MPSI · Chapitre 04 · Premier semestre

Techniques fondamentales de calcul différentiel et intégral

Boîte à outils admise à ce stade, fonctions d'une variable réelle à valeurs réelles ou complexes, dérivation, fonctions usuelles, primitives, équations différentielles linéaires d'ordres 1 et 2.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Boîte à outils admise à ce stade
  • Fonctions d'une variable réelle à valeurs réelles ou complexes
  • Dérivation
  • Fonctions usuelles
  • Primitives
  • Équations différentielles linéaires d'ordres 1 et 2

Ce chapitre est une boîte à outils. Le programme le dit sans détour : « le point de vue adopté dans cette section est pratique ; il s'agit, en prenant appui sur les acquis du lycée, de mettre en œuvre les techniques de base de l'analyse ». Autrement dit, on va calculer beaucoup, et démontrer peu. Les grands théorèmes qui fondent ces calculs (théorie des limites, continuité, lien entre le signe de la dérivée et les variations, construction de l'intégrale) sont admis ici et seront établis plus tard dans l'année, dans les chapitres « Fonctions d'une variable réelle » et « Intégration ». Chaque fois qu'un résultat est admis, c'est signalé.

Il ne faut pas y voir un chapitre au rabais. C'est au contraire celui dont on se sert tous les jours, dans toutes les matières : les cinq objectifs fixés par le programme sont d'introduire des fonctions pour établir des inégalités et résoudre des problèmes d'optimisation, de manipuler un catalogue de fonctions classiques nettement élargi, de calculer des dérivées et des primitives, de pratiquer l'intégration par parties et le changement de variable, et d'appliquer tout cela aux équations différentielles. La physique et la chimie s'en servent dès les premières semaines.

Le chapitre se lit en deux temps. La partie A, des généralités sur les fonctions à la dérivation des fonctions à valeurs complexes, occupe les sept premières sections, méthodes comprises. La partie B, des primitives aux équations différentielles linéaires, occupe les sections suivantes. Dans tout le chapitre, I et J désignent des intervalles de R non réduits à un point, et les fonctions sont à valeurs réelles, sauf mention explicite du contraire.

Généralités sur les fonctions

Le point de vue de tout ce chapitre est pratique. Il ne s'agit pas de refonder l'analyse, mais de rendre opérationnels les gestes du lycée et d'étendre le catalogue des fonctions disponibles. Les grands théorèmes qui justifient ces gestes (théorie des limites, continuité, lien rigoureux entre signe de la dérivée et variations) sont admis ici et démontrés dans le chapitre « Fonctions d'une variable réelle ». Ce n'est pas une lacune, c'est l'ordre voulu par le programme : on apprend d'abord à s'en servir, on démontre ensuite.

Dans tout ce qui suit, I et J désignent des intervalles de R, et D une partie de R.

Ensemble de définition

Définition

Une fonction réelle d'une variable réelle est la donnée d'une partie D de R et d'un procédé qui associe à tout x de D un unique réel noté f(x). On écrit

f:DR,xf(x).

L'ensemble D s'appelle l'ensemble de définition de f et se note souvent Df. Le réel f(x) est l'image de x par f ; un réel x tel que f(x)=y est un antécédent de y.

Lorsqu'une fonction est donnée par une formule sans que son ensemble de définition soit précisé, on convient que Df est l'ensemble des réels pour lesquels la formule a un sens.

Méthode

Déterminer un ensemble de définition. On liste les contraintes imposées par la formule, puis on intersecte les ensembles obtenus.

  1. Un dénominateur doit être non nul.
  2. Une racine carrée exige un radicande positif ou nul.
  3. Un logarithme exige un argument strictement positif.
  4. Une puissance non entière u(x)α exige u(x)>0 (voir la section 3).
  5. Arcsin et Arccos exigent un argument dans [1,1] (voir la section 4).

On termine toujours en écrivant Df sous forme d'une réunion d'intervalles.

Exemple

Déterminons l'ensemble de définition de f(x)=x1ln(x).

La racine impose x10, donc x1. Le logarithme impose x>0. Le dénominateur impose ln(x)0, c'est-à-dire x1. En intersectant les trois conditions, on obtient

Df=]1,+[.

Représentation graphique

Définition

Le plan est rapporté à un repère (O,ı,ȷ). La courbe représentative de f, notée Cf, est l'ensemble des points de coordonnées (x,f(x)) pour x parcourant Df :

Cf={(x,f(x)) ; xDf}.

Un point M(a,b) appartient à Cf si et seulement si aDf et b=f(a).

La définition d'une fonction se lit sur le dessin : une courbe est la représentation graphique d'une fonction si et seulement si toute droite verticale la coupe en au plus un point. Un cercle, par exemple, n'est pas une courbe de fonction.

Parité, imparité, périodicité

Définition

Soit f une fonction définie sur D.

  • D est dit symétrique par rapport à 0 si, pour tout xD, on a xD.
  • f est paire si D est symétrique par rapport à 0 et si f(x)=f(x) pour tout xD.
  • f est impaire si D est symétrique par rapport à 0 et si f(x)=f(x) pour tout xD.
  • Soit T un réel strictement positif. f est T-périodique si, pour tout xD, on a x+TD et xTD, et si f(x+T)=f(x).

La condition sur le domaine n'est pas décorative : la fonction xx2 définie sur [0,1] n'est pas paire, car son domaine n'est pas symétrique. Vérifier la symétrie du domaine est toujours la première étape.

Propriété

Soit f une fonction définie sur D.

  1. f est paire si et seulement si Cf est symétrique par rapport à l'axe des ordonnées.
  2. f est impaire si et seulement si Cf est symétrique par rapport à l'origine O.
  3. Si f est T-périodique, Cf est invariante par la translation de vecteur Tı.

Méthode

Réduire le domaine d'étude. C'est le premier réflexe devant une fonction à étudier : il divise le travail par deux, par quatre, ou davantage.

  1. Périodicité. Si f est T-périodique, on l'étudie sur un intervalle de longueur T, par exemple [0,T] ou [T2,T2], puis on complète par translations de vecteur kTı, kZ.
  2. Parité. Si de plus f est paire (ou impaire), on se restreint à la moitié positive de cet intervalle, puis on complète par la symétrie d'axe (Oy) (ou de centre O).
  3. Autres symétries. Une relation du type f(ax)=f(x) traduit une symétrie par rapport à la droite d'équation x=a2 et permet une réduction supplémentaire.
  4. Rédiger la conclusion : « on étudie f sur [0,T2], la courbe complète s'en déduit par symétrie d'axe (Oy) puis par translations de vecteur Tı ».

Exemple

Soit f(x)=cos(2x)+cos(x), définie sur R.

La fonction xcos(2x) est π-périodique et xcos(x) est 2π-périodique ; leur somme est 2π-périodique. De plus f(x)=cos(2x)+cos(x)=cos(2x)+cos(x)=f(x), donc f est paire.

On étudie donc f sur [0,π] seulement. On obtient la courbe sur [π,π] par symétrie d'axe (Oy), puis la courbe complète par translations de vecteur 2πı.

Opérations sur les fonctions

Définition

Soient f et g deux fonctions définies respectivement sur Df et Dg, et λ un réel. On définit sur DfDg :

  • la somme f+g par (f+g)(x)=f(x)+g(x) ;
  • le produit fg par (fg)(x)=f(x)g(x) ;
  • le multiple λf par (λf)(x)=λf(x) ;

et, sur {xDfDg ; g(x)0}, le quotient fg par (fg)(x)=f(x)g(x).

Définition

Soient u:DuR et v:DvR deux fonctions. La composée vu est définie par (vu)(x)=v(u(x)) sur l'ensemble

Dvu={xDu ; u(x)Dv}.

On lit vu « v rond u » : on applique d'abord u, ensuite v.

Exemple

Avec u(x)=1x2 et v(t)=t, la composée vu est x1x2, définie sur [1,1] puisque 1x20 équivaut à x21.

La composée dans l'autre sens, uv, est t1(t)2=1t, définie sur R+. Les deux composées n'ont ni le même domaine ni la même expression : la composition n'est pas commutative.

Monotonie

Définition

Soit f définie sur D et AD. On dit que f est, sur A :

  • croissante si, pour tous x,yA, xy    f(x)f(y) ;
  • décroissante si, pour tous x,yA, xy    f(x)f(y) ;
  • strictement croissante si, pour tous x,yA, x<y    f(x)<f(y) ;
  • strictement décroissante si, pour tous x,yA, x<y    f(x)>f(y) ;
  • monotone si elle est croissante ou décroissante sur A, strictement monotone si elle est strictement croissante ou strictement décroissante sur A.

Propriété

Soient f et g deux fonctions monotones.

  1. Si f et g sont croissantes sur A, alors f+g est croissante sur A. Si l'une des deux est strictement croissante, f+g l'est aussi.
  2. Si λ>0, λf a le même sens de variation que f ; si λ<0, le sens contraire.
  3. Composée : si u est monotone sur A et v monotone sur un intervalle contenant u(A), alors vu est monotone sur A, croissante si u et v ont le même sens de variation, décroissante sinon (« règle des signes »).

Démonstration du point 3, cas u croissante et v décroissante. Soient x,yA avec xy. Comme u est croissante, u(x)u(y). Comme v est décroissante et que u(x) et u(y) appartiennent au domaine de v, on en déduit v(u(x))v(u(y)), c'est-à-dire (vu)(x)(vu)(y). Donc vu est décroissante sur A. Les trois autres cas se traitent de la même façon.

Attention : il n'y a aucune règle générale pour le produit de deux fonctions monotones. Sur R, xx est croissante, et son produit par elle-même, xx2, n'est pas monotone.

Fonctions majorées, minorées, bornées

Définition

Soit f définie sur D.

  • f est majorée sur D s'il existe MR tel que, pour tout xD, f(x)M. Un tel M est un majorant de f.
  • f est minorée sur D s'il existe mR tel que, pour tout xD, f(x)m.
  • f est bornée sur D si elle est à la fois majorée et minorée.

L'ordre des quantificateurs est décisif : le majorant M est choisi avant x, il doit convenir pour tous les x à la fois. La proposition « pour tout x, il existe M tel que f(x)M » est vraie pour n'importe quelle fonction et ne dit rien.

Propriété

Soit f définie sur D. Alors

f est borneˊe sur D    f est majoreˊe sur D.

Démonstration. Supposons f bornée : il existe m et M tels que mf(x)M pour tout xD. Posons K=max(m,M). Pour tout xD, on a f(x)MMK et f(x)mmK, donc Kf(x)K, c'est-à-dire f(x)K. Ainsi f est majorée par K.

Réciproquement, supposons f majorée par un réel K : pour tout xD, f(x)K, donc Kf(x)K. La fonction f est alors minorée par K et majorée par K, donc bornée.

Cette équivalence est le principal outil de la pratique : pour montrer qu'une fonction est bornée, on majore sa valeur absolue par une constante, en une seule chaîne d'inégalités.

Exemple

Montrons que f:xsinx1+x2 est bornée sur R.

Pour tout réel x, sinx1 et 1+x21>0, donc

f(x)=sinx1+x211+x21.

Ainsi f est majorée par 1, donc f est bornée. On a même 1f(x)1 pour tout réel x.

Transformations du graphe

C'est un point du programme explicitement exigible : savoir passer du graphe de f à celui d'une fonction obtenue par transformation simple, et réciproquement.

Propriété

Soit f une fonction et Cf sa courbe. Soient a et b deux réels.

  1. La courbe de xf(x)+b est l'image de Cf par la translation de vecteur bȷ (vers le haut si b>0).
  2. La courbe de xf(x+a) est l'image de Cf par la translation de vecteur aı (vers la gauche si a>0).
  3. Pour a>0, la courbe de xf(ax) se déduit de Cf par une contraction horizontale de rapport 1a vers l'axe des ordonnées (une dilatation si 0<a<1).
  4. La courbe de xf(x) est l'image de Cf par la symétrie d'axe (Ox).
  5. La courbe de xf(x) est l'image de Cf par la symétrie d'axe (Oy).
  6. La courbe de xf(x) coïncide avec Cf là où f0, et s'obtient en rabattant au-dessus de l'axe (Ox), par symétrie d'axe (Ox), la portion de Cf située en dessous.

Justification du point 2, la seule qui piège. Notons g:xf(x+a) et t la translation de vecteur aı. Un point M(X,Y) appartient à Cg si et seulement si Y=f(X+a). Posons x=X+a et y=Y : alors (x,y)Cf, et (X,Y)=(xa,y) est bien l'image de (x,y) par t. Donc Cg=t(Cf).

Le sens du décalage est contre-intuitif : ajouter a>0 à l'intérieur de f déplace la courbe vers la gauche. Le contrôle mental est immédiat : g atteint en x=0 la valeur que f atteignait en x=a, donc ce qui se passait « en a » se passe désormais « en 0 », c'est-à-dire plus à gauche.

Exemple

Traçons la courbe de g:x2ex à partir de celle de l'exponentielle.

On décompose la formule en transformations élémentaires successives :

  1. xex : courbe de référence, croissante, positive.
  2. xex : symétrie d'axe (Ox), courbe décroissante et négative.
  3. x2ex : translation de vecteur 2ȷ ; la courbe coupe l'axe des abscisses en x=ln2.
  4. x2ex : on rabat au-dessus de l'axe la portion située à droite de ln2.

La courbe finale décroît de 2 jusqu'à 0 sur ],ln2], puis croît de 0 vers + : elle présente un point anguleux en (ln2,0).

Résolution graphique d'équations et d'inéquations

Méthode

Lire les solutions de f(x)=λ et de f(x)λ. On trace la droite horizontale D d'équation y=λ.

  1. Les solutions de f(x)=λ sont les abscisses des points d'intersection de Cf et de D.
  2. Les solutions de f(x)λ sont les abscisses des points où Cf est au-dessus de D (au sens large : les points d'intersection sont inclus).
  3. Les solutions de f(x)<λ sont les abscisses des points où Cf est strictement en dessous de D.
  4. Pour comparer deux fonctions, f(x)g(x), on compare de même les positions relatives de Cf et Cg.
  5. On conclut toujours par une réunion d'intervalles, en précisant si les bornes sont incluses.

Une lecture graphique fournit une conjecture et une valeur approchée, jamais une démonstration : un résultat lu sur un dessin doit être confirmé par le calcul ou par un tableau de variations.

Fonctions à valeurs complexes

Définition

Une fonction d'une variable réelle à valeurs complexes est une application f:DC, où DR. Pour tout xD, on écrit f(x) sous forme algébrique :

f(x)=Re(f(x))+iIm(f(x)).

Les fonctions Re(f):xRe(f(x)) et Im(f):xIm(f(x)), à valeurs réelles, s'appellent la partie réelle et la partie imaginaire de f. On note aussi f:xf(x) le module de f, fonction à valeurs réelles positives, et f:xf(x) la conjuguée de f.

Exemple

Soit f:xeix, définie sur R. La formule d'Euler donne eix=cosx+isinx, donc

Re(f):xcosx,Im(f):xsinx,f:x1.

De même, pour g:xe(2+3i)x, la relation ea+ib=ea(cosb+isinb) donne Re(g)(x)=e2xcos(3x), Im(g)(x)=e2xsin(3x) et g(x)=e2x.

Une fonction à valeurs complexes n'a pas de courbe représentative dans le plan usuel, et parler de ses variations n'a aucun sens : C n'est pas ordonné. En revanche, la notion de fonction bornée garde tout son sens : f est dite bornée si f est majorée. Ce que l'on sait faire de ces fonctions (les dériver, les intégrer) se ramènera toujours à leurs parties réelle et imaginaire : c'est l'objet de la section 6.

Dérivation

Dérivée en un point

Définition

Soit f définie sur un intervalle I et aI. Le taux d'accroissement de f entre a et x (pour xI, xa) est le quotient

τa(x)=f(x)f(a)xa.

On dit que f est dérivable en a si τa(x) admet une limite finie quand x tend vers a. Cette limite s'appelle alors le nombre dérivé de f en a et se note f(a) :

f(a)=limxaf(x)f(a)xa=limh0f(a+h)f(a)h.

La seconde écriture s'obtient en posant x=a+h. On l'utilise systématiquement pour les calculs.

Définition

Si f est dérivable en tout point de I, on dit que f est dérivable sur I et l'on appelle fonction dérivée de f l'application

f:IR,xf(x).

On rencontre trois notations pour le même objet : f(x) (Lagrange), dfdx(x) (Leibniz), et f˙ en physique quand la variable est le temps. La notation de Leibniz rappelle que la dérivée est une limite de quotients d'accroissements ΔfΔx ; elle sera commode pour les changements de variable de la partie B.

Exemple

Calculons le nombre dérivé de f:xx en un point a>0, à partir de la définition. Pour h non nul assez petit,

f(a+h)f(a)h=a+hah=(a+ha)(a+h+a)h(a+h+a)=(a+h)ah(a+h+a)=1a+h+a.

Quand h tend vers 0, ce quotient tend vers 12a. Donc x est dérivable en tout a>0, de nombre dérivé 12a.

En a=0, le taux d'accroissement vaut hh=1h, qui tend vers + : la fonction racine carrée n'est pas dérivable en 0, sa courbe y présente une tangente verticale.

Exemple

La fonction valeur absolue xx n'est pas dérivable en 0. En effet, le taux d'accroissement en 0 vaut hh, qui vaut 1 pour h>0 et 1 pour h<0 : il n'a pas de limite en 0. Graphiquement, la courbe présente en 0 un point anguleux, avec deux demi-tangentes distinctes.

Propriété

Dérivabilité et continuité (admis). Si f est dérivable en a, alors f est continue en a, c'est-à-dire que f(x) tend vers f(a) quand x tend vers a.

Remarque

Ce résultat sera démontré dans le chapitre « Fonctions d'une variable réelle » ; il tient en une ligne une fois la théorie des limites en place, puisque f(a+h)f(a)=h×f(a+h)f(a)h est le produit d'un facteur qui tend vers 0 par un facteur qui tend vers f(a). On l'utilisera librement dans la suite, notamment pour dériver un produit. La réciproque est fausse : la valeur absolue est continue en 0 sans y être dérivable.

Tangente

Définition

Soit f dérivable en a. La tangente à Cf au point d'abscisse a est la droite passant par le point A(a,f(a)) et de coefficient directeur f(a). Son équation est

y=f(a)(xa)+f(a).

Cette équation est à reconstruire, jamais à apprendre par cœur : la droite passe par A, donc son équation est y=m(xa)+f(a), et sa pente m est f(a) par définition du nombre dérivé.

Exemple

Soit f(x)=xex. On a f(x)=ex+xex=(1+x)ex. En a=0 : f(0)=0 et f(0)=1. La tangente en 0 a donc pour équation

y=1×(x0)+0,c’est-aˋ-direy=x.

Un point où f(a)=0 est un point à tangente horizontale.

Opérations sur les dérivées

Propriété

Soient f et g deux fonctions dérivables sur un intervalle I, et λ, μ deux réels. Alors λf+μg et fg sont dérivables sur I, et

(λf+μg)=λf+μg,(fg)=fg+fg.

Si de plus g ne s'annule pas sur I, alors 1g et fg sont dérivables sur I, et

(1g)=gg2,(fg)=fgfgg2.

Démonstration de la formule du produit. Soient aI et h non nul tel que a+hI. On ajoute et retranche le terme f(a+h)g(a) au numérateur :

f(a+h)g(a+h)f(a)g(a)h=f(a+h)g(a+h)f(a+h)g(a)+f(a+h)g(a)f(a)g(a)h=f(a+h)×g(a+h)g(a)h+g(a)×f(a+h)f(a)h.

Quand h tend vers 0 : le premier quotient tend vers g(a), le second vers f(a), et f(a+h) tend vers f(a) (une fonction dérivable en a y est continue). Le tout tend donc vers f(a)g(a)+f(a)g(a).

La formule du quotient s'obtient en écrivant fg=f×1g, une fois établie la dérivée de 1g ; cette dernière est un cas particulier de la dérivée d'une composée, traitée ci-dessous.

Dérivée d'une composée

Propriété

Soient u dérivable sur I, à valeurs dans un intervalle J, et v dérivable sur J. Alors vu est dérivable sur I et

(vu)(x)=u(x)×v(u(x)).

Résultat admis à ce stade ; il est démontré dans le chapitre « Fonctions d'une variable réelle ».

L'ordre des facteurs est libre, mais l'ordre de lecture ne l'est pas : on dérive la fonction extérieure, évaluée en u(x), puis on multiplie par la dérivée de la fonction intérieure. Le facteur u est celui qu'on oublie.

Le tableau suivant regroupe les cas d'usage quotidien ; il est à connaître par cœur dans les deux sens, car il sera relu à l'envers dans la partie B pour reconnaître des primitives.

Fonction Dérivée Condition
un, nZ nuun1 u0 si n<0
u u2u u>0
eu ueu
ln(u) uu u>0
sin(u) ucos(u)
cos(u) usin(u)

Et voici les dérivées des fonctions de référence, celles dont tout le reste se déduit.

Fonction Dérivée Domaine de dérivabilité
xxn, nN nxn1 R
x1x 1x2 R
xx 12x R+
xex ex R
xlnx 1x R+
xsinx cosx R
xcosx sinx R
xtanx 1+tan2x=1cos2x R{π2+kπ ; kZ}

Exemple

Dérivons f(x)=ln(1+x2) sur R. On pose u(x)=1+x2, strictement positive, de dérivée u(x)=2x. Donc

f(x)=u(x)u(x)=2x1+x2.

Dérivons ensuite g(x)=ecos(3x) sur R. Ici deux composées s'emboîtent : avec w(x)=3x, u=cosw et g=expu. On a u(x)=3sin(3x), donc

g(x)=u(x)eu(x)=3sin(3x)ecos(3x).

Dérivée et variations

C'est le théorème central de la pratique du calcul différentiel. Le programme l'admet à ce stade ; il est démontré dans le chapitre « Fonctions d'une variable réelle ».

Propriété

Soit f une fonction dérivable sur un intervalle I.

  1. f est constante sur I si et seulement si f=0 sur I.
  2. f est croissante sur I si et seulement si f0 sur I.
  3. f est décroissante sur I si et seulement si f0 sur I.
  4. Si f>0 sur I, alors f est strictement croissante sur I. Si f<0 sur I, alors f est strictement décroissante sur I.
  5. Plus finement : f est strictement croissante sur I si et seulement si f0 sur I et si l'ensemble des zéros de f ne contient aucun intervalle d'intérieur non vide.

Résultats admis ici, démontrés dans le chapitre « Fonctions d'une variable réelle ».

Le point 4 n'est qu'une implication : xx3 est strictement croissante sur R alors que sa dérivée 3x2 s'annule en 0. C'est précisément l'objet du point 5 : une dérivée positive qui ne s'annule qu'en des points isolés suffit à la stricte croissance.

