ECG appliquées · Chapitre 04 · Premier semestre
Suites de nombres réels
1re année
Suites arithmétiques, suites géométriques, récurrence linéaire d'ordre 2, convergence, comportements asymptotiques usuels.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Suites arithmétiques
- Suites géométriques
- Récurrence linéaire d'ordre 2
- Convergence
- Comportements asymptotiques usuels
Vous connaissez déjà les suites. Le lycée vous a appris à reconnaître une suite arithmétique, à calculer le terme général d'une suite géométrique, à observer sur une calculatrice qu'une suite « semble se rapprocher » d'un nombre. Ce chapitre reprend tout cela, mais en change la nature : il ne s'agira plus d'observer, il s'agira de démontrer.
Deux raisons rendent ce chapitre incontournable. D'abord, la suite est l'outil de modélisation le plus naturel dès qu'une grandeur évolue par étapes : un capital placé qui produit des intérêts chaque année, un emprunt que l'on amortit mensualité après mensualité, une dépense publique dont les effets se propagent de vague en vague dans l'économie. Toutes ces situations s'écrivent , et vous saurez les résoudre à la fin de ce chapitre. Ensuite, la notion de limite apparaît ici pour la première fois : elle sera reprise pour les fonctions, puis pour les variables aléatoires au second semestre.
Le programme demande d'utiliser « autant que possible la représentation graphique des suites pour illustrer ou conjecturer leur comportement ». Prenez cette consigne au sérieux : un nuage de points ou une construction en escalier tracée au brouillon vous dira, en trente secondes, si la suite monte, si elle est majorée et vers quoi elle tend. La démonstration vient ensuite, mais elle vient toujours plus vite quand on sait où l'on va.
Notations fixées pour tout le chapitre. La lettre désigne toujours un entier naturel. On note une suite réelle et son terme d'indice . Les lettres , , , , désignent des réels. Le symbole marque la fin d'une démonstration.
Généralités sur les suites
Définition et notations
Définition
Une suite réelle est une application de dans , c'est-à-dire un procédé qui associe à chaque entier naturel un réel unique, noté .
Ce réel s'appelle le terme d'indice (ou terme de rang ) de la suite. La suite elle-même se note , ou plus simplement .
Certaines suites ne sont définies qu'à partir d'un certain indice : la suite de terme général n'a pas de terme d'indice . On écrit alors , et l'on précise toujours l'indice de départ.
Remarque
Une distinction de notation qui a l'air d'un détail, et qui n'en est pas un : est un nombre réel, alors que est la suite tout entière, c'est-à-dire un objet global qui contient une infinité de nombres.
On dit donc « la suite est croissante », et jamais « la suite est croissante » : un nombre réel ne peut pas être croissant. Les correcteurs de concours sanctionnent cette confusion, parce qu'elle révèle presque toujours un flou plus profond sur ce que l'on manipule.
Les trois modes de définition
Une suite peut être décrite de trois manières, qui n'offrent pas du tout les mêmes possibilités de calcul.
Définition
a. Par une formule explicite. Le terme est donné par une expression qui ne dépend que de :
b. Par une relation de récurrence. On se donne le ou les premiers termes, et une relation qui exprime chaque terme à l'aide des précédents :
c. Par restriction aux entiers d'une fonction de variable réelle. On part d'une fonction définie sur (ou sur ) et l'on pose :
Exemple
Calculons les premiers termes de chacune de ces trois suites.
a. Pour , il suffit de remplacer par sa valeur :
On peut obtenir immédiatement, sans calculer aucun terme intermédiaire.
b. Pour et , il faut avancer pas à pas :
Cette suite est constante, ce qui n'était pas visible sur la relation de récurrence. Nous verrons pourquoi dans la section consacrée aux suites arithmético-géométriques : est le point fixe de la relation.
c. Pour :
Remarque
La différence pratique entre le mode a et le mode b est considérable. Avec une formule explicite, on atteint n'importe quel terme d'un seul calcul, et l'on peut étudier la limite avec les outils de la section 5. Avec une relation de récurrence, obtenir demande cent calculs, et la limite n'est pas lisible sur la formule.
