ECG approfondies · Chapitre 07 · Second semestre

Algèbre linéaire : espaces vectoriels et applications linéaires

1re année

Espaces vectoriels de dimension finie, applications linéaires, matrices d'applications linéaires, endomorphismes, matrices carrées.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Espaces vectoriels de dimension finie
  • Applications linéaires
  • Matrices d'applications linéaires
  • Endomorphismes
  • Matrices carrées

Le premier semestre vous a donné des objets. Les matrices d'abord, avec leur arithmétique propre, leurs puissances et leurs inverses ; les systèmes linéaires ensuite, et la méthode du pivot de Gauss qui les résout tous ; puis, en fin de parcours, le vocabulaire des espaces vectoriels, des sous-espaces vectoriels et du sous-espace engendré Vect. À ce stade, vous savez reconnaître qu'un ensemble est un sous-espace vectoriel, et vous savez le décrire comme un Vect. Mais vous ne savez rien dire de sa taille. Le plan x+2yz=0 et la droite engendrée par (1,2,3) sont tous deux des sous-espaces vectoriels de R3 ; rien, dans le langage du premier semestre, ne permet d'affirmer que le premier est « plus gros » que le second. C'est cette lacune que le présent chapitre comble.

Il apporte pour cela deux idées, et deux seulement. La première est la dimension. On observe qu'un sous-espace vectoriel peut être décrit par une famille de vecteurs minimale, appelée base, et que le nombre de vecteurs d'une telle famille ne dépend pas de la base choisie : ce nombre est la dimension. Il donne enfin une mesure aux objets de l'algèbre linéaire, et transforme des questions d'inclusion, réputées pénibles, en comparaisons d'entiers. La seconde idée est celle d'application linéaire : une fonction entre deux espaces vectoriels qui respecte l'addition et la multiplication par un réel. Ces applications relient les espaces entre eux, et chacune porte avec elle deux sous-espaces vectoriels, son noyau et son image, dont les dimensions sont liées par le résultat central de tout le programme d'algèbre linéaire, le théorème du rang. Les deux idées se rejoignent enfin dans un dictionnaire d'une efficacité redoutable : une fois choisies une base au départ et une base à l'arrivée, toute application linéaire se lit comme une matrice, la composition devient le produit matriciel, et la bijectivité devient l'inversibilité. Tout le calcul du premier semestre se met alors au service de la théorie.

Ce chapitre n'est donc pas un chapitre parmi d'autres : c'est le socle de la seconde année, et l'un des deux ou trois domaines les plus rentables aux concours. Les sujets d'EDHEC, d'EM Lyon, d'ECRICOME et d'HEC comportent presque tous un problème d'algèbre linéaire, et les questions d'ouverture y sont invariablement les mêmes : montrer qu'une famille est libre, déterminer un noyau et une image, appliquer le théorème du rang, écrire une matrice dans une base. Ce sont des points que l'on prend en dix minutes quand les gestes sont automatisés, et que l'on perd entièrement sinon. Le plan suit cet ordre. Les sections 1 à 5 construisent la théorie de la dimension, des familles génératrices jusqu'au rang d'une famille de vecteurs. La section 6 apprend à découper un espace en deux morceaux qui ne se chevauchent pas, avec la somme directe et les sous-espaces supplémentaires. Les sections 7 à 11 traitent les applications linéaires, du noyau et de l'image jusqu'au théorème du rang et à la caractérisation des isomorphismes. Les sections 12 à 14 établissent le dictionnaire avec les matrices. La section 15 étudie les endomorphismes vérifiant une relation, qui alimentent la moitié des problèmes de concours, et la section 16 rassemble les méthodes sous forme de fiches.

Voici enfin les notations en vigueur dans tout le chapitre. Les lettres E, F et G désignent des espaces vectoriels réels ; les vecteurs sont notés en minuscules latines, x, y, u, v, et les scalaires par des lettres grecques, λ, μ, α, β. L'ensemble des matrices à n lignes et p colonnes à coefficients réels est noté Mn,p(R), abrégé en Mn(R) lorsque n=p ; le coefficient d'indice (i,j) d'une matrice A est ai,j, l'identité d'ordre n est In, la matrice nulle est 0n,p et la transposée de A est tA. Le sous-espace engendré par des vecteurs x1,,xp est Vect(x1,,xp) ; le noyau et l'image d'une application linéaire f sont Kerf et Imf ; les rangs sont rg(f) et rg(A), la dimension est dimE. L'ensemble des applications linéaires de E dans F est L(E,F), abrégé en L(E) lorsque F=E ; l'application identité de E est idE, et l'on note f2=ff, puis fk de proche en proche. L'ensemble des polynômes de degré inférieur ou égal à n est Rn[X], de base canonique (1,X,,Xn). La matrice de f de la base B au départ vers la base C à l'arrivée est MatB,C(f), notée MatB(f) pour un endomorphisme. Enfin, le symbole marque la fin d'une démonstration.

Familles de vecteurs et sous-espace engendré

Familles et combinaisons linéaires

Dans tout ce chapitre, E désigne un R-espace vectoriel. Une famille finie de vecteurs de E est une liste (x1,x2,,xp) d'éléments de E, l'entier p étant le cardinal de la famille. Deux précisions valent la peine d'être faites tout de suite, car elles distinguent une famille d'un ensemble : l'ordre des vecteurs compte, et un même vecteur peut y figurer plusieurs fois. Cette souplesse est indispensable, car nous coderons bientôt les vecteurs par leurs coordonnées, et une liste de coordonnées est ordonnée.

Définition

Soient x1,,xp des vecteurs de E. On appelle combinaison linéaire de la famille (x1,,xp) tout vecteur de la forme

λ1x1+λ2x2++λpxp=k=1pλkxk,

λ1,,λp sont des réels appelés coefficients de la combinaison.

Définition

On appelle sous-espace engendré par x1,,xp, et l'on note Vect(x1,,xp), l'ensemble de toutes les combinaisons linéaires de ces vecteurs :

Vect(x1,,xp)={k=1pλkxk  ;  (λ1,,λp)Rp}.

Par convention, Vect()={0E} pour la famille vide.

Ces deux définitions ont été introduites au premier semestre, et nous avons alors établi que Vect(x1,,xp) est un sous-espace vectoriel de E contenant chacun des xk. Nous pouvons maintenant dire davantage : c'est le plus petit d'entre eux, au sens de l'inclusion.

Propriété

Le Vect est le plus petit sous-espace vectoriel contenant la famille. Soit F un sous-espace vectoriel de E. Alors

(x1F, , xpF)    Vect(x1,,xp)F.

Démonstration. Supposons d'abord que x1,,xp appartiennent tous à F. Soit x un élément de Vect(x1,,xp) : il existe des réels λ1,,λp tels que x=λ1x1++λpxp. Comme F est un sous-espace vectoriel, il est stable par combinaison linéaire, donc, de proche en proche, λ1x1+λ2x2F, puis λ1x1+λ2x2+λ3x3F, et finalement xF. D'où l'inclusion annoncée.

Réciproquement, si Vect(x1,,xp)F, il suffit de remarquer que chaque xk appartient à Vect(x1,,xp), en prenant le coefficient λk=1 et tous les autres nuls. Donc xkF.

Cette équivalence est d'un usage constant : pour montrer une inclusion Vect(x1,,xp)F, on ne prend pas un élément quelconque du Vect, on vérifie seulement que les p générateurs appartiennent à F. C'est p vérifications, au lieu d'un raisonnement sur un vecteur générique.

Propriété

Un générateur redondant peut être supprimé. Si xpVect(x1,,xp1), alors

Vect(x1,,xp1,xp)=Vect(x1,,xp1).

Démonstration. L'inclusion de la droite vers la gauche est claire, puisque toute combinaison linéaire de x1,,xp1 en est une de x1,,xp, avec λp=0. Pour l'autre inclusion, notons F=Vect(x1,,xp1), qui est un sous-espace vectoriel. Il contient x1,,xp1, et il contient xp par hypothèse. La propriété précédente donne alors Vect(x1,,xp)F.

Familles génératrices

Définition

Soit F un sous-espace vectoriel de E. On dit que la famille finie (x1,,xp) est génératrice de F, ou qu'elle engendre F, lorsque

F=Vect(x1,,xp),

autrement dit lorsque tout vecteur de F s'écrit d'au moins une façon comme combinaison linéaire de x1,,xp.

Le mot « au moins » mérite d'être souligné : une famille génératrice garantit l'existence d'une écriture, pas son unicité. C'est précisément l'unicité qui manque encore, et c'est elle que les sections 2 et 3 vont apporter.

Exemple

Trois familles génératrices de référence.

a. Dans Rn, posons e1=(1,0,,0), e2=(0,1,0,,0), et plus généralement ek le n-uplet dont toutes les coordonnées sont nulles sauf la k-ième, égale à 1. Tout vecteur x=(x1,,xn) s'écrit x=x1e1++xnen, donc (e1,,en) engendre Rn.

b. Dans Rn[X], tout polynôme P de degré inférieur ou égal à n s'écrit P=a0+a1X++anXn. La famille (1,X,,Xn), de cardinal n+1, engendre donc Rn[X].

c. Dans M2(R), toute matrice s'écrit

(abcd)=a(1000)+b(0100)+c(0010)+d(0001),

si bien que ces quatre matrices engendrent M2(R).

Méthode

Montrer qu'une famille (x1,,xp) engendre E. On prend un vecteur x quelconque de E, on écrit l'équation

λ1x1++λpxp=x

d'inconnues λ1,,λp, on la traduit en système linéaire, et l'on montre que ce système est compatible quel que soit le second membre. Trois remarques de rédaction. Il ne faut jamais partir d'un vecteur particulier. Il n'est pas nécessaire d'exhiber les coefficients, seule leur existence est en jeu, mais les exhiber ne coûte souvent rien de plus. Et si le système se révèle incompatible pour certains seconds membres, la famille n'est pas génératrice : les conditions de compatibilité obtenues décrivent alors exactement le sous-espace engendré.

Exemple

Montrons que la famille ((1,1,0), (0,1,1), (1,0,1)) engendre R3. Soit (x,y,z) un triplet quelconque. L'équation a(1,1,0)+b(0,1,1)+c(1,0,1)=(x,y,z) équivaut au système

{a+c=xa+b=yb+c=z

En additionnant les trois équations, on obtient 2(a+b+c)=x+y+z, donc a+b+c=x+y+z2. En soustrayant successivement la troisième, la première puis la deuxième équation de cette égalité, il vient

a=x+yz2,b=x+y+z2,c=xy+z2.

Ces trois réels existent quel que soit (x,y,z) : la famille est génératrice.

Contrôle. Pour (x,y,z)=(1,2,3), on trouve a=0, b=2 et c=1, et l'on vérifie que 0(1,1,0)+2(0,1,1)+1(1,0,1)=(1,2,3).

Exemple

Une famille qui n'engendre pas. Dans R3, considérons u=(1,2,1) et v=(0,1,1). L'équation au+bv=(x,y,z) donne a=x, puis 2a+b=y d'où b=y2x, et la dernière équation impose a+b=z, c'est-à-dire x+y2x=z, soit

3xy+z=0.

Le système n'est donc compatible que sous cette condition : la famille (u,v) n'engendre pas R3. Au passage, le calcul livre gratuitement une description par équation du sous-espace engendré :

Vect(u,v)={(x,y,z)R3  ;  3xy+z=0}.

Ainsi (2,3,3) appartient à Vect(u,v), car 633=0, alors que (2,3,4) ne lui appartient pas.

Ce dernier exemple illustre un va-et-vient que le chapitre entier exploite. Un sous-espace vectoriel se décrit de deux façons : par équations, ce qui est commode pour tester l'appartenance d'un vecteur, ou par une famille génératrice, ce qui est commode pour produire des vecteurs. Passer d'une description à l'autre, c'est résoudre un système, dans un sens ou dans l'autre.

Familles libres, familles liées

Définition

Définition

Une famille (x1,,xp) de vecteurs de E est dite libre, et ses vecteurs linéairement indépendants, lorsque la seule combinaison linéaire de ces vecteurs égale au vecteur nul est celle dont tous les coefficients sont nuls :

(λ1,,λp)Rp,(λ1x1++λpxp=0E  λ1==λp=0).

Dans le cas contraire, la famille est dite liée, et ses vecteurs linéairement dépendants : il existe alors des réels λ1,,λp non tous nuls tels que λ1x1++λpxp=0E. Une telle égalité s'appelle une relation de dépendance linéaire.

Lisez bien le sens de l'implication. On ne demande pas que la combinaison nulle donne le vecteur nul, ce qui est toujours vrai et sans intérêt ; on demande la réciproque. Une faute de rédaction fréquente consiste à écrire « 0x1++0xp=0E, donc la famille est libre » : cette phrase ne démontre rien du tout. La rédaction correcte commence toujours par « soient λ1,,λp des réels tels que λ1x1++λpxp=0E », et se termine par « donc λ1==λp=0 ».

Méthode

Montrer qu'une famille est libre. La rédaction comporte trois temps, toujours les mêmes.

  1. Poser : « soient λ1,,λp des réels tels que λ1x1++λpxp=0E ».
  2. Traduire cette égalité vectorielle en un système linéaire homogène d'inconnues λ1,,λp. Dans Rn, on identifie les coordonnées ; dans Rn[X], les coefficients des puissances de X ; dans Mn,p(R), les coefficients de la matrice.
  3. Résoudre par le pivot de Gauss et conclure : si l'unique solution est la solution nulle, la famille est libre ; s'il existe une solution non nulle, elle fournit une relation de dépendance explicite, que l'on écrit, et la famille est liée.

Les cas particuliers à connaître

Propriété

Petits cardinaux.

  • La famille (x), réduite à un seul vecteur, est libre si et seulement si x0E.
  • La famille (x,y) est liée si et seulement si x et y sont colinéaires, c'est-à-dire si l'un des deux est un multiple de l'autre.

Démonstration. Pour le premier point, si x0E et si λx=0E, la règle de calcul vue au premier semestre donne λ=0 ou x=0E, donc λ=0 : la famille est libre. Si x=0E, la relation 1x=0E est une relation de dépendance à coefficient non nul, donc la famille est liée.

Pour le second, supposons (x,y) liée : il existe λ et μ non tous deux nuls avec λx+μy=0E. Si λ0, alors x=μλy ; sinon μ0 et y=λμx. Dans les deux cas, l'un des vecteurs est multiple de l'autre. Réciproquement, si par exemple x=αy, alors 1x+(α)y=0E est une relation de dépendance dont le premier coefficient vaut 10.

Attention à ne pas étendre ce critère : à partir de trois vecteurs, « liée » ne signifie plus « deux d'entre eux sont colinéaires ». La famille ((1,0),(0,1),(1,1)) est liée, puisque le troisième vecteur est la somme des deux premiers, alors qu'aucun de ses vecteurs n'est multiple d'un autre. Confondre les deux notions est l'erreur la plus fréquente du chapitre.

Propriété

Trois faits utiles. Soit (x1,,xp) une famille de vecteurs de E.

  1. Toute sous-famille d'une famille libre est libre. De façon équivalente, toute famille contenant une famille liée est liée.
  2. Une famille contenant le vecteur nul est liée. Une famille contenant deux fois le même vecteur est liée.
  3. La famille est liée si et seulement si l'un de ses vecteurs est combinaison linéaire des autres.

Démonstration. Point 1. Soit (x1,,xp) libre, et considérons la sous-famille obtenue en ne gardant que certains indices. Toute relation de dépendance portant sur cette sous-famille se prolonge en une relation portant sur la famille entière, en affectant le coefficient 0 aux vecteurs supprimés. Comme la famille entière est libre, tous les coefficients sont nuls, en particulier ceux de la sous-famille.

Point 2. Si xk=0E, la relation 0x1++1xk++0xp=0E a un coefficient non nul. Si xj=xk avec jk, la relation 1xj+(1)xk=0E, complétée par des zéros, convient.

Point 3. Supposons la famille liée : il existe des réels λ1,,λp non tous nuls tels que kλkxk=0E. Choisissons un indice j tel que λj0. On peut alors isoler xj :

xj=1λjkjλkxk,

et xj est bien combinaison linéaire des autres. Réciproquement, si xj=kjαkxk, alors kjαkxk+(1)xj=0E est une relation de dépendance dont le coefficient de xj vaut 10.

Le point 1 s'utilise surtout dans le sens négatif : si l'on repère deux vecteurs colinéaires à l'intérieur d'une famille de cinq vecteurs, la famille entière est liée, et c'est terminé en une ligne. Le point 3, lui, est la traduction intuitive de la notion : une famille liée contient de la redondance, un de ses vecteurs n'apporte rien que les autres n'apportent déjà.

Propriété

Ajouter un vecteur extérieur au Vect. Si la famille (x1,,xp) est libre et si xVect(x1,,xp), alors la famille (x1,,xp,x) est encore libre.

Démonstration. Soient λ1,,λp et λ des réels tels que λ1x1++λpxp+λx=0E. Supposons λ0. On pourrait alors écrire

x=1λ(λ1x1++λpxp),

ce qui placerait x dans Vect(x1,,xp), contrairement à l'hypothèse. Donc λ=0, et la relation devient λ1x1++λpxp=0E. La liberté de (x1,,xp) donne alors λ1==λp=0. Tous les coefficients sont nuls.

Cette propriété d'apparence modeste est le moteur du théorème de la base incomplète, en section 4 : elle dit qu'une famille libre qui n'engendre pas encore tout l'espace peut toujours être agrandie.

Exemples

Exemple

Dans R3, une famille libre. Reprenons x1=(1,1,0), x2=(0,1,1) et x3=(1,0,1). Soient a, b, c des réels tels que ax1+bx2+cx3=(0,0,0). En identifiant les trois coordonnées,

{a+c=0a+b=0b+c=0

La somme des trois équations donne 2(a+b+c)=0, donc a+b+c=0. En retranchant successivement chacune des équations, il vient b=0, c=0 et a=0. La famille est libre.

Exemple

Dans R3, une famille liée. Soient u=(1,2,1), v=(2,1,3) et w=(4,5,1). Cherchons si w est combinaison linéaire de u et v : l'équation au+bv=w s'écrit a+2b=4, 2a+b=5 et a+3b=1. Les deux premières équations donnent 3b=3 après avoir effectué 2L1L2, donc b=1, puis a=2 ; et la troisième est bien vérifiée, car 2+3=1. On a donc la relation de dépendance

2u+vw=0R3,

dont les coefficients (2,1,1) ne sont pas tous nuls : la famille (u,v,w) est liée. Notez que la rédaction attendue exhibe la relation ; écrire « la famille est liée » sans la produire ne vaut pas la moitié des points.

Exemple

Dans M2(R). La famille ((1001),(1101),(0100)) est liée, car la deuxième matrice est la somme des deux autres. En revanche, la famille formée des deux premières est libre : si aI2+b(1101)=02, le coefficient d'indice (1,2) donne b=0, puis celui d'indice (1,1) donne a=0.