Exemple

L'hypothèse « intervalle » est indispensable. Soit f:x1x, définie et dérivable sur R, de dérivée f(x)=1x2<0.

xx
-\infty
00
++\infty
f(x)f'(x)
-
-
f(x)f(x)
00
00

La dérivée est strictement négative partout sur R, et pourtant f n'est pas décroissante sur R : on a 1<1 alors que f(1)=1 et f(1)=1, donc f(1)<f(1). La raison est que R=],0[]0,+[ n'est pas un intervalle.

La rédaction correcte est : « f est strictement décroissante sur ],0[ et strictement décroissante sur ]0,+[ », avec le mot « et », jamais « sur ],0[]0,+[ ».

Exemple

Caractérisation des fonctions constantes en action. Montrons que la fonction φ:xcos2(x)+sin2(x) est constante sur R, sans utiliser l'identité connue.

φ est dérivable sur R comme somme de produits de fonctions dérivables, et

φ(x)=2cos(x)×(sin(x))+2sin(x)cos(x)=0.

Comme R est un intervalle et que φ=0, φ est constante. Sa valeur en 0 est cos2(0)+sin2(0)=1+0=1, donc φ(x)=1 pour tout réel x.

Ce schéma « dérivée nulle sur un intervalle, puis évaluation en un point bien choisi » servira encore pour démontrer Arcsinx+Arccosx=π2 dans la section 4.

Tableau de variations et tracé du graphe

Méthode

Étudier complètement une fonction. L'ordre des étapes est toujours le même.

  1. Domaine de définition Df, écrit en réunion d'intervalles.
  2. Réduction du domaine par parité, imparité, périodicité (section 1.3).
  3. Dérivabilité : justifier que f est dérivable, en invoquant les opérations et les composées, sur chacun des intervalles.
  4. Calcul de f(x), puis mise sous forme factorisée : c'est l'étape qui décide de la réussite. Un signe se lit sur un produit ou un quotient, jamais sur une somme.
  5. Signe de f, au besoin dans un tableau de signes séparé.
  6. Limites aux bornes du domaine, ainsi qu'en tout point exclu.
  7. Tableau de variations rassemblant signe de f, sens de variation et valeurs aux bornes.
  8. Tracé : on place les tangentes horizontales, les asymptotes, quelques points calculés, puis on relie en respectant le tableau.

Exemple

Étude complète de f:xlnxx.

Domaine. Le logarithme impose x>0, et le dénominateur x0 : donc Df=]0,+[. Aucune parité possible, le domaine n'étant pas symétrique.

Dérivabilité et dérivée. Quotient de deux fonctions dérivables sur ]0,+[ dont le dénominateur ne s'annule pas, donc f est dérivable et, pour x>0,

f(x)=1x×xlnx×1x2=1lnxx2.

Signe. Pour x>0, x2>0, donc f(x) est du signe de 1lnx. Or 1lnx0    lnx1    xe, par stricte croissance du logarithme. La dérivée est donc positive sur ]0,e] et négative sur [e,+[, avec f(e)=0.

Limites. Quand x tend vers 0 par valeurs supérieures, lnx tend vers et 1x vers +, donc f(x) tend vers . Quand x tend vers +, la croissance comparée (section 3.5) donne lnxx0.

Tableau.

xx
00
ee
++\infty
f(x)f'(x)
++
00
-
f(x)f(x)
-\infty
1e\dfrac{1}{e}
00

Conclusion. f admet un maximum global égal à 1e, atteint en x=e. La courbe admet l'axe des ordonnées pour asymptote verticale et l'axe des abscisses pour asymptote horizontale en +. Elle coupe l'axe des abscisses en x=1.

Fonction réciproque : graphe et dérivée

On suppose ici connue la notion de bijection, vue dans le chapitre « Raisonnement et vocabulaire ensembliste ». Le fait qu'une fonction continue et strictement monotone sur un intervalle réalise une bijection sur son image est admis dans tout ce chapitre ; il est démontré dans le chapitre « Fonctions d'une variable réelle ».

Définition

Soit f:IJ une bijection. Sa bijection réciproque est l'application f1:JI qui, à tout yJ, associe l'unique xI tel que f(x)=y. Elle est caractérisée par l'équivalence

xI, yJ,y=f(x)    x=f1(y),

et l'on a f1(f(x))=x pour tout xI, ainsi que f(f1(y))=y pour tout yJ.

Propriété

Dans un repère orthonormé, la courbe de f1 est l'image de celle de f par la symétrie orthogonale d'axe la première bissectrice, c'est-à-dire la droite d'équation y=x.

Démonstration. Le point M(a,b) appartient à Cf1 si et seulement si aJ et b=f1(a), c'est-à-dire si et seulement si bI et a=f(b), c'est-à-dire si et seulement si le point M(b,a) appartient à Cf. Or, dans un repère orthonormé, M(a,b) et M(b,a) sont symétriques par rapport à la droite d'équation y=x.

Propriété

Soit f:IJ une bijection dérivable, et soit yJ. On note x=f1(y). Si f(x)0, alors f1 est dérivable en y et

(f1)(y)=1f(f1(y)).

Résultat admis ici, démontré dans le chapitre « Fonctions d'une variable réelle ».

L'interprétation géométrique rend la formule évidente et dispense de l'apprendre. La symétrie d'axe y=x échange le point (x,f(x)) et le point (f(x),x), et elle échange donc aussi la tangente en l'un et la tangente en l'autre. Or cette symétrie échange les rôles de l'abscisse et de l'ordonnée : une droite de pente m non nulle se transforme en une droite de pente 1m. Les pentes des deux tangentes sont donc inverses l'une de l'autre, ce qui est exactement la formule.

Le cas exclu se lit tout aussi bien : si f(x)=0, la tangente en (x,f(x)) est horizontale, donc son image par la symétrie est verticale, et f1 n'est pas dérivable en y=f(x). C'est ce qui se produira aux points x=±1 pour Arcsin et Arccos.

Exemple

Retrouvons la dérivée de ln à partir de celle de exp. La fonction exp:RR+ est une bijection dérivable, de dérivée exp elle-même, qui ne s'annule jamais. Sa réciproque est ln. Pour y>0, en posant x=lny,

ln(y)=1exp(lny)=1elny=1y.

Dérivées d'ordre supérieur et classe C1

Définition

Soit f dérivable sur I. Si f est elle-même dérivable sur I, sa dérivée s'appelle la dérivée seconde de f et se note f ou f(2).

Plus généralement, on définit par récurrence les dérivées successives de f :

f(0)=f,et pour nN,f(n+1)=(f(n))  lorsque f(n) est deˊrivable sur I.

Le réel f(n)(x) est la dérivée d'ordre n de f en x. On note aussi dnfdxn.

Attention à la notation : f(n) avec des parenthèses désigne la dérivée n-ième, tandis que fn sans parenthèses désigne la puissance n-ième, c'est-à-dire le produit f×f××f. Ainsi sin2 et sin(2) sont deux fonctions très différentes : la première est x(sinx)2, la seconde est xsinx.

Définition

Soit f définie sur un intervalle I. On dit que f est de classe C1 sur I si f est dérivable sur I et si sa dérivée f est continue sur I. On note C1(I,R) l'ensemble de ces fonctions.

Plus généralement, f est de classe Cn sur I si f est n fois dérivable sur I et si f(n) est continue sur I ; elle est de classe C si elle est de classe Cn pour tout entier n.

La notion de continuité est prise ici au sens intuitif du lycée (« la courbe se trace sans lever le crayon ») ; sa définition rigoureuse relève du chapitre « Fonctions d'une variable réelle ». En pratique, à ce stade du programme :

  • toute fonction obtenue par somme, produit, quotient (à dénominateur non nul) et composition à partir des fonctions usuelles est de classe C sur tout intervalle où elle est définie ;
  • les polynômes, exp, ln, sin, cos, tan, les fonctions puissances sur R+, ainsi que toutes les fonctions introduites dans les sections 3 à 5, sont de classe C sur leur domaine ;
  • une dérivée peut exister sans être continue, mais aucun exemple de ce type ne sera rencontré avant le chapitre « Fonctions d'une variable réelle ».

Exemple

Pour f:xe2x, une récurrence immédiate donne f(n)(x)=2ne2x pour tout nN.

Pour g=sin, on calcule g=cos, g=sin, g(3)=cos, g(4)=sin=g. Les dérivées successives sont donc périodiques de période 4 en l'ordre de dérivation, et l'on peut écrire, pour tout nN et tout réel x,

sin(n)(x)=sin(x+nπ2),

formule qui se démontre par récurrence sur n à l'aide de l'identité sin(t+π2)=cost.

Extremums et points critiques

Définition

Soit f définie sur D et aD.

  • f admet un maximum global en a si f(x)f(a) pour tout xD ; un minimum global si f(x)f(a) pour tout xD.
  • f admet un maximum local en a s'il existe un réel η>0 tel que f(x)f(a) pour tout xD]aη,a+η[ ; définition analogue pour un minimum local.
  • Un extremum est un maximum ou un minimum.

Définition

Soit f dérivable sur I. Un réel aI tel que f(a)=0 s'appelle un point critique de f.

Propriété

Soit f dérivable sur un intervalle I et a un point intérieur à I (c'est-à-dire qui n'est pas une extrémité de I). Si f admet un extremum local en a, alors f(a)=0.

Résultat admis ici, démontré dans le chapitre « Fonctions d'une variable réelle ».

Deux mises en garde, qui sont les deux erreurs classiques.

La réciproque est fausse. f:xx3 vérifie f(0)=0, mais f est strictement croissante sur R : elle n'admet aucun extremum en 0. Un point critique est un candidat, pas une conclusion. C'est le changement de signe de f qui décide, et il se lit dans le tableau de variations.

L'hypothèse « point intérieur » est nécessaire. La fonction xx sur [0,1] atteint son minimum en 0 et son maximum en 1, sans que sa dérivée s'annule jamais. Sur un intervalle fermé borné, il faut toujours comparer les valeurs aux extrémités avec les valeurs aux points critiques.

Méthode

Résoudre un problème d'optimisation. Les cinq étapes ci-dessous sont obligatoires, et la première est celle qu'on saute à tort.

  1. Choisir la variable et préciser l'intervalle I dans lequel elle peut varier, en traduisant toutes les contraintes géométriques ou physiques du problème.
  2. Exprimer la quantité à optimiser comme une fonction f de cette seule variable, en éliminant les autres inconnues grâce aux contraintes.
  3. Étudier f sur I : dérivée, forme factorisée, signe, tableau de variations.
  4. Conclure sur l'existence et la valeur de l'extremum, en comparant si nécessaire avec les valeurs aux extrémités de I.
  5. Revenir au problème posé : répondre par une phrase qui parle de l'objet initial (une longueur, un coût, un rayon), et pas seulement de f.

Exemple

Boîte de conserve d'aire minimale. On fabrique une boîte cylindrique fermée de volume V imposé, V>0. Quelles dimensions minimisent la quantité de métal utilisée ?

Variable et contraintes. Notons r>0 le rayon de base et h>0 la hauteur. La contrainte de volume s'écrit πr2h=V, d'où h=Vπr2. La variable est donc r, libre dans I=]0,+[.

Fonction à optimiser. L'aire totale (deux disques et la surface latérale) vaut S=2πr2+2πrh. En remplaçant h :

S(r)=2πr2+2πr×Vπr2=2πr2+2Vr.

Étude. S est dérivable sur ]0,+[ et

S(r)=4πr2Vr2=4πr32Vr2.

Le dénominateur étant strictement positif, S(r) est du signe de 4πr32V, fonction strictement croissante de r qui s'annule pour r3=V2π. Notons r0=(V2π)1/3 cette valeur.

xx
00
r0r_0
++\infty
S(r)S'(r)
-
00
++
S(r)S(r)
++\infty
S(r0)S(r_0)
++\infty

Conclusion mathématique. S admet un minimum global sur ]0,+[, atteint en r0.

Retour au problème. La hauteur correspondante vérifie

hr0=Vπr03=Vπ×V2π=2,

donc h=2r0 : la boîte de métal minimale est celle dont la hauteur est égale au diamètre. C'est un résultat connu des fabricants, et l'écart avec les boîtes réelles du commerce s'explique par le coût des soudures, absent de notre modèle.

Démontrer une inégalité par étude de fonction

Méthode

Démontrer une inégalité A(x)B(x) sur un intervalle I.

  1. Tout passer d'un côté : poser g(x)=B(x)A(x) et se ramener à montrer g0 sur I.
  2. Dériver et factoriser g. Si le signe de g n'est pas lisible, recommencer avec g : le signe de g donne les variations de g, qui donnent le signe de g, qui donne les variations de g.
  3. Repérer le point d'annulation x0g(x0)=0. C'est presque toujours une borne de I ou le point critique de g, et c'est là que l'inégalité est une égalité.
  4. Dresser le tableau de variations de g et lire le minimum.
  5. Conclure : si le minimum de g sur I vaut 0, alors g0 sur I, donc AB. Préciser le cas d'égalité s'il est demandé.

Exemple

Montrons que sinxx pour tout x0.

Posons g(x)=xsinx sur [0,+[. La fonction g est dérivable et g(x)=1cosx. Or cosx1 pour tout réel x, donc g(x)0 : g est croissante sur [0,+[. Comme g(0)=0sin0=0, on en déduit g(x)g(0)=0 pour tout x0, c'est-à-dire sinxx.

Par imparité de g, on obtient au passage sinxx pour x0, et donc l'inégalité sinxx valable sur R tout entier.

Fonctions usuelles : exponentielle, logarithme, puissances

La fonction exponentielle

Définition

On admet l'existence et l'unicité d'une fonction exp:RR, dérivable sur R, vérifiant

exp=expetexp(0)=1.

Cette fonction s'appelle l'exponentielle, et l'on note ex pour exp(x). Le réel e=exp(1)2,718 est la base de l'exponentielle.

L'existence de cette fonction est admise ici ; elle sera établie plus tard dans l'année.

Propriété

Pour tous réels x et y et tout entier nZ :

  1. ex>0 ;
  2. ex+y=exey (relation fonctionnelle) ;
  3. ex=1ex et exy=exey ;
  4. (ex)n=enx ;
  5. exp est strictement croissante sur R ;
  6. ex=ey    x=y et ex<ey    x<y ;
  7. limxex=0 et limx+ex=+.
xx
-\infty
++\infty
exp(x)\exp'(x)
++
exe^x
00
++\infty

Le point 5 se déduit du point 1 : exp=exp>0 sur l'intervalle R, donc exp est strictement croissante (section 2.5). Le point 6 est la traduction de la stricte croissance, et c'est le seul outil autorisé pour résoudre une équation ou une inéquation contenant des exponentielles : on ne « simplifie » jamais une exponentielle, on utilise sa stricte monotonie.

Le logarithme népérien

Définition

La fonction exp réalise une bijection de R sur ]0,+[ (résultat admis, démontré dans le chapitre « Fonctions d'une variable réelle »). Sa bijection réciproque s'appelle le logarithme népérien et se note ln :

ln:]0,+[R.

Elle est caractérisée par : pour tout x>0 et tout yR,

y=lnx    x=ey.

Propriété

Pour tous réels x>0, y>0 et tout entier nZ :

  1. elnx=x pour x>0, et ln(et)=t pour tout réel t ;
  2. ln1=0 et lne=1 ;
  3. ln(xy)=lnx+lny (relation fonctionnelle) ;
  4. ln(1x)=lnx et ln(xy)=lnxlny ;
  5. ln(xn)=nlnx et ln(x)=12lnx ;
  6. ln est dérivable sur ]0,+[ et ln(x)=1x ;
  7. ln est strictement croissante ; lnx=lny    x=y et lnx<lny    x<y ;
  8. limx0+lnx= et limx+lnx=+.

Démonstration du point 3. Soient x>0 et y>0. En utilisant le point 1 puis la relation fonctionnelle de l'exponentielle,

elnx+lny=elnx×elny=x×y=eln(xy).

Par injectivité de exp (point 6 de la propriété précédente), lnx+lny=ln(xy).

Le point 6 a été démontré en 2.7 comme application de la formule de la dérivée d'une réciproque.

xx
00
++\infty
ln(x)\ln'(x)
++
lnx\ln x
-\infty
++\infty

Les courbes de exp et de ln sont symétriques par rapport à la droite d'équation y=x, conformément à la propriété générale de 2.7 : la tangente à Cexp en (0,1), de pente 1, se transforme en la tangente à Cln en (1,0), de pente 11=1.

Une remarque de vocabulaire fréquemment source d'erreurs : la fonction xlnx est définie sur R, et l'on vérifie sans peine, en séparant les cas x>0 et x<0, que sa dérivée vaut 1x sur R tout entier. Cette fonction sera indispensable dans la partie B, au moment des primitives.

Les deux inégalités fondamentales

Ces deux inégalités servent partout : en analyse, en probabilités, dans les majorations de suites. Elles sont l'illustration type de la méthode 2.10, et il faut savoir les redémontrer en trente secondes.

Propriété

Pour tout réel x,

ex1+x,

avec égalité si et seulement si x=0.

Démonstration. Posons g(x)=ex1x, définie et dérivable sur R. On a

g(x)=ex1.

Or ex10    exe0    x0, par stricte croissance de l'exponentielle. Donc g est strictement négative sur ],0[, nulle en 0, et strictement positive sur ]0,+[.

xx
-\infty
00
++\infty
g(x)g'(x)
-
00
++
g(x)g(x)
00

La fonction g est donc strictement décroissante sur ],0] et strictement croissante sur [0,+[ : elle admet en 0 un minimum global, égal à g(0)=e010=0.

Ainsi g(x)0 pour tout réel x, c'est-à-dire ex1+x. De plus, la stricte monotonie de part et d'autre de 0 montre que g(x)>0 dès que x0 : le cas d'égalité est exactement x=0.

Propriété

Pour tout réel x>1,

ln(1+x)x,

avec égalité si et seulement si x=0. De façon équivalente, en posant t=1+x : pour tout t>0, lntt1.

Démonstration. Posons h(x)=xln(1+x) sur ]1,+[, intervalle sur lequel 1+x>0, donc h est bien définie et dérivable. On a

h(x)=111+x=(1+x)11+x=x1+x.

Sur ]1,+[, le dénominateur 1+x est strictement positif : h(x) est donc du signe de x.

xx
1-1
00
++\infty
h(x)h'(x)
-
00
++
h(x)h(x)
00

La fonction h atteint donc en 0 un minimum global sur ]1,+[, égal à h(0)=0ln(1)=0. Par conséquent h(x)0, c'est-à-dire ln(1+x)x, avec égalité si et seulement si x=0.

Les deux inégalités disent la même chose vue de deux côtés : la courbe de exp est au-dessus de sa tangente en 0, d'équation y=1+x, et la courbe de ln est en dessous de sa tangente en 1, d'équation y=x1. On peut d'ailleurs déduire la seconde de la première : pour x>1, appliquons eu1+u à u=ln(1+x), ce qui donne 1+x1+ln(1+x), donc ln(1+x)x.

Fonctions puissances

Définition

Soit α un réel. La fonction puissance d'exposant α est définie sur R+ par

xα=eαlnx.

Lorsque α>0, on la prolonge en 0 en posant 0α=0, ce qui donne une fonction définie sur R+. On pose également 00=1 par convention dans les calculs algébriques.

Ce point mérite d'être souligné, car c'est une source d'erreurs constante :

  • pour α réel quelconque, xα n'est défini que pour x>0 (et pour x=0 si α>0) ;
  • seules les puissances entières ont un sens sur R : xn pour nZ est défini pour tout x0 par produit ou quotient répété, sans passer par le logarithme ;
  • écrire (8)1/3=2 est donc incorrect dans ce cadre : la notation x1/3 n'a pas de sens pour x<0.

Propriété

Pour tous x>0, y>0 et tous réels α, β :

  1. xα+β=xαxβ ;
  2. xα=1xα ;
  3. (xy)α=xαyα ;
  4. (xα)β=xαβ ;
  5. ln(xα)=αlnx ;
  6. 1α=1 et x0=1.

Démonstration des points 3 et 4. Toutes ces relations se ramènent à la définition et aux propriétés de exp et ln.

Pour le point 3 : (xy)α=eαln(xy)=eα(lnx+lny)=eαlnx×eαlny=xαyα.

Pour le point 4 : posons u=xα=eαlnx, qui est strictement positif. Alors lnu=αlnx, donc

(xα)β=uβ=eβlnu=eβαlnx=xαβ.

Propriété

Soit α un réel. La fonction xxα est dérivable sur R+ et

(xα)=αxα1.

Elle est strictement croissante sur R+ si α>0, constante égale à 1 si α=0, strictement décroissante si α<0.

Démonstration. La fonction xαlnx est dérivable sur R+, de dérivée αx, et exp est dérivable sur R. Par composition,

(eαlnx)=αxeαlnx=αxxα=αxαx1=αxα1,

où l'on a utilisé 1x=x1 et la relation xαx1=xα1. Le signe de la dérivée est celui de α, puisque xα1>0 ; d'où les variations annoncées.

Propriété

Limites aux bornes. Soit α>0. Alors

limx0+xα=0,limx+xα=+,

et, pour α<0,

limx0+xα=+,limx+xα=0.

Attention à une expression dont le calcul se fait toujours de la même façon : une puissance dont la base et l'exposant dépendent de x, du type u(x)v(x), se traite en repassant systématiquement par l'exponentielle :

u(x)v(x)=ev(x)ln(u(x)),

valable dès que u(x)>0. Aucune règle de calcul ne s'applique directement à une telle écriture.

Croissances comparées

En +, l'exponentielle l'emporte sur toute puissance, et toute puissance l'emporte sur le logarithme. C'est la hiérarchie fondamentale de l'analyse.

Propriété

Soient α>0 et β>0. Alors

limx+exxα=+,limx+(lnx)βxα=0,limx+lnxx=0.

En 0 et en :

limx0+xαlnxβ=0,limxxαex=0,limxxex=0.

Enfin, pour tout entier nN,

limx+exxn=+etlimx+xnex=0.

Résultats admis ici ; ils sont démontrés dans le chapitre « Fonctions d'une variable réelle », une fois la théorie des limites en place.

Une formulation mnémotechnique suffit pour ne jamais se tromper : dans une compétition entre exp, une puissance et ln, l'exponentielle gagne toujours, le logarithme perd toujours. La limite d'un quotient est donc dictée par celui des deux qui l'emporte, quels que soient les exposants en jeu.

