ECG approfondies · Chapitre 02 · Premier semestre
Polynômes
1re année
Degré, opérations, racines, factorisation, polynôme identifié à sa fonction polynomiale sans construction formelle.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Degré
- Opérations
- Racines
- Factorisation
- Polynôme identifié à sa fonction polynomiale sans construction formelle
Vous connaissez déjà les polynômes, même si le mot n'était pas toujours prononcé. Depuis la classe de seconde, vous développez des expressions du type , vous factorisez en , et depuis la première vous savez résoudre une équation du second degré à l'aide du discriminant, puis dresser le tableau de signes du trinôme obtenu. Ce chapitre reprend intégralement ce matériel, mais il en change le point de vue. Jusqu'ici, un polynôme était une expression que l'on manipulait au coup par coup ; désormais, ce sera un objet que l'on étudie pour lui-même, dans un ensemble muni d'opérations, et surtout doté d'un invariant numérique d'une efficacité remarquable : le degré. Beaucoup de démonstrations de ce chapitre tiennent en trois lignes une fois que l'on a pensé à comparer deux degrés.
Le programme officiel fixe un parti pris qu'il faut connaître dès maintenant, car il simplifie considérablement les choses : la construction des polynômes formels n'est pas au programme, et l'on identifie polynômes et fonctions polynomiales. Autrement dit, pour nous, le polynôme et la fonction sont un seul et même objet ; dire que deux polynômes sont égaux, c'est dire qu'ils prennent la même valeur en tout réel. Dans certains ouvrages de mathématiques supérieures, on construit au contraire les polynômes comme des objets purement algébriques, indépendamment de toute fonction, ce qui oblige à démontrer ensuite que deux polynômes distincts définissent des fonctions distinctes. Nous n'aurons pas à le faire : nous démontrerons directement, en section , qu'une fonction polynomiale détermine ses coefficients de manière unique, ce qui est exactement le résultat dont on a besoin en pratique. Le programme précise également que les démonstrations de ce chapitre ne sont pas exigibles aux concours. Nous en donnons pourtant l'essentiel, pour une raison simple : ce sont elles qui contiennent les méthodes. Celui qui a compris pourquoi un polynôme de degré a au plus racines saura s'en servir dans un exercice ; celui qui l'a seulement appris par cœur ne le reconnaîtra pas quand il faudra l'appliquer.
Ce que le chapitre ajoute à vos connaissances de lycée tient en cinq idées. D'abord le degré, et la façon dont il se comporte vis-à-vis des opérations : c'est l'outil de raisonnement principal, celui qui permet de conclure sans calculer. Ensuite la division euclidienne, calquée sur celle des entiers, qui fournit un cadre rigoureux à la notion de diviseur et à la factorisation. Puis les racines, avec le théorème fondamental « est racine si et seulement si divise » et son corollaire sur le nombre de racines, qui est le cœur du chapitre. Ensuite la multiplicité d'une racine, qui mesure combien de fois un même facteur apparaît, et sa caractérisation par les dérivées successives via la formule de Taylor pour un polynôme. Enfin la factorisation dans , dont on énoncera le résultat général et surtout les méthodes pratiques.
À quoi tout cela servira-t-il ? Bien plus souvent que vous ne l'imaginez. En analyse, l'étude d'une fonction passe presque toujours par le signe de sa dérivée, et cette dérivée est très fréquemment un polynôme, ou un polynôme multiplié par une exponentielle : savoir factoriser, c'est savoir dresser un tableau de signes, donc un tableau de variations. Dans l'étude des suites définies par récurrence, la recherche des points fixes est la résolution d'une équation polynomiale. En algèbre linéaire, en deuxième année, la notion de polynôme annulateur d'une matrice est centrale, et la factorisation d'un tel polynôme gouverne toute la réduction : on y utilise exactement le vocabulaire de racine et de multiplicité mis en place ici. Enfin, plusieurs calculs de sommes se ramènent à l'identification des coefficients de deux polynômes égaux, technique que nous verrons à l'œuvre dès ce chapitre.
Le plan suit celui du programme. La section pose les définitions et le degré, la section étudie les opérations, la section la division euclidienne, la section les racines et le nombre de racines, la section la multiplicité, la section les dérivées successives et la formule de Taylor, la section traite à fond le cas du degré , la section rassemble les méthodes de factorisation, et la section récapitule l'essentiel. Les sections et sont, de loin, les plus utilisées dans la suite de l'année.
Voici enfin les notations employées dans tout le chapitre.
| Notation | Signification |
|---|---|
| ensemble des polynômes à coefficients réels | |
| ensemble des polynômes à coefficients réels de degré au plus | |
| , , , | polynômes ; on écrit indifféremment ou |
| coefficient de dans | |
| degré de , avec la convention | |
| divise ; signifie que ne divise pas | |
| , , | dérivées successives de |
| discriminant d'un trinôme du second degré | |
| fin d'une démonstration |
Polynômes et fonctions polynomiales
Définition et vocabulaire
Définition
On appelle polynôme à coefficients réels toute fonction de dans pour laquelle il existe un entier naturel et des réels tels que
Les réels sont les coefficients de . L'ensemble des polynômes à coefficients réels est noté .
Conformément au parti pris du programme, nous ne distinguons pas le polynôme de la fonction qu'il définit : est cette fonction. Nous écrirons donc indifféremment « le polynôme » et « le polynôme », et nous parlerons sans scrupule de la valeur , de la dérivée , ou du signe de sur un intervalle.
Définition
Soit un polynôme.
- Un monôme est un polynôme de la forme , avec et .
- est un polynôme constant s'il est de la forme pour tout .
- Le polynôme nul, noté , est le polynôme dont tous les coefficients sont nuls ; c'est la fonction nulle.
Exemple
Voici quelques polynômes, écrits sous la forme de la définition.
a. , avec , , , , . Les coefficients absents sont nuls : ne les oubliez jamais, ils réapparaissent dès que l'on pose une division.
b. est un polynôme : en développant, . La définition demande seulement qu'une écriture de la forme voulue existe, pas qu'elle soit donnée.
c. est un polynôme constant, avec .
d. est un polynôme : . Les coefficients sont des réels quelconques, ils n'ont aucune raison d'être entiers.
Exemple
Voici en revanche trois fonctions qui ne sont pas des polynômes.
a. n'est pas un polynôme : elle n'est même pas définie en , alors qu'un polynôme est défini sur tout entier.
b. n'est pas un polynôme, pour la même raison : elle n'est définie que sur .
c. est bien définie sur , mais ce n'est pas un polynôme. On peut le voir tout de suite : n'est pas dérivable en , alors que tout polynôme l'est. Nous en donnerons en section un second argument, purement algébrique.
