ECG approfondies · Chapitre 08 · Second semestre

Compléments d'analyse

1re année

Négligeabilité, équivalents, séries, intégrales impropres, dérivées successives, formules de Taylor, développements limités, extremum, convexité.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Négligeabilité
  • Équivalents
  • Séries
  • Intégrales impropres
  • Dérivées successives
  • Formules de Taylor
  • Développements limités
  • Extremum
  • Convexité

Ce chapitre est le plus long et le plus riche du second semestre, et c'est aussi celui qui ressemble le plus à ce que l'on vous demandera aux concours. Il rassemble dix sujets qui, présentés côte à côte dans une table des matières, semblent sans rapport : les équivalents, les séries, les intégrales impropres, les dérivées successives, les formules de Taylor, les développements limités, les extrema, la convexité, les graphes. En réalité il n'y a qu'une seule idée, déclinée dix fois : remplacer un objet compliqué par un objet simple qui lui ressemble, et contrôler l'erreur commise. Tout le reste n'est que technique.

Le point de départ est une insuffisance du chapitre sur les limites. Savoir que un0 ne dit rien de la vitesse à laquelle la suite tend vers 0, et cette vitesse est exactement ce dont nous aurons besoin. La première section installe donc les deux outils de comparaison : la négligeabilité, notée o, qui dit « beaucoup plus petit », et l'équivalence, notée , qui dit « pratiquement égal ». La deuxième section refait le même travail pour les fonctions, en un point ou à l'infini. Ces deux sections ne servent à rien par elles-mêmes ; elles sont l'alphabet des huit suivantes.

Vient alors la première application, et elle est spectaculaire : on additionne une infinité de nombres. Une série est une somme infinie, et la question n'est plus de la calculer mais de savoir si elle a un sens. La réponse tient en une phrase : une somme de termes positifs a un sens si et seulement si les termes deviennent petits assez vite, et « assez vite » se mesure avec les équivalents de la section 1. La quatrième section pose exactement la même question pour les aires : que vaut l'aire sous une courbe qui s'étend jusqu'à l'infini, ou qui monte à l'infini au bord de son intervalle ? Le vocabulaire change, la mécanique est identique, au point que les critères de convergence des séries et ceux des intégrales impropres se répondent ligne à ligne.

La seconde moitié du chapitre change de point de vue. Au lieu de comparer une quantité à une autre, on approche une fonction par un polynôme, au voisinage d'un point. C'est le rôle des dérivées successives (section 5), des formules de Taylor (section 6) et des développements limités (section 7). Un développement limité est la photographie de la fonction à la loupe : les deux premiers termes donnent la tangente, le premier terme suivant qui ne s'annule pas dit de quel côté de sa tangente passe la courbe. Une fonction quelconque devient localement un polynôme, et un polynôme, on sait le lire.

Les trois dernières sections récoltent. Le développement limité à l'ordre 2 donne la condition suffisante d'extremum (section 8), la dérivée seconde donne la convexité (section 9), et l'ensemble se rassemble dans l'étude d'un graphe (section 10) : variations, tangentes, position par rapport aux tangentes, points d'inflexion, asymptotes et position par rapport aux asymptotes. Le chapitre commence par une inégalité entre deux suites et finit par un dessin ; c'est le même mouvement, du calcul vers la forme.

Un mot sur le cadre de travail, car il est plus étroit qu'il n'y paraît et le respecter fait gagner des points. Toutes les fonctions que nous intégrerons sont continues : nous ne construisons pas l'intégrale, nous l'utilisons. Tous les développements limités sont pris au voisinage de 0 et ne se manipulent que par somme et par produit ; on ne compose jamais deux développements limités. Une intégration par parties sur une intégrale impropre se fait sur un segment, puis on passe à la limite. Ces trois règles ne sont pas des lubies : ce sont les trois endroits où les copies se sabordent chaque année.

Voici les notations employées dans tout le chapitre.

Notation Signification
un=o(vn) (un) est négligeable devant (vn)
unvn (un) et (vn) sont équivalentes
fx0g f et g sont équivalentes au voisinage de x0
nn0un série de terme général un
Sn, S, Rn somme partielle de rang n, somme, reste de rang n
abf(t)dt intégrale éventuellement impropre en a ou en b
f(p) dérivée p-ième de f
Cp, C classes de régularité d'une fonction
xnε(x), o(xn) les deux écritures du reste d'un développement limité, ε de limite nulle en 0
Cf courbe représentative de f
fin d'une démonstration

Comparaison des suites

Le chapitre sur les suites a répondu à la question « vers quoi ? ». Celui-ci répond à la question « à quelle vitesse ? ». Les suites 1n, 1n2 et 12n tendent toutes les trois vers 0, et pourtant la troisième est déjà inférieure à un millième au rang 10 quand la première en est encore loin. Cette différence de vitesse, invisible pour la notion de limite, va décider de la convergence des séries et des intégrales.

Suites négligeables

Définition

Soient (un) et (vn) deux suites réelles, la suite (vn) ne s'annulant pas à partir d'un certain rang. On dit que (un) est négligeable devant (vn), et l'on note un=o(vn), lorsque

limn+unvn=0.

Remarque

Trois précautions sur cette notation, qui est une notation et non une égalité.

Elle ne se lit que dans un sens. On écrit un=o(vn), jamais o(vn)=un. Le symbole o(vn) désigne « une suite quelconque négligeable devant (vn) », pas un nombre.

Elle ne se simplifie pas. De un=o(wn) et vn=o(wn) on ne déduit pas un=vn, bien que les deux membres de droite s'écrivent pareil.

Le cas vn=1 est un cas particulier utile : un=o(1) signifie exactement un0.

Exemple

a. n=o(n2), car nn2=1n0.

b. 1n2=o ⁣(1n), car le quotient vaut 1n0. Des deux suites qui tendent vers 0, c'est la plus rapide qui est négligeable devant l'autre.

c. (1)n=o(n), car (1)nn=1n0. La négligeabilité ne dit rien du signe.

d. 1n=o(1) et 3+1no(1) : la seconde suite tend vers 3, pas vers 0.

Propriété

Règles de calcul sur les o. Soient (un), (vn), (wn) des suites, λ un réel.

  1. Si un=o(wn) et vn=o(wn), alors un+vn=o(wn) et λun=o(wn).
  2. Si un=o(vn) et vn=o(wn), alors un=o(wn) (transitivité).
  3. Si un=o(vn), alors unwn=o(vnwn) pour toute suite (wn) ne s'annulant pas à partir d'un certain rang.

Démonstration. Toutes reposent sur les opérations sur les limites. Pour 1., un+vnwn=unwn+vnwn0+0=0, et λunwn=λunwn0. Pour 2., on écrit le quotient comme un produit de deux quotients :

unwn=unvn×vnwn0×0=0.

Pour 3., unwnvnwn=unvn0 après simplification par wn, licite à partir d'un certain rang.

Propriété

Croissances comparées (résultats admis, établis au chapitre sur les suites). Soient a>0, b>0 et q>1. Alors

(lnn)b=o(na),na=o(qn),qn=o(n!),n!=o(nn).

On résume cette chaîne par l'échelle de comparaison

lnn  na  qn  n!  nn,

où le symbole signifie « est négligeable devant ».

Exemple

a. n10=o(1,0001n) : une puissance, même énorme, perd toujours contre une exponentielle, même timide. Il faut simplement attendre plus longtemps.

b. (lnn)5n0, car (lnn)5=o(n1/2).

c. 2nn!0, ce qui redonne au passage 2nn!=o(1).

Suites équivalentes

Définition

Soient (un) et (vn) deux suites réelles, la suite (vn) ne s'annulant pas à partir d'un certain rang. On dit que (un) et (vn) sont équivalentes, et l'on note unvn, lorsque

limn+unvn=1.

L'idée est celle d'une égalité approchée dont la précision s'améliore : unvn signifie que le rapport des deux suites se rapproche de 1, donc que l'erreur relative commise en remplaçant un par vn tend vers 0. Attention, il s'agit bien de l'erreur relative : la différence unvn, elle, peut parfaitement tendre vers l'infini. Ainsi n2+nn2, alors que la différence entre les deux vaut n.

Propriété

Lien entre équivalence et négligeabilité. Avec les hypothèses de la définition,

unvn    un=vn+o(vn).

Démonstration. Supposons unvn. À partir du rang où vn0, on peut écrire

unvnvn=unvn111=0,

ce qui est exactement la définition de unvn=o(vn), c'est-à-dire un=vn+o(vn).

Réciproquement, si un=vn+o(vn), notons wn=unvn, qui vérifie wnvn0. Alors

unvn=vn+wnvn=1+wnvn1,

donc unvn.

Remarque

Cette équivalence logique est la clé de tout le chapitre : un équivalent, c'est le terme principal, et tout le reste est négligeable. C'est aussi la formulation qui se généralise, puisqu'un développement limité (section 7) n'est rien d'autre qu'un équivalent poussé à plusieurs termes.

Propriété

Premières propriétés. Soient (un), (vn), (wn) des suites qui ne s'annulent pas à partir d'un certain rang.

  1. unun ; si unvn alors vnun ; si unvn et vnwn alors unwn.
  2. Si unvn et si (vn) admet une limite , finie ou infinie, alors (un) admet la même limite .
  3. Si (un) converge vers un réel non nul, alors un.
  4. Si unvn, alors un et vn ont le même signe à partir d'un certain rang.

Démonstration. 1. Le quotient unun vaut 1, d'où la réflexivité. Si unvn1, alors vnun=(unvn)11 par quotient de limites, la limite 1 étant non nulle : d'où la symétrie. Enfin unwn=unvn×vnwn1×1=1 : d'où la transitivité.

2. On écrit un=unvn×vn. Le premier facteur tend vers 1, le second vers , donc le produit tend vers (y compris lorsque est infinie, puisqu'une suite de limite 1 est minorée par 12 à partir d'un certain rang).

3. Le quotient un tend vers =1, ce qui exige 0.

4. Comme unvn1>0, il existe un rang à partir duquel unvn>0 : les deux termes sont alors non nuls et de même signe.

Remarque

On n'écrit JAMAIS un0. Le quotient un0 n'a aucun sens, et l'écriture serait de toute façon inutile : dire d'une suite qu'elle « ressemble à 0 » ne donne aucune information sur sa vitesse. Quand un0, on cherche au contraire un équivalent non nul : par exemple 1n2+n1n2, ce qui est bien plus parlant que « cela tend vers 0 ».

De la même façon, on n'écrit jamais un+.

Les opérations autorisées sur les équivalents

Propriété

Compatibilité avec le produit, le quotient et les puissances. Soient (un), (vn), (an), (bn) des suites ne s'annulant pas à partir d'un certain rang, telles que unvn et anbn.

  1. Produit : unanvnbn.
  2. Quotient : unanvnbn.
  3. Puissance : pour tout entier pZ, unpvnp. Plus généralement, si les suites (un) et (vn) sont strictement positives à partir d'un certain rang, alors unαvnα pour tout réel α constant.

Démonstration. 1. À partir d'un certain rang, tous les termes sont non nuls et

unanvnbn=unvn×anbn1×1=1.

2. De même, en utilisant que la limite 1 du dénominateur est non nulle :

un/anvn/bn=unvn×bnan1×1=1,

puisque bnan1 par symétrie de l'équivalence.

3. Posons tn=unvn, de limite 1. Pour un exposant entier p, la propriété 1. appliquée p fois donne le résultat pour p0, et la propriété 2. l'étend aux exposants négatifs. Pour un exposant réel α avec des suites strictement positives, on écrit

unαvnα=(unvn)α=tnα=eαlntn.

Comme tn1 et que ln est continue en 1, on a lntn0, puis αlntn0, et enfin eαlntne0=1 par continuité de l'exponentielle.

Remarque

Dans la propriété de puissance, l'exposant α est constant. L'énoncé est faux pour un exposant qui varie avec n : on a 1+1n1, mais

(1+1n)ne1=1n.

C'est le contre-exemple à retenir, et nous le retrouverons en section 7.

Propriété

Équivalent d'une somme par son terme dominant. Si un=vn+wn avec wn=o(vn), alors unvn.

Démonstration. C'est exactement la propriété de lien démontrée plus haut, lue de droite à gauche.

Méthode

Trouver un équivalent simple. On cherche toujours à faire apparaître un seul terme, le plus gros.

  1. Somme finie de termes : on identifie le terme qui l'emporte (croissances comparées), on le factorise, et ce qui reste tend vers 1.
  2. Quotient : on cherche un équivalent du numérateur, un équivalent du dénominateur, puis on divise (compatibilité avec le quotient).
  3. Racines et puissances : on applique la compatibilité avec les puissances, après s'être assuré de la positivité.
  4. Différence de deux termes équivalents : la méthode précédente échoue, il faut transformer l'expression (quantité conjuguée, factorisation, développement limité de la section 7).
  5. Contrôle final : un équivalent est toujours plus simple que la quantité de départ. Si ce n'est pas le cas, c'est qu'on n'a rien gagné.

Exemple

a. un=3n2n+42n2+5n. Au numérateur 3n2n+43n2, au dénominateur 2n2+5n2n2, donc par quotient

un3n22n2=32.

D'après la propriété 2. des équivalents, un32.

b. un=n2+nlnn+2n. Les croissances comparées donnent n2=o(2n) et nlnn=o(2n), donc la somme des deux premiers termes est négligeable devant 2n et

un2n.

c. un=ln(n2+n). On factorise à l'intérieur du logarithme, jamais à l'extérieur :

ln(n2+n)=ln(n2(1+1n))=2lnn+ln(1+1n).

Le second terme tend vers 0, il est donc négligeable devant 2lnn qui tend vers +, d'où un2lnn.

d. un=n2+nn. Ici les deux termes sont équivalents à n et leur différence n'est pas équivalente à 0 : il faut transformer. La quantité conjuguée donne

un=(n2+nn)(n2+n+n)n2+n+n=nn2+n+n.

Comme n2+nn, le dénominateur est équivalent à 2n, donc unn2n=12.

Les opérations interdites

Cette sous-section est courte, et c'est pourtant celle qui rapporte le plus de points aux concours, car elle évite les fautes que les correcteurs sanctionnent sans discuter.

Remarque

On n'additionne pas les équivalents. De unvn et anbn, on ne déduit rien sur un+an et vn+bn.

Contre-exemple. Prenons un=n+1, vn=n, an=n et bn=n. On a bien unvn et anbn, mais

un+an=1etvn+bn=0,

et une suite constante égale à 1 n'est certainement pas équivalente à la suite nulle. La raison profonde est que l'addition peut faire disparaître les termes principaux, et l'équivalent ne contrôle que ceux-là.

Remarque

On ne compose pas un équivalent par l'exponentielle. De unvn on ne déduit pas eunevn.

Contre-exemple. n+1n, mais

en+1en=e1,

donc en+1 et en ne sont pas équivalentes. L'exponentielle transforme une différence bornée en un rapport constant : elle est bien trop brutale pour respecter les équivalents.

Ce qui reste vrai, et qui est le bon réflexe : eunevn dès que unvn0, car alors eunvn1. On travaille donc sur la différence des exposants, pas sur leur équivalent.

Remarque

On ne compose pas un équivalent par le logarithme. De unvn on ne déduit pas lnunlnvn.

Contre-exemple. 1+1n1, mais ln(1+1n)1n tandis que ln1=0 : on tomberait sur l'interdit un0. Le logarithme écrase les rapports proches de 1, précisément ceux que l'équivalence laisse libres.

Remarque

Un équivalent ne se substitue pas dans une somme ni dans une différence. L'écriture unvn autorise à remplacer un par vn dans un produit, un quotient ou une puissance, et nulle part ailleurs. En particulier, on ne remplace pas un morceau d'une somme par son équivalent.

