MPSI · Chapitre 08 · Premier semestre
Structures algébriques usuelles
Lois de composition internes, groupes et sous-groupes, morphismes, anneaux, corps.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Lois de composition internes
- Groupes et sous-groupes
- Morphismes
- Anneaux
- Corps
Depuis le début de l'année, vous avez démontré plusieurs fois la même chose sans le savoir. Que la somme de deux entiers relatifs est un entier relatif, que l'addition est associative, que ne change rien, que tout entier a un opposé : voilà quatre vérifications. Vous les avez refaites pour les rationnels, pour les réels, pour les complexes. Vous les avez refaites une nouvelle fois, sous un autre habillage, en constatant que la composée de deux bijections d'un ensemble est une bijection, que la composition est associative, que l'identité ne change rien, et que toute bijection admet une réciproque. Ce sont pourtant deux situations qui n'ont, en apparence, rien à voir : d'un côté des nombres qu'on additionne, de l'autre des applications qu'on compose. Ce chapitre part de ce constat et en tire la conséquence : puisque ce sont les mêmes vérifications, ce sont les mêmes théorèmes, et il est absurde de les démontrer deux fois.
L'idée est celle de structure. On oublie la nature des objets — entiers, complexes, bijections, peu importe — pour ne garder qu'un ensemble, une ou deux opérations sur cet ensemble, et une courte liste de propriétés exigées de ces opérations. Cette liste s'appelle une structure : structure de groupe quand il y a une opération, structures d'anneau et de corps quand il y en a deux. Tout ce que l'on démontre à partir de la seule liste vaut alors, automatiquement et sans nouvelle démonstration, dans chacun des exemples. C'est un renversement complet de la façon de travailler : on ne démontre plus un résultat dans , on le démontre dans tout groupe, et en hérite au même titre que ou que l'ensemble des bijections d'un ensemble.
Le bénéfice est immédiat sur la façon de lire un énoncé. Écrire « est un groupe » remplace désormais une dizaine de vérifications, exactement comme écrire « est continue » remplace une phrase avec des . Et quand on rencontre un nouvel ensemble, la question à se poser n'est plus « quelles sont ses propriétés ? » mais « de quelle structure connue est-il un morceau ? ». Nous verrons que la réponse à cette seconde question tient presque toujours en trois lignes, là où la première en demanderait deux pages : c'est tout l'objet de la notion de sous-groupe, puis de sous-anneau et de sous-corps. Une deuxième idée, tout aussi rentable, apparaîtra en cours de route : celle de morphisme, c'est-à-dire d'application qui respecte les opérations. Un morphisme transporte les calculs d'une structure vers une autre, et son noyau mesure d'un seul coup ce qu'il perd en chemin.
Le chapitre suit ce fil. Nous étudions d'abord une loi seule, avec ses propriétés possibles — associativité, commutativité, neutre, inverses — et le vocabulaire qui va avec. Nous ajoutons ensuite les axiomes de groupe, puis nous apprenons à reconnaître les sous-groupes et les morphismes de groupes. La seconde moitié du chapitre reprend le même plan avec deux lois : anneaux, corps, et morphismes d'anneaux. Une dernière section rassemble les méthodes, car ce chapitre est de ceux où la rédaction est presque entièrement standardisée : une fois les cinq ou six réflexes acquis, la plupart des exercices se traitent sans idée nouvelle.
Les notations suivantes sont fixées une fois pour toutes. Une loi de composition interne quelconque est notée (parfois lorsqu'il en faut deux), et l'on écrit le composé de et . L'élément neutre d'une telle loi est noté , ou s'il faut préciser dans quel ensemble on travaille ; le symétrique de est noté tant que la loi reste abstraite. Dès que la loi est notée multiplicativement, on écrit pour , ou pour le neutre, pour le symétrique — que l'on appelle alors inverse — et pour les puissances. Dès qu'elle est notée additivement (réservé aux lois commutatives), on écrit , ou pour le neutre, pour le symétrique — appelé opposé — et pour les multiples. L'ensemble des bijections d'un ensemble sur lui-même est noté , et lorsque . Pour un morphisme , on note son noyau et son image. Enfin, l'ensemble des éléments inversibles d'un anneau est noté . Les ensembles de nombres gardent leurs notations habituelles : , , , , , avec pour privé de , pour les réels strictement positifs, pour l'ensemble des complexes de module et pour celui des racines -ièmes de l'unité.
Lois de composition interne
Définition et premiers exemples
Tout commence par une définition volontairement très pauvre : une opération, et rien d'autre. Les propriétés viendront ensuite, une par une.
Définition
Soit un ensemble. On appelle loi de composition interne sur toute application
Le résultat s'appelle le composé de et de . Le couple s'appelle un magma : ce mot ne figure pas au programme, il sert seulement d'abréviation commode pour « un ensemble muni d'une loi de composition interne ».
Deux exigences se cachent dans cette définition, et ce sont elles que l'on vérifie en pratique.
Remarque
- La loi doit être définie partout sur : tout couple doit avoir un composé. C'est ce qui disqualifie la division sur , qui n'a pas de sens pour .
- Le résultat doit rester dans : c'est le mot « interne ». C'est ce qui disqualifie la soustraction sur , puisque n'est pas un entier naturel.
Vérifier qu'une loi est interne n'est donc pas une formalité : c'est une véritable question, et c'est souvent la première à traiter dans un exercice.
a. L'addition et la multiplication sur , , , , .
b. La soustraction sur , , , — mais pas sur .
c. La division sur et sur — mais pas sur .
d. La composition sur l'ensemble des applications de dans .
e. La réunion et l'intersection sur l'ensemble des parties de .
f. Les applications et sur .
g. Le PGCD et le PPCM sur .
h. L'addition sur , définie par .
Exemple
Trois lois qui n'en sont pas. La soustraction sur n'est pas interne : . La division sur n'est pas définie partout : le couple n'a pas d'image. Enfin, sur l'ensemble des irrationnels, la multiplication n'est pas interne, puisque est rationnel. Dans les trois cas, l'étude s'arrête là : sans loi interne, il n'y a aucune structure à chercher.
La table d'une loi sur un ensemble fini
Quand est fini et petit, une loi se donne entièrement par un tableau à double entrée : à l'intersection de la ligne et de la colonne , on lit . C'est un support de lecture très commode, car plusieurs propriétés s'y voient d'un coup d'œil.
Exemple
Soit muni de la loi définie par la table suivante (ligne premier opérande, colonne second) :
On lit par exemple (ligne , colonne ) et . Trois lectures immédiates :
- la table est symétrique par rapport à sa diagonale descendante, donc la loi est commutative ;
- la ligne de reproduit l'en-tête des colonnes et la colonne de reproduit l'en-tête des lignes, donc est élément neutre ;
- l'élément apparaît dans la ligne de (en position ), donc possède un symétrique, à savoir lui-même ; en revanche n'apparaît pas dans la ligne de , donc n'a pas de symétrique.
Cette loi n'est pourtant pas associative, comme nous le verrons dans un instant : la table ne le montre pas d'un coup d'œil, et c'est précisément ce qui rend l'associativité pénible à vérifier.
Associativité
Définition
Une loi sur est dite associative lorsque
L'associativité est de très loin la plus importante des propriétés d'une loi, et la raison en est simple : c'est elle qui permet de supprimer les parenthèses. Sans elle, une expression comme n'a aucun sens, puisqu'elle désigne deux objets a priori différents.
Propriété
Soit une loi associative sur . Alors, pour tout et tous dans , tous les parenthésages du composé de dans cet ordre donnent le même résultat. Ce résultat commun se note
Ce théorème se démontre par une récurrence forte sur , un peu technique et sans idée nouvelle : nous l'admettons. Retenons plutôt son contenu concret. Pour , il y a cinq parenthésages possibles,
et l'associativité assure qu'ils sont tous égaux. C'est ce qui vous autorise, depuis toujours, à écrire sans y penser.
Remarque
Associativité commutativité. L'associativité permet de déplacer les parenthèses, pas de changer l'ordre des éléments. La composition des applications est associative, mais et sont en général deux applications distinctes. Confondre les deux propriétés est l'erreur la plus fréquente du chapitre.
a. et sur : associatives.
b. sur : associative.
c. et sur : associatives.
d. et sur : associatives.
e. La soustraction sur : non associative.
f. La division sur : non associative.
Exemple
Pourquoi la soustraction n'est pas associative. Prenons , , :
Les deux résultats diffèrent : un seul triplet suffit à conclure. De même pour la division sur : alors que .
Revenons à la table de l'exemple précédent, sur . Calculons de deux façons le composé de , et :
Comme , la loi n'est pas associative — alors même qu'elle est commutative et possède un neutre. Les propriétés d'une loi sont bien indépendantes les unes des autres.
Méthode
Vérifier qu'une loi est associative, ou qu'elle ne l'est pas. Les deux questions ne se traitent pas du tout de la même manière.
Pour montrer qu'elle est associative, il faut une démonstration valable pour tous les triplets. Deux stratégies :
- Le calcul direct. On prend quelconques, on développe d'un côté, de l'autre, séparément, sans jamais supposer l'égalité que l'on veut établir, puis on compare les deux expressions obtenues. Rédiger les deux calculs en parallèle est le meilleur moyen de ne pas se tromper.
- La reconnaissance. On montre que la loi provient d'une loi déjà connue comme associative : loi induite sur une partie stable, loi produit, loi transportée par une bijection, composition d'applications déguisée. C'est presque toujours plus rapide que le calcul.
Pour montrer qu'elle n'est pas associative, un contre-exemple suffit : un seul triplet pour lequel les deux calculs diffèrent, avec les deux valeurs explicitement écrites. Deux pièges classiques :
- ne pas tester : ce cas « fonctionne » très souvent par accident et ne prouve rien ;
- ne pas se contenter d'écrire « en général » : ce n'est pas une démonstration, il faut des valeurs numériques.
