y a pas de plus petit réel : n'existe pas. Si n'est pas majorée, elle n'a aucun majorant, donc pas de plus petit majorant.
Propriété
Toute partie de non vide et minorée admet une borne inférieure.
Démonstration. Soit une partie non vide et minorée de , et soit un minorant de . Posons
Cette partie est non vide (car l'est) et majorée : pour tout , on a , donc , ce qui montre que majore . D'après la propriété de la borne supérieure, existe. Montrons que .
minore . Soit . Alors , donc , d'où .
est le plus grand des minorants. Soit un minorant de . Pour tout , , donc : ainsi majore . Comme est le plus petit des majorants de , on obtient , c'est-à-dire .
Donc est le plus grand des minorants de , soit .
Définition
Convention. Si est une partie non vide et non majorée de , on convient d'écrire
De même, si est non vide et non minorée, on convient d'écrire .
Cette convention est une commodité d'écriture, pas un théorème : n'est pas un réel, et l'écriture signifie exactement « n'est pas majorée ». Avec elle, toute partie non vide de possède une borne supérieure dans .
Une première conséquence de la propriété de la borne supérieure servira constamment dans la suite du chapitre, dès qu'il faudra fabriquer un entier assez grand.
Propriété
Propriété d'Archimède. Pour tout réel , il existe un entier tel que . Autrement dit, n'est pas majoré dans .
Démonstration. Raisonnons par l'absurde et supposons majoré. Comme est non vide, la propriété de la borne supérieure assure l'existence de . Le réel est strictement plus petit que , donc ce n'est pas un majorant de : il existe tel que , c'est-à-dire . Or est encore un entier naturel, ce qui contredit le fait que majore . Donc n'est pas majoré : pour tout réel , il existe un entier tel que .
Sous cette forme, la propriété se lit ainsi : aucun réel, si grand soit-il, ne dépasse tous les entiers. On l'emploie presque toujours avec , pour obtenir un entier tel que .
La définition de (« le plus petit des majorants ») est peu maniable en pratique, car elle demande de comparer à tous les majorants. La caractérisation suivante la remplace par une condition qui ne fait intervenir que des éléments de : c'est celle que l'on utilise dans tous les exercices.
Propriété
Caractérisation de la borne supérieure. Soient une partie non vide de et un réel. Alors si et seulement si les deux conditions suivantes sont vérifiées.
Démonstration. Sens direct. Supposons . La condition 1 est vérifiée puisque est un majorant de . Soit . Le réel est strictement plus petit que ; comme est le plus petit des majorants, n'est pas un majorant de . La négation de « » donne l'existence d'un tel que , ce qui est la condition 2.
Sens réciproque. Supposons les conditions 1 et 2 vérifiées. La condition 1 dit que est un majorant de . Soit un majorant quelconque de ; montrons par l'absurde. Si , posons . La condition 2 fournit un tel que , ce qui contredit le fait que majore . Donc pour tout majorant , et est bien le plus petit des majorants : .
Propriété
Caractérisation de la borne inférieure. Soient une partie non vide de et un réel. Alors si et seulement si
Démonstration. Il suffit d'appliquer la caractérisation précédente à la partie , en utilisant l'égalité établie plus haut, et l'équivalence : et si et seulement si et .
Méthode
Montrer que . On rédige systématiquement en deux temps.
La variante « il existe une suite d'éléments de qui converge vers » (paragraphe 1.5) remplace parfois avantageusement l'étape 2, car elle évite de bricoler un dépendant de .
Exemple
Soit . Montrons que .
Majoration. Soit : il existe tel que . Comme , on a , donc .
Optimalité. Soit . D'après la propriété d'Archimède, il existe un entier tel que , c'est-à-dire . Pour cet entier, l'élément appartient à et vérifie
Les deux conditions de la caractérisation sont vérifiées : . Comme (aucun n'est nul), n'a pas de maximum.
L'énoncé suivant fait intervenir la notion de limite d'une suite, définie au paragraphe 3 ; on peut donc le lire dans un second temps. Sa démonstration n'utilise que la définition de la convergence.
Propriété
Caractérisation séquentielle. Soient une partie non vide de et un réel. Alors si et seulement si
Démonstration. Sens direct. Supposons . La condition 1 est immédiate. Pour la condition 2, soit . En appliquant la caractérisation par les avec , on obtient l'existence d'un élément tel que
On pose de plus égal à un élément quelconque de , qui est non vide. La suite ainsi construite est à valeurs dans et vérifie pour tout . Comme , le théorème de majoration donne .
Sens réciproque. Supposons les conditions 1 et 2 vérifiées, et soit une suite d'éléments de convergeant vers . Vérifions la condition 2 de la caractérisation par les . Soit . En appliquant la définition de la limite avec , il existe un rang tel que . Alors
et . Les deux conditions de la caractérisation par les étant vérifiées, .
L'énoncé analogue pour la borne inférieure s'obtient de la même façon : si et seulement si minore et s'il existe une suite d'éléments de convergeant vers .
Définition
On appelle intervalle de toute partie de de l'une des formes suivantes, où et désignent des réels :
Les cas particuliers sont contenus dans cette liste : est un intervalle, et aussi.
Propriété
Caractérisation des intervalles. Une partie de est un intervalle si et seulement si
Autrement dit, un intervalle est exactement une partie « sans trou » : dès qu'elle contient deux points, elle contient tout le segment qui les joint.
Démonstration du sens direct. Supposons que soit un intervalle, et soient avec . Soit , c'est-à-dire . Il faut montrer .
Traitons le cas , les neuf autres étant identiques. Comme , on a , donc . Comme , on a , donc . Ainsi , c'est-à-dire . Dans chacune des formes de la liste, l'appartenance à se traduit par une ou deux inégalités portant sur les bornes, et l'encadrement transmet ces inégalités à . Le cas est vide de sens (il n'existe pas de tels , ), donc la propriété y est vraie.
Démonstration du sens réciproque. Supposons maintenant que vérifie la propriété , et montrons que est un intervalle.