Familles échelonnées en degré

Dans un espace de polynômes, il existe un argument spécifique, très économique, qu'il faut connaître par cœur : il évite un système à chaque fois.

Propriété

Famille échelonnée en degré. Soient P0,P1,,Pp des polynômes non nuls de Rn[X] dont les degrés sont deux à deux distincts. Alors la famille (P0,P1,,Pp) est libre.

Démonstration. Quitte à renuméroter les polynômes, on peut supposer degP0<degP1<<degPp. Soient λ0,,λp des réels tels que λ0P0++λpPp=0, et raisonnons par l'absurde en supposant que ces coefficients ne sont pas tous nuls. Notons j le plus grand indice tel que λj0. La relation s'écrit alors

λjPj=(λ0P0++λj1Pj1).

Le membre de gauche est un polynôme de degré exactement degPj, puisque λj0. Le membre de droite est une somme de polynômes de degrés strictement inférieurs à degPj, donc son degré est strictement inférieur à degPj. Deux polynômes égaux ayant le même degré, c'est absurde. Tous les coefficients sont donc nuls.

Exemple

La famille (1, 1+X, 1+X+X2, X3X) de R3[X] est formée de polynômes non nuls de degrés respectifs 0, 1, 2 et 3, deux à deux distincts : elle est libre, sans le moindre calcul. De même, la famille (X21, X+4) est libre. En revanche, l'argument ne dit rien de la famille (X+1, X1), dont les deux polynômes ont le même degré ; ici, il faut revenir au système, qui montre d'ailleurs qu'elle est libre.

Bases et coordonnées

Définition

Définition

Une famille B=(e1,,en) de vecteurs de E est une base de E lorsqu'elle est à la fois libre et génératrice de E.

Une base est donc une famille génératrice sans redondance : elle est assez grande pour produire tous les vecteurs de E, et assez petite pour qu'aucun de ses vecteurs ne soit superflu. C'est exactement le bon compromis, et le théorème suivant en donne la raison profonde.

Existence et unicité des coordonnées

Propriété

Théorème des coordonnées. Soit B=(e1,,en) une famille de vecteurs de E. Cette famille est une base de E si et seulement si tout vecteur x de E s'écrit d'une unique façon sous la forme

x=x1e1+x2e2++xnen,(x1,,xn)Rn.

Les réels x1,,xn sont alors appelés les coordonnées de x dans la base B.

Démonstration. Supposons d'abord que B soit une base.

Existence. La famille est génératrice de E, donc tout vecteur x de E s'écrit comme combinaison linéaire de e1,,en : une écriture existe.

Unicité. Supposons que x admette deux écritures,

x=x1e1++xnenetx=x1e1++xnen.

En soustrayant membre à membre et en rassemblant les termes de même indice, on obtient

(x1x1)e1+(x2x2)e2++(xnxn)en=0E.

La famille B étant libre, tous les coefficients de cette combinaison sont nuls : xkxk=0 pour tout k, c'est-à-dire xk=xk. Les deux écritures coïncident.

Réciproquement, supposons que tout vecteur de E s'écrive d'une unique façon comme combinaison linéaire de e1,,en. L'existence de l'écriture pour tout x signifie exactement que la famille est génératrice. Pour la liberté, soient λ1,,λn des réels tels que λ1e1++λnen=0E. Le vecteur 0E admet aussi l'écriture 0e1++0en. Par unicité de l'écriture appliquée au vecteur 0E, on conclut λ1==λn=0. La famille est libre, donc c'est une base.

Ce théorème est le pivot de tout le chapitre : c'est lui qui autorise à coder un vecteur par une liste de n nombres. La partie « unicité » est la plus utile en pratique, et le geste à retenir de la démonstration est celui-ci : pour comparer deux écritures dans une base, on les soustrait et l'on utilise la liberté. Ce geste reviendra une dizaine de fois dans le chapitre.

Définition

Soit B=(e1,,en) une base de E et soit xE, de coordonnées x1,,xn dans B. On appelle matrice colonne des coordonnées de x dans B, notée MatB(x), la matrice

MatB(x)=(x1x2xn)Mn,1(R).

Insistons sur un point que les copies négligent : les coordonnées dépendent de la base et de l'ordre de ses vecteurs. Écrire « les coordonnées de x sont (2,1,0) » sans préciser la base est dépourvu de sens. Dès qu'un énoncé fait intervenir deux bases, il faut nommer chacune d'elles et ne jamais mélanger les colonnes.

Les bases canoniques

Propriété

Bases canoniques usuelles.

  • Dans Rn : la famille (e1,,en), où ek a toutes ses coordonnées nulles sauf la k-ième, égale à 1. Les coordonnées de x=(x1,,xn) dans cette base sont x1,,xn : elles coïncident avec le n-uplet lui-même.
  • Dans Rn[X] : la famille (1,X,X2,,Xn), de cardinal n+1. Les coordonnées de P=a0+a1X++anXn sont ses coefficients a0,,an.
  • Dans Mn,p(R) : la famille des matrices élémentaires Ei,j, où Ei,j est la matrice dont tous les coefficients sont nuls sauf celui d'indice (i,j), égal à 1. Elle compte np matrices, et les coordonnées de A=(ai,j) sont ses coefficients.

Démonstration dans le cas de Rn. La famille est génératrice, comme on l'a vu en section 1. Pour la liberté, soient λ1,,λn des réels tels que λ1e1++λnen=0Rn. Le membre de gauche vaut (λ1,λ2,,λn), et l'égalité de deux n-uplets est l'égalité de leurs coordonnées une à une : λ1==λn=0. Les deux autres cas se traitent de la même façon, en identifiant les coefficients des puissances de X pour Rn[X], et les coefficients de la matrice pour Mn,p(R).

Exemple

Les matrices élémentaires de M2(R). Ce sont

E1,1=(1000),E1,2=(0100),E2,1=(0010),E2,2=(0001),

et toute matrice de M2(R) s'écrit (abcd)=aE1,1+bE1,2+cE2,1+dE2,2, d'une seule façon.

Exemple

Une base non canonique de R3, et des coordonnées. La famille B=((1,1,0),(0,1,1),(1,0,1)) est génératrice de R3 (section 1) et libre (section 2) : c'est une base de R3. Les calculs de la section 1 donnent, pour tout (x,y,z),

(x,y,z)=x+yz2(1,1,0)+x+y+z2(0,1,1)+xy+z2(1,0,1).

Ainsi les coordonnées de u=(1,2,3) dans B sont 0, 2 et 1, et

MatB(u)=(021),

alors que ses coordonnées dans la base canonique sont 1, 2 et 3. Un même vecteur, deux colonnes différentes : voilà pourquoi la base doit toujours être nommée.

Dimension

Le théorème fondateur

Définition

Un espace vectoriel E est dit de dimension finie lorsqu'il admet une famille génératrice finie. Dans le cas contraire, il est dit de dimension infinie.

Les espaces au programme sont tous de dimension finie, à deux exceptions près : l'ensemble RN des suites réelles et l'ensemble F(R,R) des fonctions ne le sont pas. Ils resteront des espaces ambiants commodes, mais tous les résultats de cette section ne s'appliqueront qu'à leurs sous-espaces vectoriels de dimension finie.

Propriété

Lemme fondamental (admis). Soit E un espace vectoriel engendré par n vecteurs. Alors toute famille de n+1 vecteurs de E est liée.

Ce résultat est le seul point de la théorie que le programme laisse en dehors des démonstrations exigibles, et tout le reste en découle. Sa signification intuitive est simple : on ne peut pas loger plus de vecteurs indépendants dans un espace qu'il n'en faut pour l'engendrer. Dans R2, par exemple, trois vecteurs sont toujours liés, ce que la géométrie du plan rend évident.

Propriété

Théorème de la dimension. Soit E un espace vectoriel de dimension finie admettant une base de cardinal n. Alors toutes les bases de E ont le même cardinal n.

Démonstration. Soient B=(e1,,en) et B=(ε1,,εm) deux bases de E.

Montrons d'abord mn. La famille B est génératrice de E, donc E est engendré par n vecteurs. Si l'on avait mn+1, la sous-famille (ε1,,εn+1), formée de n+1 vecteurs, serait liée d'après le lemme fondamental ; or toute famille contenant une famille liée est liée, donc B serait liée, ce qui contredit le fait que B est une base. Ainsi mn.

En échangeant les rôles de B et de B, le même raisonnement donne nm. Par double inégalité, m=n.

Définition

Soit E un espace vectoriel de dimension finie, non réduit à {0E}. On appelle dimension de E, notée dimE, le cardinal commun à toutes ses bases. Par convention, la famille vide est une base de l'espace nul, et

dim{0E}=0.

Propriété

Les dimensions à connaître par cœur.

dimRn=n,dimMn,p(R)=np,dimMn(R)=n2,dimRn[X]=n+1.

Ces valeurs se lisent directement sur les bases canoniques de la section 3 : n vecteurs ek, np matrices élémentaires Ei,j, et n+1 monômes de 1 à Xn. Le seul piège est le dernier : Rn[X] est de dimension n+1, et non n, parce que le polynôme constant 1 compte. Cette erreur d'une unité coûte des points chaque année.

Base extraite, base incomplète

Propriété

Théorème de la base extraite. Soit E un espace vectoriel de dimension finie, non réduit à {0E}. De toute famille génératrice finie de E, on peut extraire une base de E.

Idée de la démonstration. Partons d'une famille génératrice (x1,,xp). Si elle est libre, c'est une base et il n'y a rien à faire. Sinon, elle est liée, donc l'un de ses vecteurs est combinaison linéaire des autres ; en le supprimant, on ne change pas le sous-espace engendré, et la famille obtenue est encore génératrice, avec un vecteur de moins. On recommence. Le cardinal diminuant strictement à chaque étape et restant positif, le processus s'arrête : on aboutit à une famille génératrice et libre, c'est-à-dire à une base.

Une conséquence immédiate mérite d'être isolée : tout espace vectoriel de dimension finie admet au moins une base. C'est ce qui donne un sens à la définition de la dimension.

Propriété

Théorème de la base incomplète. Soient E un espace vectoriel de dimension finie et (x1,,xr) une famille libre de E. Alors on peut compléter cette famille en une base de E, en lui ajoutant des vecteurs choisis dans une famille génératrice donnée de E.

Idée de la démonstration. Si la famille libre engendre déjà E, c'est une base. Sinon, il existe un vecteur x de E qui n'appartient pas à Vect(x1,,xr), et l'on peut même le choisir dans une famille génératrice fixée à l'avance : si tous les vecteurs de cette famille génératrice appartenaient au Vect, celui-ci contiendrait E tout entier. La propriété de la section 2 assure que (x1,,xr,x) est encore libre, avec un vecteur de plus. On recommence. Le processus s'arrête, car le cardinal d'une famille libre est majoré par dimE d'après le lemme fondamental. La famille obtenue est libre et génératrice.

Ces deux théorèmes se répondent : le premier retire des vecteurs à une famille trop grande, le second en ajoute à une famille trop petite ; dans les deux cas, on atterrit sur une base. Ils ne sont presque jamais utilisés pour construire effectivement une base dans un exercice numérique, mais ils sont des outils de démonstration constants, et le second est la clef de l'existence d'un supplémentaire en section 6, puis du théorème du rang en section 10.

Le théorème central de la dimension finie

Propriété

Cardinal, liberté et caractère générateur. Soit E un espace vectoriel de dimension finie n1, et soit (x1,,xp) une famille de vecteurs de E.

  1. Si la famille est libre, alors pn.
  2. Si la famille est génératrice de E, alors pn.

Démonstration. Point 1. L'espace E possède une base de cardinal n, donc il est engendré par n vecteurs. Si l'on avait pn+1, la sous-famille formée des n+1 premiers vecteurs serait liée d'après le lemme fondamental, et la famille entière le serait aussi. C'est exclu, donc pn.

Point 2. Si la famille est génératrice, le théorème de la base extraite permet d'en extraire une base de E, laquelle possède n vecteurs. Une sous-famille ayant au plus autant d'éléments que la famille, on obtient np.

Propriété

Le théorème « libre ou génératrice, au bon cardinal ». Soit E un espace vectoriel de dimension finie n1, et soit (x1,,xn) une famille de exactement n vecteurs de E. Alors

((x1,,xn) est une base)    (elle est libre)    (elle est geˊneˊratrice de E).

Démonstration. Une base est libre et génératrice par définition : les deux implications de la gauche vers la droite sont acquises.

Supposons la famille libre. Le théorème de la base incomplète permet de la compléter en une base de E. Cette base contient les n vecteurs de départ, et son cardinal vaut dimE=n d'après le théorème de la dimension. Aucun vecteur n'a donc été ajouté : la famille de départ est elle-même une base.

Supposons maintenant la famille génératrice. Le théorème de la base extraite permet d'en extraire une base de E, dont le cardinal vaut n. Cette base est une sous-famille de n vecteurs d'une famille qui en compte n : c'est la famille tout entière. Elle est donc une base.

Ce théorème est celui que vous utiliserez le plus souvent dans l'année, car il divise le travail par deux. Pour montrer qu'une famille est une base, il suffit de compter ses vecteurs, de vérifier que le compte tombe sur dimE, puis de démontrer une seule des deux propriétés, la liberté en général, qui se ramène à un système homogène. On ne vérifie jamais les deux.

Exemple

La famille ((1,1,0),(0,1,1),(1,0,1)) compte 3 vecteurs, et dimR3=3. On a montré en section 2 qu'elle est libre : c'est donc une base de R3, et il était inutile de vérifier en plus qu'elle est génératrice, comme nous l'avions fait en section 1.

De même, la famille (1, 1+X, 1+X+X2) compte 3 vecteurs et dimR2[X]=3. Ses polynômes sont non nuls et de degrés distincts, donc elle est libre : c'est une base de R2[X].

En revanche, la famille ((1,0,0),(0,1,0)) ne peut pas être une base de R3, quelle que soit sa liberté : elle ne compte que 2 vecteurs. Et la famille ((1,0,0),(0,1,0),(0,0,1),(1,1,1)) ne peut pas l'être non plus : elle en compte 4, donc elle est nécessairement liée.

Sous-espaces et dimension, rang d'une famille

Dimension d'un sous-espace vectoriel

Propriété

Dimension d'un sous-espace (admis pour la finitude). Soient E un espace vectoriel de dimension finie et F un sous-espace vectoriel de E. Alors F est de dimension finie et

dimFdimE.

Démonstration. On admet que F est de dimension finie. Il possède donc une base, disons de cardinal r=dimF. Cette famille est libre dans F ; comme les opérations de F sont celles de E, une combinaison linéaire de ses vecteurs se calcule de la même façon dans E, donc la famille est aussi libre en tant que famille de E. Le théorème du cardinal donne alors rdimE.

Propriété

Le critère d'égalité par les dimensions. Soient E un espace vectoriel de dimension finie et F un sous-espace vectoriel de E. Alors

(F=E)    (dimF=dimE).

Démonstration. Si F=E, les dimensions sont évidemment égales.

Réciproquement, supposons dimF=dimE=n. Si n=0, alors F={0E}=E et c'est fini. Supposons n1 et considérons une base B de F : elle compte n vecteurs, et l'argument ci-dessus montre qu'elle est libre en tant que famille de E. C'est donc une famille libre de E de cardinal n=dimE : d'après le théorème central de la section 4, c'est une base de E. Par conséquent

E=Vect(B)=F,

la seconde égalité venant de ce que B est une base de F.

Ce résultat est, à lui seul, l'une des raisons d'être de la notion de dimension. Montrer une égalité de deux sous-espaces vectoriels par double inclusion est souvent long ; ici, une inclusion et une égalité de dimensions suffisent. Le schéma de rédaction est immuable : on établit FE, on calcule les deux dimensions, on constate qu'elles sont égales, on conclut F=E. Attention toutefois : l'inclusion est indispensable. Deux sous-espaces de même dimension n'ont aucune raison d'être égaux, comme le montrent deux droites distinctes du plan.

Rang d'une famille de vecteurs

Définition

Soit (x1,,xp) une famille finie de vecteurs d'un espace vectoriel E. On appelle rang de cette famille, noté rg(x1,,xp), la dimension du sous-espace vectoriel qu'elle engendre :

rg(x1,,xp)=dimVect(x1,,xp).

Le rang mesure le nombre de vecteurs « réellement utiles » de la famille, une fois éliminées les redondances. Il fournit du même coup un critère numérique de liberté et de caractère générateur.

Propriété

Soit (x1,,xp) une famille de vecteurs d'un espace vectoriel E de dimension finie, et soit r son rang. Alors

rpavec eˊgaliteˊ si et seulement si la famille est libre,rdimEavec eˊgaliteˊ si et seulement si la famille est geˊneˊratrice de E.

Démonstration. Notons F=Vect(x1,,xp). La famille engendre F, donc le point 2 du théorème du cardinal, appliqué dans F, donne dimFp, c'est-à-dire rp. Si r=p, la famille est une famille génératrice de F de cardinal dimF, donc une base de F, donc libre. Réciproquement, si la famille est libre, elle est libre et génératrice de F, donc c'est une base de F, et r=dimF=p.

Pour la seconde ligne, F est un sous-espace vectoriel de E, donc r=dimFdimE ; et l'égalité dimF=dimE équivaut à F=E d'après le critère précédent, c'est-à-dire au fait que la famille engendre E.

Calcul pratique d'un rang

Méthode

Calculer le rang d'une famille de vecteurs par échelonnement.

  1. Écrire les vecteurs en lignes dans une matrice, chacun par ses coordonnées dans une base fixée (la base canonique en général).
  2. Échelonner par le pivot de Gauss, en n'utilisant que les trois opérations élémentaires sur les lignes : échange de deux lignes, multiplication d'une ligne par un réel non nul, ajout à une ligne d'un multiple d'une autre ligne.
  3. Compter les lignes non nulles de la matrice échelonnée : ce nombre est le rang.
  4. Lire une base du sous-espace engendré : les lignes non nulles obtenues en conviennent, puisqu'elles engendrent le même sous-espace et forment une famille libre.

Cette méthode repose sur un point qu'il faut savoir justifier : les opérations élémentaires sur les lignes ne changent pas le sous-espace engendré. En effet, échanger deux vecteurs ne modifie pas l'ensemble de leurs combinaisons linéaires ; multiplier un vecteur par λ0 non plus, puisque l'opération se défait en multipliant par 1λ ; enfin, remplacer xi par xi+λxj donne une famille dont tous les vecteurs sont dans le Vect initial, et l'opération inverse montre l'inclusion réciproque. Le Vect étant conservé, sa dimension l'est aussi.

Reste à savoir pourquoi les lignes non nulles d'une matrice échelonnée forment une famille libre. Supposons une combinaison linéaire de ces lignes égale à la ligne nulle, et considérons la colonne où se trouve le premier pivot, celui de la première ligne : toutes les autres lignes ont un coefficient nul dans cette colonne, donc le coefficient affecté à la première ligne est nul. On répète l'argument avec le deuxième pivot, puis le troisième, et ainsi de suite : tous les coefficients sont nuls.