Sur un ensemble fini à éléments, la vérification exhaustive porte sur triplets : pour trois éléments, pour quatre. C'est faisable, mais fastidieux — d'où l'intérêt de la stratégie 2.
Commutativité
Définition
Une loi sur est dite commutative lorsque
Deux éléments particuliers et vérifiant sont dits permutables, ou l'on dit qu'ils commutent.
Remarque
Une loi peut n'être pas commutative tout en ayant des éléments qui commutent : dans muni de , l'identité commute avec tout le monde, et commute avec . La distinction est essentielle dans la seconde moitié du chapitre : la formule du binôme de Newton, par exemple, ne demandera pas que l'anneau soit commutatif, mais seulement que les deux éléments et commutent.
a. et sur : commutatives.
b. , , , : commutatives.
c. La soustraction sur : non commutative.
d. sur dès que a au moins deux éléments : non commutative.
Exemple
La composition n'est pas commutative. Sur , posons et . Alors
Ces deux applications diffèrent (elles ne prennent pas la même valeur en : contre ), donc . Notez la rédaction : pour montrer que deux applications sont différentes, on exhibe un point où elles diffèrent.
Élément neutre
Définition
Soit une loi sur . Un élément est appelé élément neutre pour lorsque
Propriété
Unicité du neutre. Une loi de composition interne admet au plus un élément neutre.
Démonstration. Supposons que et soient deux éléments neutres pour la loi , et calculons le composé de deux façons.
Comme est neutre, . Comme est neutre, . Ces deux quantités désignent le même élément de , donc .
Remarque
Cette démonstration tient en une ligne et n'utilise ni l'associativité ni la commutativité : elle vaut pour n'importe quelle loi interne. C'est l'unicité qui autorise à parler de **l'**élément neutre et à lui donner un nom (, , …) ; sans elle, la notation n'aurait pas de sens.
a. : neutre .
b. : neutre .
c. : neutre .
d. : neutre .
e. : neutre .
f. : pas de neutre.
Exemple
Une loi sans neutre. Sur , la loi (PGCD) n'a pas d'élément neutre : un neutre devrait vérifier pour tout , donc pour tout , ce qui est impossible puisqu'un entier non nul n'a qu'un nombre fini de diviseurs. En revanche (PPCM) admet pour neutre, car .
Une loi à neutre « d'un seul côté ». Sur , la soustraction vérifie pour tout , mais dès que . L'élément est donc neutre à droite sans être neutre : la définition exige les deux égalités.
Éléments symétrisables
Définition
Soit une loi sur possédant un élément neutre . Un élément est dit symétrisable lorsqu'il existe tel que
Un tel élément s'appelle un symétrique de . En notation multiplicative, on dit inversible et inverse, et l'on note ; en notation additive, on dit opposé, et l'on note .
Propriété
Unicité du symétrique. Si la loi est associative et possède un neutre , alors tout élément symétrisable admet un unique symétrique.
Démonstration. Soit symétrisable, et soient et deux symétriques de . Calculons le composé — écriture licite grâce à l'associativité — en le parenthésant de deux façons.
D'une part, en groupant à gauche :
D'autre part, en groupant à droite :
L'associativité affirme que ces deux quantités sont égales, donc .
Remarque
L'associativité est vraiment nécessaire. Reprenons un ensemble à trois éléments et définissons une loi commutative par neutre, puis
Alors admet deux symétriques distincts : lui-même et . La loi n'est évidemment pas associative, et l'on peut le confirmer :
Dans tout ce cours, dès que nous écrirons , ce sera donc dans un cadre associatif — sans quoi la notation désignerait plusieurs objets à la fois.
Le résultat suivant est utilisé en permanence, et son piège est célèbre : les facteurs changent d'ordre.
Propriété
Soit une loi associative sur , de neutre . Soient et deux éléments symétrisables, de symétriques respectifs et . Alors :
- est symétrisable et ;
- est symétrisable et
Démonstration. Point 1. Les égalités se lisent dans les deux sens : elles disent aussi que est un symétrique de . Par unicité du symétrique, .
Point 2. Calculons le composé de par , en utilisant librement l'associativité :
Dans l'autre sens :
L'élément est donc un symétrique de , et c'est le seul par unicité.
Remarque
Le renversement de l'ordre. Écrire est faux en général : cette égalité n'a lieu que si et commutent. L'image à retenir est celle de l'habillage : pour défaire « chaussettes puis chaussures », il faut retirer les chaussures avant les chaussettes. C'est aussi la formule , que vous connaissez déjà pour les bijections — ce n'est pas une coïncidence, c'est le même théorème.
Distributivité
Lorsqu'un ensemble porte deux lois, une nouvelle question se pose : comment interagissent-elles ?
Définition
Soient et deux lois de composition interne sur . On dit que est distributive sur lorsque, pour tous de :
et
Si est commutative, les deux conditions sont équivalentes et une seule suffit.
Exemple
Le modèle. Dans , la multiplication est distributive sur l'addition :
C'est cette propriété, et elle seule, qui autorise à développer un produit — et c'est elle que l'on retrouvera dans les axiomes d'anneau.
Une distributivité qui va dans les deux sens. Dans , l'intersection est distributive sur la réunion et la réunion est distributive sur l'intersection :
La situation est donc plus symétrique que dans .
Un contre-exemple. Dans , l'addition n'est pas distributive sur la multiplication : avec , , ,
L'ordre des deux lois compte : la distributivité n'est pas une relation symétrique.
Parties stables et loi induite
Voici la dernière notion de cette section, et la plus utile en pratique : elle est le point de départ de tout ce qui suivra sur les sous-groupes et les sous-anneaux.
Définition
Soient un magma et une partie de . On dit que est stable par lorsque
La loi induit alors une loi de composition interne sur , appelée loi induite, définie par la même formule.
a. est stable dans .
b. est stable dans et dans .
c. L'ensemble des entiers impairs est stable pour , pas pour .
d. est stable dans .
e. est stable dans .
f. est stable dans .
Propriété
Soit une partie stable de , munie de la loi induite.
- Si est associative sur , la loi induite est associative sur .
- Si est commutative sur , la loi induite est commutative sur .
Démonstration. Les deux propriétés sont des égalités universelles, c'est-à-dire vraies pour tous les éléments de . Elles restent donc vraies pour les éléments de , qui sont en particulier des éléments de : si , alors donc , et les trois composés en jeu appartiennent à par stabilité. Même argument pour la commutativité.
Remarque
Attention : le neutre, lui, ne s'hérite pas. Une propriété d'existence ne se transmet pas à une partie stable. L'ensemble est stable dans , mais la loi induite n'a pas de neutre puisque . De même, est stable dans , mais : la loi induite n'a pas de neutre. C'est exactement pour cette raison que la définition d'un sous-groupe exigera explicitement que le neutre appartienne à la partie, et celle d'un sous-anneau que y appartienne.
Cette remarque explique le partage du travail dans tout le reste du chapitre : l'associativité et la commutativité se récupèrent gratuitement, tandis que le neutre et les symétriques doivent être vérifiés à chaque fois.
Groupes
Définition
Nous rassemblons maintenant les propriétés vues une à une en une seule définition. Elle est très courte, et c'est la plus rentable de l'année.
Définition
On appelle groupe tout couple où est un ensemble et une loi de composition interne sur vérifiant les trois axiomes suivants :
- est associative : , ;
- possède un élément neutre : , ;
- tout élément de est symétrisable : , , .
Si de plus est commutative, le groupe est dit commutatif ou abélien.
Remarque
Trois observations sur cette définition.
- L'axiome 0, implicite, est que la loi est interne : c'est celui que l'on oublie le plus souvent en exercice, alors que c'est le seul qui puisse échouer sans qu'on le voie venir.
- Les axiomes 1 et 2 assurent l'unicité du neutre et des symétriques : dans un groupe, la notation est donc parfaitement définie.
- Un groupe n'est jamais vide : il contient au moins son neutre. Le groupe , réduit à son neutre, s'appelle le groupe trivial.
Le qualificatif « abélien » vient du mathématicien norvégien Niels Abel. Il est strictement synonyme de « commutatif ».
Le catalogue des groupes usuels
Voici les groupes que vous devez reconnaître instantanément. Ce sont eux qui servent de référence : dans la plupart des exercices, l'ensemble étudié se révèle être une partie de l'un d'entre eux.
Les groupes additifs d'abord. Dans les quatre cas, l'associativité et la commutativité de sont connues, le neutre est , et l'opposé de est .
| Groupe | Neutre | Symétrique de | Commentaire |
|---|---|---|---|
| abélien | |||
| abélien, contient | |||
| abélien, contient | |||
| abélien, contient |
Les groupes multiplicatifs ensuite. Le point à vérifier à chaque fois est que la partie considérée est bien stable et ne contient pas .
| Groupe | Neutre | Symétrique de | Commentaire |
|---|---|---|---|
| abélien | |||
| abélien, inclus dans le précédent | |||
| abélien | |||
| abélien, stable car un produit de réels est | |||
| abélien | |||
| abélien, | |||
| abélien, | |||
| abélien, chaque élément est son propre inverse |
Exemple
Détaillons deux vérifications.
Le groupe . La loi est interne : si , alors , donc . Elle est associative et commutative comme restriction de la multiplication de . Le complexe est de module , donc appartient à et y est neutre. Enfin, si , alors et , donc l'inverse de dans appartient encore à . C'est bien un groupe abélien.
Le groupe . Si et , alors (la multiplication de est commutative), donc la loi est interne. On a , donc . Enfin, si , alors et , donc . C'est un groupe abélien, dont vous savez qu'il possède exactement éléments, les pour .
Passons aux ensembles qui ne sont pas des groupes. Il est aussi important de savoir dire non que de savoir dire oui, et c'est toujours un axiome précis qui échoue.
