PC · Chapitre 04
Suites et séries de fonctions
Compléments sur les séries numériques, comparaison série-intégrale, formule de Stirling, règle de d'Alembert, convergences simple, uniforme et normale, régularité, séries entières.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Compléments sur les séries numériques
- Comparaison série-intégrale
- Formule de Stirling
- Règle de d'Alembert
- Convergences simple
- Uniforme et normale
- Régularité
- Séries entières
En première année, une suite était une suite de nombres, et une série une somme infinie de nombres. Le chapitre qui s'ouvre remplace ces nombres par des fonctions, et cette substitution en apparence anodine change tout. Une suite de fonctions ne converge plus « quelque part » : elle converge en chaque point, et rien ne garantit que ces convergences ponctuelles, prises une à une, s'organisent en un phénomène global. C'est cette tension entre le local et le global qui fait toute la difficulté, et tout l'intérêt, de ce qui suit.
L'enjeu n'est pas théorique. La plupart des fonctions intéressantes de l'analyse ne sont pas données par une formule close, mais définies comme une limite ou comme une somme : l'exponentielle par , la fonction par , les solutions d'équations différentielles à coefficients variables par des séries, quantité de fonctions spéciales de la physique par des sommes du même type. Pour chacune, les questions sont les mêmes : où est-elle définie ? est-elle continue ? dérivable ? peut-on l'intégrer terme à terme ? que vaut sa limite au bord de son domaine ? Ce chapitre fournit exactement les outils qui permettent de répondre.
La première réponse qui vient à l'esprit est la mauvaise. Dire que tend vers « point par point », c'est la convergence simple, et cette notion ne conserve à peu près rien. Elle ne conserve pas la continuité : les fonctions , toutes continues sur , convergent simplement vers une fonction qui vaut sur et en . Elle ne conserve pas l'intégrale : nous verrons des fonctions tendant simplement vers la fonction nulle sur alors que tend vers . Elle ne conserve pas la dérivabilité : les fonctions , toutes de classe , convergent vers , qui n'est pas dérivable en . Trois catastrophes, trois raisons d'exiger davantage.
Ce « davantage », c'est la convergence uniforme. L'idée tient en une phrase : au lieu de contrôler l'écart en chaque point séparément, on contrôle d'un seul coup le pire écart, c'est-à-dire le nombre . La convergence uniforme, c'est la convergence vers de cette suite de nombres. Le gain se lit dans un simple déplacement de quantificateur : dans la convergence simple, le rang à partir duquel l'écart est petit dépend du point ; dans la convergence uniforme, un seul rang convient pour tous les points à la fois. C'est cette uniformité, et elle seule, qui permettra de passer à la limite dans une continuité, dans une intégrale, dans une dérivée.
Pour les séries de fonctions, tout se ramène à la suite des sommes partielles , mais un troisième mode de convergence apparaît, propre aux séries et absolument central en pratique : la convergence normale, qui consiste à majorer par un nombre indépendant de et à vérifier que la série numérique converge. Elle est plus forte que la convergence uniforme, mais elle a un avantage décisif : elle ramène une question sur des fonctions à une question sur une série numérique à termes positifs, pour laquelle vous disposez de tout l'arsenal de première année. Neuf fois sur dix, en pratique, c'est elle qu'on utilise, et elle seule.
C'est précisément pour cela que le chapitre s'ouvre sur une section de compléments sur les séries numériques. Majorer un terme général par un ne sert à rien si l'on ne sait pas décider du sort de : il faut donc enrichir l'arsenal de première année de quatre outils, la comparaison série-intégrale, la formule de Stirling, la règle de d'Alembert et le théorème spécial des séries alternées, auxquels s'ajoute le produit de Cauchy. Ces outils ne sont pas un préambule décoratif : ils reviendront à chaque page du reste du chapitre.
Le cœur du chapitre est alors un jeu de quatre théorèmes, énoncés d'abord pour les suites de fonctions, puis transposés aux séries : la limite uniforme d'une suite de fonctions continues est continue ; on peut intervertir deux limites, c'est le théorème de la double limite ; on peut intégrer terme à terme sur un segment ; et, sous une hypothèse portant sur la suite des dérivées, on peut dériver terme à terme. Retenez dès maintenant que l'intégration se fera ici exclusivement sur des segments : les intervalles quelconques relèvent d'un autre théorème, qui sera vu au chapitre d'intégration.
La dernière partie est consacrée aux séries entières, c'est-à-dire aux séries de fonctions de la forme . Tout ce qui est établi avant s'y appliquera directement, et l'on constatera que ces séries sont d'un confort exceptionnel : leur domaine de convergence est un disque, décrit par un unique nombre appelé rayon de convergence, et leur somme est automatiquement de classe à l'intérieur de ce disque. Elles serviront plus tard, dans le chapitre de probabilités, à définir les fonctions génératrices d'une variable aléatoire à valeurs entières.
Notations valables dans tout le chapitre. La lettre désigne ou . La lettre désigne une partie de , la lettre un intervalle de non réduit à un point, et un segment avec . Une suite de fonctions est notée , chaque allant de dans , et sa limite est notée . Pour une fonction de dans , on pose , abrégé en lorsque la partie est claire. Pour une série de fonctions , la somme partielle d'ordre est , la somme est et le reste d'ordre est , de sorte que . Les fonctions circulaires réciproques sont notées , , , et les fonctions hyperboliques , , . Sauf mention contraire, toutes les intégrales de ce chapitre portent sur un segment.
Compléments sur les séries numériques
Ce que l'on suppose acquis
Avant d'ajouter de nouveaux outils, fixons ce que la première année a laissé et qui sera utilisé sans être redémontré : la définition d'une série comme suite de sommes partielles, la condition nécessaire « le terme général d'une série convergente tend vers » et sa contraposée, la divergence grossière, la comparaison des séries à termes positifs, l'équivalence des séries à termes positifs équivalents, et la convergence absolue, qui entraîne la convergence dans comme dans .
Trois familles de séries servent de mètre étalon et doivent être reconnues instantanément.
| Série de référence | Nature |
|---|---|
| , géométrique | converge si et seulement si , de somme |
| , de Riemann | converge si et seulement si |
| converge, de somme |
Remarque
Une précaution de vocabulaire, qui coûte des points chaque année. Une série n'est pas une somme. Écrire suppose que la convergence a déjà été établie : tant qu'on n'a pas prouvé que la série converge, le symbole n'a aucun sens et l'on ne peut ni le manipuler, ni le majorer, ni le couper en deux. L'ordre canonique est donc toujours : d'abord la nature, ensuite la valeur.
Le programme précise par ailleurs que l'étude des séries qui convergent sans converger absolument n'est pas un objectif en soi. Une seule situation de ce type sera exploitée, mais elle est essentielle : celle des séries alternées, traitée juste après.
La comparaison série-intégrale
Voici le premier outil vraiment nouveau, et sans doute le plus rentable de la section. L'idée est élémentaire : quand le terme général d'une série s'écrit avec monotone, la somme et l'intégrale mesurent presque la même aire, l'une par des rectangles, l'autre exactement. Comparer les deux permet de décider de la nature de la série, mais aussi, et c'est là que l'outil est irremplaçable, d'estimer des sommes partielles qui divergent ou des restes qui convergent.
Propriété
Encadrement fondamental. Soit une fonction continue par morceaux, positive et décroissante sur , où est un entier. Alors, pour tout entier ,
et, pour tous entiers et tels que ,
Démonstration. Soit un entier et soit . La fonction étant décroissante, . Ces trois quantités sont intégrables sur le segment , et la croissance de l'intégrale donne
Les deux intégrales extrêmes sont celles de fonctions constantes sur un segment de longueur : elles valent respectivement et , d'où le premier encadrement.
Sommons-le maintenant pour allant de à . Le membre du milieu se recolle par la relation de Chasles :
Le membre de gauche donne après le changement d'indice , et celui de droite donne .
La figure est la démonstration en une image, tracée ici sur la fonction décroissante . Sur chaque intervalle , deux rectangles de largeur encadrent la portion d'aire sous la courbe : le rectangle clair, de hauteur , la contient, et le rectangle foncé, de hauteur , est contenu en elle. Comme leurs aires valent exactement et , on lit directement l'encadrement annoncé sur le dessin. Sommer sur , c'est empiler ces rectangles le long de l'axe, et l'on obtient l'encadrement global. Retenez la position relative : les rectangles de gauche majorent, ceux de droite minorent, et l'inverse pour une fonction croissante.
Propriété
Critère de convergence. Soit continue par morceaux, positive et décroissante sur , avec entier. La série converge si et seulement si la suite est majorée.
Démonstration. Notons et . Comme , les deux suites et sont croissantes ; d'après le théorème de la limite monotone, chacune converge si et seulement si elle est majorée, et la série converge si et seulement si est majorée.
L'encadrement précédent, écrit avec , donne
Si est majorée par , alors pour tout : la suite est majorée. Réciproquement, si est majorée par , alors : la suite est majorée. Les deux conditions sont donc équivalentes.
Méthode
Utiliser la comparaison série-intégrale. Trois usages, à distinguer nettement.
1. Décider de la nature d'une série. Vérifier que le terme général s'écrit avec positive et monotone à partir d'un certain rang, puis appliquer le critère ci-dessus : la série converge si et seulement si les intégrales restent bornées. En pratique, on calcule une primitive de et on regarde si elle a une limite finie en .
2. Estimer une somme partielle qui diverge. On encadre entre deux intégrales, puis on calcule celles-ci explicitement. On obtient un encadrement de par deux quantités équivalentes, d'où un équivalent de .
3. Estimer un reste qui converge. On encadre la somme partielle par des intégrales sur le segment , puis on fait tendre vers dans l'encadrement obtenu. C'est le seul point technique : on n'intègre jamais sur un intervalle non borné, on intègre sur un segment et l'on passe à la limite ensuite.
Attention au sens de la monotonie : pour croissante, les inégalités de l'encadrement fondamental s'inversent, et l'on obtient . La rédaction est identique, seul le sens change.
Exemple
Usage 1 : la nature des séries de Riemann, retrouvée. Soit et , qui est continue, positive et décroissante sur . Pour ,
Si , alors , donc et l'intégrale tend vers : la suite des intégrales est majorée, la série converge. Si , alors et les intégrales ne sont pas majorées : la série diverge. Si , les intégrales valent : la série harmonique diverge. Enfin, pour , le terme général ne tend pas vers et la divergence est grossière.
On retrouve ainsi, en quatre lignes et sans aucune astuce, le résultat de première année : converge si et seulement si .
Exemple
Usage 2 : un équivalent de la somme harmonique. Posons . Appliquons l'encadrement à , positive décroissante sur , avec :
c'est-à-dire . En réarrangeant les deux inégalités,
En divisant par , qui tend vers , les deux bornes tendent vers , donc
Un pas de plus : la constante d'Euler. L'encadrement dit que la suite reste comprise entre et , donc est bornée. Montrons qu'elle est décroissante :
la dernière inégalité étant exactement l'encadrement fondamental appliqué en . Décroissante et minorée par , la suite converge : sa limite est la constante d'Euler, notée . On en déduit le développement plus précis .
Exemple
Usage 3 : encadrer le reste de . Cette série converge ; notons son reste d'ordre . Appliquons l'encadrement à sur le segment , avec :
Le membre de gauche est une somme partielle du reste : en faisant tendre vers , il tend vers , et l'inégalité large se conserve. Donc .
Pour la minoration, écrivons l'encadrement sur dans l'autre sens :
et le passage à la limite en donne . Finalement
Ce résultat est très concret : pour calculer à près, il faut sommer environ mille termes, et pas un de moins. Notez bien la mécanique : on n'a intégré que sur des segments, et le passage à l'infini s'est fait sur l'inégalité, une fois l'intégrale calculée.
Exemple
Le cas d'une fonction croissante : un avant-goût de Stirling. La fonction est croissante et positive sur , donc l'encadrement fondamental s'écrit . En sommant pour de à ,
Or , et . Les deux inégalités donnent donc
En divisant par , on obtient . C'est un premier renseignement sur la croissance de ; la formule de Stirling, énoncée maintenant, dit beaucoup plus.
La formule de Stirling
Propriété
Formule de Stirling (admise). Quand tend vers ,
Ce résultat est admis : sa démonstration n'est pas exigible au programme. On peut en donner l'idée : la comparaison série-intégrale de l'exemple précédent fournit , et un travail plus fin sur le terme d'erreur, joint à un calcul d'intégrale de Wallis pour identifier la constante, conduit au facteur .