Exemple

Un calcul de rang dans R4. Déterminons le rang de la famille

u1=(1,2,1,3),u2=(2,4,1,0),u3=(3,6,0,3),u4=(1,2,2,3).

Écrivons ces vecteurs en lignes et échelonnons. Les opérations L2L22L1, L3L33L1 et L4L4L1 donnent

(1213241036031223)(1213003600360036).

Les trois dernières lignes sont identiques. Les opérations L3L3L2, L4L4L2 puis L213L2 conduisent à la matrice échelonnée

(1213001200000000).

Il reste deux lignes non nulles, donc

rg(u1,u2,u3,u4)=2,Vect(u1,u2,u3,u4)=Vect((1,2,1,3), (0,0,1,2)).

La famille est liée, puisque son rang 2 est strictement inférieur à son cardinal 4, et elle n'engendre pas R4, puisque 2<4.

Contrôle. Les relations de dépendance se lisent sur les calculs : u3=u1+u2, car (1+2,2+4,1+1,3+0)=(3,6,0,3), et u4=u2u1, car (21,42,1+1,03)=(1,2,2,3).

Somme, somme directe, sous-espaces supplémentaires

Les cinq premières sections savent mesurer un sous-espace vectoriel. Elles ne savent pas encore le décomposer, c'est-à-dire découper un espace en deux morceaux qui, mis bout à bout, le reconstituent exactement, sans manque et sans recouvrement. C'est l'objet de cette section. Le vocabulaire qu'elle installe, somme directe et sous-espaces supplémentaires, servira jusqu'à la fin du chapitre : c'est lui qui décrira les projecteurs et les symétries de la section 15.

Une précision d'emblée, pour que vous placiez votre effort au bon endroit. Le programme officiel indique qu'aucune démonstration de cette section n'est exigible. Les démonstrations qui suivent sont donc données pour que les énoncés ne tombent pas du ciel, et parce que leurs gestes, comparer deux décompositions et concaténer deux bases, sont exactement ceux que les exercices réclament. Mais ce que l'on attend de vous le jour du concours, c'est de savoir utiliser ces résultats vite et sans hésiter, pas de les redémontrer.

Somme de deux sous-espaces

Définition

Soient F et G deux sous-espaces vectoriels de E. On appelle somme de F et de G, et l'on note F+G, l'ensemble des vecteurs qui s'écrivent comme la somme d'un vecteur de F et d'un vecteur de G :

F+G={u+v  ;  uF, vG}.

Ne confondez pas cette somme avec la réunion FG. La réunion contient les vecteurs qui sont dans F ou dans G, et ce n'est presque jamais un sous-espace vectoriel : dans R2, la réunion des deux axes contient (1,0) et (0,1), mais pas leur somme (1,1). La somme F+G, elle, contient tous les vecteurs obtenus en additionnant, et c'est exactement ce qu'il faut ajouter à la réunion pour obtenir un sous-espace vectoriel.

Propriété

La somme est un sous-espace vectoriel, et c'est le plus petit contenant F et G. Soient F et G deux sous-espaces vectoriels de E. Alors F+G est un sous-espace vectoriel de E, il contient F et il contient G ; de plus, tout sous-espace vectoriel H de E contenant F et G contient F+G. On écrit cette dernière propriété

F+G=Vect(FG),

en convenant que Vect d'une partie de E désigne le plus petit sous-espace vectoriel de E qui la contient, ce qui prolonge la notation de la section 1.

Démonstration. Montrons d'abord que F+G est un sous-espace vectoriel de E. Il est inclus dans E, puisque F et G le sont et que E est stable par addition. Il contient 0E, car 0E=0E+0E avec 0EF et 0EG : il n'est donc pas vide. Soient enfin w et w dans F+G et soient λ, μ deux réels. Il existe u, u dans F et v, v dans G tels que w=u+v et w=u+v, d'où

λw+μw=λ(u+v)+μ(u+v)=(λu+μu)+(λv+μv).

Le premier terme appartient à F et le second à G, ces deux sous-espaces étant stables par combinaison linéaire ; donc λw+μwF+G. La caractérisation des sous-espaces vectoriels s'applique.

Ensuite, F+G contient F, car tout uF s'écrit u=u+0E avec 0EG ; il contient G pour la même raison.

Enfin, soit H un sous-espace vectoriel de E contenant F et G. Pour uF et vG, les vecteurs u et v appartiennent tous deux à H, donc leur somme aussi, H étant stable par addition. Ainsi F+GH.

Propriété

Générateurs d'une somme. Si F=Vect(f1,,fq) et G=Vect(g1,,gr), alors

F+G=Vect(f1,,fq,g1,,gr).

Démonstration. Notons H=Vect(f1,,fq,g1,,gr). C'est un sous-espace vectoriel qui contient chacun des fi, donc il contient F d'après la propriété du plus petit sous-espace vectoriel de la section 1 ; il contient de même G. La propriété précédente donne alors F+GH.

Réciproquement, chaque fi appartient à F, donc à F+G, et chaque gj appartient à G, donc à F+G. Comme F+G est un sous-espace vectoriel contenant ces q+r vecteurs, il contient le sous-espace qu'ils engendrent, c'est-à-dire H.

C'est sous cette forme que la somme se calcule en exercice : pour obtenir une famille génératrice de F+G, on met bout à bout une famille génératrice de F et une famille génératrice de G. Le rang de la famille obtenue, calculé au pivot comme en section 5, donne dim(F+G).

Exemple

Dans R3, soient F=Vect((1,1,0), (1,0,1)) et G=Vect((0,1,1)). Alors F+G=Vect((1,1,0), (1,0,1), (0,1,1)), et le rang de cette famille se calcule en écrivant les trois vecteurs en lignes. Les opérations L2L2L1 puis L3L3+L2 donnent

(110101011)(110011011)(110011000).

Il reste deux lignes non nulles, donc dim(F+G)=2. Or dimF=2, puisque (1,1,0) et (1,0,1) ne sont pas colinéaires, et FF+G : le critère d'égalité par les dimensions de la section 5 donne F+G=F. Autrement dit, G n'apportait rien, et l'on s'en assure directement, car (0,1,1)=(1,1,0)(1,0,1).

Somme directe

Définition

Soient F et G deux sous-espaces vectoriels de E. On dit que la somme F+G est directe lorsque tout vecteur w de F+G se décompose d'une unique façon sous la forme

w=u+v,uF,vG.

On note alors cette somme FG.

L'existence d'une telle écriture est acquise pour tout vecteur de F+G, par définition même de la somme ; c'est l'unicité qui est en jeu, exactement comme au théorème des coordonnées de la section 3. Et de même que la liberté d'une famille se lit sur la seule décomposition du vecteur nul, le caractère direct d'une somme se lit sur la seule intersection des deux sous-espaces. C'est le théorème suivant, et c'est le résultat le plus utilisé de la section.

Propriété

Caractérisation d'une somme directe. Soient F et G deux sous-espaces vectoriels de E. Alors

(la somme F+G est directe)    (FG={0E}).

Démonstration. Supposons d'abord la somme directe, et soit xFG. Ce vecteur appartient à F+G, et il y admet les deux décompositions

x=x+0Eetx=0E+x,

la première avec xF et 0EG, la seconde avec 0EF et xG. L'unicité de la décomposition force ces deux écritures à coïncider, donc x=0E. Ainsi FG{0E}, et l'inclusion réciproque est claire, 0E appartenant à tout sous-espace vectoriel.

Réciproquement, supposons FG={0E}, et soit wF+G admettant deux décompositions

w=u+v=u+v,u,uF,v,vG.

En regroupant d'un côté les termes de F et de l'autre ceux de G,

uu=vv.

Le membre de gauche appartient à F, le membre de droite à G, ces deux sous-espaces étant stables par différence : ce vecteur commun appartient donc à FG={0E}. D'où uu=0E et vv=0E, c'est-à-dire u=u et v=v. Les deux décompositions coïncident.

Retenez le geste de la réciproque, car c'est celui que l'on rédige : on écrit deux décompositions, on fait passer d'un côté ce qui vit dans F et de l'autre ce qui vit dans G, et l'on conclut que le vecteur ainsi isolé est dans l'intersection. En pratique, montrer qu'une somme est directe ne demande donc jamais de manipuler des décompositions. On résout le système qui décrit FG, et l'on vérifie qu'il n'a que la solution nulle.

Sous-espaces supplémentaires

Définition

Soient F et G deux sous-espaces vectoriels de E. On dit que F et G sont supplémentaires dans E lorsque

E=FG,

c'est-à-dire lorsque tout vecteur de E s'écrit d'une unique façon comme la somme d'un vecteur de F et d'un vecteur de G. On dit aussi que G est un supplémentaire de F dans E.

Deux mises en garde de vocabulaire. D'abord, « supplémentaire » n'est pas « complémentaire » : le complémentaire de F dans E est l'ensemble des vecteurs qui ne sont pas dans F, et ce n'est jamais un sous-espace vectoriel, puisqu'il ne contient pas 0E. Ensuite, et l'article indéfini de la définition l'annonce, un supplémentaire n'est pas unique : on dit « un » supplémentaire, jamais « le » supplémentaire. L'exemple qui suit montre à quel point.

Exemple

Une droite du plan a une infinité de supplémentaires. Dans E=R2, soit F=Vect((1,0)), l'axe des abscisses. Pour tout réel a, posons Ga=Vect((a,1)), et montrons que F et Ga sont supplémentaires dans R2.

L'intersection est nulle. Soit xFGa : il existe des réels λ et μ tels que x=λ(1,0) et x=μ(a,1). L'égalité des secondes coordonnées donne 0=μ, donc x=0R2.

La somme vaut R2. Soit (x,y)R2. Cherchons λ et μ tels que (x,y)=λ(1,0)+μ(a,1)=(λ+μa, μ). La seconde coordonnée impose μ=y, puis la première λ=xay. La décomposition existe donc, et elle s'écrit

(x,y)=(xay)(1,0)+y(a,1).

Ainsi R2=FGa pour tout réel a. Une même droite admet donc une infinité de supplémentaires, deux à deux distincts, et il n'y a aucun sens à parler du supplémentaire de F. Géométriquement, décomposer un vecteur sur F et Ga, c'est le projeter sur l'axe des abscisses en suivant la direction de Ga : changer a, c'est changer la direction de projection.

Propriété

Existence d'un supplémentaire en dimension finie. Soient E un espace vectoriel de dimension finie et F un sous-espace vectoriel de E. Alors F admet au moins un supplémentaire dans E.

Démonstration. Posons n=dimE. Si F={0E}, le sous-espace G=E convient, car F+G=E et FG={0E} ; si F=E, c'est G={0E} qui convient, pour les mêmes raisons. Écartons ces deux cas et posons q=dimF, avec 1q<n.

Soit (f1,,fq) une base de F. C'est une famille libre de E, et le théorème de la base incomplète (section 4) permet de la compléter en une base de E,

B=(f1,,fq,g1,,gnq).

Posons G=Vect(g1,,gnq).

La somme vaut E. D'après la propriété des générateurs d'une somme,

F+G=Vect(f1,,fq,g1,,gnq)=E,

la dernière égalité venant de ce que B est une base de E, donc une famille génératrice.

L'intersection est nulle. Soit xFG. Comme xF, il existe des réels α1,,αq tels que x=α1f1++αqfq ; comme xG, il existe des réels β1,,βnq tels que x=β1g1++βnqgnq. En soustrayant ces deux écritures,

α1f1++αqfqβ1g1βnqgnq=0E.

La famille B étant libre, tous ces coefficients sont nuls, et x=0E. La somme vaut E et son intersection est réduite au vecteur nul : d'après la caractérisation des sommes directes, E=FG.

Ce théorème est un résultat d'existence, non de construction imposée : sa démonstration fabrique bien un supplémentaire, mais l'exemple précédent rappelle qu'il en existe en général une infinité d'autres. En exercice, on n'écrit donc jamais « soit G le supplémentaire de F » ; on écrit « soit G un supplémentaire de F », et le plus souvent on en exhibe un explicitement.

Concaténation de bases

Propriété

Concaténation de bases. Soient F et G deux sous-espaces vectoriels de E, non réduits à {0E} et de dimension finie, soit BF=(f1,,fq) une base de F et soit BG=(g1,,gr) une base de G. Notons

B=(f1,,fq,g1,,gr)

la famille obtenue en mettant BF et BG bout à bout. Alors

(E=FG)    (B est une base de E).

Démonstration. Supposons E=FG.

La famille B engendre E. D'après la propriété des générateurs d'une somme, Vect(B)=F+G=E.

La famille B est libre. Soient α1,,αq et β1,,βr des réels tels que

α1f1++αqfq+β1g1++βrgr=0E.

Posons u=α1f1++αqfq, qui appartient à F, et v=β1g1++βrgr, qui appartient à G. La relation s'écrit u+v=0E, donc u=v : ce vecteur appartient à la fois à F et à G, donc à FG={0E}. Ainsi u=0E et v=0E. La liberté de BF donne alors α1==αq=0, et celle de BG donne β1==βr=0.

Réciproquement, supposons que B soit une base de E. Alors F+G=Vect(B)=E. Soit maintenant xFG : il existe des réels α1,,αq et β1,,βr tels que

x=α1f1++αqfqetx=β1g1++βrgr.

En soustrayant, on obtient une combinaison linéaire nulle des vecteurs de B, dont la liberté annule tous les coefficients : x=0E. La somme vaut E et elle est directe, donc E=FG.

Cette équivalence matérialise la décomposition, et c'est l'outil de calcul de la section. Si l'on sait que E=FG, on obtient une base de E en juxtaposant une base de F et une base de G ; réciproquement, pour prouver que deux sous-espaces sont supplémentaires, il suffit de constater que la juxtaposition de leurs bases est une base de E, ce qui, au bon cardinal, se ramène à une seule vérification de liberté (section 4).

Dimension d'une somme

Propriété

Dimension d'une somme de deux sous-espaces. Soient F et G deux sous-espaces vectoriels de dimension finie d'un espace vectoriel E. Alors

dim(F+G)=dimF+dimGdim(FG).

Démonstration. Posons d=dim(FG), q=dimF et r=dimG. L'intersection FG est un sous-espace vectoriel de F et de G, donc dq et dr.

Choisissons une base (w1,,wd) de FG, en convenant qu'il s'agit de la famille vide si d=0. C'est une famille libre de F, que le théorème de la base incomplète permet de compléter en une base

(w1,,wd,u1,,uqd)de F;

c'est aussi une famille libre de G, que l'on complète de même en une base

(w1,,wd,v1,,vrd)de G.

Montrons que la famille

F=(w1,,wd,u1,,uqd,v1,,vrd),

qui compte d+(qd)+(rd)=q+rd vecteurs, est une base de F+G.

Elle engendre F+G. Les wi et les uj engendrent F, les wi et les vk engendrent G ; d'après la propriété des générateurs d'une somme, la famille F engendre F+G.

Elle est libre. Soient des réels α1,,αd, β1,,βqd et γ1,,γrd tels que

i=1dαiwi+j=1qdβjuj+k=1rdγkvk=0E.

Posons z=k=1rdγkvk. La relation donne

z=i=1dαiwij=1qdβjuj.

Le membre de droite est une combinaison linéaire de vecteurs de F, donc zF ; et z est par construction une combinaison linéaire de vecteurs de G, donc zG. Ainsi zFG, et z se décompose sur la base (w1,,wd) de cette intersection : il existe des réels δ1,,δd tels que z=i=1dδiwi. En comparant avec la définition de z,

k=1rdγkvki=1dδiwi=0E.

Cette combinaison porte sur les vecteurs de la base (w1,,wd,v1,,vrd) de G, qui est libre : tous les γk sont nuls, et tous les δi aussi. La relation de départ se réduit alors à

i=1dαiwi+j=1qdβjuj=0E,

combinaison linéaire nulle des vecteurs de la base (w1,,wd,u1,,uqd) de F, qui est libre elle aussi : tous les αi et tous les βj sont nuls.

La famille F est donc une base de F+G, et dim(F+G)=q+rd.

Cette formule se lit comme celle du cardinal d'une réunion d'ensembles finis : on additionne les deux dimensions, puis l'on retranche ce qui a été compté deux fois, à savoir la partie commune. Elle a une conséquence immédiate, et c'est elle que l'on utilise le plus.

Propriété

Dimension d'une somme directe, cas des supplémentaires. Soient F et G deux sous-espaces vectoriels de dimension finie de E.

  1. Si la somme F+G est directe, alors dim(FG)=dimF+dimG.
  2. Si E est de dimension finie et si F et G sont supplémentaires dans E, alors
dimF+dimG=dimE.

Démonstration. Point 1. Si la somme est directe, alors FG={0E}, donc dim(FG)=0, et la formule précédente donne dim(F+G)=dimF+dimG.

Point 2. Si E=FG, alors dimE=dim(FG)=dimF+dimG d'après le point 1.

La réciproque du point 2 est fausse, et c'est une erreur classique : l'égalité des dimensions ne suffit pas. Dans R2, les deux sous-espaces F=G=Vect((1,0)) vérifient dimF+dimG=1+1=2=dimR2, et pourtant ils ne sont pas supplémentaires : leur somme vaut F et non R2, et leur intersection vaut F et non {0R2}. C'est précisément pour cela que le théorème suivant réclame deux conditions, et non une seule.

Le théorème pratique : deux conditions sur trois

Propriété

Caractérisation des sous-espaces supplémentaires en dimension finie. Soient E un espace vectoriel de dimension finie et F, G deux sous-espaces vectoriels de E. Considérons les trois conditions

(i)  FG={0E},(ii)  F+G=E,(iii)  dimF+dimG=dimE.

Si deux de ces trois conditions sont vérifiées, alors la troisième l'est aussi, et E=FG.

Démonstration. Si (i) et (ii) sont vérifiées, la somme vaut E d'après (ii), et elle est directe d'après (i) et la caractérisation des sommes directes : ainsi E=FG, et (iii) découle alors de la propriété précédente.

Supposons (i) et (iii). Comme FG={0E}, la formule de la dimension d'une somme donne

dim(F+G)=dimF+dimG0=dimE.

Or F+G est un sous-espace vectoriel de E de même dimension que E : le critère d'égalité par les dimensions (section 5) donne F+G=E, c'est-à-dire (ii).

Supposons enfin (ii) et (iii). La formule de la dimension d'une somme s'écrit alors

dimE=dim(F+G)=dimF+dimGdim(FG)=dimEdim(FG),

d'où dim(FG)=0, c'est-à-dire FG={0E}, ce qui est (i).

Méthode

Montrer que deux sous-espaces F et G sont supplémentaires dans E. On vérifie deux choses sur trois, jamais les trois : l'intersection nulle, la somme égale à E, et l'addition des dimensions. Le couple le plus rapide est presque toujours le même.

