ECG approfondies · Chapitre 14 · Quatrième semestre
Fonctions réelles de n variables sur un ouvert de Rⁿ : recherche d'extrema
2e année
Fonctions de classe C², matrice hessienne, extrema sur un fermé borné, conditions d'ordre 1 et 2, contraintes linéaires.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Fonctions de classe C²
- Matrice hessienne
- Extrema sur un fermé borné
- Conditions d'ordre 1 et 2
- Contraintes linéaires
Au semestre précédent, vous avez appris à repérer les candidats. Sur un ouvert, un extremum local d'une fonction de classe annule nécessairement le gradient : résoudre le système dresse la liste complète des points où quelque chose peut se passer. Mais cette liste ne dit rien de la nature de ces points. Il fallait alors, pour chaque candidat, se débrouiller à la main : mise sous forme canonique, minoration, comparaison le long de deux directions bien choisies. Cette étude directe est élégante quand elle réussit, et elle reste la meilleure méthode dans bien des cas ; elle a le défaut de ne pas être systématique. Ce chapitre fournit l'outil systématique qui manquait.
L'idée est la même qu'en une variable. Pour une fonction d'une seule variable, un point critique est un minimum local dès que , un maximum local dès que , et le cas est douteux. Il s'agit donc de savoir ce que devient « le signe de la dérivée seconde » quand il y a variables. La réponse est le cœur du chapitre : la dérivée seconde devient une matrice, la matrice hessienne, qui rassemble les dérivées partielles d'ordre ; et « le signe » de cette matrice se lit sur le signe de ses valeurs propres. C'est ici que le chapitre d'algèbre bilinéaire vient au secours de l'analyse : la matrice hessienne est symétrique réelle, donc le théorème spectral s'applique, ses valeurs propres sont réelles et elle se diagonalise en base orthonormée. Sans ce théorème, la méthode n'existerait pas.
Le mécanisme qui relie la matrice à la fonction est le développement limité d'ordre , ou formule de Taylor-Young. Il exprime que, tout près d'un point critique, la fonction se comporte comme une forme quadratique : la surface représentative ressemble à un paraboloïde, tourné vers le haut, vers le bas, ou en forme de selle de cheval. Trancher la nature d'un point critique, c'est simplement reconnaître lequel de ces trois paraboloïdes on a sous les yeux, et les valeurs propres de la hessienne donnent la réponse en quelques lignes de calcul. En dimension , on n'a même pas besoin de calculer les valeurs propres : le signe du déterminant, puis celui de la trace, suffisent.
Deux situations échappent à ce cadre, et le programme les traite séparément parce qu'elles sont omniprésentes en économie. La première est la recherche d'extrema sur un ensemble fermé borné : un domaine de production limité par des capacités, un budget, des quantités positives. Le gradient n'a alors aucune raison de s'annuler là où la fonction atteint son maximum, puisque celui-ci peut se trouver au bord. Un théorème d'existence garantit malgré tout que le maximum et le minimum sont atteints, et la méthode consiste à explorer l'intérieur puis la frontière, morceau par morceau. La seconde situation est l'optimisation sous contrainte d'égalités linéaires : maximiser une utilité à budget donné, minimiser un coût à production totale imposée. Deux méthodes coexistent, la substitution et le multiplicateur de Lagrange, et il faut savoir choisir.
Une mise en garde avant de commencer, car elle vaut pour tout le chapitre. Les conditions que nous allons établir sont de deux types, et les confondre est la faute la plus coûteuse aux concours. La condition d'ordre et la condition sous contrainte sont nécessaires : elles produisent des candidats, jamais des conclusions. La condition d'ordre , elle, est suffisante, mais seulement locale, et elle laisse de côté un cas douteux qu'il faut alors traiter à la main. Un exercice bien rédigé énonce donc toujours, dans cet ordre : le cadre et les hypothèses, les candidats, leur nature, puis, si la question le demande, le passage du local au global.
Le plan est le suivant. Les sections à construisent l'outil : dérivées partielles d'ordre , matrice hessienne, développement limité d'ordre . Les sections et donnent les deux conditions, d'ordre puis d'ordre , avec leurs démonstrations. La section explique comment passer d'un résultat local à un résultat global. La section traite les fermés bornés, la section les contraintes d'égalités linéaires. La section met tout cela au service de quatre applications économiques classiques, et la section récapitule.
Voici les notations employées dans tout le chapitre.
| Notation | Signification |
|---|---|
| une partie ouverte de ; vaut ou dans les exemples | |
| , | le point étudié, et l'accroissement destiné à tendre vers |
| , | dérivées partielles d'ordre et d'ordre |
| gradient de en , vecteur de | |
| matrice hessienne de en , matrice carrée d'ordre | |
| forme quadratique associée à la hessienne | |
| , | produit scalaire canonique, norme euclidienne |
| transposée de (notée au chapitre d'algèbre bilinéaire) | |
| , | un fermé borné, un ensemble de contraintes |
| fin d'une démonstration |
Dérivées partielles d'ordre 2 et fonctions de classe C2
Définition et notations
Le mécanisme est celui de l'ordre , appliqué une seconde fois. Une dérivée partielle est elle-même une fonction de variables définie sur ; rien n'empêche de lui appliquer à son tour l'opération de dérivation partielle.
Définition
Soient un ouvert de et admettant des dérivées partielles d'ordre en tout point de . Soient et deux indices de et . Lorsque la fonction admet une -ème dérivée partielle au point , on l'appelle dérivée partielle d'ordre de en et on la note
Lorsque , on parle de dérivée partielle seconde pure ; lorsque , de dérivée partielle croisée.
Remarque
L'ordre de dérivation, une fois pour toutes. Dans l'écriture , on dérive d'abord par rapport à la variable d'indice , ensuite par rapport à la variable d'indice . C'est la même règle que pour la notation de Leibniz, où l'opérateur le plus proche de agit le premier :
Le théorème de Schwarz, énoncé plus bas, rendra cette question sans conséquence pratique pour les fonctions du programme : c'est pourquoi les conventions varient d'un ouvrage à l'autre sans que cela porte à conséquence. Retenez simplement celle de ce cours et appliquez-la partout.
En dimension , on note d'ordinaire le point courant plutôt que . Voici la correspondance exacte entre les deux systèmes de notations, à connaître dans les deux sens.
a. et .
b. et .
c. : on dérive par rapport à , puis par rapport à .
d. : on dérive par rapport à , puis par rapport à .
Une fonction de variables possède donc dérivées partielles d'ordre , une fonction de variables en possède , et une fonction de variables en possède . Ce nombre paraît élevé ; le théorème de Schwarz va le ramener, en pratique, à , soit en dimension et en dimension .
Fonctions de classe C2
Définition
Soient un ouvert de et . On dit que est de classe sur lorsque admet des dérivées partielles d'ordre sur et que chacune des fonctions est de classe sur .
De façon équivalente : admet sur toutes ses dérivées partielles d'ordre et d'ordre , et les dérivées partielles d'ordre sont continues sur .
Remarque
Une fonction de classe sur est en particulier de classe sur , donc continue sur . Les inclusions
sont strictes, mais aucune fonction rencontrée en exercice ne se situe entre deux de ces classes : les fonctions du programme sont soit manifestement , soit non définies.
Propriété
Opérations. Soient un ouvert de , et et deux fonctions de classe sur . Alors :
- et (pour réel) sont de classe sur ;
- est de classe sur ;
- est de classe sur l'ouvert ;
- si est de classe sur un intervalle ouvert contenant , alors est de classe sur .
En particulier, toute fonction polynomiale est de classe sur , et toute fonction obtenue par sommes, produits, quotients à dénominateur non nul et compositions avec , ou une puissance, est de classe sur l'ouvert où elle est définie.
Remarque
Ce que l'on écrit dans une copie. Le programme exclut explicitement la « détermination de la classe d'une fonction » comme objectif d'exercice : la justification tient en une ligne et ne rapporte pas de points, mais son absence en coûte. On écrit par exemple : « est une fonction polynomiale, donc de classe sur l'ouvert », ou « est un quotient de fonctions de classe dont le dénominateur ne s'annule pas sur , donc est de classe sur », et l'on passe immédiatement au calcul.
