MPSI · Chapitre 09 · Premier semestre
Calcul matriciel et systèmes linéaires
Opérations sur les matrices, opérations élémentaires, systèmes linéaires, anneau des matrices carrées, inversibilité, groupe linéaire.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Opérations sur les matrices
- Opérations élémentaires
- Systèmes linéaires
- Anneau des matrices carrées
- Inversibilité
- Groupe linéaire
Quand vous résolvez un système linéaire par la méthode du pivot, regardez ce que votre stylo écrit réellement. Les inconnues , , sont recopiées à chaque ligne et à chaque étape, mais elles ne servent à rien : elles ne font que tenir la place des coefficients. Toute l'information du système tient dans le tableau des nombres qui multiplient les inconnues, augmenté de la colonne des seconds membres, et chaque opération du pivot — échanger deux lignes, multiplier une ligne par un nombre non nul, ajouter à une ligne un multiple d'une autre — n'agit que sur ce tableau. Il est donc naturel de ne garder que lui. C'est ainsi que naît la notion de matrice : un tableau rectangulaire de nombres, que l'on décide d'étudier pour lui-même.
Ce n'est pas la seule provenance. Un tableau de nombres apparaît chaque fois qu'une quantité dépend de deux indices : les notes de élèves à épreuves, les distances entre villes prises deux à deux, les coefficients d'un système, les coordonnées des sommets d'une figure. Dans tous ces cas, l'objet naturel est un tableau à double entrée, et l'on aimerait pouvoir en additionner deux, en multiplier un par un nombre, et — c'est le point délicat — en composer deux. Toute la première moitié du chapitre consiste à définir ces opérations et à en établir les règles.
L'opération vraiment nouvelle est le produit. Sa définition, avec sa somme d'indices, paraît arbitraire à la première lecture ; elle ne l'est pas du tout, et la raison profonde apparaîtra au second semestre. Ce qu'il faut en retenir dès maintenant, c'est le résultat : muni de l'addition et de ce produit, l'ensemble des matrices carrées de taille devient un anneau, au sens exact du chapitre précédent sur les structures algébriques. Et c'est un anneau d'un genre nouveau, car il n'est pas commutatif dès que , et il possède des diviseurs de zéro et des éléments nilpotents. Vous disposiez jusqu'ici d'anneaux confortables, où l'on simplifie et où l'on développe sans y penser ; en voici un où presque tous ces réflexes sont faux. C'est l'exemple fondamental que la théorie des anneaux attendait.
Une mise en garde honnête, enfin. Une matrice a une signification géométrique : elle code une transformation de l'espace, et le produit correspond à l'enchaînement de deux transformations. Cette lecture, qui explique tout — la définition du produit, la non-commutativité, l'inversibilité — relève de l'algèbre linéaire du second semestre. Ce chapitre est donc délibérément calculatoire : on y apprend à manipuler des tableaux de nombres avec sûreté, sans chercher à leur donner un sens. Ce n'est pas une frustration mais un investissement : quand la géométrie arrivera, le calcul sera déjà acquis, et il ne restera qu'à comprendre.
Le plan suit cet ordre. Nous construisons d'abord l'ensemble des matrices et ses deux premières opérations, puis le produit, avec ses règles et ses pièges. La transposition vient ensuite, et avec elle les matrices symétriques et antisymétriques. Nous rassemblons alors ce qui précède en un théorème : les matrices carrées forment un anneau, dont nous étudions les éléments remarquables (diagonales, triangulaires, nilpotentes) puis les éléments inversibles. Les deux dernières sections reviennent au point de départ : les opérations élémentaires, lues comme des produits matriciels, puis les systèmes linéaires, leur structure et leur résolution par le pivot — y compris le calcul d'un inverse. Une section de méthodes ferme le chapitre.
Les notations suivantes sont fixées une fois pour toutes, et ne changeront plus de l'année. La lettre désigne ou ; tout ce qui suit est valable dans les deux cas, et les éléments de sont appelés des scalaires. L'ensemble des matrices à lignes et colonnes à coefficients dans est noté , et lorsque . La matrice nulle de est notée , et la matrice identité de est notée . Une matrice de s'écrit : le coefficient est celui de la ligne et de la colonne , toujours dans cet ordre. Les matrices élémentaires sont notées , et le symbole de Kronecker vaut si et sinon. La transposée de est notée . Les ensembles de matrices carrées particulières reçoivent les noms suivants : pour les matrices symétriques, pour les antisymétriques, pour les triangulaires supérieures, et pour les matrices inversibles. Un système linéaire s'écrit , où est la colonne des inconnues et celle des seconds membres. Enfin, les opérations élémentaires sur les lignes gardent les notations connues depuis le chapitre de calcul algébrique : , avec , et .
L'ensemble des matrices
Définition et vocabulaire
Définition
Soient et deux entiers naturels non nuls. On appelle matrice à lignes et colonnes à coefficients dans toute famille d'éléments de , que l'on représente par le tableau
Le scalaire est le coefficient de situé à la ligne et à la colonne . Le couple s'appelle la taille (ou le format) de . L'ensemble de ces matrices est noté .
Remarque
L'ordre des indices est une convention absolue : le premier indice est celui de la ligne, le second celui de la colonne. On l'énonce parfois ainsi : « ligne d'abord, colonne ensuite », comme dans « lignes, colonnes ». Confondre les deux revient à travailler avec la transposée de la matrice voulue, et l'erreur se propage à tous les calculs suivants sans jamais produire d'absurdité visible : c'est le genre de faute que l'on ne détecte qu'à la fin.
Notez aussi la virgule dans . Elle est indispensable dès que les indices peuvent dépasser , faute de quoi serait ambigu — ligne colonne , ou ligne ?
Définition
Soient et deux matrices. On dit que et sont égales, et l'on écrit , lorsqu'elles ont la même taille et que
Une égalité de matrices est donc, en réalité, un système de égalités de scalaires. C'est la remarque la plus utilisée du chapitre : chaque fois qu'un exercice demande de résoudre une équation matricielle, la solution consiste souvent à revenir aux coefficients.
Définition
Voici le vocabulaire attaché aux matrices, qu'il faut connaître sans hésitation.
- La matrice nulle de , notée , est celle dont tous les coefficients sont nuls. On la note simplement quand la taille est claire.
- Une matrice ligne est une matrice de , une matrice colonne une matrice de .
- Une matrice est carrée de taille lorsque ; on note alors au lieu de .
- Pour , les coefficients forment la diagonale de ; ce sont les coefficients diagonaux, les autres étant dits extradiagonaux.
- Pour et fixé, la matrice ligne est la -ème ligne de ; pour fixé, la matrice colonne formée des est la -ème colonne de .
Exemple
Considérons
C'est une matrice de : deux lignes, trois colonnes. Ses coefficients se lisent , , , , , . Sa deuxième ligne est et sa troisième colonne est . Cette matrice n'est pas carrée : parler de sa diagonale n'aurait aucun sens.
En revanche, appartient à , et sa diagonale est formée de et de .
Remarque
Une matrice de possède coefficients, et deux matrices de tailles différentes ne sont jamais égales, même si l'une semble « contenue » dans l'autre : et sont deux objets distincts, la première dans , la seconde dans .
Somme et multiplication par un scalaire
Les deux premières opérations se définissent de la manière la plus simple possible : coefficient par coefficient.
Définition
Soient et deux matrices de — de même taille — et soit .
- La somme est la matrice de de coefficient général .
- Le produit de par le scalaire , noté , est la matrice de de coefficient général .
- On note et .
Remarque
La somme n'est définie que pour des matrices de même taille. Écrire n'est pas une erreur de calcul : c'est une expression dépourvue de sens, exactement comme dans . Avant tout calcul, la première chose à faire est donc de vérifier les tailles.
Exemple
Prenons
Alors
Pour la dernière, on a soustrait à , coefficient par coefficient.
Propriété
Soient , , des matrices de et des scalaires. Alors :
- et ;
- , et ;
- et ;
- , et .
En particulier, est un groupe abélien, de neutre ; l'opposé de y est .
Démonstration. Toutes ces égalités sont des égalités de matrices de même taille : d'après la définition de l'égalité, il suffit de les vérifier coefficient par coefficient, et chaque vérification est alors une propriété connue du corps .
Détaillons la première. Fixons . Le coefficient d'indice de vaut, par définition de la somme appliquée deux fois, . Celui de vaut . L'addition étant associative dans , ces deux scalaires sont égaux. Comme cela vaut pour tout couple , les deux matrices sont égales.
La commutativité s'obtient de même à partir de . Pour le point 2, le coefficient d'indice de est , et celui de est . Pour le point 3, on écrit (distributivité dans ) et . Le point 4 se traite pareillement à partir de l'associativité de la multiplication dans .
Les points 1 et 2 disent exactement que est une loi de composition interne associative et commutative sur , admettant pour neutre, et pour laquelle tout élément admet un opposé : c'est la définition d'un groupe abélien.
Remarque
Ces vérifications sont fastidieuses et sans surprise, et c'est une bonne nouvelle : elles signifient que tout ce qui ne concerne que l'addition et les multiples se calcule comme dans . On peut développer, factoriser, changer de membre, résoudre en , sans aucune précaution. Toutes les difficultés du chapitre viendront du produit, et de lui seul.
Définition
Soient des matrices de et des scalaires. La matrice
s'appelle une combinaison linéaire des matrices , de coefficients .
Cette notion, purement calculatoire pour l'instant, sera au centre du chapitre : le produit d'une matrice par une colonne s'y ramènera, et la compatibilité d'un système s'énoncera avec elle.
Matrices élémentaires
Parmi toutes les matrices de , les plus simples sont celles qui n'ont qu'un seul coefficient non nul, égal à . Elles suffisent à décrire toutes les autres.
