MPSI · Chapitre 05 · Premier semestre
Nombres réels et suites numériques
Borne supérieure, limites, suites monotones, suites extraites, théorème de Bolzano-Weierstrass, suites complexes, suites arithmético-géométriques, récurrences linéaires.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Borne supérieure
- Limites
- Suites monotones
- Suites extraites
- Théorème de Bolzano-Weierstrass
- Suites complexes
- Suites arithmético-géométriques
- Récurrences linéaires
L'analyse commence ici. Au lycée, une limite se lit sur une courbe ou se calcule à l'aide de règles apprises sans démonstration ; en classe préparatoire, une limite se définit par des inégalités, et surtout on démontre qu'elle existe. Ce chapitre installe les deux étages de cette construction : d'abord les propriétés de l'ensemble lui-même, ensuite l'étude des suites, qui sont le premier objet véritablement infini que l'on sache manipuler entièrement à la main.
Tout repose sur un unique énoncé, que nous admettrons : toute partie non vide et majorée de admet une borne supérieure. Cette propriété est exactement ce qui distingue de : l'ensemble des rationnels de carré strictement inférieur à est non vide et majoré, mais il n'admet aucun plus petit majorant rationnel, parce que manque. Ajouter la borne supérieure, c'est précisément boucher tous ces trous. Une fois qu'elle est là, tout le reste suit : l'existence de la partie entière, la propriété d'Archimède, la densité de et des irrationnels, le théorème de la limite monotone, les suites adjacentes, les segments emboîtés, le théorème de Bolzano-Weierstrass. Retenez cette généalogie : chaque fois que ce chapitre affirmera qu'une limite existe sans la calculer, c'est la propriété de la borne supérieure qui travaillera en coulisse.
Les notations suivantes sont fixées une fois pour toutes. désigne une partie de ; et sont ses bornes supérieure et inférieure, et son plus grand et son plus petit élément lorsqu'ils existent. La partie entière d'un réel se note , et jamais ni . La valeur absolue se note , et les inégalités larges et . Une suite réelle se note , ou quand aucune confusion n'est possible ; son terme d'indice est . Une extractrice est une application strictement croissante, et est la suite extraite associée. La lettre désigne systématiquement une limite, un réel strictement positif arbitrairement petit, un rang à partir duquel une propriété est vraie. Enfin désigne l'ensemble des réels strictement positifs, et le symbole marque la fin d'une démonstration.
L'ensemble des nombres réels
Rappels sur l'ordre de R
Nous ne construirons pas : cette construction n'est pas au programme, et elle n'apprend rien sur la manière de s'en servir. Nous admettons l'existence d'un ensemble , contenant , muni d'une addition, d'une multiplication et d'une relation d'ordre, et nous recensons les propriétés qui serviront.
Définition
est un corps totalement ordonné : l'addition et la multiplication y ont les propriétés usuelles (associativité, commutativité, distributivité, existence de et de , existence d'un opposé pour tout réel et d'un inverse pour tout réel non nul), la relation est une relation d'ordre total (deux réels sont toujours comparables), et l'ordre est compatible avec les opérations :
- pour tous réels , , : si , alors ;
- pour tous réels , et tout réel : si , alors .
Toutes les règles de calcul sur les inégalités se déduisent de ces deux compatibilités. Nous les utiliserons ensuite sans les citer.
Propriété
Règles de calcul sur les inégalités. Soient , , , des réels.
- .
- Addition membre à membre : si et , alors .
- Multiplication : si et , alors (l'inégalité change de sens).
- Produit d'inégalités entre réels positifs : si et , alors .
- Passage à l'inverse : si , alors .
- Pour tout réel , . Pour et positifs ou nuls :
Démonstration. 2. De on tire , et de on tire . La transitivité donne .
4. Comme et , on a . Comme (car ) et , on a . Par transitivité, .
5. Supposons . Les réels et sont strictement positifs, car l'inverse d'un réel strictement positif est strictement positif (sinon leur produit, qui vaut , serait négatif ou nul). En multipliant l'inégalité par le réel positif , on obtient .
6. Si , alors ; si , alors et . Pour , l'implication s'obtient en appliquant fois le point 4. La réciproque s'en déduit par contraposition : si , le même argument donne . L'équivalence avec les racines carrées est le même énoncé, appliqué à et avec .
Remarque
Trois fautes à ne jamais commettre. On ne soustrait pas deux inégalités membre à membre : de et , on ne peut rien conclure sur et (prendre , , et : alors et , donc ). On ne divise pas une inégalité par une quantité dont on ignore le signe. Enfin, on ne multiplie deux inégalités membre à membre que si tous les nombres en jeu sont positifs : on a bien deux fois, et pourtant le produit des membres de gauche vaut , qui est strictement supérieur au produit des membres de droite.
Le petit résultat suivant est employé constamment, notamment pour démontrer une égalité par encadrement.
Propriété
Soit un réel. Si pour tout réel , alors .
En particulier, si et sont deux réels tels que pour tout , alors .
Démonstration. Supposons par l'absurde . Le réel est alors strictement positif, donc l'hypothèse s'applique et donne , c'est-à-dire , donc : contradiction. Ainsi .
Pour la seconde assertion, le réel vérifie pour tout , donc ; comme une valeur absolue est positive ou nulle, , donc .
Valeur absolue et distance
Définition
La valeur absolue d'un réel est le réel
On a donc et .
La distance de deux réels et est le réel positif .
Propriété
Soient et deux réels et un réel positif ou nul.
- , et .
- .
- , et si , .
- .
Démonstration. 1. et 2. résultent immédiatement de la définition, en distinguant les cas et .
3. On peut écrire , en utilisant que la racine carrée d'un produit de réels positifs est le produit des racines carrées.
4. Supposons . D'après le point 2, et , donc . Réciproquement, si , alors et , donc , c'est-à-dire .
Propriété
Inégalité triangulaire. Pour tous réels et ,
avec égalité si et seulement si , c'est-à-dire si et seulement si et sont de même signe (au sens large).
Démonstration. Les deux réels et sont positifs ou nuls. Comparer deux réels positifs revient à comparer leurs carrés, d'après le point 6 des règles de calcul. Or
où l'on a utilisé et . Comme , cette quantité est positive ou nulle, donc , puis .
Le calcul précédent montre de plus que l'égalité a lieu si et seulement si , c'est-à-dire si et seulement si .
Propriété
Seconde inégalité triangulaire. Pour tous réels et ,
Démonstration. En écrivant et en appliquant l'inégalité triangulaire,
En échangeant les rôles de et , on obtient de même . Le réel est égal à ou à : dans les deux cas, il est majoré par .
Propriété
Caractérisation des boules. Soient un réel et un réel positif ou nul. Pour tout réel ,
De même, .
Démonstration. D'après le point 4 de la propriété sur la valeur absolue appliqué au réel ,
la dernière équivalence s'obtenant en ajoutant à chaque membre. C'est exactement l'appartenance à . Le cas strict est identique.
Remarque
Cette équivalence est le cœur de tout le chapitre. La valeur absolue mesure une distance : dire que est petit, c'est dire que est proche de , c'est-à-dire que appartient à un petit intervalle centré en . Chaque fois que vous verrez , traduisez mentalement : « est dans l'intervalle ».
Remarque
Par récurrence immédiate, l'inégalité triangulaire se généralise à un nombre fini de termes : pour tous réels ,
Majorants, minorants, maximum et minimum
Dans toute cette section, désigne une partie de .
Définition
- Un réel est un majorant de lorsque . Si admet au moins un majorant, est dite majorée.
- Un réel est un minorant de lorsque . Si admet au moins un minorant, est dite minorée.
- est bornée lorsqu'elle est à la fois majorée et minorée.
Propriété
Une partie de est bornée si et seulement s'il existe un réel tel que pour tout .
Démonstration. Supposons bornée : il existe et tels que pour tout . Posons , qui est positif ou nul. Pour , on a et , donc .
Réciproquement, si pour tout , alors pour tout : est majorée par et minorée par .
Définition
- Un réel est le plus grand élément (ou maximum) de lorsque et est un majorant de .
- Un réel est le plus petit élément (ou minimum) de lorsque et est un minorant de .
Propriété
Une partie de admet au plus un maximum, et au plus un minimum. Lorsqu'ils existent, on les note et .
