ECG approfondies · Chapitre 06 · Premier semestre

Probabilités sur un ensemble fini

1re année

Événements, probabilité, conditionnement, indépendance, variables aléatoires finies, lois usuelles.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Événements
  • Probabilité
  • Conditionnement
  • Indépendance
  • Variables aléatoires finies
  • Lois usuelles

Vous avez déjà calculé des probabilités au lycée : des dés, des urnes, des arbres pondérés, une formule des probabilités totales appliquée sans être démontrée, et la loi binomiale utilisée comme une recette. Ce chapitre reprend tout cela et lui donne un cadre. La différence tient en une phrase : à partir d'aujourd'hui, une probabilité n'est plus « une proportion de cas favorables », c'est une application définie sur l'ensemble des parties d'un ensemble fini Ω, soumise à deux axiomes, et absolument tous les résultats du chapitre se démontrent à partir de ces deux axiomes.

Ce basculement change la nature du travail. Un exercice de probabilités de première année comporte presque toujours deux étapes bien distinctes, et l'essentiel des erreurs vient de leur confusion. La première est la modélisation : choisir l'univers Ω, nommer les événements, décider quelles hypothèses d'équiprobabilité ou d'indépendance on s'autorise. Cette étape n'est pas un calcul, c'est une traduction, et elle relève du bon sens autant que des mathématiques. La seconde est le calcul : une fois le modèle posé, on applique des théorèmes, et il n'y a plus de place pour l'intuition. Un modèle mal posé produit un calcul irréprochable qui donne un résultat faux ; c'est la faute la plus fréquente et la plus coûteuse aux concours.

Le plan suit cette logique. On met d'abord en place le vocabulaire des événements, qui est du vocabulaire ensembliste rebaptisé : le dictionnaire de traduction est le premier outil du chapitre. On définit ensuite ce qu'est une probabilité et on en déduit toutes les propriétés de calcul, dont la formule du crible. Vient alors le conditionnement, c'est-à-dire la façon de réviser une probabilité quand une information arrive, avec les trois formules qui structurent la moitié des exercices : probabilités composées, probabilités totales, formule de Bayes. L'indépendance suit, avec ses pièges. La seconde moitié du chapitre remplace les événements par des nombres : une variable aléatoire transporte l'expérience dans R, ce qui permet de résumer un phénomène par deux nombres, l'espérance et la variance. On termine par les trois lois finies à connaître par cœur : Bernoulli, binomiale, uniforme.

Deux avertissements sur le cadre. D'une part, l'univers Ω est fini dans tout le chapitre, sans aucune exception : c'est ce qui permet de prendre pour événements toutes les parties de Ω et de ne manipuler que des sommes finies, donc de ne rien admettre. Le second semestre reprendra la théorie sur un univers quelconque. D'autre part, on n'étudiera jamais ici deux variables aléatoires « ensemble » : quand deux variables X et Y se rencontreront dans ce chapitre, ce sera uniquement par la linéarité de l'espérance, ou parce qu'un calcul direct donne la loi de la variable qui nous intéresse. L'étude simultanée de plusieurs variables relève elle aussi du second semestre. En revanche, l'indépendance d'événements, elle, est au programme et sera utilisée constamment.

Un mot enfin sur le dénombrement. Les calculs de ce chapitre en réclament, mais on s'en tiendra à ce que vous savez déjà : le nombre n!, les coefficients binomiaux (nk), la formule de Pascal et la formule du binôme de Newton. Il n'y aura pas de théorie du dénombrement, seulement trois modèles de tirage à connaître comme des outils.

Voici les notations employées dans tout le chapitre.

Notation Signification
Ω univers : ensemble fini et non vide des résultats de l'expérience
ω un résultat, ou issue ; {ω} est un événement élémentaire
P(Ω) ensemble des parties de Ω : les événements
événement impossible
A événement contraire de A
AB, AB événements « A et B », « A ou B »
AB « A et pas B », c'est-à-dire AB
Card(A) nombre d'éléments de l'ensemble fini A
P(A) probabilité de l'événement A
PA(B) probabilité de B sachant A
[ ⁣[a,b] ⁣] ensemble des entiers k tels que akb
1A indicatrice de l'événement A
X(Ω) ensemble des valeurs prises par la variable aléatoire X
(X=k), (Xk) événements « X vaut k », « X est au plus égal à k »
E(X), V(X), σ(X) espérance, variance, écart-type de X
fin d'une démonstration

Expérience aléatoire, univers et événements

Expérience aléatoire et univers

Définition

Une expérience aléatoire est une expérience dont on connaît à l'avance tous les résultats possibles, mais dont on ne peut pas prévoir lequel sera obtenu.

L'ensemble de ces résultats possibles s'appelle l'univers de l'expérience ; on le note Ω. Dans tout ce chapitre, Ω est un ensemble fini et non vide. Un élément ω de Ω s'appelle un résultat, ou une issue.

Exemple

a. On lance un dé à six faces et on note le numéro obtenu : Ω=[ ⁣[1,6] ⁣], et Card(Ω)=6.

b. On lance trois fois une pièce et on note la suite des résultats : Ω={P,F}3, dont les éléments sont les mots de trois lettres comme PFP. On a Card(Ω)=23=8.

c. On prélève 20 pièces dans une production et on compte celles qui sont défectueuses : Ω=[ ⁣[0,20] ⁣], et Card(Ω)=21.

d. Une urne contient 10 boules numérotées ; on en tire 3 simultanément et on note l'ensemble des numéros obtenus : Ω est l'ensemble des parties à 3 éléments de [ ⁣[1,10] ⁣], et Card(Ω)=(103)=120.

Le choix de Ω n'est jamais imposé par l'énoncé : c'est une décision de modélisation. Pour la même expérience « on lance trois fois une pièce », on peut prendre Ω={P,F}3 (on retient l'ordre des résultats) ou Ω=[ ⁣[0,3] ⁣] (on ne retient que le nombre de piles). Ces deux univers sont corrects, mais ils ne permettent pas de répondre aux mêmes questions, et surtout, comme on le verra, l'hypothèse d'équiprobabilité est légitime sur le premier et fausse sur le second. La règle pratique est la suivante : choisir l'univers le plus détaillé compatible avec l'expérience, quitte à ne pas utiliser tout ce détail ensuite.

Événements

Définition

On appelle événement toute partie de Ω, c'est-à-dire tout élément de P(Ω).

Un événement A est réalisé par le résultat ω lorsque ωA.

Un événement réduit à un seul résultat, c'est-à-dire de la forme {ω}, est dit élémentaire. L'événement Ω est l'événement certain, l'événement est l'événement impossible.

Le point à retenir est qu'un événement est un ensemble. Tout le vocabulaire probabiliste se lit donc en langage ensembliste, et réciproquement : c'est un simple dictionnaire, mais il faut le manier sans hésitation.

Langage des probabilités Écriture ensembliste
événement certain Ω
événement impossible
A et B sont réalisés AB
A ou B est réalisé (sens inclusif) AB
A n'est pas réalisé A
A est réalisé mais pas B AB, noté aussi AB
si A est réalisé, alors B l'est AB
A et B ne peuvent pas se produire ensemble AB=
aucun des A1,,An n'est réalisé A1An
au moins un des A1,,An est réalisé A1An
tous les A1,,An sont réalisés A1An

Ce tableau est le prolongement direct des connecteurs logiques : l'intersection traduit le « et », la réunion traduit le « ou » inclusif (un « ou » mathématique n'exclut jamais que les deux soient vrais), le passage au contraire traduit la négation. Les lois de De Morgan, vues au chapitre de logique, en sont la conséquence la plus utile.

Propriété

Lois de De Morgan. Pour tous événements A et B, et plus généralement pour A1,,An :

AB=AB,AB=AB,A1An=A1An,A1An=A1An.

En langage courant : le contraire de « au moins un est réalisé » est « aucun n'est réalisé », et le contraire de « tous sont réalisés » est « au moins un ne l'est pas ». C'est la remarque la plus rentable de tout le chapitre : dès qu'un énoncé contient les mots « au moins un », le réflexe est de passer au contraire.

Définition

Deux événements A et B sont dits incompatibles (ou disjoints) lorsque AB=, c'est-à-dire lorsqu'ils ne peuvent pas être réalisés simultanément.

Des événements A1,,An sont dits deux à deux incompatibles lorsque AiAj= pour tous indices ij.

Méthode

Traduire un énoncé en événements. La traduction se fait toujours dans le même ordre.

  1. Nommer les événements simples, par une phrase complète et sans ambiguïté : « A : la première boule tirée est blanche ». Un événement mal nommé se paye trois lignes plus loin.
  2. Repérer les mots-clés : « et » donne , « ou » donne , « ne pas » donne le contraire, « au moins un » donne une réunion, « aucun » et « tous » donnent des intersections.
  3. Écrire l'événement demandé comme une combinaison des événements nommés, sans phrase intermédiaire.
  4. Vérifier sur un cas : un résultat particulier de l'expérience réalise-t-il bien l'événement écrit lorsqu'il réalise l'énoncé ?

Exemple

On lance un dé équilibré à six faces. On pose A : « le résultat est pair », B : « le résultat est au moins égal à 4 », C : « le résultat est un multiple de 3 ». Ainsi A={2,4,6}, B={4,5,6} et C={3,6}.

a. AB={4,6}.

b. AB={2,4,5,6}.

c. A={1,3,5}.

d. AB={2}.

e. BC={6}, donc B et C ne sont pas incompatibles.

f. ABC={1} : c'est l'événement « aucun des trois n'est réalisé ».

