ECG appliquées · Chapitre 04 · Premier semestre

Suites de nombres réels

1re année

Suites arithmétiques, suites géométriques, récurrence linéaire d'ordre 2, convergence, comportements asymptotiques usuels.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Suites arithmétiques
  • Suites géométriques
  • Récurrence linéaire d'ordre 2
  • Convergence
  • Comportements asymptotiques usuels

Vous connaissez déjà les suites. Le lycée vous a appris à reconnaître une suite arithmétique, à calculer le terme général d'une suite géométrique, à observer sur une calculatrice qu'une suite « semble se rapprocher » d'un nombre. Ce chapitre reprend tout cela, mais en change la nature : il ne s'agira plus d'observer, il s'agira de démontrer.

Deux raisons rendent ce chapitre incontournable. D'abord, la suite est l'outil de modélisation le plus naturel dès qu'une grandeur évolue par étapes : un capital placé qui produit des intérêts chaque année, un emprunt que l'on amortit mensualité après mensualité, une dépense publique dont les effets se propagent de vague en vague dans l'économie. Toutes ces situations s'écrivent un+1=aun+b, et vous saurez les résoudre à la fin de ce chapitre. Ensuite, la notion de limite apparaît ici pour la première fois : elle sera reprise pour les fonctions, puis pour les variables aléatoires au second semestre.

Le programme demande d'utiliser « autant que possible la représentation graphique des suites pour illustrer ou conjecturer leur comportement ». Prenez cette consigne au sérieux : un nuage de points ou une construction en escalier tracée au brouillon vous dira, en trente secondes, si la suite monte, si elle est majorée et vers quoi elle tend. La démonstration vient ensuite, mais elle vient toujours plus vite quand on sait où l'on va.

Notations fixées pour tout le chapitre. La lettre n désigne toujours un entier naturel. On note (un) une suite réelle et un son terme d'indice n. Les lettres , r, q, a, b désignent des réels. Le symbole marque la fin d'une démonstration.

Généralités sur les suites

Définition et notations

Définition

Une suite réelle est une application de N dans R, c'est-à-dire un procédé qui associe à chaque entier naturel n un réel unique, noté un.

Ce réel un s'appelle le terme d'indice n (ou terme de rang n) de la suite. La suite elle-même se note (un)nN, ou plus simplement (un).

Certaines suites ne sont définies qu'à partir d'un certain indice : la suite de terme général 1n n'a pas de terme d'indice 0. On écrit alors (un)n1, et l'on précise toujours l'indice de départ.

Remarque

Une distinction de notation qui a l'air d'un détail, et qui n'en est pas un : un est un nombre réel, alors que (un) est la suite tout entière, c'est-à-dire un objet global qui contient une infinité de nombres.

On dit donc « la suite (un) est croissante », et jamais « la suite un est croissante » : un nombre réel ne peut pas être croissant. Les correcteurs de concours sanctionnent cette confusion, parce qu'elle révèle presque toujours un flou plus profond sur ce que l'on manipule.

Les trois modes de définition

Une suite peut être décrite de trois manières, qui n'offrent pas du tout les mêmes possibilités de calcul.

Définition

a. Par une formule explicite. Le terme un est donné par une expression qui ne dépend que de n :

un=2n+1n+3

b. Par une relation de récurrence. On se donne le ou les premiers termes, et une relation qui exprime chaque terme à l'aide des précédents :

u0=1etun+1=3un2pour tout nN

c. Par restriction aux entiers d'une fonction de variable réelle. On part d'une fonction f définie sur [0,+[ (ou sur [n0,+[) et l'on pose un=f(n) :

f(x)=xx+1etun=f(n)=nn+1

Exemple

Calculons les premiers termes de chacune de ces trois suites.

a. Pour un=2n+1n+3, il suffit de remplacer n par sa valeur :

u0=13,u1=34,u2=55=1,u3=76

On peut obtenir u100=201103 immédiatement, sans calculer aucun terme intermédiaire.

b. Pour u0=1 et un+1=3un2, il faut avancer pas à pas :

u1=3×12=1,u2=3×12=1,u3=1

Cette suite est constante, ce qui n'était pas visible sur la relation de récurrence. Nous verrons pourquoi dans la section consacrée aux suites arithmético-géométriques : 1 est le point fixe de la relation.

c. Pour un=nn+1 :

u0=0,u1=12,u2=23,u3=34

Remarque

La différence pratique entre le mode a et le mode b est considérable. Avec une formule explicite, on atteint n'importe quel terme d'un seul calcul, et l'on peut étudier la limite avec les outils de la section 5. Avec une relation de récurrence, obtenir u100 demande cent calculs, et la limite n'est pas lisible sur la formule.

C'est pourquoi une bonne partie de ce chapitre consiste à transformer une définition par récurrence en formule explicite. Les sections 3 et 4 y parviennent complètement pour deux familles importantes. La section 8 traite le cas général, où la formule explicite n'existe pas, et où il faut ruser.

Suites majorées, minorées, bornées

Définition

Soit (un) une suite réelle.

  • (un) est majorée s'il existe un réel M tel que unM pour tout n. Un tel réel M s'appelle un majorant de la suite.
  • (un) est minorée s'il existe un réel m tel que unm pour tout n. Un tel réel m s'appelle un minorant.
  • (un) est bornée si elle est à la fois majorée et minorée.

Propriété

La suite (un) est bornée si, et seulement s'il existe un réel M0 tel que

unMpour tout nN

Démonstration. Si unM pour tout n, alors MunM : la suite est minorée par M et majorée par M, donc bornée. Réciproquement, si munM pour tout n, posons M=max(m,M). Alors unMM et unmM, donc unM.

Exemple

a. La suite un=nn+1 vérifie 0un<1 pour tout n : elle est bornée.

b. La suite un=n2 est minorée par 0, mais elle n'est pas majorée : elle n'est pas bornée.

c. La suite un=(1)nn prend les valeurs 0, 1, 2, 3, 4, ... Elle n'est ni majorée ni minorée.

d. La suite un=2+3(1)nn+1 vérifie un2=3n+13, donc 1un5 : elle est bornée. Nous la retrouverons en section 5, c'est la suite de la figure.

Remarque

Un majorant n'est jamais unique : si M majore la suite, tout réel plus grand que M la majore aussi. Il ne faut donc pas confondre majorant et maximum. La suite un=nn+1 est majorée par 1, mais elle n'atteint jamais la valeur 1 : elle n'a pas de maximum. Dire « le majorant de la suite » n'a aucun sens ; on dit « un majorant ».

Monotonie

Définition

Soit (un) une suite réelle.

  • (un) est croissante si unun+1 pour tout n, et strictement croissante si un<un+1 pour tout n.
  • (un) est décroissante si unun+1 pour tout n, et strictement décroissante si un>un+1 pour tout n.
  • (un) est monotone si elle est croissante ou décroissante, et constante si un=un+1 pour tout n.

Remarquez que la définition ne compare que des termes consécutifs. C'est suffisant : si unun+1 pour tout n, alors en enchaînant les inégalités on obtient upuq dès que pq.

Méthode

Étudier la monotonie d'une suite. Trois méthodes, à choisir selon la forme de la suite.

1. Le signe de un+1un. On calcule cette différence, on la simplifie au maximum, et l'on étudie son signe. Cette méthode fonctionne toujours : c'est celle à tenter en premier, et la seule à connaître par cœur.

2. La comparaison de un+1un à 1. Utilisable uniquement si tous les termes sont strictement positifs. Si le quotient est supérieur ou égal à 1, la suite est croissante ; s'il est inférieur ou égal à 1, elle est décroissante. Elle est commode quand un est un produit, un quotient ou une puissance, car les simplifications y sont spectaculaires.

3. Les variations de la fonction associée. Utilisable uniquement si la suite est donnée sous forme explicite un=f(n). Si f est croissante sur [0,+[, alors (un) est croissante, et de même pour la décroissance.

Avant de choisir : vérifiez que l'hypothèse de la méthode est satisfaite. La méthode 2 appliquée à une suite de termes négatifs donne la conclusion inverse de la bonne.

