PC · Chapitre 05
Intégration sur un intervalle quelconque
Intégrales généralisées, fonctions intégrables, théorème de convergence dominée, intégration terme à terme, intégrales à paramètre.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Intégrales généralisées
- Fonctions intégrables
- Théorème de convergence dominée
- Intégration terme à terme
- Intégrales à paramètre
Toutes les intégrales rencontrées jusqu'ici portaient sur un segment . Ce cadre est confortable, et il l'est pour une raison précise : une fonction continue par morceaux sur un segment est bornée, le domaine d'intégration est de longueur finie, et l'aire sous la courbe est donc automatiquement un nombre. Rien à vérifier, jamais : le symbole a toujours un sens. Ce chapitre lève cette double restriction, et c'est en la levant qu'apparaît la question centrale de toute l'analyse de deuxième année : une aire infiniment étendue peut-elle rester finie ?
Deux situations sortent du cadre des segments, et une seule idée les traite toutes les deux. Ou bien l'intervalle est non borné, comme dans , et l'on somme sur une longueur infinie. Ou bien la fonction n'est pas bornée au voisinage d'une borne, comme dans , et l'on somme des valeurs qui explosent. Dans les deux cas, le produit « hauteur largeur » comporte un facteur infini, et le résultat n'est pas décidable a priori : les deux intégrales que je viens d'écrire convergent toutes les deux, alors que et divergent toutes les deux. La finitude d'une aire infiniment étendue est une affaire de vitesse, et tout le chapitre consiste à mesurer cette vitesse.
La méthode ne demande aucune construction nouvelle. On n'invente pas une nouvelle intégrale : on intègre sur un segment, ce qu'on sait faire depuis la première année, puis on fait tendre la borne vers l'endroit qui pose problème. L'intégrale généralisée est donc une limite, et rien d'autre. Toute la théorie du chapitre est la théorie des limites appliquée à la fonction , et vous verrez que le parallèle avec les séries numériques est presque parfait : le rôle de la somme partielle est tenu par l'intégrale partielle , celui de la série de Riemann par l'intégrale de Riemann , et les critères de comparaison des séries à termes positifs se transposent mot pour mot aux fonctions positives.
Deux questions se posent alors, qu'il ne faut jamais confondre. La première est celle de la nature : l'intégrale converge-t-elle, oui ou non ? La seconde est celle de la valeur : que vaut-elle ? Ces deux questions sont indépendantes, et la première est de très loin la plus fréquente. La plupart des intégrales convergentes que vous croiserez n'ont pas de valeur exprimable avec les fonctions usuelles, ce qui n'empêche nullement de les manipuler, de les majorer, de les dériver par rapport à un paramètre. Retenez dès maintenant l'ordre canonique, qui est aussi celui des séries : d'abord la nature, ensuite la valeur. Écrire avant d'avoir établi la convergence, c'est manipuler un symbole vide.
Une notion va rapidement prendre le pas sur celle de convergence : celle de fonction intégrable, c'est-à-dire de fonction dont la valeur absolue a une intégrale convergente. C'est une exigence plus forte que la simple convergence, et elle est délibérée : c'est elle, et elle seule, qui rend valides les trois grands théorèmes de la fin du chapitre. Le programme de PC est d'ailleurs explicite sur ce point, les intégrales qui convergent sans être absolument convergentes ne sont pas un objectif du cours. Dans tout ce qui suit, ou presque, convergence et intégrabilité se confondront.
Car le vrai but du chapitre n'est pas de décider du sort de . Il est d'obtenir trois théorèmes qui autorisent à échanger l'intégrale avec un autre passage à la limite : le théorème de convergence dominée, qui permet d'écrire ; le théorème d'intégration terme à terme, qui permet d'écrire ; et les théorèmes de régularité des intégrales à paramètre, qui permettent de dériver sous le signe intégrale. Ces trois outils sont admis ou presque, ils tiennent chacun en trois hypothèses, et ils sont d'une efficacité redoutable. Ce sont eux qui définissent et étudient la fonction d'Euler, la transformée de Fourier, la transformée de Laplace, et l'immense majorité des fonctions spéciales de la physique. Le reste du chapitre est, littéralement, la préparation de leurs hypothèses.
Une remarque de méthode enfin, propre à la filière. Le programme demande d'éviter « tout excès de rigueur dans la rédaction » et de se limiter « à la vérification des hypothèses cruciales ». Cela ne signifie pas qu'on bâcle : cela signifie qu'on sait où est le nerf. Vérifier qu'une fonction est continue sur son intervalle prend une demi-ligne ; trouver une domination indépendante du paramètre prend cinq lignes et vaut la moitié des points. Rédigez court là où c'est facile, et développez là où c'est difficile.
Notations valables dans tout le chapitre. La lettre désigne ou , et un intervalle de non réduit à un point. Une fonction est dite continue par morceaux sur , en abrégé « cpm », si elle est continue par morceaux sur tout segment inclus dans ; toutes les fonctions de ce chapitre sont supposées continues par morceaux, à valeurs dans , sans que ce soit toujours répété. Les bornes d'un intervalle sont notées et avec , la borne pouvant valoir et la borne valoir . La notation désigne l'intégrale sur l'intervalle , sans référence à l'ordre des bornes, et la même intégrale orientée de vers . Les fonctions circulaires réciproques sont notées , , . Enfin, marque la fin d'une démonstration.
L'intégrale généralisée sur un intervalle
Deux façons de sortir du cadre des segments
Regardons de près ce qui empêche d'appliquer la définition de première année. Elle exige un segment , avec et réels, et une fonction continue par morceaux sur ce segment tout entier, bornes comprises. Deux obstacles peuvent se présenter.
Le premier est un intervalle non borné. Dans , la borne supérieure n'est pas un nombre réel : il n'existe aucune subdivision finie de , et la définition de première année ne s'applique tout simplement pas.
Le second est une fonction non bornée au voisinage d'une borne. Dans , l'intervalle est borné, mais la fonction n'est pas définie en , et surtout elle n'y est pas prolongeable par une valeur finie : elle tend vers . Une fonction continue par morceaux sur un segment est nécessairement bornée, donc celle-ci ne l'est pas, quoi qu'on décide de poser en .
Ces deux obstacles peuvent se cumuler, et ils peuvent apparaître aux deux bornes à la fois. L'intégrale , par exemple, pose un problème en et un problème en , et il faudra les traiter séparément. C'est une source d'erreurs considérable : un étudiant qui n'a vu qu'un seul des deux problèmes conclura tranquillement à une convergence qui n'a pas lieu.
Un troisième cas, enfin, ressemble à un obstacle sans en être un. La fonction n'est pas définie en , mais elle y tend vers : elle se prolonge par continuité en une fonction continue sur , et l'intégrale ne pose aucune difficulté. On dit qu'elle est faussement généralisée, ou faussement impropre. Signalez-le en une phrase le jour où vous le rencontrez, et passez à la suite : il n'y a rien à démontrer.
Méthode
Méthode 1. Repérer les points à problème. Avant tout calcul et avant toute majoration, on écrit noir sur blanc l'intervalle d'intégration et l'on examine ses deux bornes. Pour chacune, trois questions :
- La borne est-elle infinie ? Si oui, il y a un problème.
- La fonction est-elle définie et continue par morceaux en cette borne ? Si oui, il n'y a pas de problème de ce côté.
- Sinon, la fonction admet-elle une limite finie en cette borne ? Si oui, l'intégrale est faussement généralisée de ce côté : on le dit, et le problème disparaît. Si elle tend vers l'infini ou n'a pas de limite, le problème est réel.
L'étude se mène ensuite borne par borne, indépendamment, et la conclusion ne tombe qu'une fois les deux côtés traités.
Exemple
Où sont les problèmes ? Prenons quatre intégrales.
: la fonction est continue sur , seule la borne pose problème.
: l'intervalle est borné, la fonction est continue sur et tend vers en . Un seul problème, en .
: deux problèmes, en (si , la fonction n'y est pas bornée) et en .
: aucun problème. Par croissances comparées, en , la fonction se prolonge par continuité sur , et c'est une intégrale de première année. Le contraste avec , qui est bel et bien impropre en , mérite d'être noté : le facteur suffit à tuer la singularité.
Définition sur un intervalle semi-ouvert
Voici la définition centrale du chapitre. Elle est courte, et elle dit exactement ce qu'annonçait l'introduction : on intègre sur un segment, puis on pousse la borne.
Définition
Intégrale généralisée en . Soient et avec , et soit une fonction continue par morceaux sur à valeurs dans .
Pour tout , la fonction est continue par morceaux sur le segment : l'intégrale est bien définie au sens de la première année.
On dit que l'intégrale converge si la fonction
admet une limite finie lorsque tend vers par valeurs inférieures. Dans ce cas, on pose
Dans le cas contraire, on dit que l'intégrale diverge.
Trois précisions de vocabulaire, toutes utiles. On dit indifféremment que l'intégrale est généralisée ou impropre en ; les deux mots signifient « la borne pose problème ». On dit qu'on étudie la nature de l'intégrale quand on cherche à savoir si elle converge ou diverge. Et l'on prendra garde à ce que la phrase « l'intégrale converge » porte sur le couple formé par la fonction et l'intervalle : converge alors que diverge, pour la même fonction.
La divergence recouvre deux comportements très différents, et il est bon de les distinguer dès maintenant. Ou bien tend vers , c'est la divergence par explosion, la seule possible pour une fonction de signe constant comme on le verra en partie 4. Ou bien n'a pas de limite du tout, c'est la divergence par oscillation : ainsi n'a aucune limite quand , sans jamais dépasser en valeur absolue. L'intégrale diverge, bien que l'aire ne « parte pas à l'infini ».
Le fait suivant est constamment utilisé, souvent sans être énoncé : la nature d'une intégrale généralisée en ne dépend que du comportement de au voisinage de . C'est l'analogue exact du fait qu'on ne change pas la nature d'une série en modifiant un nombre fini de termes.
Propriété
Localité de la nature. Soit continue par morceaux sur et soit . Les intégrales et sont de même nature, et en cas de convergence
Démonstration. Soit . La relation de Chasles sur le segment , acquise en première année, donne
Le premier terme du membre de droite est une constante : il ne dépend pas de . Les deux fonctions et diffèrent donc d'une constante, et l'une admet une limite finie en si et seulement si l'autre en admet une. Les deux intégrales ont donc bien la même nature, et le passage à la limite dans l'égalité ci-dessus donne la relation annoncée.
En pratique, cette propriété autorise à dire « au voisinage de » ou « pour assez grand » dans toutes les majorations à venir : ce qui se passe sur un segment initial n'a aucune importance pour la nature.
Le cas symétrique
Rien de nouveau, la borne problématique passe simplement à gauche.
Définition
Intégrale généralisée en . Soient et avec , et soit continue par morceaux sur . On dit que converge si la fonction
admet une limite finie quand , et l'on pose alors
Toutes les propriétés démontrées pour se transposent à en changeant en ; nous ne les redémontrerons jamais. Une façon économique de s'en convaincre est le changement de variable , qui transforme en .
Le cas d'un intervalle ouvert
Ici, un choix s'impose : les deux bornes posent problème, et il faut décider comment on les traite. La règle est simple et sans appel : on coupe l'intervalle en deux, et l'on exige la convergence des deux morceaux.
Définition
Intégrale généralisée sur un intervalle ouvert. Soient et avec , et soit continue par morceaux sur . Soit un point quelconque de .
