PCSI · Chapitre 01 · Premier semestre
Raisonnement et vocabulaire ensembliste
Logique, quantificateurs, modes de raisonnement, ensembles, entiers, divisibilité, applications, injections, bijections.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Logique
- Quantificateurs
- Modes de raisonnement
- Ensembles
- Entiers
- Divisibilité
- Applications
- Injections
- Bijections
Ce chapitre ouvre l'année de PCSI, et ce n'est pas un hasard : il ne contient presque aucun théorème spectaculaire, mais il fixe la langue dans laquelle tous les autres chapitres seront écrits. Au lycée, on calcule ; en classe préparatoire, on démontre, et démontrer suppose de savoir exactement ce que l'on affirme, ce que l'on suppose, et ce qu'il reste à établir. Une copie de prépa n'est pas jugée sur le résultat final seul, mais sur la chaîne de déductions qui y conduit : chaque phrase doit être justifiée par la précédente. Nous allons donc préciser le sens des mots « ou », « si ... alors », « pour tout », « il existe », recenser les grandes manières de conduire une démonstration, mettre en place le vocabulaire des ensembles, revoir l'arithmétique de base des entiers, et terminer par le langage des applications. Ces quatre blocs ne sont pas quatre chapitres indépendants : ce sont les quatre pièces d'un même outillage, celui que vous emploierez en analyse, en algèbre, et jusque dans les copies de physique. Rien ici n'est difficile pris isolément ; la difficulté est de tout tenir à la fois, avec rigueur, dès le mois de septembre.
Les notations suivantes sont fixées une fois pour toutes et ne changeront plus dans ce cours : , , désignent des ensembles ; , , des parties d'un ensemble ; l'ensemble des parties de ; le complémentaire de dans ; la différence ; la différence symétrique ; la fonction indicatrice de ; une application ; l'identité de ; la restriction de à ; l'image directe de ; l'image réciproque de ; ou l'ensemble des applications de dans ; la divisibilité ; l'ensemble vide. Le plus grand diviseur commun et le plus petit multiple commun de deux entiers s'écrivent toujours en toutes lettres, et . Les quantificateurs sont notés et , l'existence et l'unicité , la négation , l'implication et l'équivalence . Enfin, le symbole marque la fin d'une démonstration : tant qu'il n'est pas écrit, la démonstration n'est pas terminée.
Rudiments de logique
Cette première section n'est pas un cours de logique mathématique : elle se limite strictement aux quelques règles dont on a besoin pour écrire et lire correctement un énoncé. Toute étude systématique de la logique est hors programme, et le but n'est pas de manipuler des symboles pour eux-mêmes, mais de savoir, devant une phrase mathématique, ce qu'il faudrait faire pour la démontrer et ce qu'il faudrait faire pour la réfuter.
Assertions et connecteurs
Définition
Une assertion (on dit aussi une proposition) est un énoncé mathématique dont on peut affirmer sans ambiguïté qu'il est vrai ou qu'il est faux. On appelle valeur de vérité de l'assertion le fait qu'elle soit vraie (notée ) ou fausse (notée ). Une assertion ne peut pas être à la fois vraie et fausse, et il n'y a pas de troisième possibilité.
a. « » : vraie.
b. « divise » : vraie.
c. « » : fausse.
d. « » : fausse.
e. « » : fausse.
f. « » : vraie.
Une assertion peut être vraie sans que l'on sache aujourd'hui la démontrer : « vrai » et « démontré » sont deux choses différentes. En revanche, une suite de mots comme « » ou « soit continue » n'est pas une assertion : ce n'est pas un énoncé que l'on peut déclarer vrai ou faux.
Remarque
L'énoncé « » n'est pas une assertion tant que n'est pas fixé : sa valeur de vérité dépend de . Un tel énoncé, dont la vérité dépend d'une ou plusieurs variables, s'appelle un prédicat et se note , ou s'il dépend de deux variables. Il devient une assertion dès que l'on fixe les variables, ou dès que l'on les quantifie (section « Quantificateurs »). Cette distinction paraît anodine ; elle est en réalité la source de la moitié des maladresses de rédaction en début d'année.
À partir d'assertions données, on en fabrique de nouvelles à l'aide de connecteurs logiques.
Définition
Soient et deux assertions.
- La négation de , notée et lue « non », est vraie lorsque est fausse, et fausse lorsque est vraie.
- La conjonction de et , lue « et », est vraie lorsque et sont toutes les deux vraies, et fausse dans tous les autres cas.
- La disjonction de et , lue « ou », est vraie lorsque l'une au moins des deux assertions est vraie, et fausse seulement lorsque les deux sont fausses.
Ces définitions se résument dans une table de vérité, qui énumère tous les cas possibles. Comme chacune des deux assertions et peut être vraie ou fausse, il y a quatre lignes à examiner :
Remarque
Le « ou » mathématique est inclusif : l'assertion « ou » n'exclut nullement que et soient vraies en même temps. C'est une différence importante avec le langage courant, où « fromage ou dessert » signifie « l'un des deux, mais pas les deux ». Ainsi, l'assertion « est pair ou est premier » est vraie, bien que les deux membres le soient. Quand un énoncé mathématique veut exclure le cas simultané, il le dit explicitement : « ou bien ..., ou bien ..., mais pas les deux », ou « exactement l'un des deux ». Retenez la conséquence pratique : pour démontrer « ou », il suffit de démontrer l'une des deux, et il n'y a jamais à choisir laquelle à l'avance. Le « et », lui, coïncide avec l'usage courant, mais il coûte plus cher : démontrer « et » réclame deux démonstrations, et une copie qui établit en oubliant n'a rien démontré du tout.
Propriété
Soient , , trois assertions. Dans chacun des cas suivants, les deux assertions citées ont, quelles que soient les valeurs de vérité de , et , la même valeur de vérité.
- Double négation : et .
- Lois de De Morgan : et « ou » ; et « et ».
- Commutativité : « et » et « et » ; « ou » et « ou ».
- Distributivité : « et ou » et « et ou et » ; « ou et » et « ou et ou ».
Démonstration. Le principe est toujours le même : on écrit la table de vérité des deux assertions à comparer, et on constate que les deux colonnes finales coïncident ligne à ligne. Traitons complètement la première loi de De Morgan.
La quatrième colonne et la septième coïncident sur les quatre lignes : les deux assertions ont bien toujours la même valeur de vérité. La double négation et la commutativité se lisent directement sur la table du connecteur concerné. Traitons enfin la première distributivité ; comme trois assertions interviennent, la table compte huit lignes.
La cinquième colonne et la huitième coïncident sur les huit lignes. Les autres égalités annoncées s'obtiennent exactement de la même façon.
Ces règles ne sont pas là pour être étudiées pour elles-mêmes : ce sont des outils, dont nous nous servirons constamment pour nier une hypothèse, pour organiser une disjonction de cas ou pour raisonner par l'absurde.
Exemple
Soit un réel fixé. La négation de l'assertion « et » est, par la loi de De Morgan, « ou ». Autrement dit, ne pas appartenir au segment , c'est être strictement à gauche ou strictement à droite. Notez le basculement du « et » en « ou » : c'est l'erreur la plus fréquente lorsqu'on nie une double inégalité.
Implication, réciproque, contraposée
Définition
Soient et deux assertions. L'assertion « », lue « implique » ou « si alors », est par définition l'assertion « ou ». Elle est donc fausse dans le seul cas où est vraie et est fausse, et vraie dans tous les autres cas.
Définition
Lorsque l'implication est vraie, on dit que :
- est une condition suffisante pour : il suffit que soit vraie pour que le soit ;
- est une condition nécessaire pour : il faut que soit vraie pour que puisse l'être.
Ce vocabulaire est exigible et sera repris tout au long de l'année, en particulier dans les raisonnements par analyse-synthèse. Un moyen sûr de ne pas les confondre : l'implication va du suffisant vers le nécessaire, dans le sens de la flèche. Par exemple, pour un entier , « est divisible par » est une condition suffisante pour « est pair », et « est pair » est une condition nécessaire pour « est divisible par ».
Remarque
Une implication dont l'hypothèse est fausse est vraie, quelle que soit sa conclusion. L'assertion « si , alors » est donc vraie, et l'assertion « si , alors » aussi. Cela surprend au début, mais cette convention est indispensable. Sans elle, l'énoncé « pour tout réel , si alors », qui est manifestement un énoncé vrai, cesserait de l'être : il concerne en effet aussi les réels qui ne dépassent pas , et pour ceux-là il faut bien que l'implication soit vraie. On parle d'implication vide lorsque l'hypothèse n'est jamais réalisée. Ce mécanisme resservira, par exemple pour établir que l'ensemble vide est inclus dans n'importe quel ensemble.
Remarque
Une implication vraie ne dit rien sur la vérité de ni sur celle de prises séparément. Démontrer « si alors », ce n'est pas démontrer : c'est démontrer un lien. Pour en tirer , il faut disposer en plus de ; ce pas de raisonnement, qui consiste à conclure à partir de et de , est celui que l'on écrit « donc ».
Définition
Soient et deux assertions, et considérons l'implication .
- Sa réciproque est l'implication .
- Sa contraposée est l'implication .
Propriété
Soient et deux assertions.
- L'implication et sa contraposée ont toujours la même valeur de vérité.
- La négation de est l'assertion « et ».
Démonstration. Pour le premier point, on peut se passer de table de vérité en revenant à la définition. Par définition, est l'assertion « ou ». De même, est l'assertion « ou », c'est-à-dire, par la règle de double négation, « ou ». Or la disjonction est commutative : « ou » et « ou » ont la même valeur de vérité. Les deux implications coïncident donc.
Pour le second point, la négation de est la négation de « ou », c'est-à-dire, par la loi de De Morgan, « et », soit encore « et » par double négation.
Ce second point mérite d'être médité : la négation d'une implication n'est pas une implication, c'est une conjonction. Réfuter « si alors », c'est donc produire une situation où est vraie et fausse, et rien d'autre.
Remarque
Piège classique : contraposée et réciproque n'ont rien à voir. La contraposée d'une implication lui est équivalente : la démontrer, c'est démontrer l'implication de départ, et l'on n'a rien à ajouter. La réciproque, elle, est une assertion nouvelle, qui peut parfaitement être fausse alors que l'implication de départ est vraie. Confondre les deux est l'une des fautes les plus fréquentes en début d'année, et elle est lourdement sanctionnée, car elle revient à démontrer autre chose que ce qui était demandé.
Exemple
Soit un entier relatif, et considérons l'implication : « si est pair, alors est pair ».
- Sa réciproque est : « si est pair, alors est pair ». Elle est vraie, et immédiate : si avec entier, alors .
- Sa contraposée est : « si n'est pas pair, alors n'est pas pair », autrement dit « si est impair, alors est impair ». Elle est vraie elle aussi, et c'est justement par elle que nous démontrerons l'implication de départ (section « Raisonnement par contraposée »).
- Sa négation est : « est pair et est impair ». Pour réfuter l'implication, il faudrait exhiber un entier vérifiant ces deux conditions à la fois. C'est impossible, puisque l'implication est vraie.
Exemple
Voici une implication vraie dont la réciproque est fausse. Pour un réel : « si , alors » est vraie. Sa réciproque, « si , alors », est fausse, comme le montre , pour lequel et . Sa contraposée, « si , alors », est vraie, comme l'implication de départ dont elle n'est qu'une autre écriture.
Équivalence
Définition
Soient et deux assertions. L'assertion « », lue « équivaut à » ou « si et seulement si », est vraie lorsque et ont la même valeur de vérité, et fausse sinon. On dit alors que est une condition nécessaire et suffisante pour , et l'on dit aussi, dans le langage courant des mathématiques, qu'il faut et il suffit que soit vraie pour que le soit.
Propriété
Soient et deux assertions. L'assertion a la même valeur de vérité que l'assertion
Démonstration. Examinons les quatre cas possibles. Si et sont toutes deux vraies, l'équivalence est vraie ; les deux implications le sont aussi, donc leur conjonction également. Si et sont toutes deux fausses, l'équivalence est vraie ; les deux implications ont chacune une hypothèse fausse, donc sont vraies, et leur conjonction aussi. Si est vraie et fausse, l'équivalence est fausse, et l'implication est fausse, donc la conjonction est fausse. Le cas où est fausse et vraie se traite de la même manière en échangeant les rôles. Dans les quatre cas, les deux assertions ont la même valeur de vérité.
