PCSI · Chapitre 15 · Second semestre
Espaces préhilbertiens réels
Produit scalaire, inégalité de Cauchy-Schwarz, orthogonalité, procédé de Gram-Schmidt, bases orthonormées, projection orthogonale, distance.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Produit scalaire
- Inégalité de Cauchy-Schwarz
- Orthogonalité
- Procédé de Gram-Schmidt
- Bases orthonormées
- Projection orthogonale
- Distance
Au collège et au lycée, le produit scalaire de deux vecteurs du plan a été introduit à partir de données géométriques déjà disponibles : des longueurs et un angle. On pose , et l'on en tire tout le reste, l'orthogonalité, les projections, le théorème de Pythagore, les équations de droites. Cette construction a un défaut : elle suppose que l'on sait déjà mesurer des longueurs et des angles. Elle ne dit rien de ce qu'il faudrait faire dans un espace où ces notions n'existent pas, par exemple dans l'espace des fonctions continues sur , ou dans celui des matrices carrées.
Ce chapitre renverse la construction. Nous partons d'une opération algébrique, notée , soumise à quatre conditions seulement : elle est linéaire en chaque variable, symétrique, positive, et elle ne s'annule sur un couple que si est nul. Aucune longueur, aucun angle n'apparaît dans cette liste. Et pourtant, ces quatre conditions suffisent à reconstruire toute la géométrie euclidienne : la norme se définit par , la distance par , l'orthogonalité par . L'inégalité de Cauchy-Schwarz, démontrée une seule fois à partir des quatre axiomes, garantit ensuite que le quotient reste entre et , ce qui redonne un cosinus, donc un angle.
Le bénéfice est immédiat, et il est double. D'une part, tout théorème démontré dans ce cadre abstrait vaut simultanément dans , dans , dans et dans , sans un mot de plus. D'autre part, et c'est plus surprenant, il devient possible de parler de la distance entre deux fonctions ou entre deux matrices, et de raisonner sur ces objets en faisant des dessins de dimension ou . L'intuition acquise au lycée n'est pas abandonnée, elle est réinvestie dans un contexte où elle n'avait a priori aucun sens. Faites systématiquement la figure : dans presque tous les exercices de ce chapitre, la figure du plan ou de l'espace donne la démonstration.
Le résultat central du chapitre est le théorème de la meilleure approximation. Voici la question qu'il résout. Parmi toutes les fonctions de la forme , laquelle ressemble le plus à la fonction sur l'intervalle ? Tant que l'on n'a pas dit ce que « ressembler » signifie, la question n'a pas de réponse. Mais si l'on décide de mesurer l'écart entre deux fonctions par , alors la question devient : quel est le point du sous-espace le plus proche de ? Et la réponse est fournie par un théorème et une formule : le point le plus proche est le projeté orthogonal, il est unique, et ses coordonnées se calculent par de simples produits scalaires. Nous mènerons ce calcul jusqu'au bout, et nous trouverons .
Le plan suit l'ordre naturel de la construction. Nous définissons d'abord le produit scalaire et passons en revue les exemples de référence, qui reviendront dans tout le chapitre. Nous en déduisons la norme, la distance, et les trois inégalités fondamentales. Vient ensuite l'orthogonalité, avec le théorème de Pythagore et l'orthogonal d'une partie, puis les bases orthonormées et l'algorithme de Gram-Schmidt qui permet d'en fabriquer. Le chapitre culmine avec la projection orthogonale sur un sous-espace de dimension finie et le calcul de distances, dont le cas particulier des hyperplans. Une section de méthodes ferme le chapitre.
Les notations suivantes valent pour tout ce chapitre. La lettre désigne un -espace vectoriel, ses éléments sont notés , , , le vecteur nul est , et les scalaires sont des réels notés , , . Le produit scalaire de et est noté ; les notations et sont également en usage et signifient la même chose. La norme associée est , la distance de à est . L'orthogonal d'une partie de est noté , la projection orthogonale sur un sous-espace est notée , et la distance d'un vecteur au sous-espace est notée . Les espaces de référence gardent leurs notations habituelles : , l'espace des matrices réelles à lignes et colonnes, pour les matrices carrées, la trace d'une matrice carrée est et sa transposée est . Les polynômes vivent dans , et désigne le sous-espace des polynômes de degré au plus . L'ensemble des fonctions continues de dans est noté . Le symbole de Kronecker vaut si et sinon, et le carré marque la fin d'une démonstration.
Produit scalaire
Formes bilinéaires symétriques
Avant de définir un produit scalaire, il faut nommer l'objet dont il est un cas particulier : une application qui prend deux vecteurs et rend un nombre, en respectant la structure d'espace vectoriel dans chacune des deux variables.
Définition
Soit un -espace vectoriel. Une application est dite bilinéaire lorsqu'elle est linéaire par rapport à chacune de ses variables, l'autre étant fixée, c'est-à-dire lorsque, pour tous et tous :
Elle est dite symétrique lorsque pour tous .
Remarque
Une application bilinéaire n'est pas une application linéaire de dans , et la confusion est fréquente. Une application linéaire vérifierait , alors que la bilinéarité donne
Un produit se comporte comme une aire, pas comme une longueur : doubler les deux facteurs quadruple le résultat.
Deux conséquences immédiates, qui serviront constamment. D'abord, pour tout , puisque la linéarité en la première variable donne . Ensuite, si est symétrique, la linéarité par rapport à la première variable entraîne à elle seule celle par rapport à la seconde :
En pratique, on démontre donc toujours la symétrie avant la linéarité : cela divise par deux le travail de vérification.
Définition d'un produit scalaire
Définition
Soit un -espace vectoriel. On appelle produit scalaire sur toute application vérifiant les quatre propriétés suivantes :
- est bilinéaire ;
- est symétrique : , ;
- est positive : , ;
- est définie : , .
On dit alors que est une forme bilinéaire symétrique définie positive. Le réel se note , ou , ou encore selon les contextes ; nous utiliserons la première notation.
Remarque
Reprenons les quatre axiomes un par un, car chacun sert à quelque chose de précis.
La bilinéarité est l'axiome de calcul : c'est elle qui autorise à développer comme on développe . Sans elle, aucune des identités du chapitre ne tiendrait.
La symétrie est l'axiome de cohérence géométrique : l'angle entre et ne doit pas dépendre de l'ordre dans lequel on les considère. Elle allège aussi toutes les vérifications, comme on vient de le voir.
La positivité est l'axiome qui permet de poser : sans elle, cette racine carrée n'aurait pas de sens.
Le caractère défini est le plus discret et le plus important. Il dit qu'un vecteur de « longueur » nulle est nécessairement le vecteur nul. C'est lui qui interdit qu'un vecteur non nul soit orthogonal à lui-même, lui qui donne la liberté des familles orthogonales, et lui que l'on oublie une fois sur deux dans les copies. Retenez que les trois premiers axiomes se vérifient par un calcul de routine, et que le quatrième est le seul qui demande une idée.
Notez enfin que l'axiome 4 s'écrit avec une implication, mais que la réciproque est gratuite : si , alors par bilinéarité. On a donc en réalité l'équivalence
Définition
Un espace préhilbertien réel est un couple formé d'un -espace vectoriel et d'un produit scalaire sur .
Un espace euclidien est un espace préhilbertien réel de dimension finie.
