PC · Chapitre 03
Espaces vectoriels normés
Normes, boules, ouverts, fermés, adhérence, densité, limites, continuité, équivalence des normes en dimension finie.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Normes
- Boules
- Ouverts
- Fermés
- Adhérence
- Densité
- Limites
- Continuité
- Équivalence des normes en dimension finie
En première année, toute l'analyse reposait sur un unique nombre : . C'est lui qui donnait un sens à « la suite tend vers », à « est continue en », à « atteint son maximum sur le segment ». Sans exception, chaque énoncé d'analyse de PCSI se ramenait à la majoration d'une valeur absolue ou d'un module. Or les objets que vous manipulez maintenant ne sont plus des nombres : ce sont des vecteurs de , des matrices, des polynômes, des fonctions. La question qui ouvre ce chapitre est donc élémentaire, et redoutable : que veut dire « ces deux matrices sont proches » ? que veut dire « cette suite de fonctions converge » ?
La réponse tient en un mot : une norme. Une norme est une application qui associe à un vecteur sa « longueur », en ne conservant de la valeur absolue que les trois propriétés dont l'analyse se servait vraiment : elle ne s'annule qu'en , elle se comporte bien vis-à-vis de la multiplication par un scalaire, et elle vérifie l'inégalité triangulaire. Dès qu'un espace vectoriel est muni d'une norme, tout le vocabulaire de l'analyse se reconstruit mécaniquement : la distance , les boules, les suites convergentes, les parties ouvertes, les parties fermées, l'adhérence, la limite, la continuité. Ce chapitre n'est rien d'autre que le déroulé patient de cette unique définition, et vous n'y verrez apparaître aucun outil nouveau : il n'y a que la norme et l'inégalité triangulaire, utilisées quelques centaines de fois.
Une nouveauté déroutante attend cependant le lecteur de première année. Sur , la valeur absolue s'impose ; sur un espace vectoriel quelconque, il existe une infinité de normes, et le choix de la norme peut changer les résultats. La suite de fonctions tend vers la fonction nulle si l'on mesure les écarts par , et ne tend pas vers elle si on les mesure par . Deux normes décrivent donc parfois deux mondes différents sur le même espace vectoriel. D'où une section entière consacrée à la comparaison des normes, et un réflexe à prendre dès aujourd'hui : on ne dit jamais « la suite converge » sans dire pour quelle norme, tant que l'on n'est pas en dimension finie.
Car la dimension finie est un monde à part, et c'est le premier des deux théorèmes moteurs du chapitre : sur un espace vectoriel de dimension finie, toutes les normes sont équivalentes. Ce résultat est admis, sa démonstration n'étant pas au programme. Sa conséquence est spectaculaire : dans , dans , dans , la convergence des suites, les parties ouvertes, les parties fermées, la continuité ne dépendent pas de la norme choisie. On raisonne donc avec la norme la plus commode, et l'on cesse de la préciser. Toute la vigilance du chapitre se concentre alors sur les espaces de dimension infinie, essentiellement les espaces de fonctions.
Le second théorème moteur, admis lui aussi, est le théorème des bornes atteintes : une fonction réelle continue sur une partie non vide, fermée et bornée d'un espace vectoriel normé de dimension finie y est bornée et atteint ses bornes. C'est la généralisation exacte de l'énoncé de PCSI sur un segment, et c'est l'outil qui permet d'affirmer qu'un maximum ou un minimum existe avant même de savoir le calculer : en physique comme en chimie, c'est souvent tout ce que l'on demande. Les quatre hypothèses de ce théorème (non vide, fermée, bornée, dimension finie) doivent être vérifiées une par une, et chacune est indispensable.
Les notations suivantes valent partout. La lettre désigne ou ; les lettres et désignent des -espaces vectoriels, munis de normes toutes notées lorsque aucune confusion n'est possible, et , lorsqu'on compare deux normes sur un même espace. La boule ouverte de centre et de rayon est notée , la boule fermée , la sphère . Les normes usuelles de sont , et ; celles de portent les mêmes indices. L'intérieur d'une partie est noté , son adhérence ; la distance d'un point à une partie non vide est . Les notations d'algèbre linéaire de l'an dernier sont conservées : , , , , , , , et pour la transposée de .
Un dernier mot sur le style attendu. Le programme de PC demande d'éviter tout excès de rigueur et de se limiter à la vérification des hypothèses cruciales : personne ne vous demandera de rédiger trois lignes pour justifier qu'un maximum sur un ensemble fini est bien défini. Le cours qui suit est complet et entièrement démontré, sauf les deux théorèmes explicitement admis, mais il va droit au but, et vos copies doivent faire de même.
Normes et espaces vectoriels normés
La définition
Définition
Soit un -espace vectoriel. Une application est une norme sur lorsqu'elle vérifie les trois propriétés suivantes.
- Séparation : pour tout , .
- Homogénéité : pour tout et tout , .
- Inégalité triangulaire : pour tous , .
Le couple est alors appelé espace vectoriel normé, en abrégé evn. On note le plus souvent au lieu de .
Remarque
Trois observations, qui sont autant de réflexes de rédaction.
La positivité n'est pas dans la liste : elle se démontre. Commençons par . Puis, pour tout , l'inégalité triangulaire et l'homogénéité donnent
donc . Une norme est donc automatiquement à valeurs positives, et l'implication de séparation est en réalité une équivalence puisque :
L'homogénéité fait intervenir le module lorsque , et non le scalaire lui-même. Écrire est une faute grave : le membre de gauche est positif, celui de droite ne l'est pas toujours.
Une norme est définie sur un espace vectoriel. La phrase « est une norme sur » n'a de sens que si est un espace vectoriel, ou un sous-espace vectoriel d'un espace plus grand. Sur une partie quelconque, on parle de distance, pas de norme.
Propriété
Norme transportée par une application linéaire injective. Soient une application linéaire injective et une norme sur . Alors est une norme sur .
Démonstration. Posons .
Homogénéité. La linéarité donne .
Inégalité triangulaire. De même, .
Séparation. Si , alors , donc par séparation de , donc par injectivité de . C'est le seul endroit où l'injectivité sert, et elle est indispensable : sans elle, s'annulerait sur tout entier.
Exemple
Une norme vérifiée à la main. Montrons que est une norme sur .
Homogénéité. .
Inégalité triangulaire. Pour et dans ,
Séparation. Si , la somme des deux réels positifs et est nulle, donc chacun l'est : , puis .
On peut aussi conclure d'un mot. En posant , qui est un automorphisme de , on a , et la propriété précédente s'applique.
Deuxième inégalité triangulaire
Propriété
Inégalité triangulaire renversée. Soit un espace vectoriel normé. Pour tous ,
Démonstration. Écrivons et appliquons l'inégalité triangulaire :
En échangeant les rôles de et de , on obtient , et par homogénéité avec . Le réel majore donc à la fois et son opposé : il majore leur maximum, qui vaut exactement .
Remarque
Cette inégalité dit que l'application est -lipschitzienne, donc continue de dans : ce sera le premier exemple d'application continue du chapitre, et il servira sans arrêt. Retenez surtout sa forme utile en pratique : si , alors . C'est ce passage à la limite qui permettra de montrer qu'une boule fermée ou une sphère est une partie fermée.
Les normes usuelles sur
Définition
Pour , on pose
Ce sont trois normes sur , appelées respectivement norme de la somme, norme euclidienne (ou hermitienne si ) et norme infinie, ou norme du maximum.
Démonstration. Les axiomes de séparation et d'homogénéité sont immédiats dans les trois cas : par exemple signifie pour tout , donc , et le facteur positif sort d'un maximum comme d'une somme. Traitons l'inégalité triangulaire.
Pour : par inégalité triangulaire dans appliquée terme à terme,
Pour : pour tout indice , . Le membre de droite ne dépend pas de et majore tous les , donc il majore leur maximum.
