PCSI · Chapitre 17 · Second semestre
Fonctions de deux variables
Ouverts de R², continuité, dérivées partielles, fonctions de classe C¹, gradient, règle de la chaîne, points critiques, extremums.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Ouverts de R²
- Continuité
- Dérivées partielles
- Fonctions de classe C¹
- Gradient
- Règle de la chaîne
- Points critiques
- Extremums
Toute l'analyse de l'année a porté sur des fonctions d'une seule variable réelle : on dérive , on dresse un tableau de variations, on lit un maximum. Or presque aucune grandeur de la physique ou de la chimie ne dépend d'un seul paramètre. La pression d'un gaz dépend du volume et de la température, la température d'une plaque métallique dépend du point où on la mesure, l'énergie d'un système masse-ressort dépend de la position et de la vitesse, le coût d'une pièce dépend des quantités de deux matériaux. Toutes ces situations relèvent d'un même objet mathématique : une fonction qui, à un couple de réels, associe un réel. Ce chapitre construit les outils permettant de la dériver, de l'approcher au voisinage d'un point, et d'en chercher les extremums.
Ce qui est nouveau tient en une phrase : il y a désormais une infinité de directions. Sur la droite réelle, on ne s'approche d'un point que par la gauche ou par la droite, et le taux d'accroissement n'a qu'une limite à examiner. Dans le plan, on peut s'approcher d'un point en suivant n'importe quelle direction du cercle unité, voire en suivant une courbe. Trois conséquences immédiates. D'abord, la dérivée n'est plus un nombre mais un vecteur, le gradient, qui contient d'un seul coup la pente dans toutes les directions. Ensuite, la tangente devient un plan tangent, et l'approximation affine de première année devient une approximation par une expression du type . Enfin, et c'est le plus déroutant, il n'y a aucun ordre sur le plan : les mots « croissante » et « décroissante » perdent leur sens, le tableau de variations disparaît, et avec lui la méthode de première année pour trouver les extremums.
Quatre idées structurent le chapitre entier, et il vaut la peine de les avoir en tête dès maintenant. Première idée : figer une variable. Si l'on bloque à la valeur et qu'on ne laisse bouger que , on retrouve une fonction d'une seule variable, et tout l'arsenal de l'année redevient disponible : c'est exactement la définition des dérivées partielles. Ce va-et-vient entre deux variables et une seule est le mouvement fondamental du chapitre, on le retrouve dans presque chaque démonstration. Deuxième idée : au premier ordre, une surface est un plan. Le développement limité à l'ordre dit que, tout près d'un point, la fonction se confond avec une expression affine dont les coefficients sont les deux dérivées partielles : toute l'information locale tient dans le gradient. Troisième idée : la règle de la chaîne. Savoir dériver est la formule qui fait tourner tout le reste, la dérivée suivant un vecteur, l'orthogonalité du gradient aux lignes de niveau, les changements de variables, la résolution des équations aux dérivées partielles. Quatrième idée : la condition nécessaire du premier ordre. En un extremum local situé dans un ouvert, le gradient est nul ; cette condition sélectionne une poignée de candidats, et le tri se fait ensuite entièrement à la main.
Un mot sur l'esprit du chapitre, qui est délibérément pratique. On n'y fait pas de topologie : le seul mot emprunté à ce vocabulaire est celui de partie ouverte, introduit pour une raison très concrète, garantir qu'il reste un peu de place autour de chaque point pour y faire bouger les variables. On n'y étudie pas non plus la continuité : le programme précise explicitement que son étude n'est pas un objectif, et toutes les fonctions rencontrées sont continues parce qu'elles sont fabriquées à partir des fonctions usuelles par sommes, produits, quotients et composées. Enfin, aucun outil d'ordre supérieur n'est disponible pour classer un point où le gradient s'annule : la nature d'un tel point se détermine toujours à la main, par mise sous forme canonique, par majoration ou minoration directe, par restriction à des droites, ou par un changement de variables. C'est plus artisanal, mais c'est beaucoup plus formateur.
Le plan suit l'ordre logique. La section 1 installe le cadre géométrique : norme, boules, parties ouvertes. La section 2 définit les fonctions de deux variables et leurs deux modes de lecture, la surface et les lignes de niveau. La section 3 construit les dérivées partielles, la section 4 la classe . La section 5 énonce le développement limité à l'ordre , introduit le gradient et le plan tangent. La section 6 traite la dérivée suivant un vecteur, la section 7 la règle de la chaîne et ses applications, la section 8 les extremums. Une neuvième section, clairement identifiée comme hors programme, ouvre sur les dérivées partielles d'ordre que l'on rencontrera en seconde année.
Les notations suivantes sont fixées une fois pour toutes. La lettre désigne toujours une partie ouverte de et une fonction de dans . Un point générique du plan s'écrit ou , un point fixé , parfois lorsque les indices et sont déjà pris. Un accroissement se note , et l'on écrit indifféremment ou . La norme euclidienne est , la boule ouverte de centre et de rayon est notée , et désigne le produit scalaire canonique de , étudié au chapitre sur les espaces préhilbertiens réels. Les dérivées partielles se notent et , et le gradient est le vecteur . Enfin, « de classe » est la seule expression employée pour dire qu'une fonction de deux variables est régulière : elle sera définie en section 4, et toutes les hypothèses des théorèmes s'y ramèneront. Le carré marque la fin d'une démonstration.
Le plan : norme euclidienne, boules ouvertes, parties ouvertes
Norme euclidienne et distance
Avant de dériver quoi que ce soit, il faut pouvoir dire que deux points du plan sont proches. En une variable, cette mesure était fournie par la valeur absolue de la différence. Dans le plan, elle est fournie par la norme euclidienne, celle du théorème de Pythagore, qui n'est rien d'autre que la longueur usuelle d'un segment.
Définition
Pour , on appelle norme euclidienne de le réel positif
Pour deux points et du plan, la distance de à est le réel .
Cette norme est celle associée au produit scalaire canonique : on a . Toutes les propriétés ci-dessous ont donc déjà été établies dans le cadre général des espaces préhilbertiens réels, sauf la quatrième.
Propriété
Soient et deux vecteurs de et .
- , et si et seulement si .
- .
- Inégalité triangulaire : .
- Contrôle des coordonnées : et .
- Inégalité de Cauchy-Schwarz : .
Démonstration. Les points 1, 2, 3 et 5 sont ceux de la norme associée à un produit scalaire, démontrés au chapitre sur les espaces préhilbertiens réels. Rappelons seulement l'inégalité triangulaire : en développant,
où l'on a majoré par Cauchy-Schwarz ; on conclut en prenant la racine carrée de deux réels positifs.
Pour le point 4, on écrit , et la croissance de la racine carrée sur donne . Le raisonnement est identique pour .
Remarque
Le point 4 est le cheval de bataille de toute la section. Il dit qu'un point proche de au sens de la norme a chacune de ses coordonnées proche de la coordonnée correspondante de :
C'est ce qui permet, dans chaque démonstration, de passer d'une hypothèse portant sur la distance à une conclusion portant sur chaque coordonnée séparément.
Boules ouvertes
Définition
Soient et . On appelle boule ouverte de centre et de rayon l'ensemble
Remarque
Dans le plan, une boule ouverte est simplement le disque de centre et de rayon , privé du cercle qui le borde : l'inégalité est stricte. Le mot « boule » est celui que l'on emploie en toute dimension, il n'y a pas lieu de s'en étonner.
Plus le rayon est petit, plus la boule est un « petit voisinage » du point . Dans tout ce chapitre, écrire « il existe tel que … pour tout » signifie exactement « … dès que l'on reste assez près de ».
Parties ouvertes
Définition
Une partie de est dite ouverte, ou est appelée un ouvert de , lorsque
Remarque
Comment lire cette définition. Elle dit qu'aucun point de n'est « au bord » de : quel que soit le point choisi dans , on peut faire un petit pas dans n'importe quelle direction sans sortir de , à condition que le pas soit assez court. Deux précisions capitales.
- Le rayon dépend du point : on ne demande pas un rayon qui conviendrait à tous les points à la fois. Plus est proche du bord, plus doit être petit, et c'est parfaitement autorisé.
