MP · Chapitre 05

Séries numériques et vectorielles

Séries dans un espace normé de dimension finie, comparaison série-intégrale, règle de d'Alembert, sommation des relations de comparaison, théorème de Cesàro.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Séries dans un espace normé de dimension finie
  • Comparaison série-intégrale
  • Règle de d'Alembert
  • Sommation des relations de comparaison
  • Théorème de Cesàro

En première année, une série était une somme infinie de nombres réels ou complexes, et la question posée était binaire : converge-t-elle, oui ou non ? Ce chapitre reprend l'objet à la base et l'élargit dans deux directions.

La première extension est vectorielle. On additionne désormais des éléments d'un espace vectoriel normé E de dimension finie : des vecteurs de Rp, des matrices, des endomorphismes. Rien de la théorie ne s'effondre, parce qu'en dimension finie toutes les normes sont équivalentes et que tout se lit coordonnée par coordonnée dans une base. Le bénéfice est immédiat et spectaculaire : la série Ak donne un inverse de IpA, et la série Akk! donne un sens à exp(A), objet dont vivra tout le chapitre sur les équations différentielles linéaires.

La seconde extension est asymptotique, et c'est celle qui fait la difficulté des concours. Savoir qu'une série converge ne suffit plus : on veut un ordre de grandeur du reste k>nuk quand elle converge, et de la somme partielle knuk quand elle diverge. Trois outils nouveaux servent à cela : la comparaison série-intégrale, qui traduit une somme discrète en une intégrale calculable ; la sommation des relations de comparaison, qui autorise à intégrer un o, un O ou un équivalent terme à terme ; et le théorème de Cesàro, qui transforme une information sur les accroissements d'une suite en une information sur la suite elle-même. C'est ainsi que l'on démontre proprement Hn=lnn+γ+o(1), l'un des résultats les plus utilisés de toute l'analyse de prépa.

Les notations sont fixées une fois pour toutes. K désigne R ou C, et E un K-espace vectoriel normé de dimension finie, dont la norme est notée . Pour une suite (un)nn0 d'éléments de E, on note Sn=k=n0nuk la somme partielle d'ordre n, S=k=n0+uk la somme de la série lorsqu'elle converge, et Rn=k=n+1+uk son reste d'ordre n. On utilise librement les acquis de première année et des chapitres précédents : équivalence des normes en dimension finie, développements limités usuels, intégration sur un segment, réduction des endomorphismes.

Séries à valeurs dans un espace vectoriel normé de dimension finie

Définitions

Définition

Soit (un)nn0 une suite d'éléments de E. On appelle série de terme général un, notée un ou nn0un, le couple formé de la suite (un)nn0 et de la suite (Sn)nn0 de ses sommes partielles, définies par

Sn=k=n0nuk=un0+un0+1++un.

Définition

La série un est dite convergente lorsque la suite (Sn) de ses sommes partielles converge dans E. Dans ce cas, sa limite est appelée somme de la série et notée

k=n0+uk=limn+Sn.

Dans le cas contraire, la série est dite divergente. Déterminer la nature d'une série, c'est dire si elle converge ou si elle diverge.

Ces définitions sont mot pour mot celles de première année : seule change la nature des objets additionnés. Deux remarques de vocabulaire méritent pourtant d'être martelées, parce que les copies les négligent systématiquement.

Première remarque : la série et la somme sont deux objets différents. Le symbole un désigne une série, c'est-à-dire un objet dont on peut demander la nature ; il a un sens même si la série diverge. Le symbole k=n0+uk désigne un vecteur de E (un nombre si E=K), et il n'a de sens qu'après avoir établi la convergence. Écrire « posons S=k=0+uk » avant d'avoir prouvé la convergence est une faute de raisonnement, pas une maladresse de rédaction : on manipule alors un objet qui peut ne pas exister.

Seconde remarque : la nature ne dépend pas des premiers termes, la somme si. Modifier un nombre fini de termes d'une suite décale toutes les sommes partielles d'une constante à partir d'un certain rang, ce qui ne change pas le fait qu'elles convergent ou non. En revanche, cela change la valeur de la somme. C'est pourquoi il est légitime de dire « la série un converge » sans préciser l'indice de départ, alors qu'il faut toujours le préciser pour écrire une somme.

Propriété

Indépendance vis-à-vis de la norme. Soient N1 et N2 deux normes sur E, espace de dimension finie. La série un converge pour N1 si et seulement si elle converge pour N2, et sa somme est alors la même. La nature d'une série d'éléments de E ne dépend donc pas de la norme choisie.

Démonstration. En dimension finie, toutes les normes sont équivalentes (résultat acquis du chapitre de topologie) : il existe α>0 et β>0 tels que αN1N2βN1 sur E. Supposons SnS pour N1, c'est-à-dire N1(SnS)0. Alors

0N2(SnS)βN1(SnS)n+0,

donc SnS pour N2. L'autre implication s'obtient en échangeant les rôles de N1 et N2. La limite S, elle, ne dépend pas de la norme puisque c'est le même vecteur dans les deux cas.

C'est ce résultat qui autorise, dans toute la suite, à écrire « la série converge » sans jamais préciser la norme, et à choisir pour chaque démonstration la norme la plus commode.

Structure d'espace vectoriel

Propriété

L'ensemble des suites (un) d'éléments de E dont la série un converge est un sous-espace vectoriel de l'espace EN des suites d'éléments de E. De plus, l'application qui à une telle suite associe la somme k=0+uk est linéaire : si un et vn convergent et si λK, alors (λun+vn) converge et

k=0+(λuk+vk)=λk=0+uk+k=0+vk.

Démonstration. La suite nulle donne des sommes partielles nulles, donc sa série converge : l'ensemble est non vide. Soient (un) et (vn) deux suites dont les séries convergent, de sommes respectives U et V, et soit λK. La somme partielle d'ordre n de la série (λun+vn) vaut, par linéarité de la somme finie,

k=0n(λuk+vk)=λk=0nuk+k=0nvk.

Le membre de droite tend vers λU+V par opérations sur les limites de suites dans un espace normé. Donc la suite des sommes partielles de (λun+vn) converge, vers λU+V.

Propriété

Somme d'une convergente et d'une divergente. Si un converge et vn diverge, alors (un+vn) diverge.

Démonstration. Raisonnons par l'absurde en supposant (un+vn) convergente. Comme un converge, la propriété précédente appliquée à λ=1 montre que la série de terme général

(un+vn)un=vn

converge, ce qui contredit l'hypothèse. Donc (un+vn) diverge.

En revanche, la somme de deux séries divergentes peut être de n'importe quelle nature : 1 et (1) divergent toutes deux, et leur somme est la série nulle, qui converge. Il n'y a donc aucune règle à retenir dans ce cas, seulement un réflexe : revenir aux sommes partielles.

La condition nécessaire de convergence

Propriété

Si la série un converge, alors unn+0E.

Démonstration. Notons S la somme de la série et (Sn) ses sommes partielles, de sorte que SnS. Pour nn0+1, on a par définition des sommes partielles

un=SnSn1.

La suite (Sn1)n est extraite décalée de (Sn) et tend donc également vers S. Par différence, unSS=0E.

Définition

Lorsque un ne tend pas vers 0E, la série un diverge : on dit qu'elle diverge grossièrement.

C'est le tout premier réflexe devant une série inconnue, et il coûte trois secondes. La contraposée du théorème dit exactement cela : pas de limite nulle, pas de convergence, la discussion est close.

Chacune des quatre séries suivantes diverge grossièrement, et il suffit pour le voir de regarder la limite du terme général.

a. (1)n : le terme général n'a pas de limite.

b. nn+1 : le terme général tend vers 1.

c. cos1n : le terme général tend vers 1.

d. (1+1n)n : le terme général tend vers e.

Pour la dernière, on écrit (1+1n)n=exp(nln(1+1n)) et nln(1+1n)1 par développement limité.

La réciproque est fausse, et c'est le point le plus important de cette sous-section. Le contre-exemple canonique est la série harmonique.

Propriété

Divergence de la série harmonique. La série n11n diverge, alors que son terme général tend vers 0.

Démonstration. Posons Hn=k=1n1k et raisonnons par l'absurde en supposant que (Hn) converge, vers un réel L. La suite (H2n)n est extraite de (Hn), donc converge aussi vers L, et par différence H2nHn0.

Or, pour tout n1,

H2nHn=k=n+12n1kk=n+12n12n=n×12n=12,

car la somme comporte exactement n termes, tous minorés par 12n puisque k2n. En passant à la limite dans l'inégalité H2nHn12, on obtient 012, ce qui est absurde.

Donc (Hn) diverge, et la série harmonique diverge. Comme (Hn) est croissante, elle tend vers +.

Cette démonstration ne demande rien d'autre qu'un découpage astucieux ; elle est à connaître, ne serait-ce que pour disposer d'un contre-exemple immédiat quand on est tenté de conclure d'un « le terme général tend vers zéro ».

Le reste d'une série convergente

Définition

Soit un une série convergente d'éléments de E, de somme S. Pour tout nn0, on appelle reste d'ordre n le vecteur

Rn=SSn=k=n+1+uk.

Cette définition mérite une justification : pourquoi la somme k=n+1+uk existe-t-elle ? Parce que la série kn+1uk a les mêmes sommes partielles que kn0uk à la constante Sn près : elle converge donc aussi, et sa somme vaut SSn.

Propriété

Avec les notations précédentes :

  1. S=Sn+Rn pour tout nn0 ;
  2. Rnn+0E.

La notion de reste n'a de sens que pour une série convergente.

Démonstration. 1. C'est la définition même de Rn, réécrite.

2. On a Rn=SSn et SnS par hypothèse de convergence, donc Rn0E.

L'égalité S=Sn+Rn est la clef de tous les calculs approchés : Sn est ce que l'on sait calculer, Rn est l'erreur commise. Majorer Rn, c'est majorer cette erreur, et c'est exactement ce que produiront la comparaison série-intégrale (partie 4) et le théorème spécial des séries alternées (partie 7).

Convergence coordonnée par coordonnée

Voici le théorème qui ramène toute l'étude vectorielle à l'étude scalaire de première année. C'est lui qui justifie que ce chapitre ne soit pas beaucoup plus long que son homologue de MPSI.

