ECG approfondies · Chapitre 14 · Quatrième semestre

Fonctions réelles de n variables sur un ouvert de Rⁿ : recherche d'extrema

2e année

Fonctions de classe C², matrice hessienne, extrema sur un fermé borné, conditions d'ordre 1 et 2, contraintes linéaires.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Fonctions de classe C²
  • Matrice hessienne
  • Extrema sur un fermé borné
  • Conditions d'ordre 1 et 2
  • Contraintes linéaires

Au semestre précédent, vous avez appris à repérer les candidats. Sur un ouvert, un extremum local d'une fonction de classe C1 annule nécessairement le gradient : résoudre le système f(x)=0 dresse la liste complète des points où quelque chose peut se passer. Mais cette liste ne dit rien de la nature de ces points. Il fallait alors, pour chaque candidat, se débrouiller à la main : mise sous forme canonique, minoration, comparaison le long de deux directions bien choisies. Cette étude directe est élégante quand elle réussit, et elle reste la meilleure méthode dans bien des cas ; elle a le défaut de ne pas être systématique. Ce chapitre fournit l'outil systématique qui manquait.

L'idée est la même qu'en une variable. Pour une fonction g d'une seule variable, un point critique t0 est un minimum local dès que g(t0)>0, un maximum local dès que g(t0)<0, et le cas g(t0)=0 est douteux. Il s'agit donc de savoir ce que devient « le signe de la dérivée seconde » quand il y a n variables. La réponse est le cœur du chapitre : la dérivée seconde devient une matrice, la matrice hessienne, qui rassemble les n2 dérivées partielles d'ordre 2 ; et « le signe » de cette matrice se lit sur le signe de ses valeurs propres. C'est ici que le chapitre d'algèbre bilinéaire vient au secours de l'analyse : la matrice hessienne est symétrique réelle, donc le théorème spectral s'applique, ses valeurs propres sont réelles et elle se diagonalise en base orthonormée. Sans ce théorème, la méthode n'existerait pas.

Le mécanisme qui relie la matrice à la fonction est le développement limité d'ordre 2, ou formule de Taylor-Young. Il exprime que, tout près d'un point critique, la fonction se comporte comme une forme quadratique : la surface représentative ressemble à un paraboloïde, tourné vers le haut, vers le bas, ou en forme de selle de cheval. Trancher la nature d'un point critique, c'est simplement reconnaître lequel de ces trois paraboloïdes on a sous les yeux, et les valeurs propres de la hessienne donnent la réponse en quelques lignes de calcul. En dimension 2, on n'a même pas besoin de calculer les valeurs propres : le signe du déterminant, puis celui de la trace, suffisent.

Deux situations échappent à ce cadre, et le programme les traite séparément parce qu'elles sont omniprésentes en économie. La première est la recherche d'extrema sur un ensemble fermé borné : un domaine de production limité par des capacités, un budget, des quantités positives. Le gradient n'a alors aucune raison de s'annuler là où la fonction atteint son maximum, puisque celui-ci peut se trouver au bord. Un théorème d'existence garantit malgré tout que le maximum et le minimum sont atteints, et la méthode consiste à explorer l'intérieur puis la frontière, morceau par morceau. La seconde situation est l'optimisation sous contrainte d'égalités linéaires : maximiser une utilité à budget donné, minimiser un coût à production totale imposée. Deux méthodes coexistent, la substitution et le multiplicateur de Lagrange, et il faut savoir choisir.

Une mise en garde avant de commencer, car elle vaut pour tout le chapitre. Les conditions que nous allons établir sont de deux types, et les confondre est la faute la plus coûteuse aux concours. La condition d'ordre 1 et la condition sous contrainte sont nécessaires : elles produisent des candidats, jamais des conclusions. La condition d'ordre 2, elle, est suffisante, mais seulement locale, et elle laisse de côté un cas douteux qu'il faut alors traiter à la main. Un exercice bien rédigé énonce donc toujours, dans cet ordre : le cadre et les hypothèses, les candidats, leur nature, puis, si la question le demande, le passage du local au global.

Le plan est le suivant. Les sections 1 à 3 construisent l'outil : dérivées partielles d'ordre 2, matrice hessienne, développement limité d'ordre 2. Les sections 4 et 5 donnent les deux conditions, d'ordre 1 puis d'ordre 2, avec leurs démonstrations. La section 6 explique comment passer d'un résultat local à un résultat global. La section 7 traite les fermés bornés, la section 8 les contraintes d'égalités linéaires. La section 9 met tout cela au service de quatre applications économiques classiques, et la section 10 récapitule.

Voici les notations employées dans tout le chapitre.

Notation Signification
U une partie ouverte de Rn ; n vaut 2 ou 3 dans les exemples
a, h le point étudié, et l'accroissement destiné à tendre vers 0
if(a), i,j2f(a) dérivées partielles d'ordre 1 et d'ordre 2
f(a) gradient de f en a, vecteur de Rn
2f(a) matrice hessienne de f en a, matrice carrée d'ordre n
qa(h)=t ⁣h2f(a)h forme quadratique associée à la hessienne
u,v, u produit scalaire canonique, norme euclidienne
t ⁣M transposée de M (notée M au chapitre d'algèbre bilinéaire)
K, C un fermé borné, un ensemble de contraintes
fin d'une démonstration

Dérivées partielles d'ordre 2 et fonctions de classe C2

Définition et notations

Le mécanisme est celui de l'ordre 1, appliqué une seconde fois. Une dérivée partielle jf est elle-même une fonction de n variables définie sur U ; rien n'empêche de lui appliquer à son tour l'opération de dérivation partielle.

Définition

Soient U un ouvert de Rn et f:UR admettant des dérivées partielles d'ordre 1 en tout point de U. Soient i et j deux indices de {1,,n} et aU. Lorsque la fonction jf admet une i-ème dérivée partielle au point a, on l'appelle dérivée partielle d'ordre 2 de f en a et on la note

i,j2f(a)=i(jf)(a).

Lorsque i=j, on parle de dérivée partielle seconde pure ; lorsque ij, de dérivée partielle croisée.

Remarque

L'ordre de dérivation, une fois pour toutes. Dans l'écriture i,j2f, on dérive d'abord par rapport à la variable d'indice j, ensuite par rapport à la variable d'indice i. C'est la même règle que pour la notation de Leibniz, où l'opérateur le plus proche de f agit le premier :

2fxixj=xi(fxj)=i,j2f.

Le théorème de Schwarz, énoncé plus bas, rendra cette question sans conséquence pratique pour les fonctions du programme : c'est pourquoi les conventions varient d'un ouvrage à l'autre sans que cela porte à conséquence. Retenez simplement celle de ce cours et appliquez-la partout.

En dimension 2, on note d'ordinaire (x,y) le point courant plutôt que (x1,x2). Voici la correspondance exacte entre les deux systèmes de notations, à connaître dans les deux sens.

a. 1f=fx et 2f=fy.

b. 1,12f=2fx2 et 2,22f=2fy2.

c. 1,22f=2fxy : on dérive par rapport à y, puis par rapport à x.

d. 2,12f=2fyx : on dérive par rapport à x, puis par rapport à y.

Une fonction de 2 variables possède donc 4 dérivées partielles d'ordre 2, une fonction de 3 variables en possède 9, et une fonction de n variables en possède n2. Ce nombre paraît élevé ; le théorème de Schwarz va le ramener, en pratique, à n(n+1)2, soit 3 en dimension 2 et 6 en dimension 3.

Fonctions de classe C2

Définition

Soient U un ouvert de Rn et f:UR. On dit que f est de classe C2 sur U lorsque f admet des dérivées partielles d'ordre 1 sur U et que chacune des n fonctions 1f,,nf est de classe C1 sur U.

De façon équivalente : f admet sur U toutes ses dérivées partielles d'ordre 1 et d'ordre 2, et les n2 dérivées partielles d'ordre 2 sont continues sur U.

Remarque

Une fonction de classe C2 sur U est en particulier de classe C1 sur U, donc continue sur U. Les inclusions

C2(U)C1(U){fonctions continues sur U}

sont strictes, mais aucune fonction rencontrée en exercice ne se situe entre deux de ces classes : les fonctions du programme sont soit manifestement C2, soit non définies.

Propriété

Opérations. Soient U un ouvert de Rn, et f et g deux fonctions de classe C2 sur U. Alors :

  1. f+g et λf (pour λ réel) sont de classe C2 sur U ;
  2. fg est de classe C2 sur U ;
  3. fg est de classe C2 sur l'ouvert {xU  ;  g(x)0} ;
  4. si φ est de classe C2 sur un intervalle ouvert contenant f(U), alors φf est de classe C2 sur U.

En particulier, toute fonction polynomiale est de classe C2 sur Rn, et toute fonction obtenue par sommes, produits, quotients à dénominateur non nul et compositions avec exp, ln ou une puissance, est de classe C2 sur l'ouvert où elle est définie.

Remarque

Ce que l'on écrit dans une copie. Le programme exclut explicitement la « détermination de la classe d'une fonction » comme objectif d'exercice : la justification tient en une ligne et ne rapporte pas de points, mais son absence en coûte. On écrit par exemple : « f est une fonction polynomiale, donc de classe C2 sur l'ouvert R2 », ou « f est un quotient de fonctions de classe C2 dont le dénominateur ne s'annule pas sur U, donc f est de classe C2 sur U », et l'on passe immédiatement au calcul.

Le théorème de Schwarz

Propriété

Théorème de Schwarz (résultat ADMIS, conformément au programme). Soient U un ouvert de Rn et f une fonction de classe C2 sur U. Alors, pour tous indices i et j de {1,,n} et tout point a de U,

i,j2f(a)=j,i2f(a).

Autrement dit, l'ordre dans lequel on effectue les deux dérivations n'a aucune influence sur le résultat.

Remarque

Portée et limites du théorème. L'hypothèse « de classe C2 » est indispensable : il existe des fonctions dont les quatre dérivées partielles d'ordre 2 existent en un point sans que les deux croisées y soient égales, et ces contre-exemples sont hors programme. Retenez seulement que la continuité des dérivées secondes est ce qui fait fonctionner le théorème.

En pratique, le théorème de Schwarz sert de deux façons. D'abord, il économise du calcul : en dimension 2, on calcule 1,22f et l'on écrit « par le théorème de Schwarz, 2,12f=1,22f ». Ensuite, et surtout, il contrôle le calcul : calculer les deux croisées séparément et constater qu'elles coïncident est la meilleure vérification qui soit. Tant que vous n'êtes pas parfaitement sûr de vos dérivations, calculez les deux.

Exemple

Une fonction polynomiale. Soit f(x,y)=x3+2x2yy3+5xy, définie sur R2. Elle est polynomiale, donc de classe C2 sur l'ouvert R2.

Ordre 1. En dérivant par rapport à x, la variable y étant figée, puis par rapport à y, la variable x étant figée :

1f(x,y)=3x2+4xy+5y,2f(x,y)=2x23y2+5x.

Ordre 2. On dérive chacune de ces deux fonctions par rapport à chacune des deux variables :

1,12f(x,y)=6x+4y,2,22f(x,y)=6y,1,22f(x,y)=1(2x23y2+5x)=4x+5,2,12f(x,y)=2(3x2+4xy+5y)=4x+5.

Contrôle. Les deux dérivées croisées sont égales, conformément au théorème de Schwarz.