On dit que converge si les deux intégrales
convergent, la première au sens de 1.3 et la seconde au sens de 1.2. On pose alors
Si l'une au moins des deux diverge, l'intégrale diverge.
Cette définition fait intervenir un point de découpe arbitraire : il faut vérifier que ni la nature, ni la valeur ne dépendent de ce choix. C'est le cas, et la démonstration est une simple application de la localité.
Propriété
Indépendance du point de découpe. Avec les notations de la définition précédente, la nature de et, en cas de convergence, sa valeur, ne dépendent pas du point choisi dans .
Démonstration. Soient et deux points de , que l'on peut supposer tels que quitte à les échanger. D'après la propriété de localité de 1.2, appliquée une fois à gauche et une fois à droite, et sont de même nature, et et également. Les deux intégrales convergent donc pour le choix si et seulement si elles convergent pour le choix : la nature ne dépend pas de la découpe.
Supposons maintenant la convergence, et notons la valeur obtenue avec le point . La localité donne, sur le morceau de gauche puis sur celui de droite,
où est une intégrale ordinaire sur un segment. En additionnant la première égalité à , il vient
la dernière égalité venant de la seconde relation. Donc .
Il faut insister sur l'exigence des deux convergences, car c'est un piège classique et coûteux. On ne définit pas comme la limite de quand . Cette limite symétrique peut parfaitement exister alors que l'intégrale diverge.
Exemple
Le contre-exemple à connaître. Considérons sur , et l'intégrale .
Par imparité, pour tout , donc la limite symétrique existe et vaut . Pourtant l'intégrale diverge : en coupant en comme le prescrit la définition,
donc diverge, et cela suffit à faire diverger .
La morale : on n'a jamais le droit de compenser un à droite par un à gauche. Les deux moitiés se traitent séparément, et une seule divergence condamne le tout.
Le reste d'une intégrale convergente
L'analogie avec les séries se poursuit : une intégrale convergente possède un reste, qui tend vers zéro. Cette quantité sert à quantifier la vitesse de convergence et interviendra dans les majorations.
Définition
Reste. Soit continue par morceaux sur telle que converge. Pour , on appelle reste de l'intégrale la quantité
qui est bien définie par localité, et l'on a la décomposition
Propriété
Le reste tend vers zéro. Avec les hypothèses ci-dessus,
Démonstration. Notons la valeur de l'intégrale, qui existe par hypothèse. La décomposition ci-dessus s'écrit . Or, par définition même de la convergence, quand . Donc .
Exemple
Trois calculs immédiats par la définition. Reprenons la définition telle quelle, sans aucun outil.
a. . Pour , . L'intégrale converge et vaut .
b. . Pour , . L'intégrale diverge, par explosion.
c. . Pour , , qui n'a pas de limite en : il suffit de considérer les suites et , pour lesquelles et . L'intégrale diverge, par oscillation.
Le cas faussement généralisé
Il arrive souvent qu'une intégrale ait l'air impropre sans l'être. Le résultat suivant règle la question en une ligne, et il faut savoir l'invoquer pour ne pas perdre de temps.
Propriété
Prolongement par continuité. Soit continue sur avec fini. Si admet une limite finie en , alors converge. On dit que l'intégrale est faussement généralisée en .
Démonstration. Prolongeons en posant pour et . La fonction est continue sur le segment : son intégrale est donc définie au sens de la première année, et la fonction est une primitive de , donc est continue sur .
Or, pour , on a , puisque les deux fonctions coïncident sur . Par continuité, cette quantité tend vers quand : la limite existe et est finie, donc l'intégrale converge, et sa valeur est .
Exemple
Trois intégrales faussement généralisées. Dans les trois cas, la fonction est continue sur et admet une limite finie en , donc l'intégrale converge sans qu'il y ait rien d'autre à dire.
a. , avec .
b. , avec .
c. , avec .
Attention, ce résultat exige fini. En , une limite finie ne sauve rien, elle condamne : si quand , alors diverge, car l'aire d'une bande infiniment longue de hauteur est infinie. Ainsi diverge, l'intégrande tendant vers .
Les intégrales de référence
Comme pour les séries, tout le travail de comparaison de la partie 4 repose sur un petit nombre d'intégrales dont la nature est connue par calcul direct. Il y en a trois familles, plus une quatrième qu'il est commode d'ajouter. Elles doivent être sues instantanément, et leurs démonstrations sont exigibles : ce sont de simples calculs de primitives, mais ce sont eux qui fondent tout le reste.
Les intégrales de Riemann en
Propriété
Intégrales de Riemann en . Soit . L'intégrale
converge si et seulement si , et sa valeur est alors .
Démonstration. La fonction est continue sur , seule la borne pose problème. Soit . Deux cas se présentent, selon que vaut ou non.
Si , une primitive de est , donc
Le sort de cette expression dépend du signe de l'exposant . Si , alors et quand : l'intégrale partielle tend vers , qui est un réel, donc l'intégrale converge et vaut ce nombre. Si , alors et : l'intégrale partielle tend vers et l'intégrale diverge.
Si , une primitive est le logarithme et
donc l'intégrale diverge. En rassemblant les trois cas, la convergence a lieu exactement pour .
Le cas mérite qu'on s'y arrête une seconde, car il est la frontière et il est contre-intuitif. La fonction tend vers en , l'aire sous sa courbe semble donc « se refermer », et pourtant elle est infinie : le logarithme croît vers l'infini, lentement, mais sans borne. Une fonction qui tend vers peut parfaitement avoir une intégrale divergente. C'est l'erreur la plus fréquente du chapitre, exactement comme la série harmonique est l'erreur la plus fréquente du chapitre sur les séries.
Les intégrales de Riemann en
Propriété
Intégrales de Riemann en . Soit . L'intégrale
converge si et seulement si , et sa valeur est alors .
Démonstration. Si , la fonction se prolonge par continuité sur et l'intégrale est faussement généralisée : elle converge, et la formule du reste de la démonstration s'appliquera aussi. Supposons donc ; la fonction est continue sur et la borne pose problème. Soit .
Si ,
Si , alors et quand : l'intégrale converge et vaut . Si , alors , donc : l'intégrale diverge.
Si ,
donc l'intégrale diverge. La convergence a donc lieu exactement pour .
Les deux résultats sont inversés, et c'est toute la difficulté mnémotechnique. Retenez-les par leur signification plutôt que par la position de l'inégalité.
En , il faut que la fonction décroisse assez vite pour que la queue infinie ait une aire finie : plus est grand, mieux c'est, d'où . En , il faut que la fonction n'explose pas trop vite pour que le pic ait une aire finie : plus est petit, mieux c'est, d'où . Dans les deux cas, l'exposant critique est , et dans les deux cas le cas critique diverge.
Une conséquence immédiate, et un piège : diverge pour toute valeur de . En effet la convergence exigerait à la fois pour le problème en et pour celui en , ce qui est impossible. Aucune puissance de n'est intégrable sur tout entier : c'est pourquoi les fonctions de ce chapitre définies sur combinent toujours une puissance et un facteur d'un autre type, exponentielle ou logarithme.
Les intégrales de Riemann translatées
Les problèmes en ne se produisent pas toujours en . Le résultat suivant est le précédent déplacé, et il sert constamment quand la fonction explose au bord d'un intervalle borné.
Propriété
Riemann en une borne finie. Soient deux réels et . Les intégrales
convergent si et seulement si .
Démonstration. Traitons la seconde, la première étant identique. Pour , une primitive de sur est , car la dérivation de la fonction composée fait apparaître le facteur qui se simplifie. Donc, pour ,
Quand , la quantité tend vers , donc si et si . La convergence a donc lieu si et seulement si . Pour , l'intégrale partielle vaut , et il y a divergence.
L'intégrale de l'exponentielle
Propriété
Intégrale de l'exponentielle. Soit . L'intégrale
converge si et seulement si , et sa valeur est alors . Plus généralement, pour et ,
Démonstration. Si , pour ,
Si , alors donc et l'intégrale converge vers . Si , alors et l'intégrale diverge. Enfin, si , l'intégrale partielle vaut et il y a divergence.
Cette référence est de loin la plus puissante des trois : l'exponentielle décroissante écrase toute puissance de , ce qui fait de le majorant universel en . Nous en ferons un usage constant dans la partie 7, autour de la fonction .
L'intégrale du logarithme
Propriété
Intégrale du logarithme en . L'intégrale converge et
Démonstration. La fonction est continue sur et tend vers en : la borne pose problème. Une primitive de est , comme on le vérifie en dérivant : . Donc, pour ,
Par croissances comparées, quand , donc l'intégrale partielle tend vers . L'intégrale converge et vaut .
Notez au passage que n'est pas bornée au voisinage de et que son intégrale converge tout de même : l'explosion d'une fonction en une borne n'interdit nullement la convergence, tout dépend de la vitesse. Le logarithme explose infiniment plus lentement que n'importe quelle puissance avec , ce qui explique tout.
Le tableau à connaître
Voici l'ensemble des références, sous la forme où il faut les avoir en tête.
| Intégrale | Converge si et seulement si | Valeur |
|---|---|---|
| toujours |
Deux valeurs supplémentaires reviennent si souvent qu'elles méritent d'être mémorisées, bien qu'elles ne servent pas de référence de comparaison : l'intégrale d'Arctangente et l'intégrale de Gauss.
a.
b.
c.
Les deux premières se calculent directement, la troisième est admise ici : sa valeur ne s'obtient par aucune primitive élémentaire, et elle se démontre dans un problème par des méthodes qui dépassent le cadre de cette leçon.
Exemple
Le calcul de . La fonction est continue sur : les deux bornes infinies posent problème, et la définition de 1.4 impose de couper. Coupons en .
Pour la moitié droite, et pour ,
donc converge et vaut . Pour la moitié gauche, le même calcul donne quand .
Les deux moitiés convergent, donc l'intégrale converge, et sa valeur est la somme :
Méthode
Méthode 2. Utiliser une intégrale de référence. Une référence ne sert presque jamais telle quelle : elle sert de mètre étalon dans une comparaison. Le réflexe à installer est le suivant.
- Isoler la borne qui pose problème et se placer au voisinage de cette borne.
- Chercher le comportement dominant de la fonction en cette borne : un équivalent, ou une majoration simple.
- Reconnaître dans ce comportement une référence, c'est-à-dire une puissance , une puissance , ou une exponentielle .
- Conclure avec les critères de la partie 4, qui sont précisément faits pour transférer la nature de la référence à la fonction étudiée.
Le point 3 se résume à une question : en , ma fonction est-elle plus petite que , ou plus grande que ? En , ma fonction est-elle plus petite que , ou plus grande que ?
Les règles de calcul
Toutes les règles de calcul de la première année survivent, mais chacune s'accompagne désormais d'une clause : elles ne s'appliquent qu'à des intégrales dont la convergence a été établie au préalable. Le principe de démonstration est invariablement le même, et il vaut la peine de l'énoncer une fois pour toutes : on écrit la règle sur un segment , où elle est acquise, puis on fait tendre vers la borne problématique. La première démonstration sera détaillée, les suivantes iront plus vite.
Linéarité
Propriété
Linéarité. Soient et continues par morceaux sur à valeurs dans , et . Si les intégrales et convergent toutes les deux, alors l'intégrale converge et
Démonstration. Soit . La fonction est continue par morceaux sur le segment , et la linéarité de l'intégrale sur un segment donne
Quand , les deux intégrales du membre de droite admettent par hypothèse des limites finies, respectivement et . Une combinaison linéaire de fonctions ayant une limite finie a une limite finie, égale à la combinaison linéaire des limites : le membre de gauche converge donc, et vers la valeur annoncée.