Degré et coefficient dominant
Définition
Soit un polynôme non nul. Parmi toutes les écritures de , il en existe une pour laquelle ; l'entier ainsi obtenu s'appelle le degré de et se note . Le coefficient s'appelle le coefficient dominant de , et le monôme son terme dominant. Le polynôme est dit unitaire (on dit aussi normalisé) lorsque son coefficient dominant vaut .
Par convention, le degré du polynôme nul est .
Remarque
La convention n'est pas une coquetterie : elle est là pour que les formules sur les degrés soient valables sans exception. Nous verrons par exemple que ; si l'un des deux polynômes est nul, le produit est nul, et l'égalité se lit , ce qui est cohérent avec les conventions usuelles et pour tout entier . Sans cette convention, il faudrait ajouter « si et sont non nuls » à la moitié des énoncés du chapitre.
Exemple
Déterminons le degré et le coefficient dominant de quelques polynômes.
a. : , coefficient dominant , non unitaire.
b. : , coefficient dominant .
c. : , coefficient dominant . Attention, un polynôme constant non nul est de degré , et non de degré .
d. : , coefficient dominant , donc est unitaire.
e. Le polynôme nul : . C'est le seul polynôme de degré .
Propriété
Les polynômes de degré sont exactement les polynômes constants (le polynôme nul compris). Les polynômes de degré sont exactement les polynômes constants non nuls.
Les ensembles
Définition
Soit un entier naturel. On note l'ensemble des polynômes à coefficients réels de degré au plus :
Autrement dit, est l'ensemble des polynômes qui s'écrivent avec réels, sans condition sur .
Remarque
Deux pièges de vocabulaire, sources d'erreurs constantes en début d'année.
Premièrement, contient les polynômes de degré inférieur ou égal à , et non les polynômes de degré exactement . Ainsi appartient à , et le polynôme nul appartient à pour tout , puisque . C'est précisément parce qu'il contient le polynôme nul que cet ensemble est commode : l'ensemble des polynômes de degré exactement , lui, ne serait stable par aucune opération, puisque la somme de deux polynômes de degré peut être de degré strictement plus petit.
Deuxièmement, les inclusions vont dans le sens que l'on attend :
Un polynôme quelconque de appartient à dès que est assez grand, mais aucun entier ne convient pour tous les polynômes à la fois.
Remarque
Certains manuels notent l'ensemble des polynômes , avec une lettre majuscule, pour souligner que l'indéterminée n'est pas un nombre. Ce n'est qu'une différence de notation : l'objet est le même, et le programme d'ECG écrit tout en minuscule, précisément parce qu'un polynôme y est identifié à sa fonction. Nous écrirons donc toujours , et les facteurs sous la forme .
Égalité de deux polynômes
Puisqu'un polynôme est une fonction, dire que deux polynômes et sont égaux signifie très exactement que pour tout réel . Mais dans la pratique, on veut disposer d'un critère portant sur les coefficients, car c'est sur eux que l'on calcule.
Propriété
Identification des coefficients (admis ici, démontré en section 4). Soient et deux polynômes, écrits
(quitte à compléter par des coefficients nuls, on peut toujours supposer qu'ils sont écrits avec le même ). Alors
En particulier, est le polynôme nul si et seulement si tous ses coefficients sont nuls.
L'implication de la droite vers la gauche est évidente : deux expressions identiques donnent la même valeur en tout point. C'est l'autre sens qui a du contenu, et qui mérite une démonstration : il affirme que deux écritures polynomiales différentes ne peuvent pas définir la même fonction. Nous le démontrerons en section , une fois établi le théorème sur le nombre de racines ; en attendant, nous l'utiliserons librement, comme le fait tout ouvrage de prépa.
Remarque
Une conséquence pratique immédiate : le degré est bien défini, c'est-à-dire qu'un polynôme non nul ne peut pas avoir deux degrés différents selon l'écriture choisie. Si s'écrivait à la fois avec un terme dominant , , et avec tous ses coefficients nuls à partir du rang , l'identification donnerait , ce qui est contradictoire.
Méthode
Identifier des coefficients. Lorsqu'un énoncé demande de déterminer des réels , , tels que deux polynômes coïncident pour tout , on développe et on ordonne les deux membres suivant les puissances décroissantes de , puis on égale les coefficients de même degré. On obtient un système linéaire, que l'on résout. Ne jamais donner de valeurs particulières à à la place de l'identification : c'est licite, cela fournit des équations correctes, mais rien ne garantit a priori qu'on en obtienne assez.
Exemple
Déterminons les réels , , tels que, pour tout réel ,
Développons le membre de droite :
L'identification avec donne le système
d'où . On retrouve la factorisation connue , que l'on vérifie en développant : .
Opérations algébriques
Somme, produit par un réel, produit, composée
Les opérations sur les polynômes sont celles que vous pratiquez depuis longtemps ; il s'agit seulement de les écrire proprement en termes de coefficients.
Définition
Soient et deux polynômes (écrits avec le même , quitte à compléter par des zéros), et soit un réel.
- La somme est le polynôme défini par , dont les coefficients sont les .
- Le produit par le réel est le polynôme défini par , dont les coefficients sont les .
- Le produit est le polynôme défini par .
- La composée est le polynôme défini par . On la note aussi .
Il faut être conscient que ces quatre opérations produisent bien des polynômes. Pour la somme et le produit par un réel, c'est immédiat sur les coefficients. Pour le produit, on développe : le coefficient de dans vaut , mais cette formule générale est rarement utile en pratique et il n'est pas demandé de la retenir. Pour la composée, on remplace par dans l'écriture de , et on développe les puissances de : on obtient encore une somme de monômes.
Exemple
Prenons et .
- .
- .
- .
- .
- , de degré également, mais qui n'est pas égal à : la composition n'est pas commutative.
Degré d'une somme
Propriété
Soient et deux polynômes. Alors
et cette inégalité est une égalité dès que .
Démonstration. Si ou est nul, le résultat est immédiat. Supposons-les non nuls, de degrés respectifs et , et posons . En écrivant les deux polynômes avec les puissances de jusqu'à (les coefficients au-delà du degré étant nuls), la somme s'écrit : tous les coefficients de rang strictement supérieur à sont nuls, donc .
Supposons maintenant , par exemple . Le coefficient de dans vaut , car puisque . Donc .
Remarque
Lorsque , l'inégalité peut être stricte, et c'est une source d'erreurs classique. Prenons
Ces deux polynômes sont de degré , mais est de degré . Les termes dominants se sont annulés. Retenez donc : , avec égalité garantie seulement si les degrés diffèrent, ou si les degrés sont égaux mais les coefficients dominants ne sont pas opposés.