Propriété

Soit E un K-espace vectoriel de dimension finie p, muni d'une base B=(e1,,ep). Écrivons chaque terme dans cette base :

un=i=1pun,iei,un,iK.

Alors la série un converge si et seulement si les p séries scalaires nun,i convergent toutes. Dans ce cas,

n=n0+un=i=1p(n=n0+un,i)ei.

Démonstration. Notons Sn=k=n0nuk et, pour chaque i, Sn,i=k=n0nuk,i. Par linéarité de la somme finie et unicité des coordonnées dans une base,

Sn=k=n0n(i=1puk,iei)=i=1p(k=n0nuk,i)ei=i=1pSn,iei.

Autrement dit, la i-ième coordonnée de Sn dans B est exactement Sn,i.

Munissons maintenant E de la norme N(ixiei)=max1ipxi, ce qui est licite d'après la propriété d'indépendance vis-à-vis de la norme. Pour un vecteur T=iTiei de E, on a l'équivalence

N(SnT)0    max1ipSn,iTi0    i{1,,p}, Sn,iTi,

la dernière équivalence venant de ce qu'un maximum d'un nombre fini de suites positives tend vers 0 si et seulement si chacune d'elles tend vers 0 (chaque terme est majoré par le maximum, et le maximum est majoré par la somme).

Ainsi (Sn) converge dans E si et seulement si chacune des p suites (Sn,i) converge dans K, c'est-à-dire si et seulement si chacune des p séries nun,i converge. L'expression de la somme se lit alors sur l'égalité Sn=iSn,iei en passant à la limite.

Exemple

Le cas complexe. En prenant E=C vu comme R-espace vectoriel de base (1,i), le théorème donne : pour une suite complexe (un), la série un converge si et seulement si les deux séries réelles Re(un) et Im(un) convergent, et alors

n=0+un=n=0+Re(un)+in=0+Im(un).

Exemple

Une série matricielle élémentaire. Dans M2(R), considérons

An=(2n1n201n)(n1).

Les coefficients (1,1) et (1,2) donnent les séries convergentes 2n et 1n2, mais le coefficient (2,2) donne la série harmonique, qui diverge. Une seule coordonnée divergente suffit : la série An diverge.

Lien suite-série

Propriété

Soit (un)n0 une suite d'éléments de E. La suite (un) converge si et seulement si la série n0(un+1un) converge. Dans ce cas,

k=0+(uk+1uk)=(limn+un)u0.

Démonstration. Notons Tn=k=0n(uk+1uk). La somme est télescopique : en développant,

Tn=(u1u0)+(u2u1)++(un+1un)=un+1u0,

tous les termes intermédiaires se simplifiant deux à deux.

Si (un) converge vers , alors Tn=un+1u0u0 : la série converge, de somme u0. Réciproquement, si (Tn) converge vers T, alors un+1=Tn+u0T+u0, donc (un) converge.

Ce théorème est une pure traduction, mais il se lit dans les deux sens et c'est ce qui fait sa valeur. De gauche à droite, il transforme une question sur une suite en une question sur une série, où l'on dispose de tout l'arsenal des comparaisons. De droite à gauche, il calcule la somme d'une série dont le terme général est un accroissement.

Méthode

Reconnaître et exploiter une série télescopique. Devant une série un dont le terme général ressemble à une différence, chercher une suite (an) telle que un=an+1an (ou anan+1). Trois indices doivent déclencher ce réflexe.

  1. Le terme général est une fraction rationnelle dont le dénominateur se factorise : décomposer en éléments simples et regrouper. Par exemple 1n(n+1)=1n1n+1.
  2. Le terme général est un logarithme d'un quotient : ln(1+1n)=ln(n+1)ln(n).
  3. Le terme général est un Arctan d'une expression du type 1n2+n+1 : utiliser la formule d'addition de la tangente.

Une fois la décomposition trouvée, écrire la somme partielle, simplifier, puis passer à la limite. Ne jamais passer à la limite avant d'avoir simplifié : c'est le seul moyen d'éviter les formes indéterminées.

Exemple

Trois séries télescopiques.

a. Pour n1, 1n(n+1)=1n1n+1, donc

Sn=k=1n1k(k+1)=11n+1n+1,d’ouˋk=1+1k(k+1)=1.

b. Pour n1, ln(1+1n)=ln(n+1)lnn, donc Sn=ln(n+1)+ : la série ln(1+1n) diverge, bien que son terme général soit équivalent à 1n et tende vers 0.

c. Pour n0, posons an=Arctan(n). Comme tan(an+1an)=(n+1)n1+n(n+1)=1n2+n+1 et que an+1an appartient à ]0,π2[, on obtient

Arctan1n2+n+1=Arctan(n+1)Arctan(n),

d'où Sn=Arctan(n+1)π2 et n=0+Arctan1n2+n+1=π2.

Les séries de référence de première année

Ces trois familles sont supposées connues ; elles servent de mètre étalon à toutes les comparaisons du chapitre. La nature des séries de Riemann sera redémontrée en partie 4 par comparaison série-intégrale.

Propriété

Série géométrique. Soit xK. La série n0xn converge si et seulement si x<1, et alors

n=0+xn=11x,et plus geˊneˊralementn=n1+xn=xn11x.

Démonstration. Si x1, alors xn=xn1 pour tout n, donc xn ne tend pas vers 0 : la série diverge grossièrement.

Si x<1, alors x1 et la somme partielle vaut

Sn=k=0nxk=1xn+11x.

Comme x<1, on a xn+1=xn+10, donc xn+10 et Sn11x. La formule à partir du rang n1 s'obtient en factorisant xn1.

Propriété

Série exponentielle. Pour tout zC, la série n0znn! converge, et

n=0+znn!=ez.

Ce résultat de première année est admis ici ; la convergence sera redémontrée en un mot par la règle de d'Alembert (partie 3).

Propriété

Séries de Riemann. Soit αR. La série n11nα converge si et seulement si α>1. Ce résultat sera démontré en partie 4.

Quatre natures à lire instantanément, sans le moindre calcul.

a. 1n2 converge, car α=2>1.

b. 1n diverge, car α=121.

c. (23)n converge, de somme 3.

d. 3nn! converge, de somme e3.

Pour c., la formule de la série géométrique donne 112/3=3.

Convergence absolue

Définition

Définition

Soit (un) une suite d'éléments d'un espace vectoriel normé E. On dit que la série un est absolument convergente lorsque la série à termes réels positifs un converge.

Lorsque E=R ou C muni de la valeur absolue ou du module, cela s'écrit : un converge.

Propriété

En dimension finie, la convergence absolue ne dépend pas de la norme choisie : si un1 converge pour une norme 1, alors un2 converge pour toute autre norme 2.

Démonstration. Par équivalence des normes en dimension finie, il existe β>0 tel que x2βx1 pour tout x de E. Les sommes partielles de un2 forment donc une suite croissante (les termes sont positifs) et majorée :

k=0nuk2βk=0nuk1βk=0+uk1,

la dernière majoration venant de ce que les sommes partielles d'une série convergente à termes positifs sont toutes majorées par sa somme. Une suite croissante et majorée de réels converge (théorème de la limite monotone, acquis de première année), donc un2 converge.

Le théorème central

Ce théorème est le résultat le plus utilisé de tout le chapitre : il transforme une question sur une série à termes quelconques (vectoriels, complexes, oscillants) en une question sur une série à termes positifs, pour laquelle on possède une batterie complète d'outils.

Propriété

Toute série absolument convergente d'un espace vectoriel normé de dimension finie est convergente.

Autrement dit : si E est de dimension finie et si un converge, alors un converge.

Démonstration. Elle se fait en trois étapes : le cas réel, le cas complexe, puis le cas général par les coordonnées. Le seul outil employé est le théorème de la limite monotone : toute suite croissante et majorée de réels converge.

Étape 1 : le cas E=R. Soit (un) une suite réelle telle que un converge, de somme L. Posons, pour tout n,

un+=max(un,0)etun=max(un,0).

Ces deux quantités sont positives, et l'on vérifie les deux identités

un=un+unetun=un++un

en distinguant deux cas : si un0, alors un+=un et un=0, et les deux identités sont claires ; si un<0, alors un+=0 et un=un=un, et elles le sont encore.

En particulier 0un+un et 0unun.

Considérons An=k=0nuk+. Cette suite est croissante, puisque An+1An=un+1+0. Elle est majorée :

An=k=0nuk+k=0nukL,

la dernière inégalité venant de ce que les sommes partielles de la série convergente à termes positifs un croissent vers L, donc lui sont toutes inférieures. Par le théorème de la limite monotone, (An) converge : la série un+ converge. Le même raisonnement, mot pour mot, montre que un converge.

Enfin un=un+un, donc par linéarité (propriété de la partie 1) la série un converge, de somme

n=0+un=n=0+un+n=0+un.

Étape 2 : le cas E=C. Soit (un) une suite complexe telle que un converge. Pour tout n,

Re(un)unetIm(un)un.

Les sommes partielles de Re(un) sont donc croissantes et majorées par k=0+uk : cette série converge, et l'étape 1 appliquée à la suite réelle (Re(un)) montre que Re(un) converge. De même pour Im(un). Le théorème de convergence coordonnée par coordonnée (partie 1, appliqué à la base (1,i) de C vu comme R-espace vectoriel) donne alors la convergence de un.

Étape 3 : le cas général. Soit E de dimension finie p, muni d'une base B=(e1,,ep), et écrivons un=i=1pun,iei. Notons N la norme maxixi associée à B. Par équivalence des normes en dimension finie, il existe β>0 tel que Nβ. Fixons i{1,,p}. Pour tout n,

un,iN(un)βun.

Les sommes partielles de la série à termes positifs nun,i sont donc croissantes et majorées par βk=0+uk, qui est un réel fixé : cette série converge. Autrement dit, la série scalaire nun,i est absolument convergente, donc convergente d'après l'étape 1 (si K=R) ou l'étape 2 (si K=C).

Ceci vaut pour les p coordonnées. Le théorème de convergence coordonnée par coordonnée conclut : un converge.