Remarque
Ce qu'il faut lire dans cette formule : la factorielle croît comme une exponentielle corrigée. Le facteur dominant est , c'est-à-dire , et le facteur n'est qu'un ajustement polynomial. En pratique, la formule sert dans trois situations : simplifier un quotient de factorielles, obtenir un équivalent d'un coefficient binomial, et déterminer la nature d'une série dont le terme général contient des factorielles quand la règle de d'Alembert donne .
Attention : Stirling est un équivalent, pas une égalité. On n'écrit jamais , et l'on n'a pas le droit de sommer des équivalents ni de les composer par une fonction quelconque. Le passage au logarithme, en particulier, demande de la prudence : est correct, mais ce n'est pas « à un équivalent près », c'est une information strictement plus faible.
Exemple
L'équivalent du coefficient binomial central. Calculons un équivalent de .
Appliquons Stirling au numérateur et au dénominateur. D'une part
d'autre part
Le quotient de deux équivalents étant un équivalent du quotient, il vient
Contrôle numérique. Pour , , tandis que : l'écart relatif est de l'ordre de , ce qui est bien le comportement attendu d'un équivalent à ce rang.
Conséquence. La série a un terme général équivalent à : elle converge pour et diverge grossièrement pour . Nous retrouverons ce calcul au moment de déterminer un rayon de convergence.
Exemple
Nature d'une série à factorielles. Étudions . Par Stirling,
Or par croissances comparées, donc . Les deux séries étant à termes positifs, la comparaison avec la série de Riemann donne la convergence de .
La règle de d'Alembert
Propriété
Règle de d'Alembert. Soit une série d'éléments de dont le terme général est non nul à partir d'un certain rang. On suppose que
- Si , la série converge absolument.
- Si (y compris ), la série diverge grossièrement : son terme général ne tend pas vers .
- Si , on ne peut rien conclure : c'est le cas douteux.
Démonstration. Notons un rang à partir duquel .
Cas . Choisissons un réel tel que . Par définition de la limite, appliquée avec , il existe tel que pour tout , c'est-à-dire . Une récurrence immédiate donne alors
La série géométrique converge puisque ; par comparaison de séries à termes positifs, converge, donc converge absolument.
Cas . Il existe alors tel que pour tout , c'est-à-dire . La suite est donc croissante et minorée par : elle ne tend pas vers , donc non plus, et la série diverge grossièrement.
Cas . Il n'y a rien à démontrer ; les deux exemples ci-dessous prouvent qu'aucune conclusion générale n'est possible.
Remarque
Le cas douteux n'est pas un cas rare. Les séries et donnent toutes deux :
et pourtant la première diverge tandis que la seconde converge. Plus généralement, toute série dont le terme général est une fraction rationnelle en donne : la règle de d'Alembert y est totalement inopérante, et il faut se rabattre sur les équivalents, la comparaison à une série de Riemann, ou la comparaison série-intégrale.
Retenez donc la règle du choix : d'Alembert est faite pour les termes généraux multiplicatifs, ceux qui contiennent des factorielles, des puissances -ièmes ou des produits, car le quotient s'y simplifie massivement. Devant une fraction rationnelle, ou devant , ne perdez pas de temps : c'est Riemann ou l'intégrale qu'il faut appeler.
Exemple
Quatre applications directes, où le quotient se simplifie.
a. : le rapport vaut , la série converge.
b. : le rapport vaut , la série diverge grossièrement.
c. : le rapport vaut , la série converge.
d. : le rapport vaut , la série converge.
Détaillons b., qui est le plus instructif. Le rapport s'écrit
puisque . Comme , la série diverge grossièrement, ce que Stirling confirme : .
Le théorème spécial des séries alternées
Toutes les techniques précédentes portaient sur des séries à termes positifs. Voici le seul énoncé du programme qui exploite véritablement un changement de signe, et il est d'un usage constant, notamment pour établir des convergences uniformes.
Propriété
Théorème spécial des séries alternées. Soit une suite réelle telle que :
- pour tout ;
- la suite est décroissante ;
- .
Alors la série alternée converge. De plus, en notant sa somme, ses sommes partielles et ses restes :
- le reste est du signe de son premier terme, c'est-à-dire du signe de ;
- il est majoré en valeur absolue par ce premier terme : ;
- en particulier est comprise entre deux sommes partielles consécutives quelconques, et est du signe de .
Démonstration. Elle repose entièrement sur les suites adjacentes.
Les deux sous-suites sont monotones. Pour tout ,
car est décroissante. La suite des sommes partielles d'indice pair est donc décroissante. De même,
donc la suite des sommes partielles d'indice impair est croissante.
Elles sont adjacentes. Enfin
par l'hypothèse 3. Les suites et sont donc adjacentes : elles convergent vers une même limite . Comme les sous-suites d'indices pairs et impairs de convergent vers la même limite, la suite converge vers : la série converge.
Encadrement de la somme. La suite étant décroissante de limite , on a pour tout ; la suite étant croissante de limite , on a . Donc, pour tout ,
Signe et majoration du reste. Traitons les deux parités séparément.
Si est pair, alors d'après l'encadrement, donc : le reste est négatif, ce qui est bien le signe de . Par ailleurs , donc . En combinant, , d'où .
Si est impair, alors , donc , qui est le signe de . Et , donc . En combinant, , d'où encore .
Dans les deux cas, a le signe de , c'est-à-dire le signe de son premier terme, et . Enfin, en prenant dans et avec et , on obtient .
Remarque
Trois avertissements de rédaction.
1. Les trois hypothèses se vérifient, elles ne se devinent pas. La décroissance en particulier est souvent fausse au début et vraie seulement à partir d'un certain rang : c'est sans importance, on applique alors le théorème à la série tronquée, mais il faut le dire. En revanche, si la suite n'est pas monotone, le théorème ne s'applique pas, même si , et la conclusion peut être fausse.
2. « Alternée » signifie que le signe change à chaque rang. La série n'est pas alternée, et rien de ce qui précède ne s'y applique.
3. La majoration du reste est le vrai trésor. L'intérêt principal du théorème n'est pas tant la convergence que le contrôle explicite , qui donne une borne d'erreur calculable sans connaître la somme. C'est ce contrôle qui, appliqué à des fonctions, produira des convergences uniformes là où la convergence normale échoue : retenez-le, il resservira pour les séries de fonctions.
Exemple
La série harmonique alternée. La suite , pour , est positive, décroissante et de limite nulle : le théorème s'applique et converge. Sa somme vaut , comme nous le retrouverons avec les séries entières.
La majoration du reste chiffre la lenteur de cette convergence : pour approcher à près, il faut , soit environ mille termes. À titre de comparaison, la série , alternée elle aussi, atteint la même précision dès le septième terme, car .
Notez enfin que converge alors que diverge : la convergence obtenue n'est donc pas absolue. C'est exactement la situation que le théorème est fait pour traiter.
Le produit de Cauchy
Propriété
Produit de Cauchy (admis). Soient et deux séries d'éléments de absolument convergentes. On pose, pour tout ,
Alors la série converge absolument, et
Ce théorème est admis : sa démonstration n'est pas exigible au programme.
Remarque
D'où vient la formule. Développons formellement le produit des deux sommes : on obtient tous les produits pour . Il faut ensuite les ranger dans un ordre, et le produit de Cauchy consiste à les regrouper par diagonales : c'est exactement la définition de . L'hypothèse de convergence absolue est ce qui garantit que ce regroupement, et l'ordre choisi, ne modifient pas le résultat. Sans elle, l'énoncé peut tomber en défaut, et l'on n'appliquera donc jamais le produit de Cauchy à des séries dont on n'a pas d'abord établi la convergence absolue.
Exemple
Le carré de la série géométrique. Soit tel que , et prenons . Les deux séries convergent absolument, de somme chacune. Le terme général du produit de Cauchy vaut
puisque ne dépend pas de et que la somme compte termes. Le théorème donne donc
Contrôle numérique. Pour , le membre de droite vaut , et les sommes partielles du membre de gauche valent ; ; ; ; ; ; : elles tendent bien vers .
Suites de fonctions
La convergence simple
Définition
Soit une suite de fonctions de dans et soit . On dit que converge simplement vers sur lorsque, pour tout , la suite numérique converge vers .
La fonction est alors unique ; on l'appelle la limite simple de sur .
Remarque
Écrivons la définition avec ses quantificateurs, c'est le seul moyen de comprendre toute la suite :
L'ordre des quantificateurs est capital. Le rang est choisi après et après : il peut donc dépendre des deux, et l'on devrait écrire . Concrètement, cela signifie qu'un point peut être « en retard » sur un autre : à fixé, il se peut qu'aucun rang ne convienne simultanément pour tous les points de . C'est exactement ce défaut que la convergence uniforme va corriger.
L'unicité de la limite simple est immédiate : en chaque point , est la limite d'une suite de , et une suite numérique convergente a une limite unique.
Exemple
L'exemple fondateur : sur . Chaque est continue, et même de classe , sur . Déterminons la limite simple.
Si , alors puisque . Si , alors pour tout , donc . La suite converge donc simplement sur vers la fonction
La limite simple d'une suite de fonctions continues n'est donc pas continue en général : présente un saut en . Voilà la première des trois catastrophes annoncées en introduction.
Le dessin dit tout. Quand grandit, le graphe de s'écrase sur l'axe des abscisses, puis remonte brutalement vers au voisinage immédiat de . À hauteur , le graphe est franchi au point , qui tend vers : la « marche » se déplace vers la droite sans jamais s'aplatir. La limite simple, tracée en gras, est le segment nul de auquel s'ajoute le point isolé , le petit cercle blanc marquant que la valeur n'est pas atteinte en . C'est cette marche qui survit à la limite sous la forme d'un saut, et c'est elle qui empêchera la convergence d'être uniforme.
Quatre limites simples pour se faire la main. Dans chaque cas, on fixe et l'on fait tendre vers .
a. sur : limite nulle.
b. sur : limite .
c. sur : limite .
d. sur : limite si , et si .
Justifions les trois derniers. Pour b., on écrit , et le développement limité en donne . Pour c., à fixé, puisque en ; et la valeur est nulle en , ce qui est bien . Pour d., on divise numérateur et dénominateur par : à fixé, , tandis que pour tout . Le cas d. fournit donc, comme , une limite simple discontinue pour une suite de fonctions continues.
Remarque
Résumons ce que la convergence simple ne conserve pas : ni la continuité, ni le caractère borné, ni la limite en un point du bord, ni la valeur de l'intégrale, ni la dérivabilité. Chacun de ces défauts sera illustré par un contre-exemple dans la suite du chapitre. C'est une notion trop faible pour l'analyse : elle sert à identifier la fonction limite, jamais à en déduire des propriétés.
La convergence uniforme
Avant de définir la convergence uniforme, il faut disposer du nombre qui mesure l'écart global entre deux fonctions.
Définition
Soit . On pose
avec la convention lorsque n'est pas bornée sur . Ce nombre s'appelle la norme de la convergence uniforme de sur , ou norme infinie. On l'abrège en quand aucune ambiguïté n'est possible sur la partie .
Propriété
Restreinte à l'espace vectoriel des fonctions bornées de dans , l'application est une norme. En particulier, pour et bornées et ,
De plus, pour tout , on dispose de la majoration fondamentale .
Démonstration. L'homogénéité et la séparation sont immédiates à partir des propriétés de la borne supérieure. Pour l'inégalité triangulaire, soit : alors
Le membre de droite est un majorant de l'ensemble , donc il majore la borne supérieure de cet ensemble, qui est .
Définition
Soit une suite de fonctions de dans et soit . On dit que converge uniformément vers sur lorsque
c'est-à-dire lorsque la suite numérique tend vers .
Remarque
Avec des quantificateurs, la convergence uniforme s'écrit
Comparez mot à mot avec la convergence simple : les blocs et ont été échangés. Le rang est maintenant choisi avant que n'entre en scène : il ne dépend que de , et il convient pour tous les points de à la fois. C'est là toute la différence, et c'est la seule chose à retenir de ces deux lignes de quantificateurs.
La figure donne l'interprétation géométrique, celle qu'il faut avoir en tête à chaque exercice. Fixons et traçons le « tube » de rayon autour du graphe de , c'est-à-dire la bande grisée comprise entre les courbes et , en pointillés sur le dessin. Dire que , c'est exactement dire que le graphe de , ici la courbe ondulante, est entièrement contenu dans ce tube, sans en sortir en aucun point. La convergence uniforme signifie donc : aussi mince que soit le tube, les graphes de finissent par y entrer et n'en ressortent plus jamais. La convergence simple, elle, autorise le graphe à sortir du tube, pourvu que chaque point finisse individuellement par y rentrer, ce qui laisse toute la place à une bosse fugitive qui se déplace.
Méthode
Calculer en pratique. On procède toujours dans cet ordre.