Si , c'est un intervalle. Supposons donc non vide, et posons
Ces deux quantités existent d'après la propriété de la borne supérieure et son analogue pour la borne inférieure, étant non vide.
Étape 1 : est contenue entre et . Par définition d'une borne inférieure et d'une borne supérieure, tout vérifie (l'inégalité étant automatique du côté où la borne vaut ou ).
Étape 2 : . Soit un réel tel que . Comme , le réel n'est pas un minorant de : c'est clair si , puisqu'alors n'a aucun minorant ; et si , un minorant strictement plus grand que le plus grand des minorants est impossible. Il existe donc tel que . Symétriquement, comme , le réel n'est pas un majorant de , donc il existe tel que . Alors , donc par hypothèse, et : ainsi .
Étape 3 : conclusion. Les deux étapes précédentes donnent
La partie est donc l'intervalle , auquel on ajoute éventuellement et selon qu'ils appartiennent ou non à (la question ne se pose pas si la borne vaut ou , ces symboles n'étant pas des réels). Selon les quatre cas possibles, vaut , , ou , et dans tous les cas figure dans la liste des intervalles.
Exemple
Montrons que est un intervalle, sans le calculer.
Soient avec , et soit . Comme et , on a et , donc , d'où et . D'après la caractérisation, est un intervalle (on reconnaît d'ailleurs ).
L'intérêt de la caractérisation est justement de conclure sans résoudre : elle s'applique par exemple à pour quelconque, dès que l'on sait encadrer.
Définition
Une suite réelle est une application . Pour , l'image est notée et s'appelle le terme d'indice (ou terme de rang ) de la suite. La suite elle-même se note , ou .
Lorsque la suite n'est définie qu'à partir d'un rang , on note . L'ensemble des suites réelles est noté .
Il faut distinguer soigneusement , qui désigne la suite (l'application tout entière), de , qui désigne un nombre réel. Écrire « la suite » est un abus qui conduit rapidement à des énoncés faux, comme « la suite est croissante » là où l'on veut dire que la suite l'est.
Définition
Une suite peut être définie de trois manières.
Exemple
Définition explicite. La suite définie par pour . Chaque terme se calcule directement : , , . Il n'est pas nécessaire de connaître pour obtenir .
Définition par récurrence. La suite définie par et pour tout . Ici, on calcule de proche en proche : , , . Obtenir demande les cent termes précédents, sauf si l'on parvient à une expression explicite (ce que fera le paragraphe 8).
Exemple
Définition implicite. Pour , considérons l'équation d'inconnue
Posons . La fonction est continue et strictement croissante sur , comme somme de fonctions croissantes dont l'une est strictement croissante. De plus et . D'après le théorème de la bijection (connu depuis la terminale, redémontré au chapitre suivant), l'équation admet une unique solution dans , que l'on note , et cette solution appartient à .
La suite est ainsi parfaitement définie, alors qu'aucune formule ne donne : on ne connaît de que la relation et son encadrement . C'est cette relation qui servira de point d'appui pour étudier la suite (voir le paragraphe 5).
Définition
Soit une suite réelle.
L'ordre des quantificateurs est essentiel : le réel doit convenir pour tous les indices à la fois. L'énoncé « pour tout , il existe tel que » est vrai pour n'importe quelle suite et ne dit rien.
Propriété
Une suite est bornée si et seulement si la suite est majorée, c'est-à-dire si et seulement s'il existe tel que .
Démonstration. Supposons bornée : il existe et tels que pour tout . Posons . Pour tout , et , donc : la suite est majorée par .
Réciproquement, si pour tout , alors pour tout : la suite est minorée par et majorée par , donc bornée.
Ce résultat est constamment utilisé : il ramène deux inégalités à une seule, et c'est sous la forme que l'on manipule le caractère borné dans les démonstrations.
Définition
Soit une suite réelle.
Une remarque de vocabulaire, valable dans tout le chapitre : la locution « à partir d'un certain rang » signifie « il existe tel que la propriété soit vraie pour tout ». Une suite peut être croissante seulement à partir d'un certain rang, ce qui suffit pour la plupart des théorèmes.
Il faut aussi noter qu'une suite croissante est automatiquement minorée par son premier terme : pour tout , ce qui se démontre par une récurrence immédiate. Symétriquement, une suite décroissante est majorée par .
Méthode
Étudier la monotonie d'une suite. Trois techniques, à choisir selon la forme de . Acquis depuis : expertes (terminale).
Exemple
a. Par la différence. Soit . Pour tout ,
Cette quantité est négative pour et positive pour . La suite n'est donc pas monotone sur , mais elle est croissante à partir du rang .
b. Par le quotient. Soit pour , suite à termes strictement positifs. Alors
Pour , ce quotient est inférieur ou égal à , donc : la suite est décroissante à partir du rang .
Exemple
c. Par la fonction associée. Soit pour , et pour . La fonction est dérivable sur et
Le signe de est celui de , positif pour et négatif pour .
Comme , la fonction est décroissante sur , donc la suite est décroissante à partir du rang . Les premiers termes confirment : , , , .
Définition
Soient une suite réelle et un réel. On dit que converge vers , ou tend vers , lorsque
On note alors .
Une suite est dite convergente lorsqu'il existe un réel vers lequel elle converge, et divergente dans le cas contraire.
La lecture de cette définition demande de la précision, car les trois quantificateurs jouent chacun un rôle.
Géométriquement, signifie : la définition dit que tout intervalle centré en , aussi petit soit-il, contient tous les termes de la suite à partir d'un certain rang, donc tous sauf un nombre fini.
Sur la droite graduée ci-dessous, la limite est et la précision : à partir d'un certain rang, tous les termes de la suite sont dans l'intervalle , et il en irait de même avec un intervalle bien plus étroit.
Deux commentaires techniques. D'abord, l'inégalité est ici large () : c'est le choix du programme, et il ne change rien à la notion. Si l'on sait que pour tout à partir d'un rang, on obtient aussi en appliquant la définition à . Ensuite, la convergence ne dépend pas des premiers termes : modifier un nombre fini de termes d'une suite ne change ni sa nature, ni sa limite, puisqu'il suffit d'augmenter .