Exemple

Calculons quelques limites, chacune en se ramenant à une forme de référence.

a. limx+x3+2xex. On écrit x3+2xex=x3ex+2xex. Les deux termes tendent vers 0 par croissance comparée, donc la limite est 0.

b. limx0+xlnx. C'est la forme de référence avec α=β=1 : la limite est 0.

c. limx0+xx. On repasse par l'exponentielle : xx=exlnx. Comme xlnx0 d'après b., et que exp est continue en 0 avec e0=1, on obtient limx0+xx=1.

d. limx+ln(x2+1)x. On majore : pour x1, x2+12x2, donc ln(x2+1)ln2+2lnx. Ainsi 0ln(x2+1)xln2x+2lnxx, qui tend vers 0. La limite est donc 0.

Logarithme décimal et logarithme en base 2

Définition

Soit a un réel strictement positif différent de 1. Le logarithme en base a est la fonction définie sur R+ par

loga(x)=lnxlna.

Deux cas sont d'usage courant :

  • le logarithme décimal log10, souvent noté simplement log, avec log(x)=lnxln10 ;
  • le logarithme en base 2, noté log2, avec log2(x)=lnxln2.

Propriété

Pour a>0, a1, et tous x,y>0 :

  1. loga(an)=n pour tout nZ, et loga(1)=0, loga(a)=1 ;
  2. loga(xy)=loga(x)+loga(y) ;
  3. loga est dérivable sur R+ de dérivée 1xlna ; elle est strictement croissante si a>1, strictement décroissante si 0<a<1 ;
  4. loga(x)=y    x=ay.

Ces fonctions ne sont qu'un changement d'échelle du logarithme népérien, mais elles sont commodes dans deux contextes. Le logarithme décimal donne l'ordre de grandeur d'un nombre : pour x>0, l'entier log10(x)+1 est le nombre de chiffres de la partie entière de x lorsque x1. Le logarithme en base 2 compte les doublements : log2(x) est le nombre de fois qu'il faut doubler 1 pour atteindre x, ce qui explique son omniprésence en informatique dans l'évaluation des coûts d'algorithmes de type dichotomie.

Exemple

Combien de chiffres compte 2100 en écriture décimale ?

On a log10(2100)=100log10(2)=100×ln2ln10. Avec ln20,6931 et ln102,3026, on obtient log10(2)0,30103, donc log10(2100)30,103.

Ainsi 1030<2100<1031, et 2100 compte 31 chiffres.

Fonctions circulaires réciproques

Rappels sur les fonctions circulaires

Les fonctions sin, cos et tan ont été étudiées dans le chapitre « Compléments de calcul algébrique et de trigonométrie ». On en rappelle l'essentiel.

Propriété

  1. cos et sin sont définies sur R, à valeurs dans [1,1], et 2π-périodiques. cos est paire, sin est impaire.
  2. Elles sont dérivables sur R, avec sin=cos et cos=sin.
  3. Pour tout réel x, cos2x+sin2x=1.
  4. tan=sincos est définie sur R{π2+kπ ; kZ}, impaire, π-périodique, dérivable, de dérivée 1+tan2=1cos2.
  5. Formules d'Euler : cosx=eix+eix2 et sinx=eixeix2i.
x 0 π6 π4 π3 π2
sinx 0 12 22 32 1
cosx 1 32 22 12 0
tanx 0 13 1 3 non défini

Aucune de ces trois fonctions n'est injective sur son domaine : sin prend la valeur 0 en tous les kπ. Pour définir une réciproque, il faut donc d'abord restreindre le domaine à un intervalle sur lequel la fonction est strictement monotone. Le choix de cet intervalle est une convention, et c'est cette convention qui produit tous les pièges de la section.

La fonction Arcsin

Définition

La restriction de sin à [π2,π2] est continue et strictement croissante ; elle réalise donc une bijection de [π2,π2] sur [1,1] (résultat admis ici, démontré dans le chapitre « Fonctions d'une variable réelle »).

Sa bijection réciproque s'appelle arc sinus et se note Arcsin :

Arcsin:[1,1][π2,π2].

Elle est caractérisée par l'équivalence

x[1,1], θ[π2,π2],θ=Arcsinx    sinθ=x.

En clair : Arcsinx est l'unique réel de [π2,π2] dont le sinus vaut x.

Propriété

  1. Arcsin est strictement croissante sur [1,1], avec Arcsin(1)=π2, Arcsin(0)=0 et Arcsin(1)=π2.
  2. Arcsin est impaire : Arcsin(x)=Arcsin(x) pour tout x[1,1].
  3. Arcsin est dérivable sur l'intervalle ouvert ]1,1[ et
Arcsin(x)=11x2.
  1. Arcsin n'est pas dérivable en 1 ni en 1 : sa courbe y admet des tangentes verticales.

Démonstration du point 2. Soit x[1,1] et posons θ=Arcsinx, de sorte que θ[π2,π2] et sinθ=x. Alors θ appartient encore à [π2,π2], et l'imparité du sinus donne sin(θ)=sinθ=x. Par caractérisation de Arcsin, on en déduit Arcsin(x)=θ=Arcsin(x).

Démonstration du point 3. Notons f la restriction de sin à [π2,π2], de sorte que f1=Arcsin. Soit x]1,1[ et posons θ=Arcsinx ; alors θ appartient à l'intervalle ouvert ]π2,π2[, donc f(θ)=cosθ0. La formule de la dérivée d'une réciproque (section 2.7) s'applique :

Arcsin(x)=1f(Arcsinx)=1cos(Arcsinx).

Il reste à exprimer cosθ en fonction de x. De cos2θ+sin2θ=1 on tire cos2θ=1x2, donc cosθ=±1x2. Or θ]π2,π2[, intervalle sur lequel le cosinus est strictement positif : c'est donc le signe + qu'il faut retenir, et cosθ=1x2. Finalement

Arcsin(x)=11x2.

Aux extrémités, cos(±π2)=0 : la formule de la réciproque ne s'applique plus, et l'on retrouve la tangente verticale annoncée. C'est aussi visible sur la formule elle-même, puisque 11x2 tend vers + quand x tend vers 1 ou vers 1.

xx
1-1
11
Arcsin(x)\operatorname{Arcsin}'(x)
++
Arcsin(x)\operatorname{Arcsin}(x)
π2-\dfrac{\pi}{2}
π2\dfrac{\pi}{2}

La fonction Arccos

Définition

La restriction de cos à [0,π] est continue et strictement décroissante ; elle réalise une bijection de [0,π] sur [1,1] (résultat admis ici, démontré dans le chapitre « Fonctions d'une variable réelle »).

Sa bijection réciproque s'appelle arc cosinus et se note Arccos :

Arccos:[1,1][0,π].

Elle est caractérisée par

x[1,1], θ[0,π],θ=Arccosx    cosθ=x.

Propriété

  1. Arccos est strictement décroissante sur [1,1], avec Arccos(1)=π, Arccos(0)=π2 et Arccos(1)=0.
  2. Arccos n'est ni paire ni impaire. Elle vérifie en revanche
Arccos(x)=πArccos(x)pour tout x[1,1],

ce qui traduit la symétrie de sa courbe par rapport au point (0,π2). 3. Arccos est dérivable sur ]1,1[ et

Arccos(x)=11x2.
  1. Arccos n'est pas dérivable en 1 ni en 1.

Démonstration du point 3. Notons g la restriction de cos à [0,π]. Soit x]1,1[ et θ=Arccosx, qui appartient alors à ]0,π[. On a g(θ)=sinθ, et sinθ>0 car θ]0,π[ : donc g(θ)0 et la formule de la réciproque s'applique :

Arccos(x)=1sin(Arccosx).

Comme sin2θ=1cos2θ=1x2 et sinθ>0, on obtient sinθ=1x2, d'où

Arccos(x)=11x2.
xx
1-1
11
Arccos(x)\operatorname{Arccos}'(x)
-
Arccos(x)\operatorname{Arccos}(x)
π\pi
00

Graphes d'Arcsin et d'Arccos

x 0 12 22 32 1
Arcsinx 0 π6 π4 π3 π2
Arccosx π2 π3 π4 π6 0

La relation Arcsinx+Arccosx=π2

Propriété

Pour tout x[1,1],

Arcsinx+Arccosx=π2.

Démonstration. Posons φ(x)=Arcsinx+Arccosx pour x[1,1].

Sur l'intervalle ouvert. Les deux fonctions sont dérivables sur ]1,1[, donc φ l'est aussi, et pour tout x]1,1[ :

φ(x)=11x2+(11x2)=0.

Comme ]1,1[ est un intervalle et que φ=0 sur cet intervalle, φ y est constante (section 2.5). Sa valeur constante se lit en un point bien choisi, par exemple x=0 :

φ(0)=Arcsin(0)+Arccos(0)=0+π2=π2.

Donc φ(x)=π2 pour tout x]1,1[.

Aux extrémités. La dérivée n'existe pas en ±1, il faut donc vérifier ces deux valeurs directement :

φ(1)=π2+0=π2,φ(1)=π2+π=π2.

Conclusion. L'égalité φ(x)=π2 vaut sur [1,1] tout entier.

La démonstration est un modèle du genre : on ne peut pas conclure sur l'intervalle fermé par l'argument de la dérivée nulle, puisque la dérivabilité fait défaut aux bornes. Oublier de traiter séparément x=±1 est une faute de rigueur classique.

Cette relation permet de tout ramener à Arcsin : en pratique, dès qu'une expression mêle les deux fonctions, on remplace Arccosx par π2Arcsinx.

La fonction Arctan

Définition

La restriction de tan à ]π2,π2[ est continue et strictement croissante ; elle réalise une bijection de ]π2,π2[ sur R (résultat admis ici, démontré dans le chapitre « Fonctions d'une variable réelle »).

Sa bijection réciproque s'appelle arc tangente et se note Arctan :

Arctan:R]π2,π2[.

Elle est caractérisée par

xR, θ]π2,π2[,θ=Arctanx    tanθ=x.

Propriété

  1. Arctan est définie sur R tout entier, strictement croissante, et impaire.
  2. Arctan est dérivable sur R et
Arctan(x)=11+x2.
  1. limxArctanx=π2 et limx+Arctanx=π2 : la courbe admet deux asymptotes horizontales, d'équations y=π2 et y=π2.
  2. Arctan(0)=0, Arctan(1)=π4, Arctan(3)=π3 et Arctan(13)=π6.

Démonstration du point 2. Notons h la restriction de tan à ]π2,π2[. Soit xR et θ=Arctanx. On a h(θ)=1+tan2θ=1+x21>0, donc h(θ) ne s'annule jamais et la formule de la réciproque s'applique en tout point :

Arctan(x)=1h(Arctanx)=11+tan2(Arctanx)=11+x2.

C'est la seule des trois fonctions circulaires réciproques qui soit dérivable sur R tout entier, et sa dérivée est une fraction rationnelle : cette double particularité en fait la plus utile des trois. La partie B y reviendra, puisque Arctan est une primitive de x11+x2.

xx
-\infty
++\infty
Arctan(x)\operatorname{Arctan}'(x)
++
Arctan(x)\operatorname{Arctan}(x)
π2-\dfrac{\pi}{2}
π2\dfrac{\pi}{2}

Graphe d'Arctan et ses asymptotes

Le piège de rédaction : simplifier Arcsin(sinx)

Méthode

La règle d'or des fonctions circulaires réciproques. Une composée dans un sens se simplifie toujours ; dans l'autre sens, presque jamais.

Sens facile (toujours vrai sur le domaine).

  • sin(Arcsinx)=x pour tout x[1,1] ;
  • cos(Arccosx)=x pour tout x[1,1] ;
  • tan(Arctanx)=x pour tout xR.

Sens dangereux (vrai seulement sur l'intervalle de restriction).

  • Arcsin(sinx)=x si et seulement si x[π2,π2] ;
  • Arccos(cosx)=x si et seulement si x[0,π] ;
  • Arctan(tanx)=x si et seulement si x]π2,π2[.

Procédure quand x n'est pas dans le bon intervalle.

  1. Identifier l'intervalle cible : [π2,π2] pour Arcsin, [0,π] pour Arccos.
  2. Chercher, à l'aide des formules de trigonométrie (sin(πx)=sinx, cos(x)=cosx, périodicité), un réel θ dans l'intervalle cible ayant le même sinus (ou cosinus) que x.
  3. Écrire Arcsin(sinx)=Arcsin(sinθ)=θ, la dernière égalité étant maintenant légitime.
  4. Vérifier que la réponse appartient bien à l'intervalle cible.

Exemple

Le contre-exemple à retenir. Calculons Arcsin(sin3π4).

La réponse fausse consiste à « simplifier » et à répondre 3π4. Elle est impossible : Arcsin est à valeurs dans [π2,π2], et 3π42,36 dépasse π21,57.

Appliquons la procédure. On a 3π4=ππ4, et la formule de l'angle supplémentaire donne

sin3π4=sin(ππ4)=sinπ4=22.

Le réel θ=π4 appartient bien à [π2,π2], donc

Arcsin(sin3π4)=Arcsin(22)=π4.

La réponse est π4, et non 3π4.

Exemple

Trois calculs du même type, à faire en vérifiant chaque fois l'intervalle d'arrivée.

a. Arccos(cos7π6). Le réel 7π6 n'est pas dans [0,π]. Or cos7π6=cos(7π6)=cos(2π7π6)=cos5π6, et 5π6[0,π]. La réponse est 5π6.

b. Arctan(tan5π4). La tangente est π-périodique, donc tan5π4=tanπ4=1, et π4]π2,π2[. La réponse est π4.

c. sin(Arcsin35). Ici on est dans le sens facile, et 35[1,1]. La réponse est 35, sans aucune précaution.

Une dernière mise en garde : l'écriture Arcsin(sinx) est toujours définie pour tout réel x, puisque sinx[1,1]. Ce n'est donc pas un problème d'existence, c'est un problème de valeur. La fonction xArcsin(sinx) est définie sur R, 2π-périodique, impaire, et coïncide avec l'identité seulement sur [π2,π2] : son graphe est une ligne brisée en dents de scie.

Simplifier une expression mixte

Propriété

Pour tout x[1,1] :

cos(Arcsinx)=1x2,sin(Arccosx)=1x2.

Pour tout x]1,1[ :

tan(Arcsinx)=x1x2.

Pour tout xR :

cos(Arctanx)=11+x2,sin(Arctanx)=x1+x2.

Démonstration de cos(Arcsinx)=1x2. Soit x[1,1] et posons θ=Arcsinx, de sorte que sinθ=x et θ[π2,π2].

De l'identité cos2θ+sin2θ=1 on tire cos2θ=1x2, donc cosθ=1x2.

C'est ici que se joue la rigueur : il faut déterminer le signe de cosθ. Or θ appartient à [π2,π2], intervalle sur lequel le cosinus est positif ou nul. Donc cosθ=cosθ=1x2.

Démonstration de cos(Arctanx)=11+x2. Soit xR et θ=Arctanx, donc tanθ=x et θ]π2,π2[. En divisant cos2θ+sin2θ=1 par cos2θ, qui est non nul, on obtient

1+tan2θ=1cos2θ,donccos2θ=11+x2.

Sur ]π2,π2[, le cosinus est strictement positif, donc cosθ=11+x2. On en déduit sinθ=tanθcosθ=x1+x2.

Méthode

Simplifier une expression contenant Arcsin, Arccos ou Arctan. La méthode est toujours la même, et elle tient en une phrase : poser l'angle.

  1. Nommer l'angle : poser θ=Arcsinx (ou Arccosx, ou Arctanx).
  2. Écrire les deux informations que ce nom apporte : la valeur de la ligne trigonométrique (sinθ=x) et l'intervalle auquel θ appartient. Le second est aussi important que le premier.
  3. Calculer l'expression demandée en fonction de θ avec les formules de trigonométrie habituelles (Pythagore, duplication, addition).
  4. Lever l'ambiguïté de signe au moment de prendre une racine carrée, en invoquant l'intervalle de l'étape 2. C'est l'étape que l'on saute et qui coûte les points.
  5. Vérifier sur une valeur particulière : x=0, x=1 ou x=12 suffisent le plus souvent à détecter une erreur de signe.

Exemple

Simplifions sin(2Arctanx) pour xR.

Poser l'angle. Soit θ=Arctanx : alors tanθ=x et θ]π2,π2[.

Calculer. La formule de duplication donne sin(2θ)=2sinθcosθ. D'après les résultats ci-dessus,

sin(2θ)=2×x1+x2×11+x2=2x1+x2.

Vérifier. Pour x=1 : Arctan1=π4, donc sin(2×π4)=sinπ2=1, et la formule donne 21+1=1. Les deux coïncident.

Exemple

Étudions la fonction F:xArctanx+Arctan(1x) sur ]0,+[.

F est dérivable sur ]0,+[ comme somme et composée de fonctions dérivables, et

F(x)=11+x2+(1x2)×11+1x2=11+x21x2×x2x2+1=11+x211+x2=0.

Comme ]0,+[ est un intervalle, F y est constante. En évaluant en x=1 :

F(1)=Arctan(1)+Arctan(1)=π4+π4=π2.

Donc Arctanx+Arctan(1x)=π2 pour tout x>0. Par imparité de Arctan, la même quantité vaut π2 pour tout x<0 : la constante change d'un intervalle à l'autre, ce qui illustre une fois de plus l'importance de l'hypothèse « intervalle ».

Fonctions hyperboliques

Ces fonctions se construisent à partir de l'exponentielle en imitant les formules d'Euler, dans lesquelles on aurait retiré les i. Elles apparaissent naturellement en physique (forme d'un câble suspendu, dite chaînette) et dans les calculs de primitives de la partie B.

Définitions

Définition

On définit sur R le sinus hyperbolique, le cosinus hyperbolique et la tangente hyperbolique par

sh(x)=exex2,ch(x)=ex+ex2,th(x)=sh(x)ch(x)=exexex+ex.

On rencontre également les notations anglo-saxonnes sinh, cosh et tanh pour les mêmes fonctions. La fonction th est bien définie sur R tout entier, car ch(x)>0 pour tout réel x (somme de deux exponentielles strictement positives).

Propriété

Ce qui est exigible, et ce qui ne l'est pas. Le programme officiel précise que les fonctions hyperboliques réciproques sont hors programme : elles ne seront ni définies ni utilisées dans ce cours, et aucun exercice ne peut les exiger. La seule formule exigible de cette section est

ch2(x)sh2(x)=1.

Tout le reste (dérivées, variations, graphes) doit pouvoir être retrouvé en quelques lignes à partir des définitions, ce que l'on fait ci-dessous.

Propriété

Pour tout réel x :

  1. ch est paire, sh et th sont impaires ;
  2. ch(x)+sh(x)=ex et ch(x)sh(x)=ex ;
  3. ch(0)=1, sh(0)=0, th(0)=0.

Démonstration du point 1 pour ch. Pour tout réel x,

ch(x)=ex+e(x)2=ex+ex2=ch(x).

Le même calcul pour sh donne sh(x)=exex2=sh(x), et l'imparité de th suit du quotient d'une fonction impaire par une fonction paire.

Le point 2 est le contrôle mental le plus rapide : ch et sh sont respectivement la partie paire et la partie impaire de l'exponentielle, et leur somme reconstitue ex.

La relation fondamentale

Propriété

Pour tout réel x,

ch2(x)sh2(x)=1.

Démonstration. Deux rédactions possibles, toutes deux courtes.

Par développement. Pour tout réel x,

ch2(x)sh2(x)=(ex+ex2)2(exex2)2=(e2x+2exex+e2x)(e2x2exex+e2x)4=4exex4=exx=e0=1.

Par identité remarquable. En utilisant le point 2 de la propriété précédente,

ch2(x)sh2(x)=(ch(x)sh(x))(ch(x)+sh(x))=ex×ex=1.

La seconde rédaction est la plus élégante et celle qu'il faut retenir. Noter le signe moins, qui distingue cette identité de son analogue circulaire cos2+sin2=1 : c'est ce signe qui vaut aux fonctions hyperboliques leur nom, le point de coordonnées (cht,sht) décrivant une branche de l'hyperbole d'équation X2Y2=1, là où (cost,sint) décrit le cercle X2+Y2=1.

Une conséquence immédiate : ch2(x)=1+sh2(x)1, et comme ch(x)>0, on obtient ch(x)1 pour tout réel x, avec égalité uniquement en x=0.

Dérivées et variations

Propriété

Les fonctions ch, sh et th sont de classe C sur R, et

sh=ch,ch=sh,th=1th2=1ch2.

Démonstration. Les deux premières se lisent sur les définitions. Comme (ex)=ex,

sh(x)=ex(ex)2=ex+ex2=ch(x), ch(x)=ex+(ex)2=exex2=sh(x).

Noter l'absence de signe moins, contrairement au cas circulaire où cos=sin.

Pour th, on dérive le quotient shch, dont le dénominateur ne s'annule pas :

th(x)=sh(x)ch(x)sh(x)ch(x)ch2(x)=ch2(x)sh2(x)ch2(x)=1ch2(x),

la dernière égalité venant de la relation fondamentale. En coupant au contraire la fraction en deux, on obtient la seconde forme :

th(x)=ch2(x)sh2(x)ch2(x)=1th2(x).

Les variations s'en déduisent immédiatement.

Sinus hyperbolique. sh=ch1>0, donc sh est strictement croissante sur R. Ses limites sont en et + en +.

xx
-\infty
++\infty
ch(x)\operatorname{ch}(x)
++
sh(x)\operatorname{sh}(x)
-\infty
++\infty

Cosinus hyperbolique. ch=sh, qui est du signe de x puisque sh est strictement croissante et s'annule en 0. Donc ch décroît sur ],0] et croît sur [0,+[, avec un minimum global égal à 1 en 0.

xx
-\infty
00
++\infty
sh(x)\operatorname{sh}(x)
-
00
++
ch(x)\operatorname{ch}(x)
++\infty
11
++\infty

Tangente hyperbolique. th=1ch2>0, donc th est strictement croissante. Pour les limites, on factorise par ex au numérateur et au dénominateur :

th(x)=ex(1e2x)ex(1+e2x)=1e2x1+e2xx+101+0=1,

et, par imparité, th(x) tend vers 1 quand x tend vers .

xx
-\infty
++\infty
th(x)\operatorname{th}'(x)
++
th(x)\operatorname{th}(x)
1-1
11

Graphes et positions relatives

Graphes de ch, sh et th

Propriété

Pour tout réel x :

  1. sh(x)<ch(x) ;
  2. ch(x)1, avec égalité si et seulement si x=0 ;
  3. 1<th(x)<1 : la courbe de th admet deux asymptotes horizontales d'équations y=1 et y=1 ;
  4. sh(x)x pour x0, et sh(x)x pour x0.

Démonstration du point 1. On a vu que ch(x)sh(x)=ex, qui est strictement positif pour tout réel x. Donc sh(x)<ch(x).

Démonstration du point 4. Posons g(x)=sh(x)x sur R. Alors g(x)=ch(x)10 d'après le point 2, donc g est croissante sur R. Comme g(0)=00=0, on en déduit g(x)0 pour x0 et g(x)0 pour x0, ce qui est l'énoncé.

