PCSI · Chapitre 02 · Premier semestre
Compléments de calcul algébrique et de trigonométrie
Sommes et produits, formule du binôme, pivot sur de petits systèmes, inégalités, cercle trigonométrique, formules d'addition.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Sommes et produits
- Formule du binôme
- Pivot sur de petits systèmes
- Inégalités
- Cercle trigonométrique
- Formules d'addition
Le chapitre précédent a mis en place la langue des mathématiques : quantificateurs, connecteurs, modes de raisonnement, vocabulaire des ensembles. Celui-ci met en place l'outillage. C'est une boîte à outils de calcul, presque sans théorie, mais dont chaque geste devra devenir automatique : manipuler un symbole , changer d'indice sans se tromper, reconnaître un télescopage, développer , intervertir deux sommations, résoudre un système linéaire proprement, majorer une expression, retrouver une formule de trigonométrie. Les erreurs que l'on commet ici ne sont pas des erreurs de compréhension mais des erreurs d'exécution, et elles se paient plus tard, dans des exercices où le calcul n'est plus le sujet mais seulement le moyen d'y arriver.
Les notations suivantes valent pour tout le chapitre. Les lettres , , désignent des indices entiers, les lettres , , des entiers, les lettres , , , des réels, et , des réels appelés scalaires lorsqu'ils multiplient une famille. Les ensembles de nombres sont notés , , , , avec , et l'ensemble des réels positifs ou nuls. Les propriétés de dont nous nous servons librement (l'addition et la multiplication avec leurs règles habituelles, la relation d'ordre et sa compatibilité avec les opérations, l'existence de la racine carrée d'un réel positif) sont admises : la construction de n'est pas au programme.
Sommes et produits
Familles finies, notations et
Définition
Soit un ensemble fini. Une famille finie de réels indexée par est une application de dans . On la note plutôt que , et le réel s'appelle le terme d'indice de la famille. L'ensemble s'appelle l'ensemble d'indices.
Le cas de loin le plus fréquent est celui où est un ensemble d'entiers consécutifs : pour deux entiers et tels que , la famille est la famille des réels .
Définition
Soit une famille finie de réels. La somme de cette famille, notée , est le réel obtenu en additionnant tous ses termes. Son produit, noté , est le réel obtenu en les multipliant tous.
Lorsque est vide, on pose par convention
Ces définitions supposent implicitement un point qu'il faut signaler : le résultat ne dépend pas de l'ordre dans lequel on additionne (ou multiplie) les termes. C'est une conséquence de la commutativité et de l'associativité de l'addition et de la multiplication dans , et nous l'admettons.
Remarque
Les conventions « somme vide » et « produit vide » ne sont pas arbitraires. Ce sont les seules valeurs qui rendent les formules générales valables sans exception à traiter à part.
Pour la somme : on veut que couper une somme en deux morceaux fonctionne toujours, donc que . Cela force la somme vide à être l'élément neutre de l'addition, c'est-à-dire .
Pour le produit : le même argument, écrit avec des produits, force le produit vide à être l'élément neutre de la multiplication, c'est-à-dire . En particulier, pour tout réel n'est rien d'autre qu'un produit vide.
L'intérêt pratique est immédiat : on peut initialiser une récurrence au niveau le plus bas possible, celui où la somme n'a aucun terme, sans avoir à vérifier quoi que ce soit.
Définition
Soient et deux entiers avec , et une famille de réels. La somme se définit par récurrence sur :
- (somme vide) ;
- pour tout entier , .
De la même manière, le produit est défini par
- (produit vide) ;
- pour tout entier , .
Cette définition par récurrence n'est pas une coquetterie de rédaction : c'est elle qui rend les démonstrations par récurrence possibles. Chaque fois que l'on écrira « en isolant le dernier terme », c'est cette égalité que l'on utilisera.
Définition
Dans l'écriture , la lettre est un indice muet : elle n'existe qu'à l'intérieur du symbole , et la remplacer partout par une autre lettre non encore utilisée ne change rien à la valeur de la somme. Ainsi
Il en va de même pour l'indice d'un produit.
Remarque
Deux fautes classiques, à traquer dès maintenant.
Faire sortir l'indice muet du symbole. Une écriture comme « » n'a aucun sens : le membre de gauche est un nombre qui ne dépend que de , le membre de droite dépend de . La bonne écriture est .
Réutiliser une lettre déjà occupée. Dans une expression où désigne déjà la borne, on n'écrit jamais . L'indice muet doit être une lettre neuve.
Propriété
Pour deux entiers et avec , la somme comporte exactement termes.
Remarque
Le nombre de termes est , et pas . Cette erreur de décalage de est la plus fréquente de tout le chapitre, et elle est fatale dès qu'on somme des constantes. Le remède est de vérifier sur un cas minuscule : comporte bien termes, et non .
Le cas particulier comporte termes, mais en comporte : la présence ou l'absence du terme d'indice change le compte.
Exemple
Écrivons quelques sommes et produits en toutes lettres pour prendre l'habitude.
.
.
.
.
: l'indice d'arrivée est strictement plus petit que l'indice de départ, la somme est vide.
Règles de calcul sur les sommes
Propriété
Soient et deux familles de réels, et , deux réels.
- Linéarité : .
- Somme de termes constants : pour tout réel , .
- Relation de Chasles : pour tout entier tel que , .
Démonstration de la linéarité. Les réels et étant fixés, notons, pour tout entier , la proposition
Initialisation. Prenons . Les trois sommes qui interviennent sont vides, donc nulles, et l'égalité s'écrit , ce qui est vrai. Donc est vraie.
Hérédité. Soit un entier tel que soit vraie. En isolant le terme d'indice grâce à la définition de la somme, puis en utilisant l'hypothèse de récurrence, on obtient
La dernière égalité est encore la définition de la somme, lue de droite à gauche. Donc est vraie.
Conclusion. La proposition est vraie pour tout entier .
Démonstration de la somme de constantes. Notons la proposition , pour .
Initialisation. Pour , la somme est vide donc nulle, et . Donc est vraie.
Hérédité. Soit tel que soit vraie. Alors
donc est vraie.
Conclusion. est vraie pour tout entier .
La relation de Chasles se démontre de la même manière, par récurrence sur à fixé : pour elle s'écrit , la deuxième somme étant vide, et l'hérédité consiste à ajouter le terme des deux côtés.
Remarque
La linéarité ne concerne que l'addition et la multiplication par un réel fixe, c'est-à-dire ne dépendant pas de l'indice. Il n'existe aucune règle du type
Le moindre doute se lève en testant sur deux termes : alors que .
Attention également au facteur constant : dans , le facteur dépend de l'indice, il ne sort pas du symbole.
Exemple
Calculons en fonction de , en admettant provisoirement la formule qui sera établie plus loin.
Par linéarité, puis par la formule de la somme de constantes,
Vérification pour : la somme vaut , et la formule donne . Pour : la somme vaut , et la formule donne . Pour : la somme vaut , et la formule donne .
Règles de calcul sur les produits
Propriété
Soient et deux familles de réels, un réel, et notons le nombre de termes.
- Produit terme à terme : .
- Multiplication par un scalaire : .
- Relation de Chasles : pour tout entier tel que , .
- Passage du produit à la somme sur les exposants : pour tout réel et toute famille d'entiers naturels , .
Démonstration du point 2. Notons la proposition , pour .
Initialisation. Pour , les deux produits sont vides donc égaux à , et l'exposant vaut , si bien que l'égalité s'écrit . Donc est vraie.
Hérédité. Soit tel que soit vraie. Alors
et : la proposition est vraie.
Conclusion. est vraie pour tout entier .
Remarque
Le point 2 est un piège redoutable. Sortir un facteur d'un produit de termes le fait apparaître à la puissance , alors que le sortir d'une somme le laisse à la puissance . Comparons sur trois termes :
Exemple
Calculons pour .
Le facteur ne dépend pas de : il sort à la puissance . Ensuite on sépare le numérateur du dénominateur :
Le produit du haut vaut et celui du bas vaut . Tous les facteurs de à se simplifient, il reste . Donc .
Vérification pour : , et la formule donne . Pour : , et la formule donne .
Changements d'indice
Un changement d'indice ne modifie pas la somme : il modifie seulement la manière de repérer ses termes. On additionne les mêmes nombres, en les appelant autrement. Deux changements suffisent en pratique.
Propriété
Soient une famille de réels et un entier.
- Décalage (ou translation) d'indice : , obtenu en posant .
- Renversement (ou réflexion) d'indice : , obtenu en posant , ce qui revient à parcourir les termes dans l'autre sens.
Les mêmes égalités valent pour les produits.
Méthode
Changer d'indice sans se tromper. Procéder toujours dans cet ordre, en écrivant chaque étape.
- Écrire explicitement la substitution dans les deux sens : « posons », donc « ».
- Traduire les bornes. Quand vaut , vaut ; quand vaut , vaut . Les nouvelles bornes sont donc et . C'est ici que se produisent presque toutes les erreurs : on ne devine pas les bornes, on les calcule.
- Remplacer par son expression en fonction de partout dans le terme général, y compris dans les exposants, les indices et les dénominateurs.
- Vérifier sur le premier terme : celui que donne la nouvelle écriture pour égal à la nouvelle borne inférieure doit être exactement l'ancien premier terme. Vérifier aussi que le nombre de termes n'a pas changé.
La quatrième étape n'est pas facultative. Elle coûte cinq secondes et détecte la quasi-totalité des erreurs.
Exemple
Écrivons comme une somme dont l'indice part de .
Posons , c'est-à-dire . Quand , ; quand , . Le terme général devient . Donc
Vérification : le premier terme de la nouvelle écriture est , et l'ancien premier terme est . Le nombre de termes est avant, et après.
Exemple
Montrons que .
Posons , donc . Quand , ; quand , . Les bornes sont échangées, ce qui ne pose pas de problème : sommer de à , c'est sommer les mêmes termes, donc
L'indice étant muet, on peut le renommer , ce qui donne l'égalité annoncée. Vérification pour : à gauche , à droite .
