PCSI · Chapitre 16 · Second semestre

Séries numériques

Convergence, séries géométriques, séries à termes positifs, séries de Riemann, convergence absolue.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Convergence
  • Séries géométriques
  • Séries à termes positifs
  • Séries de Riemann
  • Convergence absolue

Additionner deux nombres, ou dix, ou un million, ne pose aucun problème : on additionne, on obtient un résultat. Mais que signifie additionner tous les termes d'une suite, c'est-à-dire une infinité de nombres ? L'écriture

1+12+14+18+

n'a aucun sens tant qu'on n'a pas dit ce qu'on entend par ces points de suspension. Et l'intuition est ici mauvaise conseillère : on verra que la somme précédente vaut exactement 2, alors que 1+12+13+14+, dont les termes tendent tout aussi bien vers 0, dépasse n'importe quel nombre fixé à l'avance.

La solution est de ne rien inventer. On ne sait additionner qu'un nombre fini de termes : on forme donc la suite des sommes partielles Sn=u0+u1++un, qui est une suite parfaitement ordinaire, et on lui applique tout ce que l'on sait des suites. Le programme le dit ainsi : cette section « a pour but de prolonger l'étude des suites et de permettre d'appliquer les techniques d'analyse asymptotique pour étudier les séries numériques ». Il n'y a donc aucun outil vraiment nouveau dans ce chapitre : la limite monotone, l'encadrement, les équivalents et les développements limités suffisent à tout. Ce qui est nouveau, c'est la question posée, et le vocabulaire pour y répondre.

Le plan suit cette logique. On définit d'abord les objets (série, somme, reste) et on établit les propriétés élémentaires, puis la seule condition nécessaire du chapitre : le terme général d'une série convergente tend vers 0. Le lien suite-série montre ensuite que suites et séries sont deux façons de dire la même chose. Viennent les séries de référence (géométriques, exponentielle, Riemann), auxquelles tout le reste sera comparé. Le cœur du chapitre est l'étude des séries à termes positifs, pour lesquelles les sommes partielles sont croissantes et où tous les théorèmes de comparaison s'appliquent ; la méthode des rectangles y ajoute un outil de calcul redoutable. On termine par les termes de signe quelconque, ramenés au cas positif par la valeur absolue.

Conventions valables dans tout le chapitre. Les suites sont indexées par un entier n à partir d'un rang n0 précisé à chaque fois, le plus souvent n0=0 ou n0=1. On note K l'ensemble R ou C. Les notations Sn, Rn et Hn désignent respectivement la somme partielle, le reste et la somme harmonique, définies plus bas, et γ la constante d'Euler. Tout ce qui concerne les suites (théorème de la limite monotone, suites adjacentes, encadrement), l'analyse asymptotique (notations o, O et , développements limités) et l'intégration sur un segment est supposé connu et utilisé librement. Attention sur ce dernier point : en PCSI, une intégrale a toujours des bornes finies. Aucune intégrale de ce chapitre ne portera sur un intervalle non borné.

Séries numériques : définitions

Série, sommes partielles, convergence

Définition

Soit (un)nn0 une suite d'éléments de K. On appelle série de terme général un, notée un ou nn0un, la suite (Sn)nn0 définie par

Sn=k=n0nuk=un0+un0+1++un.

L'élément Sn s'appelle la somme partielle d'ordre n de la série.

Une série n'est donc pas un nombre : c'est une suite, celle de ses sommes partielles. Toutes les sommes qui interviennent dans cette définition sont finies, ce qui règle la difficulté soulevée en introduction.

Définition

On dit que la série un converge lorsque la suite (Sn) de ses sommes partielles converge. Dans ce cas, sa limite s'appelle la somme de la série et se note

n=n0+un=limn+Sn.

Dans le cas contraire, on dit que la série diverge. Déterminer la nature d'une série, c'est dire si elle converge ou si elle diverge.

Remarque

Ne jamais confondre la série et sa somme. Le symbole un désigne un objet (une suite de sommes partielles), qui existe toujours ; le symbole n=n0+un désigne un nombre, qui n'existe que si la série converge. Écrire « n=1+1n=+ » avant d'avoir étudié la nature de la série, ou pire manipuler ce symbole comme un réel, est la faute la plus fréquente du chapitre.

En pratique : on écrit d'abord « la série un converge », ensuite seulement on a le droit d'écrire sa somme.

Sauf mention contraire, les énoncés qui suivent sont écrits avec n0=0 pour alléger, mais ils valent pour n'importe quel indice de départ. Il faut d'ailleurs prendre l'habitude de le préciser : la série n11n a un sens, la série n01n n'en a pas.

Exemple

Une série géométrique. Considérons n012n. Pour tout n0, la somme des termes d'une suite géométrique de raison 121 donne

Sn=k=0n(12)k=1(12)n+1112=212nn+2.

La série converge et sa somme vaut 2 : c'est le sens exact de l'écriture 1+12+14+=2.

Exemple

Une série télescopique. Considérons n11n(n+1). La décomposition en éléments simples donne 1k(k+1)=1k1k+1, donc la somme partielle se télescope :

Sn=k=1n(1k1k+1)=11n+1n+1.

La série converge et sa somme vaut 1.

Exemple

La série harmonique. Considérons n11n, dont la somme partielle est traditionnellement notée

Hn=k=1n1k.

Ici aucun télescopage, aucune formule close : Hn ne s'exprime pas à l'aide des fonctions usuelles. On démontrera au paragraphe 6 que Hn+, donc que la série harmonique diverge, bien que son terme général tende vers 0. Retenez dès maintenant ce contre-exemple : c'est celui qui invalide l'erreur de raisonnement la plus répandue du chapitre.

Sommes partielles d'une série convergente et d'une série divergente

La figure superpose les deux comportements pour n allant de 1 à 30. Le nuage du bas, celui des sommes partielles de 1n2, monte de moins en moins et vient s'écraser contre la droite pointillée d'ordonnée π261,645 : la série converge, et l'écart qui subsiste entre Sn et cette droite est le reste Rn défini ci-dessous. Le nuage du haut, celui de Hn, ralentit lui aussi, mais il ne s'écrase contre rien : arrivé à 3,995 pour n=30, il finira par dépasser toute barrière fixée à l'avance, et la série diverge. Dans les deux cas le terme ajouté tend vers 0, ce qui montre bien que cette information ne permet de rien conclure.

