PCSI · Chapitre 06 · Premier semestre
Fonctions d'une variable réelle : limites et continuité, dérivabilité
Limites et continuité, théorème des valeurs intermédiaires, bornes atteintes, dérivabilité, théorème de Rolle, accroissements finis, fonctions de classe Cᵏ, convexité.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Limites et continuité
- Théorème des valeurs intermédiaires
- Bornes atteintes
- Dérivabilité
- Théorème de Rolle
- Accroissements finis
- Fonctions de classe Cᵏ
- Convexité
Ce chapitre est le cœur de l'analyse de première année. Il reprend, pour les fonctions, les deux idées que le chapitre sur les suites a mises en place pour les entiers : celle de limite, qui décrit un comportement asymptotique, et celle d'approximation, qui remplace une fonction compliquée par une fonction simple au voisinage d'un point. La limite donne la continuité ; l'approximation affine donne la dérivabilité.
La différence avec les suites est de taille : une suite ne peut « tendre » que vers l'infini, puisque son indice parcourt , alors qu'une fonction peut être étudiée au voisinage de n'importe quel point de son ensemble de définition, ou de n'importe quelle extrémité de celui-ci. Il y a donc non pas une définition de limite, mais neuf, selon que le point visé est un réel, ou , et selon que la limite est finie, ou . Nous verrons qu'elles se déduisent toutes d'un même schéma logique, ce qui évite de les apprendre séparément.
Trois théorèmes structurent le chapitre, et ils ont un point commun : ils sont globaux (ils portent sur un intervalle tout entier) alors que leurs hypothèses sont locales (elles portent sur chaque point). Le théorème des valeurs intermédiaires transforme la continuité en un résultat d'existence de solutions d'équations. Le théorème des bornes atteintes garantit qu'une fonction continue sur un segment y atteint son maximum. L'égalité des accroissements finis relie la variation globale à une valeur ponctuelle de la dérivée, et de là découlent tous les résultats sur les variations : c'est le théorème le plus utilisé de l'année.
Les notations suivantes valent pour tout le chapitre. La lettre désigne un intervalle de non vide et non réduit à un point ; les lettres , , , , , , désignent des réels, et des réels strictement positifs, , , des entiers naturels. Une fonction est dite « réelle » lorsqu'elle est à valeurs dans ; la section 11 et la section 20 étendent les définitions aux fonctions à valeurs dans . Tout ce qui concerne les fonctions usuelles (exponentielle, logarithme, puissances, fonctions circulaires et leurs réciproques, et ), les suites numériques et les primitives est supposé connu et utilisé librement.
Vocabulaire préliminaire
Le cadre de travail
Toutes les notions de ce chapitre sont locales : elles décrivent le comportement d'une fonction près d'un point, et non en ce point isolément. Il faut donc commencer par dire près de quels points on a le droit de se placer, et ce que signifie « près ».
Définition
Dans tout le chapitre, désigne un intervalle de non vide et non réduit à un point, c'est-à-dire un intervalle contenant au moins deux points distincts.
Les fonctions étudiées sont définies sur une partie de qui est, sauf mention contraire, soit un intervalle , soit un intervalle privé d'un point, .
Le second cas n'est pas une coquetterie : il apparaît dès qu'on écrit un taux d'accroissement , qui n'a pas de sens en . Or n'est pas un intervalle lorsque est intérieur à : c'est la réunion de deux intervalles. Les définitions qui suivent sont donc écrites pour une partie quelconque, et non pour un intervalle.
Définition
Soit une partie de et soit un réel. On dit que est intérieur à lorsqu'il existe tel que .
Un point intérieur à est donc un point de que l'on peut approcher des deux côtés sans sortir de . Si avec , les points intérieurs à sont exactement les points de : les extrémités et appartiennent à sans lui être intérieures.
Points adhérents : où peut-on prendre une limite ?
On ne peut parler du comportement de près de que si contient effectivement des points arbitrairement proches de . C'est exactement ce qu'exprime la définition suivante.
Définition
Soit une partie non vide de et soit . On dit que est adhérent à lorsque :
- si est réel : pour tout , l'ensemble est non vide ;
- si : pour tout , l'ensemble est non vide, c'est-à-dire que n'est pas majorée ;
- si : pour tout , l'ensemble est non vide, c'est-à-dire que n'est pas minorée.
Cette définition générale recouvre exactement la formulation du programme : lorsque est un intervalle , les points adhérents à sont les points de et les extrémités de , finies ou infinies. Ainsi, pour , les points adhérents sont les éléments de : on pourra étudier la limite de en , bien que n'y soit pas définie. Pour , ce sont les éléments de et .
Exemple
Prenons avec , c'est-à-dire .
Le réel est adhérent à : pour tout , le nombre appartient à dès que , et pour grand l'intersection contient tout entier. On pourra donc chercher la limite en d'un taux d'accroissement, alors même que .
En revanche n'est pas adhérent à : pour , l'ensemble est vide.
Propriété vraie au voisinage d'un point
Définition
Soient une partie de , un point adhérent à et une propriété portant sur les éléments de . On dit que est vraie au voisinage de lorsque :
- si est réel : ;
- si : ;
- si : .
Autrement dit, est vraie sur un morceau de « collé » à : un petit intervalle centré en si est réel, une demi-droite si est infini.
Ce vocabulaire allège considérablement les énoncés. « est bornée au voisinage de » signifie qu'il existe et tels que pour tout vérifiant . « au voisinage de » signifie qu'il existe tel que pour tout vérifiant .
Propriété
Si et sont vraies au voisinage de , alors « et » est vraie au voisinage de .
Démonstration. Traitons le cas réel. Il existe tel que soit vraie pour tout vérifiant , et tel que soit vraie pour tout vérifiant . Posons . Pour tel que , on a à la fois et , donc et sont vraies. Dans le cas , on remplace par , et dans le cas par .
Ce petit résultat, d'apparence anodine, est utilisé sans cesse : c'est lui qui autorise, dans une démonstration, à « prendre le plus petit des deux » pour faire coexister deux conditions.
Limite d'une fonction en un point
Limite finie en un point fini
Définition
Soient , un réel adhérent à et un réel. On dit que admet pour limite en , et on écrit , lorsque
Il faut lire cette phrase comme un jeu à deux joueurs. L'adversaire choisit une marge d'erreur , aussi petite qu'il le souhaite ; vous devez répondre par une tolérance sur la variable, telle que toute valeur de à distance au plus de produise une valeur à distance au plus de . Le dépend évidemment de : plus l'adversaire est exigeant, plus il faut se rapprocher de .
Deux remarques techniques, conformes au programme.
D'abord, les inégalités sont larges. Cela ne change rien à la notion : si l'on sait obtenir pour tout , on obtient aussi en appliquant la définition à , puisque . Les deux formulations, larges ou strictes, définissent donc la même notion, et l'on passera de l'une à l'autre sans commentaire.
Ensuite, la condition porte sur tous les de tels que , y compris si appartient à . C'est le choix du programme, et il a une conséquence importante que nous verrons au paragraphe 2.4 : si est définie en et admet une limite en , cette limite ne peut être que .
Exemple
Montrons, en revenant à la définition, que .
Soit . Pour tout réel , on a . Posons . Si , alors . La définition est vérifiée.
Montrons de même que . Ici la majoration demande une précaution, car contient un facteur qui dépend de . On commence donc par restreindre la zone d'étude : si , alors , donc et par conséquent .
Soit maintenant . Posons . Si , alors d'une part , ce qui autorise la majoration précédente, et d'autre part .
Ce dernier exemple illustre le réflexe fondamental : on se restreint d'abord à un voisinage de travail (ici ) pour contrôler les facteurs parasites, puis on ajuste en fonction de . Cela dit, personne ne calcule des limites de cette manière au quotidien : les théorèmes d'opérations de la section 4 les remplacent. Les démonstrations avec des sont réservées aux cas où l'on démontre un théorème, ou lorsqu'aucun théorème ne s'applique.
Les autres cas : un schéma unique
Les huit autres définitions se lisent sur le même moule. Une définition de limite est toujours de la forme
Il suffit donc de savoir traduire séparément « tend vers » et « tend vers », puis d'assembler. Le premier tableau donne la partie variable, le second la partie valeur.
| tend vers | Tolérance à introduire | Prémisse sur |
|---|---|---|
| réel | ||
| tend vers | Exigence à introduire | Conclusion sur |
|---|---|---|
| réel | ||
Définition
Soit . Voici, à titre d'exemples d'assemblage, quatre des neuf définitions.
- signifie .
- ( réel) signifie .
- signifie .
- signifie .
Dans le cas d'une limite infinie en , il n'est pas restrictif de ne considérer que des grands : si la condition est vérifiée pour tout supérieur à un certain seuil, elle l'est pour tout , puisque entraîne pour .
Définition
Lorsque admet une limite finie en , on dit que converge en . Dans le cas contraire (limite infinie, ou absence de limite), on dit que diverge en .
Exemple
Montrons que , la fonction étant définie sur .
Soit . Si , tout convient car pour tout . Supposons donc et posons . Soit tel que . Alors , et comme on peut passer aux inverses en renversant l'inégalité : .
Unicité de la limite
Propriété
Soient et un point adhérent à . Si admet une limite en dans , alors cette limite est unique.
C'est ce théorème qui autorise l'article défini et la notation : sans lui, écrire « la » limite n'aurait aucun sens. Sa démonstration repose de façon essentielle sur le fait que est adhérent à , c'est-à-dire qu'il existe effectivement des points de arbitrairement proches de ; sur un ensemble trop pauvre, la propriété serait fausse.
Démonstration. Traitons le cas de deux limites finies, puis les cas mixtes. Supposons réel (les cas s'obtiennent en remplaçant partout la condition par ou , et par ou ).
Premier cas : deux limites finies. Supposons que admette pour limites en deux réels et , et raisonnons par l'absurde en supposant . Posons
La définition appliquée à fournit tel que pour tout vérifiant ; celle appliquée à fournit tel que pour tout vérifiant . Posons .
Comme est adhérent à , l'ensemble est non vide : il existe donc un tel que . Pour ce , l'inégalité triangulaire donne
Comme , on peut diviser par et il vient , ce qui est faux. Donc .
Deuxième cas : une limite finie et une limite infinie. Supposons que tende à la fois vers et vers en . En appliquant la première définition avec , on obtient tel que pour tout vérifiant . En appliquant la seconde avec , on obtient tel que pour tout vérifiant . Avec et tel que (un tel existe car est adhérent à ), on obtient , donc : absurde. Le cas de est analogue.
Troisième cas : deux limites infinies distinctes. Supposons que tende vers et vers en . Avec puis , on obtient et tels que puis sur les voisinages correspondants. En un point commun, on aurait : absurde.
Dans tous les cas, deux limites de en sont égales.
Limite et valeur en
Propriété
Soient et . Si admet une limite en , alors cette limite est finie et vaut .
Démonstration. Supposons d'abord que admette une limite finie en . Soit ; la définition fournit tel que pour tout vérifiant . Or appartient à et vérifie : on peut donc prendre , ce qui donne . Ceci vaut pour tout , donc , c'est-à-dire .
Supposons ensuite que tende vers en . En prenant , on obtient tel que pour tout vérifiant ; le choix donne , ce qui est absurde. Une fonction définie en ne peut donc pas tendre vers en , ni, par le même argument, vers .
Cette propriété est une conséquence directe du choix du programme (les inégalités portent sur tous les de , compris). Elle sera reformulée à la section 7 : « admet une limite en » et « est continue en » sont deux façons de dire la même chose. Corollaire pratique immédiat : la fonction définie sur par si et n'admet pas de limite en , alors que sa restriction à tend vers .
Une fonction convergente est bornée au voisinage du point
Propriété
Soient et adhérent à . Si admet une limite finie en , alors est bornée au voisinage de : il existe et tels que pour tout vérifiant .