Regroupements de termes
La relation de Chasles permet de couper une somme en deux blocs consécutifs. On peut aussi réorganiser les termes selon la parité de l'indice.
Propriété
Soit une famille de réels et un entier naturel. Alors
Ces égalités se retrouvent en comptant les termes plutôt qu'en les apprenant. Dans la première, il y a termes à gauche, et à droite. Dans la seconde, termes à gauche, et à droite : la somme s'arrête sur un indice pair, il y a donc un terme pair de plus que de termes impairs.
Exemple
Calculons .
Séparons les indices pairs des indices impairs. Pour pair, ; pour impair, . Donc
Le résultat est conforme à l'intuition : les termes s'annulent deux à deux à partir du deuxième, et il reste le premier. Vérification pour : .
Télescopage
C'est la technique la plus rentable du chapitre : elle transforme une somme de termes en une différence de deux termes.
Propriété
Soient deux entiers et une famille de réels. Alors
Démonstration. Notons la proposition ci-dessus, pour .
Initialisation. Pour , la somme est vide donc nulle, et le membre de droite vaut . L'égalité est vraie, donc est vraie.
Hérédité. Soit un entier tel que soit vraie. En isolant le dernier terme puis en appliquant l'hypothèse de récurrence,
Comme , la proposition est vraie.
Conclusion. est vraie pour tout entier .
On peut aussi voir le résultat directement, en écrivant la somme en toutes lettres :
où chaque terme positif est annulé par le terme négatif de la parenthèse suivante. Seuls survivent , qui n'a rien devant lui, et , qui n'a rien derrière. Cette lecture est éclairante, mais la récurrence reste la rédaction attendue dans une copie.
Propriété
Soient deux entiers et une famille de réels tous non nuls. Alors
La démonstration est identique, en remplaçant les différences par des quotients : l'initialisation utilise le produit vide égal à , et l'hérédité multiplie par .
Méthode
Reconnaître et exploiter un télescopage. Devant une somme dont le terme général est une fraction ou une différence, chercher une famille telle que , ou telle que (auquel cas la somme vaut ).
Trois indices doivent mettre sur la piste.
- Le terme général est une fraction dont le dénominateur est un produit d'entiers consécutifs, comme ou : on décompose en éléments simples en cherchant .
- Le terme général est une différence de deux expressions de même forme, décalées d'un cran, comme ou .
- On veut calculer où est un polynôme en : on cherche alors polynomial de degré supérieur d'une unité tel que .
Une fois trouvée, on ne développe rien : on applique la formule et on conclut.
Exemple
Calculons pour .
Cherchons deux réels et tels que, pour tout , . En réduisant au même dénominateur, le numérateur du membre de droite vaut . L'identification avec le numérateur donne et , donc . On vérifie directement :
Posons alors pour . On a , donc
Vérification pour : et la formule donne . Pour : et la formule donne . Pour : et la formule donne .
Exemple
Calculons pour .
Factorisons d'abord le terme général : . Séparons alors le produit en deux :
Le premier produit est télescopique avec : il vaut , mais il est plus simple de l'écrire en toutes lettres, . Le second vaut . Donc
Vérification pour : et la formule donne . Pour : et la formule donne .
Sommes usuelles
Trois sommes reviennent en permanence. Il faut connaître leurs valeurs par coeur et savoir les redémontrer.
Somme des premiers entiers
Propriété
Pour tout entier ,
Première démonstration, par récurrence. Notons la proposition .
Initialisation. Pour , la somme est vide donc nulle, et . Donc est vraie.
Hérédité. Soit un entier tel que soit vraie. En isolant le dernier terme puis en utilisant l'hypothèse de récurrence,
Or : c'est bien l'expression attendue. Donc est vraie.
Conclusion. est vraie pour tout entier .
Deuxième démonstration, par renversement de l'indice. Notons . Le renversement d'indice donne
En additionnant cette écriture et l'écriture initiale (dans laquelle on renomme l'indice , ce qui est licite puisqu'il est muet), la linéarité donne
la dernière égalité étant la somme de termes tous égaux à . Donc .
Remarque
La deuxième démonstration est celle que l'on attribue traditionnellement au jeune Gauss : elle revient à regrouper les termes par paires, le premier avec le dernier, le deuxième avec l'avant-dernier, chaque paire ayant pour somme . Elle est plus courte, mais elle demande un peu d'astuce ; la récurrence, elle, marche sans idée. En pratique, on choisit la récurrence quand le résultat est donné, et le renversement quand il faut le trouver.
Exemple
Calculons .
Par la relation de Chasles, , donc
On peut vérifier autrement : la somme comporte termes, dont la moyenne est , ce qui donne .
Somme des carrés des premiers entiers
Propriété
Pour tout entier ,
Première démonstration, par récurrence. Notons la proposition .
Initialisation. Pour , la somme est vide donc nulle, et . Donc est vraie.
Hérédité. Soit un entier tel que soit vraie. Alors
où la dernière égalité vient de la factorisation , que l'on vérifie en développant : . Or l'expression attendue est
c'est exactement ce que l'on a obtenu. Donc est vraie.
Conclusion. est vraie pour tout entier .
Deuxième démonstration, par télescopage. L'idée est de faire apparaître dans une différence télescopique. Pour tout entier ,
Sommons cette égalité pour allant de à . À gauche, le télescopage donne . À droite, la linéarité donne, en notant ,
On obtient donc
En réduisant au même dénominateur,
la dernière factorisation venant de . Finalement .
Remarque
La deuxième méthode est bien plus riche que la première : elle produit le résultat au lieu de le vérifier. Le même procédé, appliqué à , donne la valeur de , et ainsi de suite. C'est la technique à retenir quand on ne connaît pas la réponse à l'avance.
Vérifions la formule pour : la somme vaut , et .
Somme géométrique
Propriété
Soient un réel et un entier naturel.
- Si , alors .
- Si , alors .
Démonstration. Si , tous les termes valent et la somme comporte termes, d'où le résultat.
Supposons et posons . Calculons en développant puis en effectuant un décalage d'indice :
Dans la deuxième ligne, on a posé dans la seconde somme : quand , ; quand , . Dans la troisième ligne, on a isolé le terme d'indice de la première somme et le terme d'indice de la seconde, les deux sommes restantes étant identiques et se simplifiant. Comme , le réel est non nul et l'on peut diviser : .
La seconde écriture s'obtient en multipliant numérateur et dénominateur par .
Remarque
Il faut absolument discuter le cas . Écrire sans préciser est une faute : le dénominateur s'annule. Dans un exercice où est une expression comme ou , on vérifie qu'elle est différente de et on le dit en une phrase.
Retenir aussi la forme générale, valable pour :
qui se retient ainsi : « premier terme, multiplié par moins la raison à la puissance le nombre de termes, divisé par moins la raison ».
Exemple
Calculons et pour .
Pour , on reconnaît une somme géométrique de raison , différente de . Donc
Vérification pour : , et la formule donne .
Pour , la raison est , et le premier terme est . La somme comporte termes, donc
Vérification pour : , et la formule donne .
Factorisation de
Propriété
Soient et deux réels et un entier naturel non nul. Alors
Démonstration. Développons le membre de droite. Par linéarité,
Dans la première somme, on a posé , donc : quand , ; quand , ; et l'exposant devient .
Les deux sommes ont maintenant le même terme général , l'une de à , l'autre de à : c'est un télescopage. En posant , la différence vaut
Remarque
Cette identité contient trois formules du lycée comme cas particuliers, qu'il faut savoir écrire instantanément :
et, en prenant ,
Cette dernière écriture n'est rien d'autre que la somme géométrique retournée : elle en donne une deuxième démonstration.
Le facteur contient termes, dont la somme des exposants vaut toujours : on part de et l'on remplace progressivement un par un jusqu'à .
Remarque
Pour impair, on obtient une factorisation de en remplaçant par : comme lorsque est impair,
Pour , cela donne . En revanche, pour pair, ne se factorise pas ainsi : n'admet aucune factorisation de ce type dans .
Exemple
Montrons que pour tout entier , l'entier est divisible par .
Appliquons la factorisation avec et :
La somme est une somme d'entiers, donc un entier. Ainsi s'écrit comme fois un entier : il est divisible par .
Vérification pour : , et .
Sommes doubles
Familles doubles et interversion
Définition
Soient et deux entiers naturels non nuls. Une famille double de réels est une famille indexée par un ensemble de couples d'entiers. Le cas de base est celui du rectangle : on dispose alors d'un réel pour chaque couple avec et , et l'on note leur somme
On visualise les termes d'une telle famille comme un tableau rectangulaire à lignes et colonnes, le terme occupant la ligne et la colonne . Additionner tous les termes du tableau peut se faire de deux façons : ligne par ligne, ou colonne par colonne.
Propriété
Soit une famille double de réels indexée par le rectangle . Alors
En particulier, on peut intervertir les deux symboles de sommation :
Ce résultat est admis. Il traduit simplement le fait qu'additionner un nombre fini de réels donne un résultat indépendant de l'ordre choisi : sommer chaque ligne puis additionner les totaux de lignes, ou sommer chaque colonne puis additionner les totaux de colonnes, revient à additionner les mêmes nombres.
Remarque
Le mot « fini » est essentiel. L'interversion de deux sommations est un théorème qui devient faux pour des sommes infinies, et sa version correcte dans ce cadre demande des hypothèses que l'on verra bien plus tard. Ici, toutes nos familles sont finies : on intervertit sans état d'âme, à condition de recopier correctement les bornes.
Attention à l'ordre de lecture : dans , c'est la somme sur qui est intérieure. On l'effectue d'abord, à fixé, et son résultat dépend en général de . Une écriture comme est une faute grossière : le facteur dépend de , il ne sort pas du symbole .
Exemple
Calculons .
Commençons par la somme intérieure, à fixé. La linéarité et la somme de constantes donnent
Le premier terme est une somme de constantes égales à : c'est . Il reste alors
Vérification pour : la somme se réduit au terme , et la formule donne . Pour et : la somme vaut , et la formule donne .