1. Déterminer la limite simple . On verra plus loin que la limite uniforme, si elle existe, est nécessairement la limite simple : celle-ci est donc la seule candidate, et l'on commence toujours par la calculer, en distinguant s'il le faut plusieurs cas selon la position de .
2. Poser et essayer de majorer. On cherche une suite numérique tendant vers telle que pour tout . La majoration doit être indépendante de : c'est le seul endroit où l'on peut se tromper. On conclut alors , donc convergence uniforme. C'est la voie la plus rapide, à essayer en premier.
3. Si la majoration ne vient pas, étudier les variations de . À fixé, on dérive par rapport à , on dresse son tableau de variations sur , on en déduit son maximum, puis on regarde si ce maximum tend vers . C'est plus long, mais cela donne la valeur exacte de la norme et, en cas d'échec, le point où la convergence coince.
4. Pour réfuter, exhiber une suite de points. S'il existe une suite d'éléments de telle que ne tende pas vers , la convergence n'est pas uniforme, puisque . En pratique, est le point où la bosse se trouve : on le lit sur le tableau de variations de l'étape 3, ou on le devine là où le comportement change, typiquement , , .
Exemple
La bosse glissante : sur , pour . C'est l'exemple à connaître par cœur.
Étape 1 : limite simple. En , pour tout . Pour fixé, posons , qui tend vers : alors par croissances comparées. La suite converge donc simplement vers la fonction nulle sur .
Étape 2 : la majoration ne vient pas, on étudie les variations. Ici . La fonction est dérivable sur et, pour tout ,
Le facteur étant strictement positif, a le signe de : la fonction croît sur puis décroît sur , le point appartenant bien à pour . Son maximum vaut donc
Ainsi pour tout : cette suite constante ne tend pas vers .
Conclusion : la convergence n'est pas uniforme sur . On peut aussi rédiger avec l'étape 4, en prenant , pour lequel .
Et sur un sous-intervalle ? Soit , et plaçons-nous sur . Dès que , on a , donc est décroissante sur tout , et
toujours par croissances comparées, étant fixé. La convergence est donc uniforme sur pour tout , bien qu'elle ne le soit pas sur .
La figure explique le phénomène mieux qu'un calcul : la bosse ne s'aplatit pas, elle glisse vers l'origine en conservant exactement la hauteur , matérialisée par la ligne horizontale en pointillés et par les points marqués aux abscisses , , et . Tout point fixé finit par se retrouver à droite de la bosse, ce qui donne la convergence simple ; mais à chaque rang il existe encore un point, de plus en plus proche de , où l'écart à la limite vaut , ce qui interdit la convergence uniforme. Dès qu'on s'éloigne de l'origine en se restreignant à , la bosse finit par sortir de l'intervalle et l'uniformité est rétablie.
Remarque
La convergence uniforme dépend de la partie considérée. C'est le point que les copies oublient le plus souvent. Une même suite peut converger uniformément sur pour tout et ne pas converger uniformément sur : la bosse glissante en est l'illustration, la suite aussi, puisque
alors que nous verrons que . On n'écrit donc jamais « la suite converge uniformément » sans préciser sur quelle partie, et il faut prendre l'habitude de tester d'abord la convergence uniforme sur les segments : c'est l'hypothèse qui suffira presque toujours dans les théorèmes de régularité.
Notons au passage que la convergence uniforme sur entraîne la convergence uniforme sur toute partie , puisque : une borne supérieure sur un ensemble plus petit est plus petite.
Exemple
Une convergence uniforme établie par étude des variations : sur .
Limite simple. Pour , donc ; et pour tout . La limite simple est la fonction nulle, cette fois continue.
Variations. Pour et ,
qui est positif pour et négatif pour . Le maximum de est donc atteint en et vaut
Conclusion. Le facteur est compris entre et , il tend d'ailleurs vers , donc
et la convergence est uniforme sur . Notez le contraste avec la bosse glissante : ici aussi la bosse se déplace, son abscisse tendant vers , mais sa hauteur s'écrase, et c'est la hauteur seule qui décide.
La convergence uniforme entraîne la convergence simple
Propriété
Si converge uniformément vers sur , alors converge simplement vers sur . La réciproque est fausse.
Démonstration. Soit fixé. Pour tout , la majoration fondamentale de la norme infinie donne
Le membre de droite tend vers par hypothèse, donc par encadrement, c'est-à-dire . Ceci valant pour tout , la convergence est simple, et la limite simple est bien .
Cette propriété a une conséquence pratique qu'il faut avoir en tête dès la première ligne d'un exercice : la limite uniforme, si elle existe, est nécessairement la limite simple. On commence donc toujours par calculer la limite simple, et c'est seulement ensuite qu'on examine si la convergence est uniforme. C'est ce qui justifie l'ordre imposé dans la méthode de la section précédente.
Exemple
La réciproque est fausse : sur . Nous avons calculé la limite simple , qui vaut sur et en . Calculons la norme de l'écart. Pour , on a , et pour , . Donc
la borne supérieure valant car lorsque ; elle n'est pas atteinte, mais cela n'a aucune importance. Ainsi pour tout : cette suite ne tend pas vers , et la convergence n'est pas uniforme sur .
Variante rédigée sans borne supérieure, souvent plus rapide. Posons . Alors
qui ne tend pas vers . La convergence n'est donc pas uniforme.
Propriété
Opérations. Soient et deux suites de fonctions de dans convergeant uniformément sur vers et respectivement, et soit . Alors converge uniformément vers sur . Si de plus toutes les sont bornées sur , alors est bornée sur .
En revanche, le produit de deux suites uniformément convergentes ne converge pas uniformément en général.
Démonstration. Pour la combinaison linéaire, l'inégalité triangulaire de la norme infinie donne
Pour le caractère borné, choisissons tel que . Alors, pour tout ,
majorant fini et indépendant de .
Pour le produit, un contre-exemple suffit. Sur , posons et . Alors : la convergence est uniforme. Pourtant
qui n'est pas borné sur : la norme de cet écart vaut pour tout , et la convergence du produit n'est pas uniforme. Elle le redevient sur toute partie bornée, ce qui explique que le problème passe inaperçu sur un segment.
Continuité de la limite
Nous arrivons au premier des quatre grands théorèmes. C'est celui dont la démonstration est la plus demandée aux concours, et celui dont le mécanisme éclaire tous les autres.
Propriété
Continuité de la limite uniforme. Soit une suite de fonctions de dans convergeant uniformément sur vers . Si chaque est continue sur , alors est continue sur .
Plus précisément, si chaque est continue en un point , alors est continue en .
Démonstration. C'est le procédé dit des trois epsilons. Soit et soit .
Choix de l'indice. Comme , il existe tel que
Cet indice est fixé une fois pour toutes ; remarquez qu'il est choisi avant le point , et c'est précisément là que sert l'uniformité.
Choix du voisinage. La fonction est continue en : il existe tel que
Conclusion. Soit avec . En insérant et et en appliquant deux fois l'inégalité triangulaire,
Ainsi est continue en , et ceci pour tout .
Remarque
Le cœur de la démonstration en une phrase : les deux termes extrêmes sont contrôlés uniformément, donc par un seul indice valable pour tous les , tandis que le terme central est contrôlé par la continuité de la seule fonction . Avec la convergence simple, l'indice dépendrait de , il changerait quand varie autour de , et l'argument s'effondrerait, comme il se doit puisque le résultat est faux.
Une remarque de rédaction : le découpage en trois tiers n'a rien de sacré, n'importe quel découpage en trois morceaux de somme conviendrait. Ce qui compte, et ce qu'un correcteur cherche, c'est l'ordre dans lequel les objets sont choisis : d'abord , puis grâce à l'uniformité, puis grâce à la continuité de , et enfin .
Remarque
On peut affaiblir l'hypothèse : la continuité est une propriété locale. Supposons les continues sur un intervalle et convergeant uniformément vers sur tout segment inclus dans . Alors est continue sur .
En effet, soit . Il existe un segment qui est un voisinage de dans : si est intérieur à , on prend ; si est une extrémité de , on prend un segment d'origine . La convergence est uniforme sur ce segment, donc y est continue d'après le théorème, donc en particulier en . Comme la continuité en ne dépend que du comportement de au voisinage de , on conclut.
C'est l'hypothèse à retenir : « convergence uniforme sur tout segment de ». Elle est bien plus souple que la convergence uniforme sur , et elle suffit pour la continuité comme pour la dérivation. Le commentaire officiel du programme le dit d'ailleurs explicitement : en pratique, on vérifie la convergence uniforme sur tout segment, ou sur d'autres intervalles adaptés à la situation.
Propriété
Contraposée, d'usage constant. Si les sont continues sur et si la limite simple n'est pas continue sur , alors la convergence n'est pas uniforme sur .
Démonstration. C'est la contraposée exacte du théorème : si la convergence était uniforme, serait continue.
Exemple
Application immédiate, et le piège du sens de l'implication. Reprenons sur . Les sont continues et la limite simple est discontinue en : la convergence n'est donc pas uniforme sur , sans le moindre calcul de borne supérieure. En revanche, sur avec , la limite simple est la fonction nulle, qui est continue : le critère ne dit rien, et il faut revenir au calcul , qui donne bien la convergence uniforme.
Attention au sens de l'implication : une limite simple continue n'entraîne pas la convergence uniforme. La bosse glissante a pour limite simple la fonction nulle, parfaitement continue, sans converger uniformément sur .
Exemple
Le théorème dans le bon sens : sur , pour .
Limite simple. En , . Pour fixé, on divise par : . La limite simple est donc sur tout entier, y compris en .
Convergence uniforme. Pour tout ,
la dernière majoration venant de pour , l'écart étant nul en . Donc : la convergence est uniforme.
Lecture. Les sont continues, la convergence est uniforme : le théorème garantit que la limite est continue, ce que l'on vérifie ici directement puisque . Tout l'intérêt de l'énoncé apparaît quand la limite n'est pas calculable explicitement : il permet alors d'affirmer sa continuité sans jamais l'écrire.
Intégration sur un segment
Propriété
Interversion limite-intégrale sur un segment. Soit une suite de fonctions continues sur le segment , à valeurs dans , convergeant uniformément sur vers . Alors est continue sur , la suite converge et
On dispose de plus de la majoration explicite de l'erreur
Démonstration. La fonction est continue sur comme limite uniforme de fonctions continues, d'après le théorème de 2.4 ; elle est donc intégrable sur ce segment et a un sens. Par linéarité de l'intégrale, puis inégalité triangulaire et croissance de l'intégrale,
la dernière ligne intégrant une constante sur un segment de longueur . Le membre de droite tend vers par hypothèse, d'où la conclusion par encadrement.
Remarque
Le facteur explique tout. L'erreur commise est au plus la longueur du segment multipliée par l'écart uniforme. C'est pour cela que le théorème est si simple sur un segment, et c'est pour cela qu'il tombe en panne dès que l'intervalle est de longueur infinie, le facteur devenant alors . Le cas d'un intervalle quelconque relève d'un autre théorème, qui sera vu au chapitre d'intégration : dans tout le présent chapitre, on n'intègre que sur des segments, et c'est une hypothèse qu'il faut vérifier et écrire à chaque fois.
Notez aussi que l'hypothèse porte ici sur la convergence uniforme sur le segment d'intégration lui-même : contrairement à la continuité, ce n'est pas une propriété locale, et « uniforme sur tout segment » ne serait pas une hypothèse plus faible puisque le segment est fixé par l'énoncé.
Remarque
Sans convergence uniforme, la conclusion est fausse. Considérons, sur , la suite , pour . Chaque est continue.
Limite simple. En , . Pour fixé, par croissances comparées, le facteur exponentiel l'emportant sur le facteur . La limite simple est la fonction nulle, d'intégrale nulle.
Calcul de l'intégrale. La fonction est une primitive de , donc
L'interversion est donc fausse ici. Et pour cause : en , on a . Loin de tendre vers , la quantité tend vers : c'est une bosse qui glisse vers en grandissant, et l'aire qu'elle emporte avec elle ne disparaît pas. Voilà la deuxième catastrophe annoncée en introduction.
Exemple
Calcul d'une limite d'intégrales. Déterminons .
Limite simple. À fixé, , donc .
Convergence uniforme sur . Pour tout ,
où l'on a majoré par , puis utilisé pour . La majoration est indépendante de , donc la norme de l'écart est majorée par , qui tend vers .
Conclusion. Les sont continues sur le segment et la convergence y est uniforme : le théorème s'applique et
La majoration de l'erreur donne même la vitesse : l'écart entre l'intégrale d'indice et sa limite est au plus .
Dérivation et classe
Le théorème de dérivation est le plus délicat des quatre, parce que son hypothèse ne porte pas sur ce que l'on croit. Lisez l'énoncé deux fois.