Propriété
Unicité de la limite. Si une suite converge vers et vers , alors .
Démonstration. Supposons et , et raisonnons par l'absurde en supposant . Posons
Par définition de la limite appliquée à , il existe tel que pour tout . De même, il existe tel que pour tout . Posons : les deux inégalités sont simultanément vraies pour . L'inégalité triangulaire donne alors
En retranchant, il vient , donc , donc : c'est la contradiction cherchée.
Cette unicité justifie la notation , qui n'aurait aucun sens sans elle.
Définition
Soit une suite réelle.
Le schéma est le même que pour une limite finie : « aussi exigeant que soit le seuil , la suite finit par le dépasser et ne redescend plus en dessous ». Le point délicat est le et ne redescend plus : une suite qui dépasse tout seuil de temps en temps ne tend pas pour autant vers , comme le montre la suite définie par si est pair et sinon.
Une suite qui tend vers ou vers est divergente, puisqu'elle ne converge vers aucun réel : on dit qu'elle diverge vers (ou ). Il y a donc trois comportements possibles pour une suite : converger vers un réel, tendre vers , ou n'avoir aucune limite (cas de ).
Exemple
Montrons que et que .
Premier cas. Soit . D'après la propriété d'Archimède, il existe un entier tel que (on peut prendre ). Pour tout , on a , donc , et par conséquent
La définition est vérifiée : .
Second cas. Soit . Si , tout rang convient car . Si , posons . Pour , on a , donc par croissance de la racine carrée. Ainsi .
Propriété
Toute suite convergente est bornée.
Démonstration. Soit une suite convergeant vers . Appliquons la définition de la limite avec la valeur particulière : il existe tel que
Pour , l'inégalité triangulaire donne alors
Les termes d'indices sont en nombre fini, donc l'ensemble est une partie finie non vide de : elle admet un maximum. Posons
Alors pour tout : la suite est majorée, donc est bornée.
La réciproque est fausse : la suite est bornée sans être convergente. En revanche, la contraposée est un outil de divergence très efficace : une suite non bornée est divergente.
Propriété
Combinaison linéaire. Soient et deux suites convergeant respectivement vers et , et soient deux réels. Alors la suite converge et
Démonstration. Traitons d'abord le cas de la somme (). Soit . Comme , il existe tel que pour , et il existe tel que pour . Posons . Pour tout , l'inégalité triangulaire donne
Traitons ensuite le cas du produit par un scalaire. Si , la suite est nulle et converge vers . Si , soit : comme , il existe tel que pour , et alors
Le cas général s'obtient en combinant les deux : converge vers , converge vers , et leur somme converge vers .
Propriété
Produit. Si et , alors .
Démonstration. La suite est convergente donc bornée : il existe tel que pour tout (on peut toujours choisir en augmentant le majorant). Écrivons, pour tout ,
égalité que l'on vérifie en développant le membre de droite. L'inégalité triangulaire donne
Soit maintenant . Comme , il existe tel que pour . Comme , il existe tel que pour . Pour , il vient
en utilisant . Donc .
Propriété
Inverse et quotient. Soit une suite convergeant vers . Alors à partir d'un certain rang, et
Si de plus , alors .
Démonstration. Comme , appliquons la définition de la limite avec : il existe tel que pour tout . La seconde inégalité triangulaire donne alors, pour ,
En particulier pour , et le quotient est défini à partir de ce rang. De plus, toujours pour ,
Soit . Comme , il existe tel que pour . Pour , on obtient . Donc .
Le cas du quotient s'en déduit en écrivant et en appliquant le théorème du produit.
Les opérations s'étendent partiellement aux limites infinies. Les tableaux ci-dessous récapitulent les cas ; « F.I. » signale une forme indéterminée, c'est-à-dire une situation où la connaissance des deux limites ne suffit pas à conclure.
| F.I. |
| règle des signes | ||
| F.I. |
Pour le quotient, on retient : si , on applique le théorème ; si et a une limite finie, alors ; si en restant strictement positive et , alors . Les quatre formes indéterminées sont
Une forme indéterminée n'est pas un obstacle mais une consigne : il faut transformer l'expression avant de conclure.
Propriété
Produit d'une suite bornée par une suite de limite nulle. Si est bornée et si , alors .
Démonstration. Comme est bornée, il existe tel que pour tout . Soit . Comme et que , il existe tel que pour tout . Alors, pour ,
Donc .
Ce théorème est indispensable, car il ne suppose pas que converge. C'est lui qui traite les expressions du type ou , où le facteur oscillant n'a pas de limite.
Exemple
a. , car est bornée (par ) et . Insistons : n'a pas de limite, et pourtant le produit en a une.
b. , car est bornée et .
Méthode
Calculer une limite en présence d'une forme indéterminée.
Propriété
Croissances comparées (rappel). Pour tous réels et ,
Les deux premières limites sont la traduction, pour les suites, des croissances comparées établies au chapitre des fonctions usuelles.
Exemple
a. Quotient de polynômes. Pour , la forme est . On factorise par :
Le numérateur tend vers et le dénominateur vers , donc .
b. Quantité conjuguée. Pour , la forme est . On multiplie par la quantité conjuguée :
Le dénominateur tend vers , donc .
Voici enfin quelques limites de référence, à reconnaître immédiatement. Toutes se justifient par les théorèmes précédents.
a. pour .
b. pour .
c. .
d. .
e. .
f. .
g. pour .
h. .
i. .
Pour montrer qu'une suite ne converge pas vers un réel , il faut nier la définition. La négation de
s'obtient en échangeant les quantificateurs et en niant la conclusion :
En français : il existe une précision que la suite rate infiniment souvent, c'est-à-dire à des rangs arbitrairement grands.
Méthode
Montrer qu'une suite ne converge pas vers . Exhiber un explicite, puis, pour quelconque, exhiber un indice (souvent construit à partir de , par exemple ou ) tel que .