Remarque
Le produit scalaire fait partie de la donnée, au même titre que faisait partie de la donnée d'un espace vectoriel. Un même espace vectoriel peut porter plusieurs produits scalaires différents, et les notions d'orthogonalité, de norme et de distance qui en découlent ne sont alors pas les mêmes. Nous verrons par exemple que sur , les polynômes et sont orthogonaux pour , et ne le sont pas pour . Écrire « soit un espace euclidien » est donc une abréviation pour « soit un espace vectoriel réel de dimension finie, muni d'un produit scalaire fixé ».
Lorsque nous parlerons de bases d'un espace euclidien, nous supposerons implicitement sa dimension non nulle. L'espace nul est bien un espace euclidien de dimension , mais il n'a aucun intérêt.
Comment vérifier qu'une application est un produit scalaire
Méthode
Vérifier qu'une application est un produit scalaire sur . Rédiger dans cet ordre, en cinq temps.
- Bonne définition. Vérifier que est un réel bien défini pour tous de . C'est immédiat pour des sommes finies, mais cela demande un mot pour une intégrale : la fonction intégrée doit être continue sur un segment.
- Symétrie. Presque toujours évidente, puisque l'expression est symétrique en et . La traiter en premier.
- Linéarité par rapport à la première variable. Prendre , , et calculer . Conclure à la bilinéarité en invoquant la symétrie déjà démontrée.
- Positivité. Calculer et le reconnaître comme une somme de carrés, ou comme l'intégrale d'une fonction positive.
- Caractère défini. Supposer et en déduire . Deux techniques, selon la nature de :
- une somme finie de carrés de réels est nulle si et seulement si chacun de ses termes est nul ;
- l'intégrale d'une fonction continue positive sur un segment est nulle si et seulement si la fonction est identiquement nulle (résultat démontré au chapitre d'intégration).
Cas d'une expression polynomiale sur . Si est un polynôme du second degré en les coordonnées, en écrire une réduction en somme de carrés (méthode de Gauss vue sur des exemples) : la positivité et le caractère défini se lisent alors directement.
Exemple
Une application de dans . Posons, pour et ,
Bonne définition et symétrie. L'expression est une somme de produits de réels, donc un réel. En échangeant les rôles de et , on obtient , qui est la même quantité : est symétrique.
Linéarité en la première variable. Pour et , la première coordonnée de est et la seconde est , donc
et en regroupant les termes en d'une part, en d'autre part, on reconnaît . Avec la symétrie, est bilinéaire.
Positivité et caractère défini. On calcule
Cette quantité est une somme de deux carrés, donc positive. Si elle est nulle, alors et , d'où , c'est-à-dire . Ainsi est un produit scalaire sur , différent du produit scalaire canonique.
Remarque
Le piège du caractère défini. Les trois premiers axiomes ne suffisent jamais. Sur , l'application est bilinéaire, symétrique et positive, puisque . Ce n'est pourtant pas un produit scalaire : le vecteur est non nul et vérifie . Si l'on posait , on obtiendrait un vecteur non nul de longueur nulle, et toute la géométrie s'effondrerait.
Autre exemple à connaître, sur les polynômes : est bilinéaire, symétrique et positive sur , mais le polynôme est non nul et vérifie , donc . En revanche, la même formule est un produit scalaire sur : un polynôme de degré au plus possédant les deux racines et est nul. La conclusion dépend donc de l'espace sur lequel on travaille, et pas seulement de la formule.
Les produits scalaires usuels
Les quatre exemples de cette section sont à connaître par cœur, avec leur vérification. Ils fournissent la matière de presque tous les exercices du chapitre.
Le produit scalaire canonique de
Propriété
L'application définie sur par
est un produit scalaire, appelé produit scalaire canonique de . La norme associée est .
Si l'on identifie et aux matrices colonnes et de formées de leurs coordonnées, alors
où le produit , matrice de taille , est identifié au réel qu'il contient.
Démonstration. La quantité est une somme finie de réels, donc un réel. Elle est inchangée si l'on échange et , puisque : l'application est symétrique. Pour la linéarité en la première variable, la -ème coordonnée de vaut , donc
par linéarité de la somme. Avec la symétrie, l'application est bilinéaire.
Ensuite comme somme de carrés. Enfin, si , alors chacun des termes de cette somme de réels positifs est nul, donc , puis pour tout , c'est-à-dire .
Pour l'écriture matricielle, la matrice est la matrice ligne , et le produit est la matrice à un seul coefficient, égal à .
Remarque
Pour et , on retrouve exactement le produit scalaire du lycée : dans un repère orthonormé, . Tout ce chapitre est la généralisation de ce cas, et c'est dans ce cas qu'il faut faire les dessins.
Le produit scalaire canonique de
Rappelons que la trace d'une matrice carrée de est la somme de ses coefficients diagonaux :
L'application est linéaire, et elle vérifie , ce qui est clair puisque la transposition ne déplace pas les coefficients diagonaux. Elle vérifie aussi pour toutes matrices carrées et de même taille : les deux membres valent la même double somme .
Propriété
L'application définie sur par
est un produit scalaire sur . Si et , il vaut
Démonstration. Calculons d'abord la trace annoncée. Le coefficient d'indice de la matrice vaut
puisque le coefficient de est le coefficient de . En sommant sur , on obtient
qui est bien la somme de tous les produits , à un renommage d'indices près.
Cette expression est exactement le produit scalaire canonique de , appliqué aux familles de coefficients des deux matrices lues dans le même ordre. Les quatre axiomes se vérifient donc comme dans la proposition précédente : la formule est symétrique en et , linéaire en à fixée, et est une somme de carrés, nulle si et seulement si tous les sont nuls, c'est-à-dire si et seulement si est la matrice nulle.
Exemple
Pour et , on calcule d'une part
et d'autre part . Les deux méthodes donnent le même résultat, et la seconde est plus rapide.
La norme de vaut .
Remarque
En pratique, on ne calcule presque jamais le produit matriciel : on utilise directement la somme des produits coefficient par coefficient. L'écriture avec la trace est commode pour les démonstrations, parce qu'elle permet d'utiliser les propriétés et ; la symétrie du produit scalaire s'en déduit d'ailleurs sans calcul de coefficients :
Les produits scalaires intégraux sur
Le résultat suivant, démontré au chapitre d'intégration, est la clé du caractère défini de tous les produits scalaires intégraux. Il mérite d'être réénoncé, car c'est lui qui impose de travailler avec des fonctions continues.
Propriété
Positivité stricte de l'intégrale. Soient deux réels et une fonction continue et positive sur . Alors
Propriété
Soient deux réels. L'application définie sur par
est un produit scalaire sur . La norme associée est .
Plus généralement, si est une fonction continue et strictement positive sur , appelée fonction poids, l'application est encore un produit scalaire sur .
Démonstration. Traitons le cas général, celui du poids , le premier cas correspondant à .
Bonne définition. Si et sont continues sur , la fonction est continue sur le segment , donc intégrable : est un réel bien défini.
Symétrie. Pour tout , , donc les deux intégrales coïncident.
Linéarité en la première variable. Soient et . Pour tout , on a , et la linéarité de l'intégrale donne
Avec la symétrie, l'application est bilinéaire.
Positivité. Pour toute , la fonction est continue et positive sur , donc son intégrale est positive par croissance de l'intégrale : .
Caractère défini. Supposons . La fonction est continue et positive sur , d'intégrale nulle : par positivité stricte de l'intégrale, elle est identiquement nulle. Pour tout , on a donc avec , d'où , puis . Ainsi est la fonction nulle, qui est le vecteur nul de .