L'hypothèse « les deux intégrales convergent » n'est pas décorative. La réciproque est fausse : l'intégrale d'une somme peut converger sans qu'aucune des deux intégrales ne converge, les divergences se compensant.
Exemple
Une somme convergente de deux intégrales divergentes. Sur , posons et . Les intégrales et divergent toutes les deux, la première étant l'intégrale de Riemann critique et la seconde s'y ramenant par translation.
Pourtant, pour ,
puisque . L'intégrale converge et vaut .
La conséquence pratique est une interdiction : on ne scinde jamais une intégrale généralisée en deux morceaux sans avoir d'abord vérifié que chaque morceau converge. Écrire ici, c'est écrire .
Relation de Chasles et orientation
Propriété
Relation de Chasles. Soit continue par morceaux sur un intervalle d'extrémités et , et soit un point intérieur à . L'intégrale converge si et seulement si les deux intégrales et convergent, et dans ce cas
On conserve par ailleurs la convention d'orientation .
Démonstration. C'est exactement le contenu de la propriété de localité de 1.2, complété par la définition sur un intervalle ouvert de 1.4 et l'indépendance du point de découpe qui l'accompagne.
Positivité et croissance
Propriété
Positivité. Soit continue par morceaux et positive sur , dont l'intégrale converge. Alors
Croissance. Soient et continues par morceaux et réelles sur , telles que sur et que les deux intégrales convergent. Alors
Démonstration. Pour la positivité : pour tout , la positivité de l'intégrale sur le segment donne . Une inégalité large est conservée par passage à la limite, donc la limite est positive.
Pour la croissance : la fonction est positive et son intégrale converge par linéarité, donc , ce qui s'écrit par linéarité à nouveau.
Notez que les inégalités strictes ne se conservent pas par passage à la limite : même si partout, on ne peut écrire que à ce stade. Le cas d'égalité fait l'objet du théorème de 5.4, qui est nettement plus fin.
Le calcul par primitive
C'est l'outil de calcul numéro un : dès que l'on connaît une primitive, la nature et la valeur se lisent d'un coup.
Propriété
Calcul par primitive. Soit continue sur et soit une primitive de sur . Alors
et dans ce cas
quantité que l'on note encore .
Démonstration. Pour , le théorème fondamental de l'analyse donne . Le membre de gauche admet une limite finie en si et seulement si le membre de droite en admet une, c'est-à-dire si et seulement si en admet une, puisque est une constante.
Convention de notation. Dans tout ce chapitre, le crochet désigne la différence des limites de aux deux bornes, ces limites devant exister et être finies pour que l'écriture ait un sens. Écrire un crochet dont l'une des limites est infinie, ou n'existe pas, est une faute.
Exemple
Trois calculs par primitive.
a. , impropre en . Une primitive est , qui admet la limite finie en . L'intégrale converge et
b. . On vérifie que est une primitive, car . Par croissances comparées, en , donc l'intégrale converge et vaut .
Exemple
c. Un calcul où il ne faut surtout pas couper. Considérons . La décomposition en éléments simples donne
d'où la primitive sur . Comme , on a en , donc l'intégrale converge et
Observez ce qui aurait mal tourné : les deux intégrales et divergent toutes les deux. Il fallait donc garder les deux logarithmes groupés dans une seule primitive et ne passer à la limite qu'ensuite. C'est la règle de 3.1 en action.
Intégration par parties
Propriété
Intégration par parties. Soient et deux fonctions de classe sur à valeurs dans . Si le produit admet une limite finie en , alors les intégrales
sont de même nature, et en cas de convergence
Démonstration. Soit . Les fonctions et sont de classe sur le segment , donc l'intégration par parties de première année s'applique sans aucune condition supplémentaire :
Par hypothèse, admet une limite finie quand . Notons et : l'égalité ci-dessus s'écrit , dont le membre de droite admet la limite finie .
Si admet une limite finie, alors en admet une aussi, et réciproquement : les deux intégrales sont bien de même nature. En cas de convergence, le passage à la limite dans l'égalité donne la formule annoncée.
Méthode
Méthode 3. Mener une intégration par parties sur un intervalle ouvert.
- Travailler d'abord sur un segment. Écrire l'intégration par parties sur avec : à ce niveau, il n'y a rien à vérifier au-delà du caractère .
- Étudier la limite du crochet quand , séparément, comme une question de limite ordinaire (croissances comparées, développement limité).
- Conclure selon l'issue. Si le crochet a une limite finie, les deux intégrales sont de même nature et l'égalité est licite. Si le crochet n'a pas de limite finie, on ne peut rien conclure par ce chemin : il faut changer le découpage entre et , ou choisir une autre primitive de (ajouter une constante bien choisie à est une astuce classique).
Le piège. Écrire d'emblée sans avoir justifié l'existence des limites revient souvent à manipuler une forme indéterminée . Le crochet se justifie avant d'être écrit, jamais après.
Exemple
Une intégration par parties qui produit une récurrence. Pour , posons .
Convergence. La fonction est continue et positive sur , et par croissances comparées : elle est donc négligeable devant en , et l'intégrale converge d'après la partie 4. Par ailleurs .
Récurrence. Soit . Posons , donc , et . Sur le segment ,
Le crochet vaut , qui tend vers par croissances comparées : la limite du crochet est finie, l'intégration par parties est légitime et .
Conclusion. Une récurrence immédiate donne , soit
Propriété
Une formule à connaître. Pour tous et ,
Démonstration. L'intégrale converge, la fonction étant positive et négligeable devant en par croissances comparées. Posons sur : est de classe , strictement croissante, envoie sur et sur , et . Alors
donc l'intégrale vaut d'après l'exemple précédent.
C'est le calcul le plus rentable du chapitre : il servira à chaque intégration terme à terme faisant intervenir une exponentielle.
Exemple
Retrouver sans deviner la primitive. Prenons donc , et , toutes deux de classe sur . Sur le segment avec ,
Le crochet tend vers en par croissances comparées : la limite existe et est finie. On obtient , ce qui confirme le calcul de 2.5.
Changement de variable
C'est la règle la plus délicate à énoncer, parce que les bornes ne sont plus des nombres mais des limites. L'hypothèse clé est la stricte monotonie du changement de variable.
Propriété
Changement de variable. Soit une fonction de classe et strictement monotone sur un intervalle ouvert , et soit une fonction continue sur . Notons
limites qui existent dans par monotonie. Alors les intégrales
sont de même nature, et elles sont égales en cas de convergence.
Démonstration. Fixons et soit . La fonction est de classe sur le segment et est continue sur l'image : le changement de variable de première année donne
Quand , la monotonie de assure que en restant du même côté de . Le membre de gauche admet donc une limite finie si et seulement si en admet une quand , c'est-à-dire si et seulement si converge. Le même raisonnement en traite l'autre borne, et la propriété de localité permet de recoller les deux moitiés. Les limites étant égales terme à terme, les valeurs coïncident.
Méthode
Méthode 4. Justifier un changement de variable généralisé.
La rédaction tient en trois lignes, et elle doit contenir exactement ceci : « Posons , avec de classe et strictement croissante (ou décroissante) sur , telle que quand et quand . »
Les quatre points sur lesquels on perd des points :
- les nouvelles bornes sont des limites, il faut les calculer, pas les deviner ;
- le sens de variation compte : un changement décroissant échange l'ordre des bornes, et un signe apparaît ;
- la stricte monotonie est indispensable ; poser sur tout entier est faux, car n'y est pas injective ;
- le facteur ne s'oublie pas.
Bénéfice appréciable : le changement de variable transporte la nature. Si l'intégrale transformée est une référence, on obtient la nature de l'intégrale de départ sans autre travail.
Exemple
Riemann en et Riemann en sont la même intégrale. Posons sur . La fonction est de classe , strictement décroissante, quand et quand . Avec et ,
Le théorème affirme que et sont de même nature, c'est-à-dire, au signe près, que
ont la même nature. Or la seconde converge si et seulement si , soit : on retrouve exactement le critère de 2.2. Les deux familles de Riemann ne sont donc qu'une seule et même famille, vue de deux côtés.
Exemple
Un changement de variable qui fait disparaître le problème. Calculons en posant sur . La fonction y est de classe , strictement croissante, avec en et en . Comme sur cet intervalle,
L'intégrale transformée est donc , qui n'est même plus généralisée. On retrouve la valeur obtenue par primitive, et l'on voit ce que le changement de variable a fait : il a absorbé la singularité de en dans l'annulation de en .
Exemple
La normalisation gaussienne de la physique. Admettons , donc par parité . Posons sur : c'est un -difféomorphisme strictement croissant, avec aux deux bornes, et . Il vient
C'est la constante de normalisation de la gaussienne centrée réduite, que vous croiserez en thermodynamique statistique comme en probabilités.
Exemple
Un changement de variable exponentiel. Calculons .
Convergence. La fonction est continue et positive sur , et , donc elle est majorée par , intégrable. L'intégrale converge.
Calcul. Posons sur : la fonction y est de classe , strictement croissante, avec quand et quand , et . Comme ,
Donc
Fonctions positives : les critères de comparaison
Toute cette partie suppose les fonctions positives, et cette hypothèse n'est pas une commodité : c'est ce qui rend les critères vrais. La raison tient en une phrase, démontrée au paragraphe suivant : pour une fonction positive, l'intégrale partielle est croissante, donc son sort est décidé par une simple question de majoration. Il n'y a que deux comportements possibles, la convergence ou l'explosion vers , et jamais l'oscillation. C'est exactement la situation des séries à termes positifs, et tous les critères que vous connaissez pour elles se transposent ici mot pour mot.
Le cas général, celui des fonctions de signe quelconque ou à valeurs complexes, ne sera pas traité par ces critères : il sera ramené au cas positif en travaillant sur , ce qui est l'objet de la partie 5. Voilà pourquoi cette partie, en apparence restrictive, est en réalité le cœur technique du chapitre.
Le moteur : croissance de l'intégrale partielle
Propriété
Critère de majoration. Soit continue par morceaux et positive sur , et soit . Alors est croissante sur , et exactement l'une des deux situations suivantes se produit.
- est majorée : alors converge, et .
- n'est pas majorée : alors et diverge.
En particulier, converge si et seulement si est majorée.
Démonstration. Soient et tels que . La relation de Chasles sur les segments donne
la positivité de cette dernière intégrale venant de celle de sur le segment . Donc est croissante sur .
Le théorème de la limite monotone s'applique alors à en , que soit fini ou infini : une fonction croissante admet toujours une limite en , cette limite est finie et égale à si est majorée, et vaut sinon. Par définition de la convergence, cela donne exactement les deux situations annoncées.
Ce résultat, d'apparence anodine, est le moteur de toute la partie. Il transforme une question de limite en une question de majoration, et une majoration, cela se fabrique.
Deux conséquences à retenir. D'abord, pour une fonction positive, il n'y a pas de divergence par oscillation : ou bien l'intégrale converge, ou bien elle vaut . Ensuite, on se permettra pour une fonction positive l'écriture commode
pour dire « l'intégrale converge », l'intégrale d'une fonction positive étant toujours définie comme élément de .