Le comportement en + mérite un mot. Comme ch(x)ex2=ex2 et sh(x)ex2=ex2, ces deux différences tendent vers 0 en + : les courbes de ch et de sh se rapprochent toutes deux de celle de xex2, l'une par au-dessus, l'autre par en dessous. Elles semblent se confondre sur un tracé dès x=3.

Formules d'addition (culture, non exigible)

Propriété

Pour tous réels a et b :

sh(a+b)=sh(a)ch(b)+ch(a)sh(b),ch(a+b)=ch(a)ch(b)+sh(a)sh(b).

En particulier, avec a=b=x : sh(2x)=2sh(x)ch(x) et ch(2x)=ch2(x)+sh2(x)=2ch2(x)1.

Ces formules ne sont pas exigibles ; elles se retrouvent en une ligne à partir des définitions, et il est plus rentable de savoir les redémontrer que de les apprendre.

Vérification de la première. En développant à partir des définitions,

sh(a)ch(b)+ch(a)sh(b)=(eaea)(eb+eb)+(ea+ea)(ebeb)4=2ea+b2eab4=ea+be(a+b)2=sh(a+b).

Comparées aux formules circulaires, la différence tient au signe dans la formule du cosinus : cos(a+b)=cosacosbsinasinb contre ch(a+b)=chachb+shashb. La règle mnémotechnique consiste à partir de la formule circulaire et à changer le signe de chaque produit de deux sinus.

Fonctions d'une variable réelle à valeurs complexes

Cette section prolonge le paragraphe 1.9. Elle est courte, mais indispensable : c'est elle qui permettra, dans la partie B, de calculer d'un seul geste les primitives de xeaxcos(bx) et xeaxsin(bx), et de résoudre les équations différentielles linéaires du second ordre.

Dérivée d'une fonction à valeurs complexes

Définition

Soient I un intervalle de R et f:IC. On note f1=Re(f) et f2=Im(f), de sorte que f=f1+if2 avec f1 et f2 à valeurs réelles.

On dit que f est dérivable sur I si f1 et f2 le sont, et l'on pose alors

f=f1+if2,c’est-aˋ-dire(Ref)=Re(f)  et  (Imf)=Im(f).

On définit de même la classe Cn et les dérivées successives, coordonnée par coordonnée.

Tout se ramène donc à deux fonctions réelles. En revanche, aucun énoncé faisant intervenir l'ordre de R ne survit à ce passage : parler de croissance, de signe de f, d'extremum ou de tableau de variations pour une fonction à valeurs complexes n'a aucun sens.

Exemple

Soit f:xeix. On a f1=cos et f2=sin, toutes deux dérivables sur R, donc f est dérivable et

f(x)=sinx+icosx=i(cosx+isinx)=ieix,

où l'on a utilisé i×isinx=sinx. On retrouve la règle attendue : dériver eix revient à multiplier par i.

Opérations

Propriété

Soient f,g:IC dérivables et λ,μC. Alors λf+μg et fg sont dérivables sur I, et

(λf+μg)=λf+μg,(fg)=fg+fg.

Si de plus g ne s'annule pas sur I, alors fg est dérivable sur I et

(fg)=fgfgg2.

Enfin f est dérivable et (f)=f.

Démonstration de la formule du produit. Écrivons f=f1+if2 et g=g1+ig2 avec f1,f2,g1,g2 à valeurs réelles et dérivables. Alors

fg=(f1g1f2g2)+i(f1g2+f2g1),

dont les parties réelle et imaginaire sont dérivables comme sommes de produits de fonctions réelles dérivables. Par définition,

(fg)=(f1g1+f1g1f2g2f2g2)+i(f1g2+f1g2+f2g1+f2g1).

Par ailleurs, en développant le produit de nombres complexes,

fg+fg=(f1+if2)(g1+ig2)+(f1+if2)(g1+ig2)=(f1g1f2g2+f1g1f2g2)+i(f1g2+f2g1+f1g2+f2g1).

Les deux expressions ont la même partie réelle et la même partie imaginaire : elles sont égales.

Les autres formules se démontrent de la même façon, ou se déduisent de celle-ci. On retiendra le principe : toutes les règles de dérivation réelles restent valables, y compris avec des constantes complexes. Une seule exception, et elle est de taille : la formule de dérivation d'une composée vu n'a de sens que si les objets sont compatibles, et il n'est pas question ici de dériver une fonction de la variable complexe. Le seul cas de composition dont nous ayons besoin est celui de l'exponentielle, traité au paragraphe suivant.

Dérivée de exp(φ)

Définition

Pour un nombre complexe z=a+ib avec a,bR, on rappelle la définition vue au chapitre « Nombres complexes » :

ez=ea(cosb+isinb),

qui vérifie ez+z=ezez pour tous complexes z et z, ainsi que ez=eRe(z) et ez0.

Si φ:IC est une fonction, on note eφ la fonction xeφ(x).

Propriété

Soit φ:IC une fonction dérivable. Alors eφ est dérivable sur I et

(eφ)=φeφ.

Démonstration. Écrivons φ=a+ib, où a=Re(φ) et b=Im(φ) sont deux fonctions réelles dérivables sur I. Par définition de l'exponentielle complexe, pour tout xI,

eφ(x)=ea(x)cos(b(x))+iea(x)sin(b(x)).

Les parties réelle et imaginaire sont des produits et composées de fonctions réelles dérivables, donc eφ est dérivable. Dérivons chacune d'elles.

Partie réelle.

(eacosb)=aeacosbbeasinb=ea(acosbbsinb).

Partie imaginaire.

(easinb)=aeasinb+beacosb=ea(asinb+bcosb).

En rassemblant, puis en regroupant astucieusement,

(eφ)=ea(acosbbsinb)+iea(asinb+bcosb)=ea[a(cosb+isinb)+b(sinb+icosb)]=ea[a(cosb+isinb)+ib(cosb+isinb)]=(a+ib)ea(cosb+isinb)=φeφ.

L'égalité de la troisième ligne repose sur i(cosb+isinb)=icosbsinb=sinb+icosb.

Le résultat est exactement celui du cas réel, ce qui est rassurant, mais il n'allait pas de soi : la démonstration a réellement utilisé la définition de ez et les dérivées de cos et sin.

Le cas xeλx

Propriété

Soit λC. La fonction f:xeλx est de classe C sur R et, pour tout nN,

f(n)(x)=λneλx.

En particulier f=λf.

Démonstration. La fonction φ:xλx est dérivable, de dérivée constante φ=λ. La propriété précédente donne directement f(x)=λeλx. Une récurrence immédiate sur n fournit la formule générale : elle est vraie au rang 0, et si f(n)(x)=λneλx, alors f(n+1)(x)=λn×λeλx=λn+1eλx.

Propriété

Soit λ=a+ib avec a,bR. Alors, pour tout réel x,

eλx=eaxcos(bx)+ieaxsin(bx),

donc

Re(eλx)=eaxcos(bx)etIm(eλx)=eaxsin(bx).

En prenant partie réelle et partie imaginaire de (eλx)=λeλx, on obtient les deux dérivées réelles

(eaxcos(bx))=eax(acos(bx)bsin(bx)),(eaxsin(bx))=eax(asin(bx)+bcos(bx)).

Démonstration. La première égalité est la définition de l'exponentielle complexe appliquée à λx=ax+i(bx). Pour les dérivées, calculons λeλx sous forme algébrique :

λeλx=(a+ib)eax(cos(bx)+isin(bx))=eax[(acos(bx)bsin(bx))+i(asin(bx)+bcos(bx))].

Comme la dérivée d'une fonction à valeurs complexes se calcule coordonnée par coordonnée, la partie réelle de λeλx est la dérivée de la partie réelle de eλx, et de même pour la partie imaginaire. On obtient les deux formules annoncées, que l'on peut évidemment retrouver directement en dérivant un produit.

Exemple

Dérivons g:xe2xcos(3x).

Méthode directe. g(x)=2e2xcos(3x)3e2xsin(3x)=e2x(2cos(3x)3sin(3x)).

Méthode complexe. Posons λ=2+3i, de sorte que g=Re(eλx). Alors

λeλx=(2+3i)e2x(cos(3x)+isin(3x)),

dont la partie réelle vaut e2x(2cos(3x)3sin(3x)). Les deux méthodes coïncident.

L'intérêt de la seconde méthode n'apparaît pas sur une simple dérivation, où elle est plus lourde. Il éclatera dans la partie B : pour primitiver xeaxcos(bx), l'approche directe impose deux intégrations par parties successives et un système à résoudre, alors que l'approche complexe se réduit à diviser par λ et à prendre la partie réelle. C'est la raison d'être de toute cette section.

Méthodes du chapitre (partie A)

Méthode

Méthode 1 — Étudier complètement une fonction.

  1. Déterminer Df et l'écrire en réunion d'intervalles.
  2. Réduire le domaine d'étude par parité, imparité, périodicité.
  3. Justifier la dérivabilité par les opérations et les composées, intervalle par intervalle.
  4. Calculer f(x) et le mettre sous forme factorisée.
  5. Déterminer le signe de f, au besoin par un tableau de signes intermédiaire.
  6. Calculer les limites aux bornes du domaine et en tout point exclu.
  7. Dresser le tableau de variations complet.
  8. Tracer la courbe : tangentes horizontales, asymptotes, quelques points, puis raccordement.

Méthode

Méthode 2 — Démontrer une inégalité A(x)B(x) sur un intervalle I.

  1. Poser g=BA et se ramener à g0 sur I.
  2. Dériver et factoriser g. Si son signe reste illisible, étudier g : le signe de g donne les variations de g, donc le signe de g, donc les variations de g.
  3. Identifier le point x0g s'annule : c'est presque toujours une borne de I ou le point critique de g.
  4. Dresser le tableau de variations de g et lire son minimum sur I.
  5. Conclure, et préciser le cas d'égalité s'il est demandé.

Modèles à connaître par cœur : ex1+x sur R, ln(1+x)x sur ]1,+[, sinxx sur R+.

Méthode

Méthode 3 — Résoudre un problème d'optimisation.

  1. Choisir la variable et déterminer l'intervalle I où elle varie, en traduisant toutes les contraintes du problème.
  2. Exprimer la quantité à optimiser en fonction de cette seule variable.
  3. Étudier la fonction obtenue sur I : dérivée factorisée, signe, tableau.
  4. Conclure sur l'existence et la valeur de l'extremum, en comparant si besoin avec les valeurs aux extrémités de I : un point critique n'est qu'un candidat.
  5. Répondre par une phrase portant sur l'objet initial, pas sur la fonction auxiliaire.

Méthode

Méthode 4 — Simplifier une expression contenant Arcsin, Arccos ou Arctan.

  1. Poser l'angle : θ=Arcsinx, θ=Arccosx ou θ=Arctanx.
  2. Écrire les deux informations que ce nom apporte : la ligne trigonométrique (sinθ=x, etc.) et l'intervalle contenant θ.
  3. Calculer avec les formules de trigonométrie usuelles.
  4. Trancher tout signe de racine carrée grâce à l'intervalle de l'étape 2.
  5. Contrôler le résultat sur une valeur simple (x=0, x=1, x=12).

Rappel du piège : sin(Arcsinx)=x toujours (sur [1,1]), mais Arcsin(sinx)=x seulement si x[π2,π2].

Méthode

Méthode 5 — Réduire un domaine d'étude par parité ou périodicité.

  1. Vérifier d'abord que Df est symétrique par rapport à 0 : sans cela, aucune parité n'est possible.
  2. Calculer f(x) et comparer à f(x) et à f(x).
  3. Chercher une période : une somme de fonctions T1-périodique et T2-périodique est périodique dès que T1T2 est rationnel, de période un multiple commun.
  4. Traquer les symétries supplémentaires : f(ax)=f(x) donne un axe de symétrie x=a2, et f(ax)=f(x) un centre de symétrie.
  5. Annoncer explicitement l'intervalle d'étude retenu et les transformations qui reconstituent la courbe complète.

Méthode

Méthode 6 — Utiliser le lien entre dérivée et variations sans se tromper.

  1. Vérifier que l'ensemble considéré est un intervalle. Sinon, découper et conclure séparément sur chaque intervalle, en reliant par « et », jamais par une réunion.
  2. Pour prouver qu'une fonction est constante : montrer f=0 sur un intervalle, puis évaluer en un point bien choisi.
  3. Pour une stricte monotonie : une dérivée strictement positive suffit ; une dérivée positive qui ne s'annule qu'en des points isolés suffit également.
  4. Ne jamais conclure à un extremum du seul fait que f s'annule : exiger un changement de signe.
  5. Aux extrémités d'un intervalle fermé, comparer les valeurs de f : la dérivée n'y dit rien.

Méthode

Méthode 7 — Dériver une fonction à valeurs complexes.

  1. Si f est donnée par parties réelle et imaginaire : dériver chacune séparément, f=(Ref)+i(Imf).
  2. Si f contient une exponentielle : appliquer (eφ)=φeφ, valable avec φ à valeurs complexes.
  3. Cas le plus fréquent, f(x)=eλx avec λ=a+ib : f(x)=λeλx.
  4. Pour obtenir une dérivée réelle du type (eaxcos(bx)) : calculer λeλx sous forme algébrique et en prendre la partie réelle (ou imaginaire).
  5. Ne jamais parler de variations, de signe ou d'extremum pour une fonction à valeurs complexes.

Méthode

Méthode 8 — Déduire un graphe d'un autre par transformations.

  1. Décomposer la formule en une suite de transformations élémentaires, en partant de la fonction de référence et en suivant l'ordre des opérations.
  2. Appliquer dans l'ordre : f(x)+b translate verticalement de b ; f(x+a) translate horizontalement de a, donc vers la gauche si a>0 ; f(ax) contracte horizontalement d'un facteur 1a ; f(x) symétrise par rapport à (Ox) ; f(x) par rapport à (Oy).
  3. Traiter la valeur absolue en dernier : f(x) rabat au-dessus de l'axe des abscisses la partie de la courbe située en dessous.
  4. Contrôler sur deux ou trois points caractéristiques (un zéro, un extremum, une asymptote) que la courbe obtenue est cohérente.

Primitives d'une fonction sur un intervalle

La partie A a été consacrée à la dérivation : partant d'une fonction f, on a appris à fabriquer sa dérivée f. On aborde maintenant le problème inverse, et il est beaucoup plus difficile : étant donnée une fonction f, existe-t-il une fonction dont f soit la dérivée, et comment la calculer ? Cette question est le point de départ du calcul intégral.

Conformément à l'esprit de ce chapitre, le point de vue est ici pratique. On ne construit pas l'intégrale abf(t)dt : cette construction, ainsi que la démonstration de ses propriétés (linéarité, relation de Chasles, positivité), fait l'objet du chapitre « Intégration ». On s'appuie sur ce qui a été vu au lycée et sur un théorème d'existence admis, et on met en place les techniques de calcul.

Définition d'une primitive

Dans tout ce qui suit, K désigne R ou C, et I un intervalle de R non réduit à un point. L'hypothèse « I est un intervalle » n'est pas décorative : elle est au cœur de tous les résultats de cette section, et on verra en 8.3 ce qui se passe quand on l'oublie.

Définition

Soit f:IK une fonction définie sur un intervalle I.

On appelle primitive de f sur I toute fonction F:IK telle que :

  1. F est dérivable sur I ;
  2. pour tout xI, F(x)=f(x).

Remarque

Trois précautions de langage, à respecter dès la première ligne d'une copie.

  • On dit « une primitive de f », et surtout « sur I ». La notion n'a aucun sens sans la donnée de l'intervalle : la fonction xlnx est une primitive de x1x sur ]0,+[, mais elle n'est même pas définie sur ],0[.
  • Une primitive est automatiquement dérivable, donc continue, sur I. C'est une fonction plus régulière que f.
  • Si f est continue sur I, toute primitive F de f est de classe C1 sur I, puisque F=f est continue.

Exemple

Quelques vérifications immédiates, toutes obtenues en dérivant la fonction proposée. C'est le seul moyen de contrôler une primitive, et il faut en prendre l'habitude systématique.

  • F(x)=x33 est une primitive de f(x)=x2 sur R : F(x)=3x23=x2.
  • F(x)=x33+7 convient tout autant : la constante disparaît à la dérivation. Une fonction possède donc plusieurs primitives, c'est l'objet du paragraphe 8.3.
  • F(x)=cosx est une primitive de f(x)=sinx sur R : F(x)=sinx.
  • F(x)=1+x2 est une primitive de f(x)=x1+x2 sur R : en effet F(x)=2x21+x2=x1+x2.
  • F(x)=xlnxx est une primitive de f(x)=lnx sur ]0,+[ : F(x)=lnx+x×1x1=lnx.

Le cas des fonctions à valeurs complexes ne demande aucune théorie nouvelle : d'après la partie A, une fonction F:IC est dérivable si et seulement si Re(F) et Im(F) le sont, et alors F=(ReF)+i(ImF).

Propriété

Soit f:IC et F:IC. Alors F est une primitive de f sur I si et seulement si Re(F) est une primitive de Re(f) et Im(F) est une primitive de Im(f) sur I.

Démonstration. C'est la caractérisation de la dérivabilité d'une fonction à valeurs complexes rappelée ci-dessus, appliquée à F : dire que F est dérivable de dérivée f équivaut à dire que Re(F) et Im(F) sont dérivables, avec (ReF)=Re(f) et (ImF)=Im(f).

Cette remarque, qui paraît anodine, est en réalité l'outil le plus rentable du chapitre : elle permet de calculer deux primitives réelles d'un coup en travaillant avec une seule exponentielle complexe (paragraphe 8.7).

Existence de primitives : le théorème admis

Rien, dans la définition, ne garantit qu'une fonction possède une primitive. Le théorème suivant, qui répond à la question pour les fonctions continues, est admis dans ce chapitre.

Propriété

Théorème fondamental du calcul intégral (admis). Soit f une fonction continue sur un intervalle I, à valeurs dans K, et soit x0I. Alors la fonction

Φ:xx0xf(t)dt

est définie et dérivable sur I, de dérivée f, et vérifie Φ(x0)=0.

En particulier : toute fonction continue sur un intervalle y admet des primitives.

Remarque

Ce théorème est admis pour deux raisons distinctes.

  1. La quantité x0xf(t)dt n'a pas encore reçu de définition rigoureuse dans le cours : au lycée, l'intégrale a été introduite comme une aire, et sa construction propre est reportée au chapitre « Intégration ».
  2. La démonstration de la dérivabilité de Φ utilise des outils d'analyse (continuité, inégalités de la moyenne) qui seront disponibles plus tard dans l'année.

On l'utilise donc comme un acquis, ce qui est parfaitement légitime : l'objectif de cette section est de savoir calculer des primitives, pas de refonder l'intégrale.

Insistons sur ce que ce théorème ne dit pas.

  • Il ne dit pas que toute fonction admet une primitive : l'hypothèse de continuité est essentielle.
  • Il ne fournit aucune formule explicite exploitable en général. La fonction xex2 est continue sur R, elle admet donc des primitives, mais on démontre (bien plus tard, et ce n'est pas au programme) qu'aucune ne s'exprime à l'aide des fonctions usuelles. « Avoir une primitive » et « savoir la calculer » sont deux choses différentes.

Description de l'ensemble des primitives

Le résultat suivant est le point où l'hypothèse « I est un intervalle » intervient. Il repose sur le lemme ci-dessous, admis à ce stade et démontré dans le chapitre « Fonctions d'une variable réelle ».

Propriété

Lemme (admis ici). Soit g une fonction dérivable sur un intervalle I, à valeurs dans K, telle que g(x)=0 pour tout xI. Alors g est constante sur I.

Remarque

L'hypothèse d'intervalle est indispensable. Considérons l'ensemble R=],0[]0,+[, qui n'est pas un intervalle, et la fonction

g:x{0si x<0,1si x>0.

Cette fonction est dérivable sur R et sa dérivée y est identiquement nulle (au voisinage de chaque point de R, g coïncide avec une fonction constante), pourtant g n'est pas constante sur R. Ce que dit le lemme, c'est que g est constante sur chacun des deux intervalles qui composent R, avec deux constantes qui n'ont aucune raison d'être égales.

Propriété

Théorème (description des primitives). Soit f:IK une fonction définie sur un intervalle I, admettant au moins une primitive F0 sur I. Alors l'ensemble des primitives de f sur I est exactement

{xF0(x)+C  ;  CK}.

Autrement dit : deux primitives d'une même fonction sur un intervalle diffèrent d'une constante.

Démonstration. On procède par double inclusion.

() Soit CK et G=F0+C. La fonction G est dérivable sur I comme somme de F0 (dérivable) et d'une fonction constante, et pour tout xI, G(x)=F0(x)+0=f(x). Donc G est une primitive de f sur I.

() Réciproquement, soit G une primitive quelconque de f sur I. Posons g=GF0. La fonction g est dérivable sur I, comme différence de deux fonctions dérivables, et pour tout xI,

g(x)=G(x)F0(x)=f(x)f(x)=0.

Comme I est un intervalle, le lemme s'applique : g est constante sur I. Il existe donc CK tel que GF0=C, c'est-à-dire G=F0+C.

Les deux inclusions donnent l'égalité annoncée.

Remarque

Là encore, l'intervalle est essentiel. Sur R, les deux fonctions

F(x)=1xetG(x)={1xsi x<0,1x+1si x>0

sont toutes deux des primitives de x1x2 sur R, et pourtant leur différence n'est pas constante sur R. Conclusion pratique : on résout toujours un problème de primitive sur un intervalle, et s'il y en a plusieurs, on les traite séparément, avec une constante par intervalle.

Le théorème précédent a une conséquence très utilisée : une primitive est entièrement déterminée par la donnée d'une seule valeur.

Propriété

Corollaire. Soit f continue sur un intervalle I, x0I et y0K. Il existe une unique primitive F de f sur I vérifiant F(x0)=y0, à savoir

F:xy0+x0xf(t)dt.

Démonstration. Existence. D'après le théorème admis de 8.2, la fonction Φ:xx0xf(t)dt est une primitive de f sur I avec Φ(x0)=0. La fonction F=Φ+y0 est encore une primitive de f (théorème précédent, sens ) et F(x0)=0+y0=y0.

Unicité. Si F1 et F2 sont deux primitives de f sur I prenant la valeur y0 en x0, alors F1F2 est constante sur l'intervalle I ; cette constante vaut F1(x0)F2(x0)=y0y0=0. Donc F1=F2.

Notation f et lien avec les intégrales

Définition

Soit f une fonction admettant des primitives sur un intervalle I. On note

f(x)dx

une primitive générique de f sur I, définie à une constante additive près. On écrit par exemple

x2dx=x33+C,CR.