Systèmes complets d'événements

Définition

Soit n un entier naturel non nul. Une famille (A1,A2,,An) d'événements est un système complet d'événements lorsque :

  • les Ai sont deux à deux incompatibles : AiAj= pour ij ;
  • leur réunion est l'univers tout entier : A1A2An=Ω.

Autrement dit, un système complet découpe Ω en morceaux qui ne se chevauchent pas et qui ne laissent rien de côté : quel que soit le résultat de l'expérience, un et un seul des Ai est réalisé. C'est exactement l'idée d'une disjonction de cas exhaustive, transportée dans le langage des événements.

Exemple

a. Pour tout événement A, la famille (A,A) est un système complet. C'est le plus utilisé de tous.

b. Si Ω={ω1,,ωN}, la famille des événements élémentaires ({ω1},,{ωN}) est un système complet : c'est le découpage le plus fin possible.

c. Pour un lancer de dé, ({1,2},{3,4},{5,6}) est un système complet, mais ({1,2},{2,3},{4,5,6}) n'en est pas un : les deux premiers ne sont pas incompatibles.

d. La famille ({1,2},{3,4}) n'est pas un système complet : la réunion n'est pas Ω.

La définition n'interdit pas qu'un des Ai soit impossible, ni qu'il soit de probabilité nulle une fois la probabilité choisie ; on évitera cependant d'en faire figurer sans nécessité, car ces événements ne servent à rien dans les formules. Les systèmes complets sont l'outil central des deux formules les plus importantes du chapitre : la formule des probabilités totales, et le système complet associé à une variable aléatoire.

Probabilité sur P(Ω)

Définition

Définition

Soit Ω un univers fini. On appelle probabilité sur P(Ω) toute application

P:P(Ω)[0,1]

vérifiant les deux axiomes suivants :

  • (normalisation) P(Ω)=1 ;
  • (additivité) pour tous événements A et B incompatibles, P(AB)=P(A)+P(B).

Le couple (Ω,P) s'appelle un espace probabilisé fini. Le réel P(A) est la probabilité de l'événement A.

Tout tient dans ces deux lignes : une probabilité est une façon de répartir une masse totale égale à 1 sur les résultats de l'expérience, de sorte que la masse d'une réunion de morceaux disjoints soit la somme des masses. Toutes les propriétés qui suivent en découlent, sans hypothèse supplémentaire.

Propriété

Additivité finie. Si A1,A2,,An sont des événements deux à deux incompatibles, alors

P(i=1nAi)=i=1nP(Ai).

En particulier, si (A1,,An) est un système complet d'événements, alors i=1nP(Ai)=1.

Démonstration. Par récurrence sur n1. Pour n=1 il n'y a rien à démontrer, et le cas n=2 est l'axiome d'additivité.

Hérédité. Soit n2 ; supposons la propriété vraie au rang n et donnons-nous A1,,An+1 deux à deux incompatibles. Posons B=A1An. Les événements B et An+1 sont incompatibles : en effet

BAn+1=(i=1nAi)An+1=i=1n(AiAn+1)=,

car chaque AiAn+1 est vide pour in. L'axiome d'additivité donne alors P(BAn+1)=P(B)+P(An+1), et l'hypothèse de récurrence fournit P(B)=i=1nP(Ai). En reportant, on obtient la formule au rang n+1.

Conclusion. La propriété est vraie pour tout n1. Le cas d'un système complet s'en déduit : la réunion vaut Ω, donc la somme des probabilités vaut P(Ω)=1.

Premières propriétés de calcul

Propriété

Soit P une probabilité sur P(Ω), et soient A et B deux événements.

a. P()=0.

b. P(A)=1P(A).

c. Si AB, alors P(BA)=P(B)P(A).

d. Croissance. Si AB, alors P(A)P(B).

Démonstration. a. Les événements Ω et sont incompatibles, puisque Ω=, et leur réunion vaut Ω. L'additivité donne P(Ω)=P(Ω)+P(), d'où P()=0.

b. Les événements A et A sont incompatibles et leur réunion vaut Ω. Donc P(A)+P(A)=P(Ω)=1.

c. Supposons AB. Alors B=A(BA), et cette réunion est disjointe puisque BA=BA ne rencontre pas A. L'additivité donne P(B)=P(A)+P(BA), d'où le résultat en retranchant P(A).

d. Avec les notations précédentes, P(B)P(A)=P(BA)0, car une probabilité est à valeurs dans [0,1]. Donc P(A)P(B).

Exemple

Dans une entreprise, on choisit un salarié au hasard. On note A l'événement « le salarié est cadre » et B l'événement « le salarié a plus de dix ans d'ancienneté ». On sait que P(A)=0,22 et P(B)=0,45.

La probabilité que le salarié ne soit pas cadre vaut P(A)=10,22=0,78. Si de plus tous les cadres ont plus de dix ans d'ancienneté, c'est-à-dire si AB, alors la probabilité qu'il ait plus de dix ans d'ancienneté sans être cadre vaut P(BA)=0,450,22=0,23.

Une probabilité est déterminée par les événements élémentaires

Propriété

Soit Ω={ω1,ω2,,ωN} un univers fini et soit P une probabilité sur P(Ω). Alors, pour tout événement A,

P(A)=ωAP({ω}).

Réciproquement, si p1,p2,,pN sont des réels positifs de somme 1, il existe une unique probabilité P sur P(Ω) telle que P({ωi})=pi pour tout i.

Démonstration. Premier point. Soit A un événement. Si A=, la somme est vide et vaut 0=P(). Sinon, écrivons A={ωi1,,ωik}. Les événements élémentaires {ωi1},,{ωik} sont deux à deux incompatibles, puisque deux singletons distincts sont disjoints, et leur réunion est A. L'additivité finie donne exactement la formule annoncée.

Réciproque, unicité. Elle est contenue dans le premier point : la connaissance des P({ωi}) détermine P(A) pour tout A, donc deux probabilités qui coïncident sur les événements élémentaires sont égales.

Réciproque, existence. Définissons P(A)=ωiApi pour toute partie A de Ω. Cette somme est positive comme somme de réels positifs, et elle est majorée par i=1Npi=1 car on ajoute des termes positifs : ainsi P est bien à valeurs dans [0,1]. On a P(Ω)=i=1Npi=1. Enfin, si A et B sont incompatibles, aucun indice i ne vérifie à la fois ωiA et ωiB, donc la somme portant sur AB se scinde en la somme sur A plus la somme sur B : P(AB)=P(A)+P(B). L'application P est donc une probabilité, et P({ωi})=pi par construction.

Cette propriété est le mode d'emploi de la modélisation : pour définir une probabilité sur un univers fini, il suffit d'attribuer un poids à chaque résultat, ces poids étant positifs et de somme 1. Rien d'autre n'est à vérifier.

Exemple

Un dé est truqué de sorte que la face 6 ait deux fois plus de chances de sortir que chacune des autres faces. On cherche la probabilité d'obtenir un résultat pair.

Notons p la probabilité commune des faces 1 à 5 ; celle de la face 6 vaut 2p. La somme des poids vaut 1, donc 5p+2p=1, soit p=17. Ainsi

P({1})==P({5})=17,P({6})=27.

L'événement « le résultat est pair » est A={2,4,6}, donc

P(A)=17+17+27=47.

On notera que le résultat diffère de 12 : l'équiprobabilité n'a pas lieu ici, et le comptage des cas favorables serait faux.

Formule du crible pour deux et trois événements

Propriété

Formule du crible, ou de Poincaré, pour deux événements. Pour tous événements A et B,

P(AB)=P(A)+P(B)P(AB).

Démonstration. Décomposons la réunion en deux morceaux disjoints :

AB=A(BA),avecA(BA)=.

L'additivité donne P(AB)=P(A)+P(BA).

Il reste à exprimer P(BA). Or B se décompose lui aussi en deux morceaux disjoints, selon que le résultat appartient ou non à A :

B=(AB)(BA),avec(AB)(BA)=,

d'où P(B)=P(AB)+P(BA), c'est-à-dire P(BA)=P(B)P(AB). En reportant dans la première égalité, on obtient la formule.

L'interprétation est limpide : en additionnant P(A) et P(B), on compte deux fois les résultats qui réalisent à la fois A et B ; on retire donc une fois P(AB). Si A et B sont incompatibles, le terme correctif est nul et l'on retrouve l'additivité.

Propriété

Sous-additivité. Pour tous événements A et B, P(AB)P(A)+P(B).

Démonstration. Immédiat à partir du crible : P(AB)=P(A)+P(B)P(AB) et P(AB)0.

Propriété

Formule du crible pour trois événements. Pour tous événements A, B et C,

P(ABC)=P(A)+P(B)+P(C)P(AB)P(AC)P(BC)+P(ABC).

Démonstration. On applique la formule du crible à deux événements, d'abord à AB et C :

P(ABC)=P((AB)C)=P(AB)+P(C)P((AB)C).

Le premier terme se développe par le crible : P(AB)=P(A)+P(B)P(AB).

Pour le dernier, la distributivité de l'intersection sur la réunion donne

(AB)C=(AC)(BC),

et une nouvelle application du crible, aux deux événements AC et BC, donne

P((AB)C)=P(AC)+P(BC)P((AC)(BC)).

Or (AC)(BC)=ABC, puisque CC=C. En reportant les deux développements :

P(ABC)=(P(A)+P(B)P(AB))+P(C)(P(AC)+P(BC)P(ABC)),

ce qui est exactement la formule annoncée après suppression des parenthèses.

Exemple

Une banque étudie sa clientèle. Un client est choisi au hasard ; on note A, B et C les événements « il détient un livret d'épargne », « il détient une assurance-vie », « il détient un crédit immobilier ». Le service statistique fournit

P(A)=0,50,P(B)=0,40,P(C)=0,30,P(AB)=0,20,P(AC)=0,15,P(BC)=0,12,P(ABC)=0,05.

