ECG approfondies · Chapitre 10 · Troisième semestre
Algèbre linéaire et bilinéaire
2e année
Sommes directes, changement de base, trace, éléments propres, diagonalisation, produit scalaire, espaces euclidiens.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Sommes directes
- Changement de base
- Trace
- Éléments propres
- Diagonalisation
- Produit scalaire
- Espaces euclidiens
La première année vous a donné une théorie complète, et pourtant inachevée. Complète, parce que tout y est : les espaces vectoriels, les familles libres et génératrices, les bases, la dimension, les applications linéaires avec leur noyau et leur image, le théorème du rang, et le dictionnaire qui traduit chaque application linéaire en une matrice dès que l'on a choisi des bases. Inachevée, parce que ce dictionnaire dépend d'un choix, et que rien, jusqu'ici, n'a été dit sur ce choix. Un même endomorphisme d'un espace de dimension se lit comme une matrice pleine de coefficients dans une base, et comme une matrice presque vide dans une autre. Le premier semestre de deuxième année pose la question qui manquait : parmi toutes les bases possibles, peut-on en trouver une dans laquelle se lit de la façon la plus simple imaginable, c'est-à-dire une matrice diagonale ?
La réponse porte un nom, la réduction, et elle est spectaculaire. Dire que est diagonale, c'est dire que chaque vecteur de la base est simplement multiplié par un réel quand on lui applique : l'application, qui pouvait sembler compliquée, se réduit à trois ou quatre dilatations indépendantes le long de directions bien choisies. Ces directions privilégiées sont les vecteurs propres, les coefficients de dilatation sont les valeurs propres, et le chapitre entier consiste à les chercher, à décider s'il y en a assez pour former une base, et à exploiter la forme diagonale obtenue. Car une fois écrite, tout devient calculable : se calcule pour tout , les suites récurrentes couplées se résolvent explicitement, les systèmes différentiels et les chaînes de Markov de fin d'année aussi.
Le chapitre comporte trois blocs. Le premier rassemble les compléments d'algèbre linéaire dont la réduction a besoin, et qui n'ont pas pu être traités en première année : les sommes directes de plusieurs sous-espaces, qui donneront le langage exact du théorème de diagonalisation, le changement de base, qui formalise le passage d'une lecture matricielle à une autre, et la trace, petit outil de contrôle d'une redoutable efficacité. Le deuxième bloc est la réduction elle-même, du calcul des éléments propres jusqu'aux critères de diagonalisation et à leurs applications. Le troisième bloc change de sujet et introduit l'algèbre bilinéaire : jusqu'ici, aucun de nos espaces vectoriels ne permettait de parler de longueur, d'angle ou de perpendicularité ; le produit scalaire répare ce manque et transforme un espace vectoriel abstrait en un espace où la géométrie du plan et de l'espace retrouve tous ses droits.
Sur le plan des concours, il n'existe pas de chapitre plus rentable. Les sujets d'EDHEC, d'EM Lyon, d'ECRICOME, d'HEC et de l'ESSEC comportent presque tous un problème de réduction, souvent le problème d'ouverture, et le scénario est d'une régularité désarmante : on donne une matrice ou un endomorphisme, on demande les valeurs propres, une base de chaque sous-espace propre, la diagonalisabilité, puis les puissances, puis une suite ou une variable aléatoire pilotée par ces puissances. Ce sont des points qui se prennent intégralement quand les gestes sont automatisés, et qui se perdent intégralement sinon. Le programme officiel exclut par ailleurs certains outils que vous pourriez rencontrer ailleurs : les déterminants et le polynôme caractéristique ne sont pas au programme de la voie ECG, et une valeur propre s'y cherche exclusivement en résolvant un système homogène, en lisant la diagonale d'une matrice triangulaire, ou en exploitant un polynôme annulateur. Les nombres complexes n'y figurent pas davantage : tous les espaces considérés sont des espaces vectoriels réels.
Le plan suit cet ordre. La section étudie la somme de deux sous-espaces vectoriels puis de sous-espaces, et la formule des dimensions. La section traite les sommes directes, la concaténation de bases et les bases adaptées, avec un avertissement lourd sur le cas de trois sous-espaces ou plus. La section établit les formules de changement de base et introduit les matrices semblables. La section est consacrée à la trace. La section définit les éléments propres et donne la méthode centrale de recherche par le pivot de Gauss. La section traite les polynômes annulateurs et les trois usages qu'on en fait. La section démontre les propriétés du spectre, les critères de diagonalisation, et déroule les applications : puissances, suites récurrentes couplées, suites récurrentes linéaires. Les sections et ouvrent l'algèbre bilinéaire : la section part des formes bilinéaires symétriques, définit le produit scalaire et la norme associée, démontre l'inégalité de Cauchy-Schwarz et le théorème de Pythagore, puis introduit l'orthogonalité et les familles orthogonales ; la section est consacrée aux espaces euclidiens, aux bases orthonormées et au procédé d'orthonormalisation, aux coordonnées et aux changements de base orthonormée, enfin au supplémentaire orthogonal d'un sous-espace. La section referme le chapitre par une fiche récapitulative des méthodes et la liste des erreurs qui coûtent des points.
Voici enfin les notations en vigueur dans tout le chapitre. Les lettres , et désignent des espaces vectoriels réels, de dimension finie sauf mention contraire ; les vecteurs sont notés en minuscules latines, , , , , et les scalaires par des lettres grecques, , , , . L'ensemble des matrices à lignes et colonnes à coefficients réels est , abrégé en lorsque ; le coefficient d'indice d'une matrice est , l'identité d'ordre est , la matrice nulle est et la transposée de est . Le sous-espace engendré par est ; le noyau et l'image d'une application linéaire sont et , son rang est , et désigne le rang d'une matrice. L'ensemble des endomorphismes de est , l'identité de est , et désigne la composée à facteurs, avec . L'ensemble des polynômes de degré inférieur ou égal à est , de base canonique . La matrice de l'endomorphisme dans la base est , la matrice colonne des coordonnées du vecteur dans est ou , la matrice de passage de vers est . La trace d'une matrice carrée est , le spectre est ou , et le sous-espace propre associé à la valeur propre est , ou dans le cas matriciel. Le symbole marque la fin d'une démonstration.
Sommes de sous-espaces vectoriels
La somme de deux sous-espaces
Deux sous-espaces vectoriels et d'un même espace ne peuvent pas, en général, être réunis : l'ensemble n'est presque jamais un sous-espace vectoriel, car la somme d'un vecteur de et d'un vecteur de n'a aucune raison d'appartenir à l'un des deux. Dans , la réunion des deux axes de coordonnées contient et mais pas . La bonne opération consiste précisément à ajouter tous ces vecteurs manquants.
Définition
Soient et deux sous-espaces vectoriels de . On appelle somme de et l'ensemble
Propriété
La somme est un sous-espace vectoriel. Si et sont deux sous-espaces vectoriels de , alors est un sous-espace vectoriel de . C'est de plus le plus petit sous-espace vectoriel contenant et :
Démonstration. Le vecteur nul appartient à , puisque avec et : l'ensemble est non vide. Soient ensuite et deux éléments de , et soient et deux réels. Par définition, il existe et tels que et . Alors
où le premier terme appartient à et le second à , ces deux ensembles étant stables par combinaison linéaire. Donc : c'est bien un sous-espace vectoriel.
Pour la seconde assertion, remarquons d'abord que , en écrivant , et de même . Ainsi est un sous-espace vectoriel contenant , donc il contient , qui est le plus petit d'entre eux. Réciproquement, tout élément de est une combinaison linéaire de deux éléments de , donc appartient à . Les deux ensembles coïncident.
Propriété
Somme et familles génératrices. Si et , alors
Démonstration. Un élément de s'écrit avec et , donc c'est une combinaison linéaire des et des . Réciproquement, une telle combinaison linéaire se sépare en un morceau dans et un morceau dans , donc appartient à .
Cette propriété est le geste pratique numéro un du paragraphe : pour obtenir une famille génératrice d'une somme, on concatène des familles génératrices des deux morceaux. Attention, la famille obtenue est génératrice, mais elle n'a aucune raison d'être libre : c'est exactement la question que la section va trancher.
Exemple
Deux droites du plan. Dans , soient et . Alors . Si en revanche , alors , car le second générateur est redondant.
Exemple
Un plan et une droite de . Soient et . Une base de est , car ces deux vecteurs vérifient l'équation, ne sont pas colinéaires, et est de dimension comme noyau d'une forme linéaire non nulle sur . Donc
Nous verrons plus bas que cette famille est libre, si bien que .
La somme de sous-espaces
Définition
Soient des sous-espaces vectoriels de . On appelle somme de ces sous-espaces l'ensemble
que l'on note aussi .
Propriété
La somme est un sous-espace vectoriel de , égal à . Si de plus chaque est engendré par une famille , alors est engendré par la concaténation des familles .
Démonstration. Elle est identique à celle du cas , en manipulant termes au lieu de deux. Le vecteur nul s'écrit . Si et avec , alors , et chaque terme appartient à . On peut aussi raisonner par récurrence sur en observant que .
La formule des dimensions
Propriété
Formule de Grassmann. Soient et deux sous-espaces vectoriels de dimension finie d'un espace vectoriel . Alors
Démonstration. Elle repose sur le théorème de la base incomplète, vu en première année. Notons , et , et soit une base de (la famille vide si ).
Comme est un sous-espace vectoriel de , on peut compléter cette famille libre en une base de . De même, on la complète en une base de . Montrons que la famille
est une base de .
Elle est génératrice. D'après la propriété précédente, est engendré par la concaténation d'une famille génératrice de et d'une famille génératrice de , c'est-à-dire par suivie de ; en supprimant la répétition des , qui ne change pas le sous-espace engendré, on obtient exactement .
Elle est libre. Soient des réels , , tels que
Posons . D'une part , comme combinaison linéaire de vecteurs de . D'autre part, l'égalité ci-dessus donne , qui appartient à . Donc , et il existe des réels tels que . En comparant les deux écritures de ,
Or est une base de , donc une famille libre : tous les et tous les sont nuls. En particulier , et la relation initiale se réduit à . La famille étant une base de , tous les et tous les sont nuls également.
Ainsi est une base de , de cardinal . Il ne reste qu'à conclure :
Exemple
Deux plans de . Soient et deux plans distincts de , donc . Comme est un sous-espace vectoriel de , sa dimension vaut au plus , d'où
Deux plans distincts de l'espace se coupent donc toujours selon une droite au moins ; et comme ne peut pas être de dimension (sinon ), l'intersection est exactement une droite. La formule des dimensions a démontré en deux lignes un fait de géométrie que l'intuition suggère.
Exemple
Une somme non maximale. Dans , prenons et . On a et , de dimension . Donc , et non : la concaténation des deux bases donne quatre vecteurs pour engendrer un espace de dimension , elle est donc liée.
Sommes directes
Somme directe de deux sous-espaces
Le dernier exemple montre le phénomène à surveiller : quand et se chevauchent, la décomposition n'est pas unique, car on peut transférer un vecteur de l'intersection de l'un vers l'autre. La somme directe est exactement la situation où ce transfert est impossible.
Définition
Soient et deux sous-espaces vectoriels de . On dit que la somme est directe, et l'on note alors , lorsque tout vecteur de s'écrit d'une unique façon sous la forme avec et .
Propriété
Caractérisation par l'intersection. La somme est directe si et seulement si
Démonstration. Supposons la somme directe. Soit . Le vecteur , qui appartient à , admet les deux écritures
Par unicité de la décomposition, ces deux écritures coïncident terme à terme, donc .
Réciproquement, supposons et soit admettant deux écritures , avec et . Alors
Le membre de gauche appartient à , le membre de droite à : ce vecteur commun appartient donc à . D'où et : l'écriture est unique.
Propriété
Caractérisation par la décomposition du vecteur nul. La somme est directe si et seulement si la seule façon d'écrire avec et est .
Démonstration. Le sens direct est immédiat : est une écriture, l'unicité impose que ce soit la seule. Réciproquement, si , alors avec et ; l'hypothèse donne et .
Retenez ce mécanisme : tester l'unicité d'une décomposition revient toujours à tester la décomposition du vecteur nul. C'est la même économie que pour les familles libres, où l'on ne teste que la combinaison linéaire nulle.
Somme directe de sous-espaces : l'erreur à ne pas commettre
Passons à sous-espaces. La définition se transpose sans surprise.
Définition
Soient des sous-espaces vectoriels de . On dit que la somme est directe, et l'on note alors , lorsque tout vecteur de cette somme s'écrit d'une unique façon
Propriété
Caractérisation par le vecteur nul. La somme est directe si et seulement si
Démonstration. Même raisonnement que pour . Si la somme est directe, l'écriture est la seule. Réciproquement, si admet deux écritures et , alors avec , donc chaque est nul.
Voici maintenant le point sur lequel il faut être intraitable, car il coûte chaque année des points à des candidats convaincus d'avoir raison.
Propriété
Attention, danger. Pour , la condition « les sont deux à deux d'intersection nulle », c'est-à-dire pour tous , ne suffit pas à garantir que la somme est directe. Elle est nécessaire, mais strictement plus faible.
Exemple
Le contre-exemple des trois droites du plan. Dans , posons
Ce sont trois droites deux à deux distinctes, donc deux à deux d'intersection réduite à : aucune n'est incluse dans une autre, et l'intersection de deux droites distinctes du plan est le vecteur nul. Pourtant la somme n'est pas directe, car
et voilà une décomposition du vecteur nul dont les trois termes sont non nuls. On peut le voir autrement, par les dimensions : est de dimension , alors que . Il y a donc forcément de la redondance.
La morale est simple et il faut l'appliquer mécaniquement : dès que , on ne vérifie jamais une somme directe par des intersections deux à deux. On revient à la définition, c'est-à-dire à la décomposition du vecteur nul, ou bien on utilise l'un des deux critères ci-dessous, par les bases ou par les dimensions.
Sous-espaces supplémentaires
Définition
Deux sous-espaces vectoriels et de sont dits supplémentaires dans lorsque
c'est-à-dire lorsque tout vecteur de s'écrit d'une unique façon comme somme d'un vecteur de et d'un vecteur de . Plus généralement, on dit que est somme directe des sous-espaces lorsque .