Démonstration. Soient et deux maximums de . Comme et que majore , on a . Comme et que majore , on a . L'antisymétrie de l'ordre donne . La démonstration pour le minimum est identique.
Remarque
Un majorant de n'a aucune raison d'appartenir à : le réel majore . Un maximum, lui, appartient à par définition : c'est un majorant atteint. Et un majorant n'est jamais unique : tout réel plus grand qu'un majorant en est un autre.
Exemple
a. . L'ensemble des majorants de est , celui des minorants est . On a et .
b. . Cette partie est majorée (par , par , ...), mais elle n'a pas de maximum. Supposons en effet qu'un réel soit maximum de : alors , donc . Posons . De on tire , donc et , ce qui contredit le fait que majore . Il n'y a donc pas de maximum. En revanche .
c. est minorée (par ) et admet , mais nous verrons qu'elle n'est pas majorée.
d. admet , mais pas de minimum : pour tout , l'élément de est strictement plus petit que , donc aucun élément de ne minore .
L'exemple b est fondamental : une partie peut être majorée sans avoir de plus grand élément. Le nombre y joue pourtant un rôle particulier, celui de « plus petit majorant ». C'est cette idée que formalise la section suivante.
Borne supérieure et borne inférieure
Définition
Soit une partie de .
- On appelle borne supérieure de , notée , le plus petit des majorants de , lorsqu'il existe. Autrement dit, signifie : est un majorant de , et tout majorant de vérifie .
- On appelle borne inférieure de , notée , le plus grand des minorants de , lorsqu'il existe.
Remarque
La borne supérieure est, par définition, le minimum de l'ensemble des majorants de . Comme un minimum est unique, la borne supérieure est unique lorsqu'elle existe : l'article défini et la notation sont légitimes.
Propriété
Propriété de la borne supérieure (ADMISE). Toute partie de non vide et majorée admet une borne supérieure.
Cet énoncé est le seul de tout le chapitre que nous ne démontrerons pas : sa démonstration exigerait une construction de , hors programme. Il faut en revanche mesurer sa portée.
Remarque
Cette propriété est FAUSSE dans , et c'est précisément ce qui distingue de . Considérons
Cette partie de est non vide () et majorée par (si , alors ). Pourtant, elle n'admet aucun plus petit majorant rationnel. Soit en effet un majorant rationnel de ; comme , , et puisque n'est pas rationnel. Posons
Si , alors et , donc : le réel ne majore pas , ce qui est exclu. Donc ; mais alors et , et majore encore (pour avec , de on tire ; et si , alors car ). Ainsi n'est jamais le plus petit majorant rationnel. Dans , la borne supérieure de n'existe pas ; dans , elle existe et vaut .
Propriété
Toute partie de non vide et minorée admet une borne inférieure. De plus, si est non vide et minorée, en notant , on a
Démonstration. Soit une partie non vide et minorée de , et soit un minorant de . L'ensemble est non vide (car l'est), et il est majoré par : en effet, pour tout , on a , donc . La propriété de la borne supérieure s'applique à : posons . Montrons que est la borne inférieure de .
minore . Soit . Alors , donc , donc .
est le plus grand des minorants. Soit un minorant quelconque de . Pour tout , , donc : ainsi majore . Comme est le plus petit des majorants de , on a , c'est-à-dire .
Donc est un minorant de supérieur ou égal à tout minorant de : c'est .
Propriété
Caractérisation de la borne supérieure par les . Soient une partie non vide de et un réel. On a si et seulement si les deux conditions suivantes sont réunies :
- majore : ;
- .
De même, si et seulement si minore et .
Démonstration. Supposons . La condition 1 est vérifiée puisque est un majorant. Soit . Le réel est strictement inférieur à ; comme est le plus petit des majorants, n'est pas un majorant de . La négation de « » fournit un élément tel que .
Supposons les conditions 1 et 2. La condition 1 dit que est un majorant. Soit un majorant de et supposons par l'absurde . Posons : la condition 2 fournit tel que , ce qui contredit le fait que majore . Donc pour tout majorant : est le plus petit des majorants, c'est-à-dire .
Le cas de la borne inférieure s'obtient en appliquant ce qui précède à .
Propriété
Soit une partie non vide de .
- Si admet un maximum, alors existe et .
- Si existe et appartient à , alors admet un maximum et .
Démonstration. 1. Posons . C'est un majorant de . Si est un autre majorant, alors, comme , on a . Donc est le plus petit des majorants.
2. Si , alors est un élément de qui majore : c'est par définition le maximum de .
Remarque
Retenez la hiérarchie : le maximum peut ne pas exister, la borne supérieure existe toujours dès que la partie est non vide et majorée. Pour , on a alors que n'existe pas. La borne supérieure est donc l'outil universel : c'est pour cela que tous les théorèmes d'existence du chapitre reposent sur elle et non sur le maximum.
Notez enfin la convention usuelle : si n'est pas majorée, on écrit parfois , mais ce n'est qu'une commodité de langage, n'étant pas un réel.
Méthode
Montrer que . La démonstration comporte toujours deux temps, qu'il faut annoncer.
- majore : « Soit ... donc ».
- est le plus petit des majorants, au choix par l'une des trois voies suivantes :
- par les : « Soit . Posons ; alors et » ;
- par un majorant quelconque : « Soit un majorant de ; montrons » ;
- par une suite : exhiber une suite d'éléments de qui converge vers (caractérisation séquentielle, plus loin dans ce chapitre).
Et surtout : commencez par regarder si . Si oui, , et la deuxième étape est inutile.
Exemple
a. Soit . Montrons que .
majore : tout élément de vérifie , donc .
est le plus petit majorant : soit . Si , le réel appartient à et vérifie . Si , le réel vérifie , donc , et . Dans les deux cas, la caractérisation est vérifiée, donc . Comme , cette borne supérieure n'est pas un maximum. On montre de même que .
b. Soit . Cette partie est non vide () et majorée par , donc elle admet une borne supérieure. On a : d'une part, si alors , donc (un réel supérieur ou égal à a un carré supérieur ou égal à ) ; d'autre part, pour , le réel appartient à et vérifie .
Partie entière
Le résultat suivant paraît évident ; il ne l'est pas, et sa démonstration est le premier usage vraiment sérieux de la propriété de la borne supérieure.
Propriété
n'est pas majoré dans : pour tout réel , il existe un entier naturel tel que .
Démonstration. Supposons par l'absurde que soit majoré. Comme est non vide, la propriété de la borne supérieure lui associe un réel . Appliquons la caractérisation par les avec : il existe un entier tel que . Alors , et est un entier naturel : ne majore donc pas , ce qui contredit sa définition. Ainsi n'est pas majoré, ce qui signifie exactement qu'aucun réel ne majore , c'est-à-dire qu'il existe toujours un entier .
Propriété
Existence et unicité de la partie entière. Pour tout réel , il existe un unique entier relatif tel que
Cet entier s'appelle la partie entière de et se note . On a donc, pour tout réel ,
Démonstration. Existence. Soit et posons
Cette partie de est non vide : d'après la propriété précédente appliquée à , il existe tel que , donc , et l'entier relatif appartient à . Elle est majorée par . La propriété de la borne supérieure lui associe donc .
Montrons que admet un plus grand élément. Par la caractérisation par les appliquée avec , il existe tel que . Si un entier vérifiait , alors, et étant des entiers, on aurait , ce qui contredirait le fait que majore . Donc majore , et comme , c'est le plus grand élément de .
Par définition de , on a . Et est un entier strictement plus grand que , donc , c'est-à-dire . Ainsi .
Unicité. Soient et deux entiers relatifs tels que et . De et on tire , donc puisque ce sont des entiers. En échangeant les rôles, . Donc .
Exemple
, , et .
Le cas des réels négatifs est le piège classique : la partie entière est l'entier immédiatement inférieur ou égal, ce n'est pas « le nombre tronqué ». Pour , on a bien , alors que est faux.
Propriété
Soient un réel et un entier relatif.
- .
- .
- .
Démonstration. 1. Si , l'entier vérifie , donc par unicité. Réciproquement, si , alors est un entier puisque en est un.
2. Posons , de sorte que . En ajoutant , il vient , et est un entier relatif : par unicité, .
3. C'est la reformulation directe de l'unicité.
Remarque
En revanche, n'a aucune raison de valoir : pour , le membre de gauche vaut et celui de droite . La partie entière n'est pas « additive ».