Exemple

Une fonction avec une exponentielle. Soit g(x,y)=exy+x2y sur R2. Comme somme et produit de fonctions de classe C2, et par composition de la fonction polynomiale (x,y)xy avec l'exponentielle, g est de classe C2 sur R2.

Ordre 1. Attention au facteur qui sort de la composition, et qui est une constante pour la dérivation en cours :

1g(x,y)=yexy+2xy,2g(x,y)=xexy+x2.

Ordre 2. Les deux pures se calculent directement :

1,12g(x,y)=y2exy+2y,2,22g(x,y)=x2exy.

Pour la croisée 1,22g, on dérive 2g=xexy+x2 par rapport à x, en traitant xexy comme un produit :

1,22g(x,y)=1×exy+x×yexy+2x=(1+xy)exy+2x.

Pour l'autre croisée, on dérive 1g=yexy+2xy par rapport à y :

2,12g(x,y)=1×exy+y×xexy+2x=(1+xy)exy+2x.

Contrôle. Les deux expressions coïncident : le calcul est validé.

Exemple

Trois variables. Soit h(x,y,z)=x2y+y2z+z2x sur R3, fonction polynomiale donc de classe C2.

Ordre 1.

1h=2xy+z2,2h=x2+2yz,3h=y2+2zx.

Ordre 2. Il y a neuf dérivées à écrire, mais seulement six calculs à mener :

1,12h=2y,2,22h=2z,3,32h=2x,1,22h=2,12h=2x,1,32h=3,12h=2z,2,32h=3,22h=2y.

Vérifions par exemple la troisième égalité : 2,32h=2(y2+2zx)=2y et 3,22h=3(x2+2yz)=2y. Le théorème de Schwarz est bien vérifié.

Matrice hessienne

Définition et symétrie

Définition

Soient U un ouvert de Rn, f une fonction de classe C2 sur U et aU. On appelle matrice hessienne de f en a la matrice carrée d'ordre n dont le coefficient situé à la ligne i et à la colonne j est la dérivée partielle d'ordre 2 correspondante :

2f(a)=(i,j2f(a))1i,jnMn(R).

En dimension 2, avec les variables (x,y), la hessienne est la matrice d'ordre 2

2f(a)=(1,12f(a)1,22f(a)2,12f(a)2,22f(a))=(2fx2(a)2fxy(a)2fyx(a)2fy2(a)).

En dimension 3, avec les variables (x,y,z), c'est une matrice d'ordre 3 construite sur le même modèle : la première ligne contient les dérivées obtenues en dérivant en dernier par rapport à x, la deuxième par rapport à y, la troisième par rapport à z.

Propriété

Soient U un ouvert de Rn, f de classe C2 sur U et aU. La matrice 2f(a) est symétrique :

t ⁣(2f(a))=2f(a).

Démonstration. Le coefficient de la matrice t ⁣(2f(a)) situé à la ligne i et à la colonne j est, par définition de la transposée, le coefficient de 2f(a) situé à la ligne j et à la colonne i, c'est-à-dire j,i2f(a). Or f est de classe C2 sur l'ouvert U : le théorème de Schwarz donne j,i2f(a)=i,j2f(a). Les deux matrices ont donc les mêmes coefficients à toutes les places.

Remarque

Cette symétrie n'est pas un détail technique, c'est l'hypothèse qui ouvre la porte au théorème spectral, et donc toute la théorie de ce chapitre. Sans elle, les valeurs propres n'auraient aucune raison d'être réelles, et parler de leur signe n'aurait pas de sens.

Notez au passage que la hessienne est une matrice de nombres : elle est calculée en un point a précis. On calcule en général la hessienne « générique » 2f(x,y), dont les coefficients sont des expressions en x et y, puis on l'évalue en chacun des points critiques. Confondre les deux, et notamment appliquer le critère du déterminant à la hessienne générique, est une erreur fréquente.

La forme quadratique associée

Définition

Soient U un ouvert de Rn, f de classe C2 sur U et aU. La forme quadratique associée à la hessienne de f en a est l'application qa définie sur Rn par

qa(h)=t ⁣h2f(a)h=h,2f(a)h=i=1nj=1ni,j2f(a)hihj,

où le vecteur h=(h1,,hn) est identifié à la colonne de ses coordonnées.

En dimension 2, en posant

r=1,12f(a),s=1,22f(a)=2,12f(a),t=2,22f(a),

le calcul du produit matriciel donne une expression qu'il faut savoir écrire sans hésiter :

qa(h)=(h1h2)(rsst)(h1h2)=rh12+2sh1h2+th22.

Le facteur 2 devant le terme croisé vient de ce que le coefficient s apparaît deux fois dans la matrice, en position (1,2) et en position (2,1). L'oublier fausse tous les calculs qui suivent.

Exemple

Trois hessiennes en dimension 2.

a. Pour f(x,y)=x2+2y2, on a 1f=2x et 2f=4y, donc r=2, s=0, t=4 en tout point :

2f(x,y)=(2004),qa(h)=2h12+4h22.

b. Pour f(x,y)=x2y2, de même 2f(x,y)=(2002) et qa(h)=2h122h22.

c. Pour f(x,y)=x3+y33xy, on a 1f=3x23y et 2f=3y23x, d'où r=6x, s=3 et t=6y :

2f(x,y)=(6x336y).

Cette hessienne dépend du point : en (0,0) elle vaut (0330), en (1,1) elle vaut (6336). C'est le cas général ; les deux premiers exemples, où elle est constante, sont exceptionnels et ce sont exactement les fonctions polynomiales de degré au plus 2.

Exemple

Une hessienne en dimension 3. Reprenons h(x,y,z)=x2y+y2z+z2x et les neuf dérivées calculées plus haut :

2h(x,y,z)=(2y2x2z2x2z2y2z2y2x).

La matrice est bien symétrique. Au point (1,2,3), elle vaut (426264642).

Ce que le théorème spectral apporte

Propriété

Conséquence du théorème spectral. Soient U un ouvert de Rn, f de classe C2 sur U et aU. La matrice 2f(a) étant symétrique réelle :

  1. ses valeurs propres λ1,,λn sont toutes réelles, et comptées avec multiplicité il y en a exactement n ;
  2. il existe une base orthonormée (u1,,un) de Rn formée de vecteurs propres, avec 2f(a)ui=λiui ;
  3. si h=c1u1++cnun est la décomposition d'un vecteur h dans cette base, alors
qa(h)=λ1c12++λncn2eth2=c12++cn2;
  1. en notant λmin la plus petite et λmax la plus grande des valeurs propres,
λminh2qa(h)λmaxh2pour tout hRn.

Démonstration. Les points 1 et 2 sont exactement le théorème spectral appliqué à la matrice symétrique réelle 2f(a), admis au chapitre d'algèbre bilinéaire.

Pour le point 3, notons M=2f(a) et décomposons h=i=1nciui. Par linéarité, Mh=i=1nciMui=i=1nciλiui. Il vient donc, par bilinéarité du produit scalaire,

qa(h)=h,Mh=j=1ncjuj, i=1nλiciui=i=1nj=1ncjλiciuj,ui.

La base étant orthonormée, uj,ui vaut 1 si i=j et 0 sinon : seuls les termes diagonaux survivent, et qa(h)=i=1nλici2. Le même calcul avec M remplacée par l'identité donne h2=i=1nci2.

Pour le point 4, il suffit de minorer chaque λi par λmin dans l'expression obtenue, ce qui est licite puisque les coefficients ci2 sont positifs :

qa(h)=i=1nλici2λmini=1nci2=λminh2.

La majoration s'obtient de la même façon en majorant chaque λi par λmax.

Remarque

Le point 4 est le résultat technique qui fera tout fonctionner à la section 5. Il dit ceci : si toutes les valeurs propres sont strictement positives, la forme quadratique est minorée par une quantité strictement positive proportionnelle à h2. C'est exactement ce qu'il faut pour dominer le reste du développement limité, qui est un h2ε(h).

Vocabulaire

Définition

Soit M une matrice symétrique réelle d'ordre n, de valeurs propres λ1,,λn. On dit que M est :

  • définie positive lorsque toutes ses valeurs propres sont strictement positives ; c'est équivalent à : t ⁣hMh>0 pour tout h non nul ;
  • définie négative lorsque toutes ses valeurs propres sont strictement négatives ; c'est équivalent à : t ⁣hMh<0 pour tout h non nul ;
  • indéfinie lorsqu'elle possède au moins une valeur propre strictement positive et au moins une valeur propre strictement négative ;
  • dégénérée lorsque 0 est valeur propre de M, ce qui équivaut à detM=0.

Remarque

Les équivalences annoncées dans les deux premiers points se lisent sur le point 3 de la propriété précédente : si toutes les valeurs propres sont strictement positives et si h est non nul, alors l'un au moins des ci est non nul et q(h)=λici2>0. Réciproquement, si q est strictement positive sur les vecteurs non nuls, alors en prenant h=ui on obtient q(ui)=λi>0.

Les quatre cas ne recouvrent pas toutes les possibilités : une matrice peut avoir des valeurs propres positives ou nulles avec au moins un zéro, sans être ni définie positive ni indéfinie. C'est le cas dégénéré, celui du fameux « cas douteux » de la section 5.

Le critère du déterminant et de la trace en dimension 2

Calculer les valeurs propres d'une matrice d'ordre 2 demande de résoudre un système avec discussion. En dimension 2, on peut faire beaucoup plus vite, parce que deux nombres suffisent à déterminer le signe d'un couple de valeurs propres.

Propriété

Soit M=(rsst) une matrice symétrique réelle d'ordre 2, de valeurs propres λ1 et λ2. Alors

λ1λ2=detM=rts2etλ1+λ2=TrM=r+t,

et il en résulte :

  1. si detM>0 et TrM>0, alors M est définie positive ;
  2. si detM>0 et TrM<0, alors M est définie négative ;
  3. si detM<0, alors M est indéfinie ;
  4. si detM=0, alors M est dégénérée.

Démonstration. La matrice M est symétrique réelle : d'après le théorème spectral, elle est diagonalisable, et il existe une matrice inversible P telle que M=PDP1 avec D=(λ100λ2). Le déterminant et la trace sont invariants par changement de base :

detM=detD=λ1λ2,TrM=TrD=λ1+λ2.

Le calcul direct du déterminant de M donne par ailleurs rts×s=rts2, et sa trace vaut r+t.

Point 3. Si detM=λ1λ2<0, les deux valeurs propres sont non nulles et de signes contraires : la matrice est indéfinie, par définition.

Points 1 et 2. Si detM=λ1λ2>0, les deux valeurs propres sont non nulles et de même signe. Leur somme TrM est alors non nulle et porte ce signe commun : si TrM>0, les deux sont strictement positives ; si TrM<0, les deux sont strictement négatives.

Point 4. Si detM=λ1λ2=0, l'une au moins des deux valeurs propres est nulle : 0 est valeur propre, la matrice est dégénérée.

Remarque

Une variante commode. Lorsque detM>0, on a rt>s20, donc r et t sont non nuls et de même signe. On peut donc remplacer la lecture de la trace par celle du seul coefficient r : si detM>0 et r>0, la matrice est définie positive ; si detM>0 et r<0, elle est définie négative. Les deux lectures sont équivalentes, choisissez celle que vous retenez le mieux.

En dimension 3 et au-delà, ce critère n'existe pas. Un déterminant positif en dimension 3 est compatible avec trois valeurs propres positives, mais aussi avec une positive et deux négatives. Il faut alors calculer les valeurs propres, en résolvant le système (MλIn)X=0 avec discussion sur λ, comme au chapitre d'algèbre bilinéaire.