La probabilité qu'un client détienne au moins un de ces trois produits vaut

P(ABC)=(0,50+0,40+0,30)(0,20+0,15+0,12)+0,05=1,200,47+0,05=0,78.

La probabilité qu'il n'en détienne aucun vaut donc 10,78=0,22.

Le programme limite explicitement la formule du crible à deux et trois événements. Au-delà, on ne cherche pas à généraliser : on passe à l'événement contraire, ou l'on découpe le problème à l'aide d'un système complet.

Équiprobabilité

Définition

On dit qu'il y a équiprobabilité sur l'univers fini Ω lorsque tous les événements élémentaires ont la même probabilité. La probabilité P est alors appelée probabilité uniforme sur Ω.

Propriété

Dans une situation d'équiprobabilité sur un univers Ω de cardinal N1, on a P({ω})=1N pour tout ω, et pour tout événement A :

P(A)=Card(A)Card(Ω)=nombre de cas favorablesnombre de cas possibles.

Démonstration. Notons p la valeur commune des P({ω}). Les événements élémentaires forment un système complet, donc la somme de leurs probabilités vaut 1 : on obtient Np=1, soit p=1N. Pour un événement A quelconque, la formule de décomposition sur les événements élémentaires donne

P(A)=ωAP({ω})=ωA1N=Card(A)N.

L'équiprobabilité n'est jamais une propriété automatique : c'est une hypothèse de modélisation, que l'énoncé suggère par des mots comme « au hasard », « équilibré », « bien mélangées », « indiscernables au toucher ». En rédaction, on l'annonce explicitement par une phrase du type : « les boules étant indiscernables au toucher, on munit Ω de la probabilité uniforme ».

Exemple

Un modèle correct et un modèle faux. On lance deux dés équilibrés et l'on s'intéresse à la somme S des deux résultats.

Modèle faux. On prend Ω1=[ ⁣[2,12] ⁣], l'ensemble des sommes possibles, muni de l'équiprobabilité. Il vient P(S=7)=111. Ce résultat est faux, car les onze sommes n'ont aucune raison d'avoir la même probabilité.

Modèle correct. On prend Ω2=[ ⁣[1,6] ⁣]2, l'ensemble des couples de résultats, avec Card(Ω2)=36. Les dés étant équilibrés et lancés indépendamment, l'équiprobabilité est ici légitime. L'événement (S=7) correspond aux couples (1,6), (2,5), (3,4), (4,3), (5,2), (6,1), soit six cas favorables :

P(S=7)=636=16.

De même P(S=2)=136, alors que le modèle faux donnait encore 111.

Moralité. L'équiprobabilité se pose sur l'univers détaillé, celui qui distingue les dés, jamais sur un univers déjà résumé.

Les trois modèles de tirage

Dans une situation d'équiprobabilité, tout le travail consiste à compter. On se limitera aux trois protocoles suivants, qui couvrent la quasi-totalité des énoncés ; les nombres indiqués sont ceux de l'univers détaillé correspondant, pour un tirage de k objets dans un ensemble de n objets discernables.

Protocole Nature d'un résultat Nombre de résultats
k tirages successifs avec remise liste ordonnée, répétitions possibles nk
k tirages successifs sans remise liste ordonnée sans répétition n!(nk)!
tirage simultané de k objets partie à k éléments (nk)

Les deux derniers protocoles supposent kn. Dans le cas des tirages sans remise, on retrouve le nombre annoncé en construisant le résultat étape par étape : n choix pour le premier objet, n1 pour le deuxième, et ainsi de suite, soit

n(n1)(nk+1)=n!(nk)!.

Un tirage simultané revient à un tirage successif sans remise dont on oublie l'ordre : c'est pourquoi les probabilités calculées dans ces deux modèles coïncident dès que l'événement étudié ne fait pas intervenir l'ordre. On choisit alors le modèle qui rend le comptage le plus simple.

Méthode

Calculer une probabilité par dénombrement.

  1. Décrire l'univers détaillé en une phrase, et préciser le protocole : avec remise, sans remise, ou simultané.
  2. Justifier l'équiprobabilité par les termes de l'énoncé.
  3. Compter Card(Ω) à l'aide du tableau ci-dessus.
  4. Compter les cas favorables en construisant le résultat favorable par étapes, et en multipliant les nombres de choix à chaque étape.
  5. Conclure par le quotient, et simplifier la fraction.

Exemple

Une urne contient 10 boules indiscernables au toucher : 6 blanches et 4 noires. On en tire 3 simultanément. L'univers est l'ensemble des parties à 3 éléments, de cardinal (103)=120, et l'équiprobabilité est légitime.

a. Les trois boules sont blanches. Il faut choisir 3 boules parmi les 6 blanches : (63)=20 cas favorables, d'où une probabilité de 20120=16.

b. Exactement deux boules blanches. On choisit 2 blanches parmi 6 et 1 noire parmi 4 : (62)(41)=15×4=60 cas, d'où une probabilité de 60120=12.

c. Au moins une boule noire. L'événement contraire est « les trois sont blanches », de probabilité 16. La probabilité cherchée vaut donc 116=56.

d. Aucune boule noire parmi trois tirages successifs avec remise. Ici Card(Ω)=103=1000 et le nombre de cas favorables est 63=216, d'où une probabilité de 2161000=0,216.

On remarquera que la réponse a vaut aussi 610×59×48=16 : c'est le calcul en tirages successifs sans remise, que la formule des probabilités composées justifiera dans la section suivante.

Probabilités conditionnelles

Définition

Une information partielle modifie une probabilité. Si l'on sait déjà que l'événement A est réalisé, les résultats extérieurs à A deviennent impossibles, et il faut redistribuer la masse totale 1 sur A seul : c'est exactement ce que fait la définition suivante.

Définition

Soient A et B deux événements, avec P(A)0. On appelle probabilité de B sachant A le réel

PA(B)=P(AB)P(A).

La notation P(BA) se rencontre dans d'autres ouvrages ; on emploiera systématiquement PA(B), qui a l'avantage de faire apparaître PA comme une probabilité à part entière. L'hypothèse P(A)0 est indispensable : conditionner par un événement de probabilité nulle n'a aucun sens.

Exemple

On lance un dé équilibré. Soit A : « le résultat est pair », et B : « le résultat est au moins égal à 4 ». On a P(A)=36=12 et AB={4,6}, donc P(AB)=26=13. Ainsi

PA(B)=1/31/2=23.

Sachant que le résultat est pair, il y a deux chances sur trois qu'il soit au moins égal à 4, alors que sans information cette probabilité valait P(B)=12. L'information a modifié la probabilité.

La probabilité conditionnelle est une probabilité

Propriété

Soit A un événement de probabilité non nulle. L'application

PA:P(Ω)[0,1],BP(AB)P(A)

est une probabilité sur P(Ω).

Démonstration. Les valeurs sont dans [0,1]. Le quotient est positif comme quotient de deux réels positifs, le dénominateur étant strictement positif. De plus ABA, donc par croissance P(AB)P(A), et en divisant par P(A)>0 on obtient PA(B)1.

Normalisation. PA(Ω)=P(AΩ)P(A)=P(A)P(A)=1.

Additivité. Soient B et C deux événements incompatibles. Les événements AB et AC sont alors incompatibles eux aussi, car (AB)(AC)BC=. Par distributivité, A(BC)=(AB)(AC), donc l'additivité de P donne

PA(BC)=P(AB)+P(AC)P(A)=PA(B)+PA(C).

Les deux axiomes sont vérifiés : PA est une probabilité.

Cette propriété n'est pas une curiosité théorique, c'est un outil de calcul quotidien : tous les résultats démontrés jusqu'ici s'appliquent à PA. En particulier, pour tous événements B et C :

a. PA()=0 et PA(A)=1.

b. PA(B)=1PA(B).

c. PA(BC)=PA(B)+PA(C)PA(BC).

d. Si BC, alors PA(B)PA(C).

En revanche, rien ne relie PA(B) et PA(B) : l'égalité PA(B)=1PA(B) est fausse en général. Le passage au contraire est licite sur l'événement conditionné, jamais sur l'événement conditionnant.

Formule des probabilités composées

Propriété

Cas de deux événements. Si P(A)0, alors

P(AB)=P(A)×PA(B).

Cas général. Soient A1,A2,,An des événements tels que P(A1A2An1)0. Alors

P(i=1nAi)=P(A1)×PA1(A2)×PA1A2(A3)××PA1An1(An).

Démonstration. Le cas de deux événements est la définition de PA(B), multipliée par P(A).

Observons d'abord que l'hypothèse rend tous les conditionnements licites : pour 1kn1, on a l'inclusion A1An1A1Ak, donc par croissance

P(A1Ak)P(A1An1)>0.

Démontrons la formule par récurrence sur n2.

Initialisation. Pour n=2, c'est le cas déjà traité.

Hérédité. Soit n2 ; supposons la formule vraie au rang n pour toute famille d'événements vérifiant l'hypothèse. Donnons-nous A1,,An+1 tels que P(A1An)0, et posons B=A1An. Comme P(B)0, le cas de deux événements donne

P(BAn+1)=P(B)×PB(An+1).

Par ailleurs P(A1An1)P(B)>0, donc l'hypothèse de récurrence s'applique à A1,,An et fournit

P(B)=P(A1)×PA1(A2)××PA1An1(An).

En reportant, et en remarquant que PB(An+1)=PA1An(An+1), on obtient la formule au rang n+1.