Remarque

Cette notation est commode mais dangereuse ; trois mises en garde.

  • f(x)dx n'est pas une fonction mais toute une famille de fonctions. L'égalité f=g signifie seulement que f et g ont les mêmes primitives, donc que f=g sur l'intervalle considéré.
  • La variable x est muette : f(x)dx et f(t)dt désignent la même chose.
  • Il ne faut jamais la confondre avec l'intégrale abf(t)dt, qui est un nombre. Le lien entre les deux est l'objet du théorème suivant.

Propriété

Théorème. Soit f une fonction continue sur un intervalle I, à valeurs dans K, et soit F une primitive quelconque de f sur I. Alors, pour tous a,bI,

abf(t)dt=F(b)F(a)=[F(t)]ab.

Démonstration. Notons G:xaxf(t)dt. D'après le théorème admis de 8.2 appliqué avec x0=a, la fonction G est une primitive de f sur I et G(a)=0. Soit F une primitive quelconque de f sur I : d'après le théorème de 8.3, il existe CK tel que F=G+C. Alors

F(b)F(a)=(G(b)+C)(G(a)+C)=G(b)G(a)=abf(t)dt0,

ce qui est l'égalité annoncée.

Remarque

Le point crucial est que le résultat ne dépend pas de la primitive choisie : la constante additive se simplifie dans la différence F(b)F(a). C'est pourquoi, dans un calcul d'intégrale, on n'écrit jamais la constante +C.

Exemple

Calculons 12(3t21t)dt.

Sur l'intervalle ]0,+[, qui contient [1,2], une primitive de t3t21t est F(t)=t3lnt (vérification : F(t)=3t21t). Donc

12(3t21t)dt=[t3lnt]12=(8ln2)(10)=7ln2.

Tableaux des primitives usuelles

Les tableaux ci-dessous se lisent dans les deux sens : de gauche à droite, ce sont des primitives ; de droite à gauche, ce sont les dérivées de la partie A. Il n'y a donc rien de neuf à apprendre, seulement une nouvelle façon de lire un tableau déjà connu. Dans chaque ligne, C désigne une constante arbitraire et la dernière colonne précise un intervalle sur lequel l'égalité est valable.

Puissances, exponentielle et logarithme.

f(x) f(x)dx Intervalle
xn, nN xn+1n+1+C R
xα, αR{1} xα+1α+1+C ]0,+[
1x lnx+C ]0,+[ ou ],0[
1x2 1x+C ]0,+[ ou ],0[
1x 2x+C ]0,+[
ex ex+C R
lnx xlnxx+C ]0,+[

Fonctions trigonométriques et leurs réciproques.

f(x) f(x)dx Intervalle
sinx cosx+C R
cosx sinx+C R
1+tan2x=1cos2x tanx+C ]π2+kπ,π2+kπ[, kZ
tanx lncosx+C ]π2+kπ,π2+kπ[, kZ
11x2 Arcsinx+C ]1,1[
11+x2 Arctanx+C R

Fonctions hyperboliques.

f(x) f(x)dx Intervalle
shx chx+C R
chx shx+C R
1th2x=1ch2x thx+C R

Remarque

Quelques commentaires sur ces tableaux.

  • La ligne α=1 est exclue de la formule xα+1α+1 : le dénominateur s'annulerait. C'est exactement le cas 1x, qui donne un logarithme et non une puissance. Cette exception est la première chose à vérifier avant d'appliquer la formule.
  • Pour 1x, on écrit lnx : sur ],0[, lnx=ln(x) a pour dérivée 1x=1x. La valeur absolue permet une écriture unique, mais ne dispense pas de préciser l'intervalle de travail.
  • La fonction x11x2 admet Arccos pour primitive sur ]1,1[ ; comme Arccosx=π2Arcsinx (partie A), cette ligne n'apporte rien de plus que celle d'Arcsin et on ne la retient pas.
  • Vérification de la ligne ln : (xlnxx)=lnx+x×1x1=lnx. Cette primitive se retrouve en une ligne par intégration par parties (section 9) ; il est inutile de l'apprendre par cœur.

Exemple

Une primitive n'est pas « la » primitive. Cherchons la primitive F de f:x1x sur ]0,+[ vérifiant F(2)=5.

Toute primitive s'écrit F(x)=lnx+C. La condition donne ln2+C=5, soit C=5ln2. Ainsi

F(x)=lnx+5ln2=ln ⁣(x2)+5.

Vérification : F(x)=1x et F(2)=ln1+5=5.

Reconnaître la dérivée d'une fonction composée

C'est la technique la plus rentable du chapitre. Elle consiste à lire à l'envers la formule de dérivation d'une composée : si u est dérivable sur I et g dérivable sur un intervalle contenant u(I), alors (gu)=u×(gu). Autrement dit, une primitive de u×(gu) est gu.

En pratique, on retient le tableau suivant. Dans chaque ligne, u est une fonction dérivable sur un intervalle I, et la colonne de droite indique la condition à vérifier.

Forme reconnue Une primitive Condition sur I
uun, nN un+1n+1 aucune
uuα, α1 uα+1α+1 u>0 sur I
uu lnu u ne s'annule pas sur I
uu2 1u u ne s'annule pas sur I
ueu eu aucune
uu 2u u>0 sur I
u1+u2 Arctanu aucune
ucosu ; usinu sinu ; cosu aucune

Méthode

Reconnaître une dérivée de composée.

  1. Repérer dans l'expression une fonction u « intérieure » : ce qui est sous une racine, en exposant, au dénominateur, dans un cosinus.
  2. Calculer u et le chercher en facteur dans l'expression. S'il y manque une constante multiplicative, on la fait apparaître : c'est toujours possible, et c'est la seule retouche autorisée.
  3. Appliquer la ligne du tableau, puis vérifier en dérivant.

L'étape 2 mérite un mot : on n'a le droit de faire entrer et sortir que des constantes. Écrire xex2dx=1x2x serait une faute grossière, puisque 1x n'est pas constant.

Exemple

Six calculs types, chacun vérifié par dérivation.

a. x1+x2dx sur R. On pose u(x)=1+x2, donc u(x)=2x. L'expression vaut 12×uu, d'où

x1+x2dx=12ln(1+x2)+C.

Vérification : (12ln(1+x2))=12×2x1+x2=x1+x2. La valeur absolue est inutile ici car 1+x2>0.

b. xex2dx sur R. Avec u(x)=x2 et u(x)=2x, l'expression vaut 12ueu, donc

xex2dx=12ex2+C.

Vérification : (12ex2)=12×2xex2=xex2.

c. tanxdx sur ]π2,π2[. On écrit tanx=sinxcosx=uu avec u(x)=cosx, qui ne s'annule pas sur cet intervalle. Donc

tanxdx=lncosx+C.

Vérification : (lncosx)=sinxcosx=tanx.

d. x(x2+1)5dx sur R. Avec u(x)=x2+1, l'expression vaut 12uu5, donc

x(x2+1)5dx=(x2+1)612+C.

Vérification : ((x2+1)612)=6×2x×(x2+1)512=x(x2+1)5.

e. ex1+e2xdx sur R. On remarque que e2x=(ex)2, donc avec u(x)=ex (et u=ex) l'expression est exactement u1+u2 :

ex1+e2xdx=Arctan ⁣(ex)+C.

Vérification : (Arctan(ex))=ex1+(ex)2=ex1+e2x.

f. lnxxdx sur ]0,+[. Avec u(x)=lnx et u(x)=1x, l'expression vaut uu, donc

lnxxdx=(lnx)22+C.

Vérification : ((lnx)22)=2lnx2×1x=lnxx.

Exemple

Un calcul d'intégrale complet. Calculons 013x2+2x3+2x+5dx.

Posons u(x)=x3+2x+5, de sorte que u(x)=3x2+2 : l'intégrande est exactement uu. Encore faut-il que u ne s'annule pas sur [0,1]. Or u(x)=3x2+2>0, donc u est strictement croissante sur [0,1], et u(0)=5>0 : u est strictement positive sur [0,1]. Une primitive est donc xln(x3+2x+5) et

013x2+2x3+2x+5dx=[ln(x3+2x+5)]01=ln8ln5=ln85.

Remarque

Le réflexe de linéarisation. Certaines expressions ne se présentent pas comme des dérivées de composées, mais le deviennent après transformation trigonométrique. Ainsi, pour cos2x, la formule cos2x=1+cos(2x)2 (partie A) donne

cos2xdx=x2+sin(2x)4+C.

Vérification : (x2+sin2x4)=12+2cos2x4=1+cos2x2=cos2x.

De même sin2xdx=x2sin(2x)4+C. Jamais on n'écrira cos2xdx=cos3x3 : la forme uu2 exigerait un facteur u=sinx qui n'est pas là.

Primitives de xeλx avec λ complexe

On rappelle le résultat de la partie A : pour λC, la fonction xeλx, définie de R dans C, est dérivable sur R de dérivée xλeλx.

Propriété

Soit λC. Les primitives sur R de xeλx sont les fonctions

xeλxλ+C,CC.

Démonstration. La fonction F:xeλxλ est dérivable sur R et F(x)=λeλxλ=eλx : c'est bien une primitive. Comme R est un intervalle, le théorème de 8.3 donne toutes les autres en ajoutant une constante complexe.

Cette formule, apparemment anodine, permet de calculer d'un seul coup les primitives de xeaxcos(bx) et de xeaxsin(bx) pour a,b réels, alors que le calcul direct est pénible.

Méthode

Primitives de xeaxcos(bx) et xeaxsin(bx) (passage aux complexes).

Soient a,b des réels avec (a,b)(0,0), et posons λ=a+ibC.

  1. Remarquer que eλx=eaxeibx=eaxcos(bx)+ieaxsin(bx), donc
eaxcos(bx)=Re ⁣(eλx)eteaxsin(bx)=Im ⁣(eλx).
  1. Calculer G(x)=eλxλ, une primitive de xeλx.
  2. Mettre G sous forme algébrique en multipliant par le conjugué du dénominateur, puis en développant eλx avec la formule d'Euler.
  3. D'après la propriété de 8.1, Re(G) est une primitive de eaxcos(bx) et Im(G) une primitive de eaxsin(bx).

On retient la méthode, pas la formule finale : la redémontrer sur l'exemple demandé prend cinq lignes et évite toute erreur de mémoire.

Exemple

Calcul entièrement rédigé. Déterminons les primitives sur R de f:xexcos(2x) et de g:xexsin(2x).

Étape 1. On pose λ=1+2i, de sorte que pour tout xR,

eλx=exe2ix=ex(cos(2x)+isin(2x)),

donc f(x)=Re ⁣(eλx) et g(x)=Im ⁣(eλx).

Étape 2. Comme λ0, une primitive de xeλx est

G(x)=e(1+2i)x1+2i.

Étape 3. On multiplie par le conjugué : 11+2i=12i(1+2i)(12i)=12i5. Donc

G(x)=ex5(cos(2x)+isin(2x))(12i)=ex5(cos(2x)2icos(2x)+isin(2x)+2sin(2x))=ex5((cos(2x)+2sin(2x))+i(sin(2x)2cos(2x))).

Étape 4. En séparant partie réelle et partie imaginaire :

excos(2x)dx=ex5(cos(2x)+2sin(2x))+C,exsin(2x)dx=ex5(sin(2x)2cos(2x))+C.

Vérification de la première (indispensable). En notant F(x)=ex5(cos2x+2sin2x) :

F(x)=ex5(cos2x+2sin2x)+ex5(2sin2x+4cos2x)=ex5(cos2x+2sin2x2sin2x+4cos2x)=ex5×5cos2x=excos(2x).

Vérification de la seconde, avec H(x)=ex5(sin2x2cos2x) :

H(x)=ex5(sin2x2cos2x)+ex5(2cos2x+4sin2x)=ex5×5sin2x=exsin(2x).

Les deux résultats sont confirmés.

Remarque

La même idée sert à linéariser avant d'intégrer. Par exemple, pour cos(3x)cos(x)dx, la formule de produit en somme cospcosq=12(cos(p+q)+cos(pq)) donne cos(3x)cos(x)=12(cos(4x)+cos(2x)), d'où

cos(3x)cos(x)dx=sin(4x)8+sin(2x)4+C.

Vérification : la dérivée vaut 4cos4x8+2cos2x4=cos4x+cos2x2=cos(3x)cos(x).

Intégration par parties et changement de variable

Les primitives usuelles et la reconnaissance de composées ne suffisent pas : que faire de xexdx, où le produit ne se ramène à aucune ligne du tableau ? Deux techniques permettent de transformer une intégrale en une autre, espérée plus simple. Elles ne sont rien d'autre que la lecture inverse des deux règles de dérivation les plus importantes : celle du produit, et celle de la composée.

Dans toute cette section, les fonctions sont définies sur un intervalle I et à valeurs dans K, et les segments considérés sont inclus dans I.

Intégration par parties

Propriété

Théorème (intégration par parties). Soient u et v deux fonctions de classe C1 sur un intervalle I, à valeurs dans K, et soient a,bI. Alors

abu(t)v(t)dt=[u(t)v(t)]ababu(t)v(t)dt.

Démonstration. Les fonctions u et v étant dérivables sur I, le produit uv l'est aussi et

(uv)=uv+uv.

Comme u,v,u,v sont continues sur I (c'est le sens de « de classe C1 »), la fonction uv+uv est continue sur I : uv est donc une primitive de uv+uv sur I. Le théorème de 8.4 donne alors

ab(u(t)v(t)+u(t)v(t))dt=[u(t)v(t)]ab.

Par linéarité de l'intégrale (propriété admise ici, établie dans le chapitre « Intégration »), le membre de gauche vaut abuv+abuv, ces deux intégrales existant puisque leurs intégrandes sont continus sur I. En passant abuv dans l'autre membre, on obtient la formule annoncée.

Remarque

Hypothèses à citer. Sur une copie, on écrit toujours : « les fonctions u:t et v:t sont de classe C1 sur [a,b] », avant d'appliquer la formule. La régularité C1 n'est pas un détail : c'est elle qui garantit que les deux intégrales de la formule ont un sens.

La version « primitives » de la formule s'écrit uv=uvuv, à comprendre à une constante additive près. Elle est commode mais moins sûre : quand c'est possible, on travaille avec des bornes.

Méthode

Choisir qui dériver et qui primitiver.

Dans une intégrale ab(facteur 1)×(facteur 2)dt, on choisit v (le facteur que l'on dérive) et u (le facteur que l'on primitive). Bonne règle : on dérive ce qui se simplifie, on primitive ce qui ne se dégrade pas.

Intégrande On dérive v On primitive u Effet
P(t)eat P eat le degré de P baisse de 1
P(t)cos(at) ou P(t)sin(at) P cos ou sin idem
P(t)lnt lnt P le ln disparaît
lnt ou Arctant seuls la fonction 1 apparition d'une fraction rationnelle
eatcos(bt) l'un des deux l'autre deux IPP, système « circulaire »

Points de vigilance :

  • si P est de degré n, il faut n intégrations par parties successives ;
  • pour lnt ou Arctant seuls, on prend u(t)=1, donc u(t)=t : c'est le seul cas où l'on « invente » un facteur ;
  • on est libre du choix de la primitive u, et un choix malin (par exemple u(t)=t+1 au lieu de t) simplifie parfois beaucoup la suite.

Exemple

a. Polynôme fois exponentielle. Calculons 01tetdt.

Les fonctions u:tet et v:tt sont de classe C1 sur [0,1], avec u(t)=et et v(t)=1. La formule donne

01tetdt=[tet]0101etdt=e[et]01=e(e1)=1.

Contrôle par les primitives : une primitive de ttet est t(t1)et, car ((t1)et)=et+(t1)et=tet ; on retrouve [(t1)et]01=0(1)=1.

b. Le logarithme seul. Calculons 1elntdt.

On pose u(t)=1 et v(t)=lnt, donc u(t)=t et v(t)=1t ; ces fonctions sont de classe C1 sur [1,e]]0,+[. Alors

1elntdt=[tlnt]1e1et×1tdt=e[t]1e=e(e1)=1.

Le même calcul mené sans bornes redonne la primitive tlntt du tableau de 8.5.

c. Un Arctangente. Calculons 01Arctanxdx.

Avec u(x)=1, u(x)=x, v(x)=Arctanx et v(x)=11+x2, toutes de classe C1 sur [0,1] :

01Arctanxdx=[xArctanx]0101x1+x2dx=π4[12ln(1+x2)]01=π4ln22.

La dernière intégrale a été calculée au 8.6, exemple a.

d. Deux intégrations par parties. Calculons 0πt2sintdt.

Première IPP, avec u(t)=sint, u(t)=cost, v(t)=t2, v(t)=2t :

0πt2sintdt=[t2cost]0π+0π2tcostdt=π2+20πtcostdt,

puisque π2cosπ=π2 et que le terme en 0 est nul.

Seconde IPP, avec u(t)=cost, u(t)=sint, v(t)=t, v(t)=1 :

0πtcostdt=[tsint]0π0πsintdt=0[cost]0π=(1(1))=2.

Conclusion : 0πt2sintdt=π2+2×(2)=π24.

Exemple

e. L'intégration par parties « circulaire ». Calculons

I=01etcos(2t)dtetJ=01etsin(2t)dt.

Toutes les fonctions en jeu sont de classe C1 sur [0,1].

Première IPP dans I, avec u(t)=et, u(t)=et, v(t)=cos(2t), v(t)=2sin(2t) :

I=[etcos(2t)]01+201etsin(2t)dt=(ecos21)+2J.

IPP dans J, avec u(t)=et, v(t)=sin(2t), v(t)=2cos(2t) :

J=[etsin(2t)]01201etcos(2t)dt=esin22I.

On obtient un système de deux équations aux inconnues I et J. En substituant la seconde dans la première :

I=ecos21+2(esin22I)=ecos2+2esin214I,

d'où 5I=e(cos2+2sin2)1, puis

I=e(cos2+2sin2)15etJ=esin22I=e(sin22cos2)+25.

Cohérence avec le 8.7 : la primitive obtenue par les complexes était F(x)=ex5(cos2x+2sin2x), et

F(1)F(0)=e(cos2+2sin2)51×(1+0)5=e(cos2+2sin2)15=I.

Les deux méthodes concordent. En pratique, le passage aux complexes est plus rapide et moins exposé aux erreurs de signe.

Changement de variable

Propriété

Théorème (changement de variable). Soient I et J deux intervalles, f:IK une fonction continue, et φ:JR une fonction de classe C1 telle que φ(J)I. Alors, pour tous α,βJ,

φ(α)φ(β)f(x)dx=αβf(φ(t))φ(t)dt.

Démonstration. La fonction f étant continue sur l'intervalle I, elle y admet une primitive F (théorème admis de 8.2). Comme φ est dérivable sur J à valeurs dans I et F dérivable sur I, la composée Fφ est dérivable sur J et, pour tout tJ,

(Fφ)(t)=φ(t)F(φ(t))=f(φ(t))φ(t).

Cette dérivée est continue sur J (φ est continue car φ est C1, et fφ est continue comme composée de fonctions continues) : Fφ est donc une primitive de tf(φ(t))φ(t) sur J. Le théorème de 8.4 donne

αβf(φ(t))φ(t)dt=[F(φ(t))]αβ=F(φ(β))F(φ(α)).

Or, toujours par le théorème de 8.4 appliqué à F entre φ(α) et φ(β) (qui appartiennent à I), cette dernière différence vaut φ(α)φ(β)f(x)dx.

Remarque

Les deux sens de lecture. La formule s'utilise dans les deux directions, et il faut savoir dire laquelle on emploie.

  • De la droite vers la gauche (« reconnaissance ») : l'intégrande est déjà de la forme f(φ(t))φ(t), on pose x=φ(t) et l'intégrale se simplifie en f(x)dx entre les nouvelles bornes. C'est la version « avec bornes » de la reconnaissance de composées du 8.6.
  • De la gauche vers la droite (« substitution ») : on part de abf(x)dx et on choisit une fonction φ de classe C1 ainsi que α,β tels que φ(α)=a et φ(β)=b ; on remplace alors x par φ(t) et dx par φ(t)dt. Noter que le théorème n'exige rien de plus que ces deux conditions sur les bornes ; en pratique, on choisit tout de même φ monotone, ce qui rend α et β évidents et évite les erreurs de signe sur les valeurs absolues.

Méthode

Mettre en œuvre un changement de variable.

  1. Annoncer le changement : « on pose x=φ(t) », en précisant l'intervalle de variation de t et en vérifiant que φ est de classe C1.
  2. Écrire la relation des différentielles : dx=φ(t)dt.
  3. Changer les bornes, c'est l'erreur numéro un : si x va de a à b, alors t va de α à β avec φ(α)=a et φ(β)=b.
  4. Réécrire entièrement l'intégrande en fonction de t, simplifier, calculer.

Un changement de variable se motive : on l'annonce en disant ce qu'il élimine (une racine, un dénominateur, une exponentielle). Un changement sorti du chapeau n'a aucune valeur dans une copie.

Les substitutions à connaître, avec la situation qui les déclenche :

a. u=φ(x) reconnue dans l'expression : le cas le plus fréquent.

b. x=asint en présence de a2x2.

c. x=atant en présence de a2+x2.

d. u=ex quand tout ne dépend que de ex.

e. x=t2, soit t=x, en présence de x.

f. ta+bt pour exploiter une symétrie des bornes.

Exemple

a. Reconnaissance. Calculons 01t1+t2dt.

On pose x=φ(t)=1+t2, fonction de classe C1 sur [0,1], avec dx=2tdt. Bornes : t=0 donne x=1, et t=1 donne x=2. La fonction x1x est continue sur ]0,+[ qui contient φ([0,1])=[1,2]. Donc

01t1+t2dt=12012tdt1+t2=1212dxx=12[lnx]12=ln22.

On retrouve bien le résultat de 8.6, exemple a.

b. Substitution x=sint. Calculons 011x2dx.

On pose x=φ(t)=sint pour t[0,π2] : φ est de classe C1, φ(0)=0 et φ ⁣(π2)=1, et dx=costdt. Sur [0,π2] on a cost0, donc

1sin2t=cos2t=cost=cost.

Ce contrôle du signe est le point délicat, il ne faut jamais le sauter. Il vient

011x2dx=0π/2cost×costdt=0π/2cos2tdt=0π/21+cos2t2dt.

D'après 8.6, une primitive est tt2+sin2t4, donc

011x2dx=[t2+sin2t4]0π/2=π4+00=π4.

Contrôle géométrique : cette intégrale est l'aire du quart de disque de rayon 1 situé dans le premier quadrant, soit π×124=π4. Le résultat est cohérent.

c. Substitution x=atant. Calculons 03dxx2+9.