Somme et reste

Propriété

Soit un une série convergente de somme S. Pour tout entier nn0, la série kn+1uk converge ; sa somme

Rn=k=n+1+uk

s'appelle le reste d'ordre n de la série. On a alors

S=Sn+Rnpour tout nn0,etRnn+0.

Démonstration. Fixons nn0. Pour tout entier N>n, la relation de Chasles pour les sommes finies donne

k=n+1Nuk=k=n0Nukk=n0nuk=SNSn.

Lorsque N+, le membre de droite tend vers SSn, puisque Sn est fixé. La suite des sommes partielles de la série kn+1uk converge donc, ce qui signifie que cette série converge, et que sa somme vaut Rn=SSn.

Enfin, SnS par hypothèse, donc Rn=SSnSS=0.

Remarque

Le reste n'est défini que pour une série convergente : parler du reste d'une série dont on n'a pas encore établi la convergence n'a aucun sens. L'égalité S=Sn+Rn se lit : « la somme est la somme partielle plus ce qu'on a oublié ». Comme Rn0, la somme partielle Sn est une valeur approchée de S ; savoir majorer Rn, c'est savoir avec quelle précision. Le paragraphe 6.5 donne la méthode.

Premières propriétés

Propriété

Linéarité. Soient un et vn deux séries convergentes et λK. Alors la série (un+λvn) converge et

n=n0+(un+λvn)=n=n0+un+λn=n0+vn.

Démonstration. Notons Sn, Tn et Wn les sommes partielles respectives de un, vn et (un+λvn). La linéarité de la somme finie donne, pour tout n,

Wn=k=n0n(uk+λvk)=Sn+λTn.

Par hypothèse SnS et TnT, donc WnS+λT par opérations sur les limites. La série (un+λvn) converge donc, de somme S+λT.

Propriété

Corollaire. Si un converge et si vn diverge, alors (un+vn) diverge.

Démonstration. Par l'absurde : si (un+vn) convergeait, alors, un convergeant aussi, la linéarité appliquée à vn=(un+vn)un donnerait la convergence de vn, ce qui est contraire à l'hypothèse.

Remarque

En revanche, si un et vn divergent toutes les deux, on ne peut rien dire de (un+vn) : avec un=1 et vn=1, la somme est nulle donc convergente, alors qu'avec un=vn=1 elle diverge.

Propriété

Modification d'un nombre fini de termes. Soient (un) et (vn) deux suites qui coïncident à partir d'un certain rang N. Alors les séries un et vn ont la même nature. En cas de convergence, leurs sommes diffèrent en général.

Démonstration. Notons Sn et Tn les sommes partielles. Pour tout nN, les termes d'indice kN sont les mêmes dans les deux sommes, donc

SnTn=k=n0N1(ukvk)=C,

C est une constante indépendante de n. Ainsi Sn=Tn+C pour nN : la suite (Sn) converge si et seulement si (Tn) converge. En cas de convergence, les sommes diffèrent précisément de C.

Remarque

Ce résultat justifie deux libertés que l'on prendra constamment. D'abord, la nature d'une série ne dépend pas de son indice de départ : on peut donc écrire « la série 1nlnn » sans préciser si elle commence à 2 ou à 10. Ensuite, dans une démonstration, on peut toujours supposer qu'une hypothèse valable « à partir d'un certain rang » l'est en réalité dès le premier indice, quitte à remplacer les premiers termes par 0.

Ce résultat justifie surtout la prudence inverse : la somme, elle, dépend de tous les termes. Une majoration valable seulement à partir du rang 10 n'apprend rien sur la valeur de la somme, seulement sur la nature de la série.

Séries à termes complexes

Propriété

Soit (un) une suite de nombres complexes. La série un converge si et seulement si les deux séries réelles Re(un) et Im(un) convergent. Dans ce cas,

n=n0+un=n=n0+Re(un)+in=n0+Im(un).

Démonstration. Notons An et Bn les sommes partielles de Re(un) et Im(un). La linéarité de la partie réelle et de la partie imaginaire sur une somme finie donne

Sn=k=n0nuk=An+iBn,avec An=Re(Sn) et Bn=Im(Sn).

Or une suite complexe converge si et seulement si ses parties réelle et imaginaire convergent, et dans ce cas sa limite est limAn+ilimBn. La conclusion suit.

Exemple

Soit zC avec z<1, écrit z=reiθ avec 0r<1. On verra au paragraphe 4.1 que n0zn converge, de somme 11z. La propriété ci-dessus donne alors gratuitement la convergence des deux séries réelles rncos(nθ) et rnsin(nθ), dont les sommes sont respectivement la partie réelle et la partie imaginaire de 11z.

La condition nécessaire de convergence

Le théorème et sa contraposée

Propriété

Si la série un converge, alors

unn+0.

Démonstration. Notons S la somme de la série. Pour tout nn0+1, on a par définition des sommes partielles

un=SnSn1.

La suite (Sn) converge vers S, et la suite (Sn1), qui n'en est qu'un décalage d'indice, converge vers la même limite S. Par différence,

un=SnSn1n+SS=0.

Propriété

Divergence grossière (contraposée). Si la suite (un) ne tend pas vers 0, alors la série un diverge. On dit qu'elle diverge grossièrement.

C'est le premier réflexe devant toute série, et le seul critère du chapitre qui ne demande aucune hypothèse : il faut y penser avant tout calcul, car il coûte une ligne.

Remarque

La réciproque est FAUSSE. Ce théorème donne une condition nécessaire, en aucun cas suffisante. L'implication

un0un converge

est fausse : le contre-exemple de référence est la série harmonique 1n, dont le terme général tend vers 0 et qui diverge pourtant (paragraphe 6.4).

Autrement dit, constater que un0 ne fait avancer à rien : cela signifie seulement que la divergence grossière ne s'applique pas, et qu'il va falloir travailler.

Exemple

Quatre divergences grossières.

  1. (1)n : le terme général vaut alternativement 1 et 1, il ne tend pas vers 0. La série diverge. On le voit aussi directement : Sn vaut 1 si n est pair, 0 si n est impair, donc (Sn) n'a pas de limite.
  2. n2n+1 : le terme général tend vers 120. La série diverge.
  3. nsin ⁣(1n) : en posant x=1n0, on a nsin1n=sinxx10. La série diverge.
  4. (1+1n)n : le terme général s'écrit enln(1+1n), et nln(1+1n)1, donc il tend vers e0. La série diverge.