Comparaison par inégalité
Propriété
Théorème de comparaison. Soient et continues par morceaux sur telles que
- Si converge, alors converge.
- Si diverge, alors diverge.
Si de plus l'inégalité vaut sur tout entier et que les deux intégrales convergent, alors .
Démonstration. Quitte à remplacer par un point plus proche de , ce qui ne change pas la nature des intégrales d'après la propriété de localité de 1.2, on peut supposer sur tout entier.
Supposons convergente, et notons sa valeur. Posons et . La croissance de l'intégrale sur le segment donne . Par ailleurs est positive, donc est croissante et majorée par sa limite , d'après le critère de majoration. En combinant,
Ainsi est majorée par , et comme est positive, le critère de majoration conclut à la convergence de . Le passage à la limite dans donne de plus .
Le point 2 est la contraposée du point 1.
L'hypothèse de positivité de est indispensable, et pas seulement pour la forme. Sur , prenons et : on a bien , l'intégrale de diverge, et pourtant celle de converge. Sans positivité, une inégalité ne transfère rien du tout.
Comparaison par domination et négligeabilité
Rappelons les notations de première année, au voisinage de la borne . On écrit s'il existe un réel et un voisinage de sur lequel ; on écrit si, pour tout , on a au voisinage de . Quand ne s'annule pas, ces conditions équivalent respectivement à « est bornée » et « ». Enfin, entraîne , et entraîne aussi .
Propriété
Comparaison par domination. Soient et continues par morceaux et positives sur , avec
Alors : si converge, converge. Par contraposée, si diverge, diverge.
Le résultat s'applique en particulier lorsque , cas de très loin le plus fréquent en pratique.
Démonstration. Par définition de la domination, il existe et tels que
Les deux fonctions étant positives, cela s'écrit sur .
Supposons convergente. Par localité, converge, donc converge par linéarité. Le théorème de comparaison de 4.2, appliqué sur aux fonctions et , donne la convergence de , et la localité redonne celle de .
Attention à ce que ce théorème ne dit pas : la domination transfère la nature, jamais la valeur. De on ne tire aucune information sur en fonction de , sinon l'inégalité si l'on a explicité .
Comparaison par équivalents
C'est le critère le plus utilisé du chapitre, parce qu'un équivalent se calcule presque toujours par développement limité ou par croissances comparées.
Propriété
Théorème d'équivalence. Soient et continues par morceaux et positives sur , telles que
Alors les intégrales et sont de même nature.
Démonstration. Par définition de l'équivalence, on peut écrire avec quand . Appliquons cette convergence avec le seuil : il existe tel que
et donc, en multipliant par ,
Ces trois fonctions sont positives sur , et l'on peut donc appliquer deux fois le théorème de comparaison.
Si converge, l'inégalité de droite donne la convergence de , donc celle de par localité. Réciproquement, si converge, l'inégalité de gauche, réécrite , donne la convergence de . Les deux intégrales ont donc la même nature.
Deux mises en garde, l'une et l'autre coûteuses en copie.
Un équivalent donne la nature, jamais la valeur. De et de la convergence des deux intégrales, on ne peut absolument pas déduire , ni même un équivalent entre ces deux nombres. Les intégrales de et de sur portent sur des fonctions équivalentes en et valent respectivement et .
La positivité est essentielle. Un équivalent est une information sur le module, il ne « voit » pas les compensations d'un terme oscillant. Vous connaissez déjà le phénomène sur les séries : les suites et sont équivalentes, la série converge par le critère spécial des séries alternées, et diverge. Le même phénomène existe pour les intégrales. La règle est donc absolue : avant d'invoquer un équivalent, on écrit noir sur blanc que la fonction est positive, ou de signe constant, au voisinage de la borne étudiée. Une fonction dont le signe change indéfiniment doit être traitée par l'intégrabilité de la partie 5, en travaillant sur .
La règle de Riemann
En combinant la comparaison avec les intégrales de référence de la partie 2, on obtient un critère prêt à l'emploi, qui évite d'écrire l'équivalent complet.
Propriété
Règle de Riemann en . Soit continue par morceaux et positive sur avec .
- S'il existe tel que soit borné au voisinage de , en particulier si admet une limite finie, alors converge.
- S'il existe tel que avec ou , alors diverge.
Démonstration. Pour le point 1 : dire que est borné au voisinage de , c'est exactement dire que . Comme , l'intégrale de référence converge, et la comparaison par domination conclut.
Pour le point 2 : si est fini, il existe tel que pour , c'est-à-dire ; si , il existe tel que pour , et la même minoration vaut avec la constante . Dans les deux cas, diverge puisque , donc diverge par comparaison, et aussi par localité.
Propriété
Règle de Riemann en une borne finie. Soit continue par morceaux et positive sur , avec réel.
- S'il existe tel que soit borné au voisinage de , alors converge.
- S'il existe tel que avec ou , alors diverge.
Démonstration. Identique à la précédente, en remplaçant la référence par la référence translatée de 2.3, qui converge si et seulement si .
Le cas en et le cas en suffisent à traiter l'écrasante majorité des exercices : « » est le certificat de convergence en , et « » celui en .
La méthode générale
Méthode
Méthode 5. Déterminer la nature de l'intégrale d'une fonction positive.
- Cadre. Écrire l'intervalle, justifier la continuité par morceaux, repérer les bornes problématiques (Méthode 1).
- Signe. Vérifier explicitement que , au moins au voisinage de chaque borne étudiée. C'est l'hypothèse de tous les critères qui suivent, et son oubli invalide tout.
- Équivalent. En chaque borne problématique, produire un équivalent simple de , ou une majoration simple.
- Référence. Reconnaître une intégrale de Riemann ou une exponentielle, et conclure sur cette borne.
- Synthèse. Conclure : l'intégrale converge si et seulement si toutes les bornes problématiques donnent la convergence.
Boîte à outils pour l'étape 3. En , on garde le terme dominant au numérateur et au dénominateur. En , on utilise les développements usuels , , , , . Tout conflit entre une puissance, un logarithme et une exponentielle se règle par croissances comparées, l'exponentielle l'emportant toujours sur la puissance, et la puissance toujours sur le logarithme.
Avant les exemples, un contrôle rapide sur une seule et même fonction, , intégrée sur trois intervalles différents.
a. converge
b. diverge
c. diverge
L'exposant est supérieur à : c'est ce qu'il faut en , c'est exactement ce qu'il ne faut pas en . La fonction est la même dans les trois cas, seul l'intervalle change, et c'est bien le couple formé par la fonction et l'intervalle qui converge ou qui diverge.
Exemple
Cinq études rapides. Dans chaque cas, la fonction est continue et positive sur l'intervalle considéré.
a. . Par croissances comparées, : la règle de Riemann avec donne la convergence.
b. . La fonction est continue sur , seule la borne pose problème, et avec : convergence.
c. . Comme , on a , donc : les deux fonctions étant positives, l'intégrale a la même nature que , donc elle diverge.
d. . Seule la borne pose problème, et avec : convergence.
Exemple
e. Une intégrale à deux bornes, dont une fausse. Étudions .
Positivité. Pour , , donc la fonction est strictement positive sur .
En . Le numérateur admet le développement , donc le quotient tend vers . La fonction se prolonge par continuité en : l'intégrale est faussement généralisée en cette borne, il n'y a rien à démontrer.
En . Pour , on majore brutalement :
et converge. Par comparaison, l'intégrale converge en .
Conclusion. Les deux bornes sont réglées, l'intégrale converge.
Exemple
Une étude complète, avec calcul de la valeur. Considérons .
Nature. La fonction est continue et positive sur , les deux bornes posent problème. En , elle est équivalente à , intégrable puisque . En , elle est équivalente à , intégrable puisque . L'intégrale converge.
Valeur. Posons sur : la fonction y est de classe , strictement croissante, avec en et en , et . Alors
puisque . D'où
Exemple
Quand aucune référence ne tranche : on calcule. Soit et
la fonction étant continue et positive sur .
Les critères sont muets. Pour tout , par croissances comparées : la règle de Riemann ne donne pas la convergence. Et si : elle ne donne pas non plus la divergence. Cette fonction se glisse entre toutes les puissances de .
Le calcul. Posons sur : est de classe , strictement croissante, avec en et en , et . Alors
donc a la même nature que : elle converge si et seulement si .
La leçon. La règle de Riemann est un critère suffisant. Quand elle ne tranche pas, l'intégrale n'est pas pathologique pour autant : il faut simplement un calcul ou un changement de variable. Ce résultat n'est pas une référence à mémoriser, c'est un calcul à savoir refaire.
Les pièges de la partie
Piège 1 : n'examiner qu'une seule borne. C'est l'erreur la plus fréquente, et la plus chère. Dès que l'intervalle est ouvert aux deux bouts, il y a deux études à mener, et la convergence exige les deux. Souvenez-vous que diverge pour toute valeur de .
Piège 2 : croire que suffit. L'intégrale diverge alors que . Décroître vers zéro ne suffit pas, il faut décroître assez vite, et le seuil est la puissance .
Piège 3 : croire que la convergence force . L'implication réciproque est fausse elle aussi : une fonction peut avoir une intégrale convergente en sans tendre vers , en concentrant des pics de plus en plus étroits. Nous ne nous en servirons pas, mais ne postulez jamais cette implication.
Piège 4 : utiliser un équivalent sans vérifier le signe. Rappelé en 4.4, ce piège mérite d'être répété : les théorèmes de comparaison sont faux pour des fonctions de signe non constant. La phrase « la fonction est positive sur l'intervalle considéré » doit figurer dans la copie.
Piège 5 : confondre nature et valeur. Une comparaison, une domination, un équivalent donnent la nature. Aucun ne donne la valeur. Si l'énoncé demande une valeur, il faudra une primitive, une intégration par parties, un changement de variable, ou l'un des théorèmes de la partie 6.
Piège 6 : majorer par une fonction dont l'intégrale diverge. Une majoration ne sert que si le majorant est intégrable. Écrire est vrai pour , et parfaitement inutile. La majoration doit être utile, c'est-à-dire aboutir à une référence convergente.
Les fonctions intégrables
Tous les critères de la partie 4 exigent la positivité. Que faire d'une fonction de signe variable, ou à valeurs complexes ? On pourrait chercher à étendre les critères : c'est impossible, les contre-exemples de 4.4 le montrent. La bonne idée est ailleurs, et elle consiste à renforcer l'exigence : au lieu de demander que converge, on va demander que converge. On perd quelques fonctions au passage, mais on gagne trois choses considérables : les critères de la partie 4 redeviennent applicables, puisqu'ils portent sur qui est positive ; l'ensemble des fonctions ainsi retenues est un espace vectoriel ; et surtout, c'est exactement l'hypothèse sous laquelle les grands théorèmes de la partie 6 sont vrais.
Définition
Définition
Fonction intégrable. Soit une fonction continue par morceaux sur un intervalle , à valeurs dans . On dit que est intégrable sur si l'intégrale
converge. On dit alors aussi que l'intégrale de sur converge absolument.
L'ensemble des fonctions continues par morceaux et intégrables de dans est noté .
Le point décisif est que est positive : toute la partie 4 lui est donc applicable telle quelle. Montrer qu'une fonction est intégrable, c'est exactement étudier la nature de l'intégrale d'une fonction positive, exercice que nous savons faire. C'est pourquoi, en pratique, tous les critères de comparaison s'utilisent sur .