Pour sur : c'est la norme associée au produit scalaire canonique, cas traité juste après à partir de l'inégalité de Cauchy-Schwarz. Pour , on se ramène au cas réel en passant aux modules : en notant , on a pour tout , donc
la majoration centrale étant l'inégalité triangulaire de dans , déjà acquise.
Exemple
Calcul numérique. Pour :
On observe , ce qui n'est pas un hasard : ces inégalités sont générales et seront démontrées dans la section consacrée à la comparaison des normes.
Norme associée à un produit scalaire
Propriété
Inégalité de Cauchy-Schwarz. Soit un espace préhilbertien réel. Pour tous ,
En posant , on définit une norme sur , appelée norme associée au produit scalaire.
Démonstration. Rappelons l'argument de première année. Si , les deux membres sont nuls. Sinon, considérons le trinôme
qui est positif pour tout et de coefficient dominant . Un trinôme de signe constant a un discriminant négatif ou nul :
ce qui donne l'inégalité annoncée après passage à la racine carrée.
Montrons maintenant que est une norme. La séparation vient du caractère défini du produit scalaire : entraîne , donc . L'homogénéité vient de . Pour l'inégalité triangulaire, développons :
la majoration centrale étant exactement Cauchy-Schwarz. Les deux membres étant positifs, on prend la racine carrée : .
Remarque
C'est cette propriété qui achève la démonstration laissée en suspens : est la norme associée au produit scalaire canonique sur , et c'est donc bien une norme. Sur , elle est associée au produit scalaire intégral .
Attention à la réciproque : toute norme ne provient pas d'un produit scalaire. Une norme issue d'un produit scalaire vérifie l'identité du parallélogramme
que met en défaut sur : avec et , on a , donc le membre de gauche vaut , tandis que le membre de droite vaut .
Normes sur les espaces de fonctions
Définition
Soit un ensemble non vide. Une fonction est bornée lorsque l'ensemble est majoré. L'ensemble des fonctions bornées de dans est un sous-espace vectoriel de l'espace des fonctions de dans , et
y définit une norme, appelée norme infinie ou norme de la convergence uniforme.
Démonstration. Si et sont bornées par et , alors pour tout : la somme et les multiples restent bornés, et est bien un sous-espace vectoriel, non vide puisqu'il contient la fonction nulle. La borne supérieure qui définit existe : c'est celle d'une partie de non vide et majorée.
Séparation. entraîne pour tout , donc .
Homogénéité. , le facteur positif sortant de la borne supérieure.
Inégalité triangulaire. Pour tout , . Le réel majore l'ensemble des , donc il majore sa borne supérieure.
Remarque
Le même énoncé et la même démonstration valent mot pour mot pour les fonctions bornées à valeurs dans un espace vectoriel normé , en remplaçant par . C'est le cas que l'on rencontre pour des fonctions à valeurs dans ou dans .
Cas particulier omniprésent : une fonction continue sur un segment y est bornée (résultat de PCSI), donc et la borne supérieure est en fait un maximum.
Définition
Soit un segment de avec , et soit . Pour , on pose
Ce sont trois normes sur .
Démonstration. Traitons , le cas de venant d'être fait et celui de résultant de Cauchy-Schwarz appliqué au produit scalaire intégral.
L'application est bien définie : est continue sur le segment , donc intégrable. L'homogénéité vient de , et l'inégalité triangulaire de la croissance de l'intégrale appliquée à .
La séparation est le seul point délicat, et c'est celui que les correcteurs attendent. Supposons . La fonction est continue, positive, d'intégrale nulle sur : elle est donc identiquement nulle, d'après le théorème de première année. Donc . L'hypothèse de continuité est cruciale : sur l'espace des fonctions continues par morceaux, la fonction nulle partout sauf en un point est non nulle et d'intégrale nulle, et n'y serait pas une norme.
Exemple
Trois normes d'une même fonction. Prenons et . Alors
Numériquement, , puis , puis : on observe .
Exemple
Ces inégalités sont générales sur . Soit . En appliquant Cauchy-Schwarz au couple pour le produit scalaire intégral,
Par ailleurs pour tout , donc en intégrant, , d'où . Finalement
Nous verrons dans la section 3 qu'aucune de ces deux inégalités ne se renverse : les majorations dans l'autre sens sont impossibles.
Normes sur les matrices et sur les polynômes
Exemple
Trois normes matricielles. Pour , posons
Ce sont les normes , et de lues à travers l'isomorphisme qui à une matrice associe la liste de ses coefficients : ce sont donc bien des normes, d'après la propriété de transport par une application linéaire injective. La troisième, dite norme de Frobenius, est la norme associée au produit scalaire du chapitre euclidien.
Vérifions l'égalité annoncée : le coefficient diagonal d'indice de vaut , et la trace somme ces quantités sur , ce qui redonne .
Remarque
Une norme matricielle n'est pas forcément compatible avec le produit. On pourrait espérer pour toute norme sur ; c'est faux. Avec et , on a , tandis que donne . Une majoration de ce type doit toujours être démontrée, jamais supposée.
Exemple
Deux normes sur . Pour , on peut poser
La première est la norme infinie des coordonnées dans la base canonique. La seconde est une norme parce que l'application , qui envoie un polynôme sur sa fonction polynomiale restreinte à , est linéaire et injective (un polynôme de degré au plus ayant une infinité de racines est nul), et parce que est une norme sur .
Distance associée à une norme
Définition
Soit un evn. On appelle distance associée à la norme l'application
Elle vérifie, pour tous :
Démonstration. Le premier point est la séparation, le deuxième vient de , et le troisième est l'inégalité triangulaire appliquée à .
Remarque
Cette distance est invariante par translation, c'est-à-dire , et homogène, c'est-à-dire . C'est ce qui permettra de tout ramener à des boules centrées en et de rayon .
Boules et sphères
Définition
Soient un evn, et . On appelle
respectivement la boule ouverte, la boule fermée et la sphère de centre et de rayon . Un vecteur tel que est dit unitaire.
Remarque
L'inégalité est stricte pour la boule ouverte, large pour la boule fermée : c'est la seule différence, et elle est décisive. On a , réunion de deux ensembles disjoints.
Deux réflexes utiles. D'abord, tout se ramène à la boule unité par translation et dilatation :
Ensuite, pour tout , le vecteur est unitaire : c'est le procédé de normalisation, que l'on retrouvera à chaque fois qu'un raisonnement demandera de se ramener à des vecteurs de norme .
Les trois normes usuelles du plan se lisent d'un coup d'oeil sur leurs boules unités fermées, c'est-à-dire sur l'ensemble des vecteurs de norme au plus . Pour , c'est le carré ; pour , c'est le disque unité ; pour , c'est le losange de sommets , , et .
Remarque
Le dessin contient déjà deux informations importantes. D'abord l'emboîtement des trois boules, qui traduit exactement les inégalités : plus la norme est grande, plus la boule unité est petite. Ensuite, les trois boules sont convexes, et ce n'est pas une particularité de ces exemples, comme le montre la propriété suivante. Une « boule unité » en forme d'étoile ne peut donc provenir d'aucune norme.
Parties convexes
Définition
Une partie d'un -espace vectoriel est convexe lorsque, pour tous et tout ,
Autrement dit : dès que contient deux points, elle contient tout le segment qui les joint.
Propriété
Convexité des boules. Dans un espace vectoriel normé, toute boule ouverte et toute boule fermée est convexe.
Démonstration. Traitons la boule fermée . Soient et . Comme , on peut écrire
égalité que l'on vérifie en développant le membre de droite. L'inégalité triangulaire, puis l'homogénéité avec les réels positifs et , donnent
Donc .
Pour la boule ouverte, le calcul est identique : si , les deux majorations strictes et donnent une inégalité stricte à l'arrivée, et les cas et sont immédiats.
Remarque
Un espace vectoriel tout entier, un sous-espace vectoriel, un segment de , un demi-plan défini par une inégalité large ou stricte sont convexes. En revanche privé de l'origine ne l'est pas : le segment joignant à passe par le point exclu. La convexité est une notion algébrique (elle ne dépend que des combinaisons ) et non topologique.