Exemple

Une série géométrique de raison trop grande. Pour qC avec q1, on a qn=qn1 pour tout n, donc qn ne tend pas vers 0 : la série qn diverge grossièrement. Ce sera la moitié « facile » du théorème du paragraphe 4.1.

Le lien suite-série

Le résultat suivant est un simple changement de point de vue, mais c'est l'un des plus utiles du chapitre : il permet de traduire toute question sur une suite en une question sur une série, et réciproquement.

Propriété

Soit (an)nn0 une suite d'éléments de K. La suite (an) et la série télescopique nn0(an+1an) sont de même nature, c'est-à-dire que l'une converge si et seulement si l'autre converge. En cas de convergence, en notant =liman,

n=n0+(an+1an)=an0.

Démonstration. Notons Sn la somme partielle d'ordre n de la série télescopique. Par télescopage,

Sn=k=n0n(ak+1ak)=an+1an0.

Sens direct. Si (an) converge vers , alors (an+1) converge aussi vers (décalage d'indice), donc Sn=an+1an0an0 : la série converge, de somme an0.

Réciproque. Si la série converge, notons S sa somme. Alors an+1=Sn+an0S+an0, donc la suite (an+1) converge, et (an) également, vers la même limite.

Méthode

Utiliser le lien suite-série dans les deux sens.

  • De la série vers la suite. Si le terme général un s'écrit an+1an pour une suite (an) que l'on sait étudier, la nature de la série se lit immédiatement sur (an), et la somme se calcule exactement. C'est la situation d'une série télescopique : la reconnaître fait gagner tout le travail.
  • De la suite vers la série. Pour étudier une suite (an) dont on ne sait pas calculer le terme général, on étudie la série de ses accroissements (an+1an), à laquelle on applique tous les critères de ce chapitre (notamment les théorèmes de comparaison, si les accroissements sont de signe constant).

Réflexes de reconnaissance d'un télescopage : une différence de deux termes de même forme décalés d'un cran ; une fraction rationnelle en n dont la décomposition en éléments simples fait apparaître 1n1n+1 ; un logarithme de quotient, lnn+1n=ln(n+1)lnn.

Exemple

Une divergence par télescopage. Étudions n1ln ⁣(1+1n).

Le terme général s'écrit

ln ⁣(1+1n)=ln ⁣(n+1n)=ln(n+1)lnn=an+1anavec an=lnn.

La suite (an)=(lnn) diverge vers +, donc la série diverge. On le voit sur les sommes partielles : Sn=ln(n+1)+.

Ce résultat mérite d'être retenu, car ln(1+1n)1n : cette série diverge exactement « comme » la série harmonique, ce que le paragraphe 5 expliquera. Elle en fournit d'ailleurs une preuve de divergence, une fois le théorème de comparaison par équivalents établi.

Exemple

Une convergence par télescopage. Étudions n1(1n1n+1).

Avec an=1n, le terme général vaut an+1an, et an0. La série converge donc, de somme

n=1+(1n1n+1)=limn+ana1=0(1)=1.

Vérification directe : Sn=11n+11. Pour n=1000, on trouve Sn0,9684, ce qui confirme la lenteur de la convergence, en 1n.

Les séries de référence

Tous les critères des paragraphes suivants comparent la série étudiée à une série connue. Il faut donc disposer d'un stock de séries de référence, dont la nature est acquise une fois pour toutes. Ce stock tient en trois familles.

Séries géométriques

Propriété

Soit qC. La série géométrique n0qn converge si et seulement si q<1. Dans ce cas,

n=0+qn=11q,Rn=k=n+1+qk=qn+11q.

Plus généralement, pour tout entier p0 et tout q tel que q<1,

n=p+qn=qp1q,

que l'on retient sous la forme « premier terme divisé par un moins la raison ».

Démonstration. Cas q=1. La somme partielle vaut Sn=n+1+ : la série diverge.

Cas q1. La formule de la somme des termes d'une suite géométrique donne

Sn=k=0nqk=1qn+11q.

Si q<1, alors qn+1=qn+10, donc qn+10 et Sn11q : la série converge, de somme 11q. Si q>1 ou q=1 avec q1, on a qn=qn1, donc qn ne tend pas vers 0 et la série diverge grossièrement.

Reste. Pour q<1,

Rn=SSn=11q1qn+11q=qn+11q.

Somme à partir du rang p. En factorisant qp dans chaque somme partielle, k=pNqk=qpj=0Npqjqp1q.

Exemple

n=0+13n=1113=32 et n=2+13n=19113=16. Contrôle : 32113=16.

Avec une raison négative : n=0+(12)n=11+12=23. Avec une raison complexe : i2=12<1, donc n=0+in2n=11i2=22i=2(2+i)5=45+25i.

La série exponentielle

Propriété

Pour tout zC, la série n0znn! converge et

n=0+znn!=ez.

En particulier, pour z=1, n=0+1n!=e.

Démonstration dans le cas z=x réel. La fonction exp est de classe C sur R et toutes ses dérivées sont égales à exp. Sur le segment d'extrémités 0 et x, on a expex, donc l'inégalité de Taylor-Lagrange appliquée en 0 à l'ordre n donne

exk=0nxkk!exxn+1(n+1)!.

Or, à x fixé, la suite wn=xnn! tend vers 0 : elle est positive et vérifie wn+1wn=xn+112 dès que n2x, donc à partir d'un rang N elle est majorée par une suite géométrique de raison 12, qui tend vers 0.

Le membre de droite tend donc vers 0, et la somme partielle k=0nxkk! tend vers ex : la série converge et sa somme vaut ex.

Cas z complexe. La convergence s'obtient sans effort supplémentaire : znn!=znn!, et la série réelle znn! converge d'après ce qui précède, donc la série znn! est absolument convergente, donc convergente (paragraphe 7.2). L'identification de sa somme avec ez est en revanche admise ici, conformément au programme.

Exemple

La convergence est extrêmement rapide, ce qui fait de cette série un excellent outil de calcul approché. Avec la majoration ci-dessus prise en x=1 et e3 :

ek=0n1k!3(n+1)!.

Pour n=9, le majorant vaut 310!8,3×107, et la somme partielle vaut 2,7182815 contre e2,7182818 : l'écart réel est d'environ 3×107, conforme à la majoration. À comparer avec la série harmonique, qui a besoin d'environ 10434 termes pour que sa somme partielle atteigne 1000.