Contre-exemple. n2+nn, mais remplacer n2+n par n dans la différence n2+nn donnerait 0, alors que cette différence tend vers 12 (exemple d. ci-dessus). Une erreur de ce type fait perdre tout le calcul qui suit.

Comparaison des fonctions au voisinage d'un point

Tout ce qui précède se transpose aux fonctions sans changement, à ceci près que la variable ne tend plus seulement vers + : elle peut tendre vers un réel x0, ou vers . Dans toute cette section, la phrase « au voisinage de x0 » signifie « sur un intervalle ouvert contenant x0 » lorsque x0 est un réel, « sur un intervalle de la forme ]A,+[ » lorsque x0=+, et « sur un intervalle de la forme ],A[ » lorsque x0=.

Négligeabilité et équivalence

Définition

Soient f et g deux fonctions définies au voisinage de x0, sauf peut-être en x0, la fonction g ne s'annulant pas sur ce voisinage, sauf peut-être en x0. On dit que :

  • f est négligeable devant g au voisinage de x0, et l'on note f=ox0(g), lorsque
limxx0f(x)g(x)=0;
  • f et g sont équivalentes au voisinage de x0, et l'on note fx0g, lorsque
limxx0f(x)g(x)=1.

Ces définitions valent pour x0 réel comme pour x0=+ ou x0=.

Remarque

Le point x0 fait partie de l'énoncé. Une équivalence n'est jamais vraie « en général » : elle est vraie au voisinage d'un point précis. Ainsi x2+x+x2 mais x2+x0x, et les deux affirmations sont correctes. Omettre le point sous le symbole est une faute de rédaction dès qu'il y a le moindre risque d'ambiguïté.

Propriété

Transposition des résultats de la section 1. Toutes les propriétés démontrées pour les suites restent valables pour les fonctions, avec les mêmes démonstrations, en remplaçant « à partir d'un certain rang » par « au voisinage de x0 ». En particulier :

  1. fx0g    f=g+ox0(g) ;
  2. si fx0g et si g admet une limite en x0, finie ou infinie, alors f admet la même limite ;
  3. l'équivalence est compatible avec le produit, le quotient et les puissances d'exposant constant (les fonctions étant supposées strictement positives dans le cas d'un exposant réel non entier) ;
  4. l'équivalence n'est compatible ni avec la somme, ni avec la composition par l'exponentielle ou le logarithme.

Propriété

Croissances comparées pour les fonctions (résultats admis). Soient a>0 et b>0.

  1. En +, la puissance l'emporte sur le logarithme :
limx+(lnx)bxa=0,c’est-aˋ-dire(lnx)b=o+(xa).
  1. En 0, la puissance l'emporte encore :
limx0+xalnxb=0.
  1. En ±, l'exponentielle l'emporte sur la puissance :
limx+xaebx=0etlimxxaebx=0.

Remarque

Ces trois résultats se retiennent en une phrase : l'exponentielle écrase les puissances, qui écrasent le logarithme. La deuxième limite est la seule qui surprenne : en 0+, le facteur lnx tend vers + et xa tend vers 0, et c'est encore la puissance qui gagne. On la retrouve constamment dans l'étude des intégrales impropres en 0 (section 4).

Exemple

a. limx+x3ex=0, donc x3=o+(ex).

b. limx0+xlnx=0, cas a=12 et b=1 de la deuxième limite (au signe près, puisque lnx<0 au voisinage de 0+).

c. limx+x2ex=0, autre écriture du cas a=2, b=1.

Les équivalents usuels en 0

Le tableau suivant est à connaître par cœur : il sert dans presque tous les exercices du chapitre, et notamment pour déterminer la nature d'une série.

Propriété

Équivalents de référence en 0. Lorsque x tend vers 0 :

ex10x,ln(1+x)0x,(1+x)α10αx  (α0),sinx0x,tanx0x,1cosx0x22.

Démonstration. Les cinq premiers sont un simple taux d'accroissement. Soit f une fonction dérivable en 0 telle que f(0)=0 et f(0)0. Alors, pour x0 voisin de 0,

f(x)f(0)x=1f(0)×f(x)f(0)x0f(0)f(0)=1,

c'est-à-dire f(x)0f(0)x. Il ne reste qu'à appliquer ce principe :

a. f(x)=ex1, f(0)=1.

b. f(x)=ln(1+x), f(0)=1.

c. f(x)=(1+x)α1, f(0)=α.

d. f(x)=sinx, f(0)=cos0=1.

Le cas de tan est identique, avec tan(0)=1. Le dernier équivalent, 1cosx0x22, échappe à ce raisonnement puisque la dérivée de x1cosx s'annule en 0 : il faut aller un cran plus loin, ce que fera la formule de Taylor-Young en section 7.

Propriété

Substitution dans un équivalent. Soient f et g équivalentes en 0, et (un) une suite de limite nulle dont les termes sont non nuls à partir d'un certain rang. Alors

f(un)g(un).

Démonstration. Par hypothèse f(x)g(x)1 quand x0, et un0 avec un0 à partir d'un certain rang. Le théorème de composition des limites donne f(un)g(un)1.

Exemple

a. ln(1+1n)1n, en substituant un=1n dans ln(1+x)0x.

b. e1/n211n2.

c. sin(1n)1n, et 1cos(1n)12n2.

d. 1+1n112n, cas α=12 du troisième équivalent.

Méthode

Calculer une limite avec des équivalents. La technique remplace avantageusement les factorisations laborieuses.

  1. Écrire la quantité comme un produit ou un quotient (jamais une somme).
  2. Remplacer chaque facteur par un équivalent simple.
  3. Simplifier, puis conclure avec la propriété « équivalentes donc même limite ».
  4. Si une somme résiste, la transformer d'abord : factorisation du terme dominant, quantité conjuguée, ou développement limité (section 7).

Exemple

Calculons limx0ln(1+3x)sin(5x). Au numérateur, ln(1+3x)03x ; au dénominateur, sin(5x)05x. Par quotient d'équivalents,

ln(1+3x)sin(5x)03x5x=35,

donc la limite vaut 35.

Calculons maintenant limx01cosxxsinx. Le numérateur est équivalent à x22, le dénominateur à x×x=x2, donc le quotient est équivalent à 12 et la limite vaut 12.

Nous disposons maintenant de tout le vocabulaire nécessaire. Les deux sections suivantes en font le même usage, sur deux objets qui se ressemblent beaucoup plus qu'on ne le croit : les sommes infinies et les aires infinies.

Séries numériques

Additionner une infinité de nombres n'a a priori aucun sens : l'addition est une opération qui prend deux nombres. La seule façon rigoureuse de donner un sens à une somme infinie est de la construire comme une limite de sommes finies. C'est toute la théorie des séries, et cela explique pourquoi le mot « nature » revient sans arrêt : avant de calculer une somme infinie, il faut prouver qu'elle existe.

Sommes partielles, convergence, somme et reste

Définition

Soit (un)nn0 une suite réelle. Pour tout entier nn0, on appelle somme partielle de rang n le réel

Sn=k=n0nuk.

La série de terme général un, notée nn0un ou plus brièvement un, est par définition la suite (Sn)nn0 de ses sommes partielles.

On dit que la série converge lorsque la suite (Sn) converge ; sa limite s'appelle alors la somme de la série et se note

k=n0+uk=limn+Sn.

Dans le cas contraire, la série diverge. Déterminer la nature d'une série, c'est dire si elle converge ou si elle diverge.

Remarque

Deux objets, deux notations. L'écriture un désigne la série, c'est-à-dire un procédé, et elle a toujours un sens. L'écriture k=n0+uk désigne un nombre, et elle n'a de sens qu'après avoir prouvé la convergence.

Écrire « k=0+uk= » avant d'avoir établi la convergence est une faute de fond : on manipule un objet qui n'existe peut-être pas. L'ordre des opérations est toujours le même : nature d'abord, calcul ensuite.

Exemple

a. Prenons un=(12)n pour n0. La formule de la somme d'une suite géométrique donne

Sn=k=0n(12)k=1(12)n+1112=212n.

Cette suite converge vers 2, donc la série converge et sa somme vaut 2.

b. Prenons un=(1)n. Les sommes partielles valent alternativement 1 et 0 : la suite (Sn) diverge, donc la série diverge. Remarquons que les sommes partielles sont bornées : pour une série, être bornée ne suffit pas à converger.

c. Prenons un=1 pour tout n. Alors Sn=n+1+ : la série diverge.

Définition

Lorsque la série un converge, de somme S, on appelle reste de rang n le réel

Rn=SSn=k=n+1+uk.

Propriété

Si un converge, alors pour tout n la série kn+1uk converge, et la suite des restes vérifie limn+Rn=0.

Démonstration. Fixons n. Pour N>n, la somme partielle de la série décalée vaut

k=n+1Nuk=SNSn,

qui tend vers SSn quand N+ : la série décalée converge, de somme SSn=Rn. Enfin Rn=SSnSS=0 puisque SnS.

Remarque

Le reste mesure l'erreur commise lorsqu'on approche la somme infinie par une somme finie. C'est lui que l'on majore quand un énoncé demande « une valeur approchée de S à 103 près ».

La condition nécessaire de convergence

Propriété

Condition nécessaire. Si la série un converge, alors limn+un=0.

Par contraposée : si (un) ne tend pas vers 0, la série un diverge. On parle alors de divergence grossière.

Démonstration. Supposons la série convergente, de somme S. Pour nn0+1, on a un=SnSn1. Or SnS et Sn1S (c'est la même suite, décalée d'un rang), donc par différence unSS=0.

Remarque

La réciproque est fausse, et c'est l'erreur numéro un du chapitre. Le fait que un0 ne garantit rien : la série 1n a un terme général qui tend vers 0 et pourtant elle diverge (nous le démontrerons plus bas). Autrement dit, la condition nécessaire ne sert qu'à prouver des divergences, jamais des convergences.

Dans une copie, la phrase « un0 donc la série converge » suffit à faire perdre tous les points de la question.

Exemple

a. nn+1 diverge grossièrement, car nn+110.

b. (1)nn2n+3 diverge grossièrement : le terme général n'a pas de limite, donc il ne tend pas vers 0.

c. (1+1n)n diverge grossièrement, car son terme général tend vers e0.

Linéarité

Propriété

Combinaison linéaire. Soient un et vn deux séries convergentes, de sommes respectives S et T, et λ, μ deux réels. Alors la série (λun+μvn) converge et

k=n0+(λuk+μvk)=λS+μT.

Démonstration. La somme partielle de rang n de la série (λun+μvn) vaut, par linéarité de la somme finie,

k=n0n(λuk+μvk)=λk=n0nuk+μk=n0nvk=λSn+μTn.

Par opérations sur les limites, cette suite converge vers λS+μT.

Remarque

Ce que la linéarité ne dit pas. Si un converge et vn diverge, alors (un+vn) diverge. En effet, si elle convergeait, la série vn=((un+vn)un) convergerait comme différence de deux séries convergentes, ce qui est exclu.

En revanche, la somme de deux séries divergentes peut être de n'importe quelle nature : avec un=1 et vn=1, les deux séries divergent et leur somme, nulle, converge.

Séries télescopiques : étudier une suite par ses accroissements

Propriété

Série des accroissements. Soit (un)nn0 une suite réelle. La série nn0(un+1un) et la suite (un) sont de même nature. En cas de convergence, en notant la limite de (un),

k=n0+(uk+1uk)=un0.

Démonstration. La somme partielle se télescope :

Sn=k=n0n(uk+1uk)=un+1un0.

Ainsi (Sn) converge si et seulement si (un+1) converge, c'est-à-dire si et seulement si (un) converge, et dans ce cas Snun0.

Méthode

Étudier une suite par la série de ses accroissements. C'est le seul outil du programme qui prouve la convergence d'une suite ni monotone ni explicite.

  1. Calculer dn=un+1un.
  2. En chercher un équivalent simple, ou une majoration de dn.
  3. Montrer que la série dn converge (comparaison avec une série de Riemann ou géométrique, convergence absolue).
  4. Conclure : la suite (un) converge. Attention, cette méthode donne l'existence de la limite, presque jamais sa valeur.

Exemple

La série n11n(n+1) converge et sa somme vaut 1. En effet

1k(k+1)=1k1k+1,

donc, en posant uk=1k, le terme général est exactement uk+1uk. La somme partielle vaut

Sn=k=1n(1k1k+1)=11n+11.

Séries à termes positifs

Une série dont tous les termes sont positifs ne peut pas osciller : ses sommes partielles ne font que monter. Cette remarque, presque triviale, est le socle de toute la théorie.

Propriété

Théorème fondamental des séries à termes positifs. Soit un une série dont le terme général vérifie un0 à partir d'un certain rang. Alors la suite (Sn) est croissante à partir de ce rang, et il n'y a que deux cas possibles :

  • soit (Sn) est majorée, et alors la série converge ;
  • soit (Sn) n'est pas majorée, et alors Sn+ : la série diverge.

En particulier, une série à termes positifs converge si et seulement si ses sommes partielles sont majorées.

Démonstration. Pour n assez grand, Sn+1Sn=un+10 : la suite (Sn) est croissante à partir d'un certain rang. Le théorème de la limite monotone, établi au chapitre sur les suites, s'applique alors : une suite croissante majorée converge, et une suite croissante non majorée tend vers +. Il n'y a pas de troisième possibilité.

Remarque

Ce théorème explique pourquoi les séries à termes positifs sont si commodes : la question « converge-t-elle ? » devient la question « les sommes partielles sont-elles majorées ? », et pour majorer une somme il suffit de majorer chacun de ses termes. C'est exactement ce que font les critères qui suivent.

Propriété

Critères de comparaison (résultats admis par le programme). Soient un et vn deux séries à termes positifs à partir d'un certain rang.

  1. Majoration. Si unvn à partir d'un certain rang, alors :
  • vn converge      un converge ;
  • un diverge      vn diverge.
  1. Équivalence. Si unvn, alors les deux séries sont de même nature.
  2. Négligeabilité. Si un=o(vn), alors vn converge      un converge (et par contraposée, un diverge      vn diverge).

Remarque

Le programme admet ces trois critères, mais il est bon de voir qu'ils ne tombent pas du ciel. Pour le premier : si 0ukvk pour k assez grand et si vn converge, les sommes partielles de un sont majorées par celles de vn, elles-mêmes majorées par la somme T ; le théorème fondamental conclut. Pour le deuxième : unvn entraîne 12vnun2vn à partir d'un certain rang, et l'on applique deux fois le premier critère.

Remarque

Le signe constant est indispensable. Ces critères sont faux pour des séries dont le terme général change de signe indéfiniment. Avant d'écrire « unvn donc même nature », il faut donc avoir vérifié, et écrit, que le terme général garde un signe constant à partir d'un certain rang. C'est une vérification d'une ligne, et son absence est sanctionnée.

Propriété

Séries à termes négatifs. Si un0 à partir d'un certain rang, les séries un et (un) sont de même nature, cette dernière étant à termes positifs. Tous les critères précédents s'appliquent donc, en les énonçant pour (un), ou en renversant le sens des inégalités.

Les séries de Riemann

Nous avons besoin d'une famille de séries de référence, aussi variée que possible, à laquelle comparer toutes les autres. Les séries de Riemann jouent ce rôle. Pour établir leur nature, nous allons comparer une somme à une intégrale, technique qui vaut d'être comprise pour elle-même : elle repose sur l'idée qu'une somme de termes f(k) est une somme d'aires de rectangles de largeur 1, et qu'un rectangle se compare facilement à l'aire sous une courbe monotone.

Encadrement des termes d'une somme par des aires sous la courbe de t \mapsto 1/t

Propriété

Séries de Riemann. Soit α un réel. La série n11nα converge si et seulement si α>1.