Démonstration. Notons la limite de en et appliquons la définition avec la valeur particulière : il existe tel que, pour tout vérifiant , on ait . Pour un tel , l'inégalité triangulaire donne
Le réel , qui est positif et ne dépend pas de , convient. La démonstration est identique en , en remplaçant la condition par ou .
Retenez le procédé : pour obtenir une information qualitative, on applique la définition à une valeur particulière de . Avec on borne la fonction ; avec , comme dans l'exercice classique, on montre que garde le signe de au voisinage de lorsque .
Propriété
Signe local. Si admet en une limite finie , alors il existe un voisinage de sur lequel . En particulier, est strictement positive au voisinage de .
Démonstration. Appliquons la définition avec : il existe tel que pour tout vérifiant . Pour un tel , on a .
Limite à droite, limite à gauche
Définition
Soient et un réel.
- Si est adhérent à , on appelle limite à droite de en la limite en , si elle existe, de la restriction de à . On la note ou .
- Si est adhérent à , on appelle limite à gauche de en la limite en , si elle existe, de la restriction de à , notée ou .
Explicitement, signifie
La valeur , si elle existe, n'intervient pas dans les limites à droite et à gauche, puisqu'on a retiré le point du domaine. C'est ce qui rend ces notions utiles : elles décrivent le comportement de de part et d'autre de , indépendamment de ce qui se passe en .
Propriété
Soient et un réel tel que soit définie de part et d'autre de , c'est-à-dire tel qu'il existe vérifiant . Soit .
- Si : admet pour limite en si et seulement si admet en une limite à gauche et une limite à droite, toutes deux égales à .
- Si : admet pour limite en si et seulement si et existent et .
Démonstration. Montrons le point 1 dans le cas fini. Si tend vers en , alors pour donné le fourni par la définition convient aussi pour les restrictions à droite et à gauche, puisque la condition « » est plus forte que « » : les deux limites latérales existent et valent .
Réciproquement, supposons et soit . Il existe tel que pour vérifiant , et tel que pour vérifiant . Posons . Soit tel que ; comme , on a , donc est soit strictement à droite de , soit strictement à gauche, et dans les deux cas .
Le point 2 s'obtient en ajoutant le cas : la condition pour tout équivaut à , et le paragraphe 2.4 montre qu'elle est nécessaire.
Exemple
Soit la fonction définie sur par , c'est-à-dire si et si .
À droite de , est constante égale à , donc . À gauche, est constante égale à , donc . Les deux limites latérales existent mais diffèrent : n'admet pas de limite en .
Même situation pour la partie entière en un point entier : et , donc n'a pas de limite en .
Limites de référence
Les limites suivantes, obtenues au chapitre des fonctions usuelles, seront utilisées librement. Elles sont à connaître par cœur.
Propriété
Pour tout entier et tout réel :
- , , , ;
- croissances comparées : , , , ;
- taux d'accroissement usuels : , , , .
Les trois premières limites de la dernière ligne ne sont rien d'autre que des nombres dérivés en , comme la section 12 le montrera : , , et la dérivée de en vaut . La quatrième s'obtient à partir de la première grâce à l'identité .
Caractérisation séquentielle de la limite
Le théorème suivant fait le pont entre les fonctions et les suites. Il a deux usages, de natures opposées : dans le sens direct, il transporte aux fonctions tous les théorèmes déjà démontrés sur les suites ; dans le sens réciproque, il fournit la méthode pour démontrer qu'une fonction n'a pas de limite.
Propriété
Caractérisation séquentielle de la limite. Soient , un point adhérent à et . Les deux assertions suivantes sont équivalentes.
- ;
- pour toute suite d'éléments de qui tend vers , la suite tend vers .
Insistons sur le quantificateur : le point 2 exige la conclusion pour toutes les suites tendant vers , sans exception. Exhiber une seule suite telle que ne prouve donc rien du tout.
Démonstration. Nous rédigeons le cas où et sont finis ; les autres cas s'obtiennent en remplaçant les conditions correspondantes par celles des tableaux du paragraphe 2.2, sans changer un mot à la structure de la preuve.
. Supposons et soit une suite d'éléments de telle que . Soit . La définition de la limite de fournit un tel que
Comme et que , la définition de la limite d'une suite fournit un rang tel que pour tout . Pour un tel , le réel appartient à et vérifie : l'implication ci-dessus donne . Ainsi, pour tout , il existe un rang à partir duquel : la suite converge vers .
, par contraposée. Supposons que ne tende pas vers en et construisons une suite de tendant vers telle que ne tende pas vers . La négation de la définition s'écrit
Fixons un tel . Pour chaque entier , appliquons cette propriété à : elle fournit un élément de , que nous appelons , vérifiant
La première inégalité et le théorème d'encadrement pour les suites donnent . La seconde interdit à de converger vers : si c'était le cas, on aurait à partir d'un certain rang. La suite contredit donc le point 2, ce qui achève la contraposée.
Propriété
Corollaire (continuité séquentielle). Soient et . La fonction est continue en (au sens de la section 7, c'est-à-dire ) si et seulement si, pour toute suite d'éléments de convergeant vers , on a .
C'est le cas particulier du théorème. Sous cette forme, il s'énonce d'une phrase : une fonction continue échange la limite et l'image, . C'est exactement l'outil qui servira à l'étude des suites récurrentes en section 16.
Méthode
Montrer qu'une fonction n'a pas de limite en . On utilise la contraposée du sens direct, sous l'une des deux formes suivantes.
- Deux suites, deux limites. Exhiber deux suites et d'éléments de tendant toutes deux vers , telles que et aient des limites différentes. Si avait une limite en , les deux suites images tendraient vers , d'où une contradiction avec l'unicité de la limite d'une suite.
- Une suite divergente. Exhiber une seule suite tendant vers telle que n'ait pas de limite.
Le choix des suites se fait « à rebours » : on cherche des valeurs de proches de pour lesquelles prend des valeurs remarquables et éloignées.
Exemple
La fonction n'a pas de limite en . Elle est définie sur , dont est adhérent.
Posons, pour ,
Ces deux suites sont formées de réels non nuls et tendent vers . Or
Les deux limites diffèrent, donc n'a pas de limite en .
La fonction cosinus n'a pas de limite en . Les suites et tendent vers , et tandis que .
Exemple
Une fonction discontinue en tout point. Soit définie sur par si et si . Montrons que n'a de limite en aucun point de .
D'après le chapitre sur les nombres réels, tout réel est limite d'une suite de rationnels : il existe une suite de rationnels telle que , et alors . De même, tout réel est limite d'une suite d'irrationnels : il suffit de poser si est une suite de rationnels tendant vers , car est irrationnel (sinon serait rationnel) et . Alors .
Les deux suites tendent vers et les suites images ont des limites différentes : n'a pas de limite en .
Opérations sur les limites
Les théorèmes de cette section sont ceux que l'on utilise réellement pour calculer une limite. Ils permettent de décomposer une fonction compliquée en briques élémentaires dont les limites sont connues. Leur démonstration est immédiate à partir de la caractérisation séquentielle : elle transporte aux fonctions les théorèmes analogues démontrés sur les suites.
Combinaison linéaire, produit, quotient
Propriété
Soient et deux fonctions de dans , un point adhérent à , et deux réels. On suppose que et admettent en des limites finies, notées et . Alors :
- admet pour limite en ;
- admet pour limite en ;
- si , la fonction ne s'annule pas au voisinage de , et , définie sur ce voisinage, admet pour limite en .
Démonstration. Utilisons la caractérisation séquentielle. Soit une suite quelconque d'éléments de tendant vers . Par hypothèse et d'après le sens direct de la caractérisation, et .
Les théorèmes d'opérations sur les limites de suites, établis au chapitre précédent, donnent alors et . Ces conclusions valant pour toute suite tendant vers , le sens réciproque de la caractérisation séquentielle donne les points 1 et 2.
Pour le point 3, remarquons d'abord que tend vers en : en effet par l'inégalité triangulaire. D'après la propriété de signe local du paragraphe 2.5 appliquée à , il existe tel que pour tout vérifiant . La fonction ne s'annule donc pas sur , et est définie sur , dont est encore adhérent. Pour toute suite d'éléments de tendant vers , le théorème du quotient pour les suites donne , d'où la conclusion.
Exemple
Rédigeons directement, avec des , la démonstration du point 1 dans le cas , pour illustrer la technique « couper l'erreur en deux ».
Soit . Comme , il existe tel que pour vérifiant . Comme , il existe tel que pour vérifiant . Posons . Pour tel que , l'inégalité triangulaire donne
Cas des limites infinies
Lorsque l'une des limites est infinie, les résultats se lisent sur les tableaux suivants, où « F.I. » signale une forme indéterminée, c'est-à-dire un cas où aucune conclusion générale n'est possible.
Somme (première colonne : limite de ; première ligne : limite de ) :
| fini | |||
|---|---|---|---|
| fini | |||
| F.I. | |||
| F.I. |
Produit (les signes obéissent à la règle des signes usuelle) :
| F.I. | |||
| F.I. |
Pour le quotient , il est plus sûr de retenir les quatre règles suivantes plutôt qu'un tableau.
Propriété
Soient et adhérent à .
- Si fini et , alors .
- Si et fini non nul, alors tend vers selon la règle des signes.
- Si (ou ) et en gardant un signe constant au voisinage de , alors , le signe étant donné par la règle des signes.
- Les quotients et sont des formes indéterminées.
Le point 3 mérite attention : si tend vers en changeant de signe au voisinage de , comme en , alors n'a pas de limite, mais admet des limites à droite et à gauche infinies de signes opposés. C'est le cas de en :
Propriété
Les quatre formes indéterminées sont
Les formes « exponentielles » , et s'y ramènent en écrivant .
Une forme indéterminée n'est pas une absence de limite : c'est une absence de règle générale. Il faut alors transformer l'expression. Les techniques standard sont : factoriser le terme dominant, utiliser une quantité conjuguée, reconnaître un taux d'accroissement, invoquer les croissances comparées.
Composition des limites
Propriété
Théorème de composition. Soient et deux fonctions telles que . Soient adhérent à , adhérent à et des éléments de . Si
alors .
Démonstration. Rédigeons le cas où et sont finis ; les autres cas se traitent mot pour mot en remplaçant les conditions par celles des tableaux du paragraphe 2.2.
Soit . Comme tend vers en , il existe tel que
Comme tend vers en et que , il existe tel que
Soit alors vérifiant . Le réel appartient à (car ) et vérifie , donc . La définition de la limite est vérifiée.
Il vaut la peine de noter que ce théorème est sans hypothèse supplémentaire, ce qui est une conséquence heureuse de la convention du programme (les inégalités portent aussi sur le point lui-même). Avec la convention « pointée », où l'on exclurait , il faudrait ajouter une hypothèse du type « au voisinage de » : sans elle, un contre-exemple est vite construit avec une fonction constante.
Méthode
Changement de variable dans une limite. Pour calculer , on cherche à écrire où est visible et est connue. On rédige : « posons ; quand , , et ; donc ».
Exemple
a. Calculons à l'aide du changement de variable . Quand , on a , et
par croissances comparées. Donc .
b. Calculons , qui est une forme indéterminée . Multiplions par la quantité conjuguée : pour ,
En factorisant au dénominateur, avec donc :
c. Calculons , forme indéterminée . On factorise le terme dominant au numérateur et au dénominateur : pour ,
d. Calculons . Posons : quand , , et pour ,
Inégalités et limites
Passage à la limite dans une inégalité large
Propriété
Soient et adhérent à . On suppose que au voisinage de , et que et admettent en des limites finies et . Alors .
Démonstration. Raisonnons par l'absurde en supposant , et posons .
Par définition des limites, il existe tel que pour vérifiant , et tel que pour vérifiant . Par hypothèse, il existe de plus tel que pour vérifiant . Posons .