Séries de Riemann et série harmonique

Propriété

Séries de Riemann. Soit αR. La série n11nα converge si et seulement si α>1.

En particulier, pour α=1, la série harmonique n11n diverge, et ses sommes partielles vérifient Hnlnn.

Ce théorème est démontré au paragraphe 6.3 par la méthode des rectangles, seul outil disponible pour le faire : aucune manipulation algébrique élémentaire ne permet d'y accéder. Contentons-nous pour l'instant de retenir la frontière, qui est la source d'erreur numéro un du chapitre : α=1 est le cas divergent. La série 1n diverge, la série 1n1,01 converge, la série 1n (cas α=12) diverge.

Aucune expression simple n'est connue pour la somme lorsque α>1, sauf valeurs particulières : on démontre par exemple, mais pas en PCSI, que n=1+1n2=π261,6449. L'exercice 36 étudie la fonction αn=1+1nα pour elle-même.

Récapitulatif des séries de référence

Série Converge si et seulement si Somme
n0qn q<1 11q
n0znn! toujours ez
n11nα α>1 pas d'expression usuelle
n11n jamais Sn=Hnlnn

Séries à termes positifs

Tout change lorsque les termes sont positifs : la suite des sommes partielles devient croissante, et le théorème de la limite monotone s'applique. C'est la raison pour laquelle presque tous les critères du chapitre exigent cette hypothèse, et pourquoi il faut toujours commencer par vérifier le signe.

Dans tout ce paragraphe, les suites sont réelles, et l'hypothèse « à termes positifs » signifie un0 à partir d'un certain rang (ce qui suffit, la nature ne dépendant pas des premiers termes).

Le théorème fondamental

Propriété

Soit un une série à termes positifs ou nuls. La suite (Sn) de ses sommes partielles est croissante, et

un converge    (Sn) est majoreˊe.

Sinon, Sn+, et l'on note alors un=+.

Démonstration. Pour tout n, Sn+1Sn=un+10, donc (Sn) est croissante. Le théorème de la limite monotone donne exactement les deux cas : si (Sn) est majorée, elle converge (vers sa borne supérieure) et la série converge ; si elle ne l'est pas, elle tend vers + et la série diverge.

Remarque

La convention un=+. Pour une série à termes positifs, et pour elle seulement, la divergence est un comportement simple : les sommes partielles tendent vers +, sans oscillation possible. On se permet donc d'écrire un<+ pour dire « la série converge » et un=+ pour dire « elle diverge ». Cette convention n'a aucun sens pour une série de signe quelconque : (1)n diverge sans que ses sommes partielles tendent vers quoi que ce soit.

Exemple

Montrons que n01n! converge sans utiliser le paragraphe 4.2. Les termes sont positifs. Pour k1, on a k!=1×2×3××k2k1, car le produit compte k1 facteurs tous supérieurs ou égaux à 2. Donc, pour n1,

Sn=1+k=1n1k!1+k=1n12k11+1112=3.

Les sommes partielles sont majorées par 3 : la série converge, et sa somme est inférieure ou égale à 3. On sait par ailleurs qu'elle vaut e2,718.

Comparaison par inégalités

Propriété

Soient (un) et (vn) deux suites réelles telles que, à partir d'un certain rang,

0unvn.

Alors :

  1. si vn converge, alors un converge ;
  2. si un diverge, alors vn diverge.

De plus, si l'encadrement vaut pour tout nn0 et si les deux séries convergent, n=n0+unn=n0+vn.

Démonstration. Quitte à remplacer un et vn par 0 pour les indices situés avant le rang en question, ce qui ne change la nature d'aucune des deux séries (paragraphe 1.3) et préserve l'encadrement, on suppose 0unvn pour tout nn0. Notons Sn et Tn les sommes partielles ; en sommant l'inégalité pour k de n0 à n,

SnTnpour tout nn0.

Point 1. Supposons vn convergente, de somme T. La suite (Tn) est croissante (termes positifs, car vnun0) et converge vers T, donc TnT pour tout n. Ainsi SnTnT : la suite (Sn) est croissante et majorée, donc un converge d'après le théorème fondamental. Et en passant à la limite dans SnTn, on obtient l'inégalité entre les sommes.

Point 2. C'est la contraposée du point 1.

Remarque

Le sens de l'inégalité doit correspondre à ce que l'on veut prouver. Pour établir une convergence, on majore par une série convergente ; pour établir une divergence, on minore par une série divergente. Majorer une série par une série divergente n'apprend rigoureusement rien, minorer par une série convergente non plus. Cette faute est immédiatement sanctionnée en copie.

Exemple

Une convergence par majoration. La série n12+sinnn3 est à termes positifs, car 2+sinn1>0. De plus

02+sinnn33n3,

et 3n3 converge (série de Riemann avec α=3>1, multipliée par une constante). Donc la série converge.

Une divergence par minoration. Pour n3, lnn1, donc

lnnn1n0.

La série harmonique diverge, donc lnnn diverge.

Comparaison par domination et par négligeabilité

Propriété

Soient (un) et (vn) deux suites réelles positives (à partir d'un certain rang). Si

un=O(vn)(en particulier si un=o(vn))

et si vn converge, alors un converge. Par contraposée, si un diverge, alors vn diverge.

Démonstration. Par définition de la domination, il existe un réel M0 et un rang N tels que unMvn pour tout nN, c'est-à-dire, les deux suites étant positives à partir d'un certain rang,

0unMvnpour n assez grand.

La série Mvn converge par linéarité, donc un converge par comparaison par inégalités. Enfin, un=o(vn) entraîne un=O(vn) (prendre M=1 à partir d'un rang), d'où le cas particulier.

Comparaison par équivalents

Voici le théorème le plus utilisé du chapitre, celui qui transforme l'analyse asymptotique en machine à déterminer des natures de séries.

Propriété

Soient (un) et (vn) deux suites réelles positives à partir d'un certain rang. Si

unn+vn,

alors les séries un et vn sont de même nature.

Démonstration. Par définition de l'équivalence, unvn=o(vn). En appliquant la définition de la négligeabilité avec ε=12, il existe un rang N à partir duquel

unvn12vn=12vn,

la dernière égalité utilisant vn0 (quitte à augmenter N). En développant la valeur absolue, on obtient, pour tout nN,

12vnunvn12vn,c’est-aˋ-dire012vnun32vn.

Si vn converge. La série 32vn converge par linéarité, et 0un32vn : la comparaison par inégalités donne la convergence de un.