Pour montrer qu'une suite diverge, il faut le faire pour tout réel , ce qui est lourd. On dispose de deux raccourcis nettement plus rapides : montrer que la suite n'est pas bornée (paragraphe 3.4), ou exhiber deux suites extraites de limites différentes (paragraphe 6).
Exemple
Montrons que la suite définie par ne converge vers aucun réel .
Posons et soit quelconque. Les indices et sont tous deux supérieurs ou égaux à , avec et . Si l'on avait à la fois et , l'inégalité triangulaire donnerait
ce qui est faux. Donc l'un au moins des deux indices vérifie .
Ainsi, avec , pour tout il existe tel que : la suite ne converge pas vers . Comme était quelconque, la suite est divergente.
Propriété
Passage à la limite. Soient et deux suites convergentes, de limites respectives et . Si à partir d'un certain rang, alors .
Démonstration. Notons un rang à partir duquel , et raisonnons par l'absurde en supposant . Posons
Il existe tel que pour , donc en particulier . Il existe tel que pour , donc en particulier . Pour , on obtient
d'où , puis , c'est-à-dire . C'est la contradiction cherchée.
Propriété
Conséquences immédiates. Soit une suite convergeant vers .
Démonstration. Le point 1 s'obtient en appliquant le théorème aux suites constantes et . Le point 2 s'obtient en l'appliquant deux fois, aux couples puis , la suite constante égale à convergeant vers .
Attention : les inégalités strictes ne se conservent pas. On a pour tout , et pourtant : la limite n'est pas strictement positive. Le passage à la limite transforme toujours une inégalité stricte en inégalité large.
Propriété
Soit une suite convergeant vers un réel . Alors à partir d'un certain rang. Plus précisément, il existe tel que pour tout .
Démonstration. Comme , le réel est strictement positif. Par définition de la limite, il existe tel que
Pour , cette inégalité donne , c'est-à-dire
L'énoncé symétrique est vrai : si , alors à partir d'un certain rang. En revanche, si , on ne peut rien dire du signe des termes, comme le montre la suite .
Propriété
Théorème d'encadrement (théorème des gendarmes). Soient , et trois suites réelles telles que
Si et convergent vers la même limite , alors converge et .
Démonstration. Notons un rang à partir duquel l'encadrement est vrai, et soit . Il existe tel que pour , et tel que pour . Posons . Pour tout , on a simultanément
d'où , c'est-à-dire . Donc .
L'intérêt majeur de ce théorème est qu'il démontre l'existence de la limite de en même temps qu'il la calcule : on n'a pas besoin de savoir au préalable que converge.
Propriété
Théorème de majoration. Soient une suite réelle, un réel et une suite telle que
Alors .
Démonstration. Notons un rang à partir duquel la majoration est vraie, et soit . Comme , il existe tel que pour . Pour , on obtient
ce qui est exactement la définition de .
C'est la forme la plus utilisée en pratique : pour montrer qu'une suite tend vers , on majore l'écart par une quantité simple qui tend vers . Toute la difficulté d'un exercice se concentre alors dans la majoration.
Exemple
Soit . Montrons que par majoration de l'écart. Pour ,
Comme , le théorème de majoration donne .
Exemple
Soit pour . Cette somme comporte termes, tous compris entre le plus petit et le plus grand d'entre eux. Pour ,
En sommant ces inégalités,
Les deux bornes tendent vers (quotients de polynômes de même degré dominant), donc d'après le théorème d'encadrement.
Propriété
Comparaison. Soient et deux suites telles que à partir d'un certain rang.
Démonstration. 1. Notons un rang à partir duquel , et soit . Comme , il existe tel que pour tout . Alors, pour tout ,
Le seuil étant arbitraire, .
Exemple
a. Soit . Comme , on a pour tout . Or , donc par minoration.
b. Soit . Montrons que . Pour tout ,
puisque chacun des termes vérifie . Une récurrence immédiate donne alors pour tout . La suite étant croissante et non majorée (car dépasse tout seuil), elle tend vers d'après le théorème de la limite monotone du paragraphe suivant.
Propriété
Théorème de la limite monotone. Soit une suite réelle croissante.
Propriété
Théorème de la limite monotone (suite décroissante). Soit une suite réelle décroissante.
En particulier, toute suite monotone possède une limite, finie ou infinie.
Démonstration des cas 1 et 2. Notons l'ensemble des valeurs prises par la suite : c'est une partie non vide de .
Cas 1. Supposons majorée : la partie est alors majorée, donc, d'après la propriété de la borne supérieure, existe. Montrons que .
Soit . D'après la caractérisation de la borne supérieure, n'est pas un majorant de : il existe donc un élément de strictement plus grand que , c'est-à-dire un rang tel que
Soit maintenant . Comme la suite est croissante, une récurrence immédiate donne , donc . Par ailleurs et majore , donc . En combinant,
et a fortiori . La définition de la limite est vérifiée : .
Cas 2. Supposons non majorée, et soit . Comme n'est pas un majorant de la suite, il existe un rang tel que . Par croissance, pour tout , , donc . Le seuil étant arbitraire, .
Démonstration des cas 3 et 4. Si est décroissante, la suite est croissante. Si est minorée par , alors est majorée par , donc converge vers d'après le cas 1 et la relation ; par conséquent converge vers . Si n'est pas minorée, n'est pas majorée, donc d'après le cas 2, c'est-à-dire .
Deux mises en garde s'imposent.
D'abord, ce théorème donne l'existence de la limite sans en donner la valeur : savoir que croissante et majorée par converge ne signifie pas que sa limite vaut . On sait seulement, par passage à la limite dans , que .
Ensuite, l'hypothèse de monotonie est indispensable : une suite bornée quelconque n'a aucune raison de converger, comme .
Exemple
Soit pour . Montrons que converge.
Croissance. , donc est strictement croissante.
