MPSI · Chapitre 07 · Premier semestre
Arithmétique dans l'ensemble des entiers relatifs
Division euclidienne, PGCD et algorithme d'Euclide, théorèmes de Bézout et de Gauss, nombres premiers, congruences.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Division euclidienne
- PGCD et algorithme d'Euclide
- Théorèmes de Bézout et de Gauss
- Nombres premiers
- Congruences
L'arithmétique est la plus ancienne des mathématiques, et sans doute la plus déroutante : ses énoncés se comprennent en une phrase, ses démonstrations demandent souvent une idée. Ce chapitre étudie les entiers relatifs sous l'angle de la multiplication : qui divise qui, comment fabriquer les diviseurs communs de deux entiers, comment reconnaître deux entiers qui n'en partagent aucun, comment résoudre des équations dont on n'accepte que les solutions entières. C'est un changement de point de vue complet par rapport aux chapitres d'analyse : dans , l'équation a une solution et l'affaire est close ; dans , elle n'en a pas, et c'est précisément cette rigidité qui rend le sujet intéressant.
Tout ce chapitre repose sur un unique théorème, celui de la division euclidienne : deux entiers étant donnés, on peut diviser le premier par le second en s'arrêtant à un reste, et ce reste est unique. Ce résultat, que l'on croit connaître depuis l'école primaire, est en réalité l'outil qui engendre tout le reste. L'algorithme d'Euclide n'est qu'une suite de divisions euclidiennes, la relation de Bézout se démontre par une division euclidienne, le lemme de Gauss se déduit de Bézout, et le théorème fondamental de l'arithmétique, que nous verrons dans la seconde partie du chapitre, se déduit de Gauss. Chaque fois que vous serez bloqué sur un exercice d'arithmétique, la première question à vous poser sera donc : puis-je faire une division euclidienne ici ?
La seconde particularité du chapitre est sa dimension algorithmique : les démonstrations ne se contentent pas d'affirmer l'existence d'un objet, elles disent comment le calculer. L'algorithme d'Euclide fournit le PGCD, sa version étendue fournit des coefficients de Bézout, et ces coefficients résolvent effectivement les équations diophantiennes. Vous devrez donc savoir à la fois démontrer les théorèmes et mener les calculs à la main, proprement, sans erreur de signe.
Les notations suivantes sont fixées une fois pour toutes. Les lettres , , , , , , , , , , désignent toujours des entiers relatifs, c'est-à-dire des éléments de , sauf mention contraire ; est l'ensemble des entiers naturels, celui des entiers naturels non nuls et celui des entiers relatifs non nuls. La divisibilité se note (« divise »), et sa négation . Le plus grand commun diviseur de et se note , synonyme de ; le plus petit commun multiple se note , synonyme de . La valeur absolue de est notée , la partie entière d'un réel est notée . Enfin, désignera l'ensemble des diviseurs de et celui des diviseurs communs à et . La seconde partie du chapitre ajoutera trois notations : pour l'ensemble des nombres premiers, pour la valuation -adique de , et pour la congruence modulo . Attention à ne pas confondre les symboles et avec les connecteurs logiques « et » et « ou » : dans tout ce chapitre, ils désignent exclusivement le PGCD et le PPCM.
Divisibilité dans Z
Définition et premiers exemples
Tout part d'une définition d'une simplicité désarmante, qu'il faut lire avec attention : elle ne parle pas de fraction, ni de quotient exact, mais de l'existence d'un entier.
Définition
Soient et deux entiers relatifs. On dit que divise , et l'on note , lorsqu'il existe un entier tel que
On dit alors que est un diviseur de , et que est un multiple de . Dans le cas contraire, on note .
Remarque
La divisibilité est une propriété de , pas de . Écrire « car est un nombre » n'a aucun sens : le quotient existe dans dès que . Ce qui est en jeu, c'est que ce quotient soit entier. Et surtout, ne suppose pas : la définition par l'existence de garde un sens pour , et nous allons voir qu'elle donne un résultat utile.
a. car .
b. car .
c. .
d. car .
e. car .
f. pour tout .
Deux entiers jouent un rôle à part, et méritent d'être traités séparément une bonne fois pour toutes : et . Ce sont eux qui produisent le plus d'erreurs en début d'année, parce que l'intuition de la division apprise à l'école ne s'y applique pas.
Propriété
Soit .
- et : les entiers et divisent tout le monde.
- : tout entier divise , y compris lui-même.
- si et seulement si : le seul multiple de est .
- si et seulement si , si et seulement si . Autrement dit, la divisibilité ne dépend que des valeurs absolues : .
Démonstration. Pour le point 1, il suffit d'écrire et , ce qui exhibe dans les deux cas un entier convenable. Pour le point 2, on écrit : l'entier convient, quel que soit .
Pour le point 3, supposons : il existe tel que , donc . Réciproquement, d'après le point 2.
Pour le point 4, supposons et écrivons . Alors et , ce qui donne et . Les réciproques s'obtiennent en appliquant ce que l'on vient de démontrer à ou . Comme vaut ou , et de même pour , la dernière équivalence en découle.
Remarque
Le piège du zéro. Retenez la dissymétrie : est divisible par tout le monde, mais ne divise personne (sauf ). Dire « » est faux, dire « » est vrai. Beaucoup d'énoncés du chapitre excluent le cas pour cette raison, et il faut toujours vérifier que l'on n'est pas en train d'appliquer un théorème hors de son domaine de validité.
Propriétés de la divisibilité
Passons aux propriétés que l'on utilisera constamment. La troisième, la stabilité par combinaison linéaire, est de très loin la plus rentable en exercice : c'est elle qui permet de fabriquer, à partir de deux informations de divisibilité, une troisième information souvent bien plus exploitable.
Propriété
Soient , , des entiers relatifs.
- Réflexivité : .
- Transitivité : si et , alors .
- Combinaison linéaire : si et , alors pour tous entiers et , .
- Compatibilité avec le produit : si , alors pour tout .
- Antisymétrie au signe près : si et , alors ou .
Démonstration. Point 1. L'égalité donne immédiatement .
Point 2. Supposons et . Il existe donc tel que , et tel que . En substituant, , et est un entier : donc .
Point 3. Supposons et : écrivons et avec . Soient . Alors
et est un entier comme somme de produits d'entiers. Donc .
Point 4. Si , alors , donc .
Point 5. Supposons et . Si , alors de on tire , donc et la conclusion est vraie. Supposons donc ; alors , car sinon donnerait . Écrivons et avec . En substituant, , et comme on peut simplifier : . Or les seuls couples d'entiers de produit sont et : en effet avec et entiers naturels non nuls impose , et le signe du produit impose et de même signe. Donc , c'est-à-dire .
Remarque
Le point 3 se retient sous la forme : un diviseur commun à deux entiers divise toutes leurs combinaisons linéaires à coefficients entiers. En particulier, si et , alors , , , etc. C'est le procédé de base pour « faire disparaître » une inconnue dans un problème de divisibilité.
Vient maintenant le résultat le plus utile du chapitre pour majorer un diviseur. Il traduit une idée simple : un diviseur ne peut pas être plus gros que ce qu'il divise, à condition que ce dernier ne soit pas nul.
Propriété
Soient avec . Si , alors
Démonstration. Supposons et écrivons avec . Comme , on a nécessairement (sinon serait nul), donc puisque est un entier naturel non nul. En passant aux valeurs absolues dans :
la première inégalité étant licite car . D'où .
Remarque
L'hypothèse est indispensable : on a , et pourtant . Retenez cet énoncé comme l'outil numéro un dès qu'un exercice demande de montrer qu'il n'y a qu'un nombre fini de solutions, ou qu'un diviseur appartient à une liste explicite : on majore le diviseur, puis on examine les rares candidats restants.
L'ensemble des diviseurs d'un entier
Propriété
Soit . L'ensemble des diviseurs de est fini, et l'on a l'inclusion
De plus , et est symétrique : si , alors .
Démonstration. Soit . Alors : sinon donnerait , exclu. De plus , donc la propriété précédente s'applique et donne , c'est-à-dire avec . L'ensemble est donc inclus dans un ensemble fini de entiers, ce qui prouve sa finitude. L'égalité et la symétrie découlent du point 4 de la première propriété de cette section.
Exemple
Déterminons . Les diviseurs positifs de s'obtiennent en testant les entiers de à : ce sont , , , , et . Par symétrie,
soit douze diviseurs en tout. En revanche tout entier, puisque tout entier divise : c'est bien un ensemble infini, ce qui confirme que l'hypothèse était nécessaire.
Deux méthodes fondamentales
Méthode
Montrer qu'un entier en divise un autre . Trois stratégies, par ordre de fréquence.
- Exhiber le quotient : écrire en explicitant et en vérifiant que est bien un entier. C'est la méthode par défaut, et souvent la plus rapide : il suffit de factoriser.
- Utiliser une combinaison linéaire : si l'on sait déjà que et , écrire sous la forme avec entiers.
- Passer par la transitivité : trouver un entier intermédiaire tel que et .
Pour la divisibilité par un entier fixe d'une expression dépendant de , penser aussi à la récurrence, ou à la disjonction de cas selon le reste de (section suivante).
Méthode
Trouver tous les entiers tels que . C'est un grand classique, où et sont des expressions polynomiales en . La technique consiste à faire disparaître par combinaison linéaire.