Exemple

a. Par le signe de la différence. Soit un=n25n. Alors

un+1un=[(n+1)25(n+1)][n25n]=n2+2n+15n5n2+5n=2n4

Cette différence est strictement négative pour n{0,1}, nulle pour n=2, et strictement positive pour n3. La suite décroît donc jusqu'au rang 2, puis croît. Les premiers termes le confirment :

n 0 1 2 3 4 5 6
un 0 4 6 6 4 0 6

La suite (un) n'est donc pas monotone, mais elle est croissante à partir du rang 2.

b. Par le quotient. Soit un=3nn pour n1. Tous les termes sont strictement positifs, la méthode 2 s'applique :

un+1un=3n+1n+1×n3n=3nn+1

Or 3nn+1>1 équivaut à 3n>n+1, c'est-à-dire à 2n>1, ce qui est vrai pour tout n1. La suite est donc strictement croissante.

c. Par la fonction associée. Soit un=nn+1. Posons f(x)=xx+1 sur [0,+[, de sorte que un=f(n). Cette fonction est dérivable et

f(x)=(x+1)x(x+1)2=1(x+1)2>0
xx
00
++\infty
f(x)f'(x)
++
f(x)f(x)
00
11

La fonction f est strictement croissante sur [0,+[, donc la suite (un) est strictement croissante.

Remarque

Un piège très fréquent, sur lequel il faut être intraitable dès maintenant. La méthode 3 s'applique à une suite du type un=f(n), où f est évaluée en l'indice. Elle ne s'applique jamais à une suite du type un+1=f(un), où f est évaluée sur le terme précédent.

Ce sont deux situations totalement différentes. Dans le second cas, la croissance de f ne donne pas la croissance de la suite : elle donne seulement sa monotonie, dont le sens dépend de la comparaison entre u0 et u1. C'est l'objet de la section 8.

Propriété vraie à partir d'un certain rang

Définition

On dit qu'une propriété portant sur n est vraie à partir d'un certain rang s'il existe un entier n0 tel que la propriété soit vraie pour tout nn0.

Cette formulation reviendra sans arrêt. Elle traduit une idée simple : pour la plupart des questions de ce chapitre, les premiers termes ne comptent pas. Si l'on modifie un nombre fini de termes d'une suite, on ne change ni sa nature (convergente ou divergente) ni sa limite, car les théorèmes de convergence ne regardent que le comportement « au bout ».

En revanche, la monotonie, elle, dépend de tous les termes : la suite un=n25n de l'exemple précédent est croissante à partir du rang 2, mais elle n'est pas croissante. Il faut donc écrire la restriction, et ne pas la passer sous silence.

Suites arithmétiques et suites géométriques

Suites arithmétiques

Définition

Une suite (un) est arithmétique s'il existe un réel r, appelé raison de la suite, tel que

un+1=un+rpour tout nN

Autrement dit : on passe d'un terme au suivant en ajoutant toujours le même nombre.

Propriété

Soit (un) une suite arithmétique de raison r. Pour tous entiers n et p :

un=u0+nret, plus geˊneˊralement,un=up+(np)r

Démonstration. La somme k=0n1(uk+1uk) se télescope et vaut unu0. Or chacun de ses n termes vaut r, donc unu0=nr. La seconde formule s'obtient de la même manière en partant de l'indice p.

Méthode

Reconnaître une suite arithmétique. Calculer un+1un et vérifier que le résultat ne dépend pas de n. Si la différence dépend de n, la suite n'est pas arithmétique, et il est inutile d'insister.

Exemple

a. Soit un=53n. Alors un+1un=[53(n+1)][53n]=3. La suite est arithmétique de raison 3 et de premier terme u0=5.

b. Soit un=n2. Alors un+1un=2n+1, qui dépend de n : la suite n'est pas arithmétique.

Le sens de variation se lit immédiatement sur la raison : si r>0 la suite est strictement croissante, si r<0 elle est strictement décroissante, si r=0 elle est constante. Quant à la limite, elle vaut + si r>0, si r<0, et u0 si r=0.

Sommes de termes d'une suite arithmétique

Propriété

Pour tout entier n0 :

k=0nk  =  k=1nk  =  n(n+1)2

Démonstration. Notons S=k=0nk. En écrivant la somme dans l'ordre croissant puis dans l'ordre décroissant et en ajoutant les deux lignes terme à terme, chaque colonne donne n, et il y a n+1 colonnes. Donc 2S=n(n+1), d'où le résultat.

Propriété

Soit (un) une suite arithmétique et soient pn deux entiers. Alors

k=pnuk  =  (np+1)×up+un2

Sous forme parlée, à retenir ainsi : nombre de termes, multiplié par la moyenne des termes extrêmes.

Démonstration. Écrivons uk=up+(kp)r et sommons :

k=pnuk=k=pn(up+(kp)r)=(np+1)up  +  rk=pn(kp)=(np+1)up  +  r×(np)(np+1)2

Par ailleurs up+un2=2up+(np)r2=up+(np)r2. En multipliant cette quantité par (np+1), on retrouve exactement la ligne précédente.

Exemple

Soit un=3+4n, suite arithmétique de raison 4. Calculons k=010uk.

Il y a 100+1=11 termes. Les extrêmes sont u0=3 et u10=3+40=43. Donc

k=010uk=11×3+432=11×23=253

Remarque

L'erreur classique sur ces sommes est le nombre de termes. De l'indice p à l'indice n, il y a np+1 termes, et non np. Le contrôle est immédiat : de 3 à 8, il y a 83+1=6 entiers, et l'on peut les compter sur ses doigts. Prenez l'habitude de vérifier ce nombre à chaque fois : c'est le point où se perdent le plus de points aux concours.

Suites géométriques

Définition

Une suite (un) est géométrique s'il existe un réel q, appelé raison de la suite, tel que

un+1=qunpour tout nN

Autrement dit : on passe d'un terme au suivant en multipliant toujours par le même nombre.

Propriété

Soit (un) une suite géométrique de raison q. Pour tous entiers n et p :

un=u0qnet, plus geˊneˊralement,un=upqnp

Méthode

Reconnaître une suite géométrique. Si tous les termes sont non nuls, calculer un+1un et vérifier que le résultat ne dépend pas de n.

Exemple

Soit un=2n+13n. On peut répondre de deux façons.

Par le quotient : un+1un=2n+23n+1×3n2n+1=23, constant.

Par réécriture directe : un=2×2n3n=2(23)n, ce qui donne immédiatement u0=2 et q=23.

Somme des puissances d'une raison

Propriété

Soit q un réel. Pour tout entier n0 :

k=0nqk=1qn+11qsi q1,etk=0nqk=n+1si q=1

Démonstration. Supposons q1 et notons S=k=0nqk. Alors

(1q)S=k=0nqkk=0nqk+1=k=0nqkk=1n+1qk=q0qn+1=1qn+1

la somme s'étant télescopée. Comme q1, on peut diviser par 1q. Si q=1, tous les termes valent 1 et il y en a n+1.

Propriété

Soit (un) une suite géométrique de raison q1, et soient pn. Alors

k=pnuk  =  up×1qnp+11q

Sous forme parlée : premier terme de la somme, multiplié par 1qnombre de termes1q.

Exemple

a. k=092k=121012=2101=1023.

b. k=382k comporte 83+1=6 termes, le premier étant 23=8. Donc

k=382k=8×12612=8×63=504

Vérification directe : 8+16+32+64+128+256=504.

c. k=05(12)k=1(12)6112=2(1164)=2132=1,96875.

Limites des suites géométriques

Propriété

Soit q un réel. Les résultats suivants sont admis.

  • Si q>1, alors qn+.
  • Si q=1, alors qn=1 pour tout n, donc qn1.
  • Si 1<q<1, alors qn0.
  • Si q1, alors (qn) n'a pas de limite : les termes changent de signe indéfiniment.

Retenez la frontière : c'est q<1 qui fait tendre qn vers 0. Une raison négative de valeur absolue inférieure à 1, comme q=0,9, donne bien une suite qui tend vers 0, en alternant de signe.

Méthode

Déterminer un rang à partir duquel qn est inférieur à une précision donnée (avec 0<q<1).

