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MPSI · Chapitre 06 · Premier semestre
Limites et continuité, théorème des valeurs intermédiaires, dérivabilité, théorème de Rolle, accroissements finis, fonctions de classe Cᵏ, convexité.
Ce chapitre est le cœur analytique du premier semestre. Le précédent a construit les outils sur et sur les suites ; celui-ci les transporte aux fonctions, dans un ordre qui n'est pas négociable : on définit d'abord ce que veut dire « s'approche de quand s'approche de », ensuite seulement la continuité (la limite en vaut ), puis la dérivabilité (la limite du taux d'accroissement existe), puis la convexité (la dérivée est croissante). Chaque étage repose sur le précédent, et une définition mal comprise au premier se paie à tous les autres. C'est aussi le chapitre où l'on cesse de « lire » une limite sur une courbe pour la démontrer avec des inégalités : les grands théorèmes d'existence de la première partie (valeurs intermédiaires, bornes atteintes, bijection) affirment tous qu'un objet existe sans jamais le calculer, et ce sont, avec le théorème de Rolle qui viendra dans la partie consacrée à la dérivabilité, les outils les plus rentables du programme de concours.
Les notations suivantes valent pour tout le chapitre. La lettre désigne un intervalle de non vide et non réduit à un point, un segment avec ; et sont définies sur , à valeurs réelles sauf mention contraire. Le point d'étude est , la limite , et les quantificateurs de la définition sont puis dans cet ordre (jamais ). Un voisinage se note , et « au voisinage de » signifie « sur un intervalle ouvert contenant », ou « sur un intervalle » lorsque . Les dérivées se notent , , , les classes , et le taux d'accroissement de en est . La réciproque d'une bijection se note , jamais . Une combinaison convexe s'écrit avec , la constante de Lipschitz est notée , et le symbole marque la fin d'une démonstration.
Le chapitre se lit enfin en trois parties, que les renvois désignent par une lettre : la partie A réunit les sections « Limites » et « Continuité », la partie B est la section « Dérivabilité », la partie C la section « Convexité ».
Une limite se prend en un point dont on peut « s'approcher » : il ne servirait à rien d'étudier la limite en d'une fonction définie sur . Le vocabulaire ci-dessous précise les points autorisés ; il reste élémentaire, tout se ramène à des intervalles.
Définition
Soient un intervalle et un réel. On dit que est adhérent à lorsque
autrement dit lorsque tout intervalle ouvert contenant rencontre .
Par extension, on dit que est adhérent à lorsque n'est pas majoré, et que est adhérent à lorsque n'est pas minoré.
Remarque
Concrètement, les points adhérents à un intervalle sont ses éléments et ses extrémités finies : ceux de sont ceux de , ceux de sont ceux de plus . Un point adhérent peut donc appartenir à ou non, et les deux situations ne se comportent pas de la même façon (voir la remarque après la définition de la limite).
Définition
Soit . On appelle voisinage de tout intervalle ouvert contenant ; un voisinage de est un intervalle de la forme avec , et un voisinage de un intervalle .
On dit qu'une propriété portant sur est vraie au voisinage de lorsqu'il existe un voisinage de tel que la propriété soit vraie pour tout .
Remarque
Dire que au voisinage de n'engage rien loin de : sur on a , alors qu'au voisinage de l'inégalité est renversée. Toutes les notions de ce chapitre sont locales : elles ne dépendent que du comportement de sur un voisinage arbitrairement petit du point étudié.
Dans toute la suite, sauf mention contraire, est une fonction définie sur et est un point adhérent à , fini ou infini.
Définition
Soient et deux réels, étant adhérent à . On dit que admet pour limite en lorsque
On note alors , ou .
Lisez cette définition comme un jeu à deux joueurs. Un adversaire impose une précision : c'est la largeur de la bande dans laquelle il exige de voir la courbe. À vous de produire une fenêtre de largeur autour de sur laquelle la courbe reste dans la bande. Le est produit après avoir vu : il en dépend.
Remarque
L'ordre des quantificateurs est le contenu même de la définition. Écrire « » signifierait qu'un unique convient pour toutes les précisions, donc que est constante égale à au voisinage de : des quantificateurs permutés ne donnent pas une définition maladroite, mais une définition fausse.
Remplacer les inégalités larges par des inégalités strictes donne en revanche une définition équivalente : on ne se préoccupe jamais de ce détail.
Les cas où ou sont infinis s'obtiennent en remplaçant « être proche de » par « être grand » et « être proche de » par « avoir une grande abscisse ». Le tableau suivant donne les neuf définitions quantifiées, avec la convention que parcourt toujours .
| fini | |||
|---|---|---|---|
| fini | |||
Remarque
Le cas où . La définition fait porter la condition sur tous les de vérifiant , y compris . Si donc appartient à et si admet une limite finie en , le choix donne pour tout , donc : la seule limite possible est la valeur de la fonction. C'est exactement ce que l'on appellera la continuité en . Pour la même raison, une fonction définie en ne peut pas tendre vers en .
Exemple
a. Montrons que . Soit . Pour tout réel , . Posons : si , alors . C'est la définition.
b. Montrons que . Soit . Pour , . Posons : si , alors .
c. Montrons que sur . Soit . Si , tout convient. Si , posons : pour avec , on a , donc .
Propriété
Unicité de la limite. Si admet une limite en (finie ou infinie), cette limite est unique.
Démonstration. Supposons que admette en deux limites et avec , et traitons le cas où , et sont finis.
Posons , qui est strictement positif puisque . La définition appliquée à fournit , celle appliquée à fournit . Posons .
Comme est adhérent à , il existe tel que . Ce point vérifie simultanément et , d'où, par l'inégalité triangulaire,
On en déduit , donc : contradiction.
Si est fini et , on applique la première définition avec et la seconde avec : il existe tel que tout vérifiant satisfasse à la fois et , ce qui est absurde puisqu'un tel existe. Les autres cas se traitent de même, et ceux où est infini en remplaçant la fenêtre par .
Remarque
C'est cette unicité qui autorise la notation : sans elle, l'article défini n'aurait pas de sens. Remarquez où sert l'hypothèse « adhérent à » : sans elle, aucun point ne serait disponible pour produire la contradiction, et toute valeur serait limite.
Définition
Soient un réel et définie sur .
On note , ou .
Une limite à gauche est donc simplement la limite en de la restriction de à : tout ce qui a été démontré pour les limites (unicité en particulier) s'y applique sans modification.
Propriété
Théorème de recollement. Soit un réel adhérent à la fois à et à .
Démonstration. Le sens direct est immédiat : si tend vers en , la définition appliquée aux seuls , puis aux seuls , donne ; et si , on a vu que nécessairement .
Réciproquement, supposons , avec de plus si . Soit . Il existe tel que entraîne , et tel que entraîne la même majoration. Posons et soit avec . Si , on conclut par ; si , par ; si , alors et . Dans tous les cas .
Exemple
La fonction partie entière. Soit . Pour , on a , donc est constante égale à sur et . Pour , on a , donc . Comme , la fonction partie entière n'admet pas de limite en .
Exemple
La fonction en . Elle est définie sur , et est adhérent à sans lui appartenir. Pour , ; pour , . Les deux limites unilatérales valent donc et : elles existent mais diffèrent, donc il n'y a pas de limite en . Une fonction peut ainsi être parfaitement régulière de chaque côté d'un point sans y avoir de limite.
Propriété
Passage à la limite dans les inégalités larges. Soient et définies sur , de limites respectives et en , finies. Si au voisinage de , alors .
Démonstration. Raisonnons par l'absurde en supposant , et posons . Il existe tel que entraîne , et tel que entraîne . Soit enfin un voisinage de sur lequel : choisissons inférieur à et et tel que la fenêtre soit contenue dans .
Comme est adhérent à , il existe dans cette fenêtre. Pour ce ,
l'inégalité stricte du milieu venant de . On obtient , ce qui contredit sur . Donc .
Remarque
Les inégalités strictes ne passent pas à la limite. Sur , posons et . On a pour tout , et pourtant les deux limites en valent : l'inégalité stricte s'est dégradée en égalité. La conclusion correcte d'un passage à la limite est toujours une inégalité large, quelle que soit l'inégalité de départ. C'est une des fautes les plus fréquemment sanctionnées aux concours.
Propriété
Théorème d'encadrement (« théorème des gendarmes »). Soient , , définies sur telles que au voisinage de . Si et admettent en la même limite finie , alors admet une limite en et .
Démonstration. Soit . Il existe tel que entraîne , donc en particulier ; de même tel que entraîne ; enfin tel que la fenêtre soit contenue dans un voisinage de où l'encadrement est valable.
Posons . Pour tout tel que , les trois conditions sont réunies, donc
c'est-à-dire . C'est exactement la définition de .
Remarque
Ce théorème est un théorème d'existence : il ne suppose pas que ait une limite, il le démontre. D'où son intérêt pour les fonctions dont on ne sait rien calculer directement, comme celles qui contiennent ou une partie entière.
Propriété
Théorèmes de minoration et de majoration. Soient et définies sur , avec au voisinage de .
Démonstration. Montrons le point 1. Soit . Il existe tel que entraîne , et tel que la fenêtre correspondante soit incluse dans un voisinage où . Avec , tout tel que vérifie . Le point 2 s'obtient en appliquant le point 1 à .
Méthode
Calculer une limite par encadrement. À employer dès que l'expression contient un facteur borné mais sans limite (, , partie entière, ...), ou dès qu'un calcul direct est impossible.
Pour une limite infinie, on procède de même avec une minoration par une fonction tendant vers (théorème de minoration).
Exemple
La fonction en . Elle est définie sur . Aucun calcul direct n'est possible : le facteur n'a pas de limite en , comme on le démontrera plus loin. Mais pour tout , , donc
Autrement dit , et les deux bornes tendent vers en : le théorème des gendarmes donne
Le mécanisme à retenir : le produit d'une fonction tendant vers par une fonction bornée tend vers . Ce n'est surtout pas un produit de limites, puisque le second facteur n'en a pas.
Commençons par un résultat auxiliaire, indispensable pour le produit.
Propriété
Si admet une limite finie en , alors est bornée au voisinage de .
Démonstration. Notons la limite et appliquons la définition avec : il existe tel que tout vérifiant satisfasse , donc par l'inégalité triangulaire. La fonction est donc bornée par sur .
Propriété
Opérations algébriques. Soient et définies sur , de limites finies et en , et . Alors, en :
Démonstration. 1. Soit . Il existe tel que entraîne , et tel que entraîne . Pour et dans la fenêtre correspondante,
2. D'après le résultat auxiliaire, il existe et un voisinage de sur lequel . Écrivons, pour dans ce voisinage,
Soit . En appliquant les définitions avec les précisions pour et pour , puis en prenant le minimum des obtenus et de celui du voisinage, le membre de droite est majoré par .