On pose x=φ(t)=3tant pour t[0,π4], intervalle sur lequel φ est de classe C1 ; φ(0)=0 et φ ⁣(π4)=3. On a dx=3(1+tan2t)dt et x2+9=9(tan2t+1), d'où la simplification

03dxx2+9=0π/43(1+tan2t)9(1+tan2t)dt=130π/4dt=π12.

Contrôle : une primitive de x1x2+9 est x13Arctanx3, car sa dérivée vaut 13×1/31+x2/9=19+x2. On retrouve 13Arctan1=π12.

d. Substitution u=ex. Calculons 0ln2dx1+ex.

On pose x=φ(u)=lnu pour u[1,2] : φ est de classe C1 sur [1,2], φ(1)=0, φ(2)=ln2, et dx=duu. Alors

0ln2dx1+ex=1211+u×duu=12duu(1+u).

On décompose à la main : cherchons A et B tels que 1u(1+u)=Au+B1+u. En réduisant au même dénominateur, A(1+u)+Bu=1 pour tout u ; en prenant u=0 on obtient A=1, en prenant u=1 on obtient B=1, soit B=1. Donc

12duu(1+u)=12(1u11+u)du=[lnuln(1+u)]12=(ln2ln3)(0ln2)=ln43.

e. Substitution x=t2. Calculons 14dx1+x.

La racine est gênante : on la fait disparaître en posant x=φ(t)=t2 pour t[1,2], fonction de classe C1 avec φ(1)=1 et φ(2)=4, et dx=2tdt. Comme t0 sur [1,2], on a x=t2=t. Donc

14dx1+x=122t1+tdt=212(111+t)dt,

où l'on a effectué la division t1+t=(1+t)11+t=111+t. Ainsi

14dx1+x=2[tln(1+t)]12=2((2ln3)(1ln2))=22ln32.

Contrôle d'ordre de grandeur : 22ln1,520,811,19, cohérent avec une fonction comprise entre 13 et 12 intégrée sur un intervalle de longueur 3.

Remarque

Les trois fautes classiques.

  1. Oublier de changer les bornes. Écrire 011x2dx=01cos2tdt est faux : les bornes sont celles de t, pas celles de x.
  2. Oublier le facteur φ(t). Le dx doit être intégralement remplacé par φ(t)dt ; ce n'est pas une notation décorative.
  3. Écrire cos2t=cost sans justification. L'égalité correcte est cos2t=cost, et il faut invoquer l'intervalle de variation de t pour supprimer la valeur absolue.

Remarque

Comment choisir entre les deux techniques ? Une règle simple, qui couvre presque tous les exercices de ce niveau.

  • L'intégrande est un produit de deux fonctions de natures différentes (polynôme et exponentielle, polynôme et trigonométrique, présence isolée d'un ln ou d'un Arctan) : intégration par parties.
  • L'intégrande fait apparaître une fonction et sa dérivée, ou contient une racine, une exponentielle ou un dénominateur que l'on veut faire disparaître d'un bloc : changement de variable.
  • Ni l'un ni l'autre : il reste la reconnaissance directe du 8.6, la linéarisation trigonométrique, ou le passage aux complexes du 8.7.

Primitives de fractions rationnelles simples

Le programme fixe ici un objectif très précis : savoir calculer les primitives de x1ax2+bx+c, puis, par un ajustement simple, celles de xαx+βax2+bx+c. Il ne s'agit pas d'une théorie générale des fractions rationnelles (celle-ci viendra plus tard dans l'année) mais d'une technique de calcul, entièrement gouvernée par le signe du discriminant du dénominateur.

Dans toute la section, a0 et Δ=b24ac. Un préalable vaut pour les trois cas : la fonction n'est définie que là où le dénominateur ne s'annule pas, et l'on travaille donc sur un intervalle sur lequel ax2+bx+c garde un signe constant et ne s'annule pas.

Premier cas : Δ>0

Le trinôme possède deux racines réelles distinctes r1<r2 et se factorise en ax2+bx+c=a(xr1)(xr2). La fonction est définie sur trois intervalles : ],r1[, ]r1,r2[ et ]r2,+[.

L'idée est de casser la fraction en deux morceaux dont chacun a une primitive évidente. On ne fait appel à aucune théorie : on cherche deux constantes par identification.

Méthode

Décomposer à la main. On cherche deux réels A et B tels que, pour tout x distinct de r1 et r2,

1a(xr1)(xr2)=Axr1+Bxr2.

On réduit le membre de droite au même dénominateur, on identifie les numérateurs :

A(xr2)+B(xr1)=1apour tout x,

puis on évalue cette égalité de polynômes en x=r1 (ce qui donne A) et en x=r2 (ce qui donne B). Il reste

dxax2+bx+c=Alnxr1+Blnxr2+C.

Exemple

Calculons les primitives de f:x1x25x+6.

Factorisation. Le discriminant vaut Δ=2524=1>0, les racines sont 512=2 et 5+12=3. Donc x25x+6=(x2)(x3), et f est définie sur ],2[, ]2,3[ et ]3,+[.

Décomposition. On cherche A,B avec 1(x2)(x3)=Ax2+Bx3, c'est-à-dire A(x3)+B(x2)=1 pour tout x. En x=2 : A=1, donc A=1. En x=3 : B=1. Contrôle immédiat :

1x2+1x3=(x3)+(x2)(x2)(x3)=1(x2)(x3).

Primitives. Sur chacun des trois intervalles,

dxx25x+6=lnx2+lnx3+C=lnx3x2+C.

Vérification par dérivation, par exemple sur ]3,+[ où l'expression vaut ln(x3)ln(x2) :

(ln(x3)ln(x2))=1x31x2=(x2)(x3)(x2)(x3)=1x25x+6.

Remarque

La constante C n'est pas la même sur les trois intervalles : chacun a la sienne. Écrire une réponse unique valable « sur R privé de {2,3} » serait une erreur de fond, exactement celle dénoncée au 8.3.

Deuxième cas : Δ=0

Le trinôme possède une racine double r=b2a et s'écrit ax2+bx+c=a(xr)2. Aucune décomposition n'est nécessaire, la primitive est directe : c'est la ligne uu2 du tableau de 8.6.

Propriété

Sur ],r[ comme sur ]r,+[,

dxa(xr)2=1a(xr)+C.

Vérification. (1a(xr))=1a×(1(xr)2)=1a(xr)2.

Exemple

Calculons les primitives de x1x26x+9.

Ici Δ=3636=0 et x26x+9=(x3)2. Donc, sur ],3[ ou sur ]3,+[,

dxx26x+9=1x3+C.

Vérification : (1x3)=1(x3)2=1x26x+9.

Noter qu'il n'y a pas de logarithme dans ce cas : c'est une différence marquante avec le cas Δ>0, et un bon moyen de contrôler qu'on n'a pas confondu les situations.

Troisième cas : Δ<0

Le trinôme ne s'annule jamais et garde le signe de a sur R tout entier : la fonction est définie sur R. La technique est la forme canonique, qui ramène le dénominateur à la forme u2+ω2, puis l'Arctangente.

Propriété

Soit ω>0. Sur R,

dxx2+ω2=1ωArctan ⁣(xω)+C.

Démonstration. En dérivant le membre de droite :

(1ωArctanxω)=1ω×1/ω1+x2ω2=1ω2×ω2ω2+x2=1x2+ω2.

Méthode

Traiter le cas Δ<0.

  1. Mettre a en facteur : ax2+bx+c=a(x2+bax+ca).
  2. Écrire la forme canonique : x2+bax+ca=(x+b2a)2+ω2, où ω2=cab24a2=Δ4a2>0, donc ω=Δ2a.
  3. Appliquer la formule ci-dessus avec u=x+b2a (dont la dérivée vaut 1), sans oublier le facteur 1a.
  4. Dériver le résultat pour vérifier.

En pratique, on ne retient pas la formule générale : on refait la forme canonique sur l'exemple, c'est plus rapide et plus sûr.

Exemple

a. Cas a=1. Calculons les primitives sur R de x1x2+2x+5.

Le discriminant vaut Δ=420=16<0. Forme canonique : x2+2x+5=(x+1)21+5=(x+1)2+4, donc ω=2. Par conséquent

dxx2+2x+5=12Arctan ⁣(x+12)+C.

Vérification :

(12Arctanx+12)=12×1/21+(x+1)24=14×44+(x+1)2=1x2+2x+5.

b. Cas a1. Calculons les primitives sur R de x12x2+2x+3.

Discriminant : Δ=424=20<0. On met 2 en facteur puis on complète le carré :

2x2+2x+3=2(x2+x+32)=2((x+12)214+32)=2((x+12)2+54),

donc ω=52. Il vient

dx2x2+2x+3=12×25Arctan ⁣(x+1252)+C=15Arctan ⁣(2x+15)+C.

Vérification :

(15Arctan2x+15)=15×2/51+(2x+1)25=25×55+(2x+1)2=24x2+4x+6=12x2+2x+3.

Le cas général αx+βax2+bx+c

Quand le numérateur n'est plus constant, une seule idée : faire apparaître au numérateur la dérivée du dénominateur, qui vaut 2ax+b. Le morceau correspondant donne un logarithme (forme uu), et ce qui reste est un numérateur constant, donc l'un des trois cas précédents.

Méthode

Primitives de xαx+βax2+bx+c.

  1. Calculer la dérivée du dénominateur : D(x)=2ax+b.
  2. Écrire αx+β=α2a(2ax+b)+(βαb2a), et vérifier cette identité en développant.
  3. Séparer en deux intégrales :
αx+βax2+bx+cdx=α2alnax2+bx+c+(βαb2a)dxax2+bx+c.
  1. Traiter la seconde intégrale selon le signe de Δ (10.1, 10.2 ou 10.3).

Exemple

a. Le cas le plus favorable. Pour 2x1x2x2dx, le numérateur est déjà la dérivée du dénominateur. Donc, sur tout intervalle où x2x2=(x2)(x+1) ne s'annule pas,

2x1x2x2dx=lnx2x2+C.

Vérification : la dérivée de lnx2x2 vaut 2x1x2x2.

b. Cas général avec Δ<0. Calculons les primitives sur R de x3x+1x2+2x+5.

Le dénominateur a pour discriminant 16<0 : il ne s'annule pas et reste strictement positif, la fonction est définie sur R et la valeur absolue du logarithme sera inutile.

Étape 1. D(x)=x2+2x+5 donne D(x)=2x+2.

Étape 2. On cherche à écrire 3x+1=λ(2x+2)+μ. En identifiant les coefficients de x : 2λ=3, donc λ=32. Le terme constant donne 2λ+μ=1, soit 3+μ=1 et μ=2. Contrôle : 32(2x+2)2=3x+32=3x+1.

Étape 3. On sépare :

3x+1x2+2x+5dx=322x+2x2+2x+5dx2dxx2+2x+5.

Étape 4. La première intégrale est de la forme uu et vaut ln(x2+2x+5) ; la seconde a été calculée au 10.3, exemple a. Finalement

3x+1x2+2x+5dx=32ln(x2+2x+5)Arctan ⁣(x+12)+C.

Vérification par dérivation :

(32ln(x2+2x+5)Arctanx+12)=32×2x+2x2+2x+51/21+(x+1)24=3x+3x2+2x+524+(x+1)2=3x+3x2+2x+52x2+2x+5=3x+1x2+2x+5.

Exemple

c. Une intégrale complète. Calculons 01xx2+2x+5dx.

Le dénominateur ne s'annule jamais : l'intégrande est continu sur [0,1]. On écrit x=12(2x+2)1, donc

01xdxx2+2x+5=1201(2x+2)dxx2+2x+501dxx2+2x+5.

Pour la première : 12[ln(x2+2x+5)]01=12(ln8ln5)=12ln85.

Pour la seconde : [12Arctanx+12]01=12(Arctan1Arctan12)=12(π4Arctan12).

Conclusion :

01xx2+2x+5dx=12ln85π8+12Arctan12.

Contrôle d'ordre de grandeur : 12ln1,60,235, π80,393 et 12Arctan0,50,232, soit environ 0,074. C'est cohérent : sur [0,1], l'intégrande varie de 0 à 18=0,125.

Équations différentielles linéaires du premier ordre

Une équation différentielle est une équation dont l'inconnue est une fonction, et qui relie cette fonction à ses dérivées. Résoudre une telle équation, c'est déterminer toutes les fonctions qui la vérifient : la réponse n'est jamais un nombre, toujours un ensemble de fonctions.

Ces équations sont l'outil de modélisation par excellence des sciences expérimentales : dès qu'un phénomène est décrit par « la vitesse de variation d'une grandeur dépend de la grandeur elle-même », on obtient une équation différentielle. La section 13 en donne trois exemples complets.

Définitions et vocabulaire

Définition

Soit I un intervalle de R et soient a et b deux fonctions continues de I dans K (avec K=R ou C). On appelle équation différentielle linéaire du premier ordre l'équation

(E):y+a(x)y=b(x).

Une solution de (E) sur I est une fonction y:IK, dérivable sur I, telle que

xI,y(x)+a(x)y(x)=b(x).

L'équation

(E0):y+a(x)y=0

est appelée équation homogène associée à (E). La fonction b est le second membre. Une solution particulière de (E) est une solution de (E), désignée quand on en a exhibé une.

Remarque

Quelques observations de vocabulaire, toutes importantes.

  • L'adjectif linéaire signifie que l'inconnue y et sa dérivée y n'apparaissent qu'au premier degré, sans être composées avec quoi que ce soit : y+xy=sinx est linéaire, y+y2=x et y=sin(y) ne le sont pas et sortent du programme.
  • Premier ordre : seule y intervient, pas y.
  • L'équation est écrite sous forme normalisée ou résolue, c'est-à-dire avec le coefficient 1 devant y. C'est indispensable pour appliquer les théorèmes qui suivent, et le paragraphe 11.7 dit comment s'y ramener.
  • Toute solution de (E) est en réalité de classe C1 sur I : en effet y=bay est continue sur I comme somme et produit de fonctions continues. On obtient cette régularité gratuitement, sans l'avoir supposée.
  • L'intervalle I fait partie du problème. Une même équation n'a pas les mêmes solutions selon l'intervalle sur lequel on la résout : parler des « solutions de (E) » sans dire où n'a pas de sens.

Résolution de l'équation homogène

C'est le cœur technique de la section, et la démonstration est entièrement réalisable ici.

Propriété

Théorème. Soient I un intervalle et a:IK une fonction continue. Soit A une primitive de a sur I (elle existe d'après le théorème admis de 8.2). Alors l'ensemble des solutions sur I de

(E0):y+a(x)y=0

est exactement l'ensemble des fonctions

yλ:xλeA(x),λK.

Démonstration. On procède par double inclusion.

() Soit λK et yλ:xλeA(x). La fonction A est dérivable sur I, donc yλ l'est aussi (composée puis produit) et, pour tout xI,

yλ(x)=λ×(A(x))eA(x)=a(x)λeA(x)=a(x)yλ(x),

donc yλ(x)+a(x)yλ(x)=0 : yλ est bien solution de (E0) sur I.

() Réciproquement, soit y une solution quelconque de (E0) sur I. C'est ici qu'intervient l'astuce du facteur intégrant : on pose

z:xy(x)eA(x).

La fonction z est dérivable sur I comme produit de fonctions dérivables, et pour tout xI,

z(x)=y(x)eA(x)+y(x)A(x)eA(x)=eA(x)(y(x)+a(x)y(x))=eA(x)×0=0.

Comme I est un intervalle et que z=0 sur I, le lemme du 8.3 affirme que z est constante : il existe λK tel que z(x)=λ pour tout xI. Comme l'exponentielle ne s'annule jamais, on peut diviser :

y(x)=λeA(x)pour tout xI.

Les deux inclusions donnent le résultat.

Remarque

Trois conséquences à retenir.

  • L'ensemble des solutions de (E0) est décrit par un unique paramètre λK, que l'on détermine par une condition supplémentaire.
  • Le choix de la primitive A est libre : remplacer A par A+k multiplie eA par la constante ek, ce qui revient à renommer λ. En pratique, on prend la primitive la plus simple, sans constante.
  • Une solution non nulle de (E0) ne s'annule jamais sur I, puisque eA(x)0. Autrement dit, si une solution de l'équation homogène s'annule en un seul point de I, elle est identiquement nulle sur I.

Exemple

a. Coefficient constant. Résolvons y+3y=0 sur R.

Ici a(x)=3, une primitive est A(x)=3x, donc les solutions sont les xλe3x, λR.

b. Coefficient variable. Résolvons y+2xy=0 sur R.

On a a(x)=2x et A(x)=x2 convient. Les solutions sont les xλex2, λR. Vérification : si y(x)=λex2 alors y(x)=2xλex2=2xy(x).

c. Un cas où l'exponentielle disparaît. Résolvons y2xy=0 sur ]0,+[.

Ici a(x)=2x et A(x)=2lnx convient sur ]0,+[. Alors

eA(x)=e2lnx=(elnx)2=x2,

et les solutions sont les xλx2. Vérification : y=λx2 donne y2xy=2λx2xλx2=2λx2λx=0. L'exemple montre qu'il ne faut pas laisser l'écriture eA telle quelle quand elle se simplifie.

Propriété

Cas particulier : a constante. Si a(x)=aK pour tout x, les solutions de y+ay=0 sur R sont les xλeax, λK.

Ce cas particulier, immédiat à partir du théorème avec A(x)=ax, est le plus fréquent en physique : décroissance radioactive, décharge d'un condensateur, refroidissement.

Structure de l'ensemble des solutions

Propriété

Théorème. Soient a et b continues sur un intervalle I, et soit yp une solution particulière de (E):y+a(x)y=b(x) sur I. Alors l'ensemble des solutions de (E) sur I est

{yp+yh  ;  yh solution de (E0) sur I}={xyp(x)+λeA(x)  ;  λK},

A est une primitive de a sur I.

Formule à retenir : solution générale de (E) = solution particulière de (E) + solution générale de (E0).

Démonstration. Double inclusion, encore une fois.

() Soit yh une solution de (E0) et posons y=yp+yh. Cette fonction est dérivable sur I et, pour tout xI,

y(x)+a(x)y(x)=(yp(x)+a(x)yp(x))=b(x)+(yh(x)+a(x)yh(x))=0=b(x).

Donc y est solution de (E).

() Soit y une solution quelconque de (E) sur I, et posons yh=yyp. Cette fonction est dérivable sur I et, pour tout xI,

yh(x)+a(x)yh(x)=(y(x)+a(x)y(x))(yp(x)+a(x)yp(x))=b(x)b(x)=0,

donc yh est solution de (E0), et y=yp+yh est bien de la forme annoncée.

La description explicite s'obtient alors en remplaçant yh par λeA grâce au théorème du 11.2.

Méthode

Résoudre une équation linéaire du premier ordre : le plan en quatre temps.

  1. Se placer sur un intervalle I et normaliser l'équation sous la forme y+a(x)y=b(x), avec a et b continues sur I.
  2. Résoudre l'homogène : calculer une primitive A de a, écrire yh(x)=λeA(x).
  3. Trouver une solution particulière : soit « à vue » ou par identification si le second membre est simple, soit par variation de la constante (11.4).
  4. Conclure : l'ensemble des solutions est {xyp(x)+λeA(x),λK}, puis exploiter une éventuelle condition initiale.

On rédige toujours ce plan explicitement : un correcteur doit voir les quatre étapes.

Propriété

Principe de superposition. Soient b1,b2 continues sur I et μ1,μ2K. Si y1 est solution de y+a(x)y=b1(x) et y2 solution de y+a(x)y=b2(x) sur I, alors μ1y1+μ2y2 est solution sur I de

y+a(x)y=μ1b1(x)+μ2b2(x).

Démonstration. La fonction y=μ1y1+μ2y2 est dérivable sur I et, pour tout xI,

y+ay=μ1(y1+ay1)+μ2(y2+ay2)=μ1b1+μ2b2.

Exemple

Ce principe évite bien des calculs. Pour résoudre y+y=x+e2x, on cherche séparément une solution particulière de y+y=x et une de y+y=e2x, puis on les additionne.

  • Pour y+y=x : on cherche y1(x)=αx+β. Alors y1+y1=α+αx+β=x donne α=1 et α+β=0, soit β=1 : y1(x)=x1.
  • Pour y+y=e2x : on cherche y2(x)=γe2x. Alors y2+y2=2γe2x+γe2x=3γe2x=e2x donne γ=13.

Une solution particulière de l'équation complète est donc yp(x)=x1+e2x3, et l'ensemble des solutions sur R est

{xx1+e2x3+λex  ;  λR}.

Vérification : avec y=x1+e2x3+λex, on a y=1+2e2x3λex, donc

y+y=1+2e2x3λex+x1+e2x3+λex=x+e2x.

La méthode de variation de la constante

Quand le second membre ne permet pas de deviner une solution particulière, une méthode générale fonctionne toujours. Son nom est un abus de langage volontaire : on part de la solution générale λeA(x) de l'homogène et l'on autorise la constante λ à varier, c'est-à-dire à devenir une fonction de x.

Propriété

Théorème. Soient a,b continues sur un intervalle I et A une primitive de a sur I. Une fonction dérivable y:IK est solution de (E):y+a(x)y=b(x) si et seulement si elle s'écrit y(x)=λ(x)eA(x)λ est une primitive sur I de la fonction continue xb(x)eA(x).

Démonstration. Toute fonction dérivable y sur I s'écrit de manière unique sous la forme y(x)=λ(x)eA(x) : il suffit de poser λ(x)=y(x)eA(x), qui est bien dérivable comme produit de fonctions dérivables. Calculons alors, pour un tel λ :

y(x)=λ(x)eA(x)λ(x)a(x)eA(x),

donc

y(x)+a(x)y(x)=λ(x)eA(x)a(x)λ(x)eA(x)+a(x)λ(x)eA(x)=λ(x)eA(x).

Les termes en λ se simplifient toujours : c'est le mécanisme même de la méthode, et c'est un excellent contrôle de calcul. L'équation (E) équivaut donc à

λ(x)eA(x)=b(x),c’est-aˋ-direλ(x)=b(x)eA(x).

La fonction xb(x)eA(x) étant continue sur l'intervalle I, elle y admet des primitives (8.2), et y est solution si et seulement si λ en est une.

Méthode

Variation de la constante en pratique.

  1. Résoudre l'homogène : yh(x)=λeA(x).
  2. Poser y(x)=λ(x)eA(x) avec λ dérivable inconnue, et le dire explicitement.
  3. Reporter dans l'équation. Les termes en λ(x) doivent disparaître ; s'ils ne disparaissent pas, il y a une erreur de calcul, on s'arrête et on la cherche.
  4. Il reste λ(x)=b(x)eA(x) : intégrer pour obtenir une primitive λ (on peut ignorer la constante, elle est déjà dans la solution homogène).
  5. Écrire la solution particulière yp(x)=λ(x)eA(x), puis la solution générale.