  1. Écrire l'inéquation, par exemple qn103.
  2. Appliquer ln aux deux membres. La fonction ln est strictement croissante sur ]0,+[ : l'inégalité est conservée. On utilise ensuite ln(qn)=nlnq.
  3. Regarder le signe de lnq avant de diviser. Comme 0<q<1, on a lnq<0 : en divisant par lnq, l'inégalité change de sens.
  4. Conclure par le plus petit entier convenable, et vérifier numériquement à ce rang et au rang précédent.

Exemple

Cherchons le plus petit entier n tel que 0,8n103.

0,8n103nln(0,8)3ln10

Or ln(0,8)0,2231<0. En divisant par ce nombre négatif, l'inégalité se retourne :

n    3ln10ln(0,8)  =  3ln10ln(0,8)    30,96

Le plus petit entier convenable est donc n=31. Vérifions : 0,8301,238×103, qui est supérieur à 103, tandis que 0,8319,90×104, qui convient.

Un exemple financier : les intérêts composés

Exemple

Un capital de 10000 euros est placé au taux annuel de 3%, les intérêts étant capitalisés chaque année. Notons Cn le capital disponible au bout de n années.

Modélisation. Chaque année, le capital est augmenté de 3% de sa valeur, donc multiplié par 1,03 :

Cn+1=Cn+0,03Cn=1,03×Cn

La suite (Cn) est géométrique de raison 1,03 et de premier terme C0=10000, d'où

Cn=10000×1,03n

Valeurs. C1=10300, C2=10609, C3=10927,27, et C10=10000×1,031013439,16 euros.

Temps de doublement. Cherchons le nombre d'années au bout duquel le capital a doublé :

1,03n2nln(1,03)ln2

Ici ln(1,03)0,02956>0 : l'inégalité ne change pas de sens quand on divise. Donc

n    ln2ln(1,03)    23,45

Il faut donc 24 années. Vérification : 1,03231,974<2 et 1,03242,0332.

Comparez avec l'exemple précédent : c'est le même calcul, mais le sens de l'inégalité finale y était inversé parce que ln(0,8) est négatif alors que ln(1,03) est positif. C'est exactement le point où l'on se trompe.

Exemple

Le multiplicateur keynésien. L'État injecte 100 millions d'euros dans l'économie. Les bénéficiaires en consomment une proportion c=0,8, ce qui crée une deuxième vague de revenus de 80 millions, dont 80% sont à leur tour consommés, et ainsi de suite. La vague d'indice k vaut 100×0,8k millions.

Le revenu total créé après n+1 vagues est

Sn=k=0n100×0,8k=100×10,8n+110,8=500(10,8n+1)

Après onze vagues : S10=500(10,811)457,05 millions.

Comme 0<0,8<1, on a 0,8n+10, donc Sn500. L'effet total de l'injection vaut 10010,8=500 millions : le multiplicateur vaut 11c=5.

Remarque

Une précaution de rédaction sur l'exemple précédent. Nous avons calculé la limite de la suite (Sn), chaque Sn étant une somme d'un nombre fini de termes. Nous n'avons à aucun moment écrit une somme comportant une infinité de termes : une telle écriture n'a pas encore de sens à ce stade de l'année, et elle sera définie plus tard. Écrivez donc toujours limn+Sn=500, et jamais autre chose.

Suites arithmético-géométriques

Définition et position du problème

Définition

Une suite (un) est arithmético-géométrique s'il existe deux réels a et b tels que

un+1=aun+bpour tout nN

Deux cas sont déjà connus : si b=0, la suite est géométrique de raison a ; si a=1, elle est arithmétique de raison b. Le cas intéressant est donc a1 et b0, et c'est celui que traite cette section.

Le problème est le suivant : la suite n'est ni arithmétique (la différence un+1un=(a1)un+b dépend de n) ni géométrique (le quotient n'est pas constant). Aucune des deux formules de la section précédente ne s'applique. L'idée qui débloque tout consiste à décaler la suite pour se ramener à une suite géométrique.

Le point fixe

Cherchons s'il existe une suite constante égale à un réel c qui vérifie la même relation de récurrence. Une telle suite satisferait c=ac+b, c'est-à-dire c(1a)=b. Comme a1, cette équation a une solution unique.

Définition

Soit a1. Le point fixe de la relation un+1=aun+b est l'unique réel c vérifiant c=ac+b, c'est-à-dire

c=b1a

Propriété

Soit (un) vérifiant un+1=aun+b avec a1, et soit c=b1a. Alors la suite (vn) définie par vn=unc est géométrique de raison a. Par conséquent

un=(u0c)an+cpour tout nN

Démonstration. Le calcul tient en trois lignes, et il faut savoir le refaire, car les énoncés de concours demandent presque toujours de le rédiger.

vn+1=un+1c=aun+bc

Or c vérifie c=ac+b, donc bc=ac. En reportant :

vn+1=aunac=a(unc)=avn

La suite (vn) est donc géométrique de raison a, d'où vn=v0an=(u0c)an, puis un=vn+c.

Méthode

Résoudre une récurrence un+1=aun+b avec a1. Quatre étapes, toujours les mêmes.

  1. Chercher le point fixe : résoudre l'équation c=ac+b. On trouve c=b1a, ce qui est licite puisque a1.
  2. Poser vn=unc et démontrer que (vn) est géométrique de raison a. Ne vous contentez pas de l'affirmer : le calcul est court, refaites-le.
  3. Écrire vn=v0an, puis revenir à la suite de départ par un=vn+c.
  4. Vérifier la formule obtenue sur u0, u1 et u2, en comparant avec les valeurs données par la récurrence. Cette vérification prend vingt secondes et attrape la quasi-totalité des erreurs de signe.

Exemple

Traitons entièrement la suite définie par u0=2 et un+1=12un+3.

1. Point fixe. On résout c=12c+3, soit 12c=3, donc c=6.

2. La suite auxiliaire. Posons vn=un6. Alors

vn+1=un+16=12un+36=12un3=12(un6)=12vn

La suite (vn) est géométrique de raison 12, de premier terme v0=u06=4.

3. Forme explicite. On en déduit vn=4(12)n, puis

un=64(12)n

4. Vérification. La récurrence donne u0=2, u1=12×2+3=4, u2=12×4+3=5, u3=12×5+3=5,5. La formule donne 64=2, puis 62=4, puis 61=5, puis 60,5=5,5. Les deux coïncident.

Limite. Comme 12<1, on a (12)n0, donc un6. La suite converge vers le point fixe, en croissant.

Le cas a=1

Si a=1, la relation s'écrit un+1=un+b : la suite est arithmétique de raison b, et l'on a directement un=u0+nb. Il ne faut surtout pas chercher de point fixe dans ce cas : l'équation c=c+b n'a aucune solution quand b0.

Géométriquement, cela se comprend bien : le point fixe est l'abscisse du point d'intersection de la droite d'équation y=ax+b avec la droite y=x. Quand a=1, ces deux droites sont parallèles et ne se coupent pas.

Comportement selon la valeur de a

Propriété

Soit (un) vérifiant un+1=aun+b avec a1, et c=b1a. On sait que un=(u0c)an+c. Le comportement se lit alors directement sur a.

  • Si a<1 : an0, donc unc. La suite converge vers le point fixe, quel que soit u0.
  • Si a>1 : ou bien u0=c et la suite est constante, ou bien elle diverge vers + (si u0>c) ou vers (si u0<c).
  • Si a=1 : un=(u0c)(1)n+c prend alternativement deux valeurs. Elle n'a pas de limite dès que u0c.
  • Si a<1 : la suite oscille avec une amplitude qui croît indéfiniment, et n'a pas de limite (sauf si u0=c).

Exemple

Un plan d'épargne. Un capital initial de 2000 euros est placé au taux annuel de 4%, et l'on ajoute 500 euros à la fin de chaque année. Notons Cn le capital après n années :

C0=2000etCn+1=1,04Cn+500

1. Point fixe. On résout c=1,04c+500, soit 0,04c=500, donc c=12500.

2. Suite auxiliaire. Posons vn=Cn+12500. Alors

vn+1=Cn+1+12500=1,04Cn+500+12500=1,04(Cn+12500)=1,04vn

en utilisant 1,04×12500=13000=500+12500. La suite (vn) est géométrique de raison 1,04, avec v0=14500.