3. Appliquons la définition à avec : il existe un voisinage de sur lequel , donc, par la seconde inégalité triangulaire, . En particulier ne s'annule pas sur ce voisinage, et pour dedans
majoration qui tend vers ; on conclut par le théorème des gendarmes que tend vers , puis par le point 2 pour le quotient .
4. La seconde inégalité triangulaire donne , et l'on conclut par encadrement.
Ces règles s'étendent aux limites infinies, avec les conventions usuelles (, si , , etc.). On admet ces extensions : chaque cas se démontre exactement comme ci-dessus, en remplaçant les par des . Sept combinaisons échappent à toute règle générale : ce sont les formes indéterminées.
| Forme indéterminée | Premier exemple | Second exemple |
|---|---|---|
| en | en | |
| en | en | |
| en | en | |
| en | en | |
| en | en | |
| en | en | |
| en | en |
Remarque
Les trois dernières lignes se lisent avec la convention pour . Ainsi pour tout différent de ; et en par croissances comparées. Pour , on pose et l'on reconnaît le taux d'accroissement de en : quand , d'où la limite .
Une forme indéterminée n'est pas une absence de limite : c'est l'absence de règle automatique. Il faut transformer l'expression jusqu'à retomber sur une forme déterminée.
Propriété
Composition des limites. Soient et deux fonctions telles que . Soient adhérent à , adhérent à et , les trois pouvant être finis ou infinis. Si
alors .
Démonstration. Traitons le cas où , et sont finis, les autres étant identiques à la nature des fenêtres près. Soit . Comme tend vers en , il existe tel que, pour tout , entraîne . Comme tend vers en , appliquée avec la précision , il existe tel que, pour tout , entraîne . Alors, pour un tel , le réel appartient à et vérifie , donc .
Exemple
Calculons . Posons sur et sur , de sorte que . En factorisant par au numérateur et au dénominateur,
Comme tend vers en , la composition donne .
Remarque
Mise en garde. Le théorème exige que ait une limite au point , et doit être la limite de . On n'écrit donc jamais comme une règle automatique : cette égalité suppose que soit définie et continue en . Autre faute jumelle, le changement de variable partiel : écrire « quand , donc » n'a aucun sens, on ne passe pas à la limite sur une partie seulement de l'expression.
Rappelons enfin les croissances comparées, établies avec les fonctions usuelles et utilisables sans démonstration. Pour tout réel :
a.
b.
c.
d.
Règle mnémotechnique : à l'infini, l'exponentielle l'emporte sur toute puissance, qui l'emporte sur le logarithme.
Remarque
Interdiction rappelée. Dans tout ce chapitre, une limite se calcule par encadrement, factorisation du terme dominant, quantité conjuguée, taux d'accroissement ou croissances comparées. Les développements limités, la formule de Taylor-Young, les équivalents et les notations et relèvent de l'analyse asymptotique, au second semestre : ils sont interdits ici, y compris « pour aller plus vite ». Un calcul de limite mené par équivalents dans une copie de ce chapitre ne vaut aucun point.
Ce théorème est le pont entre le chapitre sur les suites et celui-ci. Il permet d'importer tous les résultats sur les suites, et surtout il fournit la méthode standard pour prouver qu'une limite n'existe pas.
Propriété
Caractérisation séquentielle de la limite. Soient adhérent à et , finis ou infinis. Il y a équivalence entre :
Démonstration. Traitons le cas et finis, les autres étant identiques.
Supposons et soit une suite d'éléments de convergeant vers . Soit . La définition de la limite fournit tel que, pour , entraîne . Comme , appliquée avec la précision , il existe tel que entraîne . Pour , le réel appartient à et vérifie , donc . Ainsi .
Démontrons la contraposée : supposons que ne tende pas vers en , et construisons une suite mettant le défaut en évidence. La négation de la définition s'écrit
Fixons un tel . Pour chaque , appliquons cette propriété avec : elle fournit un élément tel que
La première condition et le théorème des gendarmes pour les suites donnent ; la seconde interdit à de converger vers . La propriété 2 est donc en défaut.
Méthode
Montrer qu'une fonction n'admet PAS de limite en . C'est presque toujours la caractérisation séquentielle qui sert, sous la forme suivante.
Pour construire les suites, on résout l'équation qui donne la valeur voulue. Une suite unique dont l'image diverge suffit également.
Exemple
a. La fonction n'a pas de limite en . Cherchons des où le sinus vaut , puis des où il vaut . Pour , posons
Ces deux suites sont à valeurs dans et tendent vers . Or pour tout , donc la première suite image tend vers ; et , donc la seconde tend vers . Comme , la fonction n'a pas de limite en . Elle est pourtant bornée : c'est le produit par qui, dans l'exemple précédent, forçait la convergence.
b. La fonction n'a pas de limite en . Posons et pour . Les deux suites tendent vers , et tandis que . Donc n'admet pas de limite en , et il en va de même de (prendre et ).
Comme pour les suites, la monotonie garantit l'existence d'une limite sans qu'on la calcule, et pour la même raison de fond : la propriété de la borne supérieure.
Propriété
Théorème de la limite monotone. Soient et tels que , et une fonction croissante sur .
Si est décroissante, les mêmes énoncés valent en échangeant bornes supérieure et inférieure, ainsi que et .
Démonstration. Montrons le point 1 dans le cas majoré. L'ensemble est une partie de non vide (car n'est pas vide) et majorée par hypothèse : la propriété de la borne supérieure lui associe un réel .
Soit . Par caractérisation de la borne supérieure, le réel ne majore pas : il existe donc tel que . Soit maintenant avec . La croissance de donne , et la définition de comme majorant donne . Ainsi
Il reste à traduire « » en une condition de voisinage de . Si est fini, posons : tout vérifiant satisfait , donc . Si , posons : tout convient. Dans les deux cas, c'est la définition de .
Supposons maintenant non majorée, et soit . Comme ne majore pas , il existe tel que ; par croissance, tout de vérifie . La même traduction donne .
Le point 2 s'obtient en appliquant le point 1 à , ou en refaisant le raisonnement avec la borne inférieure.
Propriété
Corollaire : limites aux bornes d'une fonction monotone. Soit monotone sur un intervalle d'extrémités (finies ou infinies). Alors admet une limite (finie ou infinie) en et en . De plus, en tout point intérieur à , admet une limite finie à gauche et une limite finie à droite, et si est croissante,
Démonstration. Les limites aux extrémités sont exactement le théorème précédent appliqué à la restriction de à l'intérieur de . Pour un point intérieur et croissante : sur , est croissante et majorée par , donc existe, est finie et vaut ; sur , est croissante et minorée par , donc existe, est finie et vaut .
Remarque
Une fonction monotone ne peut donc jamais « osciller » : en chaque point, les deux limites unilatérales existent. Son seul défaut possible est un saut, , comme pour la partie entière. Ce corollaire resservira au théorème de la bijection.
Définition
Soient et . On dit que est continue en lorsque
c'est-à-dire lorsque admet une limite en et que .
On dit que est continue sur lorsqu'elle est continue en chaque point de . L'ensemble des fonctions continues de dans se note .
Remarque
Les deux formulations sont bien équivalentes : une fonction définie en et admettant une limite en a nécessairement pour limite. La continuité n'est donc pas « la limite existe », c'est « la limite existe et vaut la bonne valeur ».
Définition
est continue à gauche en lorsque existe et vaut ; continue à droite en lorsque existe et vaut .
Propriété
Soit un point intérieur à . La fonction est continue en si et seulement si elle est continue à gauche et à droite en .
Démonstration. C'est le théorème de recollement dans le cas , dont la conclusion s'écrit précisément .
Exemple
a. La partie entière. Si , la fonction est constante sur le voisinage de , donc continue en : tout assez petit convient puisque . Si , on a vu que et : la partie entière est continue à droite en , mais pas à gauche, donc pas continue en .
b. L'indicatrice de . Définissons par si et sinon. Montrons que n'est continue en aucun point. Soit . Par densité de dans , chaque intervalle contient un rationnel ; par densité des irrationnels, il contient aussi un irrationnel . Les suites et convergent vers par encadrement, et
Si était continue en , la caractérisation séquentielle donnerait et , ce qui est absurde. Donc est discontinue en tout point de .
Définition
Soient un point adhérent à n'appartenant pas à , et . Si admet une limite finie en , la fonction
est appelée prolongement par continuité de en .
Propriété
Avec ces notations, est continue en , et c'est l'unique fonction définie sur , prolongeant et continue en .
Démonstration. Pour la continuité, la définition de fournit, pour tout , un tel que pour dans la fenêtre ; le cas est trivial puisque la différence est nulle. Pour l'unicité, si prolonge et est continue en , alors , donc .
Méthode
Prolonger une fonction par continuité en .
Exemple
a. sur . On reconnaît le taux d'accroissement de en :
La fonction est dérivable en de dérivée , donc quand . La limite est finie : se prolonge par continuité en en posant .
b. sur . Par croissances comparées (cas ), . Le prolongement par continuité en existe donc, avec , et est continue sur .
c. sur . De même,
donc se prolonge par continuité en avec .
d. Un contre-exemple. La fonction sur ne se prolonge pas par continuité en : ses limites à gauche et à droite valent et . La fonction non plus, faute de limite.
Propriété
Opérations. Soient et définies sur , continues en , et .
Les mêmes énoncés valent « sur » en les appliquant en chaque point.
Démonstration. Les points 1 et 2 sont la traduction directe des opérations sur les limites et du théorème de composition, appliqués avec et : par exemple pour la composée, et quand , donc , qui est bien la valeur de en .
Pour le point 3, il suffit d'établir les identités
valables pour tous réels et . Si , alors et le membre de droite de la première identité vaut ; si , alors et il vaut . Le calcul est analogue pour le minimum. Ainsi est obtenue à partir de et par somme, valeur absolue et multiplication par : elle est continue en d'après le point 1.
Propriété
Continuité des fonctions usuelles (admise). Les fonctions polynomiales sont continues sur , les fonctions rationnelles sur leur ensemble de définition, et , , , , , , , , , , , , et sont continues sur leur ensemble de définition.
Remarque
Combiné aux opérations, ce résultat rend la continuité automatique dans l'immense majorité des cas : une fonction donnée par une seule formule à l'aide des fonctions usuelles est continue partout où sa formule a un sens. Inutile donc de revenir aux pour justifier la continuité de : on invoque les opérations en signalant que le dénominateur ne s'annule pas. Les seuls points à surveiller sont les fonctions définies par morceaux (aux raccords) et les prolongements.
Propriété
Caractérisation séquentielle de la continuité. Soit . La fonction est continue en si et seulement si, pour toute suite d'éléments de convergeant vers , la suite converge vers .