Remarque
Pourquoi des fonctions continues. La même formule sur l'espace des fonctions continues par morceaux sur n'est pas un produit scalaire. Prenons nulle partout sauf en un point où elle vaut : cette fonction est continue par morceaux, elle n'est pas la fonction nulle, et pourtant . Le caractère défini tombe, et lui seul. C'est la raison pour laquelle l'énoncé impose la continuité, et c'est une hypothèse qu'il faut citer dans les copies.
Notez aussi que l'intervalle doit être un segment avec . Sur , toutes les intégrales sont nulles, et sur un intervalle non borné les intégrales n'ont pas nécessairement de sens.
Exemple
Sur muni de , calculons le produit scalaire des fonctions et :
Les fonctions et sont donc orthogonales pour ce produit scalaire. Calculons aussi la norme de :
d'où . La fonction est donc unitaire.
Les produits scalaires sur les polynômes
Propriété
Soit . L'application est un produit scalaire sur , et par restriction sur chaque .
L'application définie de la façon suivante est également un produit scalaire sur : deux polynômes et étant donnés, on choisit un entier majorant leurs degrés, on les écrit et , quitte à compléter par des coefficients nuls, et l'on pose
Le résultat ne dépend pas du choix de , puisque augmenter n'ajoute que des termes nuls.
Enfin, si sont réels deux à deux distincts, l'application est un produit scalaire sur .
Démonstration. Produit scalaire intégral. Une fonction polynomiale est continue sur , donc tous les calculs de la section précédente s'appliquent : bilinéarité, symétrie et positivité sont acquises. Pour le caractère défini, supposons . La fonction est continue et positive, donc elle est identiquement nulle sur : le polynôme s'annule en tout point de . Comme est infini, possède une infinité de racines, donc est le polynôme nul. C'est ici, et seulement ici, qu'intervient un argument propre aux polynômes.
Produit scalaire des coefficients. La somme est finie, car un polynôme n'a qu'un nombre fini de coefficients non nuls. La symétrie et la bilinéarité proviennent de ce que les coefficients de sont les . Enfin est une somme de carrés, nulle si et seulement si tous les coefficients de sont nuls, c'est-à-dire si et seulement si .
Produit scalaire d'évaluation. La symétrie, la bilinéarité et la positivité sont immédiates, l'expression étant une somme de carrés. Supposons-la nulle : alors pour tout , donc admet au moins racines distinctes. Or est de degré au plus : un polynôme non nul de degré au plus a au plus racines, donc .
Remarque
Le troisième exemple montre bien que l'espace compte autant que la formule. La même somme n'est pas un produit scalaire sur tout entier, ni même sur : le polynôme , de degré , est non nul et s'annule en chacun des .
Le programme signale que les familles de polynômes orthogonaux, obtenues en orthonormalisant pour un produit scalaire intégral, sont l'illustration privilégiée de ce chapitre. Nous en construirons une à la section consacrée à Gram-Schmidt.
Exemple
Munissons du produit scalaire et calculons quelques valeurs. Pour tous entiers et ,
En particulier et : pour ce produit scalaire, et sont orthogonaux, de même que et . Plus généralement, l'intégrale sur un intervalle symétrique d'une fonction impaire est nulle, donc deux monômes de parités différentes sont toujours orthogonaux.
Attention, cette orthogonalité disparaît si l'on change l'intervalle : avec , on trouve .
Norme, distance et inégalités fondamentales
Dans toute cette section, désigne un espace préhilbertien réel.
La norme associée à un produit scalaire
Définition
Soit un espace préhilbertien réel. Pour , le réel est positif ; on appelle norme de , ou norme euclidienne de , le réel positif
Un vecteur tel que est dit unitaire, ou normé.
On appelle distance de à le réel positif .
Propriété
Soient et .
- Séparation : .
- Homogénéité : .
- Si , le vecteur est unitaire ; on dit qu'on a normé .
- La distance vérifie , et si et seulement si .
Démonstration. Point 1. On a si et seulement si , puisqu'un réel positif est nul si et seulement si sa racine carrée l'est. Or équivaut à : c'est exactement l'axiome « défini », dont la réciproque est donnée par la bilinéarité.
Point 2. Par bilinéarité, , d'où , en prenant garde que et non .
Point 3. Si , alors par le point 1, et le point 2 donne
Point 4. La symétrie vient de . Et équivaut à par le point 1, c'est-à-dire à .
Identités remarquables et polarisation
Tout le calcul de ce chapitre repose sur une seule identité, celle qui permet de développer le carré d'une somme. Elle est l'analogue exact de , et elle se démontre par bilinéarité.
Propriété
Soient . Alors
On en déduit les identités de polarisation :
ainsi que l'identité du parallélogramme :
Démonstration. Développons par bilinéarité, en utilisant la linéarité par rapport à la première variable puis par rapport à la seconde :
La symétrie donne , d'où la première identité. La seconde s'obtient en remplaçant par , ce qui change en et laisse inchangé.
Les trois identités de polarisation s'en déduisent en isolant : la première à partir du développement de , la deuxième à partir de celui de , et la troisième en soustrayant membre à membre les deux développements, ce qui donne
Enfin, en ajoutant membre à membre les deux développements, les termes en se compensent et il reste l'identité du parallélogramme.
Remarque
Les identités de polarisation méritent qu'on s'y arrête, car elles disent quelque chose de fort : la norme détermine entièrement le produit scalaire. Autrement dit, si l'on connaît la longueur de tous les vecteurs, on connaît aussi tous les angles. Deux produits scalaires distincts sur un même espace ne peuvent donc pas avoir la même norme associée.
L'identité du parallélogramme, elle, porte bien son nom : dans un parallélogramme construit sur et , la somme des carrés des deux diagonales est égale à la somme des carrés des quatre côtés. Faites la figure dans le plan, c'est un résultat de géométrie classique.
L'inégalité de Cauchy-Schwarz
Propriété
Inégalité de Cauchy-Schwarz. Soit un espace préhilbertien réel. Pour tous ,
avec égalité si et seulement si la famille est liée, c'est-à-dire si et seulement si l'un des deux vecteurs est multiple de l'autre.
Démonstration. Premier cas : . Alors et : les deux membres sont nuls et l'inégalité est une égalité. Par ailleurs la famille est liée, ce qui est cohérent avec le cas d'égalité annoncé.
Second cas : . Considérons la fonction définie sur par
D'une part, pour tout réel , comme carré d'une norme. D'autre part, l'identité remarquable appliquée aux vecteurs et donne
en utilisant la linéarité en la seconde variable et l'homogénéité de la norme. Comme , on a : la fonction est une fonction polynomiale du second degré, de coefficient dominant strictement positif, qui ne prend que des valeurs positives. Un tel trinôme ne peut pas avoir deux racines réelles distinctes, donc son discriminant est négatif ou nul :
Les deux membres étant positifs et la fonction racine carrée étant croissante sur , on obtient , en se souvenant que .
Cas d'égalité, sens direct. Supposons et montrons que est liée. Si , c'est acquis. Sinon, l'égalité signifie , donc le trinôme admet une racine double . On a alors
donc par le caractère défini du produit scalaire, c'est-à-dire . La famille est liée.