Degré d'un produit et d'une composée
Propriété
Théorème (degré d'un produit). Pour tous polynômes et ,
De plus, si et sont non nuls, le coefficient dominant de est le produit des coefficients dominants de et de .
Démonstration. Si l'un des deux polynômes est nul, le produit est nul et l'égalité se lit , ce qui est vrai avec nos conventions.
Supposons et non nuls, de degrés et , de coefficients dominants et . Écrivons
En développant le produit, on obtient d'une part le terme , et d'autre part des produits de monômes dont le degré est au plus ou , donc au plus . Le coefficient de dans vaut donc exactement , et aucun monôme de degré strictement supérieur n'apparaît. Or , comme produit de deux réels non nuls. Donc est non nul, de degré et de coefficient dominant .
Propriété
Conséquences. Soient et deux polynômes.
- Intégrité : si et , alors . Autrement dit, un produit de polynômes est nul si et seulement si l'un des facteurs est nul.
- Simplification : si et , alors .
- Pour tout entier , .
Démonstration. Le point est contenu dans le théorème : si et sont non nuls, est un entier naturel, donc . Pour le point , l'hypothèse donne ; comme , le point impose , c'est-à-dire . Le point s'obtient par une récurrence immédiate sur à partir du théorème.
Propriété
Degré d'une composée. Soient et deux polynômes non constants. Alors
Démonstration. Notons et , et le coefficient dominant de , celui de . On a
D'après le point ci-dessus, , avec coefficient dominant , tandis que les autres termes pour sont de degré au plus . Le coefficient de dans vaut donc , et aucun terme de degré supérieur n'apparaît : .
Méthode
Lire un degré sans développer. Devant une expression construite à partir de polynômes, on ne développe jamais pour trouver le degré : on applique les trois règles.
- Produit : les degrés s'ajoutent, les coefficients dominants se multiplient.
- Puissance -ième : le degré est multiplié par , le coefficient dominant est élevé à la puissance .
- Somme : le degré est au plus le maximum ; si les termes dominants se compensent, il faut regarder le terme suivant.
Exemple
Appliquons la méthode.
a. . Le degré est , et le coefficient dominant .
b. . Le premier facteur est de degré et de coefficient dominant , le second de degré et de coefficient dominant : , coefficient dominant .
c. . Chacun des deux termes est de degré : la règle de la somme ne conclut pas. Il faut regarder de plus près. Comme et , on obtient
donc : le degré est , et non .
d. avec et . Le degré est .
Exemple
Un usage typique du degré : montrer qu'un polynôme est constant. Soit un polynôme vérifiant . Si était non constant, de degré , on aurait d'une part , et d'autre part . Donc , c'est-à-dire , donc puisque . Le degré ne permet donc pas d'exclure le cas : on poursuit en écrivant avec . Alors , et l'identification avec donne et . De et on tire , puis donne . Les solutions non constantes sont donc réduites à , et les solutions constantes sont les (car alors ). Notez comment le raisonnement sur les degrés a réduit un problème apparemment infini à deux cas.
Division euclidienne, multiples et diviseurs
Le théorème de la division euclidienne
Chez les entiers, diviser par donne un quotient et un reste , avec et . La condition « le reste est plus petit que le diviseur » est ce qui assure l'unicité. Chez les polynômes, la taille se mesure par le degré, et l'énoncé se transpose mot pour mot.
Propriété
Théorème (division euclidienne). Soient et deux polynômes, avec . Il existe un unique couple de polynômes tel que
Le polynôme s'appelle le quotient et le reste de la division euclidienne de par .
Démonstration de l'unicité. Supposons que et conviennent tous les deux :
En retranchant, on obtient . Raisonnons par l'absurde en supposant . Alors , donc, d'après le théorème sur le degré d'un produit,
puisque . Mais d'un autre côté,
Ces deux polynômes étant égaux, on aurait , ce qui est absurde. Donc , et il vient aussitôt .
Esquisse de la démonstration de l'existence. On raisonne par récurrence forte sur , le polynôme étant fixé, de degré et de coefficient dominant . Si (ce qui inclut le cas ), le couple convient. Sinon, notons et le coefficient dominant de , et posons
Le terme dominant de est : il se simplifie avec celui de , donc . L'hypothèse de récurrence forte fournit avec , d'où
ce qui achève la récurrence.
Remarque
Cette démonstration n'est pas de l'ornement : c'est exactement l'algorithme de la potence. Chaque étape de la récurrence correspond à une ligne de la division posée, et le quotient se construit terme à terme, en commençant par le terme de plus haut degré.
La division posée : la potence
Méthode
Poser une division euclidienne. Pour diviser par :
- Écrire dans l'ordre décroissant des degrés, en faisant apparaître les monômes manquants avec un coefficient (c'est l'oubli le plus fréquent).
- Diviser le terme dominant du dividende courant par le terme dominant de : le résultat est le nouveau terme du quotient.
- Multiplier par ce terme, retrancher le produit obtenu du dividende courant.
- Recommencer tant que le degré du dividende courant est supérieur ou égal à .
- S'arrêter dès que le degré du reste est strictement inférieur à , et vérifier en développant .
Exemple
Divisons par . Le dividende ne contient pas de terme en : on écrit donc .
2x^4 - x^3 + 0x^2 + 3x - 5 | x^2 - x + 2
-(2x^4 - 2x^3 + 4x^2) | ------------
---------------------------- | 2x^2 + x - 3
x^3 - 4x^2 + 3x - 5 |
-(x^3 - x^2 + 2x) |
-------------------- |
-3x^2 + x - 5 |
-(-3x^2 + 3x - 6) |
--------------- |
-2x + 1 |
Détaillons les trois étapes.
Étape 1. . On écrit au quotient, et on retranche :
Étape 2. . On écrit au quotient, et on retranche :
Étape 3. . On écrit au quotient, et on retranche :
Le degré de vaut , strictement inférieur à : la division est terminée. On obtient
Vérification. Développons :
puis en ajoutant : . La division est correcte.
Remarque
La vérification n'est pas facultative. Une division posée est un calcul long, où une erreur de signe passe inaperçue ; le développement de prend trente secondes et sécurise tout ce qui suit. Vérifiez également, avant même de calculer, la cohérence des degrés : ici , , donc , ce qui est bien le cas.
Multiples et diviseurs
Définition
Soient et deux polynômes. On dit que divise , et on note , s'il existe un polynôme tel que . On dit alors que est un diviseur de , et que est un multiple de .
Remarque
Lorsque , dire que divise revient exactement à dire que le reste de la division euclidienne de par est nul. En effet, si alors ; réciproquement, si , le couple vérifie les conditions du théorème, et l'unicité impose que ce soit le couple de la division euclidienne.
Propriété
Soient , , des polynômes.
- Tout polynôme divise , et divise tout polynôme. Plus généralement, toute constante non nulle divise tout polynôme.