Trois remarques sur cette démonstration. D'abord, l'hypothèse de dimension finie est utilisée deux fois, et de façon essentielle : pour l'équivalence des normes, et pour disposer d'un nombre fini de coordonnées. Ensuite, le théorème de la limite monotone est le seul ingrédient d'analyse : c'est lui qui contient toute la « substance » du résultat. Enfin, on retiendra le schéma général, car il se reproduit à l'identique dans plusieurs démonstrations du chapitre : se ramener aux coordonnées, puis au cas réel positif.

Méthode

Montrer qu'une série à valeurs dans E converge. Trois voies, à essayer dans cet ordre.

  1. La convergence absolue. Majorer un par le terme général d'une série convergente à termes positifs, puis invoquer le théorème ci-dessus. C'est de loin la voie la plus rapide, et la seule utilisable quand on ne sait rien calculer. Elle a un bonus : elle fournit la majoration du reste Rnk>nuk.
  2. Les coordonnées. Fixer une base, écrire les p séries scalaires, étudier chacune séparément. Voie à privilégier quand les coordonnées sont explicites et de natures visiblement différentes — c'est aussi la façon usuelle de prouver une divergence lorsque le terme général tend vers 0E, en exhibant une coordonnée divergente.
  3. Les sommes partielles explicites. Si Sn se calcule (série télescopique, série géométrique de matrices), revenir à la définition et passer à la limite. C'est la seule voie qui donne la valeur de la somme.

Le choix de la norme est libre (la nature n'en dépend pas) : prendre celle qui rend les majorations faciles, par exemple N(A)=pmaxai,j pour une série de matrices, parce qu'elle est sous-multiplicative.

Inégalité triangulaire pour les sommes

Propriété

Soit un une série absolument convergente d'un espace normé E de dimension finie. Alors

n=n0+unn=n0+un.

Démonstration. La série un converge d'après le théorème précédent, donc le membre de gauche a un sens ; notons S sa somme et Sn ses sommes partielles. L'inégalité triangulaire, appliquée à une somme finie de nn0+1 termes, donne

Snk=n0nukk=n0+uk,

la seconde majoration venant de la croissance des sommes partielles d'une série à termes positifs.

L'application xx est 1-lipschitzienne, donc continue : de SnS on tire SnS. En passant à la limite dans l'inégalité Snk=n0+uk, dont le membre de droite est une constante, on obtient le résultat.

Appliquée aux restes, cette inégalité donne la majoration d'erreur la plus utilisée du chapitre :

Rn=k=n+1+ukk=n+1+uk.

La réciproque est fausse

Exemple

La série harmonique alternée. La série n1(1)n1n converge (c'est un cas d'application du théorème spécial des séries alternées, rappelé en partie 7 ; sa somme vaut ln2, résultat de première année). Pourtant

n1(1)n1n=n11n

est la série harmonique, qui diverge. La série harmonique alternée converge donc sans converger absolument.

Définition

Une série qui converge sans converger absolument est dite semi-convergente.

L'existence de telles séries est précisément ce qui rend l'étude des séries de signe quelconque délicate : la convergence absolue est une condition suffisante de convergence, jamais nécessaire. Toute la partie 7 est consacrée à ce que l'on peut faire quand elle échoue.

Séries de matrices et d'endomorphismes

L'espace Mp(K) est de dimension finie p2 : tout ce qui précède s'y applique. Ce qui lui est propre, c'est l'existence d'une multiplication, et l'on souhaite disposer d'une norme compatible avec elle.

Définition

Une norme N sur Mp(K) est dite sous-multiplicative lorsque

A,BMp(K),N(AB)N(A)N(B).

Propriété

L'application définie pour A=(ai,j)1i,jp par

N(A)=pmax1i,jpai,j

est une norme sous-multiplicative sur Mp(K). En particulier, N(Ak)N(A)k pour tout kN.

Démonstration. C'est une norme. L'application Amaxi,jai,j est la norme infinie sur Mp(K) identifié à Kp2 ; N en est le produit par la constante p>0, donc N est encore une norme. Détaillons tout de même : N(A)0 et N(A)=0 impose ai,j=0 pour tous i,j, donc A=0 ; N(λA)=pmaxλai,j=λN(A) ; enfin ai,j+bi,jai,j+bi,jmaxk,lak,l+maxk,lbk,l pour tous i,j, et en prenant le maximum à gauche puis en multipliant par p on obtient N(A+B)N(A)+N(B).

Sous-multiplicativité. Posons C=AB, de coefficients ci,j=k=1pai,kbk,j. Pour tous i,j, l'inégalité triangulaire donne

ci,jk=1pai,kbk,jk=1p(maxr,sar,s)(maxr,sbr,s)=p(maxr,sar,s)(maxr,sbr,s).

En remplaçant maxr,sar,s par N(A)p et de même pour B, il vient

ci,jp×N(A)p×N(B)p=N(A)N(B)p.

Cette majoration valant pour tous i,j, on peut prendre le maximum puis multiplier par p :

N(C)=pmaxi,jci,jp×N(A)N(B)p=N(A)N(B).

Puissances. Une récurrence immédiate : N(A1)=N(A), et si N(Ak)N(A)k, alors N(Ak+1)=N(AkA)N(Ak)N(A)N(A)k+1.

C'est le facteur p qui rend la norme sous-multiplicative : sans lui, l'inégalité serait fausse en général, comme le montre le cas de la matrice dont tous les coefficients valent 1.

Propriété

Série géométrique de matrices. Soit AMp(K) telle que N(A)<1. Alors la série k0Ak converge absolument, la matrice IpA est inversible, et

(IpA)1=k=0+Ak.

Démonstration. Convergence. Pour k1, N(Ak)N(A)k, et N(A0)=N(Ip)=p. La série k1N(A)k est géométrique de raison N(A)[0,1[, donc converge. Par majoration des sommes partielles (croissantes, à termes positifs), la série N(Ak) converge : la série Ak est absolument convergente. Comme Mp(K) est de dimension finie, elle converge. Notons S=k=0+Ak et Sn=k=0nAk.

Identité algébrique. Pour tout n, en développant et en télescopant,

(IpA)Sn=k=0nAkk=0nAk+1=A0An+1=IpAn+1,

et de même Sn(IpA)=IpAn+1.

Passage à la limite. On a N(An+1)N(A)n+10 puisque N(A)<1, donc An+10. Par ailleurs l'application M(IpA)M est linéaire de Mp(K) dans lui-même, donc continue (toute application linéaire au départ d'un espace de dimension finie est continue, acquis du chapitre de topologie). De SnS on tire donc (IpA)Sn(IpA)S. En passant à la limite dans l'égalité (IpA)Sn=IpAn+1, on obtient

(IpA)S=Ip,

et symétriquement S(IpA)=Ip. Donc IpA est inversible d'inverse S.

Propriété

Exponentielle d'une matrice. Pour toute matrice AMp(K), la série k0Akk! converge absolument. Sa somme est notée

exp(A)=eA=k=0+Akk!.

Démonstration. Pour k1,

N ⁣(Akk!)=N(Ak)k!N(A)kk!,

et la série k0N(A)kk! converge (série exponentielle du réel positif N(A), de somme eN(A)). Les sommes partielles de N ⁣(Akk!) sont donc croissantes et majorées : la série converge. La série Akk! est absolument convergente dans l'espace de dimension finie Mp(K), donc convergente.

Propriété

Transposition aux endomorphismes. Soit E un K-espace vectoriel de dimension finie p1 et B une base de E. L'application uMatB(u) est un isomorphisme de L(E) sur Mp(K) qui transforme la composition en produit matriciel. Par transport, ν(u)=N(MatB(u)) est une norme sous-multiplicative sur L(E), et les deux énoncés précédents s'y transposent : si ν(u)<1 alors idEu est inversible d'inverse k=0+uk, et pour tout uL(E) la série ukk! converge, de somme notée exp(u).

Exemple

Un calcul complet en dimension 2. Posons

N0=(0100),de sorte queN02=(0000).

a. Exponentielle de A=(1101). On écrit A=I2+N0. Les matrices I2 et N0 commutent, donc la formule du binôme s'applique, et comme N02=0 elle se réduit à deux termes :

Ak=(I2+N0)k=j=0k(kj)N0j=I2+kN0(k0).

Par conséquent, pour tout n,

k=0nAkk!=(k=0n1k!)I2+(k=1nkk!)N0.

Or k=0n1k!e, et pour k1 on a kk!=1(k1)!, donc k=1nkk!=j=0n11j!e. Les deux suites de coefficients convergent, donc

exp(A)=eI2+eN0=(ee0e).

b. Série géométrique pour B=(1/41/401/4). Ici N(B)=2×14=12<1 : la série Bk converge et sa somme est (I2B)1. Calculons-la de deux façons, pour vérifier.

Par la série. On a B=14(I2+N0), donc Bk=4k(I2+kN0) d'après le calcul du a. Ainsi

k=0+Bk=(k=0+14k)I2+(k=0+k4k)N0=1114I2+14(114)2N0=43I2+49N0,

où l'on a utilisé k0kxk=x(1x)2 pour x<1, résultat de première année.

Par l'inverse. I2B=(3/41/403/4), de déterminant 916, donc

(I2B)1=169(3/41/403/4)=(4/34/904/3).

Les deux calculs coïncident : 43I2+49N0=(4/34/904/3).

Séries à termes positifs

Dans toute cette partie, les séries sont à termes réels positifs (au moins à partir d'un certain rang). Ce cadre est très restrictif en apparence, mais grâce au théorème de la partie 2 il gouverne tout le reste : étudier la convergence absolue d'une série quelconque, c'est étudier une série à termes positifs.

Le théorème fondamental

Propriété

Soit (un) une suite réelle positive. Alors la série un converge si et seulement si la suite (Sn) de ses sommes partielles est majorée. Dans ce cas, k=n0+uk=supnSn, et en cas de divergence Sn+.

Démonstration. Comme Sn+1Sn=un+10, la suite (Sn) est croissante. Le théorème de la limite monotone s'applique alors dans les deux sens.

Si (Sn) est majorée, étant croissante elle converge vers sa borne supérieure : la série converge et sa somme vaut supnSn.

Si (Sn) n'est pas majorée, étant croissante elle tend vers + : elle ne converge pas, et la série diverge.