- Poser et remarquer que trivialement, et par hypothèse.
- Chercher des entiers et tels que soit une constante ne dépendant plus de (concrètement : effectuer la division du polynôme par , ou éliminer à la main).
- Conclure par la stabilité par combinaison linéaire : . Si , l'ensemble est fini et explicite : on obtient une liste finie de valeurs possibles pour , donc pour .
- Ne pas oublier la réciproque : l'étape 3 ne donne que des conditions nécessaires. Il faut tester chaque candidat.
Exemple
Déterminons tous les entiers tels que .
Analyse. Soit un tel entier, et posons . On a et, par hypothèse, . Par combinaison linéaire avec et :
L'entier y a disparu. Comme , on a , d'où .
Synthèse. Vérifions chacun des quatre candidats. Pour : et , or , donc convient. Pour : , oui. Pour : , oui. Pour : , oui.
Conclusion. L'ensemble cherché est .
Division euclidienne
Nous arrivons au théorème central du chapitre. Son énoncé est celui de la division apprise à l'école primaire, mais il est ici démontré, et surtout étendu aux entiers négatifs, ce qui réserve une petite surprise.
Le théorème
Propriété
Théorème (division euclidienne dans ). Soient et . Il existe un unique couple tel que
L'entier s'appelle le dividende, le diviseur, le quotient et le reste de la division euclidienne de par .
Démonstration. Existence. Considérons l'ensemble
c'est-à-dire l'ensemble des valeurs positives ou nulles prises par lorsque parcourt .
Montrons d'abord que n'est pas vide. Posons si et si , de sorte que . Choisissons . Alors
où l'on a utilisé (car est un entier non nul) et . Donc .
Ainsi est une partie non vide de : elle admet un plus petit élément, que l'on note . Par définition de , il existe tel que , c'est-à-dire , et l'on a .
Montrons enfin que . Supposons par l'absurde . Alors
donc appartient à . Mais , donc : cela contredit la minimalité de . On a donc bien .
Unicité. Soient et deux couples vérifiant les conditions. De on tire
Comme et , la différence vérifie , c'est-à-dire . En passant aux valeurs absolues dans l'égalité ci-dessus :
En divisant par , il vient . Or est un entier naturel : donc , c'est-à-dire . En reportant, , donc . Le couple est bien unique.
Remarque
Trois points de vigilance sur l'énoncé.
- Le reste est toujours positif ou nul, même quand est négatif. C'est la convention imposée par l'encadrement , et c'est elle qui garantit l'unicité.
- La borne est , et non : pour , le reste vit dans .
- Le théorème exige : on ne divise pas par zéro, ici pas plus qu'ailleurs.
Lorsque le diviseur est positif, le quotient s'exprime à l'aide de la partie entière, ce qui est commode pour le calcul comme pour la programmation.
Propriété
Soient et . Le quotient de la division euclidienne de par est
Démonstration. Par définition de la partie entière d'un réel , l'entier est l'unique entier tel que . Appliquons cela à et posons ; alors
En multipliant par , ce qui préserve le sens des inégalités, on obtient , soit encore
Le couple vérifie donc les deux conditions du théorème ; par unicité, c'est le couple de la division euclidienne.
Remarque
Cette formule est fausse pour : essayer de l'appliquer à négatif produit un reste négatif. En pratique, quand le diviseur est négatif, on divise par puis on ajuste le signe du quotient. On a par exemple : le quotient change de signe, le reste ne change pas.
Le cas des dividendes négatifs
C'est l'endroit où presque tout le monde se trompe au moins une fois. La règle est mécanique : le reste doit atterrir dans , donc le quotient « descend » d'un cran par rapport à ce que suggère la calculatrice.
Exemple
Divisons par . La tentation est d'écrire , mais n'est pas un reste licite : il est négatif. On retire donc une unité au quotient, ce qui ajoute au reste :
Le quotient est et le reste est . On retrouve bien la formule par partie entière : , dont la partie entière est (et non : la partie entière est l'entier immédiatement inférieur).
Les quatre combinaisons de signes sur le même exemple, à connaître :
Le reste ne dépend que de et de ; seul le quotient change de signe avec .
Remarque
Sur la plupart des calculatrices, et dans plusieurs langages de programmation, l'opération de reste (souvent appelée « modulo ») renvoie un résultat du signe du dividende : interrogée sur le reste de par , la machine peut donc afficher . Ce n'est pas le reste euclidien. En mathématiques, le reste est positif ou nul, point final.
Divisibilité et reste nul
Le lien entre la division euclidienne et la divisibilité tient en une équivalence, que l'on utilisera sans cesse.
Propriété
Soient et , et soit le reste de la division euclidienne de par . Alors
Démonstration. Si , alors avec , donc par définition.
Supposons : il existe tel que . Le couple vérifie alors avec : c'est donc le couple de la division euclidienne de par , par unicité. Ainsi et .
Écrire un entier selon son reste
Voici l'usage le plus fréquent de la division euclidienne dans les exercices : elle fournit une disjonction de cas exhaustive, en un nombre fini de cas, sur un ensemble pourtant infini d'entiers.
Propriété
Soit . Tout entier s'écrit d'une et d'une seule façon sous la forme
En particulier, tout entier est de l'une des deux formes ou (pair ou impair), et de l'une des trois formes , ou .
Démonstration. C'est exactement le théorème de la division euclidienne appliqué au diviseur , pour lequel : le reste vérifie , donc appartient à , et le couple est unique.
Méthode
Disjonction de cas selon le reste. Pour démontrer une propriété portant sur tous les entiers , ou pour étudier la divisibilité d'une expression en par un entier :
- écrire la division euclidienne de par : avec ;
- traiter séparément les cas , , ..., , en remplaçant par dans l'expression et en développant ;
- dans chaque cas, faire apparaître la forme ;
- conclure : les cas couvrent toutes les possibilités.
Le choix de est guidé par l'énoncé : si l'on veut montrer qu'un entier n'est jamais divisible par , on divise par . Ce raisonnement sera considérablement allégé par le langage des congruences, étudié dans la seconde partie du chapitre.
Exemple
Montrons que pour tout , l'entier n'est jamais divisible par .
Soit . Écrivons la division euclidienne de par : il existe et tels que . Traitons les trois cas.
Cas . Alors et . Le reste de dans la division par vaut .
Cas . Alors et
et le reste vaut .
Cas . Alors et
et le reste vaut .
Dans les trois cas, le reste de la division de par vaut ou , jamais . D'après la caractérisation ci-dessus, pour tout .
PGCD et algorithme d'Euclide
Définition du PGCD
Deux entiers ont toujours au moins un diviseur commun, à savoir . La question est de savoir s'il en existe un plus grand, et lequel. Toute la difficulté de la définition consiste à justifier proprement l'existence de ce plus grand élément.
Définition
Soient et deux entiers relatifs non tous les deux nuls. On note l'ensemble des diviseurs communs à et . Cet ensemble admet un plus grand élément, appelé plus grand commun diviseur de et , noté ou .
Démonstration (existence). L'ensemble est une partie de non vide, car divise et . Montrons qu'elle est majorée. Comme et ne sont pas tous les deux nuls, l'un au moins est non nul ; quitte à échanger les rôles, supposons . Soit : alors avec , donc , et en particulier . L'ensemble est donc une partie non vide et majorée de : elle admet un plus grand élément.
Propriété
Soient et non tous les deux nuls.
- : le PGCD est un entier strictement positif.
- : le PGCD ne dépend ni de l'ordre, ni des signes.
- pour , et .
- Si , alors .
Démonstration. Point 1. Comme et que est le plus grand élément de cet ensemble, .
Point 2. L'ensemble est défini symétriquement en et , d'où la première égalité. La seconde vient de .
Point 3. Tout entier divise , donc , dont le plus grand élément est : en effet divise , et tout diviseur de vérifie . Pour la seconde égalité, , de plus grand élément .
Point 4. Si , alors tout diviseur de divise par transitivité, donc , dont le plus grand élément est car . Réciproquement, si , alors est un diviseur commun, donc , donc .
Remarque
Le cas est exclu de la définition, et il faut comprendre pourquoi : tout entier divise , donc , qui n'a pas de plus grand élément. Certains ouvrages posent par convention ; nous n'utiliserons pas cette convention, et supposerons toujours quand nous écrirons .
Le lemme fondamental
Comment calculer sans lister tous les diviseurs, ce qui serait impraticable pour de grands nombres ? La réponse tient dans le lemme suivant, qui remplace le couple par un couple plus petit ayant exactement le même PGCD. Sa démonstration est un modèle du genre : on ne compare pas les PGCD, on montre que les deux ensembles de diviseurs communs sont égaux.
Propriété
Lemme fondamental (invariance du PGCD). Soient et , et soit le reste de la division euclidienne de par . Alors
Démonstration. Écrivons avec et . Procédons par double inclusion.
Soit , c'est-à-dire et . Par stabilité par combinaison linéaire, divise . Comme de plus , on a .
Soit , c'est-à-dire et . Par combinaison linéaire, divise . Comme de plus , on a .
Les deux ensembles sont donc égaux. Ils sont tous les deux non vides et majorés (car apparaît dans les deux couples), donc ils ont le même plus grand élément : .
