ECG approfondies · Chapitre 06 · Premier semestre
Probabilités sur un ensemble fini
1re année
Événements, probabilité, conditionnement, indépendance, variables aléatoires finies, lois usuelles.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Événements
- Probabilité
- Conditionnement
- Indépendance
- Variables aléatoires finies
- Lois usuelles
Vous avez déjà calculé des probabilités au lycée : des dés, des urnes, des arbres pondérés, une formule des probabilités totales appliquée sans être démontrée, et la loi binomiale utilisée comme une recette. Ce chapitre reprend tout cela et lui donne un cadre. La différence tient en une phrase : à partir d'aujourd'hui, une probabilité n'est plus « une proportion de cas favorables », c'est une application définie sur l'ensemble des parties d'un ensemble fini , soumise à deux axiomes, et absolument tous les résultats du chapitre se démontrent à partir de ces deux axiomes.
Ce basculement change la nature du travail. Un exercice de probabilités de première année comporte presque toujours deux étapes bien distinctes, et l'essentiel des erreurs vient de leur confusion. La première est la modélisation : choisir l'univers , nommer les événements, décider quelles hypothèses d'équiprobabilité ou d'indépendance on s'autorise. Cette étape n'est pas un calcul, c'est une traduction, et elle relève du bon sens autant que des mathématiques. La seconde est le calcul : une fois le modèle posé, on applique des théorèmes, et il n'y a plus de place pour l'intuition. Un modèle mal posé produit un calcul irréprochable qui donne un résultat faux ; c'est la faute la plus fréquente et la plus coûteuse aux concours.
Le plan suit cette logique. On met d'abord en place le vocabulaire des événements, qui est du vocabulaire ensembliste rebaptisé : le dictionnaire de traduction est le premier outil du chapitre. On définit ensuite ce qu'est une probabilité et on en déduit toutes les propriétés de calcul, dont la formule du crible. Vient alors le conditionnement, c'est-à-dire la façon de réviser une probabilité quand une information arrive, avec les trois formules qui structurent la moitié des exercices : probabilités composées, probabilités totales, formule de Bayes. L'indépendance suit, avec ses pièges. La seconde moitié du chapitre remplace les événements par des nombres : une variable aléatoire transporte l'expérience dans , ce qui permet de résumer un phénomène par deux nombres, l'espérance et la variance. On termine par les trois lois finies à connaître par cœur : Bernoulli, binomiale, uniforme.
Deux avertissements sur le cadre. D'une part, l'univers est fini dans tout le chapitre, sans aucune exception : c'est ce qui permet de prendre pour événements toutes les parties de et de ne manipuler que des sommes finies, donc de ne rien admettre. Le second semestre reprendra la théorie sur un univers quelconque. D'autre part, on n'étudiera jamais ici deux variables aléatoires « ensemble » : quand deux variables et se rencontreront dans ce chapitre, ce sera uniquement par la linéarité de l'espérance, ou parce qu'un calcul direct donne la loi de la variable qui nous intéresse. L'étude simultanée de plusieurs variables relève elle aussi du second semestre. En revanche, l'indépendance d'événements, elle, est au programme et sera utilisée constamment.
Un mot enfin sur le dénombrement. Les calculs de ce chapitre en réclament, mais on s'en tiendra à ce que vous savez déjà : le nombre , les coefficients binomiaux , la formule de Pascal et la formule du binôme de Newton. Il n'y aura pas de théorie du dénombrement, seulement trois modèles de tirage à connaître comme des outils.
Voici les notations employées dans tout le chapitre.
| Notation | Signification |
|---|---|
| univers : ensemble fini et non vide des résultats de l'expérience | |
| un résultat, ou issue ; est un événement élémentaire | |
| ensemble des parties de : les événements | |
| événement impossible | |
| événement contraire de | |
| , | événements « et », « ou » |
| « et pas », c'est-à-dire | |
| nombre d'éléments de l'ensemble fini | |
| probabilité de l'événement | |
| probabilité de sachant | |
| ensemble des entiers tels que | |
| indicatrice de l'événement | |
| ensemble des valeurs prises par la variable aléatoire | |
| , | événements « vaut », « est au plus égal à » |
| , , | espérance, variance, écart-type de |
| fin d'une démonstration |
Expérience aléatoire, univers et événements
Expérience aléatoire et univers
Définition
Une expérience aléatoire est une expérience dont on connaît à l'avance tous les résultats possibles, mais dont on ne peut pas prévoir lequel sera obtenu.
L'ensemble de ces résultats possibles s'appelle l'univers de l'expérience ; on le note . Dans tout ce chapitre, est un ensemble fini et non vide. Un élément de s'appelle un résultat, ou une issue.
Exemple
a. On lance un dé à six faces et on note le numéro obtenu : , et .
b. On lance trois fois une pièce et on note la suite des résultats : , dont les éléments sont les mots de trois lettres comme . On a .
c. On prélève pièces dans une production et on compte celles qui sont défectueuses : , et .
d. Une urne contient boules numérotées ; on en tire simultanément et on note l'ensemble des numéros obtenus : est l'ensemble des parties à éléments de , et .
Le choix de n'est jamais imposé par l'énoncé : c'est une décision de modélisation. Pour la même expérience « on lance trois fois une pièce », on peut prendre (on retient l'ordre des résultats) ou (on ne retient que le nombre de piles). Ces deux univers sont corrects, mais ils ne permettent pas de répondre aux mêmes questions, et surtout, comme on le verra, l'hypothèse d'équiprobabilité est légitime sur le premier et fausse sur le second. La règle pratique est la suivante : choisir l'univers le plus détaillé compatible avec l'expérience, quitte à ne pas utiliser tout ce détail ensuite.
Événements
Définition
On appelle événement toute partie de , c'est-à-dire tout élément de .
Un événement est réalisé par le résultat lorsque .
Un événement réduit à un seul résultat, c'est-à-dire de la forme , est dit élémentaire. L'événement est l'événement certain, l'événement est l'événement impossible.
Le point à retenir est qu'un événement est un ensemble. Tout le vocabulaire probabiliste se lit donc en langage ensembliste, et réciproquement : c'est un simple dictionnaire, mais il faut le manier sans hésitation.
| Langage des probabilités | Écriture ensembliste |
|---|---|
| événement certain | |
| événement impossible | |
| et sont réalisés | |
| ou est réalisé (sens inclusif) | |
| n'est pas réalisé | |
| est réalisé mais pas | , noté aussi |
| si est réalisé, alors l'est | |
| et ne peuvent pas se produire ensemble | |
| aucun des n'est réalisé | |
| au moins un des est réalisé | |
| tous les sont réalisés |
Ce tableau est le prolongement direct des connecteurs logiques : l'intersection traduit le « et », la réunion traduit le « ou » inclusif (un « ou » mathématique n'exclut jamais que les deux soient vrais), le passage au contraire traduit la négation. Les lois de De Morgan, vues au chapitre de logique, en sont la conséquence la plus utile.