Parties bornées, suites bornées, fonctions bornées
Définition
Soit un evn.
Une partie de est bornée lorsqu'il existe tel que pour tout , c'est-à-dire lorsque .
Une suite d'éléments de est bornée lorsque l'ensemble de ses termes l'est : il existe tel que pour tout .
Une fonction définie sur un ensemble est bornée lorsque son image est une partie bornée de : il existe tel que pour tout .
Remarque
Le centre de la boule n'a aucune importance. Si , alors pour tout ,
donc . On peut toujours recentrer en .
Une réunion finie de parties bornées est bornée (prendre le maximum des majorants), mais pas une réunion infinie, comme le montre .
Propriété
Soient et deux parties bornées d'un evn et . Alors , , et sont bornées.
Démonstration. Soient et des majorants de la norme sur et sur . Sur , la norme est majorée par ; sur , par ; sur , par grâce à l'homogénéité. Enfin, si et , alors .
Méthode
Montrer qu'une application est une norme. Vérifier dans l'ordre, sans en sauter aucune :
- est bien définie et à valeurs réelles : une intégrale existe, une borne supérieure est finie, un maximum porte sur un ensemble fini ;
- homogénéité : , avec le module ou la valeur absolue de ;
- inégalité triangulaire : le plus souvent par l'inégalité triangulaire de appliquée terme à terme, ou par Cauchy-Schwarz si provient d'un produit scalaire ;
- séparation : , souvent le point délicat. Pour sur les fonctions, invoquer « continue, positive, d'intégrale nulle, donc nulle ».
La positivité ne se vérifie pas : elle est automatique.
Raccourci décisif : si avec linéaire injective et une norme, tout est acquis d'un coup. C'est ainsi que l'on traite les normes sur et sur .
Suites d'un espace vectoriel normé
Dans toute cette section, désigne un espace vectoriel normé.
Convergence et divergence
Définition
Soient une suite d'éléments de et . On dit que la suite converge vers lorsque
Autrement dit, lorsque la suite réelle converge vers . Une suite qui converge vers un élément de est dite convergente ; sinon elle est dite divergente.
Remarque
Cette définition ramène toute question de convergence dans à une question de convergence d'une suite réelle positive, pour laquelle vous disposez de tout l'arsenal de première année : encadrements, comparaisons, croissances comparées. C'est le mécanisme central du chapitre. On ne travaille jamais directement sur les vecteurs, on travaille sur la suite réelle de leurs normes.
Notez aussi que la définition dépend de la norme. Sur un espace de dimension infinie, la phrase « la suite converge » n'a aucun sens tant que la norme n'est pas précisée. Nous verrons plus loin qu'en dimension finie, au contraire, cette précision devient inutile.
Propriété
Unicité de la limite. Une suite d'éléments de admet au plus une limite. Lorsqu'elle existe, on la note .
Démonstration. Supposons que converge à la fois vers et vers . Pour tout , l'inégalité triangulaire donne
Le membre de droite tend vers , tandis que le membre de gauche est une constante positive indépendante de . Par passage à la limite dans l'inégalité, , donc , donc par séparation de la norme.
Propriété
Opérations sur les limites. Soient et deux suites de convergeant respectivement vers et , et . Alors :
- converge vers ;
- converge vers ;
- converge vers ;
- si est une suite de convergeant vers , alors converge vers .
En particulier, l'ensemble des suites convergentes de est un sous-espace vectoriel de l'espace des suites de , et le passage à la limite y est linéaire.
Démonstration. Somme. .
Multiple. .
Norme. L'inégalité triangulaire renversée donne .
Produit par une suite de scalaires. Écrivons
La suite converge, donc elle est bornée : il existe tel que pour tout . Le majorant est alors inférieur à , qui tend vers .
Propriété
Toute suite convergente d'un espace vectoriel normé est bornée.
Démonstration. Soit convergeant vers . Appliquons la définition avec : il existe tel que pour tout , d'où, pour ces indices, . Posons
maximum d'un nombre fini de réels, donc bien défini. Alors pour tout .
Remarque
La réciproque est fausse, exactement comme dans : la suite est bornée et divergente. « Bornée » est une propriété beaucoup plus faible que « convergente », et l'implication ne se lit que dans un sens.
Suites extraites
Définition
Soit une suite de . On appelle suite extraite (ou sous-suite) de toute suite de la forme , où est strictement croissante.
Propriété
Si converge vers , alors toute suite extraite de converge vers .
Démonstration. Rappelons d'abord que pour tout , ce qui se démontre par récurrence : c'est vrai pour puisque , et si , alors , donc car ce sont des entiers.
Soit . Il existe tel que pour tout . Pour , on a , donc .
Remarque
Cette propriété sert surtout par contraposée, pour prouver qu'une suite diverge : il suffit d'exhiber deux suites extraites qui convergent vers des limites différentes, ou une suite extraite qui diverge. C'est la méthode utilisée pour , dont les extraites d'indices pairs et impairs tendent vers et vers .
Exemples
Exemple
Une suite de matrices. Dans muni de , considérons, pour ,
Alors
la dernière égalité valant pour puisque . Donc . On remarquera que pour tout , alors que : une suite de matrices inversibles peut converger vers une matrice non inversible.
Exemple
Une suite de polynômes. Dans muni de , posons
Alors , donc .
Attention à l'espace de travail. Dans tout entier, muni de la même norme sur les coefficients, la suite ne converge vers aucun polynôme : un polynôme n'a qu'un nombre fini de coefficients non nuls, alors que le candidat limite en aurait une infinité. La convergence dépend donc de l'espace, pas seulement de la formule.
Exemple
Une suite de fonctions. Dans , posons . Alors
La suite converge donc vers la fonction nulle pour les deux normes. L'exemple suivant montre que cette coïncidence n'est pas la règle.
La convergence dépend de la norme
Exemple
L'exemple fondateur : sur . Calculons les deux normes de .
Pour la norme , la suite converge vers la fonction nulle, puisque .
Pour la norme , elle ne converge vers aucune fonction continue. En effet, supposons que pour une certaine . Alors, pour tout fixé, , donc . Or cette limite vaut si et si : la fonction vaudrait sur et en , ce qui contredit sa continuité en . La suite est donc divergente pour .
Une même suite, un même espace, deux normes, deux réponses opposées. Voilà pourquoi la phrase « la suite converge » doit toujours être accompagnée du nom de la norme.
Comparaison des normes
Normes équivalentes
Définition
Soient et deux normes sur un même -espace vectoriel . On dit qu'elles sont équivalentes lorsqu'il existe deux réels et tels que
Remarque
La relation est bien symétrique, malgré l'apparence de la définition : l'encadrement ci-dessus se réécrit
qui est l'encadrement de par . Elle est aussi réflexive (prendre ) et transitive (multiplier les constantes) : c'est bien une relation d'équivalence sur l'ensemble des normes de .
Il n'est pas demandé de trouver les meilleures constantes et : n'importe quel couple qui convient suffit. Le programme précise d'ailleurs que la comparaison effective de deux normes n'est pas un objectif, et qu'on s'en tient à des exemples élémentaires. Sur un tel exemple, en revanche, on peut parfaitement demander de vérifier qu'une constante est la meilleure possible : il suffit alors d'exhiber un vecteur non nul qui réalise l'égalité.
Exemple
Les trois normes usuelles de sont deux à deux équivalentes. Soit .
Comparaison de et . Chaque est inférieur à la somme des , donc . Réciproquement, chacun des termes de la somme est majoré par le maximum, donc . Ainsi
Comparaison de et . On a , et . En prenant les racines carrées,
Comparaison de et . On combine les deux encadrements précédents : , et .
On peut d'ailleurs faire mieux pour la première : , car le développement du carré de la somme fait apparaître, en plus des carrés, des doubles produits tous positifs. D'où , et finalement la chaîne annoncée au début du chapitre :
Ce n'est pas un accident propre à : nous verrons en section 6 que toutes les normes d'un espace de dimension finie sont équivalentes.