L'algorithme d'Euclide
Le lemme précédent, appliqué en boucle, donne une méthode de calcul effective : à chaque étape, on remplace le couple par (diviseur, reste), et les restes décroissent strictement, donc le processus s'arrête.
Méthode
Algorithme d'Euclide. Soient et . Pour calculer :
- remplacer et par et , ce qui ne change pas le PGCD ;
- effectuer la division euclidienne de par : ;
- si , alors , donc , et l'algorithme s'arrête ; sinon, recommencer à l'étape 2 avec le couple ;
- le PGCD est le dernier reste non nul obtenu.
Propriété
L'algorithme d'Euclide se termine en un nombre fini d'étapes, et le dernier reste non nul qu'il produit est égal à .
Démonstration. Terminaison. Notons , puis les restes successifs. Tant qu'ils sont non nuls, la définition de la division euclidienne impose
pour tout : la suite des restes est une suite d'entiers naturels strictement décroissante. Une telle suite ne peut être infinie : par récurrence immédiate, , donc dès que , ce qui est absurde. Il existe donc un rang tel que et .
Valeur. Par le lemme d'Euclide appliqué à chaque étape,
la dernière égalité venant du point 3 de la propriété du PGCD ( pour ) et de . Le dernier reste non nul est bien le PGCD.
Exemple
Calculons par l'algorithme d'Euclide. On divise, on décale, on recommence :
Le dernier reste non nul est , donc .
On présente souvent le calcul dans une table, ce qui limite les erreurs :
| Étape | Dividende | Diviseur | Quotient | Reste |
|---|---|---|---|---|
| 1 | ||||
| 2 | ||||
| 3 |
Trois divisions ont suffi, là où l'examen un par un des candidats diviseurs de en aurait demandé plusieurs centaines. Conservez ces lignes : elles serviront telles quelles pour obtenir des coefficients de Bézout.
Propriétés du PGCD
Propriété
Soient non tous les deux nuls et . Alors
Démonstration. Comme le PGCD ne dépend pas des signes et que , on peut supposer , et .
Premier cas : (donc ). Alors , d'après le point 3 de la propriété du PGCD.
Deuxième cas : et . L'algorithme s'arrête dès la première division : , et de on tire .
Troisième cas : et . Déroulons l'algorithme d'Euclide pour le couple :
le dernier reste non nul étant . Multiplions chacune de ces égalités par :
Les encadrements sont préservés : de on tire puisque . Chaque ligne obtenue est donc exactement une division euclidienne, et la suite de ces lignes est précisément l'algorithme d'Euclide appliqué au couple . Son dernier reste non nul est , donc
la dernière égalité venant de la réduction initiale au cas .
Le résultat suivant est le plus important de la section : il dit que les diviseurs communs de et ne sont pas seulement majorés par , mais qu'ils le divisent tous. C'est une information beaucoup plus forte, et c'est elle qui servira partout.
Propriété
Caractérisation des diviseurs communs. Soient non tous les deux nuls, et . Alors
Nous admettons provisoirement ce résultat : sa démonstration, immédiate une fois la relation de Bézout établie, est donnée juste après celle-ci, dans la section « Entiers premiers entre eux, Bézout et Gauss ». Il n'y a aucun cercle vicieux, car la démonstration de la relation de Bézout n'utilise que la division euclidienne et la définition du PGCD, jamais cette caractérisation.
Remarque
L'implication et , elle, est immédiate : est un diviseur commun de et , donc par transitivité tout diviseur de divise et . C'est le sens direct qui demande Bézout.
PGCD de plusieurs entiers
Définition
Soient des entiers non tous nuls. L'ensemble de leurs diviseurs communs est non vide et majoré (même argument que pour deux entiers) : il admet un plus grand élément, noté , appelé PGCD de ces entiers.
Propriété
Associativité. Pour tous entiers , , tels que et ,
Démonstration. Il suffit de montrer que les trois nombres ont le même ensemble de diviseurs, puisqu'ils sont alors le plus grand élément d'un même ensemble. Soit . D'après la caractérisation des diviseurs communs (admise ci-dessus), on a la chaîne d'équivalences
La dernière condition est symétrique en , , : elle caractérise donc aussi les diviseurs de , et les diviseurs communs à , et , dont le plus grand élément est . Les trois entiers, tous positifs, ont donc les mêmes diviseurs, et en particulier se divisent mutuellement : ils sont égaux.
Exemple
Calculons . On regroupe : (car , , ), puis (car , , ). Donc .
Entiers premiers entre eux, Bézout et Gauss
La relation de Bézout
Nous savons calculer . Le théorème suivant affirme bien davantage : ce PGCD s'écrit en fonction de et , à coefficients entiers. C'est le résultat le plus puissant du chapitre.
Propriété
Théorème (relation de Bézout). Soient et deux entiers non tous les deux nuls. Il existe des entiers et tels que
Un tel couple s'appelle un couple de coefficients de Bézout pour .
Démonstration. Considérons l'ensemble des valeurs strictement positives prises par les combinaisons linéaires entières de et :
L'ensemble est non vide. En effet, le choix et donne , qui est un entier naturel, et qui est non nul car et ne sont pas tous les deux nuls. Donc .
Ainsi est une partie non vide de : elle admet un plus petit élément, que nous notons . Par définition de , il existe tel que
Montrons que divise . Effectuons la division euclidienne de par (licite car ) : avec . Alors
L'entier est donc lui aussi une combinaison linéaire entière de et . Si l'on avait , alors appartiendrait à tout en vérifiant , ce qui contredirait la minimalité de . Donc , c'est-à-dire . Le même raisonnement avec à la place de donne . Ainsi est un diviseur commun de et .
Montrons que . Posons . D'une part, est un diviseur commun, donc par définition du plus grand élément. D'autre part, et , donc par combinaison linéaire ; comme , il vient , c'est-à-dire puisque et sont positifs. Des deux inégalités, .
Nous pouvons maintenant honorer la dette contractée à la section précédente.
Démonstration (caractérisation des diviseurs communs). Soient , non tous les deux nuls, et .
Si : comme est un diviseur commun de et , la transitivité donne et .
Si et : la relation de Bézout fournit tel que , et la stabilité par combinaison linéaire donne .
Remarque
Attention au sens de l'implication. La relation de Bézout affirme que s'écrit . La réciproque est fausse en général : ce n'est pas parce qu'un entier s'écrit qu'il est égal à . Par exemple , et pourtant . Tout ce que l'on peut dire, c'est que divise toute combinaison , donc que est le plus petit entier strictement positif de cette forme. Le cas remarquable, et le seul dont on se servira, est celui où : là, on peut conclure (théorème de Bézout ci-dessous).
Remarque
Les coefficients et ne sont pas uniques. Si , alors pour tout ,
et les quantités , sont bien entières. Il y a donc une infinité de couples de Bézout dès que et sont non nuls.
L'algorithme d'Euclide étendu
La démonstration précédente prouve l'existence de mais ne les calcule pas. Pour les obtenir, on remonte les lignes de l'algorithme d'Euclide, de la dernière à la première, en exprimant à chaque étape le reste en fonction des deux nombres de la ligne.
Méthode
Remonter l'algorithme d'Euclide. Pour trouver tel que :
- écrire l'algorithme d'Euclide en colonne, jusqu'au dernier reste non nul ;
- isoler chaque reste dans son égalité : ;
- partir de la ligne donnant , puis substituer les restes un par un, de la fin vers le début, sans jamais développer les produits impliquant ou : on garde à chaque étape une écriture de la forme ;
- terminer par une vérification numérique de , systématique : une erreur de signe est vite arrivée.
Exemple
Reprenons et cherchons des coefficients de Bézout. Les deux lignes utiles de l'algorithme, avec le reste isolé :
On part de la dernière ligne et l'on y remplace par son expression :
Ainsi , c'est-à-dire .
Vérification. et , dont la somme vaut . C'est bien le PGCD annoncé.
Entiers premiers entre eux
Définition
Deux entiers et , non tous les deux nuls, sont dits premiers entre eux lorsque
c'est-à-dire lorsque leurs seuls diviseurs communs sont et . On dit aussi que la fraction est irréductible (pour ).
Remarque
Piège de vocabulaire. « Premiers entre eux » n'a rien à voir avec « nombres premiers ». Les entiers et sont premiers entre eux () alors qu'aucun des deux n'est un nombre premier. Inversement, et ne sont pas premiers entre eux (). Être premier entre eux est une propriété d'un couple, pas d'un nombre isolé.
Propriété
Théorème de Bézout. Soient et deux entiers non tous les deux nuls. Alors
Démonstration. Si , la relation de Bézout fournit directement tel que .
Supposons qu'il existe tel que . Posons . Comme et , la stabilité par combinaison linéaire donne , c'est-à-dire . Donc , et comme , on conclut .
Remarque
C'est le seul cas où la réciproque est vraie, et c'est ce qui fait la valeur pratique du théorème : pour démontrer que deux entiers sont premiers entre eux, il suffit d'exhiber une combinaison linéaire valant , sans jamais calculer de PGCD. Par exemple, pour tout , les entiers et sont premiers entre eux, car .
Propriété
Soient et non tous les deux nuls, et . Alors les entiers et sont des entiers premiers entre eux :
Démonstration. Comme et , les quotients et sont bien des entiers, et ils ne sont pas tous les deux nuls (sinon ). La relation de Bézout donne tel que , c'est-à-dire . Comme , on peut simplifier par :
D'après le théorème de Bézout, .