C'est pourquoi une bonne partie de ce chapitre consiste à transformer une définition par récurrence en formule explicite. Les sections 3 et 4 y parviennent complètement pour deux familles importantes. La section 8 traite le cas général, où la formule explicite n'existe pas, et où il faut ruser.
Suites majorées, minorées, bornées
Définition
Soit une suite réelle.
- est majorée s'il existe un réel tel que pour tout . Un tel réel s'appelle un majorant de la suite.
- est minorée s'il existe un réel tel que pour tout . Un tel réel s'appelle un minorant.
- est bornée si elle est à la fois majorée et minorée.
Propriété
La suite est bornée si, et seulement s'il existe un réel tel que
Démonstration. Si pour tout , alors : la suite est minorée par et majorée par , donc bornée. Réciproquement, si pour tout , posons . Alors et , donc .
Exemple
a. La suite vérifie pour tout : elle est bornée.
b. La suite est minorée par , mais elle n'est pas majorée : elle n'est pas bornée.
c. La suite prend les valeurs , , , , , ... Elle n'est ni majorée ni minorée.
d. La suite vérifie , donc : elle est bornée. Nous la retrouverons en section 5, c'est la suite de la figure.
Remarque
Un majorant n'est jamais unique : si majore la suite, tout réel plus grand que la majore aussi. Il ne faut donc pas confondre majorant et maximum. La suite est majorée par , mais elle n'atteint jamais la valeur : elle n'a pas de maximum. Dire « le majorant de la suite » n'a aucun sens ; on dit « un majorant ».
Monotonie
Définition
Soit une suite réelle.
- est croissante si pour tout , et strictement croissante si pour tout .
- est décroissante si pour tout , et strictement décroissante si pour tout .
- est monotone si elle est croissante ou décroissante, et constante si pour tout .
Remarquez que la définition ne compare que des termes consécutifs. C'est suffisant : si pour tout , alors en enchaînant les inégalités on obtient dès que .
Méthode
Étudier la monotonie d'une suite. Trois méthodes, à choisir selon la forme de la suite.
1. Le signe de . On calcule cette différence, on la simplifie au maximum, et l'on étudie son signe. Cette méthode fonctionne toujours : c'est celle à tenter en premier, et la seule à connaître par cœur.
2. La comparaison de à . Utilisable uniquement si tous les termes sont strictement positifs. Si le quotient est supérieur ou égal à , la suite est croissante ; s'il est inférieur ou égal à , elle est décroissante. Elle est commode quand est un produit, un quotient ou une puissance, car les simplifications y sont spectaculaires.
3. Les variations de la fonction associée. Utilisable uniquement si la suite est donnée sous forme explicite . Si est croissante sur , alors est croissante, et de même pour la décroissance.
Avant de choisir : vérifiez que l'hypothèse de la méthode est satisfaite. La méthode 2 appliquée à une suite de termes négatifs donne la conclusion inverse de la bonne.
Exemple
a. Par le signe de la différence. Soit . Alors
Cette différence est strictement négative pour , nulle pour , et strictement positive pour . La suite décroît donc jusqu'au rang , puis croît. Les premiers termes le confirment :
La suite n'est donc pas monotone, mais elle est croissante à partir du rang .
b. Par le quotient. Soit pour . Tous les termes sont strictement positifs, la méthode 2 s'applique :
Or équivaut à , c'est-à-dire à , ce qui est vrai pour tout . La suite est donc strictement croissante.
c. Par la fonction associée. Soit . Posons sur , de sorte que . Cette fonction est dérivable et
La fonction est strictement croissante sur , donc la suite est strictement croissante.
Remarque
Un piège très fréquent, sur lequel il faut être intraitable dès maintenant. La méthode 3 s'applique à une suite du type , où est évaluée en l'indice. Elle ne s'applique jamais à une suite du type , où est évaluée sur le terme précédent.
Ce sont deux situations totalement différentes. Dans le second cas, la croissance de ne donne pas la croissance de la suite : elle donne seulement sa monotonie, dont le sens dépend de la comparaison entre et . C'est l'objet de la section 8.