Exemple
Trois refus.
n'est pas un groupe. La loi est interne, associative, et est neutre. Mais n'a pas de symétrique : il n'existe aucun tel que , puisque . C'est l'axiome 3 qui échoue.
n'est pas un groupe. La loi est interne, associative, commutative, et est neutre. Mais n'est pas inversible dans : est impossible avec entier. Là encore, c'est l'axiome 3 qui échoue — et il échoue pour presque tous les éléments, puisque seuls et sont inversibles.
n'est pas un groupe. Le seul coupable est , qui n'a pas d'inverse. En le retirant on obtient , qui en est un : retenez ce réflexe, on retire toujours avant de multiplier.
Remarque
Le vocabulaire est trompeur. Dire « est un groupe » n'a aucun sens tant qu'on n'a pas dit pour quelle loi. L'ensemble est un groupe pour et n'en est pas un pour ; l'ensemble est un groupe pour et n'est même pas stable pour (car ). Un groupe est toujours un couple .
Règles de calcul dans un groupe
Ces règles ne disent rien de nouveau : elles ne font qu'exploiter les trois axiomes. Mais ce sont elles que l'on utilise dans chaque calcul, et il faut savoir les redémontrer.
Propriété
Soit un groupe de neutre . Pour tous dans :
- et ;
- régularité : , et ;
- l'équation , d'inconnue , admet une unique solution : ;
- l'équation , d'inconnue , admet une unique solution : .
Démonstration. Point 1. C'est la propriété démontrée à la section précédente, la loi d'un groupe étant associative et tout élément étant symétrisable.
Point 2. Supposons . Composons à gauche par , ce qui est licite puisque existe :
Par associativité, le membre de gauche vaut , et le membre de droite vaut de même . Donc . Le second énoncé se démontre à l'identique en composant à droite par .
Point 3. Analyse. Soit une solution : de on tire, en composant à gauche par , que . Il y a donc au plus une solution. Synthèse. Réciproquement, posons ; alors
donc est bien solution.
Point 4. Même raisonnement en composant à droite.
Remarque
Les points 3 et 4 donnent des solutions différentes. Dans un groupe non abélien, et n'ont aucune raison d'être égaux : il faut donc faire attention au côté par lequel on compose, et le dire dans la rédaction (« en composant à gauche par »). C'est aussi pour cela qu'il n'existe pas de notation « fraction » dans un groupe quelconque : elle serait ambiguë.
Remarque
Une lecture de la régularité sur une table. Dans la table d'un groupe fini, le point 3 signifie que chaque ligne contient chaque élément du groupe exactement une fois, et le point 4 en dit autant de chaque colonne. C'est un test rapide : une table où un élément apparaît deux fois sur une même ligne ne peut pas être celle d'un groupe.
Puissances d'un élément
Définition
Soit un groupe de neutre , noté multiplicativement, et soit . On définit pour tout par :
- , et pour (définition par récurrence) ;
- pour .
En notation additive, on écrit au lieu de : , , et .
Propriété
Soient un groupe, et . Alors
En notation additive : et .
Démonstration. Première formule, cas . Fixons et raisonnons par récurrence sur . Pour : . Supposons la formule vraie au rang ; alors, par définition puis par hypothèse de récurrence,
La formule est donc vraie pour tous .
Extension aux entiers relatifs. Elle repose sur l'égalité pour , que l'on établit par récurrence : vraie pour (les deux membres valent ), elle passe du rang au rang grâce au renversement de l'ordre :
la dernière égalité utilisant que commute avec ses propres puissances. On traite ensuite par disjonction sur les signes de et : le cas se ramène au cas positif en passant aux inverses, et les cas de signes contraires se traitent en simplifiant les facteurs qui se font face. Ces vérifications sont sans difficulté et nous ne les détaillons pas.
Deuxième formule. Pour , récurrence sur : au rang , ; et
en utilisant la première formule. Le cas s'en déduit en passant aux inverses.
Remarque
En notation additive, n'est pas un produit. L'écriture avec et ne désigne pas la multiplication de deux éléments du groupe — d'ailleurs n'appartient généralement pas à . C'est une abréviation pour ( termes, lorsque ), c'est-à-dire une notation de puissance. Dans le groupe , les deux lectures coïncident par chance ; dans aussi ; mais il ne faut pas généraliser.
Voici maintenant le piège central du chapitre, celui qui distingue vraiment le calcul dans un groupe du calcul dans .
Propriété
Soient un groupe et . En général,
Plus précisément, pour :
Et si et commutent, alors pour tout .
Démonstration. Démontrons l'équivalence. Par définition, et .
Supposons . Composons à gauche par : la régularité donne . Composons maintenant à droite par : il vient .
Supposons . Alors
Pour la dernière affirmation, on montre par récurrence sur que lorsque et commutent : le passage du rang au rang demande de faire traverser un à travers , ce qui est licite car commute avec , donc avec toutes ses puissances (récurrence immédiate). Le cas s'obtient en passant aux inverses.
Exemple
Un classique : si pour tout , le groupe est abélien. Soit un groupe tel que pour tout . Cette hypothèse signifie que chaque élément est son propre inverse : . Soient alors . En appliquant l'hypothèse à l'élément , puis la formule du renversement :
Donc est abélien. Notez l'économie de moyens : trois égalités, aucune hypothèse supplémentaire.
Le groupe des permutations d'un ensemble
Nous disposons pour l'instant d'exemples exclusivement abéliens. En voici une famille qui ne l'est pas, et qui joue un rôle central en algèbre.
Définition
Soit un ensemble non vide. On appelle permutation de toute bijection de sur . L'ensemble des permutations de est noté . Lorsque , on le note simplement .
Propriété
est un groupe, appelé groupe des permutations de , ou groupe symétrique de . Son neutre est et le symétrique d'une permutation est sa bijection réciproque .
Démonstration. La loi est interne. La composée de deux bijections de sur est une bijection de sur : c'est un résultat établi au chapitre sur les applications. Donc pour toutes .
Associativité. La composition des applications est associative : pour toutes applications de dans et tout ,
donc . L'associativité vaut en particulier sur .
Neutre. L'application est une bijection de sur , donc appartient à , et pour toute application .
Symétriques. Si est une bijection de sur , sa réciproque en est une également, et . Tout élément est donc symétrisable.
Décrivons complètement le cas . Une permutation de est entièrement déterminée par les images de , et , que l'on range dans un tableau de valeurs. Il y a six permutations, que nous nommons , , , , , . La convention d'indexation est la suivante : est la permutation qui laisse fixe et échange les deux autres éléments, tandis que et sont les deux permutations sans aucun point fixe.
Chaque colonne contient bien , et une fois chacun : c'est exactement la traduction de la bijectivité.
Exemple
n'est pas abélien. Comparons et , en se rappelant que signifie « d'abord , puis ».
Calcul de , image par image :
Donc envoie sur , sur et sur : c'est .
Calcul de :
Donc envoie sur , sur et sur : c'est .
Comme (elles ne coïncident pas en ), on a : le groupe n'est pas commutatif.
Remarque
Ce contre-exemple se généralise : dès que possède au moins trois éléments distincts, on construit sur ce modèle deux permutations qui ne commutent pas (en les faisant agir sur comme ci-dessus et en laissant fixes tous les autres éléments). Le groupe est donc non abélien dès que a au moins trois éléments. En revanche, est abélien si a un ou deux éléments : il est alors réduit à ou à deux éléments seulement.
Gardez en réserve : c'est le contre-exemple à dégainer chaque fois qu'un énoncé vous demande si telle propriété des groupes abéliens survit sans la commutativité.
Groupe produit
Dernière construction de cette section : à partir de deux groupes, on en fabrique un troisième, en travaillant « coordonnée par coordonnée ».
Définition
Soient et deux groupes. On munit le produit cartésien de la loi, encore notée pour alléger, définie par
Le couple s'appelle le groupe produit de et .
Propriété
est bien un groupe. Son neutre est , et le symétrique de est . De plus, est abélien si et seulement si et le sont.
Démonstration. Loi interne. Si et appartiennent à , alors et , donc le composé appartient à .
Associativité. Soient , , dans . En calculant les deux membres séparément :
Les premières coordonnées sont égales par associativité dans , les secondes par associativité dans : les deux couples sont donc égaux.
Neutre. Pour tout ,
et de même de l'autre côté. Donc est neutre.
Symétriques. Pour , l'élément appartient à et
et symétriquement. Tout élément est donc symétrisable.
Commutativité. Si et sont abéliens, chaque coordonnée du composé est inchangée par échange, donc est abélien. Réciproquement, si est abélien, alors pour tous , l'égalité donne en comparant les premières coordonnées : est abélien, et de même pour .
Exemple
Deux produits familiers. Le groupe n'est autre que muni de l'addition coordonnée par coordonnée : . C'est le groupe produit de par lui-même.
Le groupe , produit de et de , est muni de la loi
Les deux coordonnées n'obéissent pas à la même loi, et ce n'est pas un problème : c'est même tout l'intérêt de la construction.
Remarque
La construction s'étend sans changement à un nombre fini quelconque de facteurs : est un groupe pour la loi définie coordonnée par coordonnée, de neutre . Le cas se note .
Sous-groupes
Définition et caractérisation
Vérifier les trois axiomes de groupe est long. La bonne nouvelle est qu'on n'a presque jamais à le faire : dans l'immense majorité des cas, l'ensemble étudié est contenu dans un groupe déjà connu, et il suffit alors de vérifier trois points très rapides.
Définition
Soit un groupe de neutre , et soit une partie de . On dit que est un sous-groupe de lorsque est stable par et que , muni de la loi induite, est un groupe. On note parfois .
Telle quelle, cette définition ne fait pas gagner de temps. Le théorème suivant, lui, en fait gagner beaucoup : il remplace « est un groupe » par trois vérifications élémentaires, puis par une seule.
Propriété
Caractérisation des sous-groupes. Soient un groupe de neutre et . Les trois assertions suivantes sont équivalentes.