- Si et , alors .
- Transitivité : si et , alors .
- Combinaison : si et , alors pour tous polynômes et .
- Si et avec et non nuls, alors il existe un réel tel que .
Démonstration. Pour le point : , et ; si est une constante, .
Pour le point : si avec , alors et , donc puisque .
Pour le point : écrivons et ; alors , donc .
Pour le point : écrivons et ; alors .
Pour le point : écrivons et . Alors , donc ; comme , l'intégrité donne . En passant aux degrés, avec deux entiers naturels, donc : est une constante non nulle , et .
Remarque
Le point mérite d'être médité : chez les polynômes, on ne peut pas espérer mieux que « égaux à une constante multiplicative près ». C'est pour cela que l'on préfère souvent travailler avec des diviseurs unitaires, qui, eux, sont uniques.
Division par et schéma de Horner
Le cas où le diviseur est de degré est de très loin le plus fréquent. Il donne un résultat que vous utiliserez dans presque tous les exercices du chapitre.
Propriété
Théorème (reste de la division par ). Soient un polynôme et un réel. Le reste de la division euclidienne de par est le polynôme constant égal à . Autrement dit, il existe un unique polynôme tel que
Démonstration. Effectuons la division euclidienne de par , qui est non nul : il existe un unique couple tel que avec . Un polynôme de degré strictement inférieur à est un polynôme constant : notons-le . On a donc pour tout réel . En évaluant en , il vient . Donc .
Méthode
Le schéma de Horner. Pour diviser par sans poser la potence, on dispose les coefficients de (y compris les nuls) dans l'ordre des puissances décroissantes, et on procède ainsi :
- Recopier le premier coefficient.
- Le multiplier par , ajouter le coefficient suivant : on obtient le nombre suivant.
- Répéter jusqu'au dernier coefficient.
Les nombres obtenus, sauf le dernier, sont les coefficients du quotient (dans l'ordre décroissant) ; le dernier est le reste, c'est-à-dire . C'est à la fois la méthode la plus rapide pour calculer et pour diviser par .
Exemple
Prenons et . Les coefficients de sont , , , , (attention au pour le terme en ).
| coefficients de | |||||
|---|---|---|---|---|---|
| on multiplie par | |||||
| on additionne |
Détail des calculs : on recopie ; puis et ; puis et ; puis et ; enfin et .
On lit donc et
Vérifications. D'une part, directement, . D'autre part,
et en ajoutant on retrouve bien .
Racines et nombre de racines
Racines et factorisation par
Définition
Soient un polynôme et un réel. On dit que est une racine de (on dit aussi un zéro de ) lorsque .
Propriété
Théorème (caractérisation d'une racine). Soient un polynôme et un réel. Alors
Démonstration. D'après le théorème sur le reste de la division par , il existe un polynôme tel que .
Si , cette égalité devient , donc .
Si , il existe un polynôme tel que . En évaluant en , on obtient .
Remarque
Ce théorème est le pivot du chapitre, et il faut savoir le lire dans les deux sens. De la gauche vers la droite, il transforme une information analytique (« la courbe coupe l'axe des abscisses en ») en une information algébrique (« le polynôme se factorise par »), et c'est ce qui rend les factorisations possibles. De la droite vers la gauche, il permet de conclure qu'un nombre est racine sans le moindre calcul dès que la factorisation est visible.
Exemple
Soit . On calcule : le réel est racine de , donc divise . Le schéma de Horner avec donne les nombres , puis , puis , puis : le reste est bien nul, et
Le trinôme a pour discriminant , donc pour racines , c'est-à-dire et . Finalement
ce que l'on vérifie en développant : , puis .
Plusieurs racines distinctes
Propriété
Théorème. Soient un polynôme et des réels deux à deux distincts. Si sont tous racines de , alors le produit divise .
Démonstration. Par récurrence sur . Notons l'énoncé du théorème pour racines distinctes.
Initialisation. est le théorème de caractérisation d'une racine.
Hérédité. Soit tel que soit vraie. Soient des réels deux à deux distincts, tous racines de . Les premiers sont racines de , donc fournit un polynôme tel que
Évaluons cette égalité en :
Chacun des facteurs est un réel non nul, puisque les sont deux à deux distincts. Un produit de réels est nul si et seulement si l'un des facteurs est nul, donc . Le théorème de caractérisation donne alors pour un certain polynôme , d'où
ce qui est exactement .
Conclusion. Par principe de récurrence, est vraie pour tout .
Le nombre de racines
Propriété
Théorème (nombre de racines). Soit un polynôme non nul de degré . Alors admet au plus racines distinctes.
Démonstration. Par récurrence sur . Notons : « tout polynôme non nul de degré admet au plus racines distinctes ».
Initialisation. Soit non nul de degré : est une constante , donc pour tout . Le polynôme n'a aucune racine, et : est vraie.
Hérédité. Soit tel que soit vraie, et soit un polynôme non nul de degré . Deux cas se présentent.
Cas 1 : n'a aucune racine. Alors il en a bien au plus , et c'est terminé.
Cas 2 : admet au moins une racine . D'après le théorème de caractérisation, pour un certain polynôme . Comme , on a , et le théorème sur le degré d'un produit donne
Soit maintenant une racine de différente de . Alors avec , donc : toute racine de autre que est une racine de . Or, par hypothèse de récurrence, admet au plus racines distinctes. Donc admet au plus racines distinctes : celles de , et éventuellement .
Conclusion. Par principe de récurrence, est vraie pour tout entier naturel .
Propriété
Corollaires. Soit un entier naturel.
- Si admet au moins racines distinctes, alors est le polynôme nul.
- Si un polynôme admet une infinité de racines, il est nul. En particulier, si pour tout réel , alors tous les coefficients de sont nuls.
- Si et appartiennent à et coïncident en au moins points distincts, alors .
Démonstration. Pour le point : si n'était pas nul, son degré serait un entier , et le théorème lui interdirait d'avoir plus de racines distinctes, en contradiction avec l'hypothèse. Donc .
Le point en découle : un polynôme non nul a un degré fini et donc au plus racines, jamais une infinité. Si est nul en tant que fonction, tout réel en est racine, donc est le polynôme nul, c'est-à-dire que tous ses coefficients sont nuls.
Pour le point : le polynôme appartient à , car , et il s'annule en au moins points distincts. D'après le point , , donc .
Remarque
C'est ici que se justifie l'identification des coefficients annoncée en section . Si deux polynômes et sont égaux en tant que fonctions, alors est nul en tant que fonction, donc, d'après le point , tous les coefficients de sont nuls : pour tout , c'est-à-dire . La boucle est bouclée, et l'on peut désormais passer sans arrière-pensée du point de vue « fonction » au point de vue « coefficients ».