Définition
Soient avec et . On appelle matrice élémentaire d'indices , et l'on note , la matrice de dont tous les coefficients sont nuls, sauf celui d'indice qui vaut . Autrement dit, son coefficient d'indice est
où désigne le symbole de Kronecker : si , et sinon.
Remarque
La notation est muette sur la taille : selon le contexte, peut désigner une matrice de , de ou de . Il faut donc toujours préciser dans quel ensemble on travaille, surtout quand on multiplie deux matrices élémentaires de tailles différentes.
Le symbole de Kronecker, lui, est un outil de calcul remarquablement commode : il transforme une disjonction de cas en une formule. Sa propriété d'usage est la suivante : dans une somme, il ne laisse survivre qu'un seul terme,
puisque tous les termes d'indice sont nuls. Nous nous en servirons constamment.
Exemple
Dans , il y a exactement matrices élémentaires :
Propriété
Toute matrice de est combinaison linéaire des matrices élémentaires : pour ,
De plus, les coefficients de cette écriture sont uniques : si , alors pour tous et .
Démonstration. L'écriture. Les deux membres sont des matrices de : il suffit de comparer leurs coefficients. Fixons et calculons le coefficient d'indice du membre de droite. La somme et la multiplication par un scalaire se faisant coefficient par coefficient, ce coefficient vaut
Dans cette somme double, le facteur annule tous les termes pour lesquels , et le facteur tous ceux pour lesquels . Il ne reste donc que le terme d'indices , égal à . C'est bien le coefficient d'indice de .
L'unicité. Posons . L'hypothèse s'écrit . Or le calcul précédent, appliqué aux coefficients , montre que le coefficient d'indice de cette somme vaut exactement . Donc pour tous et , c'est-à-dire .
Exemple
Reprenons dans . La décomposition s'écrit
On lit directement les coefficients de dans cette écriture : c'est tout l'intérêt de l'unicité, qui permet d'identifier deux écritures terme à terme.
Remarque
Cette propriété est le premier exemple d'un phénomène qui structurera l'algèbre linéaire du second semestre : un ensemble compliqué (toutes les matrices) se décrit entièrement à partir d'une petite famille explicite (les matrices élémentaires) et de combinaisons linéaires. Pour l'instant, retenez son usage pratique : une égalité entre deux expressions qui se comportent bien vis-à-vis des sommes et des multiples se démontre pour toutes les matrices en la vérifiant sur les seules , puis en développant par la décomposition ci-dessus. C'est ainsi que l'on établit, par exemple, la propriété qui décrit le commutant de dans les méthodes du chapitre.
Le produit matriciel
Définition
Voici l'opération centrale du chapitre. Sa définition ne ressemble à rien de connu : ce n'est pas un produit coefficient par coefficient.
Définition
Soient et . On appelle produit de par la matrice définie par
Remarque
La condition sur les tailles est la première chose à vérifier. Le produit n'existe que si le nombre de colonnes de est égal au nombre de lignes de . En notant les tailles côte à côte,
on voit que les deux « se touchent » et disparaissent, tandis que et subsistent. Retenez la règle sous cette forme : le produit d'une matrice par une matrice est une matrice .
Conséquence immédiate : peut exister sans que existe. Si est de taille et de taille , le produit est de taille , alors que n'a aucun sens. Les deux produits n'existent simultanément que si est de taille et de taille ; ils sont alors respectivement de tailles et , donc en général même pas comparables.
Décrivons maintenant la disposition pratique du calcul, celle qu'il faut adopter systématiquement. Le coefficient d'indice du produit s'obtient en faisant courir simultanément un doigt le long de la ligne de , de gauche à droite, et un autre doigt le long de la colonne de , de haut en bas : on multiplie les deux nombres rencontrés à chaque étape, et l'on additionne les produits obtenus. On dit qu'on multiplie « ligne par colonne ». Pour organiser la feuille, la disposition la plus sûre consiste à écrire en haut à droite, en bas à gauche, et à remplir le rectangle restant, en bas à droite, qui recevra : le coefficient à écrire à l'intersection de la ligne et de la colonne se lit alors en croisant la ligne de située à sa gauche et la colonne de située au-dessus de lui. Cette disposition rend les erreurs d'indices presque impossibles et fait apparaître les tailles d'un coup d'œil.
Exemple
Calculons entièrement un produit. Posons
Le produit existe et appartient à . Ses quatre coefficients :
Donc
Le produit existe également, mais il appartient à :
Détaillons par exemple sa première ligne, obtenue en croisant la ligne de avec les trois colonnes de : , puis , puis . Les matrices et n'ont donc même pas la même taille : la question de leur égalité ne se pose pas.
Règles de calcul
Le produit obéit à trois règles, et il faut savoir exactement lesquelles — car une quatrième, la commutativité, manque à l'appel.
Propriété
Associativité. Soient , et . Alors
les deux membres étant des matrices de . On peut donc écrire sans parenthèses.
Démonstration. Vérifions d'abord que les deux membres existent et ont la même taille. La matrice est de taille , donc est de taille ; la matrice est de taille , donc est de taille . Il reste à comparer les coefficients.
Fixons et . D'une part, en appliquant deux fois la définition du produit,
où l'on a distribué dans la somme intérieure. D'autre part, de la même façon,
Les deux expressions sont des sommes doubles du même terme général , portant sur le même ensemble d'indices , et ne différant que par l'ordre de sommation. Une somme finie ne dépendant pas de l'ordre dans lequel on l'effectue, ces deux sommes sont égales. Les deux matrices ont donc les mêmes coefficients.
Propriété
Bilinéarité. Soient , et . Alors
Démonstration. Les tailles sont compatibles dans les quatre produits écrits, et les deux membres de chaque égalité sont de taille . Fixons et calculons le coefficient d'indice du membre de gauche de la première égalité :
où l'on a utilisé la distributivité dans , puis la linéarité de la somme. C'est exactement le coefficient d'indice de . La seconde égalité se démontre de la même manière, en factorisant cette fois par .
Définition
Pour , la matrice identité de taille est la matrice carrée :
Propriété
Pour toute matrice ,
En particulier, est élément neutre pour le produit dans .
Démonstration. Les tailles conviennent : est de taille et de taille , donc est de taille . Pour tous ,
le symbole de Kronecker ne laissant survivre que le terme d'indice . De même,
Venons-en maintenant au point le plus important du chapitre.
Propriété
Le produit matriciel n'est pas commutatif. Il existe des matrices carrées et de même taille telles que . C'est le cas dès que .
Démonstration. Un contre-exemple suffit. Dans , posons
Alors
tandis que
Ces deux matrices diffèrent (par exemple en position : ), donc . Pour , on complète et par des sur le reste de la diagonale et des ailleurs : le même calcul, mené sur les deux premières lignes et colonnes, donne encore deux matrices distinctes.
Remarque
Toutes les conséquences de la non-commutativité sont à connaître par cœur, car chacune est une faute classique.
- On ne peut pas écrire à la place de : il faut respecter l'ordre des facteurs dans tout calcul.
- Le développement de donne , et pas .
- Le développement de donne , et pas .
- Multiplier une égalité par une matrice se fait d'un côté choisi : de on tire (multiplication à gauche) ou (à droite), mais on ne peut pas mélanger les deux.
Dans une copie, on écrit donc toujours « en multipliant à gauche par » ou « en multipliant à droite par ». Cette précision n'est pas un ornement : sans elle, le calcul est faux une fois sur deux.
Deux lectures du produit
Les deux résultats qui suivent ne sont que des relectures de la définition, mais ce sont eux que l'on utilise en pratique pour comprendre ce que fait un produit.
Propriété
Soient , de colonnes , et une matrice colonne. Alors est la matrice colonne
Autrement dit, est la combinaison linéaire des colonnes de affectées des coefficients de .
Démonstration. Les deux membres sont des matrices colonnes à lignes : est de taille , et chaque également. Comparons leurs coefficients. Pour , la définition du produit donne
Or est précisément le -ème coefficient de la colonne . Le membre de droite est donc le -ème coefficient de , calculé coefficient par coefficient comme le veut la définition d'une combinaison linéaire. Les deux colonnes coïncident.
Exemple
Avec et , le calcul direct donne
et la lecture par les colonnes donne le même résultat :
On retrouve d'ailleurs la première colonne du produit calculé plus haut, puisque n'est autre que la première colonne de .
Propriété
Soient et .
- La -ème ligne de ne dépend que de la -ème ligne de (et de tout entière) : c'est le produit de la -ème ligne de par .
- La -ème colonne de ne dépend que de la -ème colonne de (et de tout entière) : c'est le produit de par la -ème colonne de .
Démonstration. Point 2. Notons la -ème colonne de , c'est-à-dire la matrice colonne de coefficients . Pour tout , le -ème coefficient de vaut , qui est exactement le coefficient d'indice de . Donc est bien la -ème colonne de , et cette colonne ne fait intervenir de que les coefficients .
Point 1. Même raisonnement en notant la -ème ligne de : pour tout , le -ème coefficient de la matrice ligne vaut .
Remarque
Ces deux lectures sont d'un usage constant, sous une forme ou sous une autre.
- Pour calculer une seule colonne d'un produit, inutile de calculer tout le produit.
- Si une ligne de est nulle, la ligne correspondante de est nulle. Si une colonne de est nulle, la colonne correspondante de l'est aussi.
- Le point 2 explique pourquoi un système linéaire s'écrit : résoudre le système, c'est chercher les coefficients d'une combinaison linéaire des colonnes de qui reproduise . Nous y reviendrons en détail.
Produit de deux matrices élémentaires
Propriété
Soient et deux matrices élémentaires. Alors
où . Autrement dit : le produit vaut si , et la matrice nulle sinon.