Comme est adhérent à , il existe tel que . Pour ce point,
d'où . Comme , la division par donne : contradiction. Donc .
Propriété
Attention : les inégalités strictes ne se conservent pas. Si au voisinage de , on peut seulement conclure .
Le contre-exemple est élémentaire : sur , on a pour tout , et pourtant les deux fonctions et ont la même limite en . Le passage à la limite « écrase » la stricte inégalité.
Théorème d'encadrement
Propriété
Théorème d'encadrement (dit « des gendarmes »). Soient et adhérent à . On suppose que
et que et admettent en la même limite finie . Alors admet pour limite en .
Notez la force de l'énoncé : il ne suppose pas que ait une limite, il la démontre. C'est ce qui le distingue du passage à la limite dans une inégalité, où toutes les limites sont supposées exister.
Démonstration. Traitons le cas réel. Soit .
Comme , il existe tel que , donc en particulier , pour tout vérifiant . Comme , il existe tel que pour tout vérifiant . Enfin, il existe tel que l'encadrement soit valable pour vérifiant .
Posons . Pour tel que , les trois informations sont simultanément disponibles :
c'est-à-dire . La fonction tend donc vers en .
Propriété
Corollaire (majoration de l'écart). Si au voisinage de et si quand , alors .
Démonstration. On applique le théorème d'encadrement à , les deux fonctions extrêmes tendant vers d'après les opérations sur les limites.
Limites infinies par comparaison
Propriété
Soient et adhérent à .
- Minoration. Si au voisinage de et si , alors .
- Majoration. Si au voisinage de et si , alors .
Démonstration. Montrons le point 1. Soit . Comme , il existe tel que pour tout vérifiant ; et il existe tel que pour vérifiant . Avec , tout tel que vérifie . Donc . Le point 2 s'obtient en appliquant le point 1 à et .
Exemple
a. Montrons que , la fonction étant définie sur . Pour tout , , donc
Comme quand , le corollaire de majoration de l'écart donne la conclusion. Remarquez que la fonction n'a pas de limite en (paragraphe 3) : le produit peut converger sans que chaque facteur converge.
b. Montrons que . Pour tout réel , , donc . Comme , le théorème de minoration conclut.
c. Montrons que . Pour , , et .
Théorème de la limite monotone
Ce théorème est l'analogue, pour les fonctions, du théorème de la limite monotone pour les suites : la monotonie garantit l'existence d'une limite, sans qu'on ait à la calculer. C'est le seul théorème du chapitre qui produise une limite à partir d'une hypothèse purement qualitative, et il repose sur la propriété de la borne supérieure.
Propriété
Théorème de la limite monotone (aux extrémités). Soient , avec , et une fonction croissante. Alors admet une limite en (à gauche) et une limite en (à droite), et plus précisément :
- si est majorée sur , alors , limite finie ;
- si n'est pas majorée, alors ;
- si est minorée, alors , limite finie ;
- si n'est pas minorée, alors .
Si est décroissante, les énoncés s'obtiennent en appliquant ce qui précède à : les rôles de et , de et , s'échangent.
Démonstration. Notons et démontrons les points 1 et 2 ; les points 3 et 4 s'en déduisent en appliquant le résultat à la fonction , ou se démontrent de la même façon avec la borne inférieure.
Point 1. Supposons majorée. L'ensemble est une partie de non vide (car l'est) et majorée : d'après la propriété de la borne supérieure, existe dans .
Soit . D'après la caractérisation de la borne supérieure, n'est pas un majorant de : il existe donc tel que . Soit maintenant avec . La croissance de donne , et la définition de comme majorant donne . Ainsi
Il reste à traduire « » en une condition de voisinage de . Si est fini, posons : tout vérifiant satisfait , donc . Si , posons : tout vérifiant satisfait . Dans les deux cas, la définition de la limite est vérifiée et .
Point 2. Supposons non majorée et soit . Comme n'est pas un majorant de , il existe tel que . Par croissance, tout tel que vérifie . On conclut comme ci-dessus en posant si est fini, si .
Propriété
Théorème de la limite monotone (en un point intérieur). Soient un intervalle, croissante et un point intérieur à . Alors admet en une limite à gauche et une limite à droite, toutes deux finies, et
Démonstration. Notons , qui est un intervalle non vide puisque est intérieur à . La restriction de à est croissante et majorée par : en effet, pour avec , la croissance donne . Le théorème précédent, appliqué à cette restriction à l'extrémité droite , montre que existe, est finie et vaut . Comme est un majorant de et que la borne supérieure est le plus petit des majorants, on obtient . Le raisonnement à droite est symétrique.
Une fonction monotone ne peut donc pas « osciller » : en chaque point intérieur, ses deux limites latérales existent. Le seul accident possible est un saut, lorsque . C'est exactement ce qui se produit pour la partie entière en un entier.
Exemple
Soit , . Cette fonction est croissante, car pour ,
Elle est majorée par puisque . Le théorème de la limite monotone garantit donc l'existence d'une limite finie en , égale à . Ici, le calcul direct confirme que cette borne supérieure vaut .
Continuité en un point
Définition et premières propriétés
Définition
Soient et . On dit que est continue en lorsque admet une limite en , autrement dit, d'après le paragraphe 2.4, lorsque
ce qui s'écrit avec des quantificateurs
Dans le cas contraire, est dite discontinue en .
L'idée intuitive est celle d'une variation sans saut : une petite variation de la variable autour de ne produit qu'une petite variation de la valeur. Il est essentiel de voir que la continuité en suppose trois choses : est définie en , admet une limite en , et cette limite vaut . Avec la convention du programme, les deux dernières conditions n'en font qu'une.
Propriété
Caractérisation séquentielle de la continuité. Soient et . La fonction est continue en si et seulement si, pour toute suite d'éléments de convergeant vers , la suite converge vers .
Démonstration. C'est le théorème de la section 3 appliqué à .
Définition
Soient et .
- est continue à droite en lorsque ;
- est continue à gauche en lorsque .
Propriété
Soit un point intérieur à . La fonction est continue en si et seulement si elle est continue à droite et à gauche en .
Démonstration. C'est le point 2 de la propriété du paragraphe 2.6, appliqué à .
Exemple
a. La fonction partie entière est continue à droite en tout entier , car elle vaut sur , mais elle n'est pas continue à gauche en puisque . Elle est en revanche continue en tout point non entier.
b. La fonction définie par si et est discontinue en : nous avons vu qu'elle n'a pas de limite en . Aucune valeur choisie en ne pourrait la rendre continue.
c. La fonction définie par si et est continue en , puisque d'après l'exemple du paragraphe 5.3.
Prolongement par continuité
Définition
Soient et un réel adhérent à n'appartenant pas à . Si admet une limite finie en , alors la fonction définie sur par
est continue en . On l'appelle le prolongement par continuité de en , et on la note souvent encore .
Démonstration. Soit . Comme en , il existe tel que pour tout vérifiant . Soit tel que . Si , alors et . Si , alors . Donc est continue en .
Le prolongement est unique : la valeur en est imposée, c'est nécessairement , d'après l'unicité de la limite. Et il n'existe que si la limite est finie : une fonction qui tend vers en ne se prolonge pas par continuité.
Exemple
a. La fonction , définie sur , se prolonge par continuité en en posant , puisque .
b. La fonction , définie sur , se prolonge par continuité en en posant (paragraphe 4.3, exemple a).
c. La fonction , définie sur , se prolonge en : pour , . On pose donc .
d. La fonction ne se prolonge pas par continuité en : sa limite y est , qui n'est pas un réel.
Opérations sur les fonctions continues
Propriété
Soient continues en , et deux réels.
- et sont continues en ;
- si , alors ne s'annule pas au voisinage de et est continue en ;
- est continue en ;
- si est continue en , si et si est continue en , alors est continue en .
Démonstration. Les points 1 et 2 sont les théorèmes d'opérations de la section 4 appliqués à et . Le point 3 découle de l'inégalité : pour , le associé à convient pour . Le point 4 est le théorème de composition, avec et .
Propriété
Fonctions continues usuelles. Sont continues en tout point de leur ensemble de définition :
- les fonctions polynomiales et les fonctions rationnelles ;
- , , les fonctions puissances , , , ;
- , , , , , ;
- la valeur absolue.
Toute fonction obtenue à partir de celles-ci par somme, produit, quotient (là où le dénominateur ne s'annule pas) et composition est donc continue sur son ensemble de définition.
Cette propriété, jointe aux théorèmes d'opérations, dispense de toute justification par les dans la pratique. Il suffit d'écrire : « est continue sur comme quotient de fonctions continues dont le dénominateur ne s'annule pas ».
Méthode
Étudier la continuité d'une fonction définie par morceaux. Soit définie par une expression sur et une autre sur .
- Sur chaque morceau ouvert, invoquer les théorèmes généraux : la continuité y est acquise sans calcul.
- Au point de raccord , tout se joue : calculer , puis et .
- Conclure : est continue en si et seulement si ces trois nombres sont égaux.
Exemple
Déterminons les réels pour lesquels la fonction
est continue sur .
Sur , est continue comme quotient de fonctions continues dont le dénominateur ne s'annule pas. En , la limite de référence donne . La fonction est donc continue en si et seulement si , et c'est alors le prolongement par continuité.
Continuité sur un intervalle et théorème des valeurs intermédiaires
Continuité sur un intervalle
Définition
Soit où est un intervalle. On dit que est continue sur lorsque est continue en tout point de . Aux extrémités de qui appartiennent à , la continuité s'entend comme continuité à droite (extrémité gauche) ou à gauche (extrémité droite).
L'ensemble des fonctions continues de dans est noté , ou .
La continuité sur un intervalle est une hypothèse d'apparence modeste, puisqu'elle se vérifie point par point. Les trois théorèmes qui suivent en tirent pourtant des conclusions globales et spectaculaires : une fonction continue sur un intervalle ne peut pas passer d'une valeur à une autre sans prendre toutes les valeurs intermédiaires, et sur un segment elle atteint son maximum. Insistons dès maintenant : dans ces trois théorèmes, l'hypothèse « est un intervalle » est aussi essentielle que la continuité.
Le théorème des valeurs intermédiaires
Propriété
Théorème des valeurs intermédiaires (TVI). Soient deux réels et une fonction continue sur . Alors, pour tout réel compris entre et , il existe tel que .
« Compris entre et » signifie dans le cas où , et dans le cas contraire. Le théorème affirme une existence ; il ne dit rien de l'unicité, et de fait le point n'est en général pas unique.
La démonstration ci-dessous est celle du programme : elle procède par dichotomie, c'est-à-dire par bissections successives de l'intervalle. Elle a un mérite supplémentaire sur les autres démonstrations possibles : elle est constructive, et fournit un algorithme de calcul approché de .
Démonstration. Posons , fonction continue sur comme différence de fonctions continues. Il s'agit de montrer que s'annule. Par hypothèse, est compris entre et , donc et sont de signes contraires au sens large. Quitte à remplacer par (ce qui ne change rien au problème, puisque et ont les mêmes zéros), on peut supposer
Construction des deux suites. Construisons par récurrence deux suites et telles que, pour tout ,
Posons et : les trois conditions sont vérifiées au rang . Supposons et construits, et posons , milieu du segment . Deux cas se présentent.
- Si , on pose et .
- Si , on pose et .
Dans les deux cas, , la longueur est divisée par deux, soit , et l'encadrement est conservé : dans le premier cas parce que et , dans le second parce que et . La récurrence est établie.
Les deux suites sont adjacentes. Par construction, avec , donc est croissante ; de même avec , donc est décroissante. Enfin quand . Les suites et sont donc adjacentes : d'après le théorème des suites adjacentes, elles convergent vers une même limite, notons-la .
Comme pour tout , le passage à la limite donne .
Passage à la limite. La fonction est continue en , donc, par la caractérisation séquentielle de la continuité, et . En passant à la limite dans les inégalités larges et , on obtient
d'où , c'est-à-dire .