Remarque
Revenons à la fonction de la section , et montrons algébriquement qu'elle n'est pas un polynôme. Supposons qu'il existe un polynôme tel que pour tout réel . Alors le polynôme s'annule en tout réel positif, donc en une infinité de points : il est nul, et pour tout . Mais alors , alors que . Contradiction. Le même raisonnement montre que n'est pas la restriction d'un polynôme : si pour tout , alors s'annule en une infinité de points, donc pour tout réel , ce qui donne en .
Déterminer un polynôme soumis à des conditions
Méthode
Trouver tous les polynômes vérifiant une relation. Ce type d'exercice, très fréquent, se traite par analyse-synthèse, en trois étapes.
- Analyse par le degré. On suppose qu'un polynôme convient, on note son degré et son coefficient dominant, puis on calcule le degré de chaque membre de la relation. L'égalité des degrés donne une équation sur , souvent une seule valeur possible ; l'égalité des coefficients dominants donne . Ne pas oublier de traiter à part le cas et le cas constant, où le calcul de degré n'est pas licite.
- Analyse par identification. Connaissant , on pose avec des coefficients inconnus, on développe les deux membres et on identifie.
- Synthèse. On vérifie que les polynômes trouvés conviennent effectivement, puis on conclut par une phrase du type « l'ensemble des solutions est ... ».
Exemple
Déterminons tous les polynômes tels que, pour tout réel , .
Analyse. Si est constant, , ce qui ne convient pas puisque n'est pas le polynôme nul. Supposons donc non constant, de degré et de coefficient dominant . Le polynôme est la composée de avec : il est de degré et de coefficient dominant , lui aussi. Dans la différence , les termes en se simplifient donc, et il reste un polynôme de degré au plus . Calculons ce degré exactement : pour , le coefficient de dans vaut (le terme produit ), tandis qu'il vaut dans . Le coefficient de dans la différence vaut donc , qui est non nul, et
Il en résulte , soit , et donne .
Écrivons alors . On calcule
L'identification avec donne , et reste libre.
Synthèse. Soit et . Alors : ce polynôme convient.
Conclusion. Les solutions sont exactement les polynômes , avec .
Exemple
Déterminons tous les polynômes tels que, pour tout réel , .
Analyse. Le polynôme nul convient visiblement. Supposons , de degré . Le membre de gauche est la composée de avec ; si , il est de degré , et si il est de degré : dans tous les cas . Le membre de droite est de degré . Donc , soit .
Posons avec . Alors
et
L'identification donne, en comparant les coefficients de puis de : , puis , c'est-à-dire . Les coefficients de et le terme constant ne donnent rien de neuf.
Synthèse. Pour , posons . Alors et : ce polynôme convient.
Conclusion. Les solutions sont les polynômes , avec (le cas redonnant le polynôme nul).
Exemple
Un polynôme imposé par ses valeurs. Déterminons le polynôme tel que , et .
D'après le corollaire , il y a au plus un tel polynôme, puisque deux polynômes de qui coïncident en points distincts sont égaux. Cherchons-le sous la forme . Les conditions s'écrivent
La troisième équation se simplifie en ; en lui retranchant la deuxième, on obtient , puis . Donc
Vérification. , et . C'est bien le polynôme cherché, et c'est le seul dans .
Ordre de multiplicité d'une racine
Définition
Une racine peut « compter double ». Dans , le réel est racine, mais le facteur y apparaît deux fois : c'est une information que la seule phrase « est racine » ne restitue pas.
Définition
Soient un polynôme non nul, un réel et un entier naturel non nul. On dit que est une racine d'ordre de multiplicité de (ou racine de multiplicité , ou racine d'ordre ) lorsque
autrement dit lorsqu'il existe un polynôme tel que
Une racine de multiplicité est dite simple, de multiplicité double, de multiplicité triple. Par convention, dire que est racine de multiplicité signifie que n'est pas racine de .
Remarque
Les deux formulations de la définition sont bien équivalentes. Si avec , alors ; et si l'on avait , on écrirait , d'où , puis par simplification, et donc : contradiction. Réciproquement, si , on écrit , et car sinon donnerait .
Exemple
Soit .
- Le réel est racine de multiplicité : en posant , on a et .
- Le réel est racine simple : avec et .
- Le facteur ne fournit aucune racine, car pour tout réel .
Les racines de sont donc et , avec les multiplicités et .
Déterminer une multiplicité par divisions successives
Méthode
Multiplicité par divisions successives. Pour déterminer la multiplicité d'une racine d'un polynôme :
- Vérifier que .
- Diviser par , par exemple avec le schéma de Horner : on obtient un quotient .
- Calculer . Si , la racine est simple et c'est fini. Sinon, diviser par et recommencer.
- La multiplicité est le nombre de divisions par effectuées avec un reste nul.
En pratique, on enchaîne les schémas de Horner les uns sous les autres : c'est très rapide.
Exemple
Déterminons la multiplicité de comme racine de .
D'abord, : le réel est bien racine.
Première division. Horner avec les coefficients , , , , et : on recopie ; puis ; puis ; puis ; puis . Le reste est nul, et
Deuxième division. Coefficients , , , : on recopie ; puis ; puis ; puis . Le reste est encore nul :
Troisième division. Coefficients , , : on recopie ; puis ; puis . Le reste est nul une troisième fois :
Arrêt. Le quotient obtenu est , et . La multiplicité de est donc exactement .
Vérification. , donc
Somme des multiplicités
Propriété
Soit un polynôme non nul de degré , et soient des racines deux à deux distinctes de , de multiplicités respectives . Alors le produit divise , et par conséquent
Nous admettons la première affirmation, qui généralise le théorème de la section sur plusieurs racines distinctes et se démontre de la même manière ; elle sera aussi une conséquence du théorème de factorisation de la section . La majoration s'en déduit aussitôt : le produit est de degré , et un diviseur d'un polynôme non nul a un degré au plus égal au sien.
Remarque
Cette majoration est le bon raffinement du théorème « au plus racines » : ce n'est pas seulement le nombre de racines qui est limité par le degré, c'est la somme de leurs multiplicités. Un polynôme de degré peut avoir une racine triple et une racine simple, ou deux racines doubles, ou quatre racines simples, mais jamais deux racines triples.
Dérivées successives et formule de Taylor
Dérivée d'un polynôme
Un polynôme est une fonction, dérivable sur : sa dérivée est celle que vous calculez depuis la première.
Propriété
Soit . Alors est dérivable sur , et
En particulier, est encore un polynôme, et
On utilisera librement, dans tout le chapitre, les règles de dérivation apprises au lycée, en particulier celle du produit : .