Exemple
Avec , et : et . Les entiers et sont bien premiers entre eux, et la fraction se simplifie en , irréductible.
Le lemme de Gauss
Propriété
Théorème (lemme de Gauss). Soient , , trois entiers, avec et non tous les deux nuls. Si
alors .
Démonstration. Comme , le théorème de Bézout fournit tel que . Multiplions cette égalité par :
Examinons les deux termes de gauche. D'une part, de façon évidente. D'autre part, par hypothèse, donc . Par stabilité par combinaison linéaire, divise la somme , c'est-à-dire .
Remarque
L'hypothèse est essentielle. Sans elle, l'énoncé est faux : prenons , et . On a bien , mais . Ici , et le lemme ne s'applique pas. Chaque fois que vous invoquez Gauss dans une copie, écrivez explicitement la vérification de la primalité entre eux : c'est là que le correcteur regarde.
Les deux corollaires suivants sont exigibles et servent en permanence.
Propriété
Soient , , des entiers.
- Si , et , alors .
- Si et , alors .
Démonstration. Point 1. Comme , écrivons avec . Par hypothèse , c'est-à-dire . Or : le lemme de Gauss (appliqué avec dans le rôle du diviseur) donne . Écrivons avec . Alors
donc .
Point 2. Le théorème de Bézout fournit tel que , et tel que . Multiplions ces deux égalités membre à membre :
On a donc exhibé une combinaison linéaire entière de et valant : d'après le théorème de Bézout, .
Remarque
Contre-exemple pour le point 1 sans l'hypothèse. Prenons , et . On a et , mais ne divise pas . La raison : . Retenez la version correcte de la règle : « divisible par et par » n'entraîne pas « divisible par », mais entraîne « divisible par », qui est le PPCM (section « PPCM »).
Exemple
Une application typique du point 2 : montrons que si , alors pour tout .
Raisonnons par récurrence sur . Pour , c'est l'hypothèse. Soit ; supposons . Comme de plus , le point 2 appliqué au couple donne , c'est-à-dire . La propriété est héréditaire, donc vraie pour tout . En itérant sur les deux arguments, on obtient de même pour tous .
Premiers entre eux deux à deux
Quand on manipule plus de deux entiers, deux notions distinctes apparaissent, et les confondre est une faute classique.
Définition
Soient des entiers non tous nuls.
- Ils sont dits premiers entre eux dans leur ensemble lorsque , c'est-à-dire lorsque leurs seuls diviseurs communs à tous sont et .
- Ils sont dits premiers entre eux deux à deux lorsque pour tous indices .
Propriété
Si sont premiers entre eux deux à deux, alors ils sont premiers entre eux dans leur ensemble. La réciproque est fausse dès que .
Démonstration. Supposons les entiers premiers entre eux deux à deux, avec , et soit un diviseur commun à tous. En particulier et , donc est un diviseur commun de et , donc d'après la caractérisation des diviseurs communs. Ainsi , et le plus grand diviseur commun vaut .
Pour la réciproque, il suffit d'un contre-exemple, donné ci-dessous.
Exemple
Le contre-exemple à connaître. Considérons , et . Leurs PGCD deux à deux valent
et aucun des trois couples n'est donc formé d'entiers premiers entre eux. Pourtant, leur PGCD global vaut
ils sont premiers entre eux dans leur ensemble. La réciproque est donc bien fausse. Moralité : quand un énoncé dit « premiers entre eux », lisez attentivement lequel des deux sens est en jeu.
Équations diophantiennes
Une équation diophantienne est une équation dont on cherche uniquement les solutions entières. Le cas linéaire à deux inconnues, , se résout complètement avec les outils que nous venons de construire, et c'est un exercice de concours extrêmement fréquent.
Propriété
Soient , et . L'équation , d'inconnue , admet au moins une solution si et seulement si .
Démonstration. Si est solution, alors et , donc par combinaison linéaire.
Si , écrivons avec . La relation de Bézout fournit tel que ; en multipliant par , on obtient , donc est solution.
Méthode
Résoudre dans . Quatre étapes, toujours les mêmes.
- Calculer par l'algorithme d'Euclide, et tester si . Si , l'ensemble des solutions est : c'est terminé.
- Trouver une solution particulière : remonter l'algorithme d'Euclide pour obtenir , puis multiplier par .
- Soustraire l'équation particulière de l'équation générale : il vient , que l'on simplifie par en posant , (avec ) :
- Appliquer le lemme de Gauss : divise et , donc . En posant avec et en reportant, il vient , d'où la forme générale . Terminer par la synthèse : vérifier que tous ces couples conviennent.
Exemple
Résolvons dans l'équation
Étape 1 : existence. Algorithme d'Euclide : , puis , puis . Donc . Comme , l'équation admet des solutions.
Étape 2 : solution particulière. Remontons :
Vérification : . En multipliant par :
Une solution particulière est donc .
Étape 3 : équation homogène. Soit une solution quelconque. En retranchant de :
On simplifie par : , c'est-à-dire .
Étape 4 : Gauss. L'entier divise et , donc : il existe tel que , soit . En reportant, , donc , soit .
Synthèse. Réciproquement, pour tout ,
Tous ces couples sont bien solutions. Finalement
Par exemple donne le couple , et l'on vérifie que .
Remarque
Deux erreurs fréquentes dans cet exercice. La première : oublier de simplifier par avant d'appliquer Gauss ; sans cette simplification, l'hypothèse de primalité entre eux n'est pas satisfaite et le raisonnement s'effondre. La seconde : présenter l'ensemble des solutions sans la phase de synthèse. L'étape 4 ne donne que des conditions nécessaires ; c'est la vérification qui prouve que la description est exacte.
PPCM
Symétriquement au PGCD, on s'intéresse maintenant non plus aux diviseurs communs, mais aux multiples communs. La construction suit exactement le même plan : existence par un argument de plus petit élément, caractérisation par divisibilité, puis lien avec le PGCD.
Définition
Définition
Soient et deux entiers non nuls. L'ensemble des multiples communs strictement positifs de et est une partie non vide de : elle admet un plus petit élément, appelé plus petit commun multiple de et , noté ou .
Par convention, on pose pour tout : le seul multiple commun de et est .
Démonstration (existence). Notons l'ensemble des multiples communs strictement positifs de et . L'entier appartient à : il est strictement positif car et sont non nuls, et il est multiple de (car ) comme de . Donc est une partie non vide de , et admet à ce titre un plus petit élément.
Propriété
Soient et deux entiers non nuls.
- .
- .
- .
- et .
Démonstration. Point 1. Par définition, donc ; et comme est un multiple commun strictement positif, la minimalité donne .
Point 2. L'ensemble est symétrique en et , et un entier est multiple de si et seulement s'il est multiple de .
Point 3. Si , alors est un multiple commun strictement positif ; et tout multiple commun strictement positif est en particulier un multiple non nul de , donc vérifie . Donc est le plus petit : . Réciproquement, si , alors est un multiple de , donc .
Point 4. Conséquences immédiates du point 3, avec et .
Caractérisation des multiples communs
Comme pour le PGCD, le PPCM ne se contente pas d'être le plus petit : il divise tous les multiples communs. La démonstration est un bel exemple d'utilisation de la division euclidienne pour exploiter une minimalité.
Propriété
Soient et deux entiers non nuls, et . Pour tout ,
Autrement dit, l'ensemble des multiples communs de et est exactement l'ensemble des multiples de .
Démonstration. Supposons . Comme et (le PPCM est un multiple commun), la transitivité donne et .
Supposons et . Effectuons la division euclidienne de par (licite car ) : il existe et tels que
Alors . Or et , donc par combinaison linéaire ; de même . Ainsi est un multiple commun de et . Si l'on avait , alors serait un multiple commun strictement positif vérifiant , ce qui contredirait la minimalité de . Donc , c'est-à-dire .
Remarque
Ce résultat justifie une formulation qu'on rencontre souvent : le PPCM est le plus petit multiple commun pour la relation de divisibilité, et pas seulement pour l'ordre usuel. C'est la version utile en pratique : pour montrer qu'un entier est multiple de et de , il suffit de montrer que divise , et réciproquement.
La relation entre PGCD et PPCM
Propriété
Théorème. Soient et deux entiers non nuls. Alors
Démonstration. Le PGCD comme le PPCM ne dépendent que des valeurs absolues, et : on peut donc supposer et .
Posons , puis et avec ; on sait que . Posons enfin
L'entier est un multiple commun de et . En effet est multiple de , et est multiple de .
Tout multiple commun strictement positif de et est supérieur ou égal à . Soit un tel multiple. Comme , écrivons avec . Comme , il existe tel que ; en simplifiant par , il vient , autrement dit . Or : le lemme de Gauss donne . Écrivons avec . Alors
puisque .
L'entier est donc le plus petit multiple commun strictement positif : . En multipliant par , il vient .
Remarque
Ce théorème est faux pour plus de deux entiers : on n'a pas en général. Avec , le membre de gauche vaut et celui de droite . La formule produit est une spécificité du couple.