- L'ensemble vide est ouvert : la propriété à vérifier commence par « pour tout », elle est donc vraie sans rien avoir à faire.
Propriété
- Toute boule ouverte est un ouvert de .
- et sont des ouverts de .
- Une réunion quelconque d'ouverts de est un ouvert de .
- L'intersection de deux ouverts de est un ouvert de , et par récurrence immédiate, l'intersection d'un nombre fini d'ouverts également.
Démonstration. Point 1. Soit et posons , qui est strictement positif puisque . Montrons que . Soit ; l'inégalité triangulaire donne
donc .
Point 2. Pour , n'importe quel rayon convient, par exemple , puisque toute boule est incluse dans . Le cas de a été traité dans la remarque ci-dessus.
Point 3. Soient des ouverts et un point de leur réunion. Alors appartient à l'un d'eux, disons , qui est ouvert : il existe tel que , et a fortiori est inclus dans la réunion.
Point 4. Soient et deux ouverts et . Il existe tel que et tel que . Posons : alors , et de même , donc .
La figure ci-dessous représente la partie , c'est-à-dire la région du plan située strictement au-dessus de la parabole d'équation . La parabole est tracée en pointillés parce qu'elle est exclue de : l'inégalité est stricte. On a dessiné deux boules ouvertes, autour d'un point situé bien au-dessus de la parabole, et autour d'un point beaucoup plus proche du bord. Toutes deux sont incluses dans , mais la seconde est nettement plus petite : c'est l'illustration exacte du fait que le rayon dépend du point choisi, et qu'il doit être d'autant plus petit que le point est proche du bord.
Les exemples à connaître
Exemple
La partie de la figure est bien un ouvert. Soit et soit . La marge dont on dispose est
Posons et soit . Le contrôle des coordonnées donne et , donc d'une part , et d'autre part
la dernière majoration utilisant . En combinant les deux,
Ainsi , c'est-à-dire : la boule est incluse dans .
Exemple
Le demi-plan strict. L'ensemble est un ouvert. Soit en effet , donc ; posons . Si , le contrôle des coordonnées donne , d'où , c'est-à-dire .
Un produit d'intervalles ouverts. Soient et deux intervalles ouverts de . L'ensemble est un ouvert de , appelé pavé ouvert. En effet, si , il existe tel que et tel que ; le rayon convient, par contrôle des coordonnées. En particulier le quart de plan , le carré et la bande sont ouverts.
Exemple
Le plan privé d'un point. Soit et . Soit , donc ; posons . Si , alors , donc ne peut pas être égal à . Ainsi .
Le plan privé d'une droite. Soit la droite d'équation , avec , et . Soit : le réel est strictement positif. Posons et . Pour , l'inégalité de Cauchy-Schwarz appliquée aux vecteurs et donne
puis, par inégalité triangulaire dans ,
la dernière inégalité étant stricte grâce à la ligne précédente. Donc et .
Exemple
Trois parties qui ne sont PAS ouvertes. Dans chaque cas, on exhibe un point de la partie autour duquel aucune boule, si petite soit-elle, ne tient à l'intérieur.
Le disque défini par une inégalité large, . Prenons et quelconque. Le point vérifie , donc , mais , donc .
Une droite, par exemple . Prenons et : le point appartient à mais pas à . Une droite est « d'épaisseur nulle », elle ne contient aucun disque.
Le demi-plan large . Avec et , le point est dans et vérifie . C'est l'inégalité large qui fait échouer la propriété.
Méthode
Justifier qu'une partie du plan est ouverte. Deux stratégies, à essayer dans cet ordre.
Stratégie 1, le raccourci (à privilégier). Reconnaître la partie comme une boule ouverte, un pavé ouvert, une réunion quelconque ou une intersection finie de telles parties. Une partie décrite par plusieurs inégalités strictes est l'intersection des parties correspondantes : si chacune est ouverte, l'intersection finie l'est aussi. Ainsi
est ouvert comme intersection de trois demi-plans stricts, sans aucun calcul de rayon.
Stratégie 2, le retour à la définition, en trois temps.
- Se donner un point quelconque : « soit », et écrire ce que cela signifie, c'est-à-dire les inégalités strictes vérifiées par et .
- Fabriquer un rayon explicite à partir de la marge, c'est-à-dire de l'écart entre les deux membres de l'inégalité stricte. Vérifier à voix haute que ce rayon est strictement positif : c'est là que le caractère strict de l'inégalité est utilisé.
- Prendre et conclure en majorant, à l'aide du contrôle des coordonnées ou de l'inégalité triangulaire, la quantité qui doit rester du bon côté.
Pour montrer qu'une partie n'est PAS ouverte : exhiber un point de la partie et, pour tout , un point de qui n'y appartient pas. Le candidat naturel est un point situé sur le « bord », là où une inégalité large devient une égalité.
Remarque
Pourquoi cette notion, et rien de plus. Il serait faux de croire que l'on entame ici un cours de topologie. La notion d'ouvert est introduite pour une raison très concrète, qui apparaîtra dès la section 3 : pour dériver par rapport à au point , il faut que ait un sens pour parcourant tout un intervalle autour de , donc il faut un peu de place autour de . Dire que est ouvert, c'est exactement garantir cette place en chacun de ses points, et rien d'autre.
Fonctions de deux variables : domaine, surface, applications partielles, lignes de niveau
Domaine de définition
Définition
Soit une partie de . Une fonction de deux variables réelles définie sur est une application , qui à tout couple de associe un réel noté .
Lorsque est donnée par une formule, son domaine de définition est l'ensemble des couples pour lesquels cette formule a un sens.
Exemple
Trois domaines.
a. Pour , le domaine est le demi-plan ouvert , situé strictement au-dessus de la droite d'équation . C'est un ouvert.
b. Pour , le domaine est privé du cercle unité, c'est-à-dire la réunion du disque ouvert et de l'ouvert . C'est un ouvert, comme réunion de deux ouverts.
c. Pour , le domaine est le disque fermé , qui n'est pas un ouvert. Toute la théorie des dérivées partielles se fera alors sur le disque ouvert , et les points du cercle seront traités séparément, à la main.
Remarque
Le cas c est le cas général : dès qu'un domaine est défini par une inégalité large, il n'est pas ouvert, et il faudra scinder l'étude en deux, l'ouvert d'un côté, les points où l'inégalité devient une égalité de l'autre. C'est exactement le plan de travail des problèmes d'optimisation de la section 8.
Surface représentative
Définition
Soit définie sur . On appelle surface représentative de l'ensemble des points de l'espace
que l'on désigne aussi comme la surface d'équation .
Remarque
L'analogie de la carte de randonnée est la bonne, et il faut s'y tenir tout le chapitre : est la position au sol, est l'altitude en ce point, et est le relief. La difficulté est que le relief vit dans l'espace, donc se dessine mal ; c'est pourquoi on lui préfère très souvent la lecture « à plat » par les lignes de niveau, exactement comme sur une carte IGN.
Deux exemples de référence. Pour , la surface est un paraboloïde de révolution, sorte de bol posé sur l'origine. Pour , la surface monte le long de l'axe des abscisses et descend le long de l'axe des ordonnées : c'est une selle de cheval, ou un col de montagne.
Applications partielles
Définition
Soient définie sur et . On appelle applications partielles de en les deux fonctions d'une seule variable réelle
définies respectivement pour les tels que et pour les tels que .
Remarque
Géométriquement, la première application partielle décrit ce que l'on voit en coupant la surface par le plan vertical d'équation , et la seconde par le plan vertical . On promène un couteau parallèlement à un axe, et l'on regarde le profil obtenu : c'est une courbe du plan, donc un objet de première année.
C'est le mouvement fondamental du chapitre : figer une variable pour se ramener à une seule. Toute la section 3 en découle. Attention toutefois : deux coupes ne suffisent pas à décrire un relief. Connaître le profil nord-sud et le profil est-ouest d'une montagne ne dit rien de ce qui se passe dans la direction nord-est ; on s'en souviendra en section 8.