Ce que l'équivalence préserve
Propriété
Soient et deux normes équivalentes sur , avec . Alors :
- une partie de est bornée pour si et seulement si elle est bornée pour ;
- une suite de converge vers pour si et seulement si elle converge vers pour ;
- en particulier, les suites convergentes et leurs limites sont les mêmes pour les deux normes.
Démonstration. Parties bornées. Si pour tout , alors pour tout : est bornée pour . L'implication inverse s'obtient en échangeant les rôles des deux normes, grâce à la symétrie de la relation.
Suites. Supposons . Alors , donc par encadrement. Réciproquement, .
Remarque
La liste s'allongera : nous verrons en section 4 que deux normes équivalentes ont exactement les mêmes parties ouvertes, les mêmes parties fermées, les mêmes adhérences et les mêmes parties denses, et donc aussi les mêmes fonctions continues. C'est ce qui donne tout son poids au théorème de la section 6 : en dimension finie, toutes les normes étant équivalentes, tous ces objets ne dépendent pas de la norme et l'on cesse de la mentionner.
Montrer que deux normes ne sont pas équivalentes
Propriété
Critère par les suites. Soient et deux normes sur . S'il existe une suite de vecteurs non nuls de telle que
alors et ne sont pas équivalentes.
Démonstration. Raisonnons par l'absurde. Si les deux normes étaient équivalentes, il existerait tel que pour tout . En particulier, pour chaque , comme entraîne , on pourrait diviser :
Le quotient serait donc majoré, ce qui contredit sa divergence vers .
Exemple
Les normes et ne sont pas équivalentes sur . Reprenons , qui est bien une fonction non nulle. Nous avons calculé
donc
D'après le critère, les deux normes ne sont pas équivalentes.
Insistons sur ce qui est vrai et sur ce qui est faux. L'inégalité est valable pour toute , puisque . C'est l'inégalité dans l'autre sens qui est impossible : aucune constante ne vérifie pour toute continue. Une seule des deux majorations suffit donc à ruiner l'équivalence.
Le même calcul avec montre que et ne sont pas équivalentes, et que et ne le sont pas non plus, puisque
Les trois normes usuelles de sont donc deux à deux non équivalentes, alors que celles de le sont toutes. Toute la différence tient à la dimension.
Exemple
Une autre suite qui marche : les fonctions en pic. Pour , soit la fonction continue, affine par morceaux, valant en , en , puis sur , et affine entre et . Son graphe est un triangle de hauteur et de base . Alors tandis que est l'aire du triangle, soit . Le quotient tend vers : cette suite conclut aussi bien que la précédente. Retenez les deux, elles reviennent constamment.
Méthode
Montrer que deux normes et ne sont pas équivalentes.
- Chercher une suite de vecteurs non nuls telle que le quotient tende vers (ou, ce qui revient au même en échangeant les rôles, telle que ).
- Rédiger la contradiction : s'il existait avec , le quotient serait majoré par .
Les suites qui fonctionnent sur sont et les fonctions en pic. Sur , on essaie ou .
Et surtout : ne jamais chercher à faire cela en dimension finie, c'est impossible, toutes les normes y sont équivalentes.
Topologie d'un espace vectoriel normé
Dans toute cette section, désigne un espace vectoriel normé et , , des parties de .
Points intérieurs et parties ouvertes
Définition
Soit une partie de . Un point est intérieur à lorsqu'il existe tel que . L'ensemble des points intérieurs à s'appelle l'intérieur de et se note .
Définition
Une partie de est ouverte (on dit aussi : est un ouvert de ) lorsque tous ses points lui sont intérieurs :
Autrement dit, est ouverte si et seulement si .
Remarque
Le rayon dépend du point : c'est tout le sens de l'ordre des quantificateurs. Dans , l'intervalle est ouvert, et le rayon associé à un point doit être inférieur à , donc devient minuscule au voisinage des bords.
Les parties et sont ouvertes : la première parce que la condition porte sur un ensemble vide de points, donc est vraie sans rien à vérifier ; la seconde parce que toute boule est incluse dans .
L'inclusion est toujours vraie, puisque dès que est intérieur à .
Propriété
Toute boule ouverte est un ouvert de .
Démonstration. Soit , c'est-à-dire . Posons
Montrons que . Soit : on a , donc, par inégalité triangulaire,
Donc . Le rayon convient, et ceci pour tout : la boule ouverte est bien un ouvert.
Propriété
Stabilité des ouverts.
- Une réunion quelconque (finie ou infinie) d'ouverts de est un ouvert de .
- Une intersection finie d'ouverts de est un ouvert de .
Démonstration. Réunion. Soit une famille d'ouverts et . Soit : il existe tel que . Comme est ouvert, il existe tel que . Donc est ouvert.
Intersection finie. Soient des ouverts et . Soit . Pour chaque , il existe tel que . Posons , qui est strictement positif parce que le minimum porte sur un nombre fini de réels strictement positifs. Alors pour chaque , donc .
Exemple
Pourquoi l'intersection doit être finie. Dans , posons pour : ce sont des ouverts, et
En effet, appartient à tous les ; et si , l'inégalité est vérifiée dès que , donc pour un tel . Or n'est pas ouvert : aucune boule avec n'est incluse dans , puisqu'elle contient .
C'est exactement le point où la démonstration ci-dessus échouerait : le minimum d'une infinité de rayons strictement positifs peut être nul.
Parties fermées
Définition
Une partie de est fermée (on dit aussi : est un fermé de ) lorsque son complémentaire est un ouvert de .
Remarque
« Fermé » n'est pas le contraire de « ouvert » : ce sont deux propriétés indépendantes.
Les parties et sont à la fois ouvertes et fermées, leurs complémentaires respectifs étant et .
Dans , l'intervalle n'est ni ouvert ni fermé : le point n'est centre d'aucune boule incluse dans , et le complémentaire n'est pas ouvert non plus à cause du point .
La faute la plus fréquente consiste à écrire « n'est pas ouvert, donc est fermé ». Elle coûte cher.
Propriété
Stabilité des fermés.
- Une intersection quelconque de fermés de est un fermé de .
- Une réunion finie de fermés de est un fermé de .
Démonstration. Il suffit de passer au complémentaire dans la propriété correspondante pour les ouverts, à l'aide des lois de De Morgan :
Dans le premier cas, on obtient une réunion quelconque d'ouverts, donc un ouvert ; dans le second, une intersection finie d'ouverts, donc un ouvert.
Le tableau suivant résume les quatre énoncés, qu'il faut savoir réciter sans hésitation.
| Réunion | Intersection | |
|---|---|---|
| Ouverts | quelconque | finie |
| Fermés | finie | quelconque |
Exemple
Pourquoi la réunion doit être finie. Dans , les ensembles sont fermés pour , et
En effet, tout vérifie dès que , et aucun ne contient . Or n'est pas fermé : son complémentaire n'est pas ouvert, car aucune boule centrée en n'y est incluse.
La caractérisation séquentielle des fermés
Propriété
Caractérisation séquentielle des fermés. Une partie de est fermée si et seulement si, pour toute suite d'éléments de qui converge vers un élément de , on a .
On résume cela en disant qu'un fermé est stable par passage à la limite.
Démonstration. Sens direct. Supposons fermée et soit une suite de convergeant vers . Raisonnons par l'absurde en supposant . Alors appartient à l'ouvert , donc il existe tel que . Comme , il existe un rang tel que , donc . Mais : contradiction. Donc .
Réciproque. Supposons la propriété de stabilité et montrons que est ouvert. Raisonnons encore par l'absurde : si n'était pas ouvert, il existerait tel qu'aucune boule centrée en ne soit incluse dans , c'est-à-dire tel que
Pour chaque , choisissons alors . La suite est à valeurs dans et vérifie , donc elle converge vers . Par hypothèse, , ce qui contredit . Donc est ouvert et est fermée.
