PCSI · Chapitre 02 · Premier semestre

Compléments de calcul algébrique et de trigonométrie

Sommes et produits, formule du binôme, pivot sur de petits systèmes, inégalités, cercle trigonométrique, formules d'addition.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Sommes et produits
  • Formule du binôme
  • Pivot sur de petits systèmes
  • Inégalités
  • Cercle trigonométrique
  • Formules d'addition

Le chapitre précédent a mis en place la langue des mathématiques : quantificateurs, connecteurs, modes de raisonnement, vocabulaire des ensembles. Celui-ci met en place l'outillage. C'est une boîte à outils de calcul, presque sans théorie, mais dont chaque geste devra devenir automatique : manipuler un symbole , changer d'indice sans se tromper, reconnaître un télescopage, développer (a+b)n, intervertir deux sommations, résoudre un système linéaire proprement, majorer une expression, retrouver une formule de trigonométrie. Les erreurs que l'on commet ici ne sont pas des erreurs de compréhension mais des erreurs d'exécution, et elles se paient plus tard, dans des exercices où le calcul n'est plus le sujet mais seulement le moyen d'y arriver.

Les notations suivantes valent pour tout le chapitre. Les lettres i, j, k désignent des indices entiers, les lettres m, n, p des entiers, les lettres a, b, x, y des réels, et λ, μ des réels appelés scalaires lorsqu'ils multiplient une famille. Les ensembles de nombres sont notés N, Z, Q, R, avec N=N{0}, R=R{0} et R+ l'ensemble des réels positifs ou nuls. Les propriétés de R dont nous nous servons librement (l'addition et la multiplication avec leurs règles habituelles, la relation d'ordre et sa compatibilité avec les opérations, l'existence de la racine carrée d'un réel positif) sont admises : la construction de R n'est pas au programme.

Sommes et produits

Familles finies, notations et

Définition

Soit I un ensemble fini. Une famille finie de réels indexée par I est une application de I dans R. On la note (ai)iI plutôt que iai, et le réel ai s'appelle le terme d'indice i de la famille. L'ensemble I s'appelle l'ensemble d'indices.

Le cas de loin le plus fréquent est celui où I est un ensemble d'entiers consécutifs : pour deux entiers m et n tels que mn, la famille (ak)mkn est la famille des réels am,am+1,,an.

Définition

Soit (ai)iI une famille finie de réels. La somme de cette famille, notée iIai, est le réel obtenu en additionnant tous ses termes. Son produit, noté iIai, est le réel obtenu en les multipliant tous.

Lorsque I est vide, on pose par convention

iai=0(somme vide),iai=1(produit vide).

Ces définitions supposent implicitement un point qu'il faut signaler : le résultat ne dépend pas de l'ordre dans lequel on additionne (ou multiplie) les termes. C'est une conséquence de la commutativité et de l'associativité de l'addition et de la multiplication dans R, et nous l'admettons.

Remarque

Les conventions « somme vide =0 » et « produit vide =1 » ne sont pas arbitraires. Ce sont les seules valeurs qui rendent les formules générales valables sans exception à traiter à part.

Pour la somme : on veut que couper une somme en deux morceaux fonctionne toujours, donc que iIai=iIai+iai. Cela force la somme vide à être l'élément neutre de l'addition, c'est-à-dire 0.

Pour le produit : le même argument, écrit avec des produits, force le produit vide à être l'élément neutre de la multiplication, c'est-à-dire 1. En particulier, x0=1 pour tout réel x n'est rien d'autre qu'un produit vide.

L'intérêt pratique est immédiat : on peut initialiser une récurrence au niveau le plus bas possible, celui où la somme n'a aucun terme, sans avoir à vérifier quoi que ce soit.

Définition

Soient m et n deux entiers avec nm1, et (ak) une famille de réels. La somme k=mnak se définit par récurrence sur n :

  • k=mm1ak=0 (somme vide) ;
  • pour tout entier nm1, k=mn+1ak=(k=mnak)+an+1.

De la même manière, le produit k=mnak est défini par

  • k=mm1ak=1 (produit vide) ;
  • pour tout entier nm1, k=mn+1ak=(k=mnak)×an+1.

Cette définition par récurrence n'est pas une coquetterie de rédaction : c'est elle qui rend les démonstrations par récurrence possibles. Chaque fois que l'on écrira « en isolant le dernier terme », c'est cette égalité que l'on utilisera.

Définition

Dans l'écriture k=mnak, la lettre k est un indice muet : elle n'existe qu'à l'intérieur du symbole , et la remplacer partout par une autre lettre non encore utilisée ne change rien à la valeur de la somme. Ainsi

k=1nk3=i=1ni3=j=1nj3.

Il en va de même pour l'indice d'un produit.

Remarque

Deux fautes classiques, à traquer dès maintenant.

Faire sortir l'indice muet du symbole. Une écriture comme « k=1nk=k(k+1)2 » n'a aucun sens : le membre de gauche est un nombre qui ne dépend que de n, le membre de droite dépend de k. La bonne écriture est k=1nk=n(n+1)2.

Réutiliser une lettre déjà occupée. Dans une expression où n désigne déjà la borne, on n'écrit jamais n=1nan. L'indice muet doit être une lettre neuve.

Propriété

Pour deux entiers m et n avec mn, la somme k=mnak comporte exactement nm+1 termes.

Remarque

Le nombre de termes est nm+1, et pas nm. Cette erreur de décalage de 1 est la plus fréquente de tout le chapitre, et elle est fatale dès qu'on somme des constantes. Le remède est de vérifier sur un cas minuscule : k=47ak=a4+a5+a6+a7 comporte bien 74+1=4 termes, et non 3.

Le cas particulier k=1n comporte n termes, mais k=0n en comporte n+1 : la présence ou l'absence du terme d'indice 0 change le compte.

Exemple

Écrivons quelques sommes et produits en toutes lettres pour prendre l'habitude.

k=14k2=1+4+9+16=30.

k=032k=1+2+4+8=15.

k=15k=1×2×3×4×5=120.

k=241k=12×13×14=124.

k=32k10=0 : l'indice d'arrivée est strictement plus petit que l'indice de départ, la somme est vide.

Règles de calcul sur les sommes

Propriété

Soient (ak)mkn et (bk)mkn deux familles de réels, et λ, μ deux réels.

  1. Linéarité : k=mn(λak+μbk)=λk=mnak+μk=mnbk.
  2. Somme de termes constants : pour tout réel c, k=mnc=(nm+1)c.
  3. Relation de Chasles : pour tout entier p tel que m1pn, k=mnak=k=mpak+k=p+1nak.

Démonstration de la linéarité. Les réels λ et μ étant fixés, notons, pour tout entier nm1, P(n) la proposition

k=mn(λak+μbk)=λk=mnak+μk=mnbk.

Initialisation. Prenons n=m1. Les trois sommes qui interviennent sont vides, donc nulles, et l'égalité s'écrit 0=λ×0+μ×0, ce qui est vrai. Donc P(m1) est vraie.

Hérédité. Soit nm1 un entier tel que P(n) soit vraie. En isolant le terme d'indice n+1 grâce à la définition de la somme, puis en utilisant l'hypothèse de récurrence, on obtient

k=mn+1(λak+μbk)=k=mn(λak+μbk)+(λan+1+μbn+1)=λk=mnak+μk=mnbk+λan+1+μbn+1=λ(k=mnak+an+1)+μ(k=mnbk+bn+1)=λk=mn+1ak+μk=mn+1bk.

La dernière égalité est encore la définition de la somme, lue de droite à gauche. Donc P(n+1) est vraie.

Conclusion. La proposition P(n) est vraie pour tout entier nm1.

Démonstration de la somme de constantes. Notons Q(n) la proposition k=mnc=(nm+1)c, pour nm1.

Initialisation. Pour n=m1, la somme est vide donc nulle, et (m1m+1)c=0×c=0. Donc Q(m1) est vraie.

Hérédité. Soit nm1 tel que Q(n) soit vraie. Alors

k=mn+1c=k=mnc+c=(nm+1)c+c=(nm+2)c=((n+1)m+1)c,

donc Q(n+1) est vraie.

Conclusion. Q(n) est vraie pour tout entier nm1.

La relation de Chasles se démontre de la même manière, par récurrence sur n à p fixé : pour n=p elle s'écrit k=mpak=k=mpak+0, la deuxième somme étant vide, et l'hérédité consiste à ajouter le terme an+1 des deux côtés.

Remarque

La linéarité ne concerne que l'addition et la multiplication par un réel fixe, c'est-à-dire ne dépendant pas de l'indice. Il n'existe aucune règle du type

kakbk=(kak)(kbk),k1ak=1kak,kak2=(kak)2.

Le moindre doute se lève en testant sur deux termes : 12+22=5 alors que (1+2)2=9.

Attention également au facteur constant : dans k=1nkak, le facteur k dépend de l'indice, il ne sort pas du symbole.

Exemple

Calculons S=k=1n(3k2) en fonction de n, en admettant provisoirement la formule k=1nk=n(n+1)2 qui sera établie plus loin.

Par linéarité, puis par la formule de la somme de constantes,

S=3k=1nkk=1n2=3×n(n+1)22n=3n2+3n4n2=n(3n1)2.

Vérification pour n=1 : la somme vaut 32=1, et la formule donne 1×22=1. Pour n=2 : la somme vaut 1+4=5, et la formule donne 2×52=5. Pour n=3 : la somme vaut 1+4+7=12, et la formule donne 3×82=12.

Règles de calcul sur les produits

Propriété

Soient (ak)mkn et (bk)mkn deux familles de réels, λ un réel, et notons N=nm+1 le nombre de termes.

  1. Produit terme à terme : k=mn(akbk)=(k=mnak)(k=mnbk).
  2. Multiplication par un scalaire : k=mn(λak)=λNk=mnak.
  3. Relation de Chasles : pour tout entier p tel que m1pn, k=mnak=(k=mpak)(k=p+1nak).
  4. Passage du produit à la somme sur les exposants : pour tout réel x et toute famille d'entiers naturels (pk)mkn, k=mnxpk=xk=mnpk.

Démonstration du point 2. Notons R(n) la proposition k=mn(λak)=λnm+1k=mnak, pour nm1.

Initialisation. Pour n=m1, les deux produits sont vides donc égaux à 1, et l'exposant vaut m1m+1=0, si bien que l'égalité s'écrit 1=λ0×1=1. Donc R(m1) est vraie.

Hérédité. Soit nm1 tel que R(n) soit vraie. Alors

k=mn+1(λak)=(k=mn(λak))×λan+1=λnm+1(k=mnak)λan+1=λnm+2k=mn+1ak,

et nm+2=(n+1)m+1 : la proposition R(n+1) est vraie.

Conclusion. R(n) est vraie pour tout entier nm1.

Remarque

Le point 2 est un piège redoutable. Sortir un facteur λ d'un produit de N termes le fait apparaître à la puissance N, alors que le sortir d'une somme le laisse à la puissance 1. Comparons sur trois termes :

k=132ak=2(a1+a2+a3),k=132ak=23a1a2a3=8a1a2a3.

Exemple

Calculons P=k=1n3kk+1 pour nN.

Le facteur 3 ne dépend pas de k : il sort à la puissance n. Ensuite on sépare le numérateur du dénominateur :

P=3nk=1nkk+1=3n×k=1nkk=1n(k+1).

Le produit du haut vaut 1×2××n et celui du bas vaut 2×3××(n+1). Tous les facteurs de 2 à n se simplifient, il reste 1n+1. Donc P=3nn+1.

Vérification pour n=1 : P=32, et la formule donne 32. Pour n=2 : P=32×63=3, et la formule donne 93=3.

Changements d'indice

Un changement d'indice ne modifie pas la somme : il modifie seulement la manière de repérer ses termes. On additionne les mêmes nombres, en les appelant autrement. Deux changements suffisent en pratique.

Propriété

Soient (ak) une famille de réels et p un entier.

  1. Décalage (ou translation) d'indice : k=mnak=j=m+pn+pajp, obtenu en posant j=k+p.
  2. Renversement (ou réflexion) d'indice : k=mnak=j=mnam+nj, obtenu en posant j=m+nk, ce qui revient à parcourir les termes dans l'autre sens.

Les mêmes égalités valent pour les produits.

Méthode

Changer d'indice sans se tromper. Procéder toujours dans cet ordre, en écrivant chaque étape.

  1. Écrire explicitement la substitution dans les deux sens : « posons j=k+p », donc « k=jp ».
  2. Traduire les bornes. Quand k vaut m, j vaut m+p ; quand k vaut n, j vaut n+p. Les nouvelles bornes sont donc m+p et n+p. C'est ici que se produisent presque toutes les erreurs : on ne devine pas les bornes, on les calcule.
  3. Remplacer k par son expression en fonction de j partout dans le terme général, y compris dans les exposants, les indices et les dénominateurs.
  4. Vérifier sur le premier terme : celui que donne la nouvelle écriture pour j égal à la nouvelle borne inférieure doit être exactement l'ancien premier terme. Vérifier aussi que le nombre de termes n'a pas changé.

La quatrième étape n'est pas facultative. Elle coûte cinq secondes et détecte la quasi-totalité des erreurs.

Exemple

Écrivons S=k=3n+21k2 comme une somme dont l'indice part de 1.

Posons j=k2, c'est-à-dire k=j+2. Quand k=3, j=1 ; quand k=n+2, j=n. Le terme général devient 1(j+2)2=1j. Donc

S=j=1n1j.

Vérification : le premier terme de la nouvelle écriture est 11=1, et l'ancien premier terme est 132=1. Le nombre de termes est (n+2)3+1=n avant, et n1+1=n après.

Exemple

Montrons que k=0n(nk)2=k=0nk2.

Posons j=nk, donc k=nj. Quand k=0, j=n ; quand k=n, j=0. Les bornes sont échangées, ce qui ne pose pas de problème : sommer de j=n à j=0, c'est sommer les mêmes termes, donc

k=0n(nk)2=j=0n(n(nj))2=j=0nj2.

L'indice j étant muet, on peut le renommer k, ce qui donne l'égalité annoncée. Vérification pour n=2 : à gauche 4+1+0=5, à droite 0+1+4=5.

Regroupements de termes

La relation de Chasles permet de couper une somme en deux blocs consécutifs. On peut aussi réorganiser les termes selon la parité de l'indice.

Propriété

Soit (ak) une famille de réels et n un entier naturel. Alors

k=02n+1ak=j=0na2j+j=0na2j+1,k=02nak=j=0na2j+j=0n1a2j+1.

Ces égalités se retrouvent en comptant les termes plutôt qu'en les apprenant. Dans la première, il y a 2n+2 termes à gauche, et (n+1)+(n+1) à droite. Dans la seconde, 2n+1 termes à gauche, et (n+1)+n à droite : la somme s'arrête sur un indice pair, il y a donc un terme pair de plus que de termes impairs.

Exemple

Calculons T=k=02n(1)k.

Séparons les indices pairs des indices impairs. Pour k=2j pair, (1)k=1 ; pour k=2j+1 impair, (1)k=1. Donc

T=j=0n1+j=0n1(1)=(n+1)n=1.