Lignes de niveau
Définition
Soient définie sur et . On appelle ligne de niveau de l'ensemble
Exemple
Trois familles de lignes de niveau.
a. Pour , la ligne de niveau est vide si , réduite à l'origine si , et c'est le cercle de centre l'origine et de rayon si .
b. Pour , la ligne de niveau est la droite d'équation ; on obtient une famille de droites parallèles, régulièrement espacées lorsque parcourt une progression arithmétique.
c. Pour , la ligne de niveau est la réunion des deux axes, et pour la ligne de niveau est l'hyperbole d'équation , tracée dans les deux quadrants où le produit a le signe de : les premier et troisième quadrants si , les deuxième et quatrième si .
Remarque
Comment lire une carte de lignes de niveau. Les lignes serrées signalent une pente forte, les lignes espacées un terrain plat. Une ligne de niveau réduite à un point signale un sommet ou un fond de cuvette. Deux lignes de niveau distinctes ne peuvent jamais se croiser, puisqu'un point du domaine possède une seule altitude ; en revanche une même ligne de niveau peut se croiser elle-même, et un tel croisement signale toujours un point critique. C'est le plus souvent un col, comme on le verra en section 8, mais pas nécessairement : les lignes de niveau de forment une croix à l'origine, qui est pourtant un minimum global.
Un mot sur la continuité
Le programme est explicite : l'étude de la continuité des fonctions de deux variables n'est pas un objectif. On se contente donc de la définition, énoncée une fois, et d'un principe d'usage.
Définition
Soient définie sur une partie de et . On dit que est continue en lorsque tend vers quand tend vers , c'est-à-dire lorsque, pour tout , il existe tel que, pour tout ,
Elle est dite continue sur lorsqu'elle l'est en chaque point de .
Remarque
Le seul usage qui en sera fait. Les fonctions polynomiales des deux variables, ainsi que toutes celles obtenues à partir des fonctions usuelles d'une variable par sommes, produits, quotients de dénominateur non nul et composées, sont continues sur leur domaine. On l'admet, et on l'invoque en une phrase à chaque fois que c'est nécessaire, sans jamais y revenir. Aucune recherche de limite, aucun contre-exemple, aucune discussion de prolongement ne sera menée dans ce chapitre : l'énergie doit aller au calcul différentiel et à ses applications.
Dérivées partielles d'ordre 1
Définition
L'idée est celle annoncée : pour dériver une fonction de deux variables, on en fige une et on dérive comme en première année.
Définition
Soient un ouvert de , et .
On dit que admet une dérivée partielle par rapport à la première variable en lorsque l'application partielle est dérivable en . Ce nombre dérivé se note
De même, la dérivée partielle par rapport à la seconde variable en est le nombre dérivé en de , noté
Remarque
Pourquoi l'ouvert est indispensable. Puisque est ouvert, il existe tel que . Le point appartient alors à dès que : l'application partielle est donc bien définie sur tout un intervalle ouvert centré en , et parler de sa dérivabilité en a un sens. Sans l'hypothèse d'ouverture, la définition serait bancale.
Deux notations à ne pas confondre. Le symbole désigne un nombre, attaché au point . Lorsque ce nombre existe en tout point de , on obtient une nouvelle fonction de deux variables, notée . La lecture « rond sur rond » rappelle que l'on dérive par rapport à , l'autre variable étant traitée comme une constante.
Calcul pratique
Méthode
Calculer une dérivée partielle. Aucune technique nouvelle n'est nécessaire : ce sont les formules de dérivation de première année.
- Pour , traiter comme une constante et dériver l'expression par rapport à seul. Pour , échanger les rôles.
- Le réflexe utile est d'écrire au brouillon la fonction d'une variable que l'on dérive. Pour , on dérive avec , ce qui donne .
- Ne pas oublier les formules composées : si l'expression est de la forme où dépend de , la dérivée est .
- Contrôle de cohérence : si l'expression de est symétrique en et , alors s'obtient à partir de en échangeant et . C'est une vérification gratuite qui détecte beaucoup d'erreurs de calcul.
Exemple
Quatre calculs entièrement détaillés.
Une fonction polynomiale. Soit sur . À figé, on dérive un polynôme en :
À figé, on dérive un polynôme en :
Un produit avec exponentielle. Soit sur . À figé, on dérive un produit dont le second facteur est , de dérivée :
À figé, le facteur est une constante et a pour dérivée :
Exemple
Deux calculs de plus.
Un quotient. Soit sur l'ouvert , qui est le plan privé d'une droite. À figé, la formule du quotient donne
et à figé,
Une racine carrée. Soit sur . À figé, on compose , strictement positive sur , avec la racine carrée :
la seconde formule s'obtenant sans calcul par symétrie de l'expression en et .
Exemple
Une fonction à connaître, l'angle polaire. Soit sur le demi-plan ouvert . À figé, on dérive :
À figé, la dérivée intérieure vaut , d'où
Cette fonction reviendra en section 7 : elle mesure l'angle polaire, et ses dérivées partielles se retrouveront sans aucun calcul par le passage en coordonnées polaires.
a. Pour , on a et .
b. Pour , on a et .
c. Pour , on a et .
d. Pour , on a et .
Remarque
Ce que les dérivées partielles ne disent pas. Elles décrivent le comportement de le long de deux directions seulement, celle de l'axe des abscisses et celle de l'axe des ordonnées. Rien, dans leur seule existence, ne renseigne sur ce qui se passe dans les autres directions. C'est pourquoi on ne travaillera jamais avec la seule existence des dérivées partielles, mais avec l'hypothèse plus forte, et beaucoup plus commode, de la section suivante : la classe .
Fonctions de classe sur un ouvert
Définition
Définition
Soient un ouvert de et . On dit que est de classe sur lorsque :
- admet en tout point de des dérivées partielles par rapport à chacune des deux variables ;
- les deux fonctions et ainsi définies sont continues sur .
L'ensemble des fonctions de classe sur se note .
Remarque
C'est l'hypothèse standard de tout le chapitre : chaque théorème qui suit la réclame. Elle joue exactement le rôle que jouait « est dérivable sur un intervalle » en première année, avec une exigence supplémentaire, la continuité des dérivées partielles, qui est ce qui rend le développement limité de la section 5 possible.
En pratique, on ne vérifie jamais cette définition à la main : on invoque les opérations ci-dessous.
Opérations
Propriété
Opérations sur les fonctions de classe . Soient un ouvert de , et deux fonctions de classe sur , et deux réels.
- Combinaison linéaire. est de classe sur et
et de même par rapport à . Ainsi est un -espace vectoriel. 2. Produit. est de classe sur et
- Quotient. Si ne s'annule pas sur , alors est de classe sur et
Démonstration. Toutes ces formules se démontrent de la même façon : on fige une variable, on applique la règle correspondante de première année à des fonctions d'une seule variable, puis on invoque les opérations sur les fonctions continues pour la seconde condition de la définition.
Traitons le produit. Soit . L'application partielle de en est
produit de deux fonctions d'une variable dérivables en , de nombres dérivés et . La formule de dérivation d'un produit donne donc l'existence de et la valeur annoncée. La fonction est continue sur comme somme de produits de fonctions continues, et étant elles-mêmes continues. Donc est de classe .
Pour la combinaison linéaire et le quotient, le raisonnement est identique, en utilisant respectivement la linéarité de la dérivation et la formule de dérivation d'un quotient à une variable ; dans le cas du quotient, la fonction ne s'annule pas, ce qui assure la continuité de l'expression obtenue.
Propriété
Composition avec une fonction d'une variable réelle. Soient un ouvert de , de classe sur , un intervalle de contenant , et de classe sur .
Alors est de classe sur , et
Démonstration. Soit . L'application partielle de par rapport à la première variable est , composée de la fonction , dérivable en de nombre dérivé , avec , dérivable en . La formule de dérivation d'une composée à une variable donne l'existence et la valeur annoncée.
Enfin, l'expression est continue sur : c'est le produit de , continue par hypothèse, avec la composée de la fonction continue et de la fonction continue . Même chose pour l'autre variable.
Justifier la classe sans calcul
Méthode
Justifier qu'une fonction est de classe . On ne revient jamais à la définition. La rédaction attendue tient en une ou deux phrases et suit toujours le même moule.