Notez aussi que pour une fonction positive, « intégrable » et « intégrale convergente » sont synonymes, puisque . La distinction ne se pose que pour les fonctions de signe variable ou complexes.
L'intégrabilité entraîne la convergence
Propriété
Théorème. Soit continue par morceaux et intégrable sur , à valeurs dans . Alors l'intégrale converge, et
Démonstration. Traitons d'abord le cas d'une fonction réelle. Posons
Ces deux fonctions sont continues par morceaux comme combinaisons linéaires de fonctions continues par morceaux. Elles sont positives, car et en tout point. Elles vérifient enfin
puisque et .
L'intégrale converge par hypothèse. Le théorème de comparaison de 4.2, appliqué aux fonctions positives et d'une part, et d'autre part, donne la convergence de et de . Or
comme on le vérifie immédiatement, donc la linéarité de 3.1, applicable puisque les deux intégrales convergent, donne la convergence de .
Passons au cas complexe. Les fonctions et sont continues par morceaux, réelles, et vérifient et . Par comparaison de fonctions positives, elles sont intégrables, donc leurs intégrales convergent d'après le cas réel. La linéarité appliquée à donne la convergence de .
Reste l'inégalité. Pour , l'inégalité triangulaire sur le segment , acquise en première année, donne
la seconde inégalité venant de la croissance de , qui est croissante puisque . Le module étant continu, le membre de gauche tend vers quand , et l'inégalité large se conserve par passage à la limite.
La réciproque est fausse, et le programme s'arrête là. Il existe des fonctions dont l'intégrale converge sans que celle de converge ; on parle alors d'intégrale semi-convergente. L'étude de ces intégrales n'est pas un objectif du programme de PC : aucun théorème, aucune méthode de ce cours ne les concerne. Dans tout ce qui suit, « l'intégrale de converge » et « est intégrable » seront donc employés comme synonymes, ce qui est légitime pour toutes les fonctions que vous aurez à traiter.
L'espace vectoriel des fonctions intégrables
Propriété
Structure. L'ensemble des fonctions continues par morceaux et intégrables sur est un sous-espace vectoriel de l'espace des fonctions continues par morceaux de dans , et l'application
est une forme linéaire sur .
Démonstration. La fonction nulle est intégrable, donc n'est pas vide. Soient et deux fonctions intégrables et . La fonction est continue par morceaux, et l'inégalité triangulaire ponctuelle donne
Le membre de droite est une fonction positive dont l'intégrale converge, par linéarité appliquée aux intégrales convergentes et . Le théorème de comparaison, licite puisque les deux membres sont positifs, donne la convergence de : la fonction est intégrable. L'ensemble est donc stable par combinaison linéaire, c'est un sous-espace vectoriel.
Les intégrales étant toutes convergentes, la linéarité de 3.1 s'applique et donne le caractère linéaire de .
Propriété
Deux critères pratiques. Soient et continues par morceaux sur .
- Si sur , ou plus généralement si au voisinage de chaque borne problématique, et si est intégrable, alors est intégrable.
- Si est intégrable sur et si est bornée sur , alors est intégrable sur .
Démonstration. Le point 1 est le théorème de comparaison, ou celui de domination, appliqué aux fonctions positives et . Pour le point 2, si sur , alors , et a une intégrale convergente : la comparaison conclut.
Attention, un piège classique : le produit de deux fonctions intégrables n'est pas nécessairement intégrable. Sur , la fonction est intégrable, mais son carré ne l'est pas. Cette pathologie n'existait pas sur un segment, où toute fonction continue par morceaux est bornée donc intégrable.
Une fonction continue positive d'intégrale nulle est nulle
Propriété
Théorème. Soit une fonction continue, positive et intégrable sur un intervalle non réduit à un point. Si
alors est identiquement nulle sur .
Démonstration. Raisonnons par contraposée : supposons non identiquement nulle, et montrons que son intégrale est strictement positive. Il existe donc tel que , c'est-à-dire puisque est positive.
Posons . La fonction étant continue en , il existe tel que
et donc, en particulier, sur cet ensemble.
Comme est un intervalle non réduit à un point, l'ensemble contient un segment avec : il suffit de prendre un voisinage de dans , en le décalant d'un côté si est une extrémité de . Sur ce segment, la croissance de l'intégrale donne
Il reste à comparer cette quantité à l'intégrale sur tout entier. En découpant par la relation de Chasles en trois morceaux, la partie à gauche de , le segment et la partie à droite de , et en utilisant que est positive donc que les deux morceaux extrêmes ont une intégrale positive, il vient
L'intégrale de sur est donc strictement positive, ce qui achève la contraposée.
Deux commentaires. D'abord, l'hypothèse de continuité est indispensable : une fonction continue par morceaux nulle partout sauf en un point a une intégrale nulle sans être la fonction nulle. Ce théorème est l'un des rares du chapitre où l'on exige la continuité et pas seulement la continuité par morceaux.
Ensuite, c'est ce théorème qui permet de fabriquer des produits scalaires intégraux. Sur l'espace des fonctions continues telles que soit intégrable, l'application
est bien définie, car , elle est bilinéaire symétrique et positive, et le théorème ci-dessus lui donne exactement le caractère défini : entraîne donc . On retrouve ainsi, sur un intervalle quelconque, les produits scalaires du chapitre sur les espaces préhilbertiens.
La méthode de rédaction
Méthode
Méthode 6. Montrer qu'une fonction est intégrable sur .
- Régularité. « La fonction est continue sur » avec la raison en trois mots : quotient de fonctions continues dont le dénominateur ne s'annule pas, composée de fonctions continues, produit, etc.
- Bornes. Repérer les bornes problématiques (Méthode 1) et annoncer combien il y en a.
- Étude de en chaque borne. Produire soit un équivalent de , soit une majoration par une fonction de référence. C'est ici que servent la règle de Riemann et l'exponentielle.
- Conclusion. Rassembler : « est intégrable sur ».
Rédaction type, à recopier telle quelle. « La fonction est continue sur . En , , qui est intégrable car . En , , donc , qui est intégrable car . Donc est intégrable sur . »
Ce qu'on n'écrit jamais : « l'intégrale converge, donc la fonction est intégrable ». C'est l'implication inverse qui est vraie, et seulement pour les fonctions positives.
Exemple
Le domaine de définition de la fonction . Pour quels réels l'intégrale
a-t-elle un sens ? Fixons . La fonction est continue et positive sur : intégrabilité et convergence sont donc la même question. Les deux bornes posent problème.
En . Comme , on a . C'est une intégrale de Riemann en , convergente si et seulement si , c'est-à-dire si et seulement si .
En . Par croissances comparées, quel que soit ,
donc et l'intégrale converge en , sans condition sur .
Conclusion. est définie exactement sur . Notez que c'est la borne , et elle seule, qui impose la condition : l'exponentielle règle à elle seule le problème en .
Exemple
Une intégrale de signe variable : . La fonction change de signe en : les critères de la partie 4 ne s'appliquent pas directement, il faut passer par .
Intégrabilité. La fonction est continue sur . En , par croissances comparées, donc , intégrable. En , , donc , intégrable. Donc est intégrable, et son intégrale est un nombre réel bien défini.
Valeur. Posons sur : est de classe , strictement décroissante, avec quand et quand , et . Alors
Le théorème de changement de variable donne alors , c'est-à-dire . Comme est un nombre réel, .
Observez l'ordre des opérations : on établit d'abord que existe, ensuite seulement on le manipule. Sans l'étape d'intégrabilité, l'égalité n'aurait aucun sens.
Exemple
Une fonction à valeurs complexes. Calculons .
Intégrabilité. Posons , continue sur à valeurs complexes. Son module vaut
intégrable sur . Donc est intégrable, et son intégrale converge d'après 5.2. Comme , la fonction est la partie réelle de , donc elle est également intégrable puisque .
Calcul. Une primitive de est , et son module vaut . Donc
La partie réelle et la partie imaginaire commutant avec l'intégrale par linéarité, on obtient d'un seul calcul
Le passage à la limite sous l'intégrale
Nous arrivons au cœur du chapitre. Les trois parties précédentes n'avaient qu'un but : disposer d'un vocabulaire, l'intégrabilité, et d'une technique, la comparaison, permettant d'énoncer et d'utiliser les théorèmes qui suivent. Ces théorèmes répondent tous à la même question : peut-on échanger l'intégrale et un passage à la limite ?
Pourquoi la convergence uniforme ne suffit plus
Le chapitre sur les suites et séries de fonctions a donné une réponse, mais sur un segment : si converge uniformément vers sur avec les continues, alors , avec la majoration
Le facteur est la clé, et c'est aussi la limite de l'argument : sur un intervalle de longueur infinie, il ne vaut plus rien.
Exemple
La convergence uniforme est inopérante sur un intervalle non borné. Sur , posons
Chaque est continue par morceaux et intégrable sur . On a , donc converge uniformément vers la fonction nulle sur : c'est la meilleure convergence possible.
Pourtant, pour tout ,
donc , alors que . L'interversion est fausse, malgré une convergence uniforme parfaite. Ce n'est pas la hauteur des fonctions qui pose problème, c'est l'étalement de leur masse : elle s'échappe vers l'infini.
Ce contre-exemple indique la bonne hypothèse. Il ne faut pas contrôler la hauteur des , il faut les enfermer sous un même couvercle d'aire finie, qui empêchera la masse de fuir. Ce couvercle s'appelle une domination.
Le théorème de convergence dominée
Propriété
Théorème de convergence dominée (admis). Soit un intervalle de et une suite de fonctions continues par morceaux de dans . On suppose :
(H1) convergence simple : la suite converge simplement sur vers une fonction , elle-même continue par morceaux sur ;
(H2) domination : il existe une fonction , continue par morceaux et intégrable sur , telle que
Alors toutes les fonctions et la fonction sont intégrables sur , et
Ce théorème est admis en PC ; sa démonstration relève d'une théorie de l'intégration plus élaborée. Il faut en revanche comprendre exactement le rôle de chaque hypothèse.
Sur (H2), l'hypothèse centrale. La fonction ne dépend pas de : c'est le mot « indépendante de » qui fait tout le travail, en interdisant à la masse de s'échapper. Elle doit de plus être intégrable, et cette intégrabilité doit être justifiée en copie, avec les outils de la partie 5. Une domination par une fonction non intégrable ne sert à rien.
Un bénéfice gratuit. La domination donne l'intégrabilité de toutes les fonctions en jeu : donne celle des , et le passage à la limite ponctuel dans cette inégalité donne , donc celle de . Il est donc inutile de vérifier séparément que les intégrales existent, le théorème s'en charge. C'est une économie appréciable.
Sur (H1). On demande seulement la convergence simple, ce qui est très peu exigeant : on fixe et l'on calcule une limite de suite numérique. En contrepartie, il faut vérifier que la limite est continue par morceaux, contrainte propre au cadre de la filière. En pratique, est continue, ou continue par morceaux de façon évidente.
Sur la conclusion. Elle porte sur la limite des nombres . Aucune uniformité n'est supposée, et aucune n'est obtenue.
Propriété
Complément. Sous les hypothèses (H1) et (H2), on a de plus
Démonstration. Posons . Chaque est continue par morceaux et positive sur . D'après (H1), pour tout , : la suite converge simplement vers la fonction nulle, qui est continue par morceaux. Enfin, l'inégalité triangulaire et le passage à la limite dans (H2) donnent
et est intégrable. Le théorème de convergence dominée, appliqué à la suite , donne .