Le théorème de Schwarz
Propriété
Théorème de Schwarz (résultat ADMIS, conformément au programme). Soient un ouvert de et une fonction de classe sur . Alors, pour tous indices et de et tout point de ,
Autrement dit, l'ordre dans lequel on effectue les deux dérivations n'a aucune influence sur le résultat.
Remarque
Portée et limites du théorème. L'hypothèse « de classe » est indispensable : il existe des fonctions dont les quatre dérivées partielles d'ordre existent en un point sans que les deux croisées y soient égales, et ces contre-exemples sont hors programme. Retenez seulement que la continuité des dérivées secondes est ce qui fait fonctionner le théorème.
En pratique, le théorème de Schwarz sert de deux façons. D'abord, il économise du calcul : en dimension , on calcule et l'on écrit « par le théorème de Schwarz, ». Ensuite, et surtout, il contrôle le calcul : calculer les deux croisées séparément et constater qu'elles coïncident est la meilleure vérification qui soit. Tant que vous n'êtes pas parfaitement sûr de vos dérivations, calculez les deux.
Exemple
Une fonction polynomiale. Soit , définie sur . Elle est polynomiale, donc de classe sur l'ouvert .
Ordre . En dérivant par rapport à , la variable étant figée, puis par rapport à , la variable étant figée :
Ordre . On dérive chacune de ces deux fonctions par rapport à chacune des deux variables :
Contrôle. Les deux dérivées croisées sont égales, conformément au théorème de Schwarz.
Exemple
Une fonction avec une exponentielle. Soit sur . Comme somme et produit de fonctions de classe , et par composition de la fonction polynomiale avec l'exponentielle, est de classe sur .
Ordre . Attention au facteur qui sort de la composition, et qui est une constante pour la dérivation en cours :
Ordre . Les deux pures se calculent directement :
Pour la croisée , on dérive par rapport à , en traitant comme un produit :
Pour l'autre croisée, on dérive par rapport à :
Contrôle. Les deux expressions coïncident : le calcul est validé.
Exemple
Trois variables. Soit sur , fonction polynomiale donc de classe .
Ordre .
Ordre . Il y a neuf dérivées à écrire, mais seulement six calculs à mener :
Vérifions par exemple la troisième égalité : et . Le théorème de Schwarz est bien vérifié.
Matrice hessienne
Définition et symétrie
Définition
Soient un ouvert de , une fonction de classe sur et . On appelle matrice hessienne de en la matrice carrée d'ordre dont le coefficient situé à la ligne et à la colonne est la dérivée partielle d'ordre correspondante :
En dimension , avec les variables , la hessienne est la matrice d'ordre
En dimension , avec les variables , c'est une matrice d'ordre construite sur le même modèle : la première ligne contient les dérivées obtenues en dérivant en dernier par rapport à , la deuxième par rapport à , la troisième par rapport à .
Propriété
Soient un ouvert de , de classe sur et . La matrice est symétrique :
Démonstration. Le coefficient de la matrice situé à la ligne et à la colonne est, par définition de la transposée, le coefficient de situé à la ligne et à la colonne , c'est-à-dire . Or est de classe sur l'ouvert : le théorème de Schwarz donne . Les deux matrices ont donc les mêmes coefficients à toutes les places.
Remarque
Cette symétrie n'est pas un détail technique, c'est l'hypothèse qui ouvre la porte au théorème spectral, et donc toute la théorie de ce chapitre. Sans elle, les valeurs propres n'auraient aucune raison d'être réelles, et parler de leur signe n'aurait pas de sens.
Notez au passage que la hessienne est une matrice de nombres : elle est calculée en un point précis. On calcule en général la hessienne « générique » , dont les coefficients sont des expressions en et , puis on l'évalue en chacun des points critiques. Confondre les deux, et notamment appliquer le critère du déterminant à la hessienne générique, est une erreur fréquente.
La forme quadratique associée
Définition
Soient un ouvert de , de classe sur et . La forme quadratique associée à la hessienne de en est l'application définie sur par
où le vecteur est identifié à la colonne de ses coordonnées.
En dimension , en posant
le calcul du produit matriciel donne une expression qu'il faut savoir écrire sans hésiter :
Le facteur devant le terme croisé vient de ce que le coefficient apparaît deux fois dans la matrice, en position et en position . L'oublier fausse tous les calculs qui suivent.
Exemple
Trois hessiennes en dimension .
a. Pour , on a et , donc , , en tout point :
b. Pour , de même et .
c. Pour , on a et , d'où , et :
Cette hessienne dépend du point : en elle vaut , en elle vaut . C'est le cas général ; les deux premiers exemples, où elle est constante, sont exceptionnels et ce sont exactement les fonctions polynomiales de degré au plus .
Exemple
Une hessienne en dimension . Reprenons et les neuf dérivées calculées plus haut :
La matrice est bien symétrique. Au point , elle vaut .
Ce que le théorème spectral apporte
Propriété
Conséquence du théorème spectral. Soient un ouvert de , de classe sur et . La matrice étant symétrique réelle :
- ses valeurs propres sont toutes réelles, et comptées avec multiplicité il y en a exactement ;
- il existe une base orthonormée de formée de vecteurs propres, avec ;
- si est la décomposition d'un vecteur dans cette base, alors
- en notant la plus petite et la plus grande des valeurs propres,
Démonstration. Les points et sont exactement le théorème spectral appliqué à la matrice symétrique réelle , admis au chapitre d'algèbre bilinéaire.
Pour le point , notons et décomposons . Par linéarité, . Il vient donc, par bilinéarité du produit scalaire,
La base étant orthonormée, vaut si et sinon : seuls les termes diagonaux survivent, et . Le même calcul avec remplacée par l'identité donne .
Pour le point , il suffit de minorer chaque par dans l'expression obtenue, ce qui est licite puisque les coefficients sont positifs :
La majoration s'obtient de la même façon en majorant chaque par .
Remarque
Le point est le résultat technique qui fera tout fonctionner à la section . Il dit ceci : si toutes les valeurs propres sont strictement positives, la forme quadratique est minorée par une quantité strictement positive proportionnelle à . C'est exactement ce qu'il faut pour dominer le reste du développement limité, qui est un .
Vocabulaire
Définition
Soit une matrice symétrique réelle d'ordre , de valeurs propres . On dit que est :
- définie positive lorsque toutes ses valeurs propres sont strictement positives ; c'est équivalent à : pour tout non nul ;
- définie négative lorsque toutes ses valeurs propres sont strictement négatives ; c'est équivalent à : pour tout non nul ;
- indéfinie lorsqu'elle possède au moins une valeur propre strictement positive et au moins une valeur propre strictement négative ;
- dégénérée lorsque est valeur propre de , ce qui équivaut à .
Remarque
Les équivalences annoncées dans les deux premiers points se lisent sur le point de la propriété précédente : si toutes les valeurs propres sont strictement positives et si est non nul, alors l'un au moins des est non nul et . Réciproquement, si est strictement positive sur les vecteurs non nuls, alors en prenant on obtient .
Les quatre cas ne recouvrent pas toutes les possibilités : une matrice peut avoir des valeurs propres positives ou nulles avec au moins un zéro, sans être ni définie positive ni indéfinie. C'est le cas dégénéré, celui du fameux « cas douteux » de la section .
Le critère du déterminant et de la trace en dimension 2
Calculer les valeurs propres d'une matrice d'ordre demande de résoudre un système avec discussion. En dimension , on peut faire beaucoup plus vite, parce que deux nombres suffisent à déterminer le signe d'un couple de valeurs propres.
Propriété
Soit une matrice symétrique réelle d'ordre , de valeurs propres et . Alors
et il en résulte :
- si et , alors est définie positive ;
- si et , alors est définie négative ;
- si , alors est indéfinie ;
- si , alors est dégénérée.
Démonstration. La matrice est symétrique réelle : d'après le théorème spectral, elle est diagonalisable, et il existe une matrice inversible telle que avec . Le déterminant et la trace sont invariants par changement de base :
Le calcul direct du déterminant de donne par ailleurs , et sa trace vaut .
Point . Si , les deux valeurs propres sont non nulles et de signes contraires : la matrice est indéfinie, par définition.
Points et . Si , les deux valeurs propres sont non nulles et de même signe. Leur somme est alors non nulle et porte ce signe commun : si , les deux sont strictement positives ; si , les deux sont strictement négatives.
Point . Si , l'une au moins des deux valeurs propres est nulle : est valeur propre, la matrice est dégénérée.