Le cas α=1, qui donne la série harmonique n11n, est divergent.

Démonstration. Traitons d'abord le cas α>0, pour lequel la fonction t1tα est continue et décroissante sur [1,+[. Cette décroissance donne, pour tout entier k2 et tout t[k1,k], l'inégalité 1kα1tα, puis, en intégrant sur un intervalle de longueur 1 :

1kαk1kdttα.

Le même argument sur [k,k+1], où cette fois 1tα1kα, donne l'encadrement complémentaire

kk+1dttα1kα.

Cas α>1. Sommons la première inégalité pour k allant de 2 à n, et utilisons la relation de Chasles :

Sn1=k=2n1kα1ndttα=[t1α1α]1n=1α1(11nα1)1α1.

Les sommes partielles vérifient donc Sn1+1α1 : elles sont majorées, et la série, à termes positifs, converge.

Cas α=1. Sommons la seconde inégalité pour k allant de 1 à n :

1n+1dttk=1n1k=Sn,c’est-aˋ-direln(n+1)Sn.

Comme ln(n+1)+, le théorème de comparaison des suites donne Sn+ : la série harmonique diverge.

Cas 0<α<1. Pour tout n1, on a nαn, donc 1nα1n. La série harmonique diverge, donc par le critère de majoration (appliqué dans le sens de la divergence) la série 1nα diverge.

Cas α0. Le terme général 1nα=nα ne tend pas vers 0 : la divergence est grossière.

Remarque

Le seuil est 1, et 1 est du mauvais côté. On retient : 1n2 converge, 1nn converge, 1n diverge, 1n diverge. La série harmonique est le cas limite, et c'est le contre-exemple universel à la fausse implication « un0 donc convergence ».

Il n'existe pas de formule élémentaire donnant la somme d'une série de Riemann convergente. On sait par exemple que n=1+1n2=π26, mais ce résultat est hors programme et sa démonstration dépasse de loin le cadre de la filière. En pratique, pour une série de Riemann, on répond à la question de la nature, pas à celle de la somme.

Exemple

Un équivalent de la série harmonique. Les deux inégalités obtenues dans la démonstration, écrites pour α=1, donnent

ln(n+1)k=1n1k1+lnn(n1).

En divisant par lnn pour n2, les deux membres extrêmes tendent vers 1, donc le théorème d'encadrement donne

k=1n1k  lnn.

C'est un résultat à connaître : la somme harmonique croît, mais très lentement, comme un logarithme.

Les séries géométriques et leurs deux premières dérivées

Propriété

Série géométrique. Soit q un réel. La série n0qn converge si et seulement si q<1, et dans ce cas

n=0+qn=11q.

Plus généralement, pour q<1 et tout entier n00, n=n0+qn=qn01q.

Démonstration. Si q1, alors qn1 pour tout n, donc le terme général ne tend pas vers 0 : divergence grossière. Si q<1, la somme d'une suite géométrique donne, pour q1,

Sn=k=0nqk=1qn+11q.

Comme q<1, on a qn+10, donc Sn11q. La formule décalée s'obtient en factorisant : n=n0Nqn=qn0j=0Nn0qj, puis en passant à la limite.

Les deux formules suivantes s'obtiennent, dans les cours d'analyse plus avancés, en dérivant terme à terme la somme géométrique. Cette opération n'est pas au programme ; nous les établirons donc par un calcul direct de la somme partielle, entièrement élémentaire.

Propriété

Les deux premières dérivées de la série géométrique. Soit q un réel tel que q<1. Alors les deux séries suivantes convergent et

n=1+nqn1=1(1q)2,n=2+n(n1)qn2=2(1q)3.

Démonstration. Première formule. Posons Tn=k=1nkqk1 et calculons (1q)Tn :

(1q)Tn=k=1nkqk1k=1nkqk.

Dans la seconde somme, le changement d'indice j=k+1 donne j=2n+1(j1)qj1. En regroupant les deux sommes terme à terme, les indices 2 à n se combinent avec le coefficient k(k1)=1 :

(1q)Tn=1+k=2nqk1nqn=k=1nqk1nqn=1qn1qnqn.

Comme q<1, on a qn0 et nqn0 par croissances comparées. Donc (1q)Tn11q, puis

Tn1(1q)2.

Seconde formule. Posons Un=k=2nk(k1)qk2 et procédons de même :

(1q)Un=k=2nk(k1)qk2k=2nk(k1)qk1.

Le changement d'indice j=k+1 dans la seconde somme donne j=3n+1(j1)(j2)qj2. Les termes d'indice 3 à n se combinent avec le coefficient

k(k1)(k1)(k2)=(k1)(k(k2))=2(k1),

et il reste, en tête, le terme k=2 qui vaut 2, et, en queue, le terme retranché n(n1)qn1 :

(1q)Un=2k=2n(k1)qk2n(n1)qn1=2Tn1n(n1)qn1.

Or Tn11(1q)2 d'après la première partie, et n(n1)qn10 par croissances comparées. Donc

(1q)Un2(1q)2,puisUn2(1q)3.

Remarque

On rencontre souvent ces sommes sous une forme légèrement différente, obtenue par multiplication par q ou par q2 :

n=1+nqn=q(1q)2,n=2+n(n1)qn=2q2(1q)3.

La décomposition n2=n(n1)+n permet alors de calculer n1n2qn, ce qui est un exercice classique. L'essentiel est de savoir retrouver ces formules : c'est toujours le même calcul de (1q) fois la somme partielle.

Exemple

Pour q=13 :

n=0+(13)n=1113=32,n=1+n(13)n1=1(113)2=94.

La série exponentielle

Propriété

Série exponentielle. Pour tout réel x, la série k0xkk! converge et

k=0+xkk!=ex.

En particulier, pour x=1, k=0+1k!=e.

Nous démontrerons ce résultat en section 6, une fois l'inégalité de Taylor-Lagrange établie : c'est elle qui permet de contrôler l'écart entre ex et la somme partielle. Signalons dès maintenant que la convergence, elle, est facile à obtenir pour x0 : le terme général est positif et, par croissances comparées, xkk!=o ⁣(1k2), ce qui donne la convergence par comparaison avec une série de Riemann. Ce que la formule de Taylor apporte en plus, c'est la valeur de la somme.

Convergence absolue

Jusqu'ici, tous nos critères exigent un signe constant. Que faire d'une série dont le terme général change de signe sans cesse ? Le programme offre un seul outil, et il consiste à se ramener au cas positif.

Définition

On dit que la série un est absolument convergente lorsque la série un converge.

Propriété

Toute série absolument convergente est convergente. Plus précisément, si un converge, alors un converge et

k=n0+ukk=n0+uk.

Démonstration. L'idée du programme est d'écrire un comme différence de deux séries à termes positifs convergentes. Posons, pour tout n,

un+=un+un2,un=unun2.

Comme ununun, ces deux suites sont positives, et l'on a de plus

0un+un,0unun.

La série un converge par hypothèse, donc le critère de majoration des séries à termes positifs donne la convergence de un+ et de un. Or

un+un=un+un2unun2=un,

donc, par linéarité, la série un converge.

Pour l'inégalité, on part de l'inégalité triangulaire sur les sommes finies,

k=n0nukk=n0nuk,

et l'on passe à la limite quand n+, ce qui est licite puisque les deux membres convergent et que les inégalités larges se conservent par passage à la limite.

Remarque

La réciproque est fausse. Il existe des séries convergentes qui ne convergent pas absolument ; l'exemple de référence est (1)nn, dont l'étude sort du programme de première année. Retenons simplement que « converge absolument » est une propriété plus forte que « converge ».

En pratique, face à une série de signe non constant, on procède ainsi : on teste la convergence absolue en étudiant un, qui est une série à termes positifs et relève donc de tous les critères précédents. Si elle converge, c'est gagné. Si elle diverge, on ne peut rien conclure sur un par cette voie, et il faut revenir à une étude directe des sommes partielles.

Exemple

a. La série n1(1)nn2 converge, car (1)nn2=1n2 est le terme général d'une série de Riemann convergente (α=2>1).

b. La série n1sinnn2 converge, car sinnn21n2 et le critère de majoration s'applique à la série des valeurs absolues, qui est bien à termes positifs.

c. La série n0cosn2n converge absolument, par comparaison avec la série géométrique de raison 12.

Catalogue des séries usuelles

Série Converge si et seulement si Somme
n11nα α>1 non calculable en général
n0qn q<1 11q
n1nqn1 q<1 1(1q)2
n2n(n1)qn2 q<1 2(1q)3
k0xkk! tout réel x ex
n11n(n+1) toujours (télescopique) 1

Méthode générale et exemples

Méthode

Déterminer la nature d'une série. L'ordre des réflexes est toujours le même.

  1. Le terme général tend-il vers 0 ? Sinon, divergence grossière, et c'est fini en une ligne.
  2. Quel est le signe du terme général ? S'il est de signe constant à partir d'un certain rang, on est dans le cadre des critères de comparaison. Sinon, on passe à un et l'on teste la convergence absolue.
  3. Chercher un équivalent simple de un, en utilisant les équivalents usuels et les croissances comparées. C'est l'étape décisive.
  4. Comparer à une série de référence, presque toujours une série de Riemann 1nα ou une série géométrique qn.
  5. Conclure en citant le critère utilisé et en rappelant que les termes sont positifs.

Un raccourci très utile, conséquence directe du critère de négligeabilité : s'il existe α>1 tel que nαun0, alors un converge, car un=o ⁣(1nα).

Exemple

a. un=2n+1n3+5. Le terme est positif, et

un2nn3=2n2.

La série 2n2 converge (Riemann, α=2>1, linéarité), donc un converge.

b. un=sin(1n). Le terme est positif pour n1, et sin(1n)1n. La série harmonique diverge, donc un diverge. Noter que le terme général tend bien vers 0 : la condition nécessaire ne permettait pas de conclure.

c. un=ln(1+1n2). Positif, et équivalent à 1n2 par substitution dans ln(1+x)0x. La série converge.

d. un=n32n. Positif. Ici l'équivalent ne simplifie rien, on utilise le raccourci : n2un=n52n0 par croissances comparées, donc un=o ⁣(1n2) et la série converge.

e. un=1nlnn pour n2. Attention au piège : un=o ⁣(1n), mais la série 1n diverge, donc le critère de négligeabilité ne s'applique pas dans ce sens et ne dit rien. La minoration un1n2, valable pour n3 puisque lnnn, ne conclut pas davantage : minorer par une série convergente n'apprend rien.

On reprend alors la comparaison avec une intégrale. La fonction t1tlnt est continue et décroissante sur [2,+[, donc pour k2,

kk+1dttlnt1klnk.

En sommant de k=2 à n et en reconnaissant la primitive tln(lnt) :

Sn2n+1dttlnt=ln(ln(n+1))ln(ln2)+.

La série diverge. Cet exemple montre que l'échelle des séries de Riemann, si commode soit-elle, ne suffit pas à trancher tous les cas.

Exemple

Application de la série des accroissements : la constante d'Euler. Posons, pour n1,

un=k=1n1klnn.

Cette suite n'est ni explicite ni évidemment monotone. Étudions la série de ses accroissements. Comme ln(n+1)lnn=nn+1dtt,

un+1un=1n+1nn+1dtt.

Sur le segment [n,n+1], on a l'encadrement 1n+11t1n, donc en intégrant sur un intervalle de longueur 1 :

1n+1nn+1dtt1n.

En reportant, il vient

1n(n+1)=1n+11n  un+1un  0.

La série 1n(n+1) converge (exemple télescopique ci-dessus), donc la série un+1un converge par majoration, donc (un+1un) converge absolument, donc elle converge. La suite (un) converge : sa limite s'appelle la constante d'Euler, notée γ, et vaut environ 0,577. Nous venons de démontrer son existence sans jamais savoir la calculer, ce qui est exactement ce que la méthode promet.

Intégrales sur un intervalle quelconque

Jusqu'à présent, nous n'avons intégré que sur des segments [a,b], et uniquement des fonctions continues : dans ce cadre, l'intégrale existe toujours et il n'y a aucune question de nature. Nous allons maintenant sortir de ce cadre de deux façons, et une seule fois : soit l'intervalle est non borné (par exemple [1,+[), soit la fonction n'est pas définie en l'une des bornes et y part à l'infini (par exemple t1t sur ]0,1]). Dans les deux cas, l'aire sous la courbe pourrait être infinie, et la question « cette aire existe-t-elle ? » est exactement la question « cette série converge-t-elle ? » du paragraphe précédent, transposée du discret au continu. Les critères vont d'ailleurs se répondre mot pour mot.

Définition

Définition

Soit a un réel et soit b un réel strictement supérieur à a, ou b=+. Soit f une fonction continue sur [a,b[.

Pour tout x[a,b[, la fonction f est continue sur le segment [a,x], donc l'intégrale axf(t)dt existe. On dit que l'intégrale abf(t)dt converge lorsque la fonction

xaxf(t)dt

admet une limite finie quand x tend vers b par valeurs inférieures. Cette limite est alors, par définition, la valeur de abf(t)dt. Dans le cas contraire, on dit que l'intégrale diverge.

On dit que b est la borne impropre de cette intégrale.

Définition

Symétriquement, si a est un réel ou , si b est un réel et si f est continue sur ]a,b], on dit que abf(t)dt converge lorsque xbf(t)dt admet une limite finie quand x tend vers a par valeurs supérieures, et cette limite est la valeur de l'intégrale.

Aire sous une courbe sur un intervalle non borné : 1/t^2 donne une aire finie, 1/t une aire infinie

La figure montre les deux comportements possibles sur [1,+[. Les deux fonctions t1t et t1t2 tendent vers 0 en +, et pourtant :

1Xdtt2=[1t]1X=11X1,1Xdtt=lnX+.

L'aire hachurée sous t1t2 est donc finie et vaut 1, alors que l'aire sous t1t est infinie. Tout le problème est là : il ne suffit pas que la fonction tende vers 0, il faut qu'elle y tende assez vite.

Remarque

Il n'existe pas de condition nécessaire analogue à celle des séries. Pour une série convergente, le terme général tend nécessairement vers 0. Pour une intégrale convergente sur [a,+[, la fonction n'a aucune obligation de tendre vers 0, et réciproquement le fait qu'elle tende vers 0 ne garantit rien, comme le montre 1+dtt. Ne transposez donc pas ce réflexe des séries aux intégrales.

Remarque

Intégrale faussement impropre. Si f est en réalité continue sur le segment fermé [a,b], alors l'intégrale abf(t)dt au sens de la définition ci-dessus converge, et sa valeur est l'intégrale usuelle : cela résulte de la continuité de xaxf sur [a,b]. Les deux définitions ne se contredisent donc jamais.

Plus intéressant, si f est continue sur [a,b[ et admet une limite finie en b, l'intégrale converge : on dit qu'elle est faussement impropre. Ainsi 01sinttdt converge, car sintt1 quand t0. Repérer ce cas fait gagner beaucoup de temps.

Les règles de calcul

Propriété

Soient f et g continues sur [a,b[, et λ, μ deux réels.

  1. Linéarité. Si abf et abg convergent, alors ab(λf+μg) converge et vaut λabf+μabg.
  2. Relation de Chasles. Pour tout c[a,b[, les intégrales abf et cbf sont de même nature, et en cas de convergence
abf(t)dt=acf(t)dt+cbf(t)dt.
  1. Positivité. Si f0 sur [a,b[ et si abf converge, alors abf0.
  2. Croissance. Si fg sur [a,b[ et si les deux intégrales convergent, alors abfabg.
  3. Fonction continue positive d'intégrale nulle. Si f0 sur [a,b[, si abf converge et vaut 0, alors f est nulle sur [a,b[.