Propriété
Corollaire (théorème du changement de signe). Soit continue sur telle que , c'est-à-dire telle que et soient de signes strictement opposés. Alors s'annule au moins une fois sur l'intervalle ouvert .
Démonstration. Le réel est strictement compris entre et , donc le TVI fournit tel que . Comme et , on a et , donc .
Méthode
La dichotomie comme algorithme. La démonstration précédente est un programme de calcul. Pour approcher une solution de sur avec : on calcule au milieu , on garde celle des deux moitiés aux extrémités de laquelle change de signe, et on recommence.
Après étapes, la solution est localisée dans un intervalle de longueur : chaque étape gagne un facteur sur l'incertitude, soit environ une décimale toutes les étapes puisque . La convergence est dite géométrique de raison .
Image d'un intervalle
Propriété
Théorème. L'image d'un intervalle par une fonction continue est un intervalle : si est un intervalle et est continue, alors est un intervalle.
Démonstration. Utilisons la caractérisation des intervalles vue au chapitre sur les nombres réels : une partie de est un intervalle si et seulement si, pour tous avec , on a .
Soient donc avec , et soit . Par définition de l'image, il existe tels que et . Le segment d'extrémités et est contenu dans , puisque est un intervalle ; la fonction y est continue, et est compris entre et . Le TVI, appliqué sur ce segment, fournit un point entre et tel que . Comme , on obtient .
Ainsi pour tous , donc est un intervalle.
Attention : ce théorème ne dit rien de la nature de l'intervalle image. L'image d'un intervalle ouvert n'est pas nécessairement ouverte : la fonction envoie l'intervalle ouvert sur le segment . La seule affirmation générale sur la nature de l'image concerne les segments, et c'est l'objet de la section 9.
Le cas strictement monotone
Propriété
Soient un intervalle et continue et strictement croissante. Alors est un intervalle de même nature que , dont les extrémités sont les limites de aux extrémités de . Par exemple, en notant et (limites qui existent dans d'après le théorème de la limite monotone) :
Si est strictement décroissante, les extrémités s'échangent.
Démonstration. Traitons le cas , les autres étant analogues. D'après le théorème de la limite monotone, et existent dans , avec et .
Inclusion . Soit . Comme majore , on a ; l'inégalité est stricte, car en choisissant la stricte croissance donne . De même .
Inclusion réciproque. Soit . Comme , le réel n'est pas un majorant de : il existe tel que . Comme , il existe de même tel que . Le TVI, appliqué sur le segment d'extrémités et , fournit tel que , donc .
Méthode
Montrer qu'une équation admet une unique solution. La rédaction se fait en trois temps.
- Continuité : justifier que est continue sur l'intervalle considéré (théorèmes généraux).
- Stricte monotonie : la prouver, soit directement (somme de fonctions strictement monotones, composée), soit par le signe de (section 15).
- Valeurs aux bornes : calculer ou ses limites aux extrémités de , et vérifier que appartient à .
On conclut : réalise une bijection de sur , et comme , l'équation admet une unique solution. L'existence vient du TVI, l'unicité de la stricte monotonie. On localise ensuite la solution en calculant quelques valeurs.
Exemple
Montrons que l'équation admet une unique solution réelle, et localisons-la.
Posons pour .
Continuité. est une fonction polynomiale, donc continue sur .
Stricte monotonie. La fonction est strictement croissante sur , la fonction aussi ; leur somme est donc strictement croissante sur .
Limites. et .
Donc , et réalise une bijection de sur : l'équation admet une unique solution, notons-la .
Localisation. On calcule et , donc . Une étape de dichotomie donne , donc . Une deuxième étape donne , donc .
Fonctions continues sur un segment
Un segment est un intervalle de la forme avec : un intervalle à la fois fermé et borné. Cette double propriété donne aux fonctions continues un comportement remarquable.
Le théorème des bornes atteintes
Propriété
Théorème des bornes atteintes (admis). Soit une fonction continue sur un segment . Alors est bornée sur et atteint ses bornes : il existe et dans tels que
Autrement dit, admet sur un minimum global et un maximum global .
La démonstration de ce théorème est hors programme en PCSI : nous l'admettons. Sa démonstration repose sur un outil qui n'est pas au programme de la filière ; nous nous contentons donc de l'énoncé, qui est exigible. Ce que vous devez retenir, c'est la portée de l'énoncé : il transforme une borne supérieure, objet abstrait dont l'existence seule est garantie par la propriété de , en un maximum, valeur effectivement prise par la fonction en un point. C'est ce passage du au qui rendra possible la démonstration du théorème de Rolle en section 15.
Propriété
Corollaire : image d'un segment. L'image d'un segment par une fonction continue est un segment. Plus précisément, si est continue sur , alors
où et sont respectivement le minimum et le maximum de sur .
Démonstration. D'après le théorème des bornes atteintes, et existent et sont des valeurs prises par : et .
L'inclusion est la définition même du minimum et du maximum.
Réciproquement, est un intervalle d'après le théorème de la section 8.3, et il contient et ; un intervalle contenant et contient le segment tout entier. Donc , d'où l'égalité.
Notez bien que ce résultat n'affirme pas , ce qui serait faux en général : ce n'est vrai que si est de plus monotone. Les extrémités du segment image sont le minimum et le maximum de , qui peuvent être atteints n'importe où dans .
Les hypothèses sont indispensables
Les trois contre-exemples suivants montrent qu'aucune des hypothèses ne peut être affaiblie. Ils sont à connaître, car ils sont la meilleure protection contre l'application abusive du théorème.
Exemple
a. L'intervalle doit être borné. La fonction est continue sur , mais elle n'y est pas majorée : elle n'atteint aucun maximum.
b. L'intervalle doit être fermé. La fonction est continue sur , intervalle borné mais non fermé, et elle n'y est pas majorée. Plus subtil : la fonction sur est continue et bornée, mais elle n'atteint ni sa borne inférieure ni sa borne supérieure .
c. La fonction doit être continue. La fonction définie sur par si et est définie sur un segment, mais n'y est pas bornée. Elle n'est pas continue en .
Le théorème de la bijection
Stricte monotonie et injectivité
Propriété
Une fonction strictement monotone sur un intervalle est injective.
Démonstration. Supposons strictement croissante et soient avec . Quitte à échanger les noms, supposons . La stricte croissance donne , donc . La fonction est injective. Le cas décroissant est analogue.
La réciproque est fausse en général pour une fonction quelconque : la fonction qui vaut sur et sur est injective sans être monotone. Elle devient vraie sous hypothèse de continuité sur un intervalle, mais ce résultat n'est pas au programme.
Le théorème
Propriété
Théorème de la bijection. Soient un intervalle et une fonction continue et strictement monotone sur . Alors :
- est un intervalle, dont les extrémités sont les limites de aux extrémités de ;
- réalise une bijection de sur ;
- la bijection réciproque est continue sur et strictement monotone, de même sens de variation que .
Démonstration (partielle ; la continuité de est admise).
Point 1. C'est le théorème du paragraphe 8.4.
Point 2. La fonction est injective d'après le paragraphe 10.1, et surjective de sur par définition de l'image. C'est donc une bijection de sur .
Point 3, monotonie. Supposons strictement croissante et montrons que l'est aussi. Soient avec , et posons , . Si l'on avait , la croissance (large) de donnerait , ce qui contredit . Donc , c'est-à-dire : est strictement croissante.
Point 3, continuité : idée de la démonstration, non exigible. La fonction est monotone sur l'intervalle . D'après le théorème de la limite monotone, elle admet en tout point intérieur de une limite à gauche et une limite à droite, avec
Si l'une de ces inégalités était stricte, la fonction « sauterait » en , et son image éviterait tout un intervalle de valeurs situé d'un côté de : or est un intervalle, donc ne peut présenter un tel trou. Les deux inégalités sont donc des égalités, ce qui est la continuité de en .
Graphes symétriques
Propriété
Dans un repère orthonormé, la courbe représentative de est la symétrique de celle de par rapport à la première bissectrice, droite d'équation .
Démonstration. Le point de coordonnées appartient au graphe de si et seulement si et , ce qui équivaut à et , c'est-à-dire au fait que appartient au graphe de . Or la symétrie orthogonale par rapport à la droite d'équation échange précisément les points et .
Exemple
a. La fonction . La fonction est continue et strictement croissante sur , avec
D'après le théorème de la bijection, réalise une bijection de sur , et sa réciproque est continue et strictement croissante sur , à valeurs dans .
b. Une bijection explicite. Reprenons sur : continue, strictement croissante, de limites et . Elle réalise donc une bijection de sur et sa réciproque est continue et strictement croissante. On ne sait pas exprimer simplement, et c'est tout l'intérêt du théorème : il garantit l'existence et les propriétés de sans qu'on ait besoin d'une formule.
Fonctions à valeurs complexes : limites et continuité
Le cadre
Une fonction à valeurs complexes est une application où est une partie de . La variable reste réelle : il ne s'agit pas de fonctions d'une variable complexe, notion qui n'est pas au programme. On note
qui sont deux fonctions de dans , de sorte que . On note aussi et , cette dernière étant à valeurs réelles positives.
Deux avertissements. D'abord, n'est pas ordonné : il n'y a ni limite infinie, ni théorème d'encadrement, ni théorème de la limite monotone, ni TVI pour les fonctions complexes. Ensuite, la valeur absolue est remplacée partout par le module, qui vérifie la même inégalité triangulaire : c'est ce qui permet de recopier les définitions sans changement.
Limite et continuité
Définition
Soient , un point adhérent à et . On dit que admet pour limite en lorsque
où désigne le module du nombre complexe . Si et , on dit que est continue en .
Propriété
Caractérisation par les parties réelle et imaginaire. Soient , adhérent à et . Alors
En particulier, est continue en si et seulement si et le sont.
Démonstration. Elle repose sur les trois inégalités valables pour tout nombre complexe :
Les deux premières sont immédiates sur l'écriture avec ; la troisième découle de et de l'inégalité triangulaire.
Sens direct. Supposons et soit . Il existe tel que pour vérifiant . Pour un tel , en appliquant la première inégalité à et en remarquant que , on obtient . Donc , et de même pour la partie imaginaire.
Sens réciproque. Supposons et , et soit . Il existe tel que sur le voisinage correspondant, et tel que . Avec et tel que , la troisième inégalité appliquée à donne
Propriété
Soient admettant en les limites et dans , et deux nombres complexes. Alors, en :
- tend vers , et tend vers ;
- si , est définie au voisinage de et tend vers ;
- tend vers et tend vers ;
- la caractérisation séquentielle reste valable.
Les énoncés correspondants pour la continuité s'en déduisent.
Démonstration. On applique la caractérisation par parties réelle et imaginaire, en développant les expressions. Par exemple, pour le produit, et : ce sont des sommes de produits de fonctions réelles convergentes, auxquelles s'appliquent les théorèmes de la section 4. Pour , l'inégalité (seconde inégalité triangulaire) permet de conclure directement.
Exemple
Soit un réel et , . On a et , qui sont continues sur : la fonction est donc continue sur .
En revanche, n'a pas de limite en dès que , puisque sa partie réelle n'en a pas.
Dérivabilité en un point
Nous abordons la seconde grande idée du chapitre. La continuité dit que est proche de quand est proche de ; la dérivabilité précise à quelle vitesse s'écarte de , en affirmant que cet écart est proportionnel à , à une erreur négligeable près. C'est l'idée d'approximation affine : au voisinage de , la courbe se confond avec une droite.
Taux d'accroissement et nombre dérivé
Définition
Soient un intervalle, et . On appelle taux d'accroissement de en la fonction
On dit que est dérivable en lorsque admet une limite finie en . Cette limite s'appelle le nombre dérivé de en et se note :
La seconde écriture s'obtient de la première par le changement de variable . Elle est souvent plus commode dans les calculs.