Remarque
Une variante commode. Lorsque , on a , donc et sont non nuls et de même signe. On peut donc remplacer la lecture de la trace par celle du seul coefficient : si et , la matrice est définie positive ; si et , elle est définie négative. Les deux lectures sont équivalentes, choisissez celle que vous retenez le mieux.
En dimension et au-delà, ce critère n'existe pas. Un déterminant positif en dimension est compatible avec trois valeurs propres positives, mais aussi avec une positive et deux négatives. Il faut alors calculer les valeurs propres, en résolvant le système avec discussion sur , comme au chapitre d'algèbre bilinéaire.
Développement limité d'ordre 2
La formule de Taylor-Young
Propriété
Formule de Taylor-Young à l'ordre (résultat ADMIS, conformément au programme). Soient un ouvert de , une fonction de classe sur et . Alors il existe une fonction , définie sur un voisinage de dans , de limite nulle en , telle que pour tout assez petit pour que appartienne à :
En dimension , avec , , et les notations , , pour les coefficients de la hessienne en , la formule s'écrit sous forme entièrement développée :
Remarque
Lire la formule. Comparez-la au développement limité d'ordre d'une fonction d'une variable,
Chaque terme a son analogue exact : le produit devient le produit scalaire , le carré devient la forme quadratique , et le coefficient ne bouge pas. Seul le reste change d'apparence : il s'écrit , avec la norme de l'accroissement, puisque est un vecteur et qu'on ne peut pas l'élever au carré.
Ce qui est admis, exactement. L'existence du développement, c'est-à-dire le fait que le reste soit bien négligeable devant , est admise. Son unicité, qui permettrait d'identifier les coefficients d'un développement obtenu par un autre chemin, n'est pas exigible ; on ne s'en servira pas.
Remarque
Interprétation géométrique : le paraboloïde qui approche la surface. Le développement limité d'ordre disait que la surface représentative de est approchée, près du point , par son plan tangent. Le développement d'ordre affine cette approximation : la surface est approchée par la surface quadratique d'équation
c'est-à-dire un paraboloïde. Quand est un point critique, le terme linéaire disparaît et il reste
au voisinage d'un point critique, la fonction se comporte comme sa forme quadratique, à un reste négligeable près. Toute la section consiste à exploiter cette phrase.
Exemples de calcul
Exemple
Un développement d'ordre à l'origine. Écrivons celui de en .
Les dérivées. La fonction est de classe sur par composition. On a et , puis
Les valeurs en . On obtient , et
Le développement. La formule de Taylor-Young donne, avec :
Contrôle. Le trinôme entre parenthèses est le carré parfait , de sorte que
On retrouve le développement usuel appliqué à , ce qui valide tous les calculs de dérivées.
Exemple
Un développement avec un logarithme. Soit , définie et de classe sur l'ouvert , qui contient l'origine.
Les dérivées. En posant pour alléger,
Détaillons la dernière : c'est la dérivée par rapport à du quotient , dont le numérateur se dérive en et le dénominateur en , d'où .
En . On a , donc , et . D'où
Contrôle. Avec et , on trouve , les termes omis étant négligeables devant . Les deux calculs concordent.
Points critiques et condition nécessaire d'ordre 1
Vocabulaire des extrema
Ces définitions ont été posées au semestre précédent ; les voici rappelées, car chaque mot y compte et les concours sanctionnent les confusions entre local et global.
Définition
Soient une partie de , et .
- admet un maximum global sur en lorsque pour tout ; ce maximum est strict si l'inégalité est stricte pour tout différent de .
- admet un maximum local en lorsqu'il existe tel que pour tout .
- Les notions de minimum global et de minimum local s'obtiennent en renversant les inégalités.
- Un extremum est un maximum ou un minimum.
Remarque
Un extremum global est en particulier local ; la réciproque est fausse. Distinguez toujours l'extremum, qui est la valeur , et le point où il est atteint : on écrit « admet un minimum global égal à , atteint au point ».
La condition nécessaire d'ordre 1
Propriété
Condition nécessaire d'ordre . Soient un ouvert de , une fonction de classe sur et . Si admet un extremum local en , alors
Cette propriété a été établie au semestre précédent ; sa démonstration est exigible et nous la reprenons intégralement, car elle est le modèle de raisonnement du chapitre : on se ramène à une fonction d'une seule variable en figeant toutes les autres. Rappelons d'abord le résultat de première année qui en est le moteur.
Propriété
Rappel (une variable). Soient un intervalle ouvert, et . Si est dérivable en et si admet un extremum local en , alors .
Démonstration. Supposons que admette un maximum local en ; il existe tel que l'intervalle soit inclus dans et que pour tout de cet intervalle.
Pour , le numérateur est négatif et le dénominateur strictement positif, donc le taux d'accroissement est négatif ; en passant à la limite à droite, . Pour , le numérateur est encore négatif mais le dénominateur strictement négatif, donc le taux est positif ; en passant à la limite à gauche, . Les deux limites valent , donc . Pour un minimum, on applique ce qui précède à .
Démonstration de la condition nécessaire d'ordre . Supposons que admette un maximum local en ; le cas d'un minimum s'obtient en appliquant le résultat à , qui est de classe , admet un maximum local en , et dont le gradient est .
Choix d'un rayon. Par définition du maximum local, il existe tel que pour tout . Comme est ouvert et contient , il existe aussi tel que . Posons : alors et pour tout .
Passage aux fonctions partielles. Fixons un indice de , notons le -ème vecteur de la base canonique et posons
Pour tout , on a , donc : la fonction est bien définie sur l'intervalle ouvert .
Trois observations. D'abord . Ensuite, pour tout de , le point appartient à , donc : la fonction admet un maximum en , qui est un point intérieur à son intervalle de définition. Enfin, étant de classe sur , elle admet une -ème dérivée partielle en , ce qui signifie exactement que est dérivable en , avec .
Conclusion. Le rappel s'applique à sur l'intervalle ouvert et donne , c'est-à-dire . L'indice étant quelconque, toutes les dérivées partielles de en sont nulles, donc .
Définition
Soient un ouvert de et de classe sur . Un point est un point critique de lorsque , c'est-à-dire lorsque est solution du système de équations
Le théorème se reformule ainsi : sur un ouvert, les extrema locaux d'une fonction de classe sont à chercher parmi les points critiques. Le mot « parmi » est le plus important de la phrase.
Deux pièges à connaître par cœur
Remarque
Premier piège : un point critique n'est pas un extremum. La condition est nécessaire, jamais suffisante. En une variable, a une dérivée nulle en sans y avoir d'extremum ; en plusieurs variables, le phénomène est bien plus fréquent, car il suffit que la fonction monte dans une direction et descende dans une autre. La résolution du système ne produit qu'une liste de candidats, dont chacun doit ensuite être examiné. Tout le chapitre est consacré à cet examen.
Exemple
Le contre-exemple de référence. Soit sur . On a , donc l'origine est l'unique point critique et . Or, pour ,
Soit quelconque : la boule contient le point , où dépasse , et le point , où lui est inférieure. Dans toute boule centrée à l'origine, prend donc des valeurs des deux côtés de : l'origine n'est ni un maximum local, ni un minimum local, et n'admet aucun extremum local sur .
Remarque
Second piège : l'hypothèse « ouvert » est indispensable. Le théorème parle d'un extremum atteint en un point intérieur au domaine. Si le domaine n'est pas ouvert, un extremum peut parfaitement être atteint au bord, en un point où le gradient ne s'annule pas : le théorème n'est pas contredit, il ne s'applique tout simplement pas. C'est toute la difficulté de la section .
Exemple
Un extremum au bord. Soit sur le carré fermé . Le gradient vaut en tout point : n'a aucun point critique. Pourtant, les encadrements et donnent , avec égalité à gauche seulement en et à droite seulement en : la fonction admet un minimum global strict en et un maximum global strict en . Ces deux points sont des sommets du carré, donc des points du bord, et n'est pas ouvert.
Condition d'ordre 2 : la nature d'un point critique
Le théorème
Nous disposons maintenant de tout : la hessienne, ses valeurs propres réelles, l'encadrement de la forme quadratique, et le développement limité d'ordre . Le théorème qui suit est le résultat central du chapitre.