Démonstration. Les points 1., 3. et 4. s'obtiennent en écrivant la propriété correspondante sur le segment [a,x], connue du chapitre précédent, puis en passant à la limite quand xb : les opérations sur les limites donnent 1., et le passage à la limite dans une inégalité large donne 3. et 4.

Pour 2., la relation de Chasles sur les segments donne, pour x[c,b[,

axf(t)dt=acf(t)dt+cxf(t)dt.

Le premier terme du membre de droite est une constante : la fonction de gauche admet donc une limite finie en b si et seulement si xcxf en admet une. D'où l'égalité des natures, puis la formule par passage à la limite.

Pour 5., notons F(x)=axf. Comme f0, la fonction F est croissante, donc pour tout x[a,b[,

0F(x)limybF(y)=0,

d'où F(x)=0. Ainsi axf=0 pour tout x, et le résultat sur les segments (une fonction continue positive d'intégrale nulle sur un segment est nulle) donne f=0 sur chaque [a,x], donc sur [a,b[ tout entier.

Remarque

Le point 2. est capital en pratique : la nature d'une intégrale impropre ne dépend que du comportement de f au voisinage de la borne impropre. On peut donc toujours se débarrasser de ce qui se passe ailleurs. C'est l'exact analogue du fait qu'on ne change pas la nature d'une série en modifiant un nombre fini de termes.

Le cas des fonctions positives

Propriété

Soit f continue et positive sur [a,b[. La fonction F:xaxf(t)dt est croissante sur [a,b[, et :

  • soit F est majorée, et alors abf converge ;
  • soit F n'est pas majorée, et alors F(x)+ : l'intégrale diverge.

Démonstration. La fonction F est la primitive de f qui s'annule en a, donc F=f0 et F est croissante. Le théorème de la limite monotone pour les fonctions, établi au chapitre précédent, donne exactement l'alternative annoncée : une fonction croissante et majorée admet une limite finie à gauche en b, une fonction croissante non majorée tend vers +.

Remarque

Comme pour les séries à termes positifs, il n'y a que deux comportements possibles : convergence, ou divergence vers +. Aucune oscillation n'est possible. C'est ce qui rend les critères de comparaison efficaces.

Propriété

Critères de comparaison (résultats admis par le programme). Soient f et g deux fonctions continues et positives au voisinage de la borne impropre b, c'est-à-dire sur un intervalle [c,b[ avec c[a,b[.

  1. Majoration. Si fg sur [c,b[, alors :
  • abg converge      abf converge ;
  • abf diverge      abg diverge.
  1. Équivalence. Si fbg, alors les deux intégrales sont de même nature.
  2. Négligeabilité. Si f=ob(g), alors abg converge      abf converge.

Les mêmes énoncés valent pour deux fonctions négatives au voisinage de b, en renversant les inégalités, ou en les appliquant à f et g.

Remarque

Ces critères ne valent que pour des fonctions de signe constant au voisinage de la borne impropre. La vérification du signe doit figurer dans la copie : c'est une ligne, et son absence invalide l'argument.

Notez aussi que l'énoncé porte sur un voisinage de b seulement : ce qui se passe loin de la borne impropre n'a aucune importance, comme le garantit la relation de Chasles.

Convergence absolue

Définition

Soit f continue sur [a,b[. On dit que l'intégrale abf(t)dt est absolument convergente lorsque abf(t)dt converge.

Propriété

Toute intégrale absolument convergente est convergente, et

abf(t)dtabf(t)dt.

Démonstration. C'est le décalque de la démonstration faite pour les séries. Posons

f+=f+f2,f=ff2.

Ces deux fonctions sont continues sur [a,b[ (car f l'est), positives, et vérifient f+f et ff. Par hypothèse abf converge, donc le critère de majoration donne la convergence de abf+ et de abf. Comme f=f+f, la linéarité donne la convergence de abf.

Pour l'inégalité, on part de axfaxf, valable sur le segment [a,x], et l'on passe à la limite quand xb.

Intervalle quelconque : traiter les bornes séparément

Définition

Soit f continue sur ]a,b[, où a est un réel ou et b un réel ou +. On choisit un réel c]a,b[ et l'on dit que abf(t)dt converge lorsque les deux intégrales acf et cbf convergent. On pose alors

abf(t)dt=acf(t)dt+cbf(t)dt,

et la relation de Chasles montre que ni la nature ni la valeur ne dépendent du choix de c.

Remarque

On ne fait jamais tendre les deux bornes en même temps. Chaque borne impropre s'étudie séparément, avec sa propre limite.

Contre-exemple. Pour tout X>0, XXtdt=[t22]XX=0. On serait tenté d'en conclure que +tdt=0. C'est faux : l'intégrale diverge, car 0+tdt diverge déjà. La compensation entre les deux moitiés n'a aucune valeur : elle dépend de la façon symétrique dont on a fait tendre les bornes.

Remarque

Fonctions continues sur ],a[]a,+[. Lorsque la fonction présente une singularité en un point a intérieur, on découpe en autant de morceaux qu'il y a de bornes impropres, et l'on exige la convergence de chacun. Par exemple, l'étude de +dtt2 se découpe en quatre :

1,10,01,1+.

Les deux morceaux extrêmes convergent, les deux morceaux du milieu divergent : l'intégrale diverge. Un seul morceau divergent suffit à faire diverger le tout.

Les intégrales de référence

Propriété

Intégrale de Riemann en +. Soit α un réel. L'intégrale 1+dttα converge si et seulement si α>1, et dans ce cas

1+dttα=1α1.

Démonstration. Soit X>1. Si α1, une primitive de ttα sur [1,+[ est tt1α1α, donc

1Xdttα=[t1α1α]1X=X1α11α.

Si α>1, alors 1α<0 donc X1α0 et l'intégrale converge, de valeur 11α=1α1. Si α<1, alors X1α+ et l'intégrale diverge. Enfin si α=1, 1Xdtt=lnX+ : divergence.

Propriété

Intégrale de Riemann en un point. Soient a<b deux réels et α un réel. L'intégrale abdt(ta)α converge si et seulement si α<1, et dans ce cas

abdt(ta)α=(ba)1α1α.

Le même énoncé vaut quand c'est la borne b qui pose problème : abdt(bt)α converge si et seulement si α<1, avec la même valeur (ba)1α1α.

Démonstration. La fonction est continue sur ]a,b] et la borne impropre est a. Soit x]a,b]. Si α1,

xbdt(ta)α=[(ta)1α1α]xb=(ba)1α(xa)1α1α.

Si α<1, alors 1α>0 donc (xa)1α0 quand xa+ : l'intégrale converge et vaut (ba)1α1α. Si α>1, alors (xa)1α+ : divergence. Enfin si α=1,

xbdtta=ln(ba)ln(xa)+:

divergence également.

Remarque

Le seuil est le même, mais l'inégalité est renversée. C'est le piège le plus classique du chapitre, et il mérite qu'on s'y arrête.

  • En +, il faut que la fonction décroisse vite : α>1. Ainsi 1+dtt2 converge, 1+dtt diverge.
  • En un point fini, il faut que la singularité soit douce : α<1. Ainsi 01dtt converge, 01dtt2 diverge.

Dans les deux cas, α=1 donne un logarithme, et le logarithme diverge des deux côtés. On retient : dtt diverge partout où elle est impropre.

Propriété

Intégrale exponentielle. Soit α un réel. L'intégrale 0+eαtdt converge si et seulement si α>0, et dans ce cas

0+eαtdt=1α.

Démonstration. Soit X>0. Si α0,

0Xeαtdt=[eαtα]0X=1eαXα.

Si α>0, alors eαX0 et l'intégrale converge vers 1α. Si α<0, alors eαX+ et l'intégrale diverge. Si α=0, l'intégrale 0X1dt=X tend vers + : divergence.

Catalogue des intégrales de référence

Intégrale Converge si et seulement si Valeur
1+dttα α>1 1α1
abdt(ta)α α<1 (ba)1α1α
abdt(bt)α α<1 (ba)1α1α
0+eαtdt α>0 1α
01lntdt toujours 1

La dernière ligne se démontre par une intégration par parties, technique que nous abordons maintenant.

Intégration par parties

Propriété

Intégration par parties sur un segment (rappel du chapitre précédent). Si u et v sont de classe C1 sur un segment [a,X], alors

aXu(t)v(t)dt=[u(t)v(t)]aXaXu(t)v(t)dt.

Méthode

Intégrer par parties une intégrale impropre. La règle est absolue, et le programme l'exige explicitement.

  1. Se placer sur un segment [a,X] inclus dans l'intervalle de continuité, avec X<b.
  2. Faire l'intégration par parties sur ce segment, où toutes les quantités écrites existent.
  3. Passer à la limite quand Xb, en étudiant séparément le crochet et l'intégrale restante.
  4. Conclure : si deux des trois termes de l'égalité admettent une limite finie, le troisième aussi, et l'égalité passe à la limite.

Ne jamais écrire une intégration par parties directement entre des bornes impropres. Un crochet du type [u(t)v(t)]a+ n'a aucun sens tant qu'on n'a pas prouvé que la limite existe, et une copie qui l'écrit perd les points de la question, même si le résultat final est juste. C'est une faute lourdement sanctionnée aux concours.

Exemple

a. Montrons que 0+tetdt converge et vaut 1. Soit X>0. Sur le segment [0,X], avec u(t)=et (donc u(t)=et) et v(t)=t, toutes deux de classe C1 :

0Xtetdt=[tet]0X+0Xetdt=XeX+[et]0X=XeXeX+1.

Par croissances comparées, XeX0 et eX0 quand X+. L'intégrale converge donc, et sa valeur est 1.

b. Montrons que 01lntdt converge et vaut 1. La borne impropre est 0, où lnt. Soit x]0,1]. Sur [x,1], avec u(t)=1 et v(t)=lnt :

x1lntdt=[tlnt]x1x1t×1tdt=xlnx(1x).

Par croissances comparées, xlnx0 quand x0+. L'intégrale converge donc et vaut 1.

c. Montrons que 1+lntt2dt converge et vaut 1. Sur [1,X], avec u(t)=1t2 et v(t)=lnt :

1Xlntt2dt=[lntt]1X+1Xdtt2=lnXX+[1t]1X=lnXX1X+1.

Les deux premiers termes tendent vers 0 (croissances comparées pour le premier), donc l'intégrale converge et vaut 1.

Changement de variable

Propriété

Changement de variable. Soit f une fonction continue sur ]a,b[ et soit φ une bijection de classe C1 de ]α,β[ sur ]a,b[.

  • Si φ est croissante, alors les intégrales
abf(t)dtetαβf(φ(u))φ(u)du

sont de même nature, et elles sont égales en cas de convergence.

  • Si φ est décroissante, le même énoncé vaut pour
abf(t)dtetαβf(φ(u))(φ(u))du,

le facteur φ étant alors positif.

Remarque

En pratique, on pose t=φ(u), on écrit dt=φ(u)du, et on change les bornes en utilisant les limites de φ en α et en β. Le point important, et c'est ce qui distingue cet énoncé de celui du segment, est que le théorème donne aussi l'égalité des natures : on a le droit de faire le changement de variable avant d'avoir prouvé la convergence, ce qui est souvent la façon la plus rapide de la prouver.

Les changements de variable utilisés en ECG restent simples : affines (t=u+c, t=λu), et de temps en temps t=1u, t=u2, ou toute autre substitution explicitement indiquée par l'énoncé (un sujet ne vous demandera jamais de la deviner).

Exemple

a. Changement affine. Calculons 0+dt(1+t)3. Posons t=φ(u)=u1, bijection croissante de classe C1 de ]1,+[ sur ]0,+[, avec φ(u)=1. Alors

0+dt(1+t)3=1+duu3=131=12,

d'après l'intégrale de Riemann en + avec α=3.

b. Changement décroissant. Retrouvons 1+dtt2 en posant t=φ(u)=1u, bijection décroissante de classe C1 de ]0,1[ sur ]1,+[, avec φ(u)=1u2, donc φ(u)=1u2. Comme f(φ(u))=u2,

1+dtt2=01u2×1u2du=01du=1,

ce qui confirme la valeur trouvée par le calcul direct.

c. Changement en racine. Étudions 01dtt(1+t). Posons t=φ(u)=u2, bijection croissante de classe C1 de ]0,1[ sur ]0,1[, avec φ(u)=2u. Il vient

01dtt(1+t)=012uu(1+u2)du=012du1+u2=2[Arctanu]01=π2.

L'intégrale de départ était impropre en 0 ; celle d'arrivée ne l'est plus, ce qui prouve du même coup la convergence.

Méthode générale et exemples

Méthode

Étudier une intégrale impropre. La discipline est la même que pour les séries, avec une étape supplémentaire au début.

  1. Déterminer l'intervalle de continuité de la fonction, et repérer TOUTES les bornes impropres : bornes infinies, et bornes finies où la fonction n'est pas définie. C'est l'étape que l'on oublie, et l'oubli coûte tout l'exercice.
  2. Découper avec la relation de Chasles pour n'avoir qu'une seule borne impropre par morceau.
  3. Pour chaque morceau : vérifier le signe de la fonction au voisinage de la borne, en chercher un équivalent simple, puis comparer à une intégrale de référence.
  4. Une borne où la fonction admet une limite finie donne une intégrale faussement impropre, donc convergente : le dire et passer au morceau suivant.
  5. Conclure : l'intégrale converge si et seulement si tous les morceaux convergent.

Exemple

a. 0+dtt(1+t). La fonction est continue et positive sur ]0,+[ : il y a deux bornes impropres, 0 et +. On découpe en 1.

En 0 : 1t(1+t)01t=1t1/2, et 01dtt1/2 converge car 12<1. Donc 01 converge.

En + : 1t(1+t)+1t3/2, et 1+dtt3/2 converge car 32>1. Donc 1+ converge.

Les deux morceaux convergent, donc l'intégrale converge.

b. 0+dtt+t3. Mêmes deux bornes impropres. En +, l'équivalent est 1t3 et le morceau converge. Mais en 0,

1t+t301t,

et 01dtt diverge. Le morceau 01 diverge, donc l'intégrale diverge. C'est le piège type : la borne 0 passe inaperçue si l'on ne dresse pas la liste des bornes impropres.

c. 1+ettdt. Une seule borne impropre, + ; la fonction est continue et positive sur [1,+[. Pour t1,

0ettet,

et 1+etdt converge (intégrale exponentielle, après un découpage de Chasles en 1). Par majoration, l'intégrale converge.

d. 1+lntt3dt. La fonction est continue et positive sur [1,+[. Les croissances comparées donnent lnt=o+(t1/2), donc

lntt3=o+ ⁣(1t5/2),

et 1+dtt5/2 converge car 52>1. L'intégrale converge.

e. 01lnttdt. Borne impropre en 0, où la fonction est négative : on travaille avec son opposée, positive. Pour t]0,1], les croissances comparées donnent t1/4lnt0 quand t0+, donc

lntt=t1/4lntt3/4=o0 ⁣(1t3/4),

et 01dtt3/4 converge car 34<1. L'intégrale converge absolument, donc elle converge.

Remarque

Le parallèle entre séries et intégrales, en un tableau. Les deux théories se répondent point par point, et le savoir divise par deux l'effort de mémorisation.

Séries Intégrales impropres
un0 : sommes partielles majorées f0 : xaxf majorée
1nα converge si α>1 1+dttα converge si α>1
convergence absolue      convergence convergence absolue      convergence

La seule différence notable est celle déjà signalée : le terme général d'une série convergente tend vers 0, alors qu'une intégrale convergente n'impose rien à sa fonction en +.

Dérivées successives

Nous changeons de sujet, et de point de vue. Jusqu'ici nous comparions des quantités entre elles ; nous allons maintenant approcher une fonction par un polynôme au voisinage d'un point. La dérivée première fournit déjà une approximation, celle de la tangente ; pour faire mieux, il faut dériver plusieurs fois. Cette section installe l'outillage, les deux suivantes en tirent tout le parti.