Produit de deux sommes finies
Propriété
Soient et deux familles finies de réels. Alors
Démonstration. Notons . Ce réel ne dépend pas de , donc, par linéarité de la somme sur ,
À fixé, le réel ne dépend pas de : par linéarité de la somme intérieure, il entre dans le symbole , ce qui donne
Remarque
C'est la version rigoureuse de « on développe en multipliant chaque terme du premier facteur par chaque terme du second ». Le résultat comporte termes.
Deux noms d'indices différents sont indispensables : écrire est faux. C'est exactement l'erreur signalée plus haut : alors que .
Exemple
Calculons .
Le terme général se factorise en un facteur dépendant de et un facteur dépendant de : on peut donc appliquer la propriété à l'envers.
Vérification pour : les quatre termes sont , de somme , et la formule donne .
Sommes triangulaires
Toutes les familles doubles ne sont pas indexées par un rectangle. Les plus fréquentes après lui sont les triangles, où les deux indices sont soumis à une inégalité.
Définition
Soit une famille de réels définie pour et . On note
la somme des termes pour lesquels le couple vérifie (triangle fermé, la diagonale étant incluse), et
la somme des termes pour lesquels (triangle ouvert, sans la diagonale).
Propriété
Avec les notations précédentes,
et de même
Méthode
Intervertir les deux symboles dans une somme triangulaire. Tout repose sur une seule idée : la condition ne privilégie aucun des deux indices, mais on doit choisir lequel on fixe en premier.
- Écrire la condition qui définit le triangle sous forme d'un encadrement double : ici , , .
- Si l'on fixe d'abord : doit pouvoir varier, il parcourt donc ; puis, à fixé, vérifie . Cela donne .
- Si l'on fixe d'abord : parcourt ; puis, à fixé, vérifie . Cela donne .
- Vérifier sur un petit cas, par exemple . Les couples du triangle fermé sont , , , , , , soit six couples. Les deux découpages doivent en produire exactement six.
Règle pratique : l'indice extérieur varie toujours entre les bornes fixes ( et ), l'indice intérieur varie entre des bornes qui dépendent de l'extérieur. Pour le triangle ouvert , on remplace par dans les bornes intérieures et on rétrécit les bornes extérieures pour éviter les sommes vides inutiles.
Exemple
Calculons , c'est-à-dire le nombre de couples tels que .
Fixons d'abord. À fixé, l'indice parcourt , soit valeurs. Donc
Le même calcul pour le triangle ouvert donne
où l'on a effectué le décalage d'indice . La différence entre les deux résultats est : ce sont exactement les couples de la diagonale.
Vérification pour : six couples dans le triangle fermé (énumérés dans la méthode ci-dessus) et ; trois couples dans le triangle ouvert, à savoir , , , et .
Exemple
Calculons .
Ici, le terme général ne dépend pas de : il est donc judicieux de fixer en premier, pour que la somme intérieure soit une somme de constantes.
Vérification pour : les couples sont , , , et la somme vaut .
Remarquons que l'autre découpage aurait donné , dont la somme intérieure ne se calcule pas simplement. Le choix de l'indice que l'on fixe en premier n'est pas indifférent : on regarde le terme général avant de se lancer.
Propriété
Soit une famille finie de réels. Alors
Démonstration. Par la formule du produit de deux sommes,
Le rectangle d'indices se partitionne en trois parties disjointes : les couples avec , ceux avec , et ceux avec . Donc
Dans la troisième somme, échangeons les noms des deux indices muets et : elle devient , qui est égale à la première puisque . La somme du milieu vaut . On obtient bien l'égalité annoncée.
Remarque
Cette identité généralise et . Elle est le prototype du raisonnement « rectangle triangle inférieur diagonale triangle supérieur », qui sert chaque fois qu'une famille double est symétrique, c'est-à-dire vérifie .
Exemple
Calculons .
Appliquons l'identité précédente à . On obtient
Mettons en facteur dans le crochet :
Enfin , ce que l'on vérifie en développant, d'où
Vérification pour : le seul couple est et ; la formule donne . Pour : les couples sont , , , et ; la formule donne .
Factorielle, coefficients binomiaux et formule du binôme
Factorielle
Définition
La factorielle d'un entier naturel , notée , est définie par récurrence :
Autrement dit, pour , .
Remarque
La convention est cohérente avec le produit vide : est un produit sans facteur, il vaut donc . Cette convention n'est pas un détail : sans elle, la formule des coefficients binomiaux et la formule du binôme cesseraient d'être valables aux extrémités.
Les premières valeurs sont à connaître : , , , , , , . La croissance est très rapide, bien plus rapide que celle de ou de .
Propriété
Pour tous entiers et tels que ,
produit de facteurs entiers consécutifs décroissants à partir de .
Ce quotient s'utilise constamment pour simplifier une expression contenant des factorielles : on ne calcule jamais les factorielles séparément, on simplifie d'abord.
Exemple
Simplifions et pour .
Pour la première expression, , donc .
Pour la seconde, , donc .
Vérification pour : et ; et .
Coefficients binomiaux
Définition
Soient et deux entiers tels que . Le coefficient binomial est le réel défini par
On étend cette définition à tout entier par la convention
Remarque
Cette convention n'est pas un artifice : elle permet d'écrire des sommes du type sans se préoccuper des bornes, et surtout d'énoncer la formule de Pascal sans exception. On la mobilisera dans la démonstration de la formule du binôme, où des termes de bord apparaissent naturellement.
Le nombre se lit « parmi ». On verra bien plus tard dans l'année, dans le chapitre consacré au comptage des ensembles finis, qu'il compte les parties à éléments d'un ensemble à éléments. Dans ce chapitre, aucune démonstration ne s'appuiera sur cette interprétation : tout se fait algébriquement, à partir de la définition, de la formule de Pascal et de récurrences.
Propriété
Soient et des entiers avec .
- Valeurs remarquables : , (pour ), et (pour ).
- Symétrie : .
Démonstration. Pour le point 1, la définition donne directement puisque , et de même . Ensuite , et .
Pour le point 2, il suffit d'écrire la définition en : comme ,
Les deux expressions ont le même numérateur et le même dénominateur, à l'ordre des facteurs près.
Propriété
Formule de Pascal. Pour tout entier et tout entier ,
Démonstration. Traitons d'abord le cas , où les trois coefficients sont donnés par la formule avec les factorielles. On a
Mettons les deux fractions au dénominateur commun . Pour la première, on multiplie numérateur et dénominateur par , car . Pour la seconde, on multiplie par , car . Il vient
Or , donc le membre de droite vaut .
Examinons maintenant les cas restants, où les conventions entrent en jeu.
- Si : .
- Si : .
- Si ou : les trois coefficients sont nuls et l'égalité s'écrit .
La formule est donc valable pour tout entier .
Remarque
La formule de Pascal fournit une méthode de calcul sans division : chaque coefficient s'obtient en additionnant deux coefficients du niveau précédent. C'est le principe du triangle de Pascal, où l'on lit à l'intersection de la ligne et de la colonne le nombre , chaque entrée étant la somme de celle qui est juste au-dessus et de sa voisine de gauche.
Les cases laissées vides correspondent aux couples où , pour lesquels la convention donne . On lit par exemple , et l'on vérifie la formule de Pascal : . Chaque ligne est symétrique par rapport à son milieu, et la somme de ses entrées vaut : sur la ligne , .
Propriété
Pour tous entiers et tels que ,
Démonstration. Partons du membre de gauche et utilisons :
Utilisons maintenant au numérateur :
Il reste à reconnaître un coefficient binomial dans la fraction. Les deux entiers du dénominateur sont et , et leur somme vaut : en écrivant , on obtient exactement
Remarque
Cette égalité est traditionnellement appelée formule du capitaine : elle sert à faire sortir d'une somme un facteur qui gêne, en le transformant en un facteur constant . Le prix à payer est que les deux indices du coefficient binomial descendent d'une unité, ce qui se rattrape par un décalage d'indice.
Vérification sur un cas : pour et , le membre de gauche vaut , et le membre de droite .
Formule du binôme
Propriété
Formule du binôme de Newton. Pour tous réels et et tout entier naturel ,
Démonstration. Les réels et étant fixés, notons la proposition ci-dessus.
Initialisation. Pour , le membre de gauche vaut . Le membre de droite est la somme réduite à son unique terme d'indice , à savoir . Les deux membres sont égaux, donc est vraie.
Hérédité. Soit un entier tel que soit vraie. Écrivons et appliquons l'hypothèse de récurrence :
Dans la première somme, effectuons le changement d'indice , c'est-à-dire . Quand , ; quand , . L'exposant de devient . Dans la seconde somme, renommons simplement en . On obtient
Les deux sommes portent maintenant sur le même terme , mais pas sur les mêmes indices. Isolons dans la première le terme , et dans la seconde le terme :
La formule de Pascal transforme le crochet en . Par ailleurs et , si bien que le premier terme s'écrit et le dernier . Ces deux termes sont précisément ceux d'indices et de la somme cherchée. Donc
ce qui est exactement .
Conclusion. Par récurrence, est vraie pour tout entier naturel .
Remarque
Trois points de vigilance dans l'application de cette formule.
La symétrie des rôles. Comme , on peut aussi bien écrire . Les deux écritures sont correctes ; ce qui ne l'est pas, c'est de mélanger les deux et d'écrire ou . Le contrôle est immédiat : la somme des exposants de et de doit toujours valoir .
Les signes. Pour développer , on applique la formule à et :
On peut aussi écrire le signe sous la forme en utilisant l'autre convention d'écriture ; l'important est de le décider une fois pour toutes et de vérifier sur le premier terme.
La commutativité. La démonstration utilise librement . Cette formule est donc valable pour des nombres, mais cesserait de l'être pour des objets dont le produit n'est pas commutatif.
Propriété
Pour tout entier naturel ,
et pour tout entier ,
Démonstration. Pour la première égalité, appliquons la formule du binôme avec :
Pour la seconde, appliquons-la avec et :
Le membre de gauche vaut , qui est nul dès que . D'où le résultat.