Démonstration. C'est la caractérisation séquentielle de la limite appliquée avec , mais reprenons-la.
Soient une suite d'éléments de tendant vers et . La continuité fournit tel que entraîne pour . La convergence de fournit tel que entraîne , donc .
Par contraposée, si n'est pas continue en , il existe tel que, pour tout , un certain vérifie et . En prenant , on construit une suite d'éléments de convergeant vers telle que pour tout : ne converge pas vers .
Méthode
Identifier la limite d'une suite récurrente . C'est l'application la plus fréquente de la caractérisation séquentielle. Acquis depuis : terminale spé.
Attention : cette méthode ne prouve jamais la convergence, elle ne fait qu'identifier la limite une fois la convergence acquise. Et elle exige la continuité de au point .
Exemple
Soit définie par et . En admettant qu'elle converge vers un réel , identifions . La fonction est continue sur comme composée de et de , donc en particulier en . Le point 4 donne , d'où en élevant au carré (licite car ) l'équation , dont les racines sont et . Comme , on conclut .
Définition
Soient et . On dit que est -lipschitzienne sur lorsque
On dit que est lipschitzienne s'il existe un pour lequel elle est -lipschitzienne ; un tel s'appelle une constante de Lipschitz de .
Remarque
Interprétation en termes de pentes. Pour , l'inégalité se réécrit
Le quotient de gauche est la pente de la corde joignant les points d'abscisses et de la courbe. Être -lipschitzienne, c'est donc exactement : toutes les cordes ont une pente comprise entre et , la courbe n'est jamais plus raide qu'une droite de pente . La constante n'est pas unique : si est -lipschitzienne, elle est -lipschitzienne pour tout .
Propriété
Toute fonction lipschitzienne sur est continue sur .
Démonstration. Soit une fonction -lipschitzienne sur , et .
Si , l'inégalité de définition donne pour tout : est constante, donc continue.
Supposons et soit . Posons . Pour tout tel que ,
C'est la définition de la continuité en , et était quelconque dans .
Remarque
Observez que le obtenu, , ne dépend pas du point : une seule fenêtre convient partout. Le caractère lipschitzien est donc strictement plus fort que la continuité, et la réciproque du théorème est fausse, comme le montre le contre-exemple ci-dessous.
Exemple
a. Une fonction affine est -lipschitzienne sur , puisque .
b. La valeur absolue est -lipschitzienne sur : c'est exactement la seconde inégalité triangulaire, .
c. La fonction est -lipschitzienne sur , c'est-à-dire pour tous réels et . On admet ce résultat ici : sa démonstration propre repose sur l'inégalité des accroissements finis, qui sera établie en partie B. On en retiendra le cas particulier , obtenu en prenant .
d. Contre-exemple : la racine carrée sur . La fonction est continue sur , mais elle n'y est pas lipschitzienne. Supposons en effet qu'il existe tel que pour tous . En prenant , cela donne pour tout . Appliquons-le à avec :
L'entier étant arbitraire, cela contredit la propriété d'Archimède : aucune constante de Lipschitz n'existe. Géométriquement, les cordes issues de l'origine ont pour pente , qui tend vers quand : la courbe devient verticale à l'origine.
Propriété
Stabilité. Soient une fonction -lipschitzienne, une fonction -lipschitzienne et .
Démonstration. Le point 1 résulte de l'inégalité triangulaire : .
Pour le point 2, soient . Les réels et appartiennent à , donc
Remarque
Le produit de deux fonctions lipschitziennes ne l'est pas nécessairement : est -lipschitzienne sur , mais son carré ne l'est pas, puisque n'est pas borné sur . Sur un segment, en revanche, le produit redevient lipschitzien.
Propriété
Théorème des valeurs intermédiaires. Soit une fonction continue sur un segment . Pour tout réel compris entre et , il existe tel que .
Démonstration. Quitte à remplacer par et par (ce qui ne change ni la continuité, ni la position de entre les valeurs aux bornes), on peut supposer .
Construction par dichotomie. Construisons par récurrence deux suites et telles que, pour tout :
Posons et : les trois conditions sont vérifiées au rang par hypothèse. Supposons et construits, et posons , milieu du segment . Deux cas :
Dans les deux cas, est l'une des deux moitiés de , donc reste inclus dans et vérifie ; et par construction . Les trois propriétés se transmettent au rang , ce qui achève la récurrence.
Les deux suites sont adjacentes. La suite est croissante : à chaque étape, vaut ou . De même est décroissante. Enfin puisque . Les suites et sont donc adjacentes : elles convergent vers une même limite, que nous notons .
Conclusion. Pour tout , , donc et est continue en . Les suites et sont à valeurs dans et convergent vers : la caractérisation séquentielle de la continuité donne
En passant à la limite dans les inégalités larges , on obtient , c'est-à-dire .
Propriété
Corollaire du changement de signe. Soit continue sur telle que (autrement dit, et sont de signes contraires au sens large). Alors s'annule au moins une fois sur .
Si de plus est strictement monotone sur , ce zéro est unique.
Démonstration. L'hypothèse signifie que est compris entre et : le théorème des valeurs intermédiaires fournit tel que . Si est strictement monotone, elle est injective (deux points distincts ont des images distinctes), donc elle prend la valeur au plus une fois.
Propriété
Image d'un intervalle. L'image d'un intervalle par une fonction continue est un intervalle : si est continue sur , alors est un intervalle.
Démonstration. Utilisons la caractérisation des intervalles par la convexité, établie au chapitre sur les réels : une partie de est un intervalle si et seulement si, dès qu'elle contient deux réels, elle contient tous les réels compris entre eux.
Soient donc et deux éléments de et un réel tel que . Il existe et dans tels que et . Le segment d'extrémités et est inclus dans , car est un intervalle, et y est continue. Le réel est compris entre et : le théorème des valeurs intermédiaires, appliqué sur ce segment, fournit un entre et tel que . Comme , on a . Ainsi est convexe, donc c'est un intervalle.
Remarque
Attention à ce que ce théorème ne dit pas. Il ne dit pas que est un intervalle de même nature que : l'image de l'ouvert par est , qui n'est pas ouvert. Il ne dit pas non plus que les extrémités de sont les images de celles de . Enfin la réciproque est fausse : une fonction transformant tout intervalle en intervalle n'est pas nécessairement continue.
Méthode
Montrer qu'une équation admet une solution. Face à une équation du type sur un intervalle :
Exemple
Montrons que l'équation admet une unique solution réelle, et qu'elle appartient à .
Posons . La fonction est polynomiale, donc continue sur , et , . Comme , le corollaire du changement de signe fournit tel que ; et , puisque n'y est pas nulle, donc .
Pour l'unicité sur tout entier : et sont strictement croissantes, donc l'est comme somme de fonctions strictement croissantes. Elle est injective et ne peut s'annuler qu'une fois : la solution est unique.
Propriété
Théorème des bornes atteintes. Soit une fonction continue sur un segment . Alors est bornée sur et elle atteint ses bornes : il existe et dans tels que
Démonstration. Elle repose sur le théorème de Bolzano-Weierstrass, au programme depuis le chapitre sur les suites : de toute suite réelle bornée on peut extraire une suite convergente.
Étape 1 : est majorée. Par l'absurde, supposons non majorée. Pour tout , le réel ne majore pas : il existe tel que . La suite est à valeurs dans , donc bornée, et Bolzano-Weierstrass fournit une extractrice et un réel tels que . En passant à la limite dans , on obtient : est continue en , donc par caractérisation séquentielle, et cette suite est bornée. Or , puisqu'une extractrice vérifie : la suite tend vers , contradiction. Ainsi est majorée, et en appliquant ce résultat à , elle est minorée : est bornée.
Étape 2 : la borne supérieure est atteinte. L'ensemble est non vide et majoré : il admet une borne supérieure . Pour tout , le réel ne majore pas , donc il existe tel que
Le théorème des gendarmes donne . La suite est bornée : Bolzano-Weierstrass fournit une extractrice et un réel tels que , avec par passage à la limite dans l'encadrement. La continuité en donne ; mais cette suite est extraite de , qui converge vers , donc elle converge aussi vers . Par unicité de la limite, : la borne supérieure est atteinte, c'est un maximum.
Étape 3 : la borne inférieure. On applique l'étape 2 à , continue sur : elle atteint son maximum en un point , où atteint son minimum.
Propriété
Image d'un segment. L'image d'un segment par une fonction continue est un segment. Précisément, si est continue sur , alors
Démonstration. Notons et , qui existent d'après le théorème des bornes atteintes, et posons .
L'inclusion est immédiate, puisque minore et majore par définition.
Réciproquement, est un intervalle d'après le corollaire du théorème des valeurs intermédiaires, et il contient et . Un intervalle contenant et contient tous les réels compris entre eux, donc . D'où l'égalité.
Remarque
« Segment » ne peut pas être affaibli, et la continuité ne peut pas être retirée.
Intervalle ouvert borné. La fonction est continue sur d'image : elle n'est pas bornée, alors que l'intervalle de départ l'est. Et même bornée, une fonction peut n'atteindre aucune de ses bornes : l'image de par est , dont la borne supérieure n'est pas une valeur.
Intervalle non borné. La fonction est continue et bornée sur , d'image : ni maximum ni minimum. Et sur n'est même pas bornée.
Continuité. La fonction valant pour et en est définie sur un segment mais discontinue en , et n'est pas bornée. C'est bien la conjonction « segment » et « continue » qui donne le théorème.
Propriété
Théorème de la bijection. Soit une fonction continue et strictement monotone sur un intervalle . Alors :
Les points 1 et 2 se justifient en une ligne : est un intervalle par le corollaire du théorème des valeurs intermédiaires, est surjective sur par définition de l'image, et injective car strictement monotone. Le point délicat est la continuité de : sa démonstration n'est pas exigible au programme, on admet ce résultat. Retenez d'où il vient : est monotone, donc ses seules discontinuités possibles seraient des sauts (corollaire du théorème de la limite monotone), et un saut de créerait un trou dans son image , qui est un intervalle.
Remarque
La conservation du sens de variation, elle, se vérifie directement : si est strictement croissante et dans , l'hypothèse donnerait en appliquant . Donc .
Pour déterminer en pratique, on combine la monotonie et les limites aux bornes. Notons et les extrémités de avec (éventuellement infinies), et posons
limites qui existent toujours d'après le théorème de la limite monotone. Le tableau suivant donne dans les quatre configurations.
| strictement croissante | strictement décroissante | |
|---|---|---|
Exemple
La fonction . Considérons sur . Sur cet intervalle, ne s'annule pas, donc est continue comme quotient de fonctions continues à dénominateur non nul. Elle y est strictement croissante (étude des fonctions usuelles), et ses limites aux bornes valent
car tend vers tandis que tend vers en gardant le signe sur .