- Identifier l'ouvert de travail , en écartant les points où l'expression n'a pas de sens (dénominateur nul, logarithme d'une quantité négative ou nulle, racine carrée d'une quantité négative ou nulle). Justifier en une ligne que est ouvert, avec la méthode de la section 1.
- Nommer les briques usuelles : les fonctions , et les fonctions constantes sont de classe sur (leurs dérivées partielles valent ou , qui sont continues).
- Invoquer les opérations : sommes, produits, quotients de dénominateur ne s'annulant pas, et composition avec une fonction d'une variable de classe (exponentielle, logarithme, racine carrée sur , sinus, cosinus, , puissances).
Phrase type. « La fonction est de classe sur l'ouvert comme quotient, de dénominateur ne s'annulant pas sur , de fonctions polynomiales composées avec l'exponentielle. »
Exemple
Trois justifications rédigées.
a. est polynomiale, donc de classe sur : elle s'obtient par combinaisons linéaires et produits à partir de , de et des constantes. Toute fonction polynomiale des deux variables est de classe sur .
b. est de classe sur l'ouvert , plan privé d'une droite, comme quotient de deux fonctions polynomiales dont le dénominateur ne s'annule pas sur .
c. est de classe sur , ouvert comme plan privé d'un point : la fonction polynomiale est de classe et à valeurs dans sur , et la racine carrée est de classe sur . En revanche, aucune conclusion en : ce point est écarté du domaine de travail.
Développement limité à l'ordre 1, gradient et plan tangent
Le théorème central
C'est le théorème qui fait du gradient l'outil pertinent : il affirme qu'une fonction de classe se comporte, tout près d'un point, comme une fonction affine dont les coefficients sont les deux dérivées partielles.
Propriété
Développement limité à l'ordre (admis). Soient un ouvert de , de classe sur et .
Il existe tel que et une fonction définie sur , nulle en et de limite nulle en , telles que pour tout de norme strictement inférieure à :
Remarque
Ce que « admis » veut dire ici. La démonstration de ce résultat est explicitement hors programme. C'est le seul énoncé de calcul différentiel que l'on admettra : tous les autres théorèmes de ce chapitre, y compris la règle de la chaîne, en seront déduits. Les rares autres points admis sont d'une autre nature et signalés au fil du texte, à savoir la continuité des fonctions usuelles de deux variables (section 2) et l'existence d'un maximum sur un domaine borné contenant son bord (section 8).
Ce que signifie « de limite nulle ». Pour tout , il existe tel que entraîne . La convention est commode : elle permet d'écrire l'égalité aussi pour , où elle est triviale. On abrège souvent le dernier terme en .
Le contenu du théorème en une phrase. L'erreur commise en remplaçant par son approximation affine est négligeable devant la distance au point , et cela dans toutes les directions à la fois.
Gradient
Définition
Soient un ouvert de , de classe sur et . On appelle gradient de en le vecteur de
Avec cette notation, le développement limité prend une forme condensée qu'il faut savoir écrire de mémoire :
Remarque
Le gradient est un vecteur, pas un nombre. C'est l'objet qui remplace le nombre dérivé de première année, et il concentre toute l'information locale d'ordre : sa première coordonnée est la pente dans la direction de l'axe des abscisses, sa seconde coordonnée la pente dans la direction de l'axe des ordonnées, et la section 6 montrera qu'il donne aussi, d'un seul coup, la pente dans toutes les autres directions.
Une erreur fréquente consiste à écrire . C'est un couple, pas une somme.
Exemple
Trois gradients.
a. Pour , on a . Ce vecteur pointe radialement vers l'extérieur, ce qui correspond bien à un bol dont on remonte les parois en s'éloignant de l'origine, et il est nul uniquement en .
b. Pour , on a , et en particulier .
c. Pour , on a en tout point : une fonction affine a un gradient constant, et son développement limité est exact, sans reste.
Plan tangent
Propriété
Plan tangent. Soient un ouvert, de classe sur et . Le plan tangent à la surface d'équation au point est le plan d'équation
Remarque
Pourquoi cette définition est la bonne. Le développement limité dit exactement que la surface et ce plan se quittent en avec un écart négligeable devant la distance au point : c'est la transposition mot pour mot de la tangente en une variable, où la courbe et la droite se quittent avec un écart négligeable devant .
Deux lectures utiles. Le plan tangent contient les deux tangentes aux courbes obtenues en coupant la surface par les plans verticaux et : il est « porté » par les deux applications partielles. Par ailleurs, en écrivant l'équation sous la forme
on lit qu'un vecteur normal à ce plan est .
Exemple
Un plan tangent au paraboloïde. Soit et . On a et , donc le plan tangent au point a pour équation
Contrôle rapide : le point vérifie bien .
Exemple
Calcul d'une valeur approchée. Soit , de classe sur privé de l'origine, et . On a et
Pour , le développement limité donne
La valeur exacte est : l'erreur est inférieure à , alors que . C'est bien le comportement annoncé, une erreur négligeable devant .
Le gradient et les lignes de niveau
La figure ci-dessous représente les lignes de niveau de la fonction : ce sont des hyperboles, situées dans le premier et le troisième quadrant lorsque , dans les deux autres lorsque . Au point , qui appartient à la ligne de niveau , on a tracé le gradient , ainsi que la tangente à cette ligne de niveau, en pointillés. On lit sur la figure ce que la propriété ci-dessous démontre : le gradient est orthogonal à la ligne de niveau qui passe par le point, et il pointe du côté des valeurs croissantes de , c'est-à-dire ici vers la ligne de niveau et non vers la ligne de niveau .
Propriété
Le gradient est orthogonal aux lignes de niveau. Soient un ouvert, de classe sur , et un arc dont les deux coordonnées sont dérivables sur un intervalle , à valeurs dans la ligne de niveau de . Alors, pour tout ,
En particulier, si et si la ligne de niveau passant par admet en un paramétrage de classe tel que , alors sa tangente en est la droite d'équation
Démonstration. Fixons et posons , qui appartient à . Appliquons le développement limité de en : il fournit et une fonction comme dans l'énoncé admis. Posons, pour ,
de sorte que . Les fonctions et sont dérivables donc continues en , et l'inégalité triangulaire donne
quantité qui tend vers quand tend vers : il existe donc tel que dès que .
Or appartient à pour tout , donc . Le développement limité donne alors, pour ces valeurs de ,
Divisons par , supposé non nul. Le premier terme vaut par linéarité du produit scalaire, et le quotient tend vers par définition des nombres dérivés de et en . Quant au second terme, en posant et , l'homogénéité de la norme donne
qui admet une limite finie, donc est bornée par un réel au voisinage de ; comme tend vers , la quantité tend vers , et le second terme est majoré en valeur absolue par , donc tend vers .
En passant à la limite quand tend vers , il reste .
Pour la tangente : le vecteur étant non nul, il dirige la tangente à la ligne de niveau en , et on vient de voir qu'il est orthogonal à . Comme , la droite orthogonale à passant par est bien définie : c'est donc la tangente, d'équation , ce qui est la formule annoncée.
Remarque
Une précaution d'usage. L'existence même d'un tel paramétrage régulier de la ligne de niveau au voisinage de est un résultat profond, hors programme, que l'on admet chaque fois qu'on lit une tangente sur une carte de niveaux. Ce qui est en revanche parfaitement démontré ci-dessus, et qu'on utilisera sans réserve, c'est l'orthogonalité : dès qu'un arc tracé sur une ligne de niveau passe par , sa vitesse en est orthogonale à .
Exemple
Vérification sur la figure. Pour et , la ligne de niveau est l'hyperbole d'équation , que l'on paramètre par pour , avec . On a , donc , et . Le produit scalaire vaut : les deux vecteurs sont bien orthogonaux, comme la figure le montre.
L'équation de la tangente en donnée par la propriété est , c'est-à-dire . On retrouve la tangente à l'hyperbole au point d'abscisse , dont l'équation est bien .