Démonstration. Les deux membres appartiennent à . Fixons un couple d'indices et calculons le coefficient d'indice du produit :
Les facteurs et ne dépendent pas de : on peut les sortir de la somme, ce qui donne
Il reste à évaluer . Le facteur ne laisse survivre que le terme , et il vaut alors . Donc
Cette égalité valant pour tout couple , les deux matrices sont égales.
Remarque
La formule se retient par une image : « relie » la colonne à la ligne . Deux matrices élémentaires se composent quand l'indice de sortie de la première, , coïncide avec l'indice d'entrée de la seconde, ; sinon la chaîne est rompue et le produit est nul. On retrouve au passage un cas de non-commutativité spectaculaire : dans ,
Voyons maintenant l'effet d'une matrice élémentaire sur une matrice quelconque : c'est le calcul sur lequel repose toute la section consacrée aux opérations élémentaires.
Exemple
Prenons dans , et calculons puis .
Multiplication à gauche. Par définition du produit, . Le résultat est donc nul partout, sauf sur la ligne , qui reproduit la ligne de :
Multiplication à droite. De même, . Le résultat est nul partout, sauf sur la colonne , qui reproduit la colonne de :
Propriété
Soient et .
- La matrice a toutes ses lignes nulles, sauf la -ème, qui est égale à la -ème ligne de .
- La matrice a toutes ses colonnes nulles, sauf la -ème, qui est égale à la -ème colonne de .
Démonstration. Point 1. Pour tous ,
puisque seul le terme survit. Ce coefficient est nul si , et vaut si : c'est exactement l'énoncé.
Point 2. De même, , nul si et égal à si .
Remarque
Retenez le principe : multiplier à gauche agit sur les lignes, multiplier à droite agit sur les colonnes. C'est vrai bien au-delà des matrices élémentaires, et c'est le fil conducteur de la section sur les opérations élémentaires.
Puissances d'une matrice carrée
Le produit de deux matrices carrées de même taille est encore une matrice carrée de cette taille : on peut donc multiplier une matrice par elle-même autant de fois qu'on veut.
Définition
Soit . On définit les puissances de par récurrence :
Ainsi pour .
Propriété
Soient et . Alors
En particulier, deux puissances d'une même matrice commutent toujours : .
Démonstration. Le produit étant associatif et étant neutre, ces égalités se démontrent exactement comme dans n'importe quel anneau — ou, si l'on préfère, par récurrence sur à fixé. Pour la première : au rang , ; et si , alors
La seconde s'en déduit par une récurrence analogue. Enfin .
Définition
Deux matrices et de commutent lorsque .
Exemple
Le développement de . Reprenons et , dont nous savons qu'elles ne commutent pas. On a , donc
Par ailleurs , et , d'où
En revanche, le développement correct redonne bien le bon résultat : avec ,
Propriété
Formule du binôme. Soient et deux matrices de qui commutent : . Alors, pour tout ,
Démonstration. Étape préliminaire : la commutation se propage aux puissances. Montrons par récurrence sur que pour tout . C'est vrai pour (les deux membres valent ) et pour (c'est l'hypothèse). Si , alors
En particulier, pour tout , par le même argument appliqué à .
Récurrence sur . Au rang : , et la somme se réduit au terme , qui vaut .
Supposons la formule vraie au rang . Alors
et la bilinéarité du produit permet de développer :
C'est ici, et uniquement ici, que sert la commutation : dans la première somme, , donc . Sans cette hypothèse, le facteur resterait coincé à droite et aucun regroupement ne serait possible. En reindexant la première somme par :
Isolons le terme de la première somme et le terme de la seconde :
La formule de Pascal donne , et comme , les deux termes isolés rentrent dans la somme :
La formule est donc vraie au rang , ce qui achève la récurrence.
Remarque
Ne jamais appliquer le binôme sans avoir vérifié la commutation, et le dire explicitement dans la rédaction : « les matrices et commutent, donc la formule du binôme s'applique ». Dans les exercices, la commutation provient presque toujours de l'une des trois situations suivantes : l'une des deux matrices est un multiple de (qui commute avec tout le monde) ; les deux matrices sont des puissances d'une même matrice ; ou bien la commutation ne relève d'aucun cas particulier, et il faut alors la vérifier en calculant et .
Propriété
Soient et deux matrices de qui commutent. Alors, pour tout ,
Démonstration. Développons le membre de droite par bilinéarité :
Comme et commutent, (étape préliminaire de la démonstration précédente), donc le terme général de la seconde somme vaut . En reindexant la première somme par , il vient
Les deux sommes portent sur le même terme général ; tous les termes d'indice compris entre et se simplifient deux à deux. Il ne reste que le terme de la première, soit , et l'opposé du terme de la seconde, soit .
Définition
Une matrice est dite nilpotente lorsqu'il existe tel que
Le plus petit entier vérifiant cette égalité s'appelle l'indice de nilpotence de .
Exemple
Dans , posons
Alors
Détaillons : le coefficient d'indice vaut , et tous les autres sont nuls car chaque produit ligne par colonne rencontre systématiquement un facteur nul. Puis : la seule ligne non nulle de est la première, , et son produit par les colonnes de donne , , puisque la troisième ligne de est nulle. Cette matrice est donc nilpotente d'indice .
On observe au passage un phénomène impossible dans ou : une matrice non nulle dont une puissance est nulle. Nous y reviendrons en étudiant l'anneau .
Méthode
Calculer lorsque est nilpotente. C'est l'application la plus rentable de la formule du binôme, et elle intervient dans presque tous les exercices de calcul de puissances.
- Écrire la matrice sous la forme , où est un scalaire bien choisi (souvent le coefficient diagonal commun) et .
- Vérifier que est nilpotente en calculant , , … jusqu'à obtenir . Noter l'indice obtenu.
- Justifier la commutation : commute avec toute matrice, donc avec . La formule du binôme s'applique.
- Écrire le binôme et tronquer la somme : comme pour , il ne reste que termes,
- Remplacer par les matrices calculées à l'étape 2 et conclure par une seule matrice explicite. Ne pas oublier de préciser à partir de quel rang la formule finale est valable.
Exemple
Un calcul complet en taille . Soit
Calculons pour tout .
Étape 1. On pose , de sorte que .
Étape 2. C'est la matrice de l'exemple précédent : et , donc est nilpotente d'indice .
Étape 3. La matrice commute avec , puisque .
Étape 4. La formule du binôme donne, pour ,
tous les termes d'indice étant nuls.
Étape 5. En remplaçant :
Vérification. Pour , la formule donne , et le calcul direct de donne bien cette matrice : par exemple, le coefficient d'indice vaut et celui d'indice vaut . Pour , la formule donne , que l'on retrouve en calculant . On vérifie enfin que la formule reste valable pour et : le coefficient y est nul, et l'est aussi pour , de sorte que les puissances et qui ne sont pas entières n'interviennent jamais.
Transposition
Définition et propriétés
Définition
Soit . On appelle transposée de la matrice dont le coefficient d'indice est :
Autrement dit, les lignes de sont les colonnes de , et réciproquement.
Remarque
Deux points de vigilance. D'abord, la taille change : la transposée d'une matrice est de taille . Ensuite, l'opération consiste à échanger les deux indices, ce qui revient géométriquement à retourner le tableau autour de sa diagonale descendante. Pour une matrice carrée, cette diagonale est justement la diagonale de la matrice, et les coefficients diagonaux ne bougent pas.
Notez enfin la notation : le se place en haut à gauche, et l'on écrit , jamais . C'est la convention française usuelle en classes préparatoires.
Exemple
Pour , on obtient
La transposée d'une matrice ligne est une matrice colonne, et inversement : .
Propriété
Soient , et . Alors :
- ;
- ;
- — les facteurs changent d'ordre.
Démonstration. Point 1. La matrice est de taille , donc est de taille , comme . Pour tous , en appliquant deux fois la définition,
Point 2. Les deux membres sont de taille , et pour tous ,
Point 3. Vérifions d'abord les tailles. Le produit est de taille , donc est de taille . Par ailleurs est de taille et de taille : le produit existe et est de taille . C'est déjà une raison de retenir l'ordre : le produit n'aurait en général aucun sens, puisqu'il faudrait multiplier une matrice par une matrice .
Comparons maintenant les coefficients. Soient et . D'une part,
D'autre part,
Les deux sommes ont le même terme général, puisque la multiplication est commutative dans . Les matrices sont donc égales.
Remarque
Pourquoi l'ordre s'inverse. L'égalité est fausse, et le plus souvent elle n'a même pas de sens. C'est le même phénomène que pour l'inverse d'un produit, rencontré au chapitre précédent : les opérations qui « renversent » une composition renversent aussi l'ordre des facteurs. Retenez la formule avec les tailles en tête, c'est le moyen le plus sûr de ne pas se tromper.
Voici, rassemblées, les formules à connaître. Elles se démontrent toutes par le même calcul sur les coefficients.
a.
b.
c.
d.
e.
f.
Matrices symétriques et antisymétriques
Définition
Soit une matrice carrée.
- est symétrique lorsque , c'est-à-dire lorsque pour tous . L'ensemble des matrices symétriques de taille est noté .
- est antisymétrique lorsque , c'est-à-dire lorsque pour tous . Cet ensemble est noté .
Exemple
Dans :
Sur la première, le tableau est inchangé par retournement autour de la diagonale. Sur la seconde, le retournement change tous les signes, ce qui n'est possible sur la diagonale que si les coefficients y sont nuls.
Propriété
Soit .
- Si est antisymétrique, alors tous ses coefficients diagonaux sont nuls.
- La seule matrice à la fois symétrique et antisymétrique est la matrice nulle : .
- Les ensembles et sont stables par combinaison linéaire : si et sont symétriques et , alors est symétrique, et de même pour les antisymétriques.
Démonstration. Point 1. Supposons et appliquons l'égalité des coefficients au couple : , donc , donc (nous travaillons dans ou , où est inversible).