Définitions

Définition

Soit f une fonction définie sur un intervalle I. On définit par récurrence les dérivées successives de f en posant f(0)=f, puis, tant que cela a un sens,

f(p+1)=(f(p)).

La fonction f(p) s'appelle la dérivée p-ième de f. On note aussi f=f(1), f=f(2) et f=f(3).

Définition

Soit p un entier naturel. On dit que f est de classe Cp sur I lorsque f est p fois dérivable sur I et que f(p) est continue sur I.

On dit que f est de classe C sur I lorsque f est de classe Cp sur I pour tout entier naturel p.

Remarque

Être de classe C0, c'est être continue. Être de classe Cp entraîne être de classe Cq pour tout qp : chaque dérivée intermédiaire est dérivable, donc continue.

Dans tout ce chapitre, et en particulier dans les formules de Taylor, nous travaillerons avec des fonctions de classe C. Ce n'est pas une restriction gênante : toutes les fonctions usuelles de la filière (polynômes, fractions rationnelles, exponentielle, logarithme, puissances, racine carrée, sinus, cosinus) sont de classe C sur tout intervalle où elles sont définies, et toute construction obtenue à partir d'elles par somme, produit, quotient à dénominateur non nul ou composition l'est encore.

Opérations

Propriété

Soient f et g deux fonctions de classe Cp sur un intervalle I, et λ, μ deux réels.

  1. Combinaison linéaire. λf+μg est de classe Cp sur I et
(λf+μg)(p)=λf(p)+μg(p).
  1. Produit. fg est de classe Cp sur I (la dérivée p-ième est donnée par la formule de Leibniz ci-dessous).
  2. Quotient. Si g ne s'annule pas sur I, alors fg est de classe Cp sur I.
  3. Composition. Si f est de classe Cp sur I, si f(I)J et si g est de classe Cp sur J, alors gf est de classe Cp sur I. Ce résultat est admis ; il n'existe pas de formule simple pour (gf)(p).

Les mêmes énoncés valent avec C à la place de Cp.

Démonstration. Le point 1. se démontre par une récurrence immédiate sur p à partir de la linéarité de la dérivation. Les points 2. et 3. se démontrent également par récurrence, en dérivant les formules du produit et du quotient, chaque dérivation faisant apparaître des produits de fonctions de classe Cp1. Le point 4. est admis.

La formule de Leibniz

Propriété

Formule de Leibniz. Soient f et g deux fonctions de classe Cn sur un intervalle I. Alors fg est de classe Cn et

(fg)(n)=k=0n(nk)f(k)g(nk).

Démonstration. Par récurrence sur n. Notons P(n) la propriété annoncée.

Initialisation. Pour n=0, la formule s'écrit (fg)(0)=(00)f(0)g(0)=fg : c'est vrai.

Hérédité. Supposons P(n) vraie, et soient f et g de classe Cn+1. Elles sont en particulier de classe Cn, donc

(fg)(n)=k=0n(nk)f(k)g(nk).

Chaque terme de cette somme est un produit de deux fonctions dérivables (puisque kn et nkn, et que f et g sont de classe Cn+1). On peut donc dériver terme à terme :

(fg)(n+1)=k=0n(nk)(f(k+1)g(nk)+f(k)g(nk+1)).

Séparons les deux sommes et effectuons le changement d'indice j=k+1 dans la première :

(fg)(n+1)=j=1n+1(nj1)f(j)g(n+1j)+k=0n(nk)f(k)g(n+1k).

Le terme j=n+1 de la première somme vaut f(n+1)g(0), le terme k=0 de la seconde vaut f(0)g(n+1), et les indices communs 1jn se regroupent grâce à la formule de Pascal (nj1)+(nj)=(n+1j) :

(fg)(n+1)=f(n+1)g+j=1n(n+1j)f(j)g(n+1j)+fg(n+1)=j=0n+1(n+1j)f(j)g(n+1j).

D'où P(n+1), et la conclusion par récurrence.

Remarque

La formule de Leibniz est le décalque exact de la formule du binôme de Newton, avec les dérivées à la place des puissances. Elle n'est vraiment utile que lorsque l'un des deux facteurs a des dérivées qui s'annulent, typiquement un polynôme : la somme se réduit alors à deux ou trois termes.

Exemple

Calculons la dérivée n-ième de h:xx2ex sur R, pour n2. Posons f(x)=x2 et g(x)=ex. On a f(x)=2x, f(x)=2 et f(k)=0 pour k3, tandis que g(j)=g pour tout j. La formule de Leibniz ne garde donc que trois termes :

h(n)(x)=(n0)x2ex+(n1)2xex+(n2)2ex=ex(x2+2nx+n(n1)).

Contrôle pour n=2 : la formule donne ex(x2+4x+2), et le calcul direct donne h(x)=(x2+2x)ex puis h(x)=(x2+4x+2)ex. Les deux coïncident.

Dérivées successives usuelles

Fonction Dérivée n-ième Intervalle
xeax xaneax R
xlnx x(1)n1(n1)!xn, pour n1 ]0,+[
xxα xα(α1)(αn+1)xαn ]0,+[
x11x xn!(1x)n+1 ],1[
xsinx xsin(x+nπ2) R
xcosx xcos(x+nπ2) R

Chacune de ces formules se démontre par une récurrence immédiate. Pour le sinus, on utilise la formule d'addition sin(a+b)=sinacosb+cosasinb, qui donne sin(x+π2)=cosx : dériver le sinus revient donc à décaler son argument de π2.

Propriété

Dérivées d'un polynôme. Soit P une fonction polynomiale de degré inférieur ou égal à n. Alors P est de classe C sur R et

P(n+1)=0.

Démonstration. Dériver une fonction polynomiale non constante fait baisser son degré d'exactement 1, et la dérivée d'une constante est nulle. En dérivant n+1 fois une fonction polynomiale de degré au plus n, on obtient donc la fonction nulle.

Remarque

Cette propriété a une conséquence très utile en pratique : dans une formule de Taylor à l'ordre n appliquée à un polynôme de degré au plus n, le reste est nul. Un polynôme est son propre développement, ce qui n'a rien d'étonnant : approcher un polynôme par un polynôme, c'est ne rien faire.

Les formules de Taylor

Nous savons approcher une fonction dérivable par sa tangente. Les formules de Taylor généralisent cette idée : on approche f au voisinage d'un point a par le polynôme

Tn(x)=k=0nf(k)(a)k!(xa)k,

appelé polynôme de Taylor d'ordre n de f en a, et l'on contrôle l'erreur f(x)Tn(x). Il existe plusieurs façons d'écrire cette erreur ; le programme en retient deux, l'une exacte (le reste intégral), l'autre sous forme d'inégalité (Taylor-Lagrange), et une troisième, purement locale, viendra en section 7 (Taylor-Young).

Formule de Taylor avec reste intégral

Propriété

Formule de Taylor avec reste intégral. Soit f une fonction de classe C sur un intervalle I, soient a et x deux points de I et soit n un entier naturel. Alors

f(x)=k=0nf(k)(a)k!(xa)k+ax(xt)nn!f(n+1)(t)dt.

Démonstration. Par récurrence sur n, à a et x fixés.

Initialisation. Pour n=0, la formule s'écrit

f(x)=f(a)+axf(t)dt,

ce qui est exactement le théorème fondamental de l'analyse, f étant continue sur le segment d'extrémités a et x.

Hérédité. Supposons la formule vraie au rang n. Transformons le reste intégral par une intégration par parties, en posant

u(t)=f(n+1)(t),v(t)=(xt)n+1(n+1)!,

qui sont de classe C1 sur le segment d'extrémités a et x, avec v(t)=(xt)nn!. Il vient

ax(xt)nn!f(n+1)(t)dt=[(xt)n+1(n+1)!f(n+1)(t)]ax+ax(xt)n+1(n+1)!f(n+2)(t)dt.

Le crochet vaut 0 en t=x (car xt=0) et (xa)n+1(n+1)!f(n+1)(a) en t=a, au signe près. Donc

ax(xt)nn!f(n+1)(t)dt=f(n+1)(a)(n+1)!(xa)n+1+ax(xt)n+1(n+1)!f(n+2)(t)dt.

En reportant dans la formule du rang n, on obtient exactement la formule du rang n+1.

Remarque

Cette formule est une égalité exacte, valable pour tout x de l'intervalle, aussi éloigné de a que l'on veut. C'est sa force, et c'est aussi sa limite : le reste est une intégrale, donc rarement calculable. On s'en sert surtout comme point de départ pour majorer l'erreur, ce que fait l'inégalité suivante.

Inégalité de Taylor-Lagrange

Propriété

Inégalité de Taylor-Lagrange. Soit f une fonction de classe C sur un intervalle I, soient a et x deux points de I, et soit n un entier naturel. On suppose qu'il existe un réel Mn+1 tel que

f(n+1)(t)Mn+1pour tout t compris entre a et x.

Alors

f(x)k=0nf(k)(a)k!(xa)kMn+1xan+1(n+1)!.

Démonstration. Supposons d'abord xa. D'après la formule de Taylor avec reste intégral, la quantité à majorer est la valeur absolue du reste, et l'inégalité triangulaire pour les intégrales donne

ax(xt)nn!f(n+1)(t)dtax(xt)nn!f(n+1)(t)dt,

où l'on a utilisé que (xt)n0 pour t[a,x]. En majorant f(n+1) par Mn+1 :

ax(xt)nn!f(n+1)(t)dtMn+1ax(xt)nn!dt=Mn+1[(xt)n+1(n+1)!]ax=Mn+1(xa)n+1(n+1)!.

Si x<a, on écrit ax=xa et l'on refait le même calcul sur le segment [x,a], ce qui fait apparaître (ax)n+1. Dans les deux cas, on obtient la majoration annoncée avec xan+1.

Remarque

L'inégalité de Taylor-Lagrange est l'outil de majoration d'erreur du programme. On la reconnaît à la question qui l'appelle : « montrer que la suite des sommes partielles converge vers... », « donner une valeur approchée à 103 près », « montrer que pour tout x, f(x)P(x) ».

Le point délicat de la rédaction est le choix de Mn+1 : il faut majorer f(n+1) sur tout le segment entre a et x, et la majoration doit être explicite.

Exemple

Démonstration de la série exponentielle. Montrons que pour tout réel x,

k=0+xkk!=ex.

La fonction exp est de classe C sur R, avec exp(k)=exp pour tout k, donc exp(k)(0)=1. Fixons x et notons Sn=k=0nxkk! la somme partielle, qui est exactement le polynôme de Taylor d'ordre n en 0.

Sur le segment d'extrémités 0 et x, la fonction exp est croissante et positive, donc majorée par ex : on peut prendre Mn+1=ex. L'inégalité de Taylor-Lagrange donne alors

exSnexxn+1(n+1)!.

Or, à x fixé, xn+1(n+1)!0 par croissances comparées (an=o(n!) pour tout réel a). Le théorème d'encadrement donne exSn0, c'est-à-dire Snex. La série converge donc, de somme ex.

Exemple

Une valeur approchée de e. Prenons x=1 et n=5 dans l'inégalité précédente. Sur [0,1], l'exponentielle est majorée par e3, donc

ek=051k!36!=37204,2×103.

Le calcul de la somme donne

k=051k!=1+1+12+16+124+1120=163602,7167,

ce qui est bien à moins de 5×103 de la valeur e2,7183.

Exemple

Un encadrement du logarithme. Soit x0 et f(t)=ln(1+t), de classe C sur ]1,+[. On a f(0)=0, f(t)=11+t donc f(0)=1, et f(t)=1(1+t)2, si bien que f(t)1 pour tout t0. L'inégalité de Taylor-Lagrange à l'ordre 1 donne

ln(1+x)xx22,c’est-aˋ-direxx22ln(1+x)x+x22.

Pour x petit, l'erreur commise en remplaçant ln(1+x) par x est donc de l'ordre de x22 : pour x=0,1, elle ne dépasse pas 0,005.

Développements limités

Un développement limité est la version locale des formules de Taylor : on renonce à contrôler l'erreur loin du point, on se contente de savoir qu'elle est négligeable devant la dernière puissance écrite, et en échange on gagne un outil de calcul d'une souplesse remarquable. Tous les développements limités du programme sont pris au voisinage de 0, et se manipulent uniquement par somme et par produit.

Définition

Définition

Soit f une fonction définie sur un intervalle ouvert contenant 0, et soit n un entier naturel. On dit que f admet un développement limité à l'ordre n en 0 lorsqu'il existe des réels a0,a1,,an et une fonction ε, définie au voisinage de 0 et de limite nulle en 0, tels que, pour tout x voisin de 0,

f(x)=a0+a1x+a2x2++anxn+xnε(x).

Le polynôme a0+a1x++anxn s'appelle la partie régulière du développement, et xnε(x) son reste.

Remarque

Deux écritures du même reste, et laquelle nous employons. Le reste xnε(x) n'est rien d'autre qu'une quantité négligeable devant xn : les écritures xnε(x) et o(xn) désignent exactement la même chose. La première est celle de la définition officielle du programme, et c'est elle qui sert dans les démonstrations, où l'on a besoin de manipuler la fonction ε elle-même. Dans tous les calculs, nous écrirons o(xn) : c'est la notation de la fiche d'exercices, du devoir surveillé et des sujets de concours, et c'est la seule qui rende les règles de manipulation lisibles, puisqu'elle absorbe d'elle-même les restes que l'on additionne ou que l'on multiplie. Il faut savoir lire et écrire les deux.

L'abréviation courante. On écrit souvent « f admet un DLn(0) » pour « f admet un développement limité à l'ordre n en 0 ».

Le reste n'est pas facultatif. Écrire ex=1+x+x22 est faux ; écrire ex=1+x+x22+o ⁣(x2) est vrai. Un développement limité sans son reste n'est pas un développement limité, c'est une erreur.

Propriété

Troncature. Si f admet un développement limité à l'ordre n en 0, alors elle admet un développement limité à tout ordre pn, obtenu en tronquant la partie régulière au degré p.

Démonstration. Partons de f(x)=a0++anxn+xnε(x) et regroupons les termes de degré strictement supérieur à p :

f(x)=(a0++apxp)+xp(ap+1x++anxnp+xnpε(x))noteˊ η(x).

Chaque terme de η(x) tend vers 0 quand x0, puisque np1 pour les premiers et que ε(x)0 pour le dernier. Donc η est de limite nulle en 0, et f(x)=a0++apxp+xpη(x).

Remarque

La troncature explique une règle de calcul essentielle : on ne peut jamais gagner en précision. Si l'on part de développements à l'ordre 3, on obtient un résultat à l'ordre 3, pas davantage. Inversement, un développement à l'ordre 5 contient toutes les informations d'un développement à l'ordre 2.

Les premiers ordres : lien avec la continuité et la dérivée

Propriété

Soit f définie sur un intervalle ouvert contenant 0.

  1. f admet un développement limité à l'ordre 0 en 0 si et seulement si f admet une limite finie en 0, et cette limite est a0. Si de plus f est continue en 0, alors a0=f(0).
  2. f admet un développement limité à l'ordre 1 en 0 si et seulement si f est dérivable en 0, et l'on a alors
f(x)=f(0)+f(0)x+o(x).

Démonstration. 1. Si f(x)=a0+ε(x) avec ε de limite nulle, alors f(x)a0. Réciproquement, si f(x), il suffit de poser ε(x)=f(x).

2. Supposons que f(x)=a0+a1x+xε(x). En faisant x0, on obtient f(x)a0, donc a0=f(0) par continuité (une fonction dérivable en 0, ou simplement admettant un développement limité à l'ordre 1, est continue en 0 : c'est le point 1.). Alors, pour x0,

f(x)f(0)x=a1+ε(x)a1,

donc f est dérivable en 0 et f(0)=a1.