Propriété vraie à partir d'un certain rang
Définition
On dit qu'une propriété portant sur est vraie à partir d'un certain rang s'il existe un entier tel que la propriété soit vraie pour tout .
Cette formulation reviendra sans arrêt. Elle traduit une idée simple : pour la plupart des questions de ce chapitre, les premiers termes ne comptent pas. Si l'on modifie un nombre fini de termes d'une suite, on ne change ni sa nature (convergente ou divergente) ni sa limite, car les théorèmes de convergence ne regardent que le comportement « au bout ».
En revanche, la monotonie, elle, dépend de tous les termes : la suite de l'exemple précédent est croissante à partir du rang , mais elle n'est pas croissante. Il faut donc écrire la restriction, et ne pas la passer sous silence.
Suites arithmétiques et suites géométriques
Suites arithmétiques
Définition
Une suite est arithmétique s'il existe un réel , appelé raison de la suite, tel que
Autrement dit : on passe d'un terme au suivant en ajoutant toujours le même nombre.
Propriété
Soit une suite arithmétique de raison . Pour tous entiers et :
Démonstration. La somme se télescope et vaut . Or chacun de ses termes vaut , donc . La seconde formule s'obtient de la même manière en partant de l'indice .
Méthode
Reconnaître une suite arithmétique. Calculer et vérifier que le résultat ne dépend pas de . Si la différence dépend de , la suite n'est pas arithmétique, et il est inutile d'insister.
Exemple
a. Soit . Alors . La suite est arithmétique de raison et de premier terme .
b. Soit . Alors , qui dépend de : la suite n'est pas arithmétique.
Le sens de variation se lit immédiatement sur la raison : si la suite est strictement croissante, si elle est strictement décroissante, si elle est constante. Quant à la limite, elle vaut si , si , et si .
Sommes de termes d'une suite arithmétique
Propriété
Pour tout entier :
Démonstration. Notons . En écrivant la somme dans l'ordre croissant puis dans l'ordre décroissant et en ajoutant les deux lignes terme à terme, chaque colonne donne , et il y a colonnes. Donc , d'où le résultat.
Propriété
Soit une suite arithmétique et soient deux entiers. Alors
Sous forme parlée, à retenir ainsi : nombre de termes, multiplié par la moyenne des termes extrêmes.
Démonstration. Écrivons et sommons :
Par ailleurs . En multipliant cette quantité par , on retrouve exactement la ligne précédente.
Exemple
Soit , suite arithmétique de raison . Calculons .
Il y a termes. Les extrêmes sont et . Donc
Remarque
L'erreur classique sur ces sommes est le nombre de termes. De l'indice à l'indice , il y a termes, et non . Le contrôle est immédiat : de à , il y a entiers, et l'on peut les compter sur ses doigts. Prenez l'habitude de vérifier ce nombre à chaque fois : c'est le point où se perdent le plus de points aux concours.
Suites géométriques
Définition
Une suite est géométrique s'il existe un réel , appelé raison de la suite, tel que
Autrement dit : on passe d'un terme au suivant en multipliant toujours par le même nombre.
Propriété
Soit une suite géométrique de raison . Pour tous entiers et :
Méthode
Reconnaître une suite géométrique. Si tous les termes sont non nuls, calculer et vérifier que le résultat ne dépend pas de .
Exemple
Soit . On peut répondre de deux façons.
Par le quotient : , constant.
Par réécriture directe : , ce qui donne immédiatement et .
Somme des puissances d'une raison
Propriété
Soit un réel. Pour tout entier :
Démonstration. Supposons et notons . Alors
la somme s'étant télescopée. Comme , on peut diviser par . Si , tous les termes valent et il y en a .
Propriété
Soit une suite géométrique de raison , et soient . Alors
Sous forme parlée : premier terme de la somme, multiplié par .
Exemple
a. .
b. comporte termes, le premier étant . Donc
Vérification directe : .
c. .
Limites des suites géométriques
Propriété
Soit un réel. Les résultats suivants sont admis.
- Si , alors .