C'est ce résultat qui justifie la méthode de démonstration par double implication (section « Démonstration d'une équivalence »).
Propriété
Transitivité. Soient , , trois assertions. Si et sont vraies, alors est vraie. De même, si et sont vraies, alors est vraie.
Démonstration. Supposons et vraies. Alors et ont la même valeur de vérité, et et ont la même valeur de vérité ; donc et ont la même valeur de vérité, et est vraie.
Pour les implications, supposons et vraies, et montrons . Cette dernière n'est fausse que si est vraie et fausse. Or si est vraie, alors est vraie puisque est vraie, puis est vraie puisque est vraie. Le cas défavorable ne se produit donc jamais : est vraie.
C'est cette transitivité, appliquée un grand nombre de fois, qui autorise à enchaîner les « donc » dans une démonstration.
Remarque
Attention aux chaînes d'équivalences. Dans la résolution d'une équation, écrire une suite de symboles engage à ce que chaque étape soit réversible. Élever au carré, par exemple, ne l'est pas : l'égalité entraîne , mais la réciproque est fausse. Une chaîne d'équivalences mal contrôlée fabrique des solutions parasites, ou en perd. Au moindre doute, on écrit des implications dans un seul sens et l'on vérifie les candidats à la fin : c'est exactement le raisonnement par analyse-synthèse.
Quantificateurs
Un prédicat n'est pas une assertion. Pour en faire une, on peut fixer , ou bien quantifier la variable, c'est-à-dire préciser sur quels éléments elle porte et de quelle manière.
Définition
Soit un prédicat portant sur les éléments d'un ensemble .
- Quantificateur universel : l'assertion , lue « pour tout de , », est vraie lorsque est vraie pour chacun des éléments de .
- Quantificateur existentiel : l'assertion , lue « il existe un de tel que », est vraie lorsqu'au moins un élément de rend vraie.
- Quantificateur d'existence et d'unicité : l'assertion , lue « il existe un unique de tel que », est vraie lorsque exactement un élément de rend vraie.
Remarque
La variable quantifiée est muette : les assertions et sont exactement la même assertion, le nom de la variable n'ayant aucune importance. En revanche, une lettre libre, non quantifiée, doit avoir été introduite auparavant : écrire « » sans avoir dit qui est n'a pas de sens. Une règle de relecture simple : toute lettre qui apparaît dans votre copie doit avoir été soit quantifiée, soit introduite par un « soit ».
Remarque
Les quantificateurs ne sont pas des abréviations d'écriture. Le programme l'exclut explicitement. Dans un texte rédigé, on écrit « pour tout réel », « il existe un entier tel que », en toutes lettres. Les symboles et sont réservés à l'écriture formelle d'une proposition que l'on veut manipuler comme un objet, typiquement pour la nier ou pour en discuter l'ordre. Une copie où l'on lit « solution, donc une racine » est une copie mal rédigée : ces symboles ne remplacent ni un verbe, ni un connecteur, ni le mot « donc », ni le mot « tel que ».
Exemple
Formalisons quelques énoncés connus du lycée. À gauche la phrase française, à droite la proposition formalisée.
a. « Le carré d'un réel est positif ou nul » s'écrit .
b. « L'équation admet une solution réelle » s'écrit .
c. « Tout réel strictement positif admet un unique logarithme » s'écrit .
d. « La fonction s'annule sur » s'écrit .
e. « Aucun entier naturel n'est strictement négatif » s'écrit .
Remarque
L'assertion se démontre toujours en deux temps, qui sont deux démonstrations distinctes : l'existence d'un élément convenable, puis l'unicité, c'est-à-dire le fait que deux éléments convenables sont nécessairement égaux. On y revient à la section « Démonstration d'une existence et d'une unicité ».
Ordre des quantificateurs
Remarque
L'ordre des quantificateurs change le sens de l'énoncé. Deux quantificateurs de même nature qui se suivent peuvent être échangés sans dommage : et disent la même chose, et de même pour deux consécutifs. Mais on ne peut jamais échanger un et un : les deux propositions obtenues n'ont, en général, ni le même sens, ni la même valeur de vérité.
L'explication tient en une phrase : dans une proposition quantifiée, chaque objet introduit peut dépendre de tous ceux qui ont été introduits avant lui, et d'aucun de ceux qui viennent après.
Exemple
Comparons deux propositions qui ne diffèrent que par l'ordre de leurs deux quantificateurs.
La première est
Elle est vraie. En effet, soit . Posons ; ce réel dépend de , ce qui est parfaitement licite puisqu'il est choisi après lui. On a alors , donc un tel existe. Comme était quelconque, la proposition est vraie.
La seconde est
Elle est fausse. Elle réclame en effet un seul réel , choisi avant et donc valable pour tous les à la fois. Raisonnons par l'absurde : si un tel existait, en appliquant la propriété à on obtiendrait , donc ; et en l'appliquant à on obtiendrait , donc . On aurait alors , ce qui est absurde. Aucun tel n'existe.
Les deux propositions sont écrites avec exactement les mêmes symboles, dans un ordre différent, et l'une est vraie tandis que l'autre est fausse.
Remarque
En pratique, la question à se poser devant un est toujours : l'objet dont on affirme l'existence a-t-il le droit de dépendre de ce qui précède ? Dans « pour tout , il existe ... », le rang dépend de , et c'est normal. Dans « il existe tel que pour tout , », le majorant ne dépend de rien : il doit convenir pour tous les simultanément. Écrire les quantificateurs dans le mauvais ordre, c'est écrire un autre énoncé, souvent beaucoup plus fort et faux. C'est une erreur que les correcteurs repèrent immédiatement.
Négation d'une proposition quantifiée
Savoir nier un énoncé est une compétence explicitement exigée par le programme. C'est indispensable pour raisonner par l'absurde, pour réfuter une propriété, et tout simplement pour comprendre ce que l'on cherche à démontrer.
Propriété
Soit un prédicat portant sur les éléments d'un ensemble . Alors :
Démonstration. Établissons la première règle. Supposons d'abord que soit vraie, c'est-à-dire que la proposition « » soit fausse. Par définition du quantificateur universel, cette proposition est vraie exactement lorsque tous les éléments de vérifient ; comme elle est fausse, il n'est pas vrai que tous la vérifient, donc l'un au moins des éléments de ne la vérifie pas : il existe tel que .
Réciproquement, supposons qu'il existe tel que soit vraie. Alors la proposition « » ne peut pas être vraie, puisque l'élément la met en défaut ; elle est donc fausse, et sa négation est vraie.
Les deux propositions sont donc simultanément vraies et simultanément fausses : elles ont bien la même valeur de vérité.
La seconde règle s'obtient en appliquant la première au prédicat , puis en utilisant la double négation. On peut aussi la lire directement : dire qu'il n'existe aucun élément de vérifiant , c'est dire que tous les éléments de vérifient .
Méthode
Nier une proposition quantifiée. On procède mécaniquement, de la gauche vers la droite, sans jamais changer l'ordre des quantificateurs.
- Remplacer chaque par un et chaque par un , en conservant leur ordre et leurs ensembles.
- Nier la propriété finale, celle qui ne contient plus de quantificateur.
- Pour cette dernière étape, appliquer les règles usuelles : la négation de « et » est « ou » ; celle de « ou » est « et » ; celle de « » est « et » ; celle de est ; celle de est ; celle de est .
- Relire la proposition obtenue en français, pour vérifier qu'elle a un sens et qu'elle dit bien le contraire de la proposition de départ.
Deux erreurs à ne jamais commettre : nier « » en « » (l'ensemble sur lequel on quantifie n'est jamais modifié), et laisser une implication dans la négation d'une proposition qui en contenait une.
Exemple
Négation d'une proposition à un quantificateur. Soit la proposition « tout réel est positif ou nul », qui s'écrit
Sa négation est
Cette négation est vraie, il suffit de prendre . Donc la proposition de départ est fausse. On voit ici le mécanisme du contre-exemple : réfuter un énoncé universel, c'est démontrer un énoncé existentiel, donc exhiber un objet.
Exemple
Négation d'une proposition à deux quantificateurs. Soit . La proposition « est majorée » s'écrit
Sa négation, obtenue par la méthode, est
En français : quelle que soit la hauteur que l'on se fixe, la fonction finit par la dépasser en un point, ce point dépendant bien entendu de . C'est exactement ce que l'on démontre pour la fonction : étant donné , le réel convient.
Exemple
Négation d'une proposition contenant une implication. Soit . La proposition « est croissante » s'écrit
Sa négation est
Observez le point délicat : la négation de l'implication finale est une conjonction. Écrire « » serait une faute grave, car cette dernière proposition est vraie pour toute application : en prenant et , l'hypothèse est fausse, donc l'implication est vraie. Elle ne dit donc rien du tout.
Exemple
Négation d'une proposition à trois quantificateurs. Soient une suite réelle et un réel. La proposition « la suite converge vers » s'écrit
Nous ne démontrerons rien au sujet de cette proposition dans ce chapitre : elle sert ici de matériau logique, car c'est l'énoncé quantifié le plus riche que vous rencontrerez cette année. Appliquons la méthode. On échange les trois quantificateurs dans l'ordre, puis on nie l'implication finale :
En français : il existe une précision que la suite n'atteint jamais définitivement, au sens où, aussi loin que l'on aille dans la suite, on trouvera encore un terme à distance strictement supérieure à de . Notez que le rang n'est pas nié en « pour tout il n'existe pas » : il est simplement transformé en un « pour tout », et c'est le qui devient existentiel.
Modes de raisonnement
Savoir ce qu'est une implication ne dit pas encore comment la démontrer. Cette section recense les stratégies disponibles. Le choix de la bonne stratégie est souvent la moitié du travail : devant une question, la première chose à faire est de repérer la forme logique de ce qui est demandé (une implication ? une équivalence ? un énoncé universel ? une existence ?), car cette forme dicte le plan de la démonstration.
Raisonnement direct
Méthode
Raisonnement direct. C'est la manière par défaut, celle que l'on essaie en premier.
- Pour démontrer une implication , on suppose vraie et l'on en déduit par une suite de déductions. Rédaction type : « Supposons . Alors ... Donc . »
- Pour démontrer une proposition universelle , on commence par « Soit », on démontre sans jamais rien supposer de particulier sur , puis on conclut. Le mot « soit » signifie précisément : je prends un élément quelconque, fixé mais arbitraire.
- Pour démontrer une proposition existentielle , il suffit d'exhiber un élément convenable et de vérifier qu'il convient. On n'est jamais tenu d'expliquer comment on l'a trouvé, ni de le trouver joliment.
Exemple
Montrons que pour tout réel , on a .
Soit . On met le trinôme sous forme canonique :
Or , comme carré d'un réel. Donc , et par conséquent . Comme le réel était quelconque, la propriété est vraie pour tout réel.
Exemple
Montrons qu'il existe un réel tel que .
Il suffit d'en exhiber un : posons . Alors . La proposition est démontrée.
Remarquez qu'aucune théorie n'est nécessaire : pour une existence, un candidat vérifié vaut démonstration complète.
Raisonnement par contraposée
Méthode
Raisonnement par contraposée. Pour démontrer une implication , on démontre sa contraposée , ce qui revient exactement au même d'après la propriété de la section « Implication, réciproque, contraposée ».
On y pense lorsque l'hypothèse est plus maniable que l'hypothèse : c'est typiquement le cas lorsque est une négation, ou une propriété peu exploitable telle que « est pair », « n'est pas nul », « ne divise pas ». L'idée directrice : une hypothèse dont on ne sait rien faire est un signal ; regardez ce que donne la contraposée.
Rédaction type : « Montrons la contraposée : supposons . Alors ... donc . Par contraposition, l'implication est démontrée. »
Exemple
Montrons que pour tout entier relatif , si est pair, alors est pair.
Le raisonnement direct est peu engageant : l'hypothèse « est pair » fournit un entier tel que , ce qui ne renseigne guère sur lui-même. Démontrons plutôt la contraposée, à savoir : si est impair, alors est impair.