Propriété
Condition d'ordre . Soient un ouvert de , une fonction de classe sur et un point critique de dans . Notons les valeurs propres de la matrice symétrique réelle . Alors :
- si toutes les valeurs propres sont strictement positives, admet en un minimum local strict ;
- si toutes les valeurs propres sont strictement négatives, admet en un maximum local strict ;
- s'il existe deux valeurs propres de signes strictement opposés, n'admet pas d'extremum en : on dit que est un point selle ;
- si est valeur propre de et si les autres valeurs propres sont de signe constant, on est dans le cas douteux : la condition d'ordre ne permet aucune conclusion, et il faut étudier directement le signe de .
Sur le mot « point selle ». Dans ce cours, il désigne exactement la situation du point , celle que la hessienne détecte. L'usage courant est plus large : on appelle souvent point selle tout point critique qui n'est ni un maximum ni un minimum local, y compris lorsque cette conclusion a été obtenue par une étude directe dans le cas douteux du point . Les deux emplois désignent le même phénomène géométrique, la fonction montant dans une direction et descendant dans une autre ; seule diffère la manière dont on l'a établi.
Démonstration du point . Notons et , qui est strictement positif par hypothèse. Comme est un point critique, et le terme d'ordre du développement de Taylor-Young disparaît : pour tout assez petit,
Le point de la propriété de la section minore le terme quadratique par , d'où
Il reste à absorber le reste. Comme tend vers quand tend vers , en appliquant la définition de la limite avec la tolérance , il existe tel que et
Ainsi, pour tout non nul de norme strictement inférieure à ,
La fonction est donc strictement supérieure à en tout point de autre que : elle admet en un minimum local strict.
Démonstration du point . Posons , qui est de classe sur . Par linéarité de la dérivation, , donc est un point critique de , et . Si est valeur propre de associée au vecteur propre , alors : les valeurs propres de sont les opposées de celles de , donc elles sont toutes strictement positives. Le point appliqué à donne un minimum local strict en pour , c'est-à-dire un maximum local strict pour .
Démonstration du point . Supposons et notons et des vecteurs propres unitaires associés, fournis par le théorème spectral.
Le long de la direction . Pour réel non nul et assez petit, posons , de sorte que et
Le développement de Taylor-Young en un point critique donne alors
Comme tend vers quand tend vers , il existe tel que la parenthèse reste strictement positive pour : sur ces directions, .
Le long de la direction . Le même calcul donne , et comme , il existe tel que la parenthèse reste strictement négative pour : sur ces directions, .
Conclusion. Posons et soit quelconque. En choisissant non nul avec , les deux points et appartiennent à , puisque les vecteurs et sont unitaires, et y prend des valeurs respectivement strictement supérieure et strictement inférieure à . Aucune boule centrée en ne peut donc contenir un extremum : n'est ni un maximum local, ni un minimum local.
Remarque
Ce qui est admis, exactement. Une seule chose : la formule de Taylor-Young de la section . Tout le reste des trois démonstrations ci-dessus est établi, à partir d'elle et du théorème spectral (lui-même admis au chapitre d'algèbre bilinéaire). Le point n'est pas une démonstration mais un constat, illustré plus bas par trois exemples qui partagent la même hessienne et n'ont pas la même nature : dans ce cas, il n'y a rien à démontrer, la méthode ne s'applique pas.
Remarque
La figure ci-dessus montre l'allure des lignes de niveau autour d'un minimum local strict : des courbes fermées emboîtées, qui se resserrent autour du point, avec des valeurs croissantes à mesure qu'on s'en éloigne. Autour d'un maximum, le dessin est le même, avec des valeurs décroissantes. Retenez cette image : quand la hessienne est définie positive, la surface ressemble localement au fond d'une cuvette, et les lignes de niveau à des ellipses concentriques dont les axes sont dirigés par les vecteurs propres de la hessienne.
Le critère pratique en dimension 2
Propriété
Critère du déterminant et de la trace. Soient un ouvert de , de classe sur , et un point critique de . Posons
Alors :
- si et , admet en un minimum local strict ;
- si et , admet en un maximum local strict ;
- si , le point est un point selle et n'admet pas d'extremum en ;
- si , on est dans le cas douteux.
Démonstration. La matrice est symétrique réelle d'ordre ; le critère démontré à la section traduit exactement les signes de et de en signes des deux valeurs propres : définie positive dans le cas , définie négative dans le cas , indéfinie dans le cas , dégénérée dans le cas . Il suffit alors d'appliquer, dans chacun de ces quatre cas, le point correspondant du théorème de la condition d'ordre .
Voici le tableau à mémoriser. Il ne dispense pas d'écrire les calculs, mais il donne la conclusion en une ligne.
| Nature du point critique | ||
|---|---|---|
| minimum local strict | ||
| maximum local strict | ||
| quelconque | point selle, pas d'extremum | |
| quelconque | cas douteux, étude directe obligatoire |
La méthode
Méthode
Rechercher les extrema d'une fonction de deux variables sur un ouvert. Cinq étapes, dans cet ordre, et aucune ne s'omet.
Étape 1. Le cadre. Déterminer l'ensemble de définition, vérifier qu'il est ouvert, et justifier en une ligne que y est de classe (fonction polynomiale, ou opérations sur des fonctions usuelles).
Étape 2. Les points critiques. Calculer et , puis résoudre le système entièrement : il faut toutes les solutions, et seulement elles. S'il n'y en a aucune, conclure immédiatement qu'il n'existe pas d'extremum local sur l'ouvert.
Étape 3. La hessienne générique. Calculer , et en tant que fonctions de , et écrire la matrice . Le théorème de Schwarz dispense de calculer la quatrième dérivée.
Étape 4. La nature de chaque candidat. Évaluer la hessienne en chaque point critique, calculer puis , et conclure par le tableau. Traiter les points un par un : deux points critiques d'une même fonction peuvent être de natures différentes.
Étape 5. La conclusion demandée. Relire la question. Si l'énoncé demande des extrema locaux, l'étape suffit. S'il demande des extrema globaux, il faut un argument supplémentaire (section ). Si l'on tombe sur un cas douteux, revenir à l'étude directe du signe de : forme canonique, minoration, ou comparaison le long de deux directions bien choisies.
Exemples entièrement traités
Exemple
Deux points critiques de natures différentes. Cherchons les extrema locaux de
Étape 1. L'ensemble est ouvert et est polynomiale, donc de classe sur .
Étape 2. On a et . Le système s'écrit
En reportant la première équation dans la seconde : , soit , donc ou . Le cas donne , le cas donne . Les points critiques sont donc
Étape 3. Les dérivées secondes valent , et , d'où
Étape 4, point . , de déterminant . Le point est un point selle : n'y admet pas d'extremum.
Étape 4, point . , de déterminant et de trace . La hessienne est définie positive : admet en un minimum local strict, de valeur .
Étape 5. Ce minimum n'est pas global : le long de l'axe des abscisses, tend vers quand tend vers . La fonction n'admet donc ni minimum global, ni maximum global sur , et son seul extremum local est le minimum local strict atteint en .
Exemple
Le point selle de référence, revisité. Reprenons sur , dont l'origine est l'unique point critique. La hessienne est constante :
Elle est diagonale, donc ses valeurs propres se lisent immédiatement : et , de signes strictement opposés. Le point du théorème s'applique : l'origine est un point selle et n'y admet pas d'extremum. On peut aussi invoquer le critère pratique : .
Les vecteurs propres sont ici les vecteurs de la base canonique : pour la valeur propre , et pour la valeur propre . Ce sont exactement les deux directions le long desquelles nous avions constaté, à la section , que la fonction monte puis descend. La démonstration du point ne fait rien d'autre que produire automatiquement ces deux directions à partir du théorème spectral.
Remarque
La figure montre pourquoi le mot « selle » s'impose. La ligne de niveau est formée des deux droites d'équations et , qui découpent le plan en quatre secteurs : est strictement positive dans les deux secteurs contenant l'axe des abscisses, strictement négative dans les deux autres, et les autres lignes de niveau sont des hyperboles. Le point critique est au croisement, entouré à la fois de points plus hauts et de points plus bas, comme le creux d'une selle de cheval ou un col de montagne : on monte dans un sens, on descend dans l'autre.