Deux remarques sur le cadre. D'une part, est bien adhérent à : c'est précisément pour cela que nous avons imposé à d'être un intervalle non réduit à un point, faute de quoi la définition n'aurait aucun sens. D'autre part, la limite doit être finie : une fonction dont le taux d'accroissement tend vers n'est pas dérivable, même si son graphe possède une tangente (verticale).
Exemple
a. Soit et . Pour ,
Donc est dérivable en et .
b. Soit sur et . Pour et ,
c. Soit sur et . Pour , , la quantité conjuguée donne
Caractérisation par le développement limité à l'ordre 1
Propriété
Soient et . La fonction est dérivable en si et seulement s'il existe un réel et une fonction , définie au voisinage de et vérifiant , tels que
pour tout tel que . Dans ce cas, , et cette écriture s'appelle le développement limité à l'ordre de en .
Démonstration.
Sens direct. Supposons dérivable en . Définissons sur l'ensemble des tels que par
Par définition du nombre dérivé, quand , et assure que cette limite vaut bien . Pour , la définition de se réécrit, en multipliant par ,
et cette égalité est encore vraie pour , où les deux membres sont nuls. L'écriture annoncée est donc valable avec .
Sens réciproque. Supposons qu'il existe et comme dans l'énoncé. Pour tel que , on peut diviser par :
Le taux d'accroissement admet donc la limite finie en : est dérivable en et . Au passage, l'unicité du nombre dérivé montre que le réel est unique : il ne peut pas y avoir deux développements limités à l'ordre différents.
Cette caractérisation est la définition « utile » de la dérivabilité. Elle dit que la fonction affine approche avec une erreur , produit de par une quantité qui tend vers : l'erreur est donc bien plus petite que lui-même lorsque devient petit. C'est elle qui sera reprise au second semestre pour définir les développements limités d'ordre supérieur.
Interprétations géométrique et cinématique
Définition
Si est dérivable en , la droite d'équation
s'appelle la tangente au graphe de au point d'abscisse . Le nombre en est le coefficient directeur.
Justifions cette définition. La droite passant par les deux points du graphe d'abscisses et , appelée sécante, a pour coefficient directeur . Lorsque tend vers , ce coefficient tend vers : la position limite des sécantes est la droite passant par de pente . La tangente est donc la « limite des sécantes ».
L'interprétation cinématique est tout aussi importante. Si désigne l'abscisse d'un mobile à l'instant , le quotient est la vitesse moyenne entre les instants et . Sa limite quand , c'est-à-dire , est la vitesse instantanée à l'instant . C'est exactement ce que mesure un radar : une vitesse instantanée, obtenue comme limite de vitesses moyennes sur des durées de plus en plus courtes.
Dérivée à droite, dérivée à gauche
Définition
Soient et .
- Si n'est pas l'extrémité droite de , on dit que est dérivable à droite en lorsque admet une limite finie à droite en . On note .
- Si n'est pas l'extrémité gauche de , on définit de même la dérivée à gauche .
Propriété
Soit un point intérieur à . La fonction est dérivable en si et seulement si est dérivable à droite et à gauche en et . On a alors .
Démonstration. C'est la propriété du paragraphe 2.6 appliquée à la fonction , définie sur , en un point qui n'appartient pas à son ensemble de définition.
Géométriquement, l'existence de et signifie que le graphe admet en une demi-tangente à droite et une à gauche. Si ces deux demi-droites n'ont pas la même pente, le graphe présente un point anguleux.
Exemple
a. Un point anguleux : la valeur absolue. Soit et . Pour , , qui vaut si et si . Donc et : les deux dérivées latérales existent mais diffèrent, n'est pas dérivable en . Le graphe présente un point anguleux à l'origine.
b. Une tangente verticale : la racine carrée. Soit sur et . Pour ,
La limite est infinie : n'est pas dérivable en , bien que le graphe admette en une demi-tangente, verticale cette fois.
Dérivabilité et continuité
Propriété
Si est dérivable en , alors est continue en . La réciproque est fausse.
Démonstration. Supposons dérivable en . Pour avec , on peut écrire
Quand tend vers , le premier facteur tend vers , qui est un réel, et le second tend vers . Le produit tend donc vers , ce qui donne : est continue en .
On peut aussi lire ce résultat sur le développement limité : quand .
La réciproque est fausse : la fonction valeur absolue est continue en (comme composée de fonctions continues) sans y être dérivable, de même que la racine carrée. Il existe même des fonctions continues sur qui ne sont dérivables en aucun point, mais leur construction dépasse largement le programme.
Méthode
Étudier la dérivabilité en un point de raccord. Pour une fonction définie par deux expressions de part et d'autre de :
- vérifier d'abord la continuité en ; si elle échoue, la dérivabilité est exclue, inutile d'aller plus loin ;
- calculer séparément et comme limites du taux d'accroissement, en utilisant l'expression adaptée de chaque côté ;
- conclure : est dérivable en si et seulement si les deux dérivées latérales existent et coïncident.
La section 17 fournira une méthode alternative, souvent plus rapide, par le théorème de la limite de la dérivée.
Dérivabilité sur un intervalle
Définition
On dit que est dérivable sur lorsqu'elle est dérivable en tout point de ; aux extrémités appartenant à , il s'agit de la dérivabilité à droite ou à gauche. La fonction , , s'appelle la fonction dérivée de . On note aussi cette fonction.
L'ensemble des fonctions dérivables sur à dérivée continue est noté ; on dit alors que est de classe .
Opérations sur les dérivées
Combinaison linéaire, produit, quotient
Propriété
Soient dérivables en , et deux réels. Alors :
- est dérivable en et ;
- est dérivable en et ;
- si , alors est définie au voisinage de , dérivable en , et
Démonstration.
Point 1. Pour , la linéarité du taux d'accroissement donne
expression qui tend vers par opérations sur les limites.
Point 2. L'astuce consiste à faire apparaître les deux taux d'accroissement en ajoutant et retranchant . Pour ,
où et désignent les taux d'accroissement de et de en . Quand , on a , , et car , étant dérivable en , y est continue. La limite du membre de droite vaut donc .
Point 3. Traitons d'abord le cas . Comme est continue en et , la fonction ne s'annule pas sur un voisinage de (propriété de signe local du paragraphe 2.5 appliquée à ), donc y est définie. Pour , ,
Le cas général s'en déduit par le point 2 appliqué au produit :
Dérivée d'une composée
Propriété
Théorème de dérivation des fonctions composées. Soient et deux intervalles, telle que , et . Si est dérivable en et si est dérivable en , alors est dérivable en et
Si est dérivable sur et dérivable sur , alors est dérivable sur et .
Démonstration. La difficulté est que l'on ne peut pas écrire naïvement
car rien n'interdit à de s'annuler pour des arbitrairement proches de . On contourne l'obstacle par une fonction auxiliaire qui « prolonge le taux d'accroissement de ».
Définissons par
Comme est dérivable en , on a quand : la fonction est continue en . De plus, l'identité
est vraie pour tout : par définition de si , et parce que les deux membres sont nuls si .
Appliquons cette identité à , ce qui est licite puisque . Pour tout ,
Pour , divisons par :
Quand tend vers : le second facteur tend vers ; quant au premier, est continue en (car dérivable) donc , et est continue en , donc par composition . Le produit tend donc vers , ce qui est le résultat annoncé.
Propriété
Dérivées usuelles et formules composées. Pour dérivable sur :
- pour , et pour si ne s'annule pas ;
- ; si ne s'annule pas ;
- si ;
- , , ;
- pour et .
Dérivée d'une fonction réciproque
Propriété
Théorème. Soient un intervalle et continue et strictement monotone, de sorte que réalise une bijection de sur . Soit et .
Si est dérivable en et si , alors est dérivable en et
Si de plus est dérivable sur avec ne s'annulant pas, alors est dérivable sur et .
Démonstration. Soit avec , et posons . Comme est injective, . Le taux d'accroissement de en s'écrit
où est le taux d'accroissement de en , licite car (le numérateur est non nul).
D'après le théorème de la bijection, est continue en , donc quand . Par composition des limites, , qui est non nul par hypothèse. Le quotient tend donc vers , qui est un réel : est dérivable en de nombre dérivé .
L'interprétation géométrique est limpide. Les graphes de et de sont symétriques par rapport à la droite d'équation , et cette symétrie transforme la tangente au point en la tangente au point . Or la symétrique d'une droite de pente est une droite de pente , ce qui redonne la formule. Le cas se lit tout aussi bien : la tangente horizontale de en devient une tangente verticale pour en , et n'est alors pas dérivable en .
Exemple
a. Dérivée d'. La fonction est dérivable sur , de dérivée , qui ne s'annule pas. Sa réciproque est donc dérivable sur et, pour ,
b. Dérivée d'. La fonction est dérivable sur , de dérivée , qui ne s'annule pas sur l'ouvert . Donc est dérivable sur et, pour ,
où l'on a utilisé , le cosinus étant positif sur .
En , la dérivée de s'annule (en ) : n'est pas dérivable en , et son graphe y présente une tangente verticale.
Extremum local et point critique
Définitions
Définition
Soient et .
- admet en un maximum global lorsque pour tout ; un minimum global lorsque pour tout .
- admet en un maximum local lorsqu'il existe tel que pour tout vérifiant ; définition analogue pour un minimum local.
- Un extremum (local ou global) est un maximum ou un minimum (local ou global).
Un extremum global est évidemment local ; la réciproque est fausse, et c'est tout l'intérêt de la distinction. Le mot « local » signifie que la comparaison ne porte que sur un voisinage de : une colline peut être le point le plus haut à dix mètres à la ronde sans être le sommet du massif.
Définition
Soit dérivable sur . On appelle point critique de tout point tel que .
La condition nécessaire d'extremum
Propriété
Théorème. Soient et un point intérieur à . Si est dérivable en et si admet en un extremum local, alors
Autrement dit, un extremum local en un point intérieur est un point critique.
Démonstration. Supposons que admette en un maximum local (le cas du minimum s'obtient en appliquant le résultat à ). Comme est intérieur à et que le maximum est local, il existe tel que et
Étude à droite. Pour , le numérateur est négatif ou nul et le dénominateur est strictement positif, donc
En faisant tendre vers par valeurs supérieures et en passant à la limite dans cette inégalité large, on obtient .
Étude à gauche. Pour , le numérateur est encore négatif ou nul, mais le dénominateur est strictement négatif, donc . En passant à la limite quand , on obtient .
Les deux inégalités donnent .
C'est bien l'existence des deux côtés qui produit la conclusion : c'est là qu'intervient l'hypothèse « intérieur ». La démonstration montre d'ailleurs exactement ce qui subsiste au bord : en une extrémité gauche de , on obtient seulement pour un maximum.
Mises en garde
Exemple
a. La réciproque est fausse. La fonction vérifie : le point est critique. Pourtant n'y admet aucun extremum local, puisque pour tous , aussi proches de soient-ils. Un point critique est donc un candidat extremum, rien de plus.
b. L'hypothèse « point intérieur » est indispensable. La fonction sur le segment admet un maximum global en et un minimum global en , mais ne s'annule jamais. Les extremums sont ici atteints au bord, où le théorème ne s'applique pas.
c. L'hypothèse de dérivabilité est indispensable. La fonction admet en un minimum global, en un point intérieur à , sans y être dérivable.
Méthode
Rechercher les extremums d'une fonction dérivable sur un intervalle . Les seuls points susceptibles de fournir un extremum sont :
- les points critiques de , c'est-à-dire les solutions de ;
- les extrémités de appartenant à ;
- les points où n'est pas dérivable.
On dresse ensuite le tableau de variations pour trancher entre maximum, minimum et point critique sans extremum. Sur un segment, le théorème des bornes atteintes garantit que le maximum et le minimum existent : il suffit de comparer les valeurs de aux points de la liste ci-dessus.