Remarque
Cette caractérisation est, de très loin, l'outil le plus utilisé du chapitre. Le réflexe de rédaction est immuable : « soit une suite d'éléments de convergeant vers ; montrons que ». On passe alors à la limite dans les relations qui définissent , en s'appuyant sur la continuité des opérations.
Propriété
Toute boule fermée et toute sphère est une partie fermée de .
Démonstration. Boule fermée. Soit une suite de convergeant vers . Pour tout , . Or , donc, par continuité de la norme (inégalité triangulaire renversée), . Le passage à la limite dans l'inégalité large donne , c'est-à-dire .
Sphère. Le raisonnement est identique en remplaçant l'inégalité par une égalité : si pour tout , alors la suite constante converge vers , donc et .
Remarque
Observez le contraste avec la boule ouverte. Si l'on part d'une suite de , l'inégalité stricte ne survit pas au passage à la limite : elle devient large. C'est exactement pour cela que n'est pas fermée en général, et c'est la raison de fond pour laquelle les inégalités strictes fabriquent des ouverts, et les inégalités larges des fermés.
Points adhérents et adhérence
Avant d'énoncer les définitions, un dessin. Sur la figure ci-dessous, la partie est la zone grisée. Le point est le centre d'une petite boule entièrement contenue dans : il est intérieur à . Le point est situé sur le bord : aucune boule centrée en n'est contenue dans , mais toute boule centrée en rencontre . Le point , lui, est assez loin de pour qu'une petite boule centrée en évite complètement .
Autrement dit : appartient à l'intérieur de , appartient à l'adhérence de , n'appartient pas à l'adhérence de .
Définition
Soit une partie de . Un point est adhérent à lorsque
c'est-à-dire lorsque toute boule ouverte centrée en rencontre . L'ensemble des points adhérents à s'appelle l'adhérence de et se note .
Remarque
On a toujours : si , toute boule contient , donc rencontre .
Un point adhérent à n'appartient pas nécessairement à : dans , le réel est adhérent à sans lui appartenir, puisque tout intervalle contient des réels strictement positifs et petits.
Propriété
Caractérisation séquentielle de l'adhérence. Soient une partie de et . Alors
Démonstration. Sens direct. Supposons . Pour chaque , la boule rencontre : choisissons un élément dans . La suite est à valeurs dans et vérifie
donc elle converge vers .
Réciproque. Supposons qu'il existe une suite d'éléments de convergeant vers , et soit . Par définition de la convergence appliquée à , il existe un rang tel que . Alors , qui est donc non vide. Ceci valant pour tout , on a .
Propriété
Une partie de est fermée si et seulement si .
Démonstration. Sens direct. Supposons fermée. L'inclusion est toujours vraie. Réciproquement, soit : d'après la caractérisation séquentielle, il existe une suite d'éléments de convergeant vers ; comme est fermée, la caractérisation séquentielle des fermés donne . Donc , puis .
Réciproque. Supposons et vérifions la caractérisation séquentielle des fermés. Soit une suite d'éléments de convergeant vers . D'après la caractérisation séquentielle de l'adhérence, . Donc est fermée.
Remarque
Le programme de PC limite explicitement l'étude de l'adhérence. Les deux seuls énoncés au programme sont ceux que vous venez de lire : l'adhérence est l'ensemble des points adhérents, et elle se décrit par les suites. Toute autre propriété de l'adhérence est hors programme et ne doit pas être invoquée comme un résultat de cours.
En revanche, calculer l'adhérence d'une partie donnée est un exercice tout à fait légitime, et il se traite toujours par double inclusion, avec les suites dans les deux sens : on montre qu'un candidat est limite d'une suite d'éléments de , et réciproquement que toute limite d'une suite d'éléments de appartient au candidat.
Exemple
Un calcul d'adhérence. Dans , montrons que .
Inclusion . Soit . Posons, pour ,
C'est un barycentre de et de à coefficients strictement positifs, donc est strictement compris entre et lorsque , et vaut sinon : dans tous les cas . De plus , donc et est adhérent.
Inclusion . Soit adhérent, limite d'une suite d'éléments de . Chaque vérifie , inégalités larges qui passent à la limite : .
D'où l'égalité. Le même schéma, avec , montre que dans n'importe quel evn : ces appartiennent à car , et ils tendent vers ; réciproquement, l'inégalité passe à la limite sous forme large.
Parties denses
Définition
Une partie de est dense dans lorsque , c'est-à-dire lorsque tout élément de est limite d'une suite d'éléments de .
Remarque
Trois formulations équivalentes de la densité, à connaître :
- ;
- tout est limite d'une suite d'éléments de ;
- toute boule ouverte , avec et , rencontre .
L'équivalence entre 1 et 3 est la définition d'un point adhérent, celle entre 1 et 2 est la caractérisation séquentielle. On dit intuitivement que est « partout » dans : on ne peut pas s'éloigner de , aussi petite que soit la boule choisie.
Exemple
est dense dans . C'est un résultat de première année : tout intervalle ouvert non vide de contient un rationnel. Traduit avec les suites : pour , la suite est faite de nombres rationnels (des décimaux, même) et vérifie
donc . Ainsi .
L'ensemble des irrationnels est lui aussi dense dans : la suite est faite d'irrationnels et converge vers . Deux parties disjointes peuvent donc être denses simultanément.
Invariance par passage à une norme équivalente
Propriété
Soient et deux normes équivalentes sur . Alors une partie de est ouverte pour si et seulement si elle l'est pour . Il en va de même pour les parties fermées, les points intérieurs, les points adhérents, l'adhérence et les parties denses.
Démonstration. Notons et les boules ouvertes relatives à chaque norme, et soient tels que .
Montrons d'abord l'inclusion de boules
En effet, si , alors , donc .
Soit maintenant un ouvert pour et : il existe tel que , donc avec . Ainsi est ouvert pour . L'implication inverse s'obtient en échangeant les rôles des deux normes.
Les fermés s'en déduisent par passage au complémentaire. Pour les points intérieurs et adhérents, l'argument est le même : le critère « il existe une boule incluse » et le critère « toute boule rencontre » se transportent d'une norme à l'autre par l'inclusion de boules ci-dessus. Enfin, la densité s'exprime à l'aide de l'adhérence, donc est également préservée.
Remarque
Cette propriété est ce qui rendra le théorème d'équivalence des normes en dimension finie si puissant. En dimension finie, il n'y aura ni « ouvert pour » ni « ouvert pour » : il y aura les ouverts, sans plus de précision.
Méthode
Montrer qu'une partie est ouverte ou fermée : les trois réflexes.
- Image réciproque par une application continue (section 5, et c'est la voie la plus rapide) : une inégalité stricte entre fonctions continues donne un ouvert, une égalité ou une inégalité large donne un fermé. Exemples : est ouvert, est fermé.
- Suites, pour les fermés : « soit une suite de convergeant vers , montrons », puis passage à la limite dans les relations qui définissent .
- Complémentaire et opérations : est fermée si et seulement si est ouverte ; réunion quelconque et intersection finie d'ouverts ; intersection quelconque et réunion finie de fermés ; les boules ouvertes sont ouvertes, les boules fermées et les sphères sont fermées.
Et si tout échoue, retour à la définition : pour , exhiber explicitement un rayon (qui dépend de ) tel que , et le vérifier par inégalité triangulaire. Le rayon est le modèle de tous ces calculs.
Limites et continuité
Dans toute cette section, et sont deux espaces vectoriels normés, est une partie de et une application de dans .
Limite en un point adhérent
Définition
Soient et . On dit que admet pour limite en lorsque
On note alors , ou .
Remarque
Deux points méritent attention.
D'abord, on exige , et non . C'est ce qui permet de parler de la limite de en , alors que la fonction n'est pas définie en : le point est adhérent à . En revanche, si n'était pas adhérent à , il existerait une boule ne rencontrant pas , et la définition serait vérifiée par n'importe quel : la limite ne serait pas unique et la notation n'aurait aucun sens.
Ensuite, la définition n'utilise que la norme au départ et la norme à l'arrivée. Remplacer l'une ou l'autre par une norme équivalente ne change rien, d'après la section précédente.