Cas d'égalité, réciproque. Supposons liée. L'un des deux vecteurs est alors multiple de l'autre ; quitte à échanger les rôles de et , ce qui ne change aucun des deux membres, supposons avec . Alors
Les deux quantités sont égales.
Exemple
Version « sommes finies ». Dans muni du produit scalaire canonique, l'inégalité s'écrit : pour tous réels et ,
avec égalité si et seulement si les familles et sont proportionnelles.
Version « intégrales ». Dans muni de , elle s'écrit
avec égalité si et seulement si et sont proportionnelles, c'est-à-dire s'il existe tel que ou .
Exemple
Une application typique. Soient trois réels strictement positifs tels que . Montrons que
Appliquons l'inégalité de Cauchy-Schwarz dans canonique aux vecteurs
qui sont bien définis puisque , et sont strictement positifs. On a , puis et . L'inégalité s'écrit donc
ce qui est le résultat voulu. Le cas d'égalité a lieu si et seulement si et sont proportionnels, ce qui impose .
Méthode
Démontrer une inégalité par Cauchy-Schwarz. L'inégalité à prouver comporte presque toujours un produit de deux sommes, ou de deux intégrales, minoré ou majoré par un carré. La démarche est la suivante.
- Identifier l'espace préhilbertien et son produit scalaire : canonique pour des sommes, pour des intégrales.
- Choisir les deux vecteurs. C'est la seule étape qui demande de l'astuce. Regarder le membre où figure un produit et lire quels sont et . Le choix , fonction constante, est très fréquent : il donne
Le choix et , licite si , donne quant à lui . 3. Écrire l'inégalité, calculer les trois quantités , et , puis conclure. 4. Si l'énoncé demande le cas d'égalité, traduire « la famille est liée » dans le contexte : proportionnalité des suites, ou des fonctions.
L'inégalité triangulaire
Propriété
Inégalité triangulaire, ou inégalité de Minkowski. Pour tous ,
avec égalité si et seulement si ou s'il existe un réel tel que .
On en déduit la seconde inégalité triangulaire : .
Démonstration. Partons de l'identité remarquable et majorons le terme du milieu, d'abord par sa valeur absolue, puis par Cauchy-Schwarz :
Les deux membres extrêmes sont positifs, et la fonction racine carrée est croissante sur : on obtient .
Cas d'égalité, sens direct. Il y a égalité si et seulement si les deux majorations utilisées sont des égalités, c'est-à-dire si et seulement si
La seconde égalité est le cas d'égalité de Cauchy-Schwarz : la famille est liée. Si , la conclusion annoncée est acquise. Sinon, est multiple de , disons , et la première égalité impose , c'est-à-dire , donc puisque .
Cas d'égalité, réciproque. Si , les deux membres valent . Si avec , alors
car et pour . Il y a bien égalité.
Seconde inégalité triangulaire. Écrivons et appliquons l'inégalité triangulaire :
En échangeant les rôles de et , et puisque , on obtient aussi . La valeur absolue est l'une de ces deux quantités, donc elle est majorée par .
Remarque
Le cas d'égalité mérite une lecture géométrique. Dans le plan, signifie que le chemin qui va de l'origine à en passant par est aussi court que le chemin direct : les deux vecteurs pointent dans la même direction et le même sens. C'est exactement ce que dit la condition avec . Attention à ne pas se contenter d'écrire « liée » : cette condition, suffisante pour Cauchy-Schwarz, ne l'est pas ici. Avec et , la famille est liée, et pourtant .
L'inégalité triangulaire se transpose immédiatement aux distances : pour tous ,
comme on le voit en écrivant .
Méthode
Reconnaître qu'une norme ne provient pas d'un produit scalaire. Toute norme issue d'un produit scalaire vérifie l'identité du parallélogramme. Par contraposée, si une application ne la vérifie pas pour un couple particulier de vecteurs, alors aucun produit scalaire ne peut l'engendrer. La rédaction tient en trois lignes : choisir deux vecteurs simples, calculer les deux membres, constater qu'ils diffèrent.
Exemple. Sur , posons , et prenons et . Alors et , d'où
L'identité du parallélogramme est en défaut, donc n'est pas la norme associée à un produit scalaire sur . Le même couple de vecteurs traite le cas de : on trouve d'un côté et de l'autre.
Orthogonalité
Dans toute cette section, désigne un espace préhilbertien réel.
Vecteurs orthogonaux
Définition
Deux vecteurs et de sont dits orthogonaux lorsque . On note alors .
Propriété
- Le vecteur nul est orthogonal à tout vecteur de , et c'est le seul vecteur orthogonal à lui-même.
- Si est orthogonal à tout vecteur de , alors .
Démonstration. Point 1. Pour tout , la bilinéarité donne . Réciproquement, si , alors , donc par le caractère défini.
Point 2. Si est orthogonal à tout vecteur, il l'est en particulier à lui-même, et le point 1 conclut.
Remarque
Le point 2 est un outil de démonstration à part entière, et il resservira souvent : pour établir qu'un vecteur est nul, il suffit de montrer qu'il est orthogonal à tout l'espace, ou seulement à tous les vecteurs d'une famille génératrice.
Le théorème de Pythagore
Propriété
Théorème de Pythagore. Soient . Alors
Plus généralement, si est une famille de vecteurs deux à deux orthogonaux, alors
Démonstration. Cas de deux vecteurs. L'identité remarquable donne . Cette quantité est égale à si et seulement si , c'est-à-dire si et seulement si . Il s'agit donc bien d'une équivalence.
Cas général. Développons par bilinéarité, en séparant les termes diagonaux des autres :
Dans la seconde somme, tous les termes sont nuls puisque les vecteurs sont deux à deux orthogonaux. Il reste .
Remarque
Pour , la réciproque est fausse : l'égalité des normes n'entraîne pas l'orthogonalité deux à deux. Dans canonique, prenons
Alors , donc , tandis que . L'égalité de Pythagore est vérifiée, et pourtant . Ce qui se produit ici, c'est que les termes croisés se compensent sans être nuls.
Retenez donc : équivalence pour deux vecteurs, simple implication au-delà.
Familles orthogonales et familles orthonormées
Définition
Soit une famille finie de vecteurs de .
- Elle est dite orthogonale lorsque ses vecteurs sont deux à deux orthogonaux : pour tous .
- Elle est dite orthonormée, ou orthonormale, lorsqu'elle est orthogonale et que tous ses vecteurs sont unitaires, c'est-à-dire lorsque
Propriété
Toute famille orthogonale de vecteurs non nuls est libre. En particulier, toute famille orthonormée est libre.
Démonstration. Soit une famille orthogonale dont tous les vecteurs sont non nuls. Soient des réels tels que
Fixons et prenons le produit scalaire des deux membres avec . Le membre de droite donne . Le membre de gauche se développe par linéarité :
car tous les termes d'indice sont nuls par orthogonalité. On obtient donc . Or , donc , d'où . Ce raisonnement valant pour tout , tous les coefficients sont nuls : la famille est libre.
Une famille orthonormée est orthogonale et ses vecteurs, de norme , sont non nuls : elle est donc libre.
Remarque
L'hypothèse « vecteurs non nuls » est indispensable : la famille est orthogonale, puisque , et elle est pourtant liée.
Cette proposition est d'un usage constant, dans les deux sens. Pour démontrer qu'une famille est libre, il est souvent bien plus rapide de vérifier qu'elle est orthogonale que de résoudre un système. Et dans un espace euclidien de dimension , elle fournit une majoration gratuite : une famille orthonormée y compte au plus vecteurs, et si elle en compte exactement , c'est une base.