Remarque
La restriction dans la seconde égalité est indispensable : pour , la somme se réduit à , et le membre de gauche vaut (produit vide), pas .
La seconde égalité s'écrit aussi : la somme des coefficients binomiaux d'indice pair égale celle des coefficients d'indice impair. Sur la ligne du triangle, et .
Méthode
Utiliser la formule du binôme. Trois situations reviennent sans cesse.
- Développer une puissance concrète. On écrit la ligne du triangle de Pascal correspondante, puis on multiplie terme à terme par les puissances. On vérifie le résultat en faisant : la somme des coefficients doit valoir .
- Extraire un coefficient. Pour obtenir le coefficient de dans , on écrit le terme général et on résout . On ne développe pas tout.
- Reconnaître une somme comme un binôme. Devant une somme contenant et une puissance -ième, on cherche à l'identifier à pour un choix bien senti de et de . Si un facteur gêne, on applique d'abord la formule du capitaine.
Exemple
Développons .
La ligne du triangle de Pascal est . La formule du binôme, écrite avec et , donne
Vérification en : le membre de gauche vaut , et le membre de droite .
Exemple
Déterminons le coefficient de dans le développement de .
Écrivons . Le terme en correspond à :
Le coefficient cherché est donc . Remarquons qu'il n'a pas été nécessaire de développer les sept autres termes.
Exemple
Calculons et pour .
Pour , on reconnaît la formule du binôme avec et :
Vérification pour : .
Pour , le facteur empêche d'appliquer directement le binôme. Le terme d'indice est nul, on peut donc commencer la somme à et appliquer la formule du capitaine :
Le changement d'indice donne une somme de à , d'où
Vérification pour : , et .
Systèmes linéaires et méthode du pivot
Vocabulaire
Définition
Soient et deux entiers de . Un système linéaire de équations à inconnues à coefficients réels est la donnée de équations dont chacune est de la forme « une combinaison des inconnues affectées de coefficients réels est égale à un réel ». Pour , en notant , , les inconnues, un tel système s'écrit
où les , , sont les coefficients et les les seconds membres. La -ième équation est notée .
Une solution de est un triplet de réels qui vérifie simultanément les trois équations. Résoudre , c'est déterminer l'ensemble de toutes ses solutions.
Définition
Le système est dit :
- compatible si , c'est-à-dire s'il admet au moins une solution ; incompatible sinon ;
- homogène si tous ses seconds membres sont nuls, c'est-à-dire .
Deux systèmes sont dits équivalents lorsqu'ils ont exactement le même ensemble de solutions.
Remarque
Un système homogène est toujours compatible : le triplet , appelé solution triviale, en est solution. La question intéressante pour un système homogène n'est donc jamais « a-t-il une solution ? » mais « en a-t-il d'autres que la solution nulle ? ».
Attention au mot « équivalents » : deux systèmes équivalents n'ont pas besoin d'avoir le même nombre d'équations, ni la même allure. Seul compte l'ensemble des solutions. C'est cette notion qui justifie toute la méthode du pivot : on remplace par un système équivalent, mais plus simple.
Exemple
Le triplet est-il solution du système
On teste les trois équations, l'une après l'autre. Première équation : , vérifiée. Deuxième : , vérifiée. Troisième : , vérifiée. Le triplet est donc bien solution.
Vérifier une solution ne coûte rien et doit devenir un réflexe en fin de résolution : c'est le seul contrôle vraiment fiable.
Opérations élémentaires
Définition
On appelle opérations élémentaires sur les lignes d'un système les trois transformations suivantes.
- Échange de deux lignes : (avec ).
- Multiplication d'une ligne par un réel non nul : , avec .
- Ajout à une ligne d'un multiple d'une autre : , avec et réel quelconque.
Propriété
Une opération élémentaire transforme un système en un système équivalent : l'ensemble des solutions est inchangé.
Démonstration pour l'opération . Notons le système de départ et le système obtenu, qui a les mêmes lignes que sauf la -ième, remplacée par .
Soit une solution de . Toutes les équations de sont vérifiées, en particulier et . En ajoutant membre à membre l'égalité et fois l'égalité , on obtient une égalité vraie, qui est exactement l'équation de . Les autres équations de sont celles de , donc vérifiées. Ainsi est solution de .
Réciproquement, soit une solution de . La ligne est commune aux deux systèmes, donc elle est vérifiée. En retranchant fois cette égalité de l'équation , on retrouve l'égalité , qui est donc vérifiée. Toutes les équations de le sont, donc est solution de .
Les deux inclusions donnent l'égalité des ensembles de solutions.
Remarque
L'argument décisif est que l'opération est réversible : on repasse de à par l'opération , de même nature. C'est ce qui garantit qu'on ne perd ni ne crée de solution.
C'est aussi pourquoi la condition dans l'opération est indispensable. Avec , la ligne deviendrait : l'information portée par cette équation serait purement et simplement effacée, et le nouveau système aurait en général strictement plus de solutions que l'ancien. Par exemple, multiplier par la deuxième ligne du système donne , dont l'ensemble des solutions est une droite entière alors que le système initial n'admettait que le couple .
Un autre piège consiste à écrire en une seule fois deux opérations qui se chevauchent, comme et : la seconde utiliserait alors une ligne déjà modifiée. On n'effectue jamais simultanément deux opérations dont l'une modifie une ligne servant de pivot à l'autre.
Algorithme du pivot de Gauss
Définition
Un système est dit échelonné (ou sous forme triangulaire) lorsque, en descendant les lignes, la première inconnue à coefficient non nul apparaît de plus en plus loin dans la liste des inconnues. Pour un système , la forme échelonnée typique est
avec , , .
Méthode
Résoudre un système par la méthode du pivot de Gauss.
Phase de descente. On rend le système échelonné en éliminant les inconnues une par une.
- Choisir un pivot pour la première inconnue : une ligne où le coefficient de est non nul. Si nécessaire, l'amener en première position par un échange . On choisit de préférence un pivot égal à ou , pour éviter les fractions.
- Éliminer des lignes suivantes par des opérations , où est calculé pour annuler le coefficient de dans .
- Recommencer avec la deuxième inconnue, en n'utilisant plus que les lignes : la ligne est désormais figée.
- Poursuivre jusqu'à épuisement des inconnues ou des lignes.
Lecture du résultat. Trois situations, et trois seulement, peuvent se présenter à la fin de la descente.
- Une ligne du type avec apparaît : le système est incompatible, . On s'arrête immédiatement.
- Le système échelonné a autant d'équations non triviales que d'inconnues : la solution est unique, on la calcule par remontée.
- Il reste moins d'équations non triviales que d'inconnues : l'ensemble des solutions dépend d'un ou plusieurs paramètres. Les inconnues qui ne servent pas de pivot sont déclarées paramètres, et on exprime les autres en fonction d'elles.
Phase de remontée. On part de la dernière équation, qui donne la valeur d'une inconnue, et l'on remonte ligne par ligne en reportant les valeurs déjà obtenues.
Rédaction. À chaque étape, on note l'opération effectuée à droite du système, sous la forme . On termine toujours par la phrase de conclusion : « l'ensemble des solutions est », et par une vérification.
Exemple
Un système de solution unique. Résolvons
Le coefficient de dans vaut : c'est un pivot idéal, aucun échange n'est nécessaire. Éliminons des deux autres lignes avec et :
Détaillons le calcul de la deuxième ligne : le coefficient de devient , celui de devient , et le second membre . Pour la troisième : pour , pour , et .
Simplifions la deuxième ligne par , ce qui est licite car :
Éliminons de la troisième ligne avec : le coefficient de devient et le second membre . Le système est échelonné :
Remontée. La troisième ligne donne . La deuxième donne alors . La première donne enfin .
Le système admet donc une solution unique et
Vérification. Dans : . Dans : . Dans : . Les trois équations initiales sont satisfaites.
Exemple
Un système incompatible. Résolvons
Le pivot de convient. Opérations et :
Pour : le coefficient de devient , celui de devient , le second membre . Pour : pour , pour , et .
L'opération donne alors
La dernière ligne est une égalité fausse, quels que soient , , . Le système initial, qui lui est équivalent, n'a donc aucune solution :
Le système est incompatible. Concrètement, les deux premières équations imposent tandis que la combinaison des première et troisième impose : ces deux exigences sont contradictoires.
Exemple
Un système dont les solutions dépendent d'un paramètre. Résolvons
Ce système ne diffère du précédent que par son dernier second membre. Les mêmes opérations et donnent
puis :
La dernière ligne est vraie quels que soient , , : elle n'apporte aucune information et on la supprime. Il reste deux équations pour trois inconnues.
Les pivots sont le coefficient de dans et celui de dans . L'inconnue ne sert pas de pivot : on la choisit comme paramètre. Posons , avec réel quelconque. La deuxième équation donne , puis la première donne
Réciproquement, tout triplet de cette forme est solution, puisque toutes les étapes sont des équivalences. L'ensemble des solutions est donc
Vérification. Prenons , soit le triplet : on a , puis , puis . Prenons , soit : on a , puis , puis . Les deux triplets conviennent.
Remarque
Sur la rédaction de l'ensemble des solutions, trois exigences.
Nommer le paramètre et dire où il vit. L'écriture est correcte ; l'écriture « , » ne l'est pas tout à fait, car elle ne dit pas que est libre.
Respecter l'ordre des inconnues. Un triplet solution s'écrit toujours dans l'ordre fixé au départ.
Ne pas confondre « une infinité de solutions » et « toutes les valeurs conviennent ». Dans l'exemple ci-dessus, seuls les triplets de la forme indiquée sont solutions ; le triplet , par exemple, ne l'est pas.
Interprétation géométrique
Propriété
Dans le plan rapporté à un repère, l'ensemble des couples vérifiant une équation , où , est une droite. Résoudre un système de deux équations à deux inconnues revient donc à chercher l'intersection de deux droites. Trois cas se présentent.
- Les droites sont sécantes : une unique solution, le point d'intersection.