Définition
Soient un réel et un entier naturel. Le réel
s'appelle l'approximation décimale de à près par défaut.
Propriété
Avec les notations précédentes, pour tout :
De plus, est un nombre décimal, donc un rationnel.
Démonstration. L'encadrement de la partie entière appliqué au réel donne
En divisant les trois membres par le réel strictement positif , on obtient . Enfin est le quotient d'un entier par : c'est un décimal.
Exemple
Pour , on obtient successivement , , , . Ces rationnels approchent d'aussi près que l'on veut : c'est déjà, en germe, la densité de dans , et nous verrons plus loin que la suite converge vers .
Intervalles et densité
Définition
On appelle intervalle de toute partie de l'une des formes suivantes, où et désignent des réels avec :
Un intervalle de la forme s'appelle un segment. Les réels et sont les extrémités de l'intervalle.
Propriété
Caractérisation des intervalles. Une partie de est un intervalle si et seulement si elle est convexe, c'est-à-dire :
Démonstration. Chacune des formes énumérées est manifestement convexe : elle est définie par des inégalités sur du type (ou ) et (ou ), inégalités qui se transmettent par encadrement. Par exemple pour : si et , alors et , donc .
Supposons convexe. Si est vide, c'est un intervalle. Supposons donc non vide et distinguons selon que est bornée ou non ; pour unifier l'écriture, posons
- si est minorée, et convenons d'écrire sinon ;
- si est majorée, et convenons d'écrire sinon.
Ces bornes existent bien lorsque est minorée ou majorée, puisque est non vide.
Montrons que . Soit un réel tel que (avec les conventions ci-dessus). Comme , le réel n'est pas un minorant de : si est minorée, cela vient de ce que est le plus grand des minorants ; si n'est pas minorée, aucun réel ne la minore. Il existe donc tel que . Symétriquement, comme , le réel ne majore pas , donc il existe tel que . On a alors avec , donc par convexité.
Montrons que , avec la convention que cet ensemble est si , etc. C'est immédiat : tout élément de est compris entre un minorant et un majorant de .
Ainsi . L'ensemble est donc égal à auquel on a éventuellement ajouté , éventuellement ajouté : c'est exactement l'une des formes de la définition.
Propriété
Propriété d'Archimède. Pour tout réel et tout réel , il existe un entier naturel tel que .
En particulier, pour tout , il existe tel que .
Démonstration. Soient et . Comme n'est pas majoré, il existe tel que . En multipliant par le réel strictement positif , on obtient .
Pour la conséquence, appliquons ce qui précède avec et : il existe tel que . Un tel est non nul (car ), et en divisant par on obtient .
Remarque
La propriété d'Archimède dit qu'aucun réel n'est « infiniment grand » devant un autre : en répétant assez souvent un pas de longueur , on finit toujours par dépasser n'importe quelle borne. C'est elle qui permettra, dans presque toutes les démonstrations de limite, de choisir un rang tel que .
Définition
Une partie de est dense dans lorsque tout intervalle ouvert non vide de contient au moins un élément de :
Propriété
Densité de dans . Entre deux réels distincts, il existe toujours un rationnel : pour tous réels , il existe tel que .
Démonstration. Soient et deux réels avec . Alors , et la propriété d'Archimède fournit un entier tel que
Posons , qui est un entier relatif, puis . L'encadrement de la partie entière donne , d'où :
- d'une part , donc ;
- d'autre part , donc
Ainsi , avec rationnel.
Propriété
Densité de dans . Entre deux réels distincts, il existe toujours un irrationnel : pour tous réels , il existe tel que .
Démonstration. Soient . Alors , et la densité de fournit un rationnel tel que
Posons . En ajoutant aux trois membres, .
Reste à voir que est irrationnel. Si était rationnel, alors serait la différence de deux rationnels, donc un rationnel, ce qui est faux (l'irrationalité de a été établie au chapitre sur les modes de raisonnement). Donc .
Remarque
Ces deux résultats disent que les rationnels et les irrationnels sont inextricablement mêlés : aussi petit que soit un intervalle ouvert non vide, il contient une infinité de rationnels et une infinité d'irrationnels. Pourquoi une infinité ? Parce que s'il n'y avait qu'un nombre fini de rationnels dans , on pourrait choisir l'un d'eux, disons , minimal, et appliquer de nouveau la densité à l'intervalle pour en fabriquer un plus petit.
Nous donnerons plus loin une seconde formulation, souvent plus commode : est dense dans si et seulement si tout réel est limite d'une suite d'éléments de .
Suites réelles : premières définitions
Vocabulaire
Définition
Une suite réelle est une application de dans . Si désigne cette application, on note (et non ) l'image de l'entier , appelée terme d'indice de la suite, et l'on note la suite elle-même , ou simplement .
On considère aussi des suites définies à partir d'un rang , notées : c'est le cas par exemple de .
Remarque
Distinguez soigneusement , qui est une suite, de , qui est un réel. Écrire « la suite » est une faute de langage ; écrire « la limite de la suite » et « la limite de quand tend vers » sont en revanche corrects tous les deux.
Une suite peut être donnée de plusieurs manières : par une formule explicite , par une relation de récurrence accompagnée d'un premier terme, ou par une relation de récurrence d'ordre accompagnée de deux premiers termes.
Définition
Soit une suite réelle.
- est majorée lorsque ;
- est minorée lorsque ;
- est bornée lorsqu'elle est majorée et minorée.
Propriété
Une suite est bornée si et seulement s'il existe un réel tel que
Démonstration. C'est la propriété démontrée pour les parties bornées de , appliquée à l'ensemble des valeurs prises par la suite. Explicitement : si pour tout , le réel convient ; réciproquement, équivaut à .
Remarque
C'est la formulation avec la valeur absolue qu'il faut retenir et utiliser : elle ne fait intervenir qu'une constante, ce qui simplifie tous les calculs. L'ordre des quantificateurs est essentiel : le réel est choisi avant , il ne doit donc pas dépendre de . Écrire « » ne prouve rien.
Définition
Soit une suite réelle.
- est croissante lorsque , et strictement croissante lorsque .
- est décroissante lorsque , et strictement décroissante lorsque .
- est monotone lorsqu'elle est croissante ou décroissante.
- est constante lorsque , et stationnaire lorsqu'elle est constante à partir d'un certain rang :
Remarque
Toutes ces propriétés peuvent n'être vraies qu'à partir d'un certain rang ; on dit alors que la suite est croissante à partir du rang , etc. Aucune des propriétés de limite étudiées plus loin n'est affectée par la modification d'un nombre fini de termes, donc les théorèmes d'existence de limite s'appliqueront sans changement à une suite monotone à partir d'un certain rang. En revanche, l'identification de la limite à la borne supérieure de l'ensemble des termes, elle, tombe en défaut : la suite qui vaut au rang puis croît de vers a pour limite , et pour borne supérieure .
Attention : une suite peut n'être ni croissante ni décroissante ; c'est même le cas général. La suite en est l'exemple type.
Méthode
Étudier la monotonie d'une suite. Trois techniques, à essayer dans cet ordre.
- Signe de la différence . C'est la méthode universelle : on calcule, on réduit au même dénominateur, on factorise, on conclut sur le signe.
- Comparaison du quotient à , réservée aux suites à termes strictement positifs : si pour tout , la suite est croissante ; si ce quotient est inférieur ou égal à , elle est décroissante. Cette méthode est la bonne dès que la suite contient des puissances, des factorielles ou des produits.
- Passage par une fonction : si où est monotone sur , alors a le même sens de variation. On étudie par le signe de . Attention, la réciproque est fausse : une suite peut être croissante sans que la fonction associée le soit.
Une suite définie par récurrence ne s'étudie jamais par la méthode 3 : voir la dernière section du chapitre.
Exemple
a. Soit pour . Alors
La suite est donc strictement croissante. Elle est de plus majorée par , puisque équivaut à .
b. Soit pour . Tous les termes sont strictement positifs, et
Ce quotient est inférieur ou égal à dès que : la suite est décroissante à partir du rang . Elle est minorée par .