Point 2. Soit à la fois symétrique et antisymétrique. Alors , donc , donc . Réciproquement, la matrice nulle vérifie évidemment les deux conditions.
Point 3. Si et , la linéarité de la transposition donne
Le calcul est identique dans le cas antisymétrique, avec un signe des deux côtés.
Le théorème suivant est l'un des plus utilisés du chapitre, et sa démonstration est le modèle même du raisonnement par analyse-synthèse.
Propriété
Décomposition d'une matrice carrée. Soit . Il existe un unique couple tel que
Ce couple est donné par
Démonstration. Analyse. Supposons qu'un tel couple existe, avec symétrique, antisymétrique et . Transposons cette égalité, en utilisant la linéarité de la transposition :
la dernière égalité venant des hypothèses et . Nous disposons donc du système
d'inconnues et . En additionnant les deux égalités : , d'où . En les soustrayant : , d'où . Le couple est donc entièrement déterminé par : il y a au plus une décomposition.
Synthèse. Réciproquement, posons et , et vérifions les trois points.
D'abord, .
Ensuite, est symétrique :
Enfin, est antisymétrique :
Le couple proposé convient donc, et c'est le seul d'après l'analyse.
Exemple
Décomposons une matrice de taille . Soit
On calcule
puis, en divisant par ,
La matrice est bien symétrique, bien antisymétrique (diagonale nulle comprise), et l'on vérifie que en additionnant coefficient par coefficient : , , pour la première ligne, et de même pour les deux autres.
Remarque
La démonstration mérite d'être relue pour elle-même, car son schéma se réutilise dans presque tous les exercices d'équation matricielle. L'analyse suppose le problème résolu et en déduit la seule valeur possible de l'inconnue : elle prouve l'unicité, mais rien d'autre. La synthèse part de cette valeur et vérifie qu'elle convient : elle prouve l'existence. Sauter la synthèse est une faute, car l'analyse peut très bien conduire à un candidat qui ne convient pas.
Une remarque de vocabulaire : la division par suppose , ce qui est vrai dans et dans . Le théorème serait faux dans un corps où — mais de tels corps sont hors programme, et désigne toujours ici ou .
L'anneau des matrices carrées
Le théorème
Nous avons maintenant tout ce qu'il faut pour reconnaître une structure connue.
Propriété
Soit . Le triplet est un anneau, d'élément nul et d'unité . Cet anneau est non commutatif dès que .
Démonstration. Reprenons les axiomes d'un anneau, un par un ; tout a déjà été démontré, il suffit de faire l'inventaire.
est un groupe abélien. C'est la propriété établie à la première section, appliquée avec : l'addition est interne, associative, commutative, admet pour neutre, et toute matrice admet pour opposé.
La multiplication est une loi interne. Le produit de deux matrices de taille existe et est de taille .
La multiplication est associative. C'est le théorème d'associativité du produit, appliqué à trois matrices carrées de même taille.
La multiplication admet pour élément neutre. C'est la propriété .
La multiplication est distributive sur l'addition. C'est exactement la bilinéarité, prise avec : donne la distributivité à gauche, et la distributivité à droite. Les deux sont nécessaires puisque le produit n'est pas commutatif.
Tous les axiomes sont vérifiés : est un anneau.
Non-commutativité. Pour , le contre-exemple établi plus haut fournit deux matrices et telles que ; on peut aussi invoquer les matrices élémentaires, puisque alors que . Pour , en revanche, se confond avec et l'anneau est commutatif.
Remarque
Ce théorème n'apporte aucune information nouvelle : il range ce que nous savons déjà. Son intérêt est ailleurs. Tout résultat démontré au chapitre précédent pour un anneau quelconque s'applique désormais aux matrices carrées, sans nouvelle démonstration : les règles de calcul et , la notion d'élément inversible et le fait que les inversibles forment un groupe, la formule du binôme pour deux éléments qui commutent, la factorisation de , le résultat sur lorsque est nilpotente. Nous redémontrons certains de ces points dans le langage des matrices, mais uniquement pour l'entraînement : ils sont acquis.
Réciproquement, est **l'**exemple que la théorie des anneaux attendait : le premier anneau non commutatif que vous rencontrez, et celui sur lequel il faut tester chaque énoncé douteux.
Un anneau qui n'est pas intègre
Voici la source numéro un des fautes de calcul du chapitre. Lisez cette sous-section deux fois.
Propriété
Pour , l'anneau n'est pas intègre : il possède des diviseurs de zéro, c'est-à-dire des matrices et telles que .
Démonstration. Dans , posons
Ces deux matrices sont non nulles, et pourtant
On vérifie de même que . Pour , les matrices élémentaires fournissent un exemple immédiat : alors que .
Exemple
Un élément nilpotent. La matrice est non nulle et vérifie
chacun des quatre produits ligne par colonne rencontrant un facteur nul. C'est donc un élément nilpotent non nul de l'anneau , d'indice de nilpotence . On a rencontré plus haut un exemple d'indice en taille .
Deux matrices distinctes de même produit. Posons
Alors et : les deux produits sont égaux alors que . La matrice « efface » la seconde ligne de son partenaire, et cette information perdue ne peut plus être reconstituée.
Remarque
Les quatre réflexes de qui deviennent faux. Chacun a été mis en défaut ci-dessus.
- n'entraîne pas ou .
- n'entraîne pas ; plus généralement n'entraîne pas .
- avec n'entraîne pas : on ne simplifie pas par une matrice.
- Une équation comme ne se résout pas en « ou » : la factorisation ne permet aucune conclusion.
Il y a une exception, et une seule : si est inversible, on peut simplifier, car il suffit de multiplier par du bon côté. C'est ce qui donne toute leur valeur aux matrices inversibles, objets de la section suivante. Chaque fois que vous simplifiez une égalité matricielle, écrivez donc la phrase « comme est inversible, en multipliant à gauche par » : si vous ne pouvez pas l'écrire, c'est que la simplification est illégitime.
Matrices scalaires, diagonales et triangulaires
Définition
Soit .
- est diagonale lorsque pour tous . On note alors , où .
- est scalaire lorsque pour un certain , c'est-à-dire lorsqu'elle est diagonale à coefficients diagonaux tous égaux.
- est triangulaire supérieure lorsque pour tous (les coefficients sous la diagonale sont nuls). Leur ensemble est noté .
- est triangulaire inférieure lorsque pour tous .
a. Diagonale : si .
b. Scalaire : .
c. Triangulaire supérieure : si .
d. Triangulaire inférieure : si .
e. Diagonale triangulaire supérieure et inférieure.
f. triangulaire supérieure triangulaire inférieure.
Exemple
Dans :
et est scalaire. La transposée de ,
est triangulaire inférieure : la transposition échange les deux types.
Propriété
Les matrices scalaires commutent avec tout le monde. Pour tous et ,
Démonstration. Le scalaire se déplace librement dans un produit de matrices, puisque le coefficient d'indice de vaut , et celui de vaut . Les trois matrices ont donc les mêmes coefficients.
Propriété
Soient et deux matrices diagonales, et . Alors :
- ;
- : deux matrices diagonales commutent toujours ;
- pour tout .
Démonstration. Point 1. Immédiat, la somme et les multiples se calculant coefficient par coefficient.
Point 2. Écrivons et . Alors
puisque seul le terme survit, et qu'il est nul sauf si de plus . Ce coefficient est donc nul hors de la diagonale, et vaut sur la diagonale. Le calcul étant symétrique en et (la multiplication de est commutative), on obtient la même chose pour .
Point 3. Récurrence immédiate à partir du point 2.
Propriété
Soient et deux matrices triangulaires supérieures de , et . Alors :
- est triangulaire supérieure ;
- est triangulaire supérieure, et ses coefficients diagonaux sont les produits des coefficients diagonaux : pour tout ;
- pour tout , est triangulaire supérieure, de coefficients diagonaux .
Les mêmes énoncés valent pour les matrices triangulaires inférieures.
Démonstration. Point 1. Si , alors et , donc .
Point 2. Soient et deux indices. Par définition du produit,
Examinons quels termes peuvent être non nuls. Le facteur est nul dès que , c'est-à-dire qu'il faut . Le facteur est nul dès que , c'est-à-dire qu'il faut . Un terme n'est donc susceptible d'être non nul que si
Cas . Aucun entier ne vérifie : la somme est vide de termes non nuls, donc . La matrice est bien triangulaire supérieure.
Cas . La seule valeur possible est , et le terme correspondant vaut . Donc .
Point 3. Récurrence sur , en appliquant le point 2 à et . Le cas est clair puisque est triangulaire supérieure de coefficients diagonaux égaux à .
Pour les matrices triangulaires inférieures, on peut refaire le même calcul (les inégalités sont renversées), ou bien transposer : est triangulaire inférieure si et seulement si est triangulaire supérieure, et est alors un produit de deux triangulaires supérieures.
Exemple
Avec
le produit vaut
Détaillons deux coefficients : et . Le résultat est bien triangulaire supérieur, et ses coefficients diagonaux sont , et , conformément au théorème.
Remarque
Attention à ne pas surinterpréter le point 2 : seuls les coefficients diagonaux se multiplient terme à terme. Les autres coefficients de ne se déduisent pas de ceux de et par une formule simple ; il faut les calculer. Notez également que deux matrices triangulaires supérieures ne commutent pas en général : les matrices et sont toutes deux triangulaires supérieures, et leurs produits dans les deux ordres valent respectivement et .
Matrices inversibles
Définition et groupe linéaire
Définition
Soit . On dit que est inversible lorsqu'il existe telle que
L'ensemble des matrices inversibles de est noté et s'appelle le groupe linéaire d'ordre .