Le résultat est conforme à l'intuition : les termes s'annulent deux à deux à partir du deuxième, et il reste le premier. Vérification pour n=1 : 11+1=1.

Télescopage

C'est la technique la plus rentable du chapitre : elle transforme une somme de n termes en une différence de deux termes.

Propriété

Soient mn deux entiers et (ak)mkn+1 une famille de réels. Alors

k=mn(ak+1ak)=an+1am.

Démonstration. Notons P(n) la proposition ci-dessus, pour nm1.

Initialisation. Pour n=m1, la somme est vide donc nulle, et le membre de droite vaut a(m1)+1am=amam=0. L'égalité est vraie, donc P(m1) est vraie.

Hérédité. Soit nm1 un entier tel que P(n) soit vraie. En isolant le dernier terme puis en appliquant l'hypothèse de récurrence,

k=mn+1(ak+1ak)=k=mn(ak+1ak)+(an+2an+1)=(an+1am)+an+2an+1=an+2am.

Comme an+2=a(n+1)+1, la proposition P(n+1) est vraie.

Conclusion. P(n) est vraie pour tout entier nm1.

On peut aussi voir le résultat directement, en écrivant la somme en toutes lettres :

(am+1am)+(am+2am+1)++(an+1an),

où chaque terme positif ak+1 est annulé par le terme négatif ak+1 de la parenthèse suivante. Seuls survivent am, qui n'a rien devant lui, et an+1, qui n'a rien derrière. Cette lecture est éclairante, mais la récurrence reste la rédaction attendue dans une copie.

Propriété

Soient mn deux entiers et (ak)mkn+1 une famille de réels tous non nuls. Alors

k=mnak+1ak=an+1am.

La démonstration est identique, en remplaçant les différences par des quotients : l'initialisation utilise le produit vide égal à 1, et l'hérédité multiplie par an+2an+1.

Méthode

Reconnaître et exploiter un télescopage. Devant une somme k=mnuk dont le terme général est une fraction ou une différence, chercher une famille (ak) telle que uk=ak+1ak, ou telle que uk=akak+1 (auquel cas la somme vaut aman+1).

Trois indices doivent mettre sur la piste.

  1. Le terme général est une fraction dont le dénominateur est un produit d'entiers consécutifs, comme 1k(k+1) ou 1k(k+1)(k+2) : on décompose en éléments simples en cherchant αk+βk+1.
  2. Le terme général est une différence de deux expressions de même forme, décalées d'un cran, comme k+1k ou (k+1)3k3.
  3. On veut calculer ukuk est un polynôme en k : on cherche alors ak polynomial de degré supérieur d'une unité tel que ak+1ak=uk.

Une fois (ak) trouvée, on ne développe rien : on applique la formule et on conclut.

Exemple

Calculons Sn=k=1n1k(k+1) pour nN.

Cherchons deux réels α et β tels que, pour tout k1, 1k(k+1)=αk+βk+1. En réduisant au même dénominateur, le numérateur du membre de droite vaut α(k+1)+βk=(α+β)k+α. L'identification avec le numérateur 1 donne α=1 et α+β=0, donc β=1. On vérifie directement :

1k1k+1=(k+1)kk(k+1)=1k(k+1).

Posons alors ak=1k pour k1. On a 1k(k+1)=akak+1=(ak+1ak), donc

Sn=k=1n(ak+1ak)=(an+1a1)=a1an+1=11n+1=nn+1.

Vérification pour n=1 : S1=12 et la formule donne 12. Pour n=2 : S2=12+16=23 et la formule donne 23. Pour n=3 : S3=23+112=34 et la formule donne 34.

Exemple

Calculons Pn=k=2n(11k2) pour n2.

Factorisons d'abord le terme général : 11k2=k21k2=(k1)(k+1)k2. Séparons alors le produit en deux :

Pn=k=2nk1k×k=2nk+1k.

Le premier produit est télescopique avec ak=k1 : il vaut k=2nakak+1, mais il est plus simple de l'écrire en toutes lettres, 12×23××n1n=1n. Le second vaut 32×43××n+1n=n+12. Donc

Pn=1n×n+12=n+12n.

Vérification pour n=2 : P2=114=34 et la formule donne 34. Pour n=3 : P3=34×89=23 et la formule donne 46=23.

Sommes usuelles

Trois sommes reviennent en permanence. Il faut connaître leurs valeurs par coeur et savoir les redémontrer.

Somme des premiers entiers

Propriété

Pour tout entier n0,

k=1nk=n(n+1)2.

Première démonstration, par récurrence. Notons P(n) la proposition k=1nk=n(n+1)2.

Initialisation. Pour n=0, la somme est vide donc nulle, et 0×12=0. Donc P(0) est vraie.

Hérédité. Soit n0 un entier tel que P(n) soit vraie. En isolant le dernier terme puis en utilisant l'hypothèse de récurrence,

k=1n+1k=k=1nk+(n+1)=n(n+1)2+(n+1)=(n+1)(n2+1)=(n+1)(n+2)2.

Or (n+1)((n+1)+1)2=(n+1)(n+2)2 : c'est bien l'expression attendue. Donc P(n+1) est vraie.

Conclusion. P(n) est vraie pour tout entier n0.

Deuxième démonstration, par renversement de l'indice. Notons S=k=1nk. Le renversement d'indice j=n+1k donne

S=j=1n(n+1j).

En additionnant cette écriture et l'écriture initiale (dans laquelle on renomme l'indice j, ce qui est licite puisqu'il est muet), la linéarité donne

2S=j=1nj+j=1n(n+1j)=j=1n(j+n+1j)=j=1n(n+1)=n(n+1),

la dernière égalité étant la somme de n termes tous égaux à n+1. Donc S=n(n+1)2.

Remarque

La deuxième démonstration est celle que l'on attribue traditionnellement au jeune Gauss : elle revient à regrouper les termes par paires, le premier avec le dernier, le deuxième avec l'avant-dernier, chaque paire ayant pour somme n+1. Elle est plus courte, mais elle demande un peu d'astuce ; la récurrence, elle, marche sans idée. En pratique, on choisit la récurrence quand le résultat est donné, et le renversement quand il faut le trouver.

Exemple

Calculons k=10100k.

Par la relation de Chasles, k=1100k=k=19k+k=10100k, donc

k=10100k=100×10129×102=505045=5005.

On peut vérifier autrement : la somme comporte 10010+1=91 termes, dont la moyenne est 10+1002=55, ce qui donne 91×55=5005.

Somme des carrés des premiers entiers

Propriété

Pour tout entier n0,

k=1nk2=n(n+1)(2n+1)6.

Première démonstration, par récurrence. Notons P(n) la proposition k=1nk2=n(n+1)(2n+1)6.

Initialisation. Pour n=0, la somme est vide donc nulle, et 0×1×16=0. Donc P(0) est vraie.

Hérédité. Soit n0 un entier tel que P(n) soit vraie. Alors

k=1n+1k2=n(n+1)(2n+1)6+(n+1)2=(n+1)[n(2n+1)+6(n+1)]6=(n+1)(2n2+7n+6)6=(n+1)(n+2)(2n+3)6,

où la dernière égalité vient de la factorisation 2n2+7n+6=(n+2)(2n+3), que l'on vérifie en développant : (n+2)(2n+3)=2n2+3n+4n+6=2n2+7n+6. Or l'expression attendue est

(n+1)((n+1)+1)(2(n+1)+1)6=(n+1)(n+2)(2n+3)6,

c'est exactement ce que l'on a obtenu. Donc P(n+1) est vraie.

Conclusion. P(n) est vraie pour tout entier n0.

Deuxième démonstration, par télescopage. L'idée est de faire apparaître k2 dans une différence télescopique. Pour tout entier k,

(k+1)3k3=k3+3k2+3k+1k3=3k2+3k+1.

Sommons cette égalité pour k allant de 1 à n. À gauche, le télescopage donne (n+1)313. À droite, la linéarité donne, en notant S2=k=1nk2,

3S2+3×n(n+1)2+n.

On obtient donc

3S2=(n+1)313n(n+1)2n=n3+3n2+3n3n2+3n2n.

En réduisant au même dénominateur,

3S2=2n3+6n2+6n3n23n2n2=2n3+3n2+n2=n(2n2+3n+1)2=n(n+1)(2n+1)2,

la dernière factorisation venant de 2n2+3n+1=(n+1)(2n+1). Finalement S2=n(n+1)(2n+1)6.

Remarque

La deuxième méthode est bien plus riche que la première : elle produit le résultat au lieu de le vérifier. Le même procédé, appliqué à (k+1)4k4, donne la valeur de k=1nk3, et ainsi de suite. C'est la technique à retenir quand on ne connaît pas la réponse à l'avance.

Vérifions la formule pour n=3 : la somme vaut 1+4+9=14, et 3×4×76=846=14.

Somme géométrique

Propriété

Soient x un réel et n un entier naturel.

  • Si x=1, alors k=0nxk=n+1.
  • Si x1, alors k=0nxk=1xn+11x=xn+11x1.

Démonstration. Si x=1, tous les termes valent 1 et la somme comporte n+1 termes, d'où le résultat.

Supposons x1 et posons S=k=0nxk. Calculons (1x)S en développant puis en effectuant un décalage d'indice :

(1x)S=k=0nxkk=0nxk+1=k=0nxkj=1n+1xj=(x0+k=1nxk)(j=1nxj+xn+1)=1xn+1.

Dans la deuxième ligne, on a posé j=k+1 dans la seconde somme : quand k=0, j=1 ; quand k=n, j=n+1. Dans la troisième ligne, on a isolé le terme d'indice 0 de la première somme et le terme d'indice n+1 de la seconde, les deux sommes restantes étant identiques et se simplifiant. Comme x1, le réel 1x est non nul et l'on peut diviser : S=1xn+11x.

La seconde écriture s'obtient en multipliant numérateur et dénominateur par 1.

Remarque

Il faut absolument discuter le cas x=1. Écrire k=0nxk=1xn+11x sans préciser x1 est une faute : le dénominateur s'annule. Dans un exercice où x est une expression comme 12 ou 3, on vérifie qu'elle est différente de 1 et on le dit en une phrase.

Retenir aussi la forme générale, valable pour x1 :

k=pnxk=xpxn+11x=xp×1xnp+11x,

qui se retient ainsi : « premier terme, multiplié par 1 moins la raison à la puissance le nombre de termes, divisé par 1 moins la raison ».

Exemple

Calculons A=k=0n12k et B=k=2n3k pour n2.

Pour A, on reconnaît une somme géométrique de raison x=12, différente de 1. Donc

A=1(12)n+1112=2(112n+1)=212n.

Vérification pour n=2 : A=1+12+14=74, et la formule donne 214=74.

Pour B, la raison est x=31, et le premier terme est 32=9. La somme comporte n1 termes, donc

B=323n+113=3n+192.

Vérification pour n=3 : B=9+27=36, et la formule donne 8192=36.

Factorisation de anbn

Propriété

Soient a et b deux réels et n un entier naturel non nul. Alors

anbn=(ab)k=0n1akbn1k.

Démonstration. Développons le membre de droite. Par linéarité,

(ab)k=0n1akbn1k=k=0n1ak+1bn1kk=0n1akbnk=j=1najbnjk=0n1akbnk.

Dans la première somme, on a posé j=k+1, donc k=j1 : quand k=0, j=1 ; quand k=n1, j=n ; et l'exposant n1k devient n1(j1)=nj.

Les deux sommes ont maintenant le même terme général ajbnj, l'une de j=1 à n, l'autre de j=0 à n1 : c'est un télescopage. En posant cj=ajbnj, la différence vaut

j=1ncjj=0n1cj=cnc0=anb0a0bn=anbn.

Remarque

Cette identité contient trois formules du lycée comme cas particuliers, qu'il faut savoir écrire instantanément :

a2b2=(ab)(a+b),a3b3=(ab)(a2+ab+b2),

et, en prenant b=1,

xn1=(x1)(xn1+xn2++x+1)=(x1)k=0n1xk.

Cette dernière écriture n'est rien d'autre que la somme géométrique retournée : elle en donne une deuxième démonstration.

Le facteur k=0n1akbn1k contient n termes, dont la somme des exposants vaut toujours n1 : on part de bn1 et l'on remplace progressivement un b par un a jusqu'à an1.

Remarque

Pour n impair, on obtient une factorisation de an+bn en remplaçant b par b : comme (b)n=bn lorsque n est impair,

an+bn=an(b)n=(a+b)k=0n1ak(b)n1k.

Pour n=3, cela donne a3+b3=(a+b)(a2ab+b2). En revanche, pour n pair, an+bn ne se factorise pas ainsi : a2+b2 n'admet aucune factorisation de ce type dans R.

Exemple

Montrons que pour tout entier n1, l'entier 4n1 est divisible par 3.

Appliquons la factorisation avec a=4 et b=1 :

4n1=(41)k=0n14k=3k=0n14k.

La somme k=0n14k est une somme d'entiers, donc un entier. Ainsi 4n1 s'écrit comme 3 fois un entier : il est divisible par 3.

Vérification pour n=2 : 421=15=3×5, et k=014k=1+4=5.

Sommes doubles

Familles doubles et interversion

Définition

Soient n et p deux entiers naturels non nuls. Une famille double de réels est une famille (ai,j) indexée par un ensemble de couples d'entiers. Le cas de base est celui du rectangle I={1,,n}×{1,,p} : on dispose alors d'un réel ai,j pour chaque couple (i,j) avec 1in et 1jp, et l'on note leur somme

1in1jpai,jou(i,j)Iai,j.

On visualise les termes d'une telle famille comme un tableau rectangulaire à n lignes et p colonnes, le terme ai,j occupant la ligne i et la colonne j. Additionner tous les termes du tableau peut se faire de deux façons : ligne par ligne, ou colonne par colonne.

Propriété

Soit (ai,j) une famille double de réels indexée par le rectangle {1,,n}×{1,,p}. Alors

1in1jpai,j=i=1n(j=1pai,j)=j=1p(i=1nai,j).

En particulier, on peut intervertir les deux symboles de sommation :

i=1nj=1pai,j=j=1pi=1nai,j.

Ce résultat est admis. Il traduit simplement le fait qu'additionner un nombre fini de réels donne un résultat indépendant de l'ordre choisi : sommer chaque ligne puis additionner les totaux de lignes, ou sommer chaque colonne puis additionner les totaux de colonnes, revient à additionner les np mêmes nombres.

Remarque

Le mot « fini » est essentiel. L'interversion de deux sommations est un théorème qui devient faux pour des sommes infinies, et sa version correcte dans ce cadre demande des hypothèses que l'on verra bien plus tard. Ici, toutes nos familles sont finies : on intervertit sans état d'âme, à condition de recopier correctement les bornes.

Attention à l'ordre de lecture : dans i=1nj=1pai,j, c'est la somme sur j qui est intérieure. On l'effectue d'abord, à i fixé, et son résultat dépend en général de i. Une écriture comme i=1nj=1pai,j=j=1pai,j×n est une faute grossière : le facteur jai,j dépend de i, il ne sort pas du symbole i.