3. Forme explicite. Cn=14500×1,04n12500.

4. Vérification. La récurrence donne C1=1,04×2000+500=2580 et C2=1,04×2580+500=3183,20. La formule donne 14500×1,0412500=1508012500=2580, puis 14500×1,081612500=15683,2012500=3183,20. Les deux coïncident.

Application. Au bout de dix ans : C10=14500×1,04101250021463,54125008963,54 euros.

Remarque

Cet exemple contient un avertissement précieux. Le point fixe vaut ici 12500 euros, ce qui n'a aucun sens financier : le capital ne sera jamais négatif, et il ne tend pas vers 12500. Comme a=1,04>1, la suite tend en réalité vers +.

Le point fixe n'est pas la limite : c'est un intermédiaire de calcul, le décalage exact qui transforme la suite en suite géométrique. Il ne coïncide avec la limite que dans le cas a<1. Confondre les deux est l'erreur la plus répandue de ce chapitre, et nous la retrouverons en section 8 sous une forme plus dangereuse encore.

Suites récurrentes linéaires d'ordre 2

Définition

Définition

Soient a et b deux réels, avec b0. Une suite (un) vérifie une relation de récurrence linéaire d'ordre 2 à coefficients constants si

un+2=aun+1+bunpour tout nN

Une telle suite est entièrement déterminée par la donnée de ses deux premiers termes u0 et u1.

On suppose b0 pour que la relation soit réellement d'ordre 2 : si b=0, elle se réduit à un+2=aun+1, c'est-à-dire à une suite géométrique à partir du rang 1.

D'où vient l'équation caractéristique

La méthode ne tombe pas du ciel : elle vient d'une question naturelle. Existe-t-il des suites géométriques qui vérifient cette relation ? Cherchons donc un=rn avec r0. La relation s'écrit

rn+2=arn+1+brn

Comme r0, on peut diviser les deux membres par rn, et il reste r2=ar+b. Toute l'étude repose sur cette équation du second degré.

Définition

L'équation caractéristique associée à la relation un+2=aun+1+bun est

r2=ar+b,c’est-aˋ-direr2arb=0

Son discriminant vaut Δ=a2+4b.

Propriété

On note λ et μ des constantes réelles.

Cas 1 : Δ>0. L'équation caractéristique a deux racines réelles distinctes r1 et r2. Les suites vérifiant la relation sont exactement celles de la forme

un=λr1n+μr2n

Cas 2 : Δ=0. L'équation caractéristique a une racine double r0=a2, non nulle. Les suites vérifiant la relation sont exactement celles de la forme

un=(λ+μn)r0n

Dans les deux cas, les constantes λ et μ sont déterminées de manière unique par les valeurs de u0 et u1.

Justification. Vérifions d'abord que ces formules conviennent, ce qui est un simple calcul.

Dans le cas 1, comme r1 et r2 sont racines, on a r12=ar1+b et r22=ar2+b. Donc, pour la suite un=λr1n+μr2n :

un+2=λr1nr12+μr2nr22=λr1n(ar1+b)+μr2n(ar2+b)=a(λr1n+1+μr2n+1)+b(λr1n+μr2n)=aun+1+bun

Dans le cas 2, le discriminant est nul, donc a2+4b=0, ce qui donne b=a24, et la racine double vaut r0=a2. Autrement dit a=2r0 et b=r02. Vérifions alors que la suite wn=nr0n convient :

awn+1+bwn=2r0×(n+1)r0n+1    r02×nr0n=2(n+1)r0n+2nr0n+2=(n+2)r0n+2  =  wn+2

La suite (r0n) convient également puisque r0 est racine, et toute combinaison des deux aussi.

Reste l'unicité. Deux suites qui vérifient la même relation d'ordre 2 et qui ont les mêmes deux premiers termes sont égales : une récurrence immédiate le montre, puisque chaque terme est calculé à partir des deux précédents. Il suffit donc de vérifier que le couple (λ,μ) est déterminé sans ambiguïté par u0 et u1.

Dans le cas 1, le système s'écrit λ+μ=u0 et λr1+μr2=u1 ; en soustrayant r1 fois la première équation à la seconde, on obtient μ(r2r1)=u1r1u0, ce qui détermine μ puisque r1r2, puis λ=u0μ.

Dans le cas 2, le système s'écrit λ=u0 et (λ+μ)r0=u1, ce qui donne μ=u1r0u0, puisque r00.

Méthode

Trouver la forme explicite d'une suite récurrente linéaire d'ordre 2.

  1. Écrire l'équation caractéristique r2=ar+b, sous la forme r2arb=0. Attention aux signes : ils sont responsables de la moitié des erreurs.
  2. Calculer le discriminant Δ=a2+4b et déterminer les racines.
  3. Écrire la forme générale : λr1n+μr2n si Δ>0, et (λ+μn)r0n si Δ=0.
  4. Traduire u0 et u1 en un système de deux équations d'inconnues λ et μ, puis le résoudre.
  5. Vérifier sur u2, calculé d'un côté par la récurrence et de l'autre par la formule.

Exemple

Cas de deux racines distinctes. Soit (un) définie par u0=0, u1=1 et un+2=5un+16un.

1 et 2. Ici a=5 et b=6. L'équation caractéristique est r2=5r6, soit r25r+6=0. Son discriminant vaut Δ=2524=1>0, et ses racines sont

r1=5+12=3etr2=512=2

3. Il existe donc λ et μ tels que un=λ3n+μ2n pour tout n.

4. Les deux premiers termes donnent le système

λ+μ=0et3λ+2μ=1

La première équation donne μ=λ ; en reportant dans la seconde, 3λ2λ=1, donc λ=1 et μ=1. Ainsi

un=3n2n

5. Vérification. La formule donne u2=94=5 et u3=278=19. La récurrence donne u2=5×16×0=5 et u3=5×56×1=19. Tout concorde.

Comportement. En factorisant par le terme le plus grand, un=3n(1(23)n). La parenthèse tend vers 1 et 3n+, donc un+.

Exemple

Cas d'une racine double. Soit (un) définie par u0=1, u1=6 et un+2=4un+14un.

1 et 2. Ici a=4 et b=4. L'équation caractéristique est r24r+4=0, de discriminant Δ=1616=0. Elle admet la racine double r0=42=2.

3. Il existe donc λ et μ tels que un=(λ+μn)2n.

4. Pour n=0 : u0=λ=1. Pour n=1 : u1=(1+μ)×2=6, donc 1+μ=3 et μ=2. Ainsi

un=(1+2n)2n

5. Vérification. La formule donne u2=5×4=20 et u3=7×8=56. La récurrence donne u2=4×64×1=20 et u3=4×204×6=56. Tout concorde.

Exemple

Cas de deux racines de signes contraires. Soit (un) définie par u0=3, u1=0 et un+2=un+1+2un.

Ici a=1 et b=2, l'équation caractéristique est r2r2=0, de discriminant Δ=1+8=9. Les racines sont r1=1+32=2 et r2=132=1.

Donc un=λ2n+μ(1)n, avec λ+μ=3 et 2λμ=0. La seconde équation donne μ=2λ, d'où 3λ=3, donc λ=1 et μ=2 :

un=2n+2(1)n

Vérification : la formule donne u2=4+2=6 et u3=82=6 ; la récurrence donne u2=0+2×3=6 et u3=6+2×0=6.

La présence d'une racine négative fait osciller la suite, mais 2n finit par l'emporter sur le terme borné 2(1)n, et un+.

Remarque

Le cas Δ<0 est hors programme dans cette filière. Lorsque le discriminant de l'équation caractéristique est strictement négatif, celle-ci n'a aucune racine réelle, et son traitement exige les nombres complexes, qui ne figurent au programme d'aucune des deux années du parcours mathématiques appliquées.

Vous ne rencontrerez donc, en exercice comme aux concours, que des équations caractéristiques de discriminant positif ou nul. Conséquence pratique très utile : si vous trouvez Δ<0 dans un exercice de cette filière, c'est presque certainement le signe d'une erreur de calcul, et il faut reprendre les signes de a et de b.