  1. Compter les dimensions. Exhiber une base de F et une base de G, en déduire dimF et dimG, et vérifier que dimF+dimG=dimE. Si le compte ne tombe pas juste, les deux sous-espaces ne sont pas supplémentaires, et c'est terminé en trois lignes.
  2. Montrer que FG={0E}. Prendre x dans l'intersection, écrire les conditions d'appartenance à F et à G, résoudre le système obtenu, conclure que seule la solution nulle convient. Ne jamais se contenter de constater que les générateurs de F ne sont pas ceux de G : ce n'est pas un argument.
  3. Conclure en citant le théorème : « dimF+dimG=dimE et FG={0E}, donc E=FG ».

Deux variantes utiles. Si dimE n'est pas connue, on établit à la place l'intersection nulle et la somme F+G=E, cette dernière par un calcul explicite de décomposition. Et si l'on dispose déjà d'une base de F et d'une base de G, il revient au même de montrer que leur juxtaposition est une base de E : au bon cardinal, une vérification de liberté suffit.

Deux exemples entièrement traités

Exemple

Un plan et une droite de R3. Soient

F={(x,y,z)R3  ;  x+2yz=0}etG=Vect((1,0,0)).

Montrons que R3=FG.

Les dimensions. L'équation de F donne z=x+2y, les paramètres étant x et y :

(x,y,z)=(x, y, x+2y)=x(1,0,1)+y(0,1,2),

donc F=Vect((1,0,1), (0,1,2)). Ces deux vecteurs ne sont pas colinéaires, donc ils forment une base de F et dimF=2. Par ailleurs dimG=1, et

dimF+dimG=2+1=3=dimR3.

L'intersection. Soit uFG. Comme uG, il existe un réel t tel que u=(t,0,0) ; comme uF, ses coordonnées vérifient l'équation de F, soit t+2×00=0, donc t=0 et u=(0,0,0). Ainsi FG={0R3}.

Deux conditions sur trois sont vérifiées : R3=FG.

La décomposition explicite. Soit u=(x,y,z). On cherche le réel t tel que u(t,0,0) appartienne à F, c'est-à-dire (xt)+2yz=0, soit t=x+2yz. La décomposition de u est donc

(x,y,z)=(z2y, y, z)+(x+2yz, 0, 0),

le premier terme appartenant à F, car (z2y)+2yz=0, et le second à G.

Contrôle numérique. Pour u=(1,2,3), on obtient t=1+43=2, donc la part dans G est (2,0,0) et la part dans F est (34, 2, 3)=(1,2,3). Ce dernier vecteur est bien dans F, car 1+43=0, et la somme redonne (1+2, 2, 3)=(1,2,3).

Une base par concaténation. La famille ((1,0,1), (0,1,2), (1,0,0)), formée d'une base de F suivie d'une base de G, est donc une base de R3.

Exemple

Une décomposition de R3[X]. Posons F=Vect(1,X) et G=Vect(X2,X3), deux sous-espaces vectoriels de E=R3[X]. Montrons que

R3[X]=FG.

Deux bases. Les polynômes 1 et X sont non nuls et de degrés distincts, donc la famille (1,X) est libre (section 2) : c'est une base de F, et dimF=2. De même, (X2,X3) est une base de G et dimG=2.

Par concaténation. La famille obtenue en mettant ces deux bases bout à bout est (1,X,X2,X3), c'est-à-dire la base canonique de R3[X]. C'est donc une base de E, et le théorème de concaténation donne immédiatement E=FG.

Par l'autre voie. On peut aussi invoquer le théorème pratique. D'une part dimF+dimG=2+2=4=dimR3[X]. D'autre part, soit PFG : il existe des réels a, b, c, d tels que P=a+bX et P=cX2+dX3, d'où

a+bXcX2dX3=0.

La famille (1,X,X2,X3) étant libre, a=b=c=d=0, donc P=0. Deux conditions sur trois : les deux sous-espaces sont supplémentaires.

La décomposition explicite. Elle consiste à couper le polynôme en deux selon les degrés. Pour P=a0+a1X+a2X2+a3X3,

P=(a0+a1X)+(a2X2+a3X3),

le premier terme dans F, le second dans G. Ainsi 2X+5X3 se décompose en (2X)+5X3, et cette écriture est la seule possible.

Ces deux exemples donnent le mode d'emploi complet de la section. On reconnaît une somme directe en calculant une intersection, on la confirme par les dimensions, et l'on s'en sert pour décomposer les vecteurs, ce qui est le but recherché. La section 15 montrera que cette décomposition est exactement ce que réalise un projecteur, et le chapitre bouclera ainsi sur lui-même.

Applications linéaires

Définition et premières propriétés

Définition

Soient E et F deux R-espaces vectoriels. Une application f:EF est dite linéaire lorsqu'elle vérifie les deux conditions suivantes :

(x,y)E2,f(x+y)=f(x)+f(y),etxE, λR,f(λx)=λf(x).

L'ensemble des applications linéaires de E dans F est noté L(E,F).

Propriété

Caractérisation en une seule ligne. Une application f:EF est linéaire si et seulement si

(x,y)E2, (λ,μ)R2,f(λx+μy)=λf(x)+μf(y).

Démonstration. Si f est linéaire, alors f(λx+μy)=f(λx)+f(μy)=λf(x)+μf(y), en utilisant successivement les deux conditions de la définition. Réciproquement, si la condition unique est vérifiée, il suffit de la spécialiser : avec λ=μ=1, on obtient f(x+y)=f(x)+f(y) ; avec μ=0, on obtient f(λx)=λf(x)+0f(y)=λf(x).

C'est cette forme condensée que l'on utilise systématiquement en exercice : elle traite les deux vérifications d'un coup, et c'est elle que le correcteur attend.

Propriété

Soit fL(E,F). Alors

f(0E)=0F,xE, f(x)=f(x),

et, pour toute famille (x1,,xp) de vecteurs de E et tous réels λ1,,λp,

f(k=1pλkxk)=k=1pλkf(xk).

Démonstration. Pour la première égalité, appliquons la linéarité avec λ=0 et x=0E : f(0E)=f(00E)=0f(0E)=0F. Pour la deuxième, f(x)=f((1)x)=(1)f(x)=f(x). La troisième s'obtient par récurrence immédiate sur p, le cas p=2 étant la caractérisation ci-dessus.

La relation f(0E)=0F fournit un test d'élimination très rapide : si l'on constate que f(0E)0F, alors f n'est pas linéaire, et c'est démontré en une ligne. La troisième égalité, elle, est le cœur du chapitre : une application linéaire transporte les combinaisons linéaires, et c'est ce qui permettra de la connaître entièrement à partir de l'image d'une base.

Exemples et contre-exemples

Exemple

Cinq applications linéaires de référence.

a. f:R3R2 définie par f(x,y,z)=(x+2yz, 3xy). Plus généralement, toute application dont les coordonnées de l'image sont des expressions du premier degré sans terme constant en les coordonnées de départ est linéaire.

b. L'application de dérivation D:Rn[X]Rn[X], PP, car (λP+μQ)=λP+μQ.

c. Pour AMn(R) fixée, l'application ΦA:Mn(R)Mn(R), MAM, car A(λM+μN)=λAM+μAN par distributivité du produit matriciel.

d. L'application de décalage T:RNRN qui à une suite u=(uk)kN associe la suite T(u)=(uk+1)kN. En effet, le terme d'indice k de T(λu+μv) vaut λuk+1+μvk+1, qui est le terme d'indice k de λT(u)+μT(v).

e. L'application φ:Rn[X]R, PP(1), car (λP+μQ)(1)=λP(1)+μQ(1).

Exemple

Trois contre-exemples.

a. f:RR, xx2, n'est pas linéaire : f(1+1)=4 alors que f(1)+f(1)=2.

b. g:R2R2, (x,y)(x+1,y), n'est pas linéaire : g(0,0)=(1,0)(0,0). Le test du vecteur nul suffit.

c. h:Mn(R)Mn(R), MM2, n'est pas linéaire : h(2M)=4M2 alors que 2h(M)=2M2, et ces matrices diffèrent dès que M20.

Méthode

Montrer qu'une application est linéaire. Trois temps.

  1. Vérifier les ensembles de départ et d'arrivée : f est bien définie de E dans F, et E et F sont des espaces vectoriels. Ce point n'est pas cosmétique : lorsque f est définie sur Rn[X], il faut s'assurer que l'image reste de degré inférieur ou égal à n.
  2. Poser : « soient x et y dans E, et soient λ et μ deux réels ».
  3. Calculer f(λx+μy) en revenant à l'expression de f, et aboutir à λf(x)+μf(y). Conclure par une phrase.

Pour montrer qu'une application n'est pas linéaire, on donne un contre-exemple numérique explicite : le test f(0E)0F en priorité, sinon deux vecteurs concrets et une inégalité chiffrée.

Vocabulaire

Définition

Soient E et F deux espaces vectoriels et fL(E,F).

  • Si F=E, l'application f est un endomorphisme de E. On note L(E) l'ensemble des endomorphismes de E.
  • Si f est bijective, c'est un isomorphisme de E sur F. Les espaces E et F sont alors dits isomorphes.
  • Si f est à la fois un endomorphisme et bijective, c'est un automorphisme de E.

Les deux endomorphismes les plus simples sont l'application nulle, qui envoie tout vecteur sur 0E, et l'identité idE, définie par idE(x)=x. Plus généralement, pour α réel, l'application xαx est un endomorphisme de E, appelé homothétie de rapport α ; c'est un automorphisme dès que α0.

Opérations sur les applications linéaires

Propriété

L'espace vectoriel L(E,F). Soient f et g dans L(E,F) et soient λ, μ des réels. L'application λf+μg, définie par (λf+μg)(x)=λf(x)+μg(x), appartient encore à L(E,F). Ainsi L(E,F) est un sous-espace vectoriel de l'ensemble F(E,F) des applications de E dans F : c'est donc lui-même un espace vectoriel. En particulier, l'ensemble L(E) des endomorphismes de E est un espace vectoriel.

Démonstration. L'application nulle est linéaire, donc L(E,F) n'est pas vide. Soient f, g linéaires, λ, μ réels, et posons h=λf+μg. Pour x, y dans E et α, β réels,

h(αx+βy)=λf(αx+βy)+μg(αx+βy)=λ(αf(x)+βf(y))+μ(αg(x)+βg(y)),

et en rassemblant les termes en α et ceux en β,

h(αx+βy)=α(λf(x)+μg(x))+β(λf(y)+μg(y))=αh(x)+βh(y).

Donc h est linéaire.

Ce résultat change le statut des applications linéaires : elles ne sont plus seulement des outils qui agissent sur des vecteurs, elles deviennent elles-mêmes des vecteurs, que l'on additionne et que l'on multiplie par un réel. On pourra donc parler d'une famille libre d'applications linéaires, du sous-espace engendré par deux endomorphismes, ou encore de la dimension de L(E,F), que la section 13 calculera en identifiant chaque application linéaire à sa matrice.

Propriété

Composée. Soient E, F, G trois espaces vectoriels, fL(E,F) et gL(F,G). Alors gfL(E,G).

Démonstration. Soient x, y dans E et λ, μ réels. En utilisant d'abord la linéarité de f, puis celle de g,

(gf)(λx+μy)=g(λf(x)+μf(y))=λg(f(x))+μg(f(y))=λ(gf)(x)+μ(gf)(y).

Donc gf est linéaire.

Pour un endomorphisme f de E, la composée ff a un sens, puisque l'espace d'arrivée est aussi l'espace de départ. Cela autorise à parler des puissances de f.

Définition

Puissances d'un endomorphisme. Soit fL(E). On note f2=ff, et l'on définit de proche en proche les puissances de f par

f0=idE,fk+1=fkfpour tout kN.

Chaque fk est un endomorphisme de E, et fkfm=fk+m pour tous entiers naturels k et m.

Notez bien la convention f0=idE, qui joue pour les endomorphismes le rôle que A0=In joue pour les matrices carrées : sans elle, aucune formule sommatoire ne serait écrivable. La composition dans L(E) se comporte d'ailleurs exactement comme le produit matriciel du premier semestre, et hérite du même piège : elle n'est pas commutative. En général fggf, si bien que l'identité (f+g)2=f2+2fg+g2 est fausse ; le développement correct est f2+fg+gf+g2. En revanche, la composition est distributive sur l'addition : f(g+h)=fg+fh et (g+h)f=gf+hf.

Exemple

Prenons E=R2[X], l'endomorphisme de dérivation D, et l'endomorphisme M défini par M(a+bX+cX2)=aX+bX2, dont la linéarité se vérifie sans peine sur les coefficients. Alors

D(M(a+bX+cX2))=D(aX+bX2)=a+2bX,

tandis que

M(D(a+bX+cX2))=M(b+2cX)=bX+2cX2.

Ces deux résultats diffèrent, par exemple pour P=1 : on obtient 1 d'un côté, et 0 de l'autre. La composition n'est donc pas commutative.

Noyau et image

Deux sous-espaces vectoriels attachés à f

Définition

Soient E et F deux espaces vectoriels et fL(E,F).

  • Le noyau de f est l'ensemble des vecteurs de E dont l'image est nulle :
Kerf={xE  ;  f(x)=0F}.
  • L'image de f est l'ensemble des images des vecteurs de E :
Imf={f(x)  ;  xE}={yF  ;  xE, y=f(x)}.

Retenez d'emblée où vivent ces deux ensembles, car les confondre est une faute grave : Kerf est une partie de l'espace de départ E, tandis que Imf est une partie de l'espace d'arrivée F. Une phrase telle que « Kerf est un sous-espace vectoriel de F » signale au correcteur que la notion n'est pas comprise.

Propriété

Soit fL(E,F). Alors Kerf est un sous-espace vectoriel de E, et Imf est un sous-espace vectoriel de F.

Démonstration. Traitons d'abord le noyau. Par définition, KerfE. Comme f(0E)=0F, le vecteur 0E appartient à Kerf, qui n'est donc pas vide. Soient maintenant x et y dans Kerf et soient λ, μ deux réels. La linéarité de f donne

f(λx+μy)=λf(x)+μf(y)=λ0F+μ0F=0F,

donc λx+μyKerf. La caractérisation des sous-espaces vectoriels s'applique.

Passons à l'image. Par définition, ImfF. Comme 0F=f(0E), le vecteur 0F appartient à Imf. Soient y et y dans Imf et soient λ, μ deux réels : il existe x et x dans E tels que y=f(x) et y=f(x). Alors

λy+μy=λf(x)+μf(x)=f(λx+μx),

et ce vecteur est bien l'image d'un élément de E, à savoir λx+μx. Donc λy+μyImf, et Imf est un sous-espace vectoriel de F.

Cette propriété a une conséquence pratique que les exercices exploitent sans arrêt : pour montrer qu'un ensemble est un sous-espace vectoriel, il suffit parfois de le reconnaître comme le noyau d'une application linéaire bien choisie. L'ensemble des triplets vérifiant x+2yz=0 est le noyau de (x,y,z)x+2yz ; l'ensemble des matrices qui commutent avec A est le noyau de MAMMA. Une ligne de rédaction remplace alors toute une vérification.

Injectivité et surjectivité

Propriété

Caractérisation de l'injectivité. Soit fL(E,F). Alors

f est injective    Kerf={0E}.

Démonstration. Supposons f injective, et soit xKerf. Alors f(x)=0F=f(0E), et l'injectivité donne x=0E. Ainsi Kerf{0E} ; l'inclusion réciproque est acquise puisque f(0E)=0F. D'où l'égalité.

Réciproquement, supposons Kerf={0E}, et soient x et y dans E tels que f(x)=f(y). Alors f(x)f(y)=0F, et la linéarité de f permet d'écrire

f(xy)=f(x)f(y)=0F.

Le vecteur xy appartient donc à Kerf, qui est réduit à {0E} : ainsi xy=0E, c'est-à-dire x=y. L'application f est injective.

Voilà l'un des théorèmes les plus rentables du programme. Prouver l'injectivité d'une application quelconque demande de manipuler deux antécédents ; pour une application linéaire, il suffit de résoudre un système homogène. Notez bien la rédaction attendue de la conclusion : on écrit Kerf={0E}, et non « Kerf=0 », ni « Kerf= ». Cette dernière écriture est doublement fautive, puisque le noyau contient toujours le vecteur nul et n'est donc jamais vide.

Propriété

Caractérisation de la surjectivité. Soit fL(E,F). Alors

f est surjective    Imf=F.

C'est ici la simple traduction de la définition de la surjectivité : tout vecteur de F admet un antécédent, c'est-à-dire appartient à Imf. L'inclusion ImfF étant toujours vraie, seule l'inclusion réciproque est à établir. Et lorsque F est de dimension finie, le critère d'égalité par les dimensions de la section 5 ramène cette vérification à un calcul de dimension, ce qui est bien plus rapide.

Comment les calculer

Méthode

Déterminer Kerf et Imf.

Pour le noyau : on résout l'équation f(x)=0F d'inconnue x. Concrètement, on écrit x avec ses coordonnées, on traduit l'équation en système linéaire homogène, on le résout par le pivot, puis on met l'ensemble des solutions sous forme de Vect en séparant les paramètres. La famille obtenue est en général une base du noyau, ce qui donne dimKerf dans la foulée.

Pour l'image : on n'essaie jamais de décrire directement l'ensemble des f(x). On part d'une base (e1,,en) de E et l'on utilise le fait que

Imf=Vect(f(e1),,f(en)),

établi à la section suivante. On calcule donc les n images f(ek), puis on extrait de cette famille génératrice une famille libre, par échelonnement : on obtient une base de Imf et son rang.

Contrôle systématique : la somme dimKerf+dimImf doit valoir dimE (théorème du rang, section 10). Si ce n'est pas le cas, il y a une erreur de calcul, et il est inutile d'aller plus loin.

Exemple

Un exemple entièrement traité. Soit f l'endomorphisme de R3 défini par

f(x,y,z)=(x+yz, 2xy+z, x2y+2z).

Sa linéarité est immédiate, chaque coordonnée de l'image étant du premier degré sans terme constant.

Le noyau. L'équation f(x,y,z)=(0,0,0) équivaut au système

{x+yz=02xy+z=0x2y+2z=0

Les opérations L2L22L1 et L3L3L1 donnent toutes deux la même équation 3y+3z=0, c'est-à-dire y=z. En reportant dans la première équation, x=y+z=0. Les solutions sont donc les triplets (0,t,t) avec tR, et

Kerf=Vect((0,1,1)),dimKerf=1.

Comme le noyau n'est pas réduit au vecteur nul, f n'est pas injective.

L'image. Calculons les images des vecteurs de la base canonique :

f(e1)=(1,2,1),f(e2)=(1,1,2),f(e3)=(1,1,2).

On observe que f(e3)=f(e2), ce troisième vecteur est donc superflu, et

Imf=Vect((1,2,1), (1,1,2)).