Exemple

Calculons S=i=1nj=1p(i+j).

Commençons par la somme intérieure, à i fixé. La linéarité et la somme de constantes donnent

j=1p(i+j)=j=1pi+j=1pj=pi+p(p+1)2.

Le premier terme est une somme de p constantes égales à i : c'est pi. Il reste alors

S=i=1n(pi+p(p+1)2)=pi=1ni+n×p(p+1)2=pn(n+1)2+np(p+1)2=np(n+p+2)2.

Vérification pour n=p=1 : la somme se réduit au terme 1+1=2, et la formule donne 1×1×42=2. Pour n=2 et p=1 : la somme vaut (1+1)+(2+1)=5, et la formule donne 2×1×52=5.

Produit de deux sommes finies

Propriété

Soient (ai)1in et (bj)1jp deux familles finies de réels. Alors

(i=1nai)(j=1pbj)=i=1nj=1paibj.

Démonstration. Notons B=j=1pbj. Ce réel ne dépend pas de i, donc, par linéarité de la somme sur i,

(i=1nai)B=i=1n(aiB)=i=1n(aij=1pbj).

À i fixé, le réel ai ne dépend pas de j : par linéarité de la somme intérieure, il entre dans le symbole j, ce qui donne

i=1n(aij=1pbj)=i=1nj=1paibj.

Remarque

C'est la version rigoureuse de « on développe en multipliant chaque terme du premier facteur par chaque terme du second ». Le résultat comporte np termes.

Deux noms d'indices différents sont indispensables : écrire (i=1nai)(i=1nbi)=i=1naibi est faux. C'est exactement l'erreur signalée plus haut : (1+2)(3+4)=21 alors que 1×3+2×4=11.

Exemple

Calculons S=i=1nj=1nij.

Le terme général se factorise en un facteur dépendant de i et un facteur dépendant de j : on peut donc appliquer la propriété à l'envers.

S=(i=1ni)(j=1nj)=(n(n+1)2)2=n2(n+1)24.

Vérification pour n=2 : les quatre termes sont 1,2,2,4, de somme 9, et la formule donne 4×94=9.

Sommes triangulaires

Toutes les familles doubles ne sont pas indexées par un rectangle. Les plus fréquentes après lui sont les triangles, où les deux indices sont soumis à une inégalité.

Définition

Soit (ai,j) une famille de réels définie pour 1in et 1jn. On note

1ijnai,j

la somme des termes ai,j pour lesquels le couple (i,j) vérifie 1ijn (triangle fermé, la diagonale i=j étant incluse), et

1i<jnai,j

la somme des termes pour lesquels 1i<jn (triangle ouvert, sans la diagonale).

Propriété

Avec les notations précédentes,

1ijnai,j=j=1n(i=1jai,j)=i=1n(j=inai,j),

et de même

1i<jnai,j=j=2n(i=1j1ai,j)=i=1n1(j=i+1nai,j).

Méthode

Intervertir les deux symboles dans une somme triangulaire. Tout repose sur une seule idée : la condition 1ijn ne privilégie aucun des deux indices, mais on doit choisir lequel on fixe en premier.

  1. Écrire la condition qui définit le triangle sous forme d'un encadrement double : ici 1i, ij, jn.
  2. Si l'on fixe j d'abord : j doit pouvoir varier, il parcourt donc {1,,n} ; puis, à j fixé, i vérifie 1ij. Cela donne j=1ni=1j.
  3. Si l'on fixe i d'abord : i parcourt {1,,n} ; puis, à i fixé, j vérifie ijn. Cela donne i=1nj=in.
  4. Vérifier sur un petit cas, par exemple n=3. Les couples du triangle fermé sont (1,1), (1,2), (1,3), (2,2), (2,3), (3,3), soit six couples. Les deux découpages doivent en produire exactement six.

Règle pratique : l'indice extérieur varie toujours entre les bornes fixes (1 et n), l'indice intérieur varie entre des bornes qui dépendent de l'extérieur. Pour le triangle ouvert i<j, on remplace par < dans les bornes intérieures et on rétrécit les bornes extérieures pour éviter les sommes vides inutiles.

Exemple

Calculons N=1ijn1, c'est-à-dire le nombre de couples (i,j) tels que 1ijn.

Fixons j d'abord. À j fixé, l'indice i parcourt {1,,j}, soit j valeurs. Donc

N=j=1n(i=1j1)=j=1nj=n(n+1)2.

Le même calcul pour le triangle ouvert donne

1i<jn1=j=1n(i=1j11)=j=1n(j1)=j=0n1j=(n1)n2,

où l'on a effectué le décalage d'indice j=j1. La différence entre les deux résultats est n(n+1)2n(n1)2=n : ce sont exactement les n couples de la diagonale.

Vérification pour n=3 : six couples dans le triangle fermé (énumérés dans la méthode ci-dessus) et 3×42=6 ; trois couples dans le triangle ouvert, à savoir (1,2), (1,3), (2,3), et 3×22=3.

Exemple

Calculons S=1ijn1j.

Ici, le terme général ne dépend pas de i : il est donc judicieux de fixer j en premier, pour que la somme intérieure soit une somme de constantes.

S=j=1n(i=1j1j)=j=1n(j×1j)=j=1n1=n.

Vérification pour n=2 : les couples sont (1,1), (1,2), (2,2), et la somme vaut 1+12+12=2.

Remarquons que l'autre découpage aurait donné S=i=1nj=in1j, dont la somme intérieure ne se calcule pas simplement. Le choix de l'indice que l'on fixe en premier n'est pas indifférent : on regarde le terme général avant de se lancer.

Propriété

Soit (ai)1in une famille finie de réels. Alors

(i=1nai)2=i=1nai2+21i<jnaiaj.

Démonstration. Par la formule du produit de deux sommes,

(i=1nai)2=(i=1nai)(j=1naj)=1in1jnaiaj.

Le rectangle d'indices {1,,n}2 se partitionne en trois parties disjointes : les couples avec i<j, ceux avec i=j, et ceux avec i>j. Donc

1in1jnaiaj=1i<jnaiaj+i=1naiai+1j<inaiaj.

Dans la troisième somme, échangeons les noms des deux indices muets i et j : elle devient 1i<jnajai, qui est égale à la première puisque ajai=aiaj. La somme du milieu vaut i=1nai2. On obtient bien l'égalité annoncée.

Remarque

Cette identité généralise (a+b)2=a2+b2+2ab et (a+b+c)2=a2+b2+c2+2(ab+ac+bc). Elle est le prototype du raisonnement « rectangle = triangle inférieur + diagonale + triangle supérieur », qui sert chaque fois qu'une famille double est symétrique, c'est-à-dire vérifie ai,j=aj,i.

Exemple

Calculons T=1i<jnij.

Appliquons l'identité précédente à ai=i. On obtient

(i=1ni)2=i=1ni2+2T,doncT=12[(n(n+1)2)2n(n+1)(2n+1)6].

Mettons n(n+1)2 en facteur dans le crochet :

T=12×n(n+1)2[n(n+1)22n+13]=n(n+1)4×3n(n+1)2(2n+1)6=n(n+1)(3n2n2)24.

Enfin 3n2n2=(n1)(3n+2), ce que l'on vérifie en développant, d'où

T=n(n+1)(n1)(3n+2)24.

Vérification pour n=2 : le seul couple est (1,2) et T=2 ; la formule donne 2×3×1×824=2. Pour n=3 : les couples sont (1,2), (1,3), (2,3), et T=2+3+6=11 ; la formule donne 3×4×2×1124=11.

Factorielle, coefficients binomiaux et formule du binôme

Factorielle

Définition

La factorielle d'un entier naturel n, notée n!, est définie par récurrence :

0!=1,et pour tout nN,(n+1)!=(n+1)×n!.

Autrement dit, pour n1, n!=1×2××n=k=1nk.

Remarque

La convention 0!=1 est cohérente avec le produit vide : 0!=k=10k est un produit sans facteur, il vaut donc 1. Cette convention n'est pas un détail : sans elle, la formule des coefficients binomiaux et la formule du binôme cesseraient d'être valables aux extrémités.

Les premières valeurs sont à connaître : 0!=1, 1!=1, 2!=2, 3!=6, 4!=24, 5!=120, 6!=720. La croissance est très rapide, bien plus rapide que celle de 2n ou de n10.

Propriété

Pour tous entiers n et k tels que 0kn,

n!(nk)!=n(n1)(nk+1)=j=0k1(nj),

produit de k facteurs entiers consécutifs décroissants à partir de n.

Ce quotient s'utilise constamment pour simplifier une expression contenant des factorielles : on ne calcule jamais les factorielles séparément, on simplifie d'abord.

Exemple

Simplifions (n+2)!n! et (2n)!(2n2)! pour n1.

Pour la première expression, (n+2)!=(n+2)(n+1)×n!, donc (n+2)!n!=(n+2)(n+1)=n2+3n+2.

Pour la seconde, (2n)!=2n×(2n1)×(2n2)!, donc (2n)!(2n2)!=2n(2n1)=4n22n.

Vérification pour n=2 : 4!2!=242=12 et 4×3=12 ; 4!2!=12 et 4×44=12.

Coefficients binomiaux

Définition

Soient n et k deux entiers tels que 0kn. Le coefficient binomial (nk) est le réel défini par

(nk)=n!k!(nk)!.

On étend cette définition à tout entier k par la convention

(nk)=0si k<0 ou k>n.

Remarque

Cette convention n'est pas un artifice : elle permet d'écrire des sommes du type k(nk)uk sans se préoccuper des bornes, et surtout d'énoncer la formule de Pascal sans exception. On la mobilisera dans la démonstration de la formule du binôme, où des termes de bord apparaissent naturellement.

Le nombre (nk) se lit « k parmi n ». On verra bien plus tard dans l'année, dans le chapitre consacré au comptage des ensembles finis, qu'il compte les parties à k éléments d'un ensemble à n éléments. Dans ce chapitre, aucune démonstration ne s'appuiera sur cette interprétation : tout se fait algébriquement, à partir de la définition, de la formule de Pascal et de récurrences.

Propriété

Soient n et k des entiers avec 0kn.

  1. Valeurs remarquables : (n0)=(nn)=1, (n1)=(nn1)=n (pour n1), et (n2)=n(n1)2 (pour n2).
  2. Symétrie : (nk)=(nnk).

Démonstration. Pour le point 1, la définition donne directement (n0)=n!0!n!=1 puisque 0!=1, et de même (nn)=n!n!0!=1. Ensuite (n1)=n!1!(n1)!=n, et (n2)=n!2!(n2)!=n(n1)2.

Pour le point 2, il suffit d'écrire la définition en nk : comme n(nk)=k,

(nnk)=n!(nk)!k!=(nk).

Les deux expressions ont le même numérateur et le même dénominateur, à l'ordre des facteurs près.

Propriété

Formule de Pascal. Pour tout entier n0 et tout entier k,

(nk1)+(nk)=(n+1k).

Démonstration. Traitons d'abord le cas 1kn, où les trois coefficients sont donnés par la formule avec les factorielles. On a

(nk1)+(nk)=n!(k1)!(nk+1)!+n!k!(nk)!.

Mettons les deux fractions au dénominateur commun k!(nk+1)!. Pour la première, on multiplie numérateur et dénominateur par k, car k!=k×(k1)!. Pour la seconde, on multiplie par nk+1, car (nk+1)!=(nk+1)×(nk)!. Il vient

(nk1)+(nk)=k×n!k!(nk+1)!+(nk+1)×n!k!(nk+1)!=n!(k+nk+1)k!(nk+1)!=(n+1)×n!k!(n+1k)!.

Or (n+1)×n!=(n+1)!, donc le membre de droite vaut (n+1)!k!(n+1k)!=(n+1k).

Examinons maintenant les cas restants, où les conventions entrent en jeu.

  • Si k=0 : (n1)+(n0)=0+1=1=(n+10).
  • Si k=n+1 : (nn)+(nn+1)=1+0=1=(n+1n+1).
  • Si k<0 ou k>n+1 : les trois coefficients sont nuls et l'égalité s'écrit 0+0=0.

La formule est donc valable pour tout entier k.

Remarque

La formule de Pascal fournit une méthode de calcul sans division : chaque coefficient s'obtient en additionnant deux coefficients du niveau précédent. C'est le principe du triangle de Pascal, où l'on lit à l'intersection de la ligne n et de la colonne k le nombre (nk), chaque entrée étant la somme de celle qui est juste au-dessus et de sa voisine de gauche.

n k=0 k=1 k=2 k=3 k=4 k=5 k=6
0 1
1 1 1
2 1 2 1
3 1 3 3 1
4 1 4 6 4 1
5 1 5 10 10 5 1
6 1 6 15 20 15 6 1

Les cases laissées vides correspondent aux couples où k>n, pour lesquels la convention donne (nk)=0. On lit par exemple (63)=20, et l'on vérifie la formule de Pascal : (52)+(53)=10+10=20. Chaque ligne est symétrique par rapport à son milieu, et la somme de ses entrées vaut 2n : sur la ligne 4, 1+4+6+4+1=16=24.

Propriété

Pour tous entiers n1 et k tels que 1kn,

k(nk)=n(n1k1).

Démonstration. Partons du membre de gauche et utilisons k!=k×(k1)! :

k(nk)=k×n!k!(nk)!=n!(k1)!(nk)!.

Utilisons maintenant n!=n×(n1)! au numérateur :

n!(k1)!(nk)!=n×(n1)!(k1)!(nk)!.

Il reste à reconnaître un coefficient binomial dans la fraction. Les deux entiers du dénominateur sont k1 et nk, et leur somme vaut n1 : en écrivant nk=(n1)(k1), on obtient exactement

n×(n1)!(k1)!((n1)(k1))!=n(n1k1).

Remarque

Cette égalité est traditionnellement appelée formule du capitaine : elle sert à faire sortir d'une somme un facteur k qui gêne, en le transformant en un facteur constant n. Le prix à payer est que les deux indices du coefficient binomial descendent d'une unité, ce qui se rattrape par un décalage d'indice.

Vérification sur un cas : pour n=4 et k=2, le membre de gauche vaut 2×6=12, et le membre de droite 4×(31)=4×3=12.

Formule du binôme

Propriété

Formule du binôme de Newton. Pour tous réels a et b et tout entier naturel n,

(a+b)n=k=0n(nk)akbnk.

Démonstration. Les réels a et b étant fixés, notons P(n) la proposition ci-dessus.

Initialisation. Pour n=0, le membre de gauche vaut (a+b)0=1. Le membre de droite est la somme réduite à son unique terme d'indice k=0, à savoir (00)a0b0=1×1×1=1. Les deux membres sont égaux, donc P(0) est vraie.

Hérédité. Soit n0 un entier tel que P(n) soit vraie. Écrivons (a+b)n+1=(a+b)×(a+b)n et appliquons l'hypothèse de récurrence :

(a+b)n+1=(a+b)k=0n(nk)akbnk=k=0n(nk)ak+1bnk+k=0n(nk)akbnk+1.