Remarque
Les deux égalités font partie de la définition, et il faut les vérifier toutes les deux. Dans , l'égalité suffit évidemment à conclure que , puisque la multiplication y est commutative. Ici, elle ne suffit pas : et sont deux matrices a priori différentes. Nous verrons plus bas, dans « Ce que l'on ne peut pas encore faire », qu'il existe malgré tout un théorème permettant de se contenter d'une seule égalité — mais il relève du second semestre, et nous n'avons pas le droit de l'utiliser. Tant que ce n'est pas démontré, on écrit les deux calculs.
Notez aussi que l'inversibilité n'a de sens que pour une matrice carrée : ces définitions ne s'appliquent pas à avec .
Propriété
Unicité de l'inverse. Soit inversible. Alors la matrice de la définition est unique. On l'appelle l'inverse de et on la note .
Démonstration. Supposons que et vérifient toutes deux les conditions : et . Calculons le produit de deux façons, ce qui est licite puisque le produit est associatif.
En groupant à gauche : . En groupant à droite : . Ces deux quantités sont égales, donc .
Remarque
Observez précisément ce que cette démonstration utilise : l'égalité pour la première lecture, et pour la seconde. Chacune des deux matrices n'intervient donc que par une de ses deux égalités, mais pas la même : c'est ce croisement qui fait fonctionner l'argument, et c'est pourquoi il ne permet pas de se passer de l'une des deux conditions de la définition.
Exemple
Trois cas immédiats.
La matrice est inversible, et , puisque .
La matrice nulle n'est pas inversible dès que : pour toute matrice , .
Une matrice nilpotente n'est pas inversible. Soit telle que . Si était inversible, alors en multipliant fois l'égalité par à gauche, on obtiendrait , ce qui est faux. Plus rapidement : et inversible donneraient , puis de proche en proche . Une matrice nilpotente n'est donc jamais inversible.
Propriété
est un groupe, de neutre . Il n'est pas commutatif dès que .
Démonstration. La loi est interne. Soient . Posons et calculons, en utilisant l'associativité :
Donc est inversible : .
Associativité. Elle est héritée du produit matriciel, qui est associatif sur tout entier.
Neutre. La matrice est inversible, donc appartient à , et pour toute matrice .
Inverses. Soit . Les égalités se lisent aussi comme disant que est inversible, d'inverse . Donc .
Ainsi est un groupe. Il n'est pas commutatif pour : les matrices et sont inversibles (leurs inverses respectifs sont et , comme on le vérifie en calculant les deux produits) et nous avons vu qu'elles ne commutent pas.
Remarque
Ce théorème n'est en réalité qu'un cas particulier d'un résultat du chapitre précédent : dans tout anneau, les éléments inversibles forment un groupe multiplicatif. Avec les notations de ce chapitre, . La démonstration ci-dessus est donc facultative ; nous l'avons rédigée parce que ces calculs sont exactement ceux que l'on refait en exercice.
Attention à un piège de vocabulaire : n'est pas stable par addition. Les matrices et sont inversibles, mais leur somme est nulle.
Règles de calcul sur les inverses
Propriété
Soient , et . Alors les matrices suivantes sont inversibles, d'inverses indiqués :
- ;
- — l'ordre est renversé ;
- ;
- , matrice que l'on note ;
- .
Démonstration. Points 1 et 2. Ils ont été établis dans la démonstration précédente : le point 1 en observant que les deux égalités se lisent dans les deux sens, le point 2 par le calcul explicite de et de .
Point 3. Transposons l'égalité en utilisant la règle du produit :
De même, en transposant :
Les deux égalités requises sont établies, donc est inversible d'inverse .
Point 4. Récurrence sur à partir du point 2, ou calcul direct : en simplifiant les facteurs du centre vers l'extérieur, et de même dans l'autre sens.
Point 5. Comme , le scalaire existe, et
et de même dans l'autre sens, les scalaires se déplaçant librement dans un produit de matrices.
Remarque
Le renversement de l'ordre au point 2 est la faute la plus fréquente du chapitre, avec celle sur la transposée d'un produit — et ce n'est pas un hasard : c'est le même phénomène. Une manière de s'en souvenir : pour défaire une suite d'opérations, on annule d'abord la dernière effectuée. La formule se généralise à un nombre quelconque de facteurs,
ce qui se démontre par récurrence sur .
Ce que l'on ne peut pas encore faire
Remarque
Avertissement essentiel : trois raisonnements interdits à ce stade. Les énoncés suivants sont vrais, mais leurs démonstrations relèvent de l'algèbre linéaire du second semestre. Les utiliser maintenant est une faute grave, car ils constituent précisément ce que l'on cherche à établir.
- Interdit. « Le système n'a que la solution nulle, donc est inversible. » L'implication réciproque, elle, est autorisée : si est inversible et , alors . C'est ce sens-là, et lui seul, que nous utiliserons.
- Interdit. « Il existe telle que , donc est inversible (et ). » Une seule égalité ne suffit pas tant que le théorème correspondant n'est pas démontré.
- Interdit. Tout argument faisant appel à un outil hors programme pour l'instant, par exemple un nombre calculé à partir des coefficients qui déciderait de l'inversibilité en taille quelconque.
Les trois voies autorisées, et elles suffisent à tous les exercices de ce chapitre :
- Exhiber une matrice et vérifier les deux égalités et . C'est ce que l'on fait quand est fournie par une relation matricielle du type .
- Mener la méthode du pivot jusqu'au bout sur , ce qui produit l'inverse et le certifie (nous justifierons cette méthode dans la section « Systèmes linéaires », au paragraphe « Calcul de l'inverse par le pivot »).
- Résoudre le système en exprimant en fonction de : si l'on obtient une équivalence , alors est inversible d'inverse . Le résultat suivant le démontre proprement.
Propriété
Critère par résolution du système. Soient et deux matrices de . On suppose que
Alors est inversible et .
Démonstration. Notons les colonnes de . La lecture par colonnes du produit donne, pour toute matrice : la -ème colonne de est . Autrement dit, une matrice est entièrement déterminée par les produits .
Première égalité. Soit quelconque et posons . L'implication de droite à gauche donne , c'est-à-dire , soit encore par associativité. Appliquons ceci à : la -ème colonne de est , c'est-à-dire la -ème colonne de . Ceci valant pour tout , on obtient .
Seconde égalité. Soit maintenant quelconque et posons . L'implication de gauche à droite donne . Appliquons ceci à : la -ème colonne de est . Donc .
Les deux égalités sont établies : est inversible et .
Remarque
Ce critère est le plus utilisé du chapitre, et il mérite qu'on en retienne la forme exacte : il faut une équivalence, valable pour tout second membre . En pratique, on résout le système en laissant littéral, par une suite d'opérations réversibles (les opérations élémentaires en sont), et l'on aboutit à une expression de en fonction de . Comme chaque étape est une équivalence, l'équivalence finale est acquise, et le critère s'applique.
Le cas de la taille 2
En taille , tout se calcule. Le théorème suivant doit être connu par cœur, formule d'inverse comprise.
Propriété
Soit . Alors
et dans ce cas
Démonstration. Posons et calculons les deux produits.
Notons , de sorte que .
Sens réciproque. Supposons . Le scalaire existe, et
Les deux égalités sont vérifiées, donc est inversible et , ce qui est la formule annoncée.
Sens direct. Montrons la contraposée : supposons et montrons que n'est pas inversible. Raisonnons par l'absurde en supposant inversible. L'égalité , multipliée à gauche par , donne
Or signifie , c'est-à-dire . Mais la matrice nulle n'est pas inversible, ce qui contredit notre hypothèse. Donc n'est pas inversible.
Exemple
Deux applications. Soit . Ici , donc est inversible et
Vérifions, comme il se doit, les deux produits :
En revanche, vérifie : elle n'est pas inversible. On peut le confirmer directement en remarquant que : si était inversible, cette colonne non nulle serait nulle.
Remarque
Le nombre apparaît ici comme le simple résultat d'un calcul, et c'est ainsi qu'il faut le voir pour l'instant. Il recevra un nom au second semestre, ainsi qu'une généralisation à toutes les tailles : on disposera alors d'un critère d'inversibilité numérique valable dans . Tant que cette théorie n'est pas construite, il est interdit de l'invoquer, et en particulier d'écrire un « calcul de ce nombre » pour une matrice de taille : en taille ou plus, on procède par le pivot ou par une relation matricielle.
Matrices nilpotentes et inversibilité
Propriété
Soit nilpotente, avec pour un entier . Alors est inversible et
Démonstration. Posons . Les matrices et commutent, donc la factorisation de établie plus haut s'applique avec , et l'exposant :
Comme pour tout , la somme du membre de gauche vaut , d'où .
Pour l'autre égalité, il suffit d'observer que commute avec : en effet est une somme de puissances de , et commute avec ses propres puissances. Donc . Les deux égalités sont vérifiées.
Exemple
Reprenons , nilpotente d'indice . Alors
est inversible, d'inverse
Vérifions le premier produit :
et le second produit, dans l'autre ordre, donne également :
Remarque
Le même énoncé vaut pour , en appliquant le résultat à , qui est encore nilpotente puisque . On obtient
Retenez le principe général : une matrice « proche de l'identité » est inversible, et son inverse s'écrit comme une somme finie. C'est l'analogue matriciel de la somme d'une suite géométrique, la finitude venant de la nilpotence.
Inversibilité déduite d'une relation matricielle
Méthode
Tirer l'inverse d'une relation du type . C'est la situation la plus fréquente en exercice, et la rédaction est toujours la même.
- Isoler les termes contenant d'un côté, le multiple de de l'autre. Sur l'exemple : .
- Factoriser par , en prenant garde à ne factoriser que par un côté à la fois — ici les deux côtés donnent le même résultat, puisque commute avec elle-même et avec :
- Diviser par le scalaire (c'est licite, ce n'est pas une division par une matrice), en vérifiant qu'il est non nul :
- Conclure : les deux égalités de la définition sont vérifiées, donc est inversible et
Le point délicat est l'étape 3 : si la relation ne comporte pas de terme en (par exemple ), la méthode échoue, et pour une bonne raison — une telle matrice n'est en général pas inversible. Le terme constant est donc à surveiller en premier.