Majoration. Pour , on a , donc
En sommant pour allant de à , la somme de droite est télescopique :
La suite est croissante et majorée par : elle converge, vers une limite . Le théorème ne dit rien de plus sur cette limite ; on démontre en seconde année qu'elle vaut .
Exemple
Reprenons la suite implicite du paragraphe 2 : pour , est l'unique solution dans de , et l'on note .
Croissance. Calculons en utilisant , soit :
car . Or et est strictement croissante sur : de on déduit . La suite est strictement croissante.
Convergence. Elle est majorée par , donc elle converge vers un réel , avec par croissance.
Valeur de la limite. Supposons . Pour tout , , donc . Or puisque (paragraphe 8), donc par encadrement. En passant à la limite dans , on obtient , ce qui contredit . Donc .
Définition
Deux suites réelles et sont dites adjacentes lorsque
Propriété
Théorème des suites adjacentes. Si et sont adjacentes, alors elles convergent vers la même limite , et pour tout ,
Démonstration. Posons .
Étape 1 : est décroissante et positive. Pour tout ,
car (décroissance de ) et (croissance de ). La suite est donc décroissante. Fixons : pour tout , la décroissance donne . En faisant tendre vers dans cette inégalité large, et puisque , le passage à la limite donne . Ainsi pour tout .
Étape 2 : les deux suites convergent. Pour tout , la croissance de et la décroissance de donnent
La suite est croissante et majorée par : elle converge vers un réel . La suite est décroissante et minorée par : elle converge vers un réel .
Étape 3 : les limites coïncident. Par opération sur les limites, . Or , donc par unicité de la limite , soit .
Étape 4 : l'encadrement. Fixons . Pour , la croissance donne ; en faisant tendre vers , il vient . De même, pour donne .
Le théorème des suites adjacentes est un outil d'existence doublé d'un outil d'approximation : l'encadrement fournit une valeur approchée de avec une erreur au plus égale à , entièrement calculable.
Exemple
Posons, pour ,
est croissante : .
est décroissante : en utilisant ,
En réduisant au même dénominateur , la parenthèse vaut
La différence tend vers : , car .
Les suites et sont donc adjacentes : elles convergent vers une même limite , avec . Pour : et , ce qui encadre à près, soit un peu plus de . Cette limite est le nombre .
Définition
Soient et . On appelle valeur décimale approchée de à près par défaut le nombre
et valeur décimale approchée de à près par excès le nombre .
Propriété
Avec les notations précédentes, pour tout :
Démonstration. 1. Par définition de la partie entière, . En divisant par , il vient . La différence vaut par construction.
est un entier et un entier non nul, donc , et de même .
est croissante. Le nombre est un entier, et il vérifie . Comme est le plus grand entier inférieur ou égal à , on en déduit
En divisant par , on obtient .
est décroissante. De et du fait que est un entier inférieur ou égal à , on tire , donc
La différence tend vers : (suite géométrique de raison ). Les deux suites sont donc adjacentes, de limite commune , et le point 1 donne pour tout ; en passant à la limite dans cet encadrement, , donc .
Propriété
Tout réel est limite d'une suite de rationnels. Pour tout , il existe une suite de nombres rationnels telle que .
Démonstration. Il suffit de prendre : chaque est rationnel d'après le point 2, et d'après le point 3.
Exemple
Prenons Les premières approximations par défaut sont
et les approximations par excès correspondantes sont , , , , .
Le premier encadrement, celui de rang , place entre ses deux approximations entières :
La suite est une suite de rationnels (ce sont les troncatures décimales de ) qui converge vers , lequel n'est pas rationnel : une suite de rationnels peut parfaitement avoir une limite irrationnelle.
Définition
On appelle extractrice toute application strictement croissante.
Soit une suite réelle. On appelle suite extraite de (ou sous-suite) toute suite de la forme , où est une extractrice.
Concrètement, une suite extraite s'obtient en ne gardant que certains termes de la suite initiale, en respectant l'ordre des indices et en en gardant une infinité. Les extractrices les plus utilisées sont (termes de rang pair), (termes de rang impair), (suite décalée) et .
Propriété
Lemme. Si est strictement croissante, alors .
Démonstration. Par récurrence sur .
Initialisation. est un entier naturel, donc .
Hérédité. Soit tel que . Comme est strictement croissante et , on a . Ainsi est un entier strictement supérieur à , donc .
Conclusion. Par récurrence, pour tout .
Le passage de à utilise le fait que les entiers sont « espacés » de : c'est le point qui rend le lemme faux pour des applications à valeurs réelles.
Propriété
Théorème. Soit une suite réelle admettant une limite , finie ou infinie. Alors toute suite extraite de admet la même limite .
Démonstration. Soit une extractrice.
Cas d'une limite finie. Soit . Comme , il existe tel que pour tout . Soit : d'après le lemme, , donc l'inégalité s'applique à l'indice :
Donc .
Cas . Soit . Il existe tel que pour ; pour , on a , donc . Le cas est analogue.
Méthode
Montrer qu'une suite diverge à l'aide de suites extraites. Deux stratégies, toutes deux fondées sur la contraposée du théorème.
Les extractrices et suffisent dans l'immense majorité des cas.
Exemple
a. La suite diverge : et , et .
b. La suite diverge : , tandis que .
c. La suite diverge : et . Elle ne tend donc ni vers , ni vers , ni vers un réel.
Propriété
Critère pair-impair. Soit une suite réelle et un réel. Si les deux suites extraites et convergent vers la même limite , alors converge vers .
Démonstration. Soit . Comme , il existe tel que pour tout . Comme , il existe tel que pour tout . Posons
Soit . Deux cas se présentent.
Si est pair, écrivons avec . De on tire , donc .
Si est impair, écrivons . De on tire , donc .
Dans les deux cas , donc .
L'hypothèse « la même limite » est évidemment essentielle : c'est tout le contenu de l'exemple .
Propriété
Décalage d'indice. Soit une suite réelle. Si admet une limite (finie ou infinie), alors la suite décalée admet la même limite .
Démonstration. L'application est strictement croissante de dans : c'est une extractrice, et . Le théorème s'applique.