Limite d'une suite
Définition
Soient une suite réelle et un réel. On dit que converge vers , et l'on note ou , lorsque
Une suite est dite convergente lorsqu'il existe un réel vers lequel elle converge, et divergente dans le cas contraire.
Définition
Soit une suite réelle.
- tend vers , et l'on note , lorsque
- tend vers lorsque .
Remarque
Quelques précisions de lecture, toutes essentielles.
- Le rang dépend de : il est introduit après lui. Plus est petit, plus est grand en général. Écrire un qui ne dépend pas de est presque toujours une erreur.
- La conclusion ne porte que sur les : la définition est une propriété à partir d'un certain rang. Modifier, supprimer ou ajouter un nombre fini de termes ne change donc ni la nature (convergente ou divergente) ni la limite d'une suite.
- Remplacer par donne une définition équivalente : si l'inégalité large vaut pour tout , elle vaut en particulier pour , ce qui donne l'inégalité stricte pour . Utilisez la forme qui vous arrange.
- Une suite qui tend vers est divergente : le mot « diverge » ne signifie pas « part à l'infini », il signifie « ne converge pas ». Une suite divergente peut tendre vers ou osciller, comme .
Exemple
Deux limites établies à partir de la définition.
a. Montrons que la suite converge vers . Pour ,
Soit . Posons , qui est un entier naturel non nul vérifiant , donc . Pour tout , on a , donc . La définition est vérifiée.
b. Montrons que la suite tend vers . Soit . Comme n'est pas majoré, il existe un entier , et quitte à remplacer par on peut supposer . Pour tout , on a alors , donc . La définition est vérifiée.
Propriété
Unicité de la limite. Une suite réelle admet au plus une limite : si et avec , alors .
Démonstration. Supposons par l'absurde , et posons
Par définition de la convergence vers , il existe tel que pour tout . Par définition de la convergence vers , il existe tel que pour tout . Posons et prenons . L'inégalité triangulaire donne alors
On en tire , donc , donc : c'est la contradiction cherchée.
Propriété
Toute suite convergente est bornée.
Démonstration. Soit une suite convergeant vers . Appliquons la définition avec la valeur particulière : il existe tel que
Pour , l'inégalité triangulaire donne alors
Les termes d'indice sont en nombre fini : posons
qui est bien défini comme maximum d'un ensemble fini non vide de réels. Alors pour tout : la suite est bornée.
Remarque
La réciproque est fausse. La suite est bornée (par ) et pourtant divergente. Démontrons-le, car c'est un modèle de rédaction. Supposons qu'elle converge vers un réel , et appliquons la définition avec : il existe tel que pour tout . En appliquant cela aux rangs et , dont les termes valent et dans un ordre ou dans l'autre :
ce qui est absurde. La suite est donc divergente.
Retenez le sens utile de l'implication : une suite non bornée ne peut pas converger. C'est un argument de divergence très économique.
Propriété
Soient une suite réelle et un réel. Les assertions suivantes sont équivalentes.
- ;
- ;
- .
De plus, si , alors ; la réciproque est fausse.
Démonstration. Les trois assertions s'écrivent, une fois les définitions développées, avec exactement la même inégalité : ce sont donc la même propriété. Par exemple, dire que , c'est dire que à partir d'un certain rang, or ce nombre vaut .
Supposons et soit . À partir d'un certain rang, ; la seconde inégalité triangulaire donne alors
donc . La réciproque est fausse : pour , la suite est constante égale à donc converge, alors que diverge. Seul le cas fait exception, puisque équivaut à .
Opérations sur les limites
Propriété
Opérations sur les limites finies. Soient et deux suites convergeant respectivement vers et , et soit . Alors :
- et ;
- ;
- si , alors à partir d'un certain rang et .
Démonstration. 1. Soit . Il existe tel que pour , et tel que pour . Pour , l'inégalité triangulaire donne
2. La suite est convergente donc bornée : il existe tel que pour tout . Écrivons
d'où . Soit et posons . Il existe un rang à partir duquel et . Pour ,
3. Il suffit de traiter le cas de l'inverse, puis d'appliquer le point 2. Supposons et appliquons la définition de la limite avec : il existe tel que pour . La seconde inégalité triangulaire donne alors, pour ,
En particulier pour , et pour ces indices
Soit : à partir d'un certain rang , on a , donc .
Les résultats correspondants pour les limites infinies se résument dans les tableaux suivants, où et désignent des réels. Ils se démontrent tous sur le même modèle, à partir des définitions.
Somme. Limite de :
| indéterminé |
Produit. Limite de , la règle des signes s'appliquant aux infinis :
| indéterminé |
Inverse. Limite de , où signifie que avec à partir d'un certain rang :
Remarque
Les quatre formes indéterminées sont
« Indéterminé » ne veut pas dire « pas de limite » : cela veut dire que la connaissance des limites de et de ne suffit pas à conclure, et qu'il faut transformer l'écriture. Ainsi , , : trois formes , trois réponses différentes.
Trois autres formes indéterminées, , et , apparaissent avec les puissances ; on les traite en écrivant , ce qui ramène l'indétermination à la forme .
Méthode
Lever une forme indéterminée. Deux réflexes couvrent l'essentiel des cas rencontrés à ce stade.
- Factoriser le terme dominant au numérateur et au dénominateur, puis simplifier. Pour un quotient de polynômes en , on factorise par la plus haute puissance de de chaque membre.
- Multiplier par la quantité conjuguée, dès qu'apparaît une différence de deux racines carrées, ou une différence entre une racine carrée et un autre terme : on utilise pour faire disparaître les racines du numérateur.
Dans les deux cas, l'objectif est le même : réécrire l'expression sous une forme où les opérations sur les limites s'appliquent directement.
Exemple
a. Soit . La forme est . Pour , factorisons en haut et en bas :
Le numérateur tend vers et le dénominateur vers , donc .
b. Soit . La forme est . Multiplions par la quantité conjuguée :
Le dénominateur tend vers , donc .
c. Soit . Même technique :
la dernière égalité s'obtenant en divisant numérateur et dénominateur par , et en utilisant pour . Le dénominateur tend vers , donc . Notez que le résultat n'était pas devinable : la « différence de deux infinis » vaut ici .
Limites et inégalités
Propriété
Passage à la limite dans une inégalité large. Soient et deux suites convergentes, de limites respectives et . Si à partir d'un certain rang, alors
Démonstration. Supposons par l'absurde et posons . Il existe un rang à partir duquel, simultanément, , et . Pour un tel :
Or , donc , d'où
c'est-à-dire : cela contredit . Donc .
Remarque
Les inégalités STRICTES ne se conservent pas. Si pour tout , on peut seulement conclure . Contre-exemple minimal : et pour vérifient pour tout , et pourtant les deux limites valent .
C'est l'une des erreurs les plus fréquentes des copies. Retenez la formule : le passage à la limite affaiblit les inégalités.
Propriété
Conséquences immédiates. Soit une suite convergeant vers .
- Si à partir d'un certain rang, alors .
- Si à partir d'un certain rang, alors .
Démonstration. Il suffit d'appliquer le théorème précédent en comparant à la suite constante égale à , puis aux suites constantes égales à et à , dont les limites sont , et .
Propriété
Théorème d'encadrement (dit « théorème des gendarmes »). Soient , et trois suites réelles telles que, à partir d'un certain rang,
Si et convergent vers la même limite , alors converge, et .
Démonstration. Soit . Il existe tel que pour , un rang tel que pour , et un rang à partir duquel l'encadrement est vrai. Posons et soit . Alors
la première et la dernière inégalité provenant de et . On en déduit , c'est-à-dire . La suite converge donc vers .
Remarque
L'intérêt majeur de ce théorème est qu'il démontre l'existence de la limite de : on ne suppose pas convergente, on l'obtient. C'est ce qui le distingue du passage à la limite dans les inégalités, où toutes les convergences sont supposées connues.
Attention à l'hypothèse « la même limite » : si et , l'encadrement ne donne rien.
Propriété
Cas particulier très utilisé. Soient une suite réelle, un réel et une suite telle que
Alors .
Démonstration. On a à partir d'un certain rang, et les deux suites encadrantes tendent vers . Le théorème des gendarmes donne , c'est-à-dire .
Propriété
Théorèmes de minoration et de majoration. Soient et deux suites telles que à partir d'un certain rang.
- Si , alors .