- est un sous-groupe de .
- , et , , et , .
- et , .
Démonstration. Nous démontrons .
. Supposons sous-groupe de . La stabilité est dans la définition. Notons le neutre de pour la loi induite : il vérifie . Cette égalité a lieu dans , où est inversible ; en composant à gauche par , il vient . Donc . Soit maintenant , et soit son symétrique dans : on a , donc est un symétrique de dans , et par unicité . Ainsi .
. L'appartenance montre que est non vide. Soient : alors par la troisième condition, puis par stabilité.
. Supposons non vide et stable par .
- Le neutre appartient à . Comme , choisissons . En appliquant l'hypothèse au couple : .
- est stable par passage au symétrique. Soit . En appliquant l'hypothèse au couple : .
- est stable par . Soient . D'après le point précédent, ; en appliquant l'hypothèse au couple : .
La loi induite est donc bien une loi de composition interne sur . Elle est associative comme loi induite d'une loi associative. Le neutre appartient à et y est neutre. Enfin, tout admet pour symétrique. Donc est un groupe, c'est-à-dire un sous-groupe de .
Remarque
Trois conséquences importantes de cette démonstration, à connaître pour elles-mêmes.
- Le neutre d'un sous-groupe est celui du groupe. Il n'y a pas de « neutre local ».
- Le symétrique dans est le symétrique dans . Là encore, aucune ambiguïté.
- Un sous-groupe est un groupe. C'est ce qui rend la caractérisation si rentable : on obtient la structure de groupe sans avoir rien vérifié d'autre que trois appartenances.
En version additive, la condition 3 s'écrit : et , .
Méthode
Montrer qu'un ensemble muni d'une loi est un groupe : le réflexe. Ne vérifiez les trois axiomes de la définition que si l'ensemble ne s'inscrit dans rien de connu. Dans tous les autres cas :
- identifier un groupe de référence dans lequel l'ensemble étudié est contenu (, , , un groupe produit…) ;
- vérifier que , puis appliquer la caractérisation : (en exhibant un élément, le plus souvent ) et pour tous ;
- conclure : « est un sous-groupe de , donc est un groupe ».
On gagne ainsi l'associativité (héritée), l'existence du neutre et celle des symétriques, c'est-à-dire l'essentiel du travail. Attention à ne pas sauter l'étape « » : elle est souvent la seule qui demande une vraie justification.
Sous-groupes triviaux et galerie d'exemples
Propriété
Soit un groupe de neutre . Alors et sont des sous-groupes de , appelés sous-groupes triviaux.
Démonstration. Pour : il est non vide, et . Pour : il est non vide (il contient ) et stable par puisque la loi est interne et que tout élément a son symétrique dans .
Voici maintenant les sous-groupes qu'il faut connaître. Chacun sera utilisé plus loin dans le chapitre.
Exemple
Les sous-groupes de référence.
dans . Soit et . Cette partie est non vide car . Si et sont deux éléments de , alors
Donc est un sous-groupe de .
La chaîne additive. est un sous-groupe de , lui-même sous-groupe de , lui-même sous-groupe de . À chaque étape, la vérification tient en une ligne : l'ensemble contient et la différence de deux de ses éléments y reste.
et dans . On a , et si , alors : donc est un sous-groupe de . De même, et si , alors : donc est un sous-groupe de . Comme de plus , on peut aussi dire que est un sous-groupe de .
et dans . Pour le premier : , et si alors . Pour le second : , et le quotient de deux éléments de vaut ou . Signalons aussi et , sous-groupes de pour les mêmes raisons.
Exemple
Un ensemble qui n'est pas un sous-groupe. Dans , l'ensemble est non vide, contient et est stable par addition. Ce n'est pourtant pas un sous-groupe : mais . C'est la stabilité par passage au symétrique qui échoue, et c'est elle qu'il faut penser à tester quand tout le reste semble marcher.
Dans , l'ensemble contient et est stable par produit, mais et : ce n'est pas un sous-groupe non plus.
Intersection de sous-groupes
Propriété
Soient un groupe et une famille non vide de sous-groupes de . Alors
est un sous-groupe de .
Démonstration. Notons .
est non vide. Chaque est un sous-groupe, donc contient . Ainsi appartient à tous les , donc à leur intersection : .
Stabilité. Soient . Fixons . Comme et , on a en particulier et ; comme est un sous-groupe, . Cela vaut pour tout , donc .
D'après la caractérisation, est un sous-groupe de .
Remarque
La réunion, elle, n'en est pas un. Dans , les ensembles et sont deux sous-groupes, mais leur réunion n'en est pas un :
puisque n'est ni pair ni multiple de . La stabilité échoue. Retenez l'asymétrie : l'intersection conserve les structures, la réunion les détruit. On la retrouvera pour les sous-anneaux et les sous-corps.
Les sous-groupes du groupe additif Z
Le résultat suivant est un classique absolu, qui sera redémontré en exercice. Il illustre parfaitement la méthode du chapitre : on part de la caractérisation, et l'outil décisif est la division euclidienne.
Propriété
Les sous-groupes de sont exactement les ensembles , pour .
Démonstration. Sens facile. Nous avons déjà vérifié que est un sous-groupe de pour tout .
Sens réciproque. Soit un sous-groupe de . Distinguons deux cas.
Premier cas : . Alors , et c'est fini.
Second cas : . Il existe donc avec . Comme est un sous-groupe, également ; l'un des deux entiers , est strictement positif, donc l'ensemble
est une partie non vide de . Elle admet à ce titre un plus petit élément, que nous notons ; par construction et .
Montrons . Comme et que est stable par addition et par passage à l'opposé, une récurrence immédiate donne pour tout , puis pour tout en passant aux opposés. Donc .
Montrons . Soit . Effectuons la division euclidienne de par (licite car ) : il existe et tels que
Alors . Or et , donc par stabilité par différence. Si l'on avait , alors appartiendrait à tout en vérifiant , ce qui contredirait la minimalité de . Donc , c'est-à-dire .
Par double inclusion, .
Remarque
Cette démonstration est un modèle du genre, et l'on y reconnaît le schéma des grandes démonstrations d'arithmétique : on fabrique une partie non vide de , on en prend le plus petit élément, et l'on exploite sa minimalité via une division euclidienne. C'est exactement la structure des démonstrations de la division euclidienne elle-même et de la relation de Bézout.
Une conséquence agréable : dès qu'un exercice vous demande d'étudier une partie de stable par différence, vous savez à l'avance à quoi ressemble la réponse.
Morphismes de groupes
Définition et exemples
Nous savons reconnaître les groupes. Reste à comparer deux groupes entre eux, et pour cela il faut des applications qui « respectent » les lois.
Définition
Soient et deux groupes. Une application est un morphisme de groupes (ou homomorphisme) lorsque
Un morphisme bijectif s'appelle un isomorphisme ; s'il existe un isomorphisme de sur , les groupes et sont dits isomorphes. Un morphisme de dans lui-même s'appelle un endomorphisme, et un endomorphisme bijectif un automorphisme.
L'égalité de la définition se lit ainsi : composer puis transporter donne le même résultat que transporter puis composer. Toute la puissance de la notion tient dans cette phrase.
Exemple
Le catalogue à connaître.
L'exponentielle. est un morphisme, car . Il est bijectif : c'est un isomorphisme.
Le logarithme. est un morphisme, car . C'est l'isomorphisme réciproque du précédent.
Le module. , de dans , est un morphisme car .
La conjugaison. est un morphisme de dans lui-même (car ) et aussi de dans lui-même (car ). Dans les deux cas, elle est bijective et involutive : c'est un automorphisme.
L'exponentielle imaginaire. , de dans , est un morphisme car . Il est surjectif, mais pas injectif.
L'élévation à la puissance . Pour fixé, est un morphisme de dans lui-même, car (la multiplication complexe est commutative).
Les puissances d'un élément fixé. Soient un groupe et . L'application , de dans , est un morphisme : c'est exactement la formule démontrée à la section précédente. Par exemple est un morphisme de dans .
Exemple
Trois applications qui n'en sont pas.
de dans . On aurait besoin de , ce qui est faux : pour , .
de dans . L'inégalité triangulaire n'est pas une égalité en général : pour et , on obtient d'un côté et de l'autre. Attention donc : le module est un morphisme pour la multiplication, pas pour l'addition.
de dans . Elle est pourtant bijective, mais alors que . Une bijection n'est pas nécessairement un isomorphisme : la structure compte autant que la mise en correspondance.
Premières propriétés
Propriété
Soit un morphisme de groupes, de neutres respectifs et . Alors :
- ;
- , ;
- , , .
Démonstration. Point 1. Appliquons la définition au couple :
Dans le groupe , l'élément est inversible ; composons à gauche par :
Point 2. Soit . En appliquant la définition au couple puis le point 1 :
et de même . Donc est le symétrique de dans , c'est-à-dire par unicité.
Point 3. Montrons d'abord le résultat pour , par récurrence. Au rang : . Si la propriété est vraie au rang , alors
Pour , écrivons avec . Alors, en utilisant le point 2 puis le cas positif :
Remarque
Le point 1 est à la fois une propriété et un test de rejet : si une application ne transforme pas le neutre en neutre, ce n'est pas un morphisme, inutile d'aller plus loin. C'est ce qui règle instantanément le sort de de dans , qui envoie sur .
Attention en revanche : la réciproque est fausse. Envoyer le neutre sur le neutre ne suffit pas à être un morphisme, comme le montre sur .
Propriété
La composée de deux morphismes de groupes est un morphisme de groupes : si et sont des morphismes, alors en est un.
Démonstration. Notons , et les lois de , et . Soient :
Image directe et image réciproque d'un sous-groupe
Un morphisme transporte les sous-groupes, dans les deux sens. C'est le résultat qui fournit, en pratique, la quasi-totalité des sous-groupes que l'on rencontre.
Propriété
Soit un morphisme de groupes.