Notez enfin la technique de démonstration, qui est celle de tout le chapitre : pour extraire une information d'une égalité vectorielle, on prend le produit scalaire des deux membres avec un vecteur bien choisi.
L'orthogonal d'une partie
Définition
Soit une partie de , non nécessairement un sous-espace vectoriel. On appelle orthogonal de l'ensemble
c'est-à-dire l'ensemble des vecteurs de orthogonaux à tous les vecteurs de . Il se lit « orthogonal », ou « perp ».
Propriété
Soient et deux parties de , et , deux sous-espaces vectoriels de .
- est un sous-espace vectoriel de , quelle que soit la partie .
- et .
- Si , alors : l'orthogonal renverse les inclusions.
- . En particulier, si , alors
- .
- .
Démonstration. Point 1. L'ensemble est inclus dans et contient , qui est orthogonal à tout vecteur. Soient et . Pour tout , la linéarité par rapport à la seconde variable donne
donc . C'est bien un sous-espace vectoriel.
Point 2. Tout vecteur est orthogonal à , donc . Et un vecteur orthogonal à tout est nul, comme on l'a vu plus haut, donc .
Point 3. Soit . Alors est orthogonal à tout vecteur de , donc en particulier à tout vecteur de , puisque . Ainsi .
Point 4. Comme , le point 3 donne . Réciproquement, soit et soit . Le vecteur s'écrit avec , donc par linéarité
Ainsi , d'où l'égalité.
Point 5. Soit . Alors est orthogonal à tous les vecteurs de , et il appartient lui-même à : il est donc orthogonal à lui-même, d'où puis . Réciproquement appartient aux deux sous-espaces.
Point 6. Soit . Pour tout , on a par définition de , donc est orthogonal à tout vecteur de , c'est-à-dire .
Remarque
Le point 4 est le plus utile de tous, car il transforme une condition portant sur une infinité de vecteurs en un système fini d'équations. Pour déterminer , on n'écrit jamais « pour tout » : on prend une famille génératrice de , souvent une base, et l'on écrit une équation par vecteur de cette famille.
Le point 1 mérite aussi une remarque : même si est un ensemble tordu, sans aucune structure, son orthogonal est toujours un sous-espace vectoriel. Par exemple, dans canonique, l'orthogonal de la partie , qui n'est formée que de deux vecteurs, est le sous-espace des vérifiant et , c'est-à-dire . On retrouve, conformément au point 4, l'orthogonal du plan engendré par ces deux vecteurs.
Exemple
Un calcul d'orthogonal dans . Munissons du produit scalaire canonique et posons
Un vecteur appartient à si et seulement si et , c'est-à-dire si et seulement si
En posant et , on obtient , donc
Ces deux vecteurs sont non colinéaires, donc , ce qui est cohérent avec le théorème de dimension que nous démontrerons plus loin.
Exemple
Fonctions paires et fonctions impaires. Munissons du produit scalaire , et notons le sous-espace des fonctions paires de , celui des fonctions impaires. Si est paire et impaire, le produit est impair, donc son intégrale sur l'intervalle symétrique est nulle : tout élément de est orthogonal à tout élément de . Comme on sait par ailleurs que , la décomposition d'une fonction en partie paire et partie impaire est une décomposition orthogonale.
Remarque
Deux pièges à propos de .
Premier piège : n'est pas le complémentaire de . Les deux ensembles ont toujours le vecteur nul en commun lorsque est un sous-espace, et ils peuvent avoir bien davantage : dans , l'orthogonal d'une droite est un plan, qui n'a rien d'un complémentaire ensembliste.
Second piège : deux sous-espaces orthogonaux ne sont pas nécessairement supplémentaires. Dans , les droites et sont orthogonales l'une à l'autre, et leur somme est un plan, pas tout entier. Ce qui est vrai, et ce que nous démontrerons, c'est que et son orthogonal tout entier sont supplémentaires, à condition que soit de dimension finie.
Bases orthonormées
Définition et calculs dans une base orthonormée
Définition
Soit un espace euclidien de dimension . Une base orthonormée de (on dit aussi base orthonormale) est une base de qui est une famille orthonormée, c'est-à-dire telle que
Propriété
Soit un espace euclidien de dimension et une base orthonormée de . Soient .
- Coordonnées : les coordonnées de dans sont ses produits scalaires avec les vecteurs de :
- Produit scalaire : si et , alors
où et sont les matrices colonnes des coordonnées de et dans . 3. Norme : .
Démonstration. Point 1. La famille étant une base, il existe des réels tels que . Fixons et calculons le produit scalaire avec :
puisque tous les termes de la somme sont nuls sauf celui d'indice , qui vaut . La -ème coordonnée de est donc .
Point 2. Développons par bilinéarité :
L'écriture matricielle est celle du produit scalaire canonique de , déjà rencontrée.
Point 3. C'est le point 2 appliqué à , combiné au point 1 qui identifie à .
Remarque
Ce théorème est la raison d'être des bases orthonormées, et il faut mesurer ce qu'il apporte. Dans une base quelconque, trouver les coordonnées d'un vecteur exige de résoudre un système linéaire. Dans une base orthonormée, il suffit de calculer produits scalaires, indépendamment les uns des autres. De même, l'expression du produit scalaire y prend la forme la plus simple possible, celle du produit scalaire canonique.
En clair : le choix d'une base orthonormée de permet de calculer dans exactement comme dans canonique. Tout le travail consiste donc à savoir en fabriquer une, ce qui est l'objet du paragraphe suivant.
Attention, ces formules sont fausses dans une base qui n'est pas orthonormée. Le contre-exemple le plus simple est la base de : pour , les produits scalaires avec les deux vecteurs de la base valent et , alors que les coordonnées de sont et .
L'algorithme d'orthonormalisation de Gram-Schmidt
Propriété
Théorème de Gram-Schmidt. Soit un espace préhilbertien réel et une famille libre de . Il existe une unique famille orthonormée de telle que
Elle est donnée par l'algorithme suivant :
puis, pour allant de à :
Démonstration. Démontrons par récurrence forte sur la propriété suivante : « les vecteurs sont bien définis et non nuls, la famille est orthonormée, elle vérifie , et ».
Initialisation. La famille est libre, donc , donc est non nul et : le vecteur est bien défini et unitaire. Comme est un multiple non nul de , les deux vecteurs engendrent la même droite. Enfin
Hérédité. Soit et supposons vraie. Le vecteur est bien défini.
Il est non nul. Sinon, on aurait , donc appartiendrait à , qui vaut par hypothèse de récurrence. Le vecteur serait alors combinaison linéaire des précédents, ce qui contredit la liberté de la famille .
Il est orthogonal à . Soit . Par linéarité et par orthonormalité de ,
puisque le seul terme non nul de la somme est celui d'indice .
La famille est orthonormée. Le vecteur est bien défini car , il est unitaire, et il est orthogonal à comme multiple de .
Les sous-espaces engendrés coïncident. Par construction, est combinaison linéaire de et de , eux-mêmes dans : donc . Ces deux sous-espaces ont la même dimension , la première famille étant orthonormée donc libre, la seconde étant libre comme sous-famille d'une famille libre. Une inclusion entre sous-espaces de même dimension finie est une égalité.
La condition de signe. En reprenant la définition de et en utilisant l'orthogonalité de avec les pour ,
La propriété est donc vraie, ce qui achève la récurrence et démontre l'existence.