- Si , alors pour tout , donc .
- Si , alors .
- Si , alors n'a pas de limite : les termes changent de signe indéfiniment.
Retenez la frontière : c'est qui fait tendre vers . Une raison négative de valeur absolue inférieure à , comme , donne bien une suite qui tend vers , en alternant de signe.
Méthode
Déterminer un rang à partir duquel est inférieur à une précision donnée (avec ).
- Écrire l'inéquation, par exemple .
- Appliquer aux deux membres. La fonction est strictement croissante sur : l'inégalité est conservée. On utilise ensuite .
- Regarder le signe de avant de diviser. Comme , on a : en divisant par , l'inégalité change de sens.
- Conclure par le plus petit entier convenable, et vérifier numériquement à ce rang et au rang précédent.
Exemple
Cherchons le plus petit entier tel que .
Or . En divisant par ce nombre négatif, l'inégalité se retourne :
Le plus petit entier convenable est donc . Vérifions : , qui est supérieur à , tandis que , qui convient.
Un exemple financier : les intérêts composés
Exemple
Un capital de euros est placé au taux annuel de , les intérêts étant capitalisés chaque année. Notons le capital disponible au bout de années.
Modélisation. Chaque année, le capital est augmenté de de sa valeur, donc multiplié par :
La suite est géométrique de raison et de premier terme , d'où
Valeurs. , , , et euros.
Temps de doublement. Cherchons le nombre d'années au bout duquel le capital a doublé :
Ici : l'inégalité ne change pas de sens quand on divise. Donc
Il faut donc années. Vérification : et .
Comparez avec l'exemple précédent : c'est le même calcul, mais le sens de l'inégalité finale y était inversé parce que est négatif alors que est positif. C'est exactement le point où l'on se trompe.
Exemple
Le multiplicateur keynésien. L'État injecte millions d'euros dans l'économie. Les bénéficiaires en consomment une proportion , ce qui crée une deuxième vague de revenus de millions, dont sont à leur tour consommés, et ainsi de suite. La vague d'indice vaut millions.
Le revenu total créé après vagues est
Après onze vagues : millions.
Comme , on a , donc . L'effet total de l'injection vaut millions : le multiplicateur vaut .
Remarque
Une précaution de rédaction sur l'exemple précédent. Nous avons calculé la limite de la suite , chaque étant une somme d'un nombre fini de termes. Nous n'avons à aucun moment écrit une somme comportant une infinité de termes : une telle écriture n'a pas encore de sens à ce stade de l'année, et elle sera définie plus tard. Écrivez donc toujours , et jamais autre chose.
Suites arithmético-géométriques
Définition et position du problème
Définition
Une suite est arithmético-géométrique s'il existe deux réels et tels que
Deux cas sont déjà connus : si , la suite est géométrique de raison ; si , elle est arithmétique de raison . Le cas intéressant est donc et , et c'est celui que traite cette section.
Le problème est le suivant : la suite n'est ni arithmétique (la différence dépend de ) ni géométrique (le quotient n'est pas constant). Aucune des deux formules de la section précédente ne s'applique. L'idée qui débloque tout consiste à décaler la suite pour se ramener à une suite géométrique.
Le point fixe
Cherchons s'il existe une suite constante égale à un réel qui vérifie la même relation de récurrence. Une telle suite satisferait , c'est-à-dire . Comme , cette équation a une solution unique.
Définition
Soit . Le point fixe de la relation est l'unique réel vérifiant , c'est-à-dire
Propriété
Soit vérifiant avec , et soit . Alors la suite définie par est géométrique de raison . Par conséquent
Démonstration. Le calcul tient en trois lignes, et il faut savoir le refaire, car les énoncés de concours demandent presque toujours de le rédiger.
Or vérifie , donc . En reportant :
La suite est donc géométrique de raison , d'où , puis .
Méthode
Résoudre une récurrence avec . Quatre étapes, toujours les mêmes.
- Chercher le point fixe : résoudre l'équation . On trouve , ce qui est licite puisque .
- Poser et démontrer que est géométrique de raison . Ne vous contentez pas de l'affirmer : le calcul est court, refaites-le.