Propriété
Lois de De Morgan. Pour tous événements et , et plus généralement pour :
En langage courant : le contraire de « au moins un est réalisé » est « aucun n'est réalisé », et le contraire de « tous sont réalisés » est « au moins un ne l'est pas ». C'est la remarque la plus rentable de tout le chapitre : dès qu'un énoncé contient les mots « au moins un », le réflexe est de passer au contraire.
Définition
Deux événements et sont dits incompatibles (ou disjoints) lorsque , c'est-à-dire lorsqu'ils ne peuvent pas être réalisés simultanément.
Des événements sont dits deux à deux incompatibles lorsque pour tous indices .
Méthode
Traduire un énoncé en événements. La traduction se fait toujours dans le même ordre.
- Nommer les événements simples, par une phrase complète et sans ambiguïté : « : la première boule tirée est blanche ». Un événement mal nommé se paye trois lignes plus loin.
- Repérer les mots-clés : « et » donne , « ou » donne , « ne pas » donne le contraire, « au moins un » donne une réunion, « aucun » et « tous » donnent des intersections.
- Écrire l'événement demandé comme une combinaison des événements nommés, sans phrase intermédiaire.
- Vérifier sur un cas : un résultat particulier de l'expérience réalise-t-il bien l'événement écrit lorsqu'il réalise l'énoncé ?
Exemple
On lance un dé équilibré à six faces. On pose : « le résultat est pair », : « le résultat est au moins égal à », : « le résultat est un multiple de ». Ainsi , et .
a. .
b. .
c. .
d. .
e. , donc et ne sont pas incompatibles.
f. : c'est l'événement « aucun des trois n'est réalisé ».
Systèmes complets d'événements
Définition
Soit un entier naturel non nul. Une famille d'événements est un système complet d'événements lorsque :
- les sont deux à deux incompatibles : pour ;
- leur réunion est l'univers tout entier : .
Autrement dit, un système complet découpe en morceaux qui ne se chevauchent pas et qui ne laissent rien de côté : quel que soit le résultat de l'expérience, un et un seul des est réalisé. C'est exactement l'idée d'une disjonction de cas exhaustive, transportée dans le langage des événements.
Exemple
a. Pour tout événement , la famille est un système complet. C'est le plus utilisé de tous.
b. Si , la famille des événements élémentaires est un système complet : c'est le découpage le plus fin possible.
c. Pour un lancer de dé, est un système complet, mais n'en est pas un : les deux premiers ne sont pas incompatibles.
d. La famille n'est pas un système complet : la réunion n'est pas .
La définition n'interdit pas qu'un des soit impossible, ni qu'il soit de probabilité nulle une fois la probabilité choisie ; on évitera cependant d'en faire figurer sans nécessité, car ces événements ne servent à rien dans les formules. Les systèmes complets sont l'outil central des deux formules les plus importantes du chapitre : la formule des probabilités totales, et le système complet associé à une variable aléatoire.
Probabilité sur
Définition
Définition
Soit un univers fini. On appelle probabilité sur toute application
vérifiant les deux axiomes suivants :
- (normalisation) ;
- (additivité) pour tous événements et incompatibles, .
Le couple s'appelle un espace probabilisé fini. Le réel est la probabilité de l'événement .
Tout tient dans ces deux lignes : une probabilité est une façon de répartir une masse totale égale à sur les résultats de l'expérience, de sorte que la masse d'une réunion de morceaux disjoints soit la somme des masses. Toutes les propriétés qui suivent en découlent, sans hypothèse supplémentaire.
Propriété
Additivité finie. Si sont des événements deux à deux incompatibles, alors
En particulier, si est un système complet d'événements, alors .
Démonstration. Par récurrence sur . Pour il n'y a rien à démontrer, et le cas est l'axiome d'additivité.
Hérédité. Soit ; supposons la propriété vraie au rang et donnons-nous deux à deux incompatibles. Posons . Les événements et sont incompatibles : en effet
car chaque est vide pour . L'axiome d'additivité donne alors , et l'hypothèse de récurrence fournit . En reportant, on obtient la formule au rang .
Conclusion. La propriété est vraie pour tout . Le cas d'un système complet s'en déduit : la réunion vaut , donc la somme des probabilités vaut .
Premières propriétés de calcul
Propriété
Soit une probabilité sur , et soient et deux événements.
a. .
b. .
c. Si , alors .
d. Croissance. Si , alors .
Démonstration. a. Les événements et sont incompatibles, puisque , et leur réunion vaut . L'additivité donne , d'où .
b. Les événements et sont incompatibles et leur réunion vaut . Donc .
c. Supposons . Alors , et cette réunion est disjointe puisque ne rencontre pas . L'additivité donne , d'où le résultat en retranchant .
d. Avec les notations précédentes, , car une probabilité est à valeurs dans . Donc .
Exemple
Dans une entreprise, on choisit un salarié au hasard. On note l'événement « le salarié est cadre » et l'événement « le salarié a plus de dix ans d'ancienneté ». On sait que et .
La probabilité que le salarié ne soit pas cadre vaut . Si de plus tous les cadres ont plus de dix ans d'ancienneté, c'est-à-dire si , alors la probabilité qu'il ait plus de dix ans d'ancienneté sans être cadre vaut .
Une probabilité est déterminée par les événements élémentaires
Propriété
Soit un univers fini et soit une probabilité sur . Alors, pour tout événement ,
Réciproquement, si sont des réels positifs de somme , il existe une unique probabilité sur telle que pour tout .
Démonstration. Premier point. Soit un événement. Si , la somme est vide et vaut . Sinon, écrivons . Les événements élémentaires sont deux à deux incompatibles, puisque deux singletons distincts sont disjoints, et leur réunion est . L'additivité finie donne exactement la formule annoncée.
Réciproque, unicité. Elle est contenue dans le premier point : la connaissance des détermine pour tout , donc deux probabilités qui coïncident sur les événements élémentaires sont égales.
Réciproque, existence. Définissons pour toute partie de . Cette somme est positive comme somme de réels positifs, et elle est majorée par car on ajoute des termes positifs : ainsi est bien à valeurs dans . On a . Enfin, si et sont incompatibles, aucun indice ne vérifie à la fois et , donc la somme portant sur se scinde en la somme sur plus la somme sur : . L'application est donc une probabilité, et par construction.
Cette propriété est le mode d'emploi de la modélisation : pour définir une probabilité sur un univers fini, il suffit d'attribuer un poids à chaque résultat, ces poids étant positifs et de somme . Rien d'autre n'est à vérifier.