Ce théorème est l'unique moteur de toute la partie : chacun des critères qui suivent consiste à majorer les sommes partielles par autre chose. On notera au passage la commodité d'écriture qu'il autorise : pour une série à termes positifs, on peut écrire un<+ pour « la série converge » et un=+ pour « elle diverge », sans jamais manipuler d'objet mal défini.

Comparaison par inégalité

Propriété

Soient (un) et (vn) deux suites réelles telles que

0unvnaˋ partir d’un certain rang n1.

Alors :

  1. si vn converge, un converge ;
  2. si un diverge, vn diverge.

De plus, si les inégalités valent pour tout nn0 et si vn converge, alors kn0ukkn0vk.

Démonstration. Quitte à décaler l'indice de départ, ce qui ne change pas la nature des séries, on peut supposer n1=n0.

1. Supposons vn convergente, de somme V. Les deux séries sont à termes positifs à partir de n0, donc leurs sommes partielles sont croissantes. Pour tout nn0,

k=n0nukk=n0nvkV,

la dernière majoration parce que les sommes partielles croissantes de vn sont majorées par leur limite. Les sommes partielles de un sont donc majorées, et le théorème fondamental donne la convergence. L'inégalité entre les sommes s'obtient en passant à la limite dans k=n0nukk=n0nvk.

2. C'est la contraposée du point 1 : si vn convergeait, un convergerait aussi.

Propriété

Comparaison par domination et par négligeabilité. Soient (un) et (vn) deux suites réelles positives à partir d'un certain rang.

  1. Si un=O(vn) et si vn converge, alors un converge.
  2. Si un=o(vn) et si vn converge, alors un converge.

Plus généralement, si (un) est à valeurs dans un espace normé E de dimension finie, si un=O(vn) avec vn0 et si vn converge, alors un converge absolument, donc converge.

Démonstration. 1. Par définition de la domination, il existe C0 et un rang n1 tels que unCvn pour nn1 ; comme un0 au-delà d'un certain rang, cela s'écrit 0unCvn. La série Cvn converge (produit par un scalaire), donc un converge par comparaison par inégalité.

2. La relation un=o(vn) entraîne un=O(vn) : on applique le point 1. On peut aussi le voir directement : il existe n1 tel que unvn pour nn1 (prendre ε=1 dans la définition du o).

Cas vectoriel. La majoration unCvn et le point 1 donnent la convergence de un, c'est-à-dire la convergence absolue de un ; le théorème de la partie 2 conclut.

Méthode

Rédiger une comparaison de séries à termes positifs. Quatre phrases, jamais moins.

  1. Annoncer le signe. « Pour nn1, on a un0 et vn0. » Sans cette phrase, aucun des théorèmes de cette partie ne s'applique, et le correcteur ne peut pas savoir si vous le savez.
  2. Écrire la relation de comparaison et la prouver : la majoration unvn se démontre (par croissances comparées, par une inégalité classique, par un développement limité), l'équivalent aussi.
  3. Nommer la série de référence et sa nature : « or 1n2 converge, série de Riemann d'exposant 2>1 ». Ne jamais écrire « série de Riemann convergente » sans donner l'exposant.
  4. Conclure dans le bon sens. Majorer sert à prouver la convergence, minorer sert à prouver la divergence. L'erreur symétrique (majorer par une série divergente, minorer par une série convergente) ne prouve strictement rien.

Un dernier réflexe utile : quand un équivalent exact est pénible à établir, une simple domination suffit souvent. Pour lnnn2, inutile de chercher un équivalent : lnn=o(n1/2) donne lnnn2=o(1n3/2), et la série converge.

Comparaison par équivalence

Propriété

Soient (un) et (vn) deux suites réelles telles que unvn et telles que vn0 à partir d'un certain rang. Alors les séries un et vn sont de même nature.

Démonstration. Par définition de l'équivalence, il existe une suite (εn) de limite nulle et un rang n1 tels que un=vn(1+εn) pour nn1. Comme εn0, il existe un rang n2n1 tel que εn12 pour nn2, et l'on peut aussi supposer vn0 pour nn2. Alors, pour nn2,

121+εn32,donc012vnun32vn,

la multiplication par vn0 conservant les inégalités. En particulier un0 pour nn2 : les deux séries sont à termes positifs.

Si vn converge, alors 32vn converge et la majoration un32vn donne la convergence de un. Si vn diverge, alors 12vn diverge et la minoration un12vn donne la divergence de un. Les deux séries ont donc même nature.

L'hypothèse de signe constant est essentielle. Sans elle, le théorème est faux, et c'est l'erreur la plus fréquente de tout le chapitre. En voici le contre-exemple à connaître par cœur.

Exemple

Deux suites équivalentes dont les séries n'ont pas la même nature. Pour n1, posons

un=(1)nnetvn=(1)nn+1n.

Elles sont équivalentes. En effet

vnun=1+1/n(1)n/n=1+(1)nnn+1,

donc vnun.

Leurs séries n'ont pas la même nature. La série un converge par le théorème spécial des séries alternées (partie 7 : la suite (1n) est positive, décroissante, de limite nulle). En revanche vn=un+1n est la somme d'une série convergente et de la série harmonique, divergente : elle diverge.

Aucune des deux suites n'est de signe constant, et la conclusion tombe. Retenez la consigne : avant d'écrire « par équivalence », vérifier et écrire que la suite de comparaison est positive à partir d'un certain rang.

Quatre natures obtenues par équivalence, avec à chaque fois la série de référence invoquée.

a. n2+3nn4+11n2, termes positifs, Riemann α=2>1 : converge.

b. 1n+n1n, termes positifs, harmonique : diverge.

c. sin1n21n2, termes positifs pour n1 : converge.

d. 1cos1n12n2, termes positifs : converge.

Dans chacun de ces quatre cas, le mot « positifs » n'est pas décoratif : c'est l'hypothèse du théorème, et elle se cite dans la copie.

La règle de d'Alembert

Propriété

Règle de d'Alembert. Soit (un) une suite réelle strictement positive à partir d'un certain rang, telle que

un+1unn+[0,+].

Alors :

  1. si <1, la série un converge ;
  2. si >1 (y compris =+), la série un diverge grossièrement ;
  3. si =1, on ne peut pas conclure : c'est le cas douteux.

Démonstration. Quitte à décaler l'indice de départ, supposons un>0 pour tout nn0.

1. Cas <1. Choisissons un réel q tel que <q<1 (par exemple q=+12). Comme un+1un et q>, il existe un rang Nn0 tel que

nN,un+1unq.

Montrons par récurrence sur nN que unuNqnN. C'est vrai pour n=N. Si c'est vrai au rang n, alors, comme un>0,

un+1qunq×uNqnN=uNqn+1N.

Ainsi 0un(uNqN)qn pour nN. La série géométrique qn converge puisque 0q<1, donc un converge par comparaison par inégalité.

2. Cas >1. Choisissons un réel q tel que 1<q< (si =+, n'importe quel q>1 convient). Il existe un rang Nn0 tel que un+1unq pour nN. La même récurrence donne

unuNqnN(nN).

Comme uN>0 et q>1, le membre de droite tend vers +, donc un+. En particulier un ne tend pas vers 0 : la série diverge grossièrement.

3. Cas =1. Il suffit d'exhiber deux séries de rapports tendant vers 1 et de natures différentes. Pour un=1nα, on a

un+1un=(nn+1)α=(1+1n)αn+1

pour tout α. Or 1n2 converge et 1n diverge. La valeur =1 ne contient donc aucune information.

Méthode

Quand utiliser la règle de d'Alembert, et quand s'en abstenir.

Utilisez-la quand le terme général est un produit ou un quotient faisant intervenir des factorielles, des puissances an ou des nn : ce sont exactement les expressions dont le quotient un+1un se simplifie massivement. Le réflexe est d'écrire le quotient, de tout simplifier avant de chercher la limite, et de conclure.

N'y touchez pas quand le terme général est une fraction rationnelle en n, ou plus généralement une expression en puissances de n et logarithmes. Dans ce cas le rapport tend toujours vers 1 et la règle ne dit rien : il faut passer par un équivalent et une série de Riemann.

Attention aux hypothèses. La règle exige un>0 à partir d'un certain rang, et l'existence de la limite du rapport. Si le rapport oscille (terme général en 2(1)n par exemple), la règle ne s'applique pas ; il faut alors majorer directement.

Exemple

Trois applications.

a. un=n!nn pour n1. Ces termes sont strictement positifs et

un+1un=(n+1)!(n+1)n+1×nnn!=(n+1)nn(n+1)n+1=(nn+1)n=(1+1n)nn+1e.

Comme 1e<1, la série n!nn converge.

b. un=(n!)2(2n)! pour n1. On calcule

un+1un=((n+1)!)2(2n+2)!×(2n)!(n!)2=(n+1)2(2n+2)(2n+1)=(n+1)22(n+1)(2n+1)=n+12(2n+1)n+14.

Comme 14<1, la série converge.

c. un=znn! pour zC. Le rapport vaut zn+10<1 : la série converge, ce qui redémontre la convergence absolue de la série exponentielle, pour tout z complexe.

Comparaison série-intégrale

L'idée est élémentaire : une somme kf(k) est une somme d'aires de rectangles de largeur 1, et si f est monotone chacun de ces rectangles s'encadre entre deux morceaux de l'aire sous la courbe. Le passage du discret au continu rend calculable ce qui ne l'était pas.

Dans toute cette partie, on ne manipule que des intégrales sur un segment. Aucune intégrale généralisée n'intervient : les limites sont prises explicitement sur la suite des intégrales (anf)n.

L'encadrement de base

Propriété

Soit aR et f:[a,+[R continue par morceaux, positive et décroissante. Alors, pour tout entier k tel que k1a,

kk+1f(t)dt  f(k)  k1kf(t)dt.

Démonstration. Les deux inégalités s'obtiennent par croissance de l'intégrale sur un segment, appliquée à des segments de longueur 1.

Inégalité de gauche. Pour tout t[k,k+1], on a tk, donc f(t)f(k) par décroissance. En intégrant cette inégalité entre fonctions continues par morceaux sur le segment [k,k+1], dont la longueur vaut 1 :

kk+1f(t)dtkk+1f(k)dt=f(k)×((k+1)k)=f(k).