Unicité. Soit une autre famille orthonormée vérifiant les deux conditions. Montrons par récurrence que pour tout . Supposons pour tout . Le vecteur appartient à , dont est une base orthonormée, donc
Pour , on a par orthonormalité de la famille des . Il reste avec , et la condition impose , donc ou . Or doit être strictement positif, comme : on en déduit , c'est-à-dire .
Remarque
Sans la condition de signe , l'unicité tombe, mais de très peu : chaque vecteur n'est alors déterminé qu'au signe près, puisque et conviennent aussi bien. Il y a donc exactement familles orthonormées vérifiant la condition sur les sous-espaces engendrés. En pratique, on ne se préoccupe pas de cette condition de signe : on applique l'algorithme, et l'on obtient l'une de ces familles.
Deux remarques de calcul, qui font gagner beaucoup de temps.
D'abord, on peut orthogonaliser d'abord et normer à la fin. Les vecteurs forment une famille orthogonale de vecteurs non nuls, et l'on peut travailler avec eux jusqu'au bout en écrivant
puis diviser chaque par sa norme seulement à la dernière étape. Cette variante évite de traîner des racines carrées dans tous les calculs intermédiaires, et c'est celle qu'il faut utiliser à la main.
Ensuite, l'algorithme ne fait que retrancher à sa projection orthogonale sur l'espace engendré par les précédents. Nous reviendrons sur cette lecture après avoir défini la projection orthogonale : la formule résume tout l'algorithme en une ligne.
Exemple
Un Gram-Schmidt complet dans . Munissons du produit scalaire canonique et orthonormalisons la famille
qui est libre, comme on le vérifie immédiatement, par exemple parce que la matrice de ses trois vecteurs en colonnes est triangulaire à diagonale non nulle après retournement des lignes. Nous utilisons la variante « orthogonaliser puis normer ».
Premier vecteur. On pose , de sorte que .
Deuxième vecteur. On calcule , puis
Vérifions l'orthogonalité : . Et
Troisième vecteur. On calcule et , puis
Coordonnée par coordonnée : , puis , puis . Donc
On vérifie et .
Normalisation. Il reste à diviser chaque vecteur par sa norme. Comme , et , on obtient la base orthonormée
Contrôle final. On vérifie que les trois vecteurs sont unitaires, par exemple , et deux à deux orthogonaux, par exemple . On a de plus et , conformément au théorème.
Exemple
Une famille de polynômes orthogonaux. Munissons du produit scalaire et orthonormalisons la base canonique . Les intégrales utiles sont les suivantes.
Premier polynôme. , de norme : donc .
Deuxième polynôme. On retranche à sa composante sur :
Sa norme se calcule directement :
Troisième polynôme. On calcule , puis
Le calcul de sa norme demande de développer le carré :
En réduisant au dénominateur commun , on lit en effet .
Normalisation. On divise chaque polynôme par sa norme, ce qui donne la base orthonormée
Contrôle. On vérifie par exemple , et l'orthogonalité résulte de la construction. Ces polynômes sont, à un changement de variable près, les premiers polynômes de Legendre : ils illustrent l'usage annoncé par le programme, celui des familles de polynômes orthogonaux.
Existence de bases orthonormées
Propriété
Existence. Tout espace euclidien de dimension admet une base orthonormée.
Plus généralement, tout sous-espace vectoriel de dimension finie non nulle d'un espace préhilbertien réel admet une base orthonormée.
Démonstration. Soit un espace euclidien de dimension . Il admet une base , qui est en particulier une famille libre. Appliquons-lui l'algorithme de Gram-Schmidt : on obtient une famille orthonormée de . Cette famille est libre, puisque orthonormée, et elle possède vecteurs : c'est donc une base de , orthonormée par construction.
Le cas d'un sous-espace de dimension finie d'un espace préhilbertien est identique : , muni de la restriction du produit scalaire de , est lui-même un espace euclidien de dimension , et l'on applique ce qui précède.
Propriété
Théorème de la base orthonormée incomplète. Soit un espace euclidien de dimension et une famille orthonormée de , avec . Il existe des vecteurs de tels que soit une base orthonormée de .
Démonstration. La famille est orthonormée, donc libre. Par le théorème de la base incomplète, il existe des vecteurs de tels que
soit une base de . Appliquons l'algorithme de Gram-Schmidt à cette base : il produit une base orthonormée de .
Montrons que les premiers vecteurs sont inchangés, c'est-à-dire que pour . Procédons par récurrence. Pour , l'algorithme pose , qui est déjà unitaire, donc . Supposons pour tout , avec . L'algorithme calcule
car la famille est orthonormée, donc tous les produits scalaires avec sont nuls. Comme , la normalisation ne change rien et .
Ainsi est une base orthonormée de qui prolonge la famille de départ.
Remarque
Ce théorème est le pendant orthonormé du théorème de la base incomplète, et il s'utilise exactement de la même façon : on part d'un ou deux vecteurs unitaires imposés par l'énoncé, et on complète. Il sert en particulier à construire une base orthonormée adaptée à un sous-espace : si est un sous-espace de dimension de l'espace euclidien , on prend une base orthonormée de , obtenue par Gram-Schmidt, et on la complète en une base orthonormée de . Les premiers vecteurs engendrent alors , et les derniers engendrent, comme nous le verrons, .
Méthode
Utiliser une base orthonormée. Trois réflexes, dans cet ordre.
- En fabriquer une dès qu'un énoncé fournit un sous-espace par une base quelconque et demande une projection, une distance ou des coordonnées : appliquer Gram-Schmidt, en orthogonalisant d'abord et en normant à la fin.
- Vérifier avant d'utiliser une formule. Toutes les formules de cette section supposent la base orthonormée. Le contrôle coûte deux lignes : chaque vecteur est de norme , et les produits scalaires deux à deux sont nuls.
- Ramener le problème à . Une fois une base orthonormée choisie, les calculs de produits scalaires et de normes se font sur les coordonnées, comme dans canonique. C'est ce qui permet de traiter des questions sur des polynômes ou des matrices avec des méthodes de géométrie élémentaire.
Projection orthogonale sur un sous-espace de dimension finie
Le supplémentaire orthogonal
Propriété
Théorème du supplémentaire orthogonal. Soit un espace préhilbertien réel et un sous-espace vectoriel de de dimension finie. Alors
On dit que est le supplémentaire orthogonal de dans .
Démonstration. Si , alors et l'égalité est claire. Supposons donc .
La somme est directe. Nous avons déjà démontré que : un vecteur appartenant aux deux est orthogonal à lui-même, donc nul.
La somme vaut . Le sous-espace est de dimension finie non nulle, donc il admet une base orthonormée d'après le théorème d'existence. Soit . Posons
Le vecteur est une combinaison linéaire des , donc . Montrons que . Pour tout ,
puisque . Le vecteur est donc orthogonal à chacun des vecteurs de la famille , qui engendre : d'après la propriété , on en déduit .
Ainsi avec et , donc , et la somme est directe.
Remarque
L'hypothèse « de dimension finie » est essentielle, et c'est la seule limitation du théorème : l'espace , lui, peut être de dimension quelconque. C'est ce qui permet de projeter une fonction continue sur un espace de polynômes de degré borné, alors même que n'est pas de dimension finie. Sans cette hypothèse sur , le résultat peut tomber en défaut, mais l'étude de ce phénomène relève du programme de deuxième année.