Dans la première somme, effectuons le changement d'indice j=k+1, c'est-à-dire k=j1. Quand k=0, j=1 ; quand k=n, j=n+1. L'exposant de b devient n(j1)=n+1j. Dans la seconde somme, renommons simplement k en j. On obtient

(a+b)n+1=j=1n+1(nj1)ajbn+1j+j=0n(nj)ajbn+1j.

Les deux sommes portent maintenant sur le même terme ajbn+1j, mais pas sur les mêmes indices. Isolons dans la première le terme j=n+1, et dans la seconde le terme j=0 :

(a+b)n+1=(nn)an+1b0+j=1n[(nj1)+(nj)]ajbn+1j+(n0)a0bn+1.

La formule de Pascal transforme le crochet en (n+1j). Par ailleurs (nn)=1=(n+1n+1) et (n0)=1=(n+10), si bien que le premier terme s'écrit (n+1n+1)an+1b0 et le dernier (n+10)a0bn+1. Ces deux termes sont précisément ceux d'indices j=n+1 et j=0 de la somme cherchée. Donc

(a+b)n+1=j=0n+1(n+1j)ajbn+1j,

ce qui est exactement P(n+1).

Conclusion. Par récurrence, P(n) est vraie pour tout entier naturel n.

Remarque

Trois points de vigilance dans l'application de cette formule.

La symétrie des rôles. Comme (nk)=(nnk), on peut aussi bien écrire (a+b)n=k=0n(nk)ankbk. Les deux écritures sont correctes ; ce qui ne l'est pas, c'est de mélanger les deux et d'écrire (nk)akbk ou (nk)ankbnk. Le contrôle est immédiat : la somme des exposants de a et de b doit toujours valoir n.

Les signes. Pour développer (ab)n, on applique la formule à a et (b) :

(ab)n=k=0n(nk)ak(b)nk=k=0n(1)nk(nk)akbnk.

On peut aussi écrire le signe sous la forme (1)k en utilisant l'autre convention d'écriture ; l'important est de le décider une fois pour toutes et de vérifier sur le premier terme.

La commutativité. La démonstration utilise librement ab=ba. Cette formule est donc valable pour des nombres, mais cesserait de l'être pour des objets dont le produit n'est pas commutatif.

Propriété

Pour tout entier naturel n,

k=0n(nk)=2n,

et pour tout entier n1,

k=0n(1)k(nk)=0.

Démonstration. Pour la première égalité, appliquons la formule du binôme avec a=b=1 :

2n=(1+1)n=k=0n(nk)1k1nk=k=0n(nk).

Pour la seconde, appliquons-la avec a=1 et b=1 :

((1)+1)n=k=0n(nk)(1)k1nk=k=0n(1)k(nk).

Le membre de gauche vaut 0n, qui est nul dès que n1. D'où le résultat.

Remarque

La restriction n1 dans la seconde égalité est indispensable : pour n=0, la somme se réduit à (00)=1, et le membre de gauche vaut 00=1 (produit vide), pas 0.

La seconde égalité s'écrit aussi : la somme des coefficients binomiaux d'indice pair égale celle des coefficients d'indice impair. Sur la ligne 4 du triangle, 1+6+1=8 et 4+4=8.

Méthode

Utiliser la formule du binôme. Trois situations reviennent sans cesse.

  1. Développer une puissance concrète. On écrit la ligne du triangle de Pascal correspondante, puis on multiplie terme à terme par les puissances. On vérifie le résultat en faisant a=b=1 : la somme des coefficients doit valoir 2n.
  2. Extraire un coefficient. Pour obtenir le coefficient de xp dans (αx+β)n, on écrit le terme général (nk)(αx)kβnk et on résout k=p. On ne développe pas tout.
  3. Reconnaître une somme comme un binôme. Devant une somme contenant (nk) et une puissance k-ième, on cherche à l'identifier à (a+b)n pour un choix bien senti de a et de b. Si un facteur k gêne, on applique d'abord la formule du capitaine.

Exemple

Développons (x+2)4.

La ligne 4 du triangle de Pascal est 1,4,6,4,1. La formule du binôme, écrite avec a=x et b=2, donne

(x+2)4=k=04(4k)xk24k=16+4×8x+6×4x2+4×2x3+x4=x4+8x3+24x2+32x+16.

Vérification en x=1 : le membre de gauche vaut 34=81, et le membre de droite 1+8+24+32+16=81.

Exemple

Déterminons le coefficient de x3 dans le développement de (2x1)7.

Écrivons (2x1)7=(2x+(1))7=k=07(7k)(2x)k(1)7k. Le terme en x3 correspond à k=3 :

(73)(2x)3(1)4=35×8x3×1=280x3.

Le coefficient cherché est donc 280. Remarquons qu'il n'a pas été nécessaire de développer les sept autres termes.

Exemple

Calculons S=k=0n2k(nk) et T=k=0nk(nk) pour n1.

Pour S, on reconnaît la formule du binôme avec a=2 et b=1 :

S=k=0n(nk)2k1nk=(2+1)n=3n.

Vérification pour n=2 : S=1+2×2+4×1=9=32.

Pour T, le facteur k empêche d'appliquer directement le binôme. Le terme d'indice k=0 est nul, on peut donc commencer la somme à k=1 et appliquer la formule du capitaine :

T=k=1nk(nk)=k=1nn(n1k1)=nk=1n(n1k1).

Le changement d'indice j=k1 donne une somme de j=0 à j=n1, d'où

T=nj=0n1(n1j)=n×2n1.

Vérification pour n=3 : T=0+1×3+2×3+3×1=12, et 3×22=12.

Systèmes linéaires et méthode du pivot

Vocabulaire

Définition

Soient n et p deux entiers de {2,3}. Un système linéaire de n équations à p inconnues à coefficients réels est la donnée de n équations dont chacune est de la forme « une combinaison des inconnues affectées de coefficients réels est égale à un réel ». Pour n=p=3, en notant x, y, z les inconnues, un tel système s'écrit

(S){a1x+b1y+c1z=d1a2x+b2y+c2z=d2a3x+b3y+c3z=d3

où les ai, bi, ci sont les coefficients et les di les seconds membres. La i-ième équation est notée Li.

Une solution de (S) est un triplet (x,y,z) de réels qui vérifie simultanément les trois équations. Résoudre (S), c'est déterminer l'ensemble S de toutes ses solutions.

Définition

Le système (S) est dit :

  • compatible si S, c'est-à-dire s'il admet au moins une solution ; incompatible sinon ;
  • homogène si tous ses seconds membres sont nuls, c'est-à-dire d1=d2=d3=0.

Deux systèmes sont dits équivalents lorsqu'ils ont exactement le même ensemble de solutions.

Remarque

Un système homogène est toujours compatible : le triplet (0,0,0), appelé solution triviale, en est solution. La question intéressante pour un système homogène n'est donc jamais « a-t-il une solution ? » mais « en a-t-il d'autres que la solution nulle ? ».

Attention au mot « équivalents » : deux systèmes équivalents n'ont pas besoin d'avoir le même nombre d'équations, ni la même allure. Seul compte l'ensemble des solutions. C'est cette notion qui justifie toute la méthode du pivot : on remplace (S) par un système équivalent, mais plus simple.

Exemple

Le triplet (1,2,1) est-il solution du système

{x+y+z=22xy+3z=3x+3yz=8?

On teste les trois équations, l'une après l'autre. Première équation : 1+21=2, vérifiée. Deuxième : 223=3, vérifiée. Troisième : 1+6+1=8, vérifiée. Le triplet est donc bien solution.

Vérifier une solution ne coûte rien et doit devenir un réflexe en fin de résolution : c'est le seul contrôle vraiment fiable.

Opérations élémentaires

Définition

On appelle opérations élémentaires sur les lignes d'un système les trois transformations suivantes.

  1. Échange de deux lignes : LiLj (avec ij).
  2. Multiplication d'une ligne par un réel non nul : LiλLi, avec λ0.
  3. Ajout à une ligne d'un multiple d'une autre : LiLi+λLj, avec ij et λ réel quelconque.

Propriété

Une opération élémentaire transforme un système en un système équivalent : l'ensemble des solutions est inchangé.

Démonstration pour l'opération LiLi+λLj. Notons (S) le système de départ et (S) le système obtenu, qui a les mêmes lignes que (S) sauf la i-ième, remplacée par Li+λLj.

Soit (x,y,z) une solution de (S). Toutes les équations de (S) sont vérifiées, en particulier Li et Lj. En ajoutant membre à membre l'égalité Li et λ fois l'égalité Lj, on obtient une égalité vraie, qui est exactement l'équation Li+λLj de (S). Les autres équations de (S) sont celles de (S), donc vérifiées. Ainsi (x,y,z) est solution de (S).

Réciproquement, soit (x,y,z) une solution de (S). La ligne Lj est commune aux deux systèmes, donc elle est vérifiée. En retranchant λ fois cette égalité de l'équation Li+λLj, on retrouve l'égalité Li, qui est donc vérifiée. Toutes les équations de (S) le sont, donc (x,y,z) est solution de (S).

Les deux inclusions donnent l'égalité des ensembles de solutions.

Remarque

L'argument décisif est que l'opération est réversible : on repasse de (S) à (S) par l'opération LiLiλLj, de même nature. C'est ce qui garantit qu'on ne perd ni ne crée de solution.

C'est aussi pourquoi la condition λ0 dans l'opération LiλLi est indispensable. Avec λ=0, la ligne Li deviendrait 0=0 : l'information portée par cette équation serait purement et simplement effacée, et le nouveau système aurait en général strictement plus de solutions que l'ancien. Par exemple, multiplier par 0 la deuxième ligne du système {x+y=1; xy=0} donne {x+y=1; 0=0}, dont l'ensemble des solutions est une droite entière alors que le système initial n'admettait que le couple (12,12).

Un autre piège consiste à écrire en une seule fois deux opérations qui se chevauchent, comme L2L2L3 et L3L3L2 : la seconde utiliserait alors une ligne déjà modifiée. On n'effectue jamais simultanément deux opérations dont l'une modifie une ligne servant de pivot à l'autre.

Algorithme du pivot de Gauss

Définition

Un système est dit échelonné (ou sous forme triangulaire) lorsque, en descendant les lignes, la première inconnue à coefficient non nul apparaît de plus en plus loin dans la liste des inconnues. Pour un système 3×3, la forme échelonnée typique est

{α1x+β1y+γ1z=δ1β2y+γ2z=δ2γ3z=δ3

avec α10, β20, γ30.

Méthode

Résoudre un système par la méthode du pivot de Gauss.

Phase de descente. On rend le système échelonné en éliminant les inconnues une par une.

  1. Choisir un pivot pour la première inconnue : une ligne où le coefficient de x est non nul. Si nécessaire, l'amener en première position par un échange L1Li. On choisit de préférence un pivot égal à 1 ou 1, pour éviter les fractions.
  2. Éliminer x des lignes suivantes par des opérations LiLi+λL1, où λ est calculé pour annuler le coefficient de x dans Li.
  3. Recommencer avec la deuxième inconnue, en n'utilisant plus que les lignes L2,L3, : la ligne L1 est désormais figée.
  4. Poursuivre jusqu'à épuisement des inconnues ou des lignes.

Lecture du résultat. Trois situations, et trois seulement, peuvent se présenter à la fin de la descente.

  • Une ligne du type 0=c avec c0 apparaît : le système est incompatible, S=. On s'arrête immédiatement.
  • Le système échelonné a autant d'équations non triviales que d'inconnues : la solution est unique, on la calcule par remontée.
  • Il reste moins d'équations non triviales que d'inconnues : l'ensemble des solutions dépend d'un ou plusieurs paramètres. Les inconnues qui ne servent pas de pivot sont déclarées paramètres, et on exprime les autres en fonction d'elles.

Phase de remontée. On part de la dernière équation, qui donne la valeur d'une inconnue, et l'on remonte ligne par ligne en reportant les valeurs déjà obtenues.

Rédaction. À chaque étape, on note l'opération effectuée à droite du système, sous la forme L2L22L1. On termine toujours par la phrase de conclusion : « l'ensemble des solutions est S= », et par une vérification.

Exemple

Un système 3×3 de solution unique. Résolvons

(S1){x+2yz=32xy+3z=1x+y+2z=4

Le coefficient de x dans L1 vaut 1 : c'est un pivot idéal, aucun échange n'est nécessaire. Éliminons x des deux autres lignes avec L2L22L1 et L3L3+L1 :

{x+2yz=35y+5z=53y+z=7

Détaillons le calcul de la deuxième ligne : le coefficient de y devient 12×2=5, celui de z devient 32×(1)=5, et le second membre 12×3=5. Pour la troisième : 1+2=3 pour y, 2+(1)=1 pour z, et 4+3=7.

Simplifions la deuxième ligne par L215L2, ce qui est licite car 150 :

{x+2yz=3yz=13y+z=7

Éliminons y de la troisième ligne avec L3L33L2 : le coefficient de z devient 13×(1)=4 et le second membre 73=4. Le système est échelonné :

{x+2yz=3yz=14z=4

Remontée. La troisième ligne donne z=1. La deuxième donne alors y=1+z=2. La première donne enfin x=32y+z=34+1=0.

Le système admet donc une solution unique et

S={(0,2,1)}.

Vérification. Dans L1 : 0+41=3. Dans L2 : 02+3=1. Dans L3 : 0+2+2=4. Les trois équations initiales sont satisfaites.

Exemple

Un système incompatible. Résolvons

(S2){x+y+z=12x+3yz=43x+4y=6

Le pivot 1 de L1 convient. Opérations L2L22L1 et L3L33L1 :

{x+y+z=1y3z=2y3z=3

Pour L2 : le coefficient de y devient 32=1, celui de z devient 12=3, le second membre 42=2. Pour L3 : 43=1 pour y, 03=3 pour z, et 63=3.

L'opération L3L3L2 donne alors

{x+y+z=1y3z=20=1

La dernière ligne est une égalité fausse, quels que soient x, y, z. Le système initial, qui lui est équivalent, n'a donc aucune solution :

S=.

Le système est incompatible. Concrètement, les deux premières équations imposent y3z=2 tandis que la combinaison des première et troisième impose y3z=3 : ces deux exigences sont contradictoires.

Exemple

Un système dont les solutions dépendent d'un paramètre. Résolvons

(S3){x+y+z=12x+3yz=43x+4y=5

Ce système ne diffère du précédent que par son dernier second membre. Les mêmes opérations L2L22L1 et L3L33L1 donnent

{x+y+z=1y3z=2y3z=2

puis L3L3L2 :

{x+y+z=1y3z=20=0

La dernière ligne est vraie quels que soient x, y, z : elle n'apporte aucune information et on la supprime. Il reste deux équations pour trois inconnues.

Les pivots sont le coefficient de x dans L1 et celui de y dans L2. L'inconnue z ne sert pas de pivot : on la choisit comme paramètre. Posons z=t, avec t réel quelconque. La deuxième équation donne y=2+3t, puis la première donne

x=1yz=1(2+3t)t=14t.

Réciproquement, tout triplet de cette forme est solution, puisque toutes les étapes sont des équivalences. L'ensemble des solutions est donc

S={(14t, 2+3t, t) ; tR}.