Limite d'une suite

Nous abordons ici le cœur du chapitre. Une remarque de méthode s'impose d'emblée, et elle vaut pour cette section ainsi que pour les deux suivantes : tous les théorèmes de convergence énoncés ci-dessous sont admis. Le programme précise qu'aucune démonstration les concernant n'est exigible, et qu'un exposé théorique sur ces notions est à exclure.

Ce qui est exigible, en revanche, l'est pleinement : savoir énoncer correctement ces théorèmes, savoir vérifier leurs hypothèses, et savoir les utiliser dans un calcul. Un théorème invoqué sans que ses hypothèses aient été vérifiées ne rapporte aucun point.

La définition de la convergence

Définition

Soient (un) une suite réelle et un réel. On dit que la suite (un) converge vers si tout intervalle ouvert contenant contient les termes un pour tous les indices n, hormis un nombre fini d'entre eux.

On note alors

limn+un=ouun

Une suite qui converge vers un réel est dite convergente. Une suite qui n'est pas convergente est dite divergente.

Prenons le temps de lire cette définition, car chacun de ses mots pèse.

« Tout intervalle ouvert contenant » : la propriété doit être vraie pour n'importe quel intervalle, y compris les plus étroits. C'est ce qui interdit à la suite de s'arrêter à une distance non nulle de .

« Hormis un nombre fini d'entre eux » : on autorise un nombre quelconque d'exceptions, pourvu qu'elles soient en nombre fini. Autrement dit, à partir d'un certain rang, tous les termes sont dans l'intervalle. C'est bien la traduction de l'idée intuitive : la suite « finit par entrer » dans l'intervalle et n'en ressort plus.

Nuage de points d'une suite convergente et bande autour de la limite

Exemple

La figure représente les dix-neuf premiers termes de la suite

un=2+3(1)nn+1

Prenons l'intervalle ouvert ]1,5;2,5[, qui contient bien =2 : c'est la bande grisée. Calculons les premiers termes :

u0=5,u1=0,5,u2=3,u3=1,25,u4=2,6,u5=236=1,5

Aucun de ces six termes n'appartient à la bande. Le cas de u5 mérite attention : il vaut exactement 1,5, donc il est sur le bord de l'intervalle, et un intervalle ouvert ne contient pas ses bornes. Le terme u5 est donc à l'extérieur.

En revanche, u6=2+372,43 est strictement à l'intérieur, et il en va de même de tous les suivants. En effet, pour n6 :

un2=3n+137<0,5

Bilan : exactement six termes (ceux d'indices 0 à 5) sont hors de la bande, ce qui est bien un nombre fini. La condition de la définition est donc satisfaite pour cet intervalle.

Elle l'est en réalité pour n'importe quel intervalle ouvert contenant 2, aussi étroit soit-il : le rang d'entrée sera simplement plus grand. C'est ce qui permet de conclure que un2.

Méthode

Déterminer un rang à partir duquel la suite approche sa limite à une précision donnée.

  1. Écrire l'écart un et le simplifier autant que possible.
  2. Résoudre l'inéquation un précision voulue, d'inconnue n.
  3. Donner le plus petit entier convenable, et le vérifier numériquement à ce rang et au rang précédent.

Exemple

Sur la suite précédente, cherchons à partir de quel rang un2103.

L'écart vaut 3n+1, et

3n+1103n+13000n2999

Le rang cherché est donc 2999. Vérification : pour n=2998, l'écart vaut 329991,0003×103, qui est trop grand ; pour n=2999, il vaut exactement 103, ce qui convient.

Limites infinies

Définition

Soit (un) une suite réelle.

  • On dit que (un) tend vers + si tout intervalle de la forme ]A,+[ contient les termes un pour tous les indices n, hormis un nombre fini d'entre eux.
  • On dit que (un) tend vers si tout intervalle de la forme ],A[ contient les termes un pour tous les indices n, hormis un nombre fini d'entre eux.

Remarque

Vocabulaire à ne pas confondre. Le mot « converger » est réservé aux limites finies. Une suite qui tend vers + diverge, même si elle a une limite. Il y a donc trois comportements possibles, et trois seulement :

  • la suite converge vers un réel ;
  • la suite diverge vers + ou vers ;
  • la suite diverge sans limite : elle n'a aucune limite, ni finie ni infinie.

Écrire « la suite converge vers + » est une faute de vocabulaire, sanctionnée comme telle.

Exemple

Une suite sans limite. Considérons un=(1)n, qui vaut alternativement 1 et 1.

Cette suite ne converge pas vers 1 : l'intervalle ouvert ]0,5;1,5[ contient 1, mais aucun terme de rang impair ne s'y trouve, et il y en a une infinité. Le même argument, avec ]1,5;0,5[, montre qu'elle ne converge pas vers 1.

Elle ne converge vers aucun autre réel non plus : un intervalle ouvert assez petit autour d'un tel laisse dehors au moins l'une des deux valeurs 1 et 1, donc une infinité de termes. Enfin la suite est bornée, donc elle ne tend ni vers + ni vers . Elle n'a pas de limite.

Deux résultats fondamentaux

Propriété

Les deux résultats suivants sont admis.

  1. Unicité de la limite. Si une suite admet une limite, finie ou infinie, cette limite est unique. C'est ce qui autorise l'article défini et la notation limn+un.
  2. Toute suite convergente est bornée.

Remarque

La réciproque du point 2 est fausse : la suite (1)n est bornée et pourtant elle ne converge pas. Une suite bornée n'a aucune raison de converger.

En revanche, la contraposée du point 2 est vraie et très utile : une suite non bornée ne converge pas. C'est parfois la façon la plus rapide de prouver une divergence.

Limites de référence

Propriété

Les limites suivantes sont admises et doivent être connues sans hésitation. Dans tout ce qui suit, α désigne un réel strictement positif.

a. 1n0

b. 1nα0

c. 1n0

d. nα+

e. n+

f. lnn+

g. qn0 si q<1

h. qn+ si q>1

i. une suite constante tend vers cette constante

Opérations sur les limites

Le programme précise qu'« aucune technicité sur ces opérations ne sera exigée ». Les trois tables ci-dessous couvrent tous les cas utiles. Dans chacune, et désignent des réels, et « F.I. » signifie forme indéterminée.

Somme.

limun limvn lim(un+vn)
+
+ +
+ + +
+ F.I.

Produit.

limun limvn lim(unvn)
>0 + +
<0 +
>0
<0 +
+ + +
+
+
0 + ou F.I.

Quotient.

limun limvn limunvn
0
+ ou 0
+ ou 0 infinie, signe par la règle des signes
0 0 avec vn de signe constant infinie, signe par la règle des signes
+ ou + ou F.I.
0 0 F.I.

Il y a donc exactement quatre formes indéterminées :

(+)+(),0×,,00

Remarque

« Forme indéterminée » ne signifie pas « la suite n'a pas de limite ». Cela signifie que la seule connaissance des deux limites ne permet pas de conclure, et qu'il faut transformer l'expression.

Regardez la forme (+)+() avec vn=n dans les trois cas suivants : avec un=n2, la somme vaut n2n+ ; avec un=n, elle est nulle et tend vers 0 ; avec un=n+3, elle vaut 3 et tend vers 3. Même forme, trois réponses différentes : voilà pourquoi elle est dite indéterminée.

La méthode du terme dominant

Méthode

Lever une indétermination dans un quotient.

  1. Repérer, au numérateur et au dénominateur, le terme qui croît le plus vite.
  2. Le factoriser dans chacun des deux, séparément.
  3. Simplifier ce qui peut l'être, puis conclure avec les limites de référence.

Ne cherchez jamais à « calculer le numérateur et le dénominateur séparément » : c'est précisément ce que la forme indéterminée interdit.

Exemple

a. Soit un=3n25n+12n2+n, de la forme . Le terme dominant est n2 en haut comme en bas :

un=n2(35n+1n2)n2(2+1n)=35n+1n22+1n

Le numérateur tend vers 3, le dénominateur vers 2, donc un32.

b. Soit un=2n3+nn2+4. On factorise n3 en haut et n2 en bas :

un=n3(2+1n2)n2(1+4n2)=n×2+1n21+4n2

Le second facteur tend vers 2 et n+, donc un+.

c. Soit un=2n+3n3n1. Le terme dominant est ici 3n :

un=3n((23)n+1)3n(1(13)n)=(23)n+11(13)n

Les deux puissances tendent vers 0 car leurs raisons sont dans ]1,1[, donc un11=1.