- Écrire , puis revenir à la suite de départ par .
- Vérifier la formule obtenue sur , et , en comparant avec les valeurs données par la récurrence. Cette vérification prend vingt secondes et attrape la quasi-totalité des erreurs de signe.
Exemple
Traitons entièrement la suite définie par et .
1. Point fixe. On résout , soit , donc .
2. La suite auxiliaire. Posons . Alors
La suite est géométrique de raison , de premier terme .
3. Forme explicite. On en déduit , puis
4. Vérification. La récurrence donne , , , . La formule donne , puis , puis , puis . Les deux coïncident.
Limite. Comme , on a , donc . La suite converge vers le point fixe, en croissant.
Le cas
Si , la relation s'écrit : la suite est arithmétique de raison , et l'on a directement . Il ne faut surtout pas chercher de point fixe dans ce cas : l'équation n'a aucune solution quand .
Géométriquement, cela se comprend bien : le point fixe est l'abscisse du point d'intersection de la droite d'équation avec la droite . Quand , ces deux droites sont parallèles et ne se coupent pas.
Comportement selon la valeur de
Propriété
Soit vérifiant avec , et . On sait que . Le comportement se lit alors directement sur .
- Si : , donc . La suite converge vers le point fixe, quel que soit .
- Si : ou bien et la suite est constante, ou bien elle diverge vers (si ) ou vers (si ).
- Si : prend alternativement deux valeurs. Elle n'a pas de limite dès que .
- Si : la suite oscille avec une amplitude qui croît indéfiniment, et n'a pas de limite (sauf si ).
Exemple
Un plan d'épargne. Un capital initial de euros est placé au taux annuel de , et l'on ajoute euros à la fin de chaque année. Notons le capital après années :
1. Point fixe. On résout , soit , donc .
2. Suite auxiliaire. Posons . Alors
en utilisant . La suite est géométrique de raison , avec .
3. Forme explicite. .
4. Vérification. La récurrence donne et . La formule donne , puis . Les deux coïncident.
Application. Au bout de dix ans : euros.
Remarque
Cet exemple contient un avertissement précieux. Le point fixe vaut ici euros, ce qui n'a aucun sens financier : le capital ne sera jamais négatif, et il ne tend pas vers . Comme , la suite tend en réalité vers .
Le point fixe n'est pas la limite : c'est un intermédiaire de calcul, le décalage exact qui transforme la suite en suite géométrique. Il ne coïncide avec la limite que dans le cas . Confondre les deux est l'erreur la plus répandue de ce chapitre, et nous la retrouverons en section 8 sous une forme plus dangereuse encore.
Suites récurrentes linéaires d'ordre 2
Définition
Définition
Soient et deux réels, avec . Une suite vérifie une relation de récurrence linéaire d'ordre 2 à coefficients constants si
Une telle suite est entièrement déterminée par la donnée de ses deux premiers termes et .
On suppose pour que la relation soit réellement d'ordre : si , elle se réduit à , c'est-à-dire à une suite géométrique à partir du rang .
D'où vient l'équation caractéristique
La méthode ne tombe pas du ciel : elle vient d'une question naturelle. Existe-t-il des suites géométriques qui vérifient cette relation ? Cherchons donc avec . La relation s'écrit
Comme , on peut diviser les deux membres par , et il reste . Toute l'étude repose sur cette équation du second degré.
Définition
L'équation caractéristique associée à la relation est
Son discriminant vaut .
Propriété
On note et des constantes réelles.
Cas 1 : . L'équation caractéristique a deux racines réelles distinctes et . Les suites vérifiant la relation sont exactement celles de la forme
Cas 2 : . L'équation caractéristique a une racine double , non nulle. Les suites vérifiant la relation sont exactement celles de la forme
Dans les deux cas, les constantes et sont déterminées de manière unique par les valeurs de et .
Justification. Vérifions d'abord que ces formules conviennent, ce qui est un simple calcul.