Ces deux vecteurs ne sont pas colinéaires, car (1,2,1) n'est pas multiple de (1,1,2) : la famille est libre, c'est une base de l'image, et dimImf=2. Comme 2<3=dimR3, l'application f n'est pas surjective.

Contrôle. On a bien dimKerf+dimImf=1+2=3=dimR3. Vérifions de plus que (0,1,1) est bien dans le noyau : f(0,1,1)=(0+11, 01+1, 02+2)=(0,0,0).

Image d'une famille, application déterminée par l'image d'une base

Ce que f fait aux familles

Propriété

Image d'une famille génératrice. Soit fL(E,F) et soit (x1,,xp) une famille génératrice de E. Alors

Imf=Vect(f(x1),,f(xp)).

Démonstration. Procédons par double inclusion.

Soit yImf : il existe xE tel que y=f(x). La famille étant génératrice, il existe des réels λ1,,λp tels que x=λ1x1++λpxp. La linéarité de f donne alors

y=f(k=1pλkxk)=k=1pλkf(xk),

ce qui prouve que y appartient à Vect(f(x1),,f(xp)).

Réciproquement, chaque f(xk) appartient à Imf, qui est un sous-espace vectoriel de F ; d'après la propriété du plus petit sous-espace contenant une famille (section 1), Vect(f(x1),,f(xp))Imf.

C'est le résultat qui rend l'image calculable. En particulier, si B=(e1,,en) est une base de E, alors Imf=Vect(f(e1),,f(en)) : n calculs d'images suffisent à décrire l'image tout entière. Attention cependant, la famille (f(e1),,f(en)) est génératrice de Imf, mais elle n'a aucune raison d'être libre : c'est exactement ce qui s'est produit dans l'exemple de la section 8, où le troisième vecteur était l'opposé du deuxième.

Propriété

Image d'une famille libre par une application injective. Soit fL(E,F) injective et soit (x1,,xp) une famille libre de E. Alors la famille (f(x1),,f(xp)) est libre dans F.

Démonstration. Soient λ1,,λp des réels tels que λ1f(x1)++λpf(xp)=0F. Par linéarité de f, cette égalité s'écrit

f(λ1x1++λpxp)=0F,

donc le vecteur λ1x1++λpxp appartient à Kerf. Or f est injective, donc Kerf={0E}, d'où

λ1x1++λpxp=0E.

La famille (x1,,xp) étant libre, tous les coefficients sont nuls.

Propriété

Isomorphisme et bases. Soit fL(E,F) un isomorphisme et soit B=(e1,,en) une base de E. Alors (f(e1),,f(en)) est une base de F.

Démonstration. La famille B est génératrice de E, donc (f(e1),,f(en)) engendre Imf ; et f étant surjective, Imf=F : la famille est génératrice de F. Elle est libre d'après la propriété précédente, puisque B est libre et f injective. Libre et génératrice, c'est une base de F.

Une application linéaire est déterminée par l'image d'une base

Propriété

Théorème de détermination. Soient E un espace vectoriel de dimension finie, B=(e1,,en) une base de E, F un espace vectoriel et (u1,,un) une famille quelconque de n vecteurs de F. Alors il existe une unique application linéaire fL(E,F) telle que

k{1,,n},f(ek)=uk.

Démonstration. Montrons d'abord l'unicité. Soient f et g deux applications linéaires vérifiant f(ek)=g(ek)=uk pour tout k. Soit xE, de coordonnées x1,,xn dans la base B. Alors

f(x)=f(k=1nxkek)=k=1nxkf(ek)=k=1nxkuk=k=1nxkg(ek)=g(k=1nxkek)=g(x).

Les deux applications coïncident en tout point de E, donc f=g.

Montrons maintenant l'existence. Tout vecteur x de E possède des coordonnées x1,,xn dans B, et celles-ci sont uniques d'après le théorème des coordonnées : on peut donc définir sans ambiguïté une application f:EF en posant

f(x)=k=1nxkuk.

Cette application vérifie f(ek)=uk, puisque les coordonnées de ek sont toutes nulles sauf la k-ième, égale à 1. Reste à vérifier qu'elle est linéaire. Soient x et y dans E, de coordonnées respectives (x1,,xn) et (y1,,yn), et soient λ, μ des réels. Alors

λx+μy=λk=1nxkek+μk=1nykek=k=1n(λxk+μyk)ek,

et l'unicité des coordonnées assure que les réels λxk+μyk sont les coordonnées de λx+μy dans B. Par définition de f,

f(λx+μy)=k=1n(λxk+μyk)uk=λk=1nxkuk+μk=1nykuk=λf(x)+μf(y).

Ce théorème est plus profond qu'il n'y paraît, et il faut en mesurer les deux portées. D'un côté, la partie unicité signifie que deux applications linéaires qui coïncident sur une base sont égales : c'est la manière standard de démontrer une égalité entre applications linéaires, et nous nous en servirons en section 13. De l'autre, la partie existence dit que l'on peut fabriquer une application linéaire en décidant librement des n images, sans aucune contrainte sur les vecteurs uk, qui peuvent être égaux, nuls, ou quelconques. Une application linéaire, c'est donc exactement la donnée de n vecteurs de F, ce qui est précisément ce qu'une matrice va coder.

Exemple

Il existe une unique application linéaire f:R2R2[X] telle que f(1,0)=1+X et f(0,1)=X23, puisque ((1,0),(0,1)) est une base de R2. Son expression s'obtient en décomposant un vecteur quelconque sur cette base : comme (x,y)=x(1,0)+y(0,1),

f(x,y)=x(1+X)+y(X23)=(x3y)+xX+yX2.

En revanche, il n'existe aucune application linéaire g:R2R telle que g(1,0)=1, g(0,1)=2 et g(1,1)=5 : la famille ((1,0),(0,1),(1,1)) n'est pas une base, et la linéarité impose déjà g(1,1)=g(1,0)+g(0,1)=3.

Rang et théorème du rang

Définition

Définition

Soit fL(E,F), avec E de dimension finie. On appelle rang de f, noté rg(f), la dimension de son image :

rg(f)=dimImf.

Cette définition est cohérente avec celle du rang d'une famille : si (e1,,en) est une base de E, alors Imf est engendrée par les f(ek), donc

rg(f)=rg(f(e1),,f(en)).

Le rang de f est donc le rang de la famille des images d'une base, et il se calcule par échelonnement, exactement comme en section 5.

Le théorème du rang

Propriété

Théorème du rang. Soient E un espace vectoriel de dimension finie, F un espace vectoriel et fL(E,F). Alors Imf est de dimension finie et

dimE=dimKerf+rg(f).

Démonstration. Posons n=dimE et k=dimKerf, licite car Kerf est un sous-espace vectoriel de E, donc de dimension finie et kn.

Cas particuliers. Si k=n, le critère d'égalité par les dimensions donne Kerf=E, donc f est l'application nulle, Imf={0F} et rg(f)=0 : la formule est vérifiée. Écartons désormais ce cas, et supposons k<n.

Construction d'une base adaptée. Choisissons une base (e1,,ek) de Kerf, en convenant qu'il s'agit de la famille vide si k=0. C'est une famille libre de E ; le théorème de la base incomplète permet de la compléter en une base de E,

B=(e1,,ek,ek+1,,en).

Montrons que la famille G=(f(ek+1),,f(en)), qui compte nk vecteurs, est une base de Imf.

La famille G engendre Imf. Comme B est une base de E, la section 9 donne Imf=Vect(f(e1),,f(en)). Or les k premiers vecteurs e1,,ek appartiennent à Kerf, donc leurs images sont nulles et n'apportent rien au sous-espace engendré. Il reste

Imf=Vect(f(ek+1),,f(en)).

La famille G est libre. Soient μk+1,,μn des réels tels que μk+1f(ek+1)++μnf(en)=0F. Par linéarité, en posant v=μk+1ek+1++μnen, cette égalité s'écrit f(v)=0F, c'est-à-dire vKerf. Le vecteur v se décompose donc sur la base (e1,,ek) du noyau : il existe des réels α1,,αk tels que

μk+1ek+1++μnen=α1e1++αkek.

En faisant passer tous les termes du même côté, on obtient une combinaison linéaire nulle des vecteurs de la base B :

α1e1++αkekμk+1ek+1μnen=0E.

La famille B étant libre, tous les coefficients sont nuls, en particulier μk+1==μn=0. La famille G est donc libre.

Conclusion. G est une base de Imf, laquelle est donc de dimension finie, avec rg(f)=nk, c'est-à-dire dimE=k+rg(f).

Trois remarques sur ce théorème, qui est le résultat le plus utilisé de toute l'algèbre linéaire de première année. D'abord, la dimension qui apparaît à gauche est celle de l'espace de départ : dimF n'intervient nulle part. Écrire « dimF=dimKerf+rgf » est une faute qui invalide toute la suite du raisonnement. Ensuite, le théorème ne dit rien sur la manière dont Kerf et Imf se situent l'un par rapport à l'autre. En particulier, même pour un endomorphisme, il n'affirme pas que E=KerfImf, égalité qui est fausse en général : sur R2[X], la dérivation D a pour noyau R0[X] et pour image R1[X], dont les dimensions se somment bien à 3, mais dont l'intersection vaut R0[X], et la somme n'est donc pas directe. Et dès que FE, ces deux sous-espaces ne vivent même pas dans le même espace. Enfin, il est d'un usage économique : il permet d'obtenir une des deux dimensions quand on a calculé l'autre, ce qui divise le travail par deux dans presque tous les exercices.

Propriété

Conséquences immédiates. Soit fL(E,F) avec E et F de dimension finie.

  1. rg(f)dimE et rg(f)dimF.
  2. f est injective si et seulement si rg(f)=dimE.
  3. f est surjective si et seulement si rg(f)=dimF.
  4. Si dimE>dimF, alors f n'est pas injective. Si dimE<dimF, alors f n'est pas surjective.

Démonstration. Point 1. La première inégalité vient du théorème du rang, puisque dimKerf0 ; la seconde du fait que Imf est un sous-espace vectoriel de F.

Point 2. L'application f est injective si et seulement si Kerf={0E}, c'est-à-dire dimKerf=0, ce qui équivaut à rg(f)=dimE par le théorème du rang.

Point 3. f est surjective si et seulement si Imf=F, ce qui, Imf étant un sous-espace vectoriel de F, équivaut à dimImf=dimF d'après le critère de la section 5.

Point 4. Si dimE>dimF, alors rg(f)dimF<dimE, donc f n'est pas injective d'après le point 2. Si dimE<dimF, alors rg(f)dimE<dimF, donc f n'est pas surjective.

Le point 4 est un réflexe de contrôle : une application linéaire de R4 dans R3 n'est jamais injective, une application de R2[X] dans M2(R) n'est jamais surjective. Un candidat qui prétend démontrer le contraire s'est trompé quelque part, et cette vérification prend deux secondes.

Exemple

Reprenons f(x,y,z)=(x+yz, 2xy+z, x2y+2z), étudiée en section 8. Nous avions calculé dimKerf=1 ; le théorème du rang donne alors, sans aucun autre calcul,

rg(f)=dimR3dimKerf=31=2,

ce qui confirme la valeur trouvée à la main. En pratique, on procède ainsi : on calcule le noyau, qui demande la résolution d'un système, et l'on déduit le rang. Il ne reste alors qu'à exhiber deux vecteurs indépendants de l'image pour en avoir une base, sans avoir à prouver qu'il n'y en a pas un troisième.

Application : formes linéaires et hyperplans

Le théorème du rang prend une forme particulièrement frappante lorsque l'espace d'arrivée est R lui-même, c'est-à-dire lorsqu'il est de dimension 1. Le rang n'a alors que deux valeurs possibles, et tout est déterminé.

Définition

Soit E un espace vectoriel. On appelle forme linéaire sur E toute application linéaire de E dans R. L'ensemble des formes linéaires sur E est donc L(E,R).

Définition

Soit E un espace vectoriel de dimension finie n1. On appelle hyperplan de E tout sous-espace vectoriel de E de dimension n1.

Le mot est plus impressionnant que la chose. Dans R2, un hyperplan est une droite vectorielle ; dans R3, c'est un plan vectoriel ; dans R3[X], c'est un sous-espace de dimension 3. Un hyperplan, c'est simplement un sous-espace aussi gros que possible sans être E tout entier.

Propriété

Le noyau d'une forme linéaire non nulle est un hyperplan. Soient E un espace vectoriel de dimension finie n1 et φ une forme linéaire sur E, non nulle. Alors

rg(φ)=1etdimKerφ=n1,

c'est-à-dire que Kerφ est un hyperplan de E.

Démonstration. Commençons par déterminer les sous-espaces vectoriels de R. Si H est l'un d'eux, alors dimHdimR=1, donc dimH vaut 0 ou 1 : dans le premier cas H={0}, dans le second le critère d'égalité par les dimensions (section 5) donne H=R. Il n'y a donc que deux sous-espaces vectoriels de R, à savoir {0} et R.

Or Imφ est un sous-espace vectoriel de R (section 8). Comme φ n'est pas l'application nulle, il existe x0E tel que φ(x0)0, donc Imφ{0}. Il reste Imφ=R, c'est-à-dire rg(φ)=1. Le théorème du rang donne alors

dimKerφ=dimErg(φ)=n1.

Retenez l'articulation du raisonnement, car elle sert de modèle : l'espace d'arrivée est de dimension 1, donc le rang ne peut valoir que 0 ou 1, et l'hypothèse « non nulle » élimine le cas 0. Une seule information, l'existence d'un vecteur d'image non nulle, suffit à connaître exactement la dimension du noyau. Ce théorème explique du même coup pourquoi une équation linéaire non triviale décrit toujours un hyperplan : l'ensemble de ses solutions est le noyau de la forme linéaire écrite au premier membre.

Exemple

Un plan de R3. Soit φ:R3R définie par φ(x,y,z)=x+2yz. Cette application est linéaire, son expression étant du premier degré sans terme constant, et elle n'est pas nulle, puisque φ(1,0,0)=10. Son noyau

Kerφ={(x,y,z)R3  ;  x+2yz=0}

est donc un hyperplan de R3, c'est-à-dire un plan vectoriel, de dimension 31=2.

Contrôle par le calcul direct. La résolution menée en section 6 a donné Kerφ=Vect((1,0,1), (0,1,2)), sous-espace engendré par deux vecteurs non colinéaires, donc de dimension 2. Le théorème du rang livrait ce résultat sans résoudre le moindre système.

Isomorphismes en dimension finie

Un isomorphisme conserve la dimension

Propriété

Soient E et F deux espaces vectoriels, E étant de dimension finie. S'il existe un isomorphisme de E sur F, alors F est de dimension finie et

dimF=dimE.

Démonstration. Soit f un isomorphisme de E sur F et soit B=(e1,,en) une base de E. D'après la section 9, la famille (f(e1),,f(en)) est une base de F. Elle est finie, de cardinal n, donc F est de dimension finie et dimF=n=dimE.

On peut aussi le voir avec le théorème du rang : f injective donne Kerf={0E}, donc rg(f)=dimE ; et f surjective donne Imf=F, donc rg(f)=dimF. La conclusion suit. Cette remarque a une conséquence pratique immédiate : deux espaces de dimensions différentes ne sont jamais isomorphes, ce qui permet de répondre non à certaines questions sans le moindre calcul.

Le théorème central

Propriété

Injective, surjective, bijective : c'est pareil. Soient E et F deux espaces vectoriels de même dimension finie n, et soit fL(E,F). Alors les trois propositions suivantes sont équivalentes :

f est injective    f est surjective    f est bijective.

Démonstration. Le théorème du rang s'écrit ici n=dimKerf+rg(f).

Supposons f injective. Alors Kerf={0E}, donc dimKerf=0 et rg(f)=n=dimF. Le sous-espace Imf de F a donc la même dimension que F : le critère de la section 5 donne Imf=F, c'est-à-dire f surjective.

Supposons f surjective. Alors Imf=F, donc rg(f)=dimF=n, et le théorème du rang donne dimKerf=nn=0, c'est-à-dire Kerf={0E} : f est injective.

Les deux premières propositions sont donc équivalentes ; et lorsqu'elles sont vraies, f est à la fois injective et surjective, donc bijective. Réciproquement, une application bijective est en particulier injective.

Voilà le résultat qui fait gagner le plus de temps en concours. Pour montrer qu'un endomorphisme d'un espace de dimension finie est un automorphisme, il suffit de démontrer une seule des deux propriétés, et l'on choisit évidemment la plus facile, c'est-à-dire presque toujours l'injectivité, qui se ramène à un système homogène. L'hypothèse est cependant essentielle sur deux points : les dimensions doivent être égales, et finies. Sur l'espace RN des suites, qui n'est pas de dimension finie, l'application de décalage T de la section 7 est surjective sans être injective : toute suite v est l'image de la suite (0,v0,v1,), et pourtant la suite (1,0,0,), non nulle, appartient à son noyau. Le théorème tombe en défaut dès que l'on quitte la dimension finie.

Réciproque et composée

Propriété

La réciproque d'un isomorphisme est un isomorphisme. Soit f un isomorphisme de E sur F. Alors l'application réciproque f1:FE est linéaire, et c'est un isomorphisme de F sur E.

Démonstration. L'application f1 est bien définie et bijective, puisque f l'est. Montrons qu'elle est linéaire. Soient y et y dans F, et soient λ, μ deux réels. Appliquons f au vecteur λf1(y)+μf1(y) : la linéarité de f donne

f(λf1(y)+μf1(y))=λf(f1(y))+μf(f1(y))=λy+μy.

En appliquant f1 aux deux membres de cette égalité, on obtient

λf1(y)+μf1(y)=f1(λy+μy),

ce qui est exactement la linéarité de f1.

Propriété

Composée de deux isomorphismes. Si f est un isomorphisme de E sur F et g un isomorphisme de F sur G, alors gf est un isomorphisme de E sur G, et

(gf)1=f1g1.

Démonstration. La composée de deux applications linéaires est linéaire (section 7), et la composée de deux bijections est une bijection : gf est donc un isomorphisme. Pour la formule, calculons

(gf)(f1g1)=g(ff1)g1=gidFg1=gg1=idG,

et de même (f1g1)(gf)=idE.

Là encore, l'ordre est inversé dans la formule de la réciproque, exactement comme pour l'inverse d'un produit de matrices. Ce n'est pas une coïncidence : la section 13 montrera que la composition des applications linéaires se lit comme un produit matriciel, ce qui explique que les deux formules soient jumelles.

Matrice d'une application linéaire

Matrice d'une famille de vecteurs

Définition

Soient F un espace vectoriel de dimension n, C=(ε1,,εn) une base de F, et (v1,,vp) une famille de vecteurs de F. On appelle matrice de cette famille dans la base C la matrice de Mn,p(R) dont la j-ième colonne est la colonne des coordonnées de vj dans C.