Supposons donc impair. Il existe alors un entier tel que . On calcule
Comme est un entier, l'entier s'écrit sous la forme avec entier : il est donc impair.
La contraposée est établie ; par contraposition, l'implication de départ est démontrée.
Exemple
Montrons que pour tous réels et , si , alors .
L'hypothèse « » est une négation, difficile à exploiter directement. Passons à la contraposée : si , alors . Supposons donc cette égalité. En développant les deux membres :
En simplifiant par et par , il vient , c'est-à-dire , donc . La contraposée est vraie, donc l'implication de départ aussi.
Raisonnement par l'absurde
Méthode
Raisonnement par l'absurde. Pour démontrer une assertion , on suppose et l'on aboutit à une contradiction, c'est-à-dire à une assertion à la fois vraie et fausse. On en conclut que est fausse, donc que est vraie.
Rédaction type : « Supposons par l'absurde que ... Alors ... , ce qui est absurde. Par conséquent ... »
Pour démontrer une implication par l'absurde, on suppose la négation de l'implication, c'est-à-dire à la fois et , et l'on cherche une contradiction. On dispose donc de deux hypothèses au lieu d'une.
Exemple
Montrons que n'est pas un nombre rationnel.
Supposons par l'absurde que soit rationnel. On peut alors écrire , où et sont des entiers naturels, non nul, la fraction étant supposée irréductible : on l'a simplifiée au maximum, de sorte que et ne sont pas tous les deux pairs.
En élevant au carré, on obtient , c'est-à-dire
Ainsi est pair, donc est pair d'après l'exemple de la section précédente. Écrivons avec entier. En reportant, , donc : l'entier est pair, donc est pair, pour la même raison.
Les entiers et sont donc tous les deux pairs, ce qui contredit l'irréductibilité de la fraction. L'hypothèse de départ est absurde : n'est pas rationnel.
L'existence d'une telle écriture irréductible sera justifiée dans la section « Décimaux, rationnels, irrationnels » (propriété « Forme irréductible »), où cette démonstration est reprise sous une forme entièrement rigoureuse.
Exemple
Montrons que si est un réel tel que et pour tout réel , alors .
Supposons par l'absurde que . Comme , on a alors . Appliquons l'hypothèse au réel , qui est bien strictement positif : on obtient , donc , donc . Avec , c'est absurde. Par conséquent .
Remarque de méthode. Ce petit résultat est un classique absolu : il resservira chaque fois qu'il faudra démontrer qu'une quantité positive, majorée par tout , est nulle.
Remarque
Absurde ou contraposée ? Les deux raisonnements se ressemblent et sont pourtant distincts. Pour démontrer :
- par contraposée, on suppose seulement , et on doit aboutir à ;
- par l'absurde, on suppose et , et on doit aboutir à une contradiction quelconque, pas nécessairement à .
Le raisonnement par l'absurde est plus souple, mais il est souvent employé à tort. Si votre contradiction finale est « ... ce qui contredit l'hypothèse », c'est que vous avez en réalité démontré directement, et le détour par l'absurde n'ajoute que du bruit. De même, si vous n'utilisez jamais l'hypothèse , c'est que vous avez démontré la contraposée. Réservez l'absurde aux situations où les deux hypothèses servent réellement.
Raisonnement par disjonction de cas
Méthode
Disjonction de cas. Pour démontrer une assertion, on partage la situation en un nombre fini de cas qui couvrent toutes les possibilités, et l'on démontre l'assertion dans chacun d'eux.
Deux points de vigilance. D'abord, il faut impérativement vérifier, et si possible justifier en une phrase, que la liste des cas est exhaustive : un cas oublié, et la démonstration ne prouve rien. Ensuite, que les cas se recouvrent partiellement n'est pas gênant, on n'a jamais besoin qu'ils soient deux à deux incompatibles.
Exemple
Montrons que pour tout entier relatif , l'entier est pair.
Soit . Tout entier est pair ou impair : ces deux cas couvrent bien toutes les possibilités.
Cas 1 : est pair. Écrivons avec . Alors
et est un entier : est pair.
Cas 2 : est impair. Écrivons avec . Alors , donc
et est un entier : est pair.
Les deux cas étant exhaustifs, l'entier est pair dans tous les cas.
Exemple
Montrons que pour tout réel , on a . Soit . La définition même de la valeur absolue impose une disjonction. Cas 1 : . Alors , donc . Cas 2 : . Alors , donc . Dans les deux cas, l'inégalité est vérifiée.
Raisonnement par contre-exemple
Méthode
Contre-exemple. Pour démontrer qu'une assertion universelle est fausse, il suffit, d'après la règle de négation, d'exhiber un seul élément de tel que soit fausse. On dit que est un contre-exemple.
Un contre-exemple ne se discute pas : il se vérifie, calcul à l'appui. Inversement, aucun nombre d'exemples favorables, si grand soit-il, ne démontre jamais une assertion universelle.
Exemple
L'assertion « pour tout entier naturel , l'entier est un nombre premier » est fausse.
Elle est pourtant vraie pour (on trouve ), pour (on trouve ), pour (on trouve ), et en réalité pour tous les entiers jusqu'à , ce qui est très encourageant. Mais pour :
qui n'est pas premier. Un seul contre-exemple suffit à ruiner l'énoncé, quel que soit le nombre de cas favorables observés auparavant.
Exemple
L'assertion « pour tous réels et , » est fausse : prendre donne d'un côté et de l'autre, et puisque .
Démonstration d'une équivalence
Méthode
Démontrer une équivalence. Deux stratégies sont possibles.
- Par double implication : on démontre , puis . On annonce clairement les deux sens, par exemple par les symboles et , ou par les mots « sens direct » et « réciproque ». C'est la méthode par défaut, et la plus sûre.
- Par équivalences successives : on enchaîne des assertions reliées par le symbole . Cette rédaction est plus courte et souvent élégante, mais elle exige que chaque étape soit réellement une équivalence, et pas seulement une implication. Au moindre doute, revenir à la double implication.
Exemple
Par double implication. Soient et deux réels. Montrons que
Supposons et . Alors .
Supposons . Comme et , on a . Avec , il vient , donc . En reportant dans l'égalité de départ, , donc .
Les deux implications étant établies, l'équivalence est démontrée.
Exemple
Par équivalences successives. Résolvons dans l'équation .
Le point délicat est l'élévation au carré, qui n'est pas réversible en général. Elle le devient si l'on impose aux deux membres d'être positifs ou nuls. Comme une racine carrée est toujours positive ou nulle, toute solution est nécessairement positive ou nulle : on peut donc traîner la condition à chaque ligne. Soit tel que . Alors
L'ensemble des solutions est donc . Vérification : .
La condition , répétée à chaque ligne, est exactement ce qui rend l'élévation au carré réversible. Sans elle, on aurait « trouvé » la solution parasite , qui ne convient pas puisque .
Démonstration d'une existence et d'une unicité
Méthode
Existence et unicité. L'assertion se démontre en deux temps indépendants, qu'il faut annoncer et séparer.
- Existence : exhiber un élément de vérifiant , ou démontrer son existence par un argument théorique.
- Unicité : démontrer que deux éléments convenables sont nécessairement égaux.
L'unicité admet deux rédactions, toutes deux correctes.
- Rédaction directe. « Soient et deux éléments de vérifiant . Montrons que . » C'est la rédaction à privilégier : elle est courte et ne suppose rien.
- Rédaction par l'absurde. « Supposons qu'il existe deux éléments distincts et vérifiant ... contradiction. » Elle est parfois plus naturelle quand la distinction se transforme facilement en information exploitable.
Ce qui n'est pas une démonstration d'unicité : dire « on a trouvé une solution, donc c'est la seule », ou raisonner uniquement sur l'objet que l'on vient de construire. L'unicité porte sur tous les objets possibles, pas sur celui qu'on a en main.
Exemple
Soient et deux réels avec . Montrons qu'il existe un unique réel tel que .
Existence. Comme , le réel est bien défini, et
Donc convient.
Unicité. Soient et deux réels tels que et . En soustrayant ces deux égalités, on obtient . Comme , on en déduit , c'est-à-dire .
Il existe donc un unique réel tel que , à savoir .
Exemple
Un cas où l'existence est admise et l'unicité démontrée. Soit un réel. On admet, comme au lycée, qu'il existe un entier tel que ; cet entier s'appelle la partie entière de . Montrons qu'il est unique.
Soient et deux entiers tels que et . De et on tire , donc . De et on tire de même . Ainsi est un entier strictement compris entre et : le seul entier possible est , donc .
Remarque de méthode. Ce raisonnement, qui consiste à encadrer une différence d'entiers strictement entre et pour conclure qu'elle est nulle, est le procédé standard des démonstrations d'unicité en arithmétique. On le retrouvera pour la division euclidienne.
Raisonnement par analyse-synthèse
Le programme cite explicitement le raisonnement par analyse-synthèse comme l'occasion de préciser les notions de condition nécessaire et de condition suffisante. Ce n'est pas un hasard : la structure même de la méthode est celle d'une condition nécessaire, puis d'une condition suffisante.
Méthode
Analyse-synthèse. C'est la méthode reine lorsque l'on cherche tous les objets vérifiant une condition, sans en connaître aucun a priori. Elle se déroule en deux phases, qui doivent être annoncées et nettement séparées.
- Analyse. On suppose qu'un objet convient, et l'on en tire des conditions nécessaires, jusqu'à déterminer complètement , ou du moins jusqu'à obtenir une courte liste de candidats. Cette phase ne démontre rien d'autre que : « s'il y a une solution, elle est forcément parmi celles-là ». Elle règle donc l'unicité, jamais l'existence.
- Synthèse. On prend chacun des candidats obtenus et l'on vérifie qu'il convient réellement : on montre que les conditions trouvées sont suffisantes. Cette phase règle l'existence.
Rédaction type : « Analyse. Supposons que convienne. Alors ... donc nécessairement Synthèse. Réciproquement, posons et vérifions qu'il convient : ... Conclusion. Il existe une unique solution, à savoir ... »
Remarque
La synthèse n'est jamais facultative. C'est le point sur lequel les copies perdent le plus de points. L'analyse part de l'hypothèse « est solution » : tout ce qu'elle produit est conditionné par cette hypothèse, dont on ignore encore si elle peut être réalisée. Tant que la synthèse n'est pas faite, on n'a strictement rien démontré quant à l'existence, et il se peut parfaitement qu'aucun candidat ne convienne. Sauter la synthèse au motif que « les calculs sont réversibles » n'est acceptable que si on l'écrit et qu'on le justifie, ce qui revient au même travail. Écrivez-la.
Exemple
Décomposition en partie paire et partie impaire. Soit . Montrons qu'il existe un unique couple d'applications de dans , avec paire et impaire, tel que .
Analyse. Supposons qu'un tel couple convienne : est paire, est impaire, et . Soit . En évaluant l'égalité en , puis en , et en utilisant et , on obtient
En additionnant ces deux égalités, il vient ; en les soustrayant, . Donc nécessairement, pour tout réel ,
Le couple est ainsi entièrement déterminé par : s'il existe, il est unique. Notons bien qu'à ce stade nous n'avons pas démontré qu'un tel couple existe.
Synthèse. Réciproquement, définissons les applications et de dans par les deux formules ci-dessus, et vérifions qu'elles conviennent. Soit . D'une part
donc est paire. D'autre part
donc est impaire. Enfin
donc . Le couple convient.
Conclusion. Il existe un unique couple formé d'une application paire et d'une application impaire tel que .
Remarque de méthode. C'est le classique par excellence du raisonnement par analyse-synthèse : tout élève de PCSI doit savoir le rédiger de tête. Sur l'exemple , il donne et .
Exemple
Un cas où la synthèse élimine un candidat. Cherchons tous les réels tels que .
Analyse. Supposons que convienne. En élevant au carré, , c'est-à-dire , soit . Donc nécessairement ou .
Synthèse. Pour : et , les deux membres coïncident, donc convient. Pour : et , et , donc ne convient pas.
Conclusion. L'unique solution est . Sans la synthèse, on aurait annoncé deux solutions au lieu d'une : voilà à quoi elle sert.