Dans le cas 1, comme et sont racines, on a et . Donc, pour la suite :
Dans le cas 2, le discriminant est nul, donc , ce qui donne , et la racine double vaut . Autrement dit et . Vérifions alors que la suite convient :
La suite convient également puisque est racine, et toute combinaison des deux aussi.
Reste l'unicité. Deux suites qui vérifient la même relation d'ordre 2 et qui ont les mêmes deux premiers termes sont égales : une récurrence immédiate le montre, puisque chaque terme est calculé à partir des deux précédents. Il suffit donc de vérifier que le couple est déterminé sans ambiguïté par et .
Dans le cas 1, le système s'écrit et ; en soustrayant fois la première équation à la seconde, on obtient , ce qui détermine puisque , puis .
Dans le cas 2, le système s'écrit et , ce qui donne , puisque .
Méthode
Trouver la forme explicite d'une suite récurrente linéaire d'ordre 2.
- Écrire l'équation caractéristique , sous la forme . Attention aux signes : ils sont responsables de la moitié des erreurs.
- Calculer le discriminant et déterminer les racines.
- Écrire la forme générale : si , et si .
- Traduire et en un système de deux équations d'inconnues et , puis le résoudre.
- Vérifier sur , calculé d'un côté par la récurrence et de l'autre par la formule.
Exemple
Cas de deux racines distinctes. Soit définie par , et .
1 et 2. Ici et . L'équation caractéristique est , soit . Son discriminant vaut , et ses racines sont
3. Il existe donc et tels que pour tout .
4. Les deux premiers termes donnent le système
La première équation donne ; en reportant dans la seconde, , donc et . Ainsi
5. Vérification. La formule donne et . La récurrence donne et . Tout concorde.
Comportement. En factorisant par le terme le plus grand, . La parenthèse tend vers et , donc .
Exemple
Cas d'une racine double. Soit définie par , et .
1 et 2. Ici et . L'équation caractéristique est , de discriminant . Elle admet la racine double .
3. Il existe donc et tels que .
4. Pour : . Pour : , donc et . Ainsi
5. Vérification. La formule donne et . La récurrence donne et . Tout concorde.
Exemple
Cas de deux racines de signes contraires. Soit définie par , et .
Ici et , l'équation caractéristique est , de discriminant . Les racines sont et .
Donc , avec et . La seconde équation donne , d'où , donc et :
Vérification : la formule donne et ; la récurrence donne et .
La présence d'une racine négative fait osciller la suite, mais finit par l'emporter sur le terme borné , et .
Remarque
Le cas est hors programme dans cette filière. Lorsque le discriminant de l'équation caractéristique est strictement négatif, celle-ci n'a aucune racine réelle, et son traitement exige les nombres complexes, qui ne figurent au programme d'aucune des deux années du parcours mathématiques appliquées.
Vous ne rencontrerez donc, en exercice comme aux concours, que des équations caractéristiques de discriminant positif ou nul. Conséquence pratique très utile : si vous trouvez dans un exercice de cette filière, c'est presque certainement le signe d'une erreur de calcul, et il faut reprendre les signes de et de .
Limite d'une suite
Nous abordons ici le cœur du chapitre. Une remarque de méthode s'impose d'emblée, et elle vaut pour cette section ainsi que pour les deux suivantes : tous les théorèmes de convergence énoncés ci-dessous sont admis. Le programme précise qu'aucune démonstration les concernant n'est exigible, et qu'un exposé théorique sur ces notions est à exclure.
Ce qui est exigible, en revanche, l'est pleinement : savoir énoncer correctement ces théorèmes, savoir vérifier leurs hypothèses, et savoir les utiliser dans un calcul. Un théorème invoqué sans que ses hypothèses aient été vérifiées ne rapporte aucun point.
La définition de la convergence
Définition
Soient une suite réelle et un réel. On dit que la suite converge vers si tout intervalle ouvert contenant contient les termes pour tous les indices , hormis un nombre fini d'entre eux.
On note alors
Une suite qui converge vers un réel est dite convergente. Une suite qui n'est pas convergente est dite divergente.
Prenons le temps de lire cette définition, car chacun de ses mots pèse.