Cet énoncé, d'apparence anodine, est la clé de l'étude des suites récurrentes : c'est lui qui permettra d'écrire « en passant à la limite dans » au paragraphe 9.
Exemple
Soit définie par et . Supposons établi que converge, de limite . Alors converge aussi vers , et par opérations sur les limites . Par unicité de la limite,
Ce raisonnement ne démontre pas la convergence : il calcule la limite en supposant qu'elle existe. La convergence, elle, se démontre séparément (ici par le paragraphe 8, la suite étant arithmético-géométrique).
Définition
Une suite complexe est une application , notée .
Soit . On dit que converge vers lorsque
où désigne le module. La suite est dite bornée lorsque la suite réelle est majorée.
La définition est mot pour mot celle du cas réel, la valeur absolue étant remplacée par le module. Géométriquement, signifie que le point d'affixe appartient au disque fermé de centre et de rayon .
Une conséquence immédiate mérite d'être notée : si et seulement si , la seconde limite portant sur une suite réelle. C'est ainsi que l'on ramène presque toute question sur les suites complexes à une question sur les suites réelles.
Propriété
Caractérisation. Soient une suite complexe et . Alors
Démonstration. Rappelons les inégalités valables pour tout :
Les deux premières résultent de , la troisième de l'inégalité triangulaire appliquée à .
Posons , de sorte que et , par linéarité des parties réelle et imaginaire.
Sens direct. Supposons , c'est-à-dire . Alors
et le théorème de majoration donne . Le raisonnement est identique pour la partie imaginaire.
Sens réciproque. Supposons et , c'est-à-dire et . La troisième inégalité donne
et le membre de droite tend vers par somme. Par encadrement, , soit .
Propriété
Résultats conservés. Soient et deux suites complexes convergentes, de limites et , et .
Démonstration. Les démonstrations données dans le cas réel n'utilisent que l'inégalité triangulaire et la multiplicativité du module, toutes deux valables dans : elles se recopient telles quelles pour les points 1 à 4 et 6. Pour le point 5, , et la seconde inégalité triangulaire donne .
En revanche, tout ce qui repose sur l'ordre de disparaît, puisqu'il n'existe pas de relation d'ordre sur compatible avec les opérations. Sont donc dépourvus de sens, pour une suite complexe : suite croissante, décroissante, majorée, minorée ; limite ou ; théorème de la limite monotone ; suites adjacentes ; passage à la limite dans une inégalité ; théorème d'encadrement. Seul subsiste le théorème de majoration sous la forme : si avec réelle tendant vers , alors .
Propriété
Soit . La suite vérifie :
Démonstration. 1. On a , et , donc d'après l'étude des suites géométriques réelles (paragraphe 8). Le théorème de majoration conclut.
Immédiat.
Supposons , , et supposons par l'absurde que converge vers . La suite décalée converge alors vers la même limite . Or par produit. Par unicité de la limite, , soit . Comme , il vient . Mais pour tout , et : la suite constante égale à tendrait vers , ce qui est faux. Contradiction.
Si , alors , donc la suite réelle n'est pas majorée : n'est pas bornée, donc elle n'est pas convergente.
Exemple
a. Soit . Comme , on a .
b. Soit . Ici et : la suite diverge. On peut le voir directement, et fournissant deux extraites de limites différentes.
c. Soit . Ses parties réelle et imaginaire sont et , donc .
Définition
Une suite est arithmétique de raison ( ou ) lorsque
Propriété
Soit arithmétique de raison . Alors, pour tous ,
et la somme de termes consécutifs vaut
Si est réelle : elle tend vers si , vers si , et elle est constante si .
Démonstration. La formule se démontre par récurrence : elle est vraie au rang , et si alors . La formule avec s'en déduit en soustrayant .
Pour la somme, avec termes,
et comme , la parenthèse vaut .
Enfin, si , alors , donc par somme. Le cas est symétrique, et le cas donne une suite constante.
Définition
Une suite est géométrique de raison lorsque
On a alors pour tout (récurrence immédiate).
Propriété
Inégalité de Bernoulli. Pour tout réel et tout ,
Démonstration. Par récurrence sur , à fixé.
Initialisation. Pour : et , l'inégalité est vraie (avec égalité).
Hérédité. Supposons pour un certain . Comme , le facteur est positif ou nul, donc on peut multiplier l'inégalité de récurrence par sans en changer le sens :
Comme , il vient .
Conclusion. L'inégalité est vraie pour tout .
Propriété
Limite de . Soit . La suite vérifie :
| Valeur de | Comportement de |
|---|---|
| , limite | |
| $ | q |
| pas de limite |
Démonstration. Cas . Posons , de sorte que avec . L'inégalité de Bernoulli donne
Comme , la suite tend vers , donc par minoration.
Cas . Immédiat.
Cas . Si , la suite est nulle à partir du rang . Sinon, posons . D'après le premier cas, , donc . Comme , le théorème de majoration donne .
Cas . La suite n'a pas de limite (paragraphe 6).
Cas . Alors , donc et la suite n'est pas bornée : elle ne converge pas. Elle ne tend pas non plus vers , car tandis que : deux suites extraites de limites différentes.
Propriété
Somme de termes consécutifs. Pour et ,
Pour , la somme vaut et tend vers .
Démonstration. La première égalité est la formule de la somme géométrique, connue du chapitre de calcul algébrique. Si , alors , donc le numérateur tend vers et le quotient vers par opérations sur les limites.
Définition
Une suite est dite arithmético-géométrique lorsqu'il existe et tels que
Le cas est exclu car il redonne une suite arithmétique, déjà traitée. Le cas redonne une suite géométrique.
Propriété
Expression du terme général. Soit vérifiant avec . Posons
Alors la suite définie par est géométrique de raison , et
Démonstration. La constante . Cherchons une suite constante égale à vérifiant la relation : cela impose , soit . Comme , cette équation admet l'unique solution .
La suite auxiliaire. Posons . Alors, pour tout ,
où l'on a utilisé pour remplacer . La suite est donc géométrique de raison , d'où .