Ce complément est plus fort que la conclusion du théorème, puisque
Exemple
Deux contre-exemples qui montrent que la domination est indispensable.
a. La bosse qui s'échappe. Sur , prenons valant sur et ailleurs. Chaque est continue par morceaux, et pour fixé, dès que : la convergence simple vers la fonction nulle a lieu. Pourtant pour tout . Toute dominante devrait majorer , qui vaut sur tout entier : elle ne peut pas être intégrable.
b. La bosse qui s'affine. Sur , prenons . Pour fixé, par croissances comparées, et pour tout . Ici la masse ne part pas à l'infini, elle se concentre en : une étude de la fonction montre que vaut de l'ordre de , qui n'est pas intégrable au voisinage de .
Dans les deux cas, la conclusion du théorème est fausse, et c'est bien (H2) qui manque.
Le mode d'emploi
Méthode
Méthode 7. Appliquer le théorème de convergence dominée. Quatre temps, toujours les mêmes, dans cet ordre.
- Poser. « Pour , posons , continue par morceaux sur . » Si l'intervalle d'intégration dépend de , on se ramène d'abord à un intervalle fixe en prolongeant les fonctions par : c'est un point de rédaction obligatoire, le théorème exige un constant.
- Convergence simple. Fixer , calculer , annoncer la fonction limite et dire qu'elle est continue par morceaux.
- Domination. Exhiber telle que pour tout , avec indépendante de , continue par morceaux et intégrable, et justifier son intégrabilité.
- Conclure. « Le théorème de convergence dominée s'applique, donc »
Méthode
Trouver la domination : les trois techniques. L'étape 3 est la seule difficile, et elle vaut la moitié des points.
Majorer brutalement ce qui est borné. Tout facteur de module au plus disparaît : , , , pour . L'objectif est de faire disparaître le .
Utiliser une inégalité de convexité. Les trois plus rentables sont pour tout réel , pour , et . Elles transforment une expression contenant en une exponentielle ou une puissance qui n'en contient plus.
Exploiter une monotonie en . Si l'on montre que est décroissante à fixé, alors et la dominante est le premier terme, à condition qu'il soit intégrable.
Et si aucune dominante globale n'existe ? C'est que le théorème ne s'applique pas tel quel : il faut découper en morceaux, ou revenir aux sommes partielles.
Exemple
Un premier calcul de limite. Calculons .
Poser. Pour , est continue sur .
Convergence simple. Fixons . Si , alors et . Si , pour tout . Si , alors et . La limite simple vaut donc sur , en et sur : elle est continue par morceaux sur , avec une seule discontinuité, en , où les limites à gauche et à droite sont finies.
Domination. Soit . Pour , on a , car . Pour , on a , donc . Ainsi avec , continue, indépendante de , et intégrable sur puisque .
Conclure. Le théorème s'applique, et comme modifier une fonction en un point ne change pas son intégrale,
Exemple
Une domination par convexité, et un intervalle qui dépend de . Calculons .
Intervalle fixe. L'intervalle d'intégration dépend de : on pose donc, sur ,
de sorte que . Chaque est continue sur , car les deux expressions se raccordent en où elles valent .
Convergence simple. Fixons . Pour , , et . Donc , fonction continue sur .
Domination. Pour , l'inégalité de convexité appliquée à donne , d'où . Cette majoration est encore vraie en et pour , où . La fonction convient : elle est continue, indépendante de , et intégrable sur .
Conclure. .
Contrôle. Le changement de variable donne , qui tend bien vers .
Exemple
Une domination par . Calculons .
Poser. Pour , est continue sur .
Convergence simple. Fixons . Quand , donc et . Ainsi , fonction continue sur .
Domination. Pour tout réel , . Avec et ,
fonction indépendante de , continue et intégrable sur .
Conclure. La limite vaut .
Exemple
Une domination obtenue par monotonie en . Calculons .
Poser. Pour , est continue sur .
Convergence simple. Fixons . Si , pour tout . Si , alors , donc et . La limite simple vaut en et ailleurs : elle est continue par morceaux et d'intégrale nulle.
Domination. À fixé, la suite est décroissante, puisque . Donc, pour tout ,
dominante indépendante de et intégrable sur .
Conclure. . C'est la troisième technique de domination en action : quand rien ne se majore facilement, on regarde si la suite est monotone en , et on prend le premier terme.
L'intégration terme à terme
Voici le pendant du théorème précédent pour les séries de fonctions. Attention à ne pas le confondre avec le théorème d'intégration terme à terme du chapitre sur les séries de fonctions : celui-là exigeait un segment et la convergence uniforme, celui-ci vaut sur un intervalle quelconque, et son hypothèse est la convergence d'une série numérique.
Propriété
Théorème d'intégration terme à terme (admis). Soit un intervalle et une suite de fonctions de dans , continues par morceaux et intégrables sur . On suppose :
(H1) la série de fonctions converge simplement sur , et sa somme
est continue par morceaux sur ;
(H2) la série numérique converge.
Alors est intégrable sur , la série converge, et
Là encore, le théorème est admis, et le rôle des hypothèses mérite d'être précisé.
(H2) porte sur les valeurs absolues. Ce n'est pas « la série converge », c'est « la série converge ». Cette hypothèse est plus forte, et c'est elle qui coûte du travail : c'est presque toujours l'étape décisive de l'exercice.
Ni convergence uniforme, ni convergence normale. Elles n'apparaissent nulle part, et le contre-exemple de 6.1 montre qu'elles ne serviraient à rien sur un intervalle non borné.
Le cas confortable des fonctions positives. Si toutes les sont positives, alors et (H2) se lit simplement : « la série , à termes positifs, converge ». On calcule les intégrales, on regarde la série obtenue, et si elle converge, tout est démontré d'un coup. C'est la situation la plus fréquente en exercice.
L'hypothèse (H2) est suffisante, pas nécessaire. Quand elle tombe en défaut, la conclusion peut rester vraie ; il faut alors changer de méthode, et c'est l'objet de 6.5.
Le cas positif mérite un énoncé à part, car il donne une équivalence et pas seulement une implication.
Propriété
Corollaire, cas des fonctions positives. Si, en plus de (H1), toutes les fonctions sont positives et intégrables sur , alors la somme est intégrable sur si et seulement si la série converge, et l'on a dans ce cas
Démonstration. Si la série converge, alors converge aussi puisque : c'est (H2), et le théorème s'applique.
Réciproquement, supposons intégrable. Les étant positives, toute somme partielle vérifie en tout point de , donc, par croissance de l'intégrale,
La série est à termes positifs et ses sommes partielles sont majorées : elle converge.
Méthode
Méthode 8. Intégrer terme à terme.
- Écrire la fonction comme somme d'une série. Trois sources, presque toujours les mêmes : la série géométrique pour , appliquée à , ou ; les séries entières usuelles, exponentielle, logarithme, binôme ; un développement fourni par l'énoncé.
- Vérifier les hypothèses sur chaque terme : continuité par morceaux, intégrabilité, puis calculer . Deux calculs reviennent sans cesse :
- Étudier la série numérique , avec les outils du chapitre sur les séries. Si elle converge, appliquer le théorème et conclure.
- Si elle diverge, ne pas insister : passer à la technique du reste intégré (Méthode 9).
Exemple
Un premier calcul : .
La fonction somme. Posons , continue et positive sur . En , , intégrable d'après 2.5. En , , donc : l'intégrale est faussement généralisée de ce côté. La fonction est donc intégrable, et l'intégrale cherchée existe.
Le développement. Pour , la série géométrique donne , d'où
La convergence est simple sur , et y est continue : (H1) est vérifiée.
Les intégrales. Chaque est continue et positive sur . Une intégration par parties sur , avec et , donne
le crochet tendant vers par croissances comparées. Donc .
Conclusion. La série converge, donc (H2) est vérifiée et
Exemple
Un second calcul : .
La fonction somme. Posons , continue et positive sur . En , donc : intégrale faussement généralisée. En , dès que , donc , intégrable. La fonction est intégrable.
Le développement. Pour , on a , donc
Les intégrales. Le changement de variable , licite car affine strictement croissant, donne
d'après le calcul de 3.5. La série converge : (H2) est vérifiée.
Conclusion. .
Exemple
Un cas à signes alternés : .
La fonction somme. Ici est continue et positive sur tout entier, le dénominateur ne s'annulant pas : seule la borne pose problème, et , intégrable. Donc est intégrable.
Le développement. Pour , on a , donc
Cette fois les termes ne sont pas positifs : nous sommes dans le cas général du théorème, et l'hypothèse (H2) porte bien sur les valeurs absolues.
L'hypothèse (H2). , et la série converge.
Conclusion. Le théorème s'applique et donne . Pour identifier cette somme, séparons les indices pairs des impairs :
Quand l'hypothèse (H2) tombe en défaut
Exemple
Un cas où le théorème ne s'applique pas. Cherchons à calculer par intégration terme à terme, à partir de pour .
Ici , donc
et la série diverge : l'hypothèse (H2) n'est pas vérifiée, le théorème est inapplicable. Il ne dit pas que la conclusion est fausse, il ne dit rien du tout.
Méthode
Méthode 9. La technique du reste intégré. Quand diverge, on revient à la définition d'une somme de série : on écrit l'égalité exacte entre la fonction, sa somme partielle et un reste, on intègre cette égalité, qui ne fait intervenir que des intégrales convergentes, puis on majore l'intégrale du reste.
Sur l'exemple ci-dessus, la somme d'une suite géométrique donne, pour ,
En intégrant cette égalité entre et , ce qui est licite car il s'agit d'une somme finie de fonctions continues sur un segment,
Il reste à majorer le terme d'erreur :
en utilisant sur . On conclut que .
Cette technique est parfaitement rigoureuse, elle n'utilise que des intégrales sur un segment, et elle fonctionne exactement là où le théorème échoue. Gardez-la en réserve.
Exemple
Un second reste intégré : la formule de Leibniz. Montrons que .
Pour , la somme d'une suite géométrique finie de raison donne
Intégrons cette égalité entre et : il s'agit d'une somme finie de fonctions continues sur un segment, donc la linéarité s'applique sans précaution, et
Le terme d'erreur se majore avec :
La somme partielle converge donc vers , ce qui est le résultat annoncé. Là encore, l'hypothèse (H2) était en défaut, puisque et que diverge.
Les pièges de la partie
Piège 1 : une dominante qui dépend de . C'est l'erreur fatale. Écrire et déclarer la domination établie n'a aucun sens : la fonction doit être une seule fonction, valable pour tous les à la fois. Relisez toujours votre majoration en vous demandant : le a-t-il disparu ?
Piège 2 : oublier de justifier l'intégrabilité de la dominante. Une dominante non intégrable ne domine rien du tout. La justification se rédige avec la Méthode 6, en deux lignes.
Piège 3 : confondre et . L'hypothèse du théorème d'intégration terme à terme porte sur les valeurs absolues. Vérifier la convergence de ne prouve rien, sauf si les sont positives, auquel cas les deux séries sont la même.
Piège 4 : garder un intervalle qui dépend de . Le théorème de convergence dominée exige un intervalle fixe. Une intégrale ou doit d'abord être réécrite sur un intervalle fixe, en prolongeant les fonctions par .
Piège 5 : oublier de vérifier que la limite est continue par morceaux. C'est rapide, mais c'est une hypothèse. Une limite simple de fonctions continues n'a aucune raison d'être continue, et si elle ne l'est pas, il faut au moins qu'elle soit continue par morceaux.