Propriété
Unicité de la limite. Si , la fonction admet au plus une limite en .
Démonstration. Supposons que et soient deux limites de en , et soit . Il existe et tels que, pour , la condition donne , et la condition donne . Posons . C'est ici que sert l'hypothèse : la boule rencontre , donc il existe tel que . Pour ce ,
Le réel positif est donc inférieur à pour tout : il est nul, donc .
Propriété
Caractérisation séquentielle de la limite. Soient et . Alors admet pour limite en si et seulement si, pour toute suite d'éléments de convergeant vers , la suite converge vers .
Démonstration. Sens direct. Supposons quand , et soit une suite de convergeant vers . Soit ; il existe tel que dès que et . Comme , il existe tel que pour tout . Pour ces indices, . Donc .
Réciproque, par contraposition. Supposons que n'admette pas pour limite en . La négation de la définition s'écrit : il existe tel que, pour tout , il existe avec et . Appliquons cela à pour chaque : on obtient tel que
La suite est à valeurs dans et converge vers , mais ne converge pas vers . La propriété séquentielle est donc en défaut.
Remarque
Cette caractérisation a deux usages, symétriques et tous deux essentiels.
Pour démontrer une limite, on peut passer par les suites, ce qui permet de réutiliser tous les théorèmes sur les suites.
Pour démontrer qu'une limite n'existe pas, c'est l'outil unique : il suffit d'exhiber deux suites tendant vers dont les images ont des limites différentes. Attention à la logique : la propriété doit être vraie pour toutes les suites, donc une seule suite bien choisie ne prouve jamais l'existence d'une limite, alors que deux suites contradictoires prouvent sa non-existence.
Propriété
Opérations sur les limites. Soient , , , et supposons et quand . Alors, quand :
- et ;
- ;
- si vérifie , alors ;
- si et , alors .
Démonstration. Tout se déduit de la caractérisation séquentielle et des opérations sur les limites de suites, démontrées en section 2. Prenons une suite quelconque de convergeant vers : alors et , donc , et ainsi de suite. Comme ceci vaut pour toute suite, la caractérisation séquentielle permet de conclure.
Propriété
Composition. Soient , , telle que , et où est un espace vectoriel normé. Soient et . Si quand et si est continue en , alors
Cas particulier constamment utilisé : si est continue en et continue en , alors est continue en .
Démonstration. Utilisons la caractérisation séquentielle. Soit une suite d'éléments de convergeant vers . L'hypothèse sur donne , et les appartiennent à ; la continuité de en donne alors . Ceci valant pour toute suite , la caractérisation séquentielle permet de conclure.
Continuité
Définition
Soit . On dit que est continue en lorsque admet une limite en , nécessairement égale à :
On dit que est continue sur lorsqu'elle est continue en chaque point de .
Propriété
Caractérisation séquentielle de la continuité. Soit . La fonction est continue en si et seulement si, pour toute suite d'éléments de convergeant vers , la suite converge vers .
Démonstration. C'est la caractérisation séquentielle de la limite, appliquée avec .
Propriété
Opérations. Soient continues en , continue en , et . Alors , , et sont continues en . Si et , alors est continue en . Enfin, la composée de deux applications continues est continue.
En particulier, l'ensemble des applications continues de dans est un -espace vectoriel.
Démonstration. Ce sont les opérations sur les limites, avec et .
Image réciproque d'un ouvert, d'un fermé
Propriété
Théorème central. Soit une application continue sur tout entier.
- L'image réciproque par de tout ouvert de est un ouvert de .
- L'image réciproque par de tout fermé de est un fermé de .
Démonstration. Cas d'un fermé. Soit un fermé de et posons . Utilisons la caractérisation séquentielle. Soit une suite d'éléments de convergeant vers . Par continuité de en , on a . Or pour tout , et est fermé, donc , c'est-à-dire . Ainsi est fermée.
Cas d'un ouvert. Soit un ouvert de . Son complémentaire est fermé, donc est fermé d'après le point précédent. Or
car dire que revient à dire que . Le complémentaire de est donc fermé, ce qui signifie exactement que est ouvert.
Remarque
Deux mises en garde.
Il s'agit bien de l'image réciproque, pas de l'image. L'image directe d'un ouvert par une application continue n'est pas forcément ouverte : l'application constante égale à envoie l'ouvert sur , qui n'est pas ouvert. L'image directe d'un fermé n'est pas forcément fermée non plus : envoie le fermé sur .
L'hypothèse « continue sur tout entier » compte. Si n'est définie et continue que sur une partie , la conclusion tombe : la fonction , , est continue, et n'est ni ouverte ni fermée dans . Dans les exercices, on prend donc soin de définir la fonction sur l'espace entier.
Propriété
Conséquences pratiques. Soit continue sur . Alors :
Démonstration. Ces trois ensembles sont respectivement , et . Or est un ouvert de , tandis que et sont des fermés de : leurs complémentaires et sont ouverts. Le théorème conclut.
Remarque
Le réflexe à installer : une inégalité stricte entre fonctions continues définit un ouvert, une égalité ou une inégalité large définit un fermé. Le même énoncé s'applique à , à , et par intersection à un système de plusieurs conditions, à condition de respecter la règle sur les intersections : un nombre fini d'inégalités strictes donne encore un ouvert, un nombre quelconque d'égalités ou d'inégalités larges donne encore un fermé.
Exemple
Trois applications immédiates.
Le disque est un ouvert de , comme image réciproque de par la fonction polynomiale continue .
L'ensemble est un fermé de , comme intersection de deux fermés définis par des inégalités larges.
L'ensemble est un fermé de , la trace étant continue (nous le justifierons en section 6).
Applications lipschitziennes
Définition
Soient une partie de et . On dit que est lipschitzienne lorsqu'il existe une constante telle que
On dit alors que est -lipschitzienne.
Propriété
Toute application lipschitzienne est continue.
Démonstration. Soit une application -lipschitzienne de dans et . Si , alors est constante, donc continue. Supposons et soit . Posons . Pour vérifiant , on obtient
C'est exactement la définition de la continuité en , et était quelconque.
Exemple
La norme est -lipschitzienne. L'application , , vérifie
d'après l'inégalité triangulaire renversée. Elle est donc continue sur . Conséquence immédiate, retrouvée autrement : est un fermé, et est un ouvert.
Exemple
La distance à une partie est -lipschitzienne. Soit une partie non vide de . Pour , l'ensemble est une partie de non vide et minorée par : elle admet une borne inférieure, que l'on note
Montrons que est -lipschitzienne. Soient et . Par inégalité triangulaire,
la première inégalité venant du fait que minore tous les . Donc, pour tout ,
Le membre de gauche est un minorant de l'ensemble des ; il est donc inférieur à la borne inférieure de cet ensemble :
En échangeant et , on obtient l'inégalité symétrique, d'où . L'application est donc continue sur .
Remarque
Une conséquence utile, qui n'est pas un résultat du cours de PC mais se redémontre en deux lignes dès qu'on en a besoin : pour non vide, si et seulement si . En effet, si , la définition de la borne inférieure fournit pour chaque un tel que , donc et ; réciproquement, si avec , alors .
Un exemple complet de discontinuité
Exemple
Une fonction de deux variables non continue en l'origine. Soit définie par
Continuité en dehors de l'origine. Sur l'ouvert , est un quotient de deux fonctions polynomiales dont le dénominateur ne s'annule pas : elle y est continue.
Étude en l'origine. Considérons les deux suites
qui tendent toutes deux vers , puisque . Or
Les deux suites images ont des limites différentes. D'après la caractérisation séquentielle, n'admet pas de limite en , et en particulier elle n'y est pas continue, quelle que soit la valeur qu'on lui attribue en ce point.
Le piège à connaître. Les deux applications partielles et sont identiquement nulles, donc continues. La continuité des applications partielles n'entraîne pas la continuité de la fonction. C'est même l'erreur la plus fréquente sur les fonctions de plusieurs variables : pour conclure à la continuité, il faut contrôler quand le couple tend vers l'origine par un chemin quelconque, pas seulement le long des axes.