Développement limité d'ordre 2

La formule de Taylor-Young

Propriété

Formule de Taylor-Young à l'ordre 2 (résultat ADMIS, conformément au programme). Soient U un ouvert de Rn, f une fonction de classe C2 sur U et aU. Alors il existe une fonction ε, définie sur un voisinage de 0 dans Rn, de limite nulle en 0, telle que pour tout h assez petit pour que a+h appartienne à U :

f(a+h)=f(a)+f(a),h+12t ⁣h2f(a)h+h2ε(h).

En dimension 2, avec a=(a1,a2), h=(h1,h2), et les notations r, s, t pour les coefficients de la hessienne en a, la formule s'écrit sous forme entièrement développée :

f(a+h)=f(a)+h11f(a)+h22f(a)+12(rh12+2sh1h2+th22)+h2ε(h).

Remarque

Lire la formule. Comparez-la au développement limité d'ordre 2 d'une fonction d'une variable,

g(a+h)=g(a)+g(a)h+12g(a)h2+h2ε(h).

Chaque terme a son analogue exact : le produit g(a)h devient le produit scalaire f(a),h, le carré g(a)h2 devient la forme quadratique t ⁣h2f(a)h, et le coefficient 12 ne bouge pas. Seul le reste change d'apparence : il s'écrit h2ε(h), avec la norme de l'accroissement, puisque h est un vecteur et qu'on ne peut pas l'élever au carré.

Ce qui est admis, exactement. L'existence du développement, c'est-à-dire le fait que le reste soit bien négligeable devant h2, est admise. Son unicité, qui permettrait d'identifier les coefficients d'un développement obtenu par un autre chemin, n'est pas exigible ; on ne s'en servira pas.

Remarque

Interprétation géométrique : le paraboloïde qui approche la surface. Le développement limité d'ordre 1 disait que la surface représentative de f est approchée, près du point a, par son plan tangent. Le développement d'ordre 2 affine cette approximation : la surface est approchée par la surface quadratique d'équation

z=f(a)+f(a),h+12qa(h),

c'est-à-dire un paraboloïde. Quand a est un point critique, le terme linéaire disparaît et il reste

f(a+h)f(a)=12qa(h)+h2ε(h):

au voisinage d'un point critique, la fonction se comporte comme sa forme quadratique, à un reste négligeable près. Toute la section 5 consiste à exploiter cette phrase.

Exemples de calcul

Exemple

Un développement d'ordre 2 à l'origine. Écrivons celui de f(x,y)=ex+2y en a=(0,0).

Les dérivées. La fonction est de classe C2 sur R2 par composition. On a 1f=ex+2y et 2f=2ex+2y, puis

1,12f=ex+2y,1,22f=2ex+2y,2,22f=4ex+2y.

Les valeurs en (0,0). On obtient f(0,0)=1, f(0,0)=(1,2) et

2f(0,0)=(1224).

Le développement. La formule de Taylor-Young donne, avec h=(h1,h2) :

f(h1,h2)=1+h1+2h2+12(h12+4h1h2+4h22)+h2ε(h).

Contrôle. Le trinôme entre parenthèses est le carré parfait (h1+2h2)2, de sorte que

f(h1,h2)=1+(h1+2h2)+(h1+2h2)22+h2ε(h).

On retrouve le développement usuel eu=1+u+u22+o(u2) appliqué à u=h1+2h2, ce qui valide tous les calculs de dérivées.

Exemple

Un développement avec un logarithme. Soit g(x,y)=ln(1+x+y2), définie et de classe C2 sur l'ouvert U={(x,y)R2  ;  1+x+y2>0}, qui contient l'origine.

Les dérivées. En posant D=1+x+y2 pour alléger,

1g=1D,2g=2yD,1,12g=1D2,1,22g=2yD2,2,22g=2D4y2D2.

Détaillons la dernière : c'est la dérivée par rapport à y du quotient 2yD, dont le numérateur se dérive en 2 et le dénominateur en 2y, d'où 2D2y×2yD2.

En (0,0). On a D=1, donc g(0,0)=0, g(0,0)=(1,0) et 2g(0,0)=(1002). D'où

g(h1,h2)=h1+12(h12+2h22)+h2ε(h)=h1h122+h22+h2ε(h).

Contrôle. Avec u=h1+h22 et ln(1+u)=uu22+o(u2), on trouve h1+h22h122+, les termes omis étant négligeables devant h2. Les deux calculs concordent.

Points critiques et condition nécessaire d'ordre 1

Vocabulaire des extrema

Ces définitions ont été posées au semestre précédent ; les voici rappelées, car chaque mot y compte et les concours sanctionnent les confusions entre local et global.

Définition

Soient D une partie de Rn, f:DR et aD.

  • f admet un maximum global sur D en a lorsque f(x)f(a) pour tout xD ; ce maximum est strict si l'inégalité est stricte pour tout x différent de a.
  • f admet un maximum local en a lorsqu'il existe r>0 tel que f(x)f(a) pour tout xDB(a,r).
  • Les notions de minimum global et de minimum local s'obtiennent en renversant les inégalités.
  • Un extremum est un maximum ou un minimum.

Remarque

Un extremum global est en particulier local ; la réciproque est fausse. Distinguez toujours l'extremum, qui est la valeur f(a), et le point a où il est atteint : on écrit « f admet un minimum global égal à 1, atteint au point (1,1) ».

La condition nécessaire d'ordre 1

Propriété

Condition nécessaire d'ordre 1. Soient U un ouvert de Rn, f une fonction de classe C1 sur U et aU. Si f admet un extremum local en a, alors

f(a)=0,c’est-aˋ-dire1f(a)==nf(a)=0.

Cette propriété a été établie au semestre précédent ; sa démonstration est exigible et nous la reprenons intégralement, car elle est le modèle de raisonnement du chapitre : on se ramène à une fonction d'une seule variable en figeant toutes les autres. Rappelons d'abord le résultat de première année qui en est le moteur.

Propriété

Rappel (une variable). Soient J un intervalle ouvert, g:JR et t0J. Si g est dérivable en t0 et si g admet un extremum local en t0, alors g(t0)=0.

Démonstration. Supposons que g admette un maximum local en t0 ; il existe ρ>0 tel que l'intervalle ]t0ρ,t0+ρ[ soit inclus dans J et que g(t)g(t0) pour tout t de cet intervalle.

Pour t]t0,t0+ρ[, le numérateur g(t)g(t0) est négatif et le dénominateur tt0 strictement positif, donc le taux d'accroissement est négatif ; en passant à la limite à droite, g(t0)0. Pour t]t0ρ,t0[, le numérateur est encore négatif mais le dénominateur strictement négatif, donc le taux est positif ; en passant à la limite à gauche, g(t0)0. Les deux limites valent g(t0), donc g(t0)=0. Pour un minimum, on applique ce qui précède à g.

Démonstration de la condition nécessaire d'ordre 1. Supposons que f admette un maximum local en a ; le cas d'un minimum s'obtient en appliquant le résultat à f, qui est de classe C1, admet un maximum local en a, et dont le gradient est f.

Choix d'un rayon. Par définition du maximum local, il existe ρ>0 tel que f(x)f(a) pour tout xUB(a,ρ). Comme U est ouvert et contient a, il existe aussi r0>0 tel que B(a,r0)U. Posons r=min(ρ,r0)>0 : alors B(a,r)U et f(x)f(a) pour tout xB(a,r).

Passage aux fonctions partielles. Fixons un indice i de {1,,n}, notons ei le i-ème vecteur de la base canonique et posons

g:tf(a+tei).

Pour tout t]r,r[, on a (a+tei)a=tei=t<r, donc a+teiB(a,r)U : la fonction g est bien définie sur l'intervalle ouvert ]r,r[.

Trois observations. D'abord g(0)=f(a). Ensuite, pour tout t de ]r,r[, le point a+tei appartient à B(a,r), donc g(t)f(a)=g(0) : la fonction g admet un maximum en 0, qui est un point intérieur à son intervalle de définition. Enfin, f étant de classe C1 sur U, elle admet une i-ème dérivée partielle en a, ce qui signifie exactement que g est dérivable en 0, avec g(0)=if(a).

Conclusion. Le rappel s'applique à g sur l'intervalle ouvert ]r,r[ et donne g(0)=0, c'est-à-dire if(a)=0. L'indice i étant quelconque, toutes les dérivées partielles de f en a sont nulles, donc f(a)=0.

Définition

Soient U un ouvert de Rn et f de classe C1 sur U. Un point aU est un point critique de f lorsque f(a)=0, c'est-à-dire lorsque a est solution du système de n équations

{1f(x)=0nf(x)=0.

Le théorème se reformule ainsi : sur un ouvert, les extrema locaux d'une fonction de classe C1 sont à chercher parmi les points critiques. Le mot « parmi » est le plus important de la phrase.

Deux pièges à connaître par cœur

Remarque

Premier piège : un point critique n'est pas un extremum. La condition est nécessaire, jamais suffisante. En une variable, xx3 a une dérivée nulle en 0 sans y avoir d'extremum ; en plusieurs variables, le phénomène est bien plus fréquent, car il suffit que la fonction monte dans une direction et descende dans une autre. La résolution du système f(x)=0 ne produit qu'une liste de candidats, dont chacun doit ensuite être examiné. Tout le chapitre est consacré à cet examen.

Exemple

Le contre-exemple de référence. Soit f(x,y)=x2y2 sur R2. On a f(x,y)=(2x,2y), donc l'origine est l'unique point critique et f(0,0)=0. Or, pour t0,

f(t,0)f(0,0)=t2>0etf(0,t)f(0,0)=t2<0.

Soit r>0 quelconque : la boule B((0,0),r) contient le point (r2,0), où f dépasse f(0,0), et le point (0,r2), où f lui est inférieure. Dans toute boule centrée à l'origine, f prend donc des valeurs des deux côtés de f(0,0) : l'origine n'est ni un maximum local, ni un minimum local, et f n'admet aucun extremum local sur R2.

Remarque

Second piège : l'hypothèse « ouvert » est indispensable. Le théorème parle d'un extremum atteint en un point intérieur au domaine. Si le domaine n'est pas ouvert, un extremum peut parfaitement être atteint au bord, en un point où le gradient ne s'annule pas : le théorème n'est pas contredit, il ne s'applique tout simplement pas. C'est toute la difficulté de la section 7.

Exemple

Un extremum au bord. Soit f(x,y)=x+2y sur le carré fermé D=[0,1]×[0,1]. Le gradient vaut (1,2) en tout point : f n'a aucun point critique. Pourtant, les encadrements 0x1 et 02y2 donnent 0f(x,y)3, avec égalité à gauche seulement en (0,0) et à droite seulement en (1,1) : la fonction admet un minimum global strict en (0,0) et un maximum global strict en (1,1). Ces deux points sont des sommets du carré, donc des points du bord, et D n'est pas ouvert.

Condition d'ordre 2 : la nature d'un point critique

Le théorème

Nous disposons maintenant de tout : la hessienne, ses valeurs propres réelles, l'encadrement de la forme quadratique, et le développement limité d'ordre 2. Le théorème qui suit est le résultat central du chapitre.