Vérification. Prenons t=0, soit le triplet (1,2,0) : on a 1+2+0=1, puis 2+60=4, puis 3+8=5. Prenons t=1, soit (5,5,1) : on a 5+5+1=1, puis 10+151=4, puis 15+20=5. Les deux triplets conviennent.

Remarque

Sur la rédaction de l'ensemble des solutions, trois exigences.

Nommer le paramètre et dire où il vit. L'écriture S={(14t,2+3t,t) ; tR} est correcte ; l'écriture « x=14z, y=2+3z » ne l'est pas tout à fait, car elle ne dit pas que z est libre.

Respecter l'ordre des inconnues. Un triplet solution s'écrit toujours dans l'ordre (x,y,z) fixé au départ.

Ne pas confondre « une infinité de solutions » et « toutes les valeurs conviennent ». Dans l'exemple ci-dessus, seuls les triplets de la forme indiquée sont solutions ; le triplet (0,0,0), par exemple, ne l'est pas.

Interprétation géométrique

Propriété

Dans le plan R2 rapporté à un repère, l'ensemble des couples (x,y) vérifiant une équation ax+by=c, où (a,b)(0,0), est une droite. Résoudre un système de deux équations à deux inconnues revient donc à chercher l'intersection de deux droites. Trois cas se présentent.

  • Les droites sont sécantes : une unique solution, le point d'intersection.
  • Les droites sont strictement parallèles : aucune solution, le système est incompatible.
  • Les droites sont confondues : une infinité de solutions, décrites par un paramètre.

Exemple

Comparons trois systèmes de deux équations à deux inconnues.

Le système {x+y=1 ; xy=3} : l'opération L2L2L1 donne 2y=2, donc y=1 puis x=2. Les deux droites sont sécantes et S={(2,1)}.

Le système {x+y=1 ; 2x+2y=5} : l'opération L2L22L1 donne 0=3, égalité fausse. Les deux droites ont la même direction mais ne se rencontrent pas : elles sont strictement parallèles, S=.

Le système {x+y=1 ; 2x+2y=2} : la même opération donne 0=0. La seconde équation est proportionnelle à la première, les deux droites sont confondues, et S={(1t, t) ; tR}.

Propriété

Dans l'espace R3 rapporté à un repère, l'ensemble des triplets (x,y,z) vérifiant une équation ax+by+cz=d, où (a,b,c)(0,0,0), est un plan. Résoudre un système de trois équations à trois inconnues revient donc à chercher l'intersection de trois plans. Les configurations possibles sont plus variées que dans le plan :

  • les trois plans se coupent en un unique point : solution unique ;
  • ils se coupent selon une droite commune : les solutions dépendent d'un paramètre ;
  • ils sont confondus : les solutions dépendent de deux paramètres ;
  • ils n'ont aucun point commun (deux d'entre eux parallèles, ou intersections deux à deux formant trois droites parallèles distinctes) : système incompatible.

Remarque

Cette lecture géométrique est un excellent contrôle de vraisemblance. Un système 3×3 dont les solutions dépendent d'un paramètre décrit une droite de l'espace : on doit pouvoir en donner un point et une direction. Dans l'exemple (S3) ci-dessus, le point (1,2,0) appartient à la droite solution, et le vecteur de coordonnées (4,3,1) en donne la direction.

Cette interprétation s'arrête là pour l'instant. La discussion complète d'un système, avec un vocabulaire adapté et des outils systématiques, viendra plus tard dans l'année ; dans ce chapitre, on discute uniquement par le pivot.

Inégalités dans R

Relation d'ordre et compatibilité avec les opérations

L'ensemble R est muni d'une relation d'ordre notée , dont nous admettons les propriétés fondamentales. Rappelons-les, car chacune sert en permanence.

Propriété

La relation sur R est :

  • réflexive : pour tout réel x, xx ;
  • antisymétrique : si xy et yx, alors x=y ;
  • transitive : si xy et yz, alors xz ;
  • totale : pour tous réels x et y, on a xy ou yx.

De plus, pour tous réels x et y, xy équivaut à yx0.

Remarque

L'antisymétrie est l'outil de démonstration le plus employé du lot : pour établir une égalité entre deux réels, il suffit souvent de démontrer deux inégalités. C'est une stratégie de rédaction à avoir en tête, notamment quand l'égalité directe résiste.

Le caractère total de l'ordre est ce qui distingue R de bien d'autres ensembles ordonnés : deux réels sont toujours comparables. C'est ce qui autorise les raisonnements par disjonction de cas selon le signe.

Propriété

Soient x, y, z, t des réels et λ un réel.

  1. Compatibilité avec l'addition : si xy, alors x+zy+z.
  2. Somme d'inégalités : si xy et zt, alors x+zy+t.
  3. Multiplication par un réel positif : si xy et λ0, alors λxλy.
  4. Multiplication par un réel négatif : si xy et λ0, alors λxλy : l'inégalité change de sens.
  5. Produit d'inégalités entre réels positifs : si 0xy et 0zt, alors xzyt.
  6. Passage à l'inverse : si 0<xy, alors 0<1y1x : l'inégalité change de sens.

Démonstration du point 2. Supposons xy et zt. La compatibilité avec l'addition, appliquée deux fois, donne x+zy+z (on ajoute z à la première inégalité) et y+zy+t (on ajoute y à la seconde). La transitivité permet de conclure : x+zy+t.

Démonstration du point 5. Supposons 0xy et 0zt. Écrivons la différence en faisant apparaître les deux hypothèses :

ytxz=ytyz+yzxz=y(tz)+z(yx).

Or y0 et tz0, donc y(tz)0 ; de même z0 et yx0, donc z(yx)0. La somme de deux réels positifs est positive, donc ytxz0, c'est-à-dire xzyt.

Démonstration du point 6. Supposons 0<xy. Alors y>0 (car yx>0), donc le produit xy est strictement positif et les deux inverses existent. On calcule

1x1y=yxxy.

Le numérateur est positif par hypothèse et le dénominateur strictement positif, donc le quotient est positif : 1y1x. Enfin 1y>0 puisque y>0.

Remarque

On n'additionne des inégalités que dans le même sens, et on ne les soustrait jamais.

Contre-exemple à retenir : on a 23 et 15. Si l'on pouvait soustraire membre à membre, on obtiendrait 2135, c'est-à-dire 12, ce qui est faux.

La bonne manière de procéder est de changer le sens de la seconde inégalité avant d'additionner : de 15 on tire 51, puis l'addition avec 23 donne 32, qui est correct.

De même, on ne divise pas deux inégalités membre à membre, et on ne multiplie deux inégalités que si tous les termes sont positifs : de 31 et 31 on ne peut pas déduire 91.

Méthode

Majorer ou minorer une expression. L'objectif est d'encadrer une quantité compliquée par des quantités simples. Trois principes.

  1. Majorer une somme : on majore chaque terme séparément, puis on additionne. Pour une somme indexée, si ukvk pour tout k, alors ukvk ; en particulier, si tous les uk sont majorés par le même réel M, alors k=mnuk(nm+1)M.
  2. Majorer un produit : on ne peut multiplier des inégalités que si tout est positif. Sinon, on passe par les valeurs absolues.
  3. Majorer un quotient : on majore le numérateur et on minore le dénominateur par un réel strictement positif. C'est l'erreur classique : majorer le dénominateur ne majore pas le quotient, cela le minore.

On garde toujours en tête le sens de ce qu'on fait : « je veux montrer que A5, donc je pars de A et je remplace chaque morceau par quelque chose de plus grand ».

Exemple

Montrons que pour tout x[0,1], 2x+1x2+31.

Soit x[0,1]. Majorons le numérateur : comme x1, on a 2x+13. Minorons le dénominateur : comme x20, on a x2+33>0. Le dénominateur étant strictement positif, le passage à l'inverse donne 1x2+313. Enfin, le numérateur 2x+1 est positif sur [0,1], donc le produit d'inégalités entre réels positifs s'applique :

2x+1x2+33×13=1.

Vérification en x=1 : le quotient vaut 341. En x=0 : il vaut 131.

Exemple

Montrons que pour tout entier n1, k=1n1k221n.

Isolons le terme k=1, qui vaut 1, puis majorons chaque terme d'indice k2. Pour k2, on a k11>0 et k2k(k1)>0, donc, par passage à l'inverse,

1k21k(k1)=1k11k,

la dernière égalité se vérifiant en réduisant au même dénominateur. En sommant ces inégalités pour k allant de 2 à n, la somme de droite est télescopique :

k=2n(1k11k)=111n=11n.

Donc

k=1n1k2=1+k=2n1k21+11n=21n2.

Vérification pour n=2 : la somme vaut 1+14=1,25, et la majoration annonce 212=1,5. L'inégalité est bien vérifiée.

Intervalles de R

Définition

Soient a et b deux réels avec ab. On appelle intervalle de R toute partie de R de l'une des neuf formes suivantes.

Intervalles bornés :

[a,b]={xR ; axb},[a,b[ ={xR ; ax<b},]a,b]={xR ; a<xb},]a,b[ ={xR ; a<x<b}.

Demi-droites :

[a,+[ ={xR ; xa},]a,+[ ={xR ; x>a},],b]={xR ; xb},],b[ ={xR ; x<b}.

Et enfin la droite entière : ],+[ =R.

Remarque

Quelques précisions de vocabulaire et de notation.

Un intervalle du type [a,b] est dit fermé borné (ou segment), un intervalle ]a,b[ est dit ouvert. Les symboles et + ne sont pas des réels : ils indiquent seulement que l'intervalle se prolonge indéfiniment de ce côté. Une borne infinie est toujours accompagnée d'un crochet ouvert ; l'écriture [,3] n'a aucun sens.

Les cas dégénérés entrent dans la liste : [a,a]={a} est un intervalle réduit à un point, et ]a,a[ = est l'intervalle vide.

Les intervalles se caractérisent par la propriété suivante, qu'il est utile de connaître : une partie I de R est un intervalle si et seulement si, dès que I contient deux réels, elle contient tous les réels compris entre eux. C'est pourquoi une réunion comme [0,1][2,3] n'est pas un intervalle : elle contient 1 et 2 mais pas 1,5.

Inéquations, factorisation et tableaux de signes

Méthode

Résoudre une inéquation. La règle absolue est : on ne « passe » rien de l'autre côté d'une inégalité en divisant par une quantité dont on ignore le signe.

  1. Tout ramener d'un côté pour se ramener à une inéquation de la forme A(x)0 (ou 0, <0, >0).
  2. Déterminer l'ensemble de définition de A : les valeurs qui annulent un dénominateur sont exclues d'emblée.
  3. Réduire au même dénominateur, puis factoriser le numérateur et le dénominateur. Pour un trinôme, on utilise le discriminant ; sinon, on cherche une racine évidente.
  4. Dresser un tableau de signes, une ligne par facteur, une colonne par valeur remarquable, puis multiplier les signes.
  5. Lire l'ensemble des solutions en faisant attention aux bornes : une racine du numérateur est incluse si l'inégalité est large, une valeur interdite est toujours exclue.

Exemple

Résolvons dans R l'inéquation x+1x23.

L'expression n'est définie que pour x2. Plaçons-nous sur R{2} et ramenons tout à gauche :

x+1x23    x+1x230    x+13(x2)x20    2x+7x20.

Le numérateur s'annule en x=72 et le dénominateur en x=2. Dressons le tableau de signes.

xx
-\infty
22
72\dfrac{7}{2}
++\infty
2x+7-2x+7
++
++
00
-
x2x-2
-
00
++
++
2x+7x2\dfrac{-2x+7}{x-2}
-
++
00
-

Le quotient est négatif ou nul sur ],2[ et sur [72,+[. La valeur 2 est exclue car elle annule le dénominateur, tandis que 72 est incluse car l'inégalité est large et que le quotient y est nul. Donc

S=],2[  [72,+[.

Vérification. En x=0 : 12=0,53, et 0 appartient bien à S. En x=3 : 41=4, qui n'est pas inférieur à 3, et 3 n'appartient pas à S. En x=4 : 52=2,53, et 4 appartient à S.

Remarque

L'erreur à ne surtout pas commettre dans cet exemple est de multiplier les deux membres par x2 sans discuter son signe. Pour x>2 l'inégalité serait conservée, pour x<2 elle changerait de sens : en multipliant à l'aveugle, on perdrait toute la partie ],2[ de l'ensemble des solutions, qui est pourtant la plus grosse.

Exemple

Résolvons x23x+4.

Ramenons tout à gauche : l'inéquation équivaut à x23x40. Le discriminant du trinôme vaut Δ=9+16=25>0, ses racines sont 352=1 et 3+52=4. Donc x23x4=(x+1)(x4), ce que l'on vérifie en développant.

Un trinôme de coefficient dominant positif est positif à l'extérieur de ses racines et négatif entre elles. Donc

S=],1][4,+[.

Vérification en x=0 : 04 est faux, et 0 n'est pas dans S. En x=5 : 2519 est vrai, et 5 est dans S.

Valeur absolue

Définition

La valeur absolue d'un réel x, notée x, est définie par

x={xsi x0,xsi x<0.

On a également x=max(x,x).

Propriété

Pour tous réels x et y :

  1. x0, et x=0 si et seulement si x=0 ;
  2. x=x et x2=x ;
  3. xxx ;
  4. xy=xy, et si y0, xy=xy ;
  5. pour tout réel a0 : xa    axa ;
  6. pour tout réel a0 : xa    xa ou xa.

Démonstration du point 2 (deuxième égalité). Le réel x est positif, et son carré vaut x2 : en effet, si x0 alors x2=x2, et si x<0 alors x2=(x)2=x2. Or la racine carrée d'un réel positif est l'unique réel positif dont le carré vaut ce réel. Donc x2=x.

Démonstration du point 4. En utilisant le point précédent et la multiplicativité de la racine carrée sur les réels positifs,

xy=(xy)2=x2y2=x2y2=xy.

Démonstration du point 5. Soit a0.

Supposons xa. Le point 3 donne xxa et xxa, cette dernière inégalité s'écrivant ax. Donc axa.

Réciproquement, supposons axa. Alors xa et xa (en multipliant ax par 1). Comme x vaut x ou x, dans les deux cas xa.

Propriété

Inégalité triangulaire. Pour tous réels x et y,

x+yx+y.

Démonstration. Les deux membres sont des réels positifs. Il suffit donc de comparer leurs carrés : pour u0 et v0, l'inégalité uv équivaut à u2v2. Calculons la différence des carrés :

(x+y)2x+y2=x2+2xy+y2(x+y)2=x2+2xy+y2x22xyy2=2(xyxy).

On a utilisé x2=x2, y2=y2, x+y2=(x+y)2 et xy=xy. Or, d'après le point 3 appliqué au réel xy, on a xyxy, donc xyxy0. Ainsi

(x+y)2x+y2,

et comme les deux quantités élevées au carré sont positives, x+yx+y.