D'après la première ligne du tableau des images, . Le théorème de la bijection s'applique : réalise une bijection de sur . Sa réciproque est la fonction
continue et strictement croissante sur , avec , , et pour limites en et en . Les deux relations à ne pas confondre sont
Enfin, est impaire, car l'est : si alors avec , donc .
Remarque
Le graphe de . Le point appartient au graphe de si et seulement si , donc si et seulement si , c'est-à-dire si et seulement si appartient au graphe de . Or est la symétrie orthogonale par rapport à la droite d'équation , la première bissectrice : le graphe de est le symétrique de celui de par rapport à cette droite. Sur l'exemple précédent, les deux asymptotes verticales de deviennent les deux asymptotes horizontales d', et la tangente à l'origine, de pente , est sa propre symétrique.
Les définitions s'étendent aux fonctions en remplaçant la valeur absolue par le module : le module mesure une distance dans exactement comme la valeur absolue dans , et c'est tout ce dont les définitions ont besoin.
Définition
Soient , adhérent à et . On dit que tend vers en lorsque
où le second module est celui de . Si , on dit que est continue en lorsque , et continue sur lorsqu'elle l'est en chaque point.
Propriété
Caractérisation par les parties réelle et imaginaire. Soient et . Alors
En particulier, est continue en si et seulement si et le sont.
Démonstration. Elle repose sur le double encadrement, valable pour tout :
Appliquons-le à , dont la partie réelle est et la partie imaginaire .
Si , l'inégalité de gauche et le théorème des gendarmes donnent et de même pour la partie imaginaire.
Si les deux limites réelles ont lieu, l'inégalité de droite majore par une somme de deux quantités tendant vers , donc par encadrement.
Propriété
Opérations. Soient continues en et . Alors , , , et sont continues en , ainsi que si . La caractérisation séquentielle reste valable telle quelle.
Démonstration. Pour la somme, le produit et le quotient, les démonstrations écrites dans le cas réel n'ont utilisé que l'inégalité triangulaire et la multiplicativité du module : elles se recopient mot pour mot. Pour le conjugué, . Pour le module, la seconde inégalité triangulaire dans donne , et l'on conclut par encadrement.
Exemple
La fonction est continue sur , puisque ses parties réelle et imaginaire le sont. Plus généralement, pour , la fonction vaut : elle est continue sur comme somme de produits de fonctions continues.
Remarque
Ce qui tombe dans le cas complexe. Il n'existe aucune relation d'ordre sur compatible avec les opérations : écrire pour des fonctions à valeurs complexes n'a strictement aucun sens. Tombent donc immédiatement, sans le moindre substitut :
Ce qui survit est essentiel : si est continue, alors est continue à valeurs réelles, donc bornée et atteignant ses bornes. Une fonction complexe continue sur un segment est donc bornée et son module atteint son maximum : c'est ce résultat, et non le théorème des bornes atteintes lui-même, que l'on invoque dans le cas complexe.
Enfin, l'image d'un segment par une fonction complexe continue n'a aucune raison d'être « un segment » : l'image de par est le cercle unité.
La partie A a mis en place le vocabulaire des limites et de la continuité. On aborde maintenant une propriété beaucoup plus fine : la possibilité d'approcher une fonction, au voisinage d'un point, par une fonction affine. C'est l'idée centrale du calcul différentiel, et c'est elle qui transforme l'étude qualitative d'une fonction (est-elle continue ?) en une étude quantitative (comment varie-t-elle, où atteint-elle ses extremums, à quelle vitesse croît-elle ?).
Dans toute cette partie, désigne un intervalle de non vide et non réduit à un point, et un point de . Comme n'est pas réduit à un point, est toujours limite de points de distincts de : parler de la limite en d'une fonction définie sur a donc un sens, et cette limite, si elle existe, est unique.
Définition
Soit et . On appelle taux d'accroissement de en la fonction
On dit que est dérivable en lorsque admet une limite finie en . Ce nombre s'appelle alors le nombre dérivé de en , et se note :
Géométriquement, est la pente de la droite qui joint les deux points de la courbe d'abscisses et , appelée sécante. Dériver, c'est faire glisser le second point vers le premier et regarder si la pente se stabilise.
Remarque
En posant , la définition s'écrit de façon équivalente
la variable parcourant l'ensemble des réels non nuls tels que . Les deux formulations sont rigoureusement identiques ; on choisit celle qui simplifie les calculs. La première est commode quand est donnée par une expression que l'on sait factoriser par , la seconde quand on veut faire tendre un accroissement vers .
Le mot finie est essentiel : si tend vers ou vers , la fonction n'est pas dérivable en , bien que la limite existe dans .
Exemple
Trois calculs menés à partir de la seule définition.
Donc est dérivable en et .
Méthode
Reconnaître un taux d'accroissement. Une limite de la forme se calcule sans effort dès qu'on identifie la fonction et le point : elle vaut , dès lors que l'on sait par ailleurs que est dérivable en .
La dérivabilité admet une reformulation qui est, en pratique, celle que l'on utilise le plus : elle dit qu'au voisinage de , la fonction se confond avec une fonction affine, à une erreur près qui s'écrase plus vite que l'accroissement.
Propriété
Approximation affine. Soit et . Les deux assertions suivantes sont équivalentes.
Dans ce cas, et la fonction est unique.
Démonstration. Supposons d'abord dérivable en . Posons et, pour tel que ,
Par définition du nombre dérivé, quand . En multipliant l'égalité précédente par , on obtient , c'est-à-dire l'écriture voulue avec ; elle est encore vraie pour , les deux membres étant alors nuls.
Réciproquement, supposons l'écriture du point 2 vérifiée. Pour tel que , en divisant par ,
Le taux d'accroissement admet donc la limite finie : est dérivable en et . Enfin, pour , l'égalité impose , et est imposé : est unique.
Définition
Soit dérivable en . La tangente à la courbe représentative de au point d'abscisse est la droite d'équation
Remarque
La tangente est la meilleure approximation affine de au voisinage de . Notons la fonction affine associée : d'après la propriété précédente, l'erreur commise en remplaçant par vaut
Autrement dit, cette erreur ne tend pas seulement vers : divisée par , elle tend encore vers . Aucune autre droite passant par le point n'a cette propriété, car pour une droite de pente le quotient erreur sur tendrait vers .
Propriété
Si est dérivable en , alors est continue en .
Démonstration. Pour tout , on peut écrire
Quand , le premier facteur tend vers et le second vers , qui est un réel. Par produit des limites, , c'est-à-dire : est continue en .
Remarque
La finitude de est ce qui fait fonctionner l'argument : le produit n'aurait aucun sens si tendait vers l'infini. C'est exactement pourquoi , dont le taux d'accroissement tend vers en , reste continue en sans y être dérivable.
On utilise surtout la contraposée : une fonction qui n'est pas continue en n'y est pas dérivable. C'est le premier réflexe devant une fonction définie par morceaux.
Exemple
La réciproque est fausse : en . La fonction valeur absolue est continue sur (elle est -lipschitzienne, donc continue d'après la partie A). Pourtant, pour ,
Ce taux d'accroissement tend vers en à droite et vers en à gauche : les deux limites étant distinctes, n'a pas de limite en et n'est pas dérivable en . La continuité est donc strictement plus faible que la dérivabilité.
Définition
Soit et .
Propriété
Théorème de recollement. Soit un point intérieur à , c'est-à-dire tel qu'il existe vérifiant . Alors est dérivable en si et seulement si est dérivable à gauche et à droite en et . Dans ce cas, .
Démonstration. C'est la caractérisation d'une limite par les limites à gauche et à droite (partie A), appliquée à la fonction au point . Cette fonction n'étant pas définie en , aucune condition supplémentaire sur une valeur en n'intervient : admet une limite en si et seulement si elle admet une limite à gauche et une limite à droite et que ces deux limites sont égales, la limite commune étant alors la limite en .
Remarque
Deux conséquences pratiques.
Exemple
Trois comportements différents en .
puisque . Par encadrement, : est dérivable en et . La tangente en l'origine est l'axe des abscisses, bien que oscille indéfiniment au voisinage de .
Méthode
Étudier une fonction définie par morceaux au point de raccordement .
Exemple
Soit définie sur par si et si . Étudions la dérivabilité en .
Continuité. On a , et : est continue en .
Demi-dérivées. À gauche, , donc . À droite, , donc .
Conclusion. Les deux demi-dérivées existent et sont égales : est dérivable en avec .
Propriété
Soient dérivables en , et .
Démonstration. Combinaison linéaire. Le taux d'accroissement de en vaut, pour ,
qui tend vers par opérations sur les limites.
Produit. Pour , on fait apparaître les deux taux d'accroissement en ajoutant et en retranchant :
Faisons tendre vers . La fonction , dérivable en , y est continue, donc ; les deux taux d'accroissement tendent respectivement vers et . Par produit et somme de limites, le membre de gauche tend vers , qui est un réel : est dérivable en , avec la formule annoncée. On notera que la continuité de en est le seul point non purement algébrique de cette démonstration.
Inverse. Montrons d'abord que est définie au voisinage de . La fonction étant continue en avec , la définition de la continuité appliquée avec fournit tel que, pour vérifiant , on ait , d'où
Ainsi ne s'annule pas sur , ce qui suffit pour étudier une limite en . Pour un tel , distinct de ,
Quotient. On écrit et on applique la formule du produit :
Propriété
Dérivée d'une composée. Soient et deux intervalles, telle que , et . Si est dérivable en et si est dérivable en , alors est dérivable en et
Démonstration. L'idée naturelle consiste à écrire, pour ,
puis à faire tendre vers . Ce calcul n'est pas licite : rien n'interdit que pour des aussi proches de que l'on veut, et le premier quotient n'a alors aucun sens. C'est le cas dès que est constante, mais aussi pour la fonction prolongée par , qui s'annule en des points aussi proches de que l'on veut, à savoir tous les avec . On contourne la difficulté en enfermant le quotient délicat dans une fonction prolongée par continuité.
Définissons par
Par définition du nombre dérivé , on a quand : la fonction est continue en . De plus, l'égalité
est vraie pour tout : par construction si , et parce que les deux membres sont nuls si .
Appliquons-la à pour , en se souvenant que , puis divisons par :
Cette identité est valable pour tout , que soit égal à ou non : c'est tout l'intérêt du procédé.
Faisons enfin tendre vers . La fonction , dérivable en , y est continue, donc ; la fonction est continue en ; par composition d'une limite et d'une fonction continue (partie A), . Le second facteur tend vers . Par produit des limites, le taux d'accroissement de en tend vers le réel : est dérivable en et .
Propriété
Conséquences usuelles. Soit une fonction dérivable sur .