Exemple

Exemple entièrement rédigé. Résolvons sur R l'équation

(E):yy=ex1+x2.

Étape 1 : cadre. Ici a(x)=1 et b(x)=ex1+x2 sont continues sur R, qui est un intervalle. L'équation est normalisée.

Étape 2 : équation homogène. yy=0 a pour solutions les xλex, λR (avec A(x)=x, donc eA(x)=ex).

Étape 3 : variation de la constante. On cherche une solution de (E) sous la forme y(x)=λ(x)ex, avec λ dérivable sur R. Alors

y(x)=λ(x)ex+λ(x)ex,doncy(x)y(x)=λ(x)ex.

Les termes en λ(x) ont bien disparu. L'équation (E) devient

λ(x)ex=ex1+x2,soitλ(x)=11+x2.

Étape 4 : intégration. Une primitive est λ(x)=Arctanx, d'où la solution particulière

yp(x)=exArctanx.

Étape 5 : conclusion. L'ensemble des solutions de (E) sur R est

{x(Arctanx+λ)ex  ;  λR}.

Vérification. Avec y(x)=(Arctanx+λ)ex,

y(x)=ex1+x2+(Arctanx+λ)ex=ex1+x2+y(x),

donc y(x)y(x)=ex1+x2. C'est bien (E).

Le problème de Cauchy

Une équation différentielle admet une infinité de solutions. Pour en isoler une seule, on ajoute une condition initiale.

Définition

Soient a,b continues sur un intervalle I, x0I et y0K. Le problème de Cauchy associé est le système

{y(x)+a(x)y(x)=b(x)pour tout xI,y(x0)=y0.

Propriété

Théorème de Cauchy linéaire (ordre 1). Sous ces hypothèses, le problème de Cauchy admet une unique solution sur I.

Démonstration. Soit A une primitive de a sur I et yp une solution particulière de (E) sur I (elle existe : la méthode de variation de la constante en fournit une, par le théorème du 11.4). D'après 11.3, les solutions de (E) sur I sont exactement les fonctions y:xyp(x)+λeA(x) avec λK.

Une telle fonction vérifie la condition initiale si et seulement si

yp(x0)+λeA(x0)=y0,c’est-aˋ-direλ=(y0yp(x0))eA(x0),

la division par eA(x0) étant licite puisque l'exponentielle ne s'annule pas. Cette équation en λ possède donc une solution et une seule, ce qui fournit une unique fonction y.

Remarque

Interprétation. Par chaque point (x0,y0) du « plan des conditions initiales » passe exactement une courbe solution. En particulier, deux courbes solutions distinctes de la même équation ne se coupent jamais. Pour l'équation homogène, cela redonne la remarque du 11.2 : la seule solution qui s'annule quelque part est la fonction nulle.

Exemple

Résolvons le problème de Cauchy

{y+2y=xsur R,y(0)=1.

Homogène. a(x)=2, A(x)=2x : les solutions de y+2y=0 sont les xλe2x.

Solution particulière. Le second membre est un polynôme de degré 1 ; on cherche yp(x)=αx+β. Alors

yp(x)+2yp(x)=α+2αx+2β=xpour tout x.

En identifiant les coefficients : 2α=1 donne α=12, puis α+2β=0 donne β=14. Ainsi yp(x)=x214.

Solution générale. y(x)=x214+λe2x, λR.

Condition initiale. y(0)=14+λ=1 donne λ=54. L'unique solution est

y:xx214+54e2x.

Vérification. y(x)=1252e2x, donc

y(x)+2y(x)=1252e2x+x12+52e2x=x,

et y(0)=14+54=1. Les deux conditions sont satisfaites.

Chercher une solution particulière « à vue »

La variation de la constante fonctionne toujours, mais elle est parfois longue. Quand le second membre a une forme simple, on gagne beaucoup à chercher une solution particulière de la même forme, avec des coefficients indéterminés que l'on identifie. Le tableau suivant résume les cas les plus fréquents pour y+ay=b(x) avec a constante non nulle.

Second membre b(x) Forme à essayer Réserve
polynôme de degré n polynôme de degré n aucune
γeμx avec μa δeμx
γeax δxeax eax est déjà solution de l'homogène
γcos(ωx) ou γsin(ωx) δcos(ωx)+εsin(ωx) ou passage aux complexes

Exemple

Le cas résonnant. Résolvons y+2y=e2x sur R.

Ici, xe2x est déjà solution de l'homogène : chercher yp=δe2x donnerait yp+2yp=0e2x, c'est voué à l'échec. On essaie donc yp(x)=δxe2x :

yp(x)=δe2x2δxe2x,doncyp(x)+2yp(x)=δe2x.

Il suffit de prendre δ=1, d'où yp(x)=xe2x et l'ensemble des solutions

{x(x+λ)e2x  ;  λR}.

Contrôle par variation de la constante : en posant y=λ(x)e2x, on obtient λ(x)e2x=e2x, soit λ(x)=1 et λ(x)=x. Les deux méthodes concordent.

Exemple

Second membre trigonométrique. Résolvons y+y=cosx sur R.

On cherche yp(x)=δcosx+εsinx. Alors yp(x)=δsinx+εcosx, donc

yp(x)+yp(x)=(δ+ε)cosx+(εδ)sinx.

L'identification avec cosx donne δ+ε=1 et εδ=0, soit δ=ε=12. Ainsi

yp(x)=cosx+sinx2,et l’ensemble des solutions est{xcosx+sinx2+λex}.

Vérification : yp+yp=sinx+cosx2+cosx+sinx2=cosx.

Variante par les complexes. On peut aussi résoudre z+z=eix en cherchant z(x)=δeix : il vient δ(i+1)=1, soit δ=11+i=1i2, et

z(x)=(1i)(cosx+isinx)2=(cosx+sinx)+i(sinxcosx)2.

La partie réelle cosx+sinx2 redonne yp, et la partie imaginaire sinxcosx2 fournit gratuitement une solution particulière de y+y=sinx.

Équations non normalisées

Dans les applications, l'équation se présente rarement sous forme normalisée. On rencontre plutôt

(E):α(x)y+β(x)y=γ(x),

avec α,β,γ continues sur un intervalle J. Pour appliquer les théorèmes précédents, il faut diviser par α(x) : c'est possible uniquement là où α ne s'annule pas.

Méthode

Traiter une équation non normalisée.

  1. Déterminer les points où α s'annule ; ils découpent J en plusieurs intervalles ouverts.
  2. Sur chacun de ces intervalles I, diviser par α et résoudre l'équation normalisée
y+β(x)α(x)y=γ(x)α(x).
  1. Ne jamais mélanger les intervalles : chacun a sa propre constante.
  2. Si la question porte sur J tout entier, l'étude du raccordement aux points où α s'annule est une question à part, qui se traite au cas par cas.

Exemple

a. Résolvons xyy=x2 sur ]0,+[.

Le coefficient α(x)=x ne s'annule pas sur cet intervalle : on peut diviser, ce qui donne

y1xy=x.

Homogène. a(x)=1x, A(x)=lnx, donc eA(x)=elnx=x : les solutions de l'homogène sont les xλx.

Variation de la constante. On pose y(x)=λ(x)x, d'où y(x)=λ(x)x+λ(x) et

y(x)y(x)x=λ(x)x+λ(x)λ(x)=λ(x)x.

L'équation devient λ(x)x=x, soit λ(x)=1 et λ(x)=x. Donc yp(x)=x2.

Conclusion. Sur ]0,+[, les solutions sont les xx2+λx, λR. Le même calcul, mené sur ],0[ (où A(x)=lnx et eA(x)=x, ce qui revient encore à λx après changement de nom de la constante), donne la même forme.

Vérification : y=x2+λx donne y=2x+λ, donc xyy=2x2+λxx2λx=x2.

b. Un facteur intégrant déjà présent. Résolvons (1+x2)y+2xy=1 sur R.

Le coefficient 1+x2 ne s'annule jamais : on peut travailler sur R entier. On peut normaliser, mais il est plus rapide de remarquer que le membre de gauche est déjà une dérivée de produit :

((1+x2)y(x))=(1+x2)y(x)+2xy(x).

L'équation équivaut donc à ((1+x2)y)=1 sur l'intervalle R, c'est-à-dire à l'existence d'une constante λ telle que (1+x2)y(x)=x+λ. Les solutions sont donc les

y:xx+λ1+x2,λR.

Vérification : avec y=x+λ1+x2, on a (1+x2)y=x+λ, donc en dérivant (1+x2)y+2xy=1.

Cette écriture directe n'est pas un tour de magie : 1+x2=eA(x) avec A(x)=ln(1+x2), primitive de a(x)=2x1+x2. C'est exactement le facteur intégrant de la démonstration du 11.2.

Équations différentielles linéaires du second ordre à coefficients constants

On passe maintenant aux équations faisant intervenir la dérivée seconde. Le programme se limite au cas des coefficients constants : c'est précisément le cas où une résolution complète et explicite est possible, et c'est aussi le cas qui gouverne tous les phénomènes oscillants de la physique.

Définitions

Définition

Soient a et b deux scalaires de K (K=R ou C) et f une fonction continue d'un intervalle I dans K. On appelle équation différentielle linéaire du second ordre à coefficients constants l'équation

(E):y+ay+by=f(x),

d'équation homogène associée

(E0):y+ay+by=0.

Une solution de (E) sur I est une fonction y:IK deux fois dérivable sur I telle que y(x)+ay(x)+by(x)=f(x) pour tout xI.

On appelle équation caractéristique de (E) l'équation d'inconnue rC :

r2+ar+b=0.

Remarque

  • Comme à l'ordre 1, toute solution est automatiquement de classe C2 sur I : y=fayby est continue.
  • L'équation caractéristique n'est pas parachutée. Cherchons s'il existe des solutions de (E0) de la forme y:xerx avec rC. Alors y=rerx, y=r2erx, et
y+ay+by=(r2+ar+b)erx.

Comme l'exponentielle ne s'annule jamais, y est solution si et seulement si r2+ar+b=0. Les racines de l'équation caractéristique sont donc exactement les r pour lesquels xerx est solution. Toute la difficulté est de montrer qu'il n'y a pas d'autres solutions, et c'est là qu'il faut admettre.

Solutions de l'équation homogène : théorème admis

Propriété

Théorème (ADMIS ; sa démonstration est hors programme). Soient a,bC et r1,r2 les racines dans C de l'équation caractéristique r2+ar+b=0.

  • Si r1r2, les solutions sur un intervalle I de (E0) à valeurs complexes sont exactement les fonctions
xλer1x+μer2x,(λ,μ)C2.
  • Si r1=r2=r (racine double), les solutions sur un intervalle I de (E0) à valeurs complexes sont exactement les fonctions
x(λx+μ)erx,(λ,μ)C2.

L'énoncé vaut sur R tout entier comme sur n'importe quel intervalle I : les coefficients étant constants, ils sont continus partout, et il n'y a jamais de point à éviter. C'est une différence importante avec l'ordre 1, où le choix de l'intervalle était imposé par le domaine de a et de b.

Remarque

Ce théorème est admis, et c'est le texte du programme qui le demande. La démonstration reposera sur des outils d'algèbre linéaire étudiés au second semestre. Ce que l'on peut faire dès maintenant, en revanche, c'est vérifier que les fonctions annoncées sont bien solutions : c'est un calcul direct, et il ne coûte rien. Ce qui est admis, c'est uniquement le fait qu'il n'y en a pas d'autres.

Vérification, cas de deux racines distinctes. Pour j{1,2}, xerjx est solution d'après la remarque du 12.1. Si y1 et y2 sont solutions de (E0) et λ,μ des scalaires, alors λy1+μy2 est deux fois dérivable et

(λy1+μy2)+a(λy1+μy2)+b(λy1+μy2)=λ(y1+ay1+by1)+μ(y2+ay2+by2)=0.

Vérification, cas d'une racine double r. La fonction xerx est solution. Reste y:xxerx. On calcule

y(x)=(1+rx)erx,y(x)=rerx+r(1+rx)erx=(2r+r2x)erx,

d'où

y+ay+by=(2r+r2x+a+arx+bx)erx=((r2+ar+b)x+(2r+a))erx.

Or r est racine, donc r2+ar+b=0 ; et r est racine double, donc la somme des racines, qui vaut a, est égale à 2r : ainsi 2r+a=0. Les deux termes s'annulent et y est bien solution. Le rôle du facteur x apparaît clairement : il sert exactement à absorber le terme 2r+a, nul dans ce cas et dans celui-là seulement.

Le cas des coefficients réels : solutions réelles

En physique, a, b et f sont réels, et l'on cherche des solutions réelles. Le théorème précédent se traduit alors ainsi, en fonction du discriminant Δ=a24b de l'équation caractéristique.

Propriété

Théorème (admis, conséquence du précédent). Soient a,bR et Δ=a24b. Les solutions à valeurs réelles sur R de y+ay+by=0 sont :

  • si Δ>0, avec r1r2 les deux racines réelles :
xλer1x+μer2x,(λ,μ)R2;
  • si Δ=0, avec r la racine double réelle :
x(λx+μ)erx,(λ,μ)R2;
  • si Δ<0, avec r=α±iβ les deux racines complexes conjuguées (α,β réels, β>0) :
xeαx(λcos(βx)+μsin(βx)),(λ,μ)R2.

Remarque

D'où sort la troisième forme ? Sans refaire la démonstration (hors programme), on peut voir le lien avec le cas complexe. Les racines étant α+iβ et αiβ, les solutions complexes sont les xλ1e(α+iβ)x+λ2e(αiβ)x. Or les formules d'Euler donnent

e(α+iβ)x=eαx(cosβx+isinβx),e(αiβ)x=eαx(cosβxisinβx),

donc

cos(βx)eαx=e(α+iβ)x+e(αiβ)x2,sin(βx)eαx=e(α+iβ)xe(αiβ)x2i.

Les fonctions xeαxcos(βx) et xeαxsin(βx) sont donc bien des solutions, réelles cette fois, et toutes leurs combinaisons à coefficients réels aussi.

Propriété

Écriture en amplitude et phase. Soit (λ,μ)R2 non nul. Posons A=λ2+μ2>0. Il existe un unique réel φ]π,π] tel que cosφ=λA et sinφ=μA, et alors, pour tout x,

eαx(λcos(βx)+μsin(βx))=Aeαxcos(βxφ).

Démonstration. Le point (λA,μA) vérifie (λA)2+(μA)2=1 : c'est un point du cercle trigonométrique, il possède donc un unique argument φ dans ]π,π] (partie A et chapitre des nombres complexes). La formule d'addition donne alors

Acos(βxφ)=A(cosβxcosφ+sinβxsinφ)=A(λAcosβx+μAsinβx)=λcosβx+μsinβx.

Il ne reste qu'à multiplier par eαx.

Remarque

Cette écriture est celle du physicien : A est l'amplitude, φ la phase à l'origine, β la pulsation. Elle rend le comportement lisible d'un coup d'œil : la solution oscille à la pulsation β à l'intérieur de l'« enveloppe » ±Aeαx, qui décroît si α<0 et explose si α>0.

Exemple

Les trois cas sur des exemples.

a. y3y+2y=0. Équation caractéristique : r23r+2=0, de discriminant 98=1>0, de racines 1 et 2. Solutions réelles : xλex+μe2x.

b. y4y+4y=0. Équation caractéristique : r24r+4=(r2)2=0, racine double 2. Solutions réelles : x(λx+μ)e2x.

c. y+2y+5y=0. Équation caractéristique : r2+2r+5=0, de discriminant 420=16<0, de racines 2±4i2=1±2i. Ici α=1 et β=2, donc les solutions réelles sont

xex(λcos(2x)+μsin(2x)),(λ,μ)R2.

Vérification pour λ=1, μ=0 : avec y(x)=excos2x, on a y(x)=ex(cos2x2sin2x), puis

y(x)=ex(cos2x+2sin2x)+ex(2sin2x4cos2x)=ex(3cos2x+4sin2x).

Donc y+2y+5y=ex(3cos2x+4sin2x2cos2x4sin2x+5cos2x)=0.

d. y+ω2y=0 avec ω>0 (l'oscillateur harmonique). Équation caractéristique r2+ω2=0, racines ±iω : ici α=0 et β=ω, les solutions réelles sont les xλcos(ωx)+μsin(ωx), c'est-à-dire les xAcos(ωxφ).

Structure des solutions et superposition

Propriété

Théorème. Soit yp une solution particulière de (E):y+ay+by=f sur I. L'ensemble des solutions de (E) sur I est

{yp+yh  ;  yh solution de (E0)}.

Autrement dit : solution générale de (E) = solution particulière + solution générale de (E0), exactement comme à l'ordre 1.

Démonstration. Double inclusion.

() Si yh est solution de (E0), alors yp+yh est deux fois dérivable et

(yp+yh)+a(yp+yh)+b(yp+yh)=(yp+ayp+byp)=f+(yh+ayh+byh)=0=f.

() Si y est solution de (E), posons yh=yyp. Alors yh est deux fois dérivable et

yh+ayh+byh=(y+ay+by)(yp+ayp+byp)=ff=0,

donc yh est solution de (E0) et y=yp+yh.

Propriété

Principe de superposition. Si y1 est solution de y+ay+by=f1 et y2 solution de y+ay+by=f2 sur I, alors pour tous scalaires μ1,μ2, la fonction μ1y1+μ2y2 est solution de

y+ay+by=μ1f1+μ2f2.

Démonstration. Calcul immédiat, identique à celui de l'ordre 1 : les deux membres de l'équation dépendent de y « au premier degré », donc la combinaison passe à travers.

Solution particulière : second membre polynomial

Le programme limite les seconds membres exigibles à trois familles : les polynômes (12.5), les exponentielles (12.6) et les fonctions Bcos(ωx) et Bsin(ωx) (12.7). On les traite dans l'ordre.

Méthode

On cherche yp polynomiale, avec la précaution suivante. Soit f polynomiale de degré n.

  • Si b0 : chercher yp polynomiale de degré n. En effet, si P est de degré n de coefficient dominant pn, alors P+aP+bP est de degré n de coefficient dominant bpn0 : les degrés se correspondent, et l'identification des n+1 coefficients détermine yp.
  • Si b=0 et a0 : la fonction constante disparaît de l'équation, on cherche yp sous la forme xQ(x) avec Q polynomiale de degré n.
  • Si a=b=0 : l'équation s'écrit y=f, il suffit d'intégrer deux fois.

Exemple

Résolvons y3y+2y=x2+1 sur R.

Homogène. Vu au 12.3, exemple a : yh(x)=λex+μe2x.

Solution particulière. Ici b=20 et f est de degré 2 : on cherche yp(x)=c2x2+c1x+c0. Alors yp(x)=2c2x+c1 et yp(x)=2c2, donc

yp3yp+2yp=2c23(2c2x+c1)+2(c2x2+c1x+c0)=2c2x2+(6c2+2c1)x+(2c23c1+2c0).

L'identification avec x2+0x+1 donne le système

2c2=1,6c2+2c1=0,2c23c1+2c0=1,

d'où successivement c2=12, puis c1=3c2=32, puis 2c0=11+92, soit c0=94.

Conclusion. Les solutions sur R sont les

xx22+3x2+94+λex+μe2x,(λ,μ)R2.

Vérification de yp : yp3yp+2yp=13(x+32)+2(x22+3x2+94)=13x92+x2+3x+92=x2+1.

Solution particulière : second membre exponentiel Aeλx

C'est le cas le plus important, et il se démontre entièrement.

Propriété

Théorème. Soient a,bC, AC et λC. On considère

(E):y+ay+by=Aeλx.
  1. Si λ n'est pas racine de l'équation caractéristique, (E) admet la solution particulière
yp:xAλ2+aλ+beλx.
  1. Si λ est racine simple, (E) admet la solution particulière
yp:xA2λ+axeλx.
  1. Si λ est racine double, (E) admet la solution particulière
yp:xA2x2eλx.

Démonstration. L'idée est de poser y(x)=h(x)eλx, où h est une fonction deux fois dérivable inconnue. Toute fonction deux fois dérivable s'écrit ainsi, de manière unique, en prenant h(x)=y(x)eλx. On calcule

y(x)=(h(x)+λh(x))eλx,y(x)=(h(x)+2λh(x)+λ2h(x))eλx,

puis, en regroupant,

y+ay+by=(h+(2λ+a)h+(λ2+aλ+b)h)eλx.

Comme l'exponentielle ne s'annule pas, y est solution de (E) si et seulement si

()h+(2λ+a)h+(λ2+aλ+b)h=A.

Cas 1 : λ2+aλ+b0. La fonction constante h=Aλ2+aλ+b vérifie (), puisque h=h=0. D'où la solution annoncée.

Cas 2 : λ racine simple. Alors λ2+aλ+b=0 et () devient h+(2λ+a)h=A. De plus 2λ+a0 : en effet, si r désigne l'autre racine, la somme des racines vaut λ+r=a, donc 2λ+a=λr0 puisque la racine est simple. La fonction h définie par h(x)=A2λ+ax a pour dérivée la constante A2λ+a et une dérivée seconde nulle : elle vérifie ().

Cas 3 : λ racine double. Alors λ2+aλ+b=0 et, la somme des racines valant 2λ=a, on a aussi 2λ+a=0. L'équation () se réduit à h=A, dont h(x)=A2x2 est solution.

Remarque

Pourquoi multiplie-t-on par x, puis par x2 ? La démonstration le montre sans mystère : chaque fois que λ est racine, un terme de () disparaît, et il faut « monter d'un degré » en h pour que le calcul aboutisse. On ne multiplie donc pas par x par superstition, mais parce que h constante ne peut plus convenir.

En pratique, on ne retient pas les trois formules : on retient la forme à essayer (δeλx, δxeλx ou δx2eλx selon que λ n'est pas racine, est racine simple ou racine double), et on détermine δ en reportant dans l'équation.

Exemple

Les trois cas, sur la même équation ou presque.

a. λ n'est pas racine. Résolvons y+y=ex sur R. L'équation caractéristique r2+1=0 a pour racines ±i, donc λ=1 n'est pas racine et λ2+aλ+b=1+0+1=2. Alors yp(x)=ex2. Vérification : yp+yp=ex2+ex2=ex. Solutions : xex2+λcosx+μsinx.

b. λ racine simple. Résolvons y3y+2y=e2x sur R. Les racines caractéristiques sont 1 et 2 : λ=2 est racine simple. Ici 2λ+a=43=1, donc yp(x)=xe2x. Vérification : yp(x)=(1+2x)e2x et yp(x)=2e2x+2(1+2x)e2x=(4+4x)e2x, donc

yp3yp+2yp=(4+4x36x+2x)e2x=e2x.