Démonstration. La formule de dérivation est celle du lycée, appliquée terme à terme. Pour le degré, supposons : le coefficient de dans vaut , produit de deux réels non nuls (car et ), donc non nul. Aucun terme de degré supérieur n'apparaît, d'où . Si est constant, .
Remarque
Attention : la réciproque de la dernière phrase est vraie aussi, et elle sert. Si , alors est constant. En effet, si était de degré , serait de degré , donc non nul.
Dérivées successives
Définition
Soit un polynôme. On définit ses dérivées successives par et, pour tout entier , . On note aussi , , .
Propriété
Soit un polynôme de degré . Alors, pour tout entier compris entre et , , et pour tout , .
Démonstration. Récurrence immédiate sur à partir de la propriété précédente : chaque dérivation fait baisser le degré d'une unité tant qu'il reste positif. Au rang , est de degré , donc constant non nul ; sa dérivée est nulle, et toutes les suivantes aussi.
Exemple
Pour , on obtient successivement
On vérifie les degrés annoncés : , , , , puis le polynôme nul.
Remarque
Une conséquence utile : , pour de degré et de coefficient dominant , est la constante . On le voit sur le monôme dominant : dériver fois donne , tandis que tous les autres termes, de degré , s'annulent avant.
La formule de Taylor pour un polynôme
Propriété
Théorème (formule de Taylor pour un polynôme). Soient un polynôme de degré au plus et un réel. Alors, pour tout réel ,
Démonstration. Posons et , c'est-à-dire . C'est un polynôme, comme composée de deux polynômes, et son degré vaut lorsque est non constant ; il est de degré dans tous les cas. Écrivons-le
Comme , on obtient déjà l'existence d'une écriture de suivant les puissances de :
Il reste à identifier les . Dérivons cette égalité fois, pour un entier compris entre et . La dérivée -ième de vaut si , vaut si , et vaut si . Donc
Évaluons en : tous les termes de la somme contiennent un facteur avec , donc s'annulent. Il reste
En reportant, on obtient la formule annoncée.
Remarque
Trois observations sur cette formule.
Premièrement, ce n'est pas une approximation. Contrairement aux formules de Taylor de l'analyse, que vous rencontrerez plus tard et qui comportent un reste, celle-ci est une égalité exacte, valable pour tout réel : la somme est finie, et elle s'arrête au degré de .
Deuxièmement, le cas redonne simplement , c'est-à-dire que le coefficient de vaut . C'est une manière commode de retrouver un coefficient sans développer.
Troisièmement, n'oubliez pas le . C'est l'erreur la plus fréquente. Un contrôle immédiat : le terme de rang doit être , sans dénominateur, et celui de rang doit avoir un au dénominateur.
Écrire un polynôme suivant les puissances de
Méthode
Écrire suivant les puissances de . Deux méthodes, toutes deux à connaître.
- Par la formule de Taylor : calculer , , ..., , puis diviser chacun par la factorielle correspondante. C'est systématique, mais il faut être soigneux avec les factorielles.
- Par divisions euclidiennes successives par : le reste de la première division est , le reste de la division du quotient par est , et ainsi de suite. Avec le schéma de Horner, c'est très rapide, et cela évite tout calcul de dérivée.
On vérifie toujours en calculant la valeur des deux écritures en un point simple, par exemple .
Exemple
Écrivons suivant les puissances de .
Méthode 1 : formule de Taylor. On a calculé plus haut , et . Évaluons en :
La formule de Taylor donne alors
Méthode 2 : divisions successives. On enchaîne trois schémas de Horner en .
Coefficients de : , , , . On obtient ; ; ; . Donc , et .
Coefficients de : , , . On obtient ; ; . Donc , et .
Coefficients de : , . On obtient ; . Donc , et , le dernier quotient valant .
On retrouve .
Vérification. Développons :
C'est bien .
Caractérisation de la multiplicité par les dérivées
Propriété
Théorème. Soient un polynôme non nul, un réel et un entier naturel non nul. Alors est racine de de multiplicité exactement si et seulement si
Démonstration. Notons le degré de et écrivons la formule de Taylor en :
Comme , dire que revient exactement à dire que .
Supposons et (ce qui suppose ). Alors la somme commence au rang , et on peut mettre en facteur :
Le polynôme ainsi défini vérifie (tous les autres termes contiennent un facteur nul en ). Donc est racine de multiplicité exactement .
Réciproquement, supposons avec . Écrivons la formule de Taylor pour en : avec . En multipliant par , on obtient
écriture de suivant les puissances de dans laquelle les coefficients de sont nuls et celui de vaut . Or l'écriture suivant les puissances de est unique (c'est l'identification des coefficients appliquée au polynôme ), donc et , c'est-à-dire et .
Exemple
Retrouvons la multiplicité de dans , cette fois par les dérivées.
On évalue en :
- ;
- ;
- ;
- .
Les valeurs , et sont nulles, et : la multiplicité de vaut exactement . On retrouve le résultat obtenu par divisions successives, où l'on avait factorisé .
Remarque
Laquelle des deux méthodes choisir ? Si l'on veut seulement connaître la multiplicité, les dérivées vont souvent plus vite, surtout si les coefficients sont simples. Si l'on veut en plus factoriser le polynôme, les divisions successives sont préférables, car elles fournissent gratuitement le quotient. Dans un exercice de concours, la question « montrer que est racine double » se traite en deux lignes avec les dérivées : , , .
Le cas des polynômes de degré 2
C'est la section la plus utilisée du chapitre, et probablement de l'année. Tout y est connu depuis la première, mais il faut le savoir parfaitement, y compris la forme canonique dont découle tout le reste.
Dans toute cette section, on considère le trinôme
Forme canonique et discriminant
Propriété
Forme canonique. Pour tous réels ,
Le réel s'appelle le discriminant du trinôme.
Démonstration. On met en facteur dans les deux premiers termes, puis on complète le carré :
La deuxième ligne utilise l'identité , et l'avant-dernière regroupe .
Racines et factorisation
Propriété
Théorème (résolution de l'équation du second degré). Soit avec , et .
- Si , admet deux racines réelles distinctes
et . 2. Si , admet une racine double , et . 3. Si , n'admet aucune racine réelle, et est du signe de pour tout réel .
Démonstration. Partons de la forme canonique .
Cas . On peut écrire , et la différence de deux carrés se factorise :
C'est exactement . Un produit de réels est nul si et seulement si l'un des facteurs l'est, et : les racines sont et , distinctes car .
Cas . La forme canonique devient avec . Le seul réel annulant ce produit est , et la factorisation montre que sa multiplicité vaut .
Cas . Alors , donc la quantité entre crochets est somme d'un carré et d'un réel strictement positif : elle est strictement positive pour tout . Ainsi est le produit de par un réel strictement positif : il ne s'annule jamais et il est du signe de .