Conclusion. La formule est vraie pour tout n2.

C'est la formule des expériences en chaîne : chaque facteur est la probabilité de l'étape suivante, sachant tout ce qui s'est passé avant.

Exemple

Une urne contient 6 boules blanches et 4 boules noires. On tire successivement et sans remise trois boules. Notons Bi l'événement « la i-ème boule tirée est blanche ».

La probabilité d'obtenir trois boules blanches est

P(B1B2B3)=P(B1)×PB1(B2)×PB1B2(B3)=610×59×48=120720=16.

Après un premier tirage blanc, il reste 9 boules dont 5 blanches, d'où le deuxième facteur ; après deux tirages blancs, il reste 8 boules dont 4 blanches, d'où le troisième. On retrouve le résultat obtenu par dénombrement dans le modèle simultané, ce qui est rassurant : les deux modèles décrivent la même expérience.

L'arbre pondéré

L'arbre est la mise en forme graphique de la formule des probabilités composées ; il n'a rien d'un objet nouveau, mais il évite les oublis. Ses trois règles sont les suivantes.

Méthode

Les règles de l'arbre.

  1. Somme des branches issues d'un même nœud. Elle vaut toujours 1 : ces branches portent les probabilités d'un système complet, conditionnées par tout ce qui précède.
  2. Probabilité d'un chemin. C'est le produit des probabilités portées par ses branches ; c'est la formule des probabilités composées.
  3. Probabilité d'un événement. C'est la somme des probabilités des chemins qui le réalisent ; c'est la formule des probabilités totales.

Attention : la première branche porte une probabilité simple, toutes les suivantes portent des probabilités conditionnelles.

Exemple

Une entreprise fabrique une pièce sur deux machines. La machine M1 assure 60 % de la production et produit 3 % de pièces défectueuses ; la machine M2 assure les 40 % restants et produit 5 % de pièces défectueuses. On prélève une pièce au hasard et l'on note D l'événement « la pièce est défectueuse ».

L'énoncé fournit P(M1)=0,6, P(M2)=0,4, PM1(D)=0,03 et PM2(D)=0,05. L'arbre comporte quatre chemins.

Chemin Probabilité du chemin
M1 puis D 0,6×0,03=0,018
M1 puis D 0,6×0,97=0,582
M2 puis D 0,4×0,05=0,020
M2 puis D 0,4×0,95=0,380

La somme des quatre vaut bien 1, ce qui constitue une vérification. La probabilité qu'une pièce soit défectueuse est la somme des deux chemins menant à D :

P(D)=0,018+0,020=0,038.

Formule des probabilités totales

Propriété

Formule des probabilités totales. Soit (A1,A2,,An) un système complet d'événements. Pour tout événement B,

P(B)=i=1nP(BAi).

Si de plus P(Ai)0 pour tout i, alors

P(B)=i=1nP(Ai)PAi(B).

Démonstration. Puisque la réunion des Ai vaut Ω, la distributivité donne

B=BΩ=B(i=1nAi)=i=1n(BAi).

Ces événements sont deux à deux incompatibles : pour ij, on a (BAi)(BAj)AiAj=. L'additivité finie donne alors P(B)=i=1nP(BAi).

Si tous les Ai sont de probabilité non nulle, la formule des probabilités composées donne P(BAi)=P(Ai)PAi(B) pour chaque i, d'où la seconde écriture.

Exemple

Cas le plus fréquent : le système complet (A,A). Si 0<P(A)<1, alors pour tout événement B,

P(B)=P(A)PA(B)+P(A)PA(B).

C'est la formule utilisée dans l'exemple des deux machines, avec A=M1 :

P(D)=0,6×0,03+0,4×0,05=0,038.

Lorsque certains Ai sont de probabilité nulle, la première écriture reste valable telle quelle : les termes correspondants sont nuls, puisque BAiAi entraîne P(BAi)P(Ai)=0. On peut donc toujours se ramener à la seconde écriture en ne conservant que les indices i pour lesquels P(Ai)0.

Méthode

Conditionner par un système complet. C'est la méthode reine dès qu'une expérience se déroule en deux temps, ou qu'une information manque.

  1. Repérer l'information manquante : « de quelle machine vient la pièce ? », « quelle urne a-t-on choisie ? », « le client est-il déjà assuré ? ».
  2. Construire le système complet correspondant à cette information : les cas possibles, deux à deux incompatibles, couvrant toutes les situations.
  3. Vérifier que l'énoncé donne bien les P(Ai) et les PAi(B) : ce sont les données naturelles d'un énoncé de probabilités, exprimées en pourcentages.
  4. Appliquer la formule et calculer.
  5. Contrôler : le résultat est une probabilité, donc un réel de [0,1], et il doit se situer entre le plus petit et le plus grand des PAi(B).

Exemple

Deux urnes sont posées sur une table. L'urne U1 contient 3 boules rouges et 2 vertes ; l'urne U2 contient 1 rouge et 4 vertes. On lance un dé équilibré : si le résultat est 6, on tire une boule dans U1, sinon on tire une boule dans U2. Quelle est la probabilité de tirer une boule rouge ?

Notons A l'événement « on tire dans U1 », de probabilité 16, et R l'événement « la boule tirée est rouge ». Le couple (A,A) est un système complet. L'énoncé donne PA(R)=35 et PA(R)=15. D'où

P(R)=16×35+56×15=330+530=830=415.

Le résultat est bien compris entre 15 et 35, ce qui constitue un contrôle.

Formule de Bayes

Les probabilités totales calculent la probabilité d'une conséquence à partir de celle des causes. La formule de Bayes fait le chemin inverse : elle calcule la probabilité d'une cause sachant la conséquence observée.

Propriété

Formule de Bayes. Soient A et B deux événements de probabilités non nulles. Alors

PB(A)=P(A)PA(B)P(B).

Version avec un système complet. Si (A1,,An) est un système complet d'événements de probabilités non nulles et si P(B)0, alors pour tout indice j :

PB(Aj)=P(Aj)PAj(B)i=1nP(Ai)PAi(B).

Démonstration. Par définition de la probabilité conditionnelle, puis par la formule des probabilités composées appliquée à AB :

PB(A)=P(AB)P(B)=P(A)PA(B)P(B).

Pour la seconde version, on applique la première avec A=Aj, et l'on remplace le dénominateur P(B) par son expression donnée par la formule des probabilités totales.

Méthode

Inverser un conditionnement. L'énoncé donne des probabilités « dans un sens » et en demande une « dans l'autre sens ». On ne cherche jamais à retenir la formule de Bayes telle quelle : on la reconstruit en trois lignes.

  1. Écrire la définition : PB(A)=P(AB)P(B).
  2. Calculer le numérateur par les probabilités composées, dans le sens où l'énoncé donne les données : P(AB)=P(A)PA(B).
  3. Calculer le dénominateur par les probabilités totales, avec le système complet des causes.

Exemple

Suite de l'exemple des deux machines. On a prélevé une pièce et elle est défectueuse. Quelle est la probabilité qu'elle provienne de la machine M1 ?

On cherche PD(M1). Le numérateur a déjà été calculé : P(M1D)=0,6×0,03=0,018. Le dénominateur aussi : P(D)=0,038. Donc

PD(M1)=0,0180,038=1838=9190,474.

Ainsi, 47,4 % des pièces défectueuses viennent de M1, alors que M1 fabrique 60 % des pièces : l'observation d'un défaut rend la machine M2 relativement plus suspecte, ce qui est cohérent avec son taux de défaut plus élevé.

Exemple

Un résultat contre-intuitif. Un organisme contrôle des déclarations. Une déclaration sur cinquante est frauduleuse, soit une proportion de 0,02. Un algorithme signale 95 % des déclarations frauduleuses, mais signale aussi, à tort, 10 % des déclarations honnêtes.

Notons F l'événement « la déclaration est frauduleuse » et S « la déclaration est signalée ». On a P(F)=0,02, PF(S)=0,95 et PF(S)=0,10. Les probabilités totales donnent

P(S)=0,02×0,95+0,98×0,10=0,019+0,098=0,117,

puis la formule de Bayes

PS(F)=0,0190,117=191170,162.

Une déclaration signalée n'a donc qu'environ 16 % de chances d'être frauduleuse : les fraudes sont si rares que les fausses alertes, prélevées sur une population très nombreuse, sont cinq fois plus nombreuses que les vraies. Confondre PF(S) et PS(F) est l'erreur la plus classique du chapitre.

Indépendance

Indépendance de deux événements

Définition

Deux événements A et B sont dits indépendants pour la probabilité P lorsque

P(AB)=P(A)×P(B).

Propriété

Soient A et B deux événements, avec P(A)0. Alors

A et B sont indeˊpendants    PA(B)=P(B).

Démonstration. Comme P(A)0, on peut diviser par P(A) dans une équivalence :

P(AB)=P(A)P(B)    P(AB)P(A)=P(B)    PA(B)=P(B).

C'est la lecture intuitive de la notion : savoir que A est réalisé ne change pas la probabilité de B. On retiendra cependant la définition sous sa forme produit, qui est symétrique en A et B et qui ne suppose aucune probabilité non nulle.

L'indépendance est une propriété numérique, relative à la probabilité choisie ; elle n'exprime aucune absence de lien causal, et elle peut disparaître si l'on change de probabilité sur le même univers.

Exemple

L'indépendance dépend de la probabilité. Prenons Ω={1,2,3,4}, A={1,2} et B={1,3}.

Avec la probabilité uniforme. P(A)=P(B)=12 et P(AB)=P({1})=14=12×12 : les événements A et B sont indépendants.