Direction de plus forte pente
Propriété
Le gradient donne la direction de plus forte pente. Soient de classe sur un ouvert et tel que . Pour tout vecteur unitaire , l'accroissement de au premier ordre dans la direction vaut
et
avec égalité si et seulement si est colinéaire à .
Démonstration. La première égalité est le développement limité appliqué à , avec puisque est unitaire. L'inégalité est celle de Cauchy-Schwarz, avec , et son cas d'égalité, démontré au chapitre sur les espaces préhilbertiens réels, est exactement la colinéarité des deux vecteurs.
Remarque
L'image à retenir. Parmi toutes les directions possibles, celle du gradient est celle où la fonction croît le plus vite, la direction opposée celle où elle décroît le plus vite, et les directions orthogonales celles où, au premier ordre, elle ne varie pas : ce sont celles des lignes de niveau. Sur une carte de randonnée, le gradient est la flèche de plus grande pente, perpendiculaire aux courbes de niveau et dirigée vers le sommet. Le nombre mesure la raideur du terrain.
Dérivée suivant un vecteur
Définition et calcul
Définition
Soient un ouvert de , , et . On appelle dérivée de en suivant le vecteur , lorsqu'elle existe, la limite
c'est-à-dire le nombre dérivé en de la fonction d'une variable .
Remarque
La fonction est bien définie au voisinage de : comme est ouvert, il existe tel que , et pour le point appartient à cette boule dès que .
Géométriquement, on parcourt la droite passant par et dirigée par , on relève l'altitude le long de cette droite, et on dérive le profil obtenu à l'instant du passage en . Les dérivées partielles sont les cas particuliers et :
Propriété
Expression par le gradient. Soient un ouvert, de classe sur , et . Alors existe et
Démonstration. Si , la fonction est constante et le résultat est immédiat, les deux membres étant nuls. Supposons donc .
Le développement limité de en fournit et une fonction nulle et de limite nulle en telles que, pour ,
Appliquons-le à , ce qui est licite dès que . Par linéarité du produit scalaire et homogénéité de la norme,
Pour , en divisant par et en remarquant que ,
Quand tend vers , le vecteur tend vers , donc tend vers et le membre de droite aussi. Le taux d'accroissement admet donc la limite annoncée.
Remarque
Trois conséquences immédiates.
- Homogénéité : pour tout , . La dérivée suivant un vecteur dépend donc de la longueur du vecteur, et pas seulement de sa direction. Pour comparer des directions entre elles, on prend toujours des vecteurs unitaires.
- Linéarité en : , ce qui est loin d'être évident sur la définition et découle immédiatement de la formule.
- Plus forte pente : parmi les vecteurs unitaires, est maximal pour , et vaut alors . C'est la propriété de la section 5, relue avec la notation .
La figure ci-dessous illustre la définition sur la fonction , dont les lignes de niveau sont les cercles centrés à l'origine de rayons , et . Au point , le vecteur est tracé, ainsi que la droite en pointillés : c'est le long de cette droite, et d'elle seule, que se lit . On voit que la droite traverse les cercles de niveau en s'éloignant de l'origine, donc en montant : la dérivée suivant sera positive, ce que le calcul ci-dessous confirme.
Exemple
Le calcul de la figure, par les deux méthodes. Soit , et .
Par le gradient. La fonction est polynomiale donc de classe sur , et , donc . La propriété donne
Par la définition. On calcule , donc et . Les deux méthodes concordent.
Avec le vecteur unitaire associé. En posant , on obtient , à comparer à la pente maximale , atteinte dans la direction radiale . La direction n'est pas tout à fait la plus raide, ce que la figure laissait prévoir puisque n'est pas exactement radial.
Règle de la chaîne, changements de variables, applications
C'est la formule centrale du chapitre. Tout ce qui suit, changements de variables, coordonnées polaires, équations aux dérivées partielles, caractérisation des fonctions de gradient nul, n'en est qu'une application.
Dérivation le long d'un arc
Propriété
Règle de la chaîne le long d'un arc. Soient un intervalle de , et et deux fonctions de classe sur . Soient un ouvert de tel que pour tout , et une fonction de classe sur .
Alors la fonction est de classe sur et, pour tout ,
Démonstration. Fixons et posons , ainsi que et .
Mise en place. Le développement limité de en fournit avec et une fonction nulle et de limite nulle en telles que pour . Comme dans la démonstration de la section 5, la continuité de et en fournit tel que dès que : le développement limité s'applique alors à .
Le taux d'accroissement. Pour , en divisant l'égalité par :
Les deux premiers termes tendent respectivement vers et , par définition des nombres dérivés de et en .
Le terme de reste. Posons et . Par homogénéité de la norme,
qui tend vers ; ayant une limite finie, cette quantité est bornée par un réel au voisinage de . Par ailleurs tend vers , donc tend vers , et c'est ici que la convention sert, car peut s'annuler pour certaines valeurs de . Le terme de reste est donc majoré en valeur absolue par , qui tend vers .
Conclusion. Le taux d'accroissement admet une limite finie, donc est dérivable en avec la valeur annoncée. Ceci vaut pour tout . Enfin, est continue sur : les fonctions et sont continues sur puisque est de classe , l'arc est continu, et et sont continues ; est donc somme de produits de fonctions continues. Ainsi est de classe sur .
Remarque
Comment retenir la formule. Elle se lit : « on dérive par rapport à chaque variable, on multiplie par la dérivée de cette variable, et on additionne ». Il y a donc un terme par variable, et c'est le contrôle immédiat à faire : une formule de dérivation en chaîne à deux variables qui ne comporterait qu'un seul terme est fausse.
Sous forme vectorielle, avec et ,
La variation de l'altitude le long d'un chemin est le produit scalaire du gradient par le vecteur vitesse. On retrouve d'un mot la propriété de la section 5 : si l'arc reste sur une ligne de niveau, est constante, donc , donc le gradient est orthogonal au vecteur vitesse.
Exemple
Deux vérifications directes.
Le long d'un cercle. Prenons , et . La règle de la chaîne donne
Vérification directe : , donc . Identique.
Le long d'une parabole. Prenons , et . Avec les dérivées partielles calculées en section 3,
Vérification directe : , donc . Identique.
Dérivées partielles d'une composée à deux paramètres
Propriété
Règle de la chaîne, version à deux paramètres. Soient et deux ouverts de , et et deux fonctions de classe sur telles que pour tout . Soit de classe sur . Alors
est de classe sur et, en notant ,
Démonstration. Il suffit d'appliquer la règle de la chaîne le long d'un arc, une variable étant figée. Fixons et calculons , c'est-à-dire le nombre dérivé en de .
Comme est ouvert, il existe tel que , et l'application partielle est définie sur l'intervalle . Posons, pour ,
Ces deux fonctions sont de classe sur : elles sont dérivables, de dérivées et par définition des dérivées partielles, et ces dérivées sont continues en comme composées des fonctions continues , avec l'application continue . De plus l'arc est à valeurs dans .
La règle de la chaîne le long d'un arc s'applique donc à et donne, en , la première formule. La seconde s'obtient en figeant au lieu de .
Enfin, les deux expressions obtenues sont continues sur , comme sommes de produits de fonctions continues, les facteurs et l'étant par composition. Donc est de classe sur .
Méthode
Poser proprement un changement de variables. Un changement de variables mal posé est la première cause d'erreur du chapitre. La rédaction correcte comporte toujours les mêmes ingrédients.
- Décrire les deux ouverts : l'ouvert des nouvelles variables , l'ouvert des anciennes .
- Donner les formules dans les deux sens : et en fonction de et pour pouvoir dériver, et et en fonction de et pour pouvoir revenir. Vérifier que le passage est bijectif de sur .
- Nommer la fonction composée : « posons ». Ne jamais écrire : ce n'est pas la même fonction, et cette confusion de notation fait perdre le contrôle de toutes les formules.
- Appliquer la règle de la chaîne en écrivant systématiquement les deux termes, puis remplacer.
- Revenir aux variables initiales à la fin, et vérifier le résultat obtenu en le réinjectant dans l'équation de départ.