Espaces vectoriels normés de dimension finie
Le théorème d'équivalence des normes
Propriété
Théorème (admis). Sur un -espace vectoriel de dimension finie, toutes les normes sont équivalentes.
Remarque
La démonstration de ce théorème n'est pas au programme de PC : il est admis, et il faut le citer tel quel, en vérifiant seulement que l'espace est bien de dimension finie.
Ses conséquences sont considérables. Si est de dimension finie, alors, d'après tout ce qui précède, les notions suivantes ne dépendent pas de la norme choisie :
- les parties bornées et les suites bornées ;
- les suites convergentes et leurs limites ;
- les parties ouvertes, les parties fermées, les points intérieurs, les points adhérents, les adhérences, les parties denses ;
- les fonctions continues, les limites de fonctions.
On peut donc dire « la suite de converge », « la partie de est fermée », « est continue sur » sans préciser la norme, et l'on choisit dans chaque démonstration la norme la plus commode, en général sur les coordonnées.
En dimension infinie, rien de tout cela : la précision de la norme redevient obligatoire, comme l'a montré l'exemple de .
Convergence coordonnée par coordonnée
Propriété
Soit un -espace vectoriel de dimension finie , muni d'une base . Soit une suite de , dont on note la décomposition, et soit . Alors
Le même énoncé vaut pour la limite d'une fonction à valeurs dans un evn de dimension finie : elle existe si et seulement si chacune de ses fonctions coordonnées admet une limite.
Démonstration. Toutes les normes de étant équivalentes, on peut choisir celle qui nous arrange : prenons
qui est bien une norme sur (c'est transportée par l'isomorphisme des coordonnées, application linéaire injective). Alors
Si , alors pour chaque , , donc . Réciproquement, si chacune des suites tend vers , leur maximum aussi, car il s'agit d'un maximum d'un nombre fini de suites : pour , chaque suite est majorée par à partir d'un rang , et à partir du rang le maximum l'est aussi.
Exemple
Une suite de matrices, revisitée. Dans , qui est de dimension , la suite
converge, et il suffit pour le voir de regarder les quatre coefficients : ils tendent respectivement vers , , et . Donc
Aucune norme n'est à préciser : est de dimension finie. Voilà pourquoi, en pratique, une suite de matrices « converge coefficient par coefficient » : c'est le théorème ci-dessus appliqué à la base canonique.
Exemple
Un fermé de obtenu par les suites. Montrons que est une partie fermée. Soit une suite de convergeant vers . La convergence a lieu coefficient par coefficient, et chaque coefficient de est une somme de produits de coefficients de : il converge donc vers le coefficient correspondant de . En passant à la limite dans l'égalité , on obtient , donc .
De plus est bornée : si , chaque colonne de est de norme euclidienne , donc pour tout , donc pour tous , c'est-à-dire . Enfin elle est non vide, puisqu'elle contient . Retenez cet exemple : est non vide, fermée et bornée dans un espace de dimension finie, ce qui est exactement le jeu d'hypothèses du théorème suivant.
Le théorème des bornes atteintes
Propriété
Théorème des bornes atteintes (admis). Soient un espace vectoriel normé de dimension finie, une partie de non vide, fermée et bornée, et une fonction continue sur . Alors est bornée sur et atteint ses bornes : il existe et tels que
Remarque
La démonstration de ce théorème n'est pas au programme : il est admis. C'est la généralisation exacte de l'énoncé de première année « une fonction continue sur un segment est bornée et atteint ses bornes », le segment étant précisément une partie non vide, fermée et bornée de , qui est de dimension .
Notez ce que le théorème donne et ce qu'il ne donne pas. Il garantit l'existence d'un maximum et d'un minimum ; il ne dit rien sur leur valeur, ni sur l'unicité des points où ils sont atteints. C'est un théorème d'existence, et c'est précisément pour cela qu'il est précieux : il autorise à écrire « soit un point où atteint son maximum » avant tout calcul.
Méthode
Mode d'emploi du théorème des bornes atteintes. Avant de l'invoquer, vérifier les cinq hypothèses, une par une et explicitement dans la copie :
- l'espace ambiant est de dimension finie ;
- la partie est non vide (c'est l'hypothèse qu'on oublie, et elle est indispensable : sur l'ensemble vide, il n'y a pas de maximum) ;
- la partie est fermée (le plus souvent par image réciproque ou par les suites) ;
- la partie est bornée (majorer une norme des éléments de ) ;
- la fonction est à valeurs réelles et continue sur .
Une fois ces cinq points établis, la conclusion s'écrit en une ligne. Et si l'une des hypothèses manque, ne pas essayer de contourner : le résultat est faux, comme le montrent les contre-exemples ci-dessous.
Exemple
Premier exemple : la distance à un fermé est atteinte. Soient de dimension finie, une partie non vide et fermée de , et . Montrons qu'il existe tel que .
Posons et .
est non vide. Par définition de la borne inférieure, il existe tel que , et ce appartient à .
est fermée, comme intersection de deux fermés, et bornée, comme partie de la boule .
La fonction est continue sur , car -lipschitzienne : .
Le théorème s'applique : atteint son minimum sur en un point . Il reste à voir que ce minimum vaut .
D'une part, appartient à , donc .
D'autre part, soit quelconque. Si , la minimalité de donne . Si , c'est que , et comme on a , donc là encore . Ainsi minore l'ensemble des pour , donc .
Les deux inégalités donnent : la borne inférieure est atteinte.
Exemple
Deuxième exemple : une fonction qui tend vers à l'infini atteint son minimum. Soit continue, telle que quand , c'est-à-dire
Alors atteint un minimum global sur .
En effet, appliquons l'hypothèse avec : il existe tel que dès que . La boule fermée est non vide (elle contient ), fermée et bornée dans , qui est de dimension finie, et y est continue : le théorème donne un point où atteint son minimum sur cette boule. Notons , et remarquons que puisque .
Soit maintenant quelconque. Ou bien , et alors par définition de ; ou bien , et alors . Dans les deux cas : le minimum sur la boule est en fait un minimum global.
C'est le schéma de démonstration standard des problèmes d'optimisation sur : on se ramène à une boule fermée, on applique le théorème, puis on vérifie que ce qui se passe à l'extérieur ne peut pas faire mieux.
Remarque
Les hypothèses sont toutes indispensables. Quatre contre-exemples à retenir.
Partie non fermée. Sur , qui est bornée mais pas fermée, la fonction continue n'est pas bornée.
Partie non bornée. Sur , qui est fermé mais pas borné, la fonction continue est bornée mais n'atteint ni ni .
Fonction non continue. Sur , la fonction valant sur et en est bornée et n'atteint pas sa borne supérieure, qui vaut .
Dimension infinie. Prenons muni de et , qui est non vide, fermée et bornée. Posons
L'application est -lipschitzienne, donc continue, car . Pour , on a . En prenant affine par morceaux, valant sur et sur , on obtient , donc la borne supérieure de sur vaut . Elle n'est pas atteinte : si avec , alors
et ces deux intégrales de fonctions continues positives sont donc nulles, ce qui impose sur et sur : impossible en . Le théorème est donc bien réservé à la dimension finie.
Continuité des applications linéaires
Propriété
Soient et deux espaces vectoriels normés, avec de dimension finie. Alors toute application linéaire est continue. Plus précisément, il existe tel que pour tout , et est -lipschitzienne.
Démonstration. Soit une base de . Comme toutes les normes de sont équivalentes et que la continuité ne dépend pas du choix de normes équivalentes, on peut munir de la norme des coordonnées
Par linéarité, , donc, par inégalité triangulaire et homogénéité,
où est un réel positif qui ne dépend que de et de la base, pas de .
Il reste à en déduire la continuité. Pour , la linéarité donne
donc est -lipschitzienne, donc continue.