Exemple
Un exemple en dimension . Cherchons les extrema de
Cadre et points critiques. La fonction est polynomiale donc de classe sur l'ouvert . Ses dérivées partielles sont
En sommant les trois équations du système , on obtient , donc . La première équation se réécrit alors , et de même puis . L'origine est l'unique point critique, et .
Hessienne. Toutes les dérivées secondes sont constantes :
En dimension , le critère du déterminant ne s'applique pas : il faut les valeurs propres. Résolvons , c'est-à-dire
La différence donne et la différence donne .
Cas . Les trois équations deviennent toutes : le sous-espace propre est un plan, donc est valeur propre, de sous-espace propre de dimension .
Cas . Alors , et la première équation devient . Une solution non nulle existe si et seulement si , et le sous-espace propre est alors la droite engendrée par .
Contrôle. , et la somme des dimensions des sous-espaces propres vaut , conformément au théorème spectral. La trace confirme : .
Conclusion locale. Les valeurs propres , et sont toutes strictement positives : admet en l'origine un minimum local strict, de valeur .
Conclusion globale. Ici, une identité remarquable permet d'aller plus loin :
La fonction est donc positive sur , et elle s'annule si et seulement si , et , système dont l'unique solution est l'origine. Le minimum est en fait global et strict.
Le cas douteux
Exemple
Trois fonctions, la même hessienne, trois natures. Étudions à l'origine les trois fonctions suivantes, définies sur et polynomiales donc de classe .
a. . On a , donc l'origine est l'unique point critique, et
Les deux valeurs propres sont nulles : cas douteux. Étude directe. Pour tout , , avec égalité si et seulement si . L'origine est un minimum global strict.
b. . De même, l'origine est l'unique point critique et est la matrice nulle : cas douteux, avec exactement la même hessienne qu'au a. Étude directe. Pour , et . Comme au contre-exemple de référence, l'origine n'est ni un maximum ni un minimum.
c. . Ici , l'origine est l'unique point critique, et
de valeurs propres et : le déterminant est nul, cas douteux à nouveau. Étude directe. avec égalité seulement en l'origine : c'est un minimum global strict.
Remarque
Ce que cet exemple prouve. Les fonctions a. et b. ont la même hessienne en l'origine, la matrice nulle, et pourtant l'une y admet un minimum global strict et l'autre n'y admet aucun extremum. Il est donc impossible de compléter le théorème dans le cas dégénéré : l'information contenue dans la hessienne ne suffit pas, quelle que soit l'astuce employée. Voilà pourquoi le programme parle de cas douteux, et pourquoi la seule issue est l'étude directe du signe de .
La réciproque de la condition d'ordre est fausse. Le cas a. le montre : la fonction admet un minimum global strict en l'origine, alors que sa hessienne y est nulle, donc pas définie positive. Écrire « admet un minimum en , donc est définie positive » est une faute. Tout ce qu'on peut affirmer dans ce sens, et ce n'est pas au programme, est que les valeurs propres sont alors positives ou nulles.
Du local au global
Pourquoi la condition d'ordre 2 ne donne que du local
Remarque
La condition d'ordre repose entièrement sur le développement de Taylor-Young, qui est une information au voisinage du point : la boule construite dans la démonstration peut être minuscule, et rien n'est dit de ce que fait la fonction au-delà. C'est structurel, et ce n'est pas une faiblesse de la démonstration : l'exemple possède bel et bien un minimum local strict en alors que la fonction descend jusqu'à ailleurs.
Conclusion pratique : dès qu'un énoncé emploie le mot global, la hessienne ne suffit pas et il faut produire un argument de plus. Il en existe trois, et il faut savoir reconnaître à l'avance lequel s'applique.
Première voie : forme canonique ou minoration directe
C'est la méthode du semestre précédent, et elle reste la plus élégante quand elle réussit : on écrit comme une somme de carrés, ou on la minore par une quantité positive. La conclusion obtenue est immédiatement globale.
Exemple
Un minimum global par forme canonique. Soit sur .
Points critiques. et . La première équation donne ; en reportant dans la seconde, , donc et . L'unique point critique est , de valeur .
Nature locale. La hessienne est constante, , de déterminant et de trace : minimum local strict.
Passage au global. Groupons les termes de façon à faire apparaître des carrés :
Vérification du développement. , c'est bien .
Les deux carrés étant positifs, pour tout , avec égalité si et seulement si et , c'est-à-dire au seul point . La fonction admet donc un minimum global strict égal à . Elle n'a pas de maximum, puisque tend vers .
Deuxième voie : une hessienne de signe constant sur un convexe
Définition
Une partie de est dite convexe lorsque, pour tous points et de , le segment qui les joint est inclus dans , c'est-à-dire lorsque appartient à pour tout .
Sont convexes : l'espace tout entier, toute boule ouverte ou fermée, tout pavé , tout demi-espace, et le quart de plan où vivent les modèles économiques. Ne le sont pas : une couronne, une réunion de deux disques disjoints.
Propriété
Résultat ADMIS. Soient un ouvert convexe de et une fonction de classe sur .
- Si, en tout point de , les valeurs propres de sont toutes positives ou nulles, alors tout point critique de est un minimum global de sur .
- Si, en tout point de , les valeurs propres de sont toutes négatives ou nulles, alors tout point critique de est un maximum global de sur .
- Si de plus la hessienne est définie positive (respectivement définie négative) en tout point, l'extremum global est strict et le point critique est unique.
Remarque
L'hypothèse porte sur TOUT l'ouvert, pas seulement sur le point critique : c'est ce qui distingue ce résultat de la condition d'ordre , et c'est exactement le prix à payer pour obtenir une conclusion globale. En dimension , la vérification se fait avec le déterminant et la trace de la hessienne générique , dont il faut établir le signe pour tout de , ce qui n'est faisable que si l'expression est simple.
C'est en particulier toujours le cas lorsque la hessienne est constante, c'est-à-dire lorsque est polynomiale de degré au plus : un seul calcul de déterminant et de trace suffit alors à conclure au global. Retenez ce raccourci, il sert constamment, notamment aux moindres carrés de la section .
Exemple
Un minimum global par la hessienne. Soit sur l'ouvert convexe . Elle est de classe par opérations.
Points critiques. et s'annulent simultanément si et seulement si et . L'unique point critique est l'origine, de valeur .
Hessienne en tout point. , et , donc
Son déterminant vaut et sa trace , en tout point de . La hessienne est donc définie positive partout, et le résultat admis donne : admet en un minimum global strict, égal à .
Contrôle par l'inégalité de convexité. L'inégalité classique , valable pour tout réel avec égalité seulement en , donne et , d'où avec égalité seulement en . Les deux méthodes concordent.
Troisième voie : le comportement à l'infini
Propriété
Résultat ADMIS. Soit une fonction continue sur telle que
ce qui signifie : pour tout réel , il existe tel que dès que . Alors admet un minimum global sur , et ce minimum est atteint. Si de plus est de classe , il est atteint en un point critique de .
L'énoncé symétrique vaut pour un maximum global lorsque tend vers à l'infini.
Remarque
Pourquoi c'est vrai, en une phrase. Appliquons l'hypothèse avec : il existe tel que dès que . Sur la boule fermée , qui est un fermé borné, le théorème d'existence de la section suivante garantit que atteint son minimum en un point . Comme appartient à cette boule, , et donc pour tout hors de la boule : le minimum sur la boule est en réalité un minimum sur tout entier. Le point vérifie même , donc il est intérieur, et la condition nécessaire d'ordre s'y applique : .
Cette voie est la plus puissante des trois, parce qu'elle garantit l'existence avant tout calcul. Une fois l'existence acquise, il suffit de comparer les valeurs de aux points critiques : la plus petite est le minimum global, sans aucune étude locale.
Exemple
Un minimum global obtenu sans aucune étude locale. Soit sur , polynomiale donc de classe .
Comportement à l'infini. Posons . L'inégalité développée donne , d'où ; et l'inégalité de Cauchy-Schwarz appliquée à donne , donc . En combinant,
quantité qui tend vers quand tend vers , le terme de degré l'emportant. Le résultat admis s'applique : possède un minimum global, atteint en un point critique.
Points critiques. et . Le système est ici découplé : et . La fonction cube étant strictement croissante sur , chacune de ces équations a l'unique solution . Il y a donc un seul point critique,
Conclusion. Le minimum global existe et est atteint en un point critique ; comme il n'y a qu'un point critique, ce minimum vaut et il est atteint au seul point . Remarquez qu'aucune hessienne n'a été calculée : l'existence, acquise avant tout calcul, dispense de l'étude locale. Il n'y a en revanche pas de maximum global, puisque tend vers .