Méthode

Lever une indétermination du type avec des racines carrées. On multiplie et l'on divise par l'expression conjuguée, en utilisant l'identité (AB)(A+B)=A2B2 qui fait disparaître les racines du numérateur.

Exemple

Soit un=n+1n, de la forme . Multiplions par la quantité conjuguée :

un=(n+1n)(n+1+n)n+1+n=(n+1)nn+1+n=1n+1+n

Le dénominateur tend vers +, donc un0. L'écart entre deux racines carrées consécutives devient donc arbitrairement petit, ce qui n'était pas évident au départ.

Limites et inégalités

Cette section rassemble les théorèmes qui permettent de conclure sans calculer la limite directement. Ce sont les plus puissants du chapitre, et ceux que les sujets de concours attendent le plus souvent. Comme annoncé, ils sont tous admis.

Passage à la limite dans les inégalités

Propriété

Soient (un) et (vn) deux suites convergentes, de limites respectives et . Si unvn à partir d'un certain rang, alors

En particulier, si munM à partir d'un certain rang, alors mM.

Remarque

Les inégalités strictes ne se conservent pas. C'est l'un des points les plus contre-intuitifs du chapitre, et il faut le graver une fois pour toutes.

Prenons un=0 et vn=1n pour n1. On a bien un<vn strictement, pour tout n. Pourtant les deux suites convergent vers 0 : les limites sont égales.

Le passage à la limite transforme donc « < » en « ». Écrire « un<vn pour tout n, donc < » est une erreur, et elle est immédiatement repérée par un correcteur.

Le théorème d'encadrement

Propriété

Théorème d'encadrement (dit aussi « théorème des gendarmes »). Soient (un), (vn) et (wn) trois suites telles que

unvnwnaˋ partir d’un certain rang

Si (un) et (wn) convergent vers la même limite finie , alors (vn) converge également, et sa limite vaut .

Remarque

Mesurez bien la force de cet énoncé : il ne se contente pas de calculer une limite, il démontre l'existence de la limite de (vn), dont on ne supposait rien au départ. C'est pour cela qu'il est indispensable dès qu'une suite contient un terme oscillant que l'on ne sait pas maîtriser autrement, comme (1)n.

Attention toutefois : les deux suites qui encadrent doivent avoir la même limite, et cette limite doit être finie. Un encadrement par deux suites de limites différentes ne donne rien.

Exemple

a. Soit vn=(1)nn pour n1. Comme (1)n vaut 1 ou 1 :

1n    vn    1n

Les deux suites encadrantes tendent vers 0, donc vn0.

b. Soit vn=3+2(1)nn pour n1. Le numérateur vaut 5 ou 1 selon la parité, donc il est compris entre 1 et 5 :

1n    vn    5n

Les deux encadrantes tendent vers 0, donc vn0.

Théorèmes de comparaison pour les limites infinies

Propriété

Soient (un) et (vn) deux suites telles que unvn à partir d'un certain rang.

  1. Si un+, alors vn+.
  2. Si vn, alors un.

Le sens est facile à retenir sans apprendre l'énoncé par cœur : pour envoyer une suite vers +, il faut la minorer par quelque chose qui y va déjà ; pour l'envoyer vers , il faut la majorer.

Exemple

a. Soit vn=n+(1)n. Pour tout n, vnn1, et n1+. Donc vn+.

b. Soit vn=n+lnn pour n1. Comme lnn0 dès que n1, on a vnn+, donc vn+.

Le théorème de la limite monotone

Propriété

Théorème de la limite monotone.

  1. Toute suite croissante et majorée converge.
  2. Toute suite croissante et non majorée tend vers +.
  3. Toute suite décroissante et minorée converge.
  4. Toute suite décroissante et non minorée tend vers .

En particulier : toute suite monotone admet une limite, finie ou infinie.

C'est le théorème le plus important du chapitre. Il est le seul à fournir la convergence d'une suite dont on ne connaît pas la limite, et c'est exactement la situation des suites définies par récurrence, que nous traiterons en section 8.

Remarque

Deux erreurs symétriques, toutes deux très répandues.

Première erreur : croire que la limite vaut le majorant. Le théorème affirme l'existence de la limite, pas sa valeur. La suite un=11n est croissante et majorée par 10, mais sa limite vaut 1, pas 10. Tout ce que l'on peut affirmer, c'est que la limite est inférieure ou égale à tout majorant.

Seconde erreur : oublier la monotonie. Une suite majorée n'a aucune raison de converger. La suite (1)n est majorée par 1 et minorée par 1, donc bornée, et pourtant elle n'a pas de limite. Dans « croissante et majorée », les deux mots comptent, et il faut démontrer les deux.

Suites adjacentes

Définition

Deux suites (un) et (vn) sont dites adjacentes si les trois conditions suivantes sont réunies :

  1. (un) est croissante ;
  2. (vn) est décroissante ;
  3. vnun0.

Propriété

Si (un) et (vn) sont adjacentes, alors elles convergent toutes les deux vers une même limite . De plus, pour tout entier n :

unvn

Ce dernier encadrement est la raison d'être du concept : à chaque rang, les deux suites fournissent un encadrement de la limite, et l'écart vnun donne une majoration de l'erreur commise en approchant par un ou par vn. C'est le principe de toutes les méthodes numériques d'approximation.

Exemple

Posons, pour n0 :

un=312netvn=3+1n+1

Croissance de (un) : un+1un=12n12n+1=12n+1>0.

Décroissance de (vn) : vn+1vn=1n+21n+1<0.

Écart : vnun=1n+1+12n0.

Les deux suites sont donc adjacentes, et convergent vers une même limite , qui vérifie unvn pour tout n. Ici on la connaît d'avance, c'est =3 ; mais l'intérêt du théorème est justement de conclure à la convergence même quand on ne connaît pas la limite.

Le critère des rangs pairs et impairs

Propriété

Soit (un) une suite réelle. Si les deux suites (u2n) et (u2n+1) convergent vers une même limite , alors (un) converge vers .

Remarque

Ce critère sert dans les deux sens, et c'est le second usage qui est le plus fréquent.

Pour prouver une convergence : quand la suite oscille, on étudie séparément les termes de rang pair et ceux de rang impair, puis on constate qu'ils ont la même limite.

Pour prouver une divergence : si (u2n) et (u2n+1) ont des limites différentes, alors (un) n'a pas de limite. C'est l'outil standard pour démontrer proprement qu'une suite oscillante diverge.

Exemple

a. Reprenons la suite de la figure, un=2+3(1)nn+1. Comme (1)2n=1 et (1)2n+1=1 :

u2n=2+32n+12etu2n+1=232n+22

Les deux sous-suites convergent vers la même limite 2, donc un2. Voilà la démonstration rigoureuse de ce que la figure laissait deviner.

b. Pour un=(1)n, on a u2n=11 et u2n+1=11. Les limites sont différentes, donc (un) n'a pas de limite.

Croissances comparées

Les tables d'opérations de la section 5 laissent sans réponse les formes du type lnnn ou n102n : ce sont des quotients de deux suites qui tendent toutes deux vers +. Les résultats de cette section, admis eux aussi, tranchent ces cas une fois pour toutes.

Propriété

Soient a>0, b>0 et q>1. Alors

limn+(lnn)bna=0etlimn+naqn=0

La règle se retient en une phrase : le logarithme est toujours battu par la puissance, et la puissance est toujours battue par l'exponentielle de base plus grande que 1. Du plus lent au plus rapide, la hiérarchie est donc

(lnn)b,puisna,puisqn  (q>1)

et cela quelles que soient les valeurs de a et de b : même (lnn)100 finit par être écrasé par n0,01.

Propriété

Quelques conséquences immédiates, à utiliser directement.