Démonstration. Les points 1, 3 et 4 sont des applications directes du théorème de composition, avec respectivement , , et , dont les dérivées sont connues ; le point 2 pour a été démontré plus haut.
Le seul point qui demande un mot est . La fonction est continue sur l'intervalle et ne s'y annule pas : d'après le théorème des valeurs intermédiaires (partie A), elle y garde un signe constant, car si elle prenait une valeur strictement négative et une valeur strictement positive, elle s'annulerait entre les deux. Si sur , alors et la composition donne . Si sur , alors , dont la dérivée vaut . Dans les deux cas, la même formule.
Définition
On dit que est dérivable sur lorsqu'elle est dérivable en tout point de (aux extrémités appartenant à , il s'agit de la dérivabilité à droite ou à gauche). L'application
s'appelle alors la fonction dérivée de .
Remarque
L'ensemble des fonctions dérivables sur est stable par combinaison linéaire, par produit, par quotient à dénominateur ne s'annulant pas, et par composition. On en déduit le principe pratique suivant : toute fonction obtenue à partir des fonctions usuelles (, , puissances, fonctions trigonométriques et leurs réciproques) par ces quatre opérations est dérivable sur tout intervalle où l'expression a un sens. Dans une copie, on justifie donc la dérivabilité en citant les opérations, jamais en invoquant l'évidence, et on n'oublie pas de préciser l'intervalle.
Exemple
Trois dérivations par composition, sur les intervalles où les expressions sont définies.
Propriété
Dérivabilité de la réciproque en un point. Soit continue et strictement monotone sur . D'après le théorème de la bijection (partie A), réalise une bijection de sur l'intervalle , et est continue et strictement monotone de même sens.
Soit et . Si est dérivable en et si , alors est dérivable en et
Démonstration. On admet la continuité de sur , acquise avec le théorème de la bijection.
Soit avec . Posons , de sorte que . Comme est injective, entraîne . Le taux d'accroissement de en s'écrit alors
le dénominateur étant non nul : est injective, donc dès que . C'est ce point qui rend le calcul licite ici, alors qu'il ne l'était pas pour la composée.
Faisons tendre vers . Par continuité de en , on a , avec pour . Par composition de limites, . Comme , le quotient tend vers , qui est un réel. Le taux d'accroissement de en admet donc une limite finie : est dérivable en , de nombre dérivé .
Propriété
Version globale. Si est dérivable et strictement monotone sur et si ne s'annule en aucun point de , alors est dérivable sur et
Remarque
Interprétation géométrique. Les courbes de et de sont symétriques par rapport à la droite d'équation . Cette symétrie échange les points et , et transforme toute droite de pente en une droite de pente : la formule n'est rien d'autre que la traduction analytique de ce fait.
Elle explique aussi la nécessité de l'hypothèse : une tangente horizontale (pente ) se transforme par la symétrie en une tangente verticale, qui n'est la tangente d'aucune fonction dérivable.
Exemple
Dérivée de . La fonction est continue et strictement croissante sur , qu'elle envoie sur ; sa réciproque est . La fonction est dérivable, de dérivée , laquelle est strictement positive sur et nulle en .
Soit et . Le théorème s'applique :
Il reste à expliciter . On a , et puisque ; donc et
En , la dérivée de s'annule : le théorème ne s'applique pas, et n'est effectivement pas dérivable en ces points, sa courbe y présentant une tangente verticale.
Exemple
Dérivée de . La fonction est continue et strictement croissante sur , qu'elle envoie sur , et sa dérivée ne s'annule jamais. Sa réciproque est donc dérivable sur tout entier et, pour , en posant (de sorte que ) :
Exemple
Dérivée de la racine -ième. Soit et sur : elle est continue, strictement croissante, et son image est . Sa dérivée ne s'annule qu'en . La réciproque est donc dérivable sur et, pour , en posant :
ce qui est bien la formule avec . En le théorème ne s'applique pas, et de fait le taux d'accroissement en de la racine -ième vaut quand , puisque : la fonction racine -ième n'est pas dérivable en , sa courbe y admet une tangente verticale.
Exemple
Le cas : la fonction cube. La fonction est continue et strictement croissante sur (sa dérivée est positive et ne s'annule qu'en : voir la section « Dérivée et variations »), et réalise une bijection de sur . Sa dérivée s'annule en : le théorème ne s'applique pas en ce point. Étudions directement la réciproque en , sachant que .
Pour , posons , de sorte que et . Alors
Quand , la continuité de donne avec , donc . La racine cubique n'est donc pas dérivable en : sa courbe y admet une tangente verticale, image par la symétrie d'axe de la tangente horizontale de en .
Définition
Soit et .
Remarque
Un extremum global est en particulier local (prendre n'importe quel ), mais la réciproque est fausse : un maximum local ne compare qu'aux valeurs prises près de , et peut très bien dépasser ailleurs sur . On dit que l'extremum est atteint en , et sa valeur est : ces deux objets ne doivent pas être confondus dans une rédaction.
Définition
Soit dérivable en . On dit que est un point critique de lorsque .
Propriété
Condition nécessaire d'extremum intérieur. Soit et un point intérieur à . Si est dérivable en et si admet un extremum local en , alors .
Démonstration. Traitons le cas d'un maximum local ; le cas d'un minimum s'en déduit en appliquant le résultat à , qui admet alors un maximum local en et vérifie .
Comme est intérieur à , il existe tel que ; comme le maximum est local, il existe tel que pour tout . Posons : pour tout , on a à la fois et .
Approche par la droite. Soit . Alors et , donc . Comme est dérivable en , quand ; par passage à la limite dans une inégalité large (partie A), .
Approche par la gauche. Soit . Alors et , donc cette fois . En faisant , on obtient de même .
Les deux inégalités donnent .
Remarque
Les deux hypothèses sont indispensables, et la réciproque est fausse.
Méthode
Rechercher les extremums d'une fonction sur un segment .
Exemple
Extremums de sur . La fonction est polynomiale, donc continue sur le segment et dérivable sur : ses bornes sont atteintes.
Points critiques. , qui s'annule en et en , tous deux dans .
Candidats et valeurs. La liste est , et
Conclusion. Le maximum de sur vaut , atteint en ; le minimum vaut , atteint en et en . On notera que le maximum est atteint en une extrémité du segment, où : c'est exactement la situation que le théorème ne couvre pas, et la raison pour laquelle les extrémités figurent toujours dans la liste des candidats.
Propriété
Théorème de Rolle. Soient deux réels et vérifiant
Alors il existe tel que .
Démonstration. La fonction est continue sur le segment : d'après le théorème des bornes atteintes (partie A), elle est bornée et atteint ses bornes. Notons son minimum et son maximum sur , et choisissons tels que et .
Premier cas : . Pour tout , on a , donc est constante sur . Sa dérivée est alors nulle en tout point de , intervalle non vide puisque : n'importe quel convient, par exemple .
Second cas : . Notons la valeur commune aux extrémités. On ne peut pas avoir simultanément et , sans quoi . Supposons (si c'est qui diffère de , on mène le même raisonnement avec , ou l'on applique ce qui suit à ).
Alors , donc et : le point appartient à , il est donc intérieur à . De plus est dérivable en d'après l'hypothèse 2, et admet en un maximum global sur , donc en particulier un maximum local. La condition nécessaire d'extremum intérieur donne : le réel convient.
Remarque
Interprétation géométrique. Si la courbe revient à la hauteur d'où elle est partie, il existe au moins un point, strictement compris entre les deux extrémités, où la tangente est horizontale. En termes cinématiques : un mobile qui revient à son point de départ a nécessairement eu, à un instant au moins, une vitesse nulle.
Remarque
Chacune des trois hypothèses est nécessaire. Il suffit d'en retirer une pour que la conclusion tombe.
La dissymétrie entre les hypothèses 1 et 2 est voulue et précieuse : la dérivabilité n'est exigée que sur l'intervalle ouvert, ce qui permet d'appliquer le théorème à des fonctions dont la courbe a des tangentes verticales aux extrémités.
Exemple
Soit sur , dont la courbe est le demi-cercle supérieur de centre l'origine et de rayon . Elle est continue sur comme composée de fonctions continues, et dérivable sur avec
mais elle n'est pas dérivable en (les tangentes y sont verticales). Comme , le théorème de Rolle s'applique et fournit un tel que : ici , le sommet du demi-cercle. Sans la dissymétrie des hypothèses, ce cas d'école échapperait au théorème.
Remarque
Corollaire classique. Si est continue sur , dérivable sur et s'annule en points distincts de , alors s'annule au moins fois dans : il suffit d'appliquer le théorème de Rolle sur chacun des segments , ce qui fournit points distincts (car situés dans des intervalles ouverts disjoints).
Propriété
Égalité des accroissements finis (EAF). Soient deux réels et continue sur et dérivable sur . Alors il existe tel que
Démonstration. Posons, pour ,
La fonction est continue sur , comme somme de (continue) et d'une fonction affine, et dérivable sur pour la même raison, avec
Par ailleurs et
donc . Les trois hypothèses du théorème de Rolle sont réunies pour : il existe tel que , c'est-à-dire
En multipliant par , on obtient l'égalité annoncée.
Remarque
Comment retenir la démonstration. La fonction affine n'est autre que la corde joignant les points et . La fonction auxiliaire mesure donc l'écart algébrique entre la courbe et cette corde. On a « aplati la corde » pour se ramener à la situation de Rolle, où les deux extrémités sont à la même hauteur. Retenir cette phrase suffit à reconstruire la démonstration.
Remarque
Interprétations. Géométriquement, il existe au moins un point de la courbe, d'abscisse strictement comprise entre et , où la tangente est parallèle à la corde. Cinématiquement, si un véhicule parcourt kilomètres en une heure, il y a eu au moins un instant où son compteur indiquait exactement kilomètres par heure : la vitesse instantanée prend nécessairement la valeur de la vitesse moyenne.
On rencontre aussi la formulation avec un accroissement : en appliquant le théorème sur avec , le réel obtenu s'écrit avec , d'où
Enfin, l'énoncé est symétrique en les deux bornes : si est dérivable sur un intervalle et si sont distincts, il existe strictement compris entre et tel que .
Remarque
Le réel existe, mais rien de plus.
Propriété
Inégalité des accroissements finis (IAF). Soit dérivable sur un intervalle et un réel tel que pour tout . Alors est -lipschitzienne sur :
Démonstration. Soient . Si , l'inégalité s'écrit : elle est vraie. Sinon, quitte à échanger et (ce qui ne modifie aucun des deux membres, tous deux écrits avec des valeurs absolues), on peut supposer .