Réciproquement, si f est dérivable en 0, posons pour x0

ε(x)=f(x)f(0)xf(0),etε(0)=0.

Par définition du nombre dérivé, ε(x)0 quand x0, et en multipliant par x on obtient f(x)=f(0)+f(0)x+xε(x).

Remarque

Cette propriété s'arrête à l'ordre 1 : à partir de l'ordre 2, l'existence d'un développement limité ne renseigne plus sur les dérivées successives. Nous n'aurons pas à nous en soucier, car nous n'utiliserons les développements limités que pour des fonctions de classe C, pour lesquelles la formule de Taylor-Young fournit directement le développement à tout ordre.

La formule de Taylor-Young

Propriété

Formule de Taylor-Young (résultat admis par le programme). Soit f une fonction de classe C sur un intervalle ouvert contenant 0, et soit n un entier naturel. Alors f admet un développement limité à l'ordre n en 0, donné par

f(x)=k=0nf(k)(0)k!xk+o ⁣(xn).

Remarque

Le même énoncé, également admis, vaut à l'ordre n pour une fonction seulement de classe Cn. C'est sous cette forme que nous l'utiliserons en section 8, à l'ordre 2, pour une fonction de classe C2.

Les trois formules de Taylor, et quand les utiliser.

Formule Forme du reste Usage
Reste intégral une intégrale, égalité exacte point de départ des démonstrations
Taylor-Lagrange une majoration erreur d'approximation, valeurs approchées
Taylor-Young o(xn), local calculs de limites, allure d'une courbe

Taylor-Young est la plus faible des trois, et de très loin la plus utilisée.

Unicité du développement limité

Propriété

Unicité. Si f admet un développement limité à l'ordre n en 0, alors sa partie régulière est unique : les coefficients a0,,an sont déterminés de façon unique par f et n.

Démonstration. Supposons que, au voisinage de 0,

f(x)=k=0nakxk+xnε1(x)=k=0nbkxk+xnε2(x),

avec ε1 et ε2 de limite nulle en 0. Posons ck=akbk et η=ε1ε2, également de limite nulle. En soustrayant,

0=k=0nckxk+xnη(x)pour tout x voisin de 0.

Raisonnons par l'absurde et supposons que les ck ne soient pas tous nuls. Soit p le plus petit indice tel que cp0. Tous les termes d'indice inférieur à p étant nuls, on peut diviser par xp pour x0 :

0=cp+cp+1x++cnxnp+xnpη(x).

Faisons tendre x vers 0 : tous les termes du membre de droite tendent vers 0, sauf le premier, y compris le dernier puisque np0 et η(x)0. On obtient donc cp=0, ce qui contredit le choix de p. Ainsi tous les ck sont nuls, c'est-à-dire ak=bk pour tout k.

Remarque

L'unicité est ce qui rend les développements limités utilisables : peu importe la méthode employée pour l'obtenir, le résultat est le même. On peut donc calculer un développement limité par Taylor-Young, ou par somme et produit de développements connus, et comparer les résultats.

Elle a une conséquence pratique agréable : si f est paire, sa partie régulière ne contient que des puissances paires ; si f est impaire, que des puissances impaires. En effet, le développement de xf(x) s'obtient en changeant x en x, et l'unicité impose l'égalité des coefficients. C'est pourquoi le développement du cosinus ne contient que des puissances paires, et celui du sinus que des puissances impaires.

Le catalogue des développements limités usuels

Propriété

Développements limités usuels en 0. Pour tout entier naturel n :

ex=1+x+x22!++xnn!+o ⁣(xn)=k=0nxkk!+o ⁣(xn),ex=1x+x22!+(1)nxnn!+o ⁣(xn)=k=0n(1)kxkk!+o ⁣(xn),ln(1+x)=xx22+x33+(1)n1xnn+o ⁣(xn),(1+x)α=1+αx+α(α1)2!x2++α(α1)(αn+1)n!xn+o ⁣(xn),11x=1+x+x2++xn+o ⁣(xn),11+x=1x+x2+(1)nxn+o ⁣(xn),sinx=xx33!+x55!+(1)px2p+1(2p+1)!+o ⁣(x2p+2),cosx=1x22!+x44!+(1)px2p(2p)!+o ⁣(x2p+1).

Démonstration. Toutes s'obtiennent en appliquant la formule de Taylor-Young, dont il suffit de calculer les dérivées successives en 0.

Pour l'exponentielle, f(k)(0)=1 pour tout k, d'où le coefficient 1k!.

Pour le logarithme, f(x)=ln(1+x) vérifie f(0)=0 et, pour k1, f(k)(x)=(1)k1(k1)!(1+x)k, donc f(k)(0)=(1)k1(k1)! et le coefficient vaut

f(k)(0)k!=(1)k1(k1)!k!=(1)k1k.

Pour f(x)=(1+x)α, une récurrence donne f(k)(x)=α(α1)(αk+1)(1+x)αk, d'où f(k)(0)=α(α1)(αk+1).

Pour f(x)=11x, on a vu que f(k)(x)=k!(1x)k+1, donc f(k)(0)=k! et tous les coefficients valent 1. Pour 11+x, c'est le cas α=1 du développement précédent, puisque α(α1)(αk+1)=(1)(2)(k)=(1)kk!.

Pour le sinus et le cosinus, les dérivées successives en 0 se répètent avec une période de 4 : pour le sinus, 0, 1, 0, 1, et pour le cosinus, 1, 0, 1, 0. Les coefficients d'indice pair du sinus sont donc nuls, ce qui est cohérent avec son imparité, et de même pour les coefficients d'indice impair du cosinus. Le reste s'écrit à un ordre de plus que le dernier terme non nul, précisément parce que le terme suivant est nul.

Voici ces développements écrits jusqu'au degré 3, ce qui couvre l'immense majorité des exercices. Attention à l'ordre du reste pour le sinus et le cosinus : leur terme suivant étant nul, le reste s'écrit un cran plus loin que le dernier terme affiché.

a. ex=1+x+x22+x36+o ⁣(x3)

b. ex=1x+x22x36+o ⁣(x3)

c. ln(1+x)=xx22+x33+o ⁣(x3)

d. 11x=1+x+x2+x3+o ⁣(x3)

e. 11+x=1x+x2x3+o ⁣(x3)

f. 1+x=1+x2x28+x316+o ⁣(x3)

g. 11+x=1x2+3x285x316+o ⁣(x3)

h. sinx=xx36+o ⁣(x4)

i. cosx=1x22+x424+o ⁣(x5)

Remarque

Les développements f. et g. sont les cas α=12 et α=12 du développement de (1+x)α. Vérifions f. : le coefficient de x2 vaut

12×(12)2=18,

et celui de x3 vaut

12×(12)×(32)6=386=116.

Plutôt que d'apprendre ces deux lignes par cœur, sachez les recalculer en dix secondes.

Somme et produit de développements limités

Propriété

Somme et produit. Soient f et g deux fonctions admettant en 0 des développements limités à l'ordre n, de parties régulières respectives A(x) et B(x). Alors :

  1. f+g admet un développement limité à l'ordre n en 0, de partie régulière A(x)+B(x) ;
  2. fg admet un développement limité à l'ordre n en 0, de partie régulière le produit A(x)B(x) tronqué au degré n, c'est-à-dire privé de tous ses termes de degré strictement supérieur à n.

Démonstration. Écrivons f(x)=A(x)+xnε1(x) et g(x)=B(x)+xnε2(x).

1. En additionnant, f(x)+g(x)=A(x)+B(x)+xn(ε1(x)+ε2(x)), et la somme de deux fonctions de limite nulle est de limite nulle.

2. En développant le produit,

f(x)g(x)=A(x)B(x)+xn(A(x)ε2(x)+B(x)ε1(x)+xnε1(x)ε2(x)).

La parenthèse tend vers 0 quand x0, car A et B sont des polynômes, donc bornés au voisinage de 0, et ε1, ε2 tendent vers 0.

Il reste à traiter A(x)B(x), qui est un polynôme de degré au plus 2n. Séparons-le en A(x)B(x)=C(x)+D(x), où C regroupe les termes de degré au plus n et D ceux de degré strictement supérieur à n. Chaque monôme de D est de degré au moins n+1, donc D(x)=xn×xR(x) pour un certain polynôme R, et xR(x)0. En regroupant tous les termes en xn fois une quantité de limite nulle, on obtient bien

f(x)g(x)=C(x)+xnε3(x).

Remarque

Ce qui n'est pas au programme. On ne compose pas deux développements limités : le programme l'exclut explicitement. On ne les divise pas non plus, et l'on ne les dérive ni ne les intègre. Les seules opérations autorisées sont la somme, le produit, et la multiplication par une constante.

En pratique, quand un quotient apparaît, on le traite comme un produit par un développement connu, par exemple celui de 11+x ou de 11x, lorsque le dénominateur s'y prête directement.

Méthode

Calculer un développement limité par produit.

  1. Écrire les deux facteurs à l'ordre n voulu, le même pour les deux.
  2. Développer le produit en ne gardant que les termes de degré au plus n : tout terme de degré supérieur est inutile et fait perdre du temps.
  3. Regrouper par puissances croissantes.
  4. Ne pas oublier d'écrire le reste o ⁣(xn) à la fin.

Exemple

Calculons le développement limité à l'ordre 3 en 0 de xexcosx. À l'ordre 3 :

ex=1+x+x22+x36+o ⁣(x3),cosx=1x22+o ⁣(x3).

Le produit des parties régulières, en ne conservant que les degrés au plus 3, donne

(1+x+x22+x36)(1x22)=1+x+x22+x36x22x32+

où les points de suspension désignent des termes de degré 4 ou plus, que l'on jette. Il reste

excosx=1+xx33+o ⁣(x3).

Remarquons la disparition du terme en x2 : c'est fréquent, et c'est exactement pour cela qu'on ne se contente pas d'un développement à l'ordre 2 quand on veut une information fine.

Calculer une limite par les développements limités

Méthode

Lever une forme indéterminée avec un développement limité. C'est la méthode reine quand les équivalents échouent, c'est-à-dire dès qu'il y a une différence de deux quantités équivalentes.

  1. Repérer l'ordre nécessaire : en général, l'ordre du dénominateur (pour un quotient de la forme quelque chosexp, il faut développer le numérateur à l'ordre p).
  2. Développer chaque morceau à cet ordre, avec son reste.
  3. Additionner, simplifier, et factoriser par la plus petite puissance présente.
  4. Conclure. Si tout se simplifie et qu'il ne reste que le reste, c'est que l'ordre choisi était insuffisant : recommencer un cran plus loin.

Exemple

a. limx0ex1xx2. Le développement à l'ordre 2 donne ex=1+x+x22+o ⁣(x2), donc

ex1xx2=x22+o ⁣(x2)x2=12+o ⁣(x2)x212,

la dernière limite n'étant que la définition du o : le quotient o(x2)x2 tend vers 0.

b. limx0ln(1+x)xx2=12, par le même calcul avec ln(1+x)=xx22+o ⁣(x2).

c. limx01cosxx2. Le développement cosx=1x22+o ⁣(x3) donne

1cosxx2=x22+o ⁣(x3)x2=12+o ⁣(x3)x212,

puisque o(x3)x2=o(x) tend vers 0. Le signe du reste n'a pas d'importance : o(x3) est encore un o(x3). C'est la justification, promise en section 2, de l'équivalent 1cosx0x22.

d. limx0excosx1xx3. D'après le produit calculé plus haut, le numérateur vaut x33+o ⁣(x3), donc la limite vaut 13.

Allure locale du graphe

Voici l'application géométrique des développements limités, et l'une des questions les plus fréquentes aux concours : où se trouve la courbe par rapport à sa tangente ?

Propriété

Position d'une courbe par rapport à sa tangente. Soit f admettant en 0 un développement limité de la forme

f(x)=a0+a1x+akxk+o ⁣(xk),

k2 et ak0 (autrement dit, les coefficients des puissances 2 à k1 sont nuls). Alors :

  1. la courbe Cf admet au point d'abscisse 0 la tangente d'équation y=a0+a1x ;
  2. au voisinage de 0, la différence f(x)(a0+a1x) est du signe de akxk ;
  3. si k est pair, la courbe reste localement du même côté de sa tangente : au-dessus si ak>0, en dessous si ak<0 ;
  4. si k est impair, la courbe traverse sa tangente au point d'abscisse 0 : on dit que ce point est un point d'inflexion.

Démonstration. 1. La troncature à l'ordre 1 donne f(x)=a0+a1x+xη(x), donc f(0)=a0 et f(0)=a1 : la tangente en 0 a bien pour équation y=f(0)+f(0)x=a0+a1x.

2. En retranchant l'équation de la tangente,

f(x)(a0+a1x)=akxk+o ⁣(xk)=xk(ak+ε(x)),

ε désigne, comme dans la définition d'un développement limité, une fonction de limite nulle en 0. Comme ε(x)0 et ak0, il existe un intervalle autour de 0 sur lequel ak+ε(x) est du signe de ak, et ne s'annule pas. Sur cet intervalle, la différence est donc du signe de akxk.

3. Si k est pair, xk>0 pour x0 : la différence garde le signe de ak de part et d'autre de 0.

4. Si k est impair, xk change de signe en 0 : la différence aussi, donc la courbe passe d'un côté à l'autre de la tangente.

Position de la courbe de \ln(1+x) par rapport à sa tangente y = x en 0

Exemple

Le cas k=2 : la courbe reste d'un côté. Prenons f(x)=ln(1+x), dont le développement à l'ordre 2 est

ln(1+x)=xx22+o ⁣(x2).

Ici a0=0, a1=1 et a2=120 : la tangente en 0 a pour équation y=x, et

ln(1+x)x=x22+o ⁣(x2)

est du signe de x22, donc négatif de part et d'autre de 0. La courbe du logarithme est donc localement en dessous de sa tangente, ce que montre la figure ci-dessus.

Notons au passage que cette position vaut ici sur tout l'intervalle de définition, et non seulement au voisinage de 0 : c'est l'inégalité classique ln(1+x)x. Mais le développement limité, lui, ne prouve que la version locale ; c'est la convexité (section 9) qui donnera la version globale.

Le cas k=3 : la courbe traverse. Prenons f(x)=sinx, de développement sinx=xx36+o ⁣(x4). La tangente en 0 est encore y=x, et

sinxx=x36+o ⁣(x4)

est du signe de x3 : positif pour x<0, négatif pour x>0. La courbe passe au-dessus de sa tangente à gauche de 0 et en dessous à droite : l'origine est un point d'inflexion.

Méthode

Déterminer la tangente et la position locale.

  1. Écrire le développement limité de f en 0 à l'ordre 2.
  2. Les deux premiers termes donnent l'équation de la tangente : y=a0+a1x.
  3. Si a20, conclure immédiatement : la courbe est localement au-dessus si a2>0, en dessous si a2<0.
  4. Si a2=0, pousser le développement à l'ordre 3, puis 4 s'il le faut, jusqu'au premier coefficient non nul ak : c'est lui qui décide.

Application à l'étude d'une suite

Exemple

Étudions la suite définie pour n1 par un=(1+1n)n, dont nous avons déjà signalé qu'elle contredit toute manipulation naïve d'équivalents.

Comme 1+1n>0, on peut écrire un=evn avec vn=nln(1+1n). Le développement limité du logarithme à l'ordre 2 donne, pour x voisin de 0,

ln(1+x)=xx22+o ⁣(x2).

En prenant x=1n, qui tend bien vers 0 :

vn=n(1n12n2+o ⁣(1n2))=112n+o ⁣(1n).