Exemple
Un dé est truqué de sorte que la face ait deux fois plus de chances de sortir que chacune des autres faces. On cherche la probabilité d'obtenir un résultat pair.
Notons la probabilité commune des faces à ; celle de la face vaut . La somme des poids vaut , donc , soit . Ainsi
L'événement « le résultat est pair » est , donc
On notera que le résultat diffère de : l'équiprobabilité n'a pas lieu ici, et le comptage des cas favorables serait faux.
Formule du crible pour deux et trois événements
Propriété
Formule du crible, ou de Poincaré, pour deux événements. Pour tous événements et ,
Démonstration. Décomposons la réunion en deux morceaux disjoints :
L'additivité donne .
Il reste à exprimer . Or se décompose lui aussi en deux morceaux disjoints, selon que le résultat appartient ou non à :
d'où , c'est-à-dire . En reportant dans la première égalité, on obtient la formule.
L'interprétation est limpide : en additionnant et , on compte deux fois les résultats qui réalisent à la fois et ; on retire donc une fois . Si et sont incompatibles, le terme correctif est nul et l'on retrouve l'additivité.
Propriété
Sous-additivité. Pour tous événements et , .
Démonstration. Immédiat à partir du crible : et .
Propriété
Formule du crible pour trois événements. Pour tous événements , et ,
Démonstration. On applique la formule du crible à deux événements, d'abord à et :
Le premier terme se développe par le crible : .
Pour le dernier, la distributivité de l'intersection sur la réunion donne
et une nouvelle application du crible, aux deux événements et , donne
Or , puisque . En reportant les deux développements :
ce qui est exactement la formule annoncée après suppression des parenthèses.
Exemple
Une banque étudie sa clientèle. Un client est choisi au hasard ; on note , et les événements « il détient un livret d'épargne », « il détient une assurance-vie », « il détient un crédit immobilier ». Le service statistique fournit
La probabilité qu'un client détienne au moins un de ces trois produits vaut
La probabilité qu'il n'en détienne aucun vaut donc .
Le programme limite explicitement la formule du crible à deux et trois événements. Au-delà, on ne cherche pas à généraliser : on passe à l'événement contraire, ou l'on découpe le problème à l'aide d'un système complet.
Équiprobabilité
Définition
On dit qu'il y a équiprobabilité sur l'univers fini lorsque tous les événements élémentaires ont la même probabilité. La probabilité est alors appelée probabilité uniforme sur .
Propriété
Dans une situation d'équiprobabilité sur un univers de cardinal , on a pour tout , et pour tout événement :
Démonstration. Notons la valeur commune des . Les événements élémentaires forment un système complet, donc la somme de leurs probabilités vaut : on obtient , soit . Pour un événement quelconque, la formule de décomposition sur les événements élémentaires donne
L'équiprobabilité n'est jamais une propriété automatique : c'est une hypothèse de modélisation, que l'énoncé suggère par des mots comme « au hasard », « équilibré », « bien mélangées », « indiscernables au toucher ». En rédaction, on l'annonce explicitement par une phrase du type : « les boules étant indiscernables au toucher, on munit de la probabilité uniforme ».
Exemple
Un modèle correct et un modèle faux. On lance deux dés équilibrés et l'on s'intéresse à la somme des deux résultats.
Modèle faux. On prend , l'ensemble des sommes possibles, muni de l'équiprobabilité. Il vient . Ce résultat est faux, car les onze sommes n'ont aucune raison d'avoir la même probabilité.
Modèle correct. On prend , l'ensemble des couples de résultats, avec . Les dés étant équilibrés et lancés indépendamment, l'équiprobabilité est ici légitime. L'événement correspond aux couples , , , , , , soit six cas favorables :
De même , alors que le modèle faux donnait encore .
Moralité. L'équiprobabilité se pose sur l'univers détaillé, celui qui distingue les dés, jamais sur un univers déjà résumé.
Les trois modèles de tirage
Dans une situation d'équiprobabilité, tout le travail consiste à compter. On se limitera aux trois protocoles suivants, qui couvrent la quasi-totalité des énoncés ; les nombres indiqués sont ceux de l'univers détaillé correspondant, pour un tirage de objets dans un ensemble de objets discernables.
| Protocole | Nature d'un résultat | Nombre de résultats |
|---|---|---|
| tirages successifs avec remise | liste ordonnée, répétitions possibles | |
| tirages successifs sans remise | liste ordonnée sans répétition | |
| tirage simultané de objets | partie à éléments |
Les deux derniers protocoles supposent . Dans le cas des tirages sans remise, on retrouve le nombre annoncé en construisant le résultat étape par étape : choix pour le premier objet, pour le deuxième, et ainsi de suite, soit
Un tirage simultané revient à un tirage successif sans remise dont on oublie l'ordre : c'est pourquoi les probabilités calculées dans ces deux modèles coïncident dès que l'événement étudié ne fait pas intervenir l'ordre. On choisit alors le modèle qui rend le comptage le plus simple.
Méthode
Calculer une probabilité par dénombrement.
- Décrire l'univers détaillé en une phrase, et préciser le protocole : avec remise, sans remise, ou simultané.
- Justifier l'équiprobabilité par les termes de l'énoncé.
- Compter à l'aide du tableau ci-dessus.
- Compter les cas favorables en construisant le résultat favorable par étapes, et en multipliant les nombres de choix à chaque étape.
- Conclure par le quotient, et simplifier la fraction.
Exemple
Une urne contient boules indiscernables au toucher : blanches et noires. On en tire simultanément. L'univers est l'ensemble des parties à éléments, de cardinal , et l'équiprobabilité est légitime.
a. Les trois boules sont blanches. Il faut choisir boules parmi les blanches : cas favorables, d'où une probabilité de .
b. Exactement deux boules blanches. On choisit blanches parmi et noire parmi : cas, d'où une probabilité de .
c. Au moins une boule noire. L'événement contraire est « les trois sont blanches », de probabilité . La probabilité cherchée vaut donc .
d. Aucune boule noire parmi trois tirages successifs avec remise. Ici et le nombre de cas favorables est , d'où une probabilité de .
On remarquera que la réponse a vaut aussi : c'est le calcul en tirages successifs sans remise, que la formule des probabilités composées justifiera dans la section suivante.
Probabilités conditionnelles
Définition
Une information partielle modifie une probabilité. Si l'on sait déjà que l'événement est réalisé, les résultats extérieurs à deviennent impossibles, et il faut redistribuer la masse totale sur seul : c'est exactement ce que fait la définition suivante.
Définition
Soient et deux événements, avec . On appelle probabilité de sachant le réel
La notation se rencontre dans d'autres ouvrages ; on emploiera systématiquement , qui a l'avantage de faire apparaître comme une probabilité à part entière. L'hypothèse est indispensable : conditionner par un événement de probabilité nulle n'a aucun sens.