Propriété
Théorème de dérivation, version . Soient un intervalle et une suite de fonctions de classe de dans . On suppose :
- la suite converge simplement sur vers une fonction ;
- la suite des dérivées converge uniformément sur tout segment de vers une fonction .
Alors est de classe sur , , et la convergence de vers est uniforme sur tout segment de . Autrement dit
Démonstration. Fixons .
Formule intégrale. Chaque est de classe sur , donc y est continue, et le théorème fondamental de l'analyse donne, pour tout ,
Passage à la limite. Soit fixé. Le segment d'extrémités et est inclus dans , puisque est un intervalle. Par hypothèse, converge uniformément sur vers , et les y sont continues : le théorème d'intégration sur un segment de 2.5 s'applique et donne
Par ailleurs et par convergence simple. En passant à la limite dans la formule intégrale, il vient
Conclusion. La fonction est continue sur : en effet, elle est limite uniforme sur tout segment de des fonctions continues , et la continuité est locale. Donc est la primitive de qui s'annule en : elle est de classe , de dérivée . Par conséquent est de classe sur et .
Uniformité sur les segments. Soit un segment de contenant , quitte à l'agrandir dans . Pour , en soustrayant les deux formules intégrales,
Le majorant ne dépend pas de et tend vers , donc .
Remarque
Trois avertissements, à relire avant chaque exercice.
1. C'est la suite des DÉRIVÉES qui doit converger uniformément. L'hypothèse d'uniformité porte sur , pas sur . C'est contre-intuitif et c'est pourtant le cœur du théorème : la convergence uniforme de ne dit rien sur la dérivabilité de la limite, tandis que celle de dit tout.
2. Pour elle-même, la convergence simple suffit, et le théorème offre en prime la convergence uniforme sur tout segment, qu'il est donc inutile de démontrer à part.
3. Il faut la convergence en au moins un point. On peut même remplacer l'hypothèse 1 par : il existe tel que la suite numérique converge. La démonstration est inchangée, et la formule intégrale montre alors que converge pour tout : la convergence simple sur est automatique. Cette hypothèse en un point ne peut en revanche pas être supprimée : les fonctions constantes ont toutes une dérivée nulle, la convergence de est on ne peut plus uniforme, et pourtant ne converge nulle part.
Exemple
Contre-exemple 1 : convergence uniforme sans information sur la dérivée. Soit sur , pour . Chaque est de classe , et
donc converge uniformément sur vers la fonction nulle , qui est dérivable de dérivée nulle. Mais , et cette suite ne converge même pas simplement : en , diverge. La conclusion « » n'a donc ici aucun sens, et c'est bien l'hypothèse 2 qui manque. La convergence uniforme de , aussi bonne soit-elle, ne remplace jamais celle de .
Exemple
Contre-exemple 2 : une limite uniforme non dérivable. Soit sur , pour . Chaque est de classe , l'expression sous la racine étant strictement positive.
Convergence uniforme vers la valeur absolue. Pour tout , la quantité conjuguée donne
majoration indépendante de . La convergence est donc uniforme sur vers , qui n'est pas dérivable en . Voilà la troisième catastrophe annoncée en introduction.
Où est passée l'hypothèse 2 ? On calcule . Pour fixé, ; pour , ; et pour tout . La suite converge donc simplement vers une fonction discontinue en : la convergence ne peut pas être uniforme sur un segment contenant , sans quoi la limite serait continue. Le théorème ne s'applique pas, et sa conclusion est effectivement fausse.
Sur avec , en revanche, on vérifie que converge uniformément vers la fonction constante , et l'on retrouve bien que la limite y est de classe de dérivée .
Propriété
Extension à la classe . Soient , un intervalle et une suite de fonctions de classe de dans . On suppose :
- pour tout , la suite converge simplement sur vers une fonction ;
- la suite converge uniformément sur tout segment de vers une fonction .
Alors est de classe sur et, pour tout , . De plus, chacune des suites converge uniformément sur tout segment de .
En particulier, si les sont de classe et si, pour tout , la suite converge uniformément sur tout segment de , alors est de classe sur et pour tout .
Démonstration. Par récurrence sur . Pour , c'est le théorème précédent. Supposons le résultat acquis au rang et plaçons-nous au rang . Appliquons l'hypothèse de récurrence à la suite : ses termes sont de classe , ses dérivées d'ordre à convergent simplement, ce sont les pour allant de à , et sa dérivée d'ordre converge uniformément sur tout segment. On en déduit que est de classe avec . Le théorème appliqué à donne alors que est de classe avec ; comme est de classe , la fonction est de classe , et ses dérivées successives sont bien les .
Pour le cas , il suffit d'appliquer ce qui précède pour chaque : la fonction est de classe pour tout , donc de classe .
Exemple
Jusqu'où peut-on monter ? sur , pour . Chaque est de classe .
Ordre . : convergence uniforme sur vers la fonction nulle.
Ordre . , donc : convergence uniforme vers la fonction nulle. Les hypothèses du théorème sont réunies, et il donne , ce qui est correct puisque .
Ordre . , et il suffit d'un point pour bloquer : en , la suite prend indéfiniment les valeurs , , , , donc elle diverge. La suite ne converge même pas simplement, et l'hypothèse du théorème est en défaut.
La morale : chaque dérivation fait perdre une puissance de , et la suite des dérivées finit toujours par cesser de converger. Le théorème sert précisément à mesurer jusqu'à quel ordre on peut aller, ordre par ordre, sans jamais présumer du suivant.
Séries de fonctions
Les trois modes de convergence
Définition
Soit une suite de fonctions de dans . La série de fonctions est la suite des sommes partielles
- La série converge simplement sur lorsque la suite de fonctions converge simplement sur , c'est-à-dire lorsque, pour tout , la série numérique converge. On note alors la somme de la série, et
le reste d'ordre .
- La série converge uniformément sur lorsque la suite de fonctions converge uniformément sur .
Remarque
Le reste n'a de sens que si la série converge simplement : parler de avant d'avoir établi la convergence simple est une faute de rédaction. L'ordre canonique d'une étude est donc invariablement le suivant : convergence simple d'abord, pour que et existent, puis nature de la convergence.
Attention également à ne pas confondre deux énoncés voisins : la convergence simple de n'est pas la convergence de la suite vers , même si cette dernière en est une conséquence en chaque point.
Propriété
Supposons que converge simplement sur , de somme et de restes . Alors
Démonstration. Par définition, la convergence uniforme de la série est celle de la suite vers , c'est-à-dire . Or, pour tout , la relation donne , d'où puis, en passant à la borne supérieure sur ,
Les deux conditions sont donc littéralement la même.
Retenez la traduction pratique : étudier la convergence uniforme d'une série, c'est majorer le reste par une quantité indépendante de qui tend vers . Contrairement au cas des suites, on ne dispose en général d'aucune formule pour : la majoration du reste devra donc venir d'ailleurs, et c'est précisément ce que fournissent la convergence normale et le théorème spécial des séries alternées.
Propriété
Condition nécessaire de convergence uniforme. Si la série converge uniformément sur , alors .
Démonstration. Pour , on a , et comme et , il vient . L'inégalité triangulaire donne alors
les deux restes tendant vers par hypothèse.
C'est l'exact analogue du « le terme général d'une série convergente tend vers » de première année, et il s'emploie de la même façon : par contraposée, pour réfuter. Ainsi, la série ne converge pas uniformément sur , puisque la norme infinie de y vaut et ne tend pas vers : une ligne suffit, là où le calcul du reste en demanderait trois. Attention toutefois au sens de l'implication : cette condition est nécessaire, pas suffisante.
Définition
La série de fonctions converge normalement sur lorsque, pour tout , la fonction est bornée sur , et lorsque la série numérique à termes positifs
converge.
Propriété
Hiérarchie des trois modes. Pour une série de fonctions sur une partie :
De plus, la convergence normale sur entraîne la convergence absolue de la série numérique en tout point de . Aucune des réciproques n'est vraie.
Démonstration. La seconde implication est celle des suites de fonctions appliquée à : elle est déjà démontrée pour les suites de fonctions. Prouvons la première.
Convergence absolue en tout point, donc convergence simple. Supposons convergente et fixons . Pour tout , on a . Par comparaison de séries à termes positifs, la série converge : la série numérique est donc absolument convergente, donc convergente dans . La série de fonctions converge donc simplement sur , et son reste est bien défini.
Majoration du reste. Soient et . En passant à la limite dans l'inégalité triangulaire appliquée aux sommes partielles, puis en majorant terme à terme,
Notons le reste d'ordre de la série numérique convergente . Le nombre ne dépend pas de : c'est donc un majorant de pour tout , d'où
Or le reste d'une série numérique convergente tend vers , donc , puis par encadrement. D'après la caractérisation précédente, la série converge uniformément sur .
| Mode sur | Ce que l'on écrit | Comment on l'obtient |
|---|---|---|
| Simple | à fixé, converge | nature d'une série numérique |
| Uniforme | majoration du reste, uniforme en | |
| Normale | converge | majorant indépendant de |
Remarque
Convergence normale et convergence absolue : deux choses différentes. La démonstration ci-dessus montre que la convergence normale sur entraîne, en chaque point, la convergence absolue de . La réciproque est fausse, et l'écart est considérable : la série sur est à termes positifs, donc absolument convergente en chaque point, et nous verrons qu'elle ne converge même pas uniformément. La convergence absolue est une propriété ponctuelle ; la convergence normale est une propriété globale, qui exige que la majoration soit indépendante de . On n'écrit donc jamais « la série converge absolument, donc normalement ».
Exemple
Une série de fonctions continues dont la somme est discontinue. Considérons, sur , la série avec . Chaque est polynomiale, donc continue.
Somme partielle. Pour tout , la somme est télescopique après développement :
Convergence simple. Si , alors donc ; et pour tout . La série converge donc simplement sur , de somme
Reste et convergence uniforme. Pour , , et . Donc
La convergence n'est pas uniforme sur , alors qu'elle est simple. On le voit aussi sans calcul : la somme d'une série uniformément convergente de fonctions continues est continue, comme nous le démontrerons un peu plus loin, or ne l'est pas en .
Exemple
Convergence normale sur tout entier. Soit avec . Pour tout et tout ,
majoration indépendante de , donc , et il y a même égalité, le sinus atteignant la valeur en . La série de Riemann converge, donc converge normalement sur , donc uniformément, donc simplement. Sa somme est définie sur tout entier, et nous verrons qu'elle y est continue.
Exemple
Normale sur tout segment, mais pas uniforme sur l'intervalle. Soit sur .
Sur : la norme infinie de vaut , et diverge grossièrement, donc pas de convergence normale. Pire, la somme vaut et le reste
n'est même pas borné sur , puisque le dénominateur tend vers quand : donc pas de convergence uniforme non plus.
Sur un segment avec : la norme infinie vaut et converge, série géométrique de raison , donc convergence normale sur , donc uniforme. Comme tout segment inclus dans est inclus dans un tel , la série converge normalement sur tout segment de .
C'est la situation la plus fréquente en pratique, et c'est exactement l'hypothèse dont les théorèmes de régularité auront besoin : on renonce à l'uniformité globale, on l'obtient sur tout segment, et cela suffit.
Prouver une convergence normale, et que faire quand elle échoue
Méthode
Prouver une convergence normale. On ne calcule presque jamais exactement : il suffit de majorer. Concrètement, on cherche une suite numérique telle que
La majoration doit être indépendante de : c'est le seul point où l'on peut se tromper, et c'est aussi celui que les correcteurs regardent en premier. On conclut alors , donc converge par comparaison, donc la convergence est normale, donc uniforme, donc simple. En une ligne, on obtient les trois.
Pour établir la nature de , on dispose maintenant de tout l'arsenal : séries de Riemann, séries géométriques, équivalents, règle de d'Alembert, comparaison série-intégrale, tous vus en partie 1.
Quand la majoration résiste, il reste l'étude de fonction : à fixé, on dérive par rapport à et l'on calcule son maximum sur , exactement comme pour une suite de fonctions.
Méthode
Quand la convergence normale échoue. Trois recours, dans cet ordre.
1. Se restreindre. La convergence normale échoue très souvent au bord du domaine, et seulement là. On la cherche alors sur tout segment inclus dans l'intérieur du domaine, ou sur une demi-droite avec strictement à l'intérieur. C'est presque toujours suffisant pour la continuité et la dérivation.
2. Majorer directement le reste. C'est la définition même de la convergence uniforme : on cherche une suite tendant vers telle que pour tout . Encore faut-il savoir majorer , ce qui suppose de connaître la somme, ou d'être dans le cas suivant.