Comme est un intervalle contenant et , le segment est inclus dans . La fonction est donc continue sur (elle est dérivable sur , donc continue sur ) et dérivable sur . L'égalité des accroissements finis fournit un réel tel que
En passant aux valeurs absolues et en majorant par , ce qui est licite puisque :
Propriété
Version encadrée. Soit dérivable sur un intervalle et deux réels tels que pour tout . Alors
Démonstration. Si , les trois membres sont nuls. Si , la même application de l'égalité des accroissements finis sur fournit tel que . Il suffit alors d'encadrer par et et de multiplier par , qui est positif, ce qui conserve le sens des inégalités.
Remarque
L'hypothèse « est un intervalle » est ici aussi indispensable : c'est elle qui garantit que le segment reste dans le domaine, condition sans laquelle l'égalité des accroissements finis ne peut pas s'appliquer.
L'énoncé reste par ailleurs valable sous l'hypothèse un peu plus faible : continue sur et dérivable en tout point intérieur à , avec à l'intérieur. La démonstration est identique.
Méthode
Démontrer une inégalité par l'inégalité des accroissements finis.
Le réflexe : dès qu'un énoncé demande de majorer ou d'encadrer la différence de deux valeurs d'une même fonction, on pense à cette inégalité avant d'entreprendre une étude de fonction.
Exemple
La fonction sinus est -lipschitzienne. La fonction est dérivable sur l'intervalle , de dérivée , et pour tout réel . L'inégalité des accroissements finis s'applique avec :
En particulier, avec : pour tout réel .
Exemple
Encadrement de . Soit . La fonction est dérivable sur , de dérivée . Appliquons l'égalité des accroissements finis sur le segment : il existe tel que
Or et la fonction est strictement décroissante sur , donc . On en déduit
La version encadrée donne le même résultat sans nommer : pour , on a , et l'on multiplie par .
Cet encadrement est le point de départ de l'étude de la somme et de la constante d'Euler. En sommant en effet l'inégalité de droite pour variant de à , les logarithmes se télescopent et il reste
Propriété
Dérivée et monotonie. Soit dérivable sur un intervalle .
Démonstration. Point 2, sens réciproque. Supposons sur et soient dans . Comme est un intervalle, ; est continue sur (car dérivable sur ) et dérivable sur . L'égalité des accroissements finis fournit tel que
Le facteur est positif ou nul et , donc , c'est-à-dire : est croissante sur .
Point 2, sens direct. Supposons croissante sur et soit . Pour avec : si , alors et ; si , alors et . Dans les deux cas, le quotient est positif ou nul. Par passage à la limite dans une inégalité large quand , on obtient .
Point 3. On applique le point 2 à , en remarquant que est décroissante si et seulement si est croissante, et que .
Point 1. est constante si et seulement si elle est à la fois croissante et décroissante, ce qui, d'après les points 2 et 3, équivaut à et , c'est-à-dire à .
Point 4. On reprend le sens réciproque du point 2 : cette fois et donnent , donc : la croissance est stricte.
Point 5. Soient dans . D'après le point 2, est croissante, donc . Supposons par l'absurde . Alors, pour tout , la croissance donne , donc est constante sur le segment . D'après le point 1 appliqué à l'intervalle , la dérivée s'annule en tout point de , qui est un ensemble infini : cela contredit l'hypothèse selon laquelle ne s'annule qu'en un nombre fini de points. Donc et est strictement croissante.
Remarque
La réciproque du point 4 est fausse. La fonction est strictement croissante sur (point 5 : sa dérivée est positive et ne s'annule qu'en ), pourtant sa dérivée n'est pas strictement positive partout. On retiendra donc : est une condition suffisante de stricte croissance, jamais nécessaire.
Remarque
L'hypothèse « est un intervalle » est capitale. Considérons sur , qui n'est pas un intervalle. Cette fonction est dérivable sur avec
une dérivée strictement négative en tout point. Et pourtant n'est pas décroissante sur : on a alors que et , donc , exactement le contraire de ce qu'exige la décroissance.
Ce qui est vrai, c'est que est strictement décroissante sur et strictement décroissante sur : deux énoncés séparés, qu'il ne faut jamais fusionner en « décroissante sur », ni en « décroissante sur ».
Où la démonstration échoue-t-elle ? À l'étape de l'égalité des accroissements finis : pour et , le segment n'est pas contenu dans , puisqu'il contient . Le théorème ne peut donc pas être appliqué.
Exemple
Étude complète de sur .
Dérivabilité et dérivée. est polynomiale, donc dérivable sur , et . Ce produit est strictement positif à l'extérieur des racines et , strictement négatif entre elles.
Valeurs remarquables. et .
Limites aux bornes. En factorisant par le terme dominant, pour ; la parenthèse tend vers et tend vers , donc en et en .
Lecture du tableau. Sur , la dérivée est positive et ne s'annule qu'en : y est strictement croissante (point 5). De même est strictement décroissante sur et strictement croissante sur . Elle admet donc un maximum local en , de valeur , et un minimum local en , de valeur ; aucun des deux n'est global, puisque tend vers aux bornes.
Application : nombre de solutions de . Sur , est continue et strictement croissante : d'après le théorème de la bijection, elle réalise une bijection de cet intervalle sur , qui contient ; l'équation y a donc exactement une solution. Sur , réalise une bijection sur , qui contient : une solution. Sur , réalise une bijection sur : une solution encore. Comme et , aucune de ces solutions n'est comptée deux fois. L'équation possède donc exactement trois solutions réelles.
Propriété
Théorème de la limite de la dérivée. Soit un intervalle, et telle que
Alors le taux d'accroissement admet lui aussi pour limite en . Par conséquent :
Démonstration. Traitons d'abord le cas .
Soit . D'après l'hypothèse 3, il existe tel que
Soit maintenant vérifiant . Le segment d'extrémités et est contenu dans , puisque est un intervalle contenant et . Sur ce segment, est continue (hypothèse 1) ; sur l'intervalle ouvert d'extrémités et , est dérivable, car cet intervalle ouvert ne contient pas et est donc inclus dans . L'égalité des accroissements finis s'applique : il existe un réel strictement compris entre et tel que
Ce point vérifie et , donc , c'est-à-dire .
On a établi : pour tout , il existe tel que, pour tout vérifiant , on ait . C'est exactement dire que quand . La limite étant finie, est dérivable en avec ; et comme quand , la fonction est continue en .
Le cas se traite de la même façon, en remplaçant la majoration par une minoration : pour tout , il existe tel que dès que et ; le même point donne alors . Donc : le taux d'accroissement n'a pas de limite finie, n'est pas dérivable en , et la pente des sécantes tend vers , ce qui se traduit géométriquement par une tangente verticale. Le cas est analogue.
Propriété
Corollaire (prolongement de classe ). Soit continue sur et de classe sur , c'est-à-dire dérivable de dérivée continue (voir la section suivante). Si admet une limite finie en , alors est de classe sur tout entier, avec .
Démonstration. Le théorème donne la dérivabilité de en avec , donc est dérivable sur ; il donne aussi la continuité de en , et est continue en tout autre point par hypothèse. Ainsi est continue sur : est de classe sur .
Exemple
a. Un prolongement de classe . Soit définie sur par si et .
Sur , est dérivable par produit et composition, avec . Par croissances comparées, quand , donc est continue en , et donc sur . Toujours par croissances comparées, , donc quand .
Le théorème s'applique avec : est dérivable en avec , et est continue en . Finalement est de classe sur .
b. Une tangente verticale. Soit définie sur par si et . Par croissances comparées, est continue en ; elle est dérivable sur avec quand . Le théorème donne : n'est pas dérivable en , et sa courbe admet une demi-tangente verticale à l'origine. On le vérifie directement : .
Remarque
La réciproque est fausse : le théorème donne une condition suffisante. Si n'a pas de limite en , on ne peut rien en conclure : la fonction peut parfaitement être dérivable en .
Reprenons pour , prolongée par . On a déjà vu que est dérivable en avec . Pour , les opérations donnent
Cette dérivée n'a pas de limite en . Posons en effet et pour : ces deux suites tendent vers en restant non nulles, et
Si admettait une limite en , la caractérisation séquentielle (partie A) imposerait et , donc et : impossible.
Conclusion : est dérivable sur tout entier, mais n'est pas continue en . Une fonction dérivable n'est donc pas nécessairement de classe , et lorsque le théorème de la limite de la dérivée échoue, il ne permet de conclure à rien : il faut revenir au taux d'accroissement.
Définition
Soit . On définit par récurrence les dérivées successives de :
On dit que est fois dérivable sur lorsque est définie sur . On note aussi et .
Définition
Soit . On dit que est de classe sur lorsque est fois dérivable sur et que est continue sur . On note l'ensemble de ces fonctions.
Propriété
Pour tout , on a , et cette inclusion est stricte. On a donc la chaîne
Démonstration. Soit . Alors est fois dérivable, donc existe, ce qui signifie que est dérivable sur , donc continue sur . Ainsi est fois dérivable de dérivée -ième continue : . La stricte inclusion résulte de l'exemple ci-dessous.
Exemple
Les inclusions sont strictes. Pour , posons sur . Alors est de classe sur , mais n'est pas fois dérivable en : elle appartient à et pas à , ce qui prouve la stricte inclusion à chaque étage. Pour , on retrouve la fonction valeur absolue, continue et non dérivable.
Justification. Notons le signe de , égal à si , à si et à si , de sorte que pour tout réel . Montrons par récurrence sur que, pour , la fonction est fois dérivable sur avec
L'égalité est vraie pour . Supposons-la vraie pour un entier tel que , et posons ainsi que . Sur , on a , donc ; sur , on a , donc . Dans les deux cas . En , comme et ,
Ainsi est dérivable en avec , valeur que redonne bien la formule au rang puisque . La propriété est donc vraie au rang .
Pour , on obtient , fonction continue sur : est bien de classe . Mais n'est pas dérivable en , par le même calcul que pour la valeur absolue : n'est pas fois dérivable, donc pas de classe .
Propriété
Opérations. Soit , soient et .
Remarque
Le point 1 s'obtient par une récurrence immédiate sur , et le point 2 découle de la formule de Leibniz. Les points 3 et 4 se démontrent aussi par récurrence, mais les calculs sont lourds et sans intérêt : on les admet.
Conséquence pratique, très rentable : toute fonction obtenue à partir des fonctions usuelles par somme, produit, quotient à dénominateur ne s'annulant pas et composition est de classe sur tout intervalle où elle est définie. Dans une copie, on l'écrit en une ligne, en citant les opérations.
Les dérivées successives des fonctions usuelles se retrouvent toutes par une récurrence d'une ligne. Dans le tableau ci-dessous, et désigne un réel fixé.
| Fonction | Dérivée -ième | Intervalle |
|---|---|---|
| , | si , et si | |
| , | ||
| (pour ) | ||
| tout intervalle ne contenant pas | ||
Deux justifications, les autres étant du même type. Pour l'exponentielle, chaque dérivation fait sortir un facteur , d'où après dérivations. Pour le sinus, on part de : si , alors
ce qui achève la récurrence. On retiendra surtout la deuxième ligne : les dérivées d'un polynôme de degré sont nulles à partir de l'ordre . C'est la clé de la section suivante.