Raisonnement par récurrence
Le raisonnement par récurrence permet de démontrer une infinité d'assertions , , , ... en un nombre fini de lignes. Il repose sur une propriété fondamentale de l'ensemble des entiers naturels, que nous admettons : toute construction et toute axiomatique de sont hors programme. Dans toute cette section, la lettre suivie d'un entier désigne une assertion dépendant de cet entier ; elle n'a rien à voir avec la notation de l'ensemble des parties d'un ensemble , que l'on rencontrera plus loin, et le contexte lèvera toujours l'ambiguïté.
Récurrence simple
Propriété
Principe de récurrence (admis). Soit un entier naturel et soit, pour tout entier , une assertion . On suppose que :
- initialisation : est vraie ;
- hérédité : pour tout entier , si est vraie, alors est vraie.
Alors est vraie pour tout entier .
L'image classique est celle de la file de dominos : l'hérédité dit que chaque domino fait tomber le suivant, l'initialisation dit que l'on pousse effectivement le premier. Il faut les deux, et ni l'une ni l'autre ne suffit seule.
Méthode
Rédiger une récurrence. La rédaction est très codifiée, et toute variante est perçue comme une maladresse. Quatre étapes, toujours les mêmes.
- Énoncer la propriété. « Pour tout entier , notons l'assertion : ... ». L'assertion doit être une phrase mathématique complète dépendant de , et surtout pas un nombre, ni un calcul, ni une expression sans verbe.
- Initialiser. Vérifier en calculant séparément les deux membres et en constatant qu'ils coïncident. Ne jamais écrire l'égalité à démontrer comme si elle était acquise.
- Montrer l'hérédité. « Soit un entier fixé. Supposons vraie. Montrons . » On écrit explicitement ce que l'on suppose, c'est-à-dire l'hypothèse de récurrence, et ce que l'on veut obtenir ; puis on fait apparaître l'hypothèse de récurrence dans le calcul, en signalant l'endroit où on l'utilise.
- Conclure. « L'assertion est vraie au rang et elle est héréditaire ; par récurrence, est vraie pour tout entier . »
Exemple
Une récurrence rédigée en entier. Montrons que pour tout entier naturel ,
Pour tout entier naturel , notons l'assertion : « ».
Initialisation. Pour , le membre de gauche vaut , et le membre de droite vaut . Les deux membres coïncident, donc est vraie.
Hérédité. Soit un entier naturel fixé. Supposons vraie, c'est-à-dire . Montrons , c'est-à-dire
en remarquant que et . On isole le dernier terme de la somme, puis on utilise l'hypothèse de récurrence :
la dernière égalité venant de la factorisation , que l'on vérifie en développant. Donc est vraie.
Conclusion. est vraie et est héréditaire : par récurrence, pour tout entier naturel , .
Remarque
Les deux erreurs classiques.
- Oublier l'initialisation. Une propriété héréditaire mais jamais initialisée ne démarre jamais. Considérons l'assertion : « est divisible par ». Elle est héréditaire : si divise , alors, comme
l'entier est la différence de deux multiples de , donc un multiple de . Pourtant est fausse pour tout entier : par exemple et ne sont pas divisibles par . L'hérédité seule ne démontre rien. 2. Supposer la propriété vraie pour tout . Écrire dans l'hérédité « supposons que soit vraie pour tout » revient à supposer exactement ce que l'on veut démontrer : la démonstration est nulle. Dans l'hérédité, l'entier est fixé : on ne dispose de la propriété qu'à ce rang-là. La formule correcte est « soit ; supposons vraie », et rien d'autre.
Récurrence double
Certaines suites sont définies par une relation faisant intervenir les deux termes précédents. L'hypothèse seule ne suffit alors pas à obtenir : il faut disposer de deux rangs consécutifs.
Propriété
Récurrence double (admise). Soit un entier naturel et soit, pour tout entier , une assertion . On suppose que :
- et sont vraies ;
- pour tout entier , si et sont vraies, alors est vraie.
Alors est vraie pour tout entier .
Exemple
Soit la suite définie par , et, pour tout entier naturel ,
Montrons que pour tout entier naturel , on a .
Pour tout entier naturel , notons l'assertion « ».
Initialisation. On a , donc est vraie ; et , donc est vraie.
Hérédité. Soit un entier naturel fixé. Supposons et vraies, c'est-à-dire et . Montrons . Par définition de la suite, puis par hypothèse de récurrence :
Donc est vraie.
Conclusion. Par récurrence double, pour tout entier naturel .
Remarque
Les deux initialisations sont indispensables : l'hérédité d'une récurrence double ne dit rien tant que l'on ne dispose pas de deux rangs consécutifs. Sur l'exemple précédent, si l'on n'avait vérifié que , rien n'aurait permis d'obtenir , faute de connaître . Autre manière de le dire : la suite définie par , et la même relation vérifie , mais elle ne coïncide évidemment pas avec la suite , puisque .
Récurrence forte
Parfois, l'obtention de ne réclame ni le rang précédent, ni les deux précédents, mais un rang antérieur que l'on ne maîtrise pas à l'avance. Il faut alors disposer de la propriété à tous les rangs déjà atteints.
Propriété
Récurrence forte (admise). Soit un entier naturel et soit, pour tout entier , une assertion . On suppose que :
- est vraie ;
- pour tout entier , si est vraie pour tout entier tel que , alors est vraie.
Alors est vraie pour tout entier .
Exemple
Tout entier supérieur ou égal à admet un diviseur premier. Rappelons qu'un nombre premier est un entier supérieur ou égal à dont les seuls diviseurs positifs sont et lui-même ; la divisibilité et les nombres premiers sont étudiés en détail dans la partie « Ensembles de nombres usuels » de ce chapitre.
Pour tout entier , notons l'assertion « admet au moins un diviseur premier ».
Initialisation. L'entier est premier, et il se divise lui-même : il admet donc un diviseur premier, à savoir . Ainsi est vraie.
Hérédité. Soit un entier fixé. Supposons vraie pour tout entier tel que , et montrons . Deux cas se présentent, et ils sont exhaustifs.
Cas 1 : est premier. Alors est un diviseur premier de lui-même, donc est vraie.
Cas 2 : n'est pas premier. Comme , l'entier est supérieur ou égal à sans être premier : il admet donc un diviseur positif autre que et , et cet entier vérifie . L'hypothèse de récurrence forte s'applique à : il existe un nombre premier divisant . Écrivons et avec et entiers ; alors , donc divise . Ainsi est vraie.
Conclusion. Par récurrence forte, tout entier admet au moins un diviseur premier.
Ce résultat sera redémontré autrement, par un argument de plus petit élément, dans la section « Nombres premiers ».
Remarque de méthode. Une récurrence simple aurait échoué ici : rien ne relie l'entier à l'entier . Le diviseur qui apparaît est un entier quelconque entre et , et c'est précisément pour cela qu'il faut disposer de la propriété à tous les rangs antérieurs.
Récurrence finie
Il arrive que la propriété à démontrer ne concerne qu'un nombre fini d'entiers, par exemple ceux d'un ensemble de la forme . La récurrence s'adapte, à ceci près que l'hérédité s'arrête au rang .
Propriété
Récurrence finie (admise). Soient et deux entiers tels que , et soit, pour tout entier tel que , une assertion . On suppose que :
- est vraie ;
- pour tout entier tel que , si est vraie, alors est vraie.
Alors est vraie pour tout entier tel que .
Exemple
Soient un entier naturel non nul et des réels tels que pour tout entier vérifiant . Montrons que pour tout entier compris entre et .
Pour , notons l'assertion « ».
Initialisation. On a , donc est vraie.
Hérédité. Soit un entier tel que . Supposons vraie, c'est-à-dire . Par hypothèse, ; par transitivité de l'inégalité dans , on obtient , donc est vraie.
Conclusion. Par récurrence finie, pour tout entier compris entre et .
L'hérédité s'arrête ici au rang , et c'est essentiel : il serait absurde de l'écrire au rang , puisque le réel n'existe pas.
Choisir la bonne forme de récurrence
Devant une propriété à démontrer par récurrence, la question à se poser est toujours la même : de quoi ai-je besoin pour franchir le pas d'un rang au suivant ? La réponse détermine la forme de récurrence à employer, et il vaut mieux la trancher avant de commencer à rédiger que découvrir en cours d'hérédité qu'il manque une hypothèse. En pratique, on regarde la relation de récurrence ou la structure de l'objet étudié.
| Ce dont l'hérédité a besoin | Forme de récurrence |
|---|---|
| le rang seul, par exemple une relation | récurrence simple |
| les rangs et , par exemple | récurrence double |
| un rang antérieur inconnu à l'avance, apparu en cours de démonstration | récurrence forte |
Deux remarques pour finir. D'une part, la récurrence forte peut toujours remplacer la récurrence simple : son hypothèse est plus généreuse, donc plus facile à utiliser, et il n'y a aucune faute à l'employer quand la simple suffisait, seulement une petite lourdeur. D'autre part, si l'hérédité résiste, il est souvent plus efficace de renforcer la propriété que de changer de forme de récurrence : démontrer un énoncé plus fort donne une hypothèse de récurrence plus forte, donc plus utile. Ce paradoxe apparent est l'un des réflexes les plus rentables de l'année.
Ensembles
Le langage des ensembles est celui dans lequel se rédigent toutes les mathématiques de la classe préparatoire. Nous en adoptons le point de vue naïf : un ensemble est une collection d'objets, appelés ses éléments, et l'on se donne le droit de dire, pour tout objet et tout ensemble, si l'objet appartient ou non à l'ensemble. Toute étude systématique de la théorie des ensembles est hors programme : ce qui suit est un vocabulaire, pas une théorie.
Appartenance, inclusion, égalité
Définition
Un ensemble est une collection d'objets, appelés éléments de . Si est un élément de , on écrit et on lit « appartient à ». Dans le cas contraire, on écrit .
L'ensemble vide, noté , est l'ensemble qui ne possède aucun élément : pour tout objet , on a .
Un ensemble peut être décrit de deux manières.
Définition
On décrit un ensemble en extension en donnant la liste de ses éléments entre accolades, par exemple .
On le décrit en compréhension en donnant une propriété caractérisant ses éléments parmi ceux d'un ensemble déjà connu, par exemple
Dans une description en extension, ni l'ordre ni les répétitions ne comptent : , et désignent le même ensemble. Les deux ensembles et ci-dessus sont d'ailleurs égaux.
Définition
Soient et deux ensembles. On dit que est inclus dans , et on note , lorsque tout élément de est un élément de , c'est-à-dire lorsque la proposition
est vraie. On dit alors que est une partie de , ou un sous-ensemble de .
Propriété
Soient , , trois ensembles.
- et .
- Si et , alors .
Démonstration. Pour le premier point, l'implication est vraie pour tout car son hypothèse est toujours fausse : l'ensemble vide n'a aucun élément. L'inclusion est immédiate puisque .
Pour le second point, soit un élément quelconque de . Comme , on a . Comme , on en déduit . Ainsi tout élément de appartient à , c'est-à-dire .
Remarque
Ne pas confondre et . Le symbole relie un élément à un ensemble ; le symbole relie deux ensembles.
Prenons . On a , mais l'écriture n'a aucun sens ici, car n'est pas un ensemble. À l'inverse, est vrai, tandis que est faux : les éléments de sont les nombres , , , et non l'ensemble .
Il arrive que les deux écritures soient simultanément vraies, ce qui montre bien qu'elles disent des choses différentes : pour , on a à la fois (c'est le second élément listé) et (car ).
Définition
Deux ensembles et sont égaux, ce que l'on note , lorsqu'ils ont exactement les mêmes éléments.
Propriété
Soient et deux ensembles. Alors
Démonstration. Si , tout élément de est élément de et réciproquement, donc les deux inclusions sont vraies. Réciproquement, supposons et . Soit un objet quelconque. Si , alors par la première inclusion ; si , alors par la seconde. Les propositions et sont donc équivalentes : les deux ensembles ont les mêmes éléments, donc .
Méthode
Montrer une égalité d'ensembles par double inclusion.