Piège 6 : croire que le théorème donne une convergence uniforme. Il donne la convergence d'une suite de nombres. Rien de plus.
Les intégrales à paramètre
Voici l'aboutissement du chapitre. Une intégrale à paramètre est une fonction définie par une formule du type
où est la variable d'intégration, qui disparaît dans le calcul, et un paramètre, qui subsiste et devient la variable de la fonction . L'intégrale « avale » la variable et produit une fonction de comme une autre : on peut lui demander son domaine, sa continuité, sa dérivée, ses variations, ses limites.
Ce mode de définition n'est pas une curiosité : c'est celui de la quasi-totalité des fonctions spéciales de l'analyse et de la physique. La fonction d'Euler, la transformée de Laplace qui résout les équations différentielles, la transformée de Fourier qui décrit les spectres, les fonctions de Bessel des problèmes à symétrie cylindrique, toutes sont des intégrales à paramètre. Elles n'ont pas d'expression close, et pourtant on sait tout d'elles, parce que les deux théorèmes qui suivent permettent de les étudier comme des fonctions ordinaires.
Le cadre et le domaine de définition
Définition
Intégrale à paramètre. Soient une partie de , un intervalle de , et
On suppose que pour tout , la fonction partielle est continue par morceaux et intégrable sur . On appelle alors intégrale à paramètre la fonction
Méthode
Méthode 10. Déterminer le domaine de définition. La question « existe-t-il ? » se pose à fixé, et c'est alors une pure question d'intégrabilité en la variable : on applique la Méthode 6 à la fonction , en traitant comme une constante.
- Fixer , et l'écrire : « Soit fixé. »
- Étudier la continuité par morceaux en , repérer les bornes problématiques.
- En chaque borne, un équivalent ou une majoration en , où est un paramètre muet.
- Récolter les conditions sur et les intersecter.
Deux erreurs à éviter. Mélanger les rôles des deux variables : l'équivalent se prend quand tend vers la borne, jamais quand varie. Et oublier qu'une même borne peut donner des réponses différentes selon la valeur de : c'est justement ce qui produit le domaine.
Exemple
Le domaine d'une transformée de Laplace. Étudions
Soit fixé. La fonction est continue et positive sur : seule la borne pose problème.
Si , alors pour , donc
qui est intégrable sur . L'intégrale converge.
Si , posons : la fonction vaut , et par croissances comparées elle tend vers . En particulier elle est supérieure à pour assez grand, et diverge : par comparaison, l'intégrale diverge.
Conclusion. est définie exactement sur .
Le théorème de continuité
Propriété
Théorème de continuité (domination globale). Soient une partie de , un intervalle et . On suppose :
(i) pour tout , la fonction est continue par morceaux sur ;
(ii) pour tout , la fonction est continue sur ;
(iii) domination : il existe , continue par morceaux et intégrable sur , telle que
Alors est définie et continue sur .
Démonstration. Montrons d'abord que est bien définie. Soit . La fonction est continue par morceaux par (i), et par (iii) avec intégrable : par comparaison de fonctions positives, a une intégrale convergente, donc est intégrable sur et existe.
Montrons maintenant la continuité en un point . Nous utilisons la caractérisation séquentielle de la continuité : il suffit d'établir que pour toute suite d'éléments de convergeant vers , la suite converge vers .
Soit donc une telle suite. Posons, pour ,
et vérifions les hypothèses du théorème de convergence dominée sur l'intervalle .
Régularité. Chaque est continue par morceaux sur d'après (i), appliquée au point .
Convergence simple. Fixons . La fonction est continue sur d'après (ii), donc continue en ; comme avec , la caractérisation séquentielle donne
La suite converge donc simplement sur vers la fonction , qui est continue par morceaux sur d'après (i).
Domination. D'après (iii), pour tout et tout , , où est positive, continue par morceaux et intégrable sur , et ne dépend ni de ni de autrement que par .
Les deux hypothèses du théorème de convergence dominée sont réunies. Il donne
c'est-à-dire exactement .
Ceci vaut pour toute suite de convergeant vers : par caractérisation séquentielle, est continue en . Le point étant quelconque dans , est continue sur .
Cette démonstration mérite d'être relue une fois de plus, car elle contient le mécanisme de tout le reste de la partie : une propriété de en la variable se démontre en fabriquant une suite de fonctions de et en lui appliquant la convergence dominée. La même mécanique donnera les limites au bord en 7.6.
La domination locale, qui est le cas général
L'hypothèse (iii) de domination globale est souvent trop forte pour être vraie. La raison est simple : si pour tout , alors
et est bornée sur . Par contraposée, dès que n'est pas bornée, aucune domination globale n'existe. C'est le cas de , qui tend vers aux deux bouts de son domaine. Il faut donc une version affaiblie, et c'est elle que l'on utilise dans neuf exercices sur dix.
Propriété
Théorème de continuité (domination locale). Soient un intervalle de , un intervalle et vérifiant (i) et (ii) du théorème précédent, ainsi que :
(iii') pour tout segment , il existe continue par morceaux et intégrable sur telle que
Alors est continue sur .
Démonstration. La continuité est une propriété locale. Soit . Comme est un intervalle, il existe un segment qui est un voisinage de dans : si est intérieur à , on prend avec assez petit ; si est une extrémité de appartenant à , on prend ou selon le côté.
Le théorème de continuité à domination globale, appliqué sur avec la dominante , montre que la restriction de à est continue. Comme est un voisinage de dans , la fonction est continue en . Le point étant quelconque, est continue sur .
Retenez bien que la domination locale n'est pas un pis-aller : c'est la situation normale. On écrit systématiquement « soit un segment inclus dans », on domine sur ce segment, et l'on conclut.
Méthode
Méthode 11. Trouver une domination indépendante du paramètre.
Le principe est unique : remplacer chaque occurrence de par la pire valeur possible sur le segment . Les réflexes, par ordre de fréquence :
Exponentielle. Pour et : . C'est le majorant qui règle toutes les transformées de Laplace, à condition que .
Puissance. Pour , l'application est décroissante, donc dès que . Pour , elle est croissante, donc dès que . Les deux majorations sont différentes, d'où le découpage ci-dessous.
Module. Si le paramètre est dans un cosinus, un sinus ou une exponentielle imaginaire, il disparaît d'un coup : , , .
Découpage. Rien n'interdit une dominante définie par morceaux, valant une expression sur et une autre sur . C'est même la règle dès que les deux bornes posent problème.
Ce qu'il ne faut jamais produire : une majoration où subsiste. Un majorant qui dépend de n'est pas une dominante, et la copie s'arrête là.
Exemple
La fonction est continue sur . Posons sur avec .
(i) Pour , est continue sur , et intégrable d'après l'étude du domaine faite en 5.5.
(ii) Pour , est continue sur , comme composée de fonctions continues.
(iii') Soit un segment de , donc . Pour :
si , alors et , donc ;
si , alors , donc .
Posons donc sur et sur : cette fonction est continue par morceaux, positive, indépendante de , et intégrable, car l'est en () et en .
Conclusion. est continue sur tout segment de , donc continue sur . Notez qu'aucune domination globale n'était possible : nous verrons que quand .
Exemple
Une domination globale, pour une fois. Reprenons la transformée de Laplace sur .
Pour tout et tout , on a , donc
fonction indépendante de , continue et intégrable sur . La domination est ici globale, et le théorème s'applique directement : est continue sur tout entier, y compris en .
En particulier , et la continuité en donne quand . C'est cohérent avec la remarque du début du paragraphe : est bornée par , donc une dominante globale pouvait exister.
Le théorème de dérivation
Propriété
Théorème de dérivation, classe (admis). Soient un intervalle de , un intervalle et . On suppose :
(i) pour tout , la fonction est continue par morceaux et intégrable sur ;
(ii) admet une dérivée partielle en tout point de ;
(iii) pour tout , est continue par morceaux sur , et pour tout , est continue sur ;
(iv) domination de la dérivée : pour tout segment , il existe continue par morceaux et intégrable sur telle que
Alors est de classe sur et
Ce théorème est admis en PC. Trois commentaires sur ses hypothèses, qui expliquent pourquoi il est si maniable.
La domination porte sur la dérivée, pas sur . Sur elle-même, on ne demande que l'intégrabilité à fixé, c'est-à-dire l'existence de , ce qui est le strict minimum. C'est exactement ce déséquilibre qui rend le théorème utilisable : peut être aussi peu contrôlée qu'on veut en , tant que sa dérivée est dominée.
La continuité de est comprise dans la conclusion. Regardez les hypothèses (iii) et (iv) : ce sont mot pour mot celles du théorème de continuité, appliquées à la fonction . La fonction est donc continue, et c'est bien pourquoi l'on obtient la classe , et pas seulement la dérivabilité.
La domination locale suffit, et c'est presque toujours ce dont on dispose, pour la même raison qu'en 7.3.
Propriété
Extension à la classe (admise). Soit . On suppose que admet des dérivées partielles pour tout , que chacune est continue par morceaux en à fixé et continue en à fixé, que
et qu'il existe, pour tout segment , une fonction intégrable dominant pour .
Alors est de classe sur et
Si ces hypothèses sont vérifiées pour tout , alors est de classe sur .
Méthode
Méthode 12. Montrer que est de classe et calculer . Cinq lignes, dans cet ordre, à recopier presque telles quelles.
- « Posons pour . »
- « Pour tout , est continue par morceaux et intégrable sur » : c'est l'étude du domaine, déjà faite.
- « admet une dérivée partielle , continue par morceaux en à fixé et continue en à fixé. »
- « Soit un segment de . Pour tout et tout , , intégrable sur car … »
- « Le théorème de dérivation s'applique : est de classe sur , donc sur tout entier, et . »
On n'écrit jamais « on dérive sous le signe intégrale » sans ces cinq lignes. Et l'on n'oublie pas que c'est la dérivée qu'il faut dominer.
L'exemple filé : la fonction d'Euler
Exemple
est de classe sur . Avec , une récurrence immédiate donne, pour tout ,
chaque dérivation en faisant descendre un facteur . Ces fonctions sont continues en à fixé et continues en à fixé.
Domination à l'ordre . Soit un segment de et . Pour ,
et cette fonction est intégrable sur : en posant , on a par croissances comparées, donc elle est négligeable devant avec . Pour ,
intégrable car . La dominante , définie par morceaux avec ces deux expressions, convient.
Exemple
Conséquences. Le théorème d'extension à la classe s'applique pour tout : la fonction est de classe sur , avec
En particulier, pour , la fonction intégrée est positive et continue, non identiquement nulle, donc son intégrale est strictement positive d'après le théorème de 5.4 :
La fonction est donc strictement convexe sur . C'est une information qualitative obtenue sans jamais calculer , et elle est typique de ce que permettent ces théorèmes.
Exemple
L'équation fonctionnelle . Soit . Intégrons par parties sur un segment , avec donc , et donc :
Le crochet vaut . Quand , le premier terme tend vers par croissances comparées ; quand , le second tend vers car . Les deux intégrales convergeant par ailleurs, le passage à la limite donne
Deux conséquences. D'abord, , donc une récurrence immédiate donne
ce qui confirme le calcul de 3.5 : prolonge la factorielle. Ensuite, en écrivant et en utilisant la continuité de en , on obtient
ce qui confirme qu'aucune domination globale n'existait sur .