Remarque
Le cas mérite une phrase de plus, car il est souvent mal formulé. Un trinôme de discriminant strictement négatif n'a pas de racine : il n'existe aucun réel tel que . Sa courbe ne coupe jamais l'axe des abscisses, et son signe est constant sur , égal à celui de . C'est une excellente nouvelle en pratique : un tel facteur, dans une factorisation, se traite comme une constante du point de vue du signe.
Exemple
a. . On calcule , donc et
La factorisation est . Vérification : .
b. . On a , donc une racine double , et . Vérification : . On reconnaît d'ailleurs .
c. . On a : pas de racine réelle, et pour tout réel , puisque . La forme canonique le confirme : .
Signe du trinôme
Propriété
Signe d'un trinôme. Soit avec et .
Si , en notant les deux racines :
Si , en notant la racine double :
Si :
La règle se résume en une phrase que l'on retient pour la vie : un trinôme est du signe de partout, sauf entre les racines. Encore faut-il qu'il y ait deux racines pour qu'un « entre les racines » existe.
Démonstration. Dans le cas , la factorisation donne . Pour , les deux facteurs et sont négatifs, leur produit est positif, donc est du signe de . Pour , le premier facteur est positif et le second négatif : le produit est négatif, et est du signe de . Pour , les deux facteurs sont positifs et est du signe de . Dans le cas , avec dès que . Le cas a été traité avec le théorème.
Exemple
Résolvons l'inéquation . On a vu que et que les racines sont et , avec . Le trinôme est donc négatif à l'extérieur des racines et positif entre elles :
L'ensemble des solutions est , les bornes étant incluses puisque l'inégalité est large.
Somme et produit des racines
Propriété
Somme et produit. Soit avec et . En notant et ses racines (égales si ), on a
Démonstration. Première méthode, par les formules explicites :
Seconde méthode, par identification : de , on tire et .
Propriété
Réciproque. Soient et deux réels. Deux réels ont pour somme et pour produit si et seulement s'ils sont racines du trinôme
De tels réels existent si et seulement si .
Démonstration. Si et , alors , donc et sont racines de ce trinôme. Réciproquement, si et sont les racines de , la propriété précédente appliquée à , , donne et . L'existence de racines réelles équivaut à la condition .
Exemple
a. Trouvons deux réels dont la somme vaut et le produit . Ce sont les racines de , de discriminant , donc et . En effet et .
b. Trouvons deux réels de somme et de produit : ce sont les racines de , de discriminant , soit et . En effet et .
c. Existe-t-il deux réels de somme et de produit ? Ils seraient racines de , dont le discriminant vaut : ce trinôme n'a pas de racine réelle, donc non, un tel couple de réels n'existe pas.
Méthode
Connaître le signe des racines sans les calculer. Soit un trinôme de discriminant , de somme des racines et de produit .
- Si , les deux racines sont de signes contraires (et automatiquement, car entraîne donc puis ). Celle dont la valeur absolue est la plus grande a le signe de .
- Si , les deux racines ont le même signe, qui est celui de : toutes deux strictement positives si , toutes deux strictement négatives si .
- Si , alors est racine, et l'autre racine vaut .
Exemple
Soit . Son discriminant vaut : il a deux racines. On a , donc les racines sont de signes contraires, et , donc la racine positive l'emporte en valeur absolue. On peut le confirmer par le calcul : , donc les racines sont et . C'est bien ce qui était annoncé, mais le raisonnement sur et n'a demandé aucun calcul de racine.
Équations bicarrées
Méthode
Résoudre une équation bicarrée. Une équation de la forme (aucun terme de degré impair) se résout en posant :
- Résoudre l'équation du second degré .
- Pour chaque solution obtenue, revenir à : si , on obtient ; si , on obtient ; si , aucune valeur de ne convient, car .
- Ne pas oublier l'étape : n'est pas l'inconnue de départ.
Exemple
Résolvons . Posons : l'équation devient , de discriminant , donc de racines et . On revient à : donne ou ; donne ou . L'ensemble des solutions est
On en déduit au passage la factorisation
que l'on vérifie en développant : .
Exemple
Résolvons . Avec : , de discriminant , de racines et . La valeur est à rejeter, car est impossible dans . Reste , d'où ou , et . La factorisation correspondante est
le facteur n'ayant pas de racine réelle.
Factorisation dans
Le résultat général
Le programme demande d'énoncer, sans démonstration, le théorème qui décrit la forme générale d'une factorisation dans . Le voici.
Propriété
Théorème de factorisation (admis). Tout polynôme non constant de s'écrit comme le produit de son coefficient dominant, de facteurs de la forme et de trinômes de discriminant strictement négatif :
où est le coefficient dominant de , les sont les racines réelles de , deux à deux distinctes, de multiplicités , et où chacun des trinômes a un discriminant strictement négatif. Cette écriture est unique, à l'ordre des facteurs près.
Remarque
Ce théorème dit deux choses. D'abord, qu'une factorisation « ne peut pas aller plus loin » : une fois arrivé à un produit de facteurs de degré et de trinômes sans racine, on s'arrête, aucun de ces trinômes n'étant un produit de deux facteurs de degré (s'il l'était, il aurait des racines). Ensuite, qu'une telle écriture existe toujours, ce qui n'est pas évident : c'est ce point qui est admis.
En comparant les degrés des deux membres, on obtient au passage la relation
qui redonne la majoration de la section : la somme des multiplicités des racines réelles est au plus égale au degré, l'écart étant pair.
Propriété
Conséquence (admise). Tout polynôme de de degré impair admet au moins une racine réelle.
Cela se lit directement sur le théorème : dans l'écriture ci-dessus, les trinômes contribuent chacun pour au degré. Si aucune racine réelle n'apparaissait, le degré vaudrait , qui est pair. Un polynôme de degré impair a donc au moins un facteur , c'est-à-dire au moins une racine réelle. (On peut aussi le voir par le théorème des valeurs intermédiaires, que vous verrez en analyse.)
Catalogue de méthodes
Méthode
Comment factoriser un polynôme. Il n'existe pas de méthode universelle, mais une liste de réflexes à parcourir dans l'ordre.
- Mettre en facteur ce qui est visible : un commun, une constante, un groupement de termes.
- Reconnaître une identité remarquable : , , , .
- Chercher une racine évidente : essayer , , , , , puis les diviseurs du terme constant. Une racine trouvée donne un facteur , que l'on retire par division (Horner).
- Changer de variable si le polynôme ne fait intervenir que des puissances régulières : pour une bicarrée.
- Utiliser une multiplicité connue : si l'énoncé indique que est racine double, diviser deux fois par .
- Terminer par le second degré : dès que le quotient est un trinôme, discriminant et factorisation.