Exemple
Une droite et un plan de . Reprenons et . Soit : il existe tel que , et l'équation de donne , donc . Ainsi , la somme est directe. Comme , on conclut .
Exemple
Matrices symétriques et antisymétriques. Dans , posons
Ce sont deux sous-espaces vectoriels, comme noyaux des applications linéaires et . Montrons que par analyse-synthèse.
Analyse. Supposons avec et . En transposant, . En additionnant puis en soustrayant ces deux égalités, on obtient nécessairement
La décomposition, si elle existe, est donc unique.
Synthèse. Réciproquement, ces deux matrices conviennent : leur somme vaut bien , la première est symétrique car , et la seconde est antisymétrique car .
L'existence et l'unicité étant établies, . Une base de est
donc ; une base de est , donc . Contrôle : .
Exemple
Polynômes pairs et polynômes impairs. Dans , posons
La même analyse-synthèse fonctionne, avec
On vérifie sans peine que et , de dimensions et , dont la somme vaut . Ainsi . Par exemple se décompose en .
Concaténation de bases et base adaptée
Nous arrivons au théorème qui fait le lien entre les sommes directes et le calcul, et qui sera repris tel quel pour caractériser la diagonalisation.
Propriété
Caractérisation d'une somme directe par les bases. Soient des sous-espaces vectoriels de dimension finie de , et pour chaque soit une base de . Notons la famille obtenue en concaténant dans cet ordre. Alors
Démonstration. Notons et, pour chaque , où .
Commençons par une observation valable dans les deux sens : la famille est toujours génératrice de . En effet, chaque engendre , et nous avons vu en section que la concaténation de familles génératrices des engendre la somme. Tout se joue donc sur la liberté de .
Sens direct. Supposons la somme directe et soit une combinaison linéaire nulle de :
Posons, pour chaque , . Ce vecteur appartient à , et l'égalité ci-dessus s'écrit . La somme étant directe, tous les sont nuls. Enfin, pour chaque , l'égalité et la liberté de donnent pour tout . La famille est libre, donc c'est une base de .
Sens réciproque. Supposons que soit une base de , et soient tels que . Décomposons chaque dans la base : . En reportant, on obtient une combinaison linéaire nulle des vecteurs de . Comme est libre, tous les coefficients sont nuls, donc tous les sont nuls. La caractérisation par le vecteur nul montre que la somme est directe.
Propriété
Dimension d'une somme directe. Si la somme est directe, alors
En particulier, si et seulement si la somme est directe et .
Démonstration. D'après le théorème précédent, la concaténation des bases des est une base de la somme. Son cardinal est , et la dimension d'un espace est le cardinal de n'importe laquelle de ses bases. Pour la seconde assertion : si , la formule donne ; réciproquement, si la somme est directe et si , alors est un sous-espace vectoriel de de même dimension que , donc lui est égal.
Définition
Soit . On appelle base adaptée à cette décomposition toute base de obtenue en concaténant une base de , puis une base de , et ainsi de suite jusqu'à une base de .
L'intérêt d'une base adaptée est calculatoire, et c'est lui qui motive tout le chapitre. Supposons que soit un endomorphisme de qui envoie chaque dans lui-même, c'est-à-dire tel que dès que . Alors l'image de chaque vecteur de la base de se décompose uniquement sur les vecteurs de cette même base de : la colonne correspondante de n'a de coefficients non nuls qu'en face des vecteurs de . La matrice se présente alors comme une suite de carrés pleins alignés le long de la diagonale, tout le reste étant nul. Le cas extrême, celui que la réduction cherche à atteindre, est celui où chaque est une droite : les carrés sont alors de taille , et la matrice est tout simplement diagonale.
Méthode
Montrer que . Deux stratégies, à choisir selon les données de l'énoncé.
Stratégie 1, par les dimensions. C'est la plus rapide quand on connaît et . Elle comporte deux étapes.
- Montrer : on prend , on écrit les deux appartenances ( vérifie les équations de et celles de , ou bien s'écrit à la fois comme combinaison des générateurs de et de ceux de ), et l'on en déduit .
- Vérifier .
La conclusion vient de la propriété ci-dessus. Cette stratégie ne dispense jamais de l'étape 1 : l'égalité des dimensions seule ne prouve rien.
Stratégie 2, par analyse-synthèse. C'est la seule possible si l'on ne connaît pas les dimensions, et c'est souvent la plus élégante. On prend quelconque.
- Analyse. On suppose avec et , et l'on manipule cette égalité (transposition, changement de en , application de , passage aux dimensions…) jusqu'à obtenir des formules explicites et forcées pour et en fonction de . L'unicité est acquise à ce moment précis.
- Synthèse. On vérifie que les candidats trouvés conviennent réellement : leur somme vaut , le premier est dans , le second est dans . L'existence est acquise.
Cas de sous-espaces. On oublie les intersections deux à deux. On montre que la seule décomposition de est triviale, ou bien on montre que la concaténation des bases des est une base de , ce qui règle en une fois la somme directe et l'égalité avec .
Changement de base
Rappels : matrice d'une famille, matrice d'un endomorphisme
Fixons pour toute cette section un espace vectoriel réel de dimension .
Définition
Soit une base de et soit une famille de vecteurs de . La matrice de cette famille dans la base est la matrice de dont la -ième colonne est formée des coordonnées de dans .
Définition
Soit et soit une base de . La matrice de dans la base , notée , est la matrice de dont la -ième colonne est formée des coordonnées de dans . Elle est caractérisée par la relation
Rappelons aussi que l'application est un isomorphisme de sur , qu'elle transforme la composition en produit matriciel, et que est bijective si et seulement si est inversible.
La matrice de passage
Définition
Soient et deux bases de . On appelle matrice de passage de vers , et l'on note , la matrice de dont la -ième colonne est formée des coordonnées de dans la base .
Autrement dit, la matrice de passage de vers contient la nouvelle base exprimée dans l'ancienne.
Une lecture équivalente, très utile pour les démonstrations, consiste à remarquer que cette matrice est celle de l'identité. Rappelons pour cela la notation de première année pour une application linéaire lue dans deux bases distinctes : si est une application linéaire de vers , si est une base de l'espace de départ et une base de l'espace d'arrivée , on note la matrice dont la -ième colonne est formée des coordonnées, dans la base d'arrivée , de l'image du -ième vecteur de la base de départ . Quand les deux bases coïncident, on retrouve . Deux règles accompagnent cette notation, elles aussi vues en première année : la matrice d'une composée est le produit des matrices, à condition que la base d'arrivée de soit la base de départ de , et la matrice de l'identité lue dans la même base des deux côtés est .
Avec cette notation,
puisque la -ième colonne du membre de droite est celle des coordonnées de dans la base d'arrivée : c'est exactement la définition ci-dessus. Attention à l'ordre des indices, qui surprend toujours : la base de départ est , celle d'arrivée est , alors que la matrice se nomme « de vers ». La démonstration qui suit est la seule du chapitre à utiliser cette notation à deux bases ; partout ailleurs, une seule base suffit.
Propriété
Inversibilité de la matrice de passage. Soient et deux bases de . La matrice est inversible et
Démonstration. Utilisons la lecture par l'identité et la formule de la matrice d'une composée. On a
Le même calcul dans l'autre ordre donne . Donc est inversible, d'inverse .
On peut aussi conclure sans passer par l'identité : les colonnes de sont les coordonnées dans des vecteurs de la base , qui forment une famille libre de vecteurs. La matrice est donc de rang , donc inversible.
Changement de coordonnées pour un vecteur
Propriété
Formule de changement de coordonnées. Soient et deux bases de , et . Pour tout vecteur de , en notant et les colonnes de ses coordonnées dans et dans ,
Démonstration. Notons , et , de sorte que, par définition de la matrice de passage,
Écrivons dans la base : . En remplaçant chaque par son expression et en échangeant les deux sommes finies,
Or l'écriture de dans la base est unique, et sa -ième coordonnée est . Donc, pour tout ,
ce qui est exactement l'égalité matricielle . La seconde formule s'obtient en multipliant à gauche par .
Cette formule est le piège classique du chapitre, parce que son sens est contre-intuitif. La matrice de passage « de vers » transforme les coordonnées nouvelles en coordonnées anciennes, et non l'inverse. Le moyen de ne jamais se tromper est de vérifier la cohérence sur les colonnes : appliquée à la colonne , qui représente le vecteur dans , la matrice rend sa première colonne, c'est-à-dire les coordonnées de dans . Tout est cohérent. Si vous hésitez en devoir, refaites ce test en dix secondes plutôt que de parier.
Changement de base pour un endomorphisme
Propriété
Formule de changement de base. Soit , soient et deux bases de , et posons . Alors
Démonstration. Notons et . Soit un vecteur quelconque de , et . Par définition de la matrice d'un endomorphisme, appliquée dans chacune des deux bases,
Par la formule de changement de coordonnées, et . En enchaînant,
Cette égalité vaut pour tout , donc pour toute colonne de , puisque toute colonne est la colonne des coordonnées d'un vecteur. En l'appliquant successivement aux colonnes de la base canonique de , on obtient l'égalité des colonnes de et de , donc .
Exemple
Un changement de base complet en dimension . Soit l'endomorphisme de défini par
Dans la base canonique , on lit directement
Considérons la famille avec
Étape 1 : la matrice de passage. Ses colonnes sont les coordonnées des dans la base canonique, c'est-à-dire les eux-mêmes écrits en colonnes :
Étape 2 : l'inverse par le pivot. Résolvons le système d'inconnue :
Les opérations et donnent immédiatement et . La première ligne fournit alors
Le système admet une unique solution quel que soit : est inversible, la famille est donc une base de , et
Contrôle. La première ligne de multipliée par les trois colonnes de donne , puis , puis : c'est bien la première ligne de .
Étape 3 : la nouvelle matrice. Calculons d'abord , colonne par colonne :
car , et , les vecteurs étant vus en colonnes. Puis
Contrôle par la méthode directe. La première colonne doit être formée des coordonnées de dans . Or , donc cette colonne est : c'est bien ce qu'on a trouvé. Notez au passage que vérifie : c'est un vecteur propre, notion que la section va définir.
Matrices semblables
Définition
Deux matrices et de sont dites semblables lorsqu'il existe une matrice inversible telle que
Propriété
La similitude est une relation d'équivalence sur : elle est réflexive, symétrique et transitive.
Démonstration. Réflexivité. , et est inversible.
Symétrie. Si avec inversible, alors en multipliant à gauche par et à droite par , on obtient . En posant , qui est inversible d'inverse , cela s'écrit : est semblable à .
Transitivité. Si et avec et inversibles, alors
et est inversible comme produit de matrices inversibles.
Propriété
Interprétation. Deux matrices de sont semblables si et seulement si elles représentent le même endomorphisme d'un espace de dimension dans deux bases (éventuellement différentes).
Démonstration. Si et , la formule de changement de base donne avec : elles sont semblables.
Réciproquement, supposons avec inversible. Prenons , muni de sa base canonique , et soit l'endomorphisme de matrice dans . Comme est inversible, ses colonnes forment une famille libre de vecteurs de , donc une base , et par construction . La formule de changement de base donne alors . Les deux matrices représentent bien le même .
Propriété
Invariants de similitude. Si et sont semblables, alors :
- elles ont le même rang : ;
- elles ont la même trace (section ) ;
- elles ont le même spectre, avec des sous-espaces propres de mêmes dimensions (section ) ;
- pour tout entier , et sont semblables, avec la même matrice ;
- est inversible si et seulement si l'est.
Démonstration des points 1, 4 et 5. Le point vient du fait, vu en première année, que multiplier une matrice à gauche ou à droite par une matrice inversible ne change pas son rang. Pour le point , écrivons ; alors
et une récurrence immédiate donne pour tout (le cas étant ). Le point découle du point : est inversible si et seulement si . Les points et sont démontrés dans les sections suivantes.
Le point est capital pour la suite : c'est lui qui rendra le calcul de possible dès que sera semblable à une matrice diagonale.
Trace
Définition
Soit . On appelle trace de la somme de ses coefficients diagonaux :
Exemple
Pour , on a . Pour , on a . Pour une matrice diagonale , on a .
Propriété
Linéarité. Pour toutes matrices et de et tous réels et ,
De plus, .
Démonstration. Le coefficient d'indice de vaut . En sommant sur et en séparant la somme,
Pour la transposée, le coefficient d'indice de est : la transposition ne modifie pas la diagonale, donc pas la trace.
Propriété
La propriété fondamentale. Pour toutes matrices et de ,
Démonstration. Écrivons le coefficient diagonal d'indice du produit :
En sommant sur ,
Faisons le même calcul pour . Son coefficient d'indice vaut , d'où
Les deux expressions sont des sommes finies des mêmes produits de réels , indexées par les mêmes couples : elles ne diffèrent que par l'ordre de sommation, qui est sans effet sur une somme finie. Donc .
Propriété
Invariance par similitude. Si et sont semblables, alors . Autrement dit, pour toute matrice inversible ,
Démonstration. Appliquons la propriété précédente au produit des deux matrices et :
Propriété
Mise en garde. En général,
Contre-exemple. Prenons . Alors et , tandis que . Un second contre-exemple, avec des matrices non inversibles : pour et , on a alors que a pour trace . La trace est linéaire, elle n'est pas multiplicative.
Propriété
Ce que la trace sert à faire, et rien d'autre. Le programme est explicite : la trace est introduite uniquement comme outil simple et efficace en vue de la recherche de valeurs propres. Tout développement théorique est exclu, et aucun autre résultat sur la trace n'est exigible.
Concrètement, deux usages, et deux seulement.
- Un contrôle. Deux matrices semblables ont la même trace. Si un calcul de changement de base ou de diagonalisation produit deux matrices de traces différentes, il y a une erreur : on la cherche avant d'aller plus loin. C'est le contrôle le moins cher du chapitre.
- Une valeur propre manquante. Si est diagonalisable, elle est semblable à une matrice diagonale dont les coefficients sont ses valeurs propres, chacune répétée autant de fois que la dimension du sous-espace propre correspondant. L'invariance donne alors , ce qui permet de retrouver la dernière valeur propre quand les autres sont connues (voir la section ).