« Tout intervalle ouvert contenant » : la propriété doit être vraie pour n'importe quel intervalle, y compris les plus étroits. C'est ce qui interdit à la suite de s'arrêter à une distance non nulle de .
« Hormis un nombre fini d'entre eux » : on autorise un nombre quelconque d'exceptions, pourvu qu'elles soient en nombre fini. Autrement dit, à partir d'un certain rang, tous les termes sont dans l'intervalle. C'est bien la traduction de l'idée intuitive : la suite « finit par entrer » dans l'intervalle et n'en ressort plus.
Exemple
La figure représente les dix-neuf premiers termes de la suite
Prenons l'intervalle ouvert , qui contient bien : c'est la bande grisée. Calculons les premiers termes :
Aucun de ces six termes n'appartient à la bande. Le cas de mérite attention : il vaut exactement , donc il est sur le bord de l'intervalle, et un intervalle ouvert ne contient pas ses bornes. Le terme est donc à l'extérieur.
En revanche, est strictement à l'intérieur, et il en va de même de tous les suivants. En effet, pour :
Bilan : exactement six termes (ceux d'indices à ) sont hors de la bande, ce qui est bien un nombre fini. La condition de la définition est donc satisfaite pour cet intervalle.
Elle l'est en réalité pour n'importe quel intervalle ouvert contenant , aussi étroit soit-il : le rang d'entrée sera simplement plus grand. C'est ce qui permet de conclure que .
Méthode
Déterminer un rang à partir duquel la suite approche sa limite à une précision donnée.
- Écrire l'écart et le simplifier autant que possible.
- Résoudre l'inéquation précision voulue, d'inconnue .
- Donner le plus petit entier convenable, et le vérifier numériquement à ce rang et au rang précédent.
Exemple
Sur la suite précédente, cherchons à partir de quel rang .
L'écart vaut , et
Le rang cherché est donc . Vérification : pour , l'écart vaut , qui est trop grand ; pour , il vaut exactement , ce qui convient.
Limites infinies
Définition
Soit une suite réelle.
- On dit que tend vers si tout intervalle de la forme contient les termes pour tous les indices , hormis un nombre fini d'entre eux.
- On dit que tend vers si tout intervalle de la forme contient les termes pour tous les indices , hormis un nombre fini d'entre eux.
Remarque
Vocabulaire à ne pas confondre. Le mot « converger » est réservé aux limites finies. Une suite qui tend vers diverge, même si elle a une limite. Il y a donc trois comportements possibles, et trois seulement :
- la suite converge vers un réel ;
- la suite diverge vers ou vers ;
- la suite diverge sans limite : elle n'a aucune limite, ni finie ni infinie.
Écrire « la suite converge vers » est une faute de vocabulaire, sanctionnée comme telle.
Exemple
Une suite sans limite. Considérons , qui vaut alternativement et .
Cette suite ne converge pas vers : l'intervalle ouvert contient , mais aucun terme de rang impair ne s'y trouve, et il y en a une infinité. Le même argument, avec , montre qu'elle ne converge pas vers .
Elle ne converge vers aucun autre réel non plus : un intervalle ouvert assez petit autour d'un tel laisse dehors au moins l'une des deux valeurs et , donc une infinité de termes. Enfin la suite est bornée, donc elle ne tend ni vers ni vers . Elle n'a pas de limite.
Deux résultats fondamentaux
Propriété
Les deux résultats suivants sont admis.
- Unicité de la limite. Si une suite admet une limite, finie ou infinie, cette limite est unique. C'est ce qui autorise l'article défini et la notation .
- Toute suite convergente est bornée.
Remarque
La réciproque du point 2 est fausse : la suite est bornée et pourtant elle ne converge pas. Une suite bornée n'a aucune raison de converger.
En revanche, la contraposée du point 2 est vraie et très utile : une suite non bornée ne converge pas. C'est parfois la façon la plus rapide de prouver une divergence.