Propriété

Condition d'ordre 2. Soient U un ouvert de Rn, f une fonction de classe C2 sur U et a un point critique de f dans U. Notons λ1,,λn les valeurs propres de la matrice symétrique réelle 2f(a). Alors :

  1. si toutes les valeurs propres sont strictement positives, f admet en a un minimum local strict ;
  2. si toutes les valeurs propres sont strictement négatives, f admet en a un maximum local strict ;
  3. s'il existe deux valeurs propres de signes strictement opposés, f n'admet pas d'extremum en a : on dit que a est un point selle ;
  4. si 0 est valeur propre de 2f(a) et si les autres valeurs propres sont de signe constant, on est dans le cas douteux : la condition d'ordre 2 ne permet aucune conclusion, et il faut étudier directement le signe de f(x)f(a).

Sur le mot « point selle ». Dans ce cours, il désigne exactement la situation du point 3, celle que la hessienne détecte. L'usage courant est plus large : on appelle souvent point selle tout point critique qui n'est ni un maximum ni un minimum local, y compris lorsque cette conclusion a été obtenue par une étude directe dans le cas douteux du point 4. Les deux emplois désignent le même phénomène géométrique, la fonction montant dans une direction et descendant dans une autre ; seule diffère la manière dont on l'a établi.

Démonstration du point 1. Notons M=2f(a) et μ=min(λ1,,λn), qui est strictement positif par hypothèse. Comme a est un point critique, f(a)=0 et le terme d'ordre 1 du développement de Taylor-Young disparaît : pour tout h assez petit,

f(a+h)f(a)=12t ⁣hMh+h2ε(h),avec ε(h)h00.

Le point 4 de la propriété de la section 2 minore le terme quadratique par μh2, d'où

f(a+h)f(a)μ2h2+h2ε(h)=h2(μ2+ε(h)).

Il reste à absorber le reste. Comme ε(h) tend vers 0 quand h tend vers 0, en appliquant la définition de la limite avec la tolérance μ4>0, il existe r>0 tel que B(a,r)U et

h tel que h<r,ε(h)<μ4,doncμ2+ε(h)>μ2μ4=μ4>0.

Ainsi, pour tout h non nul de norme strictement inférieure à r,

f(a+h)f(a)μ4h2>0.

La fonction f est donc strictement supérieure à f(a) en tout point de B(a,r) autre que a : elle admet en a un minimum local strict.

Démonstration du point 2. Posons g=f, qui est de classe C2 sur U. Par linéarité de la dérivation, g(a)=f(a)=0, donc a est un point critique de g, et 2g(a)=2f(a). Si λ est valeur propre de 2f(a) associée au vecteur propre u, alors 2g(a)u=λu : les valeurs propres de 2g(a) sont les opposées de celles de 2f(a), donc elles sont toutes strictement positives. Le point 1 appliqué à g donne un minimum local strict en a pour g, c'est-à-dire un maximum local strict pour f.

Démonstration du point 3. Supposons λi>0>λj et notons ui et uj des vecteurs propres unitaires associés, fournis par le théorème spectral.

Le long de la direction ui. Pour t réel non nul et assez petit, posons h=tui, de sorte que h2=t2 et

t ⁣h2f(a)h=tui, 2f(a)(tui)=t2λiui2=t2λi.

Le développement de Taylor-Young en un point critique donne alors

f(a+tui)f(a)=t2(λi2+ε(tui)).

Comme ε(tui) tend vers 0 quand t tend vers 0, il existe r1>0 tel que la parenthèse reste strictement positive pour 0<t<r1 : sur ces directions, f(a+tui)>f(a).

Le long de la direction uj. Le même calcul donne f(a+tuj)f(a)=t2(λj2+ε(tuj)), et comme λj<0, il existe r2>0 tel que la parenthèse reste strictement négative pour 0<t<r2 : sur ces directions, f(a+tuj)<f(a).

Conclusion. Posons r=min(r1,r2) et soit ρ>0 quelconque. En choisissant t non nul avec t<min(r,ρ), les deux points a+tui et a+tuj appartiennent à B(a,ρ), puisque les vecteurs ui et uj sont unitaires, et f y prend des valeurs respectivement strictement supérieure et strictement inférieure à f(a). Aucune boule centrée en a ne peut donc contenir un extremum : a n'est ni un maximum local, ni un minimum local.

Remarque

Ce qui est admis, exactement. Une seule chose : la formule de Taylor-Young de la section 3. Tout le reste des trois démonstrations ci-dessus est établi, à partir d'elle et du théorème spectral (lui-même admis au chapitre d'algèbre bilinéaire). Le point 4 n'est pas une démonstration mais un constat, illustré plus bas par trois exemples qui partagent la même hessienne et n'ont pas la même nature : dans ce cas, il n'y a rien à démontrer, la méthode ne s'applique pas.

Lignes de niveau emboîtées autour d'un minimum

Remarque

La figure ci-dessus montre l'allure des lignes de niveau autour d'un minimum local strict : des courbes fermées emboîtées, qui se resserrent autour du point, avec des valeurs croissantes à mesure qu'on s'en éloigne. Autour d'un maximum, le dessin est le même, avec des valeurs décroissantes. Retenez cette image : quand la hessienne est définie positive, la surface ressemble localement au fond d'une cuvette, et les lignes de niveau à des ellipses concentriques dont les axes sont dirigés par les vecteurs propres de la hessienne.

Le critère pratique en dimension 2

Propriété

Critère du déterminant et de la trace. Soient U un ouvert de R2, f de classe C2 sur U, et a un point critique de f. Posons

r=1,12f(a),s=1,22f(a),t=2,22f(a),det2f(a)=rts2,Tr2f(a)=r+t.

Alors :

  1. si rts2>0 et r+t>0, f admet en a un minimum local strict ;
  2. si rts2>0 et r+t<0, f admet en a un maximum local strict ;
  3. si rts2<0, le point a est un point selle et f n'admet pas d'extremum en a ;
  4. si rts2=0, on est dans le cas douteux.

Démonstration. La matrice 2f(a) est symétrique réelle d'ordre 2 ; le critère démontré à la section 2 traduit exactement les signes de det et de Tr en signes des deux valeurs propres : définie positive dans le cas 1, définie négative dans le cas 2, indéfinie dans le cas 3, dégénérée dans le cas 4. Il suffit alors d'appliquer, dans chacun de ces quatre cas, le point correspondant du théorème de la condition d'ordre 2.

Voici le tableau à mémoriser. Il ne dispense pas d'écrire les calculs, mais il donne la conclusion en une ligne.

det2f(a) Tr2f(a) Nature du point critique a
>0 >0 minimum local strict
>0 <0 maximum local strict
<0 quelconque point selle, pas d'extremum
=0 quelconque cas douteux, étude directe obligatoire

La méthode

Méthode

Rechercher les extrema d'une fonction de deux variables sur un ouvert. Cinq étapes, dans cet ordre, et aucune ne s'omet.

Étape 1. Le cadre. Déterminer l'ensemble de définition, vérifier qu'il est ouvert, et justifier en une ligne que f y est de classe C2 (fonction polynomiale, ou opérations sur des fonctions usuelles).

Étape 2. Les points critiques. Calculer 1f et 2f, puis résoudre le système f(x,y)=0 entièrement : il faut toutes les solutions, et seulement elles. S'il n'y en a aucune, conclure immédiatement qu'il n'existe pas d'extremum local sur l'ouvert.

Étape 3. La hessienne générique. Calculer 1,12f, 1,22f et 2,22f en tant que fonctions de (x,y), et écrire la matrice 2f(x,y). Le théorème de Schwarz dispense de calculer la quatrième dérivée.

Étape 4. La nature de chaque candidat. Évaluer la hessienne en chaque point critique, calculer det puis Tr, et conclure par le tableau. Traiter les points un par un : deux points critiques d'une même fonction peuvent être de natures différentes.

Étape 5. La conclusion demandée. Relire la question. Si l'énoncé demande des extrema locaux, l'étape 4 suffit. S'il demande des extrema globaux, il faut un argument supplémentaire (section 6). Si l'on tombe sur un cas douteux, revenir à l'étude directe du signe de f(x,y)f(a) : forme canonique, minoration, ou comparaison le long de deux directions bien choisies.

Exemples entièrement traités

Exemple

Deux points critiques de natures différentes. Cherchons les extrema locaux de

f(x,y)=x3+y33xysur R2.

Étape 1. L'ensemble R2 est ouvert et f est polynomiale, donc de classe C2 sur R2.

Étape 2. On a 1f(x,y)=3x23y et 2f(x,y)=3y23x. Le système s'écrit

{3x23y=03y23x=0soit{y=x2x=y2.

En reportant la première équation dans la seconde : x=(x2)2=x4, soit x(x31)=0, donc x=0 ou x=1. Le cas x=0 donne y=0, le cas x=1 donne y=1. Les points critiques sont donc

A=(0,0)avecf(A)=0,etB=(1,1)avecf(B)=1+13=1.

Étape 3. Les dérivées secondes valent 1,12f=6x, 1,22f=3 et 2,22f=6y, d'où

2f(x,y)=(6x336y).

Étape 4, point A. 2f(0,0)=(0330), de déterminant 0×0(3)2=9<0. Le point A est un point selle : f n'y admet pas d'extremum.

Étape 4, point B. 2f(1,1)=(6336), de déterminant 369=27>0 et de trace 12>0. La hessienne est définie positive : f admet en B un minimum local strict, de valeur 1.

Étape 5. Ce minimum n'est pas global : le long de l'axe des abscisses, f(x,0)=x3 tend vers quand x tend vers . La fonction f n'admet donc ni minimum global, ni maximum global sur R2, et son seul extremum local est le minimum local strict atteint en (1,1).

Exemple

Le point selle de référence, revisité. Reprenons f(x,y)=x2y2 sur R2, dont l'origine est l'unique point critique. La hessienne est constante :

2f(x,y)=(2002).

Elle est diagonale, donc ses valeurs propres se lisent immédiatement : 2 et 2, de signes strictement opposés. Le point 3 du théorème s'applique : l'origine est un point selle et f n'y admet pas d'extremum. On peut aussi invoquer le critère pratique : det=4<0.

Les vecteurs propres sont ici les vecteurs de la base canonique : e1=(1,0) pour la valeur propre 2, et e2=(0,1) pour la valeur propre 2. Ce sont exactement les deux directions le long desquelles nous avions constaté, à la section 4, que la fonction monte puis descend. La démonstration du point 3 ne fait rien d'autre que produire automatiquement ces deux directions à partir du théorème spectral.

Lignes de niveau de la fonction x carré moins y carré autour d'un point selle

Remarque

La figure montre pourquoi le mot « selle » s'impose. La ligne de niveau 0 est formée des deux droites d'équations y=x et y=x, qui découpent le plan en quatre secteurs : f est strictement positive dans les deux secteurs contenant l'axe des abscisses, strictement négative dans les deux autres, et les autres lignes de niveau sont des hyperboles. Le point critique est au croisement, entouré à la fois de points plus hauts et de points plus bas, comme le creux d'une selle de cheval ou un col de montagne : on monte dans un sens, on descend dans l'autre.

Exemple

Un exemple en dimension 3. Cherchons les extrema de

f(x,y,z)=x2+y2+z2+xy+yz+zxsur R3.

Cadre et points critiques. La fonction est polynomiale donc de classe C2 sur l'ouvert R3. Ses dérivées partielles sont

1f=2x+y+z,2f=x+2y+z,3f=x+y+2z.