Méthode
Calculer un PPCM. On ne cherche jamais le PPCM en listant les multiples : on calcule d'abord le PGCD par l'algorithme d'Euclide, puis on applique
Pour limiter la taille des nombres manipulés, il vaut mieux simplifier avant de multiplier : .
Exemple
Calculons . Nous avons déjà obtenu par l'algorithme d'Euclide. Donc
Vérifions la cohérence : et , c'est bien un multiple commun des deux. Et le théorème est respecté, puisque
Exemple
Un cas plus simple, à garder en tête pour contrôler ses calculs : et . On vérifie . Notez au passage que le PPCM () est bien strictement inférieur au produit () : l'égalité n'a lieu que lorsque et sont premiers entre eux, cas où .
Propriété
Soient et deux entiers non nuls. Alors
Démonstration. Le théorème précédent donne , avec et . Si , on obtient immédiatement . Réciproquement, si , alors , et comme on peut simplifier : .
Nombres premiers
Tout ce qui précède — divisibilité, division euclidienne, PGCD, Bézout, Gauss — décrit des relations entre entiers, mais ne dit rien de la façon dont un entier est fabriqué. Nous abordons maintenant les briques élémentaires de la multiplication : les nombres premiers. Le programme de cette section est simple à énoncer et beaucoup moins simple à démontrer : montrer qu'il y a assez de briques (il en existe une infinité), savoir reconnaître une brique (test de primalité), et surtout établir la propriété qui fait toute leur force, le lemme d'Euclide, dont découlera l'unicité de la décomposition.
Définition et premiers exemples
Définition
Soit un entier naturel. On dit que est premier lorsque
- ,
- les seuls diviseurs positifs de sont et .
On note l'ensemble des nombres premiers. Un entier qui n'est pas premier est dit composé.
Un entier admet toujours et pour diviseurs positifs : la définition demande donc exactement qu'il n'en ait pas d'autre. Dans , les diviseurs de premier sont les quatre entiers , , et ; on se restreint aux diviseurs positifs pour ne pas alourdir les énoncés, et par convention un nombre premier est toujours un entier naturel.
Propriété
Soit un entier composé. Alors il existe deux entiers et tels que
Démonstration. Puisque n'est pas premier et que , il admet un diviseur positif différent de et de . Comme et , on a , donc . Posons , qui est un entier puisque . De avec on tire (car ), et de on tire , donc .
Remarque
Pourquoi n'est-il pas premier ? Ce n'est pas un caprice de vocabulaire, mais une nécessité. Le théorème fondamental de l'arithmétique affirmera que tout entier s'écrit d'une seule façon comme produit de nombres premiers. Si était premier, cette unicité tomberait immédiatement :
et l'on pourrait insérer autant de facteurs que l'on veut. De même, n'est pas premier : tout entier divise , il a donc une infinité de diviseurs.
Exemple
Les nombres premiers inférieurs à sont
L'entier est le seul nombre premier pair : si est pair et , alors est un diviseur positif de distinct de et de . Tous les autres nombres premiers sont donc impairs, ce qui est un réflexe utile : « premier et » signifie « premier impair ».
Attention aux fausses régularités : ressemble à un nombre premier, mais .
Tout entier supérieur ou égal à 2 admet un diviseur premier
Ce lemme est le point de départ de tout le reste : c'est lui qui garantit que les nombres premiers ne sont pas une curiosité rare, mais qu'ils atteignent tous les entiers.
Propriété
Tout entier admet au moins un diviseur premier.
Démonstration. Soit . Considérons l'ensemble
Cet ensemble est une partie de , et il est non vide puisque (en effet et ). Toute partie non vide de admet un plus petit élément : notons .
Montrons que est premier. D'abord par définition de . Soit ensuite un diviseur positif de tel que et . Alors , et par transitivité de la divisibilité, et entraînent : donc . Or avec et donne , ce qui contredit la minimalité de . Un tel n'existe donc pas : les seuls diviseurs positifs de sont et , et est premier.
Comme , l'entier admet bien un diviseur premier.
L'infinité des nombres premiers
Propriété
Théorème (Euclide). L'ensemble des nombres premiers est infini.
Démonstration. Raisonnons par l'absurde et supposons fini. Cet ensemble est non vide (il contient ), on peut donc écrire
avec . Posons
Chaque vaut au moins , donc , et en particulier . D'après le lemme précédent, admet un diviseur premier . Comme , il existe un indice tel que , donc divise le produit .
Ainsi divise et divise : il divise donc leur différence, c'est-à-dire
Un diviseur positif de vaut , donc , ce qui contredit . L'hypothèse « est fini » est donc absurde.
Remarque
Cette démonstration ne dit pas que est premier, contrairement à ce qu'on lit parfois. Elle dit seulement que cet entier possède un facteur premier, et que ce facteur ne peut être aucun des . Le contre-exemple classique :
Le produit des six premiers nombres premiers augmenté de n'est pas premier, mais ses facteurs premiers ( et ) sont bien en dehors de la liste de départ.
Remarque
Les nombres premiers sont en nombre infini, mais ils peuvent être arbitrairement espacés. Soit : pour tout , l'entier divise (il figure parmi ses facteurs) et divise , donc . Comme de plus , l'entier est composé. Les entiers consécutifs
sont donc tous composés. Pour : , , , et .
Reconnaître un nombre premier
Tester si est premier en essayant tous les entiers de à est possible mais absurdement long. Deux observations divisent radicalement le travail : il suffit de tester des diviseurs premiers, et il suffit de les tester jusqu'à .
Propriété
Soit un entier composé. Alors admet un diviseur premier vérifiant .
Par contraposée : si aucun nombre premier ne divise , alors est premier.
Démonstration. Comme est composé, on peut écrire avec et . Quitte à échanger les rôles de et , supposons . Alors
et comme , on en déduit par croissance de la fonction racine carrée sur .
L'entier vérifie , il admet donc un diviseur premier . Comme et , on a , et par transitivité et donnent .
Méthode
Tester la primalité d'un entier « à la main ».
- Calculer , c'est-à-dire chercher l'entier tel que .
- Lister les nombres premiers inférieurs ou égaux à .
- Effectuer la division euclidienne de par chacun d'eux, en s'arrêtant dès qu'un reste est nul.
- Si aucun ne divise , conclure : est premier.
Les deux premières divisions se font toujours de tête : par le dernier chiffre, par la somme des chiffres (critère démontré plus loin).
Exemple
L'entier est premier. On a , donc . Les nombres premiers inférieurs ou égaux à sont , , , , et . On teste :
- est impair, donc ;
- n'est pas divisible par , donc ;
- ne se termine ni par ni par , donc ;
- , donc ;
- , donc ;
- , donc .
Aucun nombre premier inférieur ou égal à ne divise : cet entier est premier. Six divisions ont suffi, là où la méthode naïve en demandait .
Le crible d'Ératosthène
Pour dresser la liste de tous les nombres premiers inférieurs à un entier , il est plus économique de procéder par élimination que de tester les entiers un par un. Le principe, dû à Ératosthène, est le suivant : on écrit les entiers de à ; on entoure le plus petit entier non barré (c'est ), et on barre tous ses multiples stricts ; on recommence avec le plus petit entier ni barré ni entouré, et ainsi de suite. D'après le test précédent, on peut s'arrêter dès que le nombre entouré dépasse : tous les entiers restants sont alors premiers. On peut de plus commencer le barrage à , car un multiple avec a déjà été barré lors du traitement d'un facteur premier de .
Exemple
Crible jusqu'à . On a , donc seuls les premiers , , et servent à barrer.
| Premier | Multiples barrés (à partir de ) |
|---|---|
Les entiers de à qui restent sont
soit exactement nombres premiers inférieurs ou égaux à .
Le lemme d'Euclide
Voici la propriété qui distingue vraiment les nombres premiers des autres entiers. Elle repose entièrement sur le lemme de Gauss, établi dans la première partie.
Propriété
Soient et . Alors
Autrement dit, si ne divise pas , alors et sont premiers entre eux.
Démonstration. Posons . Par définition, est un diviseur positif de , donc ou puisque est premier. Si , alors divise (car ). Sinon , c'est-à-dire .
Propriété
Lemme d'Euclide. Soient et . Si , alors ou .
Généralisation. Soient , et . Si , alors il existe tel que .
Conséquence. Pour tous , et : .
Démonstration. Supposons et . D'après la propriété précédente, . Le lemme de Gauss appliqué à avec donne alors . On a donc bien « ou ».
Démontrons la généralisation par récurrence sur . Notons la proposition : « pour tous entiers , si alors divise l'un des ».
Initialisation. est immédiate : si , alors divise .
Hérédité. Soit tel que soit vraie, et soient des entiers tels que . Écrivons ce produit sous la forme : le cas de deux facteurs donne ou . Dans le second cas, c'est terminé. Dans le premier, l'hypothèse de récurrence fournit un indice tel que . Donc est vraie.
Conclusion. Par récurrence, est vraie pour tout .
Pour la conséquence, il suffit d'appliquer la généralisation à : si , alors divise l'un des facteurs, qui vaut .
Remarque
L'hypothèse « premier » est indispensable. Prenons , et : on a bien , et pourtant et . La raison est visible : se répartit entre les deux facteurs ( dans , dans ), ce qu'un nombre premier ne peut pas faire.