Propriété
Formule de Leibniz. Soit et soient deux fonctions fois dérivables sur . Alors est fois dérivable sur et
Le même énoncé vaut pour les classes : si et sont de classe sur , alors aussi.
Démonstration. Par récurrence sur . Notons la propriété : « pour toutes fonctions et fois dérivables sur , le produit est fois dérivable sur et ».
Initialisation. Pour , la somme se réduit à : est vraie. (Le rang n'est autre que la formule de dérivation d'un produit.)
Hérédité. Supposons vraie et soient deux fonctions fois dérivables sur . Elles sont en particulier fois dérivables, donc donne
Pour , les fonctions et sont dérivables sur , puisque , et que et sont fois dérivables. Chaque produit est donc dérivable, et , somme finie de tels produits, l'est aussi : est fois dérivable. En dérivant terme à terme avec la formule du produit,
Dans la première somme, effectuons le changement d'indice , l'indice variant alors de à :
En renommant l'indice muet, puis en isolant le terme de la première somme et le terme de la seconde, il vient
La formule de Pascal donne pour ; par ailleurs et . Les trois morceaux se recollent donc en
ce qui est .
Conclusion. Par récurrence, est vraie pour tout .
Remarque
La ressemblance avec la formule du binôme n'est pas fortuite : les deux démonstrations sont la même récurrence, appuyée sur la formule de Pascal. Le passage de l'une à l'autre se fait en remplaçant la puissance par la dérivée . Par symétrie des coefficients binomiaux, on peut aussi écrire .
Méthode
Reconnaître le facteur polynomial pour tronquer la somme. La formule de Leibniz n'est réellement efficace que si l'un des deux facteurs a des dérivées nulles à partir d'un certain rang, c'est-à-dire si c'est un polynôme.
Exemple
Dérivée -ième de . Les deux facteurs sont de classe sur . Posons et : on a , , pour , et pour tout . La formule de Leibniz donne, pour ,
car et .
Contrôle pour . La formule annonce . Le calcul direct donne , puis . Les deux coïncident. On vérifie de plus que la formule reste valable pour et , les termes surnuméraires étant alors nuls.
Exemple
Dérivée -ième de . Posons et , dont la dérivée -ième vaut . Pour ,
On simplifie en posant : comme et ,
Contrôle pour . La formule donne , ce qui est bien .
Définition
Soit et . On dit que est dérivable en lorsque son taux d'accroissement , qui est à valeurs dans , admet une limite dans quand . Cette limite est le nombre dérivé .
Propriété
Caractérisation par les parties réelle et imaginaire. Soit et . Alors est dérivable en si et seulement si et le sont, et dans ce cas
Démonstration. La variable et le point sont réels, donc est un réel : pour ,
Autrement dit, les parties réelle et imaginaire du taux d'accroissement de sont les taux d'accroissement de et de . Or, d'après la partie A, une fonction à valeurs complexes admet une limite en si et seulement si ses parties réelle et imaginaire en admettent une, la limite étant alors . Il suffit d'appliquer ce résultat à .
Propriété
Soient dérivables en et .
Remarque
Aucune de ces propriétés ne demande une nouvelle démonstration : celles du cas réel n'utilisaient que les opérations sur les limites (somme, produit, quotient), valables dans , et l'implication « dérivable donc continue », dont la démonstration se transpose mot pour mot.
Une seule réserve, sur la composition : n'a aucun sens si est à valeurs complexes et définie sur un intervalle réel. La seule composition utilisable est , où est à valeurs réelles et ; la formule y reste valable.
Propriété
Dérivée de . Soit dérivable sur . Alors est dérivable sur et
En particulier, pour fixé, .
Démonstration du cas particulier ; le cas général est admis. Écrivons avec réels. Par définition de l'exponentielle complexe,
donc et . Ces deux fonctions sont dérivables sur comme produits et composées de fonctions dérivables, avec
D'après la caractérisation précédente, est donc dérivable, de dérivée
Par ailleurs, en développant et en utilisant ,
Les deux expressions coïncident, ce qui prouve .
Propriété
Point capital : Rolle et l'égalité des accroissements finis sont FAUX pour les fonctions à valeurs complexes. Il existe des fonctions continues sur , dérivables sur et vérifiant , pour lesquelles ne s'annule en aucun point de .
Exemple
Le contre-exemple sur . Posons .
Les hypothèses sont vérifiées. Les fonctions et sont dérivables sur , donc est dérivable sur , et en particulier continue. Sa dérivée vaut
De plus et , donc .
La conclusion est fausse. Pour tout , , donc . Il n'existe aucun tel que : le théorème de Rolle est faux dans .
L'égalité des accroissements finis tombe avec lui. Elle affirmerait l'existence d'un tel que , c'est-à-dire , donc : impossible pour la même raison.
Remarque
Pourquoi cela casse, et ce qui survit.
Propriété
L'inégalité des accroissements finis, elle, reste vraie (admise). Soit dérivable sur un intervalle et tel que pour tout . Alors
Ce résultat est admis : sa démonstration ne peut pas passer par l'égalité des accroissements finis, qui vient d'être invalidée dans .
Remarque
Des trois théorèmes des accroissements finis, l'inégalité est donc le seul à survivre dans , et c'est aussi le plus utile en pratique. Sur l'exemple précédent, donne
inégalité parfaitement vraie, qui traduit que la corde d'un arc de cercle unité est plus courte que l'arc lui-même.
Cette dernière partie n'introduit aucun outil d'analyse nouveau : tout y repose sur les résultats de la partie B, en particulier l'égalité des accroissements finis et le lien entre le signe de et les variations de . Ce qui change, c'est le point de vue. Jusqu'ici on décrivait une fonction par sa position (limites) et par sa pente (dérivée) ; on décrit maintenant la façon dont cette pente varie, ce qui se lit géométriquement sur la position du graphe par rapport à ses cordes et à ses tangentes.
L'intérêt est double. D'une part, la convexité fournit des inégalités que l'on n'obtiendrait pas autrement, et qui tombent régulièrement aux concours. D'autre part, elle se définit sans dérivée : une fonction convexe n'a besoin d'aucune régularité pour l'être, ce qui rend la notion plus large qu'il n'y paraît.
Avant de parler de fonctions convexes, il faut savoir sur quels ensembles la définition a un sens : on doit pouvoir rester dans l'ensemble de départ lorsqu'on se déplace entre deux de ses points.
Définition
Une partie de est dite convexe lorsque
Un réel de la forme , avec , s'appelle une combinaison convexe de et de .
Propriété
Théorème. Les parties convexes de sont exactement les intervalles de .
Démonstration. On utilise la caractérisation des intervalles établie dans le chapitre sur les nombres réels : une partie de est un intervalle si et seulement si, pour tous et tout , .
Un intervalle est convexe. Soit un intervalle, et . Quitte à échanger les rôles de et de , ce qui remplace par , on suppose . Posons . Alors
donc , et la caractérisation donne .
Une partie convexe est un intervalle. Soit convexe, et tel que . Si , alors . Sinon et l'on pose . De et on tire , et , d'où
Ainsi est une combinaison convexe de et de : il appartient à , qui est donc un intervalle.
Remarque
Le calcul est le calcul de toute cette partie : il permet de passer de « est un point situé entre et » à « est une combinaison convexe de et de ». On le refera dans chacune des démonstrations qui suivent.
Conformément aux notations du chapitre, désigne désormais un intervalle non vide et non réduit à un point : c'est le cadre naturel de la convexité, et l'hypothèse ne pourra jamais être omise.
Définition
Soit .
Remarque
Deux précautions.
L'inégalité de la définition a une lecture géométrique très parlante : le graphe de passe sous ses cordes.
Propriété
Soit . Les assertions suivantes sont équivalentes.
Autrement dit, est convexe si et seulement si, entre deux points quelconques de son graphe, le graphe est situé au-dessous de la corde.
Démonstration. Pour deux points de , notons la fonction affine dont le graphe est la droite passant par et ; un calcul direct en donne trois écritures :
Soit tel que . Posons : alors , et , d'après le calcul du paragraphe précédent. La convexité de donne
ce qui est exactement l'inégalité annoncée.
Soient et . Si , ou si , ou si , les deux membres de l'inégalité de convexité sont égaux. Sinon, quitte à échanger et , supposons et , et posons . Comme et , on a , et l'égalité montre que . L'hypothèse (2) s'écrit alors
c'est-à-dire l'inégalité de convexité.
Exemple
Trois exemples fondamentaux.
Ce sont les seules fonctions dans ce cas : une fonction à la fois convexe et concave vérifie pour tous de , donc son graphe coïncide avec ses cordes, ce qui la rend affine.
quantité positive, et strictement positive dès que et .
Elle n'est pourtant pas dérivable en : la convexité n'exige aucune régularité. Elle n'est pas non plus strictement convexe, puisqu'elle est affine sur .
Propriété
Opérations. Soient et convexes sur et . Alors , et sont convexes sur .
Si de plus est un intervalle contenant et si est convexe et croissante, alors est convexe sur .
Démonstration. Soient et ; posons , qui appartient à puisque est convexe.
Somme et multiple positif. Il suffit d'additionner les deux inégalités de convexité, et de multiplier celle de par , ce qui en conserve le sens.
Maximum. Notons . Comme , et ,
et de même pour . Deux réels majorés par un même réel ont leur maximum majoré par ce réel, donc .
Composée. On a , et ces deux nombres appartiennent à : le premier car , le second car c'est une combinaison convexe de et , éléments de l'intervalle , qui est convexe. La croissance de donne alors , puis la convexité de :
Remarque
Aucune des hypothèses n'est décorative. Un produit de fonctions convexes n'a aucune raison d'être convexe : et sont convexes sur , mais leur produit ne l'est pas. Et sans la croissance de , la composée échoue : avec convexe et convexe mais décroissante, est concave.
La définition, avec son paramètre , est peu maniable. On la traduit une fois pour toutes en termes de pentes, et c'est cette forme que l'on utilise ensuite systématiquement.
Propriété
Lemme des trois pentes. Soit convexe sur et soient trois points de . Alors
Démonstration. Comme précédemment, avec et . L'inégalité de convexité, multipliée par , s'écrit
Première inégalité. Retranchons aux deux membres de . Comme , le membre de droite devient , d'où
En divisant par , ce qui conserve le sens de l'inégalité :
Deuxième inégalité. Retranchons cette fois aux deux membres de . Comme , il vient
Multiplions par , ce qui renverse l'inégalité, puis divisons par :
Troisième inégalité. Par transitivité des deux précédentes, : la pente de la corde de gauche est inférieure à celle de la corde de droite.