Retour à . Il suffit d'écrire .
Méthode
Étudier une suite arithmético-géométrique (avec ). Acquis depuis : complémentaires (terminale).
Exemple
a. Cas convergent. Soit et .
Point fixe : donne , soit . Posons : alors . La suite est géométrique de raison et de premier terme , donc
Comme , on a , donc . Vérification : et la formule donne .
b. Cas divergent. Soit et . Point fixe : donne . Avec , on obtient et , donc
Vérification : et la formule donne .
Définition
Soient et deux scalaires (réels ou complexes) avec . On appelle suite récurrente linéaire homogène d'ordre 2 toute suite vérifiant la relation, notée dans tout ce paragraphe,
L'équation caractéristique associée est l'équation d'inconnue
Une telle suite est entièrement déterminée par ses deux premiers termes et : une récurrence immédiate montre que tous les termes suivants s'en déduisent. C'est ce fait qui donnera l'unicité dans les théorèmes ci-dessous. Notons aussi que interdit à d'être racine de l'équation caractéristique, puisque .
Propriété
Cas de deux racines distinctes. Supposons que l'équation caractéristique admette deux racines distinctes et (dans ou dans ). Alors les suites vérifiant sont exactement les suites de la forme
et le couple est déterminé de manière unique par et .
Démonstration. Ce sont des solutions. Soit une racine de l'équation caractéristique. Pour tout ,
donc la suite vérifie . Si et vérifient , alors pour tous scalaires , la suite la vérifie aussi, par linéarité :
Donc toute suite de la forme annoncée vérifie .
Ce sont les seules. Soit une solution de . Cherchons tel que et . En remplaçant dans la seconde équation, il vient , et comme ,
Le couple existe et est unique. Notons alors la suite définie par : elle vérifie d'après la première partie, et , . Deux solutions de ayant les mêmes deux premiers termes sont égales (récurrence immédiate, chaque terme étant déterminé par les deux précédents), donc pour tout .
Propriété
Cas d'une racine double. Supposons que l'équation caractéristique admette une racine double (nécessairement non nulle). Alors les suites vérifiant sont exactement les suites de la forme
et est déterminé de manière unique par et .
Démonstration. Dire que est racine double signifie que pour tout , donc, en identifiant les coefficients de et de : et . En particulier et .
est solution : c'est le calcul du théorème précédent.
est solution : pour tout ,
puisque . Par linéarité, toute suite vérifie .
Unicité. Cherchons tel que et . Comme (car ), on obtient et : le couple existe et est unique. On conclut comme précédemment par l'égalité des deux premiers termes.
Propriété
Cas réel avec racines complexes conjuguées. Supposons et réels, et l'équation caractéristique sans racine réelle. Ses racines sont alors deux complexes conjugués que l'on écrit sous forme exponentielle
Les suites réelles vérifiant sont exactement les suites de la forme
et est déterminé de manière unique par et .
Démonstration. Ce sont des solutions. D'après le premier théorème, la suite complexe vérifie . Comme et sont réels, en séparant partie réelle et partie imaginaire dans l'égalité , on obtient que les deux suites réelles
vérifient , en utilisant . Par linéarité, toute combinaison vérifie , et elle est réelle si et le sont.
Ce sont les seules, et unicité de . Soit une solution réelle. Cherchons réels tels que les deux premiers termes coïncident :
La première équation donne . Comme , on a , donc la seconde équation donne
Le couple existe et est unique. La suite vérifie et a les mêmes deux premiers termes que : elles sont donc égales.
Méthode
Résoudre avec et donnés.
Exemple
Suite de Fibonacci. Soit , et .
L'équation caractéristique est , de discriminant et de racines
Donc . Le système et donne puis , c'est-à-dire . Ainsi
Vérification pour : la relation donne , et la formule donne .
Exemple
Racine double. Soit , et . L'équation caractéristique s'écrit : racine double . Donc . Le système donne (pour ) et , soit . Ainsi .
Vérification : , et la formule donne .
Exemple
Racines complexes. Soit , et . L'équation caractéristique est , de discriminant et de racines
de module et d'argument . Donc
Pour : . Pour : , donc . Finalement
Vérification : la relation donne , et la formule donne . La suite est périodique de période , donc bornée et divergente.
Définition
Soient une fonction définie sur une partie de et un intervalle. On dit que est stable par lorsque
Propriété
Soient un intervalle stable par et . Alors la suite définie par est bien définie, et tous ses termes appartiennent à .
Démonstration. Montrons par récurrence la propriété : « est défini et ».
Initialisation. par hypothèse.
Hérédité. Supposons . Comme , la quantité est définie, donc est défini ; et comme est stable par , . Donc .
Conclusion. La suite est définie pour tout et à valeurs dans .
Cette vérification est la première étape obligatoire de toute étude : sans elle, rien ne garantit que existe (penser à avec , ou à avec un terme nul). Elle fournit en outre gratuitement un encadrement des termes, donc souvent le caractère borné de la suite.
Définition
Soit une fonction définie sur . Un réel est un point fixe de lorsque . Graphiquement, les points fixes sont les abscisses des points d'intersection de la courbe de avec la droite d'équation .
Propriété
Limite et point fixe. Soit une suite d'éléments de vérifiant . Si converge vers un réel et si est continue en , alors
c'est-à-dire que est un point fixe de .
Démonstration. On utilise le résultat suivant, démontré au chapitre sur les limites et la continuité : si et si est continue en , alors .
D'une part, la suite est extraite de (extractrice ), donc elle converge vers .
D'autre part, pour tout , et d'après le résultat rappelé.
La suite a donc pour limite et pour limite : par unicité de la limite, .
Ce théorème est un outil d'identification, pas d'existence : il dit ce que vaut la limite si la suite converge. Il faut donc toujours démontrer d'abord la convergence, puis identifier la limite parmi les points fixes.
Propriété
Soient un intervalle stable par , et définie par . Si est croissante sur , alors est monotone. Plus précisément :
Démonstration. Supposons et montrons par récurrence la propriété : « ».