Inégalité de droite. Pour tout t[k1,k], on a tk, donc f(t)f(k) par décroissance. En intégrant sur le segment [k1,k], licite puisque k1a :

k1kf(t)dtk1kf(k)dt=f(k).

Propriété

Version sommée. Sous les mêmes hypothèses, soit m un entier tel que ma. Pour tout entier nm,

mn+1f(t)dt  k=mnf(k)  f(m)+mnf(t)dt.

Démonstration. Minoration. En sommant l'inégalité de gauche f(k)kk+1f pour k allant de m à n, et par la relation de Chasles :

k=mnf(k)k=mnkk+1f(t)dt=mn+1f(t)dt.

Majoration. On isole le terme k=m, puis on somme l'inégalité de droite f(k)k1kf pour k allant de m+1 à n (chaque k vérifie bien k1ma) :

k=mnf(k)=f(m)+k=m+1nf(k)f(m)+k=m+1nk1kf(t)dt=f(m)+mnf(t)dt.

Nature de la série et suite des intégrales

Propriété

Soit f:[a,+[R continue par morceaux, positive et décroissante, et soit m un entier avec ma. Posons

In=mnf(t)dt(nm).

Alors la série nmf(n) converge si et seulement si la suite (In) est majorée, c'est-à-dire si et seulement si elle converge.

Démonstration. La suite (In) est croissante : In+1In=nn+1f0 puisque f est positive. Par le théorème de la limite monotone, elle converge si et seulement si elle est majorée. De même, la série f(n) est à termes positifs, donc elle converge si et seulement si ses sommes partielles Sn=k=mnf(k) sont majorées.

Si (In) est majorée par M. La version sommée donne Snf(m)+Inf(m)+M : les sommes partielles sont majorées, donc la série converge.

Si la série converge, de somme S. La version sommée donne In+1SnS pour tout nm, donc (In) est majorée par S.

Le théorème du défaut

L'encadrement précédent donne la nature, mais il perd de l'information. Le résultat suivant est plus fin : il dit que l'écart entre la somme discrète et l'intégrale continue est, lui, toujours convergent. C'est de là que sortira la constante d'Euler.

Propriété

Soit f:[a,+[R continue par morceaux, positive et décroissante, et soit m un entier tel que m1a. Posons

wn=f(n)n1nf(t)dt(nm).

Alors la série wn converge.

Démonstration. Signe et encadrement. L'inégalité de droite de l'encadrement de base s'écrit f(n)n1nf, donc wn0. Montrons plus précisément l'encadrement

f(n)f(n1)  wn  0.

La majoration wn0 vient d'être obtenue. Pour la minoration, on utilise la décroissance sur [n1,n] : pour t dans ce segment, f(t)f(n1), donc

n1nf(t)dtf(n1)×(n(n1))=f(n1),

d'où wn=f(n)n1nff(n)f(n1).

Conclusion. Posons θn=wn, de sorte que 0θnf(n1)f(n) : la suite (θn) est positive. La série nm(f(n1)f(n)) est télescopique, de somme partielle

k=mn(f(k1)f(k))=f(m1)f(n).

Or f est décroissante et minorée par 0 sur [a,+[, donc la suite (f(n)) est décroissante et minorée : elle converge vers un réel λ0. La somme partielle ci-dessus tend donc vers f(m1)λ : la série (f(n1)f(n)) converge.

Par comparaison de séries à termes positifs, θn converge, donc wn=θn converge.

Application 1 : la nature des séries de Riemann

Propriété

Séries de Riemann. Soit αR. La série n11nα converge si et seulement si α>1.

Démonstration. Cas α0. Alors 1nα=nα avec α0, donc 1nα1 pour tout n1 : le terme général ne tend pas vers 0 et la série diverge grossièrement.

Cas α>0. La fonction f:ttα est continue, positive et décroissante sur [1,+[ (sa dérivée αtα1 est strictement négative). On applique le critère précédent avec m=1 et l'on calcule l'intégrale sur le segment [1,n].

Si α1, une primitive de tα est t1α1α, donc

In=1ndttα=n1α11α.

Si α>1, alors 1α<0 et n1α0, donc In11α=1α1 : la suite (In) converge, donc est majorée, donc la série converge. Si 0<α<1, alors 1α>0 et n1α+, donc In+ : la suite (In) n'est pas majorée et la série diverge.

Si α=1, une primitive est ln, donc In=lnn+ : la série diverge, ce qui redonne la divergence de la série harmonique.

Au total, la série converge si et seulement si α>1.

Cet énoncé, combiné aux équivalents, règle une immense proportion des questions de nature.

a. 1n3 converge (α=3).

b. 1n1,0001 converge.

c. 1nn converge (α=32).

d. 1n0,9999 diverge.

La frontière est en α=1, et elle est du côté de la divergence : le cas α=1 diverge.

Application 2 : la constante d'Euler

Propriété

Il existe un réel γ, appelé constante d'Euler, tel que

Hn=k=1n1k=lnn+γ+o(1)(n+).

Numériquement, γ0,5772. En particulier Hnlnn.

Démonstration. Appliquons le théorème du défaut à f:t1t, continue, positive et décroissante sur [1,+[, avec m=2 (de sorte que m1=11). On pose donc, pour n2,

wn=1nn1ndtt=1n(lnnln(n1)).

Le théorème du défaut assure que la série n2wn converge ; notons W sa somme.

Calculons sa somme partielle. Par Chasles, la partie intégrale est télescopique :

k=2nwk=k=2n1kk=2n(lnkln(k1))=(Hn1)(lnnln1)=Hnlnn1.

Cette somme partielle converge vers W, donc

Hnlnnn+W+1.

Posons γ=W+1. Alors Hnlnnγ0, ce qui s'écrit exactement Hn=lnn+γ+o(1).

Enfin, Hnlnn=1+γ+o(1)lnn1 puisque lnn+, donc Hnlnn.

Ce développement asymptotique est à connaître par cœur et à savoir redémontrer : il intervient dans des dizaines d'exercices, à chaque fois qu'une somme partielle fait apparaître des 1k.

Exemple

Somme partielle de la série harmonique alternée. Pour n1, notons Tn=k=12n(1)k1k. En séparant les indices pairs des indices impairs, puis en reconstituant des H :

Tn=k=12n1k2j=1n12j=H2nHn.

En effet, retrancher deux fois les termes d'indice pair transforme les + en sur ces indices. Avec le développement précédent,

Tn=(ln(2n)+γ+o(1))(lnn+γ+o(1))=ln2+o(1)n+ln2.

On retrouve ainsi la valeur ln2 de la somme de la série harmonique alternée, annoncée en partie 2.

Application 3 : restes et sommes partielles des séries de Riemann

Propriété

Équivalent du reste, cas convergent. Soit α>1. Le reste de la série de Riemann vérifie

Rn=k=n+1+1kα  1(α1)nα1.

Démonstration. La fonction f:ttα est continue, positive, décroissante sur [1,+[. Fixons n1 et sommons l'encadrement de base pour k allant de n+1 à N, où N>n :

n+1N+1dttα  k=n+1N1kα  nNdttα,

les deux membres extrêmes s'obtenant par Chasles à partir de kkk+1f et kk1kf.

Calculons ces intégrales de segment. Comme 1α<0,

n+1N+1dttα=(N+1)1α(n+1)1α1αN+(n+1)1α1α=1(α1)(n+1)α1,

et de même nNdttα1(α1)nα1. Par ailleurs k=n+1N1kαRn quand N+, puisque la série converge. En passant à la limite quand N+ dans l'encadrement (les inégalités larges se conservent), on obtient

1(α1)(n+1)α1  Rn  1(α1)nα1.

Divisons par la quantité strictement positive 1(α1)nα1 :

(nn+1)α1  (α1)nα1Rn  1.

Le membre de gauche vaut (1+1n)(α1)1. Par encadrement, (α1)nα1Rn1, ce qui est exactement l'équivalent annoncé.

Propriété

Équivalent de la somme partielle, cas divergent. Soit 0<α<1. Alors

Sn=k=1n1kα  n1α1α.

Pour α=1, on a Sn=Hnlnn.

Démonstration. Avec f:ttα, continue positive décroissante sur [1,+[, la version sommée avec m=1 donne directement

1n+1dttα  Sn  1+1ndttα,

c'est-à-dire, puisque α1,

(n+1)1α11α  Sn  1+n1α11α.

Divisons par n1α1α, qui est strictement positif puisque 1α>0 :

(n+1n)1α1n1α  (1α)Snn1α  1αn1α+11n1α.

Comme 1α>0, on a n1α+, donc 1n1α0 ; et (1+1n)1α1. Les deux membres extrêmes tendent donc vers 1, et par encadrement (1α)Snn1α1, soit Snn1α1α.

Le cas α=1 a été traité à l'application 2.

Quatre spécialisations à savoir retrouver instantanément, en substituant la valeur de α dans les deux formules précédentes.

a. k=n+1+1k21n.

b. k=n+1+1k312n2.

c. k=1n1k2n.

d. k=1n1k1/332n2/3.

Pour c., l'exposant α=12 donne n1/21/2=2n ; pour d., l'exposant α=13 donne n2/32/3=32n2/3.

Méthode

Méthode

Mener une comparaison série-intégrale en pratique. Cinq temps, toujours les mêmes.

  1. Identifier la fonction. Écrire un=f(n) en posant explicitement f(t), l'expression du terme général où n est remplacé par la variable réelle t.
  2. Vérifier les trois hypothèses et le domaine. f continue (ou continue par morceaux), positive, décroissante — et sur quel intervalle. C'est ici que la plupart des copies perdent des points : la décroissance se démontre, en général par le signe de f.
  3. Choisir le rang de départ. Si f n'est décroissante qu'à partir d'une valeur t0, on ne travaille que sur [m,+[ avec m entier et mt0. C'est sans conséquence : la nature d'une série ne dépend pas de ses premiers termes, et les termes retirés forment une somme finie qui n'affecte ni la nature ni les équivalents de sommes partielles tendant vers l'infini.
  4. Écrire l'encadrement, puis le sommer. Toujours dans cet ordre : d'abord kk+1ff(k)k1kf, puis la somme sur k et Chasles.
  5. Calculer les intégrales de segment, puis passer à la limite. Ne jamais écrire d'intégrale entre m et + : on calcule mnf, puis on étudie la suite obtenue.