- Si est un sous-groupe de , alors est un sous-groupe de .
- Si est un sous-groupe de , alors est un sous-groupe de .
Démonstration. Point 1. L'ensemble est une partie de . Il est non vide : car est un sous-groupe, donc . Soient maintenant : il existe tels que et . Alors
Or puisque est un sous-groupe, donc . D'après la caractérisation, est un sous-groupe de .
Point 2. L'ensemble est une partie de . Il est non vide : , donc . Soient , c'est-à-dire et . Alors
puisque est un sous-groupe de . Donc , et est un sous-groupe de .
Remarque
Insistons sur la notation : elle désigne une image réciproque, qui a un sens pour n'importe quelle application, bijective ou non. Elle ne suppose pas que soit inversible, et peut parfaitement être réduit au neutre alors que est gros. Confondre image réciproque et application réciproque est une faute qui coûte cher dans ce chapitre.
Image et noyau
Définition
Soit un morphisme de groupes, de neutres et . On appelle :
- image de l'ensemble ;
- noyau de l'ensemble .
Propriété
Avec les notations ci-dessus, est un sous-groupe de et est un sous-groupe de .
Démonstration. L'ensemble est un sous-groupe de lui-même, donc est un sous-groupe de d'après le point 1 de la propriété précédente. L'ensemble est un sous-groupe de , donc est un sous-groupe de d'après le point 2.
Exemple
Quatre noyaux et images à connaître.
. On a et . Le noyau est trivial : l'exponentielle est injective.
, de dans . Ici , et . On retrouve au passage que est un sous-groupe de , sans aucun calcul.
, de dans . On a si et seulement si , donc , et .
, de dans , avec . Le noyau est , et l'image est tout entier (tout complexe non nul admet une racine -ième). Ce calcul redémontre gratuitement que est un groupe.
Voici maintenant le théorème le plus utilisé de la section — et probablement du chapitre. Il transforme une question d'injectivité, qui porte sur des couples d'éléments, en un calcul d'ensemble qui porte sur un seul élément.
Propriété
Caractérisation de l'injectivité. Soit un morphisme de groupes. Alors
Par ailleurs, est surjectif si et seulement si .
Démonstration. Supposons injectif. L'inclusion est acquise, puisque . Réciproquement, soit : alors , et l'injectivité de donne . Donc , puis par double inclusion.
Supposons , et soient tels que . Composons à droite par :
Or , donc le membre de gauche vaut . Ainsi
Donc , puis, en composant à droite par , . L'application est injective.
Enfin, la seconde équivalence est la définition même de la surjectivité : est surjective si et seulement si tout élément de possède un antécédent, c'est-à-dire si et seulement si .
Remarque
Pourquoi ce théorème est si précieux. Montrer l'injectivité par la définition demande de partir de et d'en déduire , ce qui suppose de savoir « défaire » . Le théorème remplace cela par la résolution d'une équation : . C'est presque toujours beaucoup plus simple, parce qu'on peut y utiliser tout ce qu'on sait sur .
Attention à la formulation : le noyau doit être réduit au neutre, pas « vide ». Un noyau vide est impossible, puisqu'il contient toujours . Écrire « donc est injectif » est une faute grave et très repérable.
Isomorphismes
Propriété
Soit un isomorphisme de groupes. Alors la bijection réciproque est un isomorphisme de groupes.
Démonstration. L'application est bijective, il reste à montrer que c'est un morphisme. Soient , et posons , , de sorte que et . Comme est un morphisme,
En appliquant aux deux membres, il vient
C'est exactement la propriété de morphisme pour .
Remarque
Deux groupes isomorphes sont, du point de vue de l'algèbre, le même groupe écrit deux fois. Toute propriété exprimable à l'aide de la loi seule se transporte de l'un à l'autre : commutativité, existence d'un élément vérifiant telle équation, nombre de solutions d'une équation en , structure des sous-groupes. Ce qui ne se transporte pas, ce sont les propriétés qui font intervenir autre chose que la loi (l'ordre des réels, la continuité, la nature des objets).
C'est ce qui justifie la phrase « identifie et » : additionner des réels et multiplier des réels strictement positifs, c'est la même opération vue à travers un dictionnaire. Ce dictionnaire, c'est l'exponentielle ; le dictionnaire inverse, c'est le logarithme.
Exemple
Un isomorphisme, un endomorphisme, un automorphisme.
L'application est un isomorphisme : elle est morphisme, et bijective de sur (stricte croissance et théorème des valeurs intermédiaires). Sa réciproque est , qui est donc aussi un isomorphisme.
L'application est un endomorphisme de , mais pas un automorphisme : son noyau est , donc elle n'est pas injective.
L'application est un automorphisme de : c'est un morphisme, et elle est bijective puisqu'elle est sa propre réciproque.
Méthode
Montrer que deux groupes ne sont pas isomorphes. On ne peut évidemment pas essayer toutes les applications. La méthode consiste à exhiber une propriété conservée par isomorphisme que l'un possède et l'autre non.
- La commutativité. Si est abélien et ne l'est pas, ils ne sont pas isomorphes. En effet, si était un isomorphisme, alors pour tous on aurait, en posant et : .
- Le nombre de solutions d'une équation. Si est un isomorphisme, alors met en bijection et : les deux équations ont donc « autant » de solutions. Même chose pour , ou pour toute équation écrite avec la seule loi.
- L'existence d'un élément remarquable. Par exemple un élément vérifiant .
Trois exemples de rédaction. Les groupes et ne sont pas isomorphes, car le second est abélien et le premier non. Les groupes et ne sont pas isomorphes : dans , l'équation a deux solutions ( et ), alors que dans , l'équation correspondante n'en a qu'une (). En revanche et sont isomorphes, via : la différence tient à ce petit , et pas du tout à la « taille » des ensembles.
Anneaux
Définition
Nous passons à deux lois. L'exemple à garder en tête est : une addition qui fait de lui un groupe, une multiplication qui n'en fait pas un, et la distributivité qui relie les deux.
Définition
On appelle anneau tout triplet où est un ensemble muni de deux lois de composition interne vérifiant :
- est un groupe abélien, de neutre noté ; l'opposé de est noté ;
- la loi est associative ;
- la loi possède un élément neutre, noté ;
- la loi est distributive sur , à gauche et à droite :
Si de plus est commutative, l'anneau est dit commutatif.
Remarque
Conventions de ce programme, à respecter scrupuleusement.
- Tout anneau est unitaire : l'existence de fait partie des axiomes. Un ensemble sans élément unité n'est pas un anneau, même s'il vérifie tout le reste.
- L'addition est toujours commutative ; la multiplication ne l'est pas nécessairement.
- On écrit pour , pour , et l'on garde les priorités habituelles : signifie .
- Les puissances () sont définies comme dans un groupe, avec . En revanche n'a de sens que si est inversible, ce qui n'est pas automatique : c'est toute la différence avec un groupe.
Exemples
Exemple
Les anneaux de référence.
, , , munis de l'addition et de la multiplication usuelles sont des anneaux commutatifs. Ce sont les exemples fondateurs, et tous les axiomes y sont connus depuis longtemps.
Les fonctions. Soit un ensemble non vide. On munit des lois définies point par point :
C'est un anneau commutatif. Le zéro est la fonction nulle, l'unité est la fonction constante égale à , et l'opposé de est . Tous les axiomes se vérifient point par point et se ramènent à ceux de ; par exemple, pour la distributivité, on écrit, pour tout ,
et deux fonctions qui coïncident en tout point sont égales.
Les suites réelles. Le même argument fait de , ensemble des suites réelles muni des opérations terme à terme, un anneau commutatif : c'est le cas particulier du précédent.
L'anneau produit. Si et sont deux anneaux, on munit des lois
On obtient un anneau, de zéro et d'unité . La vérification est identique à celle du groupe produit, faite coordonnée par coordonnée.
Exemple
Deux refus instructifs.
n'est pas un anneau, car n'est pas un groupe : les opposés manquent.
n'est pas un anneau, alors que est bien un groupe abélien et que le produit de deux entiers pairs est pair. Ce qui manque, c'est l'unité : , et aucun élément de ne peut jouer son rôle. Cet exemple sera repris comme contre-exemple de sous-anneau.
Règles de calcul
Dans un anneau, on calcule presque comme dans — mais seulement presque. Les règles suivantes doivent être démontrées, car elles ne figurent pas dans les axiomes : elles s'en déduisent.
Propriété
Soit un anneau. Pour tous :
- ;
- ;
- .
Démonstration. Point 1. Partons de et multiplions à droite par . La distributivité donne
Nous sommes dans le groupe : ajoutons aux deux membres, ou, ce qui revient au même, utilisons la régularité. Il vient . Le calcul est identique de l'autre côté.
Point 2. Calculons en factorisant par à droite :
d'après le point 1. Donc est l'opposé de dans le groupe , c'est-à-dire . Le même calcul avec en facteur à gauche donne .
Point 3. En appliquant deux fois le point 2 :
la dernière égalité étant la règle dans le groupe .
Remarque
La « règle des signes », que vous appliquez depuis le collège, n'est donc pas une convention : c'est un théorème, valable dans tout anneau, et sa démonstration n'utilise que la distributivité. C'est un bon exemple de ce que ce chapitre apporte : comprendre pourquoi les règles usuelles sont ce qu'elles sont.
Propriété
L'anneau nul. Soit un anneau. Alors
L'anneau réduit à un seul élément s'appelle l'anneau nul.
Démonstration. Si , alors donc .
Supposons et soit . Alors
d'après le point 1 de la propriété précédente. Donc tout élément de est nul, c'est-à-dire .
Remarque
L'anneau nul est un anneau parfaitement légitime, mais totalement inintéressant : tout y est nul. On l'exclut explicitement dès qu'un énoncé a besoin de — ce sera le cas pour les anneaux intègres et pour les corps. Quand un exercice vous demande de montrer qu'un anneau n'est pas nul, il suffit d'exhiber un élément non nul, ou de vérifier que .