Ainsi vn1, donc par continuité de l'exponentielle une : la suite converge vers e, et non vers 1 comme le laisserait croire l'équivalent 1+1n1.

On peut même préciser la vitesse. En écrivant une=e(evn11) et en utilisant l'équivalent ew1w pour w0, avec ici w=vn112n, on obtient

une  e2n.

La convergence est donc lente, et par valeurs inférieures.

Extremum d'une fonction

Chercher le maximum ou le minimum d'une fonction est le problème le plus fréquent des mathématiques appliquées à l'économie : maximiser un profit, minimiser un coût. La méthode du lycée, « on dérive, on cherche où la dérivée s'annule », est correcte mais incomplète : elle passe sous silence deux questions décisives, celle de l'existence de l'extremum et celle de la nature de l'intervalle. Cette section les traite frontalement.

Vocabulaire

Définition

Soit f une fonction définie sur une partie A de R et soit cA.

  • f admet un maximum global en c sur A lorsque f(x)f(c) pour tout xA ;
  • f admet un minimum global en c sur A lorsque f(x)f(c) pour tout xA ;
  • f admet un maximum local en c lorsqu'il existe η>0 tel que f(x)f(c) pour tout xA vérifiant xc<η ;
  • f admet un minimum local en c lorsqu'il existe η>0 tel que f(x)f(c) pour tout xA vérifiant xc<η.

Un extremum est un maximum ou un minimum.

Remarque

Deux mots à ne pas confondre. L'extremum est la valeur f(c) ; le point c est l'endroit il est atteint. On écrit « f admet un maximum en c, égal à f(c) ».

Un extremum global est en particulier local. La réciproque est fausse : une fonction peut avoir un maximum local sans avoir de maximum global, comme xx33x sur R, qui a un maximum local en 1 tout en tendant vers +.

Existence : le cas du segment

Propriété

Extrema sur un segment (résultat admis, vu au chapitre sur les fonctions). Toute fonction continue sur un segment [a,b] est bornée et atteint ses bornes : il existe xm et xM dans [a,b] tels que

x[a,b],f(xm)f(x)f(xM).

Une fonction continue sur un segment admet donc un minimum global et un maximum global sur ce segment.

Remarque

Les deux hypothèses sont indispensables, et leur perte change tout.

Sur un intervalle ouvert, il n'y a aucune garantie d'existence : la fonction xx sur ]0,1[ n'a ni maximum ni minimum, ses bornes 0 et 1 n'étant pas atteintes. C'est pourquoi une étude d'extremum sur un intervalle ouvert commence toujours par une discussion d'existence, alors que sur un segment l'existence est acquise d'avance.

Condition nécessaire du premier ordre

Propriété

Condition nécessaire d'ordre 1. Soit f une fonction de classe C1 sur un intervalle ouvert I, et soit cI. Si f admet un extremum local en c, alors

f(c)=0.

Démonstration. Supposons que f admette un maximum local en c (le cas du minimum s'obtient en remplaçant f par f). Comme I est ouvert et cI, il existe η>0 tel que ]cη,c+η[I et f(x)f(c) pour tout x de cet intervalle.

Pour x]c,c+η[, le numérateur f(x)f(c) est négatif ou nul et le dénominateur xc est strictement positif, donc

f(x)f(c)xc0.

En faisant tendre x vers c par valeurs supérieures, et par passage à la limite dans une inégalité large, on obtient f(c)0.

Pour x]cη,c[, le numérateur est encore négatif ou nul mais le dénominateur est strictement négatif, donc le taux d'accroissement est positif ou nul, et en faisant tendre x vers c par valeurs inférieures on obtient f(c)0.

Les deux inégalités donnent f(c)=0.

Définition

Soit f dérivable sur un intervalle I. On appelle point critique de f tout point cI tel que f(c)=0.

Remarque

Attention à la portée exacte de cette condition. Elle dit qu'un extremum local d'une fonction C1 sur un ouvert est nécessairement un point critique. Elle ne dit rien d'autre, et en particulier :

Un point critique n'est pas nécessairement un extremum. La fonction xx3 vérifie f(0)=0, et pourtant elle est strictement croissante sur R : le point 0 n'est ni un maximum ni un minimum, même local. La réciproque de la condition nécessaire est donc fausse, et c'est pour cela qu'on l'appelle « condition nécessaire ».

L'hypothèse « intervalle ouvert » ne se néglige pas. Prenons f(x)=x sur le segment [0,1]. Cette fonction est de classe C1, elle admet un minimum global en 0 et un maximum global en 1, et pourtant f(x)=1 ne s'annule jamais. Sur un intervalle qui n'est pas ouvert, un extremum peut parfaitement se produire à une borne sans que la dérivée s'y annule. C'est exactement pour cela que la recherche d'extremum sur un segment doit examiner les extrémités à part.

Condition suffisante du second ordre

Propriété

Condition suffisante d'ordre 2. Soit f une fonction de classe C2 sur un intervalle ouvert I, et soit cI un point critique de f, c'est-à-dire f(c)=0.

  • Si f(c)>0, alors f admet un minimum local strict en c.
  • Si f(c)<0, alors f admet un maximum local strict en c.
  • Si f(c)=0, on ne peut rien conclure.

Démonstration. Écrivons la formule de Taylor-Young à l'ordre 2 au point c, licite puisque f est de classe C2 : il existe une fonction ε de limite nulle en 0 telle que, pour h voisin de 0,

f(c+h)=f(c)+f(c)h+f(c)2h2+h2ε(h).

Comme f(c)=0, il reste

f(c+h)f(c)=h2(f(c)2+ε(h)).

Supposons f(c)>0 et posons m=f(c)2>0. Comme ε(h)0, il existe η>0 tel que ε(h)m2 pour h<η. Alors, pour 0<h<η,

f(c)2+ε(h)mm2=m2>0,

et comme h2>0, on obtient f(c+h)f(c)>0. Autrement dit, f(x)>f(c) pour tout xc tel que xc<η : c'est un minimum local strict.

Le cas f(c)<0 s'en déduit en appliquant ce qui précède à f.

Remarque

Le cas f(c)=0 est réellement indécidable, comme le montrent trois exemples en c=0, tous trois de point critique en 0 avec dérivée seconde nulle :

a. xx4 : minimum global en 0.

b. xx4 : maximum global en 0.

c. xx3 : ni l'un ni l'autre.

Dans ce cas, on revient au signe de f de part et d'autre du point, ou l'on pousse le développement limité plus loin selon la méthode de la section 7.

Méthode

Chercher les extrema d'une fonction. Tout dépend de l'ensemble sur lequel on cherche, et c'est la première chose à identifier.

Sur un intervalle ouvert I (ou sur R).

  1. L'existence n'est pas garantie : ne jamais l'affirmer sans preuve.
  2. Résoudre f(x)=0 : les extrema éventuels sont à chercher parmi les points critiques, et nulle part ailleurs.
  3. Pour chaque point critique, conclure soit par le signe de f (tableau de variations, qui donne en prime le caractère global), soit par le signe de f (condition d'ordre 2, qui ne donne que le caractère local).
  4. Pour un extremum global, revenir au tableau de variations et aux limites aux bornes.

Sur un segment [a,b].

  1. L'existence est garantie par la continuité : il y a bien un maximum et un minimum global.
  2. Les candidats sont : les points critiques intérieurs à ]a,b[, et les deux extrémités a et b.
  3. Calculer f en chacun de ces candidats et comparer les valeurs : la plus grande est le maximum, la plus petite le minimum.
  4. Ici, pas besoin de la condition d'ordre 2 : la comparaison des valeurs suffit et donne directement le résultat global.

Exemple

a. Sur R. Soit f(x)=x33x. On a f(x)=3x23=3(x1)(x+1), qui s'annule en 1 et en 1.

xx
-\infty
1-1
11
++\infty
f(x)f'(x)
++
00
-
00
++
f(x)f(x)
-\infty
22
2-2
++\infty

La fonction admet donc un maximum local en 1, égal à 2, et un minimum local en 1, égal à 2. En revanche, elle n'admet aucun extremum global sur R, puisque ses limites en ± sont infinies.

b. Sur le segment [0,3]. La même fonction est continue sur ce segment : elle y admet un maximum et un minimum globaux. Les candidats sont le point critique intérieur 1 et les deux extrémités 0 et 3 (le point critique 1 n'appartient pas au segment). Les valeurs sont

f(0)=0,f(1)=2,f(3)=279=18.

Le minimum global vaut donc 2, atteint en 1, et le maximum global vaut 18, atteint en 3. Remarquons que le maximum est atteint à une extrémité, où la dérivée ne s'annule pas : c'est la situation que la condition d'ordre 1 ne détecte jamais.

c. Avec la condition d'ordre 2. Soit g(x)=x42x2 sur R. On a g(x)=4x34x=4x(x1)(x+1), donc trois points critiques : 1, 0 et 1. La dérivée seconde vaut g(x)=12x24, d'où

g(1)=8>0,g(0)=4<0,g(1)=8>0.

La fonction admet donc un minimum local en 1 et en 1 (tous deux égaux à 1), et un maximum local en 0, égal à 0. Une étude des limites en ±, qui valent +, montre ensuite que les deux minima sont globaux et que le maximum, lui, n'est que local.

Fonctions convexes

La convexité est la propriété qui distingue une courbe « qui creuse vers le haut » d'une courbe « qui bombe ». Elle joue en économie un rôle central : les fonctions de coût sont typiquement convexes, les fonctions d'utilité typiquement concaves, et cette forme suffit à garantir qu'un point critique est un optimum, sans autre vérification. Tous les résultats de cette section sont admis par le programme.

Définition et interprétation géométrique

Définition

Soit f une fonction définie sur un intervalle I. On dit que f est convexe sur I lorsque, pour tous x1 et x2 de I et tous réels positifs t1 et t2 tels que t1+t2=1,

f(t1x1+t2x2)t1f(x1)+t2f(x2).

On dit que f est concave sur I lorsque l'inégalité inverse est vraie pour tous ces choix, c'est-à-dire lorsque f est convexe.

Remarque

Lecture géométrique. Quand t1 parcourt [0,1] et que t2=1t1, le point d'abscisse t1x1+t2x2 parcourt le segment joignant x1 et x2, tandis que l'ordonnée t1f(x1)+t2f(x2) parcourt la corde joignant les points (x1,f(x1)) et (x2,f(x2)) de la courbe.

L'inégalité de convexité dit donc exactement ceci : la courbe est en dessous de ses cordes. Pour une fonction concave, elle est au-dessus.

Une fonction convexe : la courbe est sous ses cordes et au-dessus de ses tangentes

La figure représente la parabole d'équation y=x2 sur [2,4;2,4], la corde joignant les points d'abscisses 1,5 et 2, et la tangente au point d'abscisse 0,5. On y lit les deux caractérisations de la convexité : entre les deux extrémités, la corde passe au-dessus de la courbe, et la tangente passe en dessous. Ces deux propriétés vont de pair, et l'une comme l'autre caractérise la convexité.

Propriété

Inégalité de convexité généralisée. Elle se démontre par récurrence sur n à partir de la définition, et cette démonstration est au programme (elle est faite dans la fiche d'exercices). Soit f convexe sur I. Pour tous points x1,,xn de I et tous réels positifs t1,,tn de somme 1,

f(i=1ntixi)i=1ntif(xi).

L'inégalité est renversée si f est concave.

Exemple

L'inégalité arithmético-géométrique. La fonction exponentielle est convexe sur R. Appliquons l'inégalité généralisée avec ti=1n pour tout i, et xi=lnaia1,,an sont des réels strictement positifs :

exp(1ni=1nlnai)1ni=1nexp(lnai)=a1++ann.

Le membre de gauche vaut (a1a2an)1/n, donc

a1a2ann  a1++ann:

la moyenne géométrique est toujours inférieure à la moyenne arithmétique.

Les caractérisations par les dérivées

Propriété

Caractérisation à l'ordre 1 (admise). Soit f une fonction de classe C1 sur un intervalle I. Les trois assertions suivantes sont équivalentes :

  1. f est convexe sur I ;
  2. f est croissante sur I ;
  3. la courbe Cf est au-dessus de toutes ses tangentes, c'est-à-dire
(a,x)I2,f(x)f(a)+f(a)(xa).

Propriété

Caractérisation à l'ordre 2 (admise). Soit f une fonction de classe C2 sur un intervalle I. Alors

f est convexe sur I    f0 sur I.

De même, f est concave sur I si et seulement si f0 sur I.

Remarque

La caractérisation d'ordre 2 est celle que l'on utilise en pratique : on étudie le signe de f, exactement comme on étudie le signe de f pour les variations. Un tableau à deux lignes de signes, celui de f et celui de f, résume à lui seul l'allure de la courbe.

Pour une fonction concave, tout se renverse : f décroissante, f0, courbe au-dessus de ses cordes et en dessous de ses tangentes.

Fonction Intervalle Nature
xex R convexe
xlnx ]0,+[ concave
xx2 R convexe
xx ]0,+[ concave
x1x ]0,+[ convexe

Exemple

Les inégalités classiques relues par la convexité. La fonction exponentielle est convexe (f=exp>0), donc sa courbe est au-dessus de sa tangente en 0, d'équation y=1+x :

xR,ex1+x.

La fonction logarithme est concave (f(x)=1x2<0), donc sa courbe est en dessous de sa tangente en 1, d'équation y=x1 :

x>0,lnxx1.

En remplaçant x par 1+x, on retrouve ln(1+x)x pour tout x>1, cette fois de façon globale et non plus seulement locale comme le donnait le développement limité.

Point critique d'une fonction convexe

Propriété

Condition suffisante de minimum global (admise). Soit f une fonction convexe et de classe C1 sur un intervalle ouvert I, et soit cI un point critique de f. Alors f admet en c un minimum global sur I.

Symétriquement, un point critique d'une fonction concave est un maximum global.

Remarque

Ce résultat, bien qu'admis, se comprend en une ligne à partir de la caractérisation par les tangentes : pour tout xI,

f(x)f(c)+f(c)(xc)=f(c),

puisque f(c)=0. La tangente au point critique est horizontale, et la courbe est au-dessus.

C'est un résultat d'une portée considérable en optimisation : pour une fonction convexe, il n'y a rien à vérifier au-delà de f(c)=0. Pas d'étude du signe de f, pas de condition d'ordre 2, et le minimum obtenu est directement global, alors que les critères de la section 8 ne donnaient que du local.

Points d'inflexion

Définition

Soit f une fonction de classe C1 sur un intervalle I et soit c un point intérieur à I. On dit que le point de la courbe d'abscisse c est un point d'inflexion lorsque la courbe traverse sa tangente en ce point, c'est-à-dire lorsque la différence f(x)(f(c)+f(c)(xc)) change de signe en c.

Propriété

Caractérisation (admise). Soit f de classe C2 sur I et c intérieur à I. Le point d'abscisse c est un point d'inflexion si et seulement si f change de signe en c. C'est aussi le point où la fonction cesse d'être convexe pour devenir concave, ou l'inverse.

Remarque

Il ne suffit pas que f(c) soit nulle. La fonction xx4 vérifie f(0)=0, mais f(x)=12x20 ne change pas de signe : la fonction est convexe sur R tout entier et l'origine n'est pas un point d'inflexion. C'est le changement de signe qui compte, pas l'annulation.

On retrouve ici, dans un autre langage, la règle de la section 7 : le point d'abscisse 0 est un point d'inflexion lorsque le premier coefficient non nul après le terme de degré 1 est d'indice impair.

Méthode

Étudier la convexité d'une fonction.

  1. Vérifier que f est de classe C2 sur l'intervalle considéré.
  2. Calculer f et factoriser son expression.
  3. Dresser le tableau de signes de f.
  4. Conclure : f est convexe sur les intervalles où f0, concave là où f0.
  5. Les points intérieurs où f change de signe sont les points d'inflexion ; donner leurs coordonnées (c,f(c)), et non seulement leur abscisse.