En sommant les trois équations du système f=0, on obtient 4(x+y+z)=0, donc x+y+z=0. La première équation se réécrit alors x+(x+y+z)=x=0, et de même y=0 puis z=0. L'origine est l'unique point critique, et f(0,0,0)=0.

Hessienne. Toutes les dérivées secondes sont constantes :

2f(x,y,z)=(211121112)=M.

En dimension 3, le critère du déterminant ne s'applique pas : il faut les valeurs propres. Résolvons (MλI3)X=0, c'est-à-dire

{(2λ)x+y+z=0x+(2λ)y+z=0x+y+(2λ)z=0.

La différence L1L2 donne (1λ)(xy)=0 et la différence L2L3 donne (1λ)(yz)=0.

Cas λ=1. Les trois équations deviennent toutes x+y+z=0 : le sous-espace propre est un plan, donc 1 est valeur propre, de sous-espace propre de dimension 2.

Cas λ1. Alors x=y=z, et la première équation devient (2λ)x+x+x=(4λ)x=0. Une solution non nulle existe si et seulement si λ=4, et le sous-espace propre est alors la droite engendrée par (1,1,1).

Contrôle. Sp(M)={1,4}, et la somme des dimensions des sous-espaces propres vaut 2+1=3, conformément au théorème spectral. La trace confirme : TrM=6=1+1+4.

Conclusion locale. Les valeurs propres 1, 1 et 4 sont toutes strictement positives : f admet en l'origine un minimum local strict, de valeur 0.

Conclusion globale. Ici, une identité remarquable permet d'aller plus loin :

12[(x+y)2+(y+z)2+(z+x)2]=12[2x2+2y2+2z2+2xy+2yz+2zx]=f(x,y,z).

La fonction f est donc positive sur R3, et elle s'annule si et seulement si x+y=0, y+z=0 et z+x=0, système dont l'unique solution est l'origine. Le minimum est en fait global et strict.

Le cas douteux

Exemple

Trois fonctions, la même hessienne, trois natures. Étudions à l'origine les trois fonctions suivantes, définies sur R2 et polynomiales donc de classe C2.

a. f(x,y)=x4+y4. On a f(x,y)=(4x3,4y3), donc l'origine est l'unique point critique, et

2f(x,y)=(12x20012y2),2f(0,0)=(0000).

Les deux valeurs propres sont nulles : cas douteux. Étude directe. Pour tout (x,y), f(x,y)f(0,0)=x4+y40, avec égalité si et seulement si x=y=0. L'origine est un minimum global strict.

b. g(x,y)=x4y4. De même, l'origine est l'unique point critique et 2g(0,0) est la matrice nulle : cas douteux, avec exactement la même hessienne qu'au a. Étude directe. Pour t0, g(t,0)=t4>0 et g(0,t)=t4<0. Comme au contre-exemple de référence, l'origine n'est ni un maximum ni un minimum.

c. k(x,y)=x2+y4. Ici k(x,y)=(2x,4y3), l'origine est l'unique point critique, et

2k(0,0)=(2000),

de valeurs propres 2 et 0 : le déterminant est nul, cas douteux à nouveau. Étude directe. k(x,y)0 avec égalité seulement en l'origine : c'est un minimum global strict.

Remarque

Ce que cet exemple prouve. Les fonctions a. et b. ont la même hessienne en l'origine, la matrice nulle, et pourtant l'une y admet un minimum global strict et l'autre n'y admet aucun extremum. Il est donc impossible de compléter le théorème dans le cas dégénéré : l'information contenue dans la hessienne ne suffit pas, quelle que soit l'astuce employée. Voilà pourquoi le programme parle de cas douteux, et pourquoi la seule issue est l'étude directe du signe de f(x)f(a).

La réciproque de la condition d'ordre 2 est fausse. Le cas a. le montre : la fonction x4+y4 admet un minimum global strict en l'origine, alors que sa hessienne y est nulle, donc pas définie positive. Écrire « f admet un minimum en a, donc 2f(a) est définie positive » est une faute. Tout ce qu'on peut affirmer dans ce sens, et ce n'est pas au programme, est que les valeurs propres sont alors positives ou nulles.

Du local au global

Pourquoi la condition d'ordre 2 ne donne que du local

Remarque

La condition d'ordre 2 repose entièrement sur le développement de Taylor-Young, qui est une information au voisinage du point a : la boule B(a,r) construite dans la démonstration peut être minuscule, et rien n'est dit de ce que fait la fonction au-delà. C'est structurel, et ce n'est pas une faiblesse de la démonstration : l'exemple f(x,y)=x3+y33xy possède bel et bien un minimum local strict en (1,1) alors que la fonction descend jusqu'à ailleurs.

Conclusion pratique : dès qu'un énoncé emploie le mot global, la hessienne ne suffit pas et il faut produire un argument de plus. Il en existe trois, et il faut savoir reconnaître à l'avance lequel s'applique.

Première voie : forme canonique ou minoration directe

C'est la méthode du semestre précédent, et elle reste la plus élégante quand elle réussit : on écrit f(x)f(a) comme une somme de carrés, ou on la minore par une quantité positive. La conclusion obtenue est immédiatement globale.

Exemple

Un minimum global par forme canonique. Soit f(x,y)=x2+2y2+2xy4y sur R2.

Points critiques. 1f=2x+2y et 2f=4y+2x4. La première équation donne x=y ; en reportant dans la seconde, 4y2y4=0, donc y=2 et x=2. L'unique point critique est (2,2), de valeur f(2,2)=4+888=4.

Nature locale. La hessienne est constante, 2f(x,y)=(2224), de déterminant 84=4>0 et de trace 6>0 : minimum local strict.

Passage au global. Groupons les termes de façon à faire apparaître des carrés :

f(x,y)=(x2+2xy+y2)+y24y=(x+y)2+(y2)24.

Vérification du développement. (x+y)2+(y2)24=x2+2xy+y2+y24y+44=x2+2y2+2xy4y, c'est bien f(x,y).

Les deux carrés étant positifs, f(x,y)4 pour tout (x,y), avec égalité si et seulement si y=2 et x+y=0, c'est-à-dire au seul point (2,2). La fonction admet donc un minimum global strict égal à 4. Elle n'a pas de maximum, puisque f(x,0)=x2 tend vers +.

Deuxième voie : une hessienne de signe constant sur un convexe

Définition

Une partie U de Rn est dite convexe lorsque, pour tous points x et y de U, le segment qui les joint est inclus dans U, c'est-à-dire lorsque (1θ)x+θy appartient à U pour tout θ[0,1].

Sont convexes : l'espace Rn tout entier, toute boule ouverte ou fermée, tout pavé [a1,b1]××[an,bn], tout demi-espace, et le quart de plan ]0,+[×]0,+[ où vivent les modèles économiques. Ne le sont pas : une couronne, une réunion de deux disques disjoints.

Propriété

Résultat ADMIS. Soient U un ouvert convexe de Rn et f une fonction de classe C2 sur U.

  1. Si, en tout point x de U, les valeurs propres de 2f(x) sont toutes positives ou nulles, alors tout point critique de f est un minimum global de f sur U.
  2. Si, en tout point x de U, les valeurs propres de 2f(x) sont toutes négatives ou nulles, alors tout point critique de f est un maximum global de f sur U.
  3. Si de plus la hessienne est définie positive (respectivement définie négative) en tout point, l'extremum global est strict et le point critique est unique.

Remarque

L'hypothèse porte sur TOUT l'ouvert, pas seulement sur le point critique : c'est ce qui distingue ce résultat de la condition d'ordre 2, et c'est exactement le prix à payer pour obtenir une conclusion globale. En dimension 2, la vérification se fait avec le déterminant et la trace de la hessienne générique 2f(x,y), dont il faut établir le signe pour tout (x,y) de U, ce qui n'est faisable que si l'expression est simple.

C'est en particulier toujours le cas lorsque la hessienne est constante, c'est-à-dire lorsque f est polynomiale de degré au plus 2 : un seul calcul de déterminant et de trace suffit alors à conclure au global. Retenez ce raccourci, il sert constamment, notamment aux moindres carrés de la section 9.

Exemple

Un minimum global par la hessienne. Soit f(x,y)=ex+eyxy sur l'ouvert convexe R2. Elle est de classe C2 par opérations.

Points critiques. 1f=ex1 et 2f=ey1 s'annulent simultanément si et seulement si x=0 et y=0. L'unique point critique est l'origine, de valeur f(0,0)=1+100=2.

Hessienne en tout point. 1,12f=ex, 1,22f=0 et 2,22f=ey, donc

2f(x,y)=(ex00ey).

Son déterminant vaut ex+y>0 et sa trace ex+ey>0, en tout point de R2. La hessienne est donc définie positive partout, et le résultat admis donne : f admet en (0,0) un minimum global strict, égal à 2.

Contrôle par l'inégalité de convexité. L'inégalité classique eu1+u, valable pour tout réel u avec égalité seulement en u=0, donne exx1 et eyy1, d'où f(x,y)2 avec égalité seulement en (0,0). Les deux méthodes concordent.

Troisième voie : le comportement à l'infini

Propriété

Résultat ADMIS. Soit f une fonction continue sur Rn telle que

f(x)+lorsquex+,

ce qui signifie : pour tout réel A, il existe R>0 tel que f(x)>A dès que x>R. Alors f admet un minimum global sur Rn, et ce minimum est atteint. Si de plus f est de classe C1, il est atteint en un point critique de f.

L'énoncé symétrique vaut pour un maximum global lorsque f(x) tend vers à l'infini.

Remarque

Pourquoi c'est vrai, en une phrase. Appliquons l'hypothèse avec A=f(0) : il existe R>0 tel que f(x)>f(0) dès que x>R. Sur la boule fermée B(0,R), qui est un fermé borné, le théorème d'existence de la section suivante garantit que f atteint son minimum en un point a. Comme 0 appartient à cette boule, f(a)f(0), et donc f(a)<f(x) pour tout x hors de la boule : le minimum sur la boule est en réalité un minimum sur Rn tout entier. Le point a vérifie même a<R, donc il est intérieur, et la condition nécessaire d'ordre 1 s'y applique : f(a)=0.

Cette voie est la plus puissante des trois, parce qu'elle garantit l'existence avant tout calcul. Une fois l'existence acquise, il suffit de comparer les valeurs de f aux points critiques : la plus petite est le minimum global, sans aucune étude locale.

Exemple

Un minimum global obtenu sans aucune étude locale. Soit f(x,y)=x4+y44x4y+8 sur R2, polynomiale donc de classe C2.

Comportement à l'infini. Posons ρ2=x2+y2=(x,y)2. L'inégalité (x2y2)20 développée donne 2x2y2x4+y4, d'où ρ4=(x2+y2)2=x4+y4+2x2y22(x4+y4) ; et l'inégalité de Cauchy-Schwarz appliquée à x+y=(x,y),(1,1) donne x+y2ρ, donc 4x4y42ρ. En combinant,

f(x,y)ρ4242ρ+8,

quantité qui tend vers + quand ρ tend vers +, le terme de degré 4 l'emportant. Le résultat admis s'applique : f possède un minimum global, atteint en un point critique.

Points critiques. 1f=4x34 et 2f=4y34. Le système est ici découplé : x3=1 et y3=1. La fonction cube étant strictement croissante sur R, chacune de ces équations a l'unique solution 1. Il y a donc un seul point critique,

(1,1),de valeurf(1,1)=1+144+8=2.