En dehors de ces deux usages, on n'écrit rien sur la trace.
Éléments propres
Nous entrons dans le cœur du chapitre. Dans toute cette section, désigne un espace vectoriel réel de dimension finie , et un endomorphisme de .
Définitions
Définition
Soit et soit un réel. On dit que est une valeur propre de lorsqu'il existe un vecteur de , non nul, tel que
Un tel vecteur est appelé vecteur propre de associé à la valeur propre . L'ensemble des valeurs propres de s'appelle le spectre de et se note .
Définition
Soit . On appelle sous-espace propre de associé à l'ensemble
C'est donc l'ensemble formé des vecteurs propres associés à et du vecteur nul.
Le mot « non nul » de la définition est essentiel, et son oubli est la faute la plus fréquemment sanctionnée du chapitre. Sans lui, tout réel serait valeur propre de tout endomorphisme, puisque est vrai pour n'importe quel : la notion perdrait tout contenu. En revanche, le sous-espace propre, lui, contient le vecteur nul : c'est un noyau, il ne pourrait pas être un sous-espace vectoriel autrement. Retenez la formulation exacte : est valeur propre lorsque , et un vecteur propre est un élément non nul de .
Définition
Version matricielle. Soit et . On dit que est une valeur propre de lorsqu'il existe une matrice colonne , non nulle, telle que
On note le spectre de et le sous-espace propre associé.
Les deux points de vue coïncident : si , alors équivaut à , si bien que et que et ont la même dimension. On passe de l'un à l'autre sans précaution particulière, à condition de ne pas mélanger les vecteurs et leurs colonnes de coordonnées.
Propriété
Le sous-espace propre est un sous-espace vectoriel. Pour tout réel , l'ensemble est un sous-espace vectoriel de . Si de plus , alors .
Démonstration. L'application est linéaire, comme combinaison linéaire des applications linéaires et . Or le noyau d'une application linéaire est un sous-espace vectoriel : en est donc un.
On peut aussi le vérifier directement : , donc ; et si et , alors
donc .
Enfin, si est valeur propre, il existe dans , donc ce sous-espace n'est pas réduit à et sa dimension vaut au moins .
Cette dernière remarque a une conséquence pratique très utile : une combinaison linéaire de vecteurs propres associés à une même valeur propre est encore un vecteur propre (ou le vecteur nul). C'est pour cela que l'on ne cherche jamais « les » vecteurs propres un par un : on cherche une base du sous-espace propre.
Caractérisations
Propriété
Caractérisation d'une valeur propre. Soit avec , et soit . Les assertions suivantes sont équivalentes :
- ;
- ;
- n'est pas injectif ;
- n'est pas bijectif ;
- .
Version matricielle, pour : si et seulement si n'est pas inversible, si et seulement si , si et seulement si le système homogène admet une solution non nulle.
Démonstration. L'équivalence de et est la définition même du sous-espace propre. L'équivalence de et est la caractérisation de l'injectivité par le noyau, vue en première année. L'équivalence de et tient à la dimension finie : un endomorphisme d'un espace de dimension finie est injectif si et seulement s'il est bijectif. Enfin, le théorème du rang appliqué à donne , si bien que équivaut à .
Propriété
Le cas . Soit . Alors
et dans ce cas . De même, si et seulement si n'est pas injectif, et .
Démonstration. Il suffit de faire dans la caractérisation précédente : .
Cette remarque est à double tranchant, et il faut la lire dans les deux sens. D'un côté, elle donne un critère d'inversibilité : une matrice dont n'est pas valeur propre est inversible. De l'autre, elle rappelle que peut parfaitement être une valeur propre : ce n'est pas parce que la valeur est nulle que la notion s'effondre. Ce qui est interdit, c'est le vecteur propre nul, jamais la valeur propre nulle.
Propriété
Matrices semblables et spectre. Si et sont deux matrices semblables de , alors , et pour tout , .
Démonstration. Écrivons avec inversible. Soit et tel que . Posons ; comme est inversible et , on a . Alors
donc . Ainsi , et l'inclusion réciproque s'obtient en échangeant les rôles de et , la similitude étant symétrique.
Pour les dimensions, l'application est un isomorphisme de sur lui-même, et le calcul ci-dessus montre qu'elle envoie dans ; l'application réciproque envoie dans . Ces deux sous-espaces sont donc isomorphes, et ont la même dimension.
C'est le point des invariants de similitude annoncés en section . Il complète le tableau : le rang, la trace et le spectre ne dépendent que de l'endomorphisme, pas de la base dans laquelle on l'écrit.
Le cas des matrices triangulaires
Propriété
Spectre d'une matrice triangulaire. Soit une matrice triangulaire (supérieure ou inférieure), de coefficients diagonaux . Alors
Les valeurs propres d'une matrice triangulaire sont exactement ses coefficients diagonaux.
Démonstration. Traitons le cas d'une matrice triangulaire supérieure, le cas inférieur étant analogue (ou s'en déduisant par transposition, la transposée d'une triangulaire supérieure étant triangulaire inférieure de même diagonale).
Observons d'abord que est encore triangulaire supérieure, de coefficients diagonaux . Il suffit donc d'établir le lemme suivant : une matrice triangulaire supérieure est inversible si et seulement si tous ses coefficients diagonaux sont non nuls.
Premier sens. Supposons tous les non nuls, où désigne la matrice triangulaire considérée, et résolvons . La dernière ligne s'écrit , donc . Supposons pour un certain ; la -ième ligne s'écrit
d'où puisque . De proche en proche, en remontant de à , on obtient . Le noyau est réduit à la colonne nulle, donc est inversible.
Second sens. Supposons qu'un coefficient diagonal soit nul, et notons le plus petit indice tel que . Construisons une solution non nulle de . Posons pour tout , et . Vérifions les équations ligne par ligne. Pour , la -ième ligne ne fait intervenir que des inconnues avec , toutes nulles : l'équation est satisfaite. Pour , la ligne s'écrit : elle est satisfaite. Pour , on a par minimalité de , et la ligne s'écrit
ce qui détermine à partir des inconnues déjà fixées, en descendant de jusqu'à . On obtient ainsi une colonne vérifiant , non nulle puisque . Donc n'est pas inversible, ce qui achève le lemme.
Conclusion. Pour , on a si et seulement si n'est pas inversible, c'est-à-dire, d'après le lemme, si et seulement si l'un des coefficients est nul, c'est-à-dire si et seulement si est l'un des .
Exemple
La matrice de la section est triangulaire supérieure, donc . La matrice , qui lui est semblable, a donc le même spectre ; mais on l'obtient ici par la similitude, et non par une lecture de sa diagonale, car n'est pas triangulaire (son coefficient d'indice vaut ).
On ne lit la diagonale que si la matrice est triangulaire, et l'oubli de cette condition mène à des réponses fausses. Ainsi a une diagonale nulle, alors que : en effet et .
Exemple
Une matrice diagonale est triangulaire : son spectre est . Et pour chaque valeur , le sous-espace propre est engendré par les colonnes canoniques telles que : sa dimension est le nombre d'indices tels que .
Polynômes d'endomorphisme et vecteurs propres
Définition
Soit un polynôme de , soit et soit . On pose
Attention à l'unique subtilité de cette définition : le terme constant devient , et non tout court. Écrire « » est un abus de notation dangereux, car n'est pas un endomorphisme ; on écrit , et dans le cas matriciel.
Propriété
Image d'un vecteur propre par un polynôme. Soit , soit un réel et soit tel que . Alors, pour tout polynôme ,
Version matricielle : si , alors .
Démonstration. Montrons d'abord par récurrence sur la propriété : « ».
Initialisation. Pour , et : l'égalité est vraie.
Hérédité. Supposons vraie pour un certain . Alors, en utilisant la linéarité de puis l'hypothèse ,
La propriété est donc vraie pour tout .
Soit maintenant . En appliquant la définition de au vecteur , puis la propriété établie,
Ce petit résultat est la clé de toute la section : il transforme une information sur (le polynôme annule ) en une information sur les nombres (le réel est nul).
La méthode centrale : recherche pratique des éléments propres
Méthode
Déterminer les éléments propres d'une matrice . Il n'existe pas de formule : on résout un système, et c'est tout. Le protocole est invariable.
- Écrire le système , d'inconnue , en traitant comme un paramètre réel dont la valeur est inconnue.
- Échelonner par le pivot de Gauss, en manipulant comme une lettre. Deux règles de sécurité : ne jamais choisir comme pivot une expression qui peut s'annuler sans disjoindre les cas, et ne jamais diviser une ligne par une quantité dépendant de sans traiter à part le cas où elle est nulle. En cas de besoin, on échange des lignes pour amener un pivot constant non nul en tête, ce qui est toujours préférable.
- Repérer les valeurs de qui font tomber le rang. Le système échelonné a inconnues ; il n'admet une solution non nulle que si son rang est strictement inférieur à , c'est-à-dire si l'échelonnement fait apparaître au moins une ligne entièrement nulle. Les valeurs de qui produisent cela sont exactement les valeurs propres.
- Résoudre le système pour chaque valeur propre trouvée, en remplaçant par sa valeur numérique, et donner une base du sous-espace propre, pas seulement un vecteur.
- Contrôler, en vérifiant sur chaque vecteur de base trouvé. Ce contrôle coûte trois multiplications et détecte la quasi-totalité des erreurs de pivot.
Si la matrice est triangulaire, on saute les étapes 1 à 3 : les valeurs propres se lisent sur la diagonale. Si l'énoncé fournit une relation du type , on utilise le polynôme annulateur (section ) pour restreindre la liste des candidats, puis on teste chacun d'eux.
Exemple
Un exemple pour se lancer. Soit . Le système s'écrit
Prenons la seconde ligne comme pivot, dont le coefficient est constant et non nul. L'opération élimine :
Développons : , donc le coefficient vaut .
Si , ce coefficient est non nul, donc , puis et : seule la solution nulle, n'est pas valeur propre. Donc .
Pour : la seconde équation devient , soit . Ainsi .
Pour : la seconde équation devient , soit ; en prenant , on obtient le vecteur entier , et .
Contrôle. et . Contrôle par la trace : et .
Exemple
L'exemple de référence, traité intégralement. Soit
Étape 1. Le système s'écrit
Étape 2. Le coefficient de dans la première ligne est , qui peut être nul : il ne faut surtout pas s'en servir comme pivot. On échange donc et pour mettre en tête une ligne dont le pivot vaut :
Puis et . Détaillons ces deux calculs.
En factorisant par , qui apparaît dans les deux lignes puisque , le système devient
Étape 3, la discussion. C'est ici que se joue l'exercice, et c'est ici que l'on perd des points en divisant sans réfléchir par .
Cas . Les deux dernières lignes deviennent : elles disparaissent. Le système se réduit à la seule équation (car ), de rang . Il y a donc des solutions non nulles : est valeur propre. L'ensemble des solutions est le plan d'équation , dont une base est . Donc
Cas . On peut alors, et alors seulement, diviser les deux dernières lignes par :
La troisième ligne donne . En reportant dans la deuxième, , c'est-à-dire
Sous-cas : alors , puis , puis . Seule la solution nulle : n'est pas valeur propre. Sous-cas : la deuxième ligne est satisfaite pour tout , on a et la première ligne donne . Les solutions sont les , donc
Conclusion. , avec et .
Étape 5, les contrôles. On vérifie , puis , et enfin , les vecteurs étant vus en colonnes. Second contrôle, par la trace : nous verrons en section que est diagonalisable, semblable à , et l'on a bien .
Exemple
Un endomorphisme d'un espace de polynômes. Soit définie par . L'application est linéaire, et sur la base canonique ,
Donc . La matrice est diagonale, donc triangulaire : , avec , et . La base canonique est déjà une base de vecteurs propres : est diagonalisable, et l'on n'a eu aucun système à résoudre. Retenez ce réflexe : avant de calculer, on regarde la matrice dans une base bien choisie.
Polynômes annulateurs
Définition et premiers exemples
Définition
Soit . Un polynôme est dit annulateur de lorsque
c'est-à-dire lorsque pour tout . De même, est annulateur de lorsque .
Le polynôme nul annule tout le monde : il est sans intérêt, et l'on ne s'occupera que de polynômes annulateurs non nuls.
Exemple
Les quatre exemples à connaître par cœur.
a. Homothétie. Si avec , alors , donc annule .
b. Projecteur. Si , alors , donc annule .
c. Symétrie. Si , alors annule .
d. Nilpotent. Si , alors annule .
Exemple
Une relation fournie par l'énoncé. Soit . Calculons
Les deux matrices coïncident, donc : le polynôme est annulateur de .
Le théorème de localisation
Propriété
Toute valeur propre est racine de tout polynôme annulateur. Soit et soit un polynôme annulateur de . Alors
Autrement dit, est inclus dans l'ensemble des racines réelles de . Le même énoncé vaut pour une matrice .
Démonstration. Soit et soit un vecteur propre associé, donc et . D'après la propriété de la section sur les polynômes d'endomorphisme,
Or annule , donc est l'application nulle et . On obtient
avec . Le produit d'un scalaire par un vecteur est nul si et seulement si le scalaire est nul ou le vecteur est nul ; comme , on conclut .
Ce théorème est un outil de localisation : il ne donne pas les valeurs propres, il donne une liste finie de candidats. C'est déjà énorme, car il remplace la résolution d'un système à paramètre par la recherche des racines d'un polynôme, souvent immédiate quand celui-ci est factorisé.
Propriété
Attention, la réciproque est FAUSSE. Une racine d'un polynôme annulateur n'est pas nécessairement une valeur propre. L'inclusion
peut être stricte, et elle l'est très souvent.
Contre-exemple. Prenons . Alors
donc annule , et ses racines sont et . Pourtant : en effet avec impose . Le réel est racine de sans être valeur propre de .
La conséquence pratique est une règle de rédaction que les correcteurs vérifient systématiquement : après avoir écrit « », il faut tester chaque candidat en résolvant , ou en montrant que n'est pas inversible. Conclure « donc » sans vérification est une faute de raisonnement, pas une simple maladresse.