Exemple
On lance un dé équilibré. Soit : « le résultat est pair », et : « le résultat est au moins égal à ». On a et , donc . Ainsi
Sachant que le résultat est pair, il y a deux chances sur trois qu'il soit au moins égal à , alors que sans information cette probabilité valait . L'information a modifié la probabilité.
La probabilité conditionnelle est une probabilité
Propriété
Soit un événement de probabilité non nulle. L'application
est une probabilité sur .
Démonstration. Les valeurs sont dans . Le quotient est positif comme quotient de deux réels positifs, le dénominateur étant strictement positif. De plus , donc par croissance , et en divisant par on obtient .
Normalisation. .
Additivité. Soient et deux événements incompatibles. Les événements et sont alors incompatibles eux aussi, car . Par distributivité, , donc l'additivité de donne
Les deux axiomes sont vérifiés : est une probabilité.
Cette propriété n'est pas une curiosité théorique, c'est un outil de calcul quotidien : tous les résultats démontrés jusqu'ici s'appliquent à . En particulier, pour tous événements et :
a. et .
b. .
c. .
d. Si , alors .
En revanche, rien ne relie et : l'égalité est fausse en général. Le passage au contraire est licite sur l'événement conditionné, jamais sur l'événement conditionnant.
Formule des probabilités composées
Propriété
Cas de deux événements. Si , alors
Cas général. Soient des événements tels que . Alors
Démonstration. Le cas de deux événements est la définition de , multipliée par .
Observons d'abord que l'hypothèse rend tous les conditionnements licites : pour , on a l'inclusion , donc par croissance
Démontrons la formule par récurrence sur .
Initialisation. Pour , c'est le cas déjà traité.
Hérédité. Soit ; supposons la formule vraie au rang pour toute famille d'événements vérifiant l'hypothèse. Donnons-nous tels que , et posons . Comme , le cas de deux événements donne
Par ailleurs , donc l'hypothèse de récurrence s'applique à et fournit
En reportant, et en remarquant que , on obtient la formule au rang .
Conclusion. La formule est vraie pour tout .
C'est la formule des expériences en chaîne : chaque facteur est la probabilité de l'étape suivante, sachant tout ce qui s'est passé avant.
Exemple
Une urne contient boules blanches et boules noires. On tire successivement et sans remise trois boules. Notons l'événement « la -ème boule tirée est blanche ».
La probabilité d'obtenir trois boules blanches est
Après un premier tirage blanc, il reste boules dont blanches, d'où le deuxième facteur ; après deux tirages blancs, il reste boules dont blanches, d'où le troisième. On retrouve le résultat obtenu par dénombrement dans le modèle simultané, ce qui est rassurant : les deux modèles décrivent la même expérience.
L'arbre pondéré
L'arbre est la mise en forme graphique de la formule des probabilités composées ; il n'a rien d'un objet nouveau, mais il évite les oublis. Ses trois règles sont les suivantes.
Méthode
Les règles de l'arbre.
- Somme des branches issues d'un même nœud. Elle vaut toujours : ces branches portent les probabilités d'un système complet, conditionnées par tout ce qui précède.
- Probabilité d'un chemin. C'est le produit des probabilités portées par ses branches ; c'est la formule des probabilités composées.
- Probabilité d'un événement. C'est la somme des probabilités des chemins qui le réalisent ; c'est la formule des probabilités totales.
Attention : la première branche porte une probabilité simple, toutes les suivantes portent des probabilités conditionnelles.
Exemple
Une entreprise fabrique une pièce sur deux machines. La machine assure de la production et produit de pièces défectueuses ; la machine assure les restants et produit de pièces défectueuses. On prélève une pièce au hasard et l'on note l'événement « la pièce est défectueuse ».
L'énoncé fournit , , et . L'arbre comporte quatre chemins.
| Chemin | Probabilité du chemin |
|---|---|
| puis | |
| puis | |
| puis | |
| puis |
La somme des quatre vaut bien , ce qui constitue une vérification. La probabilité qu'une pièce soit défectueuse est la somme des deux chemins menant à :
Formule des probabilités totales
Propriété
Formule des probabilités totales. Soit un système complet d'événements. Pour tout événement ,
Si de plus pour tout , alors
Démonstration. Puisque la réunion des vaut , la distributivité donne
Ces événements sont deux à deux incompatibles : pour , on a . L'additivité finie donne alors .
Si tous les sont de probabilité non nulle, la formule des probabilités composées donne pour chaque , d'où la seconde écriture.
Exemple
Cas le plus fréquent : le système complet . Si , alors pour tout événement ,
C'est la formule utilisée dans l'exemple des deux machines, avec :
Lorsque certains sont de probabilité nulle, la première écriture reste valable telle quelle : les termes correspondants sont nuls, puisque entraîne . On peut donc toujours se ramener à la seconde écriture en ne conservant que les indices pour lesquels .
Méthode
Conditionner par un système complet. C'est la méthode reine dès qu'une expérience se déroule en deux temps, ou qu'une information manque.
- Repérer l'information manquante : « de quelle machine vient la pièce ? », « quelle urne a-t-on choisie ? », « le client est-il déjà assuré ? ».
- Construire le système complet correspondant à cette information : les cas possibles, deux à deux incompatibles, couvrant toutes les situations.
- Vérifier que l'énoncé donne bien les et les : ce sont les données naturelles d'un énoncé de probabilités, exprimées en pourcentages.
- Appliquer la formule et calculer.
- Contrôler : le résultat est une probabilité, donc un réel de , et il doit se situer entre le plus petit et le plus grand des .
Exemple
Deux urnes sont posées sur une table. L'urne contient boules rouges et vertes ; l'urne contient rouge et vertes. On lance un dé équilibré : si le résultat est , on tire une boule dans , sinon on tire une boule dans . Quelle est la probabilité de tirer une boule rouge ?
Notons l'événement « on tire dans », de probabilité , et l'événement « la boule tirée est rouge ». Le couple est un système complet. L'énoncé donne et . D'où
Le résultat est bien compris entre et , ce qui constitue un contrôle.
Formule de Bayes
Les probabilités totales calculent la probabilité d'une conséquence à partir de celle des causes. La formule de Bayes fait le chemin inverse : elle calcule la probabilité d'une cause sachant la conséquence observée.
Propriété
Formule de Bayes. Soient et deux événements de probabilités non nulles. Alors
Version avec un système complet. Si est un système complet d'événements de probabilités non nulles et si , alors pour tout indice :
Démonstration. Par définition de la probabilité conditionnelle, puis par la formule des probabilités composées appliquée à :
Pour la seconde version, on applique la première avec , et l'on remplace le dénominateur par son expression donnée par la formule des probabilités totales.