Exemple
Un changement de variables affine. Soit de classe sur . Posons, pour ,
ce qui correspond au changement de variables , , bijectif de sur . Ici et , de dérivées partielles
La règle de la chaîne donne donc, en notant le point image,
Ce changement de variables transforme donc les deux combinaisons et en dérivées partielles simples. C'est exactement ce qui sert à résoudre les équations de transport ci-dessous.
Passage en coordonnées polaires
C'est le changement de variables le plus utile du chapitre, et il faut savoir le refaire de mémoire.
Propriété
Passage en polaires. Soient un ouvert de et de classe sur . Soit un ouvert de tel que appartienne à pour tout , et posons . Alors est de classe sur et
Réciproquement, pour , ce système s'inverse en
Démonstration. Les fonctions et sont de classe comme produits de fonctions usuelles, avec
Les deux premières formules sont donc exactement la règle de la chaîne à deux paramètres.
Pour l'inversion, abrégeons et , et calculons
Le calcul de est identique et donne . L'hypothèse est indispensable puisque l'on divise par .
Remarque
Deux lectures. D'abord une lecture géométrique : est la dérivée de suivant le vecteur unitaire radial , et la dérivée suivant le vecteur unitaire orthoradial ; c'est immédiat avec la formule de la section 6.
Ensuite, la norme du gradient s'exprime simplement : en élevant au carré les deux formules d'inversion et en les additionnant, les doubles produits se compensent et il reste
Exemple
Un contrôle sur l'angle polaire. Reprenons sur . Un point de s'écrit avec et , et alors
Donc et , et les formules d'inversion donnent immédiatement
ce qui redonne sans aucun calcul les résultats obtenus à la main en section 3.
Application 1 : équations aux dérivées partielles d'ordre 1
Une équation aux dérivées partielles d'ordre est une équation dont l'inconnue est une fonction de deux variables, et qui relie à ses deux dérivées partielles premières. Résoudre une telle équation, c'est décrire toutes les fonctions de classe qui la vérifient sur un ouvert donné.
Propriété
Le lemme de base. Soient et deux intervalles ouverts et de classe sur le pavé . Si en tout point de , alors il existe une fonction de classe sur telle que
Démonstration. Fixons et posons pour . Soit : l'application partielle est définie et dérivable sur l'intervalle tout entier, de dérivée . Une fonction dérivable de dérivée nulle sur un intervalle étant constante, on obtient pour tout .
Enfin est de classe sur : elle est dérivable de dérivée , qui est continue en .
Remarque
L'hypothèse « pavé » n'est pas décorative. Elle sert à disposer d'un même valable pour tous les , et à ce que chaque application partielle soit définie sur un intervalle. Sur un ouvert biscornu, le résultat tombe en défaut ; en pratique, on prendra toujours soin de travailler sur un pavé ou sur un disque.
Méthode
Résoudre une équation aux dérivées partielles d'ordre . Toujours les mêmes quatre temps.
- Choisir le changement de variables qui transforme la combinaison de dérivées partielles présente dans l'équation en une seule dérivée partielle. Une équation à coefficients constants appelle un changement affine ; une équation faisant intervenir ou appelle les polaires.
- Poser et traduire l'équation en une équation portant sur , par la règle de la chaîne.
- Intégrer : une dérivée partielle nulle donne une fonction arbitraire de l'autre variable (lemme de base) ; une dérivée partielle égale à une expression donne une primitive, à laquelle s'ajoute une fonction arbitraire de l'autre variable.
- Revenir à et vérifier que les fonctions trouvées conviennent : la résolution procède par implications, la réciproque doit être écrite.
Exemple
Une équation de transport. Cherchons toutes les fonctions de classe sur telles que
Changement de variables. Posons et , bijectif de sur , de réciproque , , et , de classe sur .
Traduction. D'après le calcul mené plus haut, . L'équation équivaut donc à sur , qui est un pavé.
Intégration. Le lemme de base donne avec de classe sur , d'où, en revenant aux variables initiales, .
Réciproque. Si avec de classe , alors est de classe par composition et : l'équation est vérifiée. Les solutions sont donc exactement les fonctions constantes le long des droites d'équation .
Exemple
La même équation, avec second membre. Cherchons les fonctions de classe sur telles que
Avec le même changement de variables, le second membre vaut et l'équation devient
Posons : c'est une fonction de classe sur le pavé , dont la dérivée partielle par rapport à est nulle partout. Le lemme de base s'applique : il existe de classe telle que , c'est-à-dire
Réciproque. Pour une telle avec de classe , on a et , dont la différence vaut bien .
Exemple
Une équation qui appelle les polaires. Cherchons les fonctions de classe sur l'ouvert , c'est-à-dire le plan privé d'une demi-droite, telles que
Changement de variables. Le passage en polaires réalise une bijection de sur . Posons . Avec et , la formule de la propriété donne
qui est exactement le membre de gauche de l'équation. Celle-ci équivaut donc à sur le pavé .
Intégration et retour. Le lemme de base donne avec de classe sur , donc
Réciproque. Une telle fonction est de classe sur par composition, et un calcul direct donne et en posant , d'où . Les solutions sont exactement les fonctions invariantes par rotation : elles ne dépendent que de la distance à l'origine.
Application 2 : les fonctions de gradient nul
Propriété
Caractérisation des fonctions de gradient nul. Soit un ouvert de qui est soit un pavé ouvert , soit un disque ouvert . Soit de classe sur . Alors
Démonstration. Sens direct. Si est constante, chacune de ses applications partielles est constante, donc de dérivée nulle : les deux dérivées partielles sont nulles en tout point.
Sens réciproque. Commençons par observer que, dans les deux cas envisagés, le segment joignant deux points de est inclus dans .
Pour le pavé : si et sont dans et si , alors appartient à car est un intervalle, et de même pour la seconde coordonnée.
Pour le disque : avec et , l'inégalité triangulaire et l'homogénéité de la norme donnent
Soient maintenant et deux points de et posons, pour ,
L'arc a ses deux coordonnées affines, donc de classe , et il est à valeurs dans d'après ce qui précède. La règle de la chaîne s'applique et donne, pour tout ,
Ainsi est dérivable de dérivée nulle sur l'intervalle , donc constante, et en particulier . Les deux points et étant quelconques, est constante sur .
Remarque
Ce qui a réellement servi, c'est que deux points quelconques de soient toujours joints par un segment inclus dans ; les parties possédant cette propriété sont dites convexes, et la démonstration vaut pour toutes.
Le résultat tombe en défaut sans cette hypothèse. Prenons la réunion des deux disques ouverts et , qui est un ouvert comme réunion d'ouverts, et la fonction valant sur le premier disque et sur le second. Elle est de classe sur , de gradient nul partout, et pourtant elle n'est pas constante. Aucun segment ne relie les deux morceaux en restant dans : la démonstration ne peut pas démarrer, et la conclusion est effectivement fausse.
Extremums
Vocabulaire
Définition
Soient une partie de , et .
- admet un maximum global en lorsque pour tout . Le maximum est dit strict lorsque pour tout différent de .
- admet un maximum local en lorsqu'il existe tel que pour tout .
- Les définitions de minimum global et minimum local s'obtiennent en renversant les inégalités.
- Un extremum est un maximum ou un minimum.
Remarque
Trois précisions de vocabulaire.
- Un extremum global est en particulier local ; la réciproque est fausse, comme en une variable.
- Un extremum se rapporte toujours à une partie : « le maximum de sur le disque unité » et « le maximum de sur » n'ont aucune raison de coïncider. Préciser la partie fait partie de la réponse.
- Il faut distinguer le point où l'extremum est atteint, ici , et la valeur de l'extremum, ici . Une question du type « déterminer les extremums » attend les deux.
Points critiques et condition nécessaire
Définition
Soient un ouvert de et de classe sur . Un point est appelé point critique de lorsque
Propriété
Condition nécessaire d'extremum local. Soient un ouvert de et de classe sur . Si admet un extremum local en un point de , alors est un point critique de .
Démonstration. Traitons le cas d'un maximum local, celui d'un minimum s'y ramenant en considérant .
Par hypothèse, il existe tel que pour tout . Comme est ouvert, il existe de plus tel que . Posons : pour tout , le point appartient à et vérifie .