Contrôle par la hessienne. , donc , de valeurs propres et , toutes deux strictement positives : minimum local strict, cohérent avec la conclusion. Le contrôle est ici facultatif, mais il ne coûte rien.
Extrema sur un fermé borné
Le théorème d'existence
Rappelons le vocabulaire du semestre précédent. Une partie de est fermée lorsque son complémentaire est ouvert ; en pratique, on la reconnaît à ce qu'elle est définie par des inégalités larges ou par des égalités portant sur des fonctions continues. Elle est bornée lorsqu'il existe tel que pour tout . Les exemples usuels sont les pavés , les boules fermées, les triangles pleins et les segments.
Propriété
Théorème d'existence (résultat ADMIS, conformément au programme). Soient une partie fermée, bornée et non vide de et une fonction continue sur . Alors est bornée sur et atteint ses bornes : il existe deux points et de tels que
Autrement dit, admet un minimum global et un maximum global sur .
Remarque
Ce que le théorème dit, et ce qu'il ne dit pas. Il affirme l'existence des deux extrema, rien de plus : il ne donne aucune information sur l'endroit où ils se trouvent, ni sur leur nombre, ni sur leur valeur. C'est pourtant précieux, parce que cette existence dispense de la prouver et transforme le problème en une simple comparaison de valeurs.
Les trois hypothèses sont indispensables. Sur , qui est borné mais non fermé, la fonction est continue et non bornée. Sur , qui est fermé mais non borné, la fonction est continue et non bornée. C'est la conjonction « fermé et borné » qui fait tout, et elle doit être écrite et justifiée dans la copie avant d'invoquer le théorème.
La méthode intérieur puis frontière
Méthode
Rechercher les extrema d'une fonction continue sur un fermé borné . Quatre étapes.
Étape 1. L'existence. Vérifier que est fermé, borné et non vide, et que y est continue. Écrire : « d'après le théorème d'existence, atteint sur un minimum global et un maximum global ». La suite du travail consiste uniquement à les localiser.
Étape 2. L'intérieur. Décrire l'ouvert formé des points de qui ne sont pas sur la frontière (pour un pavé, on remplace les inégalités larges par des inégalités strictes). Sur cet ouvert, la condition nécessaire d'ordre s'applique : chercher les points critiques de dans , et calculer la valeur de en chacun. Il est inutile d'étudier leur nature : seule leur valeur compte pour la comparaison finale.
Étape 3. La frontière, morceau par morceau. Découper la frontière en un nombre fini de morceaux, chacun paramétré par une seule variable parcourant un segment. Sur chaque morceau, on obtient une fonction d'une variable réelle sur un segment : on l'étudie avec les outils d'une variable (dérivée, tableau de variations), et on retient les valeurs extrêmes, sans oublier celles aux extrémités du morceau, c'est-à-dire aux sommets.
Étape 4. La comparaison. Rassembler toutes les valeurs obtenues aux étapes et dans une liste. La plus grande est le maximum global de sur , la plus petite est le minimum global. Préciser en quel(s) point(s) ils sont atteints.
Remarque
On ne dérive jamais « au bord ». L'erreur classique consiste à écrire sur la frontière, ou à chercher des « points critiques du bord ». Cela n'a aucun sens : le théorème d'ordre exige un ouvert, et un point de la frontière n'est intérieur à rien. Le bord se traite exclusivement par paramétrage, c'est-à-dire en le transformant en un problème d'une variable sur un segment. C'est d'ailleurs le seul endroit du chapitre où l'analyse d'une variable de première année ressert intégralement.
Corollaire à retenir : sur un fermé borné, un extremum global peut parfaitement être atteint en un point où le gradient n'est pas nul. L'exemple ci-dessous en fournit un cas net.
Un exemple complet sur un rectangle
Exemple
Extrema de sur .
Étape 1 : existence. L'ensemble est un produit de deux segments : il est fermé (défini par les inégalités larges et ), borné (pour , ) et non vide. La fonction est polynomiale donc continue sur . Le théorème d'existence garantit que atteint un minimum et un maximum globaux sur .
Étape 2 : l'intérieur. L'intérieur du rectangle est l'ouvert . On a , qui s'annule si et seulement si et . Le point appartient bien à , et
Pour information, sa hessienne est indéfinie : c'est un point selle. Sa valeur reste néanmoins dans la liste des candidats, puisque la comparaison finale ne présume de rien.
Étape 3 : la frontière. Elle se compose de quatre segments, que l'on paramètre chacun par la variable qui varie.
Côté bas, et . La fonction devient , minimale en où elle vaut , et maximale à l'extrémité la plus éloignée de , c'est-à-dire , où elle vaut . L'autre extrémité donne .
Côté haut, et . Comme également, la fonction obtenue est la même : , avec les mêmes valeurs , et .
Côté gauche, et . La fonction devient , maximale en où elle vaut , minimale en où elle vaut .
Côté droit, et . La fonction devient , maximale en où elle vaut , minimale en où elle vaut .
Étape 4 : comparaison. La liste complète des valeurs candidates est
Le maximum global vaut donc , atteint au point , milieu du côté droit. Le minimum global vaut , atteint en deux points, et , milieux des côtés bas et haut.
Contrôle direct. En écrivant , on voit que sur le terme varie entre (en ) et (en ), et le terme entre et . Donc varie entre et , avec les points d'égalité annoncés. Les deux méthodes coïncident.
La remarque essentielle. Au point où le maximum est atteint, n'est pas nul. Il n'y a là aucune contradiction avec la condition d'ordre : ce point est sur la frontière de , il n'est pas intérieur, et le théorème ne s'y applique pas.
Exemple
Un exemple sur un triangle. Cherchons les extrema de sur le triangle plein
Existence. est défini par trois inégalités larges portant sur des fonctions continues, donc fermé ; il est inclus dans le carré , donc borné ; il est non vide. La fonction est polynomiale. Le théorème s'applique.
Intérieur. Les points intérieurs vérifient , et . En développant , on obtient
À l'intérieur, et sont non nuls, donc le système équivaut à et . En soustrayant, , puis : l'unique point critique intérieur est , qui vérifie bien , et
Frontière. Elle est ici particulièrement simple, car chacun des trois côtés annule un facteur du produit : sur le côté , on a ; sur le côté , on a ; sur le côté , le facteur est nul donc . La fonction est identiquement nulle sur toute la frontière.
Comparaison. Les valeurs candidates sont et . Le maximum global vaut donc , atteint au seul point , et le minimum global vaut , atteint en tout point de la frontière. Un extremum global peut donc être atteint en une infinité de points.
Contrôle par la hessienne. , et . Au point , cela donne et , d'où et : maximum local strict, cohérent avec la conclusion globale.
Extrema sous contrainte d'égalités linéaires
Position du problème
Un consommateur dispose d'un revenu et de deux biens de prix unitaires et ; il cherche à maximiser sa satisfaction sous la contrainte budgétaire . Une entreprise doit produire exactement unités réparties entre deux ateliers et souhaite minimiser son coût total sous la contrainte . Dans les deux cas, on n'optimise plus sur un ouvert, mais sur une droite du plan, ou plus généralement sur un sous-espace affine de . La condition n'a plus lieu d'être : la fonction n'a aucune raison d'avoir un gradient nul là où elle est optimale le long de la contrainte.
Définition
Soient des formes linéaires sur , c'est-à-dire des applications de la forme où est un vecteur fixé de , et des réels. L'ensemble
est appelé ensemble des contraintes. On dit que admet en un maximum local sous la contrainte lorsqu'il existe tel que pour tout , et de même pour un minimum.
Remarque
Comme est linéaire, ses dérivées partielles sont les coordonnées de , donc son gradient est constant :
Par exemple, la contrainte correspond à et en tout point. Ce caractère constant simplifie tous les calculs, et c'est précisément à ce cadre linéaire que le programme limite le théorème qui suit. Une contrainte non linéaire, par exemple , ne relève pas de ce théorème : elle se traite par substitution, par paramétrage, ou par une inégalité comme celle de Cauchy-Schwarz.