Si vn diverge. La série 12vn diverge (si elle convergeait, vn=2×12vn convergerait), et 012vnun : la comparaison par inégalités donne la divergence de un.

Remarque

L'encadrement 12vnun32vn montre au passage que, si (vn) est positive et unvn, alors (un) est automatiquement positive à partir d'un certain rang. Il suffit donc, en pratique, de vérifier la positivité de l'une des deux suites, en général celle de l'équivalent choisi, qui est la plus simple.

Notez aussi que le théorème conclut sur la nature, jamais sur la somme : deux séries convergentes à termes équivalents n'ont aucune raison d'avoir la même somme.

Remarque

L'hypothèse de signe est indispensable. Sans elle, l'énoncé est faux. Posons, pour n1,

un=(1)nn,vn=(1)nn+1n.

Ces deux suites sont équivalentes :

vnun=1+1/n(1)n/n=1+(1)nnn+1.

Or la série un converge (l'exercice 28 l'établit en montrant que les sommes partielles de rang pair et de rang impair sont adjacentes), tandis que 1n diverge : d'après le corollaire du paragraphe 1.3, vn=(un+1n) diverge. Deux séries équivalentes de natures différentes : le théorème tombe dès que le signe n'est pas constant.

Conclusion opératoire : avant d'écrire « unvn donc même nature », écrire une ligne justifiant que le terme général est positif à partir d'un certain rang. Sans cette ligne, le raisonnement est faux, même si la conclusion se trouve être juste.

Le critère en nα

Propriété

Soit (un) une suite positive à partir d'un certain rang.

  1. S'il existe α>1 tel que nαun admette une limite finie quand n+, alors un converge.
  2. Si nun avec >0 (éventuellement =+), alors un diverge.

Démonstration. Point 1. La suite (nαun) converge, donc elle est bornée : il existe M0 tel que nαunM pour tout n1, c'est-à-dire

0unMnα

à partir du rang où un0. La série de Riemann 1nα converge puisque α>1, donc un converge par comparaison. (C'est exactement dire que un=O(1nα).)

Point 2. Supposons d'abord fini. Comme >0, il existe un rang N à partir duquel nun2, c'est-à-dire

un2×1n0.

La série 2n diverge (série harmonique multipliée par une constante non nulle), donc un diverge par comparaison. Si =+, on a nun1 à partir d'un certain rang, donc un1n, et la conclusion est la même.

Exemple

Le critère en action. Étudions n2lnnn2. Les termes sont positifs pour n2. Aucun équivalent simple ne se présente, mais le critère s'applique avec α=32>1 :

n3/2×lnnn2=lnnnn+0

par croissances comparées. La limite est finie, donc la série converge.

Le choix de α est libre pourvu qu'il soit strictement supérieur à 1 : ici α=2 aurait donné lnn+, une limite infinie, donc rien du tout. On choisit toujours α strictement entre 1 et l'exposant apparent, pour « absorber » le logarithme.

Exemple

Le cas divergent. Pour n1sin1n : les termes sont positifs (pour n1, 1n]0,π[), et

nsin1nn+1>0,

donc la série diverge. On aurait aussi bien conclu par l'équivalent sin1n1n.

Méthode : étudier une série à termes positifs

Méthode

Le plan d'étude d'une série à termes positifs.

  1. Vérifier le signe du terme général, à partir d'un certain rang. C'est la condition d'emploi de tout ce qui suit, et cela se rédige en une ligne.
  2. Tester la divergence grossière : si un ne tend pas vers 0, c'est fini.
  3. Chercher un équivalent simple de un, en utilisant les développements limités usuels en 1n (c'est le réflexe principal : ln(1+x), ex1, sinx, 1+x). On compare ensuite l'équivalent à une série de référence.
  4. À défaut d'équivalent : comparer par inégalités (majorer pour prouver la convergence, minorer pour prouver la divergence), ou utiliser le critère en nα, ou dominer par une géométrique.
  5. Si rien ne marche et que le terme général s'écrit f(n) avec f monotone : passer à la méthode des rectangles (paragraphe 6).

Exemple

Premier exemple : équivalent puis Riemann. Étudions n1un avec un=n+nn3+1.

Le terme général est positif pour tout n1. En factorisant les termes dominants,

un=n(1+1n)n3(1+1n3)=1n2×1+1n1+1n3n+1n2.

La série 1n2 est une série de Riemann convergente (α=2>1), et les deux suites sont positives : la série converge.

Exemple

Deuxième exemple : équivalent puis harmonique. Étudions n1(n+1n).

Le terme général est positif. La quantité conjuguée donne

n+1n=(n+1)nn+1+n=1n+1+nn+12n.

Or 12n est une série de Riemann d'exposant α=121, donc divergente. Les termes étant positifs, la série diverge.

Contrôle par le lien suite-série : cette série est télescopique, de somme partielle Sn=n+11+. Les deux méthodes concordent, et la seconde donne en prime la vitesse de divergence.

Exemple

Troisième exemple : équivalent puis géométrique. Étudions n1un avec un=2n+n3nn2.

Le dénominateur est strictement positif pour tout n1 (on vérifie 3n>n2 par récurrence, ou par croissances comparées après avoir traité les premiers rangs), donc un>0. En factorisant les termes dominants,

un=2n(1+n2n)3n(1n23n)n+(23)n,

car n2n0 et n23n0 par croissances comparées. La série géométrique de raison 23]0,1[ converge, donc la série converge.

Contrôle numérique en n=10 : u101,754×102 et (23)101,734×102. L'équivalent est déjà excellent.

Comparaison série-intégrale : la méthode des rectangles

Les critères précédents comparent une série à une autre série. Il reste à savoir traiter les cas où aucune série de référence ne convient, à commencer par les séries de Riemann elles-mêmes. L'outil est la comparaison avec une intégrale, qui repose sur une idée d'une simplicité totale : l'aire sous une courbe monotone est coincée entre deux rectangles.

Rappel de vocabulaire : en PCSI, toutes les intégrales ont des bornes finies. Ce paragraphe n'y fait aucune exception, et la méthode s'énonce, comme dans le programme, en termes d'encadrement des sommes partielles.

Le lemme des rectangles

Propriété

Soit k un entier et soit f une fonction continue et décroissante sur le segment [k,k+1]. Alors

f(k+1)kk+1f(t)dtf(k).

Si f est continue et croissante sur [k,k+1], les inégalités sont inversées :

f(k)kk+1f(t)dtf(k+1).