Propriété
Existence d'un polynôme annulateur non nul. Soit un espace vectoriel de dimension finie . Tout endomorphisme de admet un polynôme annulateur non nul. De même, toute matrice de admet un polynôme annulateur non nul.
Démonstration. L'espace vectoriel est de dimension , puisqu'il est isomorphe à . Considérons la famille
qui compte éléments de . Toute famille de plus de vecteurs dans un espace de dimension est liée : il existe donc des réels , non tous nuls, tels que
Le polynôme est alors non nul, puisque ses coefficients ne sont pas tous nuls, et il annule par construction.
Le programme est ici encore explicite : aucune autre connaissance sur les polynômes annulateurs ne figure au programme. On ne parle ni de polynôme minimal, ni de lemme des noyaux, ni de théorème de Cayley-Hamilton : le polynôme annulateur est un outil de calcul, fourni par l'énoncé ou obtenu par une relation qu'on établit soi-même.
Les trois usages d'un polynôme annulateur
Méthode
Exploiter une relation . Trois usages, du plus simple au plus rentable.
(a) Localiser le spectre. On factorise , on lit ses racines, on écrit , puis on teste chaque candidat en résolvant . C'est souvent bien plus rapide que le pivot à paramètre, surtout en dimension ou .
(b) Montrer que est inversible et calculer son inverse. On isole dans la relation, en factorisant par . Si , c'est toujours possible. Exemple : de
on tire , puis, en divisant par ,
La matrice est donc inversible, d'inverse . Notez que l'on n'a pas eu besoin de vérifier le produit dans l'autre ordre : commute avec , donc les deux produits sont égaux. Notez aussi que ce calcul redémontre au passage que n'est pas valeur propre de .
(c) Calculer par division euclidienne. C'est la technique la plus rentable aux concours, car elle fonctionne même si n'est pas diagonalisable. Elle se déroule en quatre temps.
- On effectue la division euclidienne de par : il existe un polynôme et un reste de degré strictement inférieur à tels que .
- On évalue en : comme , il vient . Tout se ramène au reste, qui a très peu de coefficients.
- On détermine les coefficients de en évaluant l'identité polynomiale aux racines de : pour chaque racine , . Si a autant de racines distinctes que son degré, on obtient autant d'équations que d'inconnues.
- On conclut , en explicitant les coefficients.
Exemple
Calcul de par division euclidienne, exemple complet. Soit
Étape 0 : trouver un polynôme annulateur. On calcule
Donc , c'est-à-dire avec
Étape 1 : la division euclidienne. Soit . La division euclidienne de par , qui est de degré , s'écrit
où le reste est de degré au plus .
Étape 2 : évaluer aux racines. En substituant puis , et puisque ,
En soustrayant la seconde équation de la première, , d'où
Étape 3 : évaluer en . Comme ,
soit, en regroupant,
Contrôles. Pour : . Pour : . Pour : . Les trois valeurs concordent.
Bonus, l'inverse. De , on tire , donc est inversible et
Vérification : .
Et le spectre ? Les racines de sont et , donc . Testons : , dont les deux lignes sont proportionnelles, donc de rang : est valeur propre, avec . De même est de rang : est valeur propre, avec . Ici l'inclusion est une égalité, mais il a fallu le vérifier.
Propriétés du spectre et diagonalisation
Une famille de vecteurs propres est libre
Propriété
Théorème. Soit , soient des valeurs propres de deux à deux distinctes, et soient des vecteurs propres associés respectivement à . Alors la famille est libre.
Démonstration. Raisonnons par récurrence sur . Notons la propriété : « pour toutes valeurs propres deux à deux distinctes de et tous vecteurs propres associés , la famille est libre ».
Initialisation. Pour , la famille est réduite à un vecteur propre, donc non nul : elle est libre.
Hérédité. Supposons vraie pour un certain , et donnons-nous deux à deux distinctes ainsi que des vecteurs propres associés . Soient des réels tels que
Appliquons à cette égalité. Par linéarité, et puisque ,
Multiplions maintenant par le réel et retranchons le résultat à . Le terme d'indice disparaît, et il reste
Cette relation ne porte plus que sur , qui sont des vecteurs propres associés aux valeurs propres deux à deux distinctes . Par hypothèse de récurrence, cette famille est libre, donc tous les coefficients sont nuls :
Or les valeurs propres sont deux à deux distinctes, donc pour . On en déduit pour tout .
En reportant dans , il reste , et comme , on conclut . Tous les coefficients sont nuls : la famille est libre, et est vraie.
Par principe de récurrence, est vraie pour tout .
Cette démonstration est exigible : elle tombe régulièrement telle quelle. Le geste à mémoriser est le double coup, appliquer puis retrancher fois la relation de départ, dont l'unique but est de faire disparaître un terme pour se ramener au rang précédent.
Propriété
Corollaire : un nombre fini de valeurs propres. Si , alors possède au plus valeurs propres distinctes. En particulier, le spectre d'un endomorphisme d'un espace de dimension finie est un ensemble fini, et de même pour une matrice de .
Démonstration. Supposons que admette valeurs propres deux à deux distinctes , et choisissons pour chacune un vecteur propre . D'après le théorème, la famille est libre. Or, dans un espace de dimension , toute famille libre a au plus éléments. Donc .
Les sous-espaces propres sont en somme directe
Propriété
Théorème. Soit et soient des valeurs propres deux à deux distinctes de .
- Pour chaque , soit une famille libre de vecteurs de . Alors la concaténation est une famille libre de .
- La somme est directe.
- Par conséquent,
Démonstration. Point 2. Soient tels que , et montrons que tous les sont nuls. Raisonnons par l'absurde : supposons qu'au moins l'un d'eux soit non nul, et notons les indices correspondants. Chaque est alors un vecteur non nul de , c'est-à-dire un vecteur propre associé à , et ces valeurs propres sont deux à deux distinctes. D'après le théorème précédent, la famille est libre. Or l'égalité de départ se réduit à
qui est une relation de dépendance à coefficients tous égaux à , donc non tous nuls : c'est contradictoire. Tous les sont donc nuls, et la caractérisation par le vecteur nul (section ) montre que la somme est directe.
Point 1. Soit une combinaison linéaire nulle des vecteurs de la famille concaténée. Regroupons les termes par blocs : notons la somme des termes provenant de . Chaque appartient à , car est formée de vecteurs de ce sous-espace, qui est stable par combinaison linéaire. On a , donc, d'après le point , chaque est nul. Enfin, pour chaque , est une combinaison linéaire nulle de la famille libre : tous ses coefficients sont nuls. Tous les coefficients de la combinaison de départ sont donc nuls.
Point 3. La somme est un sous-espace vectoriel de , donc sa dimension est majorée par . Or, la dimension d'une somme directe étant la somme des dimensions (section ),
Le point est le fil rouge de la fin du chapitre. Il dit que les sous-espaces propres, mis bout à bout, ne peuvent pas dépasser l'espace : il y a une place limitée. La diagonalisation, c'est précisément le cas où cette place est entièrement occupée.
Endomorphismes et matrices diagonalisables
Définition
Un endomorphisme de est dit diagonalisable lorsqu'il existe une base de dans laquelle sa matrice est diagonale, c'est-à-dire telle que soit une matrice diagonale.
Une matrice est dite diagonalisable lorsqu'elle est semblable à une matrice diagonale, c'est-à-dire lorsqu'il existe inversible et diagonale telles que
Propriété
Théorème de caractérisation. Soit de dimension et , de spectre (valeurs deux à deux distinctes). Les assertions suivantes sont équivalentes :
- est diagonalisable ;
- il existe une base de formée de vecteurs propres de ;
- ;
- .
Démonstration. . Soit une base de . Dire que est diagonale, de coefficients diagonaux , c'est dire que la -ième colonne est nulle sauf en position où elle vaut , c'est-à-dire que pour tout . Comme (c'est un vecteur d'une base), cela signifie exactement que chaque est un vecteur propre de , associé à la valeur propre . Les deux assertions sont donc deux façons de dire la même chose.
. Soit une base de vecteurs propres. Chaque vecteur de appartient à l'un des , donc
Les inclusions sont donc des égalités, et la somme est directe d'après le théorème précédent.
. C'est la formule de la dimension d'une somme directe.
. La somme est directe (théorème précédent), donc par hypothèse. Comme est un sous-espace vectoriel de de même dimension que , on a .
. Concaténons une base de chaque . D'après la caractérisation des sommes directes par les bases (section ), la famille obtenue est une base de la somme, c'est-à-dire de . Elle est formée de vecteurs propres, ce qui donne .
Le cycle d'implications étant bouclé, les quatre assertions sont équivalentes.
Propriété
Condition suffisante : valeurs propres distinctes. Soit de dimension et . Si admet exactement valeurs propres deux à deux distinctes, alors est diagonalisable, et chacun de ses sous-espaces propres est une droite (de dimension ).
Démonstration. Notons les valeurs propres distinctes. Chaque sous-espace propre est de dimension au moins , donc
Or le point du théorème sur les sommes directes donne l'inégalité inverse. Il y a donc égalité, ce qui prouve la diagonalisabilité par le critère . De plus, une somme de entiers tous supérieurs ou égaux à ne vaut que si chacun vaut exactement : tous les sous-espaces propres sont de dimension .
Cette condition est suffisante, pas nécessaire : une matrice peut être diagonalisable avec moins de valeurs propres, comme la matrice de la section , qui n'en a que deux et qui est pourtant diagonalisable. Écrire « n'a que deux valeurs propres, donc elle n'est pas diagonalisable » est un contresens.
Traduction matricielle
Propriété
Diagonalisation d'une matrice. Soit . Alors est diagonalisable si et seulement s'il existe une base de formée de vecteurs propres de . Dans ce cas, en notant une telle base et les valeurs propres associées (avec répétitions),
Démonstration. Notons la base canonique de et l'endomorphisme canoniquement associé à , c'est-à-dire , de sorte que . Si est une base de vecteurs propres, la matrice dont les colonnes sont les est exactement ; elle est donc inversible, et la formule de changement de base donne , qui est diagonale de coefficients puisque . Réciproquement, si est diagonale, les colonnes de forment une base (car est inversible) et l'égalité lue colonne par colonne donne : ce sont des vecteurs propres.
Trois remarques de rédaction, qui valent chacune des points.
L'ordre compte. La -ième colonne de et le -ième coefficient de doivent se correspondre. Si l'on met en première colonne un vecteur propre associé à , alors , sans exception. Permuter les colonnes de sans permuter est l'erreur numéro un du chapitre, et elle rend le résultat entièrement faux.
Le couple n'est pas unique. On peut changer l'ordre des vecteurs propres, ou multiplier n'importe quelle colonne de par un réel non nul : ne change pas dans le second cas. Il n'y a donc rien à « trouver » de canonique, et deux copies peuvent donner des réponses différentes toutes deux justes.
La vérification se fait sans . L'égalité équivaut à , qui ne demande aucune inversion. Le produit se calcule d'ailleurs de tête : multiplier à droite par une matrice diagonale revient à multiplier sa -ième colonne par .
| Endomorphisme de | Matrice de |
|---|---|
| , | , |
| non bijectif | non inversible |
| base de vecteurs propres | inversible, colonnes propres |
| diagonale | diagonale |
Le protocole complet de diagonalisation
Méthode
Diagonaliser une matrice , en cinq étapes.
- Chercher les valeurs propres. Soit par le pivot à paramètre sur (méthode de la section ), soit par lecture de la diagonale si est triangulaire, soit par un polynôme annulateur suivi du test de chaque racine (section ).
- Déterminer une base de chaque sous-espace propre, en résolvant pour chaque valeur propre trouvée. Noter la dimension obtenue.
- Comparer à . Si la somme est strictement inférieure à , n'est pas diagonalisable et l'exercice s'arrête là. Si elle vaut , on continue.
- Construire et . La matrice a pour colonnes les vecteurs de base des sous-espaces propres, concaténés dans un ordre choisi une fois pour toutes ; la matrice est diagonale, et son -ième coefficient est la valeur propre associée à la -ième colonne de . Une valeur propre dont le sous-espace propre est de dimension apparaît donc fois dans .
- Vérifier , ce qui ne demande pas de calculer , puis conclure : et . Contrôle supplémentaire gratuit : doit être égale à la somme des coefficients de .
Exemple
Diagonalisation complète d'une matrice . Soit
Étape 1 et 2 : les éléments propres. Le système s'écrit
La deuxième ligne est déjà résolue et impose une disjonction naturelle.
Cas . Alors , et il reste
La première ligne donne . En reportant dans la seconde, , c'est-à-dire
Il y a une solution non nulle si et seulement si , soit ou , soit (exclu dans ce cas) ou .
Pour : et . Donc , de dimension .
Cas . La deuxième ligne disparaît, et les deux autres deviennent toutes deux . Le système est de rang , son ensemble de solutions est le plan d'équation , dont une base est . Donc , de dimension .
Étape 3 : le critère. et
La matrice est donc diagonalisable.
Étape 4 : construction de et . Rangeons les vecteurs propres dans l'ordre , , puis :
La valeur propre figure deux fois dans , parce que son sous-espace propre est de dimension .
Étape 5 : vérification. Calculons colonne par colonne :
les vecteurs étant vus en colonnes. Les trois colonnes de sont bien celles de : la diagonalisation est correcte, et .
Contrôle par la trace. et .
L'inverse de , pour la suite. Résolvons :
En additionnant les trois lignes, . En retranchant successivement chaque ligne de cette égalité, on obtient
c'est-à-dire
Méthode
Montrer qu'une matrice n'est PAS diagonalisable. Le raisonnement est toujours le même, et il tient en une phrase : on exhibe le spectre complet, on calcule la dimension de chaque sous-espace propre, et l'on constate que la somme est strictement inférieure à . Il ne suffit jamais de dire « le calcul ne marche pas » ou « il n'y a pas assez de valeurs propres » : c'est la somme des dimensions qui décide, et il faut l'écrire.
Le cas typique est celui d'une valeur propre dont le sous-espace propre est une droite alors qu'il « faudrait » un plan pour compléter.
Exemple
Une matrice non diagonalisable. Soit
Le système s'écrit
La première ligne donne . En reportant dans la deuxième,
Développons le coefficient : , donc le coefficient vaut .