Avec une autre probabilité. Munissons Ω des poids P({1})=0,4, P({2})=0,1, P({3})=0,2 et P({4})=0,3, dont la somme vaut bien 1. Alors P(A)=0,5, P(B)=0,6 et P(AB)=0,4, tandis que P(A)P(B)=0,30. Les mêmes événements ne sont plus indépendants.

Propriété

Piège fondamental. Soient A et B deux événements incompatibles, de probabilités non nulles. Alors A et B ne sont pas indépendants.

Démonstration. L'incompatibilité donne P(AB)=P()=0, tandis que P(A)P(B)>0 comme produit de deux réels strictement positifs. Les deux quantités diffèrent.

Incompatibles et indépendants sont donc deux notions non seulement différentes, mais en un sens opposées : si A et B sont incompatibles, la réalisation de A interdit celle de B, ce qui est une dépendance très forte. Confondre les deux mots est une faute lourde.

Propriété

Si A et B sont indépendants, alors les couples (A,B), (A,B) et (A,B) sont formés d'événements indépendants.

Démonstration. Supposons P(AB)=P(A)P(B). Les événements AB et AB sont incompatibles, et leur réunion vaut B, puisque B=(AB)(AB). L'additivité donne donc

P(AB)=P(B)P(AB)=P(B)P(A)P(B)=P(B)(1P(A))=P(A)P(B).

Ainsi A et B sont indépendants. En échangeant les rôles de A et B, on obtient l'indépendance de A et B. Enfin, en appliquant le premier résultat au couple indépendant (A,B), on obtient celle de A et B.

Indépendance mutuelle

Définition

Les événements A1,A2,,An sont dits mutuellement indépendants lorsque, pour toute partie I de [ ⁣[1,n] ⁣] contenant au moins deux éléments,

P(iIAi)=iIP(Ai).

Il ne suffit donc pas de vérifier l'égalité pour l'intersection de tous les événements, ni même pour tous les couples : toutes les sous-familles doivent la vérifier. Pour trois événements A, B, C, cela fait quatre égalités : les trois égalités deux à deux, et P(ABC)=P(A)P(B)P(C).

Propriété

Si A1,,An sont mutuellement indépendants, alors ils sont deux à deux indépendants. La réciproque est fausse.

Exemple

Deux à deux n'implique pas mutuellement. On lance deux fois une pièce équilibrée : Ω={P,F}2, muni de l'équiprobabilité, avec Card(Ω)=4. Posons

  • A : « le premier lancer donne pile » ;
  • B : « le second lancer donne pile » ;
  • C : « les deux lancers donnent le même résultat ».

Chacun de ces trois événements contient deux issues, donc P(A)=P(B)=P(C)=12. Par ailleurs, chacune des intersections AB, AC et BC est réduite à l'issue (P,P), donc de probabilité 14=12×12 : les trois événements sont deux à deux indépendants.

Pourtant ABC est encore réduit à (P,P), donc

P(ABC)=1418=P(A)P(B)P(C).

Les trois événements ne sont donc pas mutuellement indépendants, ce qui se comprend : A et B réalisés entraînent C.

Propriété

Passage aux contraires (admis). Si A1,,An sont mutuellement indépendants, alors les événements B1,,Bn le sont encore, où chaque Bi désigne soit Ai, soit son contraire Ai.

Le cas n=2 a été démontré plus haut ; le cas général se traite par une récurrence sur le nombre de contraires substitués, et sa démonstration n'est pas exigible. Le résultat, lui, sert constamment : c'est lui qui autorise à écrire, pour des événements mutuellement indépendants,

P(A1A2An)=i=1n(1P(Ai)),

donc à calculer une probabilité du type « au moins un des Ai est réalisé » par passage au contraire.

Méthode

« Au moins un » avec des événements mutuellement indépendants.

  1. Traduire : « au moins un » est le contraire de « aucun ».
  2. Écrire P(A1An)=1P(A1An) par la loi de De Morgan.
  3. Utiliser l'indépendance mutuelle des contraires pour transformer l'intersection en produit.
  4. Conclure : P(A1An)=1i=1n(1P(Ai)).

En pratique, l'indépendance mutuelle n'est presque jamais démontrée : elle est posée comme hypothèse de modélisation, sous la forme « les épreuves sont indépendantes », « les composants tombent en panne indépendamment les uns des autres », « les tirages ont lieu avec remise ». Cette hypothèse doit être écrite explicitement dans la rédaction, car c'est elle qui autorise les produits.

Exemple

Un dispositif comporte 50 composants montés en série : il fonctionne si et seulement si tous les composants fonctionnent. Chaque composant fonctionne avec la probabilité 0,99, et l'on suppose que les composants sont mutuellement indépendants.

Notons Fi l'événement « le composant numéro i fonctionne ». La probabilité que le dispositif fonctionne vaut

P(F1F50)=0,99500,605.

La probabilité qu'au moins un composant soit défaillant vaut donc environ 10,605=0,395. Une fiabilité de 99 % par composant conduit à une panne dans près de 40 % des cas : la mise en série est très défavorable.

Variables aléatoires réelles finies

Définition et notations

Compter, mesurer, gagner ou perdre de l'argent : dans la plupart des situations, ce qui intéresse n'est pas le résultat brut de l'expérience, mais un nombre attaché à ce résultat. C'est l'objet des variables aléatoires.

Définition

Soit (Ω,P) un espace probabilisé fini. On appelle variable aléatoire réelle sur Ω toute application

X:ΩR.

L'ensemble des valeurs prises par X, c'est-à-dire l'image X(Ω), est un ensemble fini de réels, puisque Ω est fini.

Le mot « variable » est trompeur : une variable aléatoire est une application, pas un nombre. La lettre X désigne la règle qui, à chaque résultat ω, associe le réel X(ω).

Définition

Soit X une variable aléatoire sur Ω, soit x un réel et soit I une partie de R. On note :

(XI)={ωΩ  ;  X(ω)I},(X=x)={ωΩ  ;  X(ω)=x},(Xx)={ωΩ  ;  X(ω)x}.

Ce sont des parties de Ω, donc des événements. On définit de même (X<x), (Xx) et (X>x).

Il faut lire ces notations comme des abréviations : (X=3) n'est pas une équation, c'est l'ensemble des résultats de l'expérience pour lesquels X vaut 3. Toutes les règles de calcul sur les événements s'y appliquent, par exemple

(X2)(X=3)=(X3)si X est aˋ valeurs entieˋres,(Xx)=(X>x).

Exemple

On lance deux dés équilibrés et l'on note S la somme des deux résultats. On prend Ω=[ ⁣[1,6] ⁣]2 muni de l'équiprobabilité, et S(i,j)=i+j pour tout couple (i,j) de Ω. Alors S est une variable aléatoire, avec S(Ω)=[ ⁣[2,12] ⁣], et

(S=4)={(1,3),(2,2),(3,1)},doncP(S=4)=336=112.

De même (S3)={(1,1),(1,2),(2,1)}, donc P(S3)=336=112.

Système complet associé et loi d'une variable aléatoire

Propriété

Soit X une variable aléatoire sur Ω, et soit X(Ω)={x1,x2,,xr} l'ensemble de ses valeurs, deux à deux distinctes. Alors la famille

((X=x1),(X=x2),,(X=xr))

est un système complet d'événements.

Démonstration. Incompatibilité. Soient ij. Si un résultat ω appartenait à (X=xi)(X=xj), on aurait X(ω)=xi et X(ω)=xj, donc xi=xj, ce qui est exclu. L'intersection est donc vide.

Réunion. Soit ωΩ. Le réel X(ω) appartient à X(Ω) par définition de l'image, donc il existe un indice i tel que X(ω)=xi, c'est-à-dire ω(X=xi). La réunion des (X=xi) est donc Ω tout entier.

Ce système complet est l'outil de travail permanent de la seconde moitié du chapitre : c'est lui qu'on utilise dans la formule des probabilités totales lorsque le conditionnement se fait selon la valeur prise par une variable.

Définition

On appelle loi de probabilité de la variable aléatoire X la donnée :

  • de l'ensemble X(Ω) des valeurs prises par X ;
  • des probabilités P(X=x) pour chaque valeur x de X(Ω).

Propriété

Avec les notations précédentes, i=1rP(X=xi)=1.

Démonstration. Les événements (X=xi) forment un système complet, et la somme des probabilités d'un système complet vaut 1.

Cette égalité est la vérification obligatoire de tout calcul de loi : une loi dont les probabilités ne somment pas à 1 est fausse, sans exception. On présente en général une loi sous forme de tableau.

Exemple

On lance deux dés équilibrés et l'on note X le plus grand des deux résultats. Alors X(Ω)=[ ⁣[1,6] ⁣]. Pour k[ ⁣[1,6] ⁣], l'événement (Xk) correspond aux couples dont les deux composantes sont au plus égales à k, soit k2 couples. Donc

P(X=k)=P(Xk)P(Xk1)=k2(k1)236=2k136.
k 1 2 3 4 5 6
P(X=k) 136 336 536 736 936 1136

Vérification : 1+3+5+7+9+11=36, donc la somme des probabilités vaut bien 1.

Méthode

Déterminer la loi d'une variable aléatoire. La rédaction attendue comporte quatre étapes, dans cet ordre.

  1. Décrire X en une phrase : de quelle expérience s'agit-il, que compte ou que mesure X ?
  2. Déterminer X(Ω), en justifiant les valeurs extrêmes : pourquoi X ne peut-elle pas valoir moins, ni plus ?
  3. Calculer P(X=x) pour chaque x de X(Ω), avec les outils du chapitre : dénombrement, probabilités composées, probabilités totales.
  4. Vérifier que la somme des probabilités vaut 1, et présenter le résultat sous forme de tableau ou de formule générale.