Démonstration. Supposons f décroissante. Pour tout t[k,k+1], la décroissance donne

f(k+1)f(t)f(k).

Les bornes de l'intégrale sont dans le bon ordre (kk+1), donc la croissance de l'intégrale s'applique. Les fonctions constantes tf(k+1) et tf(k) ont pour intégrales sur [k,k+1] respectivement f(k+1)×1 et f(k)×1, puisque le segment est de longueur 1. D'où l'encadrement. Le cas croissant est identique en renversant les inégalités.

Encadrement de l'aire sous la courbe par deux rectangles

La figure illustre le lemme pour f:t1t, décroissante sur ]0,+[. Le rectangle circonscrit, de base [k,k+1] et de hauteur f(k)=1k, contient le domaine situé sous la courbe ; le rectangle inscrit, de même base et de hauteur f(k+1)=1k+1, y est contenu. Comme les deux rectangles ont une base de longueur 1, leurs aires valent exactement 1k et 1k+1, d'où

1k+1kk+1dtt1k.

Toute la suite du paragraphe consiste à sommer cet encadrement, en soignant les indices.

Encadrement des sommes partielles

Propriété

Soit p un entier et soit f une fonction continue et décroissante sur [p,+[. Alors, pour tout entier np,

pn+1f(t)dt    k=pnf(k)    f(p)+pnf(t)dt.

Démonstration. Minoration. Pour chaque entier k compris entre p et n, le lemme appliqué sur [k,k+1] donne kk+1ff(k). Sommons ces np+1 inégalités ; le membre de gauche se recolle par la relation de Chasles :

pn+1f(t)dt=k=pnkk+1f(t)dtk=pnf(k).

Majoration. Cette fois, on utilise l'autre moitié du lemme, décalée d'un cran : pour k compris entre p+1 et n, la décroissance sur [k1,k] donne f(k)k1kf. Le terme d'indice p n'est pas concerné (il faudrait intégrer avant p, où f n'est pas supposée définie), on le sort de la somme :

k=pnf(k)=f(p)+k=p+1nf(k)f(p)+k=p+1nk1kf(t)dt=f(p)+pnf(t)dt.

(Pour n=p, la somme vide vaut 0 et l'inégalité est une égalité.)

Remarque

Version croissante. Si f est continue et croissante sur [p,+[, la même sommation donne, pour np,

f(p)+pnf(t)dt    k=pnf(k)    pn+1f(t)dt.

Il est inutile de mémoriser ces formules : ce qu'il faut savoir refaire, c'est sommer le lemme en surveillant les bornes d'indices. Un dessin tranche instantanément le sens des inégalités.

Application 1 : les séries de Riemann

Propriété

Soit αR. La série n11nα converge si et seulement si α>1. De plus, en cas de convergence,

n=1+1nααα1.

Démonstration. Posons un=1nα>0 pour n1 : la série est à termes positifs, et l'on peut utiliser le théorème fondamental du paragraphe 5.1.

Cas α0. Alors un=nαn0=1 pour tout n1, donc un ne tend pas vers 0 : la série diverge grossièrement.

Cas α>0. La fonction f:t1tα est continue et décroissante sur [1,+[ (sa dérivée αtα1 est négative), et un=f(n). Le théorème d'encadrement s'applique avec p=1 :

1n+1dttα    Sn=k=1n1kα    1+1ndttα.

Sous-cas α=1. On a 1n+1dtt=ln(n+1), donc Snln(n+1)n++ : la série diverge.

Sous-cas α1. Une primitive de ttα sur [1,+[ est tt1α1α, donc pour tous réels 1ab,

abdttα=b1αa1α1α.

Si α>1, alors 1α<0 et l'intégrale de droite se majore :

1ndttα=n1α11α=1n1αα11α1,

car n1α>0. Ainsi Sn1+1α1=αα1 pour tout n : les sommes partielles d'une série à termes positifs sont majorées, donc la série converge, et sa somme, limite d'une suite croissante majorée par αα1, vérifie l'inégalité annoncée.

Si 0<α<1, alors 1α>0 et l'intégrale de gauche tend vers + :

Sn1n+1dttα=(n+1)1α11αn++.

La série diverge.

Les quatre cas sont traités : la série converge si et seulement si α>1.

Exemple

Contrôle de la majoration pour α=2 : elle annonce n=1+1n221=2, et la valeur exacte est π261,6449. Pour α=32 : la majoration donne 3, et la valeur numérique est environ 2,612. La borne est correcte, sans être fine : elle sert à prouver la convergence, pas à calculer la somme.

Application 2 : la série harmonique

Propriété

Pour tout entier n1,

ln(n+1)    Hn=k=1n1k    1+lnn.

En conséquence, Hnn++ (la série harmonique diverge) et

Hnn+lnn.

Démonstration. L'encadrement est le cas α=1 du paragraphe précédent, avec 1n+1dtt=ln(n+1) et 1ndtt=lnn.

La minoration Hnln(n+1) donne la divergence vers + par comparaison.

Pour l'équivalent, supposons n2, de sorte que lnn>0, et divisons l'encadrement par lnn :

ln(n+1)lnn    Hnlnn    1lnn+1.

Le membre de droite tend vers 1. Quant au membre de gauche,

ln(n+1)lnn=lnn+ln(1+1n)lnn=1+ln(1+1n)lnnn+1.

Par encadrement, Hnlnn1, c'est-à-dire Hnlnn.

Remarque

La constante d'Euler. L'encadrement précédent est remarquablement serré : l'écart entre ses deux bornes vaut 1+lnnln(n+1)1, alors que Hn tend vers l'infini. On peut faire beaucoup mieux : l'exercice 24 démontre, avec des suites adjacentes, que la suite (Hnlnn) converge. Sa limite est la constante d'Euler, notée γ, dont une valeur approchée est 0,5772. Autrement dit,

Hn=lnn+γ+o(1).

Ce développement est bien plus précis que l'équivalent Hnlnn : il donne le terme constant, que l'équivalent perd. Contrôle numérique : H1005,1874 et ln100+γ5,1824.

Signalons une conséquence jolie, qui recoupe le paragraphe 3 : la série n1(1nln(1+1n)) a pour somme partielle Hnln(n+1), donc elle converge et sa somme vaut exactement γ.