Si : le coefficient est non nul, donc , puis , et la troisième ligne donne . Seule la solution nulle : n'est pas valeur propre.
Si : les deux premières lignes deviennent toutes deux , et la troisième disparaît. Les solutions sont les , donc
Ainsi et . La matrice n'est pas diagonalisable.
Une autre façon de le voir. Si était diagonalisable, elle serait semblable à une matrice diagonale dont tous les coefficients seraient dans , donc à . Mais la seule matrice semblable à est elle-même, puisque ; or . Contradiction. Cet argument est joli et se réutilise tel quel chaque fois que le spectre est réduit à un point.
Exemple
Un endomorphisme non diagonalisable sur les polynômes. Soit , . Elle est linéaire, et sur la base canonique :
d'où
La matrice est triangulaire supérieure, donc . Or , et équivaut à , c'est-à-dire à constant : , de dimension . Comme , l'endomorphisme n'est pas diagonalisable.
Application 1 : les puissances d'une matrice
Propriété
Puissances d'une matrice diagonalisable. Si avec , alors pour tout entier ,
Démonstration. La première égalité a été établie en section (invariants de similitude, point ) : elle se démontre par récurrence, l'étape clé étant la simplification au milieu du produit. Pour la seconde, le produit de deux matrices diagonales est la matrice diagonale des produits terme à terme, ce qui donne par récurrence immédiate.
Exemple
Puissances de la matrice diagonalisée ci-dessus. Reprenons , avec
Pour tout , , donc
puisque multiplier à droite par une matrice diagonale multiplie sa -ième colonne par le -ième coefficient. Il reste à multiplier par :
Détaillons une ligne pour montrer le calcul. La première ligne de est ; multipliée par la première colonne de , qui est , elle donne ; par la deuxième colonne , elle donne ; par la troisième , elle donne . On divise le tout par .
Contrôles. Pour , la formule donne . Pour , elle donne
Pour , elle donne , et le calcul direct de confirme ce résultat. Trois contrôles concordants : la formule est fiable.
Application 2 : les suites récurrentes couplées
C'est l'application reine, celle qui revient chaque année aux concours, souvent déguisée en problème de probabilités ou d'évolution de population.
Méthode
Résoudre un système de suites récurrentes couplées. Soit un système du type
avec et donnés. Le protocole comporte cinq temps.
- Poser la colonne et la matrice , puis vérifier que le système équivaut à pour tout .
- Démontrer par récurrence que pour tout . Cette récurrence est immédiate mais elle est attendue, ne la sautez pas.
- Diagonaliser selon le protocole en cinq étapes.
- Calculer , ou, plus rapide, décomposer dans la base de vecteurs propres : si avec , alors
ce qui donne directement et sans jamais inverser . 5. Conclure et étudier le comportement asymptotique, en repérant la valeur propre de plus grand module, qui gouverne la croissance.
Exemple
Un système complet. Soient et définies par , et, pour tout ,
Étape 1. Posons et . Le système s'écrit exactement .
Étape 2. Montrons par récurrence que . C'est vrai pour puisque . Si , alors . La propriété est donc vraie pour tout .
Étape 3 : diagonalisation. Le système s'écrit
La seconde ligne, dont le pivot vaut , donne . En reportant dans la première,
Or , donc le coefficient vaut . Il y a donc des solutions non nulles si et seulement si ou , et .
Pour : , donc . Contrôle : .
Pour : , donc . Contrôle : .
Deux valeurs propres distinctes en dimension : est diagonalisable. Contrôle par la trace : .
Étape 4 : décomposition de la condition initiale. Cherchons et tels que
Cela donne et ; en additionnant, , donc puis . Ainsi
c'est-à-dire, pour tout ,
Contrôles. Pour : et . Pour : les formules donnent et , tandis que la récurrence donne et . Pour : les formules donnent et , la récurrence donne et .
Étape 5 : comportement asymptotique. Comme , le terme en l'emporte largement. On a et , avec
Le rapport des deux suites se stabilise à , qui est le rapport des coordonnées du vecteur propre associé à la plus grande valeur propre. C'est un phénomène général et il vaut la peine d'être compris : à long terme, l'état du système s'aligne sur la direction propre dominante.
Application 3 : les suites récurrentes linéaires d'ordre 3
Le même mécanisme traite une suite récurrente linéaire d'ordre , pour laquelle il n'existe pas de formule de cours en ECG, contrairement à l'ordre .
Méthode
Ramener une récurrence d'ordre 3 à une matrice. Soit vérifiant, pour tout ,
On pose la colonne des trois termes consécutifs
et l'on vérifie que : les deux premières lignes de ne font que décaler les termes, et la troisième est la relation de récurrence. On en déduit , et se lit sur la première coordonnée. Il reste à diagonaliser si c'est possible.
Exemple
Esquisse sur un cas concret. Considérons . La matrice associée est
Cherchons ses vecteurs propres. Si avec vue en colonne, les deux premières lignes donnent et . Un vecteur propre est donc nécessairement proportionnel à , et il faut de plus que la troisième ligne soit vérifiée :
c'est-à-dire . On reconnaît un polynôme dont est racine évidente ; en factorisant, . Le spectre est donc , avec les vecteurs propres , et .
Trois valeurs propres distinctes en dimension : est diagonalisable. On en déduit que est combinaison linéaire de , et , donc que
où , et se déterminent à partir de , et par un système . La forme du résultat, une combinaison de puissances des valeurs propres, est exactement celle que l'on connaît à l'ordre : la matrice compagnon en donne la raison. Le détail des calculs est traité en exercice.
Ce qu'il faut retenir de la section
Un endomorphisme est diagonalisable quand ses sous-espaces propres remplissent tout l'espace, ce qui se teste par une seule somme d'entiers. Trois situations reviennent constamment. Si l'on trouve valeurs propres distinctes, c'est gagné sans autre calcul, et tous les sous-espaces propres sont des droites. Si l'on en trouve moins, il faut calculer les dimensions et les additionner. Et si la somme est strictement inférieure à , il faut le dire franchement : la matrice n'est pas diagonalisable, et l'exercice attend alors autre chose, en général un polynôme annulateur pour calculer quand même les puissances.
Produit scalaire
Les sept premières sections ont exploité une seule structure : celle d'espace vectoriel. On y additionne des vecteurs, on les multiplie par des réels, on compte des dimensions, mais à aucun moment on ne parle de longueur ni d'angle. Rien, dans le langage de l'algèbre linéaire pure, ne permet de dire que le vecteur est plus long que , ni que et sont perpendiculaires. C'est cette géométrie que la présente section ajoute, et elle l'ajoute par un unique objet : le produit scalaire.
L'idée est la suivante. Au lieu de définir séparément une longueur, un angle et une notion de perpendicularité, on se donne une seule application qui, à deux vecteurs, associe un nombre réel, et l'on impose à cette application quatre propriétés bien choisies. Tout le reste, la norme, l'inégalité de Cauchy-Schwarz, le théorème de Pythagore, les bases orthonormées, en découle par le calcul. Dans toute cette partie du chapitre, désigne un -espace vectoriel, et l'on identifie systématiquement et , ce qui permet d'écrire pour un nombre réel.
Formes bilinéaires symétriques
Définition
Soit un -espace vectoriel. On appelle forme bilinéaire sur toute application qui est linéaire par rapport à chacune de ses deux variables, l'autre étant fixée. Autrement dit, pour tous , , , dans et tous réels , :
Le mot forme signifie simplement que l'application est à valeurs dans , et non dans un espace vectoriel quelconque.
Définition
Une forme bilinéaire sur est dite symétrique lorsque
Une remarque d'économie, qui fera gagner la moitié du travail dans toutes les vérifications du chapitre. Si l'on sait déjà que est symétrique, il suffit d'établir la linéarité par rapport à la première variable : celle par rapport à la seconde s'en déduit gratuitement. En effet,
C'est pour cette raison que l'on vérifie toujours la symétrie en premier : elle est presque toujours immédiate, et elle divise par deux le calcul de bilinéarité.
Propriété
Soit une forme bilinéaire sur . Alors, pour tout de ,
Démonstration. L'application est linéaire, et une application linéaire envoie le vecteur nul sur . On peut aussi le voir directement : .
Produit scalaire
Définition
Soit un -espace vectoriel. On appelle produit scalaire sur toute application vérifiant les quatre propriétés suivantes :
- est bilinéaire ;
- est symétrique ;
- est positive : , ;
- est définie : , .
On dit alors que est une forme bilinéaire symétrique définie positive. Un produit scalaire se note , parfois ou selon les énoncés.
Trois précisions de vocabulaire, qui sont autant de pièges classiques.
D'abord, la propriété 4 est une implication, pas une équivalence. La réciproque, « », est vraie pour toute forme bilinéaire, sans hypothèse supplémentaire, en vertu de la propriété démontrée ci-dessus. Ce qui coûte quelque chose, et qu'il faut donc démontrer, c'est le sens indiqué : si le carré scalaire est nul, alors le vecteur est nul.
Ensuite, « positive » et « définie positive » ne sont pas synonymes. Une forme peut être positive sans être définie : nous en verrons un exemple dans un instant. Écrire « , donc la forme est définie positive » est une faute lourde, et c'est celle que les correcteurs sanctionnent le plus souvent.
Enfin, un même espace vectoriel porte en général une infinité de produits scalaires différents. Il n'y a pas « le » produit scalaire de : il y a le produit scalaire canonique, et beaucoup d'autres. Toutes les notions qui suivent, longueur, orthogonalité, base orthonormée, dépendent du produit scalaire choisi, et deux vecteurs orthogonaux pour l'un ne le sont pas pour l'autre. Un énoncé de concours précise donc toujours de quel produit scalaire il parle, et il faut le lire.
Méthode
Vérifier qu'une application est un produit scalaire. Le protocole comporte quatre temps, à rédiger dans cet ordre.
- Cadre et bonne définition. Annoncer que va de dans , et vérifier que la quantité écrite est bien un réel : somme finie, ou intégrale d'une fonction continue sur un segment. C'est une ligne, mais elle rapporte.
- Symétrie. Échanger et dans l'expression et constater qu'elle ne change pas. C'est presque toujours immédiat, et cela dispense de la moitié du travail suivant.
- Bilinéarité, sur la première variable seulement. Poser « soient , dans et , deux réels », calculer , et aboutir à . Conclure : « par symétrie, est aussi linéaire par rapport à la seconde variable, donc bilinéaire ».
- Positivité, puis caractère défini. Écrire et le mettre sous forme d'une somme de carrés ou d'une intégrale d'un carré : la positivité devient évidente. Puis supposer et en déduire , en utilisant qu'une somme de carrés de réels est nulle si et seulement si tous les termes sont nuls, ou qu'une fonction continue positive d'intégrale nulle est la fonction nulle.
Les deux erreurs à ne jamais commettre : oublier purement et simplement le point 4, et confondre positive et définie positive. La rédaction du point 4 s'écrit toujours en deux paragraphes distincts, un pour chaque propriété.
Exemples fondamentaux
Exemple
Le produit scalaire canonique de . Pour et , on pose
C'est un produit scalaire, appelé produit scalaire canonique de . Vérifions-le point par point.
La somme est finie, donc est bien un réel. La symétrie est claire, puisque pour chaque indice. Pour la linéarité à gauche, soient , dans et , réels : la -ième coordonnée de vaut , donc
et la symétrie donne la linéarité à droite. Enfin comme somme de carrés. Si cette somme est nulle, chacun de ses termes, qui est positif, est nul, donc pour tout , c'est-à-dire . Les quatre points sont établis.
Numériquement, dans , .
Exemple
Des produits scalaires à poids sur . Soient des réels strictement positifs. L'application
est encore un produit scalaire : la vérification est identique à la précédente, et est une somme de termes positifs, nulle si et seulement si chaque est nul, donc, les étant non nuls, si et seulement si tous les sont nuls. L'hypothèse est indispensable : si l'un des était nul, la forme serait positive mais pas définie ; s'il était strictement négatif, elle ne serait même pas positive.
Exemple
Le produit scalaire canonique de . Pour deux matrices et de , on pose
Commençons par expliciter cette quantité, ce qui rendra toutes les vérifications transparentes. Le coefficient d'indice de vaut . En sommant les termes diagonaux, on obtient
Autrement dit, ce produit scalaire n'est rien d'autre que le produit scalaire canonique de , appliqué aux matrices vues comme des listes de coefficients. Les quatre propriétés s'ensuivent aussitôt : la symétrie car , la bilinéarité car les coefficients de sont les , et
somme nulle si et seulement si tous les coefficients de sont nuls, c'est-à-dire si et seulement si est la matrice nulle. La norme associée est donc
Application numérique. Prenons et . La formule explicite donne immédiatement . Contrôlons par la définition :
Les deux calculs concordent. Par ailleurs et .
Exemple
Le produit scalaire intégral sur . Pour et dans , on pose
La fonction est polynomiale, donc continue sur le segment : l'intégrale existe et est un réel. La symétrie vient de la commutativité du produit, et la linéarité à gauche de la linéarité de l'intégrale :
Ensuite , comme intégrale d'une fonction positive sur avec . Supposons enfin cette intégrale nulle. La fonction est continue, positive, d'intégrale nulle sur : elle est donc identiquement nulle sur . Ainsi pour tout de , si bien que le polynôme possède une infinité de racines. Un polynôme non nul n'ayant qu'un nombre fini de racines, on conclut . C'est bien un produit scalaire.
Quelques valeurs. , , .
Exemple
Le produit scalaire d'évaluation sur , et pourquoi il faut points. Pour et dans , posons
La somme est finie, la symétrie est évidente, et la bilinéarité vient de ce que pour chaque . De plus .
Le point intéressant est le caractère défini. Supposons . Chaque terme étant positif, ils sont tous nuls, donc : le polynôme admet les réels distincts pour racines. Or appartient à , donc : un polynôme non nul de degré au plus a au plus racines. La seule possibilité est .
C'est ici que le compte des points d'évaluation devient essentiel. Avec moins de points, la forme reste bilinéaire, symétrique et positive, mais elle cesse d'être définie. Prenons et seulement deux points d'évaluation :
Le polynôme est non nul, et pourtant . La forme est positive mais pas définie : ce n'est pas un produit scalaire. Retenez la règle : il faut au moins autant de points d'évaluation que la dimension de l'espace, soit points pour , faute de quoi un polynôme non nul s'annule en tous les points choisis.