Remarque

La démonstration montre au passage le cas d'égalité : il y a égalité si et seulement si xy=xy, c'est-à-dire si et seulement si xy0, autrement dit si x et y sont de même signe (au sens large). Par exemple 3+5=8=3+5, alors que 3+(5)=2 est strictement plus petit que 3+5=8.

Par récurrence immédiate, l'inégalité s'étend à une somme finie quelconque :

k=mnakk=mnak.

C'est sous cette forme qu'on l'utilise le plus souvent pour majorer une somme dont les termes n'ont pas tous le même signe.

Propriété

Inégalité triangulaire renversée. Pour tous réels x et y,

xyxy.

Démonstration. Écrivons x=(xy)+y et appliquons l'inégalité triangulaire :

x=(xy)+yxy+y,doncxyxy.

Les rôles de x et y étant symétriques, le même calcul avec y=(yx)+x donne

yxyx=xy,

la dernière égalité venant de u=u. Ainsi les deux réels xy et (xy) sont majorés par xy. Comme xy est égal à l'un des deux, il est lui aussi majoré par xy.

Propriété

Interprétation sur la droite réelle. Pour tous réels x et a, le réel xa est la distance entre x et a. Par conséquent, pour tout réel b0,

xab    abxa+b    x[ab, a+b].

Démonstration. Le point 5 de la propriété sur la valeur absolue, appliqué au réel xa, donne xab    bxab. En ajoutant a aux trois membres, ce qui est licite par compatibilité de l'ordre avec l'addition, on obtient abxa+b.

Exemple

Traduisons x32 : c'est l'ensemble des réels situés à une distance au plus 2 du point 3, c'est-à-dire l'intervalle [1,5], centré en 3 et de rayon 2.

−101234567Icentre

Réciproquement, tout intervalle borné se décrit ainsi. Pour écrire [4,6] sous la forme xab, on prend pour a le centre de l'intervalle, a=4+62=1, et pour b son rayon, b=6(4)2=5. Donc [4,6] est l'ensemble des réels x tels que x15. Vérification aux bornes : 41=5 et 61=5.

Méthode

Résoudre une équation ou une inéquation avec valeur absolue. Deux stratégies, à choisir selon la forme.

  1. Traduire directement quand la valeur absolue est isolée : A(x)=c équivaut à A(x)=c ou A(x)=c (pour c0) ; A(x)c équivaut à cA(x)c ; A(x)c équivaut à A(x)c ou A(x)c.
  2. Découper en cas quand il y a plusieurs valeurs absolues, ou quand la traduction directe est impossible : on repère les réels qui annulent chaque expression entre barres, on découpe R en intervalles selon ces valeurs, et sur chaque intervalle on remplace chaque valeur absolue par son expression sans barres. On résout sur chaque intervalle, sans oublier de ne garder que les solutions appartenant à l'intervalle considéré, puis on réunit.

Exemple

Résolvons 2x15.

La valeur absolue est isolée et 50 : la traduction directe donne

52x15    42x6    2x3.

On a ajouté 1 aux trois membres, puis divisé par 2, qui est strictement positif : le sens des inégalités est conservé. Donc S=[2,3].

Vérification aux bornes : 2×(2)1=5=5 et 2×31=5. En x=0 : 1=15, cohérent.

Parties majorées, minorées, bornées

Définition

Soit A une partie de R et M un réel.

  • M est un majorant de A lorsque, pour tout xA, xM. La partie A est dite majorée si elle admet au moins un majorant.
  • m est un minorant de A lorsque, pour tout xA, mx. La partie A est dite minorée si elle admet au moins un minorant.
  • A est dite bornée si elle est à la fois majorée et minorée.

Propriété

Une partie A de R est bornée si et seulement s'il existe un réel M0 tel que, pour tout xA, xM.

Démonstration. Supposons A bornée : il existe un minorant m et un majorant M. Posons M=max(m,M), qui est positif. Pour tout xA, on a xMMM et xmmM, donc MxM, c'est-à-dire xM.

Réciproquement, si un tel M existe, alors pour tout xA on a MxM : le réel M majore A et le réel M la minore, donc A est bornée.

Remarque

Un majorant, quand il existe, n'est jamais unique : tout réel plus grand qu'un majorant est encore un majorant. Ainsi 10, 100 et 32 sont tous des majorants de [0,1].

Un majorant n'a aucune raison d'appartenir à la partie : 2 majore [0,1] sans lui appartenir. C'est précisément la distinction avec la notion de maximum.

Définition

Soit A une partie de R et M un réel. On dit que M est le maximum de A, et l'on note M=maxA, lorsque

  • MA, et
  • M est un majorant de A, c'est-à-dire : pour tout xA, xM.

On définit de même le minimum de A, noté minA : c'est un élément de A qui minore A.

Propriété

Si une partie A de R admet un maximum, celui-ci est unique.

Démonstration. Supposons que M1 et M2 soient tous deux des maximums de A. Comme M1 appartient à A et que M2 majore A, on a M1M2. En échangeant les rôles, M2 appartient à A et M1 majore A, donc M2M1. Par antisymétrie de l'ordre, M1=M2.

C'est l'unicité qui autorise l'article défini et la notation maxA : on peut parler du maximum, alors qu'on doit parler d'un majorant.

Remarque

Une partie bornée n'a pas nécessairement de maximum. L'exemple à connaître est A=[0,1[.

Cette partie est bornée : elle est minorée par 0 et majorée par 1. Elle admet un minimum, à savoir 0, qui lui appartient et la minore. En revanche, elle n'admet pas de maximum. Raisonnons par l'absurde : supposons que M=maxA existe. Alors MA, donc 0M<1. Posons

M=M+12.

Comme M<1, on a M=M+M2<M+12=M, et comme M<1 encore, M=M+12<1+12=1. De plus M0. Donc M appartient à A et vérifie M>M : cela contredit le fait que M majore A. Il n'y a donc pas de maximum.

Autrement dit : 1 majore [0,1[ « au plus juste », mais n'en fait pas partie, et aucun élément de [0,1[ ne joue ce rôle. La théorie qui rend compte de cette situation est celle du chapitre suivant sur R ; ici, on se contente de savoir reconnaître qu'un maximum peut manquer.

Exemple

Étudions les parties suivantes.

A={1n ; nN}. Pour tout n1, on a 0<1n1, donc A est bornée. Son maximum est 1, obtenu pour n=1, et il appartient bien à A. Elle n'a pas de minimum : si 1n était le minimum, alors 1n+1, qui appartient à A, lui serait strictement inférieur, ce qui est absurde.

B={xR ; x24}=[2,2]. Cette partie est bornée, de minimum 2 et de maximum 2, tous deux atteints.

C=N. Cette partie est minorée par 0, et 0 en est le minimum. Elle n'est pas majorée : quel que soit le réel M, l'entier M+1 appartient à N dès que M0 et dépasse M.

Partie entière

Propriété

Pour tout réel x, il existe un unique entier mZ tel que

mx<m+1.

L'existence est admise : elle repose sur une propriété de R qui sera énoncée dans le chapitre suivant. L'unicité, en revanche, se démontre en deux lignes.

Démonstration de l'unicité. Soient m et m deux entiers vérifiant mx<m+1 et mx<m+1. Alors mx<m+1, donc m<m+1, c'est-à-dire mm puisque m et m sont des entiers et que m<m+1 équivaut à mm dans Z. En échangeant les rôles de m et m, on obtient mm. Par antisymétrie, m=m.

Définition

Cet unique entier s'appelle la partie entière de x et se note x. Elle est donc caractérisée par

xZetxx<x+1.

Propriété

Pour tout réel x et tout entier nZ :

  1. xx<x+1, et de façon équivalente x1<xx ;
  2. x=x si et seulement si xZ ;
  3. x+n=x+n ;
  4. si xy, alors xy.

Démonstration du point 1. La première double inégalité est la définition. Pour la seconde : de x<x+1 on tire x1<x, et de xx on garde la seconde inégalité.

Démonstration du point 3. Posons m=x, de sorte que mx<m+1. Ajoutons n aux trois membres, ce qui est licite par compatibilité de l'ordre avec l'addition :

m+nx+n<m+n+1.

Or m+n est un entier, comme somme de deux entiers. L'entier m+n vérifie donc exactement la propriété qui caractérise x+n, et l'unicité établie plus haut donne

x+n=m+n=x+n.

Démonstration du point 4. Supposons xy. On a xxy<y+1, donc x<y+1. Ces deux quantités étant entières, cela équivaut à xy.

Exemple

Calculons quelques parties entières.

3=3, car 33<4 et 3 est entier.

2,7=2, car 22,7<3.

2,3=3, car 32,3<2. Ce n'est pas 2 : l'entier 2 est strictement plus grand que 2,3, il ne peut donc pas le minorer.

5=5, car 5 est entier.

72=3 et 72=4.

Remarque

La partie entière n'est pas la troncature, et elle ne s'obtient pas en « enlevant ce qui suit la virgule » pour un réel négatif. La bonne image est : x est le plus grand entier inférieur ou égal à x, donc on descend toujours, y compris pour les négatifs.

Deux pièges supplémentaires, à vérifier sur des exemples avant toute manipulation.

  • En général, x+yx+y. Pour x=y=0,5 : le membre de gauche vaut 1=1, le membre de droite 0+0=0. La propriété 3 exige que l'un des deux nombres soit entier.
  • En général, xx. Pour x=2,3 : le membre de gauche vaut 3, le membre de droite 2. Il y a égalité si et seulement si x est entier.

Exemple

Montrons que pour tout réel x, x+x vaut 0 si x est entier, et 1 sinon.

Premier cas : xZ. Alors x=x et x=x puisque x est aussi entier. La somme vaut xx=0.

Second cas : xZ. Posons m=x. On a mx<m+1, et même m<x<m+1 car x n'est pas entier. En multipliant par 1, ce qui renverse les inégalités,

m1<x<m.

L'entier m1 vérifie donc m1x<(m1)+1, ce qui, par unicité, donne x=m1. La somme vaut alors m+(m1)=1.

Vérification : pour x=2,3, on a 2+(3)=1 ; pour x=4, on a 4+(4)=0.

Trigonométrie

Cercle trigonométrique et enroulement de la droite réelle

Le plan est rapporté à un repère orthonormé direct d'origine O. On appelle cercle trigonométrique le cercle de centre O et de rayon 1, muni du sens de parcours direct (le sens inverse des aiguilles d'une montre).

Définition

L'enroulement de la droite réelle associe à tout réel t un point M(t) du cercle trigonométrique : on part du point de coordonnées (1,0) et l'on parcourt le cercle d'une longueur t, dans le sens direct si t0, dans le sens indirect si t<0.

Les coordonnées du point M(t) sont notées (cost,sint) : le cosinus de t est son abscisse, le sinus de t son ordonnée.

Le réel t mesure donc à la fois une longueur d'arc et un angle, exprimé en radians. Le tour complet correspond au périmètre du cercle, soit 2π ; le demi-tour à π ; le quart de tour à π2. La conversion avec les degrés se fait par proportionnalité : 180 degrés valent π radians.

Propriété

Pour tout réel t :

  1. cos2t+sin2t=1 ;
  2. 1cost1 et 1sint1 ;
  3. cos(t+2π)=cost et sin(t+2π)=sint : les fonctions cos et sin sont 2π-périodiques ;
  4. cos(t)=cost et sin(t)=sint : cos est paire et sin est impaire.

Le point 1 exprime simplement que M(t) est à distance 1 de l'origine : c'est le théorème de Pythagore appliqué au triangle rectangle de sommets O, M(t) et le projeté de M(t) sur l'axe des abscisses. Le point 2 en découle : un carré étant positif, cos2t1, donc cost1. Les points 3 et 4 traduisent des propriétés géométriques de l'enroulement : ajouter 2π revient à faire un tour complet et à revenir au même point ; changer t en t revient à prendre le symétrique par rapport à l'axe des abscisses, ce qui conserve l'abscisse et change le signe de l'ordonnée.

Remarque

On écrit cos2t pour (cost)2. Cette convention est universelle et commode, mais il ne faut jamais la confondre avec cos(t2), qui est autre chose.

L'égalité cos2t+sin2t=1 est la relation la plus utilisée de toute la trigonométrie. On s'en sert dans les deux sens : pour remplacer sin2 par 1cos2 (et se ramener à une seule fonction), et pour reconnaître une expression compliquée comme valant 1.

Congruence modulo 2π

Définition

Soient a et b deux réels. On dit que a est congru à b modulo 2π, et l'on note

ab [2π],

lorsqu'il existe un entier kZ tel que a=b+2kπ.

On définit de même la congruence modulo π, notée ab [π], et plus généralement modulo un réel T non nul.

Propriété

La congruence modulo 2π vérifie les propriétés suivantes, pour tous réels a, b, c, d.

  1. aa [2π].
  2. Si ab [2π], alors ba [2π].
  3. Si ab [2π] et bc [2π], alors ac [2π].
  4. Compatibilité avec l'addition : si ab [2π] et cd [2π], alors a+cb+d [2π].
  5. Compatibilité avec la multiplication par un entier : si ab [2π] et nZ, alors nanb [2π].

Démonstration du point 4. Par hypothèse, il existe des entiers k et k tels que a=b+2kπ et c=d+2kπ. En additionnant ces deux égalités,

a+c=b+d+2(k+k)π.

Or k+k est un entier, donc a+cb+d [2π].

Démonstration du point 5. Il existe kZ tel que a=b+2kπ. En multipliant par n, on obtient na=nb+2(nk)π, et nk est un entier.

Remarque

La compatibilité du point 5 vaut pour un entier, pas pour un réel quelconque, et surtout pas pour une division. De 2π0 [2π] on ne peut pas déduire π0 [2π], qui est faux : π et 0 ne diffèrent pas d'un multiple entier de 2π. C'est une source d'erreurs constante dans la résolution des équations du type sin(2x)=c, où l'on divise l'inconnue par 2 à la fin : le modulo se divise aussi, et 2xα [2π] donne xα2 [π], pas [2π].

Propriété

Pour tous réels a et b, les points M(a) et M(b) du cercle trigonométrique sont confondus si et seulement si ab [2π]. Par conséquent,

(cosa=cosb  et  sina=sinb)    ab [2π].

Valeurs usuelles

Les valeurs suivantes doivent être sues sans hésitation. Elles se retrouvent sur le cercle, en plaçant les points remarquables du premier quadrant.

x 0 π6 π4 π3 π2
cosx 1 32 22 12 0
sinx 0 12 22 32 1
tanx 0 33 1 3 non définie

Remarque

Un moyen de retenir la ligne des sinus : les valeurs sont 02, 12, 22, 32, 42, soit 0, 12, 22, 32, 1. La ligne des cosinus est la même, lue à l'envers. La ligne des tangentes s'obtient par division.

Le contrôle de vraisemblance est géométrique : sur [0,π2], le cosinus décroît de 1 à 0 et le sinus croît de 0 à 1. Si l'on hésite entre 12 et 32 pour cosπ6, il suffit de se rappeler que π6 est un petit angle, donc son cosinus est proche de 1 : c'est 32.