Notez le vocabulaire : on dit le supplémentaire orthogonal, avec un article défini, alors qu'on dit toujours un supplémentaire. Ce n'est pas une négligence : un sous-espace admet une infinité de supplémentaires, mais un seul est orthogonal à , à savoir .
Propriété
Soit un espace euclidien de dimension et un sous-espace vectoriel de . Alors
Démonstration. Dimension. L'espace est de dimension finie, donc d'après le théorème précédent. La dimension d'une somme directe étant la somme des dimensions, , d'où le résultat.
Double orthogonal. L'inclusion est vraie pour toute partie, et a été démontrée plus haut. Par ailleurs, en appliquant deux fois la formule de dimension,
Une inclusion entre deux sous-espaces de même dimension finie est une égalité.
La projection orthogonale
Définition
Soit un espace préhilbertien réel et un sous-espace de dimension finie de . Puisque , tout vecteur de s'écrit de manière unique sous la forme
Le vecteur s'appelle le projeté orthogonal de sur , et l'application s'appelle la projection orthogonale sur . C'est la projection sur parallèlement à , au sens du chapitre sur les applications linéaires.
Propriété
Caractérisation du projeté orthogonal. Soient un sous-espace de dimension finie de , et . Alors
Si de plus , la seconde condition s'écrit : pour tout .
Démonstration. Si , alors par définition et . Réciproquement, si et , alors est une décomposition de en la somme d'un élément de et d'un élément de ; l'unicité d'une telle décomposition, garantie par la somme directe, impose .
La reformulation vient de l'égalité : un vecteur est orthogonal à si et seulement s'il est orthogonal à chacun des générateurs.
Propriété
Expression dans une base orthonormée. Soit un sous-espace de dimension de , et une base orthonormée de . Alors, pour tout ,
Si est seulement une base orthogonale de , c'est-à-dire formée de vecteurs non nuls deux à deux orthogonaux, alors
Démonstration. La première formule a été établie dans la démonstration du théorème du supplémentaire orthogonal : le vecteur appartient à et vérifie , donc par la caractérisation.
Pour la seconde, il suffit de poser , ce qui définit une base orthonormée de , et de reporter :
Propriété
Soit un sous-espace de dimension finie de , et la projection orthogonale sur .
- est linéaire, , et .
- Pour tout , ; les vecteurs de sont exactement les vecteurs invariants.
- , dès lors que est lui aussi de dimension finie, ce qui est automatique si est euclidien.
- Inégalité de Bessel, pour une famille orthonormée finie : si est une base orthonormée de , alors
Démonstration. Points 1 et 2. Ce sont les propriétés générales d'une projection associée à une décomposition en somme directe, établies au chapitre des applications linéaires, appliquées à .
Point 3. Si avec et , alors . Par ailleurs, cette même écriture avec et montre que . La somme vaut .
Point 4. Écrivons avec . Les deux vecteurs et sont orthogonaux, donc le théorème de Pythagore donne
Enfin, a pour coordonnées les dans la base orthonormée de , donc d'après l'expression de la norme en base orthonormée.
Remarque
Le piège numéro un du chapitre. La formule n'est valable que si la base de est orthonormée. Avec une base orthogonale non normée, il faut diviser par ; avec une base quelconque, aucune des deux formules ne s'applique et il faut passer par la caractérisation, donc résoudre un système. Une bonne partie des erreurs de ce chapitre vient de l'application mécanique de la formule à une base qui n'a pas été normée.
Second piège, plus subtil : la base doit être une base de , pas de . Le vecteur , lui, n'a aucune raison d'appartenir à , et c'est même tout l'intérêt de l'opération.
Distance à un sous-espace et meilleure approximation
Définition
Soient un sous-espace vectoriel de et . On appelle distance de à la borne inférieure des distances de aux vecteurs de :
Propriété
Théorème de la meilleure approximation. Soit un sous-espace de dimension finie de et . Pour tout ,
avec égalité si et seulement si .
Autrement dit, la borne inférieure est atteinte, en un point et un seul, qui est le projeté orthogonal :
De plus, si est une base orthonormée de ,
Démonstration. Notons et soit quelconque. Écrivons
Le premier vecteur appartient à par définition du projeté orthogonal, et le second à comme différence de deux éléments de . Ils sont donc orthogonaux, et le théorème de Pythagore donne
En prenant la racine carrée, on obtient l'inégalité annoncée. Il y a égalité si et seulement si , c'est-à-dire si et seulement si .
La quantité est donc un minorant de l'ensemble , et elle appartient à cet ensemble puisque : c'est donc son plus petit élément, et la borne inférieure est un minimum, atteint uniquement en .
Pour la dernière formule, appliquons le théorème de Pythagore à la décomposition orthogonale :
et d'après l'inégalité de Bessel.
Remarque
Ce théorème est le point d'aboutissement du chapitre, et il faut en retenir les trois affirmations séparément. D'abord, la distance est atteinte : c'est un minimum, pas seulement une borne inférieure, ce qui n'a rien d'automatique pour une borne inférieure d'un ensemble infini. Ensuite, elle est atteinte en un unique point. Enfin, ce point est le projeté orthogonal, que l'on sait calculer par une formule.
C'est ce résultat qui donne un sens à la question posée en introduction : la meilleure approximation d'une fonction par un polynôme de degré au plus , au sens de la norme intégrale, est le projeté orthogonal de cette fonction sur . Le problème d'optimisation, qui semblait relever de l'analyse, se résout entièrement par de l'algèbre.
Un dernier mot sur la formule : elle évite de calculer le vecteur quand on ne veut que la distance. Mais attention, n'est pas , c'est .
Exemple
Projection sur un plan de . Munissons du produit scalaire canonique et considérons
puis . Calculons et .
Étape 1 : une base orthogonale de . La famille est libre, car ses deux vecteurs ne sont pas colinéaires, donc . Mais elle n'est pas orthogonale : . Orthogonalisons par Gram-Schmidt, sans normer. On pose , avec , puis
Contrôle : .
Étape 2 : le projeté. On calcule et , puis
Étape 3 : la distance. On calcule le vecteur résidu
d'où
Contrôle indispensable. Le résidu doit être orthogonal à , donc à et à :
Le calcul est validé. On peut aussi vérifier que : ses coordonnées vérifient bien , équation du plan que nous retrouverons à la section suivante.
Exemple
Projection sur les matrices symétriques. Munissons du produit scalaire , et reprenons les sous-espaces des matrices symétriques et des matrices antisymétriques.
Ces deux sous-espaces sont orthogonaux. Soient et , de sorte que et . En utilisant , on calcule le même produit scalaire de deux façons :
Or , donc , d'où . Ainsi . Comme on sait par ailleurs que , et que , ces deux sommes directes donnent la même dimension au second facteur : l'inclusion précédente est donc une égalité, . La décomposition d'une matrice en partie symétrique et partie antisymétrique est donc sa décomposition orthogonale, et
Application numérique. Pour , on obtient
d'où la distance de à l'espace des matrices symétriques :
Exemple
La meilleure approximation de par un polynôme de degré au plus . Reprenons muni de et posons , de dimension . Nous avons calculé plus haut, par Gram-Schmidt, la base orthogonale de , avec et , ainsi que
Or, par construction même de l'algorithme, , c'est-à-dire . Donc
Vérification par la caractérisation. Le polynôme doit être orthogonal à et à :
C'est bien le cas, donc .