Exemple
Un produit scalaire non canonique sur , et la mise sous forme de somme de carrés. Pour et , posons
Symétrie. En échangeant et , on obtient , c'est-à-dire la même expression : la forme est symétrique. Les deux termes croisés et sont indispensables à cette symétrie ; si l'on gardait seulement , la forme ne serait pas symétrique et ne serait donc pas un produit scalaire.
Bilinéarité. Chaque terme est de la forme (coordonnée de ) (coordonnée de ), donc l'expression est linéaire en à fixé ; par symétrie, elle est bilinéaire.
Positivité et caractère défini. Le carré scalaire vaut
Écrit ainsi, son signe n'est pas lisible : le terme peut être négatif. On le rend lisible en complétant le carré en :
Cette écriture est une somme de deux carrés, donc . De plus, si , alors et , d'où puis : le vecteur est nul. C'est donc un produit scalaire.
Écriture matricielle sur cet exemple. En notant et les colonnes de coordonnées de et dans la base canonique, et , on vérifie que
On retiendra le procédé de calcul, pas une théorie : sur un exemple donné, un produit scalaire de s'écrit pour une certaine matrice , et le produit scalaire canonique correspond au cas .
Exemple
Deux contre-exemples à connaître.
a. Sur , est bilinéaire et symétrique, mais pas positive : pour , . Une seule valeur négative suffit à conclure.
b. Sur , est bilinéaire, symétrique et positive, puisque , mais elle n'est pas définie : pour , qui n'est pas le vecteur nul, . C'est l'illustration exacte de la différence entre positive et définie positive.
c. Un cas plus sournois. Sur , ressemble beaucoup au produit scalaire de l'exemple précédent, mais
et pour on trouve . Ce n'est pas un produit scalaire. Morale : la mise sous forme de carrés doit produire une somme de carrés tous affectés du signe ; dès qu'un signe subsiste, il faut chercher un vecteur qui rend le carré scalaire négatif.
Norme associée
Définition
Soit un produit scalaire sur . Pour tout vecteur de , la quantité est positive : on peut donc poser
Le réel positif s'appelle la norme de , ou sa longueur. Un vecteur de norme est dit unitaire ou normé.
Propriété
Pour tout de et tout réel :
- , et si et seulement si ;
- ;
- si , le vecteur est unitaire.
Démonstration. Point 1. La positivité de vient de la définition de la racine carrée. Si , alors , donc par le caractère défini ; réciproquement .
Point 2. Par bilinéarité, , d'où
La valeur absolue est obligatoire : , et non . L'oublier conduit à écrire des normes négatives.
Point 3. D'après le point 2 avec , qui est bien défini car , on a .
Propriété
Développement du carré d'une somme. Pour tous , dans :
Démonstration. En développant par bilinéarité, puis en regroupant les deux termes croisés grâce à la symétrie :
La seconde formule s'obtient en remplaçant par , ce qui change en et laisse inchangé puisque .
Ces deux identités sont le calcul de base de toute la section : chaque fois qu'apparaît une norme au carré, on la développe. Elles se lisent aussi à l'envers, et l'on obtient alors les identités de polarisation, qui expriment le produit scalaire au moyen de la seule norme.
Propriété
Identités de polarisation et identité du parallélogramme. Pour tous , dans :
et
Démonstration. Les deux premières égalités sont l'exacte réécriture des deux développements précédents, dans lesquels on isole . Pour la troisième, on soustrait membre à membre les deux développements :
Pour l'identité du parallélogramme, on les additionne au lieu de les soustraire : les termes en se compensent et il reste .
Exemple
Dans muni de , calculons de deux façons. Directement, . Par développement, . Les deux méthodes concordent.
Inégalité de Cauchy-Schwarz
Nous arrivons au résultat central de la section. Il affirme que le produit scalaire de deux vecteurs ne peut pas dépasser le produit de leurs longueurs, et il est la source de presque toutes les inégalités du programme.
Propriété
Inégalité de Cauchy-Schwarz. Soit un espace vectoriel muni d'un produit scalaire. Pour tous , de ,
De plus, il y a égalité si et seulement si la famille est liée, c'est-à-dire si et seulement si l'un des deux vecteurs est un multiple de l'autre.
Démonstration. Premier cas : . Alors et , donc les deux membres valent : l'inégalité est vraie, et c'est même une égalité. Or la famille est liée, puisqu'elle contient le vecteur nul. Le cas d'égalité est donc conforme à l'énoncé.
Second cas : . Introduisons la fonction
Par définition d'une norme, pour tout réel . Développons à l'aide de l'identité précédente, appliquée aux vecteurs et :
où l'on a utilisé la linéarité par rapport à la seconde variable, , et .
Comme , on a : la fonction est donc un trinôme du second degré en , de coefficient dominant strictement positif, et il est positif ou nul sur tout entier. Un tel trinôme a un discriminant négatif ou nul :
Les deux membres étant positifs, on prend la racine carrée, qui est croissante sur , et l'on obtient , puisque .
Cas d'égalité. Supposons d'abord . Si , la famille est liée et c'est terminé. Sinon, l'égalité ci-dessus se traduit par : le trinôme , positif et de discriminant nul, admet une racine double
Or , donc , donc par le caractère défini du produit scalaire. Ainsi : le vecteur est un multiple de , la famille est liée.
Réciproquement, supposons liée. Si , les deux membres sont nuls. Sinon, il existe des réels et non tous deux nuls tels que ; le coefficient n'est pas nul, car donnerait avec , donc , ce qui est exclu. On peut donc écrire avec . Alors
et les deux quantités coïncident.
Trois commentaires sur cette démonstration, qui est exigible et qui tombe régulièrement.
Le cas doit être traité à part, et pour une raison précise : si , la fonction n'est plus un trinôme du second degré, c'est la fonction constante égale à , et le raisonnement par le discriminant s'effondre. L'oubli de cette disjonction est la faute la plus fréquente.
Le sens de l'inégalité vient d'un résultat du premier semestre : un trinôme avec garde un signe constant, celui de , si et seulement si . Ici le trinôme est positif sur , donc . On n'écrit surtout pas « donc », car le cas est précisément celui de l'égalité.
Enfin, la conclusion s'écrit aussi sous la forme équivalente, souvent plus commode en calcul,
Propriété
Inégalité triangulaire. Pour tous , de ,
avec égalité si et seulement si l'un des deux vecteurs est un multiple positif de l'autre, c'est-à-dire s'il existe tel que , ou bien .
Démonstration. Partons du développement, puis majorons le terme croisé par Cauchy-Schwarz, en utilisant :
Les deux membres extrêmes sont positifs, et la racine carrée est croissante sur : on obtient .
Pour le cas d'égalité, la chaîne de majorations ci-dessus est une égalité si et seulement si . Cela impose d'une part l'égalité dans Cauchy-Schwarz, donc liée, d'autre part . Si , l'égalité est vérifiée pour tout , ce que la condition annoncée prévoit bien. Si , la famille étant liée avec non nul, on peut écrire ; alors , dont le signe est celui de : la condition équivaut à .
Propriété
Seconde inégalité triangulaire. Pour tous , de , .
Démonstration. En écrivant et en appliquant l'inégalité triangulaire, , donc . En échangeant les rôles de et , et en observant que , on obtient de même . Le réel majore donc à la fois et son opposé, donc il majore leur valeur absolue.
Exemple
Deux applications numériques classiques de Cauchy-Schwarz. Le geste est toujours le même : reconnaître la somme étudiée comme un produit scalaire, choisir les deux vecteurs, appliquer l'inégalité.
a. Comparer le carré d'une somme et la somme des carrés. Soient des réels. Montrons que
Munissons de son produit scalaire canonique et posons et . Alors
L'inégalité de Cauchy-Schwarz, élevée au carré, donne exactement .
Cas d'égalité. Il y a égalité si et seulement si est liée. Comme , cela signifie que est un multiple de , c'est-à-dire que tous les sont égaux. Vérification sur un exemple : pour et , on compare et ; l'inégalité est stricte, conformément au fait que les ne sont pas tous égaux. Pour , on compare et : égalité.
b. Une inégalité entre une somme et la somme des inverses. Soient des réels strictement positifs. Montrons que
L'hypothèse permet de poser, dans canonique,
Alors , tandis que et . L'inégalité de Cauchy-Schwarz au carré s'écrit , c'est-à-dire
Il y a égalité si et seulement si est liée, soit pour tout , soit pour tout : tous les sont égaux. Contrôle avec et : , effectivement supérieur à .
c. Version intégrale. Dans muni de , appliquons Cauchy-Schwarz au couple : comme ,
avec égalité si et seulement si est un polynôme constant.
Orthogonalité
Définition
Soient et deux vecteurs de . On dit que et sont orthogonaux, et l'on note parfois , lorsque
Deux sous-espaces vectoriels et de sont dits orthogonaux lorsque tout vecteur de est orthogonal à tout vecteur de , c'est-à-dire lorsque pour tous de et de .
Deux remarques immédiates. Le vecteur nul est orthogonal à tous les vecteurs de , puisque . Et c'est le seul vecteur orthogonal à lui-même : si , le caractère défini donne . Cette dernière observation, minuscule, sera utilisée une dizaine de fois dans la suite.
Propriété
Si et sont deux sous-espaces vectoriels orthogonaux de , alors , et la somme est directe.
Démonstration. Soit . Comme appartient à et que appartient aussi à , l'hypothèse d'orthogonalité s'applique au couple et donne , donc . L'intersection étant réduite au vecteur nul, la somme est directe.
Définition
Soit une famille finie de vecteurs de . On dit qu'elle est :
- orthogonale lorsque ses vecteurs sont deux à deux orthogonaux, c'est-à-dire pour tous indices ;
- orthonormale, ou orthonormée, lorsqu'elle est orthogonale et que tous ses vecteurs sont unitaires, ce qui se résume par
Conformément au programme, on ne considère dans tout ce chapitre que des familles finies : les questions de familles infinies orthonormées ne sont pas au programme de la voie ECG. Les deux adjectifs « orthonormale » et « orthonormée » sont strictement synonymes ; les énoncés emploient l'un ou l'autre indifféremment.
Exemple
Dans canonique, la famille est orthogonale : les trois produits scalaires croisés valent , et . Elle n'est pas orthonormée, car les normes valent , et . En divisant chaque vecteur par sa norme, on obtient la famille orthonormée
Ce geste, diviser chaque vecteur d'une famille orthogonale par sa norme, s'appelle normaliser la famille ; il ne modifie pas l'orthogonalité, puisque .
Propriété
Théorème de Pythagore. Soient et deux vecteurs de . Alors
Plus généralement, si est une famille orthogonale de , alors
Démonstration. Pour deux vecteurs, tout tient dans le développement établi plus haut :
L'égalité équivaut donc à , c'est-à-dire à . L'équivalence est bien démontrée dans les deux sens.
Pour une famille orthogonale de vecteurs, développons par bilinéarité :
Dans cette double somme, tous les termes d'indices sont nuls par hypothèse d'orthogonalité ; il ne reste que les termes diagonaux .
Deux mises en garde, dans deux directions opposées.
Pour deux vecteurs, l'énoncé est une équivalence : la réciproque du théorème de Pythagore est vraie, et l'on peut donc prouver une orthogonalité en vérifiant une égalité de normes. C'est une particularité du cadre réel dans lequel nous travaillons, et il faut en profiter.
Pour trois vecteurs ou plus, en revanche, la réciproque est fausse : l'égalité n'entraîne pas que la famille soit orthogonale. Prenons dans canonique
Alors , de norme au carré , tandis que : l'égalité de Pythagore est satisfaite. Pourtant , donc la famille n'est pas orthogonale. Ce qui se produit ici, c'est que la somme des termes croisés s'annule globalement, sans que chaque terme soit nul.
Propriété
Une famille orthogonale sans vecteur nul est libre. Soit une famille orthogonale de dont aucun vecteur n'est nul. Alors cette famille est libre.
Démonstration. Soient des réels tels que
Fixons un indice dans et prenons le produit scalaire des deux membres avec le vecteur . Le membre de droite donne , et le membre de gauche se développe par linéarité par rapport à la première variable :
car tous les termes d'indice sont nuls par orthogonalité. On obtient donc . Comme , on a , d'où . Ceci valant pour tout indice , tous les coefficients sont nuls : la famille est libre.
L'hypothèse « aucun vecteur nul » n'est pas décorative. La famille de est orthogonale, puisque , et pourtant elle est liée, car elle contient le vecteur nul.
Propriété
Corollaires. Soit un espace vectoriel muni d'un produit scalaire.
- Toute famille orthonormée est libre.
- Si , toute famille orthonormée de comporte au plus vecteurs, et toute famille orthonormée de vecteurs est une base de .
Démonstration. Point 1. Les vecteurs d'une famille orthonormée ont pour norme , donc aucun n'est nul, et la propriété précédente s'applique.
Point 2. Une famille libre d'un espace de dimension a au plus vecteurs, et une famille libre de cardinal exactement dans un espace de dimension est une base : ce sont les théorèmes de la dimension finie, appliqués à la famille orthonormée qui est libre par le point 1.
Ce corollaire est d'un usage constant, et il représente une économie de travail considérable : pour montrer qu'une famille de vecteurs est une base d'un espace de dimension , il suffit de calculer les produits scalaires et de constater qu'ils valent ou selon les indices. Aucun système linéaire à résoudre, aucun pivot.
Espaces euclidiens
Définition et bases orthonormées
Définition
On appelle espace euclidien tout -espace vectoriel de dimension finie muni d'un produit scalaire. Sa dimension est celle de l'espace vectoriel sous-jacent ; sauf mention contraire, on la note , et l'on suppose .
Tout l'intérêt de l'hypothèse de dimension finie est qu'elle rend disponible tout l'arsenal des sections précédentes : bases, coordonnées, matrices, théorème de la base incomplète. Les exemples de référence sont au nombre de trois, et ce sont ceux que les énoncés utilisent.
a. muni du produit scalaire canonique . C'est l'espace euclidien de référence, de dimension .
b. muni de , espace euclidien de dimension .
c. muni de ou de , de dimension .