Le principe est donc : un vecteur, une colonne. Il y a autant de colonnes que de vecteurs dans la famille, et autant de lignes que de vecteurs dans la base. C'est la convention qui gouverne tout ce qui suit, et l'inverser revient à travailler avec des matrices transposées, ce qui rend tous les calculs faux.

Exemple

Dans R3 muni de sa base canonique, la matrice de la famille ((1,2,1), (0,1,1)) est

(102111)M3,2(R).

Dans R2[X] muni de la base (1,X,X2), la matrice de la famille (1+X, X23) est

(131001).

La matrice d'une application linéaire

Définition

Soient E un espace vectoriel de dimension p muni d'une base B=(e1,,ep), et F un espace vectoriel de dimension n muni d'une base C=(ε1,,εn). Soit fL(E,F). On appelle matrice de f dans les bases B et C, notée MatB,C(f), la matrice de la famille (f(e1),,f(ep)) dans la base C.

Autrement dit, MatB,C(f)=(ai,j)Mn,p(R) est définie par

j{1,,p},f(ej)=i=1nai,jεi.

Trois points de vigilance, dans l'ordre où les copies se trompent.

D'abord, le format. La matrice a autant de lignes que la dimension de l'espace d'arrivée, et autant de colonnes que la dimension de l'espace de départ. Une application de R3 dans R2 a une matrice à 2 lignes et 3 colonnes. Ce n'est pas arbitraire : c'est ce qui rend le produit AX possible, la colonne X ayant autant de lignes que dimE.

Ensuite, les colonnes. La j-ième colonne contient les coordonnées de f(ej), image du j-ième vecteur de la base de départ. On écrit donc la matrice en colonnes, jamais en lignes, et l'erreur la plus fréquente du chapitre consiste à ranger les images horizontalement.

Enfin, la dépendance aux bases. La notation MatB,C(f) porte deux bases parce que la matrice change quand on change de base. Une phrase telle que « la matrice de f est A » n'est acceptable que si les bases ont été fixées explicitement juste avant.

Propriété

Relation fondamentale. Avec les notations ci-dessus, posons A=MatB,C(f). Soit xE, soit X=MatB(x) la colonne de ses coordonnées dans B, et soit Y=MatC(f(x)) la colonne des coordonnées de son image dans C. Alors

Y=AX.

Démonstration. Notons x1,,xp les coordonnées de x dans B, de sorte que x=j=1pxjej. La linéarité de f donne

f(x)=j=1pxjf(ej)=j=1pxj(i=1nai,jεi).

En intervertissant les deux sommes finies et en mettant εi en facteur,

f(x)=i=1n(j=1pai,jxj)εi.

Cette écriture est une décomposition de f(x) sur la base C ; par unicité des coordonnées, la i-ième coordonnée de f(x) dans C vaut donc j=1pai,jxj. Or c'est exactement le coefficient de la i-ième ligne de la colonne AX, d'après la définition du produit matriciel. Les deux colonnes Y et AX ont les mêmes coefficients : elles sont égales.

Cette relation est le dictionnaire annoncé en introduction. Une fois les bases fixées, calculer l'image d'un vecteur par f revient à multiplier une matrice par une colonne. Tout le calcul du premier semestre devient donc utilisable pour étudier f, et réciproquement, tout ce que nous savons de f éclaire la matrice A.

Exemple

Un exemple entièrement traité. Soit f:R3R2 définie par f(x,y,z)=(x+2yz, 3xy), et prenons les bases canoniques B=(e1,e2,e3) de R3 et C=(ε1,ε2) de R2.

Calcul des images. On évalue f sur chaque vecteur de B :

f(e1)=f(1,0,0)=(1,3),f(e2)=f(0,1,0)=(2,1),f(e3)=f(0,0,1)=(1,0).

Écriture de la matrice. Ces trois vecteurs deviennent les trois colonnes :

A=MatB,C(f)=(121310)M2,3(R).

Le format est conforme : 2 lignes car dimR2=2, et 3 colonnes car dimR3=3.

Vérification de la relation Y=AX. Prenons x=(1,2,3). D'une part, directement, f(1,2,3)=(1+43, 32)=(2,1). D'autre part,

A(123)=(1×1+2×2+(1)×33×1+(1)×2+0×3)=(21).

Les deux résultats coïncident.

Cas d'un endomorphisme

Définition

Lorsque f est un endomorphisme de E et que l'on utilise la même base B au départ et à l'arrivée, on note simplement

MatB(f)=MatB,B(f)Mn(R),n=dimE.

La matrice d'un endomorphisme dans une base est donc carrée, et c'est le seul cas où les puissances Ak ont un sens, ce qui fera le lien avec les endomorphismes de la section 15. Notez au passage que MatB(idE)=In, quelle que soit la base B : en effet idE(ej)=ej, dont la colonne de coordonnées n'a qu'un 1, en j-ième position.

Exemple

La dérivation sur R2[X]. Soit D:R2[X]R2[X], PP, et soit B=(1,X,X2) la base canonique. On calcule

D(1)=0,D(X)=1,D(X2)=2X.

Les colonnes de coordonnées de ces trois polynômes dans B sont respectivement (0,0,0), (1,0,0) et (0,2,0), écrites verticalement. D'où

MatB(D)=(010002000).

On lit sur cette matrice que la première colonne est nulle, ce qui traduit 1KerD, et l'on retrouvera en section 14 que son rang vaut 2, en accord avec dimKerD=1 et le théorème du rang.

Cas d'une forme linéaire

Propriété

La matrice d'une forme linéaire est une matrice ligne. Soient E un espace vectoriel de dimension p muni d'une base B=(e1,,ep), et soit φ une forme linéaire sur E. En munissant R de sa base canonique (1), la matrice de φ est la matrice ligne

MatB,(1)(φ)=(φ(e1)φ(e2)φ(ep))M1,p(R).

Le format est conforme à la règle générale : autant de lignes que dimR=1, autant de colonnes que dimE=p. Chaque coefficient est directement l'image d'un vecteur de la base, sans aucune décomposition à faire, puisque les coordonnées d'un réel dans la base (1) sont ce réel lui-même. La relation fondamentale s'écrit ici φ(x)=LX, où L est cette ligne et X la colonne des coordonnées de x ; le produit est une matrice à une ligne et une colonne, que l'on identifie au réel qu'elle contient.

Exemple

Reprenons φ(x,y,z)=x+2yz sur R3, muni de sa base canonique. Comme φ(e1)=1, φ(e2)=2 et φ(e3)=1, la matrice de φ est

L=(121),

et l'on retrouve bien l'expression de φ en effectuant le produit

(121)(xyz)=x+2yz.

Cette ligne n'est pas nulle, donc rg(φ)=1, et l'on retrouve que Kerφ est un hyperplan de R3 (section 10).

Matrice de passage

Jusqu'ici, une base a été fixée une fois pour toutes sur chaque espace. Mais un même vecteur possède des coordonnées différentes dans deux bases différentes, comme l'a montré l'exemple de la section 3, et il faut savoir passer des unes aux autres. C'est le rôle de la matrice de passage.

Définition

Soient E un espace vectoriel de dimension n, et B=(e1,,en) et B=(e1,,en) deux bases de E. On appelle matrice de passage de B à B, notée PB,B, la matrice de la famille B dans la base B : sa j-ième colonne est la colonne des coordonnées de ej dans la base B. C'est une matrice carrée d'ordre n, et l'on a

PB,B=MatB,B(idE).

Deux points de vigilance sur les indices, car c'est là que tout se joue. Les vecteurs mis en colonnes sont ceux de la nouvelle base B, et ils sont exprimés dans l'ancienne base B : on écrit donc « les nouveaux dans les anciens ». Et lorsqu'on lit cette matrice comme la matrice de l'identité, les deux bases apparaissent dans l'ordre inverse, B au départ et B à l'arrivée, ce qui est cohérent puisque la matrice d'une application se remplit avec les images des vecteurs de la base de départ.

Propriété

Changement de coordonnées d'un vecteur. Soient B et B deux bases de E et soit P=PB,B. Pour tout xE, en notant XB et XB les colonnes des coordonnées de x dans B et dans B,

XB=PB,BXB.

De plus, PB,B est inversible, et

(PB,B)1=PB,B.

Démonstration. La matrice P est celle de idE, de la base B au départ vers la base B à l'arrivée : sa j-ième colonne contient en effet les coordonnées de idE(ej)=ej dans B. La relation fondamentale Y=AX, appliquée à idE et au vecteur x, s'écrit donc exactement

XB=PB,BXB,

la colonne de départ étant celle de x dans B, et la colonne d'arrivée celle de idE(x)=x dans B.

Posons maintenant Q=PB,B. La même relation, les rôles des deux bases étant échangés, donne XB=QXB pour tout xE. En reportant l'une dans l'autre,

XB=PQXBpour tout xE.

Or toute colonne de Mn,1(R) est la colonne des coordonnées d'un vecteur de E dans B, à savoir celui qu'elle définit par décomposition sur cette base : l'égalité PQX=X vaut donc pour toute colonne X. Appliquons-la à la colonne dont tous les coefficients sont nuls sauf le j-ième, égal à 1 : le produit d'une matrice par une telle colonne en extrait la j-ième colonne, donc la j-ième colonne de PQ coïncide avec celle de In. Les deux matrices ayant les mêmes colonnes une à une, PQ=In. Le même calcul dans l'autre ordre donne QP=In, donc P est inversible d'inverse Q.

Trois remarques d'usage. La formule surprend au premier abord : la matrice PB,B, dont les colonnes sont écrites dans l'ancienne base, transforme les coordonnées nouvelles en coordonnées anciennes. C'est pourtant logique dès qu'on la lit comme la matrice de l'identité, de B vers B. Pour aller dans l'autre sens, on inverse, et XB=P1XB. Enfin, l'inversibilité est automatique : elle n'est jamais à vérifier, et l'inverse s'obtient sans calcul si l'on sait exprimer les anciens vecteurs de base en fonction des nouveaux.

Exemple

Un changement de base dans R3. Soit B=(e1,e2,e3) la base canonique de R3, et soit B=((1,1,0), (0,1,1), (1,0,1)), dont la section 4 a établi que c'est une base de R3.

La matrice de passage. Ses colonnes sont les coordonnées des vecteurs de B dans la base canonique, c'est-à-dire ces vecteurs eux-mêmes écrits verticalement :

PB,B=(101110011).

Le changement de coordonnées. Le vecteur u=(1,2,3) a pour coordonnées 0, 2 et 1 dans B, comme la section 3 l'a calculé. La formule doit redonner ses coordonnées canoniques :

PB,B(021)=(1×0+0×2+1×11×0+1×2+0×10×0+1×2+1×1)=(123),

ce qui est bien XB.

La matrice de passage inverse. Les calculs de la section 1 ont donné, pour tout (x,y,z), les coordonnées dans B, à savoir x+yz2, x+y+z2 et xy+z2. En rangeant ces trois expressions en lignes,

PB,B=12(111111111).

Contrôle. Le produit des deux matrices doit valoir I3. La première ligne de PB,B est (101) ; multipliée par les trois colonnes de PB,B, elle donne 12(1+0+1)=1, puis 12(1+01)=0, puis 12(1+0+1)=0. Les deux autres lignes se traitent de même, et l'on obtient bien PB,BPB,B=I3.

Un mot pour finir, afin que vous sachiez exactement où s'arrête le programme de première année. La matrice de passage sert ici à une seule chose, changer les coordonnées d'un vecteur. La question qui vient naturellement ensuite, celle de savoir comment se transforme la matrice d'un endomorphisme lorsqu'on change de base, relève du programme de deuxième année, avec la notion de matrices semblables et toute la théorie de la réduction. Vous n'êtes donc pas lésé : cette seconde formule ne vous est pas demandée cette année, et vous la retrouverez en temps voulu, munis de la matrice de passage que vous savez déjà écrire.

Matrice d'une composée, matrice d'un isomorphisme

Linéarité du dictionnaire

Propriété

Le dictionnaire est linéaire et bijectif. Soient B une base de E (de dimension p) et C une base de F (de dimension n). Pour toutes f, g dans L(E,F) et tous réels λ, μ,

MatB,C(λf+μg)=λMatB,C(f)+μMatB,C(g).

De plus, l'application fMatB,C(f) est une bijection de L(E,F) sur Mn,p(R).

Démonstration. Pour la première égalité, il suffit de comparer les colonnes. La j-ième colonne du membre de gauche contient les coordonnées de (λf+μg)(ej)=λf(ej)+μg(ej). Or les coordonnées d'une combinaison linéaire sont la même combinaison linéaire des coordonnées, par unicité de l'écriture dans la base C. C'est exactement la j-ième colonne du membre de droite.

Pour la bijectivité, remarquons qu'une matrice AMn,p(R) étant donnée, ses p colonnes définissent p vecteurs u1,,up de F, à savoir ceux dont ce sont les coordonnées dans C. Le théorème de détermination de la section 9 affirme qu'il existe une unique application linéaire f telle que f(ej)=uj pour tout j, c'est-à-dire une unique f de matrice A.

La bijectivité mérite d'être soulignée, car c'est elle qui autorise le raisonnement suivant, omniprésent en exercice : deux applications linéaires ayant la même matrice dans les mêmes bases sont égales. Pour démontrer une identité entre applications linéaires, il suffit donc de la vérifier sur les matrices, ce qui ramène un problème abstrait à un calcul. Cette bijection étant de plus linéaire, c'est un isomorphisme de L(E,F) sur Mn,p(R) ; comme un isomorphisme conserve la dimension (section 11), on obtient au passage la dimension de l'espace des applications linéaires, annoncée en section 7 :

dimL(E,F)=np=dimE×dimF,et en particulierdimL(E)=(dimE)2.

Matrice d'une composée

Propriété

Matrice d'une composée. Soient E, F, G trois espaces vectoriels de dimension finie, munis respectivement des bases B, C et D. Soient fL(E,F) et gL(F,G). Alors

MatB,D(gf)=MatC,D(g)×MatB,C(f).

Démonstration. Posons A=MatB,C(f), B=MatC,D(g) et C=MatB,D(gf). Soit xE, de colonne de coordonnées X dans B. La relation fondamentale appliquée à f montre que la colonne de f(x) dans C vaut AX ; appliquée ensuite à g, elle montre que la colonne de g(f(x)) dans D vaut B(AX)=(BA)X, par associativité du produit matriciel. Mais cette même colonne vaut aussi CX, par définition de C. Ainsi

XMp,1(R),CX=(BA)X.

Appliquons cette égalité à la colonne X dont tous les coefficients sont nuls sauf le j-ième, égal à 1 : le produit d'une matrice par une telle colonne en extrait précisément la j-ième colonne. Les matrices C et BA ont donc les mêmes colonnes, une à une : elles sont égales.

Retenez l'ordre : la matrice de gf est le produit BA, dans lequel la matrice de g, appliquée en second, s'écrit à gauche. C'est cohérent avec la notation gf, où g figure aussi à gauche, et avec la lecture de B(AX), qui se fait de droite à gauche. Une conséquence immédiate, obtenue par récurrence, servira sans cesse en section 15 : pour un endomorphisme f de matrice A dans une base B,

MatB(fk)=Akpour tout kN.

Exemple

Reprenons f:R3R2, f(x,y,z)=(x+2yz, 3xy), de matrice A=(121310), et soit g:R2R2, g(u,v)=(uv, 2u+v), de matrice B=(1121) dans les bases canoniques. Le théorème donne

Mat(gf)=BA=(1121)(121310)=(132+1102+3412+0)=(231532).

Contrôle par le calcul direct. On a

(gf)(x,y,z)=g(x+2yz, 3xy)=((x+2yz)(3xy), 2(x+2yz)+(3xy)),

c'est-à-dire (gf)(x,y,z)=(2x+3yz, 5x+3y2z). Les images des vecteurs de la base canonique sont (2,5), (3,3) et (1,2), ce qui redonne bien la matrice BA ci-dessus.

Puissances et formule du binôme

La relation MatB(fk)=Ak permet de calculer les puissances d'un endomorphisme comme celles d'une matrice. Encore faut-il disposer des formules de calcul correspondantes, et la principale est la formule du binôme. Elle vaut ici comme dans R, mais à une condition, que le premier semestre avait déjà rencontrée pour les matrices.

Propriété

Formule du binôme. Soient f et g deux endomorphismes de E qui commutent, c'est-à-dire tels que fg=gf. Alors, pour tout entier naturel n,

(f+g)n=k=0n(nk)fkgnk.

De même, si A et B sont deux matrices de Mn(R) telles que AB=BA, alors pour tout entier naturel m,

(A+B)m=k=0m(mk)AkBmk.

Démonstration. Observons d'abord que si f et g commutent, alors g commute avec toutes les puissances de f. C'est vrai pour f0=idE ; et si gfk=fkg, alors

gfk+1=(gfk)f=fkgf=fkfg=fk+1g.

Montrons maintenant la formule par récurrence sur n. Pour n=0, les deux membres valent idE. Supposons-la vraie au rang n. Alors

(f+g)n+1=(f+g)(f+g)n=(f+g)k=0n(nk)fkgnk,

et en distribuant, puis en remplaçant gfk par fkg grâce à l'observation préliminaire,

(f+g)n+1=k=0n(nk)fk+1gnk + k=0n(nk)fkgn+1k.

Dans la première somme, posons j=k+1 : elle devient j=1n+1(nj1)fjgn+1j. En isolant le terme j=n+1 de celle-ci et le terme k=0 de la seconde, puis en regroupant les termes de même indice j,

(f+g)n+1=gn+1+j=1n[(nj1)+(nj)]fjgn+1j+fn+1.

La formule de Pascal donne (nj1)+(nj)=(n+1j), et les deux termes isolés sont exactement ceux d'indices j=0 et j=n+1 de la somme cherchée. La formule est donc vraie au rang n+1.

Le cas matriciel se démontre mot pour mot de la même façon, en remplaçant la composition par le produit et idE par In.

L'hypothèse de commutation n'est pas une précaution de rédaction : sans elle, la formule est fausse dès le carré. Le développement correct de (f+g)2 est en effet f2+fg+gf+g2, que l'on ne peut condenser en f2+2fg+g2 que si fg=gf.

Exemple

Un contre-exemple, pour fixer les idées. Prenons dans M2(R)

A=(0100),B=(0010).

On calcule

AB=(1000)etBA=(0001),

qui diffèrent : les deux matrices ne commutent pas. On a par ailleurs A2=02 et B2=02.

D'un côté, A+B=(0110), donc

(A+B)2=(0110)(0110)=(1001)=I2.

De l'autre, la formule du binôme donnerait

B2+2AB+A2=02+2(1000)+02=(2000),

qui n'est pas I2. La formule tombe donc bel et bien en défaut sans l'hypothèse de commutation.