Décomposition en produit de facteurs premiers
Nous disposons maintenant de tout ce qu'il faut pour démontrer le théorème central de l'arithmétique : les nombres premiers sont les briques de la multiplication, et l'assemblage d'un entier à partir de ces briques est unique.
Propriété
Théorème fondamental de l'arithmétique. Soit un entier. Alors :
- Existence. Il existe un entier , des nombres premiers et des entiers tous supérieurs ou égaux à tels que
- Unicité. Cette écriture est unique : l'entier , les premiers et les exposants sont entièrement déterminés par .
Démonstration. Nous démontrons d'abord que tout entier est un produit de nombres premiers (éventuellement répétés), puis l'unicité d'un tel produit à l'ordre près ; le regroupement des facteurs égaux et leur rangement dans l'ordre croissant donnent alors exactement l'énoncé.
Existence, par récurrence forte. Pour , notons la proposition : « s'écrit comme un produit d'un nombre fini de nombres premiers ». Soit , et supposons vraie pour tout entier tel que .
- Si est premier, alors est un produit d'un seul facteur premier, et est vraie.
- Sinon, est composé et s'écrit avec et . Les entiers et vérifient donc et : par hypothèse de récurrence, et sont des produits de nombres premiers, disons et . Alors
est un produit de nombres premiers, et est vraie.
Par récurrence forte, est vraie pour tout .
Unicité, par récurrence forte. Notons la proposition : « si où les et les sont premiers, rangés dans l'ordre croissant au sens large, alors et pour tout ». Soit , supposons vraie pour tout tel que , et donnons-nous deux telles écritures de .
Le nombre premier divise . D'après la généralisation du lemme d'Euclide, il existe un indice tel que . Or est premier et : le seul diviseur de supérieur ou égal à est lui-même, donc (les étant rangés dans l'ordre croissant). En échangeant les rôles des deux écritures, on obtient de même . Donc
Posons , qui est un entier puisque . En simplifiant les deux écritures par (licite car ), il vient
- Si : un produit de nombres premiers, tous supérieurs ou égaux à , ne peut valoir que s'il est vide. Donc et , c'est-à-dire , et l'égalité conclut.
- Si : comme , on a , donc et l'hypothèse de récurrence s'applique aux deux écritures de : elle donne et pour tout . Avec , on obtient et pour tout .
Par récurrence forte, est vraie pour tout .
Définition
L'écriture avec premiers et s'appelle la décomposition en produit de facteurs premiers de , ou sa décomposition primaire.
Pour un entier relatif tel que , on écrit avec si et si . Enfin, est le produit vide de nombres premiers ().
Méthode
Décomposer un entier. On divise par les nombres premiers dans l'ordre croissant, aussi longtemps que possible pour chacun : , puis , puis , puis , et ainsi de suite. On s'arrête dès que le quotient courant vérifie pour le premier que l'on teste : le quotient est alors premier (ou vaut ), d'après le test de primalité.
Exemple
Décomposons : , puis . Donc
De même , , et .
Remarque
Pour comparer deux entiers, la décomposition primaire est peu commode : et ne font pas intervenir les mêmes facteurs premiers. On préfère alors l'écriture
où les exposants sont des entiers naturels tous nuls sauf un nombre fini d'entre eux : le produit n'a donc qu'un nombre fini de facteurs différents de , et il a un sens. Avec cette convention,
et l'on peut comparer les exposants un par un. C'est précisément l'objet de la notion suivante.
Valuation p-adique
Définition
Soient et . L'ensemble
est une partie de non vide (elle contient , car divise ) et majorée : si avec , alors , et comme et , on obtient .
Toute partie de non vide et majorée admet un plus grand élément : on appelle valuation -adique de l'entier
La valuation mesure donc « combien de fois entre dans ». Les propriétés suivantes en font un outil de calcul, et non une simple notation.
Propriété
Soient et . On note .
- Pour tout : .
- Il existe un entier tel que avec .
- Réciproquement, si avec , et , alors .
- , et pour un nombre fini de nombres premiers seulement.
- Si a pour décomposition primaire , alors pour tout , et pour tout premier n'appartenant pas à . Autrement dit,
Démonstration. Point 1. Si , alors et (car ), donc par transitivité. Réciproquement, si , alors , donc .
Point 2. Comme , il existe tel que . Si l'on avait , on pourrait écrire , d'où et donc : le point 1 donnerait , ce qui est absurde. Donc .
Point 3. Supposons avec . D'une part , donc d'après le point 1. D'autre part, si l'on avait , alors , et en simplifiant par (qui est non nul) on obtiendrait , ce qui est exclu. Donc .
Point 4. signifie que est la plus grande puissance de divisant , c'est-à-dire que , soit . Enfin, si alors : seuls les nombres premiers inférieurs ou égaux à peuvent avoir une valuation non nulle, et ils sont en nombre fini.
Point 5. Fixons et posons , de sorte que . Si l'on avait , la généralisation du lemme d'Euclide fournirait un indice tel que , donc (deux nombres premiers dont l'un divise l'autre sont égaux), ce qui contredit . Donc , et le point 3 donne . Si maintenant est un premier distinct de tous les , le même argument montre que , donc d'après le point 4. L'égalité n'est alors qu'une réécriture de la décomposition primaire.
Propriété
Soient et .
- Produit : , et pour tout , .
- Somme : si , alors , avec égalité dès que .
Démonstration. Produit. Posons et . D'après le point 2 de la propriété précédente, on peut écrire et avec et . Alors
Or : dans le cas contraire, le lemme d'Euclide donnerait ou , ce qui est exclu. Le point 3 de la propriété précédente s'applique donc et donne .
La formule s'en déduit par récurrence sur . Elle est vraie pour car (). Si elle est vraie au rang , alors .
Somme. Notons encore , et . Comme et , le point 1 donne et , donc , et le point 1 appliqué à donne : c'est l'inégalité annoncée.
Supposons maintenant , par exemple (le cas est identique en échangeant et ). Écrivons avec , et , ce qui a un sens car . Alors
Posons . Comme , divise . Si divisait , il diviserait la différence , ce qui est faux. Donc , et le point 3 donne .
Remarque
L'inégalité peut être stricte quand les deux valuations coïncident : , alors que . C'est la raison pour laquelle l'énoncé sépare les deux cas : quand les valuations diffèrent, on connaît exactement celle de la somme ; quand elles sont égales, on n'a qu'une minoration.
Les valuations transforment les questions de divisibilité en questions d'inégalités entre entiers naturels, ce qui est beaucoup plus maniable.
Propriété
Soient et deux entiers supérieurs ou égaux à .
- Divisibilité : .
- PGCD et PPCM : pour tout ,
c'est-à-dire
- On retrouve en particulier le théorème de la section « PPCM » : (ici et sont supérieurs ou égaux à , donc ), et si et seulement si et n'ont aucun facteur premier commun.
Démonstration. Point 1. Si , écrivons avec . Alors, pour tout premier , car . Réciproquement, supposons pour tout , et posons
Les exposants sont des entiers naturels par hypothèse, et ils sont nuls sauf pour un nombre fini de : est donc un entier supérieur ou égal à bien défini. Alors
donc .
Point 2. Posons (produit fini, comme ci-dessus). Pour tout premier , et , donc et d'après le point 1 : est un diviseur commun de et . Soit maintenant un diviseur commun quelconque : pour tout , et , donc , et le point 1 donne , donc . Ainsi est le plus grand des diviseurs communs : .
Le raisonnement pour le PPCM est symétrique : en posant , on obtient et , et tout multiple commun vérifie pour tout , donc et : est le plus petit des multiples communs strictement positifs, c'est-à-dire .
Point 3. Pour tous réels et , . Donc, pour tout premier ,
Deux entiers supérieurs ou égaux à ayant les mêmes valuations pour tout premier sont égaux (chacun divise l'autre d'après le point 1), d'où . Enfin équivaut à pour tout , c'est-à-dire à l'absence de facteur premier commun.
Exemple
Reprenons et . En alignant les valuations :
D'où et . Vérification : .
Propriété
Soit la décomposition primaire d'un entier .
- Diviseurs : les diviseurs positifs de sont exactement les entiers de la forme avec pour tout . Leur nombre vaut
- Carré parfait : est le carré d'un entier si et seulement si est pair pour tout , c'est-à-dire si et seulement si tous les sont pairs.
Démonstration. Point 1. Soit . D'après la caractérisation de la divisibilité par les valuations, équivaut à : pour tout premier . Or si : la condition impose alors , c'est-à-dire que n'a pas d'autre facteur premier que les . Et pour , la condition s'écrit . Donc équivaut à avec .
Deux familles d'exposants distinctes et donnent deux diviseurs distincts, puisque les exposants se retrouvent à partir du diviseur par . Compter les diviseurs revient donc à compter les familles : il y a valeurs possibles pour , pour , et ainsi de suite, les choix étant indépendants. Le nombre de diviseurs positifs de est donc .
Point 2. Si avec , alors pour tout : toutes les valuations sont paires. Réciproquement, si toutes les valuations de sont paires, posons , qui est bien un entier (les exposants sont des entiers naturels presque tous nuls). Alors .
Exemple
Compter les diviseurs. possède diviseurs positifs. Inutile de les écrire pour les compter.