Binôme de Newton et factorisation
Ces deux formules sont les outils de calcul du chapitre. Leur énoncé comporte une hypothèse qu'il ne faut jamais oublier : les deux éléments doivent commuter.
Commençons par un petit lemme, utilisé dans les deux démonstrations.
Propriété
Soient un anneau et tels que . Alors, pour tous ,
Démonstration. Montrons par récurrence sur . Pour : . Supposons la propriété vraie au rang ; alors
où l'on a utilisé successivement l'associativité, l'hypothèse , l'associativité encore, puis l'hypothèse de récurrence. La seconde égalité s'obtient en itérant la première sur l'exposant , par une récurrence identique.
Propriété
Formule du binôme de Newton dans un anneau. Soient un anneau et tels que . Alors, pour tout ,
Démonstration. Raisonnons par récurrence sur . Notons la formule à démontrer.
Initialisation. Pour , le membre de gauche vaut et le membre de droite . Donc est vraie.
Hérédité. Supposons vraie pour un certain . Alors
En développant par distributivité, on obtient deux sommes :
Dans la première somme, le lemme permet d'échanger et , ce qui donne . Dans la seconde, . Ainsi
Effectuons le changement d'indice dans la première somme :
En renommant en et en regroupant les deux sommes, les termes d'indices se rassemblent :
où l'on a utilisé la formule de Pascal , ainsi que . Donc est vraie.
Conclusion. Par récurrence, la formule vaut pour tout .
Remarque
L'hypothèse n'est pas décorative. Sans elle, la formule est fausse dès l'exposant . En développant par distributivité, on obtient toujours
et l'on ne peut regrouper en que si et commutent. De même,
en général, soit huit termes au lieu de quatre. Dans un anneau commutatif, l'hypothèse est automatiquement satisfaite et l'on applique la formule sans précaution ; dans un anneau quelconque, la première ligne de la rédaction doit être : « les éléments et commutent, car… ».
Propriété
Factorisation de . Soient un anneau et tels que . Alors, pour tout ,
En particulier, pour :
Démonstration. Développons le produit par distributivité :
Dans la première somme, . Dans la seconde, le lemme permet d'écrire , donc . D'où
Le changement d'indice dans la première somme la transforme en . Les deux sommes portent alors sur les mêmes termes , la première pour , la seconde pour : tout se télescope, et il ne reste que le terme de la première, diminué du terme de la seconde :
La seconde écriture (avec à droite) se démontre par le même calcul, ou s'obtient en remarquant que commute avec la somme, puisque et commutent.
Exemple
Dans n'importe quel anneau, on dispose donc de à condition que et commutent — car pour la formule s'écrit après échange de et dans la somme. Sans commutation, , qui ne vaut que si .
De même, la somme géométrique bien connue vérifie
dans tout anneau, puisque commute toujours avec et avec ses propres puissances. C'est cette identité qui servira pour les éléments nilpotents.
Sous-anneaux
Le principe est celui des sous-groupes : reconnaître une structure plutôt que la vérifier.
Définition
Soit un anneau. Une partie de est un sous-anneau de lorsque :
- est un sous-groupe de ;
- est stable par multiplication : , ;
- .
Propriété
Caractérisation. Une partie de est un sous-anneau de si et seulement si
Dans ce cas, est lui-même un anneau, de même zéro et de même unité que .
Démonstration. Sens direct. Si est un sous-anneau, alors par le point 3, la stabilité par différence vient du point 1 (c'est une propriété des sous-groupes) et la stabilité par produit est le point 2. Les trois conditions sont donc satisfaites.
Sens réciproque. Supposons-les satisfaites. La condition assure en particulier que est non vide ; jointe à la stabilité par différence, elle fait de un sous-groupe de d'après la caractérisation des sous-groupes, ce qui donne le point 1 ; les points 2 et 3 sont des hypothèses. Donc est un sous-anneau.
Structure induite. Dans ce cas, est un groupe abélien (sous-groupe d'un groupe abélien, la commutativité étant héritée). La multiplication induite sur est interne par hypothèse, associative comme loi induite, et distributive sur pour la même raison : ce sont des égalités universelles, vraies dans , donc vraies dans . Enfin y joue le rôle d'unité. Donc est un anneau.
Exemple
Les sous-anneaux à connaître.
La chaîne . Chacun est un sous-anneau du suivant : chacun contient , et est stable par différence et par produit.
Les entiers de Gauss. Posons . C'est un sous-anneau de . En effet ; et si et avec entiers, alors
les quatre coefficients obtenus étant bien des entiers.
Les nombres de la forme . Posons . C'est un sous-anneau de , par le même calcul : ,
Notez où intervient : c'est lui qui produit le terme et qui garantit que le produit reste de la bonne forme.
Les nombres décimaux. Posons . C'est un sous-anneau de : on a , et pour , ,
Les fonctions continues. L'ensemble des fonctions continues de dans est un sous-anneau de : la fonction constante est continue, et la différence comme le produit de deux fonctions continues sont continues.
Remarque
Le contre-exemple à retenir : . C'est un sous-groupe de , il est stable par multiplication, et pourtant ce n'est pas un sous-anneau de , car . La condition « » n'est donc pas une formalité : c'est elle qui, en pratique, élimine la moitié des candidats. Pensez à la vérifier en premier, elle est immédiate et parfois décisive.
Le groupe des inversibles d'un anneau
Dans un anneau, la multiplication ne fait pas de un groupe : n'est jamais inversible (sauf dans l'anneau nul), et bien d'autres éléments non plus. Mais si l'on ne garde que ceux qui le sont, on retombe sur un groupe.
Définition
Soit un anneau. Un élément est dit inversible lorsqu'il existe tel que
Cet élément est alors unique (la multiplication est associative), on l'appelle l'inverse de et on le note . L'ensemble des éléments inversibles de est noté .
Propriété
Soit un anneau. Alors est un groupe, appelé groupe des inversibles (ou groupe des unités) de .
Démonstration. La loi est interne. Soient . D'après la propriété du composé de deux éléments symétrisables (section 1), est inversible, d'inverse . Donc .
Associativité. Héritée de celle de sur .
Neutre. On a , donc est inversible (son propre inverse) : , et il y est neutre.
Inverses. Si , alors est lui-même inversible, d'inverse : donc .
Ainsi est un groupe.
Remarque
n'est pas un sous-anneau. Il n'est en général pas stable par addition : dans , les éléments et sont inversibles mais leur somme ne l'est pas. C'est un groupe multiplicatif, rien de plus — mais c'est déjà beaucoup, puisque tous les résultats sur les groupes s'y appliquent.
Piège de notation. Ne confondez pas (les inversibles) et (l'anneau privé de ). Pour , , , les deux coïncident. Pour , pas du tout : alors que .
Exemple
Quatre groupes d'inversibles.
. Soit inversible : il existe tel que . En passant aux valeurs absolues, avec et entiers naturels non nuls, donc , c'est-à-dire . Réciproquement, et : ces deux entiers sont bien inversibles.
, , . Tout élément non nul y est inversible, et ne l'est jamais.
. Une fonction est inversible si et seulement si elle ne s'annule en aucun point : en effet, signifie pour tout , ce qui impose pour tout ; réciproquement, si ne s'annule pas, la fonction convient. Remarquez la différence avec : une fonction non nulle peut très bien ne pas être inversible, par exemple dans , qui s'annule en .
. Un couple est inversible dans l'anneau produit si et seulement si et le sont, l'inverse étant alors .
Diviseurs de zéro et anneaux intègres
Dans , un produit de deux facteurs est nul si et seulement si l'un des facteurs est nul. C'est cette propriété — que l'on utilise dans chaque résolution d'équation — qui n'a rien d'automatique.
Définition
Soit un anneau. Un élément non nul est un diviseur de zéro s'il existe non nul tel que ou .
L'anneau est dit intègre lorsque :
- est commutatif ;
- ;
- ne possède aucun diviseur de zéro, c'est-à-dire
Exemple
Intègres et non intègres.
, , , sont intègres. Ce sont les anneaux dans lesquels vous avez appris à résoudre les équations par factorisation.
n'est pas intègre. Considérons les fonctions définies sur par
Aucune des deux n'est la fonction nulle, puisque et . Pourtant leur produit est nul en tout point : si , alors ; si , alors . Dans les deux cas , donc . Ce sont deux diviseurs de zéro.
Un anneau produit n'est jamais intègre (dès que et sont non nuls) : les éléments et sont non nuls, et pourtant
Propriété
Simplification dans un anneau intègre. Soit un anneau intègre, et soient avec . Alors
Démonstration. Supposons . En retranchant aux deux membres et en factorisant grâce à la distributivité :
Comme est intègre et , on en déduit , c'est-à-dire .
Remarque
Cette règle, qui semble évidente, est fausse dans un anneau quelconque. Reprenons les fonctions et ci-dessus : on a avec , donc on ne peut pas « simplifier par » pour conclure . Chaque fois que vous simplifiez une égalité par un facteur, dans un anneau autre que , il faut donc justifier soit l'intégrité, soit l'inversibilité du facteur.
Éléments nilpotents
Définition
Soit un anneau. Un élément est dit nilpotent lorsqu'il existe tel que
Propriété
Dans un anneau intègre, le seul élément nilpotent est .
Démonstration. Soit intègre et nilpotent : il existe tel que . Raisonnons par l'absurde en supposant . Comme est intègre et , une récurrence immédiate montre que pour tout : c'est vrai pour , et si , alors est un produit de deux éléments non nuls, donc non nul par intégrité. En particulier , ce qui contredit . Donc .
Il faut donc sortir des anneaux de nombres usuels pour rencontrer un élément nilpotent non nul. En voici un, construit avec les seuls outils dont nous disposons.