Exemple

Un cas où la monotonie n'est acquise qu'à partir d'un rang. Étudions n1lnnn.

Posons f(t)=lntt sur [1,+[ : f est continue, et positive sur cet intervalle. Sa dérivée vaut

f(t)=1t×tlntt2=1lntt2,

qui est strictement négative dès que lnt>1, c'est-à-dire t>e. La fonction f n'est donc décroissante que sur [e,+[, et comme e<3, on choisit le rang de départ entier m=3.

La version sommée donne, pour n3,

k=3nlnkk3n+1lnttdt=[(lnt)22]3n+1=(ln(n+1))2(ln3)22n++.

Les sommes partielles d'une série à termes positifs ne sont donc pas majorées : la série diverge. On aurait pu conclure plus vite par minoration (lnnn1n pour n3), mais l'encadrement donne en prime l'équivalent k=2nlnkk(lnn)22, que la minoration ne donnait pas.

Sommation des relations de comparaison

Les relations o, O et décrivent le comportement du terme général. Les théorèmes de cette partie disent quand on a le droit de les « sommer », c'est-à-dire de les transporter aux restes ou aux sommes partielles. Ce sont les outils qui produisent les développements asymptotiques de sommes, et ils sont au cœur des problèmes de concours.

Le cadre : une hypothèse de signe, toujours

Dans toute cette partie, (un) est une suite d'éléments de K (ou d'un espace normé de dimension finie, quitte à remplacer un par un), et (vn) est une suite de réels positifs à partir d'un certain rang. Cette hypothèse de signe sur la suite de comparaison n'est pas une commodité technique : sans elle, tous les énoncés qui suivent sont faux, et l'on donnera un contre-exemple explicite.

Cas convergent : on somme les restes

Propriété

Soit (vn) une suite positive telle que vn converge. Notons, pour une série convergente, Rn(u)=k=n+1+uk.

  1. Si un=o(vn), alors un converge absolument et Rn(u)=o(Rn(v)).
  2. Si un=O(vn), alors un converge absolument et Rn(u)=O(Rn(v)).
  3. Si unvn, alors un0 à partir d'un certain rang, un converge, et Rn(u)Rn(v).

Démonstration. Quitte à décaler l'indice de départ, supposons vn0 pour tout n0. On écarte le cas dégénéré où vk=0 pour tout k à partir d'un rang, cas dans lequel tous les restes considérés sont nuls et les énoncés sont vides de contenu ; en dehors de ce cas, Rn(v)>0 pour tout n.

1. Le cas o. Soit ε>0. Par définition de un=o(vn), il existe un rang N tel que

nN,unεvn.()

Retenons cette majoration () : c'est elle qui va servir deux fois.

Convergence absolue. Prenons d'abord ε=1 : il existe N1 tel que unvn pour nN1. Comme vn converge et que les deux suites sont positives, la comparaison par inégalité donne la convergence de un. La série un est donc absolument convergente, donc convergente (partie 2), et son reste Rn(u) est bien défini.

Majoration du reste. Revenons au ε initial et au rang N de (). Pour nN, tous les indices k intervenant dans le reste vérifient kn+1>N, donc () s'applique à chacun. L'inégalité triangulaire pour les sommes de séries (partie 2) donne alors

Rn(u)=k=n+1+ukk=n+1+ukk=n+1+εvk=εRn(v),

la comparaison terme à terme entre séries convergentes à termes positifs étant licite. Ainsi : pour tout ε>0, il existe N tel que Rn(u)εRn(v) pour nN. C'est exactement la définition de Rn(u)=o(Rn(v)).

2. Le cas O. Il existe C0 et un rang N tels que unCvn pour nN. La convergence absolue s'obtient comme ci-dessus par comparaison avec Cvn. Puis, pour nN, le même calcul donne

Rn(u)k=n+1+ukCk=n+1+vk=CRn(v),

c'est-à-dire Rn(u)=O(Rn(v)).

3. Le cas . Écrivons un=vn(1+εn) avec εn0. Pour n assez grand, εn12, donc un12vn0 : la suite (un) est positive à partir d'un certain rang. Le théorème d'équivalence pour les séries à termes positifs (partie 3) donne la convergence de un.

Posons dn=unvn. La relation unvn signifie précisément dn=o(vn). Le point 1 s'applique à la suite (dn) : la série dn converge et

Rn(d)=k=n+1+(ukvk)=Rn(u)Rn(v)=o(Rn(v)),

l'égalité du milieu venant de la linéarité de la somme d'une série. En divisant par Rn(v)>0 :

Rn(u)Rn(v)1n+0,

c'est-à-dire Rn(u)Rn(v).

Exemple

Un reste obtenu sans calcul. Étudions Rn=k=n+1+1k2+1.

Posons uk=1k2+1 et vk=1k2. Alors vk>0, la série vk converge, et ukvk puisque ukvk=k2k2+11. Le point 3 donne

Rnk=n+1+1k21n,

le dernier équivalent étant celui de la partie 4 avec α=2. On a obtenu l'ordre de grandeur d'un reste que l'on ne sait pas calculer, en deux lignes.

Cas divergent : on somme les sommes partielles

Propriété

Soit (vn) une suite positive telle que vn diverge. Notons Vn=k=0nvk et Un=k=0nuk.

  1. Si un=o(vn), alors Un=o(Vn).
  2. Si un=O(vn), alors Un=O(Vn).
  3. Si unvn, alors un diverge et UnVn.

On notera qu'ici, contrairement au cas convergent, on ne suppose rien sur la nature de un : les sommes partielles Un existent toujours.

Démonstration. Quitte à décaler l'indice de départ, supposons vn0 pour tout n0 : cela ne change ni la nature des séries, ni les relations de comparaison, ni les équivalents des sommes partielles, puisqu'un nombre fini de termes ne modifie une somme partielle que d'une constante. Comme vn diverge, la suite (Vn) est alors croissante et non majorée : Vn+. En particulier Vn>0 pour n assez grand.

1. Le cas o. Soit ε>0. Il existe un rang N tel que

nN,unε2vn.

Ce rang N étant désormais fixé, posons

A=k=0N1uk,

qui est une constante indépendante de n. Pour tout nN, découpons la somme partielle en le paquet des indices <N et le paquet des indices N :

Un=k=0N1uk+k=NnukA+k=NnukA+ε2k=NnvkA+ε2Vn,

la dernière majoration parce que k=NnvkVn, les termes retranchés étant positifs.

C'est ici qu'intervient l'ingrédient décisif : le terme de tête A est fixé, tandis que Vn tend vers +. Il existe donc un rang NN tel que

nN,Vn2Aε+1,doncAε2Vn.

Pour nN, on obtient alors

Unε2Vn+ε2Vn=εVn.

Ceci vaut pour tout ε>0, donc Un=o(Vn).

2. Le cas O. Il existe C0 et N tels que unCvn pour nN. Le même découpage donne, pour nN,

UnA+CVn.

Comme Vn+, il existe N tel que Vn1 pour nN, donc AAVn et

Un(A+C)Vn(nmax(N,N)),

c'est-à-dire Un=O(Vn).

3. Le cas . Comme au point 3 du cas convergent, un12vn0 à partir d'un certain rang, et le théorème d'équivalence pour les séries à termes positifs montre que un diverge. Posons dn=unvn=o(vn). Le point 1 appliqué à (dn) donne

UnVn=k=0ndk=o(Vn).

En divisant par Vn, strictement positif pour n grand, il vient UnVn10, soit UnVn.

L'hypothèse de signe est indispensable

Exemple

Contre-exemple, cas convergent. Reprenons les suites de la partie 3 :

un=(1)nn+1netvn=(1)nn(n1).

On a unvn et la série vn converge, mais (vn) n'est pas de signe constant. La conclusion du théorème tombe de la façon la plus brutale possible : la série un diverge, donc son reste n'existe même pas et il ne peut être équivalent à quoi que ce soit.

Exemple

Contre-exemple, cas divergent. Pour n2, posons

vn=(1)n+1netun=1n.

La série vn diverge et ses sommes partielles tendent vers +. En effet

Vn=k=2n(1)k+k=2n1k,

où la première somme vaut 0 ou 1 selon la parité de n, et la seconde vaut Hn1=lnn+γ1+o(1). Donc Vnlnn+.

On a bien un=o(vn). Pour n2, vn11n12, donc

unvn2nn+0.

Et pourtant la conclusion est fausse. La somme partielle de un vaut Un=k=2n1k2n (partie 4). Or

UnVn2nlnnn++,

par croissances comparées. Loin d'être négligeable devant Vn, la somme Un est infiniment plus grande. La suite (vn) n'est pas de signe constant, et tout s'effondre.

La leçon est simple et sans exception : on ne somme des relations de comparaison que par rapport à une suite positive. Dans une copie, cette hypothèse se cite explicitement au moment où on l'utilise.

Méthode

Méthode

Obtenir un développement asymptotique d'une somme partielle ou d'un reste. Trois étapes, dans cet ordre.

  1. Développer le terme général à l'ordre voulu, en isolant les morceaux dont on connaît la somme. Typiquement un=an+bn+o(cn)an se somme exactement (télescopique, géométrique, harmonique via γ), où bn est un terme correctif, et où cn est positif.
  2. Sommer chaque morceau séparément, en choisissant le bon théorème pour chacun : somme exacte pour les termes connus, et pour le o, le théorème du cas convergent (on somme les restes) si cn converge, celui du cas divergent (on somme les sommes partielles) si cn diverge. Vérifier à voix haute que la suite de comparaison est positive.
  3. Recoller les morceaux et vérifier la cohérence des ordres de grandeur : le terme d'erreur final doit être négligeable devant le dernier terme conservé, sans quoi le développement n'a pas de sens.

Le piège classique de l'étape 2 est de vouloir sommer les restes d'une série divergente, ou les sommes partielles d'une série convergente. Regardez d'abord la nature de cn, elle décide seule du théorème à employer.

Deux exemples traités

Exemple

Équivalent de k=2n1klnk. Montrons que cette somme partielle est équivalente à ln(lnn).

Choix de la suite de comparaison. Posons, pour k3,

uk=1klnketvk=k1kdttlnt.