Rolle et les accroissements finis
Nous arrivons au cœur du chapitre. Les théorèmes de cette section relient une information ponctuelle (la dérivée en un point) à une information globale (la variation de sur un intervalle). Ce sont eux qui justifient la pratique quotidienne des tableaux de variations, laquelle serait sans cela un pur acte de foi.
Le théorème de Rolle
Propriété
Théorème de Rolle. Soient deux réels et une fonction telle que :
- est continue sur le segment ;
- est dérivable sur l'intervalle ouvert ;
- .
Alors il existe tel que .
Observez la dissymétrie des hypothèses : la continuité est exigée sur le segment fermé, la dérivabilité seulement sur l'ouvert. Cette dissymétrie n'est pas une coquetterie : elle permet d'appliquer le théorème à des fonctions comme sur , qui n'est pas dérivable aux extrémités. La conclusion, elle, porte sur l'ouvert : le point n'est jamais une extrémité.
Démonstration. La fonction est continue sur le segment : d'après le théorème des bornes atteintes (section 9, admis), elle est bornée et atteint ses bornes. Notons son minimum et son maximum sur , atteints respectivement en et .
Premier cas : . La fonction est alors constante sur , car pour tout . Sa dérivée est nulle sur , et n'importe quel point de convient, par exemple .
Second cas : . Comme , ce nombre commun ne peut pas être à la fois égal à et à : l'un au moins des deux, disons (le raisonnement est identique avec ), est différent de .
Soit alors , un point où le maximum est atteint. Comme et , on a et , donc : le point est intérieur au segment. La fonction y est dérivable par hypothèse, et elle y admet un maximum global sur , donc en particulier un maximum local. Le théorème du paragraphe 14.2 s'applique et donne .
L'interprétation géométrique est immédiate : si une courbe continue, admettant une tangente en chaque point, revient à la même hauteur en et en , elle possède au moins un point où la tangente est horizontale. Intuitivement : pour redescendre, il faut avoir cessé de monter.
Exemple
Une application classique : localiser les zéros de la dérivée. Soit une fonction dérivable sur qui s'annule en points distincts . Alors s'annule au moins fois.
En effet, pour chaque , la fonction est continue sur , dérivable sur et vérifie . Le théorème de Rolle fournit un tel que . Les intervalles étant deux à deux disjoints, les sont distincts : cela fait zéros de .
L'égalité des accroissements finis
Propriété
Égalité des accroissements finis (EAF). Soient deux réels et continue sur et dérivable sur . Alors il existe tel que
Démonstration. L'idée est de se ramener au théorème de Rolle en « redressant » la fonction, c'est-à-dire en lui retranchant la fonction affine dont le graphe est la corde. Posons, pour ,
Vérification des hypothèses de Rolle. La fonction est continue sur , comme somme de et d'une fonction affine, et dérivable sur pour la même raison, avec
De plus et
Ainsi .
Conclusion. Le théorème de Rolle appliqué à fournit un tel que , c'est-à-dire
ce qui est exactement l'égalité annoncée après multiplication par .
L'interprétation géométrique se lit sur la figure : le quotient est le coefficient directeur de la corde joignant les points et ; le théorème affirme qu'il existe au moins un point où la tangente est parallèle à cette corde.
L'interprétation cinématique est plus parlante encore. Si est la position d'un véhicule à l'instant , alors est sa vitesse moyenne entre les instants et , et sa vitesse instantanée à l'instant . Le théorème affirme donc qu'il existe un instant où la vitesse instantanée est exactement égale à la vitesse moyenne. Un trajet de kilomètres parcouru en deux heures comporte nécessairement un instant où le compteur indiquait exactement kilomètres par heure.
Notez enfin ce que le théorème ne dit pas : il ne donne aucun moyen de déterminer , qui n'a en général pas d'expression explicite, et il n'affirme pas son unicité. Toute la puissance de l'énoncé réside dans son caractère d'existence pure.
L'inégalité des accroissements finis
En pratique, on n'a presque jamais besoin de la valeur exacte de : il suffit d'un encadrement de . On obtient alors une inégalité, bien plus maniable.
Propriété
Inégalité des accroissements finis (IAF). Soit dérivable sur un intervalle . On suppose qu'il existe un réel tel que
Alors
Démonstration. Soient . Si , l'inégalité est évidente puisque les deux membres sont nuls. Sinon, quitte à échanger les noms de et , supposons .
Le segment est contenu dans puisque est un intervalle. La fonction est donc dérivable sur , en particulier continue sur et dérivable sur : l'égalité des accroissements finis fournit un tel que
En passant aux valeurs absolues et en majorant par (licite car ),
Définition
Soient et . On dit que est -lipschitzienne sur lorsque
On dit que est lipschitzienne lorsqu'elle est -lipschitzienne pour un certain .
L'inégalité des accroissements finis se reformule donc ainsi : une fonction dérivable à dérivée bornée par est -lipschitzienne. Géométriquement, cela signifie que toutes les cordes du graphe ont un coefficient directeur compris entre et .
Propriété
Une fonction lipschitzienne sur est continue sur .
Démonstration. Soit une fonction -lipschitzienne et . Si , alors est constante donc continue. Supposons et soit . Posons . Pour tel que , on a
Donc est continue en , et ceci pour tout .
Exemple
a. La fonction est -lipschitzienne sur : elle est dérivable et . En appliquant l'inégalité aux deux points et , et puisque , on obtient
inégalité classique qu'il est bon de savoir redémontrer ainsi.
b. La fonction est -lipschitzienne sur , car sa dérivée y est majorée par . En revanche elle n'est pas lipschitzienne sur : si elle l'était avec une constante , on aurait pour tout , d'où , quantité qui tend vers quand : aucun ne peut convenir. La dérivée n'est pas bornée au voisinage de , et l'IAF ne s'applique pas.
Variations et signe de la dérivée
Propriété
Théorème. Soit une fonction dérivable sur un intervalle .
- est constante sur si et seulement si sur .
- est croissante sur si et seulement si sur ; décroissante si et seulement si sur .
- est strictement croissante sur si et seulement si sur et ne s'annule identiquement sur aucun intervalle avec .
Démonstration.
Point 1, sens réciproque. Supposons sur et soient dans . Le segment est inclus dans , donc l'EAF donne tel que . Ainsi pour tous : la fonction est constante. Le sens direct est immédiat, le taux d'accroissement d'une fonction constante étant nul.
Point 2, sens réciproque. Supposons sur et soient dans . L'EAF donne tel que . Le facteur est positif ou nul, le facteur est strictement positif, donc : la fonction est croissante.
Point 2, sens direct. Supposons croissante et soit . Pour avec , les quantités et sont de même signe, donc leur quotient est positif ou nul. En passant à la limite quand dans cette inégalité large, on obtient .
Point 3, sens direct. Si est strictement croissante, elle est croissante, donc d'après le point 2. Si de plus était identiquement nulle sur un avec , le point 1 appliqué à l'intervalle donnerait constante sur , ce qui contredit la stricte croissance (on aurait avec ).
Point 3, sens réciproque. Supposons sur et non identiquement nulle sur tout sous-intervalle non trivial. D'après le point 2, est croissante. Si elle n'était pas strictement croissante, il existerait dans avec , donc, la croissance donnant l'inégalité inverse, . Pour tout , la croissance donnerait alors , donc serait constante sur et y serait identiquement nulle, contrairement à l'hypothèse. Donc est strictement croissante.
Propriété
Corollaire pratique. Si est dérivable sur et si sur sauf éventuellement en un nombre fini de points où elle s'annule, alors est strictement croissante sur .
Démonstration. Un intervalle avec contient une infinité de points, donc ne peut y être identiquement nulle si elle ne s'annule qu'en un nombre fini de points de . Le point 3 s'applique.
C'est ce corollaire qui justifie la pratique courante : la fonction est strictement croissante sur bien que sa dérivée s'annule en .
Propriété
Attention : l'hypothèse « est un intervalle » est essentielle dans tout ce paragraphe.
Considérons sur . Sa dérivée est strictement négative en tout point, et pourtant n'est pas décroissante sur : on a alors que .
L'explication tient en une ligne : n'est pas un intervalle, et l'égalité des accroissements finis, qui a besoin du segment tout entier, ne s'applique pas à un couple qui encadre . La fonction est décroissante sur et sur séparément, ce qui ne se recolle pas.
Application aux suites récurrentes
L'inégalité des accroissements finis donne l'outil décisif pour l'étude des suites définies par une relation de récurrence , entamée au chapitre sur les suites.
Le cadre : intervalle stable et point fixe
Définition
Soient et un intervalle. On dit que est stable par lorsque , c'est-à-dire lorsque pour tout .
On appelle point fixe de tout réel tel que .
Propriété
Soit un intervalle stable par et . Alors la suite définie par est bien définie et tous ses termes appartiennent à .
Démonstration. Par récurrence sur . Au rang , par hypothèse. Si , alors appartient à l'ensemble de définition de et .
C'est la toute première chose à faire dans un exercice : sans intervalle stable, la suite peut sortir du domaine de et cesser d'exister.
Propriété
Théorème du point fixe. Soit continue sur , et une suite d'éléments de vérifiant . Si converge vers un réel appartenant à , alors est un point fixe de : .
Démonstration. Comme , on a aussi : pour , si à partir du rang , alors à partir du rang également. Par ailleurs, est continue en et avec , donc la caractérisation séquentielle de la continuité donne . Or . Par unicité de la limite d'une suite, .
Ce théorème ne prouve pas la convergence : il identifie la limite si elle existe. Les seuls candidats-limites sont les points fixes de ; c'est pourquoi on commence toujours par les chercher, en résolvant .
Convergence par l'inégalité des accroissements finis
Propriété
Théorème. Soient un intervalle stable par , avec dérivable sur , et un point fixe de . On suppose qu'il existe tel que sur . Alors, pour tout , la suite définie par vérifie
et converge vers . De plus, est l'unique point fixe de dans .
Démonstration. Majoration. Montrons l'inégalité par récurrence. Au rang , elle s'écrit , ce qui est vrai. Supposons-la vraie au rang . Comme et , l'inégalité des accroissements finis appliquée sur donne
où l'on a utilisé à la première égalité et l'hypothèse de récurrence à la seconde inégalité. La récurrence est établie.
Convergence. Comme , la suite géométrique tend vers , donc . Le théorème d'encadrement appliqué à donne , c'est-à-dire .
Unicité du point fixe. Si est un autre point fixe dans , l'IAF donne , donc . Comme , on obtient , donc .
Définition
Dans la situation ci-dessus, on dit que la convergence est géométrique de rapport : l'erreur est majorée par une suite géométrique de raison . Chaque itération multiplie l'erreur par au plus .
Méthode
Étudier une suite . Le plan de rédaction est toujours le même.
- Domaine et stabilité : trouver un intervalle contenant et stable par ; en déduire que la suite est bien définie et à valeurs dans .
- Points fixes : résoudre sur , éventuellement par le TVI si l'équation n'est pas résoluble explicitement.
- Convergence : deux stratégies au choix.
- Par la monotonie : si est croissante sur , la suite est monotone (croissante si , décroissante sinon) ; étant de plus bornée, elle converge, et sa limite est un point fixe.
- Par l'IAF : majorer par un sur , puis appliquer le théorème ci-dessus.
- Vitesse : la majoration fournit le nombre d'itérations nécessaires pour atteindre une précision donnée.
Exemple
Étude de la suite définie par et .
Stabilité. Posons et . La fonction est décroissante sur , donc pour on a . Comme , on obtient : l'intervalle est stable par . Comme , la suite est bien définie et à valeurs dans .
Point fixe. Posons sur . Cette fonction est continue, et strictement décroissante comme somme de deux fonctions décroissantes dont l'une strictement. De plus et . D'après le théorème de la bijection, s'annule en un unique point , qui est l'unique point fixe de dans .