Méthode
Inverser un conditionnement. L'énoncé donne des probabilités « dans un sens » et en demande une « dans l'autre sens ». On ne cherche jamais à retenir la formule de Bayes telle quelle : on la reconstruit en trois lignes.
- Écrire la définition : .
- Calculer le numérateur par les probabilités composées, dans le sens où l'énoncé donne les données : .
- Calculer le dénominateur par les probabilités totales, avec le système complet des causes.
Exemple
Suite de l'exemple des deux machines. On a prélevé une pièce et elle est défectueuse. Quelle est la probabilité qu'elle provienne de la machine ?
On cherche . Le numérateur a déjà été calculé : . Le dénominateur aussi : . Donc
Ainsi, des pièces défectueuses viennent de , alors que fabrique des pièces : l'observation d'un défaut rend la machine relativement plus suspecte, ce qui est cohérent avec son taux de défaut plus élevé.
Exemple
Un résultat contre-intuitif. Un organisme contrôle des déclarations. Une déclaration sur cinquante est frauduleuse, soit une proportion de . Un algorithme signale des déclarations frauduleuses, mais signale aussi, à tort, des déclarations honnêtes.
Notons l'événement « la déclaration est frauduleuse » et « la déclaration est signalée ». On a , et . Les probabilités totales donnent
puis la formule de Bayes
Une déclaration signalée n'a donc qu'environ de chances d'être frauduleuse : les fraudes sont si rares que les fausses alertes, prélevées sur une population très nombreuse, sont cinq fois plus nombreuses que les vraies. Confondre et est l'erreur la plus classique du chapitre.
Indépendance
Indépendance de deux événements
Définition
Deux événements et sont dits indépendants pour la probabilité lorsque
Propriété
Soient et deux événements, avec . Alors
Démonstration. Comme , on peut diviser par dans une équivalence :
C'est la lecture intuitive de la notion : savoir que est réalisé ne change pas la probabilité de . On retiendra cependant la définition sous sa forme produit, qui est symétrique en et et qui ne suppose aucune probabilité non nulle.
L'indépendance est une propriété numérique, relative à la probabilité choisie ; elle n'exprime aucune absence de lien causal, et elle peut disparaître si l'on change de probabilité sur le même univers.
Exemple
L'indépendance dépend de la probabilité. Prenons , et .
Avec la probabilité uniforme. et : les événements et sont indépendants.
Avec une autre probabilité. Munissons des poids , , et , dont la somme vaut bien . Alors , et , tandis que . Les mêmes événements ne sont plus indépendants.
Propriété
Piège fondamental. Soient et deux événements incompatibles, de probabilités non nulles. Alors et ne sont pas indépendants.
Démonstration. L'incompatibilité donne , tandis que comme produit de deux réels strictement positifs. Les deux quantités diffèrent.
Incompatibles et indépendants sont donc deux notions non seulement différentes, mais en un sens opposées : si et sont incompatibles, la réalisation de interdit celle de , ce qui est une dépendance très forte. Confondre les deux mots est une faute lourde.
Propriété
Si et sont indépendants, alors les couples , et sont formés d'événements indépendants.
Démonstration. Supposons . Les événements et sont incompatibles, et leur réunion vaut , puisque . L'additivité donne donc
Ainsi et sont indépendants. En échangeant les rôles de et , on obtient l'indépendance de et . Enfin, en appliquant le premier résultat au couple indépendant , on obtient celle de et .
Indépendance mutuelle
Définition
Les événements sont dits mutuellement indépendants lorsque, pour toute partie de contenant au moins deux éléments,
Il ne suffit donc pas de vérifier l'égalité pour l'intersection de tous les événements, ni même pour tous les couples : toutes les sous-familles doivent la vérifier. Pour trois événements , , , cela fait quatre égalités : les trois égalités deux à deux, et .
Propriété
Si sont mutuellement indépendants, alors ils sont deux à deux indépendants. La réciproque est fausse.
Exemple
Deux à deux n'implique pas mutuellement. On lance deux fois une pièce équilibrée : , muni de l'équiprobabilité, avec . Posons
- : « le premier lancer donne pile » ;
- : « le second lancer donne pile » ;
- : « les deux lancers donnent le même résultat ».
Chacun de ces trois événements contient deux issues, donc . Par ailleurs, chacune des intersections , et est réduite à l'issue , donc de probabilité : les trois événements sont deux à deux indépendants.
Pourtant est encore réduit à , donc
Les trois événements ne sont donc pas mutuellement indépendants, ce qui se comprend : et réalisés entraînent .
Propriété
Passage aux contraires (admis). Si sont mutuellement indépendants, alors les événements le sont encore, où chaque désigne soit , soit son contraire .
Le cas a été démontré plus haut ; le cas général se traite par une récurrence sur le nombre de contraires substitués, et sa démonstration n'est pas exigible. Le résultat, lui, sert constamment : c'est lui qui autorise à écrire, pour des événements mutuellement indépendants,
donc à calculer une probabilité du type « au moins un des est réalisé » par passage au contraire.
Méthode
« Au moins un » avec des événements mutuellement indépendants.
- Traduire : « au moins un » est le contraire de « aucun ».
- Écrire par la loi de De Morgan.
- Utiliser l'indépendance mutuelle des contraires pour transformer l'intersection en produit.
- Conclure : .
En pratique, l'indépendance mutuelle n'est presque jamais démontrée : elle est posée comme hypothèse de modélisation, sous la forme « les épreuves sont indépendantes », « les composants tombent en panne indépendamment les uns des autres », « les tirages ont lieu avec remise ». Cette hypothèse doit être écrite explicitement dans la rédaction, car c'est elle qui autorise les produits.
Exemple
Un dispositif comporte composants montés en série : il fonctionne si et seulement si tous les composants fonctionnent. Chaque composant fonctionne avec la probabilité , et l'on suppose que les composants sont mutuellement indépendants.
Notons l'événement « le composant numéro fonctionne ». La probabilité que le dispositif fonctionne vaut
La probabilité qu'au moins un composant soit défaillant vaut donc environ . Une fiabilité de par composant conduit à une panne dans près de des cas : la mise en série est très défavorable.
Variables aléatoires réelles finies
Définition et notations
Compter, mesurer, gagner ou perdre de l'argent : dans la plupart des situations, ce qui intéresse n'est pas le résultat brut de l'expérience, mais un nombre attaché à ce résultat. C'est l'objet des variables aléatoires.
Définition
Soit un espace probabilisé fini. On appelle variable aléatoire réelle sur toute application
L'ensemble des valeurs prises par , c'est-à-dire l'image , est un ensemble fini de réels, puisque est fini.
Le mot « variable » est trompeur : une variable aléatoire est une application, pas un nombre. La lettre désigne la règle qui, à chaque résultat , associe le réel .
Définition
Soit une variable aléatoire sur , soit un réel et soit une partie de . On note :
Ce sont des parties de , donc des événements. On définit de même , et .