Pour établir :
- on écrit « Montrons », on prend quelconque, et on montre, en utilisant la définition de , que ;
- on écrit « Montrons », on prend quelconque, et on montre que ;
- on conclut : « par double inclusion, ».
Variante plus rapide, à n'employer que lorsque chaque étape est réellement une équivalence : on part de et on enchaîne des équivalences justifiées une par une jusqu'à . Le danger est d'écrire une équivalence là où l'on n'a qu'une implication ; en cas de doute, revenir à la double inclusion.
Exemple
Montrons que .
Notons le premier ensemble et le second.
Soit . Alors , donc (la fonction carré est croissante sur et ), c'est-à-dire . Les entiers vérifiant cet encadrement sont exactement , donc . Ainsi .
Réciproquement, on vérifie directement que , , , et : chaque élément de appartient à , donc .
Par double inclusion, .
Ensemble des parties
Définition
Soit un ensemble. L'ensemble des parties de , noté , est l'ensemble dont les éléments sont exactement les parties de :
Autrement dit, pour tout ensemble : .
L'équivalence encadrée ci-dessus est la seule chose à retenir : elle permet de traduire une inclusion en une appartenance, et réciproquement.
Exemple
Écrivons en extension dans les premiers cas.
- Pour : la seule partie de est lui-même, donc . Attention : n'est pas vide, il possède un élément, à savoir .
- Pour : .
- Pour (avec ) : .
- Pour (éléments deux à deux distincts) : .
Dans ce dernier cas, on compte huit parties : les trois parties à un élément, les trois parties à deux éléments, plus et .
Propriété
Pour tout ensemble , on a et .
Démonstration. C'est la traduction, via l'équivalence , des deux inclusions et démontrées plus haut.
Remarque
Les éléments de sont des ensembles, jamais des éléments de . Pour :
- est vrai, car est une partie de ;
- est faux, car n'est pas une partie de mais un élément de ;
- est vrai, et est vrai également.
Cette gymnastique de niveaux est déroutante au début ; elle devient naturelle si l'on se force à dire à voix haute, pour chaque objet manipulé, s'il s'agit d'un élément de ou d'une partie de .
Réunion, intersection, complémentaire, différence
Dans tout ce paragraphe, désigne un ensemble fixé, et , , des parties de .
Définition
- La réunion de et est , le « ou » étant inclusif.
- L'intersection de et est .
- La différence de et est . On lit « privé de ».
- Le complémentaire de dans est . On le note aussi ou lorsque l'ensemble est clairement identifié par le contexte.
Les trois notations , et sont celles du programme et désignent le même objet. Nous utiliserons dans les calculs et chaque fois qu'il est utile de rappeler dans quel ensemble on prend le complémentaire.
Définition
Deux parties et de sont dites disjointes lorsque , c'est-à-dire lorsqu'aucun élément n'appartient à la fois à et à .
Remarque
« Disjointes » n'est pas « distinctes ». Les parties et de sont distinctes mais non disjointes, puisque leur intersection vaut .
Propriété
Soient , , des parties de .
- Commutativité : et .
- Associativité : et .
- Idempotence : et .
- Éléments neutres : et .
- Éléments absorbants : et .
- Absorption : et .
- Complémentaire : , et .
- Croissance : si , alors et .
Démonstration. Les points 1 à 5 se déduisent immédiatement des propriétés correspondantes des connecteurs « et » et « ou » vues au début de ce chapitre : par exemple, pour tout , la proposition « ou » est équivalente à « ou », d'où la commutativité de la réunion.
Démontrons le point 6, première égalité. L'inclusion est claire, puisque pour toute partie . Réciproquement, soit . Si , c'est fini. Sinon , donc en particulier . Dans les deux cas , ce qui donne . Par double inclusion, l'égalité est établie ; la seconde se traite de la même façon.
Pour le point 7, soit . Ou bien , ou bien c'est-à-dire : dans les deux cas , d'où ; l'inclusion réciproque est vraie car et sont des parties de . Aucun ne peut vérifier simultanément et , donc . Enfin équivaut à , c'est-à-dire à la négation de , c'est-à-dire à : d'où .
Pour le point 8, supposons et soit . Si alors donc ; si alors . Le cas de l'intersection est analogue : si , alors et , donc .
Propriété
Soient et des parties de . Alors
Démonstration. Pour , la proposition signifie « et », c'est-à-dire « et », c'est-à-dire . Les deux ensembles ont donc les mêmes éléments.
Cette identité est précieuse : elle permet de ramener tout calcul faisant intervenir des différences à un calcul n'utilisant que réunion, intersection et complémentaire.
Lois de De Morgan et distributivité
Au début de ce chapitre, nous avons établi les lois de De Morgan logiques : la négation de « et » est « ou », et la négation de « ou » est « et ». Les lois ensemblistes qui suivent en sont la traduction exacte : passer au complémentaire, c'est nier l'appartenance.
Propriété
Soient et des parties d'un ensemble . Alors
Démonstration de la première égalité, par double inclusion.
Montrons . Soit . Par définition du complémentaire, et . Si l'on avait , on aurait , ce qui est exclu : donc , c'est-à-dire . Le même raisonnement avec donne . Ainsi .
Montrons . Soit , de sorte que , et . Si l'on avait , alors appartiendrait à ou à , ce qui contredit l'une des deux hypothèses. Donc , c'est-à-dire .
Par double inclusion, .
Démonstration de la seconde égalité, par équivalences. Soit .
Chaque ligne est une équivalence, donc les deux ensembles ont les mêmes éléments.
Remarque
On aurait pu déduire la seconde loi de la première sans refaire de calcul : en appliquant la première aux parties et , on obtient , puis on passe au complémentaire des deux membres. Ce type d'argument, dit de « dualité », évite bien des redites.
Propriété
Soient , , des parties de . Alors
et
Démonstration de la première égalité, par double inclusion.
Soit . Alors , et . Procédons par disjonction de cas. Si , alors et , donc , donc . Si , alors de même , donc . Dans les deux cas la conclusion est atteinte, d'où la première inclusion.
Réciproquement, soit . Si , alors et , donc , donc . Si , on conclut de même. D'où la seconde inclusion, et l'égalité.
Démonstration de la seconde égalité, par équivalences. Soit . La proposition s'écrit « ou ( et ) ». Par distributivité du connecteur « ou » sur le connecteur « et », établie au début du chapitre, cette proposition équivaut à « ( ou ) et ( ou ) », c'est-à-dire à « et », c'est-à-dire à .
Remarque
On retiendra que réunion et intersection jouent des rôles parfaitement symétriques : toute identité vraie reste vraie si l'on échange partout et , ainsi que et . C'est une observation commode pour mémoriser les formules, pas un théorème que l'on peut invoquer dans une rédaction : chaque identité doit être démontrée.
Différence symétrique
Définition
Soient et deux parties de . La différence symétrique de et est
C'est l'ensemble des éléments qui appartiennent à exactement l'un des deux ensembles et .
Propriété
Pour toutes parties et de :
Démonstration, par double inclusion.
Soit . Deux cas se présentent. Si , alors , donc ; et , donc ; ainsi . Si , le même raisonnement en échangeant les rôles de et donne la même conclusion.
Réciproquement, soit : on a et . Distinguons deux cas. Si , alors, comme , on ne peut pas avoir ; donc et . Si , alors, comme , nécessairement , donc . Dans les deux cas .
Par double inclusion, les deux ensembles sont égaux.
Propriété
Pour toutes parties et de :
- (commutativité) ;
- ;
- ;
- si et seulement si .
Démonstration. 1. Par définition, et : ce sont les mêmes deux ensembles réunis dans l'autre ordre, et la réunion est commutative.
-
On a , donc .
-
On a car la condition est toujours vraie, et car n'a aucun élément. Donc .
-
Si , le point 2 donne . Réciproquement, supposons et montrons par double inclusion. Soit . Si l'on avait , alors , donc , ce qui est impossible puisque cet ensemble est vide. Donc , d'où . L'inclusion s'obtient en échangeant les rôles de et , ce qui est licite par commutativité.
Réunion et intersection d'une famille de parties
Les définitions précédentes s'étendent à un nombre quelconque de parties. Soit un ensemble non vide, appelé ensemble d'indices, et soit, pour chaque , une partie de . On dit que est une famille de parties de indexée par .
Définition
Avec les notations ci-dessus :
Autrement dit, pour tout :
- si et seulement s'il existe au moins un indice de tel que ;
- si et seulement si appartient à pour tous les indices de .
C'est cette caractérisation par quantificateurs qui sert dans toutes les démonstrations : pour montrer qu'un élément est dans la réunion, on exhibe un indice ; pour montrer qu'il est dans l'intersection, on prend un indice quelconque.
Exemple
Pour tout , posons , partie de . Ces intervalles sont emboîtés : .
Réunion. Comme pour tout , on a . Réciproquement est l'un des ensembles de la famille, donc . Ainsi .
Intersection. Montrons que . D'une part, pour tout , donc est inclus dans l'intersection. D'autre part, soit un réel appartenant à tous les , et supposons . Alors , et il existe un entier tel que (prendre par exemple ). Pour cet entier , on a , ce qui contredit l'hypothèse. Donc , et l'intersection est incluse dans . Par double inclusion, .
Propriété
Lois de De Morgan pour une famille. Soit une famille non vide de parties de . Alors
Démonstration. Soit . Pour la première égalité :
Le passage de la première à la deuxième ligne est exactement la règle de négation d'un quantificateur existentiel vue au début du chapitre. La seconde égalité se démontre de la même manière, en utilisant cette fois la négation d'un quantificateur universel.
Produit cartésien
Définition
Soient et deux objets. Le couple est la donnée de et de dans cet ordre. Deux couples sont égaux lorsque leurs premières composantes sont égales et leurs secondes composantes aussi :
Soient et deux ensembles. Le produit cartésien de par est
Définition
Plus généralement, pour ensembles , un -uplet est une liste ordonnée , deux -uplets étant égaux si et seulement si leurs composantes sont égales une à une. On pose
et l'on note ( facteurs tous égaux à ).
Exemple
Pour et :
Le plan usuel est , et en est la partie formée des couples tels que et .
Remarque
En général . Avec et comme ci-dessus, le couple appartient à mais pas à , dont les éléments ont une lettre en première composante. De même et sont deux parties différentes du plan.
Notons au passage que si ou , alors : l'égalité peut se produire, c'est pourquoi on dit « en général ».
Propriété
Soient , , trois ensembles. Alors
et
Démonstration de la première égalité, par double inclusion.
Soit . Par définition d'un produit cartésien, s'écrit avec et . Alors , donc ; et , donc . Ainsi .
Réciproquement, soit . Comme , on peut écrire avec et . Comme , on peut aussi écrire avec et ; l'égalité des couples impose , donc . Finalement et , c'est-à-dire .
Par double inclusion, l'égalité est démontrée. La seconde se traite de façon analogue, en distinguant selon que la seconde composante appartient à ou à .
Recouvrement disjoint et partition
Définition
Soit un ensemble et une famille de parties de .
- La famille est un recouvrement de lorsque , c'est-à-dire lorsque tout élément de appartient à au moins l'un des .
- Les parties de la famille sont dites deux à deux disjointes lorsque, pour tous indices et de tels que , on a .
- La famille est un recouvrement disjoint de lorsqu'elle est un recouvrement de formé de parties deux à deux disjointes : tout élément de appartient alors à exactement un des .
- La famille est une partition de lorsque c'est un recouvrement disjoint dont toutes les parties sont non vides.
Remarque
La seule différence entre un recouvrement disjoint et une partition est l'interdiction faite aux parties d'être vides : ajouter à un recouvrement disjoint le laisse disjoint et recouvrant, mais détruit le caractère de partition. Cette exigence de non-vacuité est ce qui rend la notion utile : une partition découpe réellement en morceaux.
Exemple
Découpage par une partie et son complémentaire. Soit une partie de telle que et . Alors la famille est une partition de . En effet :
- les deux parties sont non vides : par hypothèse, et car sinon tout élément de serait dans , ce qui donnerait , exclu ;
- elles sont disjointes, car ;
- elles recouvrent , car .
C'est le support formel du raisonnement par disjonction de cas « ou bien , ou bien ».
Exemple
Découpage de selon le reste. Soit un entier tel que . Pour , posons
La famille est une partition de .