Convergence par l'IAF. Pour , , car est croissante et positive sur . Posons , qui vérifie bien . Le théorème donne
puisque . Donc .
Vitesse. Pour obtenir , il suffit que , c'est-à-dire , soit, comme ,
Une quarantaine d'itérations suffisent donc pour trois décimales : c'est le rythme typique d'une convergence géométrique, où l'on gagne un nombre fixe de décimales par paquet d'itérations.
Vitesse de convergence et méthode de Newton
Toutes les convergences ne se valent pas. On distingue couramment trois régimes, selon la manière dont l'erreur décroît :
a. Lente. décroît comme : il faut dix fois plus d'itérations pour une décimale de plus.
b. Géométrique. avec : un nombre fixe de décimales par paquet d'itérations.
c. Quadratique. : le nombre de décimales exactes double à chaque étape.
La méthode de Newton consiste à remplacer, pour résoudre , la courbe par sa tangente : partant de , on prend pour l'abscisse du point où la tangente au graphe de en coupe l'axe des abscisses. Cette tangente a pour équation , et elle coupe l'axe en
C'est une suite récurrente avec .
Exemple
Calcul de par la méthode de Newton (méthode de Héron). Appliquons ce qui précède à sur , dont est l'unique zéro positif. Comme ,
Posons et .
Identité clé. Pour tout ,
On vérifie cette identité en réduisant au même dénominateur et en développant , puisque .
Stabilité et monotonie. L'identité montre que pour tout : l'intervalle est stable, et pour tout . De plus, pour ,
donc la suite est décroissante à partir du rang . Décroissante et minorée par , elle converge ; sa limite est un point fixe de , c'est-à-dire vérifie , soit et finalement .
Vitesse quadratique. Posons pour . L'identité clé donne
puisque . L'erreur est donc élevée au carré à chaque étape, ce qui double approximativement le nombre de décimales exactes. Les premières valeurs le montrent : , , , , à comparer à . Quatre itérations suffisent pour neuf décimales, là où la dichotomie en demanderait une trentaine.
Signalons pour finir, sans développement, une autre application de ce cercle d'idées : la méthode d'Euler approche la solution d'une équation différentielle en remplaçant la courbe par sa tangente sur de petits intervalles de longueur , ce qui conduit à la suite . C'est encore le principe de l'approximation affine, appliqué pas à pas.
Théorème de la limite de la dérivée
Comment étudier la dérivabilité d'une fonction en un point de raccord sans calculer la limite du taux d'accroissement, calcul souvent pénible ? Le théorème suivant répond à cette question : il suffit, sous réserve que la limite existe, de regarder la limite de la dérivée.
Propriété
Théorème de la limite de la dérivée. Soient un intervalle, et telle que :
- est continue sur ;
- est dérivable sur ;
- admet une limite finie quand tend vers .
Alors est dérivable en , avec , et est continue en .
Démonstration. Soit . D'après l'hypothèse 3, il existe tel que
Appelons cette implication.
Soit avec et . Notons le segment d'extrémités et (donc si , et sinon) ; il est contenu dans puisque est un intervalle. La fonction est continue sur d'après l'hypothèse 1, et dérivable sur d'après l'hypothèse 2, car cet intervalle ouvert ne contient pas . L'égalité des accroissements finis fournit donc un réel strictement compris entre et tel que
Or est strictement entre et , donc et . L'implication s'applique à et donne
Nous avons donc montré : pour tout , il existe tel que tout vérifiant satisfasse . C'est exactement dire que quand : la fonction est dérivable en et .
Enfin, est définie sur tout entier, avec quand : est continue en .
Propriété
Extension au cas d'une limite infinie. Sous les hypothèses 1 et 2, si (ou ) quand , alors
La fonction n'est alors pas dérivable en , mais son graphe admet au point d'abscisse une tangente verticale.
Démonstration. On reprend mot pour mot la démonstration précédente en remplaçant par : pour tout , il existe tel que pour vérifiant . L'EAF donne alors pour tout tel que .
Méthode
Utiliser le théorème. Pour étudier la dérivabilité en un point de raccord :
- vérifier la continuité de en : c'est l'hypothèse 1, et elle est indispensable ;
- calculer de part et d'autre de par les théorèmes d'opérations ;
- chercher : si elle existe et est finie, conclure que est dérivable en avec , et que est de classe au voisinage de .
Attention : si la limite de n'existe pas, on ne peut rien conclure et il faut revenir au taux d'accroissement (voir le contre-exemple ci-dessous).
Exemple
Soit définie sur par
Continuité en . Quand , , donc ; et est nulle à gauche. Donc est continue en , et elle est continue sur .
Dérivée sur . Pour , . Pour , la dérivation d'une composée donne
Limite de la dérivée en . À gauche, . À droite, posons : quand , et
par croissances comparées. Donc quand .
Conclusion. Le théorème de la limite de la dérivée s'applique : est dérivable en , , et est continue en . La fonction est donc de classe sur .
Exemple
La réciproque du théorème est fausse. Soit définie sur par
est dérivable en . Pour , le taux d'accroissement en vaut
dont la valeur absolue est majorée par . Il tend donc vers quand : est dérivable en et .
Calcul de ailleurs. Pour , les théorèmes d'opérations donnent
n'a pas de limite en . Posons et pour : ces deux suites tendent vers en restant non nulles. Or
Les deux suites images ont des limites différentes, donc n'a pas de limite en .
Moralité. La fonction est dérivable sur tout entier, mais sa dérivée n'est pas continue en : n'est pas de classe . Le théorème de la limite de la dérivée donne donc une condition suffisante de dérivabilité, jamais nécessaire : lorsque son hypothèse 3 est en défaut, il faut revenir à la définition.
Dérivées successives et fonctions de classe
Définitions
Définition
Soit . On définit par récurrence les dérivées successives de en posant , puis, tant que c'est possible,
On note , , , et au-delà.
- est fois dérivable sur lorsque existe sur .
- est de classe sur lorsque est fois dérivable sur et que est continue sur . On note cet ensemble.
- est de classe sur lorsqu'elle est de classe pour tout .
Le cas redonne la continuité : est l'ensemble des fonctions continues sur .
Propriété
Pour tout , on a les inclusions
Démonstration. La première inclusion est la définition. Pour la deuxième : si est fois dérivable, alors est dérivable sur , donc continue sur d'après le paragraphe 12.5 ; ainsi est de classe . La troisième est de nouveau la définition.
Exemple
a. Les fonctions polynomiales, , , , , sont de classe sur ; et le sont sur ; une fonction rationnelle l'est sur tout intervalle où son dénominateur ne s'annule pas.
b. Une fonction qui n'est pas . Soit , c'est-à-dire pour et pour . Pour , on trouve ; et en , le taux d'accroissement tend vers , donc . Ainsi sur : la dérivée est continue, donc est de classe , mais elle n'est pas dérivable en , donc n'est pas deux fois dérivable en .
Opérations
Propriété
Soient et deux réels, avec .
- , et pour fini.
- , la dérivée -ième étant donnée par la formule de Leibniz ci-dessous.
- Si ne s'annule pas sur , alors .
- Composition : si avec et , alors .
- Réciproque : si est strictement monotone et si ne s'annule pas sur , alors .
Les démonstrations des points 4 et 5 ne sont pas exigibles ; nous les admettons.
Démonstration des points 1 et 3. Le point 1 s'obtient par une récurrence immédiate sur , à partir de la linéarité de la dérivation. Pour le point 3, on raisonne aussi par récurrence sur : si et sont de classe avec ne s'annulant pas, alors est dérivable de dérivée
expression formée à partir de fonctions de classe par produits, différence et quotient à dénominateur non nul, donc de classe par hypothèse de récurrence (et par le point 2 pour les produits). Ainsi est de classe .
La formule de Leibniz
Propriété
Formule de Leibniz. Soient et deux fonctions fois dérivables sur . Alors est fois dérivable sur et
La ressemblance avec la formule du binôme de Newton n'est pas fortuite : la démonstration est la même, et repose sur la relation de Pascal. Pour on retrouve , et pour :
Démonstration. Par récurrence sur .
Initialisation. Pour , la formule s'écrit : elle est vraie.
Hérédité. Supposons la formule vraie au rang pour toutes fonctions fois dérivables, et soient des fonctions fois dérivables. Chaque produit est dérivable, donc l'est, et en dérivant terme à terme la somme puis en appliquant la formule du produit :
Dans , effectuons le changement d'indice , de sorte que et que parcourt :
En renommant en et en regroupant avec , il vient
Isolons le terme de la première somme et le terme de la seconde, puis regroupons les termes d'indices :
La relation de Pascal donne ; de plus et . Les trois morceaux se rassemblent donc en
ce qui est la formule au rang .
Méthode
Quand utiliser Leibniz. La formule est efficace lorsque l'un des deux facteurs a des dérivées qui s'annulent au bout d'un moment (typiquement un polynôme) ou qui suivent une loi simple (exponentielle, cosinus). On écrit alors la somme et l'on ne garde que les termes non nuls.
Exemples de dérivées -ièmes
Exemple
a. Exponentielle. Pour avec , une récurrence immédiate donne .
b. Cosinus et sinus. Montrons par récurrence que . C'est vrai pour . Si c'est vrai au rang , alors
en utilisant . De même .
c. Inverse d'une fonction affine. Pour sur un intervalle ne contenant pas , on trouve , , et par récurrence
L'hérédité se vérifie en dérivant : .
d. Produit polynôme-exponentielle par Leibniz. Calculons la dérivée -ième de pour . Posons et , de sorte que pour tout , et
Dans la somme de Leibniz, seuls survivent les termes où , c'est-à-dire :
puisque et .
e. Une fraction rationnelle. Soit sur . Vérifions d'abord l'identité
Le point c et la linéarité de la dérivation donnent alors
Fonctions convexes
Définition
Définition
Soit . On dit que est convexe sur lorsque
On dit que est concave lorsque est convexe, c'est-à-dire lorsque l'inégalité ci-dessus est renversée.
Le point appartient bien à : il est compris entre et , et est un intervalle. Quand parcourt , ce point parcourt le segment d'extrémités et , en partant de (pour ) pour arriver en (pour ).
Une fonction affine est à la fois convexe et concave, avec égalité partout. C'est le cas limite, et il éclaire la définition : la convexité mesure un écart, toujours du même côté, entre la fonction et les fonctions affines qui l'interpolent.
Position du graphe par rapport à ses sécantes
Propriété
Soit . La fonction est convexe sur si et seulement si, pour tous dans , le graphe de sur est situé au-dessous de la corde joignant à , c'est-à-dire
Démonstration. Fixons dans . L'application est une bijection de sur , de bijection réciproque
Avec cette correspondance, le second membre de la définition de la convexité se réécrit
qui est exactement l'ordonnée, à l'abscisse , de la corde joignant à — cette corde étant le graphe de la fonction affine valant en et en . Les deux inégalités sont donc la même, écrite avec ou avec , et le cas de la définition est trivial.
Le lemme des pentes
Le résultat suivant n'est pas un attendu du programme : c'est une conséquence directe de la définition, que nous établissons parce qu'elle est l'outil de toutes les démonstrations de la suite. Introduisons pour cela la notation
qui est la pente de la corde joignant les points d'abscisses et . Remarquons que .
Propriété
Lemme des pentes (croissance des pentes). Soit convexe sur et soient trois points de . Alors
Démonstration. Posons . Comme , on a , et
La convexité appliquée aux points et donne donc
Première inégalité. Retranchons aux deux membres de :
En divisant par , il vient
Seconde inégalité. Retranchons cette fois aux deux membres de , en notant que :
Multiplions par , ce qui renverse l'inégalité :
En divisant par , on obtient .
Le lemme se retient géométriquement : pour une fonction convexe, plus on prend une corde à droite, plus sa pente est grande. La convexité est une propriété de « pente croissante ».