Remarque
L'hypothèse porte sur l'espace de départ. En dimension infinie, le résultat tombe : sur muni de , l'application linéaire de dérivation n'est pas continue, car tandis que , de sorte qu'aucune majoration n'est possible. Ce type d'exemple n'est pas exigible en PC, mais il explique pourquoi le théorème insiste sur la dimension finie.
Applications multilinéaires et polynomiales
Propriété
Soient des espaces vectoriels normés de dimension finie et un espace vectoriel normé. Toute application multilinéaire est continue.
Démonstration dans le cas bilinéaire. Traitons , le cas général étant identique avec des notations plus lourdes. Soient une base de , une base de , et munissons chaque espace de la norme infinie de ses coordonnées. Pour et , la bilinéarité donne
d'où
Montrons la continuité en un point . En écrivant
identité qui se vérifie en développant par bilinéarité, on obtient
Lorsque , les quantités et tendent vers , tandis que reste borné (elle tend vers ). Le majorant tend donc vers , et est continue en .
Définition
Soient un espace vectoriel de dimension finie muni d'une base , et un espace vectoriel normé de dimension finie muni d'une base . Une application est dite polynomiale lorsque chaque coordonnée de dans est une fonction polynomiale des coordonnées de dans .
Propriété
Toute application polynomiale entre espaces vectoriels de dimension finie est continue.
Démonstration. Les applications coordonnées sont linéaires sur un espace de dimension finie, donc continues. Une fonction polynomiale des s'obtient à partir d'elles par sommes et produits en nombre fini, opérations qui préservent la continuité. Chaque coordonnée de est donc continue, et la convergence coordonnée par coordonnée permet de conclure que l'est aussi.
Exemple
Les trois applications matricielles à connaître.
La trace est linéaire sur un espace de dimension finie , donc continue. On peut aussi le voir directement : .
Le déterminant est une application polynomiale en les coefficients, puisque
est une somme finie de produits de coefficients. Il est donc continu. Sans cette formule, un développement par rapport à une ligne et une récurrence sur donnent la même conclusion.
Le produit matriciel est bilinéaire de dans , espaces de dimension finie : il est donc continu. En pratique, cela signifie que si et , alors , ce qui autorise à passer à la limite dans une relation matricielle.
Exemple
Conséquences topologiques.
est un ouvert de . En effet,
image réciproque de l'ouvert par l'application continue . En revanche, n'est pas fermé : nous avons vu une suite de matrices inversibles convergeant vers une matrice non inversible.
est un fermé, image réciproque du fermé par . Il n'est pas borné dès que : les matrices y sont pour tout , et leurs coefficients ne sont pas bornés.
est fermé et borné. Le caractère fermé se relit ici en une ligne : l'application est polynomiale donc continue, et est l'image réciproque du fermé . Le caractère borné a été établi plus haut. Il est non vide. Par conséquent, toute fonction réelle continue sur y atteint ses bornes : par exemple y admet un maximum, atteint en puisque pour toute matrice orthogonale, chaque coefficient diagonal étant de valeur absolue au plus .
Exemple
est dense dans . Soit . Le polynôme caractéristique est de degré , donc possède au plus valeurs propres. Or les scalaires , pour , sont deux à deux distincts : au plus d'entre eux peuvent être valeurs propres de , donc il existe un rang tel que ne soit valeur propre de pour aucun . Pour de tels , la matrice
est inversible, puisque n'annule pas . Et , puisque . Toute matrice est donc limite d'une suite de matrices inversibles, ce qui est la définition de la densité.
Ce résultat est très utile : pour établir une identité polynomiale en les coefficients d'une matrice, il suffit souvent de la démontrer pour les matrices inversibles, puis de passer à la limite par continuité.
Méthodes et erreurs classiques
Méthode
Montrer qu'une application est une norme.
- Vérifier que est bien définie à valeurs dans (intégrale d'une fonction continue sur un segment, borne supérieure d'une partie majorée, maximum d'un ensemble fini).
- Homogénéité : , avec le module.
- Inégalité triangulaire : terme à terme dans , ou par croissance de l'intégrale, ou par Cauchy-Schwarz si vient d'un produit scalaire.
- Séparation : . Pour sur les fonctions : « continue, positive, d'intégrale nulle, donc nulle ».
Raccourci : si avec linéaire injective et une norme, tout est immédiat.
Méthode
Montrer que deux normes ne sont pas équivalentes. Exhiber une suite de vecteurs non nuls telle que , puis conclure par l'absurde : une majoration rendrait ce quotient majoré par .
Les suites qui marchent sur : , pour laquelle , et ; ou une fonction en pic de hauteur et de base .
Ne jamais tenter cela en dimension finie : c'est impossible.
Méthode
Montrer qu'une partie est ouverte.
- Image réciproque : écrire avec continue sur l'espace entier et ouvert. Les inégalités strictes entre fonctions continues donnent des ouverts : , .
- Opérations : réunion quelconque, intersection finie d'ouverts ; une boule ouverte est un ouvert.
- Définition : pour , exhiber un rayon dépendant de tel que , et le vérifier par inégalité triangulaire.
Méthode
Montrer qu'une partie est fermée.
- Caractérisation séquentielle, la voie la plus fréquente : « soit une suite de convergeant vers ; montrons », puis passage à la limite dans les relations définissant , en invoquant la continuité des opérations. C'est ainsi qu'on traite , l'ensemble des matrices symétriques, l'ensemble des telles que .
- Image réciproque d'un fermé par une application continue : égalités et inégalités larges donnent des fermés.
- Complémentaire : montrer que est ouvert.
Cas gratuits : une boule fermée, une sphère.
Méthode
Montrer qu'une partie est dense dans . Prendre quelconque et construire explicitement une suite d'éléments de convergeant vers . Le modèle est pour la densité de dans , et pour celle de dans . Il n'y a pas d'autre méthode au programme.
Méthode
Montrer qu'une borne inférieure ou supérieure est atteinte. C'est le théorème des bornes atteintes, et la rédaction est toujours la même.
- Identifier la fonction , à valeurs réelles, et la partie sur laquelle on cherche l'extremum.
- Justifier que est non vide, fermée et bornée, dans un espace de dimension finie. Si n'est pas bornée, se ramener à une boule fermée bien choisie, en montrant qu'à l'extérieur la fonction est trop grande (ou trop petite) pour concurrencer.
- Justifier la continuité de (lipschitzienne, polynomiale, opérations sur les fonctions continues).
- Conclure : « d'après le théorème des bornes atteintes, atteint son minimum sur en un point », puis exploiter cette existence.
Remarque
Erreurs classiques.
Oublier le module dans l'homogénéité. Écrire est une faute grave : avec , le membre de droite serait négatif. La bonne écriture est .
Dire « la suite converge » sans préciser la norme, en dimension infinie. La suite converge dans et diverge dans . En dimension finie, en revanche, la précision est inutile et l'alourdissement est superflu.
Appliquer le théorème des bornes atteintes sans vérifier ses hypothèses. Sur une partie non fermée (), sur une partie non bornée (), sur l'ensemble vide, ou en dimension infinie, la conclusion est fausse. Vérifier les cinq points, à chaque fois.
Confondre borné et fermé. Ce sont deux propriétés totalement indépendantes : est bornée et non fermée, est fermé et non borné, est les deux, n'est ni l'un ni l'autre.
Croire que « non ouvert » signifie « fermé ». L'intervalle n'est ni ouvert ni fermé ; et sont les deux à la fois.
Confondre image et image réciproque. C'est l'image réciproque d'un ouvert qui est un ouvert. L'image directe d'un fermé par une application continue n'a aucune raison d'être fermée.
Passer à la limite dans une inégalité stricte. Si pour tout et , on ne peut conclure que . C'est précisément la raison pour laquelle une boule ouverte n'est pas fermée.
Conclure à la continuité d'une fonction de deux variables à partir de ses applications partielles. La fonction prolongée par en l'origine a des applications partielles continues et n'est pas continue en .
Bloqué sur « Espaces vectoriels normés » ?
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.