Exemple

Soit f(x)=xex sur R. Elle est de classe C, et

f(x)=(1x)ex,f(x)=(x2)ex.

Comme ex>0, la dérivée seconde est du signe de x2.

xx
-\infty
22
++\infty
f(x)f''(x)
-
00
++

La fonction est donc concave sur ],2] et convexe sur [2,+[. La dérivée seconde change de signe en 2 : le point de coordonnées (2,2e2) est un point d'inflexion de la courbe.

Étude et tracé d'un graphe

Cette dernière section ne contient presque aucun résultat nouveau : elle rassemble tout ce qui précède dans un exercice unique, l'étude complète d'une fonction. C'est le format classique des sujets de concours, et la qualité de la copie tient moins aux calculs qu'à l'ordre dans lequel on les mène.

Le plan d'étude

Méthode

Étudier complètement une fonction.

  1. Ensemble de définition. Le déterminer, et repérer les éventuelles symétries (parité, périodicité) qui permettent de réduire le domaine d'étude.
  2. Limites aux bornes du domaine, y compris aux bornes finies exclues, avec limites à gauche et à droite.
  3. Asymptotes : verticales aux bornes finies où la limite est infinie, horizontales ou obliques en ±.
  4. Dérivée : la calculer, la factoriser, en étudier le signe, dresser le tableau de variations en y portant les limites.
  5. Dérivée seconde : signe, intervalles de convexité et de concavité, points d'inflexion.
  6. Tangentes remarquables : tangente horizontale aux points critiques, tangente en un point particulier, et position locale de la courbe par rapport à ces tangentes grâce à un développement limité.
  7. Position par rapport aux asymptotes, en étudiant le signe de la différence.
  8. Tracé : placer d'abord les asymptotes, puis les points remarquables (extrema, points d'inflexion, intersections avec les axes), puis raccorder en respectant les variations et la convexité.

Asymptotes horizontales et verticales

Définition

Soit f une fonction et Cf sa courbe représentative.

  • Si limxaf(x)=± pour un réel a (limite à gauche ou à droite), la droite d'équation x=a est asymptote verticale à Cf.
  • Si limx+f(x)= avec réel, la droite d'équation y= est asymptote horizontale à Cf en +. Même définition en .

Asymptote oblique

Définition

Soient m et p deux réels avec m0. On dit que la droite d'équation y=mx+p est asymptote oblique à Cf en + lorsque

limx+(f(x)(mx+p))=0.

Même définition en .

Méthode

Chercher une asymptote oblique. Deux situations se présentent.

Cas favorable : la forme est lisible. Si l'expression de f se met sous la forme f(x)=mx+p+g(x) avec g(x)0, c'est terminé : la droite y=mx+p est asymptote, et la position de la courbe est donnée par le signe de g(x). C'est le cas de toutes les fractions rationnelles dont le numérateur a un degré de plus que le dénominateur, après division.

Cas général : on cherche les deux coefficients.

  1. Vérifier d'abord que f(x)±.
  2. Calculer m=limx+f(x)x. Si cette limite n'existe pas, ou est infinie, ou nulle, la courbe n'admet pas d'asymptote oblique en +, et l'étude de ces situations n'est pas au programme.
  3. Calculer ensuite p=limx+(f(x)mx). Si cette limite est un réel, la droite y=mx+p est asymptote.
  4. Étudier le signe de f(x)(mx+p) pour conclure sur la position : la courbe est au-dessus de l'asymptote là où cette différence est positive, en dessous là où elle est négative.

Remarque

La position par rapport à l'asymptote fait partie de la question : une asymptote annoncée sans sa position est une réponse incomplète. Notez qu'une courbe peut parfaitement couper son asymptote, y compris plusieurs fois : l'asymptote décrit un comportement à l'infini, pas une barrière.

Une étude complète

Exemple

Étudions la fonction f définie par

f(x)=x+1+1x.

Ensemble de définition. La seule contrainte est x0, donc Df=],0[]0,+[.

Limites. En 0, le terme 1x domine : f(x) quand x0 et f(x)+ quand x0+. La droite d'équation x=0, c'est-à-dire l'axe des ordonnées, est asymptote verticale. En ±, le terme 1x tend vers 0 et f(x)± respectivement.

Variations. La fonction est dérivable sur son domaine et

f(x)=11x2=x21x2=(x1)(x+1)x2.

Comme x2>0, la dérivée est du signe de (x1)(x+1), positif à l'extérieur des racines. Les valeurs remarquables sont f(1)=1+11=1 et f(1)=1+1+1=3.

xx
-\infty
1-1
00
11
++\infty
f(x)f'(x)
++
00
-
-
00
++
f(x)f(x)
-\infty
1-1
33
++\infty

La fonction admet donc un maximum local en 1, égal à 1, et un minimum local en 1, égal à 3. Aucun des deux n'est global : les limites en ± sont infinies. On notera cette curiosité, fréquente pour les fonctions à deux branches séparées par une valeur interdite : le « maximum » 1 est plus petit que le « minimum » 3.

Asymptote oblique. L'expression est déjà écrite sous la forme lisible :

f(x)(x+1)=1x0en ±.

La droite D d'équation y=x+1 est donc asymptote oblique en + et en .

Position par rapport à l'asymptote. Le signe de f(x)(x+1)=1x est celui de x : la courbe est au-dessus de D sur ]0,+[ et en dessous sur ],0[. La courbe ne coupe jamais son asymptote, puisque 1x ne s'annule pas.

Convexité. On a f(x)=2x3, du signe de x.

xx
-\infty
00
++\infty
f(x)f''(x)
-
++

La fonction est donc concave sur ],0[ et convexe sur ]0,+[. Il n'y a aucun point d'inflexion : la dérivée seconde change bien de signe en 0, mais 0 n'appartient pas à l'ensemble de définition, et un point d'inflexion est un point de la courbe. C'est un piège classique.

Asymptote oblique y = x + 1 de la courbe de x \mapsto x + 1 + 1/x

La figure confirme la lecture : les deux branches de la courbe s'approchent de la droite y=x+1, la branche de droite par au-dessus, la branche de gauche par en dessous, et l'axe des ordonnées est asymptote verticale.

Exemple

Une étude avec point d'inflexion. Reprenons g(x)=xex, déjà rencontrée en section 9, et complétons son étude sur R.

Limites. En +, les croissances comparées donnent g(x)=xex0 : la droite y=0 est asymptote horizontale. Comme g(x)>0 pour x>0, la courbe est au-dessus de son asymptote sur cette branche. En , x et ex+, donc g(x).

Variations. g(x)=(1x)ex, du signe de 1x.

xx
-\infty
11
++\infty
g(x)g'(x)
++
00
-
g(x)g(x)
-\infty
1e\dfrac{1}{e}
00

La fonction admet un maximum global en 1, égal à 1e.

Convexité. Nous avons vu que g(x)=(x2)ex : la fonction est concave sur ],2], convexe sur [2,+[, et le point (2,2e2) est un point d'inflexion.

Tangente en 0 et position locale. On a g(0)=0 et g(0)=1, donc la tangente en 0 a pour équation y=x. Pour la position, le développement limité de ex à l'ordre 1 donne ex=1x+o(x), d'où

g(x)=x(1x+o(x))=xx2+o ⁣(x2).

Le premier coefficient non nul après le terme de degré 1 est a2=1<0, d'indice pair : la courbe est donc localement en dessous de sa tangente en 0, de part et d'autre.

Les erreurs classiques du chapitre

Cette section rassemble les fautes qui reviennent chaque année. Les relire avant un devoir vaut souvent mieux que relire une démonstration de plus.

Sur les équivalents

Additionner des équivalents. De unvn et anbn, on ne déduit rien sur un+an. Le contre-exemple à citer : n+1n et nn, alors que 1 n'est pas équivalent à 0.

Écrire un0. Cette écriture n'a aucun sens. Une suite de limite nulle a un équivalent non nul, ou n'en a pas d'utile.

Composer un équivalent par une exponentielle ou un logarithme. Ni eunevn ni lnunlnvn ne se déduisent de unvn. Pour l'exponentielle, la bonne condition porte sur la différence des exposants : eunevn dès que unvn0.

Remplacer un terme par son équivalent dans une somme ou une différence. L'équivalence est compatible avec le produit, le quotient et les puissances, un point c'est tout. Devant une différence de deux quantités équivalentes, on transforme (quantité conjuguée, factorisation) ou l'on passe aux développements limités.

Oublier le point sous le symbole. x2+x est équivalent à x2 en + et à x en 0 : les deux affirmations sont vraies, et incompatibles si l'on omet de préciser où l'on travaille.

Sur les séries

Conclure de un0 que la série converge. C'est l'erreur numéro un. La série harmonique 1n diverge alors que son terme général tend vers 0. La condition nécessaire ne sert qu'à prouver des divergences.

Confondre la suite et la série. « La suite (1n2) converge, donc la série converge » est un raisonnement vide : la convergence de la suite (un) vers 0 ne dit rien de celle de un.

Appliquer un critère de comparaison à une série de signe variable. Les trois critères exigent un signe constant à partir d'un certain rang. Sans cette vérification écrite, l'argument ne vaut rien. Pour une série de signe variable, on teste la convergence absolue.

Manipuler la somme avant d'avoir prouvé la convergence. Écrire k=0+uk suppose que ce nombre existe. Nature d'abord, calcul ensuite.

Se tromper de sens dans le critère de négligeabilité. un=o(vn) et vn convergente donne la convergence de un. Mais un=o(vn) avec vn divergente ne donne rien du tout, comme le montre le couple un=1nlnn et vn=1n.

Croire que la réciproque de la divergence grossière existe. Une série peut diverger sans diverger grossièrement, et c'est même le cas le plus intéressant.

Sur les intégrales impropres

Oublier une borne impropre. Dans 0+dtt+t3, la borne 0 est aussi impropre que la borne +, et c'est elle qui fait diverger l'intégrale. On dresse toujours la liste des bornes impropres avant de commencer.

Faire tendre les deux bornes en même temps. XXtdt=0 pour tout X, et pourtant +tdt diverge. Chaque borne s'étudie séparément.

Intégrer par parties directement entre des bornes impropres. Le crochet [uv]a+ n'existe pas tant qu'on n'a pas prouvé que la limite existe. On travaille sur un segment [a,X], puis on passe à la limite. C'est une exigence explicite du programme et une faute lourdement sanctionnée.

Inverser les deux seuils de Riemann. En +, la convergence exige α>1 ; en un point fini, elle exige α<1. Les deux se confondent vite, et il n'y a qu'un moyen de ne pas se tromper : refaire mentalement le calcul de la primitive.

Transposer aux intégrales la condition nécessaire des séries. Une intégrale convergente sur [a,+[ n'oblige pas la fonction à tendre vers 0, et une fonction qui tend vers 0 n'assure pas la convergence.

Oublier de vérifier le signe avant d'appliquer un critère de comparaison ou d'équivalence, exactement comme pour les séries.

Sur les développements limités

Oublier le reste. Un développement limité sans son o ⁣(xn) est une égalité fausse.

Mélanger les ordres. Dans une somme ou un produit, tous les développements doivent être écrits au même ordre, et le résultat est de cet ordre, jamais meilleur.

Composer deux développements limités. Ce n'est pas au programme. Les seules opérations autorisées sont la somme, le produit et la multiplication par une constante.

Conclure trop vite quand tout se simplifie. Si le calcul ne laisse que le reste, c'est que l'ordre était insuffisant : on recommence un cran plus loin, on ne conclut pas que la limite est nulle.

Utiliser un développement ailleurs qu'en 0. Tous les développements du programme sont pris au voisinage de 0. Pour étudier une suite, on se ramène à x=1n, qui tend bien vers 0.

Sur les extrema et la convexité

Croire qu'un point critique est un extremum. xx3 a un point critique en 0 et aucun extremum. La condition f(c)=0 est nécessaire, pas suffisante.

Appliquer la condition nécessaire sur un intervalle non ouvert. Sur [0,1], la fonction xx atteint ses deux extrema aux bornes, sans que sa dérivée s'annule jamais. Sur un segment, les extrémités sont des candidats à part entière.

Oublier la question de l'existence. Sur un intervalle ouvert, rien ne garantit qu'un extremum existe. Sur un segment, la continuité le garantit : c'est une phrase à écrire, elle rapporte des points.

Conclure d'un f(c)=0. Ni extremum, ni point d'inflexion : xx4 a une dérivée seconde nulle en 0 et y admet pourtant un minimum global, sans point d'inflexion. Il faut étudier le changement de signe.

Confondre local et global. La condition d'ordre 2 ne donne jamais qu'un extremum local. Pour le global, il faut le tableau de variations, ou la convexité.

Ce qu'il faut savoir faire

Comparer

  • Écrire proprement un=o(vn) et unvn, et passer de l'un à l'autre par la relation unvn    un=vn+o(vn).
  • Déterminer un équivalent simple d'une suite ou d'une fonction : factorisation du terme dominant, croissances comparées, quantité conjuguée.
  • Citer sans hésiter les six équivalents usuels en 0 et les substituer en 1n.
  • Calculer une limite par équivalents, et savoir reconnaître les cas où c'est interdit.

Étudier une série

  • Écrire la somme partielle, distinguer la série de sa somme, exprimer le reste.
  • Prouver une divergence grossière en une ligne.
  • Reconnaître une série télescopique et l'utiliser pour étudier une suite par ses accroissements.
  • Déterminer la nature d'une série à termes positifs par équivalent, puis comparaison à une série de Riemann ou géométrique.
  • Prouver une convergence absolue et en déduire la convergence.
  • Restituer les sommes des séries géométriques et de leurs deux premières dérivées, et savoir refaire le calcul de (1q) fois la somme partielle.
  • Utiliser la série exponentielle k0xkk!=ex.

Étudier une intégrale impropre

  • Repérer toutes les bornes impropres et découper avec Chasles.
  • Reconnaître une intégrale faussement impropre.
  • Conclure par comparaison, équivalence ou négligeabilité, après avoir justifié le signe.
  • Restituer les trois intégrales de référence avec leur condition exacte de convergence.
  • Mener une intégration par parties sur un segment, puis passer à la limite.
  • Effectuer un changement de variable, en justifiant que la fonction est une bijection de classe C1 monotone, et en changeant les bornes.

Approcher une fonction

  • Calculer une dérivée n-ième, à la main ou par la formule de Leibniz.
  • Écrire la formule de Taylor avec reste intégral et l'inégalité de Taylor-Lagrange, avec toutes leurs hypothèses.
  • Majorer une erreur d'approximation et en déduire une valeur approchée.
  • Restituer les développements limités usuels en 0, à l'ordre 3 au minimum.
  • Calculer un développement limité par somme et par produit.
  • Lever une forme indéterminée par développement limité.

Lire la géométrie d'une courbe

  • Déterminer la tangente en un point et la position locale de la courbe par rapport à elle.
  • Chercher les extrema d'une fonction sur un intervalle ouvert, puis sur un segment, en distinguant les deux méthodes.
  • Appliquer la condition suffisante d'ordre 2, et savoir quand elle ne conclut pas.
  • Étudier la convexité par le signe de f, déterminer les points d'inflexion et donner leurs coordonnées.
  • Exploiter la convexité pour démontrer une inégalité (courbe au-dessus de ses tangentes, en dessous de ses cordes).
  • Reconnaître un point critique d'une fonction convexe comme un minimum global.
  • Déterminer les asymptotes, y compris obliques, et la position de la courbe par rapport à elles.
  • Rassembler variations, convexité, tangentes et asymptotes en une étude complète et un tracé cohérent.

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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.