Considérons alors la première application partielle . Pour , le point appartient à , donc est définie sur l'intervalle ouvert et y vérifie . Autrement dit, est une fonction d'une variable réelle, dérivable en , qui admet en un maximum intérieur à son intervalle de définition. Le théorème de première année s'applique : son nombre dérivé en est nul, c'est-à-dire
Le même raisonnement appliqué à donne . Donc .
Remarque
L'hypothèse « ouvert » est indispensable, exactement comme l'hypothèse « intérieur à l'intervalle » en une variable. Sur le carré , la fonction atteint son maximum en tout point du segment , et pourtant ne s'annule jamais. Aucune contradiction : ces points ne sont pas intérieurs, et la propriété ne leur est pas applicable. C'est pour cette raison que tout problème d'optimisation sur un domaine non ouvert se scinde en deux, l'intérieur et le bord.
Le sens de lecture. La propriété fournit une condition nécessaire, jamais suffisante. Elle sert à sélectionner une liste finie de candidats, jamais à conclure.
La réciproque est fausse : les points selles
La figure ci-dessous représente les lignes de niveau de la fonction . Ce sont des hyperboles, celles de niveau positif ouvertes vers la gauche et la droite, celles de niveau négatif ouvertes vers le haut et le bas. La ligne de niveau , tracée en pointillés, est la réunion des deux bissectrices et : c'est le seul cas de figure où une ligne de niveau se croise elle-même, et c'est la signature du phénomène. Les deux axes sont mis en évidence : sur l'axe des abscisses, l'application partielle présente un minimum en , tandis que sur l'axe des ordonnées présente un maximum. En un tel point, on monte dans une direction et on descend dans une autre.
Exemple
Le contre-exemple de référence. Soit sur . On a , qui s'annule uniquement en : l'origine est l'unique point critique, et .
Ce n'est pourtant pas un extremum local. Soit en effet quelconque. Le point appartient à et vérifie , tandis que le point y appartient aussi et vérifie . Dans toute boule centrée à l'origine, prend donc des valeurs strictement plus grandes et des valeurs strictement plus petites que : ce n'est ni un maximum local, ni un minimum local. Un tel point critique s'appelle un point selle, ou un col.
Méthode
Rechercher les extremums d'une fonction de classe sur un ouvert . Trois temps, toujours les mêmes.
- Justifier la classe sur , et vérifier que est bien ouvert (méthodes des sections 1 et 4). Sans ces deux points, la condition nécessaire ne s'applique pas.
- Résoudre le système et . Ce système n'est pas linéaire en général : penser à factoriser chaque équation, à envisager les cas d'annulation de chaque facteur, et à soustraire les deux équations lorsque l'expression est symétrique. On obtient une liste finie de candidats.
- Étudier chaque candidat séparément, avec les techniques ci-dessous. La condition nécessaire est alors épuisée : elle n'apprend plus rien.
Méthode
Déterminer la nature d'un point critique , à la main. Poser systématiquement avec , développer, et chercher le signe de pour petit. Quatre techniques.
- Forme canonique. Si est un polynôme du second degré en et , l'écrire comme combinaison de carrés, en commençant par regrouper tous les termes contenant . Un signe constant conclut immédiatement, et sur tout entier : on obtient un extremum global.
- Minoration ou majoration. Encadrer par des quantités de signe connu, à l'aide d'inégalités classiques (, inégalité triangulaire, Cauchy-Schwarz). Utile dès qu'il y a des termes de degré supérieur.
- Restriction à des droites ou à des arcs. Étudier pour quelques vecteurs bien choisis. Cette technique sert uniquement à réfuter : si deux directions donnent des signes opposés, le point est un point selle. Deux directions favorables ne prouvent jamais rien.
- Passage en polaires. Poser et factoriser par la plus petite puissance de ; si le facteur restant garde un signe strict indépendamment de , on conclut.
Trois études complètes
Exemple
Un minimum global par forme canonique. Soit sur , polynomiale donc de classe sur cet ouvert.
Points critiques. Le système s'écrit et . En soustrayant, , puis : l'unique point critique est , avec .
Nature. Posons , et développons :
La forme canonique en donne
avec égalité si et seulement si et . Donc pour tout : la fonction admet en un minimum global strict, de valeur . Notons qu'aucune restriction de voisinage n'a été nécessaire, l'inégalité valant sur tout entier.
Exemple
Deux points critiques de natures différentes. Soit sur , polynomiale donc de classe .
Points critiques. Le système s'écrit
En substituant, , donc , d'où ou . Les points critiques sont , avec , et , avec .
Nature de : un point selle. Il suffit de restreindre à l'axe des abscisses : , qui est strictement positif pour et strictement négatif pour . Dans toute boule centrée en , prend donc des valeurs de part et d'autre de : ce n'est pas un extremum local.
Il est instructif de regarder aussi la restriction à la diagonale, , de dérivée :
Le long de cette droite, présente un maximum local en et un minimum local en . La confrontation avec l'étude précédente est éclairante : sur la diagonale, ressemble à un maximum, sur l'axe des abscisses il n'est rien du tout. Une seule direction défavorable suffit à réfuter.
Nature de : un minimum local. Posons , et développons :
Minorons chacun des deux morceaux. D'une part,
D'autre part, le contrôle des coordonnées donne et , donc
En combinant,
quantité strictement positive dès que . Donc admet en un minimum local strict, de valeur , valable sur la boule . Ce minimum n'est pas global : tend vers moins l'infini quand tend vers plus l'infini.
Remarque
Le piège des restrictions aux droites. Considérons , dont est un point critique avec . Pour tout vecteur non nul, l'étude de montre que est un minimum local de cette fonction d'une variable : la fonction admet un minimum local le long de chaque droite passant par l'origine.
Et pourtant l'origine n'est pas un minimum local de : le long de la parabole , on trouve
et de tels points existent dans toute boule centrée à l'origine. Retenir la règle : les restrictions à des droites servent à réfuter, jamais à prouver.
Extremums globaux sur un domaine borné
Sur un domaine qui n'est pas ouvert, la condition nécessaire ne s'applique qu'aux points intérieurs. La démarche se dédouble alors : on traite l'ouvert avec les points critiques, et le bord en le paramétrant, ce qui ramène à une étude de fonction d'une seule variable.
Méthode
Chercher les extremums globaux sur un domaine borné défini par une inégalité large. Quatre temps.
- Découper le domaine en deux : l'ouvert obtenu en rendant l'inégalité stricte, et l'ensemble des points où elle devient une égalité.
- Sur : chercher les points critiques et calculer la valeur de en chacun.
- Sur : paramétrer (par exemple pour un cercle, ou pour un segment de droite) et étudier la fonction d'une variable obtenue, avec les outils de première année.
- Conclure, et c'est le point délicat. Deux rédactions honnêtes sont possibles : soit majorer ou minorer explicitement sur tout entier par une inégalité classique et constater que la borne est atteinte, soit admettre que atteint ses bornes sur et comparer alors les valeurs candidates trouvées aux étapes 2 et 3. Ne jamais conclure en silence.
Remarque
Pourquoi « admettre » à l'étape 4. Le théorème qui garantit qu'une fonction continue atteint ses bornes sur un domaine borné contenant son bord n'est pas au programme de PCSI : il repose sur la notion de partie compacte, étudiée en seconde année. Un énoncé de concours qui s'en sert le fournit donc toujours, sous la forme « on admet que atteint son maximum sur ». Quand l'énoncé ne le dit pas, c'est la première voie qu'il faut suivre : une majoration explicite, avec son cas d'égalité, se suffit à elle-même et reste entièrement dans le programme.
Exemple
Une majoration explicite. Cherchons les extremums de sur le disque .
Sur l'ouvert. Sur , le gradient s'annule uniquement en , où vaut .
Sur le bord. Paramétrons le cercle par , : la fonction devient , qui décrit exactement .
Conclusion par inégalité. Pour tout , l'inégalité , conséquence de , donne
Cette borne est atteinte, par exemple en pour le maximum et en pour le minimum. Donc admet sur le maximum global et le minimum global , tous deux atteints sur le bord ; le point critique intérieur n'était ni l'un ni l'autre.