La condition nécessaire d'ordre 1 sous contrainte
Propriété
Condition nécessaire d'ordre sous contrainte d'égalités linéaires (résultat ADMIS, conformément au programme). Soient un ouvert de , une fonction de classe sur , et l'ensemble des contraintes défini par les formes linéaires et les réels . Si admet en un point de un extremum local sous la contrainte , alors il existe des réels tels que
Les réels sont appelés multiplicateurs de Lagrange.
Définition
Avec les notations précédentes, on appelle lagrangien du problème la fonction de variables
Remarque
Le lagrangien est un artifice de rédaction commode : écrire que toutes ses dérivées partielles s'annulent redonne exactement le système du théorème, contraintes comprises. En effet, la dérivée partielle par rapport à donne la -ième coordonnée de l'égalité , tandis que la dérivée partielle par rapport à vaut et redonne la -ième contrainte. Aucun risque, donc, d'oublier une équation.
Le signe placé devant les multiplicateurs est une convention : certains ouvrages écrivent . Cela ne change rien, puisque les sont des réels de signe quelconque ; le multiplicateur obtenu est simplement l'opposé.
Méthode
Rechercher les extrema sous contrainte d'égalités linéaires. Deux voies, à connaître toutes les deux.
Voie A : la substitution (à privilégier quand elle est praticable).
- Résoudre le système des contraintes pour exprimer variables en fonction des autres, autrement dit paramétrer l'ensemble . Avec une contrainte en dimension , cela revient à écrire en fonction de .
- Reporter dans : on obtient une fonction de variables, définie sur un ouvert (souvent un intervalle de ), et sans contrainte.
- Étudier avec les méthodes des sections précédentes, ou avec l'analyse d'une variable si .
- Revenir aux variables initiales et conclure. Cette voie donne la nature de l'extremum, pas seulement le candidat : c'est son avantage décisif.
Voie B : le lagrangien (à privilégier quand la substitution est lourde ou casse la symétrie).
- Vérifier les hypothèses : de classe sur un ouvert, contraintes linéaires.
- Calculer et les gradients constants .
- Écrire le système complet, qui compte équations et inconnues, à savoir et :
- Résoudre, en éliminant les le plus tôt possible : c'est presque toujours la manœuvre efficace, car ils n'ont pas à être calculés pour répondre.
- Conclure par un argument supplémentaire : la condition n'est que nécessaire. Selon les cas, on invoquera la substitution, le théorème d'existence sur un fermé borné, une forme canonique, ou une inégalité classique.
En dimension avec une seule contrainte , le système de l'étape prend la forme très maniable
soit trois équations aux trois inconnues , et .
Interprétation géométrique
En dimension avec une contrainte, l'ensemble est une droite et la condition dit que le gradient de est orthogonal à cette droite au point optimal, puisque est un vecteur normal à la droite. Or le gradient est orthogonal aux lignes de niveau de : la condition signifie donc que, au point optimal, la ligne de niveau de est tangente à la droite de contrainte.
L'image explique le résultat mieux qu'un calcul. Déplaçons-nous le long de la droite de contrainte en observant la valeur de : tant que la droite traverse une ligne de niveau, on passe d'un niveau à un autre, donc la valeur augmente d'un côté et diminue de l'autre, et le point n'est pas optimal. L'optimum ne peut se produire qu'à l'instant où la droite effleure une ligne de niveau sans la traverser, c'est-à-dire au point de tangence. Le multiplicateur est simplement le coefficient de proportionnalité entre les deux vecteurs normaux.
Un exemple traité par les deux voies
Exemple
Maximiser sous la contrainte . La fonction est polynomiale, donc de classe sur l'ouvert , et la contrainte est bien linéaire.
Voie A : substitution. La contrainte donne , avec parcourant tout entier. On étudie donc la fonction d'une variable
La forme canonique est immédiate et donne la conclusion sans même dériver : pour tout , avec égalité si et seulement si . Le maximum de sous la contrainte vaut donc , atteint au seul point , et il est global sur . La fonction n'admet pas de minimum sous la contrainte, puisque tend vers quand tend vers .
Voie B : lagrangien. On a et . Le système s'écrit
Les deux premières équations donnent immédiatement (c'est l'élimination de ), et la troisième , donc et . L'unique candidat est le point , de valeur .
Comparaison. Les deux voies produisent le même point. Mais la voie B s'arrête là : elle fournit un candidat et ne dit rien de sa nature. Sans le calcul de la voie A, on ne saurait pas s'il s'agit d'un maximum, d'un minimum ou d'aucun des deux. La rédaction complète consiste donc, après le lagrangien, à conclure par la forme canonique de .
Remarque
La nature du point sous contrainte n'est pas celle du point pour . Dans l'exemple ci-dessus, est un maximum global de sur la droite de contrainte. Pourtant :
- n'est pas nul : le point n'est même pas un point critique de ;
- la fonction n'admet aucun extremum local sur , puisque son unique point critique, l'origine, a pour hessienne , de déterminant , donc un point selle.
Il n'y a pas de contradiction : restreindre une fonction à une droite peut créer un maximum là où la fonction libre n'en a pas, exactement comme la fonction n'a pas d'extremum sur mais en a deux sur . Ne transportez jamais une conclusion obtenue sous contrainte vers le problème libre, ni l'inverse.
Deux contraintes, et une conclusion par Cauchy-Schwarz
Exemple
Minimiser sous la contrainte .
Le lagrangien. Ici et . Le système
donne , puis , donc l'unique candidat est , de valeur , avec .
La conclusion, par Cauchy-Schwarz. Le candidat n'est pour l'instant qu'un candidat. Or, pour tout vérifiant la contrainte,
d'où, en élevant au carré deux quantités positives, , c'est-à-dire . Le cas d'égalité dans l'inégalité de Cauchy-Schwarz impose que soit colinéaire à , ce qui joint à la contrainte donne exactement . Le minimum sous contrainte vaut donc , atteint au seul point , et il est global.
Interprétation. Le point trouvé est le point de la contrainte le plus proche de l'origine, puisque est le carré de la distance à l'origine : on a retrouvé, par l'optimisation, le projeté orthogonal de l'origine sur le plan d'équation .
Exemple
Deux contraintes simultanées. Minimisons sous les deux contraintes linéaires
Lagrangien. Les gradients des contraintes sont et . Le théorème fournit deux multiplicateurs, et le système compte cinq équations :
La cinquième équation donne , donc , c'est-à-dire . Il reste , donc , et la quatrième équation donne . L'unique candidat est , de valeur .
Conclusion par substitution. Les deux contraintes se paramètrent par une seule variable : et . On étudie alors
Donc pour tout réel , avec égalité si et seulement si . Le minimum sous contraintes vaut , atteint au seul point , et il est global.
Remarque
La condition n'est que nécessaire : trois conséquences pratiques.
D'abord, un candidat produit par le lagrangien peut n'être ni un maximum ni un minimum ; il faut toujours conclure autrement. Ensuite, si le lagrangien ne fournit aucun candidat, la conclusion est immédiate : il n'existe pas d'extremum sous contrainte. Enfin, s'il en fournit plusieurs et que l'existence d'un extremum est acquise par ailleurs (par exemple parce que rencontre un fermé borné, ou par un argument de comportement à l'infini), alors il suffit de comparer les valeurs de en ces candidats, exactement comme sur un fermé borné.
Applications économiques
Les quatre situations qui suivent reviennent constamment aux concours. Chacune est présentée comme une méthode courte, suivie d'un exemple chiffré entièrement traité.
Maximiser le profit d'une entreprise à deux produits
Méthode
Profit maximal sans contrainte. Le profit est la différence entre la recette et le coût :
où et sont les quantités produites des deux biens. On cherche les extrema de sur l'ouvert , en appliquant la méthode en cinq étapes de la section . Comme est le plus souvent polynomiale de degré , sa hessienne est constante : si elle est définie négative, le maximum local obtenu est automatiquement global sur le convexe considéré, d'après le résultat admis de la section .
Exemple
Deux produits partiellement substituables. Une entreprise produit unités d'un bien A et unités d'un bien B. Son profit, exprimé en euros, est modélisé par
Le terme croisé traduit le fait que les deux biens se font partiellement concurrence.
Cadre. est un ouvert convexe et est polynomiale, donc de classe sur .