Exemple

Une urne contient 6 boules blanches et 4 boules noires. On tire simultanément 3 boules et l'on note X le nombre de boules blanches obtenues.

Les valeurs possibles sont X(Ω)=[ ⁣[0,3] ⁣] : on ne peut pas obtenir moins de 0 boule blanche, ni plus de 3 puisqu'on tire trois boules, et chacune de ces valeurs est atteignable car l'urne contient au moins 3 blanches et au moins 3 noires. L'univers compte (103)=120 tirages équiprobables, et obtenir exactement k blanches revient à choisir k boules parmi les 6 blanches et 3k parmi les 4 noires :

P(X=k)=(6k)(43k)120,k[ ⁣[0,3] ⁣].
k 0 1 2 3
P(X=k) 4120 36120 60120 20120

Vérification : 4+36+60+20=120, la somme des probabilités vaut 1.

Variable aléatoire Y=g(X)

Propriété

Soit X une variable aléatoire sur Ω et soit g une fonction définie sur X(Ω), à valeurs réelles. Alors Y=g(X), définie par Y(ω)=g(X(ω)), est une variable aléatoire sur Ω, ses valeurs sont Y(Ω)=g(X(Ω)), et pour tout y de Y(Ω) :

P(Y=y)=xX(Ω)g(x)=yP(X=x).

Démonstration. L'application Y va bien de Ω dans R comme composée de X et de g : c'est une variable aléatoire, et l'ensemble de ses valeurs est l'image de X(Ω) par g.

Soit yY(Ω). Un résultat ω réalise (Y=y) si et seulement si g(X(ω))=y, c'est-à-dire si et seulement si X(ω) appartient à l'ensemble des xX(Ω) tels que g(x)=y. Autrement dit, (Y=y) est la réunion des événements (X=x) pour ces valeurs x. Ces événements sont deux à deux incompatibles, comme membres du système complet associé à X, donc l'additivité finie donne la formule.

Le point délicat est le regroupement : si g prend la même valeur en deux points, les probabilités correspondantes s'additionnent.

Exemple

Soit X une variable aléatoire de loi donnée par le tableau suivant.

x 1 0 1 2
P(X=x) 0,2 0,3 0,4 0,1

a. Pour Y=2X+1, la fonction g(x)=2x+1 est strictement croissante donc injective : aucun regroupement n'a lieu. On a Y(Ω)={1,1,3,5} et les probabilités sont recopiées dans l'ordre, par exemple P(Y=3)=P(X=1)=0,4.

b. Pour Z=X2, la fonction g(x)=x2 prend la même valeur en 1 et en 1 : il y a regroupement. Ici Z(Ω)={0,1,4} et

P(Z=0)=P(X=0)=0,3,P(Z=1)=P(X=1)+P(X=1)=0,6,P(Z=4)=0,1.

La somme vaut bien 0,3+0,6+0,1=1.

Espérance

Définition

Définition

Soit X une variable aléatoire sur un espace probabilisé fini, avec X(Ω)={x1,,xr}. On appelle espérance de X le réel

E(X)=i=1rxiP(X=xi)=xX(Ω)xP(X=x).

Une variable aléatoire est dite centrée lorsque E(X)=0.

L'espérance est la moyenne des valeurs, pondérée par leurs probabilités : c'est le barycentre des valeurs de X affectées des poids P(X=x). Intuitivement, elle indique la valeur autour de laquelle les résultats se répartissent ; l'énoncé précis qui relie l'espérance à la moyenne observée sur un grand nombre de répétitions ne sera vu que plus tard.

Attention à un abus de langage courant : l'espérance n'est pas une valeur que l'on « espère » observer, et elle n'appartient même pas nécessairement à X(Ω).

Exemple

a. Un dé équilibré. Soit X le résultat d'un lancer. Alors

E(X)=16(1+2+3+4+5+6)=216=3,5.

La valeur 3,5 n'est jamais prise par X : c'est bien une moyenne, pas une prévision.

b. Un contrat d'assurance. Un assureur estime que le coût annuel X des sinistres d'un client, en euros, suit la loi suivante.

x 0 1000 5000
P(X=x) 0,90 0,08 0,02

Alors E(X)=0×0,90+1000×0,08+5000×0,02=80+100=180. Le coût moyen d'un client est de 180 euros : c'est la prime pure, en dessous de laquelle l'assureur ne peut pas descendre sans perdre de l'argent en moyenne.

L'espérance vue comme une somme sur Ω

La formule suivante n'est pas la définition, mais c'est l'outil qui permet de démontrer proprement la linéarité.

Propriété

Pour toute variable aléatoire X sur un espace probabilisé fini (Ω,P),

E(X)=ωΩX(ω)P({ω}).

Démonstration. Notons X(Ω)={x1,,xr}. Les événements (X=xi) forment un système complet, donc ils partagent Ω en r morceaux disjoints, et l'on peut découper la somme sur Ω selon ces morceaux :

ωΩX(ω)P({ω})=i=1r ω(X=xi)X(ω)P({ω}).

Dans la somme interne, tous les ω vérifient X(ω)=xi : le facteur xi est constant et se factorise, d'où

ω(X=xi)X(ω)P({ω})=xiω(X=xi)P({ω})=xiP(X=xi),

la dernière égalité provenant de la décomposition d'un événement en événements élémentaires. En sommant sur i, on retrouve i=1rxiP(X=xi)=E(X).

Linéarité et croissance

Propriété

Linéarité de l'espérance. Soient X et Y deux variables aléatoires sur le même espace probabilisé fini (Ω,P), et soient a et b deux réels. Alors

E(aX+bY)=aE(X)+bE(Y).

En particulier E(X+Y)=E(X)+E(Y), E(aX)=aE(X), et pour toute constante b : E(X+b)=E(X)+b et E(b)=b.

Démonstration. La variable aX+bY est définie par (aX+bY)(ω)=aX(ω)+bY(ω). La formule précédente, appliquée à cette variable, donne

E(aX+bY)=ωΩ(aX(ω)+bY(ω))P({ω})=aωΩX(ω)P({ω})+bωΩY(ω)P({ω})=aE(X)+bE(Y),

par linéarité de la somme finie, puis en reconnaissant deux fois la formule de l'espérance comme somme sur Ω.

Pour une constante b, la variable constante égale à b prend la seule valeur b avec la probabilité 1, donc son espérance vaut b ; les cas particuliers s'en déduisent.

Deux remarques capitales. D'abord, la linéarité ne demande aucune hypothèse liant X et Y : elle est toujours vraie, ce qui en fait l'outil le plus puissant du chapitre. Ensuite, elle s'étend par récurrence immédiate à un nombre fini de variables :

E(i=1naiXi)=i=1naiE(Xi).

Propriété

Positivité et croissance. Soient X et Y deux variables aléatoires sur (Ω,P).

a. Si X(ω)0 pour tout ω, alors E(X)0.

b. Si X(ω)Y(ω) pour tout ω, alors E(X)E(Y).

c. Si mX(ω)M pour tout ω, alors mE(X)M.

Démonstration. a. Toutes les valeurs de X sont positives, donc dans la somme E(X)=xP(X=x) chaque terme est un produit de deux réels positifs : la somme est positive.

b. La variable YX vérifie (YX)(ω)0 pour tout ω, donc E(YX)0 d'après a. Or la linéarité donne E(YX)=E(Y)E(X), d'où E(X)E(Y).

c. On applique b en comparant X aux variables constantes égales à m et à M, dont les espérances valent respectivement m et M.

Espérance d'une fonction de X : le théorème de transfert

Propriété

Théorème de transfert (admis). Soit X une variable aléatoire finie et soit g une fonction définie sur X(Ω). Alors

E(g(X))=xX(Ω)g(x)P(X=x).

Ce théorème est admis, conformément au programme. Son intérêt pratique est considérable : il permet de calculer E(g(X)) sans déterminer la loi de g(X), donc sans avoir à effectuer les regroupements de valeurs. On l'utilisera surtout avec g(x)=x2, pour calculer E(X2), qui est la clef du calcul de la variance.

Exemple

Reprenons la variable X de loi

P(X=1)=0,2,P(X=0)=0,3,P(X=1)=0,4,P(X=2)=0,1.

Son espérance vaut E(X)=0,2+0+0,4+0,2=0,4. Le théorème de transfert donne directement

E(X2)=(1)2×0,2+02×0,3+12×0,4+22×0,1=0,2+0,4+0,4=1.

On vérifie sur cet exemple que la loi de X2, calculée précédemment, donne bien la même valeur : 0×0,3+1×0,6+4×0,1=1.

La méthode des indicatrices

Définition

Soit A un événement. On appelle indicatrice de A la variable aléatoire 1A définie sur Ω par

1A(ω)={1si ωA,0si ωA.

Propriété

Pour tout événement A, on a E(1A)=P(A).

Démonstration. La variable 1A prend au plus les deux valeurs 0 et 1, avec P(1A=1)=P(A) et P(1A=0)=P(A). Donc

E(1A)=0×P(A)+1×P(A)=P(A).

Méthode

Calculer une espérance sans calculer la loi. Lorsque X compte un nombre d'occurrences, on procède ainsi.

  1. Écrire X comme une somme d'indicatrices : X=1A1+1A2++1An, où Ai est l'événement « la i-ème occurrence a lieu ». Justifier l'égalité en évaluant les deux membres en un ω quelconque.
  2. Appliquer la linéarité : E(X)=i=1nE(1Ai)=i=1nP(Ai).
  3. Calculer chaque P(Ai), ce qui est en général beaucoup plus simple que la loi de X.