Application 3 : encadrer un reste

Le dernier usage de la méthode est le plus délicat, parce qu'il concerne une somme infinie. Toute la précaution consiste à ne travailler que sur des sommes et des intégrales finies, puis à passer à la limite à la toute fin.

Propriété

La série n11n2 converge, et son reste vérifie, pour tout entier n1,

1n+1    Rn=k=n+1+1k2    1n.

Démonstration. D'abord, la série 1k2 converge (Riemann, α=2), donc le reste Rn existe : c'est la première chose à écrire.

Fixons n1 et soit N un entier avec N>n. La fonction f:t1t2 est continue et décroissante sur ]0,+[. Pour chaque entier k compris entre n+1 et N, le lemme des rectangles donne

kk+1dtt2    1k2    k1kdtt2.

Sommons pour k de n+1 à N ; chaque membre extrême se recolle par la relation de Chasles :

n+1N+1dtt2    k=n+1N1k2    nNdtt2.

Toutes les bornes sont finies. Les deux intégrales se calculent avec la primitive t1t :

1n+11N+1    k=n+1N1k2    1n1N.

Faisons enfin tendre N vers +, à n fixé. Le membre du milieu tend vers Rn par définition du reste, les deux membres extrêmes tendent respectivement vers 1n+1 et 1n, et les inégalités larges se conservent par passage à la limite :

1n+1    Rn    1n.

Exemple

Contrôle numérique pour n=10 : l'encadrement annonce 0,0909R100,1, et la valeur exacte est

R10=π26k=1101k20,0952.

La borne supérieure 1n est donc très proche de la vraie valeur du reste.

Remarque

Conséquences. L'encadrement donne nn+1nRn1, donc nRn1 par encadrement, c'est-à-dire

Rnn+1n.

On en tire une information très concrète : pour calculer n=1+1n2 à 103 près, il faut additionner de l'ordre de 1000 termes. C'est ce type d'estimation que raffine l'exercice 35.

Méthode

Encadrer un reste : la seule rédaction correcte en PCSI. Un reste est une somme infinie ; on ne l'encadre jamais directement par une intégrale de borne infinie, qui n'a aucun sens à ce stade du programme. La marche à suivre comporte quatre temps.

  1. Justifier d'abord la convergence de la série : sans elle, le reste n'existe pas.
  2. Fixer n, introduire un entier N>n et encadrer chaque terme uk=f(k), pour k allant de n+1 à N, à l'aide du lemme des rectangles (avec f continue monotone).
  3. Sommer l'encadrement pour k de n+1 à N et recoller les intégrales par la relation de Chasles : on obtient un encadrement de la somme finie k=n+1Nuk par des intégrales à bornes finies, que l'on calcule.
  4. Faire tendre N+ à n fixé : le terme central tend vers Rn, et les inégalités larges se conservent.

L'erreur à ne jamais commettre est d'écrire directement une intégrale entre n et l'infini : c'est un objet du programme de seconde année, pas du vôtre.

Séries à termes de signe quelconque : convergence absolue

Tous les critères du paragraphe 5 exigent un signe constant. Que faire lorsque le terme général change de signe, ou qu'il est complexe ? La réponse principale du programme tient en un mot : passer aux valeurs absolues (ou aux modules), ce qui ramène au cas positif.

Définition

Définition

Soit (un) une suite d'éléments de K. On dit que la série un est absolument convergente lorsque la série à termes positifs un converge.

On dit aussi, de façon équivalente, que la suite (un) est sommable, et l'on note

un<+,

notation licite grâce à la convention du paragraphe 5.1.

Le programme précise que la notion de suite sommable est introduite ici « mais n'appelle aucun développement théorique » : c'est un vocabulaire, synonyme de convergence absolue, rien de plus.

Exemple

La série n1(1)nn2 est absolument convergente : (1)nn2=1n2, terme général d'une série de Riemann convergente. La suite ((1)nn2) est donc sommable.

La série n1(1)n1n, elle, n'est pas absolument convergente : la série des valeurs absolues est la série harmonique, qui diverge.

Le théorème

Propriété

Toute série absolument convergente est convergente : si un converge, alors un converge. De plus,

n=n0+un    n=n0+un.

Démonstration. Cas réel. Supposons (un) réelle et un convergente. Posons, pour tout n,

un+=un+un2,un=unun2.

De l'encadrement ununun on tire que ces deux quantités sont positives, et elles vérifient

0un+un,0unun.

La série un convergeant, la comparaison par inégalités (paragraphe 5.2) donne la convergence de un+ et de un. Or

un=un+un,

donc un converge par linéarité (paragraphe 1.3).

Cas complexe. Supposons (un) complexe et un convergente. Pour tout n,

Re(un)unetIm(un)un.

Par comparaison, les séries Re(un) et Im(un) convergent : les séries réelles Re(un) et Im(un) sont absolument convergentes, donc convergentes par le cas réel. Le paragraphe 1.4 conclut que un converge.

Inégalité triangulaire. Pour tout n, l'inégalité triangulaire sur une somme finie donne

Sn=k=n0nukk=n0nukk=n0+uk,

la dernière majoration provenant du fait que la suite croissante des sommes partielles de un est majorée par sa limite. En faisant tendre n vers + et en utilisant la continuité de la valeur absolue (ou du module), il vient Sk=n0+uk.

Remarque

La réciproque est fausse. Une série peut parfaitement converger sans que la série des valeurs absolues converge. L'exemple de référence est

n1(1)n1n,

dont l'exercice 28 établit la convergence en montrant que les sommes partielles de rang pair et de rang impair forment deux suites adjacentes (sa somme vaut ln2), alors que la série des valeurs absolues est la série harmonique, divergente.

Conséquence pratique, à retenir absolument : quand on constate que un diverge, on n'a rien démontré sur un. Il faut alors reprendre l'étude par un autre chemin ; en particulier, on ne conclut jamais « donc un diverge ».

Le théorème de domination

Propriété

Soit (un) une suite d'éléments de K et soit (vn) une suite à valeurs dans R+. Si

un=O(vn)etvn converge,

alors la série un est absolument convergente, donc convergente.

Démonstration. Par définition de la domination, il existe M0 et un rang N tels que unMvn=Mvn pour tout nN, les vn étant positifs. La série Mvn converge par linéarité, et 0unMvn à partir du rang N : la comparaison par inégalités entre séries à termes positifs (paragraphe 5.2) donne la convergence de un. La série un est donc absolument convergente, donc convergente par le théorème précédent.