Rendre un entier carré. Cherchons le plus petit entier tel que soit un carré parfait. Il faut que , et soient pairs, ainsi que toutes les autres valuations de . Le minimum est atteint pour , , et ailleurs, soit . Et en effet .
Exemple
Irrationalité de par les valuations. Supposons par l'absurde que soit rationnel : il existe alors deux entiers et tels que , donc . Prenons la valuation -adique des deux membres :
Le membre de gauche est pair, celui de droite est impair : c'est impossible. Donc .
L'argument ne dépend pas de : si n'est pas un carré parfait, il possède un facteur premier avec impair, et le même calcul montre que est irrationnel. Ainsi , , sont irrationnels, mais l'argument ne dit évidemment rien sur .
Méthode
Quand passer aux valuations ? Dès que l'énoncé porte sur la structure multiplicative d'un entier plutôt que sur des combinaisons additives. Les trois signaux les plus fiables :
- Une divisibilité à démontrer entre expressions décomposables : se lit pour tout , ce qui remplace une manipulation d'égalités par une comparaison d'entiers.
- Un carré parfait, un cube, une puissance -ième : la condition est « toutes les valuations sont divisibles par », et la parité des valuations est souvent l'ingrédient d'un raisonnement par l'absurde.
- Une irrationalité de la forme : on élève au carré (ou à la puissance ), on prend les valuations, et on conclut par un argument de congruence sur les exposants.
En revanche, les valuations ne disent presque rien d'une somme : on n'y a droit qu'à l'inégalité . Pour une question additive, revenir aux congruences.
Remarque
Valuation d'une factorielle. Soient et . La formule du produit, étendue à facteurs par une récurrence immédiate, donne . Choisissons tel que . Pour tout , la valuation est le nombre d'entiers tels que (d'après la caractérisation ). En sommant sur puis en intervertissant les deux sommes finies,
car les multiples de compris entre et sont . Par exemple et : l'écriture décimale de se termine donc par exactement zéros, puisque le nombre de facteurs que l'on peut extraire est .
Congruences
Les valuations regardent un entier par ses facteurs. Les congruences le regardent par son reste : on décide de ne plus distinguer deux entiers qui ont le même reste dans la division par . C'est l'outil le plus rentable du chapitre, parce qu'il transforme des calculs gigantesques en calculs sur quelques valeurs.
Définition
Soient et . On dit que est congru à modulo , et l'on écrit
lorsque , c'est-à-dire lorsqu'il existe tel que .
Propriété
Soient et .
- si et seulement si et ont le même reste dans la division euclidienne par .
- Si est le reste de la division euclidienne de par , alors et .
- Tout entier est congru modulo à un unique élément de .
- si et seulement si .
Démonstration. Point 1. Écrivons les divisions euclidiennes et avec et . Alors
Comme divise , on a si et seulement si . Or , donc : le seul multiple de dans cet intervalle est . Ainsi équivaut à .
Point 2. De on tire , donc , c'est-à-dire .
Point 3. L'existence vient du point 2. Pour l'unicité, si et avec , alors et , donc .
Point 4. C'est la définition avec : équivaut à .
Propriété
Soit . La congruence modulo est une relation d'équivalence sur : pour tous ,
- réflexivité : ;
- symétrie : si , alors ;
- transitivité : si et , alors .
Démonstration. Réflexivité. , donc .
Symétrie. Si , écrivons ; alors , donc .
Transitivité. Si et , alors, en additionnant, , donc .
C'est la propriété suivante qui rend les congruences réellement utiles : elles se comportent comme des égalités vis-à-vis de l'addition et de la multiplication.
Propriété
Soient et tels que et . Alors
- et ;
- ;
- pour tout , ;
- plus généralement, pour tout entier , .
Démonstration. Par hypothèse, il existe tels que et .
Point 1. , donc . De même .
Point 2. Le calcul consiste à faire apparaître les deux différences en insérant un terme intermédiaire :
Donc , c'est-à-dire .
Point 3. Récurrence sur . Pour , et . Supposons ; en appliquant le point 2 aux congruences et , on obtient , soit .
Point 4. C'est le point 2 appliqué à , la congruence étant vraie par réflexivité.
Remarque
On ne divise pas une congruence. C'est l'erreur la plus fréquente du chapitre. De on ne peut pas conclure :
Il ne faut pas davantage inventer une simplification portant sur le module : la congruence est vraie, mais elle ne dit rien du tout de et de .
On ne réduit pas non plus un exposant modulo . L'exposant est un entier naturel, pas un objet vu modulo : de on ne déduit pas , et c'est bien faux puisque tandis que .
Il existe cependant une règle de simplification correcte, et elle a une hypothèse précise.
Propriété
Soient et avec . Alors
Démonstration. Supposons , c'est-à-dire . Comme , le lemme de Gauss donne , c'est-à-dire .
Remarque
Que se passe-t-il si et ne sont pas premiers entre eux ? Posons , puis et avec . De on tire , donc , et le lemme de Gauss donne . Autrement dit, on peut simplifier par à condition de diviser aussi le module :
Sur le contre-exemple précédent : donne , ce qui est vrai et parfaitement inutile.
Calculer le reste d'une grande puissance
Méthode
Reste de pour énorme. On ne calcule jamais . On procède ainsi.
- Calculer les premières puissances modulo , en réduisant à chaque étape entre et (ou en utilisant des représentants négatifs comme , souvent plus commodes).
- S'arrêter dès que l'on trouve un exposant tel que ou .
- Effectuer la division euclidienne de l'exposant par : avec .
- Conclure : (ou dans le second cas), puis réduire.
Quand est premier et ne divise pas , l'étape 2 est inutile : le petit théorème de Fermat, démontré plus loin, fournit directement .
Exemple
Reste de dans la division par . Calculons les premières puissances de modulo :
Première méthode, avec . La division euclidienne de par s'écrit . Donc
Seconde méthode, avec . La division euclidienne de par s'écrit . Donc
et , donc .
Les deux chemins donnent le même reste. Comme appartient à , le reste de dans la division euclidienne par est exactement .
Exemple
Dernier chiffre de . Le dernier chiffre d'un entier est son reste modulo . Or , donc . Comme ,
L'écriture décimale de se termine par un .
Critères de divisibilité
Les critères appris au collège ne sont pas des recettes : ce sont des congruences déguisées, et leur démonstration tient en deux lignes une fois l'écriture décimale posée.
Propriété
Soit d'écriture décimale , où les sont les chiffres de ( est le chiffre des unités). Alors
En particulier : est divisible par (resp. par ) si et seulement si la somme de ses chiffres l'est ; est divisible par si et seulement si la somme alternée de ses chiffres, à partir des unités, l'est.
Démonstration. On a , donc pour tout par compatibilité avec les puissances. En multipliant par , il vient . La compatibilité avec l'addition, étendue à une somme de termes par une récurrence immédiate sur le nombre de termes, donne alors
Le raisonnement est identique modulo , puisque .
Modulo , on a , donc , puis et enfin .
Les critères s'en déduisent : est divisible par si et seulement si , c'est-à-dire si et seulement si , par transitivité.
Exemple
Prenons , de chiffres , , , .
- Somme des chiffres : , divisible par : donc , et en effet .
- Somme alternée à partir des unités : , divisible par : donc , et en effet .
On retrouve la décomposition .
Remarque
La même technique fournit tous les autres critères usuels. Modulo et modulo , , donc : seul le chiffre des unités compte. Modulo et modulo , , donc : seuls les deux derniers chiffres comptent. Il n'y a rien à retenir de plus que la valeur de modulo le diviseur choisi.
Congruences linéaires
Résoudre , c'est chercher tous les entiers vérifiant cette congruence. Le lien avec la première partie est direct : cette congruence signifie qu'il existe tel que , c'est-à-dire que est solution de l'équation diophantienne .
Propriété
Soient et tels que .
- Il existe un entier tel que . Un tel entier s'appelle un inverse de modulo , et il est unique modulo .
- Pour tout : .
Démonstration. Point 1. Comme , le théorème de Bézout fournit deux entiers et tels que . Alors , donc , c'est-à-dire .
Pour l'unicité modulo : si et , alors par symétrie et transitivité ; comme , la règle de simplification donne .
Point 2. Supposons . En multipliant par (compatibilité avec la multiplication), . Or , donc , et par transitivité .
Réciproquement, si , alors en multipliant par : , et comme on obtient , d'où par transitivité.
Propriété
Soient , et . L'équation , d'inconnue ,
- n'a aucune solution si ;
- si , est équivalente à où , et , avec : ses solutions sont exactement les entiers , où est obtenu par l'inverse de modulo .
Démonstration. L'équation équivaut à l'existence d'un entier tel que . D'après l'étude des équations diophantiennes de la première partie, cette équation a des solutions si et seulement si , c'est-à-dire , d'où le premier point.
Supposons et écrivons , , ; on sait que . Alors, pour ,
la dernière équivalence venant de la simplification par dans la relation de divisibilité. On est ramené à avec , dont la propriété précédente donne les solutions : où est un inverse de modulo .
Méthode
Résoudre .
- Calculer par l'algorithme d'Euclide. Si : aucune solution, c'est fini.
- Diviser toute l'équation et le module par .
- Remonter l'algorithme d'Euclide pour obtenir une relation de Bézout : l'entier est un inverse de modulo .
- Multiplier par : la solution est . Réduire modulo pour donner une réponse propre.