Cette méthode ne demande aucune hypothèse d'indépendance, puisqu'elle n'utilise que la linéarité de l'espérance.

Exemple

Un commercial démarche trois clients. Il estime ses chances de conclure à 0,3 pour le premier, 0,5 pour le deuxième et 0,2 pour le troisième. Soit X le nombre de contrats signés.

Notons Ai l'événement « le client numéro i signe ». Pour tout résultat ω, le nombre de contrats signés est le nombre d'indices i tels que ωAi, c'est-à-dire

X=1A1+1A2+1A3.

Par linéarité, E(X)=0,3+0,5+0,2=1 : le commercial signe en moyenne un contrat. Ce calcul ne suppose rien sur les liens entre les trois clients ; déterminer la loi complète de X, en revanche, exigerait des hypothèses supplémentaires.

Variance et écart-type

L'espérance résume la position des valeurs ; elle ne dit rien de leur dispersion. Les deux variables « gagner 0 euro à coup sûr » et « gagner 1000 euros ou perdre 1000 euros avec la même probabilité » ont la même espérance nulle, et ne représentent évidemment pas le même risque. La variance mesure cet écart aux valeurs moyennes.

Définition

Définition

Soit X une variable aléatoire finie, d'espérance m=E(X). On appelle variance de X le réel

V(X)=E((Xm)2)=xX(Ω)(xm)2P(X=x),

la seconde écriture résultant du théorème de transfert. On appelle écart-type de X le réel

σ(X)=V(X).

La variance est une espérance de carré, donc toujours positive d'après la positivité de l'espérance : la racine carrée a bien un sens. Si X s'exprime en euros, V(X) s'exprime en euros au carré, alors que σ(X) s'exprime en euros : c'est l'écart-type, et non la variance, qui se compare directement aux valeurs de X.

Formule de König-Huygens

Propriété

Formule de König-Huygens. Pour toute variable aléatoire finie X,

V(X)=E(X2)(E(X))2.

En particulier, (E(X))2E(X2).

Démonstration. Posons m=E(X), qui est un réel constant. En développant le carré, on obtient l'égalité de variables aléatoires

(Xm)2=X22mX+m2.

Par linéarité de l'espérance, appliquée aux trois termes du membre de droite,

V(X)=E(X2)2mE(X)+m2=E(X2)2m2+m2=E(X2)m2.

L'inégalité en découle, puisque V(X)0.

C'est toujours cette formule que l'on utilise en pratique : elle ne demande que E(X) et E(X2), ce dernier s'obtenant par transfert.

Exemple

Reprenons le coût annuel des sinistres d'un client, de loi P(X=0)=0,90, P(X=1000)=0,08 et P(X=5000)=0,02, d'espérance E(X)=180.

Le théorème de transfert donne

E(X2)=0+10002×0,08+50002×0,02=80000+500000=580000,

puis König-Huygens

V(X)=5800001802=58000032400=547600,σ(X)=547600=740.

Le coût moyen est de 180 euros, mais l'écart-type vaut 740 euros : la dispersion est quatre fois plus grande que la moyenne, ce qui traduit un risque très concentré sur de rares sinistres coûteux. C'est précisément ce que l'assureur mutualise.

Propriétés de la variance

Propriété

Soit X une variable aléatoire finie, et soient a et b deux réels.

a. V(X)=0 si et seulement si P(X=E(X))=1.

b. V(aX+b)=a2V(X), et par conséquent σ(aX+b)=aσ(X).

c. En particulier V(X+b)=V(X) : une translation ne modifie pas la dispersion.

Démonstration. a. Posons m=E(X). On a V(X)=xX(Ω)(xm)2P(X=x), somme de termes tous positifs. Une somme finie de réels positifs est nulle si et seulement si tous ses termes sont nuls. Donc V(X)=0 équivaut à : pour tout xX(Ω), (xm)2P(X=x)=0, c'est-à-dire P(X=x)=0 dès que xm. Comme les événements (X=x) forment un système complet, la somme de leurs probabilités vaut 1, donc cela équivaut à P(X=m)=1.

b. Posons Y=aX+b. Par linéarité, E(Y)=aE(X)+b=am+b, donc

YE(Y)=aX+bamb=a(Xm).

En élevant au carré, (YE(Y))2=a2(Xm)2, puis en prenant l'espérance et en utilisant sa linéarité,

V(Y)=E(a2(Xm)2)=a2E((Xm)2)=a2V(X).

Pour l'écart-type, on prend la racine carrée : a2V(X)=a2V(X)=aσ(X).

c. C'est le cas a=1.

Le point a dit qu'une variance nulle caractérise les variables qui ne prennent qu'une seule valeur, à un événement de probabilité nulle près : aucune dispersion, aucun aléa. Le point b contient une erreur classique à éviter : le coefficient sort de la variance au carré, et la constante b disparaît complètement.

Variable centrée réduite

Définition

Une variable aléatoire X est dite centrée lorsque E(X)=0, réduite lorsque V(X)=1, et centrée réduite lorsque les deux conditions sont réunies.

Propriété

Soit X une variable aléatoire finie telle que σ(X)0. Alors la variable

X=XE(X)σ(X)

est centrée réduite : E(X)=0 et V(X)=1.

Démonstration. Posons m=E(X) et s=σ(X)>0. La variable X s'écrit aX+b avec a=1s et b=ms. La linéarité de l'espérance donne

E(X)=1sE(X)ms=mms=0,

et la propriété V(aX+b)=a2V(X) donne

V(X)=1s2V(X)=V(X)V(X)=1.

Centrer et réduire, c'est changer d'origine et d'unité : on ramène toute variable à une échelle commune, sans dimension, où la moyenne vaut 0 et l'écart-type vaut 1. C'est ce qui permet de comparer des grandeurs hétérogènes, par exemple un chiffre d'affaires et un nombre de clients.

Lois usuelles finies

Variable aléatoire certaine

Définition

Une variable aléatoire X est dite certaine lorsqu'elle est constante : il existe un réel c tel que X(ω)=c pour tout ω de Ω. On a alors X(Ω)={c} et P(X=c)=1.

Propriété

Si X est la variable certaine égale à c, alors E(X)=c et V(X)=0.

Démonstration. L'espérance se réduit à un seul terme : E(X)=c×1=c. Pour la variance, XE(X) est la variable nulle, donc V(X)=E(0)=0.

Loi de Bernoulli

Définition

Soit p[0,1]. Une variable aléatoire X suit la loi de Bernoulli de paramètre p, ce que l'on note XB(p), lorsque

X(Ω)={0,1},P(X=1)=p,P(X=0)=1p.

C'est la loi du succès ou échec : X vaut 1 si l'épreuve réussit, 0 sinon. On note souvent q=1p la probabilité d'échec.

Propriété

Si XB(p), alors

E(X)=petV(X)=p(1p).

Démonstration. L'espérance vaut E(X)=0×(1p)+1×p=p.

Pour la variance, observons que X ne prend que les valeurs 0 et 1, qui vérifient toutes deux x2=x : on a donc l'égalité de variables aléatoires X2=X, d'où E(X2)=E(X)=p. La formule de König-Huygens donne alors

V(X)=E(X2)(E(X))2=pp2=p(1p).

Propriété

Pour tout événement A, l'indicatrice 1A suit la loi de Bernoulli de paramètre P(A).

Démonstration. L'indicatrice prend ses valeurs dans {0,1}, et P(1A=1)=P(A) par définition. C'est exactement la loi B(P(A)).

Ce résultat, joint à la formule E(1A)=P(A), explique le statut particulier des indicatrices : elles font le pont entre les événements et les variables aléatoires.

Loi binomiale

Définition

Soit nN et p[0,1]. On appelle schéma de Bernoulli de paramètres n et p la répétition de n épreuves identiques et indépendantes, chacune n'ayant que deux issues, un succès de probabilité p et un échec de probabilité q=1p.

La variable aléatoire X égale au nombre de succès obtenus au cours de ces n épreuves suit la loi binomiale de paramètres n et p, notée XB(n,p).

Propriété

Si XB(n,p), alors X(Ω)=[ ⁣[0,n] ⁣] et

P(X=k)=(nk)pk(1p)nk,k[ ⁣[0,n] ⁣].

Démonstration. Modélisons le schéma de Bernoulli par l'univers Ω={S,E}n, dont les éléments sont les mots de n lettres écrits avec S pour succès et E pour échec. Le nombre de succès peut valoir 0, 1, , n, d'où X(Ω)=[ ⁣[0,n] ⁣].

Fixons k[ ⁣[0,n] ⁣] et considérons un mot particulier comportant exactement k lettres S. Notons Si l'événement « la i-ème épreuve est un succès ». Les épreuves étant indépendantes, les événements S1,,Sn sont mutuellement indépendants, donc leurs contraires peuvent leur être substitués librement : la probabilité d'obtenir ce mot précis est le produit des probabilités des n résultats qui le composent, soit

p××pk facteurs×(1p)××(1p)nk facteurs=pk(1p)nk.

Cette valeur ne dépend que de k, pas de la place des succès.

Il reste à compter les mots comportant exactement k lettres S. Un tel mot est entièrement déterminé par l'ensemble des positions occupées par les succès, c'est-à-dire par une partie à k éléments de [ ⁣[1,n] ⁣] : il y en a (nk).

L'événement (X=k) est la réunion de ces (nk) événements élémentaires, deux à deux incompatibles et de même probabilité pk(1p)nk. L'additivité finie donne donc P(X=k)=(nk)pk(1p)nk.

Propriété

Vérification. La somme des probabilités vaut bien 1 : avec q=1p, la formule du binôme de Newton donne

k=0n(nk)pkqnk=(p+q)n=1n=1.