Exemple
Un cas complet. Soit
Étape 1 : établir la relation. Calculons . Sa première ligne s'obtient en croisant avec les trois colonnes de :
En procédant de même pour les deux autres lignes :
On constate alors que
c'est-à-dire .
Étape 2 : en déduire l'inverse. D'après la méthode, , et de même dans l'autre ordre. Donc est inversible et
Vérification. Calculons directement. La première ligne du produit est
et les deux autres lignes donnent de même et . Le produit vaut donc , ce qui confirme la formule.
Remarque
La relation s'utilise ici comme une simple égalité de matrices que l'on manipule à la main, rien de plus. On peut d'ailleurs en tirer d'autres renseignements par le même procédé : en multipliant par , on obtient , puis , et de proche en proche toutes les puissances de s'expriment en fonction de et . C'est la troisième technique de calcul des puissances, que nous retrouverons dans la section des méthodes.
Le cas des matrices triangulaires
Propriété
Soit une matrice triangulaire supérieure. Alors
Dans ce cas, est triangulaire supérieure, et ses coefficients diagonaux sont les .
Le même énoncé vaut pour les matrices triangulaires inférieures.
Démonstration. Sens réciproque : la résolution par remontée. Supposons tous les non nuls. Soit la colonne de coefficients , et soit la colonne des inconnues . Le système s'écrit
puisque tous les coefficients situés sous la diagonale sont nuls. Résolvons-le en remontant, de la dernière équation vers la première.
La dernière équation, , équivaut à , car .
Supposons déjà exprimés en fonction de . La -ème équation s'écrit
et comme , elle équivaut à
Par récurrence descendante sur , chaque s'exprime donc comme une combinaison linéaire de uniquement, avec le coefficient devant . Notons le coefficient de dans l'expression de , et . Ce qui précède signifie exactement que pour — la matrice est triangulaire supérieure — et que .
Chaque étape ci-dessus étant une équivalence (on n'a fait que diviser par des scalaires non nuls et substituer), on a établi
pour toutes colonnes et . Le critère par résolution s'applique : est inversible et , triangulaire supérieure de coefficients diagonaux .
Sens direct. Montrons la contraposée : si l'un des coefficients diagonaux est nul, alors n'est pas inversible. Soit le plus petit indice tel que ; par minimalité, pour tout . Construisons une colonne non nulle telle que .
Posons et pour . Puis, pour décroissant de jusqu'à , posons
ce qui est licite puisque . Vérifions que la colonne ainsi construite satisfait , en examinant la -ème coordonnée du produit, égale à .
- Si : tous les indices vérifient , donc et la somme est nulle.
- Si : la somme vaut , puisque .
- Si : les termes d'indice sont nuls, et il reste , qui est nul par définition même de .
Ainsi avec (sa -ème coordonnée vaut ). Si était inversible, on aurait , ce qui est faux. Donc n'est pas inversible.
Cas des triangulaires inférieures. On transpose : est triangulaire inférieure si et seulement si est triangulaire supérieure, et est inversible si et seulement si l'est (avec ). Comme la transposition ne change pas les coefficients diagonaux, le résultat se transporte tel quel.
Propriété
Cas particulier des matrices diagonales. Soit . Alors est inversible si et seulement si tous les sont non nuls, et dans ce cas
Démonstration. Une matrice diagonale est triangulaire supérieure, donc le théorème précédent donne déjà l'équivalence. Pour la formule, il suffit de vérifier directement : d'après la règle de multiplication des matrices diagonales,
et le produit dans l'autre ordre donne la même chose, deux matrices diagonales commutant toujours.
Exemple
Inverser une matrice triangulaire par remontée. Soit
Ses coefficients diagonaux , et sont non nuls : elle est inversible. Résolvons , où et . Le système s'écrit
En remontant : la troisième équation donne . La deuxième devient , soit . La première devient , soit
Toutes ces étapes sont des équivalences, donc
et le critère par résolution donne
Cette matrice est bien triangulaire supérieure, et ses coefficients diagonaux , et sont les inverses de ceux de , conformément au théorème. Vérification : le produit a pour première ligne , et l'on obtient de même et pour les deux autres.
Opérations élémentaires
Les trois opérations
Vous connaissez ces opérations depuis le chapitre de calcul algébrique, où elles servaient à résoudre les systèmes. Nous allons maintenant les lire comme des produits matriciels, ce qui expliquera d'un coup pourquoi elles ne changent pas l'ensemble des solutions d'un système.
Définition
Soit , de lignes . On appelle opération élémentaire sur les lignes l'une des trois transformations suivantes :
- l'échange de deux lignes, noté (avec ) ;
- la dilatation d'une ligne, notée , avec ;
- la transvection, notée , avec et .
On définit de même les trois opérations élémentaires sur les colonnes, notées , avec , et avec .
Remarque
Trois précisions, chacune correspondant à une erreur courante.
- Dans la dilatation, la condition est indispensable : multiplier une ligne par détruirait de l'information et ne serait pas réversible.
- Dans la transvection, la condition l'est tout autant : l'opération n'est pas une transvection, c'est une dilatation déguisée, de rapport , qui peut valoir .
- Chaque opération est réversible, et son inverse est une opération de même type : est sa propre inverse, la réciproque de est , et celle de est . C'est cette réversibilité qui garantit qu'un système transformé a exactement les mêmes solutions que le système de départ.
Enfin, une mise en garde de calcul : on n'enchaîne pas deux opérations qui se servent mutuellement de source, comme et écrites en même temps. Une opération à la fois, et l'on recopie le tableau entre chaque étape.
Interprétation matricielle
Définition
Soient , deux indices de et . On définit dans :
- la matrice de transvection ;
- la matrice de dilatation , pour ;
- la matrice d'échange .
Exemple
En taille , avec , :
On les obtient toutes les trois en effectuant l'opération correspondante sur , ce qui n'est pas un hasard, comme le montre le théorème suivant.
Propriété
Soient , deux indices , et un scalaire , supposé non nul dans tout énoncé faisant intervenir une dilatation.
Sur les lignes — multiplication à gauche par une matrice de :
- est la matrice obtenue à partir de par l'opération ;
- est la matrice obtenue par ;
- est la matrice obtenue par .
Sur les colonnes — multiplication à droite par une matrice de :
- est la matrice obtenue par l'opération (attention à l'ordre des indices) ;
- est la matrice obtenue par ;
- est la matrice obtenue par .
Démonstration. Point 1 (la transvection, à gauche). Par bilinéarité du produit,
Or nous avons établi que a toutes ses lignes nulles, sauf la -ème, qui est égale à la -ème ligne de . En ajoutant à , on ne modifie donc que la ligne , qui devient : c'est exactement l'opération annoncée.
Point 2. De même,
et a toutes ses lignes nulles sauf la -ème, égale à . La ligne du résultat vaut donc , les autres étant inchangées.
Point 3. Développons de la même façon :
Seules les lignes et sont touchées. La ligne du résultat vaut (les contributions venant de et ), et la ligne vaut . Les deux lignes ont bien été échangées.
Points 4 à 6. Même raisonnement à droite, en utilisant cette fois que a toutes ses colonnes nulles sauf la -ème, égale à la -ème colonne de . Par exemple, pour le point 4 :
et l'ajout ne modifie que la colonne , qui devient . On notera l'inversion des rôles de et par rapport au point 1 : à gauche, c'est la ligne qui change ; à droite, c'est la colonne .
Remarque
Ce théorème confirme et précise le principe énoncé plus haut : à gauche on agit sur les lignes, à droite sur les colonnes. Il fournit en outre une règle mnémotechnique pour retrouver les trois matrices sans les apprendre par cœur : la matrice qui réalise une opération sur les lignes est celle qu'on obtient en effectuant cette opération sur . En effet, si réalise l'opération, alors est le résultat de l'opération appliquée à .
Inversibilité et conséquence
Propriété
Soient , pour la transvection et pour la dilatation. Les trois matrices d'opérations élémentaires sont inversibles, et
Démonstration. Transvection. Comme , la formule sur les matrices élémentaires donne . Donc
et le calcul dans l'autre ordre est identique (il suffit d'échanger et ). Les deux égalités sont vérifiées.
Dilatation. Le calcul suivant utilise :
Or , donc . En prenant , on obtient dans les deux ordres.
Échange. Le théorème précédent dit que multiplier à gauche par échange les lignes et . En appliquant deux fois cette opération à une matrice quelconque , on retrouve : donc pour toute , et en particulier, avec , . La matrice est donc son propre inverse.
Propriété
Les opérations élémentaires préservent l'inversibilité. Soit , et soit la matrice obtenue à partir de par une opération élémentaire (sur les lignes ou sur les colonnes). Alors
Il en va de même après un nombre fini quelconque d'opérations élémentaires.
Démonstration. D'après le théorème d'interprétation matricielle, il existe une matrice , de l'un des trois types ci-dessus, telle que (dans le cas d'une opération sur les lignes) ou (dans le cas d'une opération sur les colonnes). Traitons le premier cas, le second étant identique.
Sens direct. Si est inversible, alors est un produit de deux matrices inversibles, donc est inversible (le groupe est stable par produit), et .
Sens réciproque. Si est inversible, alors, comme est inversible, est également un produit de deux matrices inversibles, donc est inversible.
Pour une suite finie d'opérations, on applique ce résultat autant de fois qu'il y a d'opérations, ou bien l'on remarque que la matrice finale s'écrit , produit de par une matrice inversible.