Angles associés

x πx π+x π2x π2+x
cos cosx cosx cosx sinx sinx
sin sinx sinx sinx cosx cosx

Méthode

Retrouver les formules d'angles associés sur le cercle plutôt que les apprendre. Cette table comporte dix formules ; les apprendre par coeur est à la fois pénible et fragile. On les reconstruit en quelques secondes par la démarche suivante.

  1. Placer M(x) dans le premier quadrant, c'est-à-dire choisir mentalement un x compris entre 0 et π2, de sorte que cosx et sinx soient tous deux positifs.
  2. Placer le point associé. Le point M(x) est le symétrique de M(x) par rapport à l'axe des abscisses ; M(πx) son symétrique par rapport à l'axe des ordonnées ; M(π+x) son symétrique par rapport à l'origine ; M(π2x) son symétrique par rapport à la première bissectrice ; M(π2+x) son image par le quart de tour direct.
  3. Lire les coordonnées du point obtenu en fonction de celles de M(x). Une symétrie par rapport à l'axe des abscisses change le signe de l'ordonnée ; une symétrie par rapport à la première bissectrice échange abscisse et ordonnée ; le quart de tour direct envoie le point de coordonnées (u,v) sur le point de coordonnées (v,u).
  4. Contrôler le signe avec le quadrant : si M(πx) est dans le deuxième quadrant, son abscisse est négative, donc cos(πx) doit porter un signe moins.

Retenir la règle mnémotechnique : avec π, le cosinus reste cosinus et le sinus reste sinus ; avec π2, ils échangent leurs rôles. Le signe se lit sur le dessin.

Exemple

Calculons cos2π3, sin5π6 et cos7π4.

Pour le premier, 2π3=ππ3, donc cos2π3=cosπ3=12. Le point est dans le deuxième quadrant, son abscisse est bien négative.

Pour le deuxième, 5π6=ππ6, donc sin5π6=sinπ6=12. Le point est dans le deuxième quadrant, son ordonnée est positive.

Pour le troisième, 7π4=2ππ4, et la 2π-périodicité puis la parité donnent cos7π4=cos(π4)=cosπ4=22. Le point est dans le quatrième quadrant, son abscisse est positive.

Formules d'addition

Propriété

Pour tous réels a et b :

cos(ab)=cosacosb+sinasinb,cos(a+b)=cosacosbsinasinb,sin(a+b)=sinacosb+cosasinb,sin(ab)=sinacosbcosasinb.

Justification de la première formule. Considérons les points M(a) et M(b) du cercle trigonométrique et calculons le carré de leur distance de deux façons.

D'une part, avec les coordonnées,

M(a)M(b)2=(cosacosb)2+(sinasinb)2=cos2a2cosacosb+cos2b+sin2a2sinasinb+sin2b=22(cosacosb+sinasinb),

en regroupant cos2a+sin2a=1 et cos2b+sin2b=1.

D'autre part, faisons tourner les deux points d'un angle b autour de l'origine : le point M(a) devient M(ab) et le point M(b) devient M(0), de coordonnées (1,0). Une rotation conserve les distances, donc

M(a)M(b)2=M(ab)M(0)2=(cos(ab)1)2+sin2(ab)=22cos(ab).

En identifiant les deux expressions, on obtient cos(ab)=cosacosb+sinasinb.

Les trois autres formules s'en déduisent sans effort.

Démonstration des trois autres. Pour la deuxième, remplaçons b par b dans la première et utilisons la parité de cos et l'imparité de sin :

cos(a+b)=cos(a(b))=cosacos(b)+sinasin(b)=cosacosbsinasinb.

Pour la troisième, utilisons la formule d'angle associé sinu=cos(π2u) :

sin(a+b)=cos(π2ab)=cos((π2a)b)=cos(π2a)cosb+sin(π2a)sinb=sinacosb+cosasinb.

Pour la quatrième, on remplace b par b dans la troisième.

Remarque

Pour contrôler une formule d'addition dont on n'est pas sûr, on la teste sur un cas simple. Avec b=0 : cos(a+0) doit valoir cosa, et la formule donne cosa×1sina×0=cosa : correct. Avec a=b=π2 : cos(π)=1, et la formule donne 0×01×1=1 : correct.

Le piège classique est le signe de la formule du cosinus : cos(a+b) fait intervenir un moins, alors que sin(a+b) ne comporte que des plus. Une façon de le retenir : cos(a+b) doit valoir 1 pour a=b=π2, ce qui n'est possible qu'avec le signe moins.

Duplication et angle moitié

Propriété

Pour tout réel a :

sin(2a)=2sinacosa,cos(2a)=cos2asin2a=2cos2a1=12sin2a.

Démonstration. Il suffit de prendre b=a dans les formules d'addition. Pour le sinus, sin(2a)=sinacosa+cosasina=2sinacosa. Pour le cosinus, cos(2a)=cosacosasinasina=cos2asin2a.

Les deux autres écritures s'obtiennent avec cos2a+sin2a=1. En remplaçant sin2a par 1cos2a :

cos(2a)=cos2a(1cos2a)=2cos2a1.

En remplaçant plutôt cos2a par 1sin2a :

cos(2a)=(1sin2a)sin2a=12sin2a.

Propriété

Formules de l'angle moitié. Pour tout réel a :

cos2a=1+cos(2a)2,sin2a=1cos(2a)2.

Démonstration. Ce sont les deux dernières formules de duplication, résolues en cos2a et sin2a. De cos(2a)=2cos2a1 on tire 2cos2a=1+cos(2a), d'où la première. De cos(2a)=12sin2a on tire 2sin2a=1cos(2a), d'où la seconde.

Remarque

Ces deux formules sont capitales : elles permettent de remplacer un carré par une expression du premier degré en cos, au prix d'un doublement de l'angle. C'est le mécanisme de la linéarisation, développé plus bas.

Vérification pour a=π4 : le membre de gauche de la première formule vaut (22)2=12, et le membre de droite 1+cosπ22=1+02=12.

Transformation de produits en sommes et de sommes en produits

Propriété

Pour tous réels a et b :

cosacosb=12[cos(ab)+cos(a+b)],sinasinb=12[cos(ab)cos(a+b)],sinacosb=12[sin(a+b)+sin(ab)].

Démonstration. Écrivons les deux formules d'addition du cosinus :

cos(ab)=cosacosb+sinasinb,cos(a+b)=cosacosbsinasinb.

En les additionnant, les termes en sinasinb disparaissent et il reste cos(ab)+cos(a+b)=2cosacosb, d'où la première formule. En les soustrayant, ce sont les termes en cosacosb qui disparaissent : cos(ab)cos(a+b)=2sinasinb, d'où la deuxième.

Pour la troisième, on additionne les deux formules d'addition du sinus :

sin(a+b)+sin(ab)=(sinacosb+cosasinb)+(sinacosbcosasinb)=2sinacosb.

Propriété

Pour tous réels p et q :

cosp+cosq=2cosp+q2cospq2,cospcosq=2sinp+q2sinpq2,sinp+sinq=2sinp+q2cospq2,sinpsinq=2cosp+q2sinpq2.

Démonstration. Ces formules sont les précédentes, lues de droite à gauche. Posons

a=p+q2,b=pq2,

de sorte que a+b=p et ab=q. La première formule de transformation de produit en somme s'écrit alors

cosacosb=12[cosq+cosp],

c'est-à-dire cosp+cosq=2cosacosb=2cosp+q2cospq2.

De même, la deuxième donne cosqcosp=2sinasinb, soit cospcosq=2sinp+q2sinpq2, et la troisième donne sinp+sinq=2sinacosb.

Pour la dernière, on soustrait les deux formules d'addition du sinus au lieu de les additionner : sin(a+b)sin(ab)=2cosasinb, ce qui donne sinpsinq=2cosp+q2sinpq2.

Remarque

Le signe moins de la deuxième formule est le seul point délicat. On le contrôle sur un cas : pour p=π et q=0, le membre de gauche vaut 11=2, et le membre de droite 2sinπ2sinπ2=2. Sans le signe moins, on trouverait +2 : faux.

Ces formules servent surtout à factoriser une expression pour la résoudre : une équation cosp=cosq se ramène à cospcosq=0, donc à un produit nul. C'est ainsi que l'on démontre les formules de résolution de la section suivante.

Méthode

Linéariser une expression trigonométrique. Linéariser, c'est transformer un produit ou une puissance de cos et sin en une somme de termes du type cos(kx) et sin(kx), sans aucun produit ni puissance. Sans les outils qui viendront plus tard, on procède par étapes élémentaires.

  1. Éliminer les carrés avec les formules de l'angle moitié : cos2x=1+cos2x2 et sin2x=1cos2x2.
  2. Éliminer les produits restants avec les formules de transformation de produit en somme.
  3. Recommencer tant qu'il reste un produit ou une puissance.
  4. Vérifier en x=0, où toutes les expressions se calculent de tête.

Exemple

Linéarisons cos2x, puis cos3x.

Pour cos2x, la formule de l'angle moitié suffit :

cos2x=1+cos2x2=12+12cos2x.

Vérification en x=0 : à gauche 1, à droite 12+12=1.

Pour cos3x, écrivons cos3x=cosx×cos2x et appliquons ce qui précède :

cos3x=cosx(12+12cos2x)=12cosx+12cosxcos2x.

Il reste un produit, que l'on transforme en somme avec a=x et b=2x :

cosxcos2x=12[cos(x2x)+cos(x+2x)]=12[cosx+cos3x],

en utilisant la parité du cosinus pour écrire cos(x)=cosx. Finalement

cos3x=12cosx+14cosx+14cos3x=3cosx+cos3x4.

Vérification en x=0 : à gauche 1, à droite 3+14=1. Vérification en x=π : à gauche (1)3=1, à droite 314=1.

Exemple

Linéarisons sin2xcos2x.

La méthode la plus rapide consiste à reconnaître d'abord une formule de duplication. Comme sin2x=2sinxcosx, on a sinxcosx=12sin2x, donc

sin2xcos2x=(sinxcosx)2=14sin2(2x).

Il reste un carré, que la formule de l'angle moitié appliquée à l'angle 2x élimine :

sin2(2x)=1cos4x2,doncsin2xcos2x=1cos4x8.

Vérification en x=0 : à gauche 0, à droite 118=0. Vérification en x=π4 : à gauche 12×12=14, à droite 1cosπ8=28=14.

Équations trigonométriques

Rappelons que la tangente d'un réel x tel que cosx0 est le réel tanx=sinxcosx. La fonction tan est étudiée en détail à la fin du chapitre ; on n'utilise ici que sa définition.

Propriété

Équations élémentaires. Pour tout réel x :

cosx=0    xπ2 [π],sinx=0    x0 [π],cosx=1    x0 [2π],cosx=1    xπ [2π],sinx=1    xπ2 [2π],sinx=1    xπ2 [2π].

Ces équivalences se lisent directement sur le cercle : cosx=0 signifie que M(x) a une abscisse nulle, donc que M(x) est l'un des deux points de l'axe des ordonnées, ce qui correspond à x=π2 ou x=π2 à un multiple de 2π près, c'est-à-dire à xπ2 [π].

Propriété

Soient a et x deux réels.

cosx=cosa    (xa [2π]  ou  xa [2π]),sinx=sina    (xa [2π]  ou  xπa [2π]).

Si de plus cosx0 et cosa0 :

tanx=tana    xa [π].

Démonstration de la première équivalence. La formule de transformation de somme en produit donne

cosxcosa=2sinx+a2sinxa2.

Un produit de réels est nul si et seulement si l'un de ses facteurs est nul. Donc

cosx=cosa    sinx+a2=0  ou  sinxa2=0.

D'après les équations élémentaires, sinu=0 équivaut à l'existence d'un entier k tel que u=kπ. La première condition s'écrit donc x+a2=kπ, c'est-à-dire x=a+2kπ, soit xa [2π]. La seconde s'écrit xa2=kπ, c'est-à-dire x=a+2kπ, soit xa [2π].

Démonstration de la deuxième équivalence. De même,

sinxsina=2cosx+a2sinxa2,

donc sinx=sina équivaut à cosx+a2=0 ou sinxa2=0. La première condition s'écrit x+a2=π2+kπ, c'est-à-dire x=πa+2kπ, soit xπa [2π]. La seconde donne xa [2π], comme précédemment.

Démonstration de la troisième équivalence. Sous les hypothèses faites, tanx=tana équivaut à sinxcosx=sinacosa, donc, en multipliant par le produit non nul cosxcosa, à sinxcosacosxsina=0, c'est-à-dire à sin(xa)=0 d'après la formule d'addition. Cela équivaut à xa=kπ pour un entier k, soit xa [π].

Remarque

Trois points de vigilance.

Le modulo dépend de l'équation. Pour cos et sin, deux familles de solutions modulo 2π ; pour tan, une seule famille modulo π. C'est cohérent avec les périodes : 2π pour cos et sin, π pour tan.

Écrire le « kZ ». Une solution comme « x=π3+2kπ » est incomplète tant qu'on n'a pas dit que k décrit Z. Dans l'écriture avec congruences, cette précision est incluse dans la notation.

Les deux familles peuvent se recouper. Si aa [2π], c'est-à-dire si a0 [π], les deux familles de l'équation en cosinus coïncident. Par exemple, cosx=1 ne donne qu'une famille.

Méthode

Résoudre une équation trigonométrique.

  1. Se ramener à une égalité entre deux mêmes fonctions. Si l'équation mélange cos et sin, on convertit l'une en l'autre avec une formule d'angle associé : sinu=cos(π2u), ou cosu=sin(π2u).
  2. Écrire le second membre comme une valeur de la fonction. Pour résoudre cosx=12, on écrit 12=cosπ3.
  3. Appliquer la propriété et obtenir deux familles de congruences.
  4. Isoler x, en n'oubliant pas de diviser le modulo par le même coefficient : 3xα [2π] donne xα3 [2π3].
  5. Conclure par l'ensemble des solutions, et vérifier une solution de chaque famille.

Exemple

Résolvons sinx=22 dans R.

On reconnaît 22=sinπ4. L'équation s'écrit donc sinx=sinπ4, ce qui équivaut à

xπ4 [2π]ouxππ4=3π4 [2π].

L'ensemble des solutions est

S={π4+2kπ ; kZ}{3π4+2kπ ; kZ}.

Vérification : sin3π4=sin(ππ4)=sinπ4=22.

Exemple

Résolvons cos(2x)=sinx dans R.

L'équation mélange les deux fonctions : convertissons le membre de droite en cosinus grâce à sinx=cos(π2x). L'équation devient

cos(2x)=cos(π2x),

ce qui équivaut à

2xπ2x [2π]ou2x(π2x) [2π].

Première famille. L'égalité 2xπ2x [2π] signifie qu'il existe kZ tel que 2x=π2x+2kπ, soit 3x=π2+2kπ, soit

x=π6+2kπ3,c’est-aˋ-direxπ6 [2π3].

Seconde famille. L'égalité 2xxπ2 [2π] signifie qu'il existe kZ tel que 2x=xπ2+2kπ, soit x=π2+2kπ, c'est-à-dire xπ2 [2π].