  • qnna+ pour q>1 et a>0 (c'est l'inverse d'une suite qui tend vers 0 par valeurs strictement positives).
  • na(lnn)b+, pour la même raison.
  • naqn0 si 0<q<1 : il suffit d'écrire naqn=na(1/q)n, avec 1q>1.
  • lnnn0, cas particulier a=b=1.

Remarque

La comparaison est asymptotique, c'est-à-dire qu'elle ne dit rien des premiers termes. Comparons n10 et 2n :

n n10 2n
10 1,0×1010 1,0×103
50 9,8×1016 1,1×1015
100 1,0×1020 1,3×1030
200 1,0×1023 1,6×1060

La puissance mène très longtemps, elle est encore largement devant au rang 50, puis l'exponentielle la dépasse et l'écrase définitivement. Retenez la leçon : une limite ne se lit jamais sur les premiers termes, et une calculatrice qui affiche les vingt premières valeurs peut suggérer exactement le contraire de la vérité.

Méthode

Déterminer « qui gagne » dans un quotient.

  1. Dans chaque somme (numérateur et dénominateur), repérer le terme le plus fort selon la hiérarchie (lnn)b, puis na, puis qn avec q>1.
  2. Factoriser ce terme, en haut et en bas.
  3. Simplifier : chacun des quotients restants tend vers 0 par croissances comparées.
  4. Conclure.

Exemple

a. (lnn)3n0, application directe avec b=3 et a=1.

b. n101,5n0, application directe avec a=10 et q=1,5>1.

c. 2nn5+ : c'est l'inverse de n52n, qui tend vers 0 en restant strictement positive.

d. Une forme indéterminée. Soit un=n23nn3+2×3n. Numérateur et dénominateur sont dominés par 3n :

un=3n(n23n1)3n(n33n+2)=n23n1n33n+2

Par croissances comparées, n23n0 et n33n0, donc

un010+2=12

e. Soit un=n2×0,9n, de la forme ×0. On écrit un=n2(10/9)n, et comme 109>1, les croissances comparées donnent un0.

f. Soit un=n+lnn2n(lnn)2. Le terme dominant est n des deux côtés :

un=n(1+lnnn)n(2(lnn)2n)=1+lnnn2(lnn)2n1+020=12

Suites définies par une relation un+1=f(un)

Position du problème

Soit f une fonction et u0 un réel. La donnée

un+1=f(un)pour tout nN

définit une suite, à condition que chaque un appartienne à l'ensemble de définition de f.

Sauf dans les cas particuliers déjà traités (f affine, sections 2 et 3), il n'existe aucune formule explicite pour un. On ne peut donc pas calculer la limite en simplifiant une expression : il faut la déduire des propriétés de f. Cette section donne la marche à suivre, qui est toujours la même et qu'il faut connaître par cœur.

Intervalle stable

Définition

Soit I un intervalle. On dit que I est stable par f si

f(x)Ipour tout xI

Propriété

Si u0I et si I est stable par f, alors unI pour tout entier n.

Démonstration. Par récurrence. La propriété est vraie au rang 0 par hypothèse. Si unI, alors un+1=f(un)I par stabilité.

Cette étape n'est pas une formalité : c'est elle qui garantit que la suite est bien définie, et c'est elle qui fournira le majorant ou le minorant dont on aura besoin à l'étape finale.

Les points fixes sont les seuls candidats

Définition

Un réel est un point fixe de f si f()=. Graphiquement, les points fixes sont les abscisses des points d'intersection de la courbe de f avec la droite d'équation y=x.

Pour relier points fixes et limite, nous avons besoin d'un résultat sur les fonctions.

Propriété

Résultat admis ici, qui sera démontré au chapitre consacré aux fonctions : si un et si f est continue en , alors f(un)f().

Propriété

Soit (un) définie par un+1=f(un). Si (un) converge vers un réel et si f est continue en , alors est un point fixe de f.

Justification. Passons à la limite dans l'égalité un+1=f(un). À gauche, la suite (un+1) est la suite (un) privée de son premier terme : elle a donc la même limite . À droite, le résultat admis ci-dessus donne f(un)f(). Par unicité de la limite, =f().

Remarque

La remarque la plus importante de la section. Ce théorème dit : si la suite converge, alors sa limite est un point fixe. Il ne dit absolument pas que la suite converge.

Trouver les points fixes ne démontre donc rien sur la convergence. Un contre-exemple minimal suffit à s'en convaincre : pour f(x)=3x et u0=2, le point fixe est 0 (car 3x=x donne x=0), et pourtant un=2×3n+. Le point fixe existe, la suite ne converge pas vers lui, elle ne converge pas du tout.

La rédaction correcte est donc toujours en deux temps : d'abord établir la convergence (par le théorème de la limite monotone, ou par encadrement), ensuite seulement identifier la limite parmi les points fixes. Écrire « la suite converge vers car est le point fixe » est une faute de raisonnement, et c'est la plus lourdement sanctionnée du chapitre.

L'effet de la monotonie de f

Propriété

Soit I un intervalle stable par f, contenant u0.

  1. Si f est croissante sur I, alors (un) est monotone : elle est croissante si u0u1, et décroissante si u0u1.
  2. Si f est décroissante sur I, alors ff est croissante, et les deux suites (u2n) et (u2n+1) sont monotones, de sens contraires.

Démonstration du point 1. Supposons f croissante sur I et u0u1. Montrons par récurrence que unun+1 pour tout n. C'est vrai au rang 0. Si unun+1, ces deux termes appartiennent à I, et la croissance de f donne f(un)f(un+1), c'est-à-dire un+1un+2. Le cas u0u1 se traite de la même façon.

Justification du point 2. Si f est décroissante, la composée ff est croissante (deux renversements d'inégalité se compensent). Or un+2=f(f(un))=(ff)(un) : chacune des deux sous-suites (u2n) et (u2n+1) vérifie donc une récurrence de la forme du point 1, avec la fonction croissante ff. Elles sont par conséquent monotones, et l'on montre qu'elles le sont en sens contraires. On conclut ensuite avec le critère des rangs pairs et impairs de la section 6.

Remarque

Ne confondez pas ce résultat avec la méthode 3 de la section 1. Pour une suite explicite un=f(n), la monotonie de f se transmet directement à la suite. Pour une suite récurrente un+1=f(un), la croissance de f ne donne que la monotonie, dont le sens est déterminé par la comparaison de u0 et de u1. C'est cette comparaison, et elle seule, qui décide si la suite monte ou descend.

La construction en escalier

Pour visualiser la suite, on trace la courbe de f et la droite d'équation y=x dans un même repère, puis on procède ainsi :

  1. on place u0 sur l'axe des abscisses ;
  2. on monte verticalement jusqu'à la courbe : l'ordonnée du point atteint est f(u0)=u1 ;
  3. on se déplace horizontalement jusqu'à la droite y=x, ce qui ramène la valeur u1 sur l'axe des abscisses ;
  4. on recommence.

Quand f est croissante, la ligne brisée obtenue monte (ou descend) en marches d'escalier, d'où le nom. Quand f est décroissante, elle s'enroule autour du point fixe en formant un escargot.

Construction en escalier des termes d'une suite récurrente

Sur cette figure, la fonction est f(x)=2x+3 et le premier terme est u0=0,5. On lit immédiatement trois choses : la suite est croissante, elle reste sous la valeur 3, et elle semble s'accumuler contre le point d'intersection de la courbe et de la droite, d'abscisse 3. Ces trois observations sont exactement ce que la démonstration ci-dessous va établir.

Méthode générale

Méthode

Étudier une suite définie par un+1=f(un).

  1. Identifier f, préciser son ensemble de définition, et déterminer un intervalle I qui contient u0 et qui est stable par f. Démontrer par récurrence que unI pour tout n.
  2. Chercher les points fixes de f sur I, en résolvant f(x)=x. Ce sont les seules limites finies possibles.
  3. Étudier la monotonie de f sur I, puis en déduire celle de (un) en comparant u0 et u1 (cas f croissante), ou celle des deux sous-suites (cas f décroissante).
  4. Conclure à la convergence par le théorème de la limite monotone : la stabilité de I obtenue à l'étape 1 fournit le majorant ou le minorant nécessaire.
  5. Identifier la limite parmi les points fixes, en écartant les valeurs impossibles grâce à l'encadrement de l'étape 1.
  6. Illustrer par une construction en escalier, au brouillon au minimum : elle permet de vérifier que le résultat trouvé est cohérent.