Non-vacuité : .
Recouvrement : soit . Le théorème de la division euclidienne, démontré plus loin, fournit des entiers et tels que avec ; donc .
Deux à deux disjointes : soient dans et supposons qu'il existe . On aurait avec et : ce sont deux écritures de comme dans la division euclidienne par , donc l'unicité du couple quotient-reste impose , ce qui contredit . L'ensemble est donc vide.
Pour , on retrouve la partition de en entiers pairs et entiers impairs.
Ensembles de nombres usuels
On note l'ensemble des entiers naturels, celui des entiers relatifs, celui des nombres décimaux, celui des rationnels et celui des réels, avec la chaîne d'inclusions
Ces ensembles, ainsi que leurs opérations et l'ordre de , sont supposés connus : toute construction de , , ou est hors programme et ne sera pas abordée. Nous utiliserons librement deux propriétés fondamentales de , admises : toute partie non vide de admet un plus petit élément, et toute partie non vide et majorée de admet un plus grand élément.
On note enfin et .
Divisibilité dans Z
Définition
Soient et deux entiers relatifs. On dit que divise , et l'on note , lorsqu'il existe un entier relatif tel que .
On dit alors que est un diviseur de , et que est un multiple de .
Exemple
Quelques divisibilités immédiates :
a. car .
b. car .
c. car .
d. pour tout .
e. pour tout .
f. si et seulement si .
Les cas extrêmes méritent d'être notés : tout entier divise , et ne divise que (car pour tout ).
Propriété
Soient , , , des entiers relatifs.
- Réflexivité : .
- Transitivité : si et , alors .
- Combinaisons linéaires : si et , alors pour tous entiers relatifs et .
- Si et , alors ou , ce que l'on écrit .
- Si et , alors .
Démonstration.
-
On a avec , donc .
-
Supposons et . Il existe des entiers et tels que et . Alors , et est un entier : donc .
-
Supposons et : il existe des entiers et tels que et . Soient et des entiers relatifs. Alors
et est un entier relatif : donc .
-
Supposons et : il existe des entiers et tels que et . Alors . Si , alors et l'égalité est vraie. Si , on peut simplifier par et obtenir . En passant aux valeurs absolues, avec et entiers naturels ; si l'on avait , on aurait , or puisque , donc , ce qui est absurde. Donc , c'est-à-dire ou , et .
-
Supposons avec : il existe tel que . Si était nul, on aurait , exclu ; donc , et comme est un entier naturel non nul, . Alors
d'où .
Méthode
Comment exploiter une divisibilité.
- Traduire par une égalité. L'hypothèse se réécrit « il existe tel que » : on introduit ce dès la première ligne, puis on calcule avec.
- Combiner. Si un même entier divise plusieurs entiers, il divise toutes leurs combinaisons . C'est l'outil numéro un pour faire apparaître un petit entier : par exemple, si et , alors , donc .
- Majorer pour conclure. Si , tout diviseur de vérifie : les diviseurs de sont donc à chercher parmi un nombre limité de valeurs, que l'on peut examiner une à une.
- Montrer une divisibilité revient à exhiber le facteur : on factorise l'expression, ou on raisonne par récurrence, ou on distingue les cas selon le reste de la division euclidienne.
Exemple
Déterminons les entiers relatifs tels que divise .
Supposons que divise . Comme divise aussi , il divise la combinaison . Or les diviseurs de sont . Donc , c'est-à-dire .
Réciproquement, vérifions ces quatre valeurs : pour , divise ; pour , divise ; pour , divise ; pour , divise . Les quatre valeurs conviennent.
L'ensemble cherché est donc .
Division euclidienne
Propriété
Théorème de la division euclidienne. Soient et . Il existe un unique couple d'entiers relatifs tel que
L'entier est appelé le quotient et l'entier le reste de la division euclidienne de par .
Démonstration.
Existence. Supposons d'abord . Posons , partie entière du réel : c'est un entier relatif vérifiant, par définition de la partie entière,
En multipliant ces inégalités par , ce qui en préserve le sens, on obtient . Posons alors : c'est un entier relatif, on a bien , et les inégalités précédentes se réécrivent .
Supposons maintenant . Alors , et ce qui précède fournit des entiers et tels que avec . Comme , il vient : le couple convient.
Unicité. Soient et deux couples convenables :
En soustrayant, , donc . Par ailleurs, de et on tire
Si l'on avait , la propriété de majoration des diviseurs donnerait , en contradiction avec l'inégalité précédente. Donc , c'est-à-dire . Il reste avec , d'où .
Exemple
Divisons et par puis par :
a. , quotient , reste .
b. , quotient , reste .
c. , quotient , reste .
d. , quotient , reste .
Remarque
Le piège du dividende négatif. Le reste est toujours positif ou nul, même quand est négatif. Écrire est une égalité correcte, mais ce n'est pas la division euclidienne de par , car ne vérifie pas . Le bon quotient est , pas : la partie entière de vaut , et non .
Propriété
Soient et , et soit le reste de la division euclidienne de par . Alors
Démonstration. Écrivons avec .
Si , alors avec , donc .
Réciproquement, supposons : il existe tel que . Alors , donc . Si était non nul, la majoration des diviseurs donnerait , ce qui contredit . Donc .
PGCD et algorithme d'Euclide
Définition
Soient et deux entiers relatifs, dont l'un au moins est non nul. L'ensemble des diviseurs communs à et ,
admet un plus grand élément pour l'ordre naturel dans . Cet entier est appelé le plus grand commun diviseur de et , et noté .
Justification de l'existence. L'ensemble est une partie de .
Elle est non vide : divise tout entier, donc .
Elle est majorée : par hypothèse, l'un au moins des deux entiers est non nul ; quitte à échanger les rôles de et , supposons . Tout divise qui est non nul, donc , et en particulier . L'entier est donc un majorant de .
Une partie non vide et majorée de admet un plus grand élément : existe bien, et il est unique en tant que plus grand élément. Comme , on a de plus .
Propriété
Soient et des entiers relatifs non tous deux nuls.
- et .
- Si , alors .
- Si et , alors .
Démonstration. 1. La définition de est symétrique en et , d'où la première égalité. Pour la seconde, il suffit de remarquer qu'un entier divise si et seulement s'il divise : en effet ou , et si alors . Les ensembles et sont donc égaux, donc ils ont le même plus grand élément.
-
Tout entier divise , donc est l'ensemble des diviseurs de . Or divise , et tout diviseur de vérifie puisque . Donc est le plus grand élément de .
-
Si , alors contient , et tout élément de divise non nul donc vérifie . Ainsi est le plus grand élément de .
Propriété
Lemme fondamental. Soient , , , des entiers relatifs tels que . Alors
En particulier, si et ne sont pas tous deux nuls,
Démonstration, par double inclusion.
Soit : divise et divise . Par la propriété des combinaisons linéaires, divise . Comme divise aussi , on a .
Réciproquement, soit : divise et , donc divise . Comme divise aussi , on a .
Les deux ensembles sont donc égaux. S'ils sont non vides et majorés, ce qui est le cas dès que et ne sont pas tous deux nuls, ils ont le même plus grand élément, d'où .
Ce lemme est bien plus fort que l'égalité des PGCD : il dit que les deux couples ont exactement les mêmes diviseurs communs. C'est lui qui fait fonctionner l'algorithme suivant.
Méthode
Algorithme d'Euclide. Soient et deux entiers, . Quitte à les remplacer par leurs valeurs absolues, ce qui ne change pas le PGCD, on suppose et .
On construit une suite d'entiers en posant , , puis, tant que , en définissant comme le reste de la division euclidienne de par .
Alors le dernier reste non nul est .
Terminaison. Pour tout tel que , l'entier est un reste de division euclidienne par , donc . Tant qu'ils sont non nuls, les termes forment donc une suite strictement décroissante d'entiers naturels. Une telle suite ne peut être infinie : si elle ne s'arrêtait jamais, on aurait pour tout (chaque étape fait perdre au moins ), ce qui donnerait un terme strictement négatif dès que , absurde. L'algorithme s'arrête donc, sur un reste nul.
Correction. Notons le dernier reste non nul, de sorte que . Le lemme fondamental appliqué à chaque division donne
la dernière égalité venant de la propriété et du fait que .
Exemple
Calculons par l'algorithme d'Euclide. On déroule les divisions euclidiennes successives :
Le dernier reste non nul est , donc .
Détaillons la lecture : à la première ligne, et , avec . À la deuxième, et , avec . À la troisième, , le reste est nul : on s'arrête.
Exemple
Autre calcul : .
Donc .
Définition
Deux entiers relatifs et , non tous deux nuls, sont dits premiers entre eux lorsque , c'est-à-dire lorsque leurs seuls diviseurs communs sont et .
Exemple
Les entiers et sont premiers entre eux : , , , donc . En revanche et ne le sont pas, puisque .
PPCM
Définition
Soient et deux entiers relatifs non nuls. L'ensemble des multiples communs strictement positifs de et ,
est une partie non vide de : elle contient , qui est strictement positif et multiple de comme de . Elle admet donc un plus petit élément, appelé plus petit commun multiple de et et noté .
Propriété
Soient et des entiers non nuls. Alors
Cette relation sera démontrée plus bas, comme conséquence de la lecture du PGCD et du PPCM sur les décompositions en produit de facteurs premiers.
Exemple
Pour et : les multiples communs strictement positifs sont , donc . Par ailleurs , et l'on vérifie .
Nombres premiers
Définition
Un entier est dit premier lorsque et que les seuls diviseurs positifs de sont et .
Un entier qui n'est pas premier est dit composé : il s'écrit alors avec et .
Remarque
L'entier n'est pas premier : c'est une convention, mais une convention indispensable, sans laquelle l'unicité de la décomposition en facteurs premiers serait fausse (on pourrait ajouter autant de facteurs que l'on veut). Les entiers négatifs ne sont pas premiers non plus, la définition imposant .
Les premiers nombres premiers sont
Le nombre est le seul nombre premier pair : tout autre entier pair est divisible par avec et .
Méthode
Le crible d'Ératosthène. Pour obtenir la liste des nombres premiers inférieurs ou égaux à un entier fixé, on écrit tous les entiers de à , puis on répète le procédé suivant : on entoure le plus petit entier non encore entouré ni rayé, et l'on raye tous ses multiples stricts figurant dans la liste. Le premier entier entouré est , et l'on raye ; l'entier non rayé suivant est , on raye ; puis , et ainsi de suite. Les entiers entourés à la fin du procédé sont exactement les nombres premiers inférieurs ou égaux à , car un entier est rayé si et seulement s'il admet un diviseur strictement compris entre et lui-même. On peut s'arrêter d'entourer dès que l'entier considéré dépasse : d'après le test de primalité démontré plus bas, tout entier encore non rayé à ce stade est premier.
Propriété
Tout entier admet au moins un diviseur premier.
Démonstration. Nous en avons déjà donné une démonstration par récurrence forte dans la section « Récurrence forte » ; en voici une seconde, plus directe, fondée sur le plus petit élément.
Soit . Considérons
ensemble des diviseurs de supérieurs ou égaux à . Cet ensemble est une partie de , et il est non vide car lui-même en est élément ( et ). Toute partie non vide de admet un plus petit élément : notons le plus petit élément de .
Montrons que est premier. On a déjà . Soit un diviseur positif de tel que ; montrons . Comme et , la transitivité donne . De plus car est un entier positif différent de et non nul ( diviserait , ce qui imposerait , exclu). Donc , et par minimalité de on a . Par ailleurs avec , donc . Ainsi .
Les seuls diviseurs positifs de sont donc et : l'entier est premier, et il divise .
Propriété
Test de primalité. Soit . Si aucun nombre premier vérifiant ne divise , alors est premier.
Démonstration, par contraposition. Supposons non premier. Comme , il est composé : il s'écrit avec et . Quitte à échanger et , on peut supposer . Alors
et comme et la fonction racine carrée est croissante sur , on en déduit .
L'entier vérifie , donc il admet un diviseur premier d'après la propriété précédente. Alors et , donc par transitivité ; et puisque divise l'entier non nul . Il existe donc un nombre premier divisant , ce qui est la négation de l'hypothèse de l'énoncé.