Il faut lire ces notations comme des abréviations : n'est pas une équation, c'est l'ensemble des résultats de l'expérience pour lesquels vaut . Toutes les règles de calcul sur les événements s'y appliquent, par exemple
Exemple
On lance deux dés équilibrés et l'on note la somme des deux résultats. On prend muni de l'équiprobabilité, et pour tout couple de . Alors est une variable aléatoire, avec , et
De même , donc .
Système complet associé et loi d'une variable aléatoire
Propriété
Soit une variable aléatoire sur , et soit l'ensemble de ses valeurs, deux à deux distinctes. Alors la famille
est un système complet d'événements.
Démonstration. Incompatibilité. Soient . Si un résultat appartenait à , on aurait et , donc , ce qui est exclu. L'intersection est donc vide.
Réunion. Soit . Le réel appartient à par définition de l'image, donc il existe un indice tel que , c'est-à-dire . La réunion des est donc tout entier.
Ce système complet est l'outil de travail permanent de la seconde moitié du chapitre : c'est lui qu'on utilise dans la formule des probabilités totales lorsque le conditionnement se fait selon la valeur prise par une variable.
Définition
On appelle loi de probabilité de la variable aléatoire la donnée :
- de l'ensemble des valeurs prises par ;
- des probabilités pour chaque valeur de .
Propriété
Avec les notations précédentes, .
Démonstration. Les événements forment un système complet, et la somme des probabilités d'un système complet vaut .
Cette égalité est la vérification obligatoire de tout calcul de loi : une loi dont les probabilités ne somment pas à est fausse, sans exception. On présente en général une loi sous forme de tableau.
Exemple
On lance deux dés équilibrés et l'on note le plus grand des deux résultats. Alors . Pour , l'événement correspond aux couples dont les deux composantes sont au plus égales à , soit couples. Donc
Vérification : , donc la somme des probabilités vaut bien .
Méthode
Déterminer la loi d'une variable aléatoire. La rédaction attendue comporte quatre étapes, dans cet ordre.
- Décrire en une phrase : de quelle expérience s'agit-il, que compte ou que mesure ?
- Déterminer , en justifiant les valeurs extrêmes : pourquoi ne peut-elle pas valoir moins, ni plus ?
- Calculer pour chaque de , avec les outils du chapitre : dénombrement, probabilités composées, probabilités totales.
- Vérifier que la somme des probabilités vaut , et présenter le résultat sous forme de tableau ou de formule générale.
Exemple
Une urne contient boules blanches et boules noires. On tire simultanément boules et l'on note le nombre de boules blanches obtenues.
Les valeurs possibles sont : on ne peut pas obtenir moins de boule blanche, ni plus de puisqu'on tire trois boules, et chacune de ces valeurs est atteignable car l'urne contient au moins blanches et au moins noires. L'univers compte tirages équiprobables, et obtenir exactement blanches revient à choisir boules parmi les blanches et parmi les noires :
Vérification : , la somme des probabilités vaut .
Variable aléatoire
Propriété
Soit une variable aléatoire sur et soit une fonction définie sur , à valeurs réelles. Alors , définie par , est une variable aléatoire sur , ses valeurs sont , et pour tout de :
Démonstration. L'application va bien de dans comme composée de et de : c'est une variable aléatoire, et l'ensemble de ses valeurs est l'image de par .
Soit . Un résultat réalise si et seulement si , c'est-à-dire si et seulement si appartient à l'ensemble des tels que . Autrement dit, est la réunion des événements pour ces valeurs . Ces événements sont deux à deux incompatibles, comme membres du système complet associé à , donc l'additivité finie donne la formule.
Le point délicat est le regroupement : si prend la même valeur en deux points, les probabilités correspondantes s'additionnent.
Exemple
Soit une variable aléatoire de loi donnée par le tableau suivant.
a. Pour , la fonction est strictement croissante donc injective : aucun regroupement n'a lieu. On a et les probabilités sont recopiées dans l'ordre, par exemple .
b. Pour , la fonction prend la même valeur en et en : il y a regroupement. Ici et
La somme vaut bien .
Espérance
Définition
Définition
Soit une variable aléatoire sur un espace probabilisé fini, avec . On appelle espérance de le réel
Une variable aléatoire est dite centrée lorsque .
L'espérance est la moyenne des valeurs, pondérée par leurs probabilités : c'est le barycentre des valeurs de affectées des poids . Intuitivement, elle indique la valeur autour de laquelle les résultats se répartissent ; l'énoncé précis qui relie l'espérance à la moyenne observée sur un grand nombre de répétitions ne sera vu que plus tard.
Attention à un abus de langage courant : l'espérance n'est pas une valeur que l'on « espère » observer, et elle n'appartient même pas nécessairement à .
Exemple
a. Un dé équilibré. Soit le résultat d'un lancer. Alors
La valeur n'est jamais prise par : c'est bien une moyenne, pas une prévision.
b. Un contrat d'assurance. Un assureur estime que le coût annuel des sinistres d'un client, en euros, suit la loi suivante.
Alors . Le coût moyen d'un client est de euros : c'est la prime pure, en dessous de laquelle l'assureur ne peut pas descendre sans perdre de l'argent en moyenne.
L'espérance vue comme une somme sur
La formule suivante n'est pas la définition, mais c'est l'outil qui permet de démontrer proprement la linéarité.
Propriété
Pour toute variable aléatoire sur un espace probabilisé fini ,
Démonstration. Notons . Les événements forment un système complet, donc ils partagent en morceaux disjoints, et l'on peut découper la somme sur selon ces morceaux :
Dans la somme interne, tous les vérifient : le facteur est constant et se factorise, d'où
la dernière égalité provenant de la décomposition d'un événement en événements élémentaires. En sommant sur , on retrouve .
Linéarité et croissance
Propriété
Linéarité de l'espérance. Soient et deux variables aléatoires sur le même espace probabilisé fini , et soient et deux réels. Alors
En particulier , , et pour toute constante : et .
Démonstration. La variable est définie par . La formule précédente, appliquée à cette variable, donne
par linéarité de la somme finie, puis en reconnaissant deux fois la formule de l'espérance comme somme sur .
Pour une constante , la variable constante égale à prend la seule valeur avec la probabilité , donc son espérance vaut ; les cas particuliers s'en déduisent.
Deux remarques capitales. D'abord, la linéarité ne demande aucune hypothèse liant et : elle est toujours vraie, ce qui en fait l'outil le plus puissant du chapitre. Ensuite, elle s'étend par récurrence immédiate à un nombre fini de variables :
Propriété
Positivité et croissance. Soient et deux variables aléatoires sur .
a. Si pour tout , alors .
b. Si pour tout , alors .
c. Si pour tout , alors .