- Les droites sont strictement parallèles : aucune solution, le système est incompatible.
- Les droites sont confondues : une infinité de solutions, décrites par un paramètre.
Exemple
Comparons trois systèmes de deux équations à deux inconnues.
Le système : l'opération donne , donc puis . Les deux droites sont sécantes et .
Le système : l'opération donne , égalité fausse. Les deux droites ont la même direction mais ne se rencontrent pas : elles sont strictement parallèles, .
Le système : la même opération donne . La seconde équation est proportionnelle à la première, les deux droites sont confondues, et .
Propriété
Dans l'espace rapporté à un repère, l'ensemble des triplets vérifiant une équation , où , est un plan. Résoudre un système de trois équations à trois inconnues revient donc à chercher l'intersection de trois plans. Les configurations possibles sont plus variées que dans le plan :
- les trois plans se coupent en un unique point : solution unique ;
- ils se coupent selon une droite commune : les solutions dépendent d'un paramètre ;
- ils sont confondus : les solutions dépendent de deux paramètres ;
- ils n'ont aucun point commun (deux d'entre eux parallèles, ou intersections deux à deux formant trois droites parallèles distinctes) : système incompatible.
Remarque
Cette lecture géométrique est un excellent contrôle de vraisemblance. Un système dont les solutions dépendent d'un paramètre décrit une droite de l'espace : on doit pouvoir en donner un point et une direction. Dans l'exemple ci-dessus, le point appartient à la droite solution, et le vecteur de coordonnées en donne la direction.
Cette interprétation s'arrête là pour l'instant. La discussion complète d'un système, avec un vocabulaire adapté et des outils systématiques, viendra plus tard dans l'année ; dans ce chapitre, on discute uniquement par le pivot.
Inégalités dans
Relation d'ordre et compatibilité avec les opérations
L'ensemble est muni d'une relation d'ordre notée , dont nous admettons les propriétés fondamentales. Rappelons-les, car chacune sert en permanence.
Propriété
La relation sur est :
- réflexive : pour tout réel , ;
- antisymétrique : si et , alors ;
- transitive : si et , alors ;
- totale : pour tous réels et , on a ou .
De plus, pour tous réels et , équivaut à .
Remarque
L'antisymétrie est l'outil de démonstration le plus employé du lot : pour établir une égalité entre deux réels, il suffit souvent de démontrer deux inégalités. C'est une stratégie de rédaction à avoir en tête, notamment quand l'égalité directe résiste.
Le caractère total de l'ordre est ce qui distingue de bien d'autres ensembles ordonnés : deux réels sont toujours comparables. C'est ce qui autorise les raisonnements par disjonction de cas selon le signe.
Propriété
Soient , , , des réels et un réel.
- Compatibilité avec l'addition : si , alors .
- Somme d'inégalités : si et , alors .
- Multiplication par un réel positif : si et , alors .
- Multiplication par un réel négatif : si et , alors : l'inégalité change de sens.
- Produit d'inégalités entre réels positifs : si et , alors .
- Passage à l'inverse : si , alors : l'inégalité change de sens.
Démonstration du point 2. Supposons et . La compatibilité avec l'addition, appliquée deux fois, donne (on ajoute à la première inégalité) et (on ajoute à la seconde). La transitivité permet de conclure : .
Démonstration du point 5. Supposons et . Écrivons la différence en faisant apparaître les deux hypothèses :
Or et , donc ; de même et , donc . La somme de deux réels positifs est positive, donc , c'est-à-dire .
Démonstration du point 6. Supposons . Alors (car ), donc le produit est strictement positif et les deux inverses existent. On calcule
Le numérateur est positif par hypothèse et le dénominateur strictement positif, donc le quotient est positif : . Enfin puisque .
Remarque
On n'additionne des inégalités que dans le même sens, et on ne les soustrait jamais.
Contre-exemple à retenir : on a et . Si l'on pouvait soustraire membre à membre, on obtiendrait , c'est-à-dire , ce qui est faux.
La bonne manière de procéder est de changer le sens de la seconde inégalité avant d'additionner : de on tire , puis l'addition avec donne , qui est correct.
De même, on ne divise pas deux inégalités membre à membre, et on ne multiplie deux inégalités que si tous les termes sont positifs : de et on ne peut pas déduire .
Méthode
Majorer ou minorer une expression. L'objectif est d'encadrer une quantité compliquée par des quantités simples. Trois principes.
- Majorer une somme : on majore chaque terme séparément, puis on additionne. Pour une somme indexée, si pour tout , alors ; en particulier, si tous les sont majorés par le même réel , alors .
- Majorer un produit : on ne peut multiplier des inégalités que si tout est positif. Sinon, on passe par les valeurs absolues.
- Majorer un quotient : on majore le numérateur et on minore le dénominateur par un réel strictement positif. C'est l'erreur classique : majorer le dénominateur ne majore pas le quotient, cela le minore.
On garde toujours en tête le sens de ce qu'on fait : « je veux montrer que , donc je pars de et je remplace chaque morceau par quelque chose de plus grand ».
Exemple
Montrons que pour tout , .
Soit . Majorons le numérateur : comme , on a . Minorons le dénominateur : comme , on a . Le dénominateur étant strictement positif, le passage à l'inverse donne . Enfin, le numérateur est positif sur , donc le produit d'inégalités entre réels positifs s'applique :
Vérification en : le quotient vaut . En : il vaut .
Exemple
Montrons que pour tout entier , .
Isolons le terme , qui vaut , puis majorons chaque terme d'indice . Pour , on a et , donc, par passage à l'inverse,
la dernière égalité se vérifiant en réduisant au même dénominateur. En sommant ces inégalités pour allant de à , la somme de droite est télescopique :
Donc
Vérification pour : la somme vaut , et la majoration annonce . L'inégalité est bien vérifiée.
Intervalles de
Définition
Soient et deux réels avec . On appelle intervalle de toute partie de de l'une des neuf formes suivantes.
Intervalles bornés :
Demi-droites :
Et enfin la droite entière : .
Remarque
Quelques précisions de vocabulaire et de notation.
Un intervalle du type est dit fermé borné (ou segment), un intervalle est dit ouvert. Les symboles et ne sont pas des réels : ils indiquent seulement que l'intervalle se prolonge indéfiniment de ce côté. Une borne infinie est toujours accompagnée d'un crochet ouvert ; l'écriture n'a aucun sens.
Les cas dégénérés entrent dans la liste : est un intervalle réduit à un point, et est l'intervalle vide.
Les intervalles se caractérisent par la propriété suivante, qu'il est utile de connaître : une partie de est un intervalle si et seulement si, dès que contient deux réels, elle contient tous les réels compris entre eux. C'est pourquoi une réunion comme n'est pas un intervalle : elle contient et mais pas .
Inéquations, factorisation et tableaux de signes
Méthode
Résoudre une inéquation. La règle absolue est : on ne « passe » rien de l'autre côté d'une inégalité en divisant par une quantité dont on ignore le signe.
- Tout ramener d'un côté pour se ramener à une inéquation de la forme (ou , , ).
- Déterminer l'ensemble de définition de : les valeurs qui annulent un dénominateur sont exclues d'emblée.
- Réduire au même dénominateur, puis factoriser le numérateur et le dénominateur. Pour un trinôme, on utilise le discriminant ; sinon, on cherche une racine évidente.
- Dresser un tableau de signes, une ligne par facteur, une colonne par valeur remarquable, puis multiplier les signes.
- Lire l'ensemble des solutions en faisant attention aux bornes : une racine du numérateur est incluse si l'inégalité est large, une valeur interdite est toujours exclue.
Exemple
Résolvons dans l'inéquation .
L'expression n'est définie que pour . Plaçons-nous sur et ramenons tout à gauche :
Le numérateur s'annule en et le dénominateur en . Dressons le tableau de signes.
Le quotient est négatif ou nul sur et sur . La valeur est exclue car elle annule le dénominateur, tandis que est incluse car l'inégalité est large et que le quotient y est nul. Donc
Vérification. En : , et appartient bien à . En : , qui n'est pas inférieur à , et n'appartient pas à . En : , et appartient à .
Remarque
L'erreur à ne surtout pas commettre dans cet exemple est de multiplier les deux membres par sans discuter son signe. Pour l'inégalité serait conservée, pour elle changerait de sens : en multipliant à l'aveugle, on perdrait toute la partie de l'ensemble des solutions, qui est pourtant la plus grosse.
Exemple
Résolvons .
Ramenons tout à gauche : l'inéquation équivaut à . Le discriminant du trinôme vaut , ses racines sont et . Donc , ce que l'on vérifie en développant.
Un trinôme de coefficient dominant positif est positif à l'extérieur de ses racines et négatif entre elles. Donc
Vérification en : est faux, et n'est pas dans . En : est vrai, et est dans .
Valeur absolue
Définition
La valeur absolue d'un réel , notée , est définie par
On a également .
Propriété
Pour tous réels et :
- , et si et seulement si ;
- et ;
- ;
- , et si , ;
- pour tout réel : ;
- pour tout réel : ou .
Démonstration du point 2 (deuxième égalité). Le réel est positif, et son carré vaut : en effet, si alors , et si alors . Or la racine carrée d'un réel positif est l'unique réel positif dont le carré vaut ce réel. Donc .
Démonstration du point 4. En utilisant le point précédent et la multiplicativité de la racine carrée sur les réels positifs,
Démonstration du point 5. Soit .
Supposons . Le point 3 donne et , cette dernière inégalité s'écrivant . Donc .
Réciproquement, supposons . Alors et (en multipliant par ). Comme vaut ou , dans les deux cas .
Propriété
Inégalité triangulaire. Pour tous réels et ,
Démonstration. Les deux membres sont des réels positifs. Il suffit donc de comparer leurs carrés : pour et , l'inégalité équivaut à . Calculons la différence des carrés :
On a utilisé , , et . Or, d'après le point 3 appliqué au réel , on a , donc . Ainsi
et comme les deux quantités élevées au carré sont positives, .