Exemple
Montrons que est premier. On a et , donc . Il suffit de tester les nombres premiers inférieurs ou égaux à , à savoir :
- est impair, donc ne le divise pas ;
- n'est pas multiple de , donc ne le divise pas ;
- ne se termine ni par ni par , donc ne le divise pas ;
- , donc ne le divise pas ;
- , donc ne le divise pas ;
- , donc ne le divise pas.
Aucun nombre premier inférieur ou égal à ne divise : cet entier est donc premier.
Propriété
L'ensemble des nombres premiers est infini.
Démonstration d'Euclide, par l'absurde. Supposons qu'il n'y ait qu'un nombre fini de nombres premiers, et notons-les : par hypothèse, tout nombre premier figure dans cette liste. Posons
Comme , on a , et en particulier . D'après la propriété précédente, admet un diviseur premier . Puisque tous les nombres premiers sont dans la liste, il existe un indice tel que .
L'entier divise alors . Mais divise aussi le produit , puisqu'il en est l'un des facteurs. Par différence, divise
Un diviseur de vérifie , donc , ce qui contredit .
L'hypothèse de départ est donc absurde : l'ensemble des nombres premiers est infini.
Décomposition en produit de facteurs premiers
Propriété
Théorème fondamental de l'arithmétique (admis). Tout entier s'écrit comme un produit de nombres premiers :
où , où sont des nombres premiers deux à deux distincts et où les exposants sont des entiers supérieurs ou égaux à . De plus, cette écriture est unique : les nombres premiers qui y figurent et leurs exposants sont déterminés par .
Remarque
La démonstration de ce théorème est hors programme. On l'admet, et on l'utilise librement. Retenons simplement que l'existence se démontre sans difficulté par récurrence forte, tandis que l'unicité est la partie délicate.
Par convention, on convient que est le produit vide, ce qui permet d'énoncer le théorème pour tout entier en autorisant .
Propriété
Caractérisation des diviseurs. Soit de décomposition . Les diviseurs positifs de sont exactement les entiers de la forme
Démonstration. Si avec , posons , qui est un entier puisque tous les exposants sont positifs ou nuls. Alors , donc .
Réciproquement, soit un diviseur positif de , et écrivons avec (l'entier est positif car et le sont). Si l'un des deux vaut , le résultat est immédiat. Sinon, décomposons et en produits de facteurs premiers : en multipliant ces deux décompositions, on obtient une décomposition de en produit de nombres premiers. Par unicité de la décomposition de , les nombres premiers apparaissant dans figurent parmi , et l'exposant de dans , augmenté de l'exposant de dans , vaut ; en particulier .
Pour comparer deux entiers, il est commode d'écrire leurs décompositions sur la même liste de nombres premiers, en autorisant l'exposant .
Propriété
Lecture du PGCD et du PPCM. Soient et deux entiers supérieurs ou égaux à , écrits
où sont des nombres premiers et où les exposants sont des entiers positifs ou nuls. Alors
Démonstration. Notons . D'après la caractérisation des diviseurs, divise (ses exposants sont majorés par les ) et divise (ils sont majorés par les ) : c'est un diviseur commun positif. Soit maintenant un diviseur commun positif quelconque de et ; la même caractérisation montre que s'écrit avec et , donc pour tout . Par conséquent , et comme il vient . Ainsi est le plus grand des diviseurs communs, y compris parmi les diviseurs négatifs qui sont tous inférieurs à : donc .
Le raisonnement pour le PPCM est symétrique. Posons : c'est un multiple commun strictement positif de et de . Si est un multiple commun strictement positif quelconque, alors et , donc l'exposant de dans est supérieur ou égal à et à , donc à : ainsi , d'où . Donc est le plus petit multiple commun strictement positif.
Démonstration de la relation . Comme le PGCD et le PPCM de et sont ceux de et , on peut supposer et . Avec les notations ci-dessus,
Or, pour deux entiers et , on a toujours : en effet, l'un des deux nombres est le minimum et l'autre le maximum. Donc
Exemple
Prenons et . On décompose :
Écrivons-les sur la même liste de nombres premiers :
On lit alors
Vérification : et .
Propriété
Caractérisation des carrés parfaits. Un entier est le carré d'un entier si et seulement si tous les exposants de sa décomposition en produit de facteurs premiers sont pairs.
Démonstration. Écrivons .
Si tous les sont pairs, posons avec , et . Alors : l'entier est un carré.
Réciproquement, supposons avec . Décomposons ; alors , et cette écriture est une décomposition de en produit de facteurs premiers. Par unicité de la décomposition, c'est la décomposition de : tous les exposants de sont de la forme , donc pairs.
Décimaux, rationnels, irrationnels
Définition
- Un nombre décimal est un réel de la forme avec et . Leur ensemble est noté .
- Un nombre rationnel est un réel de la forme avec et . Leur ensemble est noté .
- Un nombre irrationnel est un réel qui n'est pas rationnel, autrement dit un élément de .
Tout décimal est rationnel (prendre ), donc , et tout entier relatif est décimal (prendre ), donc . Ces inclusions sont strictes : est décimal sans être entier, et est rationnel sans être décimal. Justifions ce dernier point : si l'on avait , alors , donc diviserait ; or la décomposition de en produit de facteurs premiers ne fait intervenir que et , et n'y figure pas : d'après la caractérisation des diviseurs, ne divise pas . Contradiction.
Propriété
Forme irréductible. Tout rationnel s'écrit avec , et . Une telle écriture est dite irréductible.
Démonstration. Écrivons avec et . Si , l'écriture convient, car . Supposons et posons . Comme divise et , il existe des entiers et tels que et , avec puisque et . On a alors .
Montrons . Soit un diviseur commun positif de et : il existe des entiers et tels que et , d'où et . Ainsi est un diviseur commun de et , donc par définition du PGCD comme plus grand diviseur commun. Comme , il vient , donc . Les seuls diviseurs communs positifs de et valent , donc .
Propriété
Le réel est irrationnel.
Démonstration, par l'absurde. Supposons . D'après la propriété précédente, on peut écrire sous forme irréductible, avec , et .
En élevant au carré, , donc
Ainsi est pair. Montrons que est alors pair, par contraposition : si était impair, il s'écrirait avec , et l'on aurait , qui est impair. Donc est pair : il existe tel que .
En reportant, , d'où
Le même argument montre que est pair.
Ainsi divise et divise : l'entier est un diviseur commun de et , donc . Cela contredit .
L'hypothèse est absurde : n'est pas rationnel.
Propriété
- La somme et le produit de deux rationnels sont rationnels ; il en va de même de la différence, et du quotient lorsque le dénominateur est non nul.
- La somme d'un rationnel et d'un irrationnel est irrationnelle.
- Le produit d'un rationnel non nul et d'un irrationnel est irrationnel.
Démonstration.
- Soient et deux rationnels, avec et . Alors
et dans les deux cas le numérateur est un entier relatif tandis que le dénominateur est un entier strictement positif : ces nombres sont rationnels. Le cas de la différence s'obtient en remarquant que est rationnel. Enfin, si , alors et : en changeant au besoin les signes du numérateur et du dénominateur, on obtient un dénominateur strictement positif, donc un rationnel.
-
Soient et . Raisonnons par l'absurde en supposant . Alors est une différence de deux rationnels, donc est rationnel d'après le point 1. Cela contredit l'hypothèse . Donc est irrationnel.
-
Soient avec , et . Supposons par l'absurde . Comme , le nombre est rationnel, et est un produit de deux rationnels, donc rationnel : contradiction.
Remarque
La somme de deux irrationnels n'est pas toujours irrationnelle. Les réels et sont tous deux irrationnels : le premier par la propriété démontrée plus haut, le second parce que c'est la somme du rationnel et de l'irrationnel (lui-même irrationnel, car si était rationnel, son opposé le serait aussi). Pourtant leur somme vaut
De même, est rationnel : le produit de deux irrationnels peut être rationnel. Autrement dit, l'ensemble des irrationnels n'est stable ni par somme ni par produit.
Applications
Définitions, graphe, familles
Définition
Soient et deux ensembles. Une application de dans est un procédé qui associe à tout élément de un unique élément de , noté et appelé image de par . On écrit
L'ensemble est l'ensemble de départ, l'ensemble l'ensemble d'arrivée. Si , on dit que est un antécédent de par .
Remarque
Le point de vue adopté ici est intuitif : on ne cherche pas à définir plus avant ce qu'est un « procédé ». Par ailleurs, le programme de PCSI ne distingue pas les notions de fonction et d'application : les deux mots sont employés indifféremment dans ce cours.
Deux exigences sont à retenir dans la définition : « à tout élément » (aucun élément de n'est oublié) et « un unique élément » (aucun élément de n'a deux images). En revanche, rien n'est imposé du côté de : un élément de peut avoir zéro, un ou plusieurs antécédents.
Définition
Le graphe de est la partie de définie par
Propriété
Une partie de est le graphe d'une (unique) application de dans si et seulement si, pour tout , il existe un unique tel que .
Cette caractérisation traduit mot pour mot la définition : « pour tout » donne l'existence de l'image, « un unique » son unicité.
Définition
L'ensemble des applications de dans est noté , ou encore .
Définition
Deux applications et sont égales lorsqu'elles ont le même ensemble de départ , le même ensemble d'arrivée , et lorsque
Remarque
L'ensemble d'arrivée fait partie des données. Les deux applications
prennent les mêmes valeurs, mais ne sont pas égales au sens ci-dessus, puisque leurs ensembles d'arrivée diffèrent. Cette distinction est essentielle : la seconde est surjective, la première ne l'est pas.
Définition
Pour tout ensemble , l'application identité de est
Définition
Soit un ensemble et un ensemble. Une famille d'éléments de indexée par est une application de dans ; si cette application associe à l'élément , on note la famille .
Ainsi, une suite réelle n'est rien d'autre qu'une famille d'éléments de indexée par , c'est-à-dire une application de dans . De même, la famille de parties rencontrée plus haut est une application de dans . La notation par indices n'est qu'un changement d'écriture commode : on écrit au lieu de .
Restriction et prolongement
Définition
Soit une application et une partie de . La restriction de à est l'application
Définition
Soient et . Une application est un prolongement de à lorsque , c'est-à-dire lorsque pour tout .
Exemple
Soit définie par . Pour tout , on a .
L'application , , est un prolongement de à , puisque pour tout .
Mais ce n'est pas le seul : l'application définie par si et est aussi un prolongement de . En effet, un prolongement n'est contraint que sur ; sur , la valeur est libre. Un prolongement n'est donc jamais unique dès que et que possède au moins deux éléments : la valeur en un point de peut être choisie librement. Ce n'est qu'en ajoutant des contraintes supplémentaires, étrangères au cadre ensembliste de ce chapitre, que l'on peut espérer l'unicité.
Remarque
Une restriction change l'ensemble de départ, donc change l'application, même si la « formule » reste la même. L'application de dans et sa restriction à sont deux applications distinctes ; la seconde est injective, la première non.
Composition
Définition
Soient et deux applications. La composée de par est l'application
L'écriture se lit « rond » : on applique d'abord , ensuite . Pour que la composée ait un sens, il faut que l'ensemble d'arrivée de soit l'ensemble de départ de .
Propriété
Associativité. Soient , et . Alors
Démonstration. Les deux applications vont de dans : les ensembles de départ et d'arrivée coïncident. Soit . Alors
et
Les deux applications prennent la même valeur en tout point de : elles sont égales.
Grâce à l'associativité, on peut écrire sans parenthèses.
Propriété
Pour toute application :
Démonstration. Les trois applications vont de dans . Pour tout , on a et .
Remarque
La composition n'est pas commutative. Considérons , , et , . Alors, pour tout réel ,
Ces deux applications sont différentes : en , la première vaut et la seconde vaut . Donc .
Notons que, bien souvent, l'une des deux composées n'est même pas définie, les ensembles ne se correspondant pas.
Fonction indicatrice
Définition
Soit un ensemble et une partie de . La fonction indicatrice de est l'application
Exemple
Pour et : , , .
Deux cas extrêmes : est l'application nulle, et est l'application constante égale à .