Conclusion. Le minimum global existe et est atteint en un point critique ; comme il n'y a qu'un point critique, ce minimum vaut 2 et il est atteint au seul point (1,1). Remarquez qu'aucune hessienne n'a été calculée : l'existence, acquise avant tout calcul, dispense de l'étude locale. Il n'y a en revanche pas de maximum global, puisque f(x,0)=x44x+8 tend vers +.

Contrôle par la hessienne. 2f(x,y)=(12x20012y2), donc 2f(1,1)=(120012), de valeurs propres 12 et 12, toutes deux strictement positives : minimum local strict, cohérent avec la conclusion. Le contrôle est ici facultatif, mais il ne coûte rien.

Extrema sur un fermé borné

Le théorème d'existence

Rappelons le vocabulaire du semestre précédent. Une partie K de Rn est fermée lorsque son complémentaire est ouvert ; en pratique, on la reconnaît à ce qu'elle est définie par des inégalités larges ou par des égalités portant sur des fonctions continues. Elle est bornée lorsqu'il existe M>0 tel que xM pour tout xK. Les exemples usuels sont les pavés [a1,b1]××[an,bn], les boules fermées, les triangles pleins et les segments.

Propriété

Théorème d'existence (résultat ADMIS, conformément au programme). Soient K une partie fermée, bornée et non vide de Rn et f:KR une fonction continue sur K. Alors f est bornée sur K et atteint ses bornes : il existe deux points a et b de K tels que

xK,f(a)f(x)f(b).

Autrement dit, f admet un minimum global et un maximum global sur K.

Remarque

Ce que le théorème dit, et ce qu'il ne dit pas. Il affirme l'existence des deux extrema, rien de plus : il ne donne aucune information sur l'endroit où ils se trouvent, ni sur leur nombre, ni sur leur valeur. C'est pourtant précieux, parce que cette existence dispense de la prouver et transforme le problème en une simple comparaison de valeurs.

Les trois hypothèses sont indispensables. Sur K=]0,1], qui est borné mais non fermé, la fonction x1x est continue et non bornée. Sur K=R, qui est fermé mais non borné, la fonction xx est continue et non bornée. C'est la conjonction « fermé et borné » qui fait tout, et elle doit être écrite et justifiée dans la copie avant d'invoquer le théorème.

La méthode intérieur puis frontière

Méthode

Rechercher les extrema d'une fonction continue sur un fermé borné K. Quatre étapes.

Étape 1. L'existence. Vérifier que K est fermé, borné et non vide, et que f y est continue. Écrire : « d'après le théorème d'existence, f atteint sur K un minimum global et un maximum global ». La suite du travail consiste uniquement à les localiser.

Étape 2. L'intérieur. Décrire l'ouvert U formé des points de K qui ne sont pas sur la frontière (pour un pavé, on remplace les inégalités larges par des inégalités strictes). Sur cet ouvert, la condition nécessaire d'ordre 1 s'applique : chercher les points critiques de f dans U, et calculer la valeur de f en chacun. Il est inutile d'étudier leur nature : seule leur valeur compte pour la comparaison finale.

Étape 3. La frontière, morceau par morceau. Découper la frontière en un nombre fini de morceaux, chacun paramétré par une seule variable parcourant un segment. Sur chaque morceau, on obtient une fonction d'une variable réelle sur un segment : on l'étudie avec les outils d'une variable (dérivée, tableau de variations), et on retient les valeurs extrêmes, sans oublier celles aux extrémités du morceau, c'est-à-dire aux sommets.

Étape 4. La comparaison. Rassembler toutes les valeurs obtenues aux étapes 2 et 3 dans une liste. La plus grande est le maximum global de f sur K, la plus petite est le minimum global. Préciser en quel(s) point(s) ils sont atteints.

Remarque

On ne dérive jamais « au bord ». L'erreur classique consiste à écrire f=0 sur la frontière, ou à chercher des « points critiques du bord ». Cela n'a aucun sens : le théorème d'ordre 1 exige un ouvert, et un point de la frontière n'est intérieur à rien. Le bord se traite exclusivement par paramétrage, c'est-à-dire en le transformant en un problème d'une variable sur un segment. C'est d'ailleurs le seul endroit du chapitre où l'analyse d'une variable de première année ressert intégralement.

Corollaire à retenir : sur un fermé borné, un extremum global peut parfaitement être atteint en un point où le gradient n'est pas nul. L'exemple ci-dessous en fournit un cas net.

Un exemple complet sur un rectangle

Exemple

Extrema de f(x,y)=x2y2+2x sur K=[2,2]×[1,1].

Étape 1 : existence. L'ensemble K est un produit de deux segments : il est fermé (défini par les inégalités larges 2x2 et 1y1), borné (pour (x,y)K, (x,y)4+1=5) et non vide. La fonction f est polynomiale donc continue sur K. Le théorème d'existence garantit que f atteint un minimum et un maximum globaux sur K.

Étape 2 : l'intérieur. L'intérieur du rectangle est l'ouvert U=]2,2[×]1,1[. On a f(x,y)=(2x+2,2y), qui s'annule si et seulement si x=1 et y=0. Le point (1,0) appartient bien à U, et

f(1,0)=102=1.

Pour information, sa hessienne (2002) est indéfinie : c'est un point selle. Sa valeur 1 reste néanmoins dans la liste des candidats, puisque la comparaison finale ne présume de rien.

Étape 3 : la frontière. Elle se compose de quatre segments, que l'on paramètre chacun par la variable qui varie.

Côté bas, y=1 et x[2,2]. La fonction devient u(x)=x21+2x=(x+1)22, minimale en x=1 où elle vaut 2, et maximale à l'extrémité la plus éloignée de 1, c'est-à-dire x=2, où elle vaut 7. L'autre extrémité donne u(2)=1.

Côté haut, y=1 et x[2,2]. Comme y2=1 également, la fonction obtenue est la même : u(x)=(x+1)22, avec les mêmes valeurs 2, 7 et 1.

Côté gauche, x=2 et y[1,1]. La fonction devient v(y)=4y24=y2, maximale en y=0 où elle vaut 0, minimale en y=±1 où elle vaut 1.

Côté droit, x=2 et y[1,1]. La fonction devient w(y)=4y2+4=8y2, maximale en y=0 où elle vaut 8, minimale en y=±1 où elle vaut 7.

Étape 4 : comparaison. La liste complète des valeurs candidates est

2,1,0,7,8.

Le maximum global vaut donc 8, atteint au point (2,0), milieu du côté droit. Le minimum global vaut 2, atteint en deux points, (1,1) et (1,1), milieux des côtés bas et haut.

Contrôle direct. En écrivant f(x,y)=(x+1)21y2, on voit que sur K le terme (x+1)2 varie entre 0 (en x=1) et 9 (en x=2), et le terme y2 entre 0 et 1. Donc f varie entre 011=2 et 910=8, avec les points d'égalité annoncés. Les deux méthodes coïncident.

La remarque essentielle. Au point (2,0) où le maximum est atteint, f(2,0)=(6,0) n'est pas nul. Il n'y a là aucune contradiction avec la condition d'ordre 1 : ce point est sur la frontière de K, il n'est pas intérieur, et le théorème ne s'y applique pas.

Exemple

Un exemple sur un triangle. Cherchons les extrema de f(x,y)=xy(1xy) sur le triangle plein

T={(x,y)R2  ;  x0, y0, x+y1}.

Existence. T est défini par trois inégalités larges portant sur des fonctions continues, donc fermé ; il est inclus dans le carré [0,1]×[0,1], donc borné ; il est non vide. La fonction f est polynomiale. Le théorème s'applique.

Intérieur. Les points intérieurs vérifient x>0, y>0 et x+y<1. En développant f(x,y)=xyx2yxy2, on obtient

1f=y2xyy2=y(12xy),2f=xx22xy=x(1x2y).

À l'intérieur, x et y sont non nuls, donc le système équivaut à 2x+y=1 et x+2y=1. En soustrayant, x=y, puis 3x=1 : l'unique point critique intérieur est (13,13), qui vérifie bien x+y=23<1, et

f(13,13)=13×13×(123)=127.

Frontière. Elle est ici particulièrement simple, car chacun des trois côtés annule un facteur du produit : sur le côté x=0, on a f=0 ; sur le côté y=0, on a f=0 ; sur le côté x+y=1, le facteur 1xy est nul donc f=0. La fonction est identiquement nulle sur toute la frontière.

Comparaison. Les valeurs candidates sont 127 et 0. Le maximum global vaut donc 127, atteint au seul point (13,13), et le minimum global vaut 0, atteint en tout point de la frontière. Un extremum global peut donc être atteint en une infinité de points.

Contrôle par la hessienne. 1,12f=2y, 2,22f=2x et 1,22f=12x2y. Au point (13,13), cela donne r=t=23 et s=13, d'où det=4919=13>0 et Tr=43<0 : maximum local strict, cohérent avec la conclusion globale.

Extrema sous contrainte d'égalités linéaires

Position du problème

Un consommateur dispose d'un revenu R et de deux biens de prix unitaires p1 et p2 ; il cherche à maximiser sa satisfaction U(x,y) sous la contrainte budgétaire p1x+p2y=R. Une entreprise doit produire exactement Q unités réparties entre deux ateliers et souhaite minimiser son coût total C(x,y) sous la contrainte x+y=Q. Dans les deux cas, on n'optimise plus sur un ouvert, mais sur une droite du plan, ou plus généralement sur un sous-espace affine de Rn. La condition f=0 n'a plus lieu d'être : la fonction n'a aucune raison d'avoir un gradient nul là où elle est optimale le long de la contrainte.

Définition

Soient g1,,gp des formes linéaires sur Rn, c'est-à-dire des applications de la forme gi(x)=ci,xci est un vecteur fixé de Rn, et b1,,bp des réels. L'ensemble

C={xRn  ;  g1(x)=b1, , gp(x)=bp}

est appelé ensemble des contraintes. On dit que f admet en aC un maximum local sous la contrainte C lorsqu'il existe r>0 tel que f(x)f(a) pour tout xCB(a,r), et de même pour un minimum.

Remarque

Comme gi est linéaire, ses dérivées partielles sont les coordonnées de ci, donc son gradient est constant :

gi(x)=cipour tout xRn.

Par exemple, la contrainte 2x+3y=12 correspond à g(x,y)=2x+3y et g(x,y)=(2,3) en tout point. Ce caractère constant simplifie tous les calculs, et c'est précisément à ce cadre linéaire que le programme limite le théorème qui suit. Une contrainte non linéaire, par exemple x2+y2=1, ne relève pas de ce théorème : elle se traite par substitution, par paramétrage, ou par une inégalité comme celle de Cauchy-Schwarz.

La condition nécessaire d'ordre 1 sous contrainte

Propriété

Condition nécessaire d'ordre 1 sous contrainte d'égalités linéaires (résultat ADMIS, conformément au programme). Soient U un ouvert de Rn, f une fonction de classe C1 sur U, et C l'ensemble des contraintes défini par les formes linéaires g1,,gp et les réels b1,,bp. Si f admet en un point a de UC un extremum local sous la contrainte C, alors il existe des réels λ1,,λp tels que

f(a)=λ1g1(a)++λpgp(a).

Les réels λ1,,λp sont appelés multiplicateurs de Lagrange.

Définition

Avec les notations précédentes, on appelle lagrangien du problème la fonction de n+p variables

L(x,λ)=f(x)i=1pλi(gi(x)bi).