Interprétation. Parmi toutes les fonctions affines , celle qui minimise est , et la valeur minimale de cette intégrale est . C'est la réponse à la question posée en introduction, et aucun calcul de dérivée n'a été nécessaire.
Méthode
Calculer un projeté orthogonal et une distance. Trois techniques ; choisir selon les données.
Technique A, par une base orthonormée ou orthogonale de . C'est la méthode par défaut.
- Déterminer une base de , puis l'orthogonaliser par Gram-Schmidt si nécessaire.
- Appliquer la formule , en n'omettant pas les dénominateurs si la base n'est pas normée.
- Calculer , ou utiliser .
Technique B, par la caractérisation. Utile quand orthonormaliser serait long, et indispensable quand aucune base commode n'est disponible. Écrire dans une base quelconque de , puis traduire par les équations . On obtient un système linéaire de équations à inconnues , dont la solution est unique.
Technique C, par l'orthogonal. Si est plus petite que , il est plus rapide de projeter sur et d'utiliser . C'est systématiquement le cas pour un hyperplan, où : voir la section suivante.
Contrôle obligatoire, quelle que soit la technique : vérifier que appartient bien à , et que le résidu est orthogonal à chacun des générateurs de . Ces deux vérifications coûtent trois lignes et détectent presque toutes les erreurs de calcul.
Hyperplans et vecteur normal
Dans toute cette section, désigne un espace euclidien de dimension . Rappelons qu'un hyperplan de est un sous-espace vectoriel de dimension , ou de façon équivalente le noyau d'une forme linéaire non nulle.
Vecteur normal à un hyperplan
Propriété
Soit un hyperplan de . Alors : l'orthogonal de est une droite vectorielle.
Tout vecteur non nul de est appelé vecteur normal à . On a alors
Réciproquement, si est un vecteur non nul de , alors est un hyperplan de , dont est un vecteur normal.
Démonstration. Sens direct. Puisque , la formule de dimension donne . Un vecteur non nul de cette droite l'engendre, donc . En passant à l'orthogonal et en utilisant , valable en dimension finie, on obtient
la dernière égalité provenant de la propriété .
Réciproque. Soit . L'application est linéaire, par linéarité du produit scalaire en la première variable, et elle est non nulle puisque . C'est donc une forme linéaire non nulle sur , et son noyau, qui est exactement , est un hyperplan.
Propriété
Équation d'un hyperplan en base orthonormée. Soit une base orthonormée de et un hyperplan de de vecteur normal . Alors, pour ,
Autrement dit, les coefficients d'une équation de dans une base orthonormée sont exactement les coordonnées d'un vecteur normal.
Démonstration. D'après la proposition précédente, si et seulement si . Or, dans une base orthonormée, le produit scalaire s'exprime par la somme des produits des coordonnées : .
Remarque
Cette proposition explique un fait connu depuis le lycée : dans un repère orthonormé du plan, la droite vectorielle d'équation admet pour vecteur normal ; dans l'espace, le plan vectoriel d'équation admet pour vecteur normal. La lecture directe des coefficients n'est légitime que dans une base orthonormée : dans une base quelconque, les coefficients d'une équation ne sont pas les coordonnées d'un vecteur normal.
Distance à un hyperplan
Propriété
Distance à un hyperplan. Soit un hyperplan de l'espace euclidien , de vecteur normal . Pour tout :
En particulier, dans une base orthonormée où a pour équation ,
Démonstration. Posons . C'est un multiple de , donc . Par ailleurs
donc . L'écriture est donc la décomposition de selon , ce qui donne par unicité.
D'après le théorème de la meilleure approximation, la distance de à vaut
en utilisant l'homogénéité de la norme, avec .
Enfin, dans une base orthonormée, et , d'où la formule en coordonnées.
Exemple
Dans canonique. Soit le plan vectoriel d'équation et . La base canonique de étant orthonormée, un vecteur normal se lit sur les coefficients : , avec . Alors , donc
Le projeté vaut
Contrôle. Le projeté appartient bien à , puisque , et le résidu est bien colinéaire à , de norme .
Exemple
Un hyperplan de polynômes. Munissons , de dimension , du produit scalaire , et considérons
L'application est une forme linéaire non nulle sur , donc est un hyperplan, de dimension . Or : le polynôme constant est donc un vecteur normal à , et il est déjà unitaire puisque .
La distance de à vaut donc
et le projeté orthogonal de sur est , dont l'intégrale sur est effectivement nulle.
Méthode
Calculer la distance d'un vecteur à un hyperplan. Ne jamais orthonormaliser une base de l'hyperplan, ce serait calculs de Gram-Schmidt pour rien. La méthode tient en trois lignes.
- Trouver un vecteur normal . Si est donné par une équation dans une base orthonormée, lire les coefficients. Si est donné par une base , résoudre le système , dont l'ensemble des solutions est une droite, et en choisir un vecteur non nul.
- Appliquer la formule .
- Contrôler en vérifiant que est bien orthogonal à tous les vecteurs de la base de .
Synthèse des méthodes du chapitre
Le tableau suivant résume les réflexes du chapitre. Chaque ligne renvoie à une méthode détaillée dans les sections précédentes.
| Pour… | On… |
|---|---|
| vérifier un produit scalaire | les 4 axiomes, le défini en dernier |
| montrer qu'une famille est libre | montre qu'elle est orthogonale |
| fabriquer une base orthonormée | Gram-Schmidt, en normant à la fin |
| trouver des coordonnées | calcule les |
| déterminer | une équation par vecteur générateur |
| projeter, base orthonormée | |
| projeter, base quelconque | résout |
| calculer | prend |
| calculer | , normal |
| minimiser | projette sur le sous-espace |
| majorer un produit de sommes | Cauchy-Schwarz, bien choisir et |
| réfuter une norme euclidienne | met en défaut le parallélogramme |
Pour finir, voici les fautes qui coûtent le plus de points dans ce chapitre. Chacune a été signalée au moins une fois dans les pages précédentes.
- Oublier le caractère défini. Une forme bilinéaire symétrique positive n'est pas un produit scalaire. C'est le quatrième axiome qui demande du travail, et c'est celui qu'on oublie de vérifier.
- Travailler avec des fonctions continues par morceaux pour un produit scalaire intégral. La continuité est l'hypothèse qui rend le produit scalaire défini, il faut la citer.
- Appliquer la formule du projeté avec une base orthogonale non normée, sans diviser par . Erreur la plus fréquente du chapitre.
- Utiliser une base de au lieu d'une base de dans la formule du projeté sur .
- Confondre et . La distance est la norme du résidu .
- Croire que est le complémentaire de , ou que deux sous-espaces orthogonaux sont supplémentaires. Seul le couple l'est, et encore faut-il que soit de dimension finie.
- Oublier l'hypothèse de dimension finie sur dans le théorème . L'espace , lui, peut être de dimension quelconque.
- Écrire le cas d'égalité de l'inégalité triangulaire comme celui de Cauchy-Schwarz. Le premier exige des vecteurs de même sens, le second seulement une famille liée.
- Croire que toute norme provient d'un produit scalaire. L'identité du parallélogramme fournit le contre-exemple en trois lignes.
- Utiliser la réciproque de Pythagore avec trois vecteurs ou plus. L'équivalence n'est valable que pour deux vecteurs.
Bloqué sur « Espaces préhilbertiens réels » ?
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.