- Si , alors .
Démonstration. 1. Soit . Comme , il existe tel que pour ; soit un rang à partir duquel . Pour , on a . Donc .
2. Se déduit du point 1 appliqué aux suites et , qui vérifient .
Propriété
Suite bornée multipliée par une suite de limite nulle. Si est bornée et si , alors .
Démonstration. Il existe tel que pour tout . Alors
Comme , on a , donc par produit par une constante. Le théorème des gendarmes donne , c'est-à-dire .
Remarque
Il ne s'agit surtout pas d'une forme indéterminée : la suite n'a pas de limite infinie, elle reste bornée. C'est précisément ce qui rend l'énoncé si commode, car on n'a besoin d'aucune hypothèse de convergence sur .
Exemple
a. : la suite est bornée (par ) et . On peut aussi encadrer directement : .
b. , pour la même raison. Remarquez que n'a pas de limite : cela n'empêche nullement de conclure.
c. Une limite classique avec la partie entière. Soit un réel fixé. Montrons que . L'encadrement de la partie entière donne, pour tout ,
En divisant par :
Les deux suites encadrantes convergent vers , donc le théorème des gendarmes donne . Le même calcul avec à la place de montre que la suite des approximations décimales de converge vers .
Théorèmes d'existence de limites
Les théorèmes de cette partie ont tous le même statut, et c'est ce qui fait leur valeur : ils affirment qu'une limite existe, sans la donner. Ce sont les seuls outils dont nous disposions pour étudier une suite dont on ne sait pas calculer le terme général, et ils descendent tous de la propriété de la borne supérieure.
Théorème de la limite monotone
Propriété
Théorème de la limite monotone. Soit une suite réelle et notons l'ensemble de ses valeurs.
- Si est croissante et majorée, alors elle converge, et .
- Si est croissante et non majorée, alors .
- Si est décroissante et minorée, alors elle converge, et .
- Si est décroissante et non minorée, alors .
En particulier, toute suite monotone admet une limite, finie ou infinie.
Démonstration. 1. Supposons croissante et majorée. L'ensemble est non vide (il contient ) et majoré : la propriété de la borne supérieure lui associe . Montrons que .
Soit . D'après la caractérisation de la borne supérieure par les , le réel n'est pas un majorant de : il existe donc un élément de strictement supérieur à , c'est-à-dire un rang tel que
Soit maintenant . La croissance de la suite donne , et majore donc . On obtient
d'où . La définition de la limite est vérifiée : .
2. Supposons croissante et non majorée. Soit . Comme ne majore pas la suite, il existe un rang tel que . Pour tout , la croissance donne . Donc .
3. et 4. S'obtiennent en appliquant les points 1 et 2 à la suite , qui est croissante, et en utilisant .
Remarque
Deux précisions qui évitent des contresens.
- Une suite croissante et majorée converge vers la borne supérieure de l'ensemble de ses valeurs, pas vers le majorant que vous avez utilisé. Si vous montrez que pour tout , vous prouvez que la suite converge, pas qu'elle converge vers .
- Une suite croissante et majorée vérifie pour tout , où est sa limite : la limite est atteinte « par en dessous ». C'est immédiat puisque majore .
Méthode
Montrer qu'une suite converge sans calculer sa limite. C'est le premier réflexe du chapitre.
- Étudier la monotonie (signe de , ou quotient si les termes sont strictement positifs).
- Si la suite est croissante, chercher un majorant ; si elle est décroissante, chercher un minorant. Ce majorant peut être grossier : sa valeur n'a aucune importance, seule son existence compte.
- Conclure par le théorème de la limite monotone.
Reste ensuite, éventuellement, à identifier la limite par un autre moyen (encadrement, relation de récurrence, calcul explicite).
Exemple
Soit la suite définie par
Monotonie. Pour tout , : la suite est strictement croissante.
Majoration. Pour , on a , donc
En sommant cette inégalité pour allant de à , la somme de droite se télescope :
En ajoutant le terme , il vient pour tout .
Conclusion. La suite est croissante et majorée par : d'après le théorème de la limite monotone, elle converge. Sa limite vérifie par passage à la limite dans l'encadrement . Sa valeur exacte n'est pas accessible avec les outils de ce chapitre, et c'est bien le message : on démontre l'existence d'une limite qu'on ne sait pas calculer.
Suites adjacentes
Définition
Deux suites réelles et sont adjacentes lorsque :
- est croissante ;
- est décroissante ;
- .
Propriété
Théorème des suites adjacentes. Si et sont adjacentes, alors elles convergent toutes les deux vers la même limite , et pour tout ,
Démonstration. Posons .
La suite est décroissante et positive. En effet,
puisque le premier terme est négatif ou nul ( décroît) et le second positif ou nul ( croît). Supposons maintenant qu'il existe un rang tel que . Pour tout , la décroissance donne ; en passant à la limite dans l'inégalité large , on obtient , ce qui contredit . Donc pour tout , c'est-à-dire
Convergence. Pour tout , la croissance de et la décroissance de donnent
Ainsi est croissante et majorée par : elle converge vers un réel . De même, est décroissante et minorée par : elle converge vers un réel . Par différence des limites,
donc .
Encadrement. La suite est croissante de limite , donc majore tous les : . Symétriquement, minore tous les . D'où pour tout .
Remarque
L'encadrement final est le vrai intérêt pratique du théorème : les deux suites fournissent, à chaque rang, un encadrement de la limite de largeur aussi fine que l'on veut. C'est le principe de toutes les méthodes d'approximation numérique d'un nombre que l'on ne sait pas calculer.
Attention à l'hypothèse 3 : sans elle, deux suites monotones peuvent parfaitement converger vers des limites différentes. Vérifiez toujours les trois conditions.
Exemple
Reprenons et posons pour . Montrons que ces deux suites sont adjacentes.
est croissante : c'est établi plus haut.
est décroissante : pour ,
La différence tend vers : .
Les deux suites sont donc adjacentes : elles convergent vers une même limite , et pour tout ,
Pour , cela donne un encadrement de d'amplitude , et il suffit de prendre assez grand pour obtenir la précision souhaitée. Nous avons ainsi non seulement l'existence de , mais un procédé pour l'approcher.
Propriété
Théorème des segments emboîtés. Soit une suite de segments de telle que :
- pour tout (les segments sont emboîtés) ;
- .
Alors il existe un unique réel appartenant à tous ces segments :
et est la limite commune des suites et .
Démonstration. L'inclusion signifie exactement
Ainsi est croissante, est décroissante, et par hypothèse : les suites et sont adjacentes. Elles convergent donc vers une même limite , et le théorème précédent donne
c'est-à-dire pour tout : le réel appartient à l'intersection.
Réciproquement, soit un élément de l'intersection : pour tout , . En passant à la limite dans ces deux inégalités larges, on obtient et , donc . L'intersection est donc réduite à .
Remarque
L'hypothèse 2 est indispensable pour obtenir un unique point : les segments sont emboîtés, mais leur intersection est tout entier. L'hypothèse « segments » l'est tout autant : les intervalles ouverts sont emboîtés et de longueur tendant vers , mais leur intersection est vide.
Suites extraites
Définition
Une extractrice est une application strictement croissante. Si est une suite réelle et une extractrice, la suite est appelée suite extraite (ou sous-suite) de .
Exemple
Les extractrices les plus fréquentes sont , qui donne la suite des termes d'indice pair, , qui donne , et , qui donne la suite « décalée » . Une suite extraite s'obtient en gardant une infinité de termes de la suite initiale, sans changer leur ordre.
Propriété
Pour toute extractrice et tout , on a .
Démonstration. Par récurrence sur . Notons l'assertion « ».
Initialisation. est un entier naturel, donc : est vraie.
Hérédité. Soit , supposons . Comme est strictement croissante, . Or et sont des entiers, donc entraîne : est vraie.
Conclusion. Par récurrence, pour tout .
Propriété
Si et sont deux extractrices, alors en est une : une suite extraite d'une suite extraite de est encore une suite extraite de .
Démonstration. L'application va de dans . Soient des entiers. Comme est strictement croissante, ; comme est strictement croissante, . Donc est strictement croissante.
Propriété
Théorème. Si une suite converge vers , alors toute suite extraite de converge vers . Le même énoncé vaut pour les limites infinies.