Démonstration. a. Toutes les valeurs de sont positives, donc dans la somme chaque terme est un produit de deux réels positifs : la somme est positive.
b. La variable vérifie pour tout , donc d'après a. Or la linéarité donne , d'où .
c. On applique b en comparant aux variables constantes égales à et à , dont les espérances valent respectivement et .
Espérance d'une fonction de : le théorème de transfert
Propriété
Théorème de transfert (admis). Soit une variable aléatoire finie et soit une fonction définie sur . Alors
Ce théorème est admis, conformément au programme. Son intérêt pratique est considérable : il permet de calculer sans déterminer la loi de , donc sans avoir à effectuer les regroupements de valeurs. On l'utilisera surtout avec , pour calculer , qui est la clef du calcul de la variance.
Exemple
Reprenons la variable de loi
Son espérance vaut . Le théorème de transfert donne directement
On vérifie sur cet exemple que la loi de , calculée précédemment, donne bien la même valeur : .
La méthode des indicatrices
Définition
Soit un événement. On appelle indicatrice de la variable aléatoire définie sur par
Propriété
Pour tout événement , on a .
Démonstration. La variable prend au plus les deux valeurs et , avec et . Donc
Méthode
Calculer une espérance sans calculer la loi. Lorsque compte un nombre d'occurrences, on procède ainsi.
- Écrire comme une somme d'indicatrices : , où est l'événement « la -ème occurrence a lieu ». Justifier l'égalité en évaluant les deux membres en un quelconque.
- Appliquer la linéarité : .
- Calculer chaque , ce qui est en général beaucoup plus simple que la loi de .
Cette méthode ne demande aucune hypothèse d'indépendance, puisqu'elle n'utilise que la linéarité de l'espérance.
Exemple
Un commercial démarche trois clients. Il estime ses chances de conclure à pour le premier, pour le deuxième et pour le troisième. Soit le nombre de contrats signés.
Notons l'événement « le client numéro signe ». Pour tout résultat , le nombre de contrats signés est le nombre d'indices tels que , c'est-à-dire
Par linéarité, : le commercial signe en moyenne un contrat. Ce calcul ne suppose rien sur les liens entre les trois clients ; déterminer la loi complète de , en revanche, exigerait des hypothèses supplémentaires.
Variance et écart-type
L'espérance résume la position des valeurs ; elle ne dit rien de leur dispersion. Les deux variables « gagner euro à coup sûr » et « gagner euros ou perdre euros avec la même probabilité » ont la même espérance nulle, et ne représentent évidemment pas le même risque. La variance mesure cet écart aux valeurs moyennes.
Définition
Définition
Soit une variable aléatoire finie, d'espérance . On appelle variance de le réel
la seconde écriture résultant du théorème de transfert. On appelle écart-type de le réel
La variance est une espérance de carré, donc toujours positive d'après la positivité de l'espérance : la racine carrée a bien un sens. Si s'exprime en euros, s'exprime en euros au carré, alors que s'exprime en euros : c'est l'écart-type, et non la variance, qui se compare directement aux valeurs de .
Formule de König-Huygens
Propriété
Formule de König-Huygens. Pour toute variable aléatoire finie ,
En particulier, .
Démonstration. Posons , qui est un réel constant. En développant le carré, on obtient l'égalité de variables aléatoires
Par linéarité de l'espérance, appliquée aux trois termes du membre de droite,
L'inégalité en découle, puisque .
C'est toujours cette formule que l'on utilise en pratique : elle ne demande que et , ce dernier s'obtenant par transfert.
Exemple
Reprenons le coût annuel des sinistres d'un client, de loi , et , d'espérance .
Le théorème de transfert donne
puis König-Huygens
Le coût moyen est de euros, mais l'écart-type vaut euros : la dispersion est quatre fois plus grande que la moyenne, ce qui traduit un risque très concentré sur de rares sinistres coûteux. C'est précisément ce que l'assureur mutualise.
Propriétés de la variance
Propriété
Soit une variable aléatoire finie, et soient et deux réels.
a. si et seulement si .
b. , et par conséquent .
c. En particulier : une translation ne modifie pas la dispersion.
Démonstration. a. Posons . On a , somme de termes tous positifs. Une somme finie de réels positifs est nulle si et seulement si tous ses termes sont nuls. Donc équivaut à : pour tout , , c'est-à-dire dès que . Comme les événements forment un système complet, la somme de leurs probabilités vaut , donc cela équivaut à .
b. Posons . Par linéarité, , donc
En élevant au carré, , puis en prenant l'espérance et en utilisant sa linéarité,
Pour l'écart-type, on prend la racine carrée : .
c. C'est le cas .
Le point a dit qu'une variance nulle caractérise les variables qui ne prennent qu'une seule valeur, à un événement de probabilité nulle près : aucune dispersion, aucun aléa. Le point b contient une erreur classique à éviter : le coefficient sort de la variance au carré, et la constante disparaît complètement.
Variable centrée réduite
Définition
Une variable aléatoire est dite centrée lorsque , réduite lorsque , et centrée réduite lorsque les deux conditions sont réunies.
Propriété
Soit une variable aléatoire finie telle que . Alors la variable
est centrée réduite : et .
Démonstration. Posons et . La variable s'écrit avec et . La linéarité de l'espérance donne
et la propriété donne
Centrer et réduire, c'est changer d'origine et d'unité : on ramène toute variable à une échelle commune, sans dimension, où la moyenne vaut et l'écart-type vaut . C'est ce qui permet de comparer des grandeurs hétérogènes, par exemple un chiffre d'affaires et un nombre de clients.
Lois usuelles finies
Variable aléatoire certaine
Définition
Une variable aléatoire est dite certaine lorsqu'elle est constante : il existe un réel tel que pour tout de . On a alors et .
Propriété
Si est la variable certaine égale à , alors et .
Démonstration. L'espérance se réduit à un seul terme : . Pour la variance, est la variable nulle, donc .
Loi de Bernoulli
Définition
Soit . Une variable aléatoire suit la loi de Bernoulli de paramètre , ce que l'on note , lorsque
C'est la loi du succès ou échec : vaut si l'épreuve réussit, sinon. On note souvent la probabilité d'échec.
Propriété
Si , alors
Démonstration. L'espérance vaut .
Pour la variance, observons que ne prend que les valeurs et , qui vérifient toutes deux : on a donc l'égalité de variables aléatoires , d'où . La formule de König-Huygens donne alors
Propriété
Pour tout événement , l'indicatrice suit la loi de Bernoulli de paramètre .
Démonstration. L'indicatrice prend ses valeurs dans , et par définition. C'est exactement la loi .
Ce résultat, joint à la formule , explique le statut particulier des indicatrices : elles font le pont entre les événements et les variables aléatoires.