3. Invoquer le théorème spécial des séries alternées. C'est l'outil à dégainer dès qu'une série alternée refuse la convergence normale, ce qui arrive systématiquement quand se comporte comme . On écrit et l'on vérifie, pour chaque fixé, les trois hypothèses en : positivité de , décroissance de la suite , et limite nulle. Le théorème donne alors la convergence simple, et surtout
Il ne reste qu'une chose à vérifier : si , la convergence est uniforme sur .
Attention : les hypothèses 1, 2, 3 se vérifient à fixé, en faisant varier . Ne jamais étudier par erreur la monotonie en .
Exemple
Une série uniformément convergente qui n'est pas normalement convergente. Soit avec , sur .
Pas de convergence normale. Pour fixé, la fonction est positive et décroissante sur , donc
valeur atteinte en . La série est la série harmonique, elle diverge : il n'y a pas convergence normale sur , et il n'y en a d'ailleurs sur aucune partie contenant .
Convergence uniforme quand même. Fixons et posons . La suite est positive, décroissante en et tend vers : le théorème spécial des séries alternées s'applique, la série converge, et son reste vérifie
Cette majoration ne dépend pas de , donc : la série converge uniformément sur .
La convergence uniforme est donc strictement plus faible que la convergence normale, et le théorème spécial est exactement l'outil qui permet d'atteindre l'une sans l'autre.
Exemple
Étude complète de sur . Posons .
Hypothèses du théorème spécial, à fixé. La positivité est claire. Pour la décroissance,
donc . Enfin .
Conclusion. Le théorème s'applique pour chaque : la série converge simplement sur , et
majoration indépendante de . Donc la convergence est uniforme sur , alors qu'elle n'y est pas normale puisque , atteint en , est le terme général de la série harmonique.
Continuité de la somme
Tout ce qui suit se transpose des suites aux séries sans aucune démonstration nouvelle : il suffit d'appliquer le théorème correspondant à la suite des sommes partielles , en observant que hérite des propriétés des , une somme finie de fonctions continues étant continue, une somme finie de fonctions de classe étant de classe et se dérivant terme à terme, une somme finie s'intégrant terme à terme. Nous le disons une fois pour toutes, et nous rédigerons néanmoins chaque transposition, car c'est ainsi qu'elle est attendue dans les copies.
Propriété
Continuité de la somme. Soit une série de fonctions continues sur un intervalle , à valeurs dans . Si converge uniformément sur , ou, ce qui suffit, uniformément sur tout segment de , alors la somme
est continue sur .
Démonstration. Chaque somme partielle est continue sur comme somme finie de fonctions continues, et la suite converge uniformément sur tout segment de vers . Le théorème de continuité pour les suites de fonctions, dans sa version locale établie pour les suites de fonctions, donne la continuité de sur .
Remarque
En pratique, l'hypothèse se vérifie presque toujours sous la forme : convergence normale sur tout segment de . C'est la formulation à écrire dans les copies, car elle se démontre par une simple majoration numérique et elle entraîne la convergence uniforme sur tout segment. Écrire « la série converge normalement sur tout segment de , donc uniformément, donc la somme est continue sur » est la phrase type de ce chapitre.
Exemple
Deux applications directes.
a. La somme de est continue sur : nous avons établi la convergence normale sur , et les termes sont continus.
b. La somme de est continue sur : la convergence est normale sur tout segment avec , puisque la norme infinie du terme général y vaut , terme général d'une série géométrique convergente. Tout segment de étant inclus dans un tel , la continuité suit. On le savait, la somme valant , mais l'argument ne dépend pas de cette formule close.
Le théorème de la double limite
Propriété
Théorème de la double limite (admis). Soit une série de fonctions de dans convergeant uniformément sur , de somme . Soit un point adhérent à , éventuellement si n'est pas majorée, ou si n'est pas minorée. On suppose que, pour tout , la fonction admet une limite finie en .
Alors la série numérique converge, la fonction admet une limite finie en , et
L'énoncé correspondant pour une suite de fonctions convergeant uniformément vers sur s'écrit : si chaque admet une limite finie en , alors converge, admet une limite finie en , et
Ce théorème est admis : sa démonstration est hors programme.
Remarque
Ce que dit vraiment l'énoncé. Rangeons les valeurs dans un tableau à double entrée, les lignes indexées par et les colonnes par . Passer à la limite en puis en , ou en puis en , ce sont deux parcours différents de ce tableau, et rien ne garantit a priori qu'ils donnent le même résultat. La convergence uniforme est précisément l'hypothèse qui autorise l'interversion des deux limites, et le théorème affirme en prime que les deux limites existent dès que l'une des deux familles est bien définie.
Notez que le théorème contient celui de continuité : si et si les sont continues en , alors , et la conclusion s'écrit , c'est-à-dire la continuité de en . La nouveauté est donc le cas où n'appartient pas à , en particulier .
Remarque
Le piège à connaître : « uniforme sur tout segment » ne suffit pas ici. C'est le seul des quatre théorèmes pour lequel la convergence uniforme sur tout segment est insuffisante quand . Il faut la convergence uniforme sur une partie qui « atteint » , c'est-à-dire sur un voisinage de dans .
Contre-exemple, sur une suite pour aller au plus court. Soit sur , et . À fixé, , donc la limite simple est la fonction nulle, dont la limite en vaut . Mais pour chaque , , donc . Les deux chemins donnent et : l'interversion est fausse. C'est que la convergence n'est pas uniforme sur , la fonction étant croissante de borne supérieure . Elle l'est pourtant sur tout segment , où la norme de l'écart vaut . La convergence uniforme sur tout segment ne dit donc rien du comportement à l'infini.
Exemple
Limite en d'une somme de série. Soit pour . Pour tout et tout , : la convergence est normale, donc uniforme, sur tout entier, ce qui est bien une partie atteignant . Chaque terme tend vers quand , donc pour tout , et le théorème donne
Insistons : ce résultat n'a rien d'automatique. Sans convergence uniforme, une somme de termes tendant tous vers peut parfaitement tendre vers une limite non nulle, comme le montre lorsque : chaque terme tend vers , alors que la somme vaut constamment sur .
Intégration terme à terme sur un segment
Propriété
Intégration terme à terme. Soit une série de fonctions continues sur le segment , convergeant uniformément sur , de somme . Alors est continue sur , la série numérique converge, et
Démonstration. On applique le théorème d'intégration sur un segment de 2.5 à la suite : ses termes sont continus comme sommes finies de fonctions continues, et elle converge uniformément vers sur , donc . Or, par linéarité de l'intégrale sur une somme finie,
qui est exactement la somme partielle d'ordre de la série . Cette suite converge donc, ce qui est la convergence de la série , et sa somme vaut .
Remarque
Deux hypothèses à ne jamais escamoter. D'abord le domaine d'intégration est un segment : dans ce chapitre, il n'existe aucun énoncé permettant d'intégrer terme à terme sur un intervalle non borné ou ouvert, et l'écrire serait une faute lourde. Ensuite la convergence uniforme est requise sur le segment d'intégration lui-même, pas seulement sur tout segment d'un intervalle plus grand.
Notez que la convergence normale sur suffit et donne en prime la majoration
utile pour estimer la vitesse de convergence de la série des intégrales.
Exemple
Deux calculs de sommes par intégration terme à terme. Fixons .
a. Intégrons la série géométrique sur le segment . Sur ce segment, la norme infinie de vaut , terme général d'une série géométrique convergente : la convergence est normale, donc uniforme, et les fonctions sont continues. Le théorème s'applique :
Le membre de gauche vaut , d'où, pour tout ,
b. Le même schéma, appliqué à la série géométrique de raison , donne un autre développement classique. Pour , on a , la norme infinie du terme général valant , terme général d'une série convergente : la convergence est normale sur . En intégrant terme à terme,
Ces deux résultats seront retrouvés en partie 4 par primitivation d'une série entière ; il est utile de constater qu'ils s'obtiennent déjà ici, avec les seuls théorèmes sur les séries de fonctions.
Dérivation terme à terme
Propriété
Dérivation terme à terme, version . Soient un intervalle et une série de fonctions de classe de dans . On suppose :
- la série converge simplement sur , et il suffit même qu'elle converge en un point de ;
- la série des dérivées converge uniformément sur tout segment de .
Alors la somme est de classe sur , la série converge uniformément sur tout segment de , et
Démonstration. Notons les sommes partielles et la somme de la série des dérivées, définie sur par l'hypothèse 2.
Les hypothèses du théorème pour les suites sont réunies. D'abord, chaque est de classe sur comme somme finie de fonctions de classe , et sa dérivée se calcule terme à terme :
Ensuite, l'hypothèse 1 dit exactement que la suite converge simplement sur , vers . Enfin, la suite est la suite des sommes partielles de la série : l'hypothèse 2 dit exactement qu'elle converge uniformément sur tout segment de , vers .
Application. Le théorème de dérivation pour les suites de fonctions, établi plus haut, s'applique donc à : la limite simple est de classe sur , sa dérivée est la limite des dérivées, c'est-à-dire
et la convergence de vers est uniforme sur tout segment de , ce qui signifie que la série converge uniformément sur tout segment de .
Propriété
Version et . Soient et une série de fonctions de classe sur . Si, pour tout , la série converge simplement sur , et si la série converge uniformément sur tout segment de , alors est de classe sur et
Si les sont de classe et si, pour tout , la série converge uniformément sur tout segment de , alors est de classe sur et se dérive terme à terme autant de fois qu'on veut.
Démonstration. Même transposition que ci-dessus : on applique à la suite la version du théorème de dérivation de 2.6, en observant qu'une somme finie de fonctions de classe est de classe et se dérive terme à terme à tout ordre. Le cas s'obtient en appliquant le résultat pour chaque .
Exemple
Dérivation terme à terme sur : .
La série. Pour tout , , majoration indépendante de : la convergence est normale sur , donc est définie et continue sur .
La série dérivée. Les fonctions sont de classe sur , avec
La série converge donc normalement sur , en particulier uniformément sur tout segment. Les deux hypothèses sont réunies : est de classe sur et .
Et à l'ordre ? La série des dérivées secondes est , dont le terme général a pour norme infinie sur : elle ne converge pas normalement, et le théorème ne permet pas de conclure que est de classe . Chaque dérivation fait perdre une puissance de : c'est ce qui limite ici la régularité démontrable.
Remarque
Quelle hypothèse pour quel théorème ? Le tri à faire avant de rédiger. Les quatre énoncés n'exigent pas la même chose, et confondre leurs hypothèses est la première cause d'erreur du chapitre.
Pour la continuité et pour la dérivation, il s'agit de propriétés locales : la convergence uniforme sur tout segment de suffit, et c'est presque toujours la seule dont on dispose. En pratique, on l'obtient par convergence normale sur tout segment.
Pour l'intégration sur , il faut la convergence uniforme sur le segment lui-même, et le domaine doit être un segment.
Pour la double limite en un point , il faut la convergence uniforme sur une partie qui atteint , typiquement tout entière ou un voisinage de dans .
Enfin, pour la dérivation, l'hypothèse forte porte sur la série , pas sur : pour cette dernière, la convergence simple, voire en un seul point, suffit.
Étudier une fonction définie par une série
Méthode
Le plan complet, attendu tel quel dans les copies. Soit .
1. Domaine de définition. À fixé, étudier la nature de la série numérique avec les outils de la partie 1 : Riemann, d'Alembert, équivalents, théorème spécial, comparaison série-intégrale. L'ensemble des pour lesquels elle converge est le domaine de .
2. Convergence normale sur tout segment de . Sur un segment bien choisi, typiquement , ou si le domaine est une demi-droite, majorer par un indépendant de avec convergente. Ne pas chercher la convergence normale sur tout entier : elle est souvent fausse au bord, et elle est inutile.
3. Continuité. Les étant continues et la convergence uniforme sur tout segment, est continue sur , ou sur l'intérieur de selon ce qu'on a réussi à établir.
4. Classe ou . Dériver terme à terme et recommencer l'étape 2 sur la série des dérivées, puis sur celle des dérivées secondes, et ainsi de suite. Écrire la majoration générale à l'ordre permet de traiter tous les ordres d'un coup et de conclure au caractère .
5. Monotonie et convexité. Lire le signe de et de sur les séries obtenues : c'est souvent immédiat, tous les termes ayant le même signe.
6. Limites aux bornes. À une borne où la convergence uniforme tient encore, souvent , utiliser le théorème de la double limite. Si la convergence uniforme est en défaut à la borne, ne rien intervertir : minorer par une somme partielle bien choisie pour obtenir une limite infinie, ou encadrer par comparaison série-intégrale pour obtenir un équivalent.
Exemple
Étude complète de la fonction . Posons , et notons .