- Vérifier en remplaçant dans l'équation de départ. Cette vérification coûte dix secondes et détecte toutes les erreurs de signe.
Exemple
Résolvons . L'entier est premier et , donc : il y a une unique solution modulo .
Algorithme d'Euclide.
Remontée.
Donc : un inverse de modulo est , c'est-à-dire .
Conclusion. En multipliant la congruence par : .
Vérification. , donc . Les solutions sont exactement les entiers de la forme , .
Exemple
Un cas où n'a pas d'inverse : . Ici et : il y a des solutions. On divise tout par :
Un inverse de modulo est , puisque . Donc . Les solutions sont les entiers , c'est-à-dire, si l'on tient à s'exprimer modulo , les entiers congrus à , ou modulo .
En revanche, n'a aucune solution, car ne divise pas .
Méthode
Un système de deux congruences. Pour résoudre et , on ne dispose d'aucune formule au programme : on substitue.
- Traduire la première congruence par avec .
- Reporter dans la seconde : , soit , congruence linéaire d'inconnue que l'on résout par la méthode précédente.
- Réinjecter la valeur de obtenue pour conclure sur .
Exemple
Résolvons le système et .
La première congruence donne . En reportant dans la seconde : , soit . Un inverse de modulo est , car ; donc , c'est-à-dire avec . Alors
Les solutions sont exactement les entiers . Vérification : et .
Le module obtenu est , ce qui n'est pas un hasard : et étant premiers entre eux, un entier divisible par et par est divisible par (corollaire du lemme de Gauss).
Petit théorème de Fermat
Ce théorème donne gratuitement l'exposant que l'on cherchait « à la main » dans la méthode des grandes puissances, à condition que le module soit premier. Sa démonstration repose sur une propriété des coefficients binomiaux, que nous établissons d'abord.
Propriété
Soit . Pour tout ,
Démonstration. Partons de la relation entre coefficients binomiaux, valable pour :
où l'on a utilisé . Il en résulte que divise .
Soit maintenant . Comme et , l'entier ne divise pas (un multiple non nul de est de valeur absolue supérieure ou égale à ). D'après la propriété « ou » établie au début de la section « Le lemme d'Euclide », premier et entraînent . Le lemme de Gauss appliqué à avec donne alors
Exemple
Pour , les coefficients binomiaux pour valent
et sont tous divisibles par . La primalité est essentielle : pour , n'est pas divisible par .
Propriété
Théorème (petit théorème de Fermat). Soit .
- Pour tout : .
- Si de plus : .
Démonstration. Étape 1 : le cas , par récurrence. Notons la proposition « ».
Initialisation. (rappelons que , donc a bien un sens et vaut ). Donc est vraie.
Hérédité. Soit tel que soit vraie. La formule du binôme de Newton donne
Chaque terme de la somme centrale est divisible par d'après le lemme précédent, donc cette somme est elle-même divisible par : elle est congrue à modulo . Par compatibilité de la congruence avec l'addition,
L'hypothèse de récurrence donne , donc , et par transitivité
Donc est vraie.
Conclusion partielle. Par récurrence, pour tout .
Étape 2 : le cas . Écrivons avec , de sorte que d'après l'étape 1.
- Si est impair, alors , et de on tire (compatibilité avec la multiplication par ), c'est-à-dire .
- Si , alors est le produit de deux entiers consécutifs, donc l'un des deux est pair et le produit aussi : , c'est-à-dire . (Cet argument vaut d'ailleurs pour tout .)
Dans tous les cas, pour tout : le premier point est démontré.
Étape 3 : passage à la seconde forme. Supposons . De on tire . Comme est premier et , on a , et le lemme de Gauss donne
Remarque
Réciproquement, la seconde forme entraîne la première : si , en multipliant par on obtient ; et si , alors donc . Les deux énoncés sont donc équivalents. On retient la première forme parce qu'elle n'a aucune hypothèse sur , et la seconde parce que c'est elle qui sert dans les calculs de restes.
Exemple
Trois applications immédiates.
- Reste de modulo . L'entier est premier et , donc . La division euclidienne donne , donc
- Reste de modulo . On a et , donc . Comme , il reste à calculer modulo : , donc et . Ainsi .
- Divisibilité de par . Pour tout , le théorème appliqué à donne , c'est-à-dire . Aucune disjonction de cas, aucune récurrence.
Exemple
Un exemple combiné : pour tout . On a , et ces trois facteurs sont premiers entre eux deux à deux.
- Modulo : (Fermat), donc .
- Modulo : Fermat donne , d'où , donc .
- Modulo : Fermat donne , d'où , donc .
Il reste à recoller, en appliquant deux fois le résultat de la première partie (« si , et , alors ») : comme , on obtient ; comme , on obtient .
Remarque
La réciproque est fausse. Le petit théorème de Fermat affirme que si est premier, alors pour tout non divisible par . Un entier composé peut parfaitement vérifier cette conclusion : pour
qui n'est manifestement pas premier, on a pourtant , et même pour tout entier (c'est l'objet du devoir surveillé de ce chapitre). Autre exemple : vérifie .
Ce que l'on peut utiliser, en revanche, c'est la contraposée : s'il existe un entier non divisible par tel que , alors n'est pas premier. C'est un moyen très efficace de prouver qu'un grand entier est composé sans en connaître le moindre facteur.
Méthode
Fermat ou recherche d'exposant ? Les deux techniques calculent le même type de reste, mais elles ne s'appliquent pas dans les mêmes cas.
- Le module est premier et ne divise pas la base : Fermat donne immédiatement l'exposant . C'est la voie la plus rapide, à condition de vérifier les deux hypothèses avant de l'invoquer.
- Le module n'est pas premier (par exemple , , ) : Fermat ne s'applique pas, on cherche à la main un exposant tel que .
- Attention : n'est pas nécessairement le plus petit exposant qui convient. Modulo , Fermat donne , mais suffit déjà, ce qui raccourcit les calculs. Il est donc toujours rentable de calculer quelques puissances avant de se lancer.
Les réflexes du chapitre
L'arithmétique se reconnaît à ceci que chaque type de question a un outil attitré. Voici les associations à avoir en tête ; elles couvrent la très grande majorité des exercices.
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Montrer qu'un entier variable en divise un autre. On fait apparaître une combinaison linéaire à coefficients entiers pour éliminer l'inconnue. Pour trouver tous les tels que , on écrit , donc : il reste huit valeurs possibles pour , et l'on obtient .
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Calculer le PGCD de deux expressions dépendant de . Même geste : permet de remplacer par un reste plus simple, exactement comme dans l'algorithme d'Euclide.
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Montrer que deux entiers sont premiers entre eux. On exhibe une relation de Bézout . C'est la seule preuve courte : chercher les diviseurs communs est presque toujours plus long.
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Montrer que à partir de et . On utilise Gauss, après avoir vérifié que . Sans cette hypothèse, c'est faux : et , mais .
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Résoudre une équation en entiers. Trois temps : condition d'existence , solution particulière par la remontée de l'algorithme d'Euclide, puis forme générale obtenue par Gauss.
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Résoudre une congruence . Si , on calcule un inverse de modulo par Bézout et l'on multiplie. Sinon, on divise l'équation et le module par , après avoir vérifié que . Pour un système de deux congruences, on substitue dans la seconde et l'on se ramène à ce cas.
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Calculer le reste d'une puissance à exposant énorme. On passe aux congruences, on cherche un exposant tel que , puis on divise l'exposant par . Si le module est premier et ne divise pas la base, Fermat fournit directement .
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Montrer qu'un entier fixe divise une expression pour tout . On décompose cet entier en facteurs premiers deux à deux distincts, on traite chaque facteur par Fermat ou par disjonction de cas, puis on recolle par Gauss. C'est la démonstration de .
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Montrer qu'une expression n'est jamais divisible par un entier. On discute selon le reste de modulo cet entier, en dressant une petite table. Par exemple donne , donc : jamais nul, donc pour tout .
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Montrer qu'une équation n'a pas de solution entière. On la réduit modulo un entier bien choisi, souvent , , ou . Ainsi n'a pas de solution : les carrés sont congrus à ou modulo , donc , ou , alors que .
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Reconnaître un carré parfait, une puissance -ième. On passe aux valuations : toutes doivent être divisibles par . C'est aussi la façon la plus rapide de trouver par quoi multiplier un entier pour le rendre carré.
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Démontrer une irrationalité du type . On suppose , on élève au carré pour obtenir , puis on compare les valuations des deux membres pour un facteur premier de d'exposant impair : l'une est paire, l'autre impaire.
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Comparer deux entiers dont on connaît la décomposition. Divisibilité, PGCD et PPCM se lisent premier par premier : , et sur les valuations. C'est le moyen le plus sûr de ne pas confondre PGCD et PPCM.
-
Compter les diviseurs d'un entier. On décompose et l'on applique . Si l'énoncé demande la liste, on l'organise par puissances croissantes du plus petit facteur premier pour n'en oublier aucun.
-
Tester la primalité d'un entier concret. On teste les diviseurs premiers inférieurs ou égaux à , et rien d'autre. Pour dresser une liste complète de nombres premiers, on utilise le crible d'Ératosthène plutôt que des tests individuels.
Bloqué sur « Arithmétique dans l'ensemble des entiers relatifs » ?
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.