Le corollaire suivant est la caractérisation la plus utile du chapitre : elle transforme la convexité en une simple monotonie.
Propriété
Croissance des taux d'accroissement. Soit convexe sur et . La fonction pente
est croissante sur .
Démonstration. Notons d'abord que : on peut changer les deux signes. Soient dans ; montrons en distinguant la position de .
Cas . La première inégalité du lemme, appliquée au triplet , donne directement , soit .
Cas . Le lemme appliqué à donne, en enchaînant ses deux inégalités,
et les deux termes extrêmes sont respectivement et .
Cas . La deuxième inégalité du lemme, appliquée à , donne , c'est-à-dire .
Dans les trois cas : la fonction est croissante.
Remarque
C'est de cette croissance que découle un résultat important, laissé en exercice : une fonction convexe sur un intervalle ouvert y admet en tout point une dérivée à gauche et une dérivée à droite, donc y est continue. L'argument consiste à appliquer le théorème de la limite monotone à , monotone et bornée du bon côté au voisinage de . On ne le démontre pas ici.
Propriété
Théorème. Soit dérivable sur . Alors est convexe sur si et seulement si est croissante sur .
Démonstration. Sens direct. Supposons convexe et soient dans . Pour tout , le lemme des trois pentes appliqué à donne
Le premier quotient vaut et tend vers lorsque , car est dérivable en . Le passage à la limite dans une inégalité large (partie A) donne
De même, le dernier quotient vaut et tend vers lorsque , d'où
En combinant et , : la fonction est croissante sur .
Sens réciproque. Supposons croissante et soient dans . La fonction est dérivable, donc continue sur et dérivable sur : l'égalité des accroissements finis (partie B) fournit tel que . De même, il existe tel que . Comme et est croissante, , donc
Multiplions par : . En regroupant les termes en ,
C'est l'inégalité , c'est-à-dire , où désigne comme plus haut la corde entre et : vérifie la caractérisation par les cordes, elle est donc convexe.
Propriété
Version stricte. Soit dérivable sur . Alors est strictement convexe sur si et seulement si est strictement croissante sur .
Démonstration. Si est strictement croissante, la démonstration du sens réciproque ci-dessus donne , donc toutes les inégalités qui suivent sont strictes et pour tout strictement compris entre et : est strictement convexe.
Réciproquement, supposons strictement convexe et soient dans . Intercalons . L'inégalité appliquée au couple donne , l'inégalité appliquée au couple donne , et le lemme des trois pentes, dont l'inégalité est ici stricte, donne . En enchaînant, .
Remarque
On retiendra la double inégalité obtenue en chemin, valable pour convexe dérivable et dans :
Elle sert à la fois pour la position des tangentes et pour de nombreuses majorations.
Propriété
Corollaire. Soit deux fois dérivable sur .
Démonstration. La fonction est dérivable sur l'intervalle , de dérivée . La caractérisation des fonctions monotones par le signe de la dérivée (partie B) donne : est croissante sur si et seulement si sur , et si sur alors est strictement croissante. Il suffit alors d'appliquer le théorème précédent et sa version stricte.
Remarque
La réciproque du point 2 est fausse : est strictement convexe sur , puisque sa dérivée est strictement croissante, et pourtant sa dérivée seconde s'annule en .
Exemple
Quatre fonctions de référence.
Méthode
Étudier la convexité d'une fonction. Acquis depuis : première spé.
Exemple
Étudions la convexité de sur . Polynomiale, est de classe et
Ce trinôme est positif à l'extérieur de ses racines et , négatif entre elles. Avec et :
La fonction est donc convexe sur , concave sur et convexe sur . Comme , les points et sont des points d'inflexion.
Propriété
Théorème. Soit dérivable sur . Alors est convexe sur si et seulement si
c'est-à-dire si et seulement si son graphe est situé au-dessus de chacune de ses tangentes.
Démonstration. Sens direct. Supposons convexe et fixons ; soit . On utilise la double inégalité - du paragraphe précédent.
Sens réciproque. Supposons l'inégalité vraie pour tout couple de points, et soient dans . En l'appliquant à puis à :
En additionnant ces deux inégalités et en simplifiant par :
Comme , on obtient . Ainsi est croissante et est convexe.
Remarque
Variante de rédaction du sens direct, à connaître car elle se recopie dans beaucoup d'exercices : on fixe et l'on étudie , dérivable sur , de dérivée . Si est convexe, est croissante, donc est négative avant et positive après : admet en un minimum, égal à . D'où sur , qui est l'inégalité voulue. Si est strictement convexe, est strictement négative avant et strictement positive après, donc pour : le graphe ne touche sa tangente qu'au point de contact.
Exemple
Deux inégalités à connaître par cœur.
avec égalité uniquement en , puisque est strictement convexe.
avec égalité uniquement en . On retrouve la première inégalité en posant : .
Définition
Soit définie sur et un point intérieur à . On dit que est un point d'inflexion du graphe de lorsque change de convexité en : il existe tel que et que soit convexe sur et concave sur , ou l'inverse.
Propriété
Soit deux fois dérivable sur et un point intérieur à .
Démonstration. 1. Supposons par exemple sur et sur . Ces deux ensembles sont des intervalles : le corollaire de la dérivée seconde s'y applique et montre que y est respectivement convexe et concave. La convexité change donc en .
Remarque
La réciproque du point 2 est fausse, et c'est l'erreur la plus fréquente : ne suffit pas. Pour , on a , qui s'annule en mais reste positive : est convexe sur tout entier et son graphe n'a aucun point d'inflexion. La bonne question n'est jamais « s'annule-t-elle ? » mais « change-t-elle de signe ? ».
Exemple
Étudions sur . On a , puis
Comme , la dérivée seconde est du signe de : est concave sur , convexe sur , et change de signe en . Le point est donc un point d'inflexion. La tangente y a pour pente , et le graphe la traverse : il est au-dessous à gauche de (partie concave) et au-dessus à droite (partie convexe).
L'inégalité de définition ne fait intervenir que deux points. Elle s'étend à un nombre quelconque de points, et c'est sous cette forme qu'elle produit des inégalités.
Propriété
Théorème. Soit convexe sur , soit , soient et soient des réels positifs tels que . Alors et
Démonstration. Vérifions d'abord que le membre de gauche a un sens. Notons le plus petit et le plus grand des réels . Pour tout , car ; en sommant et en utilisant , on obtient . Comme et appartiennent à , qui est un intervalle, la combinaison convexe appartient à .
Montrons l'inégalité par récurrence sur , en notant l'énoncé du théorème pour points.
Initialisation. Pour , et les deux membres valent . Pour , c'est exactement la définition de la convexité.
Hérédité. Soit tel que soit vraie. Donnons-nous et positifs de somme .
Premier cas : . Les réels sont alors positifs de somme nulle, donc tous nuls, et : les deux membres valent , l'inégalité est vraie.
Second cas : . Posons . Ce réel est positif comme somme de réels positifs, et non nul, donc . Les réels , pour , sont positifs et de somme . Posons
D'après le préliminaire, , et l'hypothèse de récurrence donne . Par ailleurs , donc
qui est une combinaison convexe des deux points et de , puisque et . La définition de la convexité, puis l'hypothèse de récurrence multipliée par , donnent
Donc est vraie, ce qui achève la récurrence.
Remarque
Le cas particulier des poids égaux, , est le plus utilisé :
« L'image de la moyenne est inférieure à la moyenne des images. » Pour une fonction concave, l'inégalité est renversée.
Une inégalité portant sur réels, faisant intervenir une somme, un produit ou une fonction usuelle, se démontre presque toujours par convexité. Voici les trois exemples canoniques, entièrement rédigés.
Propriété
Inégalité arithmético-géométrique. Pour tous réels strictement positifs ,
Démonstration. La fonction est concave sur , autrement dit y est convexe. Appliquons l'inégalité de convexité finie à , aux points de et aux poids , positifs et de somme ; en changeant les signes, il vient
Or, par la propriété du logarithme d'un produit puis celle du logarithme d'une puissance,
La fonction étant strictement croissante sur , l'inégalité entre deux réels strictement positifs équivaut à . On conclut
Remarque
La stricte concavité de permet de préciser le cas d'égalité : il n'a lieu que si tous les sont égaux.
Propriété
Pour tout , .
Démonstration. La fonction est concave sur , donc sur : son graphe est au-dessus de ses cordes, et celle qui joint à porte la droite d'équation . Rédigeons-le avec la définition. Soit et posons . De on tire , donc , et
Le réel est donc la combinaison convexe de et de de paramètre , et la concavité de donne
Propriété
Inégalité de Young. Soient et tels que . Pour tous réels et ,
Démonstration. Si ou , le membre de gauche est nul et celui de droite est positif : l'inégalité est vraie. Supposons donc et , de sorte que et .
Les réels et sont positifs et de somme : ce sont des poids licites. La concavité de sur , appliquée aux deux points et , donne
La fonction étant strictement croissante sur , on en déduit .
Méthode
Démontrer une inégalité par convexité, en trois temps. Acquis depuis : terminale spé.
Ce chapitre est long, mais la liste des démonstrations exigibles est courte et parfaitement délimitée. Une démonstration de cette liste peut être demandée telle quelle en colle ou en début de problème : elle doit pouvoir être écrite seul, sans notes.
Partie A, limites et continuité.
Partie B, dérivabilité.
Partie C, convexité.
Résultats admis en MPSI. Trois énoncés sont utilisables sans démonstration, mais avec des hypothèses citées avec précision : le théorème de la bijection (une fonction continue et strictement monotone sur un intervalle réalise une bijection sur son image, qui est un intervalle, de réciproque continue et de même monotonie) ; l'inégalité des accroissements finis pour les fonctions à valeurs complexes ; la stabilité de la classe par composition.
Les erreurs qui coûtent des points. Une inégalité stricte ne passe pas à la limite : de on ne peut conclure que , jamais l'inégalité stricte, et le contre-exemple suffit à s'en souvenir. Le lien entre le signe de la dérivée et les variations exige un intervalle : sur , la fonction inverse a une dérivée strictement négative sans être décroissante. La condition nécessaire d'extremum exige un point intérieur : sur , la fonction atteint son maximum en , où sa dérivée vaut . Le théorème de Rolle et l'égalité des accroissements finis sont faux pour les fonctions à valeurs complexes : la fonction prend la même valeur en et en , alors que sa dérivée ne s'annule jamais. Enfin, n'est pas synonyme de point d'inflexion : il faut un changement de signe de , comme le rappelle en .
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. Une séance ciblée sur ce chapitre, et vous repartez au minimum avec une méthode.