1. Domaine. À fixé, est la série de Riemann d'exposant : elle converge si et seulement si . Donc .
2. Convergence normale sur , pour tout . Pour et , on a donc , majoration indépendante de , et converge puisque . La convergence est donc normale sur , pour tout , mais pas sur tout entier, où la borne supérieure de vaut .
3. Continuité. Les sont continues sur et la convergence est uniforme sur tout segment de cet intervalle, puisque tout segment de est inclus dans un avec . Donc est continue sur .
4. Classe . Écrivons : cette fonction est de classe et, pour tout ,
Soit . Pour tout , , majoration indépendante de . Choisissons tel que . Alors
par croissances comparées, donc et la série converge par comparaison avec la série de Riemann d'exposant . Toutes les séries dérivées convergent donc normalement sur , pour tout et tout , donc uniformément sur tout segment de : est de classe sur , avec
5. Variations et convexité. On a , le terme d'indice étant nul puisque : la fonction est strictement décroissante. Et : elle est convexe.
6a. Limite en , par la double limite. La convergence est uniforme sur , partie qui atteint , et chaque terme admet une limite en : le terme d'indice vaut constamment , donc , et pour , donc . Le théorème de la double limite donne
6b. Limite en : surtout ne pas intervertir. En , chaque terme tend vers , et diverge : la conclusion du théorème de la double limite n'aurait aucun sens, et de fait la convergence n'est pas uniforme au voisinage de . C'est ici que la comparaison série-intégrale de la partie 1 fait merveille. Fixons et appliquons l'encadrement à , positive décroissante sur , sur le segment :
Faisons tendre vers , à fixé : puisque , on a , et les deux sommes tendent respectivement vers et . Les inégalités larges se conservent, d'où
Le membre de gauche tend vers quand , donc . Mieux, en divisant l'encadrement par , on obtient , donc et
Récapitulons. La fonction est de classe , strictement décroissante et convexe sur ; elle décroît de , avec une branche équivalente à en , vers l'asymptote horizontale d'équation en . Toute cette étude a été menée sans jamais disposer d'une expression close de : c'est exactement ce que ce chapitre permet de faire.
Séries entières
Définition, lemme d'Abel et rayon de convergence
Toute la partie 3 portait sur des séries de fonctions quelconques, et l'on a vu à quel point la détermination du domaine de convergence pouvait être délicate. Les séries entières sont le cas particulier où , c'est-à-dire le cas des « polynômes de degré infini ». Cette simplicité de forme a une conséquence spectaculaire : le domaine de convergence est presque exactement un disque, entièrement décrit par un seul nombre.
Définition
Soit une suite d'éléments de , appelés coefficients.
On appelle série entière de la variable complexe associée à la série de fonctions où pour ; on la note . On appelle série entière de la variable réelle associée à la série de fonctions où pour ; on la note .
Lorsque cette série converge en un point, on appelle somme de la série entière la fonction , définie sur l'ensemble des points où la série converge, appelé domaine de convergence.
Remarque
Deux points de vocabulaire à fixer tout de suite, car ils gouvernent la suite.
Une série entière est avant tout une série de fonctions. Tous les résultats de la partie 3 s'y appliquent sans restriction : convergence simple, uniforme, normale, continuité de la somme, intégration sur un segment, dérivation terme à terme. Nous ne redémontrerons rien de tout cela ; nous nous contenterons d'en vérifier les hypothèses, ce qui, pour une série entière, sera d'une facilité déconcertante.
Une série entière converge toujours en . Avec la convention valable même pour , on a et pour : la série converge, de somme . Le domaine de convergence n'est jamais vide.
Propriété
Lemme d'Abel. Soient une suite d'éléments de et tels que la suite soit bornée. Alors, pour tout vérifiant , la série converge absolument.
Démonstration. Par hypothèse, il existe tel que pour tout .
Soit tel que . Posons , bien défini car , et qui vérifie . Pour tout ,
Or la série géométrique converge puisque . Par comparaison de séries à termes positifs, la série converge, c'est-à-dire que converge absolument.
Remarque
La force de ce lemme tient dans la faiblesse de son hypothèse. On ne suppose pas que la série converge : on suppose seulement que son terme général est borné, ce qui est bien plus faible. On l'utilise d'ailleurs le plus souvent dans le sens suivant, simple contraposée de bon sens : si converge, alors son terme général tend vers , donc il est borné, donc converge absolument pour tout .
Autrement dit : la convergence en un point entraîne la convergence absolue en tout point strictement plus proche de l'origine. Le domaine de convergence est donc héréditaire vers l'intérieur, ce qui est exactement la propriété qui va lui donner sa forme de disque.
Définition
Soit une suite d'éléments de . On pose
Le rayon de convergence de la série entière est l'élément de défini par .
Le disque ouvert de convergence est alors dans le cas d'une variable complexe, et l'intervalle ouvert de convergence est dans le cas d'une variable réelle.
Remarque
La définition a bien un sens : l'ensemble est non vide, car il contient , la suite valant , qui est bornée. La borne supérieure est prise dans : elle vaut lorsque n'est pas majoré, et elle peut valoir lorsque .
Notons aussi que est un intervalle contenant : si et , alors pour tout , donc est bornée et . Ainsi vaut soit , soit : c'est exactement ce flou en qui explique qu'on ne puisse rien dire de général sur le bord.
Propriété
Théorème de structure. Soit une série entière de rayon de convergence . Alors, pour tout :
- si , la série converge absolument ;
- si , la suite n'est pas bornée, donc la série diverge grossièrement ;
- si , avec fini et non nul, on ne peut rien dire en général.
En conséquence, le domaine de convergence vérifie .
Démonstration. Point 1. Soit tel que . Par caractérisation de la borne supérieure, comme , le réel n'est pas un majorant de : il existe donc tel que . Par définition de , la suite est bornée. On applique alors le lemme d'Abel avec , qui est bien non nul puisque : comme , la série converge absolument.
Point 2. Soit tel que . Alors , car tout élément de est majoré par . Cela signifie que la suite n'est pas bornée. Or , donc la suite n'est pas bornée non plus. En particulier elle ne tend pas vers , et la série diverge grossièrement.
Point 3. Il n'y a rien à démontrer ; l'exemple ci-dessous montre que les trois comportements sont possibles.
Conclusion. Le point 1 donne et le point 2 donne .
La figure résume tout le théorème et mérite qu'on s'y arrête. Le plan complexe se découpe en trois zones. À l'intérieur du disque grisé, de rayon , la convergence est absolue, et nous verrons plus bas qu'elle y est même normale sur tout disque fermé strictement plus petit : c'est la zone confortable, celle où l'on travaille. À l'extérieur, la divergence n'est pas une simple divergence, c'est une divergence grossière, ce qui est bien plus fort, le terme général ne tendant même pas vers . Sur le cercle en pointillés, la flèche du dessin le rappelle, rien n'est décidé par la théorie générale. Retenez la dissymétrie : à l'extérieur, l'énoncé est très fort et immédiat à utiliser ; sur le bord, on n'a rien.
Remarque
Le bord n'est pas au programme de PC. Le programme précise explicitement que l'étude des propriétés de la somme au bord de l'intervalle ouvert de convergence n'est pas un objectif. Ce que vous devez savoir, c'est qu'à l'intérieur tout va bien, qu'à l'extérieur la divergence est grossière, et que le cas n'est réglé par aucun théorème du cours. Si, dans un exercice, la valeur ou intervient, c'est qu'on vous demandera de l'étudier à la main, comme une série numérique ordinaire, avec les outils de la partie 1.
Exemple
Trois séries de rayon aux comportements différents sur le cercle. Considérons
Elles ont toutes les trois le rayon . Pour , les trois suites , et tendent vers , donc sont bornées ; pour , elles tendent toutes trois vers par croissances comparées, donc ne sont pas bornées. Donc dans les trois cas.
Elles se comportent pourtant différemment sur le cercle. En : la première donne , qui diverge grossièrement ; la deuxième donne la série harmonique, qui diverge ; la troisième donne , qui converge. En : la première diverge grossièrement ; la deuxième donne , qui converge d'après le théorème spécial des séries alternées, sans converger absolument ; la troisième converge absolument.
Conclusion à retenir : le comportement au bord ne se devine pas à partir du rayon.
Calcul pratique du rayon
Propriété
Comparaison des coefficients. Soient et deux séries entières de rayons et .
- Si à partir d'un certain rang, alors . En particulier, si , alors .
- Si , alors .
- Pour tout , la série a le même rayon que .
Démonstration. Point 1. Supposons pour , ce qui recouvre les deux formulations. Soit tel que : la suite est bornée par un certain , donc pour , . En ajustant la borne sur les premiers termes, la suite est bornée, donc et . Ceci valant pour tout , on obtient .
Point 2. Si , alors et , donc et .
Point 3. Notons le rayon de et celui de . Soit tel que , et choisissons tel que . La suite est bornée par un , et en posant ,
Or par croissances comparées, puisque : la suite est donc bornée, et aussi. Ainsi pour tout , d'où . L'inégalité inverse s'obtient en appliquant ce qui précède à la suite avec l'exposant . Donc .
Méthode
Comment calculer un rayon de convergence. Quatre techniques, à essayer dans cet ordre.
1. La règle de d'Alembert. Elle s'applique lorsque à partir d'un certain rang et que admet une limite . On a alors , avec les conventions et . En pratique, on ne récite pas la formule : on applique la règle de d'Alembert de la partie 1 à la série numérique , à fixé, en écrivant
puis on discute selon que ou .
2. La comparaison des coefficients. Un équivalent suffit à conclure, et le facteur ne change rien. C'est l'outil de choix quand les coefficients sont compliqués mais équivalents à quelque chose de simple.
3. Le retour à la définition. On étudie directement, pour , si la suite est bornée. C'est indispensable pour les séries lacunaires, celles dont une infinité de coefficients sont nuls, comme ou .
4. L'encadrement par des rayons connus. Quand les coefficients ne se calculent pas exactement, on les encadre : donne . Si les deux rayons extrêmes coïncident, le rayon cherché est déterminé.
Remarque
Piège classique des séries lacunaires. Pour une série comme , on ne peut pas appliquer la règle de d'Alembert aux coefficients : ces coefficients valent pour et pour impair, si bien que le rapport n'est même pas défini une fois sur deux et n'a en tout cas aucune limite.
La bonne méthode est de fixer et d'appliquer la règle de d'Alembert à la série numérique , où est le terme général effectif, en ne comptant que les termes non nuls. C'est parfaitement légitime : la règle de d'Alembert porte sur une série numérique, pas sur une suite de coefficients.
Exemple
Quatre calculs de rayon.
a. Par d'Alembert. Pour , on a
donc .
b. Par un équivalent. Pour , on écrit . Or a le même rayon que d'après le point 3 de la propriété, soit . Donc .
c. Par Stirling. Pour , l'équivalent obtenu par la formule de Stirling donne , dont le rayon est celui de , soit . Donc . On peut aussi appliquer d'Alembert : .
d. Une série lacunaire. Soit . Fixons et posons , non nul. Alors , constant. La série converge absolument si , c'est-à-dire , et diverge grossièrement si . Donc . On peut aussi le voir d'un mot : est géométrique de raison .
Voici enfin quelques rayons de référence, à reconnaître instantanément. Dans le troisième, désigne un réel fixé quelconque.
a. :
b. :
c. :
d. :
e. :
f. :
Opérations sur les séries entières
Propriété
Somme et produit par un scalaire. Soient et de rayons et , et soit .
- La série a pour rayon , et sa somme vaut fois celle de .
- La série a un rayon , et pour tout ,
- Si de plus , alors .
Démonstration. Point 1. Pour , la suite est bornée si et seulement si l'est : les ensembles coïncident, donc les rayons aussi. L'égalité des sommes est la linéarité de la limite.
Point 2. Soit tel que . Les deux séries convergent absolument d'après le théorème de structure, donc leur somme converge absolument, de somme la somme des sommes. Le disque est donc inclus dans le domaine de convergence de la série somme, ce qui impose .
Point 3. Supposons par exemple . On sait déjà ; supposons par l'absurde . En appliquant le point 2 aux séries et , dont la somme est , on obtient
puisque et . C'est absurde, donc .
Exemple
L'inégalité peut être stricte. Prenons et pour tout . Alors , mais : la série somme est nulle, de rayon . On a donc , ce qui montre que l'hypothèse du point 3 est indispensable. Le mécanisme est toujours le même : la stricte inégalité vient d'une compensation, laquelle suppose que les deux séries « explosent » au même endroit, donc qu'elles aient le même rayon.