Remarque
La démonstration montre au passage le cas d'égalité : il y a égalité si et seulement si , c'est-à-dire si et seulement si , autrement dit si et sont de même signe (au sens large). Par exemple , alors que est strictement plus petit que .
Par récurrence immédiate, l'inégalité s'étend à une somme finie quelconque :
C'est sous cette forme qu'on l'utilise le plus souvent pour majorer une somme dont les termes n'ont pas tous le même signe.
Propriété
Inégalité triangulaire renversée. Pour tous réels et ,
Démonstration. Écrivons et appliquons l'inégalité triangulaire :
Les rôles de et étant symétriques, le même calcul avec donne
la dernière égalité venant de . Ainsi les deux réels et sont majorés par . Comme est égal à l'un des deux, il est lui aussi majoré par .
Propriété
Interprétation sur la droite réelle. Pour tous réels et , le réel est la distance entre et . Par conséquent, pour tout réel ,
Démonstration. Le point 5 de la propriété sur la valeur absolue, appliqué au réel , donne . En ajoutant aux trois membres, ce qui est licite par compatibilité de l'ordre avec l'addition, on obtient .
Exemple
Traduisons : c'est l'ensemble des réels situés à une distance au plus du point , c'est-à-dire l'intervalle , centré en et de rayon .
Réciproquement, tout intervalle borné se décrit ainsi. Pour écrire sous la forme , on prend pour le centre de l'intervalle, , et pour son rayon, . Donc est l'ensemble des réels tels que . Vérification aux bornes : et .
Méthode
Résoudre une équation ou une inéquation avec valeur absolue. Deux stratégies, à choisir selon la forme.
- Traduire directement quand la valeur absolue est isolée : équivaut à ou (pour ) ; équivaut à ; équivaut à ou .
- Découper en cas quand il y a plusieurs valeurs absolues, ou quand la traduction directe est impossible : on repère les réels qui annulent chaque expression entre barres, on découpe en intervalles selon ces valeurs, et sur chaque intervalle on remplace chaque valeur absolue par son expression sans barres. On résout sur chaque intervalle, sans oublier de ne garder que les solutions appartenant à l'intervalle considéré, puis on réunit.
Exemple
Résolvons .
La valeur absolue est isolée et : la traduction directe donne
On a ajouté aux trois membres, puis divisé par , qui est strictement positif : le sens des inégalités est conservé. Donc .
Vérification aux bornes : et . En : , cohérent.
Parties majorées, minorées, bornées
Définition
Soit une partie de et un réel.
- est un majorant de lorsque, pour tout , . La partie est dite majorée si elle admet au moins un majorant.
- est un minorant de lorsque, pour tout , . La partie est dite minorée si elle admet au moins un minorant.
- est dite bornée si elle est à la fois majorée et minorée.
Propriété
Une partie de est bornée si et seulement s'il existe un réel tel que, pour tout , .
Démonstration. Supposons bornée : il existe un minorant et un majorant . Posons , qui est positif. Pour tout , on a et , donc , c'est-à-dire .
Réciproquement, si un tel existe, alors pour tout on a : le réel majore et le réel la minore, donc est bornée.
Remarque
Un majorant, quand il existe, n'est jamais unique : tout réel plus grand qu'un majorant est encore un majorant. Ainsi , et sont tous des majorants de .
Un majorant n'a aucune raison d'appartenir à la partie : majore sans lui appartenir. C'est précisément la distinction avec la notion de maximum.
Définition
Soit une partie de et un réel. On dit que est le maximum de , et l'on note , lorsque
- , et
- est un majorant de , c'est-à-dire : pour tout , .
On définit de même le minimum de , noté : c'est un élément de qui minore .
Propriété
Si une partie de admet un maximum, celui-ci est unique.
Démonstration. Supposons que et soient tous deux des maximums de . Comme appartient à et que majore , on a . En échangeant les rôles, appartient à et majore , donc . Par antisymétrie de l'ordre, .
C'est l'unicité qui autorise l'article défini et la notation : on peut parler du maximum, alors qu'on doit parler d'un majorant.
Remarque
Une partie bornée n'a pas nécessairement de maximum. L'exemple à connaître est .
Cette partie est bornée : elle est minorée par et majorée par . Elle admet un minimum, à savoir , qui lui appartient et la minore. En revanche, elle n'admet pas de maximum. Raisonnons par l'absurde : supposons que existe. Alors , donc . Posons
Comme , on a , et comme encore, . De plus . Donc appartient à et vérifie : cela contredit le fait que majore . Il n'y a donc pas de maximum.
Autrement dit : majore « au plus juste », mais n'en fait pas partie, et aucun élément de ne joue ce rôle. La théorie qui rend compte de cette situation est celle du chapitre suivant sur ; ici, on se contente de savoir reconnaître qu'un maximum peut manquer.
Exemple
Étudions les parties suivantes.
. Pour tout , on a , donc est bornée. Son maximum est , obtenu pour , et il appartient bien à . Elle n'a pas de minimum : si était le minimum, alors , qui appartient à , lui serait strictement inférieur, ce qui est absurde.
. Cette partie est bornée, de minimum et de maximum , tous deux atteints.
. Cette partie est minorée par , et en est le minimum. Elle n'est pas majorée : quel que soit le réel , l'entier appartient à dès que et dépasse .
Partie entière
Propriété
Pour tout réel , il existe un unique entier tel que
L'existence est admise : elle repose sur une propriété de qui sera énoncée dans le chapitre suivant. L'unicité, en revanche, se démontre en deux lignes.
Démonstration de l'unicité. Soient et deux entiers vérifiant et . Alors , donc , c'est-à-dire puisque et sont des entiers et que équivaut à dans . En échangeant les rôles de et , on obtient . Par antisymétrie, .
Définition
Cet unique entier s'appelle la partie entière de et se note . Elle est donc caractérisée par
Propriété
Pour tout réel et tout entier :
- , et de façon équivalente ;
- si et seulement si ;
- ;
- si , alors .
Démonstration du point 1. La première double inégalité est la définition. Pour la seconde : de on tire , et de on garde la seconde inégalité.
Démonstration du point 3. Posons , de sorte que . Ajoutons aux trois membres, ce qui est licite par compatibilité de l'ordre avec l'addition :
Or est un entier, comme somme de deux entiers. L'entier vérifie donc exactement la propriété qui caractérise , et l'unicité établie plus haut donne
Démonstration du point 4. Supposons . On a , donc . Ces deux quantités étant entières, cela équivaut à .
Exemple
Calculons quelques parties entières.
, car et est entier.
, car .
, car . Ce n'est pas : l'entier est strictement plus grand que , il ne peut donc pas le minorer.
, car est entier.
et .
Remarque
La partie entière n'est pas la troncature, et elle ne s'obtient pas en « enlevant ce qui suit la virgule » pour un réel négatif. La bonne image est : est le plus grand entier inférieur ou égal à , donc on descend toujours, y compris pour les négatifs.
Deux pièges supplémentaires, à vérifier sur des exemples avant toute manipulation.
- En général, . Pour : le membre de gauche vaut , le membre de droite . La propriété 3 exige que l'un des deux nombres soit entier.
- En général, . Pour : le membre de gauche vaut , le membre de droite . Il y a égalité si et seulement si est entier.
Exemple
Montrons que pour tout réel , vaut si est entier, et sinon.
Premier cas : . Alors et puisque est aussi entier. La somme vaut .
Second cas : . Posons . On a , et même car n'est pas entier. En multipliant par , ce qui renverse les inégalités,
L'entier vérifie donc , ce qui, par unicité, donne . La somme vaut alors .
Vérification : pour , on a ; pour , on a .
Trigonométrie
Cercle trigonométrique et enroulement de la droite réelle
Le plan est rapporté à un repère orthonormé direct d'origine . On appelle cercle trigonométrique le cercle de centre et de rayon , muni du sens de parcours direct (le sens inverse des aiguilles d'une montre).
Définition
L'enroulement de la droite réelle associe à tout réel un point du cercle trigonométrique : on part du point de coordonnées et l'on parcourt le cercle d'une longueur , dans le sens direct si , dans le sens indirect si .
Les coordonnées du point sont notées : le cosinus de est son abscisse, le sinus de son ordonnée.
Le réel mesure donc à la fois une longueur d'arc et un angle, exprimé en radians. Le tour complet correspond au périmètre du cercle, soit ; le demi-tour à ; le quart de tour à . La conversion avec les degrés se fait par proportionnalité : degrés valent radians.
Propriété
Pour tout réel :
- ;
- et ;
- et : les fonctions et sont -périodiques ;
- et : est paire et est impaire.
Le point 1 exprime simplement que est à distance de l'origine : c'est le théorème de Pythagore appliqué au triangle rectangle de sommets , et le projeté de sur l'axe des abscisses. Le point 2 en découle : un carré étant positif, , donc . Les points 3 et 4 traduisent des propriétés géométriques de l'enroulement : ajouter revient à faire un tour complet et à revenir au même point ; changer en revient à prendre le symétrique par rapport à l'axe des abscisses, ce qui conserve l'abscisse et change le signe de l'ordonnée.
Remarque
On écrit pour . Cette convention est universelle et commode, mais il ne faut jamais la confondre avec , qui est autre chose.
L'égalité est la relation la plus utilisée de toute la trigonométrie. On s'en sert dans les deux sens : pour remplacer par (et se ramener à une seule fonction), et pour reconnaître une expression compliquée comme valant .
Congruence modulo
Définition
Soient et deux réels. On dit que est congru à modulo , et l'on note
lorsqu'il existe un entier tel que .
On définit de même la congruence modulo , notée , et plus généralement modulo un réel non nul.
Propriété
La congruence modulo vérifie les propriétés suivantes, pour tous réels , , , .
- .
- Si , alors .
- Si et , alors .
- Compatibilité avec l'addition : si et , alors .
- Compatibilité avec la multiplication par un entier : si et , alors .
Démonstration du point 4. Par hypothèse, il existe des entiers et tels que et . En additionnant ces deux égalités,
Or est un entier, donc .