Points critiques. et . Le système s'écrit
En multipliant la première équation par et en lui retranchant la seconde : , donc et , puis . L'unique point critique est , qui appartient bien à , et
Nature. La hessienne est constante :
Elle est donc définie négative en tout point de : le profit admet en un maximum local strict, et comme la hessienne garde ce signe sur l'ouvert convexe tout entier, ce maximum est global.
Conclusion économique. Le profit maximal vaut euros, obtenu en produisant unités du bien A et unités du bien B.
Minimiser un coût sous contrainte de production
Méthode
Coût minimal à production totale imposée. La contrainte « produire au total unités réparties entre deux ateliers » s'écrit : elle est linéaire, donc le théorème de la section s'applique. On écrit le lagrangien, on élimine , puis on conclut par substitution. La condition obtenue au passage s'interprète directement : à l'optimum, les coûts marginaux des deux ateliers sont égaux, et leur valeur commune est le multiplicateur .
Exemple
Répartir une production entre deux ateliers. Le coût de production, en euros, est , où et désignent les quantités produites par chacun des deux ateliers. L'entreprise doit livrer unités : .
Lagrangien. Avec , on a et , d'où le système
L'élimination de donne , soit . En reportant dans la contrainte : , donc et . Le candidat est , de coût .
Conclusion par substitution. Posons et étudions
La forme canonique s'obtient en factorisant par : . Donc avec égalité si et seulement si : le minimum sous contrainte est bien global.
Interprétation. Le coût minimal vaut euros, atteint en produisant unités dans le premier atelier et dans le second. Vérifions l'égalité des coûts marginaux : et . Ils sont bien égaux, et cette valeur commune, euros, est le multiplicateur : c'est le coût de la centième-et-unième unité, autrement dit le coût marginal de l'objectif de production.
Maximiser une utilité de type Cobb-Douglas
Méthode
Utilité Cobb-Douglas sous contrainte budgétaire, par le logarithme. L'utilité , avec et , se dérive mal telle quelle : les calculs font apparaître des puissances imbriquées. L'astuce, systématique, consiste à maximiser plutôt
C'est légitime parce que la fonction logarithme est strictement croissante sur : les inégalités et sont équivalentes, donc et ont exactement les mêmes points de maximum, et la valeur maximale de se retrouve en composant par l'exponentielle. Cette phrase de justification doit figurer dans la copie.
Exemple
Le résultat général, puis un cas chiffré. Un consommateur maximise sous la contrainte budgétaire , avec , , et des prix et un revenu strictement positifs.
Le lagrangien sur . On a et , d'où
Les deux premières équations se réécrivent et . En les additionnant et en utilisant la contrainte, , donc , et en reportant :
C'est le résultat le plus célèbre de la microéconomie élémentaire : chaque bien reçoit une part constante du budget, la part pour le premier et pour le second, indépendamment des prix.
Cas chiffré. Prenons , donc et , avec , et . Les formules donnent
Vérification de la contrainte. . L'utilité vaut .
Conclusion par substitution. La contrainte donne , qui est strictement positive si et seulement si . On étudie donc, sur l'intervalle ,
Le calcul de utilise la dérivée de : le second terme se dérive en . La dérivée s'annule quand , soit , et son signe se lit sur cette comparaison : pour on a donc , et pour on a .
La fonction atteint donc un maximum global en , et il en va de même pour par stricte croissance du logarithme. Le panier optimal est bien , pour une utilité de .
L'ajustement affine par la méthode des moindres carrés
Méthode
Obtenir les équations normales comme point critique. On dispose de couples de données et l'on cherche la droite d'équation qui minimise la somme des carrés des écarts verticaux,
Les inconnues sont et : est une fonction de deux variables, les données et étant des constantes. On lui applique la méthode de la section , et le système est précisément le système des équations normales rencontré au chapitre d'algèbre bilinéaire.
Propriété
Supposons les non tous égaux. La fonction admet sur un minimum global strict, atteint en l'unique solution du système
Démonstration. La fonction est polynomiale en , donc de classe sur l'ouvert convexe . En dérivant terme à terme, avec la dérivée de :
Annuler ces deux expressions revient à écrire et , c'est-à-dire, en développant les sommes et en isolant et , exactement le système annoncé.
Calculons maintenant la hessienne. Les dérivées secondes se lisent sur les expressions ci-dessus :
de sorte que la hessienne est constante sur :
Sa trace, , est strictement positive. Son déterminant vaut
la dernière égalité venant de et de l'identité . Comme les ne sont pas tous égaux, l'un au moins diffère de , donc ce déterminant est strictement positif.
La hessienne est donc définie positive en tout point de l'ouvert convexe . Le résultat admis de la section s'applique : le point critique est unique et c'est un minimum global strict.
Exemple
Un ajustement chiffré. Ajustons une droite au nuage des quatre points
Les sommes. Avec :
Le système normal.
La première équation donne . En reportant dans la seconde : , donc puis .
La nature du point. La hessienne vaut , de déterminant et de trace : elle est définie positive, et constante. Le couple réalise donc bien le minimum global de .
Conclusion. La droite d'ajustement a pour équation . Les valeurs ajustées sont ; ; et , donc les résidus valent ; ; et . Leur somme est nulle, ce qui est le contrôle attendu : c'est exactement la première équation normale. L'erreur minimale vaut
On retrouve la droite obtenue au chapitre d'algèbre bilinéaire par projection orthogonale : les deux approches, géométrique et différentielle, donnent le même résultat, ce qui n'a rien d'étonnant puisqu'elles minimisent la même quantité.
Récapitulatif
Le tableau des réflexes
| La situation | Ce qu'on fait |
|---|---|
| Extrema sur un ouvert | , puis en chaque point critique |
| Nature d'un point critique en dimension | signe de , puis de |
| Nature d'un point critique en dimension | valeurs propres de par le théorème spectral |
| cas douteux : signe direct de | |
| Extremum global demandé | forme canonique, hessienne de signe constant, ou comportement à l'infini |
| Domaine fermé borné | existence acquise ; intérieur, puis frontière morceau par morceau, puis comparaison |
| Contrainte d'égalités linéaires | substitution si possible, sinon lagrangien, puis argument de conclusion |
Les erreurs qui coûtent des points aux concours
Conclure de que est un extremum. C'est l'erreur numéro un, et elle vide l'exercice de sa substance : la condition d'ordre ne fabrique que des candidats. Le contre-exemple doit venir à l'esprit avant même d'écrire la conclusion.
Oublier de vérifier que le domaine est ouvert avant d'écrire . Sans cette hypothèse, la condition d'ordre est fausse, comme le montre sur le carré , qui a deux extrema globaux et aucun point critique. Sur un fermé borné, le bord se traite par paramétrage, jamais par annulation du gradient.
Oublier le facteur devant le terme croisé. La forme quadratique associée à vaut , parce que le coefficient occupe deux places dans la matrice. La même vigilance s'impose dans le développement de Taylor-Young.
Appliquer le critère du déterminant à la hessienne générique. Le signe de dépend en général du point : le critère se lit après substitution des coordonnées du point critique, jamais avant. Et il ne vaut qu'en dimension : en dimension , un déterminant positif ne prouve rien.
Traiter un cas douteux comme un cas favorable. Quand , écrire « la hessienne n'est pas définie négative, donc ce n'est pas un maximum » est une faute : ce peut parfaitement en être un, comme le montre . Le cas douteux impose l'étude directe du signe de , il n'autorise aucune conclusion par défaut.
Annoncer un extremum global à partir d'une étude locale. La condition d'ordre ne parle que d'une boule autour du point. Le mot « global » dans l'énoncé oblige à produire l'un des trois arguments de la section , et à dire lequel.
Utiliser le multiplicateur de Lagrange sur une contrainte non linéaire. Le théorème du programme ne vaut que pour des contraintes d'égalités linéaires. Sur une contrainte courbe comme le bord d'un disque, il faut paramétrer, substituer, ou invoquer une inégalité classique telle que celle de Cauchy-Schwarz.
S'arrêter au candidat fourni par le lagrangien. La condition sous contrainte n'est que nécessaire : sans un argument de conclusion, le point trouvé n'est rien de plus qu'un point trouvé. Et n'oubliez pas que la nature de ce point pour le problème contraint n'a aucun rapport avec sa nature pour la fonction libre.
Bloqué sur « Fonctions réelles de n variables sur un ouvert de Rⁿ : recherche d'extrema » ?
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.