Comme ne prend que les valeurs et , on a pour tout , ce que l'on résume par . Cette égalité sert constamment dans les calculs.
Convention. Dès que l'on veut additionner ou multiplier des indicatrices, comme dans toute la suite, on considère comme une application de dans (à valeurs dans ) : c'est indispensable, car une expression telle que ou n'a de sens que dans . Les énoncés « » et « » désignent donc ici la même fonction, vue avec deux ensembles d'arrivée différents.
Propriété
Soient et deux parties de . Pour tout :
- ;
- ;
- .
Démonstration du point 1, par disjonction de cas. Soit .
Si , alors et , donc et : les deux membres valent .
Sinon, , donc ou . Dans le premier cas , dans le second ; dans les deux cas le produit est nul, tout comme .
Les deux membres coïncident en tout de .
Démonstration du point 2. Soit . Si , alors , donc et . Si , alors , donc et .
Démonstration du point 3, par disjonction de cas. Les quatre cas possibles selon l'appartenance de à et à sont résumés ci-dessous, la dernière colonne donnant la valeur du membre de droite.
Ces quatre cas sont exhaustifs et deux à deux incompatibles : ils forment un recouvrement disjoint de . Dans chacun, les deux membres coïncident, donc l'égalité vaut pour tout .
Propriété
Soient et deux parties de .
- si et seulement si .
- si et seulement si pour tout .
Démonstration. 1. Si , les deux applications sont définies par la même condition, donc sont égales. Réciproquement, supposons et soit . Alors , donc , donc : ainsi . L'autre inclusion s'obtient en échangeant les rôles de et .
- Supposons et soit . Si , alors , donc . Si , alors puisqu'une indicatrice est toujours positive ou nulle. Dans les deux cas l'inégalité est vérifiée.
Réciproquement, supposons pour tout , et soit . Alors , et comme vaut ou , nécessairement , c'est-à-dire . Donc .
Méthode
Démontrer une identité ensembliste par les indicatrices.
Pour établir une égalité entre deux parties construites à partir de , , :
- on traduit chaque membre en une expression algébrique en , , , à l'aide des trois formules ci-dessus ;
- on développe et on simplifie en utilisant , , ;
- si les deux expressions sont égales, les indicatrices des deux membres coïncident, donc les deux parties sont égales.
Cette méthode transforme un raisonnement ensembliste en un calcul, ce qui évite les disjonctions de cas fastidieuses. Elle ne s'applique qu'aux égalités (pour une inclusion, on compare les indicatrices) et elle exige de la rigueur dans la simplification.
Exemple
Montrons que , puis que .
Posons et . Comme , il vient
Développons, en utilisant et :
D'où la première formule.
Appliquons-la maintenant deux fois. En notant ,
Les indicatrices de et de sont égales, donc .
Image directe et image réciproque
Définition
Soit une application.
- Pour , l'image directe de par est la partie de
Ainsi, pour : si et seulement s'il existe tel que .
- Pour , l'image réciproque de par est la partie de
Ainsi, pour : si et seulement si .
Ces deux caractérisations sont à connaître par cœur, car ce sont elles qu'on utilise dans toute démonstration : la première fait intervenir un quantificateur existentiel (il faut exhiber un antécédent), la seconde est une simple condition sur (elle est donc bien plus maniable).
Remarque
La notation ne suppose pas bijective. C'est le point de vigilance principal de ce paragraphe. L'écriture est définie pour toute application et toute partie de : c'est un ensemble, à savoir l'ensemble des antécédents des éléments de .
Il ne faut surtout pas la confondre avec l'application réciproque , qui n'existe, elle, que si est bijective. Le symbole est donc employé avec deux sens distincts ; nous verrons plus loin que, lorsque est bijective, les deux lectures donnent le même ensemble, ce qui justifie a posteriori l'abus de notation.
Deux réflexes : écrire (avec les accolades) et non lorsque n'est pas bijective, et ne jamais écrire quelque chose comme pour un élément .
Exemple
Soit , .
- et .
- , , , .
Propriété
Soient , et des parties de , et des parties de .
- Croissance : si alors ; si alors .
- .
- , l'inclusion pouvant être stricte.
- .
- .
- , le complémentaire étant pris dans à gauche et dans à droite.
- et , ces inclusions pouvant être strictes.
Démonstration du point 2, par double inclusion. Soit . Il existe tel que . Si , alors ; si , alors . Dans les deux cas, .
Réciproquement, soit . Si , il existe tel que ; comme , cet appartient à , donc . Le cas est identique. D'où l'égalité.
Démonstration du point 3. Soit : il existe tel que . Comme , on a ; comme , on a . Donc .
Remarque
Contre-exemple pour l'inclusion 3. Prenons , , et . Alors , donc . En revanche et , donc . L'inclusion est ici stricte, puisque est strictement inclus dans .
L'origine du phénomène est claire : deux éléments distincts peuvent avoir la même image. On montrera en exercice que l'égalité a lieu pour toutes parties , dès que est injective.
Démonstration du point 5, par équivalences. Soit .
Toutes les étapes sont des équivalences, donc les deux ensembles sont égaux. Le point 4 se démontre exactement de la même façon, en remplaçant partout « et » par « ou ».
Démonstration du point 6. Soit . Alors équivaut à , c'est-à-dire à , c'est-à-dire à la négation de , c'est-à-dire à .
Remarque
Comparons les points 3 et 5 : l'image réciproque se comporte parfaitement bien vis-à-vis de toutes les opérations ensemblistes (réunion, intersection, complémentaire), alors que l'image directe ne respecte que la réunion. C'est une raison de fond pour laquelle on préfère toujours, quand on a le choix, raisonner sur les images réciproques.
Démonstration du point 7. Soit . Alors par définition de l'image directe, donc par caractérisation de l'image réciproque. D'où .
Soit maintenant . Il existe tel que . Or signifie exactement , c'est-à-dire . D'où .
Remarque
Contre-exemples pour le point 7. Reprenons , .
Pour : et . L'inclusion est stricte, car appartient au second ensemble et pas au premier.
Pour : (car équivaut à , et est toujours vrai), donc . L'inclusion est stricte, car appartient à mais pas à .
On montre en exercice que la première inclusion est une égalité pour toute partie dès que est injective, et la seconde dès que est surjective.
Injections, surjections, bijections
Définition
Soit une application.
- est injective lorsque
Autrement dit : tout élément de admet au plus un antécédent par .
- est surjective lorsque
Autrement dit : tout élément de admet au moins un antécédent par .
- est bijective lorsqu'elle est à la fois injective et surjective, ce qui s'écrit
Autrement dit : tout élément de admet exactement un antécédent par .
Méthode
Montrer qu'une application est injective, surjective, bijective.
- Injectivité. On commence par « Soient et dans tels que », on écrit cette égalité explicitement, et on la manipule jusqu'à obtenir . Variante par contraposition : supposer et montrer . Pour montrer qu'une application n'est pas injective, il suffit d'exhiber deux éléments distincts de même image.
- Surjectivité. On commence par « Soit », puis on construit un antécédent : on résout l'équation d'inconnue , et on vérifie que la solution trouvée appartient bien à . Pour montrer qu'une application n'est pas surjective, il suffit d'exhiber un pour lequel l'équation n'a pas de solution.
- Bijectivité. Ou bien on montre séparément l'injectivité et la surjectivité ; ou bien, plus efficace, on montre directement que pour tout l'équation possède une unique solution dans , ce qui traite les deux points d'un coup et fournit au passage la réciproque ; ou bien on exhibe une application telle que et (voir la caractérisation ci-dessous).
Exemple
Étudions quelques applications.
a. , . Elle n'est pas injective, car avec . Elle n'est pas surjective, car l'équation n'a pas de solution réelle.
b. , . Elle est injective : si , alors , et le second facteur vaut , qui ne s'annule que pour ; dans tous les cas, . Elle est surjective : pour , le réel vérifie , et pour , le réel convient. Elle est donc bijective.
c. , . Elle est injective : si , alors en composant par on obtient . Elle n'est pas surjective : l'équation n'a pas de solution, car l'exponentielle est strictement positive. En revanche, l'application , , est bijective, de réciproque .
d. , . Elle est injective : si , alors . Elle n'est pas surjective : n'a pas d'antécédent, puisque pour tout .
e. , . Elle est surjective : pour , l'entier vérifie . Elle n'est pas injective : .
Définition
Soit une application bijective. Pour tout , il existe un unique tel que ; en notant cet élément, on définit une application appelée application réciproque de et notée .
Par construction, pour tous et :
Propriété
Caractérisation. Soit . Les deux propositions suivantes sont équivalentes :
- est bijective ;
- il existe une application telle que et .
Dans ce cas, une telle application est unique et vaut .
Démonstration.
De 1 vers 2. Supposons bijective et posons . Soit ; en posant , la caractérisation ci-dessus donne , c'est-à-dire : donc . Soit maintenant ; en posant , la même caractérisation donne , c'est-à-dire : donc .
De 2 vers 1. Supposons l'existence de . Montrons que est injective : soient tels que . En appliquant , , c'est-à-dire , donc . Montrons que est surjective : soit ; posons . Alors , donc admet un antécédent. Ainsi est bijective.
Unicité. Soient et deux applications de dans vérifiant les deux égalités. Alors, en utilisant l'associativité de la composition,
Donc , et comme convient, on a .
Propriété
Si est bijective, alors est bijective et .
Démonstration. L'application vérifie et : ce sont exactement les deux conditions de la caractérisation appliquées à , avec dans le rôle de . Donc est bijective, de réciproque .
Remarque
Compatibilité des deux sens de la notation . Soit bijective et . Notons provisoirement l'image réciproque de par au sens ensembliste, et l'image directe de par l'application réciproque . Alors ces deux parties de sont égales.
En effet, soit . Si , alors , et est l'image par d'un élément de : donc appartient à l'image directe de par . Réciproquement, si est l'image par d'un élément , alors donc , c'est-à-dire .
Les deux lectures de l'écriture coïncident donc, et l'on peut sans risque utiliser la même notation. C'est précisément parce que cette compatibilité a lieu que l'abus de notation est admis.
Composition, injectivité et surjectivité
Propriété
Soient et deux applications.
- Si et sont injectives, alors est injective.
- Si et sont surjectives, alors est surjective.
- Si et sont bijectives, alors est bijective et
Démonstration.
-
Soient tels que , c'est-à-dire . Comme est injective et que et sont deux éléments de de même image par , on en déduit . Comme est injective, il vient . Donc est injective.
-
Soit . Comme est surjective, il existe tel que . Comme est surjective, il existe tel que . Alors
donc admet un antécédent par . Donc est surjective.
- Si et sont bijectives, elles sont injectives et surjectives, donc l'est aussi d'après les points 1 et 2 : elle est bijective. Pour identifier sa réciproque, il suffit, d'après la caractérisation, de vérifier les deux égalités de composition avec l'application , qui va bien de dans . En utilisant l'associativité :
Par unicité de l'application réciproque, .
Remarque
L'ordre s'inverse dans la formule , et c'est bien naturel : pour défaire une suite d'opérations, on défait la dernière d'abord. On enfile ses chaussettes puis ses chaussures ; pour se déchausser, on retire les chaussures avant les chaussettes.
Propriété
Soient et deux applications.
- Si est injective, alors est injective.
- Si est surjective, alors est surjective.
Démonstration.
-
Supposons injective, et soient tels que . En appliquant aux deux membres, , c'est-à-dire . Comme est injective, . Donc est injective.
-
Supposons surjective, et soit . Il existe tel que , c'est-à-dire . L'élément appartient à et vérifie : c'est un antécédent de par . Donc est surjective.
Remarque
Les conclusions sont optimales : les autres implications sont fausses. Considérons
Pour tout , on a , donc : cette composée est bijective, donc à la fois injective et surjective.
Pourtant :
- n'est pas surjective ( n'a pas d'antécédent), alors que l'est : « surjective » n'entraîne donc pas « surjective » ;
- n'est pas injective (), alors que l'est : « injective » n'entraîne donc pas « injective ».
Ce contre-exemple montre aussi qu'une égalité seule ne suffit pas à conclure que est bijective : il faut impérativement les deux compositions, comme dans la caractérisation démontrée plus haut.
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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.