Remarque

Le lagrangien est un artifice de rédaction commode : écrire que toutes ses dérivées partielles s'annulent redonne exactement le système du théorème, contraintes comprises. En effet, la dérivée partielle par rapport à xk donne la k-ième coordonnée de l'égalité f(a)=iλigi(a), tandis que la dérivée partielle par rapport à λi vaut (gi(x)bi) et redonne la i-ième contrainte. Aucun risque, donc, d'oublier une équation.

Le signe placé devant les multiplicateurs est une convention : certains ouvrages écrivent L=f+λi(gibi). Cela ne change rien, puisque les λi sont des réels de signe quelconque ; le multiplicateur obtenu est simplement l'opposé.

Méthode

Rechercher les extrema sous contrainte d'égalités linéaires. Deux voies, à connaître toutes les deux.

Voie A : la substitution (à privilégier quand elle est praticable).

  1. Résoudre le système des contraintes pour exprimer p variables en fonction des np autres, autrement dit paramétrer l'ensemble C. Avec une contrainte en dimension 2, cela revient à écrire y en fonction de x.
  2. Reporter dans f : on obtient une fonction φ de np variables, définie sur un ouvert (souvent un intervalle de R), et sans contrainte.
  3. Étudier φ avec les méthodes des sections précédentes, ou avec l'analyse d'une variable si np=1.
  4. Revenir aux variables initiales et conclure. Cette voie donne la nature de l'extremum, pas seulement le candidat : c'est son avantage décisif.

Voie B : le lagrangien (à privilégier quand la substitution est lourde ou casse la symétrie).

  1. Vérifier les hypothèses : f de classe C1 sur un ouvert, contraintes linéaires.
  2. Calculer f(x) et les gradients constants gi=ci.
  3. Écrire le système complet, qui compte n+p équations et n+p inconnues, à savoir x1,,xn et λ1,,λp :
{1f(x)=λ11g1(x)++λp1gp(x)nf(x)=λ1ng1(x)++λpngp(x)g1(x)=b1gp(x)=bp.
  1. Résoudre, en éliminant les λi le plus tôt possible : c'est presque toujours la manœuvre efficace, car ils n'ont pas à être calculés pour répondre.
  2. Conclure par un argument supplémentaire : la condition n'est que nécessaire. Selon les cas, on invoquera la substitution, le théorème d'existence sur un fermé borné, une forme canonique, ou une inégalité classique.

En dimension 2 avec une seule contrainte g(x,y)=αx+βy=b, le système de l'étape 3 prend la forme très maniable

{1f(x,y)=λα2f(x,y)=λβαx+βy=b,

soit trois équations aux trois inconnues x, y et λ.

Interprétation géométrique

Lignes de niveau tangentes à la droite de contrainte au point optimal

En dimension 2 avec une contrainte, l'ensemble C est une droite et la condition f(a)=λg(a) dit que le gradient de f est orthogonal à cette droite au point optimal, puisque g est un vecteur normal à la droite. Or le gradient est orthogonal aux lignes de niveau de f : la condition signifie donc que, au point optimal, la ligne de niveau de f est tangente à la droite de contrainte.

L'image explique le résultat mieux qu'un calcul. Déplaçons-nous le long de la droite de contrainte en observant la valeur de f : tant que la droite traverse une ligne de niveau, on passe d'un niveau à un autre, donc la valeur augmente d'un côté et diminue de l'autre, et le point n'est pas optimal. L'optimum ne peut se produire qu'à l'instant où la droite effleure une ligne de niveau sans la traverser, c'est-à-dire au point de tangence. Le multiplicateur λ est simplement le coefficient de proportionnalité entre les deux vecteurs normaux.

Un exemple traité par les deux voies

Exemple

Maximiser f(x,y)=xy sous la contrainte x+y=10. La fonction est polynomiale, donc de classe C1 sur l'ouvert R2, et la contrainte g(x,y)=x+y=10 est bien linéaire.

Voie A : substitution. La contrainte donne y=10x, avec x parcourant R tout entier. On étudie donc la fonction d'une variable

φ(x)=f(x,10x)=x(10x)=10xx2=25(x5)2.

La forme canonique est immédiate et donne la conclusion sans même dériver : φ(x)25 pour tout x, avec égalité si et seulement si x=5. Le maximum de f sous la contrainte vaut donc 25, atteint au seul point (5,5), et il est global sur C. La fonction n'admet pas de minimum sous la contrainte, puisque φ(x) tend vers quand x tend vers +.

Voie B : lagrangien. On a f(x,y)=(y,x) et g(x,y)=(1,1). Le système s'écrit

{y=λx=λx+y=10.

Les deux premières équations donnent immédiatement x=y (c'est l'élimination de λ), et la troisième 2x=10, donc x=y=5 et λ=5. L'unique candidat est le point (5,5), de valeur f(5,5)=25.

Comparaison. Les deux voies produisent le même point. Mais la voie B s'arrête là : elle fournit un candidat et ne dit rien de sa nature. Sans le calcul de la voie A, on ne saurait pas s'il s'agit d'un maximum, d'un minimum ou d'aucun des deux. La rédaction complète consiste donc, après le lagrangien, à conclure par la forme canonique de φ.

Remarque

La nature du point sous contrainte n'est pas celle du point pour f. Dans l'exemple ci-dessus, (5,5) est un maximum global de f sur la droite de contrainte. Pourtant :

  • f(5,5)=(5,5) n'est pas nul : le point (5,5) n'est même pas un point critique de f ;
  • la fonction f(x,y)=xy n'admet aucun extremum local sur R2, puisque son unique point critique, l'origine, a pour hessienne (0110), de déterminant 1<0, donc un point selle.

Il n'y a pas de contradiction : restreindre une fonction à une droite peut créer un maximum là où la fonction libre n'en a pas, exactement comme la fonction xx n'a pas d'extremum sur R mais en a deux sur [0,1]. Ne transportez jamais une conclusion obtenue sous contrainte vers le problème libre, ni l'inverse.

Deux contraintes, et une conclusion par Cauchy-Schwarz

Exemple

Minimiser f(x,y,z)=x2+y2+z2 sous la contrainte x+y+z=3.

Le lagrangien. Ici f(x,y,z)=(2x,2y,2z) et g=(1,1,1). Le système

{2x=λ2y=λ2z=λx+y+z=3

donne x=y=z=λ2, puis 3x=3, donc l'unique candidat est (1,1,1), de valeur f(1,1,1)=3, avec λ=2.

La conclusion, par Cauchy-Schwarz. Le candidat n'est pour l'instant qu'un candidat. Or, pour tout (x,y,z) vérifiant la contrainte,

3=x+y+z=(1,1,1),(x,y,z)(1,1,1)×(x,y,z)=3×x2+y2+z2,

d'où, en élevant au carré deux quantités positives, 93f(x,y,z), c'est-à-dire f(x,y,z)3. Le cas d'égalité dans l'inégalité de Cauchy-Schwarz impose que (x,y,z) soit colinéaire à (1,1,1), ce qui joint à la contrainte donne exactement (1,1,1). Le minimum sous contrainte vaut donc 3, atteint au seul point (1,1,1), et il est global.

Interprétation. Le point trouvé est le point de la contrainte le plus proche de l'origine, puisque f est le carré de la distance à l'origine : on a retrouvé, par l'optimisation, le projeté orthogonal de l'origine sur le plan d'équation x+y+z=3.

Exemple

Deux contraintes simultanées. Minimisons f(x,y,z)=x2+y2+z2 sous les deux contraintes linéaires

g1(x,y,z)=x+y+z=6etg2(x,y,z)=xz=0.

Lagrangien. Les gradients des contraintes sont g1=(1,1,1) et g2=(1,0,1). Le théorème fournit deux multiplicateurs, et le système compte cinq équations :

{2x=λ1+λ22y=λ12z=λ1λ2x+y+z=6xz=0.

La cinquième équation donne x=z, donc λ1+λ2=λ1λ2, c'est-à-dire λ2=0. Il reste 2x=2y=2z=λ1, donc x=y=z, et la quatrième équation donne 3x=6. L'unique candidat est (2,2,2), de valeur f=12.

Conclusion par substitution. Les deux contraintes se paramètrent par une seule variable : z=x et y=62x. On étudie alors

φ(x)=x2+(62x)2+x2=2x2+3624x+4x2=6x224x+36=6(x2)2+12.

Donc φ(x)12 pour tout réel x, avec égalité si et seulement si x=2. Le minimum sous contraintes vaut 12, atteint au seul point (2,2,2), et il est global.

Remarque

La condition n'est que nécessaire : trois conséquences pratiques.

D'abord, un candidat produit par le lagrangien peut n'être ni un maximum ni un minimum ; il faut toujours conclure autrement. Ensuite, si le lagrangien ne fournit aucun candidat, la conclusion est immédiate : il n'existe pas d'extremum sous contrainte. Enfin, s'il en fournit plusieurs et que l'existence d'un extremum est acquise par ailleurs (par exemple parce que C rencontre un fermé borné, ou par un argument de comportement à l'infini), alors il suffit de comparer les valeurs de f en ces candidats, exactement comme sur un fermé borné.

Applications économiques

Les quatre situations qui suivent reviennent constamment aux concours. Chacune est présentée comme une méthode courte, suivie d'un exemple chiffré entièrement traité.

Maximiser le profit d'une entreprise à deux produits

Méthode

Profit maximal sans contrainte. Le profit est la différence entre la recette et le coût :

P(x,y)=p1(x,y)x+p2(x,y)yrecetteC(x,y)couˆt,

x et y sont les quantités produites des deux biens. On cherche les extrema de P sur l'ouvert ]0,+[×]0,+[, en appliquant la méthode en cinq étapes de la section 5. Comme P est le plus souvent polynomiale de degré 2, sa hessienne est constante : si elle est définie négative, le maximum local obtenu est automatiquement global sur le convexe considéré, d'après le résultat admis de la section 6.

Exemple

Deux produits partiellement substituables. Une entreprise produit x unités d'un bien A et y unités d'un bien B. Son profit, exprimé en euros, est modélisé par

P(x,y)=100x+80y2x22y22xysur U=]0,+[×]0,+[.

Le terme croisé 2xy traduit le fait que les deux biens se font partiellement concurrence.

Cadre. U est un ouvert convexe et P est polynomiale, donc de classe C2 sur U.

Points critiques. 1P=1004x2y et 2P=804y2x. Le système s'écrit

{4x+2y=1002x+4y=80soit{2x+y=50x+2y=40.

En multipliant la première équation par 2 et en lui retranchant la seconde : 4x+2yx2y=10040, donc 3x=60 et x=20, puis y=5040=10. L'unique point critique est (20,10), qui appartient bien à U, et

P(20,10)=2000+800800200400=1400.

Nature. La hessienne est constante :

2P(x,y)=(4224),det=164=12>0,Tr=8<0.

Elle est donc définie négative en tout point de U : le profit admet en (20,10) un maximum local strict, et comme la hessienne garde ce signe sur l'ouvert convexe U tout entier, ce maximum est global.

Conclusion économique. Le profit maximal vaut 1400 euros, obtenu en produisant 20 unités du bien A et 10 unités du bien B.

Minimiser un coût sous contrainte de production

Méthode

Coût minimal à production totale imposée. La contrainte « produire au total Q unités réparties entre deux ateliers » s'écrit x+y=Q : elle est linéaire, donc le théorème de la section 8 s'applique. On écrit le lagrangien, on élimine λ, puis on conclut par substitution. La condition 1C=λ=2C obtenue au passage s'interprète directement : à l'optimum, les coûts marginaux des deux ateliers sont égaux, et leur valeur commune est le multiplicateur λ.