Démonstration. Soient une extractrice et . Comme , il existe tel que
Soit . D'après la propriété précédente, , donc l'inégalité ci-dessus s'applique à l'indice :
Le même rang convient donc pour la suite extraite : . La démonstration est identique pour une limite infinie, en remplaçant l'inégalité par .
Méthode
Montrer qu'une suite DIVERGE. La contraposée du théorème précédent fournit la méthode la plus efficace : il suffit d'exhiber
- soit deux suites extraites convergeant vers des limites différentes ;
- soit une suite extraite divergente (par exemple non bornée).
En pratique, on essaie presque toujours les indices pairs et les indices impairs.
Exemple
a. La suite diverge : la suite extraite est constante égale à , donc converge vers , tandis que est constante égale à , donc converge vers . Deux limites différentes, donc pas de limite.
b. Soit . Alors
La suite diverge, bien qu'elle soit bornée.
Définition
Soient une suite réelle et un réel. On dit que est une valeur d'adhérence de lorsqu'il existe une suite extraite de qui converge vers .
Remarque
Une suite convergente possède exactement une valeur d'adhérence, sa limite, d'après le théorème ci-dessus. La réciproque est fausse en général : la suite définie par si est pair et si est impair admet pour unique valeur d'adhérence, mais diverge (elle n'est pas bornée).
La suite possède exactement deux valeurs d'adhérence, et . Une suite peut en avoir une infinité.
Propriété
Critère des indices pairs et impairs. Soient une suite réelle et un réel. Si
alors .
Démonstration. Soit . Il existe tel que pour tout , et tel que pour tout . Posons
et soit . Deux cas se présentent, et ils couvrent toutes les possibilités.
Cas 1 : est pair, disons . Alors , donc , donc .
Cas 2 : est impair, disons . Alors , donc , donc .
Dans les deux cas , donc .
Remarque
L'hypothèse « la même limite » est essentielle : et n'entraînent rien, sinon la divergence. Notez aussi que les deux suites extraites considérées ici recouvrent tous les indices, ce qui n'est pas le cas de deux suites extraites quelconques : c'est pour cela que le critère fonctionne dans ce sens.
Théorème de Bolzano-Weierstrass
Propriété
Théorème de Bolzano-Weierstrass. De toute suite réelle bornée, on peut extraire une suite convergente.
Autrement dit, toute suite réelle bornée admet au moins une valeur d'adhérence.
Démonstration. Soit une suite bornée : il existe deux réels tels que pour tout . Nous construisons par dichotomie une suite de segments emboîtés contenant une infinité de termes de la suite.
Construction des segments. Construisons par récurrence une suite de segments telle que, pour tout :
- ;
- ;
- l'ensemble est infini.
Pour , on a , qui est infini, et les deux autres conditions sont trivialement vérifiées. Supposons construit, avec infini, et posons . Tout indice de vérifie ou , donc
Si ces deux ensembles étaient finis, leur réunion le serait, et aussi : c'est exclu. L'un au moins est donc infini ; choisissons égal à celle des deux moitiés dont l'ensemble d'indices est infini (par exemple la moitié gauche si les deux conviennent). Les trois conditions sont satisfaites, la longueur ayant été divisée par .
Construction de l'extractrice. Définissons par récurrence. Posons , qui appartient à . Supposons construit avec . L'ensemble étant infini, il contient des entiers arbitrairement grands, donc au moins un entier strictement supérieur à ; notons le plus petit d'entre eux. Par construction, est strictement croissante, c'est une extractrice, et
Conclusion. Les suites et sont adjacentes : est croissante et décroissante d'après l'emboîtement, et
En effet, une récurrence immédiate donne pour tout , donc , et le théorème des gendarmes conclut. Les deux suites convergent donc vers une même limite . Comme
pour tout , le théorème des gendarmes donne . La suite extraite converge : le théorème est démontré.
Remarque
Le rôle de ce théorème. Il transforme une hypothèse très faible, « la suite est bornée », en une conclusion forte, « il existe une sous-suite convergente ». C'est l'outil de dernier recours quand on ne sait rien de la monotonie de la suite, et il intervient dans la démonstration de la plupart des grands théorèmes d'analyse des chapitres suivants.
Notez bien ce qu'il ne dit pas : une suite bornée ne converge pas nécessairement (revoir ). Il affirme seulement l'existence d'une valeur d'adhérence, sans unicité.
Une conséquence utile : si une suite bornée admet une unique valeur d'adhérence, alors elle converge vers celle-ci. Nous ne démontrerons pas ce raffinement ici.
Caractérisations séquentielles
Les suites permettent de reformuler les notions de la première partie. Ces caractérisations sont souvent la façon la plus rapide de mener un raisonnement.
Propriété
Caractérisation séquentielle de la borne supérieure. Soient une partie non vide de et un réel. Alors si et seulement si :
- majore ;
- il existe une suite d'éléments de qui converge vers .
Démonstration. Supposons . La condition 1 est acquise. Pour la condition 2, soit : en appliquant la caractérisation par les avec , il existe un élément tel que
La suite ainsi construite est à valeurs dans , et les deux suites encadrantes convergent vers : le théorème des gendarmes donne .
Supposons les conditions 1 et 2, et soit un majorant quelconque de . Pour tout , donc . En passant à la limite dans cette inégalité large, . Ainsi est un majorant plus petit que tout autre majorant : .
Propriété
Caractérisation séquentielle de la densité. Une partie de est dense dans si et seulement si tout réel est limite d'une suite d'éléments de .
Démonstration. Supposons dense et soit . Pour tout , l'intervalle est un intervalle ouvert non vide, donc il contient un élément de . On a alors
et comme , le théorème des gendarmes donne . La suite est bien une suite d'éléments de .
Supposons que tout réel soit limite d'une suite d'éléments de , et soient deux réels. Posons et , de sorte que . Soit une suite d'éléments de convergeant vers : à partir d'un certain rang, , donc . L'intervalle contient donc un élément de .
Exemple
Tout réel est limite d'une suite de rationnels : on peut prendre la suite de ses approximations décimales, ou encore , dont nous avons montré qu'elle converge vers . Tout réel est également limite d'une suite d'irrationnels, par exemple , chacun de ces nombres étant irrationnel comme somme d'un rationnel et d'un irrationnel non nul.
Suites complexes
Définition
Une suite complexe est une application de dans , notée . Soient une suite complexe et . On dit que converge vers lorsque
où désigne le module. On note alors .
La suite est bornée lorsqu'il existe tel que pour tout .
Remarque
La définition est mot pour mot celle du cas réel, la valeur absolue étant remplacée par le module. Comme le module vérifie les mêmes propriétés que la valeur absolue (positivité, séparation, multiplicativité, inégalité triangulaire), toutes les démonstrations qui n'utilisaient que ces propriétés se recopient sans changement. Sont donc valables pour les suites complexes : l'unicité de la limite, le fait que toute suite convergente est bornée, les opérations sur les limites (somme, produit, quotient lorsque la limite du dénominateur est non nulle), et tous les résultats sur les suites extraites.
En revanche, il n'y a aucune relation d'ordre sur . Tout ce qui repose sur l'ordre disparaît : ni suites majorées ou monotones, ni théorème de la limite monotone, ni théorème des gendarmes, ni passage à la limite dans une inégalité, ni suites adjacentes. Écrire pour des complexes n'a aucun sens.
Propriété
Convergence et parties réelle et imaginaire. Soient une suite complexe et . Alors
Démonstration. Rappelons que pour tout nombre complexe avec réels, on a
Les deux premières inégalités viennent de ; la troisième de
Appliquons-les à , dont la partie réelle est et la partie imaginaire .
Si , alors, pour donné, on a à partir d'un certain rang, donc
et de même pour la partie imaginaire. Les deux suites réelles convergent.
Réciproquement, supposons les deux convergences réelles et soit . À partir d'un certain rang, on a simultanément et , donc
La suite complexe converge donc vers .
Remarque
Ce théorème est l'outil de travail : une suite complexe s'étudie en séparant partie réelle et partie imaginaire, ce qui ramène tout au cas réel. Le même argument montre que est bornée si et seulement si les suites réelles et le sont.
Signalons aussi que si , alors et , par le même raisonnement que dans le cas réel.