Propriété
Produit de Cauchy de deux séries entières. Soient et de rayons et . On appelle produit de Cauchy de ces deux séries la série entière où
Alors son rayon vérifie et, pour tout tel que ,
Démonstration. Soit tel que . D'après le théorème de structure, les séries numériques et convergent absolument. On peut donc leur appliquer le théorème du produit de Cauchy, admis. Le terme général du produit vaut
car ne dépend pas de et se factorise. Le théorème donne la convergence absolue de et l'égalité annoncée. Ceci valant pour tout du disque , on a .
Exemple
Le développement de . Appliquons le produit de Cauchy à , de rayons . On a , donc pour tout ,
C'est le résultat déjà obtenu plus haut pour la variable réelle, désormais valable dans tout le disque unité. Le rayon de vaut d'ailleurs exactement , le facteur ne changeant pas le rayon.
Régularité de la somme, variable réelle
Nous entrons dans le cœur du sujet, et l'on va constater que les hypothèses des théorèmes de la partie 3 sont ici automatiquement satisfaites, pourvu qu'on se place sur un segment strictement plus petit que l'intervalle de convergence.
Propriété
Convergence normale sur tout segment. Soit une série entière de rayon . Alors, pour tout réel tel que , la série de fonctions converge normalement sur le disque fermé , donc uniformément sur ce disque. Dans le cas d'une variable réelle, elle converge normalement sur tout segment avec , et donc sur tout segment inclus dans .
Démonstration. Posons et fixons tel que . Pour tout tel que , on a , avec égalité lorsque . Donc
Or , donc d'après le théorème de structure la série converge absolument, c'est-à-dire que converge. La série des normes infinies converge donc : c'est exactement la définition de la convergence normale, et la convergence uniforme s'en déduit par la hiérarchie des trois modes.
Pour le cas réel, tout segment est inclus dans avec , et la convergence normale se transmet à toute partie plus petite.
Remarque
Attention, l'énoncé ne dit PAS ce qu'on aimerait qu'il dise. Il n'y a en général ni convergence normale, ni même convergence uniforme sur l'intervalle ouvert de convergence tout entier. Le rayon doit rester strictement inférieur à .
Contre-exemple, à connaître. Prenons , de rayon , sur . La norme infinie du terme général y vaut et diverge : pas de convergence normale. Et le reste vaut , qui n'est pas borné sur puisque le dénominateur tend vers en : pas de convergence uniforme non plus. Sur avec , en revanche, , et tout va bien.
Propriété
Continuité et dérivation terme à terme. Soit une série entière de la variable réelle, de rayon , et soit sa somme sur .
- Les trois séries entières , et ont le même rayon .
- est de classe sur , et pour tout de cet intervalle,
- admet sur une primitive obtenue en primitivant terme à terme :
Démonstration. Point 1. Pour , on a : les deux séries sont de même nature, donc de même rayon. Or a le même rayon que d'après le point 3 de la propriété de comparaison, avec . Pour la série primitivée, posons et pour , de sorte qu'elle s'écrive ; sa série dérivée terme à terme est , et l'on vient de voir qu'une série entière et sa dérivée ont le même rayon.
Point 2. Posons , de classe sur , avec . Vérifions les hypothèses du théorème de dérivation terme à terme de 3.6. D'une part, converge simplement sur par le théorème de structure. D'autre part, converge uniformément sur tout segment de : en effet, la série dérivée a le même rayon d'après le point 1, donc elle converge normalement sur tout segment de . Le théorème s'applique : est de classe sur et .
Une récurrence sur donne le reste. La propriété est vraie pour . Si est de classe avec la formule annoncée, alors est la somme d'une série entière de rayon , obtenue par dérivations terme à terme ; on lui applique ce qui précède, ce qui montre que est de classe , donc de classe , avec la formule au rang . Ceci valant pour tout , est de classe .
Point 3. Soit et posons . La série converge normalement, donc uniformément, sur le segment , qui contient ou , et chaque fonction y est continue. Le théorème d'intégration terme à terme sur un segment de 3.5 donne
Remarque
Insistons sur ce que ce théorème a d'extraordinaire par rapport à la partie 3. Pour une série de fonctions quelconque, obtenir la classe de la somme demande de vérifier, à chaque ordre de dérivation, une hypothèse de convergence uniforme, ce qui est souvent pénible, et l'exemple de a montré que cela s'arrête vite. Ici, tout est gratuit : toutes les séries dérivées ont le même rayon, donc convergent normalement sur les mêmes segments, et la récurrence se déroule toute seule. La somme d'une série entière est l'objet le plus régulier de l'analyse.
Propriété
Expression des coefficients, et unicité. Soit une série entière de rayon et de somme sur . Alors
En conséquence, si deux séries entières de rayons non nuls ont la même somme sur un voisinage de , alors elles ont les mêmes coefficients.
Démonstration. Formule des coefficients. D'après le point 2 de la propriété précédente, pour tout et tout ,
Évaluons en . Le terme d'indice vaut , tandis que tous les termes d'indice contiennent le facteur avec , donc s'annulent en . Il reste , soit .
Unicité. Soient et deux séries entières de rayons non nuls dont les sommes coïncident sur un intervalle avec ; quitte à diminuer , on peut le supposer inférieur aux deux rayons. Notons leur somme commune. La formule ci-dessus, appliquée successivement à chacune des deux séries, donne pour tout
Remarque
Deux conséquences pratiques, employées constamment.
1. L'identification des coefficients. Si l'on obtient une égalité de deux séries entières valable sur un voisinage de , on peut identifier terme à terme. Écrire « sur un voisinage de , donc pour tout » est un raisonnement valide, et c'est ce théorème qui le justifie. Ce n'est pas une évidence : c'est faux pour des séries de fonctions générales. C'est ce qui rendra légitime toute la méthode de résolution des équations différentielles par les séries entières.
2. Parité. Supposons somme d'une série entière de rayon . Si est paire, alors sur ; par unicité, , donc pour impair : les coefficients d'indice impair sont nuls. Si est impaire, le même raisonnement donne , donc les coefficients d'indice pair sont nuls. C'est un gain de temps considérable dans les exercices.
Fonctions développables en série entière
Jusqu'ici, nous partions d'une série entière et nous étudiions sa somme. Renversons le point de vue : on part d'une fonction , et l'on se demande si elle est la somme d'une série entière.
Définition
Soit une fonction définie sur un voisinage de , à valeurs dans . On dit que est développable en série entière au voisinage de , en abrégé DSE, s'il existe un réel et une série entière tels que, pour tout , la série converge et
Si est de classe au voisinage de , la série entière s'appelle la série de Taylor de en .
Propriété
Unicité du développement. Si est développable en série entière au voisinage de , alors ce développement est unique, est de classe au voisinage de , et le développement est nécessairement sa série de Taylor :
sur un voisinage de .
Démonstration. Supposons que deux séries entières et conviennent, sur des voisinages et de respectivement. Posons : les deux séries ont alors la même somme, à savoir , sur . Leurs rayons sont non nuls, chacun étant supérieur ou égal au correspondant. Le théorème d'unicité de 4.4 donne donc pour tout : le développement est unique.
Par ailleurs, coïncide au voisinage de avec la somme d'une série entière de rayon , laquelle est de classe sur d'après le théorème de régularité : donc est de classe au voisinage de . La même propriété donne alors , c'est-à-dire que le développement est la série de Taylor de .
Remarque
L'article défini est donc justifié : on parle du développement en série entière de , et non d'un. En pratique, cela signifie qu'on peut obtenir un développement par n'importe quel moyen, produit, dérivation, équation différentielle, ruse de calcul : dès qu'on en tient un, c'est le bon, et ses coefficients sont automatiquement les . On n'est donc jamais obligé de calculer les dérivées successives, ce qui est heureux, car c'est presque toujours le chemin le plus long.
L'outil qui permet de décider si une fonction est effectivement la somme de sa série de Taylor est la formule de Taylor avec reste intégral, vue en première année et rappelée ici.
Propriété
Formule de Taylor avec reste intégral. Soient , un intervalle contenant et une fonction de classe sur , à valeurs dans . Alors, pour tout ,
Méthode
Démontrer qu'une fonction est développable en série entière avec la formule de Taylor. Soit de classe sur . Notons
de sorte que . Alors est développable en série entière sur si et seulement si quand , pour tout de cet intervalle. La rédaction consiste donc à majorer le reste intégral et à montrer qu'il tend vers , typiquement en majorant sur le segment d'intégration.
Exemple
Le développement de l'exponentielle, entièrement justifié. Soit , de classe sur avec pour tout , donc . La formule de Taylor avec reste intégral donne, pour tout ,
Majoration du reste. Fixons et supposons d'abord . Pour , on a et , donc
Si , on majore de même en valeur absolue sur le segment et l'on obtient , la fonction étant alors majorée par . Dans les deux cas,
Conclusion. À fixé, la suite tend vers : c'est le terme général de la série convergente , dont la convergence s'obtient par la règle de d'Alembert, le rapport valant . Donc , et
Le même raisonnement s'applique mot pour mot à et , dont toutes les dérivées sont majorées par en valeur absolue : le reste est majoré par et tend vers . On obtient ainsi les développements de et du tableau ci-dessous, et de là ceux de et .
Remarque
Être de classe ne suffit pas. La condition « est de classe » est nécessaire mais pas suffisante, et c'est l'une des rares surprises de l'analyse réelle. Considérons
On montre que est de classe sur et que toutes ses dérivées sont nulles en : pour , la dérivée -ième s'écrit où est un polynôme, et cette quantité tend vers quand par croissances comparées, l'exponentielle écrasant toute puissance.
Si était développable en série entière au voisinage de , son développement serait sa série de Taylor, c'est-à-dire la série nulle, dont la somme est la fonction nulle. On aurait donc au voisinage de , ce qui est faux puisque pour . Donc est sans être développable en série entière.
La leçon : la série de Taylor d'une fonction peut parfaitement converger et converger vers une autre fonction que . Ce qui manque, c'est le contrôle du reste, et c'est bien pour cela qu'en pratique on ne démontre presque jamais un développement en calculant les dérivées successives : on le déduit d'un développement déjà connu.
Les développements usuels
Les deux tableaux suivants sont à connaître par cœur, dans les deux sens : savoir développer, et savoir reconnaître une somme. Commençons par les développements de rayon infini, tous issus de l'exponentielle.
| Fonction | Développement en série entière | Rayon |
|---|---|---|
Viennent ensuite les développements de rayon , tous issus de la série géométrique. Dans la dernière ligne, désigne un réel fixé.
| Fonction | Développement en série entière | Rayon |
|---|---|---|
| si |
Remarque
Quelques commentaires, tous utiles en exercice.
Les développements de et s'obtiennent immédiatement à partir de celui de l'exponentielle par et : dans la demi-somme, les termes d'indice impair se détruisent, et dans la demi-différence, ce sont ceux d'indice pair. La parité des fonctions confirme le résultat : et sont paires, donc n'ont que des puissances paires ; et sont impaires, donc n'ont que des puissances impaires.
Le rayon de se calcule par la règle de d'Alembert lorsque : le rapport des coefficients vaut , donc . Lorsque , le coefficient s'annule dès que , le facteur apparaissant dans le produit : la série est alors un polynôme, c'est la formule du binôme de Newton, et .
Deux cas particuliers de méritent d'être mémorisés : redonne , et donne, après le changement ,
dont le rayon se retrouve immédiatement avec l'équivalent de Stirling obtenu plus haut.
Enfin, une mise en garde de méthode : les rayons indiqués concernent l'intervalle ouvert. Ce qui se passe en ou n'est pas au programme de PC et ne doit pas être invoqué.
Méthodes de développement
Méthode
Comment développer une fonction en série entière. Cinq techniques. On ne calcule presque jamais les dérivées successives : on se ramène toujours à un développement du tableau.
1. Reconnaître un développement usuel après changement de variable. On remplace par , , , , etc., dans un développement connu, et l'on retraduit la condition de validité en fonction de la nouvelle variable.
2. Décomposer en éléments simples une fraction rationnelle, puis développer chaque élément simple avec . Le rayon obtenu est le module du pôle le plus proche de .
3. Primitiver ou dériver un développement connu. C'est le chemin obligé pour et , dont les dérivées sont des fractions rationnelles simples.
4. Faire un produit de Cauchy, lorsque la fonction est un produit de deux fonctions déjà développées.
5. Trouver une équation différentielle linéaire vérifiée par , puis la traduire en une relation de récurrence sur les coefficients. C'est la technique la plus puissante, celle qui débloque les cas où aucune des quatre précédentes ne marche, et le programme demande explicitement de savoir la mettre en œuvre.