Solutions : xxe2x+λex+μe2x.

c. λ racine double. Résolvons y4y+4y=e2x sur R. L'équation caractéristique (r2)2=0 a 2 pour racine double, et λ=2 : on prend yp(x)=x22e2x. Vérification : yp(x)=(x+x2)e2x et yp(x)=(1+2x)e2x+2(x+x2)e2x=(1+4x+2x2)e2x, donc

yp4yp+4yp=(1+4x+2x24x4x2+2x2)e2x=e2x.

Solutions : xx22e2x+(λx+μ)e2x.

Solution particulière : seconds membres Bcos(ωx) et Bsin(ωx)

Ici a et b sont réels, et (B,ω)R2. On ne cherche pas directement : on passe aux complexes, ce qui ramène au cas exponentiel précédent.

Propriété

Soient a,b des réels et g:IC continue. Si z:IC est solution de z+az+bz=g, alors Re(z) est solution de y+ay+by=Re(g) et Im(z) est solution de y+ay+by=Im(g).

Démonstration. Écrivons z=u+iv avec u=Re(z) et v=Im(z), fonctions réelles deux fois dérivables (partie A). Comme a et b sont réels,

z+az+bz=(u+au+bu)+i(v+av+bv),

et cette écriture est la décomposition en parties réelle et imaginaire, puisque u+au+bu et v+av+bv sont réelles. L'égalité avec g=Re(g)+iIm(g) donne le résultat par identification.

Méthode

Second membre Bcos(ωx) ou Bsin(ωx).

  1. Remarquer que Bcos(ωx)=Re(Beiωx) et Bsin(ωx)=Im(Beiωx).
  2. Résoudre l'équation complexifiée z+az+bz=Beiωx à l'aide du théorème sur le second membre exponentiel, avec λ=iω.
  3. Prendre la partie réelle (pour cos) ou la partie imaginaire (pour sin) de la solution obtenue.
  4. Vérifier en reportant dans l'équation de départ.

Cette méthode traite les deux seconds membres d'un seul calcul, et elle évite le système en δ,ε de la recherche directe, plus lourd dès que a0.

Exemple

Exemple entièrement rédigé. Résolvons sur R l'équation

(E):y+3y+2y=cosx.

Homogène. L'équation caractéristique r2+3r+2=0 a pour discriminant 98=1>0 et pour racines 1 et 2. Donc yh(x)=λex+μe2x.

Complexification. On a cosx=Re(eix) ; on cherche donc une solution de z+3z+2z=eix, c'est-à-dire le cas exponentiel avec A=1 et λ=i. Comme i n'est pas racine de l'équation caractéristique (les racines sont réelles), on calcule

λ2+3λ+2=i2+3i+2=1+3i0,

et une solution particulière complexe est

z(x)=eix1+3i.

Forme algébrique. On multiplie par le conjugué : 11+3i=13i1+9=13i10. Donc

z(x)=(13i)(cosx+isinx)10=cosx+isinx3icosx+3sinx10=(cosx+3sinx)+i(sinx3cosx)10.

Retour au réel. Une solution particulière de (E) est

yp(x)=Re(z(x))=cosx+3sinx10.

Vérification. yp(x)=sinx+3cosx10 et yp(x)=cosx3sinx10, donc

yp+3yp+2yp=(cosx3sinx)+3(sinx+3cosx)+2(cosx+3sinx)10=(1+9+2)cosx+(33+6)sinx10=10cosx10=cosx.

Conclusion. Les solutions de (E) sur R sont les

xcosx+3sinx10+λex+μe2x,(λ,μ)R2.

Bonus gratuit. La partie imaginaire sinx3cosx10 est une solution particulière de y+3y+2y=sinx : le même calcul a résolu deux équations.

Exemple

Le cas résonnant. Résolvons y+ω02y=Bcos(ω0x) sur R, avec ω0>0 et B réel : la pulsation du second membre coïncide avec celle de l'oscillateur.

Homogène. Racines ±iω0, donc yh(x)=λcos(ω0x)+μsin(ω0x).

Complexification. On résout z+ω02z=Beiω0x. Ici λ=iω0 est racine, et elle est simple (l'autre racine est iω0iω0). Avec a=0, le théorème donne 2λ+a=2iω0 et

z(x)=B2iω0xeiω0x=iB2ω0x(cosω0x+isinω0x)=Bx2ω0(sin(ω0x)icos(ω0x)).

Retour au réel. yp(x)=Re(z(x))=B2ω0xsin(ω0x).

Vérification. yp(x)=B2ω0(sinω0x+ω0xcosω0x), puis

yp(x)=B2ω0(2ω0cosω0xω02xsinω0x),

donc yp+ω02yp=B2ω0×2ω0cos(ω0x)=Bcos(ω0x).

Interprétation. Le facteur x signifie que l'amplitude des oscillations croît indéfiniment : c'est le phénomène de résonance, obtenu lorsqu'on excite un oscillateur non amorti exactement à sa pulsation propre.

Problème de Cauchy à l'ordre 2

Propriété

Théorème. Soient a,bK, f continue sur un intervalle I, x0I et (y0,y1)K2. Le problème de Cauchy

{y+ay+by=f(x)sur I,y(x0)=y0,y(x0)=y1

admet une unique solution sur I.

Démonstration (dans le cas complexe, en admettant l'existence d'une solution particulière yp, fournie par les méthodes des 12.5 à 12.7 pour les seconds membres au programme). D'après 12.4, les solutions de l'équation s'écrivent y=yp+yh avec yh solution de (E0). Posons

c0=y0yp(x0)etc1=y1yp(x0).

Les conditions initiales équivalent à yh(x0)=c0 et yh(x0)=c1. Il s'agit donc de montrer qu'il existe un unique couple (λ,μ) réalisant ces deux égalités.

Cas de deux racines distinctes r1r2. On a yh(x)=λer1x+μer2x et yh(x)=λr1er1x+μr2er2x. Posons L=λer1x0 et M=μer2x0 ; le système s'écrit

{L+M=c0,r1L+r2M=c1.

En retranchant r1 fois la première ligne à la seconde : (r2r1)M=c1r1c0, d'où, puisque r2r1,

M=c1r1c0r2r1,L=c0M.

Le couple (L,M) est donc unique, et comme les exponentielles er1x0 et er2x0 sont non nulles, le couple (λ,μ)=(Ler1x0,Mer2x0) l'est aussi.

Cas d'une racine double r. On a yh(x)=(λx+μ)erx et yh(x)=(λ+r(λx+μ))erx. En posant P=λx0+μ, les conditions s'écrivent

Perx0=c0et(λ+rP)erx0=c1.

La première donne P=c0erx0, de façon unique ; en reportant dans la seconde, λ=c1erx0rP=(c1rc0)erx0, puis μ=Pλx0. Là encore, un seul couple convient.

Le même calcul, mené sur la forme réelle eαx(λcosβx+μsinβx) du cas Δ<0, conduit également à un unique couple (λ,μ).

Méthode

Résoudre un problème de Cauchy d'ordre 2.

  1. Résoudre l'équation caractéristique et écrire la solution générale de l'homogène.
  2. Déterminer une solution particulière selon la forme du second membre (12.5 à 12.7).
  3. Écrire la solution générale y(x)=yp(x)+yh(x), avec deux paramètres λ et μ.
  4. Calculer y avant d'appliquer les conditions : c'est l'étape que l'on oublie.
  5. Écrire les deux conditions y(x0)=y0 et y(x0)=y1, résoudre le système en (λ,μ).
  6. Vérifier les deux conditions sur la solution finale.

Exemple

Résolvons le problème de Cauchy

{y+4y=8,y(0)=3,y(0)=2.

Homogène. r2+4=0 donne r=±2i, donc yh(x)=λcos(2x)+μsin(2x).

Solution particulière. Le second membre est constant, donc polynomial de degré 0, et b=40 : on cherche yp constante, yp=c. Alors yp+4yp=4c=8, soit c=2.

Solution générale. y(x)=2+λcos(2x)+μsin(2x), donc y(x)=2λsin(2x)+2μcos(2x).

Conditions initiales. y(0)=2+λ=3 donne λ=1 ; y(0)=2μ=2 donne μ=1. L'unique solution est

y:x2+cos(2x)+sin(2x).

Vérification. y(x)=2sin2x+2cos2x et y(x)=4cos2x4sin2x, donc

y+4y=4cos2x4sin2x+8+4cos2x+4sin2x=8,

avec y(0)=2+1=3 et y(0)=2. Les trois conditions sont satisfaites.

Écriture en amplitude. Ici λ=μ=1, donc A=2 et φ=π4 : on peut aussi écrire y(x)=2+2cos ⁣(2xπ4), forme qui montre directement que y oscille entre 22 et 2+2.

Modélisation : exemples issus des autres sciences

Le programme demande explicitement que le cours sur les équations différentielles soit illustré par des exemples venus des autres disciplines scientifiques. En voici trois, traités mathématiquement mais avec le vocabulaire de la physique.

Le refroidissement de Newton (ordre 1)

Le modèle. Un corps de température θ(t) est placé dans un milieu de température constante θe. La loi de Newton postule que la vitesse de refroidissement est proportionnelle à l'écart de température :

θ(t)=k(θ(t)θe),k>0.

Le coefficient k, homogène à l'inverse d'un temps, dépend du corps et du milieu. Le signe moins traduit le fait qu'un corps plus chaud que le milieu se refroidit.

Résolution. L'équation se met sous forme normalisée :

θ(t)+kθ(t)=kθe.

C'est une équation linéaire du premier ordre à coefficient constant, avec un second membre constant, posée sur l'intervalle [0,+[.

  • Homogène : θ+kθ=0 a pour solutions les tλekt.
  • Solution particulière : la fonction constante θp=θe convient, car 0+kθe=kθe.
  • Solution générale : θ(t)=θe+λekt.
  • Condition initiale θ(0)=θ0 : θe+λ=θ0, donc λ=θ0θe.
  θ(t)=θe+(θ0θe)ekt  

Vérification : θ(t)=k(θ0θe)ekt=k(θ(t)θe), et θ(0)=θ0.

Constante de temps. On pose τ=1k, la constante de temps du système. Elle s'exprime en unités de temps, et

θ(τ)=θe+(θ0θe)e1θe+0,37(θ0θe):

au bout d'une constante de temps, environ 63% de l'écart initial a été comblé. Au bout de 5τ, il en reste moins de 1% : c'est le critère usuel de « fin du régime transitoire ». Quand t devient grand, θ(t) tend vers θe : le corps se met à la température du milieu, ce qui était attendu.

Exemple

Un café à 85C est posé dans une pièce à 20C. Cinq minutes plus tard, il est à 60C. Quand sera-t-il buvable, disons à 40C ?

Modèle. θ(t)=20+65ekt (temps en minutes), puisque θ0θe=8520=65.

Détermination de k. θ(5)=60 donne 65e5k=40, soit e5k=4065=813, d'où

k=15ln1380,0971 min1,τ=1k10,3 min.

Réponse. On cherche t tel que 20+65ekt=40, soit ekt=2065=413, donc

t=1kln134=5ln134ln13812,1 min.

Le café atteint 40C au bout d'environ 12 minutes. Contrôle de cohérence : 12,1 minutes est bien supérieur à 5 minutes et de l'ordre de la constante de temps, ce qui est plausible.

La charge d'un circuit RC (ordre 1)

Le modèle. Un générateur de tension continue E, une résistance R et un condensateur de capacité C sont montés en série. On note u(t) la tension aux bornes du condensateur et i(t) l'intensité du courant. Deux lois suffisent :

  • la loi des mailles : E=Ri(t)+u(t) ;
  • la relation du condensateur : i(t)=Cu(t).

En substituant la seconde dans la première, on obtient l'équation différentielle

RCu(t)+u(t)=E,soitu(t)+1RCu(t)=ERC.

Résolution. On pose τ=RC, la constante de temps du circuit (produit d'une résistance par une capacité, homogène à un temps).

  • Homogène : solutions tλet/τ.
  • Solution particulière : la constante up=E convient.
  • Solution générale : u(t)=E+λet/τ.
  • Condition initiale : le condensateur étant déchargé à l'instant 0, u(0)=0 donne λ=E.
  u(t)=E(1et/τ),τ=RC  

Vérification : u(t)=Eτet/τ, donc τu(t)+u(t)=Eet/τ+EEet/τ=E, et u(0)=0.

L'intensité s'en déduit : i(t)=Cu(t)=CERCet/τ=ERet/τ. Elle est maximale à l'instant initial et décroît vers 0 : le courant cesse quand le condensateur est chargé.

Exemple

Prenons E=5V, R=10kΩ et C=100μF. Alors

τ=RC=104×104=1 s,

et u(t)=5(1et) volts.

  • À t=τ=1 s : u=5(1e1)3,16 V, soit environ 63% de E.
  • À t=5τ=5 s : u=5(1e5)4,97 V, soit plus de 99% de E.

La fonction u est strictement croissante sur [0,+[, puisque u(t)=Eτet/τ>0, et sa limite en + est E : c'est le régime permanent, dans lequel le condensateur se comporte comme un interrupteur ouvert (i=0).

Remarque

La même équation, avec un second membre nul, décrit la décharge du condensateur : u(t)=u0et/τ. Et exactement la même structure mathématique gouverne la décroissance radioactive N(t)=γN(t), l'élimination d'un médicament par l'organisme, ou le refroidissement du 13.1. Une seule équation, trois disciplines : c'est ce qui fait la valeur du modèle linéaire d'ordre 1.

L'oscillateur amorti et le circuit RLC (ordre 2)

Le modèle mécanique. Une masse m accrochée à un ressort de raideur κ, soumise à un frottement fluide de coefficient h>0, a une position x(t) régie par la loi de Newton :

mx(t)=κx(t)hx(t),

soit, en divisant par m et en posant

ω0=κm(pulsation propre)etσ=h2m(facteur d’amortissement),

l'équation

x(t)+2σx(t)+ω02x(t)=0.

Le modèle électrique. Un circuit RLC série non alimenté, où q(t) désigne la charge du condensateur, donne Lq+Rq+qC=0, c'est-à-dire la même équation avec

ω0=1LCetσ=R2L.

Une seule étude mathématique traite donc les deux situations.

Discussion. L'équation caractéristique est r2+2σr+ω02=0, de discriminant

Δ=4σ24ω02=4(σ2ω02).

Son signe est celui de σ2ω02 : tout dépend de la comparaison entre l'amortissement σ et la pulsation propre ω0. Trois régimes apparaissent.

Régime apériodique (σ>ω0, amortissement fort). Deux racines réelles distinctes

r±=σ±σ2ω02,

et les solutions sont x(t)=λer+t+μert. Ces deux racines sont strictement négatives : r évidemment, et r+ aussi car σ2ω02<σ2=σ dès que ω0>0. La solution tend donc vers 0 sans osciller : le système revient à l'équilibre en rampant, comme une porte munie d'un ferme-porte trop serré.

Régime critique (σ=ω0). Racine double r=σ, solutions

x(t)=(λt+μ)eσt.

Toujours pas d'oscillation, mais c'est le régime qui ramène le plus rapidement le système à l'équilibre : c'est celui que l'on recherche pour un amortisseur de voiture ou une balance.

Régime pseudo-périodique (σ<ω0, amortissement faible). Racines complexes conjuguées

r=σ±iω,ω=ω02σ2,

et les solutions réelles s'écrivent

x(t)=eσt(λcos(ωt)+μsin(ωt))=Aeσtcos(ωtφ).

Le système oscille à la pulsation ω, appelée pseudo-pulsation, à l'intérieur de l'enveloppe ±Aeσt qui décroît vers 0. La pseudo-période vaut T=2πω ; ce n'est pas une vraie période, puisque l'amplitude diminue d'une oscillation à l'autre. Noter que ω<ω0 : l'amortissement ralentit les oscillations.

Exemple

Un cas numérique complet. Un oscillateur vérifie

x+2x+5x=0,x(0)=1,x(0)=0

(on l'écarte d'une unité de sa position d'équilibre et on le lâche sans vitesse).

Identification. 2σ=2 donne σ=1, et ω02=5 donne ω0=52,24. Comme σ<ω0, le régime est pseudo-périodique.

Résolution. Racines caractéristiques : r=1±2i, donc ω=2 et

x(t)=et(λcos(2t)+μsin(2t)).

Dérivons :

x(t)=et(λcos2t+μsin2t)+et(2λsin2t+2μcos2t).

Les conditions initiales donnent x(0)=λ=1 et x(0)=λ+2μ=0, soit μ=12. Donc

x(t)=et(cos(2t)+12sin(2t)).

Vérification. On calcule x(t)=52etsin(2t), puis

x(t)=52etsin(2t)5etcos(2t),

d'où

x+2x+5x=et(52sin2t5cos2t5sin2t+5cos2t+52sin2t)=0,

avec x(0)=1 et x(0)=0. Tout est cohérent.

Lecture physique. En amplitude et phase, A=1+14=52 et φ=Arctan12 (car cosφ=25>0), donc

x(t)=52etcos ⁣(2tArctan12).

La pseudo-période vaut T=2π2=π, et l'amplitude est divisée par eπ23 à chaque pseudo-période : l'oscillation est visible mais s'éteint vite.

Remarque

Et si le circuit est alimenté ? Un circuit RLC soumis à une tension sinusoïdale Ecos(ωt) conduit à l'équation avec second membre

q+2σq+ω02q=ELcos(ωt),

que l'on résout par la méthode du 12.7 (passage aux complexes). La solution générale est alors la somme d'un régime transitoire (les solutions de l'homogène, qui tendent vers 0 dès que σ>0) et d'un régime forcé (la solution particulière, qui oscille à la pulsation ω de l'excitation). C'est en étudiant l'amplitude de ce régime forcé en fonction de ω que la physique met en évidence la résonance, dont le 12.7 a donné la version mathématique extrême, sans amortissement.

Méthodes du chapitre (partie B)

Méthode

Méthode 1 — Reconnaître une dérivée de fonction composée.

  1. Repérer une fonction u « intérieure » : sous une racine, en exposant, au dénominateur, dans un logarithme.
  2. Calculer u et le chercher en facteur ; ajuster par une constante seulement.
  3. Appliquer le tableau du 8.6 : uunun+1n+1, uulnu, ueueu, uu2u, u1+u2Arctanu.
  4. Vérifier les conditions (u>0, u ne s'annule pas) et dériver le résultat pour contrôler.

Méthode

Méthode 2 — Choisir entre intégration par parties et changement de variable.

  • Produit de deux fonctions de natures différentes (polynôme et exponentielle, polynôme et trigonométrique, ln ou Arctan isolé) : intégration par parties. On dérive ce qui se simplifie, on primitive ce qui ne se dégrade pas.
  • Une fonction et sa dérivée visibles, ou une racine, une exponentielle, un dénominateur à éliminer d'un bloc : changement de variable. Annoncer x=φ(t), vérifier que φ est de classe C1, écrire dx=φ(t)dt, changer les bornes.
  • Produit eaxcos(bx) : deux intégrations par parties et résolution du système, ou passage aux complexes (8.7), plus rapide.
  • Puissances de cos et sin : linéariser d'abord.

Méthode

Méthode 3 — Primitives de 1ax2+bx+c.

  1. Calculer Δ=b24ac et déterminer les intervalles de définition.
  2. Δ>0 : factoriser en a(xr1)(xr2), décomposer à la main en Axr1+Bxr2 par identification, primitiver en logarithmes.
  3. Δ=0 : le trinôme vaut a(xr)2, la primitive est 1a(xr), sans logarithme.
  4. Δ<0 : forme canonique a((x+b2a)2+ω2), puis 1aωArctanx+b2aω.
  5. Dériver le résultat pour contrôler.

Méthode

Méthode 4 — Primitives de αx+βax2+bx+c.

  1. Calculer D(x)=2ax+b, la dérivée du dénominateur.
  2. Écrire αx+β=α2a(2ax+b)+(βαb2a), et vérifier l'identité en développant.
  3. Le premier morceau donne α2alnax2+bx+c (forme uu).
  4. Le second morceau se traite par la méthode 3.

Méthode

Méthode 5 — Résoudre y+a(x)y=b(x).

  1. Intervalle : si l'équation n'est pas normalisée, découper selon les zéros du coefficient de y et diviser.
  2. Homogène : calculer une primitive A de a, écrire yh(x)=λeA(x), simplifier l'exponentielle quand c'est possible.
  3. Solution particulière : la deviner (second membre polynomial, exponentiel, trigonométrique) ou appliquer la variation de la constante en posant y=λ(x)eA(x), ce qui donne λ(x)=b(x)eA(x).
  4. Conclure : y=yp+λeA, avec une constante par intervalle.
  5. Vérifier en reportant dans l'équation.

Méthode

Méthode 6 — Résoudre y+ay+by=f(x) (homogène).

  1. Écrire l'équation caractéristique r2+ar+b=0 et calculer Δ=a24b.
  2. Δ>0 : yh(x)=λer1x+μer2x.
  3. Δ=0 : yh(x)=(λx+μ)erx.
  4. Δ<0 (coefficients réels, solutions réelles cherchées), racines α±iβ : yh(x)=eαx(λcosβx+μsinβx), que l'on peut réécrire Aeαxcos(βxφ).
  5. Ne pas oublier : ce théorème est admis, on ne cherche pas à le démontrer.

Méthode

Méthode 7 — Solution particulière d'ordre 2 selon le second membre.

  • Polynôme de degré n : essayer un polynôme de degré n si b0 ; de la forme xQ(x) avec degQ=n si b=0 et a0 ; intégrer deux fois si a=b=0.
  • Aeλx : regarder si λ est racine de l'équation caractéristique. Non : essayer δeλx. Racine simple : essayer δxeλx. Racine double : essayer δx2eλx. Puis identifier δ.
  • Bcos(ωx) ou Bsin(ωx) (a,b réels) : résoudre la version complexifiée avec second membre Beiωx, puis prendre la partie réelle (pour cos) ou imaginaire (pour sin).
  • Somme de plusieurs seconds membres : principe de superposition, une solution particulière par morceau, puis on additionne.

Méthode

Méthode 8 — Traiter un problème de Cauchy.

  1. Résoudre complètement l'équation avant d'utiliser les conditions initiales : la solution générale doit contenir un paramètre à l'ordre 1, deux à l'ordre 2.
  2. À l'ordre 2, calculer y à partir de la solution générale.
  3. Écrire les conditions (y(x0)=y0, et y(x0)=y1 à l'ordre 2) et résoudre le système obtenu ; il a toujours une solution unique.
  4. Conclure par une phrase (« l'unique solution est… ») et vérifier à la fois l'équation et les conditions initiales.
  5. Contrôle de bon sens : à l'ordre 1, une solution de l'homogène qui s'annule en un point est nulle partout ; deux courbes solutions distinctes ne se croisent jamais.

Bloqué sur « Techniques fondamentales de calcul différentiel et intégral » ?

On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.