La fonction f:t1tlnt est continue, strictement positive et décroissante sur [2,+[ (produit de deux fonctions positives croissantes au dénominateur). En particulier vk>0 pour k3.

Les deux suites sont équivalentes. L'encadrement de base de la partie 4, appliqué à f pour k3 (de sorte que k12), donne

1klnk=f(k)k1kf(t)dt=vkf(k1)=1(k1)ln(k1).

En divisant par uk>0 :

1vkukklnk(k1)ln(k1)=kk1×lnkln(k1)k+1,

car kk11 et lnkln(k1)=1+lnkk1ln(k1)1. Par encadrement, vkuk1, donc ukvk.

La série de comparaison diverge. Par Chasles, la somme partielle de vk est télescopique en intégrale :

k=3nvk=2ndttlnt=[ln(lnt)]2n=ln(lnn)ln(ln2)n++,

puisqu'une primitive de 1tlnt sur [2,+[ est tln(lnt). Donc vk diverge, et ses termes sont positifs.

Conclusion par sommation des équivalents. Le théorème du cas divergent, point 3, s'applique :

k=3n1klnk  k=3nvk=ln(lnn)ln(ln2)  ln(lnn),

le dernier équivalent parce que ln(lnn)+ et que l'on retranche une constante. Enfin, ajouter le terme d'indice k=2, qui est une constante, ne change pas l'équivalent d'une quantité tendant vers l'infini :

k=2n1klnk  ln(lnn).

Au passage, on a redémontré que la série 1nlnn diverge, très lentement : comme k=2n1klnk=ln(lnn)+c+o(1) avec c0,79, il faut n de l'ordre de ee9,2 pour que la somme atteigne seulement 10.

Exemple

Un développement asymptotique en trois étapes. Cherchons un équivalent de Sn=k=1n(1kln(1+1k)).

Étape 1 : développer le terme général. Le développement limité ln(1+x)=xx22+o(x2) en 0, appliqué à x=1k0, donne

uk=1kln(1+1k)=1k(1k12k2+o(1k2))=12k2+o(1k2)12k2.

Étape 2 : identifier la nature. La suite de comparaison 12k2 est positive et sa série converge (Riemann, α=2). On est donc dans le cas convergent : c'est la série uk elle-même qui converge, et Sn tend vers une limite finie S.

Étape 3 : conclure sur le reste. Ce n'est donc pas Sn qu'il faut estimer, mais son reste. Le théorème du cas convergent, point 3, donne

SSn=k=n+1+uk  k=n+1+12k2=12k=n+1+1k2  12n.

On lit là un enseignement de méthode : l'étape 2 a changé la question. Chercher un équivalent d'une somme partielle qui converge n'a aucun sens ; c'est la vitesse de convergence, donc le reste, qui porte l'information.

Le théorème de Cesàro

Énoncé et démonstration

Propriété

Théorème de Cesàro. Soit (un)n1 une suite d'éléments d'un espace vectoriel normé E de dimension finie (en particulier R ou C), convergeant vers E. Alors la suite des moyennes de Cesàro

Cn=1nk=1nuk

converge également vers .

Démonstration. Comme 1nk=1n=, on peut écrire

Cn=1nk=1n(uk),

et il s'agit de montrer que Cn0.

Soit ε>0. Comme un, il existe un rang N1 tel que

kN,ukε2.

Ce rang N étant fixé, posons

A=k=1N1uk,

constante indépendante de n (somme finie). Pour nN, découpons la somme en deux paquets et appliquons l'inégalité triangulaire :

Cn1nk=1N1uk+1nk=NnukAn+1n×(nN+1)×ε2.

Comme nN+1n, le second terme est majoré par ε2, d'où

CnAn+ε2.

Le premier paquet contient un nombre fixé de termes, divisé par n : il tend vers 0. Précisément, il existe un rang NN tel que Anε2 pour nN (prendre N>2Aε). Alors

nN,Cnε2+ε2=ε.

Ceci vaut pour tout ε>0, donc Cn.

Le mécanisme est exactement celui de la sommation des relations de comparaison en cas divergent : on isole un paquet de tête de taille fixe, on le rend négligeable en divisant par n, et l'on contrôle le reste par la convergence. C'est un schéma de démonstration à posséder.

La réciproque est fausse

Exemple

Prenons un=(1)n pour n1. La somme k=1n(1)k vaut 1 si n est impair et 0 si n est pair ; dans les deux cas elle est bornée par 1 en valeur absolue, donc

Cn=1nk=1n(1)k1nn+0.

Les moyennes de Cesàro convergent vers 0, alors que la suite ((1)n) diverge. La moyenne lisse les oscillations : elle peut converger sans que la suite le fasse.

Corollaire 1 : des accroissements à la suite

Propriété

Soit (un)n0 une suite d'éléments de E (de dimension finie) telle que un+1un. Alors

unnn+.

En particulier, si 0 et si E=R, alors unn.

Démonstration. Posons dk=ukuk1 pour k1. Par hypothèse, dk. Le théorème de Cesàro appliqué à la suite (dk)k1 donne

1nk=1ndkn+.

Or la somme est télescopique : k=1n(ukuk1)=unu0. Donc

unu0nn+.

Comme u0 est un vecteur fixé, u0n0E, et par somme unn.

Si de plus 0 et les termes sont réels, alors unn1, ce qui s'écrit unn.

Corollaire 2 : la version multiplicative

Propriété

Soit (un)n1 une suite de réels strictement positifs telle que

un+1unn+>0.

Alors unnn+.

Démonstration. Comme les un sont strictement positifs, on peut poser an=lnun. Alors

an+1an=lnun+1lnun=lnun+1un.

Par hypothèse un+1un avec >0, et la fonction ln est continue en (qui appartient bien à R+), donc

an+1ann+ln.

Le corollaire 1 donne alors annln, c'est-à-dire lnunnln. Enfin,

unn=un1/n=exp(lnunn)n+exp(ln)=

par continuité de l'exponentielle.

Exemple

Un équivalent classique de n!n. Posons un=n!nn, strictement positif pour n1. Le calcul fait à la partie 3 donne

un+1un=(nn+1)n=exp(nln(1+1n))n+e1,

puisque nln(1+1n)1. Comme e1>0, le corollaire 2 s'applique :

unn=n!nnn+1e,c’est-aˋ-diren!n  ne.

On obtient ainsi, sans la formule de Stirling, l'ordre de grandeur de n!n.

Méthode : reconnaître une situation de Cesàro

Méthode

Suites récurrentes du type un+1=f(un) tendant vers 0. Quand l'énoncé demande un équivalent de un et que la convergence vers 0 est établie, le schéma est presque toujours le suivant.

  1. Chercher le bon exposant. On teste vn=1unβ (ou lnun, selon la forme de f) et l'on calcule vn+1vn à l'aide d'un développement limité de f en 0. L'exposant β est celui qui fait apparaître une limite finie non nulle c pour vn+1vn.
  2. Appliquer le corollaire 1 : vn+1vnc donne vnnc, donc vncn.
  3. Revenir à un en inversant la substitution.

Ce schéma s'appelle parfois « théorème de Cesàro appliqué aux accroissements » ; c'est l'unique outil du programme pour obtenir la vitesse de convergence d'une suite récurrente.

Exemple

La suite un+1=sin(un). Soit u0]0,π2] et un+1=sin(un).

Convergence vers 0. Pour x]0,π2], on a sinx]0,1]]0,π2], donc par récurrence un]0,π2] pour tout n. De plus sinx<x pour x>0, donc la suite est strictement décroissante et minorée par 0 : elle converge vers un réel L0. Par continuité de sin, L=sinL, ce qui impose L=0.

Recherche de l'exposant. Le développement limité sinx=xx36+o(x3) donne, en posant x=un0,

un+12=un2(1un26+o(un2))2=un2(1un23+o(un2)),

puis, en passant à l'inverse et en utilisant 11y=1+y+o(y) avec y=un23+o(un2)0,

1un+12=1un2(1+un23+o(un2))=1un2+13+o(1).

Donc, avec vn=1un2 (bien défini puisque un>0),

vn+1vnn+13.

Conclusion. Le corollaire 1 donne vnn13, soit vnn3, c'est-à-dire un23n. Comme un>0,

un  3n.

Séries de signe quelconque

Quand la convergence absolue échoue, il reste peu d'outils au programme de MP, mais ils suffisent aux situations classiques. Cette partie rappelle le principal, acquis en première année, et démonte le piège qui coûte le plus de points aux concours.

Le théorème spécial des séries alternées

Propriété

Théorème spécial des séries alternées (TSSA), acquis de MPSI/MP2I. Soit (an)nn0 une suite réelle telle que :

  1. an0 pour tout nn0 ;
  2. (an) est décroissante ;
  3. ann+0.

Alors la série nn0(1)nan converge. De plus, en notant S sa somme, Sn ses sommes partielles et Rn=SSn ses restes :

  • Rn est du signe de son premier terme (1)n+1an+1 ;
  • Rnan+1 ;
  • S est du signe de (1)n0an0 et San0.

Démonstration. Quitte à décaler, prenons n0=0 et posons Sn=k=0n(1)kak. Étudions les deux suites extraites (S2n) et (S2n+1).

(S2n) est décroissante. En effet

S2n+2S2n=(1)2n+1a2n+1+(1)2n+2a2n+2=a2n+2a2n+10,

par décroissance de (an).

(S2n+1) est croissante. De même,

S2n+3S2n+1=a2n+2a2n+30.

Leur différence tend vers 0. On a S2n+1S2n=(1)2n+1a2n+1=a2n+10 par l'hypothèse 3.

Les suites (S2n) et (S2n+1) sont donc adjacentes : elles convergent vers une même limite S, et l'on a pour tout n

S2n+1SS2n.

Comme les suites extraites d'indices pairs et impairs convergent vers la même limite, la suite (Sn) converge vers S : la série converge.

Signe et majoration du reste. Pour les indices pairs, R2n=SS2n0 d'après l'encadrement, et

R2n=SS2nS2n+1S2n=a2n+1.

Donc a2n+1R2n0 : le reste est négatif, comme son premier terme (1)2n+1a2n+1=a2n+1, et R2na2n+1.