Fonctions convexes dérivables
Propriété
Théorème. Soit dérivable sur un intervalle . Les trois assertions suivantes sont équivalentes.
- est convexe sur ;
- est croissante sur ;
- le graphe de est au-dessus de chacune de ses tangentes :
Démonstration. Nous démontrons le cycle d'implications .
. Supposons convexe et soient dans . Pour tout , le lemme des pentes appliqué au triplet donne
Faisons tendre vers par valeurs supérieures dans l'inégalité de gauche : tend vers , et le passage à la limite dans une inégalité large donne . Faisons de même tendre vers par valeurs inférieures dans l'inégalité de droite : , d'où . En combinant,
donc est croissante sur .
. Supposons croissante, fixons et posons, pour ,
La fonction est dérivable sur , avec , et . Comme est croissante :
D'après la caractérisation des variations (paragraphe 15.4), est décroissante sur et croissante sur : elle admet donc en un minimum global sur , égal à . Ainsi pour tout , ce qui est l'assertion 3.
. Supposons le graphe au-dessus de ses tangentes. Soient et ; posons . En écrivant l'assertion 3 au point , successivement pour et pour :
Multiplions la première inégalité par , la seconde par , puis additionnons :
puisque par définition. C'est exactement l'inégalité de convexité.
Propriété
Caractérisation par la dérivée seconde. Soit deux fois dérivable sur un intervalle . Alors
De même, est concave sur si et seulement si sur .
Démonstration. D'après le théorème précédent, est convexe si et seulement si est croissante sur . Or est dérivable sur l'intervalle , de dérivée : d'après la caractérisation des fonctions croissantes du paragraphe 15.4, est croissante si et seulement si sur . Le cas concave s'obtient en appliquant ce qui précède à .
C'est ce critère que l'on utilise en pratique : on calcule et on étudie son signe, exactement comme on étudie le signe de pour les variations.
Points d'inflexion
Définition
Soient et un point intérieur à . On dit que le point du graphe d'abscisse est un point d'inflexion lorsque change de convexité en , c'est-à-dire lorsqu'il existe tels que soit convexe sur et concave sur , ou l'inverse.
En un point d'inflexion, le graphe traverse sa tangente : d'un côté il est au-dessus, de l'autre au-dessous.
Propriété
Soit deux fois dérivable sur et intérieur à .
- Si le graphe de présente un point d'inflexion en , alors .
- La réciproque est fausse : ne suffit pas.
- En revanche, si change de signe en , alors le graphe présente un point d'inflexion en .
Démonstration. Point 1. Supposons convexe à gauche de et concave à droite (l'autre cas est symétrique). Alors est croissante sur et décroissante sur : la fonction admet donc en un maximum local. Comme est dérivable en (car est deux fois dérivable) et que est intérieur à , le théorème du paragraphe 14.2 appliqué à donne .
Point 2. La fonction vérifie , donc ; pourtant partout, donc est convexe sur tout entier et ne change jamais de convexité : il n'y a pas de point d'inflexion en .
Point 3. Si sur et sur , la caractérisation par donne la convexité sur le premier intervalle et la concavité sur le second : c'est la définition d'un point d'inflexion.
Exemple
Étudions la convexité de sur . On a et .
La dérivée seconde est négative sur et positive sur : la fonction est concave sur et convexe sur . Elle change de convexité en , donc le point est un point d'inflexion. La tangente en ce point a pour équation , et le graphe la traverse.
Inégalités de convexité
La convexité est une machine à produire des inégalités : il suffit d'écrire que le graphe est d'un côté de sa tangente, ou d'une de ses cordes. Voici les exemples classiques.
Exemple
a. L'inégalité . La fonction est deux fois dérivable sur avec : elle est convexe. Son graphe est donc au-dessus de sa tangente en , d'équation
D'où pour tout réel , avec égalité si et seulement si .
b. L'inégalité . La fonction est deux fois dérivable sur avec : elle est concave, donc son graphe est au-dessous de sa tangente en , d'équation . Ainsi pour , et en posant avec ,
c. L'inégalité de Jordan : sur . Sur , on a : la fonction y est concave, donc son graphe est au-dessus de ses cordes. Considérons la corde joignant les points et : c'est le segment porté par la droite d'équation
D'où, pour tout , . Combinée à l'inégalité du paragraphe 15.3, elle encadre le sinus par deux droites sur ce quart de période.
d. Moyenne géométrique et moyenne arithmétique (à deux termes). Soient . La concavité de appliquée avec donne
en utilisant . La fonction étant strictement croissante, on en déduit
On peut évidemment retrouver cette inégalité sans convexité, en développant ; l'intérêt de la démonstration ci-dessus est de montrer le mécanisme.
Méthode
Démontrer une inégalité par convexité. Trois schémas couvrent la quasi-totalité des cas.
- Position par rapport à une tangente : pour prouver où est affine, vérifier que est convexe et que est la tangente en un point bien choisi (celui où l'égalité a lieu).
- Position par rapport à une corde : pour prouver une inégalité valable sur un segment et dont les deux membres coïncident aux extrémités, penser à la corde et à la concavité.
- Définition avec : pour comparer d'une moyenne à la moyenne des , appliquer directement la définition, le plus souvent avec .
Dans tous les cas, on n'oublie pas de justifier la convexité par le signe de .
Dérivabilité des fonctions à valeurs complexes
Définition et caractérisation
Définition
Soient et . On dit que est dérivable en lorsque le taux d'accroissement
admet une limite dans quand tend vers . Cette limite est notée .
On définit de même la dérivabilité sur , les dérivées successives, et les classes pour .
Propriété
Soient et . Alors est dérivable en si et seulement si et le sont, et dans ce cas
De même, est de classe sur si et seulement si et le sont.
Démonstration. Le taux d'accroissement de en se décompose, pour , en
car est réel : la partie réelle de est le taux d'accroissement de , et sa partie imaginaire celui de . D'après la caractérisation des limites par parties réelle et imaginaire (paragraphe 11.2), admet une limite en si et seulement si ces deux taux d'accroissement réels en admettent une, et la limite de est alors la somme annoncée. L'énoncé sur les classes s'obtient par récurrence sur , en utilisant en outre la caractérisation de la continuité par parties réelle et imaginaire.
Propriété
Opérations. Soient dérivables en et . Alors et sont dérivables en , avec les formules habituelles ; si , est dérivable en avec la formule habituelle. La formule de Leibniz reste valable. Enfin, si est une fonction réelle dérivable et dérivable, alors est dérivable avec .
Démonstration. On sépare parties réelle et imaginaire et l'on applique les théorèmes de la section 13. Par exemple, pour le produit, en écrivant et avec réelles dérivables, on a , dont les deux parties sont dérivables ; le calcul de la dérivée, puis la recomposition, redonnent exactement .
Dérivée d'une exponentielle complexe
Propriété
Soit dérivable sur . Alors la fonction est dérivable sur et
En particulier, pour , la fonction est de classe sur , de dérivée .
Démonstration. Écrivons avec et réelles dérivables. Par définition de l'exponentielle complexe,
de sorte que et . Ces deux fonctions réelles sont dérivables comme produits et composées de fonctions dérivables, donc est dérivable, et
En recomposant,
la dernière égalité s'obtenant en développant le produit et en utilisant . Or et , d'où .
C'est cette formule qui légitime, au chapitre des équations différentielles, l'écriture des solutions sous forme exponentielle complexe.
Ce qui tombe en défaut dans
Propriété
Le théorème de Rolle et l'égalité des accroissements finis sont FAUX pour les fonctions à valeurs complexes.
Exemple
Soit , . Cette fonction est de classe et vérifie
Les hypothèses du théorème de Rolle sont donc satisfaites. Pourtant sa dérivée vérifie pour tout : elle ne s'annule jamais.
La raison profonde est que les démonstrations de Rolle et de l'EAF reposent sur la relation d'ordre de (maximum, extremum), qui n'existe pas dans .
Propriété
Inégalité des accroissements finis, cas complexe (admise). Soit de classe telle que pour tout . Alors
Ce résultat est admis ici : sa démonstration repose sur une majoration d'intégrale qui sera justifiée au second semestre. Retenez que l'inégalité survit au passage aux complexes, alors que l'égalité disparaît : c'est précisément parce qu'une inégalité entre modules ne demande aucun ordre sur les valeurs de .
À retenir : les méthodes du chapitre
Les grands théorèmes et leurs hypothèses
| Théorème | Hypothèses | Conclusion |
|---|---|---|
| Valeurs intermédiaires | continue sur | prend toute valeur entre et |
| Bornes atteintes | continue sur un segment | bornée, atteint et |
| Bijection | continue et strictement monotone sur | continue, même monotonie |
| Rolle | continue sur , dérivable sur , | s'annule dans |
| Accroissements finis | continue sur , dérivable sur |
La faute la plus fréquente consiste à oublier que doit être un intervalle dans tous les énoncés portant sur les variations, et que le segment doit être fermé et borné pour les bornes atteintes.
Les méthodes
Méthode
1. Calculer une limite. Dans l'ordre :
- tenter les opérations directement ; si aucune forme indéterminée n'apparaît, c'est fini ;
- en cas de forme indéterminée, transformer : factoriser le terme dominant, utiliser la quantité conjuguée, mettre sous forme exponentielle ;
- reconnaître un taux d'accroissement : une expression tend vers ;
- invoquer les croissances comparées entre exponentielle, puissance et logarithme ;
- en dernier recours, encadrer et appliquer le théorème des gendarmes.
Méthode
2. Montrer qu'une limite n'existe pas. Exhiber deux suites et tendant vers telles que et aient des limites distinctes. Les suites se choisissent en repérant des valeurs de proches de pour lesquelles prend des valeurs remarquables (typiquement et pour les oscillations en ).
Méthode
3. Prolonger par continuité en . Vérifier que admet en une limite finie , puis poser . Si la limite est infinie ou n'existe pas, le prolongement est impossible : le dire explicitement.
Méthode
4. Montrer qu'une équation a une unique solution. Continuité, stricte monotonie, valeurs ou limites aux bornes, puis conclusion par le théorème de la bijection. Localiser ensuite la solution par quelques valeurs, ou par dichotomie si l'on veut un encadrement à une précision donnée.
Méthode
5. Étudier une suite . Intervalle stable, points fixes, puis convergence par la monotonie (si est croissante) ou par l'inégalité des accroissements finis (si ), avec la majoration .
Méthode
6. Démontrer une inégalité. Trois outils, à essayer dans cet ordre.
- Étude de fonction : poser membre de gauche membre de droite, étudier le signe de , conclure par le tableau de variations et la valeur de en un point bien choisi.
- Convexité : position par rapport à une tangente ou à une corde (section 19).
- Inégalité des accroissements finis : pour majorer un écart par .
Méthode
7. Calculer une dérivée -ième. Deux voies. Soit on calcule , , , on conjecture la formule générale et on la démontre par récurrence. Soit on reconnaît un produit dont l'un des facteurs a peu de dérivées non nulles, et l'on applique la formule de Leibniz en ne gardant que les termes non nuls. Les décompositions élémentaires du type , vérifiées à la main, ramènent souvent au cas de .
Les erreurs à ne pas commettre
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Sept pièges classiques.
- Appliquer un théorème de variations sur une réunion d'intervalles : sur n'entraîne pas décroissante sur .
- Conclure d'un point critique à un extremum : en .
- Oublier l'hypothèse « point intérieur » dans la condition nécessaire d'extremum : sur , les extremums peuvent être au bord.
- Croire que la réciproque du théorème de la limite de la dérivée est vraie : est dérivable partout sans être de classe .
- Passer à la limite dans une inégalité stricte : elle devient large.
- Utiliser l'égalité des accroissements finis pour une fonction à valeurs complexes : seule l'inégalité subsiste.
- Conclure qu'une fonction a une limite parce qu'une suite particulière convient : la caractérisation séquentielle exige toutes les suites.
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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.