Le cas d'application le plus fréquent est celui où l'un des deux termes est un multiple de l'identité, laquelle commute avec tout : l'écriture (idE+f)n se développe toujours par la formule du binôme. Lorsque f est de plus nilpotent (section 15), la somme s'arrête dès que l'exposant de f atteint l'indice de nilpotence, et l'on obtient les puissances en une ligne. C'est le calcul qui donne les puissances de nombreuses matrices, en les écrivant sous la forme In+N avec N nilpotente.

Matrice d'un isomorphisme

Propriété

Isomorphisme et inversibilité. Soient E et F deux espaces vectoriels de même dimension n, munis de bases B et C, et soit fL(E,F) de matrice A=MatB,C(f)Mn(R). Alors

f est un isomorphisme    A est inversible,

et dans ce cas

MatC,B(f1)=A1.

Démonstration. Supposons f bijective. Son application réciproque f1 est linéaire (section 11) ; notons A=MatC,B(f1). Les relations f1f=idE et ff1=idF, traduites par le théorème de la composée, donnent

AA=MatB(idE)=InetAA=MatC(idF)=In.

Les deux égalités de la définition de l'inverse sont vérifiées : A est inversible et A1=A.

Réciproquement, supposons A inversible. Le dictionnaire étant bijectif, il existe une unique application linéaire gL(F,E) telle que MatC,B(g)=A1. Alors

MatB(gf)=A1A=In=MatB(idE),

et deux applications linéaires de même matrice dans les mêmes bases étant égales, gf=idE. Le même calcul dans l'autre ordre donne fg=idF. Ainsi f est bijective, de réciproque g.

Ce théorème boucle le dictionnaire, et il fournit une troisième méthode pour montrer qu'un endomorphisme est un automorphisme : écrire sa matrice et prouver qu'elle est inversible, par exemple par le pivot de Gauss ou par une relation polynomiale. Il fonctionne aussi dans l'autre sens, et c'est un usage à connaître : pour inverser une matrice A, on peut interpréter A comme la matrice d'une application linéaire, résoudre le système f(x)=y en exprimant x en fonction de y, et lire A1 sur le résultat.

Exemple

Soit f l'endomorphisme de R3 défini par f(x,y,z)=(x+y, y+z, x+z). Sa matrice dans la base canonique est

A=(110011101),

puisque f(e1)=(1,0,1), f(e2)=(1,1,0) et f(e3)=(0,1,1). Cherchons les antécédents : le système f(x,y,z)=(a,b,c) s'écrit x+y=a, y+z=b et x+z=c. En additionnant les trois équations, 2(x+y+z)=a+b+c. En retranchant successivement chaque équation, il vient

z=a+b+c2,x=ab+c2,y=a+bc2.

Tout vecteur (a,b,c) possède donc un unique antécédent : f est bijective, c'est un automorphisme de R3, et

A1=12(111111111).

Vérification. La première ligne de A est (110) ; multipliée par les trois colonnes de A1, elle donne 12(1+1+0)=1, puis 12(1+1+0)=0, puis 12(11+0)=0. Les deux autres lignes se traitent de même, et l'on obtient bien AA1=I3.

Rang d'une matrice

Définition et lien avec l'application linéaire associée

Définition

Soit AMn,p(R), de colonnes C1,,Cp, considérées comme des vecteurs de Mn,1(R). On appelle rang de A, noté rg(A), le rang de la famille de ses colonnes :

rg(A)=rg(C1,,Cp)=dimVect(C1,,Cp).

Définition

Soit AMn,p(R). On appelle application linéaire canoniquement associée à A l'unique application linéaire fA:RpRn dont la matrice dans les bases canoniques est A. Elle est caractérisée par le fait que la colonne des coordonnées de fA(x) est AX, où X est celle de x.

Propriété

Soient E et F de dimension finie, munis de bases B et C, et soit fL(E,F). Alors

rg(MatB,C(f))=rg(f).

En particulier, rg(A)=rg(fA) pour toute matrice A.

Démonstration. Notons B=(e1,,ep), A=MatB,C(f) et C1,,Cp ses colonnes, de sorte que Cj est la colonne des coordonnées de f(ej) dans C. Posons r=rg(f)=dimVect(f(e1),,f(ep)).

Quitte à renuméroter les vecteurs, le théorème de la base extraite permet de supposer que (f(e1),,f(er)) est une base de Imf. Montrons que (C1,,Cr) est une base de Vect(C1,,Cp).

Liberté. Si λ1C1++λrCr=0, alors, les coordonnées d'une combinaison linéaire étant la même combinaison des coordonnées, la colonne nulle est celle du vecteur λ1f(e1)++λrf(er) ; ce vecteur est donc nul, et la liberté de (f(e1),,f(er)) donne λ1==λr=0.

Caractère générateur. Pour j quelconque, f(ej) s'écrit comme combinaison linéaire de f(e1),,f(er) ; en passant aux colonnes de coordonnées, Cj est la même combinaison linéaire de C1,,Cr. Donc Vect(C1,,Cp)=Vect(C1,,Cr).

Ainsi rg(A)=r=rg(f).

Le rang est donc une notion unique, qui se lit indifféremment sur l'application ou sur sa matrice. C'est ce qui permet de transporter tous les résultats de la section 10 vers les matrices, et c'est aussi ce qui rend le rang calculable, car une matrice se manipule au pivot.

Lignes ou colonnes : le rang de la transposée

Propriété

Rang de la transposée (admis). Pour toute matrice AMn,p(R),

rg(tA)=rg(A).

Le programme admet ce résultat, dont la démonstration n'est pas exigible. Sa portée pratique, en revanche, est considérable, et il faut la formuler explicitement. Les colonnes de tA étant les lignes de A, l'égalité signifie que le rang d'une matrice se lit aussi bien sur ses lignes que sur ses colonnes : le rang de la famille des colonnes, celui de la famille des lignes et celui de l'application linéaire associée sont un seul et même nombre.

Deux conséquences. D'abord, rg(A)min(n,p) : le rang est majoré par le nombre de colonnes, puisqu'il est le rang d'une famille de p vecteurs, et par le nombre de lignes, puisqu'il est aussi le rang d'une famille de n vecteurs. Ensuite, et c'est le point décisif pour la suite, on a le droit de calculer le rang en échelonnant les lignes, alors même que le rang a été défini par les colonnes. C'est exactement l'opération de la section 5, où l'on écrivait les vecteurs d'une famille en lignes avant de les échelonner, et c'est ce que la méthode ci-dessous exploite.

Calcul du rang par le pivot de Gauss

Propriété

Invariance du rang (admise). Les opérations élémentaires sur les lignes d'une matrice ne modifient pas son rang. Le rang d'une matrice échelonnée est égal à son nombre de lignes non nulles, c'est-à-dire à son nombre de pivots.

Méthode

Calculer rg(A).

  1. Échelonner A par la méthode du pivot de Gauss, en n'utilisant que les opérations élémentaires sur les lignes.
  2. Compter les lignes non nulles obtenues : c'est le rang.
  3. Contrôler la cohérence : rg(A)min(n,p), où n est le nombre de lignes et p le nombre de colonnes.

Ce calcul livre en prime beaucoup d'informations sur fA : le rang donne dimImfA, et le théorème du rang donne aussitôt dimKerfA=prg(A), sans résoudre le système.

Exemple

Le rang d'une matrice d'ordre 3. Reprenons l'endomorphisme f(x,y,z)=(x+yz, 2xy+z, x2y+2z) de la section 8. Sa matrice dans la base canonique est

A=(111211122).

Les opérations L2L22L1 et L3L3L1 donnent la même ligne (033) deux fois, puis L3L3L2 l'annule :

(111211122)(111033033)(111033000).

Il reste deux pivots, donc rg(A)=2, ce qui confirme le calcul direct de rg(f) mené en section 8. Le théorème du rang donne alors dimKerf=32=1, sans résoudre le système.

Rang et inversibilité

Propriété

Caractérisation de l'inversibilité par le rang. Soit AMn(R). Alors

A est inversible    rg(A)=n.

Démonstration. Soit fA l'application linéaire canoniquement associée à A, endomorphisme de Rn. D'après la section 13, A est inversible si et seulement si fA est un automorphisme, donc si et seulement si fA est surjective, d'après le théorème d'équivalence en dimension finie. Or fA est surjective si et seulement si rg(fA)=dimRn=n, c'est-à-dire rg(A)=n.

On dit qu'une matrice carrée d'ordre n et de rang n est de rang plein. Ce critère est souvent le plus rapide pour trancher l'inversibilité : on échelonne, et l'on compte les pivots. S'il en manque un, la matrice n'est pas inversible, et l'on connaît en prime la dimension du noyau.

Lien avec les systèmes linéaires

Le vocabulaire de ce chapitre éclaire rétrospectivement tout ce qui a été fait au premier semestre sur les systèmes. Soit AMn,p(R) et soit B une colonne de Mn,1(R). Le système AX=B s'écrit fA(x)=b ; il est donc compatible si et seulement si b appartient à ImfA, ce qui explique pourquoi l'ensemble des seconds membres acceptables était toujours décrit par des équations linéaires. Quant au système homogène AX=0, son ensemble de solutions est exactement KerfA, dont la dimension vaut

dimKerfA=prg(A)

d'après le théorème du rang. Ce nombre est précisément le nombre d'inconnues secondaires du système échelonné, ce que l'on constatait sans le nommer : le rang compte les inconnues principales, et le reste devient paramètre. Enfin, pour un système carré, l'unicité de la solution équivaut à KerfA={0}, donc à rg(A)=n, donc à l'inversibilité de A : nous venons de démontrer la caractérisation qui avait été admise au premier semestre.

Endomorphismes vérifiant une relation

Une bonne moitié des problèmes de concours démarre par une phrase du type « soit f un endomorphisme de E vérifiant f2=f », ou f2=idE, ou encore f3=f. On ne connaît alors rien de f, sinon cette relation ; tout l'exercice consiste à en extraire des informations sur Kerf, Imf et le rang. Cette section rassemble les trois situations les plus fréquentes et les gestes qui les résolvent.

Polynôme d'un endomorphisme

Avant d'entrer dans les cas particuliers, donnons un nom à l'objet que toutes ces relations mettent en jeu.

Définition

Soient f un endomorphisme de E et P=a0+a1X++apXp un polynôme à coefficients réels. On appelle polynôme d'endomorphisme, et l'on note P(f), l'endomorphisme de E défini par

P(f)=a0idE+a1f+a2f2++apfp.

De même, pour une matrice carrée AMn(R), on pose

P(A)=a0In+a1A+a2A2++apAp.

Observez le traitement du terme constant : il devient a0idE, et non a0, faute de quoi la somme n'aurait aucun sens, puisqu'on n'additionne pas un réel et un endomorphisme. C'est la convention f0=idE de la section 7 qui rend l'écriture cohérente, et c'est parce que L(E) est un espace vectoriel que P(f) est bien un endomorphisme de E.

Ce vocabulaire ne fait que nommer ce que la section étudie. Les relations f2=f, f2=idE, f3=f et f23f+2idE=0 s'écrivent toutes P(f)=0, respectivement pour P=X2X, P=X21, P=X3X et P=X23X+2. Deux conséquences de calcul en découlent, et ce sont elles qui servent. D'une part, f commute avec toutes ses puissances, donc avec P(f) pour tout polynôme P : on peut ainsi factoriser une relation exactement comme on factorise un polynôme. D'autre part, en passant aux matrices dans une base B, la section 13 donne MatB(P(f))=P(MatB(f)), si bien que toute relation sur f se traduit à l'identique sur sa matrice, et réciproquement.

Un mot enfin sur les limites du programme, pour éviter un contresens fréquent. Toute théorie générale des polynômes annulateurs est hors programme : on ne vous demandera jamais de déterminer l'ensemble des polynômes qui annulent f, ni d'en tirer des conclusions de structure. Ce qui est attendu est beaucoup plus concret : une relation vous est donnée par l'énoncé, et vous devez l'exploiter. Les trois sous-sections qui suivent traitent les trois relations que les concours proposent presque toujours.

Projecteurs

Définition

Un endomorphisme p de E est appelé projecteur lorsque

pp=p,ce que l’on eˊcrit  p2=p.

Propriété

Soit p un projecteur de E. Alors l'image de p est exactement l'ensemble des vecteurs invariants par p :

Imp=Ker(pidE)={xE  ;  p(x)=x}.

Démonstration. Procédons par double inclusion.

Soit xImp : il existe yE tel que x=p(y). Alors

p(x)=p(p(y))=p2(y)=p(y)=x,

donc (pidE)(x)=p(x)x=0E, c'est-à-dire xKer(pidE).

Réciproquement, soit xKer(pidE), c'est-à-dire p(x)=x. Alors x est l'image du vecteur x par p, donc xImp.

Ce résultat est remarquable, car il transforme une description par existence d'un antécédent, difficile à manipuler, en une description par équation, immédiate à tester. Pour montrer qu'un vecteur appartient à l'image d'un projecteur, on vérifie simplement qu'il est invariant, et c'est en général une ligne de calcul.

Propriété

Décomposition associée à un projecteur. Soit p un projecteur de E. Alors l'image et le noyau de p sont supplémentaires dans E :

E=ImpKerp.

Plus précisément, tout vecteur u de E admet pour unique décomposition

u=p(u)+(up(u)),p(u)Imp,up(u)Kerp.

Démonstration. Montrons d'abord que la somme vaut E. Soit uE. L'astuce, qu'il faut connaître par cœur, consiste à écrire l'identité

u=p(u)+(up(u)).

Le premier terme appartient à Imp, par définition de l'image. Quant au second, son image par p vaut

p(up(u))=p(u)p2(u)=p(u)p(u)=0E,

donc up(u)Kerp. Ainsi EImp+Kerp, et l'inclusion réciproque est immédiate, ces deux sous-espaces étant inclus dans E.

Montrons ensuite que la somme est directe. Soit xImpKerp. Puisque xImp, la propriété précédente donne p(x)=x ; puisque xKerp, on a p(x)=0E. En comparant les deux, x=0E. L'intersection est donc réduite au vecteur nul, et la caractérisation des sommes directes (section 6) permet de conclure.

Ce théorème est le cœur de la sous-section. Il dit qu'un projecteur découpe l'espace en deux : la partie qu'il laisse fixe, son image, et la partie qu'il écrase, son noyau. Et il livre la décomposition par une formule explicite, u=p(u)+(up(u)), ce qui est remarquable : dans la section 6, décomposer un vecteur demandait de résoudre un système, ici le projecteur fait le travail tout seul. En dimension finie, la formule des dimensions d'une somme directe redonne dimImp+dimKerp=dimE, qui n'est autre que le théorème du rang appliqué à p : les deux lectures coïncident.

Le programme parle de « projecteur associé à deux sous-espaces supplémentaires », et c'est la lecture réciproque de ce qui précède : toute décomposition E=FG fabrique un projecteur, et elle n'en fabrique qu'un.

Propriété

Projecteur associé à deux sous-espaces supplémentaires. Soient F et G deux sous-espaces supplémentaires de E, de sorte que E=FG. Pour uE, notons u=uF+uG son unique décomposition, avec uFF et uGG, et posons

p(u)=uF.

Alors p est un projecteur de E, et Imp=F, Kerp=G. On l'appelle le projecteur sur F parallèlement à G.

Démonstration. L'application p est bien définie, précisément parce que la décomposition de u est unique.

Elle est linéaire. Soient u, v dans E et λ, μ deux réels. En écrivant u=uF+uG et v=vF+vG,

λu+μv=(λuF+μvF)+(λuG+μvG),

le premier terme appartenant à F et le second à G, ces sous-espaces étant stables par combinaison linéaire. Par unicité de la décomposition, c'est la décomposition de λu+μv, donc

p(λu+μv)=λuF+μvF=λp(u)+μp(v).

C'est un projecteur. Soit uE. Le vecteur p(u)=uF appartient à F, donc sa propre décomposition est uF=uF+0E, et p(p(u))=uF=p(u). Ainsi p2=p.

Image et noyau. Tout vecteur p(u) appartient à F, donc ImpF ; et tout uF se décompose en u=u+0E, donc p(u)=u et uImp. D'où Imp=F. Enfin, p(u)=0E équivaut à uF=0E, c'est-à-dire à u=uGG, donc Kerp=G.

Les deux théorèmes se répondent exactement : se donner un projecteur ou se donner une décomposition E=FG, c'est la même chose. Cela explique aussi pourquoi l'ordre des deux sous-espaces compte dans l'expression « sur F parallèlement à G ». Le projecteur sur F parallèlement à G et le projecteur sur G parallèlement à F sont deux endomorphismes différents, dont la somme vaut idE, puisque uF+uG=u.

Exemple

Un projecteur de R2. Soit p(x,y)=(x+y, 0). L'application est linéaire, et

p2(x,y)=p(x+y, 0)=((x+y)+0, 0)=(x+y,0)=p(x,y),

donc p est un projecteur. On calcule

Kerp={(x,y)  ;  x+y=0}=Vect((1,1)),Imp=Vect((1,0)),

deux droites vectorielles. Le théorème affirme que

R2=ImpKerp,

ce que l'on retrouve sur les deux conditions du théorème pratique de la section 6 : les dimensions se somment, car 1+1=2=dimR2, et l'intersection est nulle, car un vecteur (t,0) de l'image qui appartient au noyau vérifie t+0=0, donc est nul. Autrement dit, p est le projecteur sur la droite Vect((1,0)) parallèlement à la droite Vect((1,1)).

La base obtenue par concaténation. La famille B=((1,0),(1,1)), formée d'une base de l'image suivie d'une base du noyau, est donc une base de R2. Comme p(1,0)=(1,0) et p(1,1)=(0,0),

MatB(p)=(1000).

C'est la forme la plus simple possible pour un projecteur, et le calcul se généralise : en concaténant une base de l'image et une base du noyau, on obtient une base dans laquelle la matrice du projecteur ne porte que des 1 puis des 0 sur sa diagonale, et des zéros partout ailleurs.

Une décomposition explicite. Pour u=(3,1), on obtient p(u)=(4,0) et up(u)=(1,1), d'où

(3,1)=(4,0)+(1,1),

le premier terme dans l'image et le second dans le noyau, puisque 1+1=0.

Symétries

Définition

Un endomorphisme s de E est appelé symétrie lorsque

ss=idE,ce que l’on eˊcrit  s2=idE.

Propriété

Une symétrie est un automorphisme. Soit s une symétrie de E. Alors s est un automorphisme de E, et s1=s.

Démonstration. La relation ss=idE signifie exactement que s est sa propre application réciproque : elle est donc bijective, et s1=s.

Propriété

Décomposition associée à une symétrie. Soit s un endomorphisme de E. Alors

(s2=idE)    (E=Ker(sidE)Ker(s+idE)).

Une symétrie découpe donc l'espace en deux sous-espaces supplémentaires : celui des vecteurs qu'elle laisse fixes, et celui des vecteurs qu'elle change en leur opposé.