C'est, en pratique, le théorème que l'on utilise : il évite d'avoir à écrire l'étape « valeurs absolues » à la main, et il fonctionne aussi bien pour des termes complexes.

Exemple

Trois applications directes.

  1. n1cosnn2 : on a cosnn21n2, donc cosnn2=O(1n2) avec 1n2 convergente. La série converge absolument, donc converge. Sa somme vaut environ 0,3241, et l'inégalité triangulaire garantit qu'elle est comprise entre π26 et π26.
  2. n1ncosn1n3+n : le terme général change de signe sans régularité, mais
ncosn1n3+nn+1n3+n2nn3=2n2(n1),

donc la série converge absolument, donc converge. 3. n0zn pour z<1 : zn=zn, terme général d'une série géométrique convergente. La convergence absolue redonne, plus simplement, une partie du théorème du paragraphe 4.1.

Méthode : que faire devant une série de signe quelconque

Méthode

Le réflexe et son plan de secours.

  1. Tester d'abord la convergence absolue. Majorer un par le terme général d'une série de référence convergente (Riemann avec α>1, géométrique de raison de module <1), ou montrer que un=O(vn) avec vn convergente. Si cela marche, c'est terminé : la série converge, et l'inégalité triangulaire majore sa somme.
  2. Ne jamais appliquer un théorème de comparaison ou d'équivalent à une série dont le terme général n'est pas de signe constant : l'exemple du paragraphe 5.4 montre qu'on obtient des résultats faux.
  3. Si la convergence absolue échoue, on ne sait toujours rien. Il faut revenir à la définition, c'est-à-dire à la suite des sommes partielles : calcul explicite de Sn, télescopage, ou étude séparée de (S2n) et (S2n+1), souvent adjacentes lorsque le terme général alterne de signe. C'est la démarche de l'exercice 28, et le seul outil au programme dans cette situation.
  4. Cas particulier utile : si un=an+bnan converge (par exemple absolument) et bn diverge, alors un diverge (corollaire du paragraphe 1.3). C'est souvent le bon découpage après un développement asymptotique.

Synthèse : le plan d'attaque

La marche à suivre

Méthode

Devant une série un dont on demande la nature.

  1. Le terme général tend-il vers 0 ? Si non, divergence grossière, et c'est fini en une ligne.
  2. Le terme général est-il de signe constant à partir d'un certain rang ? Cette question décide de tout ce qui suit, et sa réponse doit apparaître dans la copie.
  3. Si oui (série à termes positifs, quitte à changer un en un) : chercher un équivalent simple, en développant à l'aide des développements limités usuels en 1n, puis comparer à une série de référence (Riemann, géométrique). À défaut : comparaison par inégalités, domination, ou critère en nα.
  4. Si le terme général est f(n) avec f continue monotone et qu'aucune comparaison ne donne rien : méthode des rectangles, en sommant le lemme.
  5. Si le signe n'est pas constant (ou si les termes sont complexes) : tester la convergence absolue. Si elle a lieu, la série converge.
  6. Si la convergence absolue échoue : revenir aux sommes partielles (calcul explicite, télescopage, suites adjacentes).

Et dans tous les cas : préciser à partir de quel rang chaque hypothèse est vérifiée.

Le tableau des critères

Critère L'hypothèse à ne pas oublier
Divergence grossière aucune : c'est le premier réflexe, toujours licite
0unvn l'encadrement et la positivité, à partir d'un rang
un=O(vn) ou o(vn) vn0, et vn convergente
unvn signe constant à partir d'un rang
Critère en nα un0, et α>1 pour conclure à la convergence
Méthode des rectangles f continue et monotone, avec un=f(n)
Convergence absolue aucune : valable pour tout terme réel ou complexe

Les erreurs classiques

  • « un0 donc la série converge. » Faux, et c'est l'erreur la plus fréquente : la série harmonique est le contre-exemple. La condition est nécessaire, jamais suffisante.
  • Appliquer un équivalent sans vérifier le signe. Le contre-exemple du paragraphe 5.4 montre que deux séries équivalentes peuvent être de natures différentes. Une ligne de justification du signe, systématiquement.
  • Confondre la série et sa somme. Manipuler n=0+un avant d'avoir prouvé la convergence, ou parler du reste Rn d'une série divergente, n'a pas de sens.
  • Confondre la suite (un) et la série un. Elles n'ont aucune raison d'être de même nature : un=1n converge (vers 0) alors que 1n diverge. Le lien correct est celui du paragraphe 3, entre (an) et (an+1an).
  • Oublier que la nature ne dépend pas des premiers termes, mais que la somme, elle, en dépend.
  • Écrire une intégrale de borne infinie. En PCSI, la comparaison série-intégrale est un encadrement de sommes finies par des intégrales à bornes finies ; le passage à la limite se fait à la fin, dans l'inégalité.
  • Conclure à la divergence parce que la convergence absolue échoue. On n'a alors rien démontré du tout.

Pour aller plus loin en exercice

La fiche associée prolonge ce cours sur plusieurs points volontairement laissés de côté ici. L'exercice 26 fait démontrer, puis appliquer, le critère du quotient un+1un pour les séries à termes strictement positifs, qui n'est pas un résultat de cours en PCSI mais se redémontre en trois lignes par comparaison à une géométrique. L'exercice 25 traite les séries dites de Bertrand, 1nα(lnn)β, par la méthode des rectangles. L'exercice 33 établit un critère de condensation, qui remplace un par 2nu2n. Enfin les exercices 35 et 36 poussent l'étude des restes et de la fonction αn=1+1nα. Aucun de ces résultats n'est exigible : ce sont des exercices, pas du cours.

Ce qu'il faut savoir redémontrer

  1. Le terme général d'une série convergente tend vers 0, par un=SnSn1.
  2. Le lien suite-série, par télescopage des sommes partielles.
  3. La nature et la somme d'une série géométrique, à partir de la somme partielle.
  4. Une série à termes positifs converge si et seulement si ses sommes partielles sont majorées.
  5. La comparaison par inégalités, et la comparaison par équivalents à partir de l'encadrement 12vnun32vn.
  6. Le lemme des rectangles, et le critère des séries de Riemann qu'on en déduit.
  7. L'encadrement ln(n+1)Hn1+lnn et l'équivalent Hnlnn.
  8. Une série absolument convergente converge, par un+ et un dans le cas réel, puis par parties réelle et imaginaire.

Bloqué sur « Séries numériques » ?

On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.