Remarque
Ce résultat est le fondement de tout ce qui suit. Il autorise à transformer une matrice par le pivot sans perdre l'information d'inversibilité : si l'on parvient à transformer en par opérations élémentaires sur les lignes, alors est inversible, puisque l'est. À l'inverse, si l'on aboutit à une matrice possédant une ligne nulle, alors n'est pas inversible : une matrice ayant une ligne nulle ne peut pas être inversible, car tout produit aurait cette même ligne nulle et ne pourrait donc jamais valoir .
Systèmes linéaires
Écriture matricielle
Définition
Soient . Un système linéaire de équations à inconnues à coefficients dans est un système de la forme
En posant , et , ce système s'écrit
La matrice s'appelle la matrice du système, son second membre. Le système s'appelle le système homogène associé.
Justification de l'écriture matricielle. Le produit est une matrice colonne à lignes, dont la -ème coordonnée vaut , c'est-à-dire exactement le membre de gauche de la -ème équation. L'égalité de deux colonnes étant l'égalité de toutes leurs coordonnées, l'équation matricielle est bien équivalente au système tout entier.
Définition
Un système linéaire est dit compatible lorsqu'il admet au moins une solution, et incompatible sinon.
Remarque
Le système homogène est toujours compatible : la colonne nulle en est solution, appelée solution triviale. Toute la question, pour un système homogène, est donc de savoir s'il en a d'autres.
Exemple
Le système
s'écrit avec
Notez que les inconnues ont disparu de la matrice : c'est précisément l'économie recherchée.
Compatibilité
Propriété
Soient , de colonnes , et . Le système est compatible si et seulement si est combinaison linéaire des colonnes de .
Démonstration. Nous avons établi que, pour toute colonne de coefficients ,
Sens direct. Supposons le système compatible et soit une solution. Alors : la colonne est bien combinaison linéaire des colonnes de , les coefficients étant ceux de la solution.
Sens réciproque. Supposons que soit combinaison linéaire des colonnes de : il existe des scalaires tels que . Posons alors . La même identité donne , donc est une solution et le système est compatible.
Exemple
Considérons le système , de matrice et de second membre . Les deux colonnes de sont et . Toute combinaison linéaire de ces deux colonnes est donc de la forme , c'est-à-dire une colonne dont la seconde coordonnée est le double de la première. Or : la colonne n'est pas de cette forme, et le système est incompatible. On le retrouve immédiatement sur les équations, puisque la seconde impose alors que la première donne .
Structure de l'ensemble des solutions
Propriété
Soient et . On suppose le système compatible, et l'on note une solution particulière. Alors l'ensemble des solutions de et l'ensemble des solutions du système homogène associé sont liés par
Autrement dit : les solutions de sont la solution particulière augmentée de toutes les solutions du système homogène.
Démonstration. Procédons par double inclusion.
Inclusion . Soit , c'est-à-dire . Alors, par bilinéarité du produit,
donc est solution de , c'est-à-dire .
Inclusion . Soit , c'est-à-dire . Posons . Alors
donc . Et comme , la colonne appartient bien à l'ensemble de droite.
Les deux inclusions donnent l'égalité.
Remarque
Ce théorème dicte la méthode de résolution en deux temps, valable pour tout système compatible :
- trouver une solution particulière , par n'importe quel moyen (souvent en devinant, ou en annulant certaines inconnues) ;
- résoudre le système homogène , en général plus simple puisque son second membre est nul ;
- conclure : les solutions sont les , où décrit l'ensemble des solutions homogènes.
Deux conséquences immédiates méritent d'être retenues. D'abord, si le système homogène n'a que la solution nulle, alors un système compatible a une solution unique. Ensuite, si le système homogène a une solution non nulle , alors un système compatible en a une infinité, puisque tous les , pour , en sont — car . Un système linéaire a donc zéro, une, ou une infinité de solutions, jamais deux ni trois. Vous rencontrerez ce schéma « solution particulière plus solutions homogènes » à l'identique pour les équations différentielles et les suites récurrentes : c'est la même structure.
L'algorithme du pivot de Gauss
L'algorithme n'est pas nouveau ; ce qui l'est, c'est sa lecture matricielle. Chaque étape est une multiplication à gauche par une matrice inversible, ce qui garantit que l'ensemble des solutions ne change pas.
Méthode
L'algorithme du pivot, en cinq temps.
- Choisir un pivot. Dans la première colonne qui n'est pas entièrement nulle, choisir un coefficient non nul : c'est le pivot. L'amener sur la première ligne disponible par un échange si nécessaire. En calcul à la main, on choisit de préférence un pivot égal à ou , pour éviter les fractions.
- Éliminer. Pour chaque ligne située en dessous, effectuer une transvection avec le qui annule le coefficient de dans la colonne du pivot.
- Recommencer sur les lignes restantes et les colonnes suivantes, en oubliant la ligne du pivot déjà traité.
- Lire la forme obtenue. Le système est alors échelonné : chaque équation commence « plus à droite » que la précédente. Les inconnues qui portent un pivot sont dites principales ; les autres sont les inconnues auxiliaires, ou paramètres.
- Remonter. Résoudre de la dernière équation vers la première, en exprimant chaque inconnue principale en fonction des paramètres.
Toutes les opérations utilisées étant réversibles, le système obtenu a exactement les mêmes solutions que le système de départ : on peut donc conclure sur lui sans réserve.
Exemple
Un système à solution unique. Résolvons
Étape 1. Le coefficient de dans vaut : c'est un pivot idéal, et il est déjà bien placé.
Étape 2. On élimine des deux autres lignes par et . Pour la deuxième ligne : pour , pour , pour , et au second membre. Pour la troisième : , , , et . D'où
Étape 3. Simplifions la deuxième ligne par , ce qui donne , puis éliminons de la troisième par : le coefficient de devient , celui de devient , et le second membre . Le système est maintenant triangulaire :
Étapes 4 et 5 : lecture et remontée. Les trois inconnues portent un pivot : elles sont toutes principales. La dernière équation donne . La deuxième donne alors . La première donne enfin .
Conclusion. Le système admet une unique solution : . Ici, les trois inconnues sont principales et il n'y a aucun paramètre.
Vérification, indispensable et rapide : , puis , puis . Les trois équations sont satisfaites.
Exemple
Un système incompatible. Résolvons
Les opérations et donnent :
En effet, pour : pour , pour , ; et pour : pour , pour , . L'opération donne alors
Cette égalité est fausse, donc aucun triplet ne peut satisfaire le système : il est incompatible, et . Notez la rédaction : on ne dit pas « on ne trouve pas de solution », on dit qu'une équation du système équivalent est impossible.
Exemple
Un système à une infinité de solutions. Reprenons le précédent en changeant le dernier second membre :
Les mêmes opérations et donnent cette fois
puis transforme la dernière équation en , qui est toujours vraie : on la supprime. Il reste deux équations pour trois inconnues :
Les pivots portent sur (dans ) et sur (dans ) : les inconnues principales sont et , et est l'inconnue auxiliaire. Posons , avec quelconque. La deuxième équation donne , puis la première
L'ensemble des solutions s'écrit donc
ou, sous forme matricielle,
On reconnaît la structure annoncée : est une solution particulière (obtenue pour ), et les sont les solutions du système homogène. Vérifions ce dernier point : avec ,
Remarque
Les trois issues possibles, et rien d'autre. À la fin du pivot, exactement l'un des trois cas se présente.
- Une équation du type avec apparaît : le système est incompatible, .
- Aucune équation impossible, et toutes les inconnues sont principales : le système admet une unique solution, obtenue par remontée.
- Aucune équation impossible, et il reste au moins une inconnue auxiliaire : le système admet une infinité de solutions, décrites en fonction des paramètres.
Un conseil de rédaction : écrivez toujours l'ensemble des solutions en extension, avec ses paramètres et leur domaine, comme dans l'exemple ci-dessus. Un ensemble de solutions annoncé sans préciser le domaine des paramètres est incomplet.
Cas d'une matrice carrée inversible
Propriété
Soient et . Alors le système admet une unique solution, à savoir
Démonstration. Existence. Posons et vérifions qu'il s'agit d'une solution :
Unicité. Soit une solution quelconque, c'est-à-dire . Multiplions cette égalité à gauche par :
Toute solution est donc égale à : il y en a exactement une.
Remarque
Ce résultat est théoriquement satisfaisant mais rarement efficace en pratique : calculer demande plus de travail que de résoudre directement le système par le pivot. On l'utilise plutôt dans l'autre sens, ou lorsque l'on doit résoudre plusieurs systèmes ayant la même matrice et des seconds membres différents : l'inverse, calculé une fois, sert alors pour tous.
Notez aussi ce que dit ce théorème du système homogène : si est inversible, alors a pour unique solution . C'est le sens autorisé de l'implication rappelée plus haut ; la réciproque, elle, attend le second semestre.
Calcul de l'inverse par le pivot
Méthode
La méthode .
- Écrire côte à côte la matrice et la matrice , séparées par une barre verticale.
- Effectuer des opérations élémentaires sur les lignes du tableau tout entier, en appliquant chaque opération simultanément aux deux moitiés.
- Conduire ces opérations de manière à transformer la moitié gauche en : d'abord une descente pour faire apparaître des zéros sous la diagonale, puis une remontée pour en faire apparaître au-dessus, et enfin des dilatations pour ramener les coefficients diagonaux à .
- Lorsque la moitié gauche est devenue , la moitié droite est .
- Si, en cours de route, une ligne entièrement nulle apparaît à gauche, s'arrêter : n'est pas inversible.
Vérifier le résultat en calculant : c'est la seule façon de détecter une erreur d'arithmétique, et cela ne coûte qu'un produit.
Justification de la méthode. Chaque opération élémentaire sur les lignes revient à multiplier à gauche par une matrice inversible. Après opérations, la moitié gauche est devenue et la moitié droite . Posons : c'est un produit de matrices inversibles, donc une matrice inversible, et le tableau final est .