Démonstration. Notons F=Ker(sidE), l'ensemble des vecteurs u tels que s(u)=u, et G=Ker(s+idE), l'ensemble des vecteurs u tels que s(u)=u. Ce sont deux sous-espaces vectoriels de E, comme noyaux d'applications linéaires.

Supposons d'abord s2=idE.

La somme vaut E. Soit uE. L'astuce de décomposition, à connaître par cœur, consiste à écrire l'identité

u=u+s(u)2+us(u)2,

puis à poser uF=u+s(u)2 et uG=us(u)2. Par linéarité de s, et parce que s2(u)=u,

s(uF)=s(u)+s2(u)2=s(u)+u2=uF,s(uG)=s(u)s2(u)2=s(u)u2=uG.

Donc uFF et uGG, et u=uF+uG appartient à F+G.

La somme est directe. Soit xFG : on a à la fois s(x)=x et s(x)=x, d'où x=x, puis 2x=0E et x=0E.

Réciproquement, supposons E=FG et soit uE, de décomposition u=uF+uG. Alors s(u)=s(uF)+s(uG)=uFuG, puis, en appliquant s une seconde fois,

s2(u)=s(uF)s(uG)=uF+uG=u.

Ceci valant pour tout u de E, on obtient s2=idE.

Propriété

Le pont entre symétries et projecteurs. Soit s une symétrie de E. Alors

p=12(s+idE)

est un projecteur de E, et c'est précisément le projecteur sur Ker(sidE) parallèlement à Ker(s+idE). Réciproquement, si p est un projecteur de E, alors s=2pidE est une symétrie.

Démonstration. Calculons p2 en développant, ce qui est licite car s commute avec idE :

p2=14(s+idE)(s+idE)=14(s2+2s+idE)=14(idE+2s+idE)=12(s+idE)=p.

Identifions maintenant son image et son noyau. Si uImp, alors p(u)=u d'après la propriété des vecteurs invariants, c'est-à-dire 12(s(u)+u)=u, d'où s(u)=u et uKer(sidE). Réciproquement, si s(u)=u, alors p(u)=12(u+u)=u, donc u est invariant par p et appartient à son image. Ainsi Imp=Ker(sidE). De même, p(u)=0E équivaut à s(u)+u=0E, c'est-à-dire à uKer(s+idE), donc Kerp=Ker(s+idE).

Réciproquement, si p est un projecteur et si l'on pose s=2pidE, alors, en développant et en utilisant p2=p,

s2=4p24p+idE=4p4p+idE=idE,

donc s est une symétrie.

Ce pont est commode en exercice : toute question sur une symétrie se ramène à une question sur un projecteur, dont on connaît déjà l'image et le noyau, et réciproquement. Les deux notions décrivent au fond le même objet, une décomposition E=FG ; simplement, le projecteur écrase la composante sur G, là où la symétrie la change en son opposée.

Exemple

Une symétrie de R2. Soit s(x,y)=(y,x). On a s2(x,y)=s(y,x)=(x,y), donc s2=idR2. Les deux sous-espaces caractéristiques sont

Ker(sid)={(x,y)  ;  y=x}=Vect((1,1)),Ker(s+id)=Vect((1,1)),

et le théorème affirme que

R2=Vect((1,1))Vect((1,1)),

ce que confirment les dimensions, 1+1=2=dimR2, et l'intersection, réduite au vecteur nul puisque la famille ((1,1),(1,1)) est libre. Dans la base B=((1,1),(1,1)) obtenue par concaténation, comme s(1,1)=(1,1) et s(1,1)=(1,1)=(1,1), on obtient

MatB(s)=(1001).

Une décomposition explicite. Elle se lit sur la formule de la démonstration. Pour u=(3,1), on a s(u)=(1,3), donc

uF=(3,1)+(1,3)2=(2,2)etuG=(3,1)(1,3)2=(1,1),

et l'on vérifie que (2,2)+(1,1)=(3,1), que s(2,2)=(2,2), et que s(1,1)=(1,1)=(1,1).

Endomorphismes nilpotents

Définition

Un endomorphisme f de E est dit nilpotent lorsqu'il existe un entier k1 tel que fk=0, l'application nulle. Le plus petit tel entier est l'indice de nilpotence de f.

Propriété

Soit f un endomorphisme nilpotent d'un espace vectoriel E non réduit à {0E}. Alors f n'est pas injectif, donc ce n'est pas un automorphisme.

Démonstration. Soit k1 tel que fk=0. Si f était injectif, la composée fk le serait aussi, comme composée d'applications injectives, donc son noyau serait réduit à {0E}. Or fk=0 a pour noyau E tout entier. On aurait E={0E}, ce qui est exclu par hypothèse.

Propriété

Suite des noyaux itérés. Soit f un endomorphisme de E. Alors la suite des noyaux des puissances de f est croissante pour l'inclusion :

{0E}KerfKerf2Kerf3

Démonstration. Soit kN et soit xKerfk, c'est-à-dire fk(x)=0E. Alors

fk+1(x)=f(fk(x))=f(0E)=0E,

donc xKerfk+1.

En dimension finie, les dimensions de ces noyaux forment donc une suite croissante d'entiers majorée par dimE : elle finit par se stabiliser, et l'on montre que si deux noyaux consécutifs coïncident, tous les suivants leur sont égaux. C'est le mécanisme qui borne l'indice de nilpotence par dimE, résultat que l'on retrouve régulièrement en fin de problème.

Propriété

Soit f un endomorphisme de E tel que fk=0 pour un entier k1. Alors idEf est un automorphisme de E, et

(idEf)1=idE+f+f2++fk1.

Démonstration. Posons g=idE+f++fk1. En développant par distributivité, et en observant que la somme se télescope,

(idEf)g=(idE+f++fk1)(f+f2++fk)=idEfk=idE.

Comme f commute avec toutes ses puissances, le même calcul dans l'autre ordre donne g(idEf)=idE. Ainsi idEf est bijective, de réciproque g.

Exemple

La dérivation est nilpotente. Soit D:R2[X]R2[X], PP. Pour tout polynôme P de degré inférieur ou égal à 2, la dérivée troisième P est nulle, donc D3=0. En revanche D2(X2)=20, donc D20 : l'indice de nilpotence vaut 3, qui est bien dimR2[X]. Les noyaux itérés sont

KerD=R0[X],KerD2=R1[X],KerD3=R2[X],

de dimensions 1, 2 et 3 : la suite est bien strictement croissante jusqu'à saturation. Par la propriété précédente, idD est un automorphisme de R2[X], d'application réciproque id+D+D2, c'est-à-dire PP+P+P.

Méthode

Exploiter une relation vérifiée par un endomorphisme. Face à une hypothèse du type f2=f, f2=id, f3=f ou f23f+2id=0, trois réflexes, dans cet ordre.

  1. Factoriser la relation, comme on le ferait avec un polynôme, ce qui est licite car f commute avec ses propres puissances. Par exemple f3=f s'écrit f(fid)(f+id)=0.
  2. Traduire un produit nul en inclusion de sous-espaces : de gh=0, on tire ImhKerg, car tout vecteur de la forme h(x) est envoyé sur 0 par g. C'est le geste central, et il faut savoir l'écrire seul.
  3. Chercher l'inversibilité en isolant id : de f23f+2id=0, on tire f(12(3idf))=id, donc f est un automorphisme d'application réciproque 12(3idf).

Ensuite seulement, on conclut avec le théorème du rang sur les dimensions.

Méthodes à connaître

Cette dernière section rassemble, sous forme de fiches, les gestes que l'on doit pouvoir exécuter sans réfléchir le jour du concours. Aucun n'est difficile ; ce qui se joue, c'est la rapidité et la propreté de la rédaction.

Méthode

Montrer qu'une famille est libre.

  1. Poser : « soient λ1,,λp des réels tels que λ1x1++λpxp=0E ».
  2. Traduire en système homogène, en identifiant les coordonnées, les coefficients des puissances de X, ou les coefficients de la matrice selon l'espace ambiant.
  3. Résoudre au pivot et conclure que tous les λk sont nuls.

Raccourcis à connaître. Deux vecteurs : il suffit de vérifier qu'ils ne sont pas colinéaires. Polynômes de degrés deux à deux distincts et non nuls : la famille est libre sans calcul. Famille contenant 0E, ou deux vecteurs égaux : elle est liée, immédiatement.

Méthode

Montrer qu'une famille est une base de E. Quand dimE est connue, on ne vérifie jamais les deux propriétés.

  1. Compter les vecteurs de la famille et vérifier que ce cardinal vaut dimE. Si ce n'est pas le cas, la famille n'est pas une base, et c'est terminé.
  2. Démontrer une seule des deux propriétés, la liberté en pratique, car elle se ramène à un système homogène, plus rapide qu'un système avec second membre quelconque.
  3. Conclure en citant le théorème : « famille libre de cardinal dimE, donc base de E ».

Si la dimension de E n'est pas connue, il faut au contraire établir les deux propriétés séparément.

Méthode

Déterminer une base et la dimension d'un sous-espace donné par des équations.

  1. Résoudre le système formé par les équations, au pivot, en repérant les inconnues principales et les inconnues secondaires.
  2. Écrire le vecteur général en fonction des seuls paramètres, toutes coordonnées comprises.
  3. Séparer les paramètres : mettre chacun en facteur pour faire apparaître une combinaison linéaire de vecteurs fixes. Le sous-espace est alors le Vect de ces vecteurs.
  4. Vérifier que la famille obtenue est libre ; elle l'est presque toujours, par construction. C'est alors une base, et la dimension est le nombre de paramètres.
  5. Contrôler que chacun des vecteurs trouvés satisfait bien toutes les équations de départ.

Exemple

Soit F={(x,y,z,t)R4  ;  x+yz=0  et  y+t=0}. Les deux équations donnent z=x+y et t=y ; les paramètres sont x et y. Le vecteur général s'écrit

(x,y,z,t)=(x, y, x+y, y)=x(1,0,1,0)+y(0,1,1,1),

donc F=Vect((1,0,1,0), (0,1,1,1)). Ces deux vecteurs ne sont pas colinéaires, donc ils forment une base de F et dimF=2.

Contrôle. Pour (1,0,1,0) : 1+01=0 et 0+0=0. Pour (0,1,1,1) : 0+11=0 et 11=0.

Méthode

Montrer que F et G sont supplémentaires dans E. On vérifie deux conditions sur trois, jamais les trois.

  1. Les dimensions. Exhiber une base de F et une base de G, en déduire dimF et dimG, et vérifier que dimF+dimG=dimE. Si le compte ne tombe pas juste, c'est terminé : les deux sous-espaces ne sont pas supplémentaires.
  2. L'intersection. Prendre xFG, écrire simultanément les conditions d'appartenance à F et à G, résoudre le système obtenu, et conclure que x=0E.
  3. Conclure en citant le théorème : « dimF+dimG=dimE et FG={0E}, donc E=FG ».

Deux variantes. Si dimE n'est pas connue, établir l'intersection nulle et la somme F+G=E. Et si l'on dispose déjà d'une base de F et d'une base de G, montrer que leur concaténation est une base de E revient exactement au même, ce qui, au bon cardinal, se ramène à une vérification de liberté.

Méthode

Décomposer un vecteur sur une somme directe E=FG.

  1. Poser l'inconnue : on cherche u=uF+uG avec uFF et uGG. Paramétrer uF sur une base de F et uG sur une base de G, avec des coefficients inconnus.
  2. Identifier les coordonnées dans une base de E, ce qui donne un système linéaire, puis le résoudre. Ce système possède toujours une solution et une seule : c'est précisément ce qu'affirme la somme directe, et c'est un bon contrôle de cohérence.
  3. Raccourci très fréquent : si F est décrit par une équation et G engendré par un seul vecteur g, écrire uG=tg et chercher l'unique réel t tel que utg satisfasse l'équation de F. Une inconnue, une équation.
  4. Contrôler que uF vérifie bien les équations de F, que uG appartient bien à G, et que la somme des deux redonne u.

Si l'on dispose du projecteur p d'image F et de noyau G, il n'y a plus rien à résoudre : uF=p(u) et uG=up(u).

Méthode

Construire le projecteur sur F parallèlement à G. On suppose E=FG déjà établi.

  1. Décomposer un vecteur quelconque u par la méthode précédente, en gardant les coordonnées de u comme paramètres. Ne jamais partir d'un vecteur numérique.
  2. Poser p(u)=uF et écrire l'expression obtenue, coordonnée par coordonnée.
  3. Contrôler par trois vérifications : p2=p ; tout vecteur de F est invariant par p, ce qui donne Imp=F ; tout vecteur de G a une image nulle, ce qui donne Kerp=G.
  4. Écrire la matrice dans la base obtenue en concaténant une base de F et une base de G : elle porte autant de 1 que dimF au début de sa diagonale, et des 0 partout ailleurs. C'est le meilleur contrôle final.

Le projecteur sur G parallèlement à F est alors idEp, et la symétrie associée à la même décomposition est 2pidE.

Méthode

Montrer qu'une application f est linéaire.

  1. Vérifier que f va bien d'un espace vectoriel dans un espace vectoriel, et que l'image reste dans l'espace d'arrivée annoncé.
  2. Poser : « soient x, y dans E et λ, μ deux réels ».
  3. Calculer f(λx+μy) et aboutir à λf(x)+μf(y).

Pour montrer qu'une application n'est pas linéaire : tester d'abord f(0E)=0F, qui suffit très souvent ; sinon, exhiber deux vecteurs numériques et une inégalité chiffrée.

Méthode

Déterminer Kerf, Imf et rg(f).

  1. Le noyau : résoudre f(x)=0F, mettre l'ensemble des solutions sous forme de Vect en séparant les paramètres, en déduire une base et dimKerf.
  2. Le rang : l'obtenir par le théorème du rang, rg(f)=dimEdimKerf. C'est plus rapide que de calculer l'image d'abord.
  3. L'image : calculer les f(ek) pour une base (e1,,en) de E, ce qui donne une famille génératrice de Imf, puis en extraire exactement rg(f) vecteurs indépendants. Le rang étant déjà connu, il suffit d'exhiber ce nombre de vecteurs libres pour conclure.
  4. Contrôler que dimKerf+rg(f)=dimE, et que chaque vecteur annoncé dans le noyau a bien une image nulle.

Méthode

Reconnaître un hyperplan comme noyau d'une forme linéaire. Le déclencheur est un sous-espace décrit par une seule équation linéaire homogène, par exemple {(x,y,z)R3  ;  ax+by+cz=0}.

  1. Nommer la forme linéaire dont le premier membre est l'expression, ici φ(x,y,z)=ax+by+cz. Justifier sa linéarité en une ligne, puis constater que le sous-espace étudié est Kerφ, ce qui prouve d'un seul coup que c'est un sous-espace vectoriel.
  2. Vérifier que φ n'est pas nulle, en exhibant un vecteur dont l'image est non nulle. C'est l'étape que les copies oublient, et sans elle le théorème ne s'applique pas.
  3. Conclure : Kerφ est un hyperplan, donc dimKerφ=dimE1. Aucun système n'a été résolu.
  4. Si l'énoncé réclame une base, seulement alors, résoudre l'équation et séparer les paramètres. On doit trouver exactement dimE1 vecteurs, ce qui contrôle le calcul.

Le même argument sert dans l'autre sens : une forme linéaire non nulle est toujours surjective, puisque son image est un sous-espace vectoriel de R différent de {0}.

Méthode

Montrer qu'un endomorphisme f de E est un automorphisme. Trois méthodes, à choisir selon les données de l'énoncé.

  1. Par le noyau. Montrer Kerf={0E}, donc f injective, donc bijective puisque E est de dimension finie. C'est la méthode par défaut : elle ne demande qu'un système homogène.
  2. Par une relation. Si f vérifie une relation du type f2+αf+βidE=0 avec β0, factoriser pour faire apparaître fg=idE ; alors f est bijective et f1=g. Cette méthode fournit en prime l'application réciproque.
  3. Par la matrice. Écrire A=MatB(f) et montrer que A est inversible, au pivot, ou en vérifiant rg(A)=dimE. On obtient alors MatB(f1)=A1.

Méthode

Écrire la matrice de f dans des bases données.

  1. Nommer la base de départ B=(e1,,ep) et la base d'arrivée C, et annoncer le format attendu : dim(arriveˊe) lignes, dim(deˊpart) colonnes.
  2. Calculer les images f(e1),,f(ep), une par une.
  3. Décomposer chaque image sur C, ce qui est immédiat si C est canonique, et demande un petit système sinon.
  4. Ranger les colonnes : la j-ième colonne contient les coordonnées de f(ej) dans C.
  5. Contrôler sur un vecteur test que Y=AX, en comparant le calcul direct de f(x) et le produit matriciel.

Méthode

Écrire une matrice de passage et changer les coordonnées d'un vecteur.

  1. Nommer les deux bases : B l'ancienne, B la nouvelle. Vérifier au passage que B est bien une base, au besoin par la liberté au bon cardinal.
  2. Remplir PB,B en colonnes : la j-ième colonne contient les coordonnées du j-ième vecteur de B exprimé dans B. La formule à retenir tient en cinq mots : les nouveaux, dans l'ancienne base. Lorsque B est la base canonique, il n'y a rien à calculer, on recopie les vecteurs de B en colonnes.
  3. Appliquer XB=PB,BXB dans le bon sens : cette formule transforme les coordonnées nouvelles en coordonnées anciennes. Pour aller dans l'autre sens, utiliser XB=(PB,B)1XB, l'inverse étant PB,B.
  4. Contrôler sur un vecteur dont on connaît les deux jeux de coordonnées, par exemple un vecteur de B lui-même : sa colonne dans B ne comporte qu'un 1 et des 0, et le produit doit redonner ce vecteur écrit dans B.

Méthode

Calculer un rang par le pivot.

  1. Écrire une matrice : les vecteurs en lignes s'il s'agit d'une famille, la matrice elle-même s'il s'agit d'une matrice.
  2. Échelonner par les opérations élémentaires sur les lignes, qui ne changent pas le rang.
  3. Compter les lignes non nulles : c'est le rang. Les lignes non nulles obtenues forment de plus une base du sous-espace engendré.
  4. Interpréter : rang égal au nombre de vecteurs, la famille est libre ; rang égal à dimE, elle est génératrice ; pour une matrice carrée d'ordre n, rang égal à n, elle est inversible.

Trois erreurs reviennent chaque année, et il vaut la peine de les nommer une dernière fois. La première consiste à confondre les espaces : Kerf vit au départ, Imf vit à l'arrivée, et le théorème du rang fait intervenir dimE, jamais dimF. La deuxième consiste à écrire une matrice en lignes au lieu de la remplir en colonnes, ce qui donne la transposée et fausse tous les calculs qui suivent. La troisième, plus insidieuse, consiste à conclure qu'une famille est une base sans avoir compté ses vecteurs : le théorème central de la dimension finie ne s'applique qu'au bon cardinal, et une famille libre de 2 vecteurs dans R3 ne sera jamais une base, si soignée que soit la démonstration de sa liberté.

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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.