Propriété
Théorème de Bolzano-Weierstrass complexe. De toute suite complexe bornée, on peut extraire une suite convergente.
Démonstration. Soit une suite complexe bornée, et posons , . Les suites réelles et sont bornées, puisque et .
Le théorème de Bolzano-Weierstrass réel appliqué à fournit une extractrice et un réel tels que .
La suite réelle est encore bornée : le théorème de Bolzano-Weierstrass réel fournit une seconde extractrice et un réel tels que .
L'application est une extractrice. De plus est extraite de , qui converge vers : elle converge donc aussi vers . Les parties réelle et imaginaire de la suite extraite convergent respectivement vers et , donc cette suite extraite converge vers le complexe .
Exemple
La suite géométrique complexe . Soit . Étudions la nature de la suite selon . On utilise que .
Cas . Alors d'après l'étude de la suite géométrique réelle (section suivante). Donc .
Cas . La suite est constante égale à : elle converge vers .
Cas . Alors , donc la suite n'est pas bornée. Or toute suite convergente est bornée : la suite diverge.
Cas et . Supposons par l'absurde que . La suite est extraite de (extractrice ), donc elle converge aussi vers . Mais , donc, par produit par la constante , la suite converge vers . L'unicité de la limite donne
puisque . Or pour tout , et : la suite constante égale à convergerait vers , ce qui est absurde. La suite diverge.
Conclusion. La suite converge si et seulement si ou . Sa limite est alors dans le premier cas et dans le second. Notez que le cas contient par exemple (la suite vaut alternativement et ) et (la suite prend six valeurs en boucle) : la divergence y est une divergence par oscillation, pas par explosion.
Suites classiques
Suites arithmétiques et géométriques
Définition
Soit une suite réelle.
- est arithmétique de raison lorsque pour tout .
- est géométrique de raison lorsque pour tout .
Propriété
Soit une suite arithmétique de raison et une suite géométrique de raison . Pour tous entiers et :
De plus, les sommes des premiers termes valent
Démonstration. Les expressions du terme général s'obtiennent par récurrence immédiate. Pour la somme arithmétique,
et . Pour la somme géométrique avec , notons : dans la différence , tous les termes se simplifient deux à deux sauf le premier et le dernier, ce qui donne , d'où ; il reste à multiplier par .
Remarque
La formule de la somme arithmétique se retient sous la forme
et celle de la somme géométrique sous la forme
Sous cette forme, elles s'appliquent quel que soit l'indice de départ.
Pour étudier les limites des suites géométriques, il nous faut une inégalité célèbre.
Propriété
Inégalité de Bernoulli. Pour tout réel et tout entier naturel ,
Démonstration. Par récurrence sur , à fixé. Notons l'assertion « ».
Initialisation. Pour , les deux membres valent : est vraie.
Hérédité. Soit , supposons . Comme , le réel est positif ou nul, on peut donc multiplier l'inégalité de récurrence par sans en changer le sens :
Comme , on obtient : est vraie.
Conclusion. Par récurrence, l'inégalité vaut pour tout .
Propriété
Limite de . Soit .
- Si , alors .
- Si , alors .
- Si , alors .
- Si , alors la suite diverge et n'a pas de limite infinie.
Démonstration. 1. Écrivons avec . L'inégalité de Bernoulli donne
Or puisque (pour , il suffit de prendre , ce que permet la propriété d'Archimède). Le théorème de minoration donne .
2. La suite est constante égale à .
3. Si , la suite est nulle à partir du rang . Sinon, posons . D'après le point 1, , donc
par passage à l'inverse. Comme , on a .
4. Si , la suite vaut alternativement et : elle diverge, comme on l'a vu. Si , alors d'après le point 1, donc la suite n'est pas bornée : elle ne converge pas. Elle ne tend pas non plus vers , car ses termes d'indice impair sont négatifs, ni vers , car ses termes d'indice pair sont positifs.
Exemple
Soit . La forme est indéterminée. Factorisons par , terme dominant :
Comme , on a , donc le numérateur tend vers et le dénominateur vers : .
Suites arithmético-géométriques
Définition
Une suite est arithmético-géométrique lorsqu'il existe deux réels et tels que
Méthode
Résoudre une récurrence arithmético-géométrique .
- Si : la suite est arithmétique de raison , et . C'est fini.
- Si : chercher le point fixe, c'est-à-dire l'unique réel solution de , à savoir
- Poser et montrer que est géométrique de raison : en soustrayant membre à membre les relations et , on obtient
- En déduire , puis
- Conclure sur la limite d'après l'étude de : si , la suite converge vers ; si , elle est constante ; sinon elle diverge.
Le point fixe n'est pas une astuce : c'est la seule valeur possible d'une limite finie. En effet, si , alors aussi, et le passage à la limite dans par les opérations sur les limites donne , c'est-à-dire .
Exemple
Soit définie par et, pour tout , .
Point fixe. On résout , soit , donc .
Suite auxiliaire. Posons . Alors, pour tout ,
La suite est donc géométrique de raison et de premier terme .
Terme général. On en déduit , puis
Vérification. , et , ce que la formule confirme : .
Limite. Comme , on a , donc . La suite converge vers le point fixe, en croissant puisque .
Récurrences linéaires d'ordre 2 à coefficients constants
Définition
Soient et deux réels avec . On appelle suite récurrente linéaire d'ordre toute suite réelle vérifiant
L'équation
s'appelle l'équation caractéristique de cette récurrence.
Propriété
Forme des solutions. Soient réels avec , et soit le discriminant de l'équation caractéristique. Une suite réelle vérifie pour tout si et seulement s'il existe deux réels et tels que, pour tout :
- si , en notant les deux racines réelles :
- si , en notant la racine double (non nulle) :
- si , en notant et les deux racines complexes conjuguées, avec et :
Dans les trois cas, le couple est déterminé de manière unique par la donnée de et .
Démonstration. Traitons en détail le cas ; les deux autres suivent exactement le même plan.
Étape 1 : ces suites sont solutions. Soient deux réels et . Comme et sont racines de l'équation caractéristique, on a pour , donc
La suite vérifie bien la récurrence.
Étape 2 : les constantes existent et sont uniques. Soit une solution. Cherchons tels que et , c'est-à-dire
En substituant dans la seconde équation, il vient , et comme :
Le couple existe et il est unique.
Étape 3 : identification par récurrence double. Les suites et vérifient la même relation de récurrence d'ordre et coïncident aux rangs et . Notons l'assertion « ». et sont vraies. Si et sont vraies, alors
donc est vraie. Par récurrence double, pour tout .
Cas . La racine double vaut , et elle est non nulle : la relation donne , donc entraînerait , ce qui est exclu. Vérifions l'étape 1 pour . En utilisant et :
la dernière égalité venant de . On reconnaît . L'étape 2 s'écrit et , d'où , bien défini puisque . L'étape 3 est inchangée.
Cas . Les racines sont et , avec et car les racines ne sont pas réelles. Le calcul de l'étape 1 se fait à l'identique dans pour les suites et , donc aussi pour leurs combinaisons
d'après la formule de Moivre. L'étape 2 donne puis , équation qui détermine de façon unique car . L'étape 3 est inchangée.
Méthode
Résoudre . Toujours dans cet ordre.
- Écrire l'équation caractéristique et calculer son discriminant.
- Écrire la forme générale de correspondant au cas obtenu, avec deux constantes et .
- Traduire les deux conditions initiales et en un système de deux équations d'inconnues et , et le résoudre.
- Vérifier en recalculant des deux façons : par la relation de récurrence et par la formule obtenue.
Exemple
a. Deux racines réelles distinctes. Soit définie par , et .
L'équation caractéristique est , de discriminant et de racines et . Donc , et les conditions initiales donnent
De la première, ; en reportant : , donc et . Ainsi
Vérification. , et la formule donne .
b. Racine double. Soit définie par , et .
L'équation caractéristique s'écrit : racine double . Donc . On a , puis , donc et
Vérification. , et la formule donne .
c. Racines complexes conjuguées. Soit définie par , et .
L'équation caractéristique est , de discriminant . Ses racines sont
de module et d'argument . Donc . On a , puis
Finalement
Vérification. , et la formule donne .