Les deux familles se recoupent ici. En effet, π62π3=π2, donc tout réel de la forme π2+2kπ s'écrit aussi π6+2π3(3k1) : la seconde famille est entièrement contenue dans la première. L'ensemble des solutions se réduit donc à

S={π6+2kπ3 ; kZ}.

Vérification. Pour x=π6 : cosπ3=12 et sinπ6=12, l'égalité est vérifiée. Pour x=π6+2π3=5π6 : cos5π3=cos(π3)=12 et sin5π6=12, l'égalité est vérifiée. Pour x=π6+4π3=3π2, qui est le représentant de π2 : cos(3π)=1 et sin3π2=1, l'égalité est vérifiée.

Contrôle par une autre méthode. On peut aussi écrire cos(2x)=12sin2x et poser s=sinx : l'équation devient 2s2+s1=0, de discriminant 9, dont les racines sont s=12 et s=1. On retrouve sinx=12, soit xπ6 [2π] ou x5π6 [2π], et sinx=1, soit x3π2 [2π] : ce sont exactement les trois valeurs décrites par S modulo 2π.

Exemple

Résolvons tanx=3.

L'équation n'a de sens que pour cosx0, c'est-à-dire x≢π2 [π]. Comme tanπ3=3, l'équation s'écrit tanx=tanπ3, ce qui équivaut à xπ3 [π]. Ces valeurs vérifient bien la condition d'existence. Donc

S={π3+kπ ; kZ}.

Remarquons qu'il n'y a qu'une seule famille, contre deux pour une équation en cosinus.

Inéquations trigonométriques

Méthode

Résoudre une inéquation trigonométrique à l'aide du cercle.

  1. Se ramener à une inéquation du type cosxc, cosxc, sinxc ou sinxc.
  2. Résoudre d'abord l'équation associée cosx=c (ou sinx=c) sur un intervalle de longueur 2π, par exemple [0,2π[ ou ]π,π] : on obtient deux points du cercle, qui le découpent en deux arcs.
  3. Lire l'inégalité sur le cercle. Pour le cosinus, on regarde les abscisses : cosxc correspond aux points situés à gauche de la droite verticale d'équation X=c. Pour le sinus, on regarde les ordonnées : sinxc correspond aux points situés au-dessus de la droite horizontale d'équation Y=c.
  4. Choisir le bon arc en testant un point témoin, par exemple x=0 ou x=π.
  5. Périodiser : la solution sur R est la réunion, pour kZ, des translatés de 2kπ de l'intervalle trouvé. On n'oublie pas de préciser si les bornes sont incluses.

Exemple

Résolvons cosx12, d'abord sur [0,2π], puis sur R.

Équation associée. Sur [0,2π], l'équation cosx=12 a pour solutions x=π3 et x=2ππ3=5π3. Ces deux valeurs correspondent à deux points du cercle, symétriques par rapport à l'axe des abscisses.

Lecture sur le cercle. La condition cosx12 signifie que l'abscisse de M(x) est au plus 12 : le point est à gauche de la droite verticale passant par ces deux points.

Point témoin. Pour x=π, on a cosπ=112 : la valeur π convient. Comme π est compris entre π3 et 5π3, c'est l'arc intérieur qui est solution.

Conclusion sur [0,2π]. L'ensemble des solutions est [π3,5π3], les bornes étant incluses car l'inégalité est large.

Conclusion sur R. Par 2π-périodicité,

S=kZ[π3+2kπ, 5π3+2kπ].

Vérification. Pour x=0 : cos0=1, qui n'est pas inférieur à 12, et 0 n'appartient pas à S. Pour x=π2 : cosπ2=012, et π2 appartient bien à [π3,5π3].

Exemple

Résolvons 2sinx3>0 sur [0,2π[.

L'inéquation s'écrit sinx>32. L'équation associée sinx=32 a pour solutions, sur [0,2π[, les réels x=π3 et x=ππ3=2π3.

On regarde ici les ordonnées : la condition sinx>32 décrit les points du cercle strictement au-dessus de la droite horizontale passant par ces deux points, c'est-à-dire l'arc situé en haut. Le point témoin x=π2 donne sinπ2=1>32, et π2 est bien compris entre π3 et 2π3. Donc

S=]π3,2π3[,

les bornes étant exclues car l'inégalité est stricte.

Fonctions cosinus et sinus

Propriété

La fonction cos est définie sur R, paire, 2π-périodique, à valeurs dans [1,1]. La fonction sin est définie sur R, impaire, 2π-périodique, à valeurs dans [1,1].

Elles sont dérivables sur R et, pour tout réel x,

cos(x)=sinx,sin(x)=cosx.

Ces dérivées sont admises ici. Leur justification repose sur le calcul du taux d'accroissement en 0, qui sera repris dans le chapitre consacré à la dérivation ; les formules d'addition permettent ensuite de passer d'un point quelconque au point 0. Retenons la conséquence pratique : dériver cos fait apparaître un signe moins, dériver sin n'en fait pas apparaître.

Remarque

Grâce à la périodicité et à la parité, il suffit d'étudier ces fonctions sur [0,π] pour tout savoir d'elles. On complète par symétrie par rapport à l'axe des ordonnées (parité du cosinus) ou par rapport à l'origine (imparité du sinus), puis on translate de 2π en 2π. C'est le réflexe à avoir devant toute fonction périodique : réduire l'intervalle d'étude avant de calculer quoi que ce soit.

Variations de cos sur [π,π], obtenues à partir du signe de sin :

xx
π-\pi
00
π\pi
sinx-\sin x
++
00
-
cosx\cos x
1-1
11
1-1

Variations de sin sur [π,π], obtenues à partir du signe de cos :

xx
π-\pi
π2-\dfrac{\pi}{2}
π2\dfrac{\pi}{2}
π\pi
cosx\cos x
-
00
++
00
-
sinx\sin x
00
1-1
11
00

Graphiquement, la courbe du cosinus est une sinusoïde qui vaut 1 en 0, s'annule en π2, vaut 1 en π, et se reproduit à l'identique tous les 2π ; elle est symétrique par rapport à l'axe des ordonnées. La courbe du sinus est la même, translatée de π2 vers la droite : elle passe par l'origine, vaut 1 en π2, et elle est symétrique par rapport à l'origine.

Propriété

Pour tout réel x,

sinxx.

Ce résultat est admis. La justification géométrique tient en une phrase : pour x[0,π2], le réel x est la longueur de l'arc de cercle joignant M(0) à M(x), tandis que sinx est la longueur du segment vertical joignant M(x) à l'axe des abscisses, qui est plus court que cet arc. Pour x>π2, l'inégalité est immédiate puisque sinx1<π2<x. Enfin, pour x<0, on applique ce qui précède à x en utilisant sin(x)=sinx.

Remarque

Cette inégalité est l'outil de majoration standard pour tout ce qui contient un sinus. Elle dit que le sinus, au voisinage de 0, ne s'éloigne pas de 0 plus vite que x ; on l'utilise dès qu'il faut majorer une expression contenant sin par une expression algébrique.

Elle est fausse si l'on enlève les valeurs absolues : pour x=1, on aurait sin(1)1, ce qui est faux puisque sin(1) est de l'ordre de 0,84. Il y a égalité uniquement pour x=0.

Exemple

Montrons que pour tous réels a et b, sinasinbab.

La formule de transformation de somme en produit donne

sinasinb=2cosa+b2sinab2.

Passons aux valeurs absolues, en utilisant la multiplicativité de la valeur absolue puis la majoration cosu1 :

sinasinb=2cosa+b2sinab22sinab2.

L'inégalité sinxx, appliquée à x=ab2, donne alors

sinasinb2×ab2=ab.

Vérification sur un cas : pour a=π et b=0, le membre de gauche vaut 0 et le membre de droite π. L'inégalité est bien vérifiée, et l'on voit qu'elle peut être très large.

Fonction tangente

Définition

La fonction tangente est définie par

tanx=sinxcosx

pour tout réel x tel que cosx0. Son ensemble de définition est donc

D=R{π2+kπ ; kZ}.

Propriété

Pour tout xD :

  1. tan(x+π)=tanx : la fonction tan est π-périodique ;
  2. tan(x)=tanx : la fonction tan est impaire ;
  3. tan(πx)=tanx ;
  4. tan(π2x)=1tanx lorsque tanx0.

Démonstration. Les formules d'angles associés donnent sin(x+π)=sinx et cos(x+π)=cosx, donc

tan(x+π)=sinxcosx=sinxcosx=tanx.

On remarque au passage que x+π appartient à D si et seulement si x y appartient.

Pour le point 2, sin(x)=sinx et cos(x)=cosx, d'où tan(x)=sinxcosx=tanx.

Pour le point 3, sin(πx)=sinx et cos(πx)=cosx, d'où tan(πx)=tanx.

Pour le point 4, sin(π2x)=cosx et cos(π2x)=sinx, d'où le quotient annoncé.

Remarque

La période de tan est π, et non 2π. C'est cohérent avec le fait que M(x) et M(x+π) sont symétriques par rapport à l'origine : leurs deux coordonnées changent de signe, donc leur quotient est inchangé.

C'est aussi la raison pour laquelle l'équation tanx=tana ne fournit qu'une famille de solutions, modulo π.

Propriété

La fonction tan est dérivable sur D et, pour tout xD,

tan(x)=1+tan2x=1cos2x.

En particulier, tan>0 : la fonction tan est strictement croissante sur chaque intervalle où elle est définie.

Démonstration. La fonction tan est le quotient de deux fonctions dérivables sur R, le dénominateur ne s'annulant pas sur D : elle est donc dérivable sur D. La formule de dérivation d'un quotient donne, pour xD,

tan(x)=sin(x)cosxsinxcos(x)cos2x=cosx×cosxsinx×(sinx)cos2x=cos2x+sin2xcos2x=1cos2x,

en utilisant la relation cos2+sin2=1 au numérateur.

Pour la seconde écriture, repartons du numérateur avant simplification et séparons la fraction :

cos2x+sin2xcos2x=cos2xcos2x+sin2xcos2x=1+tan2x.

Enfin, 1cos2x est un quotient de réels strictement positifs, donc tan(x)>0.

Remarque

La double écriture de la dérivée est très commode : la forme 1cos2x sert quand on travaille avec des cosinus, la forme 1+tan2x quand tout est déjà exprimé en tangentes. L'égalité 1+tan2x=1cos2x est elle-même une identité utile, indépendamment de la dérivation : elle permet de retrouver cos2x à partir de tanx.

Variations de tan sur l'intervalle ]π2,π2[, les deux bornes étant exclues du domaine :

xx
π2-\dfrac{\pi}{2}
π2\dfrac{\pi}{2}
1+tan2x1 + \tan^2 x
++
tanx\tan x

Sur cet intervalle, la fonction s'annule en 0, vaut 1 en π4 et 1 en π4. Sa courbe est symétrique par rapport à l'origine et se reproduit à l'identique sur chaque intervalle ]π2+kπ,π2+kπ[, les droites verticales d'abscisses π2+kπ séparant ces branches.

Propriété

Formule d'addition pour la tangente. Soient a et b deux réels tels que cosa0, cosb0 et cos(a+b)0. Alors

tan(a+b)=tana+tanb1tanatanb.

Sous les hypothèses analogues avec cos(ab)0,

tan(ab)=tanatanb1+tanatanb.

Démonstration. Partons de la définition et des formules d'addition :

tan(a+b)=sin(a+b)cos(a+b)=sinacosb+cosasinbcosacosbsinasinb.

Le produit cosacosb est non nul par hypothèse : divisons numérateur et dénominateur par ce produit.

tan(a+b)=sinacosbcosacosb+cosasinbcosacosbcosacosbcosacosbsinasinbcosacosb=tana+tanb1tanatanb.

La formule pour tan(ab) s'obtient en remplaçant b par b et en utilisant l'imparité de tan.

Remarque

La condition d'existence mérite une explication. Le dénominateur 1tanatanb s'annule exactement quand cos(a+b)=0. En effet, la démonstration ci-dessus montre que

cos(a+b)=cosacosb(1tanatanb),

et comme cosacosb0, les deux annulations sont équivalentes. Autrement dit, la condition cos(a+b)0, qui est celle sous laquelle tan(a+b) a un sens, est exactement celle qui rend la fraction bien définie. Il n'y a donc pas de condition supplémentaire cachée.

Exemple

Calculons tan7π12.

Écrivons 7π12=3π12+4π12=π4+π3. Les trois conditions d'existence sont vérifiées : cosπ40, cosπ30, et 7π12 n'est pas de la forme π2+kπ. La formule d'addition donne, avec tanπ4=1 et tanπ3=3,

tan7π12=1+311×3=1+313.

Rendons le dénominateur rationnel en multipliant par la quantité conjuguée 1+3 :

tan7π12=(1+3)2(13)(1+3)=1+23+313=4+232=23.

Contrôle de vraisemblance : 7π12 est compris entre π2 et π, donc son cosinus est négatif et son sinus positif : la tangente doit être négative. C'est bien le cas, et sa valeur approchée est de l'ordre de 3,73.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Écrire une somme ou un produit avec le symbole adapté, compter ses termes sans se tromper de 1, et traiter correctement le cas d'une somme ou d'un produit vide.
  • Appliquer la linéarité, la relation de Chasles et la règle λak=λnak, sans jamais inventer de règle sur akbk.
  • Effectuer un changement d'indice en calculant les nouvelles bornes, puis vérifier sur le premier terme.
  • Reconnaître un télescopage, y compris après décomposition d'une fraction, et l'exploiter.
  • Retrouver et utiliser k, k2, xk (en discutant le cas x=1), et la factorisation de anbn.
  • Intervertir deux sommations sur un rectangle, et découper une somme triangulaire des deux façons possibles.
  • Développer un produit de deux sommes en une somme double, et utiliser la relation entre (ai)2, ai2 et i<jaiaj.
  • Manipuler factorielles et coefficients binomiaux par le calcul : symétrie, formule de Pascal, formule du capitaine.
  • Rédiger la démonstration par récurrence de la formule du binôme, et l'appliquer pour développer, extraire un coefficient ou calculer une somme.
  • Résoudre un système 2×2 ou 3×3 par le pivot de Gauss, en notant les opérations, et rédiger l'ensemble des solutions dans les trois cas possibles.
  • Interpréter géométriquement un système comme une intersection de droites ou de plans.
  • Majorer ou minorer une somme, un produit, un quotient, en surveillant le sens des inégalités et les hypothèses de positivité.
  • Résoudre une inéquation par factorisation et tableau de signes, en excluant les valeurs interdites.
  • Utiliser la valeur absolue, l'inégalité triangulaire et sa version renversée, et traduire xab sur la droite réelle.
  • Manipuler majorants, minorants, maximum, minimum, et la partie entière, notamment pour des réels négatifs.
  • Retrouver les angles associés sur le cercle, appliquer les formules d'addition et de duplication, linéariser une puissance de cos ou de sin.
  • Résoudre une équation ou une inéquation trigonométrique en écrivant les solutions avec des congruences et un kZ.
  • Étudier les fonctions cos, sin et tan : parité, périodicité, dérivée, variations, et utiliser sinxx pour majorer.

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