Signalons aussi que tout sous-espace vectoriel d'un espace euclidien est lui-même euclidien : il suffit de restreindre le produit scalaire de aux couples de vecteurs de , et les quatre propriétés sont conservées puisqu'elles sont des identités valables pour tous les vecteurs de , donc en particulier pour ceux de . C'est ce qui autorisera, plus loin, à parler d'une base orthonormée d'un sous-espace.
Propriété
Existence de bases orthonormées. Tout espace euclidien de dimension admet une base orthonormée. Plus précisément, toute famille libre de peut être transformée en une famille orthonormée engendrant le même sous-espace vectoriel.
La démonstration repose sur un algorithme, le procédé d'orthonormalisation de Schmidt. Le programme officiel précise que ce procédé « pourra être introduit sur des exemples en petite dimension », mais qu'il n'est pas exigible. Autrement dit : aucun sujet ne peut demander de réciter l'algorithme ou de démontrer sa validité en toute généralité, mais tout sujet peut demander d'orthonormaliser une famille de deux ou trois vecteurs, et c'est ce procédé que l'on appliquera alors. Il faut donc savoir s'en servir, sans avoir à en connaître la théorie.
Méthode
Le procédé d'orthonormalisation de Schmidt. Donnée : une famille libre de . Résultat : une famille orthonormée telle que, pour chaque ,
On procède vecteur par vecteur, et chaque étape comporte deux gestes : d'abord orthogonaliser, puis normaliser.
- Initialisation. Poser , puis . C'est licite car , la famille étant libre.
- Étape courante. Les vecteurs étant construits et orthonormés, on retranche à tout ce qu'il « contient » des directions déjà traitées :
- Répéter jusqu'à .
Pourquoi cela fonctionne. Le vecteur n'est pas nul : sinon appartiendrait à , ce qui contredirait la liberté de la famille de départ. La division est donc licite. Et pour tout indice , la linéarité donne
puisque vaut pour et sinon. Le nouveau vecteur est donc orthogonal à tous les précédents, et la normalisation ne détruit pas cette orthogonalité.
Conséquence. Appliqué à une base de , le procédé fournit une famille orthonormée de vecteurs, donc une base orthonormée de : tout espace euclidien en possède au moins une.
Conseils pratiques. Différer la normalisation quand les calculs sont pénibles : on peut orthogonaliser d'abord toute la famille, puis diviser chaque vecteur par sa norme à la fin. On peut aussi remplacer, à chaque étape, un vecteur orthogonal par n'importe quel multiple non nul de celui-ci, pour éliminer les fractions ; c'est même vivement recommandé. Enfin, contrôler systématiquement les produits scalaires obtenus : chaque erreur de calcul se propage à toutes les étapes suivantes.
Exemple
Orthonormalisation complète dans euclidien canonique. Orthonormalisons la famille
Ces trois vecteurs forment une base de : si , les trois coordonnées donnent , et , d'où ; la famille est libre, et trois vecteurs libres en dimension forment une base.
Étape 1. , de norme , donc
Étape 2. Calculons d'abord . Alors
Sa norme vaut . Plutôt que de diviser des fractions, multiplions d'abord par , ce qui ne change pas la direction : le vecteur a pour norme , d'où
Contrôle. , et .
Étape 3. Calculons les deux produits scalaires nécessaires :
Donc
Coordonnée par coordonnée : , puis , puis . Ainsi
et en normalisant le vecteur , de norme ,
Contrôle final. , , et . La famille
est donc une base orthonormée de .
Exemple
Orthonormalisation dans muni de . Orthonormalisons la base canonique .
Étape 1. , donc : le premier vecteur est déjà unitaire.
Étape 2. , donc . Sa norme au carré vaut
Donc et
Contrôle. , et .
Étape 3, pour aller au bout. On a , et
Donc
Un calcul d'intégrale donne alors , en développant
et en intégrant terme à terme : . Ainsi et
La base est orthonormée pour ce produit scalaire.
Coordonnées en base orthonormée
Le théorème suivant explique pourquoi les bases orthonormées sont si précieuses : dans une telle base, tous les calculs de produit scalaire se ramènent à ceux du produit scalaire canonique, et les coordonnées d'un vecteur se lisent sans résoudre aucun système.
Propriété
Soit un espace euclidien de dimension , et soit une base orthonormée de . Alors, pour tous vecteurs et de :
- les coordonnées de dans sont ses produits scalaires avec les vecteurs de la base :
- si et , alors ;
- .
Démonstration. Point 1. Comme est une base, il existe des réels uniques tels que . Fixons un indice et prenons le produit scalaire avec :
car vaut si et si . La -ième coordonnée de est donc , ce qui est exactement la formule annoncée.
Point 2. En développant par bilinéarité, puis en éliminant les termes croisés :
Point 3. C'est le point 2 appliqué à , combiné au point 1 qui identifie et .
Propriété
Expression matricielle en base orthonormée. Soit une base orthonormée de l'espace euclidien , et soient et les matrices colonnes des coordonnées de et dans , éléments de . Alors, avec l'identification de et de :
Démonstration. Le produit est une matrice à une ligne et une colonne, dont l'unique coefficient vaut . Le point 2 de la propriété précédente identifie cette somme à . La seconde formule est le cas .
Exemple
Cette formule est fausse dans une base quelconque. Reprenons le produit scalaire non canonique de
et la base canonique de , avec et . Cette base n'est pas orthonormée pour ce produit : en effet . Et de fait, pour , on a
Les deux quantités diffèrent : appliquer hors d'une base orthonormée est une faute de fond, pas une maladresse.
En revanche, ce même espace possède bien une base orthonormée pour ce produit scalaire, et il suffit de la chercher. Prenons , qui vérifie . Un vecteur lui est orthogonal si et seulement si , donc si et seulement si est colinéaire à . Or, en utilisant la forme réduite établie plus haut, le vecteur vérifie . La famille est donc une base orthonormée de pour ce produit scalaire, et c'est dans cette base, et pas dans la base canonique, que la formule s'applique.
Changement de base orthonormée
Définition
Une matrice de est dite orthogonale lorsque
Une telle matrice est alors inversible, d'inverse ; en particulier également.
La justification de la seconde phrase tient en une ligne : l'égalité montre que admet pour inverse à gauche, et l'on sait qu'en dimension finie un inverse à gauche est un inverse. Donc , et en multipliant à droite par l'égalité , on obtient .
Propriété
Matrice de passage entre deux bases orthonormées. Soit un espace euclidien de dimension , soit une base orthonormée de , soit une base de et soit la matrice de passage de à . Alors
et dans ce cas .
Démonstration. Par définition de la matrice de passage, la -ième colonne de contient les coordonnées de dans la base : autrement dit, .
Calculons le coefficient d'indice de la matrice . Il vaut
Or et sont respectivement les -ièmes coordonnées de et de dans la base , qui est orthonormée. La formule du produit scalaire en base orthonormée donne donc exactement
Il en résulte l'équivalence annoncée : signifie que vaut pour et pour , c'est-à-dire que la famille est orthonormée. La lecture de gauche à droite donne le sens direct, celle de droite à gauche la réciproque.
Notez que l'hypothèse « orthonormée » est essentielle : c'est elle qui permet d'identifier la somme à un produit scalaire. Une matrice de passage entre deux bases quelconques n'a évidemment aucune raison d'être orthogonale.
Propriété
Conséquences pratiques. Soit une matrice orthogonale de .
- Les colonnes de forment une base orthonormée de pour le produit scalaire canonique, et réciproquement.
- : l'inverse s'obtient sans aucun calcul, par simple transposition.
- Si et désignent les colonnes de coordonnées d'un même vecteur dans deux bases orthonormées et , avec , alors , et le produit scalaire se calcule indifféremment dans l'une ou l'autre base :
Le programme officiel précise qu'« aucune autre connaissance sur les matrices orthogonales n'est au programme ». Il n'y a donc rien à savoir de plus : ni structure de groupe, ni classification, ni propriété supplémentaire. Retenez la définition , l'équivalence avec « les colonnes forment une base orthonormée », et l'égalité .
Méthode
Reconnaître une base orthonormée à partir d'une matrice, et inverser gratuitement.
- Écrire la matrice dont les colonnes sont les coordonnées des vecteurs proposés, exprimées dans une base dont on sait déjà qu'elle est orthonormée (le plus souvent la base canonique de munie du produit scalaire canonique).
- Vérifier , ce qui revient concrètement à contrôler que chaque colonne est de norme et que deux colonnes distinctes ont un produit scalaire nul. Pour , cela fait six vérifications, toutes immédiates.
- Conclure : la famille est une base orthonormée, et .
- Exploiter : les coordonnées dans la nouvelle base s'obtiennent par , et non par une résolution de système.
Exemple
Dans euclidien canonique, considérons
Les colonnes sont , et . Vérifions les six conditions.
Normes : , , .
Produits scalaires croisés : , , .
Donc : la matrice est orthogonale, la famille est une base orthonormée de , et
obtenue sans le moindre pivot. À titre d'illustration, les coordonnées du vecteur dans la base sont données par
Contrôle par la conservation de la norme. On doit avoir . Or et . Les deux coïncident.
Second exemple. La base orthonormée construite par le procédé de Schmidt un peu plus haut fournit la matrice de passage
qui est orthogonale pour la même raison : ses colonnes sont les vecteurs , , , dont on a vérifié qu'ils forment une base orthonormée. Donc .
Supplémentaire orthogonal
Définition
Soit un espace euclidien et soit un sous-espace vectoriel de . On appelle orthogonal de l'ensemble
c'est-à-dire l'ensemble des vecteurs de orthogonaux à tous les vecteurs de .
Propriété
est un sous-espace vectoriel de , et . De plus et .
Démonstration. D'abord , car pour tout : l'ensemble est non vide. Soient ensuite et dans , et , deux réels. Pour tout de , la linéarité par rapport à la première variable donne
Donc : c'est bien un sous-espace vectoriel de .
Pour l'intersection, soit . Comme appartient à , il est orthogonal à tous les vecteurs de , et comme appartient lui-même à , on peut l'appliquer à : , donc .
Enfin, un vecteur orthogonal à tous les vecteurs de est en particulier orthogonal à lui-même, donc nul, ce qui donne ; et tout vecteur est orthogonal au vecteur nul, d'où .
Propriété
Caractérisation pratique par une famille génératrice. Soit un sous-espace vectoriel de . Alors
Autrement dit, il suffit d'être orthogonal aux générateurs de pour être orthogonal à tout entier.
Démonstration. L'inclusion directe est immédiate : si , alors est orthogonal à tout vecteur de , en particulier à chacun des qui appartiennent à .
Réciproquement, supposons pour tout de , et soit un vecteur quelconque de . Par définition du sous-espace engendré, il existe des réels tels que . La linéarité par rapport à la seconde variable donne alors
Donc est orthogonal à tout vecteur de , c'est-à-dire .
C'est cette propriété qui rend le calcul de possible en pratique : au lieu d'une infinité de conditions, une pour chaque vecteur de , on n'a plus que équations, une par générateur. Autrement dit, est l'ensemble des solutions d'un système linéaire homogène à équations.
Propriété
Théorème de complétion. Soit un espace euclidien de dimension . Toute famille orthonormée de , avec , peut être complétée en une base orthonormée de .
Démonstration. La famille est orthonormée, donc libre. Le théorème de la base incomplète, vu en première année, permet de la compléter en une base de , sans aucune propriété d'orthogonalité pour les vecteurs ajoutés. Appliquons alors le procédé de Schmidt à cette base.
L'observation clé est que le procédé ne modifie pas les vecteurs déjà orthonormés. En effet puisque ; puis, en supposant pour , on obtient
car la famille de départ est orthogonale, et donne . De proche en proche, les premiers vecteurs sont inchangés, et les suivants sont remplacés par des vecteurs qui complètent la famille en une base orthonormée de .
Propriété
Théorème du supplémentaire orthogonal. Soit un espace euclidien de dimension et soit un sous-espace vectoriel de . Alors
En particulier, tout vecteur de s'écrit de manière unique sous la forme
et le théorème de Pythagore donne alors .
Démonstration. Notons . Si , alors , et tout est clair ; supposons donc .
Le sous-espace , muni de la restriction du produit scalaire de , est lui-même un espace euclidien de dimension : il admet donc une base orthonormée . Cette famille est aussi une famille orthonormée de , que le théorème de complétion permet de prolonger en une base orthonormée de . Montrons que
Inclusion réciproque. Pour , le vecteur est orthogonal à chacun des , qui engendrent ; d'après la caractérisation par une famille génératrice, . Comme est un sous-espace vectoriel, il contient toutes les combinaisons linéaires des pour , donc il contient .
Inclusion directe. Soit . Décomposons dans la base orthonormée de :
Pour , le vecteur appartient à , donc puisque . Il ne reste dans la somme que les termes d'indice , si bien que .
Les deux inclusions donnent l'égalité. La famille étant libre, comme sous-famille d'une base, c'est une base de et donc .
Il reste à conclure que la somme est directe et vaut . Nous avons établi plus haut que , donc la somme est directe ; et
donc . On peut aussi le voir directement : la base est adaptée à la décomposition, ses premiers vecteurs formant une base de et les derniers une base de .
Le double orthogonal. Tout vecteur de est orthogonal à tout vecteur de , par définition même de ; donc . Or, en appliquant deux fois le calcul de dimension,
Une inclusion entre sous-espaces de même dimension finie est une égalité, d'où .
L'identité de Pythagore. Les vecteurs et sont orthogonaux, l'un appartenant à et l'autre à : le théorème de Pythagore s'applique à leur somme.
L'égalité a une conséquence pratique qu'il faut retenir. Si est décrit par une équation dans canonique, disons
alors cette équation dit exactement que est orthogonal au vecteur , c'est-à-dire . En passant à l'orthogonal, il vient
Ainsi, l'orthogonal du plan d'équation dans est la droite engendrée par , sans le moindre calcul.
Méthode
Déterminer en pratique.
- Obtenir une famille génératrice de . Si est donné par un , elle est fournie ; s'il est donné par des équations, résoudre le système pour en extraire une base.