Exemple
Technique 1 : changement de variable.
a. . On remplace par dans , valable pour tout :
Le rayon reste infini car la condition « » ne restreint pas .
b. . On remplace par dans , valable pour :
La condition s'écrit , donc . Ici le changement de variable a bel et bien modifié la contrainte : il faut la retraduire.
c. , valable pour , donc .
Exemple
Technique 2 : décomposition en éléments simples. Développons .
Factorisation. Le discriminant vaut , les racines sont , soit et : donc .
Décomposition. On cherche . En multipliant par puis en évaluant en : . En multipliant par puis en évaluant en : . Donc
Développement de chaque morceau. On a pour , et pour .
Conclusion. Pour ,
Le rayon vaut exactement : les deux séries ayant des rayons différents, et , celui de la somme est leur minimum. On peut aussi le voir directement, donc .
Contrôle. En , et . Règle générale à retenir : pour une fraction rationnelle sans pôle en , le rayon du développement est le module du pôle le plus proche de l'origine.
Exemple
Technique 3 : primitivation. Ces deux développements ne se retiennent pas, ils se retrouvent en dix secondes.
a. . Partons de , de rayon . La fonction est la primitive de qui s'annule en . La primitivation terme à terme, licite sur d'après le théorème de primitivation, donne
b. . De même, est la primitive de qui s'annule en , d'où sur
Exemple
Technique 4 : produit de Cauchy. Développons .
C'est le produit de , de rayon , par , de rayon . Le produit de Cauchy donne, pour ,
Le rayon vaut exactement . La propriété du produit donne . Réciproquement, , donc pour la suite tend vers et n'est pas bornée : .
Contrôle des premiers termes. , , . Or le produit des développements limités donne . Cela concorde.
Méthode
Technique 5 : développer à l'aide d'une équation différentielle linéaire. Le plan en quatre temps, à respecter à la lettre.
1. Trouver l'équation. Dériver et repérer une relation linéaire simple entre , , éventuellement , à coefficients polynomiaux. Écrire aussi les conditions initiales , .
2. Poser l'hypothèse et calculer. Supposer qu'il existe une série entière de rayon dont la somme vérifie la même équation avec les mêmes conditions initiales. Dériver terme à terme, licite sur , puis réindexer toutes les sommes sur la même puissance . C'est l'étape technique : on la soigne, tout le reste en dépend.
3. Identifier. L'équation devient sur un voisinage de ; par unicité des coefficients d'une série entière, pour tout . On obtient une relation de récurrence, qu'on résout.
4. Calculer le rayon, puis conclure par unicité de la solution du problème de Cauchy. Si le rayon trouvé est non nul, l'hypothèse de l'étape 2 est validée et est bien définie. Comme et sont deux solutions du même problème de Cauchy sur l'intervalle considéré, et que ce problème admet une unique solution, résultat que le programme autorise à admettre, on conclut , c'est-à-dire que le développement obtenu est bien celui de .
Exemple
Un exemple entièrement traité : le développement de . Soit , et soit , définie et de classe sur .
Étape 1 : l'équation. On a , donc . Ainsi est solution du problème de Cauchy
Étape 2 : chercher une solution développable. Supposons qu'il existe une série entière de rayon dont la somme vérifie . Sur , la dérivation terme à terme est licite et donne , d'où
la seconde somme ayant été réindexée, le terme d'indice qu'on ajoute étant nul. L'équation s'écrit donc
Étape 3 : identifier. Par unicité des coefficients d'une série entière de rayon non nul, tous les crochets sont nuls :
Avec , une récurrence immédiate donne
Étape 4 : le rayon. Si , tous les coefficients d'indice sont nuls, la série est un polynôme et : on retrouve la formule du binôme. Sinon, pour tout et la règle de d'Alembert donne
Dans les deux cas : l'hypothèse de l'étape 2 est validée, et la somme est bien définie sur , où elle vérifie par construction.
Étape 4 (suite) : conclure. Sur l'intervalle , le coefficient ne s'annule pas, et l'équation s'écrit sous forme résolue , à coefficient continu. Le problème de Cauchy formé par cette équation et la condition admet une unique solution sur , résultat que le programme autorise à admettre. Or et en sont toutes deux solutions. Donc sur :
Contrôle. Pour , on trouve , et l'on retrouve bien . Pour , on trouve et , ce que confirme le développement limité .
Exemple
Un second exemple, avec une équation d'ordre . Résolvons, sur ,
Étape 2. Cherchons une solution de rayon supposé non nul. Les conditions initiales donnent et . Sur , la dérivation terme à terme est licite et donne
la dernière égalité provenant du changement d'indice. Par ailleurs , le terme d'indice étant nul. En reportant dans :
Étape 3. Par unicité des coefficients, pour tout ,
Comme , tous les coefficients d'indice impair sont nuls, ce que l'on pouvait prévoir, l'équation et les conditions initiales étant invariantes par . Pour les indices pairs, en posant , on obtient , d'où avec
Étape 4 : rayon et conclusion. La série obtenue est lacunaire : c'est . On applique donc la règle de d'Alembert à la série numérique, à fixé : en posant , on a . La série converge absolument pour tout , donc , et l'hypothèse est validée.
On reconnaît alors le développement de l'exponentielle :
Vérification directe. Avec , on a et , donc
avec bien et . La méthode a donc produit la solution, et le contrôle final la confirme.
Séries entières de la variable complexe
Propriété
Continuité de la somme sur le disque ouvert (admise). Soit une série entière de rayon et de somme . Alors est continue sur le disque ouvert de convergence .
Ce résultat est admis : sa démonstration est hors programme. On peut toutefois indiquer d'où il vient, car le mécanisme est celui de la partie 3. La continuité étant une propriété locale, il suffit de la vérifier au voisinage de chaque tel que : on choisit tel que , la série converge normalement sur d'après l'étude de la variable réelle, chaque fonction y est continue, et le théorème de continuité de la somme s'applique. Dans le cas de la variable réelle, cette continuité sur n'est pas admise : elle a été démontrée plus haut, comme conséquence du caractère .
Exemple
Le développement de sur le disque unité. La série géométrique a pour rayon : en effet, la suite est bornée si et seulement si . Pour tout tel que , la somme partielle vaut
puisque . Donc
En tout point du cercle unité, en revanche, ne tend pas vers : la divergence est grossière, et le domaine de convergence est exactement le disque ouvert.
Définition
L'exponentielle complexe. Pour tout , on pose
Cette série entière a pour rayon : la somme est donc définie sur tout entier, et elle y est continue.
Justification du rayon. Pour fixé, posons . Alors , donc la série converge absolument par la règle de d'Alembert. Ceci valant pour tout , le rayon est infini, et la continuité découle de la propriété admise ci-dessus.
Exemple
L'exponentielle complexe est un morphisme. Montrons que pour tous .
Les deux séries et ont un rayon infini, donc convergent absolument en tout point : le produit de Cauchy s'applique. Son terme général vaut
où l'on a reconnu la formule du binôme de Newton, applicable puisque et commutent. Le théorème donne donc
En particulier , donc pour tout , d'inverse .
La formule d'Euler retrouvée. Soit . La série converge absolument ; on peut donc séparer les termes d'indice pair et impair en deux séries qui convergent chacune :
en utilisant et , puis les développements usuels de et . On retrouve ainsi la formule d'Euler, non plus comme une définition, mais comme un théorème.
Méthodes et erreurs classiques
Quel théorème pour quelle question
| La question posée | Le théorème | L'hypothèse à établir |
|---|---|---|
| Somme continue ? | continuité | uniforme sur tout segment |
| Intervertir limite et somme ? | double limite | uniforme près du point visé |
| Intégrer terme à terme ? | intégration | uniforme sur le segment |
| Dériver terme à terme ? | dérivation | uniforme pour la série dérivée |
| Régularité d'une série entière ? | régularité | rien : sur |
Méthode
Les huit réflexes du chapitre.
1. Montrer une convergence uniforme de suite. Calculer d'abord la limite simple, seule candidate, puis majorer par une suite indépendante de . Si la majoration ne vient pas, étudier les variations de à fixé.
2. Réfuter une convergence uniforme. Trois réflexes, du moins cher au plus cher : la limite simple est-elle discontinue alors que les sont continues ? sinon, exhiber une suite telle que , en cherchant là où se trouve la bosse, typiquement , , ; sinon, calculer la borne supérieure. Toujours préciser sur quelle partie la convergence échoue.
3. Choisir son mode de convergence pour une série. Tenter la normale en premier : majorer indépendamment de , puis étudier avec les outils de la partie 1. Si se comporte comme et que la série est alternée, la normale est morte : passer au théorème spécial, qui donne . Si l'uniformité globale échoue, se rabattre sur la convergence normale sur tout segment.
4. Justifier une interversion limite-intégrale. Vérifier trois choses, dans cet ordre : les fonctions sont continues, le domaine est un segment, la convergence est uniforme sur ce segment. La majoration par donne en prime la vitesse.
5. Justifier une dérivation terme à terme. L'hypothèse forte porte sur la série des dérivées. Pour elle-même, la convergence simple suffit, et une convergence en un seul point suffit même à la déclencher. Ne jamais écrire sans avoir énoncé ces deux hypothèses.
6. Étudier une fonction définie par une série. Domaine de définition, convergence normale sur tout segment, continuité, dérivations successives avec la majoration générale à l'ordre , signe de et , puis limites aux bornes. Dans cet ordre, sans sauter l'étape du domaine.
7. Calculer un rayon de convergence. D'Alembert sur si les coefficients ne s'annulent pas ; sinon, si la série est lacunaire, d'Alembert sur la série numérique à fixé. Un équivalent des coefficients suffit à conclure, et un facteur ne change rien.
8. Développer une fonction en série entière. Jamais par les dérivées successives : changement de variable, éléments simples, primitivation ou dérivation, produit de Cauchy, et en dernier recours l'équation différentielle. L'unicité garantit que le développement trouvé, quel que soit le chemin, est le bon.
Les cinq erreurs qui coûtent le plus de points
Remarque
Erreur 1 : croire que la convergence simple suffit. C'est l'erreur mère, celle dont toutes les autres découlent. Aucun des théorèmes de ce chapitre ne fonctionne avec la seule convergence simple : ni la continuité, ni l'interversion des limites, ni l'intégration, ni la dérivation. Écrire « la série converge, donc sa somme est continue » sans avoir dit un mot de l'uniformité, c'est perdre l'intégralité des points de la question. Les contre-exemples sont là pour ancrer le réflexe : pour la continuité, pour l'intégrale, pour la dérivée.
Erreur 2 : intégrer terme à terme ailleurs que sur un segment. Le théorème d'intégration de ce chapitre exige un segment , et la majoration montre pourquoi : sur un intervalle de longueur infinie, le facteur ruine l'argument. Écrire à ce stade du cours est une faute, quelle que soit la qualité de la convergence : le théorème qui autorise cela n'a pas encore été vu.
Erreur 3 : utiliser la convergence uniforme de dans le théorème de dérivation. L'hypothèse forte porte sur , pas sur . C'est contre-intuitif, et c'est vérifié à chaque copie. Rappelez-vous : la convergence vers y est uniforme sur , aussi bonne que possible, et pourtant la suite des dérivées ne converge nulle part. Une convergence uniforme sur ne dit rien, absolument rien, sur la dérivée de la limite.
Erreur 4 : conclure à la convergence normale avec un majorant qui dépend de . Écrire « , or converge, donc la convergence est normale » n'a aucun sens : le majorant doit être un nombre , pas une fonction de . La bonne rédaction majore d'abord la fonction sur la partie considérée, par exemple sur , et applique ensuite le critère à la série numérique obtenue. Relisez toujours votre majoration en vous demandant : est-ce que le a bien disparu ?
Erreur 5 : parler du comportement au bord de l'intervalle de convergence. Le programme de PC est explicite : l'étude de la somme au bord n'est pas un objectif. Tous les théorèmes de régularité des séries entières portent sur l'intervalle ouvert ou le disque ouvert , jamais sur les points de module . Écrire une égalité de sommes en « par continuité » est une faute : la continuité qu'on a démontrée s'arrête strictement avant. Si un énoncé vous conduit en , c'est qu'il vous demandera d'y travailler à la main, comme sur une série numérique ordinaire.
Remarque
Une dernière relecture, avant de rendre. Devant chaque affirmation du type « donc la somme est continue », « donc on peut dériver », « donc on peut intégrer terme à terme », posez-vous trois questions : sur quelle partie ai-je établi la convergence ? de quel mode de convergence s'agit-il, simple, uniforme ou normale ? et sur quelle suite de fonctions porte-t-elle, les ou les ? Un théorème de ce chapitre correctement invoqué se reconnaît à ce qu'il répond aux trois questions dans la même phrase.
Bloqué sur « Suites et séries de fonctions » ?
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.