Exemple entièrement traité

Exemple

Soit (un) définie par

u0=0,5etun+1=2un+3

Posons f(x)=2x+3, définie pour 2x+30, c'est-à-dire sur [32,+[.

1. Un intervalle stable. Montrons que I=[0,3] convient. Soit x[0,3]. Alors 32x+39, et comme la fonction racine carrée est croissante,

3    f(x)    3

Or 31,73 est positif, donc f(x)[0,3]. L'intervalle [0,3] est bien stable par f, et u0=0,5 lui appartient. Par récurrence immédiate,

0un3pour tout nN

2. Les points fixes. Résolvons f(x)=x pour x[0,3]. Les deux membres étant positifs sur cet intervalle, élever au carré est une équivalence :

2x+3=x2x+3=x2x22x3=0

Le discriminant vaut Δ=4+12=16, donc Δ=4 et les racines sont

x=2+42=3etx=242=1

La racine 1 est négative, donc elle n'appartient pas à [0,3] (et une racine carrée ne peut de toute façon pas être négative). Le seul point fixe est donc =3.

3. Monotonie. Sur [0,3], la fonction x2x+3 est croissante et la racine carrée l'est aussi, donc f est croissante comme composée de deux fonctions croissantes. On peut aussi le voir par la dérivée, f(x)=12x+3>0.

xx
00
33
f(x)f'(x)
++
f(x)f(x)
3\sqrt{3}
33

Comparons les deux premiers termes :

u1=2×0,5+3=4=2  >  0,5=u0

Comme f est croissante et que u0u1, la suite (un) est croissante.

4. Convergence. La suite (un) est croissante et majorée par 3 (étape 1). D'après le théorème de la limite monotone, elle converge. Notons sa limite. Comme (un) est croissante, tous ses termes sont supérieurs ou égaux à u0=0,5 ; en passant à la limite dans l'encadrement 0,5un3, on obtient 0,53.

5. Identification de la limite. La fonction f est continue sur [0,3], donc est un point fixe de f appartenant à [0,3]. D'après l'étape 2, le seul possible est 3. Conclusion :

limn+un=3

6. Contrôle numérique. Les premiers termes confirment la croissance vers 3 :

n 0 1 2 3 4 5 6
un 0,5 2 2,646 2,879 2,960 2,986 2,995

Les valeurs sont arrondies au millième, sauf u0 et u1 qui sont exactes ; le terme u2 vaut exactement 7. C'est exactement la suite tracée sur la figure ci-dessus.

Remarque

Quand f est décroissante. La construction en escalier devient un escargot : les termes tournent autour du point fixe en s'en approchant (ou en s'en éloignant), et la suite n'est jamais monotone, puisque les termes passent alternativement de part et d'autre du point fixe.

La marche à suivre est alors la suivante : on constate que ff est croissante, on étudie séparément (u2n) et (u2n+1) avec la méthode ci-dessus, et l'on conclut avec le critère des rangs pairs et impairs de la section 6. Si les deux sous-suites convergent vers la même limite, la suite converge vers cette limite ; si elles convergent vers des limites différentes, la suite n'a pas de limite.

Ce qu'il faut retenir

Les définitions à savoir énoncer

a. Suite majorée : l'existence d'un réel M tel que unM pour tout n. De même minorée, et bornée si les deux.

b. Suite croissante, décroissante, monotone : la comparaison de un et un+1.

c. Suite arithmétique (un+1=un+r) et suite géométrique (un+1=qun).

d. Convergence vers : tout intervalle ouvert contenant contient tous les termes sauf un nombre fini.

e. Suites adjacentes : l'une croissante, l'autre décroissante, et leur différence tend vers 0.

f. Point fixe de f : un réel tel que f()=.

Les théorèmes et le moment de les utiliser

  • Théorème de la limite monotone. À utiliser dès que l'on doit prouver qu'une suite converge sans connaître sa limite : c'est le cas de toutes les suites récurrentes. Il faut établir deux choses, la monotonie et la borne, et les écrire toutes les deux.
  • Théorème d'encadrement. À utiliser dès qu'apparaît un terme oscillant que l'on ne sait pas maîtriser, typiquement (1)n. Il prouve la convergence en plus de donner la limite.
  • Théorèmes de comparaison. À utiliser pour une limite infinie : on minore pour aller vers +, on majore pour aller vers .
  • Passage à la limite dans une inégalité. À utiliser pour localiser une limite déjà connue comme existante. Les inégalités strictes deviennent larges.
  • Critère des rangs pairs et impairs. À utiliser pour les suites qui oscillent, dans les deux sens : prouver une convergence, ou prouver une divergence en exhibant deux limites différentes.
  • Croissances comparées. À utiliser dès qu'une forme indéterminée mélange lnn, une puissance de n et une puissance qn.
  • Point fixe. À utiliser après avoir prouvé la convergence, et jamais avant : il identifie la limite, il ne la crée pas.

Le formulaire

Termes généraux.

un=u0+nretun=up+(np)r(suite arithmeˊtique de raison r) un=u0qnetun=upqnp(suite geˊomeˊtrique de raison q) un=(u0c)an+cavecc=b1a(cas un+1=aun+b, a1) un=λr1n+μr2nouun=(λ+μn)r0n(ordre 2, selon Δ>0 ou Δ=0)

Sommes.

k=0nk=n(n+1)2k=0nqk=1qn+11q(q1) k=pnuk=(np+1)×up+un2(suite arithmeˊtique) k=pnuk=up×1qnp+11q(suite geˊomeˊtrique, q1)

Limites de référence.

a. 1nα0 pour α>0

b. nα+ pour α>0

c. n+

d. lnn+

e. qn0 si q<1

f. qn+ si q>1

g. (lnn)bna0 pour a>0, b>0

h. naqn0 pour q>1

i. quatre formes indéterminées : , 0×, , 00

Les erreurs classiques

1. Confondre le point fixe et la limite. Le point fixe est le seul candidat possible ; il ne devient la limite que lorsque la convergence a été démontrée par ailleurs. Souvenez-vous du plan d'épargne de la section 3, dont le point fixe valait 12500 euros alors que le capital tendait vers +.

2. Ne pas vérifier la formule explicite sur les premiers termes. Après avoir résolu une récurrence arithmético-géométrique ou d'ordre 2, comparez toujours la formule et la récurrence sur u0, u1 et u2. Cette vérification prend vingt secondes et détecte la quasi-totalité des erreurs de signe.

3. Diviser par lnq sans regarder son signe. Quand 0<q<1, on a lnq<0, et l'inégalité change de sens au moment de la division. Comparez les deux exemples de la section 2 : avec ln(0,8) l'inégalité se retourne, avec ln(1,03) elle ne se retourne pas.

4. Croire qu'une suite majorée converge. Il faut aussi la monotonie. La suite (1)n est bornée et n'a pas de limite. Symétriquement, ne concluez jamais que la limite vaut le majorant que vous avez choisi.

5. Passer à la limite dans une inégalité stricte en gardant le strict. De un<vn pour tout n, on ne déduit que . Le contre-exemple à retenir : 0<1n, et pourtant les deux limites valent 0.

6. Se tromper sur le nombre de termes d'une somme. De l'indice p à l'indice n, il y a np+1 termes. Le « +1 » s'oublie une fois sur deux.

7. Appliquer les variations de f à une suite récurrente. La méthode de la fonction associée vaut pour un=f(n), jamais pour un+1=f(un). Dans le second cas, la croissance de f donne seulement la monotonie, dont le sens dépend de la comparaison entre u0 et u1.

8. Conclure « forme indéterminée, donc pas de limite ». Une forme indéterminée signifie seulement que les tables d'opérations ne suffisent pas. Il faut factoriser le terme dominant, utiliser une expression conjuguée, ou invoquer les croissances comparées.

9. Écrire « la suite converge vers + ». Une suite de limite infinie diverge. Le mot « converger » est réservé aux limites finies.

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