Supposons qu'on soit parvenu à . En multipliant cette égalité à gauche par , on obtient . Ainsi est l'inverse d'une matrice inversible : elle est donc inversible, et son inverse est , c'est-à-dire exactement la moitié droite du tableau. Notez qu'aucune étape n'a supposé inversible : la méthode démontre l'inversibilité en même temps qu'elle calcule l'inverse.
Si au contraire une ligne nulle apparaît à gauche, la matrice n'est pas inversible (tout produit d'une matrice à ligne nulle conserve cette ligne nulle et ne peut valoir ), donc ne l'est pas non plus, puisque serait sinon un produit de matrices inversibles.
Exemple
Un calcul complet en taille . Inversons
Départ.
Descente. Le pivot est le en haut à gauche. On effectue et :
On normalise la deuxième ligne par , puis on élimine le coefficient de la deuxième colonne dans par :
La moitié gauche est maintenant triangulaire supérieure à coefficients diagonaux tous égaux à .
Remontée. On effectue et :
puis , ce qui donne pour la première ligne , puis , puis :
Conclusion. La moitié gauche est , donc est inversible et
Vérification. Calculons . Première ligne de contre les trois colonnes de :
Deuxième ligne : , puis , puis . Troisième ligne : , puis , puis . On obtient bien
Exemple
Application : résoudre un système grâce à l'inverse. Avec la matrice ci-dessus, résolvons pour . Comme est inversible, l'unique solution est
Vérification directe : est la première colonne de , c'est-à-dire .
Interprétation géométrique
Dans le plan , une équation dont les coefficients et ne sont pas tous deux nuls représente une droite. Résoudre un système de deux telles équations, c'est donc chercher l'intersection de deux droites, et l'on retrouve exactement les trois issues du pivot : les droites sont sécantes (une solution), strictement parallèles (aucune solution), ou confondues (une infinité de solutions, décrites par un paramètre).
Dans l'espace , une équation dont les coefficients ne sont pas tous nuls représente un plan. Un système de trois équations décrit l'intersection de trois plans, et les configurations sont plus nombreuses : un point unique, une droite entière, un plan entier, ou l'ensemble vide lorsque les plans n'ont aucun point commun — par exemple s'ils sont parallèles deux à deux, ou s'ils se coupent deux à deux selon trois droites parallèles distinctes. Le nombre de paramètres restant à la fin du pivot mesure précisément la « taille » de cette intersection : zéro paramètre pour un point, un paramètre pour une droite, deux pour un plan.
Méthodes du chapitre
Les exercices de calcul matriciel se ramènent à un petit nombre de gestes, tous rencontrés dans les pages qui précèdent. La difficulté n'est jamais dans l'idée, elle est dans la discipline de rédaction : dire de quel côté on multiplie, vérifier les tailles avant de calculer, justifier une commutation avant d'appliquer le binôme, et ne jamais simplifier par une matrice sans avoir prouvé qu'elle est inversible.
Méthode
1. Calculer pour tout . Trois techniques, à essayer dans cet ordre.
Technique A — conjecture puis récurrence. Calculer , , éventuellement , observer la forme du résultat, énoncer la formule conjecturée en fonction de , puis la démontrer par récurrence. Le passage du rang au rang consiste à multiplier la formule par et à retrouver la formule au rang suivant. C'est la technique la plus sûre, et la seule qui marche toujours.
Technique B — le binôme avec . Si a tous ses coefficients diagonaux égaux à et si est nilpotente (typiquement quand est triangulaire à diagonale constante), écrire , justifier que les deux matrices commutent, appliquer la formule du binôme et tronquer la somme à l'indice de nilpotence.
Technique C — la relation matricielle. Si l'on dispose d'une relation du type , alors toute puissance de s'écrit : on multiplie la relation par pour obtenir les suites et par récurrence, puis on les calcule explicitement. Cette technique est la seule utilisable quand n'est ni triangulaire ni de forme reconnaissable.
Dans les trois cas, vérifier la formule finale pour et avant de conclure, et préciser à partir de quel rang elle est valable.
Méthode
2. Montrer qu'une matrice est inversible et calculer son inverse. Trois techniques, et aucune autre à ce stade du programme.
Technique A — exhiber l'inverse. Produire une matrice candidate, puis vérifier les deux égalités et . La candidate vient le plus souvent d'une relation matricielle : de on tire . C'est aussi la technique du cas de la taille et du cas nilpotent, où .
Technique B — le pivot. Écrire et mener les opérations sur les lignes jusqu'à . Si une ligne nulle apparaît à gauche, n'est pas inversible. Toujours terminer par la vérification du produit .
Technique C — résoudre . Résoudre le système en laissant littéral, par une suite d'équivalences, jusqu'à obtenir . Le critère par résolution donne alors . C'est la technique naturelle pour les matrices triangulaires, où la remontée est immédiate.
Interdit : conclure à l'inversibilité à partir de la seule implication « », ou de la seule égalité .
Méthode
3. Résoudre et discuter un système linéaire.
- Écrire le système sous forme matricielle et compter : équations, inconnues.
- Mener le pivot en notant chaque opération dans la marge (…). Les opérations étant réversibles, on garde le symbole d'équivalence entre les systèmes successifs.
- Repérer les pivots : les inconnues qu'ils portent sont principales, les autres sont des paramètres.
- Conclure selon l'une des trois issues : équation impossible avec (aucune solution) ; aucun paramètre (solution unique) ; au moins un paramètre (infinité de solutions).
- Écrire l'ensemble des solutions en extension, avec le domaine des paramètres, et vérifier en réinjectant dans les équations de départ.
Si le système dépend d'un paramètre figurant dans les coefficients, la discussion porte sur les valeurs de qui annulent un pivot : traiter d'abord le cas général, puis chaque valeur particulière séparément. Ne jamais diviser par une expression contenant sans avoir séparé le cas où elle s'annule.
Méthode
4. Déterminer les matrices qui commutent avec une matrice donnée . Deux techniques selon la taille.
Technique A — poser et identifier. En petite taille, écrire avec ses coefficients littéraux, calculer et , puis identifier coefficient par coefficient. On obtient un système linéaire en les , que l'on résout. Ne pas oublier la synthèse : vérifier que les matrices trouvées conviennent effectivement.
Technique B — utiliser les matrices élémentaires. Cette seconde technique ne répond pas à la même question : elle sert lorsque l'on cherche, en taille quelconque, les matrices qui commutent avec toutes les autres. Pour une matrice donnée et de grande taille, c'est la technique A qui reste la règle, en exploitant la forme particulière de . Ici, il suffit d'écrire la commutation avec chaque . On utilise alors que n'a qu'une colonne non nulle (la -ème, égale à la -ème colonne de ) tandis que n'a qu'une ligne non nulle (la -ème, égale à la -ème ligne de ) : l'identification impose que soit diagonale, puis que ses coefficients diagonaux soient tous égaux. Conclusion classique : les seules matrices commutant avec toutes les matrices de sont les matrices scalaires.
Exemple
Le commutant de . Cherchons toutes les matrices de telles que .
Analyse. Calculons les deux produits :
L'égalité équivaut à l'égalité des quatre coefficients :
La première ligne donne , la deuxième , la troisième est toujours vraie et la quatrième redonne . Toute matrice qui commute avec est donc de la forme .
Synthèse. Réciproquement, soit avec . Comme , les deux matrices et sont des combinaisons linéaires de et de ; or commute avec tout et commute avec elle-même, donc (on peut aussi refaire le produit, qui vaut dans les deux ordres).
Conclusion. L'ensemble cherché est .
Méthode
5. Mener une analyse-synthèse sur une équation matricielle. C'est le schéma à adopter chaque fois qu'un énoncé demande de déterminer toutes les matrices vérifiant une condition.
- Analyse. Supposer le problème résolu : « soit une solution ». Manipuler la condition (transposer, multiplier par une matrice inversible, identifier des coefficients) pour aboutir à une expression explicite de . À ce stade, on n'a démontré que l'unicité, ou la forme nécessaire.
- Synthèse. Partir du candidat obtenu et vérifier qu'il satisfait toutes les conditions de l'énoncé. C'est cette étape qui démontre l'existence, et elle n'est jamais facultative : l'analyse peut fabriquer des candidats qui ne conviennent pas.
- Conclusion. Énoncer l'ensemble des solutions, en le décrivant complètement.
Le modèle du genre est la décomposition en parties symétrique et antisymétrique : l'analyse transpose l'égalité pour obtenir un système de deux équations en et , la synthèse vérifie les trois propriétés du candidat. Deux réflexes utiles pendant l'analyse : transposer l'équation quand elle fait intervenir , et multiplier par un inverse connu quand l'équation contient un produit.
Pour finir, la liste des fautes qui coûtent le plus de points dans ce chapitre. Chacune a été rencontrée au moins une fois dans les pages précédentes.
- Simplifier par une matrice. De , on ne tire que si est inversible, et il faut l'écrire : « comme est inversible, en multipliant à gauche par … ». De même, n'entraîne ni ni .
- Oublier l'ordre dans et dans . Les deux formules renversent les facteurs, et la version non renversée n'a le plus souvent même pas de sens du point de vue des tailles.
- Appliquer la formule du binôme sans commutation. Le développement est faux en général ; le développement correct est . Avant tout binôme, écrire la phrase qui justifie .
- Conclure une inversibilité à partir d'une seule égalité, ou à partir de « implique ». Ce sont des théorèmes du second semestre. Ici, on exhibe l'inverse, on mène le pivot, ou l'on résout .
- Multiplier des matrices de tailles incompatibles, ou additionner des matrices de tailles différentes. Vérifier les tailles est la première chose à faire, avant même de commencer un calcul.
- Écrire une matrice au dénominateur. La notation n'existe pas : elle serait ambiguë, puisque et diffèrent en général.
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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.