Démonstration du point 5. Il existe tel que . En multipliant par , on obtient , et est un entier.
Remarque
La compatibilité du point 5 vaut pour un entier, pas pour un réel quelconque, et surtout pas pour une division. De on ne peut pas déduire , qui est faux : et ne diffèrent pas d'un multiple entier de . C'est une source d'erreurs constante dans la résolution des équations du type , où l'on divise l'inconnue par à la fin : le modulo se divise aussi, et donne , pas .
Propriété
Pour tous réels et , les points et du cercle trigonométrique sont confondus si et seulement si . Par conséquent,
Valeurs usuelles
Les valeurs suivantes doivent être sues sans hésitation. Elles se retrouvent sur le cercle, en plaçant les points remarquables du premier quadrant.
| non définie |
Remarque
Un moyen de retenir la ligne des sinus : les valeurs sont , , , , , soit , , , , . La ligne des cosinus est la même, lue à l'envers. La ligne des tangentes s'obtient par division.
Le contrôle de vraisemblance est géométrique : sur , le cosinus décroît de à et le sinus croît de à . Si l'on hésite entre et pour , il suffit de se rappeler que est un petit angle, donc son cosinus est proche de : c'est .
Angles associés
Méthode
Retrouver les formules d'angles associés sur le cercle plutôt que les apprendre. Cette table comporte dix formules ; les apprendre par coeur est à la fois pénible et fragile. On les reconstruit en quelques secondes par la démarche suivante.
- Placer dans le premier quadrant, c'est-à-dire choisir mentalement un compris entre et , de sorte que et soient tous deux positifs.
- Placer le point associé. Le point est le symétrique de par rapport à l'axe des abscisses ; son symétrique par rapport à l'axe des ordonnées ; son symétrique par rapport à l'origine ; son symétrique par rapport à la première bissectrice ; son image par le quart de tour direct.
- Lire les coordonnées du point obtenu en fonction de celles de . Une symétrie par rapport à l'axe des abscisses change le signe de l'ordonnée ; une symétrie par rapport à la première bissectrice échange abscisse et ordonnée ; le quart de tour direct envoie le point de coordonnées sur le point de coordonnées .
- Contrôler le signe avec le quadrant : si est dans le deuxième quadrant, son abscisse est négative, donc doit porter un signe moins.
Retenir la règle mnémotechnique : avec , le cosinus reste cosinus et le sinus reste sinus ; avec , ils échangent leurs rôles. Le signe se lit sur le dessin.
Exemple
Calculons , et .
Pour le premier, , donc . Le point est dans le deuxième quadrant, son abscisse est bien négative.
Pour le deuxième, , donc . Le point est dans le deuxième quadrant, son ordonnée est positive.
Pour le troisième, , et la -périodicité puis la parité donnent . Le point est dans le quatrième quadrant, son abscisse est positive.
Formules d'addition
Propriété
Pour tous réels et :
Justification de la première formule. Considérons les points et du cercle trigonométrique et calculons le carré de leur distance de deux façons.
D'une part, avec les coordonnées,
en regroupant et .
D'autre part, faisons tourner les deux points d'un angle autour de l'origine : le point devient et le point devient , de coordonnées . Une rotation conserve les distances, donc
En identifiant les deux expressions, on obtient .
Les trois autres formules s'en déduisent sans effort.
Démonstration des trois autres. Pour la deuxième, remplaçons par dans la première et utilisons la parité de et l'imparité de :
Pour la troisième, utilisons la formule d'angle associé :
Pour la quatrième, on remplace par dans la troisième.
Remarque
Pour contrôler une formule d'addition dont on n'est pas sûr, on la teste sur un cas simple. Avec : doit valoir , et la formule donne : correct. Avec : , et la formule donne : correct.
Le piège classique est le signe de la formule du cosinus : fait intervenir un moins, alors que ne comporte que des plus. Une façon de le retenir : doit valoir pour , ce qui n'est possible qu'avec le signe moins.
Duplication et angle moitié
Propriété
Pour tout réel :
Démonstration. Il suffit de prendre dans les formules d'addition. Pour le sinus, . Pour le cosinus, .
Les deux autres écritures s'obtiennent avec . En remplaçant par :
En remplaçant plutôt par :
Propriété
Formules de l'angle moitié. Pour tout réel :
Démonstration. Ce sont les deux dernières formules de duplication, résolues en et . De on tire , d'où la première. De on tire , d'où la seconde.
Remarque
Ces deux formules sont capitales : elles permettent de remplacer un carré par une expression du premier degré en , au prix d'un doublement de l'angle. C'est le mécanisme de la linéarisation, développé plus bas.
Vérification pour : le membre de gauche de la première formule vaut , et le membre de droite .
Transformation de produits en sommes et de sommes en produits
Propriété
Pour tous réels et :
Démonstration. Écrivons les deux formules d'addition du cosinus :
En les additionnant, les termes en disparaissent et il reste , d'où la première formule. En les soustrayant, ce sont les termes en qui disparaissent : , d'où la deuxième.
Pour la troisième, on additionne les deux formules d'addition du sinus :
Propriété
Pour tous réels et :
Démonstration. Ces formules sont les précédentes, lues de droite à gauche. Posons
de sorte que et . La première formule de transformation de produit en somme s'écrit alors
c'est-à-dire .
De même, la deuxième donne , soit , et la troisième donne .
Pour la dernière, on soustrait les deux formules d'addition du sinus au lieu de les additionner : , ce qui donne .
Remarque
Le signe moins de la deuxième formule est le seul point délicat. On le contrôle sur un cas : pour et , le membre de gauche vaut , et le membre de droite . Sans le signe moins, on trouverait : faux.
Ces formules servent surtout à factoriser une expression pour la résoudre : une équation se ramène à , donc à un produit nul. C'est ainsi que l'on démontre les formules de résolution de la section suivante.
Méthode
Linéariser une expression trigonométrique. Linéariser, c'est transformer un produit ou une puissance de et en une somme de termes du type et , sans aucun produit ni puissance. Sans les outils qui viendront plus tard, on procède par étapes élémentaires.
- Éliminer les carrés avec les formules de l'angle moitié : et .
- Éliminer les produits restants avec les formules de transformation de produit en somme.
- Recommencer tant qu'il reste un produit ou une puissance.
- Vérifier en , où toutes les expressions se calculent de tête.
Exemple
Linéarisons , puis .
Pour , la formule de l'angle moitié suffit :
Vérification en : à gauche , à droite .
Pour , écrivons et appliquons ce qui précède :
Il reste un produit, que l'on transforme en somme avec et :
en utilisant la parité du cosinus pour écrire . Finalement
Vérification en : à gauche , à droite . Vérification en : à gauche , à droite .
Exemple
Linéarisons .
La méthode la plus rapide consiste à reconnaître d'abord une formule de duplication. Comme , on a , donc
Il reste un carré, que la formule de l'angle moitié appliquée à l'angle élimine :
Vérification en : à gauche , à droite . Vérification en : à gauche , à droite .
Équations trigonométriques
Rappelons que la tangente d'un réel tel que est le réel . La fonction est étudiée en détail à la fin du chapitre ; on n'utilise ici que sa définition.
Propriété
Équations élémentaires. Pour tout réel :
Ces équivalences se lisent directement sur le cercle : signifie que a une abscisse nulle, donc que est l'un des deux points de l'axe des ordonnées, ce qui correspond à ou à un multiple de près, c'est-à-dire à .
Propriété
Soient et deux réels.
Si de plus et :
Démonstration de la première équivalence. La formule de transformation de somme en produit donne
Un produit de réels est nul si et seulement si l'un de ses facteurs est nul. Donc
D'après les équations élémentaires, équivaut à l'existence d'un entier tel que . La première condition s'écrit donc , c'est-à-dire , soit . La seconde s'écrit , c'est-à-dire , soit .
Démonstration de la deuxième équivalence. De même,
donc équivaut à ou . La première condition s'écrit , c'est-à-dire , soit . La seconde donne , comme précédemment.
Démonstration de la troisième équivalence. Sous les hypothèses faites, équivaut à , donc, en multipliant par le produit non nul , à , c'est-à-dire à d'après la formule d'addition. Cela équivaut à pour un entier , soit .
Remarque
Trois points de vigilance.
Le modulo dépend de l'équation. Pour et , deux familles de solutions modulo ; pour , une seule famille modulo . C'est cohérent avec les périodes : pour et , pour .
Écrire le « ». Une solution comme « » est incomplète tant qu'on n'a pas dit que décrit . Dans l'écriture avec congruences, cette précision est incluse dans la notation.
Les deux familles peuvent se recouper. Si , c'est-à-dire si , les deux familles de l'équation en cosinus coïncident. Par exemple, ne donne qu'une famille.
Méthode
Résoudre une équation trigonométrique.
- Se ramener à une égalité entre deux mêmes fonctions. Si l'équation mélange et , on convertit l'une en l'autre avec une formule d'angle associé : , ou .
- Écrire le second membre comme une valeur de la fonction. Pour résoudre , on écrit .
- Appliquer la propriété et obtenir deux familles de congruences.
- Isoler , en n'oubliant pas de diviser le modulo par le même coefficient : donne .
- Conclure par l'ensemble des solutions, et vérifier une solution de chaque famille.
Exemple
Résolvons dans .
On reconnaît . L'équation s'écrit donc , ce qui équivaut à
L'ensemble des solutions est
Vérification : .
Exemple
Résolvons dans .
L'équation mélange les deux fonctions : convertissons le membre de droite en cosinus grâce à . L'équation devient
ce qui équivaut à
Première famille. L'égalité signifie qu'il existe tel que , soit , soit
Seconde famille. L'égalité signifie qu'il existe tel que , soit , c'est-à-dire .
Les deux familles se recoupent ici. En effet, , donc tout réel de la forme s'écrit aussi : la seconde famille est entièrement contenue dans la première. L'ensemble des solutions se réduit donc à
Vérification. Pour : et , l'égalité est vérifiée. Pour : et , l'égalité est vérifiée. Pour , qui est le représentant de : et , l'égalité est vérifiée.