Remarque
Pourquoi tester les diviseurs du terme constant ? Supposons que soit à coefficients entiers et admette une racine entière . De on tire
donc divise . Chercher une racine entière, c'est donc essayer les diviseurs (positifs et négatifs) du terme constant, et cette liste est courte. Attention : cela ne garantit pas qu'une racine entière existe, seulement qu'il n'y a rien à chercher ailleurs.
Exemple
1. Racine évidente puis division. Factorisons . Le terme constant est : les racines entières éventuelles sont à chercher parmi , , , . On essaie : . On divise par (Horner : ; ; ; ), d'où . Le trinôme a pour discriminant et pour racines et , donc
Exemple
2. Identités remarquables. Le réflexe le plus rentable.
a. . Le facteur a pour discriminant : la factorisation est terminée.
b. , et a pour discriminant : la factorisation est terminée. Ce polynôme n'a aucune racine réelle, ce qui se voit aussi directement puisque .
c. , et a pour discriminant . Vérification : .
Exemple
3. Les factorisations de et . Pour tout entier et tout réel , la somme géométrique vue au chapitre précédent donne
et plus généralement, pour tout réel ,
Vérification du principe sur : . Ainsi , et — même si, sur ce dernier exemple, la double différence de carrés est plus efficace.
Exemple
4. Changement de variable. Voir les deux équations bicarrées traitées en section : et .
Exemple
5. Groupement de termes. Factorisons . Les deux premiers termes ont en facteur, les deux derniers ont :
Vérification : , puis .
Exemple
6. Multiplicité connue. Nous avons établi en section que est racine de multiplicité de , ce qui donne directement
Si un énoncé vous indique qu'un réel est racine double ou triple, ne cherchez pas plus loin : divisez autant de fois qu'annoncé.
Un exemple complet de degré 4
Exemple
Factorisons complètement , puis étudions son signe.
Recherche d'une racine évidente. Le terme constant vaut : les racines entières éventuelles sont et . On calcule
Donc est racine, et divise .
Première division. Horner en avec les coefficients , , , , : on recopie ; ; ; ; . Le reste est nul, et
Le quotient a-t-il encore pour racine ? En notant , on a : oui, donc est racine de de multiplicité au moins .
Deuxième division. Horner en avec , , , : on recopie ; ; ; . Le reste est nul, et
On aurait pu obtenir cette deuxième factorisation par groupement : .
Arrêt. Le trinôme a pour discriminant : il n'a pas de racine réelle, la factorisation est donc terminée. Au passage, la multiplicité de la racine vaut exactement , puisque ne s'annule pas en .
Vérification. , donc
Signe. Le facteur est positif, nul seulement en ; le facteur est strictement positif sur (discriminant négatif et coefficient dominant ). Donc est positif sur , et ne s'annule qu'en :
Contrôle final. Une racine double de multiplicité et un trinôme sans racine : . Les degrés sont cohérents.
Exemple
Un second exemple, à quatre racines simples. Factorisons et dressons son tableau de signes.
: on divise par . Horner avec , , , , : ; ; ; ; . Donc .
Pour le cube, on essaie : . Horner avec , , , en : ; ; ; . Donc , et le trinôme , de discriminant , a pour racines et . Finalement
Vérification : et , donc le produit vaut .
Le coefficient dominant est , et les quatre racines simples, rangées dans l'ordre croissant, sont , , , . Le signe alterne à chaque racine simple, en partant du signe de à droite :
Ainsi exactement sur .
Ce qu'il faut retenir
Ce chapitre est un chapitre d'outils. On ne vous demandera presque jamais de réciter un de ses théorèmes ; on vous demandera en permanence de les utiliser, souvent au détour d'une question d'analyse ou d'algèbre. Voici donc l'essentiel sous la forme la plus opératoire possible.
Le tableau des réflexes
| Ce qu'on cherche | Ce qu'on fait |
|---|---|
| Le degré d'une expression compliquée | On ajoute les degrés des facteurs, on multiplie par l'exposant, on se méfie des sommes où les termes dominants se compensent |
| Montrer qu'un polynôme est nul | On montre qu'il a plus de racines que son degré ne l'autorise |
| Montrer que deux polynômes sont égaux | On identifie les coefficients, ou on montre qu'ils coïncident en assez de points |
| Factoriser par | On vérifie , puis on divise (Horner) |
| Trouver une racine « évidente » | On essaie , , , , , puis les diviseurs du terme constant |
| Déterminer une multiplicité | Divisions successives par , ou dérivées : et |
| Écrire suivant les puissances de | Formule de Taylor, ou divisions successives par |
| Étudier le signe d'un trinôme | Discriminant, racines, « du signe de sauf entre les racines » |
| Le signe des racines sans les calculer | Les signes de et de |
| Deux nombres de somme et de produit | Les racines de , qui existent si |
| Étudier le signe d'un polynôme de degré | On factorise complètement, puis tableau de signes ; les facteurs sans racine réelle sont de signe constant |
| Déterminer tous les vérifiant une relation | Analyse par le degré, puis identification, puis synthèse |
Les erreurs classiques
Croire que . C'est faux quand les degrés sont égaux et que les coefficients dominants sont opposés : . L'énoncé correct comporte un .
Confondre racine et multiplicité. « a deux racines » et « a une racine double » sont deux affirmations différentes. Le théorème dit qu'un polynôme de degré a au plus racines distinctes ; c'est la somme des multiplicités qui est majorée par , ce qui est plus précis.
Croire qu'un trinôme sans racine change de signe. Si , le trinôme garde le signe de sur tout entier. C'est même la raison pour laquelle un tel facteur ne perturbe jamais un tableau de signes : il se traite comme une constante.
Oublier le dans la formule de Taylor. Le coefficient de est , pas . Contrôle rapide : le terme constant doit être et le terme de degré doit être .
Écrire une division euclidienne sans vérifier le degré du reste. Une égalité n'est pas une division euclidienne tant qu'on n'a pas vérifié . Sans cette condition, l'écriture n'a rien d'unique : par exemple est vraie, mais ne dit rien.
Oublier les monômes de coefficient nul en posant une division. Diviser par en écrivant seulement deux termes conduit immanquablement à une erreur : il faut écrire .
Oublier de revenir à dans une équation bicarrée. Après avoir trouvé , la réponse n'est pas : c'est ou . Et une valeur strictement négative de ne fournit aucune solution.
Conclure trop vite qu'une factorisation est terminée. Tant qu'un facteur de degré subsiste, ou qu'un trinôme de discriminant positif n'a pas été factorisé, le travail continue. Le contrôle final est toujours le même : la somme des degrés des facteurs doit valoir le degré du polynôme de départ, et un développement rapide doit redonner l'énoncé.
Bloqué sur « Polynômes » ?
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.