Exemple
Un anneau avec un nilpotent non nul. Munissons l'ensemble des deux lois
On vérifie que l'on obtient un anneau commutatif, de zéro et d'unité . La multiplication est commutative car ; elle est associative, puisque les deux parenthésages du produit de , et donnent tous deux ; la distributivité se vérifie de même en développant.
Posons . Alors
L'élément est donc non nul et nilpotent. Cet anneau n'est évidemment pas intègre, puisque avec .
Le résultat suivant est un incontournable des exercices sur les anneaux : il transforme une information de nullité en une information d'inversibilité.
Propriété
Soient un anneau et un élément nilpotent, disons avec . Alors est inversible, et
De même, est inversible.
Démonstration. Les éléments et commutent, donc la factorisation établie plus haut s'applique avec et :
et de même dans l'autre sens, puisque commute avec les puissances de :
L'élément est donc l'inverse de .
Pour , il suffit d'appliquer ce qui précède à , qui est encore nilpotent : en effet . Alors est inversible.
Exemple
Dans l'anneau construit ci-dessus, donc , et la formule donne
Vérifions : avec et , on a et , dont le produit vaut . C'est bien l'unité de l'anneau.
Remarque
Retenez le mécanisme plutôt que la formule : c'est une somme géométrique qui fournit l'inverse. Vous connaissez déjà l'identité, dans et pour ,
qui n'est rien d'autre que la factorisation de écrite sous forme de quotient. Ici, la nilpotence fait disparaître le terme : le quotient devient , et la somme, qui reste finie, en est exactement l'inverse.
Corps
Définition et exemples
Définition
On appelle corps tout anneau vérifiant :
- est commutatif ;
- ;
- tout élément non nul de est inversible, c'est-à-dire .
Remarque
Dans ce programme, les corps sont commutatifs par définition. L'axiome 1 fait partie de la définition, il n'y a donc jamais lieu de préciser « corps commutatif » : c'est un pléonasme.
L'axiome 2 exclut l'anneau nul, dans lequel serait inversible et où la théorie s'effondrerait. Notez enfin que n'est jamais inversible dans un anneau non nul : si , alors d'après les règles de calcul, ce qui est exclu.
Autrement dit, un corps est un anneau commutatif où l'on peut diviser par tout élément non nul : c'est très exactement ce dont on a besoin pour résoudre .
Exemple
Les corps de référence et un faux ami.
, , sont des corps. Ce sont des anneaux commutatifs, , et tout élément non nul y admet un inverse.
n'est pas un corps. C'est pourtant un anneau commutatif intègre avec ; mais , et par exemple n'a pas d'inverse dans . C'est l'exemple à citer pour montrer que « intègre » n'entraîne pas « corps ».
n'est pas un corps, et ce n'est même pas un anneau intègre : la fonction est non nulle et non inversible.
Propriété
Tout corps est intègre.
Démonstration. Soit un corps. Il est commutatif et vérifie : les deux premières conditions de l'intégrité sont satisfaites. Soient tels que , et supposons . Comme est un corps, est inversible ; multiplions l'égalité par à gauche :
Or par associativité. Donc . On a bien montré que entraîne ou .
Remarque
La réciproque est fausse : est intègre sans être un corps. La hiérarchie à retenir est donc
et aucune de ces implications ne se renverse. Une conséquence pratique : dans un corps, on peut à la fois diviser (car tout non-nul est inversible) et factoriser pour résoudre (car il n'y a pas de diviseur de zéro).
Sous-corps
Définition
Soient un corps et une partie de . On dit que est un sous-corps de lorsque :
- est un sous-anneau de ;
- tout élément non nul de a son inverse dans : , .
Muni des lois induites, est alors lui-même un corps.
Propriété
Caractérisation. Une partie d'un corps est un sous-corps si et seulement si
Démonstration. Les trois conditions expriment exactement que est un sous-anneau (caractérisation des sous-anneaux) stable par passage à l'inverse. Il reste à voir que est alors un corps : c'est un anneau d'après la caractérisation des sous-anneaux, il est commutatif car l'est, il vérifie , et tout élément non nul y est inversible d'inverse dans par la troisième condition.
Exemple
L'exemple à savoir traiter entièrement : . Posons
Unicité de l'écriture. Montrons d'abord que tout élément de s'écrit d'une seule façon sous la forme avec rationnels. Supposons avec . Alors
Si , on en tire , ce qui contredit l'irrationalité de établie au chapitre d'arithmétique. Donc , puis . En particulier,
C'est un sous-anneau de . On a . Pour la différence et le produit, les calculs sont ceux déjà faits pour :
et les coefficients obtenus sont rationnels.
Les inverses y restent. Soit un élément non nul de , c'est-à-dire . Posons et montrons que . Si , alors et . Si et , alors , donc , donc : contradiction. Ainsi , et l'on peut utiliser la quantité conjuguée :
Les deux coefficients et sont rationnels, donc .
Conclusion. est un sous-corps de ; c'est en particulier un corps.
Remarque
Comparez avec : le calcul de l'inverse y donne , mais n'est pas entier en général. L'anneau n'est donc pas un corps — pas plus que ne l'est. Le passage de à dans les coefficients change tout, et c'est bien la division qui fait la différence entre un anneau et un corps.
Morphismes d'anneaux
Définition
Définition
Soient et deux anneaux. Une application est un morphisme d'anneaux lorsque, pour tous :
- ;
- ;
- .
Un morphisme d'anneaux bijectif s'appelle un isomorphisme d'anneaux ; s'il en existe un de sur , les anneaux et sont dits isomorphes. Un morphisme d'un anneau dans lui-même est un endomorphisme, et un endomorphisme bijectif un automorphisme.
Remarque
Pourquoi imposer ? Parce que cette condition ne découle pas des deux autres. La condition 2 donne seulement , ce qui n'impose que si l'on peut simplifier — et on ne le peut pas toujours.
Le contre-exemple canonique : l'application
vérifie les conditions 1 et 2 (le vérifier est immédiat), mais alors que l'unité de est . Ce n'est donc pas un morphisme d'anneaux. Autre exemple du même type : l'application nulle vérifie 1 et 2, mais n'envoie pas sur (sauf si est l'anneau nul).
L'axiome 3 est ce qui garantit que l'image d'un morphisme est un sous-anneau de , et que les inversibles s'envoient sur des inversibles. Sans lui, on perd les deux.
Exemples et contre-exemples
Exemple
Les morphismes d'anneaux à connaître.
L'identité et les inclusions. est un automorphisme de . Si est un sous-anneau de , l'inclusion , , est un morphisme d'anneaux injectif.
La conjugaison. est un automorphisme de l'anneau : elle est additive, multiplicative, envoie sur , et elle est bijective (elle est sa propre réciproque).
L'évaluation. Soit fixé. L'application
est un morphisme d'anneaux. En effet , , et la fonction unité vaut en . C'est un morphisme très utilisé : il transporte une question sur les fonctions en une question sur les réels.
La conjugaison de . L'application
est bien définie grâce à l'unicité de l'écriture (sans elle, la formule pourrait donner deux valeurs différentes pour un même nombre : c'est le premier point à justifier). C'est un morphisme d'anneaux : l'additivité est claire, , et pour la multiplicativité on compare les deux calculs
et
Ils coïncident. Comme , l'application est bijective : c'est un automorphisme du corps .
Exemple
Trois applications qui n'en sont pas.
sur est multiplicative et envoie sur , mais n'est pas additive : alors que .
sur est additive, mais pas multiplicative : en général, et elle envoie sur .
sur est multiplicative et envoie sur , mais n'est pas additive. Attention : sur un anneau non commutatif, n'est même pas multiplicative.
Propriétés
Propriété
Soit un morphisme d'anneaux. Alors :
- et pour tout ; plus généralement ;
- pour tous et ;
- si , alors et ; dans ce cas pour tout ;
- la composée de deux morphismes d'anneaux est un morphisme d'anneaux.
Démonstration. Point 1. La condition 1 de la définition dit exactement que est un morphisme du groupe dans le groupe . Les propriétés des morphismes de groupes s'appliquent donc : , , et .
Point 2. Récurrence sur . Au rang : , où l'on utilise l'axiome 3. Si la formule est vraie au rang , alors .
Point 3. Supposons inversible dans . Alors
et de même . Donc est inversible dans , d'inverse . L'extension aux exposants négatifs s'obtient en combinant avec le point 2.
Point 4. Si et sont des morphismes d'anneaux, alors est additive et multiplicative (même calcul que pour les groupes), et .
Remarque
Attention à la réciproque du point 3 : elle est fausse. Un morphisme peut très bien envoyer un élément non inversible sur un élément inversible. Prenons et la fonction . Elle n'est pas inversible dans puisqu'elle s'annule en , mais son image est inversible dans . Un morphisme peut donc « améliorer » un élément ; il ne peut jamais le dégrader.
Noyau, image, injectivité
Définition
Soit un morphisme d'anneaux. On appelle image de l'ensemble , et noyau de l'ensemble
Propriété
Soit un morphisme d'anneaux.
- est un sous-anneau de .
- est un sous-groupe de , et
Démonstration. Point 1. On a . Soient , disons et . Alors
D'après la caractérisation des sous-anneaux, est un sous-anneau de .
Point 2. L'application est un morphisme du groupe dans le groupe , et est précisément le noyau de ce morphisme de groupes. Les résultats de la section 4 s'appliquent donc mot pour mot : est un sous-groupe de , et est injectif si et seulement si est réduit au neutre de , c'est-à-dire à .
Remarque
Le noyau n'est presque jamais un sous-anneau. Si était un sous-anneau de , il contiendrait , donc on aurait , c'est-à-dire : l'anneau serait nul. Retenez donc la dissymétrie de l'énoncé : l'image est un sous-anneau, le noyau n'est qu'un sous-groupe additif. C'est une erreur classique en copie.