C'est de cette égalité que la loi tire son nom. On notera au passage que B(1,p) n'est autre que la loi de Bernoulli B(p).

Propriété

Si XB(n,p), alors

E(X)=npetV(X)=np(1p).

Démonstration. Posons q=1p. On utilise deux fois une identité sur les coefficients binomiaux.

Première identité. Pour 1kn,

k(nk)=k×n!k!(nk)!=n!(k1)!(nk)!=n×(n1)!(k1)!((n1)(k1))!=n(n1k1).

Calcul de l'espérance. Le terme d'indice k=0 est nul, donc

E(X)=k=0nk(nk)pkqnk=k=1nn(n1k1)pkqnk.

On factorise np et l'on pose j=k1, de sorte que j décrit [ ⁣[0,n1] ⁣] et que nk=(n1)j :

E(X)=npj=0n1(n1j)pjq(n1)j=np(p+q)n1=np.

Seconde identité. Pour 2kn, le même calcul donne

k(k1)(nk)=n!(k2)!(nk)!=n(n1)(n2k2).

Calcul de la variance. Le théorème de transfert appliqué à g(x)=x(x1) donne, les termes d'indices k=0 et k=1 étant nuls,

E(X(X1))=k=2nk(k1)(nk)pkqnk=n(n1)p2j=0n2(n2j)pjq(n2)j=n(n1)p2,

après le changement d'indice j=k2 et la formule du binôme. Or X(X1)=X2X, donc la linéarité de l'espérance donne

E(X2)=E(X(X1))+E(X)=n(n1)p2+np.

La formule de König-Huygens conclut :

V(X)=n(n1)p2+np(np)2=n2p2np2+npn2p2=npnp2=np(1p).

Méthode

Reconnaître une loi binomiale. Avant d'écrire XB(n,p), on vérifie quatre points, et on les écrit dans la copie.

  1. L'expérience consiste en un nombre n d'épreuves fixé à l'avance.
  2. Chaque épreuve n'a que deux issues, succès ou échec.
  3. La probabilité de succès p est la même à chaque épreuve.
  4. Les épreuves sont indépendantes.

Et X compte le nombre de succès. Le point 4 tombe en défaut dans un tirage sans remise : la composition de l'urne change à chaque tirage, la loi n'est pas binomiale. Avec remise, en revanche, elle l'est.

Exemple

Contrôle qualité. Une production comporte 5 % de pièces défectueuses. On prélève au hasard 20 pièces dans un stock très important, ce qui permet d'assimiler le prélèvement à 20 tirages indépendants. Soit X le nombre de pièces défectueuses parmi les 20.

Les quatre conditions sont réunies avec n=20 et p=0,05, donc XB(20;0,05).

a. P(X=0)=(200)0,050×0,9520=0,95200,358.

b. P(X1)=1P(X=0)0,642.

c. P(X=1)=(201)×0,05×0,95190,377.

d. E(X)=20×0,05=1 et V(X)=20×0,05×0,95=0,95.

Bien que l'on attende en moyenne une seule pièce défectueuse, la probabilité d'en trouver au moins une dépasse 64 % : c'est le genre de calcul qui sert à dimensionner un plan de contrôle.

Exemple

Un questionnaire à choix multiples. Un QCM comporte 10 questions indépendantes, chacune proposant 4 réponses dont une seule est correcte. Un candidat répond entièrement au hasard ; soit X le nombre de bonnes réponses. Alors XB(10;0,25), donc

E(X)=10×0,25=2,5,V(X)=10×0,25×0,75=1,875,σ(X)1,37.

La probabilité qu'il obtienne au moins une bonne réponse vaut 10,75100,944, et celle qu'il obtienne au moins 8 bonnes réponses est inférieure à 0,001 : répondre au hasard permet d'avoir quelques points, jamais une bonne note.

Loi uniforme

Définition

Soit nN. Une variable aléatoire X suit la loi uniforme sur [ ⁣[1,n] ⁣], notée XU([ ⁣[1,n] ⁣]), lorsque

X(Ω)=[ ⁣[1,n] ⁣]etP(X=k)=1n  pour tout k[ ⁣[1,n] ⁣].

Propriété

Si XU([ ⁣[1,n] ⁣]), alors

E(X)=n+12etV(X)=n2112.

Démonstration. On utilise les deux sommes classiques du chapitre sur les sommes :

k=1nk=n(n+1)2,k=1nk2=n(n+1)(2n+1)6.

Espérance.

E(X)=k=1nk×1n=1n×n(n+1)2=n+12.

Moment d'ordre deux. Le théorème de transfert donne

E(X2)=k=1nk2×1n=1n×n(n+1)(2n+1)6=(n+1)(2n+1)6.

Variance. La formule de König-Huygens donne

V(X)=(n+1)(2n+1)6(n+1)24=(n+1)(2(2n+1)3(n+1)12)=(n+1)(n1)12=n2112.

Définition

Soient a et b deux entiers relatifs avec ab, et posons N=ba+1, le nombre d'entiers de [ ⁣[a,b] ⁣]. Une variable aléatoire X suit la loi uniforme sur [ ⁣[a,b] ⁣], notée XU([ ⁣[a,b] ⁣]), lorsque

X(Ω)=[ ⁣[a,b] ⁣]etP(X=k)=1N  pour tout k[ ⁣[a,b] ⁣].

Propriété

Si XU([ ⁣[a,b] ⁣]) avec (a,b)Z2 et ab, alors

E(X)=a+b2etV(X)=(ba+1)2112.

Démonstration. Posons N=ba+1 et Y=Xa+1. Pour tout k[ ⁣[1,N] ⁣], on a

P(Y=k)=P(X=k+a1)=1N,

car k+a1 décrit [ ⁣[a,b] ⁣] lorsque k décrit [ ⁣[1,N] ⁣]. Donc YU([ ⁣[1,N] ⁣]), et les résultats précédents s'appliquent à Y.

Espérance. Comme X=Y+a1, la linéarité donne

E(X)=E(Y)+a1=N+12+a1=ba+22+a1=ba+2+2a22=a+b2.

Variance. Une translation ne modifie pas la variance, donc

V(X)=V(Y)=N2112=(ba+1)2112.

Exemple

a. Le résultat X d'un lancer de dé équilibré suit U([ ⁣[1,6] ⁣]), donc

E(X)=72=3,5etV(X)=36112=35122,92.

b. Dans un jeu, un pion avance d'un nombre de cases Y tiré au hasard dans [ ⁣[3,10] ⁣]. Ici a=3, b=10 et N=8, donc

E(Y)=3+102=6,5etV(Y)=82112=6312=214=5,25.

Tableau récapitulatif

Loi X(Ω) P(X=k) E(X) V(X)
certaine égale à c {c} P(X=c)=1 c 0
B(p) {0,1} P(X=1)=p p p(1p)
B(n,p) [ ⁣[0,n] ⁣] (nk)pk(1p)nk np np(1p)
U([ ⁣[1,n] ⁣]) [ ⁣[1,n] ⁣] 1n n+12 n2112
U([ ⁣[a,b] ⁣]) [ ⁣[a,b] ⁣] 1ba+1 a+b2 (ba+1)2112

Ces cinq lignes doivent être sues par cœur, mais surtout redémontrables : les concours demandent régulièrement d'établir l'espérance ou la variance d'une loi usuelle, et une réponse donnée sans démonstration ne rapporte alors aucun point.

Erreurs classiques à éviter

  • Poser l'équiprobabilité sur un univers résumé. Les sommes de deux dés, les nombres de piles, les valeurs d'une variable ne sont presque jamais équiprobables. L'équiprobabilité se pose sur l'univers détaillé, et se justifie par les termes de l'énoncé.

  • Confondre incompatibles et indépendants. Deux événements incompatibles de probabilités non nulles sont toujours dépendants. L'incompatibilité est une propriété ensembliste, l'indépendance une propriété numérique liée à P.

  • Additionner sans vérifier l'incompatibilité. P(AB)=P(A)+P(B) n'est vraie que si AB=. Dans le doute, on écrit la formule du crible, qui est toujours vraie.

  • Multiplier sans hypothèse d'indépendance. P(AB)=P(A)P(B) est une définition de l'indépendance, pas une règle de calcul générale. Sans hypothèse, on écrit P(AB)=P(A)PA(B).

  • Inverser un conditionnement à la légère. PA(B) et PB(A) n'ont aucune raison d'être égaux, comme le montre l'exemple des déclarations frauduleuses. Le passage de l'un à l'autre demande la formule de Bayes.

  • Écrire PA(B)=1PA(B). C'est faux. Seul PA(B)=1PA(B) est correct : on passe au contraire sur l'événement conditionné, jamais sur le conditionnant.

  • Oublier de vérifier qu'une loi somme à 1. C'est la seule vérification autonome dont on dispose sur un calcul de loi, et elle détecte la grande majorité des erreurs.

  • Croire que E(X) est une valeur possible de X. L'espérance d'un dé vaut 3,5 ; aucune face ne porte ce numéro.

  • Sortir un coefficient de la variance sans le carré. On a V(aX+b)=a2V(X), et non aV(X) ; la constante b, elle, disparaît. Pour l'écart-type, σ(aX+b)=aσ(X).

  • Appliquer la loi binomiale à un tirage sans remise. Les épreuves ne sont alors pas indépendantes et la probabilité de succès change à chaque tirage : la loi doit être calculée directement par dénombrement.

  • Confondre la variable et sa valeur. X est une application, X(ω) est un nombre, et (X=k) est un événement. Une phrase comme « la probabilité de X » n'a aucun sens.

Bloqué sur « Probabilités sur un ensemble fini » ?

On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.