Pour les indices impairs, R2n+1=SS2n+10, et

R2n+1=SS2n+1S2n+2S2n+1=a2n+2.

Donc 0R2n+1a2n+2 : le reste est positif, comme son premier terme (1)2n+2a2n+2, et R2n+1a2n+2.

Dans les deux cas, Rn est du signe de (1)n+1an+1 et Rnan+1.

Encadrement de la somme. En appliquant ce qui précède au « reste d'ordre n01 », c'est-à-dire à S elle-même, on obtient que S est du signe de (1)n0an0 et que San0.

Exemple

Trois séries alternées.

a. n1(1)nn : la suite (1n) est positive, décroissante, de limite nulle. La série converge, et l'erreur commise en s'arrêtant au rang n est majorée par 1n+1.

b. n1(1)nn : mêmes vérifications, la série converge. Elle ne converge pas absolument (α=12), elle est donc semi-convergente.

c. n2(1)nlnn : la suite (1lnn)n2 est positive, décroissante et de limite nulle. La série converge, très lentement.

Méthode

Rédiger une application du TSSA. Trois vérifications, chacune écrite, aucune sous-entendue.

  1. Mettre la série sous la forme (1)nan, en identifiant explicitement an, qui doit être positif.
  2. Démontrer la décroissance de (an) : par le signe de an+1an, par le quotient an+1an, ou par la décroissance d'une fonction associée (étude de f). Ne jamais écrire « évidemment décroissante ».
  3. Établir an0.

Attention : si la décroissance n'est acquise qu'à partir d'un rang n1, on applique le théorème à la série nn1, ce qui suffit pour la nature.

Le piège des équivalents, développé

Le TSSA a une contrepartie dangereuse : il donne l'impression qu'une série « alternée » converge toujours, et il incite à remplacer le terme général par un équivalent avant de l'appliquer. C'est faux, et voici l'exemple à retenir.

Exemple

Une série équivalente à une série convergente, et pourtant divergente. Pour n2, posons

un=(1)nn+(1)n.

Un équivalent tentant. Comme n+(1)nn, on a

un(1)nn,

et la série (1)nn converge par le TSSA. Beaucoup de copies concluent ici que un converge. C'est faux, parce que la suite de comparaison n'est pas de signe constant.

Le calcul correct : un développement asymptotique. Écrivons, avec x=(1)nn0 et 11+x=1x+x2+o(x2) :

un=(1)nn×11+(1)nn=(1)nn(1(1)nn+1n+o(1n)),

en utilisant x2=1n. En développant, et puisque (1)2n=1 :

un=(1)nnseˊrie convergente  1nseˊrie divergente + (1)nn3/2+o(1n3/2)seˊrie absolument convergente.

Conclusion. Le premier morceau donne une série convergente (TSSA). Le troisième morceau est dominé par 1n3/2, dont la série de Riemann converge (α=32>1) : sa série converge absolument. Mais le deuxième morceau est 1n, dont la série diverge. Somme d'une convergente et d'une divergente : la série un diverge.

Retenez la morale : devant une série de signe non constant, un équivalent ne prouve rien. Il faut développer, et le terme « suivant » — ici 1n — est précisément celui qui décide.

Que faire devant une série de signe non constant

Méthode

Stratégie en trois temps.

  1. Essayer la convergence absolue. Étudier un avec tous les outils des parties 3 et 4. Si elle converge, c'est terminé : la série converge (partie 2), et l'on dispose en prime de la majoration Rnk>nuk. Ce premier réflexe règle la majorité des cas, par exemple pour sinnn2, puisque sinnn21n2.
  2. Si la convergence absolue échoue, développer. Écrire un développement asymptotique du terme général en séparant une partie alternée (dont la série converge par le TSSA) et des parties de signe constant (dont on étudie la série par comparaison). La nature de un se lit alors sur la somme des morceaux, en se rappelant que convergente + divergente = divergente. Pousser le développement jusqu'à obtenir un reste dont la série converge absolument.
  3. Si le terme général est directement de la forme (1)nan avec (an) positive décroissante de limite nulle, appliquer le TSSA — mais après avoir vérifié les trois hypothèses, en particulier la décroissance, qui est très souvent en défaut quand an contient un logarithme ou une racine mêlés.

Le seul cas où l'étape 2 échoue est celui où le développement fait apparaître une partie alternée dont la suite associée n'est pas monotone. Ce cas est hors des attendus du programme.

Une remarque honnête

Propriété

Le programme de MP ne fait pas de l'étude systématique des séries semi-convergentes un objectif, et les outils spécialisés qui permettraient d'aller plus loin sont hors programme. Concrètement, une série de signe quelconque rencontrée en exercice se traite toujours par l'une des trois voies de la méthode ci-dessus, et les énoncés de concours sont construits pour cela.

Il est utile de le savoir : devant une série de signe non constant qui ne cède ni à la convergence absolue, ni à un développement, ni au TSSA, il faut soupçonner une erreur de calcul plutôt qu'un outil manquant.

Plan d'attaque : déterminer la nature d'une série

Méthode

L'arbre de décision. Face à une série un inconnue, les questions se posent toujours dans cet ordre. Passer à la suivante seulement si la précédente n'a pas conclu.

1. Le terme général tend-il vers 0 ? Trois secondes de calcul. Si un ne tend pas vers 0, la série diverge grossièrement et tout est fini. C'est la seule étape qui permette de conclure à la divergence sans rien connaître de la série.

2. Le terme général est-il de signe constant à partir d'un certain rang ? Cette question commande tout le reste, car les théorèmes de comparaison et de sommation l'exigent. Si le signe n'est pas constant, aller directement au point 7.

3. Reconnaît-on une série de référence, ou une somme télescopique ? Géométrique, Riemann, exponentielle : conclusion immédiate. Terme général de la forme an+1an : écrire la somme partielle, simplifier, passer à la limite — et l'on obtient en prime la valeur de la somme.

4. Un équivalent simple s'impose-t-il ? C'est le cas le plus fréquent. Chercher un équivalent de un de la forme Cnα à l'aide des développements limités usuels, puis conclure par les séries de Riemann. Écrire explicitement que la suite de comparaison est positive. En cas d'échec, essayer une simple domination ou une négligeabilité, souvent plus rapide qu'un équivalent exact.

5. Y a-t-il des factorielles ou des puissances an ? Alors la règle de d'Alembert : calculer un+1un, simplifier complètement, chercher la limite. Rappel : inutile sur une fraction rationnelle, où le rapport tend toujours vers 1.

6. Le terme général s'écrit-il f(n) avec f positive décroissante ? Comparaison série-intégrale : encadrer f(k) par deux intégrales de segment, sommer, calculer, passer à la limite. C'est la voie obligée pour les séries de Bertrand et pour tout terme général contenant des logarithmes au dénominateur.

7. Signe non constant : convergence absolue, puis développement, puis TSSA. Tester d'abord un. En cas d'échec, développer asymptotiquement en séparant partie alternée et partie de signe constant, en poussant jusqu'à un reste absolument convergent. En dernier recours, si la forme (1)nan apparaît directement, vérifier les trois hypothèses du TSSA.

Et si la question porte sur un ordre de grandeur plutôt que sur la nature : série convergente, on cherche un équivalent du reste (sommation des relations de comparaison, cas convergent, ou comparaison série-intégrale) ; série divergente, on cherche un équivalent de la somme partielle (cas divergent).

Les séries de référence

Série Nature
n0xn, xK converge $\iff
n11nα (Riemann) converge     α>1
n0znn! converge pour tout z, somme ez
n21nα(lnn)β (Bertrand) converge     α>1, ou α=1 et β>1

Les séries de Bertrand ne sont pas au programme comme résultat de cours : elles doivent être redémontrées à chaque usage. Pour α1, on compare à une série de Riemann d'exposant intermédiaire (par exemple 1nα(lnn)β=o(1nα) avec 1<α<α si α>1) ; pour α=1, on procède par comparaison série-intégrale avec f(t)=1t(lnt)β, dont une primitive est ln(lnt) si β=1 et (lnt)1β1β sinon.

Les résultats asymptotiques à connaître par cœur

Situation Résultat
Série harmonique Hn=lnn+γ+o(1), donc Hnlnn
Reste de Riemann, α>1 k>n1kα1(α1)nα1
Somme partielle, 0<α<1 k=1n1kαn1α1α
Factorielle n!nne

Les erreurs classiques

  1. Conclure à la convergence parce que le terme général tend vers 0. La condition est nécessaire, jamais suffisante : la série harmonique est là pour le rappeler. La réciproque n'existe pas.
  2. Utiliser un équivalent sans hypothèse de signe. C'est l'erreur la plus lourdement sanctionnée du chapitre. (1)nn et (1)nn+1n sont équivalentes et leurs séries n'ont pas la même nature. Avant tout usage d'un équivalent : écrire « la suite (vn) est positive à partir du rang … ».
  3. Manipuler k=0+uk avant d'avoir prouvé la convergence. Une somme infinie n'existe pas tant que la convergence n'est pas établie ; les calculs faits sur un objet inexistant ne valent rien, même s'ils « donnent le bon résultat ».
  4. Appliquer d'Alembert à une fraction rationnelle. Le rapport tend vers 1, la règle est muette, et le temps est perdu. Réflexe : fractions rationnelles et logarithmes relèvent des équivalents et de Riemann ; factorielles et exponentielles relèvent de d'Alembert.
  5. Oublier de vérifier la décroissance dans le TSSA ou dans une comparaison série-intégrale. C'est l'hypothèse la plus souvent fausse, et la seule qui demande une vraie démonstration (signe de la dérivée, ou signe de an+1an).
  6. Confondre les deux versants de la sommation des relations de comparaison. Série de comparaison convergente : on somme les restes. Série de comparaison divergente : on somme les sommes partielles. Chercher un équivalent de la somme partielle d'une série convergente n'a aucun sens, puisqu'elle tend vers une constante.
  7. Croire que change quelque chose en dimension finie. Nature de la série, convergence absolue, valeur de la somme : rien ne dépend de la norme choisie. En revanche, choisir la bonne norme (par exemple N(A)=pmaxai,j pour les matrices, parce qu'elle est sous-multiplicative) peut rendre un calcul trivial.

Bloqué sur « Séries numériques et vectorielles » ?

On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.