Exemple
Deux noyaux. Pour , le noyau est l'ensemble des fonctions qui s'annulent en . Il contient par exemple , il est stable par somme et par différence, mais il ne contient pas la fonction constante : ce n'est pas un sous-anneau, conformément à la remarque ci-dessus. L'image, elle, est tout entier (les fonctions constantes suffisent à l'atteindre), donc est surjectif et non injectif.
Pour la conjugaison sur , le noyau est : elle est injective, et comme elle est surjective, c'est un automorphisme.
Isomorphismes et morphismes de corps
Propriété
Soit un isomorphisme d'anneaux. Alors est un isomorphisme d'anneaux.
Démonstration. L'application est bijective. Elle est additive et multiplicative par le même argument que pour les groupes : pour , en posant et , les égalités et donnent, en appliquant ,
Enfin donne . Donc est un morphisme d'anneaux bijectif.
Propriété
Un morphisme de corps est injectif. Soient un corps, un anneau non nul et un morphisme d'anneaux. Alors est injectif.
Démonstration. D'après la caractérisation de l'injectivité, il suffit de montrer que . L'inclusion est acquise puisque .
Réciproquement, raisonnons par l'absurde et supposons qu'il existe avec . Comme est un corps, est inversible, et
Ainsi , donc est l'anneau nul, ce qui contredit l'hypothèse. Il n'existe donc pas de tel , et : le morphisme est injectif.
Remarque
Ce résultat est très fort : il dit qu'un corps ne peut pas être « écrasé » par un morphisme. Ou bien l'anneau d'arrivée est nul et tout s'effondre, ou bien le morphisme reproduit fidèlement à l'intérieur de : est alors un sous-anneau de isomorphe à . C'est l'exact opposé de ce qui se passe pour un anneau quelconque, où les morphismes peuvent perdre énormément d'information — songez à , qui réduit tout un ensemble de fonctions à un seul nombre réel.
Méthodes du chapitre
Les exercices de ce chapitre se ramènent presque tous à six ou sept gestes, que voici rassemblés. La difficulté n'est jamais dans le calcul, elle est dans le choix du bon geste et dans la rigueur de la rédaction : à chaque fois, dites explicitement quelle propriété vous vérifiez et dans quel ensemble vous travaillez.
Méthode
1. Montrer que est un groupe. Deux stratégies, à choisir selon la situation.
Stratégie A — le sous-groupe (à essayer en premier, 90 % des cas).
- Identifier un groupe connu contenant : , , , un groupe produit, le groupe des inversibles d'un anneau…
- Justifier l'inclusion (souvent le seul point délicat).
- Vérifier en exhibant un élément, de préférence le neutre.
- Vérifier , , en partant de la forme générale des éléments de .
- Conclure : « est un sous-groupe de , donc est un groupe ».
Stratégie B — à la main (quand aucun groupe connu ne contient ).
- Loi interne : vérifier que pour tous . Ne jamais sauter cette étape.
- Associativité : calcul direct des deux parenthésages, séparément.
- Neutre : le chercher par analyse-synthèse (résoudre pour un générique donne un candidat, que l'on valide ensuite des deux côtés).
- Symétriques : pour fixé, résoudre d'inconnue , et vérifier que la solution trouvée appartient bien à et convient des deux côtés.
- Préciser enfin si le groupe est abélien.
Méthode
2. Montrer qu'une partie est un sous-groupe de . La rédaction type, en quatre lignes :
- « » — le dire, même si c'est évident.
- « car » — en vérifiant vraiment que satisfait la condition définissant .
- « Soient » — écrire ce que cela signifie concrètement (leur forme, l'équation qu'ils vérifient), puis calculer et montrer qu'il satisfait la même condition.
- « Donc est un sous-groupe de . »
Deux raccourcis très rentables : si est le noyau ou l'image d'un morphisme, c'est fini en une ligne ; si est une intersection de sous-groupes, aussi. Cherchez toujours si l'ensemble étudié ne se présente pas sous l'une de ces deux formes avant de vous lancer dans les calculs — par exemple, est le noyau du morphisme module.
Méthode
3. Montrer qu'une application est un morphisme, et l'exploiter.
- Vérification : préciser les deux groupes et leurs lois (c'est là que se cachent les erreurs), puis établir pour quelconques. Un test de rejet immédiat : si , ce n'est pas un morphisme.
- Noyau : résoudre l'équation . L'ensemble des solutions est , et c'est automatiquement un sous-groupe.
- Injectivité : conclure par — jamais par la définition, qui est plus longue.
- Surjectivité : déterminer en résolvant d'inconnue , pour quelconque dans le groupe d'arrivée.
- Bonus gratuit : est un sous-groupe du groupe d'arrivée, et plus généralement l'image directe et l'image réciproque de tout sous-groupe en sont.
Méthode
4. Montrer que deux structures sont isomorphes, ou qu'elles ne le sont pas.
Pour montrer qu'elles le sont : exhiber une application , prouver que c'est un morphisme, puis qu'elle est bijective. Le plus efficace est souvent de construire directement l'application réciproque : si vérifie et , la bijectivité est acquise sans étude de fonction. Modèle : et entre et .
L'intérêt — le transport de structure : une fois l'isomorphisme établi, tout énoncé écrit avec la seule loi se transporte d'un groupe à l'autre. Résoudre une équation multiplicative dans revient à résoudre une équation additive dans , ce que fait tout élève qui « passe au logarithme ».
Pour montrer qu'elles ne le sont pas : trouver une propriété conservée par isomorphisme que l'un possède et l'autre non.
- la commutativité ( n'est isomorphe à aucun groupe abélien) ;
- le nombre de solutions d'une équation en écrite avec la loi et le neutre, typiquement ( et ne sont pas isomorphes) ;
- l'existence d'un élément vérifiant une relation donnée.
Ne cherchez jamais à « montrer qu'aucune application ne convient » : c'est impossible à rédiger.
Méthode
5. Montrer qu'un ensemble est un sous-anneau ou un sous-corps.
Sous-anneau de : trois vérifications, dans cet ordre.
- — à faire en premier, car c'est immédiat et souvent éliminatoire (souvenez-vous de ).
- , .
- , .
Pour un ensemble décrit par une forme, comme , écrivez deux éléments génériques, calculez, et exhibez les nouveaux coefficients en concluant qu'ils sont du type voulu.
Sous-corps de : les trois points ci-dessus, plus la stabilité par inverse. Pour l'inverse, la technique est presque toujours la quantité conjuguée : on multiplie numérateur et dénominateur par le conjugué, on justifie que le dénominateur obtenu est non nul, puis on lit les coefficients du résultat. C'est exactement le calcul mené sur , et il se recopie pour , , etc.
Un point de rédaction souvent oublié : quand l'écriture des éléments doit être unique (pour définir une application, par exemple), cette unicité se démontre, et elle repose en général sur une irrationalité.
Méthode
6. Déterminer le groupe des inversibles d'un anneau. La difficulté est qu'il faut à la fois trouver les inversibles et prouver qu'il n'y en a pas d'autres. La méthode qui marche presque toujours est celle de la norme multiplicative.
- Fabriquer une application (ou ) telle que pour tous : c'est souvent le module au carré, une valeur absolue, ou l'expression obtenue en multipliant un élément par sa quantité conjuguée, du type .
- Condition nécessaire : si est inversible, d'inverse , alors . Comme les valeurs de sont des entiers, cela force (ou selon la norme choisie).
- Résoudre cette équation en les coefficients de : elle est arithmétique, donc explicite.
- Synthèse : vérifier que chacun des candidats trouvés est effectivement inversible, en exhibant son inverse. L'étape 2 ne donne qu'une condition nécessaire.
Exemple
La méthode de la norme sur les entiers de Gauss. Déterminons .
Étape 1 : la norme. Pour , posons . C'est un entier naturel, et le module étant multiplicatif, .
Étape 2 : condition nécessaire. Soit , d'inverse . De on tire
avec et entiers naturels. Un produit de deux entiers naturels vaut seulement si les deux valent : donc , c'est-à-dire
Étape 3 : résolution. Les entiers et sont des entiers naturels de somme : l'un vaut et l'autre . Cela donne , soit
Étape 4 : synthèse. Ces quatre nombres sont bien inversibles dans : , , et . Conclusion :
On reconnaît le groupe des racines quatrièmes de l'unité : le groupe des inversibles de est donc un groupe à quatre éléments, tandis que celui de n'en a que deux.
Remarque
La même méthode s'applique à avec la norme , multiplicative elle aussi (le vérifier est un bon exercice de calcul). La condition nécessaire devient , mais cette équation, contrairement à , possède une infinité de solutions entières : par exemple donne , et de fait
donc est inversible dans , d'inverse . On en déduit que le groupe est infini : un groupe est stable par produit, donc pour tout , et ces éléments sont deux à deux distincts puisque rend la suite strictement croissante. Deux anneaux très ressemblants peuvent donc avoir des groupes d'inversibles radicalement différents.
Pour finir, les réflexes à avoir en tête quand un exercice de ce chapitre vous résiste.
- Toujours nommer la structure et la loi. « est un sous-groupe » ne veut rien dire ; « est un sous-groupe de » est une phrase mathématique.
- Chercher le morphisme caché. Un ensemble défini par une équation (, , ) est presque toujours un noyau ; un ensemble défini par une forme (, ) est souvent une image.
- Ne jamais simplifier sans justification. Dans un groupe, la régularité est acquise ; dans un anneau, il faut soit l'intégrité, soit l'inversibilité du facteur.
- Vérifier la commutation avant d'appliquer le binôme ou la factorisation de . Dans un anneau commutatif, dites-le en une phrase ; sinon, prouvez-le.
- Se souvenir que le neutre est le point de départ de tout. Il appartient à tout sous-groupe, il est l'image du neutre par tout morphisme, et il est le seul élément du noyau d'un morphisme injectif.
- Utiliser comme contre-exemple dès qu'un énoncé semble utiliser la commutativité sans le dire.
Bloqué sur « Structures algébriques usuelles » ?
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.