Comme et que est un multiple rationnel de , la suite est périodique de période : ses termes sont , puis se répètent. Elle est bornée et divergente.
d. La suite de Fibonacci. Elle est définie par , et . L'équation caractéristique est , de discriminant et de racines
Donc , avec et . De la première, , d'où ; comme , on obtient et
Vérification. Pour : , donc , ce qui est correct. Il est remarquable que cette expression, bourrée de racines carrées, produise un entier pour chaque .
Suites définies par une relation de récurrence
Définition
Soient une partie de , une application et . On appelle suite récurrente associée à la suite définie par
à condition que tous les termes soient bien définis, c'est-à-dire que appartienne à pour tout .
Méthode
Étudier une suite définie par . Le plan est toujours le même, et il faut le suivre dans l'ordre.
- Bonne définition et stabilité. Trouver un intervalle contenant et stable par , c'est-à-dire tel que . Démontrer alors par récurrence que pour tout . Cette étape justifie l'existence de la suite et fournit gratuitement un encadrement.
- Monotonie. Étudier le signe de sur . On étudie donc le signe de la fonction sur , en utilisant si besoin sa dérivée.
- Conclusion d'existence. La suite est monotone et bornée (grâce à l'étape 1) : le théorème de la limite monotone assure qu'elle converge vers un réel .
- Identification de la limite. La suite est extraite de , donc elle converge aussi vers . On passe à la limite dans la relation en n'utilisant QUE les opérations algébriques sur les limites : somme, produit, quotient. Si est une fraction rationnelle, cela donne directement une équation en ; si contient une racine carrée, on élève d'abord la relation au carré.
- Tri des candidats. L'équation obtenue a en général plusieurs solutions. On élimine celles qui sont incompatibles avec l'encadrement de l'étape 1, puisque appartient à l'adhérence de par passage à la limite dans les inégalités.
On n'utilise JAMAIS la continuité de , et surtout pas l'argument « est continue donc » : la continuité est au programme du chapitre suivant, elle n'existe pas encore ici. Tout se fait par les opérations sur les limites, ce qui suffit pour les fonctions rationnelles et pour les racines carrées après élévation au carré.
Exemple
Un exemple affine, entièrement traité. Soit définie par et
Étape 1 : stabilité de . Montrons par récurrence que pour tout . C'est vrai au rang puisque . Si , alors , donc , et en particulier . La propriété est héréditaire, donc vraie pour tout .
Étape 2 : monotonie. Pour tout ,
puisque . La suite est croissante.
Étape 3 : convergence. La suite est croissante et majorée par , donc elle converge vers un réel , avec par passage à la limite dans l'encadrement.
Étape 4 : identification. La suite est extraite de , donc . Par somme et quotient de limites, . L'unicité de la limite donne
Contrôle par le calcul explicite. Cette suite est arithmético-géométrique de la forme , de point fixe : en posant , on obtient , donc et
On retrouve bien , , , et la limite .
Exemple
Un exemple non affine, entièrement traité. Soit définie par et
Étape 1 : stabilité de . Montrons par récurrence que pour tout . C'est vrai au rang . Supposons : alors , et la fonction racine carrée étant croissante sur ,
Comme , on a bien . Au passage, tous les termes sont bien définis, puisque à chaque étape.
Étape 2 : monotonie. Soit . Les réels et sont positifs, donc comparer et revient à comparer leurs carrés :
Pour , le facteur est négatif ou nul et le facteur est strictement positif : le produit est négatif ou nul, donc , donc . La suite est croissante.
Étape 3 : convergence. Croissante et majorée par , la suite converge vers un réel , et le passage à la limite dans donne .
Étape 4 : identification. Élevons la relation au carré, afin de n'avoir plus que des opérations algébriques :
Le membre de gauche converge vers (produit de deux suites de limite , la suite étant extraite de ), et le membre de droite vers (somme). Par unicité de la limite,
Étape 5 : tri. Les candidats sont et . Or , ce qui élimine . Donc
Méthode
La variante par majoration algébrique. Lorsque l'on devine la limite , on peut souvent se passer de la monotonie en majorant directement par un calcul, ce qui donne convergence et limite d'un coup.
Sur l'exemple précédent, pour tout , en multipliant par la quantité conjuguée :
la dernière inégalité venant de , qui donne et donc un dénominateur supérieur ou égal à . Une récurrence immédiate donne alors
et puisque , donc . Cette technique est la seule autorisée ici pour majorer : l'inégalité des accroissements finis, qui produirait la même majoration, n'est pas au programme de ce chapitre.
Remarque
Trois pièges spécifiques à ces suites.
- Ne jamais étudier la monotonie par la fonction elle-même. Le sens de variation de ne donne pas celui de : si est décroissante, la suite n'est en général pas monotone, et il faut alors étudier séparément et , qui sont associées à .
- Toujours vérifier la bonne définition : si est un quotient, il faut s'assurer que le dénominateur ne s'annule jamais, ce que fournit précisément l'étape de stabilité.
- Un point fixe n'est pas une limite. L'équation donne les seules valeurs possibles de la limite, à condition d'avoir déjà démontré que la suite converge. Écrire « donc » sans avoir prouvé la convergence n'a aucune valeur : la suite pourrait diverger.
Ce qu'il faut retenir
Ce chapitre est long, mais son architecture est simple : un axiome, la propriété de la borne supérieure, et une cascade de conséquences. Si vous ne deviez retenir qu'une chose, ce serait celle-là. La partie entière existe grâce à elle, la propriété d'Archimède en découle, la densité de s'en déduit, le théorème de la limite monotone en est la traduction pour les suites, les suites adjacentes et les segments emboîtés en découlent, et Bolzano-Weierstrass s'obtient par dichotomie à partir des segments emboîtés.
Quel théorème pour quelle situation.
- On connaît le terme général et on veut la limite : opérations sur les limites, après avoir levé la forme indéterminée par factorisation du terme dominant ou par quantité conjuguée.
- On ne sait pas calculer la limite, mais on sait encadrer : théorème des gendarmes si l'encadrement se resserre vers une même valeur, théorème de minoration si l'on veut .
- On ne sait rien calculer, mais la suite est monotone : chercher un majorant (ou un minorant) et invoquer le théorème de la limite monotone. C'est le réflexe numéro un pour une suite définie par récurrence.
- On dispose de deux suites qui se rapprochent l'une de l'autre en sens contraires : suites adjacentes, qui donnent en prime un encadrement de la limite.
- On veut prouver qu'une suite diverge : exhiber deux suites extraites de limites différentes (en pratique, les indices pairs et impairs), ou montrer qu'elle n'est pas bornée.
- La suite est seulement bornée et l'on a besoin d'une valeur d'adhérence : Bolzano-Weierstrass.
- La suite est complexe : séparer partie réelle et partie imaginaire, et ne jamais écrire d'inégalité entre complexes.
Les erreurs classiques, à connaître pour ne pas les commettre.
- Passer à la limite dans une inégalité stricte. De on ne tire que . Les inégalités strictes deviennent larges.
- Croire qu'une suite bornée converge. Elle admet une valeur d'adhérence (Bolzano-Weierstrass), ce qui est bien plus faible. Contre-exemple permanent : .
- Croire que entraîne la convergence. C'est faux : la suite vérifie et pourtant .
- Oublier de vérifier qu'un dénominateur ne s'annule pas, en particulier dans une suite définie par récurrence : c'est l'étape de stabilité qui le garantit.
- Écrire avant d'avoir démontré la convergence. Le point fixe donne les candidats, jamais l'existence de la limite. Et on ne justifie pas ce passage par la continuité de : uniquement par les opérations sur les limites.
- Confondre borne supérieure et maximum. alors que n'existe pas. Une borne supérieure n'appartient pas nécessairement à l'ensemble.
- Sortir un qui dépend de dans une majoration, ou un rang qui ne dépend pas de . L'ordre des quantificateurs se lit de gauche à droite, et chaque objet ne dépend que de ceux qui le précèdent.
Les réflexes de rédaction. Pour montrer qu'une suite converge vers par la définition, commencer par « Soit », majorer par une quantité simple, puis exhiber le rang . Pour montrer qu'un réel est une borne supérieure, séparer les deux temps (majorant, puis plus petit majorant). Pour étudier une suite récurrente, suivre l'ordre stabilité, monotonie, convergence, identification. Et dans tous les cas, écrire les quantificateurs dans le bon ordre : c'est là que se joue la moitié des points.
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