Contrôle par une autre méthode. On peut aussi écrire et poser : l'équation devient , de discriminant , dont les racines sont et . On retrouve , soit ou , et , soit : ce sont exactement les trois valeurs décrites par modulo .
Exemple
Résolvons .
L'équation n'a de sens que pour , c'est-à-dire . Comme , l'équation s'écrit , ce qui équivaut à . Ces valeurs vérifient bien la condition d'existence. Donc
Remarquons qu'il n'y a qu'une seule famille, contre deux pour une équation en cosinus.
Inéquations trigonométriques
Méthode
Résoudre une inéquation trigonométrique à l'aide du cercle.
- Se ramener à une inéquation du type , , ou .
- Résoudre d'abord l'équation associée (ou ) sur un intervalle de longueur , par exemple ou : on obtient deux points du cercle, qui le découpent en deux arcs.
- Lire l'inégalité sur le cercle. Pour le cosinus, on regarde les abscisses : correspond aux points situés à gauche de la droite verticale d'équation . Pour le sinus, on regarde les ordonnées : correspond aux points situés au-dessus de la droite horizontale d'équation .
- Choisir le bon arc en testant un point témoin, par exemple ou .
- Périodiser : la solution sur est la réunion, pour , des translatés de de l'intervalle trouvé. On n'oublie pas de préciser si les bornes sont incluses.
Exemple
Résolvons , d'abord sur , puis sur .
Équation associée. Sur , l'équation a pour solutions et . Ces deux valeurs correspondent à deux points du cercle, symétriques par rapport à l'axe des abscisses.
Lecture sur le cercle. La condition signifie que l'abscisse de est au plus : le point est à gauche de la droite verticale passant par ces deux points.
Point témoin. Pour , on a : la valeur convient. Comme est compris entre et , c'est l'arc intérieur qui est solution.
Conclusion sur . L'ensemble des solutions est , les bornes étant incluses car l'inégalité est large.
Conclusion sur . Par -périodicité,
Vérification. Pour : , qui n'est pas inférieur à , et n'appartient pas à . Pour : , et appartient bien à .
Exemple
Résolvons sur .
L'inéquation s'écrit . L'équation associée a pour solutions, sur , les réels et .
On regarde ici les ordonnées : la condition décrit les points du cercle strictement au-dessus de la droite horizontale passant par ces deux points, c'est-à-dire l'arc situé en haut. Le point témoin donne , et est bien compris entre et . Donc
les bornes étant exclues car l'inégalité est stricte.
Fonctions cosinus et sinus
Propriété
La fonction est définie sur , paire, -périodique, à valeurs dans . La fonction est définie sur , impaire, -périodique, à valeurs dans .
Elles sont dérivables sur et, pour tout réel ,
Ces dérivées sont admises ici. Leur justification repose sur le calcul du taux d'accroissement en , qui sera repris dans le chapitre consacré à la dérivation ; les formules d'addition permettent ensuite de passer d'un point quelconque au point . Retenons la conséquence pratique : dériver fait apparaître un signe moins, dériver n'en fait pas apparaître.
Remarque
Grâce à la périodicité et à la parité, il suffit d'étudier ces fonctions sur pour tout savoir d'elles. On complète par symétrie par rapport à l'axe des ordonnées (parité du cosinus) ou par rapport à l'origine (imparité du sinus), puis on translate de en . C'est le réflexe à avoir devant toute fonction périodique : réduire l'intervalle d'étude avant de calculer quoi que ce soit.
Variations de sur , obtenues à partir du signe de :
Variations de sur , obtenues à partir du signe de :
Graphiquement, la courbe du cosinus est une sinusoïde qui vaut en , s'annule en , vaut en , et se reproduit à l'identique tous les ; elle est symétrique par rapport à l'axe des ordonnées. La courbe du sinus est la même, translatée de vers la droite : elle passe par l'origine, vaut en , et elle est symétrique par rapport à l'origine.
Propriété
Pour tout réel ,
Ce résultat est admis. La justification géométrique tient en une phrase : pour , le réel est la longueur de l'arc de cercle joignant à , tandis que est la longueur du segment vertical joignant à l'axe des abscisses, qui est plus court que cet arc. Pour , l'inégalité est immédiate puisque . Enfin, pour , on applique ce qui précède à en utilisant .
Remarque
Cette inégalité est l'outil de majoration standard pour tout ce qui contient un sinus. Elle dit que le sinus, au voisinage de , ne s'éloigne pas de plus vite que ; on l'utilise dès qu'il faut majorer une expression contenant par une expression algébrique.
Elle est fausse si l'on enlève les valeurs absolues : pour , on aurait , ce qui est faux puisque est de l'ordre de . Il y a égalité uniquement pour .
Exemple
Montrons que pour tous réels et , .
La formule de transformation de somme en produit donne
Passons aux valeurs absolues, en utilisant la multiplicativité de la valeur absolue puis la majoration :
L'inégalité , appliquée à , donne alors
Vérification sur un cas : pour et , le membre de gauche vaut et le membre de droite . L'inégalité est bien vérifiée, et l'on voit qu'elle peut être très large.
Fonction tangente
Définition
La fonction tangente est définie par
pour tout réel tel que . Son ensemble de définition est donc
Propriété
Pour tout :
- : la fonction est -périodique ;
- : la fonction est impaire ;
- ;
- lorsque .
Démonstration. Les formules d'angles associés donnent et , donc
On remarque au passage que appartient à si et seulement si y appartient.
Pour le point 2, et , d'où .
Pour le point 3, et , d'où .
Pour le point 4, et , d'où le quotient annoncé.
Remarque
La période de est , et non . C'est cohérent avec le fait que et sont symétriques par rapport à l'origine : leurs deux coordonnées changent de signe, donc leur quotient est inchangé.
C'est aussi la raison pour laquelle l'équation ne fournit qu'une famille de solutions, modulo .
Propriété
La fonction est dérivable sur et, pour tout ,
En particulier, : la fonction est strictement croissante sur chaque intervalle où elle est définie.
Démonstration. La fonction est le quotient de deux fonctions dérivables sur , le dénominateur ne s'annulant pas sur : elle est donc dérivable sur . La formule de dérivation d'un quotient donne, pour ,
en utilisant la relation au numérateur.
Pour la seconde écriture, repartons du numérateur avant simplification et séparons la fraction :
Enfin, est un quotient de réels strictement positifs, donc .
Remarque
La double écriture de la dérivée est très commode : la forme sert quand on travaille avec des cosinus, la forme quand tout est déjà exprimé en tangentes. L'égalité est elle-même une identité utile, indépendamment de la dérivation : elle permet de retrouver à partir de .
Variations de sur l'intervalle , les deux bornes étant exclues du domaine :
Sur cet intervalle, la fonction s'annule en , vaut en et en . Sa courbe est symétrique par rapport à l'origine et se reproduit à l'identique sur chaque intervalle , les droites verticales d'abscisses séparant ces branches.
Propriété
Formule d'addition pour la tangente. Soient et deux réels tels que , et . Alors
Sous les hypothèses analogues avec ,
Démonstration. Partons de la définition et des formules d'addition :
Le produit est non nul par hypothèse : divisons numérateur et dénominateur par ce produit.
La formule pour s'obtient en remplaçant par et en utilisant l'imparité de .
Remarque
La condition d'existence mérite une explication. Le dénominateur s'annule exactement quand . En effet, la démonstration ci-dessus montre que
et comme , les deux annulations sont équivalentes. Autrement dit, la condition , qui est celle sous laquelle a un sens, est exactement celle qui rend la fraction bien définie. Il n'y a donc pas de condition supplémentaire cachée.
Exemple
Calculons .
Écrivons . Les trois conditions d'existence sont vérifiées : , , et n'est pas de la forme . La formule d'addition donne, avec et ,
Rendons le dénominateur rationnel en multipliant par la quantité conjuguée :
Contrôle de vraisemblance : est compris entre et , donc son cosinus est négatif et son sinus positif : la tangente doit être négative. C'est bien le cas, et sa valeur approchée est de l'ordre de .
Ce qu'il faut savoir faire
- Écrire une somme ou un produit avec le symbole adapté, compter ses termes sans se tromper de , et traiter correctement le cas d'une somme ou d'un produit vide.
- Appliquer la linéarité, la relation de Chasles et la règle , sans jamais inventer de règle sur .
- Effectuer un changement d'indice en calculant les nouvelles bornes, puis vérifier sur le premier terme.
- Reconnaître un télescopage, y compris après décomposition d'une fraction, et l'exploiter.
- Retrouver et utiliser , , (en discutant le cas ), et la factorisation de .
- Intervertir deux sommations sur un rectangle, et découper une somme triangulaire des deux façons possibles.
- Développer un produit de deux sommes en une somme double, et utiliser la relation entre , et .
- Manipuler factorielles et coefficients binomiaux par le calcul : symétrie, formule de Pascal, formule du capitaine.
- Rédiger la démonstration par récurrence de la formule du binôme, et l'appliquer pour développer, extraire un coefficient ou calculer une somme.
- Résoudre un système ou par le pivot de Gauss, en notant les opérations, et rédiger l'ensemble des solutions dans les trois cas possibles.
- Interpréter géométriquement un système comme une intersection de droites ou de plans.
- Majorer ou minorer une somme, un produit, un quotient, en surveillant le sens des inégalités et les hypothèses de positivité.
- Résoudre une inéquation par factorisation et tableau de signes, en excluant les valeurs interdites.
- Utiliser la valeur absolue, l'inégalité triangulaire et sa version renversée, et traduire sur la droite réelle.
- Manipuler majorants, minorants, maximum, minimum, et la partie entière, notamment pour des réels négatifs.
- Retrouver les angles associés sur le cercle, appliquer les formules d'addition et de duplication, linéariser une puissance de ou de .
- Résoudre une équation ou une inéquation trigonométrique en écrivant les solutions avec des congruences et un .
- Étudier les fonctions , et : parité, périodicité, dérivée, variations, et utiliser pour majorer.
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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.