Exemple
La valeur . Par définition,
intégrale convergente puisque . Posons sur : la fonction y est de classe , strictement croissante, avec en et en , et . Comme ,
D'où, avec l'intégrale de Gauss,
L'équation fonctionnelle donne alors , et de proche en proche toutes les valeurs demi-entières.
Deux techniques classiques
La première consiste à obtenir une équation différentielle vérifiée par , en intégrant par parties l'expression de pour y faire réapparaître . C'est la méthode reine pour calculer une intégrale à paramètre en forme close.
Exemple
Calcul de , première étape. Posons sur .
Définition. À fixé, est continue et , intégrable sur car . Donc est définie sur tout entier, et le théorème de continuité s'applique avec la dominante globale : est continue sur .
Dérivation. La dérivée partielle vaut
continue en à fixé et continue en à fixé. Elle est dominée globalement :
et est continue sur et intégrable, car . Le théorème de dérivation s'applique : est de classe sur et
Exemple
Calcul de , seconde étape. Intégrons par parties l'expression de , en choisissant , donc , et , donc . Sur le segment ,
Le crochet vaut , de module au plus , qui tend vers . En faisant tendre vers ,
Résolution. C'est une équation différentielle linéaire homogène d'ordre , dont les solutions sur sont les . La condition initiale est donnée par l'intégrale de Gauss :
Finalement,
Une gaussienne se transforme en gaussienne : c'est le résultat que la physique utilise sous le nom de transformée de Fourier de la gaussienne.
La seconde technique concerne les limites au bord du domaine. Le théorème de continuité ne dit rien en un point qui n'appartient pas à , ni en . On y retourne à la mécanique de la démonstration de 7.2.
Méthode
Méthode 13. Limite d'une intégrale à paramètre au bord du domaine.
- Prendre une suite d'éléments de tendant vers le bord visé, quitte à supposer assez proche du bord à partir d'un certain rang.
- Poser et appliquer le théorème de convergence dominée : convergence simple, puis domination valable pour tous les , donc au voisinage du bord seulement.
- Conclure que tend vers la limite obtenue, et invoquer la caractérisation séquentielle des limites : la limite étant la même pour toute suite, tend vers cette valeur.
C'est la seule manière correcte de faire tendre un paramètre vers le bord. En particulier, on n'écrit jamais « quand , donc l'intégrale tend vers » sans avoir posé la domination.
Exemple
La transformée de Laplace tend vers en . Reprenons , définie sur , et montrons que quand .
Soit une suite de tendant vers ; à partir d'un certain rang, , et l'on peut supposer que c'est vrai pour tout . Posons , continue sur .
Convergence simple. Pour , donc . Pour , pour tout . La limite simple est donc la fonction valant en et ailleurs, qui est continue par morceaux sur et d'intégrale nulle, une valeur ponctuelle ne modifiant pas une intégrale.
Domination. Pour tout et tout , comme ,
et est intégrable sur .
Conclusion. Le théorème de convergence dominée donne . Ceci valant pour toute suite tendant vers , on conclut .
Les pièges de la partie
Piège 1 : une dominante qui dépend du paramètre. C'est l'erreur qui revient dans la moitié des copies. Écrire et conclure est vide de sens : la dominante est une fonction de seulement. Le travail consiste précisément à éliminer en le remplaçant par la pire valeur du segment.
Piège 2 : chercher une domination globale à tout prix. Si n'est pas bornée sur , aucune dominante globale n'existe, et vous chercherez en vain. Le réflexe correct est d'écrire d'emblée « soit un segment de ».
Piège 3 : dominer au lieu de . Dans le théorème de dérivation, la domination porte sur la dérivée partielle. Dominer ne sert qu'à la continuité, et c'est une autre question.
Piège 4 : oublier l'hypothèse d'intégrabilité de . Sans elle, n'est même pas défini, et il n'y a rien à dériver. Cette hypothèse est en général déjà acquise par l'étude du domaine, mais elle doit être citée.
Piège 5 : confondre la variable et le paramètre. Un équivalent en se prend à fixé, quand tend vers une borne de . Un équivalent en n'a rien à voir. Le mélange des deux produit des monstres du type « ».
Piège 6 : faire tendre le paramètre vers le bord sans domination. Le théorème de continuité s'arrête au domaine. Toute limite au bord passe par une suite et la convergence dominée (Méthode 13).
Récapitulatif : les réflexes du chapitre
Le parallèle avec les séries
Presque tout ce chapitre est la traduction continue de ce que vous savez sur les séries. Ce tableau n'est pas une coïncidence : les deux théories reposent sur le même théorème de la limite monotone.
| Séries numériques | Intégrales généralisées |
|---|---|
| Somme partielle | Intégrale partielle |
| converge ssi | converge ssi |
| Termes positifs : sommes partielles majorées | : intégrales partielles majorées |
| Comparaison, , , équivalents | Mêmes critères, mêmes hypothèses de signe |
| Convergence absolue convergence | Intégrabilité convergence |
| Reste | Reste |
Quel outil pour quelle question
| La question posée | L'outil | L'hypothèse à établir |
|---|---|---|
| converge-t-elle ? est-elle intégrable ? | équivalent ou majoration, puis référence | signe de , sinon travailler sur , une étude par borne |
| Que vaut ? | primitive, parties, changement de variable | crochet convergent, monotonie stricte |
| ? | convergence dominée | dominante intégrable indépendante de |
| ? | intégration terme à terme | converge |
| continue ? ? | continuité, dérivation | domination sur tout segment, de puis de |
| Limite de au bord de ? | suite et convergence dominée | dominante valable près du bord |
Les dix réflexes
Méthode
Les réflexes, dans l'ordre où ils servent.
1. Lister les bornes problématiques. Avant tout, et à chaque fois. Deux bornes ouvertes, deux études. C'est l'erreur numéro un du chapitre.
2. Séparer nature et valeur. On établit la convergence, ensuite seulement on calcule. Un symbole écrit avant la preuve de convergence ne désigne rien.
3. Vérifier le signe avant tout équivalent. Les critères de comparaison sont faux sans signe constant. La phrase « la fonction est positive sur l'intervalle » doit être écrite.
4. Travailler sur dès que le signe varie. C'est la définition même de l'intégrabilité, et cela ramène au cas positif, seul cas où l'on sait comparer.
5. Reconnaître une référence. Riemann en avec , Riemann en une borne finie avec , exponentielle décroissante, logarithme en . Tout le reste s'y compare.
6. Sur un intervalle ouvert, intégrer par parties d'abord sur un segment. Le crochet se justifie avant d'être écrit.
7. Un changement de variable exige la stricte monotonie, et les nouvelles bornes sont des limites.
8. Pour une limite d'intégrales, penser domination, jamais convergence uniforme. Et si l'intervalle dépend de , prolonger par pour le figer.
9. Pour une série d'intégrales, calculer , et regarder la série obtenue. Si elle diverge, passer au reste intégré.
10. Pour une intégrale à paramètre, écrire « soit un segment ». La domination locale est la règle, la domination globale l'exception.
Les erreurs qui coûtent le plus de points
Erreur 1 : n'étudier qu'une borne. Elle revient chaque année. Le réflexe de protection est mécanique : avant de conclure, compter les bornes problématiques et compter les études menées. Les deux nombres doivent coïncider.
Erreur 2 : une dominante qui dépend de ou de . Elle rend nulle toute la question, quelle que soit la qualité du reste. Relisez chaque majoration en cherchant les lettres et dans le membre de droite : elles ne doivent pas y être.
Erreur 3 : couper une intégrale généralisée en deux morceaux divergents. peut converger sans que ni ne convergent. On ne scinde qu'après avoir vérifié, et l'on garde les logarithmes groupés dans une seule primitive.
Erreur 4 : un crochet non justifié. Écrire suppose que les deux limites existent et sont finies. Sans cette vérification, l'égalité d'intégration par parties est une forme indéterminée déguisée.
Erreur 5 : un équivalent sur une fonction de signe variable. Les théorèmes de comparaison exigent la positivité. Pour une fonction qui change de signe indéfiniment, il n'y a qu'une seule route : l'intégrabilité, c'est-à-dire l'étude de .
Erreur 6 : invoquer la convergence uniforme sur un intervalle non borné. Le théorème d'intégration terme à terme du chapitre sur les séries de fonctions exige un segment. Sur , la convergence uniforme ne donne rien, et le contre-exemple de 6.1 le prouve en trois lignes.
Erreur 7 : appliquer la convergence dominée sans vérifier que la limite est continue par morceaux. C'est une hypothèse du théorème, et elle se vérifie en une ligne.
Le formulaire à savoir refaire
Méthode
Les intégrales qu'il faut savoir écrire sans hésiter. Aucune n'est à retenir comme une formule magique : chacune se retrouve en deux lignes. Mais la retrouver à chaque fois coûte un temps qu'on n'a pas.
pour , et pour .
pour , et en particulier .
, et .
, et , cette dernière étant admise.
est définie et de classe sur , avec , et .
Un exercice type entièrement rédigé
Énoncé. Pour réel, on pose . Déterminer le domaine de définition de , montrer qu'elle y est de classe , étudier ses variations, puis déterminer sa limite en .
1. Domaine de définition. Soit réel fixé. La fonction est continue et positive sur , le dénominateur ne s'annulant pas : seule la borne pose problème.
Si , alors , intégrable sur : l'intégrale converge. Si , la fonction vaut en , et l'intégrale de Riemann critique diverge. Si , alors par croissances comparées, donc la fonction est supérieure à pour assez grand et l'intégrale diverge.
Le domaine est donc . La borne est exclue, et c'est exactement le genre de détail qui distingue une copie sûre d'une copie approximative.
2. Classe . Posons sur avec .
Pour tout , est continue par morceaux et intégrable sur : c'est le point 1. La fonction admet la dérivée partielle
continue par morceaux en à fixé, et continue en à fixé.
Soit un segment de , donc . Pour et , comme et ,
et est continue, indépendante de et intégrable sur puisque . Le théorème de dérivation s'applique donc sur , et comme tout point de est intérieur à un tel segment, est de classe sur avec
3. Variations. Pour , la fonction est continue, positive et non identiquement nulle sur : son intégrale est strictement positive d'après le théorème de 5.4. Donc et est strictement décroissante sur .
4. Limite en . Inutile ici de sortir la convergence dominée : une majoration élémentaire suffit. Pour et , on a , donc
et le théorème d'encadrement donne quand .
La leçon de cette dernière question. Les grands théorèmes du chapitre ne dispensent jamais de regarder d'abord si une majoration élémentaire ne règle pas la question plus vite. Ici, l'encadrement fournit même une information supplémentaire, la vitesse : .
Avant de rendre la copie
Devant chaque affirmation du type « l'intégrale converge », « on peut intervertir », « on dérive sous le signe intégrale », posez-vous trois questions. Sur quel intervalle ai-je travaillé, et ai-je traité toutes ses bornes ? Quelle hypothèse de signe ou de domination ai-je réellement établie, et ma dominante est-elle bien indépendante du paramètre ? Quel théorème ai-je invoqué, et l'ai-je nommé ?
Un théorème de ce chapitre correctement appliqué se reconnaît à ce qu'il répond aux trois questions dans le même paragraphe. C'est aussi, très exactement, ce que le programme appelle « se limiter à la vérification des hypothèses cruciales » : peu de mots, mais les bons.
Bloqué sur « Intégration sur un intervalle quelconque » ?
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.