Loi binomiale
Définition
Soit et . On appelle schéma de Bernoulli de paramètres et la répétition de épreuves identiques et indépendantes, chacune n'ayant que deux issues, un succès de probabilité et un échec de probabilité .
La variable aléatoire égale au nombre de succès obtenus au cours de ces épreuves suit la loi binomiale de paramètres et , notée .
Propriété
Si , alors et
Démonstration. Modélisons le schéma de Bernoulli par l'univers , dont les éléments sont les mots de lettres écrits avec pour succès et pour échec. Le nombre de succès peut valoir , , , , d'où .
Fixons et considérons un mot particulier comportant exactement lettres . Notons l'événement « la -ème épreuve est un succès ». Les épreuves étant indépendantes, les événements sont mutuellement indépendants, donc leurs contraires peuvent leur être substitués librement : la probabilité d'obtenir ce mot précis est le produit des probabilités des résultats qui le composent, soit
Cette valeur ne dépend que de , pas de la place des succès.
Il reste à compter les mots comportant exactement lettres . Un tel mot est entièrement déterminé par l'ensemble des positions occupées par les succès, c'est-à-dire par une partie à éléments de : il y en a .
L'événement est la réunion de ces événements élémentaires, deux à deux incompatibles et de même probabilité . L'additivité finie donne donc .
Propriété
Vérification. La somme des probabilités vaut bien : avec , la formule du binôme de Newton donne
C'est de cette égalité que la loi tire son nom. On notera au passage que n'est autre que la loi de Bernoulli .
Propriété
Si , alors
Démonstration. Posons . On utilise deux fois une identité sur les coefficients binomiaux.
Première identité. Pour ,
Calcul de l'espérance. Le terme d'indice est nul, donc
On factorise et l'on pose , de sorte que décrit et que :
Seconde identité. Pour , le même calcul donne
Calcul de la variance. Le théorème de transfert appliqué à donne, les termes d'indices et étant nuls,
après le changement d'indice et la formule du binôme. Or , donc la linéarité de l'espérance donne
La formule de König-Huygens conclut :
Méthode
Reconnaître une loi binomiale. Avant d'écrire , on vérifie quatre points, et on les écrit dans la copie.
- L'expérience consiste en un nombre d'épreuves fixé à l'avance.
- Chaque épreuve n'a que deux issues, succès ou échec.
- La probabilité de succès est la même à chaque épreuve.
- Les épreuves sont indépendantes.
Et compte le nombre de succès. Le point tombe en défaut dans un tirage sans remise : la composition de l'urne change à chaque tirage, la loi n'est pas binomiale. Avec remise, en revanche, elle l'est.
Exemple
Contrôle qualité. Une production comporte de pièces défectueuses. On prélève au hasard pièces dans un stock très important, ce qui permet d'assimiler le prélèvement à tirages indépendants. Soit le nombre de pièces défectueuses parmi les .
Les quatre conditions sont réunies avec et , donc .
a. .
b. .
c. .
d. et .
Bien que l'on attende en moyenne une seule pièce défectueuse, la probabilité d'en trouver au moins une dépasse : c'est le genre de calcul qui sert à dimensionner un plan de contrôle.
Exemple
Un questionnaire à choix multiples. Un QCM comporte questions indépendantes, chacune proposant réponses dont une seule est correcte. Un candidat répond entièrement au hasard ; soit le nombre de bonnes réponses. Alors , donc
La probabilité qu'il obtienne au moins une bonne réponse vaut , et celle qu'il obtienne au moins bonnes réponses est inférieure à : répondre au hasard permet d'avoir quelques points, jamais une bonne note.
Loi uniforme
Définition
Soit . Une variable aléatoire suit la loi uniforme sur , notée , lorsque
Propriété
Si , alors
Démonstration. On utilise les deux sommes classiques du chapitre sur les sommes :
Espérance.
Moment d'ordre deux. Le théorème de transfert donne
Variance. La formule de König-Huygens donne
Définition
Soient et deux entiers relatifs avec , et posons , le nombre d'entiers de . Une variable aléatoire suit la loi uniforme sur , notée , lorsque
Propriété
Si avec et , alors
Démonstration. Posons et . Pour tout , on a
car décrit lorsque décrit . Donc , et les résultats précédents s'appliquent à .
Espérance. Comme , la linéarité donne
Variance. Une translation ne modifie pas la variance, donc
Exemple
a. Le résultat d'un lancer de dé équilibré suit , donc
b. Dans un jeu, un pion avance d'un nombre de cases tiré au hasard dans . Ici , et , donc
Tableau récapitulatif
| Loi | ||||
|---|---|---|---|---|
| certaine égale à | ||||
Ces cinq lignes doivent être sues par cœur, mais surtout redémontrables : les concours demandent régulièrement d'établir l'espérance ou la variance d'une loi usuelle, et une réponse donnée sans démonstration ne rapporte alors aucun point.
Erreurs classiques à éviter
-
Poser l'équiprobabilité sur un univers résumé. Les sommes de deux dés, les nombres de piles, les valeurs d'une variable ne sont presque jamais équiprobables. L'équiprobabilité se pose sur l'univers détaillé, et se justifie par les termes de l'énoncé.
-
Confondre incompatibles et indépendants. Deux événements incompatibles de probabilités non nulles sont toujours dépendants. L'incompatibilité est une propriété ensembliste, l'indépendance une propriété numérique liée à .
-
Additionner sans vérifier l'incompatibilité. n'est vraie que si . Dans le doute, on écrit la formule du crible, qui est toujours vraie.
-
Multiplier sans hypothèse d'indépendance. est une définition de l'indépendance, pas une règle de calcul générale. Sans hypothèse, on écrit .
-
Inverser un conditionnement à la légère. et n'ont aucune raison d'être égaux, comme le montre l'exemple des déclarations frauduleuses. Le passage de l'un à l'autre demande la formule de Bayes.
-
Écrire . C'est faux. Seul est correct : on passe au contraire sur l'événement conditionné, jamais sur le conditionnant.
-
Oublier de vérifier qu'une loi somme à . C'est la seule vérification autonome dont on dispose sur un calcul de loi, et elle détecte la grande majorité des erreurs.
-
Croire que est une valeur possible de . L'espérance d'un dé vaut ; aucune face ne porte ce numéro.
-
Sortir un coefficient de la variance sans le carré. On a , et non ; la constante , elle, disparaît. Pour l'écart-type, .
-
Appliquer la loi binomiale à un tirage sans remise. Les épreuves ne sont alors pas indépendantes et la probabilité de succès change à chaque tirage : la loi doit être calculée directement par dénombrement.
-
Confondre la variable et sa valeur. est une application, est un nombre, et est un événement. Une phrase comme « la probabilité de » n'a aucun sens.
Bloqué sur « Probabilités sur un ensemble fini » ?
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.