Exemple

Répartir une production entre deux ateliers. Le coût de production, en euros, est C(x,y)=2x2+3y2, où x et y désignent les quantités produites par chacun des deux ateliers. L'entreprise doit livrer 100 unités : x+y=100.

Lagrangien. Avec g(x,y)=x+y, on a C(x,y)=(4x,6y) et g=(1,1), d'où le système

{4x=λ6y=λx+y=100.

L'élimination de λ donne 4x=6y, soit y=2x3. En reportant dans la contrainte : x+2x3=5x3=100, donc x=60 et y=40. Le candidat est (60,40), de coût C(60,40)=2×3600+3×1600=7200+4800=12000.

Conclusion par substitution. Posons y=100x et étudions

φ(x)=2x2+3(100x)2=2x2+3(10000200x+x2)=5x2600x+30000.

La forme canonique s'obtient en factorisant par 5 : φ(x)=5(x2120x)+30000=5(x60)218000+30000=5(x60)2+12000. Donc φ(x)12000 avec égalité si et seulement si x=60 : le minimum sous contrainte est bien global.

Interprétation. Le coût minimal vaut 12000 euros, atteint en produisant 60 unités dans le premier atelier et 40 dans le second. Vérifions l'égalité des coûts marginaux : 1C(60,40)=4×60=240 et 2C(60,40)=6×40=240. Ils sont bien égaux, et cette valeur commune, 240 euros, est le multiplicateur λ : c'est le coût de la centième-et-unième unité, autrement dit le coût marginal de l'objectif de production.

Maximiser une utilité de type Cobb-Douglas

Méthode

Utilité Cobb-Douglas sous contrainte budgétaire, par le logarithme. L'utilité U(x,y)=xαyβ, avec α>0 et β>0, se dérive mal telle quelle : les calculs font apparaître des puissances imbriquées. L'astuce, systématique, consiste à maximiser plutôt

V(x,y)=lnU(x,y)=αlnx+βlnysur ]0,+[×]0,+[.

C'est légitime parce que la fonction logarithme est strictement croissante sur ]0,+[ : les inégalités U(x,y)U(a) et V(x,y)V(a) sont équivalentes, donc U et V ont exactement les mêmes points de maximum, et la valeur maximale de U se retrouve en composant par l'exponentielle. Cette phrase de justification doit figurer dans la copie.

Exemple

Le résultat général, puis un cas chiffré. Un consommateur maximise U(x,y)=xαyβ sous la contrainte budgétaire p1x+p2y=R, avec x>0, y>0, et des prix et un revenu strictement positifs.

Le lagrangien sur V. On a V(x,y)=(αx,βy) et g=(p1,p2), d'où

{αx=λp1βy=λp2p1x+p2y=R.

Les deux premières équations se réécrivent p1x=αλ et p2y=βλ. En les additionnant et en utilisant la contrainte, R=α+βλ, donc λ=α+βR, et en reportant :

x=αα+β×Rp1,y=βα+β×Rp2.

C'est le résultat le plus célèbre de la microéconomie élémentaire : chaque bien reçoit une part constante du budget, la part αα+β pour le premier et βα+β pour le second, indépendamment des prix.

Cas chiffré. Prenons U(x,y)=x2y, donc α=2 et β=1, avec p1=2, p2=3 et R=90. Les formules donnent

x=23×902=30,y=13×903=10.

Vérification de la contrainte. 2×30+3×10=60+30=90. L'utilité vaut U(30,10)=900×10=9000.

Conclusion par substitution. La contrainte donne y=902x3, qui est strictement positive si et seulement si x<45. On étudie donc, sur l'intervalle ]0,45[,

V(x)=2lnx+ln(902x3),V(x)=2x2902x.

Le calcul de V utilise la dérivée de ulnu : le second terme se dérive en 2/3(902x)/3=2902x. La dérivée s'annule quand 902x=x, soit x=30, et son signe se lit sur cette comparaison : pour x<30 on a 902x>x donc V(x)>0, et pour x>30 on a V(x)<0.

xx
00
3030
4545
V(x)V'(x)
++
00
-
V(x)V(x)
-\infty
ln(9000)\ln(9000)
-\infty

La fonction V atteint donc un maximum global en x=30, et il en va de même pour U par stricte croissance du logarithme. Le panier optimal est bien (30,10), pour une utilité de 9000.

L'ajustement affine par la méthode des moindres carrés

Méthode

Obtenir les équations normales comme point critique. On dispose de n couples de données (x1,y1),,(xn,yn) et l'on cherche la droite d'équation y=a+bx qui minimise la somme des carrés des écarts verticaux,

Φ(a,b)=i=1n(yiabxi)2.

Les inconnues sont a et b : Φ est une fonction de deux variables, les données xi et yi étant des constantes. On lui applique la méthode de la section 5, et le système Φ(a,b)=0 est précisément le système des équations normales rencontré au chapitre d'algèbre bilinéaire.

Propriété

Supposons les xi non tous égaux. La fonction Φ admet sur R2 un minimum global strict, atteint en l'unique solution (a,b) du système

{na+(i=1nxi)b=i=1nyi(i=1nxi)a+(i=1nxi2)b=i=1nxiyi.

Démonstration. La fonction Φ est polynomiale en (a,b), donc de classe C2 sur l'ouvert convexe R2. En dérivant terme à terme, avec la dérivée de uu2 :

Φa(a,b)=i=1n2(yiabxi)×(1)=2i=1n(yiabxi), Φb(a,b)=i=1n2(yiabxi)×(xi)=2i=1nxi(yiabxi).

Annuler ces deux expressions revient à écrire i(yiabxi)=0 et ixi(yiabxi)=0, c'est-à-dire, en développant les sommes et en isolant a et b, exactement le système annoncé.

Calculons maintenant la hessienne. Les dérivées secondes se lisent sur les expressions ci-dessus :

2Φa2=2n,2Φab=2i=1nxi,2Φb2=2i=1nxi2,

de sorte que la hessienne est constante sur R2 :

2Φ(a,b)=2(ni=1nxii=1nxii=1nxi2).

Sa trace, 2(n+ixi2), est strictement positive. Son déterminant vaut

4(ni=1nxi2(i=1nxi)2)=4ni=1n(xixˉ)2,ouˋ xˉ=1ni=1nxi,

la dernière égalité venant de ixi=nxˉ et de l'identité i(xixˉ)2=ixi2nxˉ2. Comme les xi ne sont pas tous égaux, l'un au moins diffère de xˉ, donc ce déterminant est strictement positif.

La hessienne est donc définie positive en tout point de l'ouvert convexe R2. Le résultat admis de la section 6 s'applique : le point critique est unique et c'est un minimum global strict.

Exemple

Un ajustement chiffré. Ajustons une droite au nuage des quatre points

(1,3),(2,4),(4,9),(5,12).

Les sommes. Avec n=4 :

i=14xi=12,i=14yi=28,i=14xi2=1+4+16+25=46,i=14xiyi=3+8+36+60=107.

Le système normal.

{4a+12b=2812a+46b=107.

La première équation donne a=73b. En reportant dans la seconde : 12(73b)+46b=8436b+46b=84+10b=107, donc b=2,3 puis a=76,9=0,1.

La nature du point. La hessienne vaut 2(4121246), de déterminant 4×(4×46144)=4×40=160>0 et de trace 2×50=100>0 : elle est définie positive, et constante. Le couple (0,1;2,3) réalise donc bien le minimum global de Φ.

Conclusion. La droite d'ajustement a pour équation y=0,1+2,3x. Les valeurs ajustées sont 2,4 ; 4,7 ; 9,3 et 11,6, donc les résidus valent 0,6 ; 0,7 ; 0,3 et 0,4. Leur somme est nulle, ce qui est le contrôle attendu : c'est exactement la première équation normale. L'erreur minimale vaut

Φ(0,1;2,3)=0,36+0,49+0,09+0,16=1,1.

On retrouve la droite obtenue au chapitre d'algèbre bilinéaire par projection orthogonale : les deux approches, géométrique et différentielle, donnent le même résultat, ce qui n'a rien d'étonnant puisqu'elles minimisent la même quantité.

Récapitulatif

Le tableau des réflexes

La situation Ce qu'on fait
Extrema sur un ouvert f=0, puis 2f en chaque point critique
Nature d'un point critique en dimension 2 signe de det2f(a), puis de Tr2f(a)
Nature d'un point critique en dimension 3 valeurs propres de 2f(a) par le théorème spectral
det2f(a)=0 cas douteux : signe direct de f(a+h)f(a)
Extremum global demandé forme canonique, hessienne de signe constant, ou comportement à l'infini
Domaine fermé borné existence acquise ; intérieur, puis frontière morceau par morceau, puis comparaison
Contrainte d'égalités linéaires substitution si possible, sinon lagrangien, puis argument de conclusion

Les erreurs qui coûtent des points aux concours

Conclure de f(a)=0 que a est un extremum. C'est l'erreur numéro un, et elle vide l'exercice de sa substance : la condition d'ordre 1 ne fabrique que des candidats. Le contre-exemple f(x,y)=x2y2 doit venir à l'esprit avant même d'écrire la conclusion.

Oublier de vérifier que le domaine est ouvert avant d'écrire f=0. Sans cette hypothèse, la condition d'ordre 1 est fausse, comme le montre f(x,y)=x+2y sur le carré [0,1]×[0,1], qui a deux extrema globaux et aucun point critique. Sur un fermé borné, le bord se traite par paramétrage, jamais par annulation du gradient.

Oublier le facteur 2 devant le terme croisé. La forme quadratique associée à (rsst) vaut rh12+2sh1h2+th22, parce que le coefficient s occupe deux places dans la matrice. La même vigilance s'impose dans le développement de Taylor-Young.

Appliquer le critère du déterminant à la hessienne générique. Le signe de det2f(x,y) dépend en général du point : le critère se lit après substitution des coordonnées du point critique, jamais avant. Et il ne vaut qu'en dimension 2 : en dimension 3, un déterminant positif ne prouve rien.

Traiter un cas douteux comme un cas favorable. Quand det2f(a)=0, écrire « la hessienne n'est pas définie négative, donc ce n'est pas un maximum » est une faute : ce peut parfaitement en être un, comme le montre x4+y4. Le cas douteux impose l'étude directe du signe de f(a+h)f(a), il n'autorise aucune conclusion par défaut.

Annoncer un extremum global à partir d'une étude locale. La condition d'ordre 2 ne parle que d'une boule autour du point. Le mot « global » dans l'énoncé oblige à produire l'un des trois arguments de la section 6, et à dire lequel.

Utiliser le multiplicateur de Lagrange sur une contrainte non linéaire. Le théorème du programme ne vaut que pour des contraintes d'égalités linéaires. Sur une contrainte courbe comme le bord d'un disque, il faut paramétrer, substituer, ou invoquer une inégalité classique telle que celle de Cauchy-Schwarz.

S'arrêter au candidat fourni par le lagrangien. La condition sous contrainte n'est que nécessaire : sans un argument de conclusion, le point trouvé n'est rien de plus qu'un point trouvé. Et n'oubliez pas que la nature de ce point pour le problème contraint n'a aucun rapport avec sa nature pour la fonction libre.

Bloqué sur « Fonctions réelles de n variables sur un ouvert de Rⁿ : recherche d'extrema » ?

On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.