Initialisation. est l'hypothèse .
Hérédité. Supposons . Les deux termes appartiennent à , et est croissante sur , donc , c'est-à-dire : c'est .
Conclusion. La suite est croissante. Le cas se traite de la même façon en renversant les inégalités.
Le sens de variation se lit donc sur la seule comparaison de et , autrement dit sur le signe de . C'est pourquoi l'étude du signe de sur est systématique : elle donne à la fois les points fixes (là où la différence s'annule) et le sens de variation de la suite selon la position de .
Exemple
Étude complète : , , .
1. Intervalle stable. Posons . La fonction est définie et croissante sur (composée de croissante et de la racine carrée croissante), donc . L'intervalle est stable, et : la suite est bien définie et à valeurs dans .
2. Points fixes. Pour , l'égalité impose et, en élevant au carré, , soit , soit . La seule solution dans est . Réciproquement : l'unique point fixe de sur est .
3. Signe de . Pour , on a , donc , donc : ainsi sur , et .
Exemple
Suite de l'étude.
4. Monotonie. Comme , on a . La fonction étant croissante sur l'intervalle stable , la suite est croissante.
5. Convergence. La suite est croissante et majorée par : d'après le théorème de la limite monotone, elle converge vers un réel , et le passage à la limite dans donne .
6. Valeur de la limite. La fonction est continue sur , en particulier en . D'après le théorème du paragraphe 9.2, , donc est un point fixe de dans : .
Valeurs numériques. , , , , . La convergence vers est nette.
Cette étude possède une lecture graphique très parlante. On trace la courbe de et la droite d'équation . Partant de sur l'axe des abscisses, on monte verticalement jusqu'à la courbe : l'ordonnée obtenue est . On se déplace ensuite horizontalement jusqu'à la droite , ce qui reporte sur l'axe des abscisses. On recommence. Comme est croissante et que la courbe est au-dessus de la droite entre et le point fixe, les termes montent régulièrement vers : la construction dessine un escalier.
Propriété
Soient un intervalle stable par , et définie par . Si est décroissante sur , alors :
Démonstration. 1. Soient avec . Comme est décroissante, , et ces deux nombres appartiennent à par stabilité. En appliquant de nouveau la décroissance de , . Donc est croissante sur .
donc est une suite récurrente associée à la fonction croissante sur l'intervalle , stable par . D'après le paragraphe 9.3, est monotone. Le même raisonnement avec montre que est monotone.
Reste le sens contraire. Supposons par exemple croissante, c'est-à-dire . Comme est décroissante, , soit : la suite , monotone, est donc décroissante. Le cas symétrique se traite de même.
Le schéma de conclusion est alors le suivant : on montre que et convergent (par le théorème de la limite monotone, les deux étant bornées), on note et leurs limites, on montre que , et on conclut par le critère pair-impair que converge vers cette valeur commune.
Exemple
Étude complète : , , .
1. Intervalle stable. Posons . Sur , donc est définie, et est décroissante (l'inverse d'une fonction croissante strictement positive). Ainsi : l'intervalle est stable, et .
2. Points fixes. Pour , s'écrit , soit . Le discriminant vaut , les racines sont , et seule
appartient à .
3. Premiers termes. , , , , . Les termes oscillent autour de en s'en rapprochant.
Exemple
Suite de l'étude : convergence.
4. La fonction . Pour ,
qui est croissante sur . Ses points fixes vérifient , soit : a exactement les mêmes points fixes que , donc est l'unique point fixe de sur .
5. Monotonie des extraites. Comme et que est croissante, la suite est croissante ; la suite est alors décroissante. Toutes deux sont à valeurs dans , donc bornées.
6. Convergence. D'après le théorème de la limite monotone, converge vers un réel et vers un réel , tous deux dans par passage à la limite. La fonction étant continue sur , et , le théorème du paragraphe 9.2 donne ; de même . Or est l'unique point fixe de dans , donc .
7. Conclusion. Les deux suites extraites et convergent vers la même limite : d'après le critère pair-impair, converge et
Graphiquement, la construction est la même que précédemment (verticale jusqu'à la courbe, horizontale jusqu'à la droite ), mais le comportement change du tout au tout : comme est décroissante, chaque itération fait passer d'un côté à l'autre du point fixe. Le tracé s'enroule autour du point d'intersection : c'est la construction en escargot (ou en spirale). Les termes de rang pair l'approchent par la gauche en croissant, ceux de rang impair par la droite en décroissant.
Méthode
Étudier une suite définie par . Acquis depuis : expertes (terminale).
Trois pièges reviennent constamment dans les copies. Le premier consiste à conclure « donc » à partir de la seule équation : l'existence de la limite n'a alors pas été démontrée. Le deuxième consiste à appliquer la croissance de à des termes qui ne sont pas dans : d'où l'importance de l'étape 1. Le troisième consiste à confondre « décroissante » et « décroissante » : une fonction décroissante engendre au contraire une suite qui oscille.
Méthode
Montrer qu'une suite converge. Par ordre de fréquence.
Méthode
Calculer une limite. Acquis depuis : terminale spé.
Méthode
Montrer qu'une suite diverge.
Méthode
Étudier une suite récurrente . Reprendre les six étapes du paragraphe 9.5 : intervalle stable, étude de et de ses points fixes, signe de , monotonie (directement si est croissante, via si est décroissante), convergence par limite monotone, identification de la limite par continuité. Acquis depuis : terminale spé.
Ne jamais oublier le tracé « escalier » ou « escargot » au brouillon : il donne en dix secondes la conjecture (monotone ou oscillante, convergente ou divergente) que la rédaction doit ensuite démontrer.
Méthode
Encadrer une somme dont le nombre de termes dépend de . Pour :
La variante utile pour les sommes télescopiques consiste à majorer par une différence : la somme se simplifie alors entièrement, comme dans l'étude de .
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. Une séance ciblée sur ce chapitre, et vous repartez au minimum avec une méthode.