- Écrire les conditions d'orthogonalité aux seuls générateurs : , ..., . C'est un système linéaire homogène de équations aux inconnues que sont les coordonnées de .
- Résoudre ce système par la méthode du pivot, exprimer le vecteur général en fonction des paramètres libres, séparer les paramètres pour obtenir un .
- Contrôler de deux façons : la dimension trouvée doit valoir , et chaque vecteur de la base obtenue doit avoir un produit scalaire nul avec chaque générateur de .
Exemple
Un calcul complet dans . Munissons du produit scalaire canonique et posons
Les vecteurs et ne sont pas colinéaires, donc .
Un vecteur appartient à si et seulement s'il est orthogonal à et à , c'est-à-dire
En additionnant les deux équations, on obtient , donc ; en les soustrayant, , donc . Les inconnues et sont libres, et le vecteur général s'écrit
d'où
Contrôles. La dimension vaut , et l'on a bien . Par ailleurs , , et .
Méthode
Décomposer un vecteur selon . La somme directe garantit que tout vecteur s'écrit d'une seule façon . Deux techniques, à choisir selon les données.
Technique 1, avec une base orthonormée de . Si l'on dispose d'une base orthonormée de , alors
En effet, le vecteur ainsi défini appartient à , et la différence est orthogonale à chaque , donc à tout entier ; l'unicité de la décomposition fait le reste. Si l'on ne dispose que d'une base orthogonale de , la formule devient .
Technique 2, par un système. Si la base de n'est pas orthogonale, on écrit une base de , puis l'on résout dans la base concaténée : on cherche les coefficients de sur la famille , qui est une base de adaptée à la décomposition. Les premiers termes donnent , les autres .
Contrôle systématique, quelle que soit la technique : vérifier que , que appartient bien à , que est orthogonal à tous les générateurs de , et que .
Exemple
Décomposition avec une base orthonormée, dans . Reprenons et décomposons .
Observons d'abord que : la base de est déjà orthogonale, et . Une base orthonormée de est donc
Calculons les deux coordonnées :
D'où
puis
Contrôles. La somme redonne bien . Le vecteur appartient à , puisque . Le vecteur est orthogonal aux deux générateurs : et . Enfin Pythagore :
et .
Exemple
Décomposition par un système, dans . Munissons du produit scalaire canonique et posons avec et . Ces vecteurs ne sont pas orthogonaux, puisque .
Détermination de . Un vecteur appartient à si et seulement si et , c'est-à-dire et . Donc , de dimension , comme attendu.
Décomposition de . La famille est une base de adaptée à la somme directe. Cherchons , , tels que
ce qui donne le système
La première équation donne , la troisième ; en reportant dans la deuxième, , soit , donc , puis et . Ainsi
Contrôles. , le vecteur est bien orthogonal à et à , et Pythagore donne d'une part, d'autre part.
Méthodes du chapitre — fiche récapitulative
Cette dernière section rassemble, sous forme de protocoles, les gestes de l'ensemble du chapitre. Chaque fiche commence par l'objectif, puis énumère les étapes dans l'ordre où elles se rédigent. Rien n'y est difficile : ce qui se joue le jour du concours, c'est la vitesse d'exécution et la propreté de la rédaction.
Méthode
Montrer qu'une somme est directe. Objectif : établir , ou l'unicité de la décomposition.
- Prendre , traduire les deux appartenances, et montrer .
- Variante en dimension finie : vérifier , ou, pour montrer que la somme est directe et vaut , vérifier puis .
- Pour plus de deux sous-espaces, ne jamais se contenter des intersections deux à deux : revenir à l'unicité de l'écriture du vecteur nul.
- Cas orthogonal : si et sont orthogonaux, la somme est automatiquement directe, et si de plus , alors .
Méthode
Trouver une base adaptée à une décomposition . Objectif : une base de dans laquelle la matrice d'un endomorphisme est diagonale par blocs.
- Déterminer une base de chaque séparément.
- Concaténer ces bases dans l'ordre choisi : le théorème de concaténation affirme que l'on obtient une base de dès que la somme est directe et vaut .
- Contrôler le cardinal total : il doit être égal à .
Méthode
Écrire une matrice de passage et changer de base. Objectif : passer de à .
- Ranger en colonnes les coordonnées des vecteurs de la nouvelle base exprimées dans l'ancienne base : c'est . L'erreur classique consiste à remplir en lignes, ce qui donne la transposée.
- Formules à ne pas confondre : pour les coordonnées d'un vecteur, , donc ; pour un endomorphisme, .
- Calculer au pivot, sauf si les deux bases sont orthonormées : dans ce cas est orthogonale et , gratuitement.
- Contrôler sur un vecteur simple, par exemple le premier vecteur de , dont les coordonnées dans sont .
Méthode
Montrer que deux matrices et ne sont pas semblables. Objectif : exhiber un invariant de similitude qui les distingue.
- Comparer les traces : si , c'est terminé. C'est le test le plus rapide, à faire en premier.
- Comparer les rangs, qui sont eux aussi invariants par similitude.
- Comparer les spectres, puis, si les valeurs propres coïncident, les dimensions des sous-espaces propres.
- Comparer une relation polynomiale : si et que , elles ne peuvent être semblables, car entraîne .
- Argument massue : si l'une est diagonalisable et l'autre non, elles ne sont pas semblables.
Méthode
Trouver les valeurs propres d'une matrice de . Objectif : les réels tels que ne soit pas inversible. La seule méthode au programme est la résolution du système homogène.
- Écrire le système et l'échelonner au pivot en traitant comme un paramètre, avec la plus grande prudence sur les divisions : chaque fois que l'on divise par une expression en , discuter le cas où elle s'annule.
- Les valeurs propres sont exactement les valeurs de pour lesquelles le système échelonné possède une solution non nulle, autrement dit pour lesquelles un pivot s'annule.
- Raccourcis à connaître : les valeurs propres d'une matrice triangulaire sont ses coefficients diagonaux ; une matrice est non inversible si et seulement si est valeur propre.
- Si l'énoncé fournit un polynôme annulateur, l'exploiter d'abord : il restreint les candidats à un ensemble fini.
- Contrôler par la trace : la somme des valeurs propres, comptées avec la dimension de leur sous-espace propre, vaut lorsque la matrice est diagonalisable.
Méthode
Trouver un sous-espace propre. Objectif : décrire .
- Écrire la matrice pour la valeur numérique de trouvée, et résoudre le système homogène associé au pivot.
- Exprimer le vecteur général en fonction des paramètres libres et séparer les paramètres pour obtenir un , dont on vérifie que la famille génératrice est libre.
- Contrôler en calculant pour un vecteur de la base trouvée : on doit retrouver .
- Se souvenir que et que la somme des dimensions des sous-espaces propres est au plus .
Méthode
Exploiter un polynôme annulateur. Objectif : tirer le maximum d'une relation du type .
- Localiser les valeurs propres : si et si est valeur propre de , alors . Les valeurs propres sont donc à chercher parmi les racines de . Attention au sens : toute racine de n'est pas nécessairement valeur propre, il faut vérifier chaque candidat en résolvant le système.
- Montrer l'inversibilité : isoler pour faire apparaître . Ici , donc est inversible et .
- Calculer les puissances : effectuer la division euclidienne de par le polynôme annulateur, ou trouver une relation de récurrence sur les coefficients.
Méthode
Montrer qu'une matrice est diagonalisable. Objectif : exhiber une base de vecteurs propres.
- Critère rapide : si de possède valeurs propres distinctes, elle est diagonalisable, et chaque sous-espace propre est une droite. Aucun autre calcul n'est nécessaire.
- Critère général : calculer tous les sous-espaces propres et vérifier que la somme de leurs dimensions vaut . La concaténation de leurs bases fournit alors une base de vecteurs propres.
- Conclure proprement en écrivant , où contient en colonnes les vecteurs propres, dans le même ordre que les valeurs propres portées par la diagonale de .
- Contrôler l'égalité , qui se vérifie colonne par colonne et évite le calcul de .
Méthode
Montrer qu'une matrice n'est PAS diagonalisable. Objectif : mettre en défaut le critère des dimensions.
- Calculer les valeurs propres, puis les dimensions des sous-espaces propres, et constater que leur somme est strictement inférieure à .
- Cas fréquent : une seule valeur propre avec . Si était diagonalisable avec pour unique valeur propre , elle serait semblable à , donc égale à . Il suffit donc de constater pour conclure.
- Rédiger la conclusion en citant le critère, jamais en se contentant de « on ne trouve pas assez de vecteurs propres ».
Méthode
Calculer . Objectif : une formule explicite pour les coefficients.
- Si est diagonalisable, écrire , d'où , où est la diagonale des . Calculer , effectuer le produit, et contrôler sur et , ce qui doit redonner et .
- Si n'est pas diagonalisable, chercher une décomposition avec nilpotente, puis appliquer la formule du binôme, licite car et commutent ; la somme est finie puisque les puissances de s'annulent.
- Via un polynôme annulateur : écrire la division euclidienne avec , puis , les coefficients de s'obtenant en évaluant en les racines de .
Méthode
Traiter des suites récurrentes couplées. Objectif : expliciter et définies par et .
- Poser et , de sorte que .
- Démontrer par récurrence, en une ligne, que .
- Diagonaliser , calculer , puis effectuer le produit pour obtenir et .
- Contrôler les premières valeurs et à partir des formules obtenues, et vérifier la cohérence avec la relation de récurrence.
Méthode
Vérifier qu'une application est un produit scalaire. Objectif : les quatre propriétés, dans l'ordre.
- Bonne définition : la quantité écrite est un réel (somme finie, intégrale d'une fonction continue sur un segment).
- Symétrie, en échangeant et .
- Bilinéarité sur la première variable seulement, en concluant « par symétrie » pour la seconde.
- Positivité, en mettant sous forme de somme de carrés ou d'intégrale d'un carré ; puis, dans un paragraphe séparé, le caractère défini.
Méthode
Appliquer l'inégalité de Cauchy-Schwarz. Objectif : majorer une somme, une intégrale ou un produit scalaire.
- Identifier l'espace et le produit scalaire adaptés à la quantité étudiée : canonique pour une somme finie, l'espace des polynômes avec l'intégrale pour une intégrale.
- Choisir les deux vecteurs de façon que soit exactement la quantité à majorer. Le vecteur est le choix gagnant dans la majorité des cas.
- Écrire l'inégalité, éventuellement au carré pour éliminer les racines, et simplifier.
- Traiter le cas d'égalité s'il est demandé : il correspond exactement à « la famille est liée », que l'on traduit ensuite sur les données de l'énoncé.
Méthode
Orthonormaliser une famille libre. Objectif : une famille orthonormée engendrant les mêmes sous-espaces emboîtés.
- Normaliser le premier vecteur : .
- À l'étape , retrancher les composantes déjà connues, , puis normaliser.
- Simplifier en cours de route en remplaçant un vecteur orthogonal par un multiple non nul plus agréable, ce qui élimine les fractions.
- Contrôler à chaque étape : les produits scalaires avec les vecteurs déjà construits doivent être nuls, et chaque norme finale doit valoir .
Méthode
Déterminer . Objectif : une base explicite de l'orthogonal.
- Obtenir une famille génératrice de .
- Écrire les équations : c'est un système homogène.
- Résoudre, séparer les paramètres, donner une base.
- Contrôler par la dimension, , et par les produits scalaires.
- Raccourci : si est le sous-espace d'équation dans canonique, alors , sans calcul.
Méthode
Reconnaître une base orthonormée. Objectif : éviter tout système linéaire.
- Vérifier que le cardinal de la famille vaut .
- Calculer les produits scalaires deux à deux : ils doivent être nuls.
- Calculer les normes : elles doivent valoir .
- Conclure : une famille orthonormée est libre, et une famille libre de cardinal est une base.
- Version matricielle : ranger les vecteurs en colonnes dans une matrice , exprimés dans une base orthonormée connue, et vérifier .
Les erreurs qui coûtent des points
Elles reviennent chaque année, dans les mêmes copies et aux mêmes endroits. Les voici, en une phrase chacune.
1. Écrire « , donc le produit scalaire est défini positif » : la positivité ne donne jamais le caractère défini, qui exige une démonstration séparée de l'implication .
2. Oublier la valeur absolue dans , ce qui produit tôt ou tard une norme négative.
3. Dans la démonstration de Cauchy-Schwarz, oublier de traiter le cas à part, alors que c'est précisément le cas où n'est plus un trinôme du second degré.
4. Écrire « donc » au lieu de « » dans cette même démonstration, ce qui fait disparaître le cas d'égalité que l'on doit ensuite étudier.
5. Appliquer ou dans une base quelconque : ces formules ne valent que dans une base orthonormée, et le produit scalaire de l'énoncé n'est pas toujours le produit canonique.
6. Croire que la réciproque du théorème de Pythagore vaut pour trois vecteurs ou plus : l'égalité des normes n'entraîne alors pas l'orthogonalité deux à deux.
7. Affirmer qu'une famille orthogonale est libre sans vérifier qu'elle ne contient pas le vecteur nul, hypothèse indispensable.
8. Vérifier l'orthogonalité à en ne testant qu'un seul générateur, ou au contraire perdre du temps à traiter un vecteur générique de alors que la famille génératrice suffit.
9. Confondre et le complémentaire ensembliste de , ou oublier que dépend du produit scalaire choisi et non seulement de .
10. Remplir une matrice de passage en lignes au lieu de la remplir en colonnes, et fausser du même coup tout le changement de base.
11. Utiliser pour une matrice de passage dont on n'a pas vérifié qu'elle relie deux bases orthonormées.
12. Diviser par une expression contenant au cours du pivot sans discuter le cas où elle s'annule, ce qui fait perdre exactement les valeurs propres que l'on cherchait.
13. Conclure qu'une racine d'un polynôme annulateur est une valeur propre : l'implication ne va que dans l'autre sens, et chaque candidat doit être testé.
14. Oublier de contrôler ses calculs, alors que chaque résultat de ce chapitre offre une vérification immédiate et gratuite : pour un vecteur propre, , , ou encore le contrôle de en et .
Bloqué sur « Algèbre linéaire et bilinéaire » ?
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.