Exemple
Une optimisation sous contrainte, par substitution. Parmi les triplets de réels positifs de somme , cherchons celui dont le produit est maximal. En posant , le problème revient à maximiser
sur le triangle .
Sur l'ouvert , intersection de trois demi-plans stricts donc ouvert, la fonction est polynomiale donc de classe , et
Sur on a et , donc le système équivaut à et , dont l'unique solution est , avec .
Sur le bord, c'est-à-dire lorsque , ou , ou , l'un des trois facteurs est nul, donc .
Conclusion. Admettons, comme le ferait l'énoncé d'un problème, que , continue sur le triangle qui est borné et contient son bord, y atteigne son maximum. Ce maximum vaut au moins , donc il n'est pas atteint sur le bord où est nulle : il est atteint en un point de l'ouvert , qui est alors nécessairement un point critique, donc le point . Le maximum vaut , atteint pour .
Remarque
Deux erreurs à ne pas commettre. La première consiste à conclure qu'un point critique est un extremum sans aucune justification : c'est le contre-exemple . La seconde consiste à oublier le bord dans un problème posé sur un domaine défini par une inégalité large : l'exemple du disque montre que les extremums peuvent s'y trouver exclusivement.
Un dernier réflexe utile : lorsqu'une fonction est définie sur tout entier et « tend vers l'infini » loin de l'origine, un minimum global existe souvent, mais l'affirmer proprement demande une minoration explicite, du type . On l'obtient par forme canonique.
Ouverture — les dérivées partielles d'ordre 2 (hors programme en PCSI)
Remarque
Avertissement. Tout ce qui suit est hors du programme de PCSI. Ces notions relèvent du programme de seconde année de la filière PC (arrêté du 13 juillet 2021, section « Calcul différentiel ») et ne peuvent faire l'objet d'aucune évaluation en PCSI : ni en interrogation, ni en devoir surveillé, ni au concours pour un candidat de première année. Aucun exercice de ce chapitre ne les suppose connues, et une copie qui utiliserait le critère final sans l'avoir redémontré serait, en toute rigueur, hors sujet.
Pourquoi les donner alors ? Pour deux raisons. D'abord, la section 8 a montré que la classification d'un point critique se fait entièrement à la main, ce qui laisse une impression d'inachevé légitime : il existe un critère automatique, le voici. Ensuite, parce que ces notions seront au programme dès l'an prochain pour ceux qui poursuivront en PC, et que les voir une fois maintenant, avec le premier ordre encore frais, fait gagner beaucoup de temps.
Dérivées partielles d'ordre 2
Définition
Soient un ouvert de et de classe sur . Les fonctions et sont elles-mêmes des fonctions de deux variables sur : lorsqu'elles admettent des dérivées partielles, on obtient les dérivées partielles d'ordre de , notées
On dit que est de classe sur lorsque ces quatre fonctions existent et sont continues sur .
Définition
Notations de Monge. Pour de classe sur et , on pose traditionnellement
Ces trois lettres seront utilisées jusqu'à la fin de la section. Attention au conflit de notation : la lettre ne désigne plus ici un paramètre réel.
Exemple
Un calcul complet. Soit sur . On a calculé en section 3
En dérivant une seconde fois :
On observe que les deux dérivées croisées coïncident. Ce n'est pas un hasard.
Le théorème de Schwarz
Propriété
Théorème de Schwarz (admis). Soient un ouvert de et de classe sur . Alors, en tout point de ,
L'ordre dans lequel on effectue les deux dérivations n'a donc pas d'importance.
Remarque
C'est ce théorème qui autorise la notation unique pour la dérivée croisée, et qui réduit à trois le nombre de coefficients d'ordre au lieu de quatre. Il ne vaut que sous l'hypothèse de continuité des dérivées secondes : sans elle, il existe des contre-exemples classiques, que l'on ne détaillera pas ici.
En pratique, le théorème fournit un contrôle de calcul très efficace : après avoir calculé les deux dérivées croisées séparément, si elles diffèrent, il y a une erreur.
Laplacien et fonctions harmoniques
Définition
Soit de classe sur un ouvert de . On appelle laplacien de la fonction
La fonction est dite harmonique sur lorsque en tout point de .
Exemple
Une fonction harmonique classique. Soit sur . Les dérivées partielles premières valent
En dérivant la première par rapport à avec la formule du quotient :
et par symétrie de l'expression en et ,
La somme est nulle : est harmonique sur . On vérifie de même que et sont harmoniques sur .
Formule de Taylor-Young à l'ordre 2 et matrice hessienne
Propriété
Formule de Taylor-Young à l'ordre (admise). Soient un ouvert de , de classe sur et . Avec les notations de Monge, pour de norme assez petite :
Définition
La matrice hessienne de en est la matrice symétrique
dont le déterminant vaut et la trace . Le terme d'ordre de la formule de Taylor-Young s'écrit alors , où est la matrice colonne des coordonnées de .
Le critère
Propriété
Critère de classification d'un point critique. Soient de classe sur un ouvert et un point critique de . Avec les notations de Monge en :
- si et , alors admet en un minimum local strict ;
- si et , alors admet en un maximum local strict ;
- si , alors est un point selle : n'y admet pas d'extremum local ;
- si , le critère ne permet pas de conclure.
Démonstration. Puisque est un point critique, la formule de Taylor-Young se réduit à
Cas 1. Supposons et . Cherchons tel que pour tout . Considérons pour cela
et mettons sous forme canonique en supposant :
Les deux quantités et valent respectivement et pour , et dépendent continûment de : il existe donc pour lequel elles restent toutes deux strictement positives. Pour un tel , l'expression ci-dessus est positive, d'où .
Par définition du reste, il existe tel que dès que . Alors, pour ,
ce qui est le minimum local strict annoncé.
Cas 2. Il s'obtient en appliquant le cas 1 à , dont les coefficients de Monge sont , , , de sorte que est inchangé et que .
Cas 3. Supposons et montrons que prend des valeurs strictement positives et strictement négatives.
Si : on a et, en prenant ,
qui est du signe opposé à . Si : alors donc , et pour petit, est du signe de , donc change de signe avec .
Dans les deux cas, il existe deux vecteurs et tels que et . Pour réel, l'homogénéité et la formule de Taylor-Young donnent
quantité strictement positive pour assez petit ; de même pour assez petit. Dans toute boule centrée en , prend donc des valeurs de part et d'autre de : ce n'est pas un extremum local.
Le critère à l'épreuve des exemples du chapitre
Exemple
On retrouve les trois conclusions obtenues à la main.
a. Pour au point critique : , , , donc . Point selle, conformément à la section 8.
b. Pour au point critique : , , , donc et . Minimum local strict. Le critère ne dit pas qu'il est global : cela, seule la forme canonique menée en section 8 l'établit.
c. Pour , on a , , , donc . En : , point selle. En : avec , minimum local strict. Les deux conclusions de la section 8 sont retrouvées en trois lignes, là où la minoration explicite demandait une demi-page.
Remarque
Le cas douteux est vraiment douteux. Lorsque , le critère est muet, et il faut revenir aux méthodes de la section 8. Trois exemples au même point critique , tous avec , donc tous avec :
- admet en un minimum global strict, puisque ailleurs ;
- admet en un maximum global strict ;
- n'y admet aucun extremum, car change de signe.
Les trois situations coexistent sous la même valeur du critère : celui-ci ne peut donc pas trancher, et ce n'est pas un défaut de rédaction mais une limite intrinsèque de l'information d'ordre .
Remarque
Ce qu'il faut retenir de cette section, en PCSI. Rien, au sens de l'évaluation. Mais deux idées valent d'être gardées en mémoire. La première, c'est que l'information d'ordre (le gradient) sélectionne les candidats, et que c'est l'information d'ordre (les trois nombres , , ) qui les classe, exactement comme en une variable où sélectionne et où le signe de classe. La seconde, c'est que même l'ordre ne suffit pas toujours, et que les techniques artisanales de la section 8, forme canonique, minoration, restriction à un arc bien choisi, restent l'outil de dernier recours. Elles sont, à ce titre, plus universelles que le critère.
Bloqué sur « Fonctions de deux variables » ?
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.