Limites de référence
Propriété
Les limites suivantes sont admises et doivent être connues sans hésitation. Dans tout ce qui suit, désigne un réel strictement positif.
a.
b.
c.
d.
e.
f.
g. si
h. si
i. une suite constante tend vers cette constante
Opérations sur les limites
Le programme précise qu'« aucune technicité sur ces opérations ne sera exigée ». Les trois tables ci-dessous couvrent tous les cas utiles. Dans chacune, et désignent des réels, et « F.I. » signifie forme indéterminée.
Somme.
| F.I. |
Produit.
| ou | F.I. |
Quotient.
| ou | ||
| ou | infinie, signe par la règle des signes | |
| avec de signe constant | infinie, signe par la règle des signes | |
| ou | ou | F.I. |
| F.I. |
Il y a donc exactement quatre formes indéterminées :
Remarque
« Forme indéterminée » ne signifie pas « la suite n'a pas de limite ». Cela signifie que la seule connaissance des deux limites ne permet pas de conclure, et qu'il faut transformer l'expression.
Regardez la forme avec dans les trois cas suivants : avec , la somme vaut ; avec , elle est nulle et tend vers ; avec , elle vaut et tend vers . Même forme, trois réponses différentes : voilà pourquoi elle est dite indéterminée.
La méthode du terme dominant
Méthode
Lever une indétermination dans un quotient.
- Repérer, au numérateur et au dénominateur, le terme qui croît le plus vite.
- Le factoriser dans chacun des deux, séparément.
- Simplifier ce qui peut l'être, puis conclure avec les limites de référence.
Ne cherchez jamais à « calculer le numérateur et le dénominateur séparément » : c'est précisément ce que la forme indéterminée interdit.
Exemple
a. Soit , de la forme . Le terme dominant est en haut comme en bas :
Le numérateur tend vers , le dénominateur vers , donc .
b. Soit . On factorise en haut et en bas :
Le second facteur tend vers et , donc .
c. Soit . Le terme dominant est ici :
Les deux puissances tendent vers car leurs raisons sont dans , donc .
Méthode
Lever une indétermination du type avec des racines carrées. On multiplie et l'on divise par l'expression conjuguée, en utilisant l'identité qui fait disparaître les racines du numérateur.
Exemple
Soit , de la forme . Multiplions par la quantité conjuguée :
Le dénominateur tend vers , donc . L'écart entre deux racines carrées consécutives devient donc arbitrairement petit, ce qui n'était pas évident au départ.
Limites et inégalités
Cette section rassemble les théorèmes qui permettent de conclure sans calculer la limite directement. Ce sont les plus puissants du chapitre, et ceux que les sujets de concours attendent le plus souvent. Comme annoncé, ils sont tous admis.
Passage à la limite dans les inégalités
Propriété
Soient et deux suites convergentes, de limites respectives et . Si à partir d'un certain rang, alors
En particulier, si à partir d'un certain rang, alors .
Remarque
Les inégalités strictes ne se conservent pas. C'est l'un des points les plus contre-intuitifs du chapitre, et il faut le graver une fois pour toutes.
Prenons et pour . On a bien strictement, pour tout . Pourtant les deux suites convergent vers : les limites sont égales.
Le passage à la limite transforme donc « » en « ». Écrire « pour tout , donc » est une erreur, et elle est immédiatement repérée par un correcteur.
Le théorème d'encadrement
Propriété
Théorème d'encadrement (dit aussi « théorème des gendarmes »). Soient , et trois suites telles que
Si et convergent vers la même limite finie , alors converge également, et sa limite vaut .
Remarque
Mesurez bien la force de cet énoncé : il ne se contente pas de calculer une limite, il démontre l'existence de la limite de , dont on ne supposait rien au départ. C'est pour cela qu'il est indispensable dès qu'une suite contient un terme oscillant que l'on ne sait pas maîtriser autrement, comme .
Attention toutefois : les deux suites qui encadrent doivent avoir la même limite, et cette limite doit être finie. Un encadrement par deux suites de limites différentes ne donne rien.
Exemple
a. Soit pour . Comme vaut ou :
Les deux suites encadrantes tendent vers , donc .
b. Soit pour . Le numérateur vaut ou selon la parité, donc il est compris entre et :
Les deux encadrantes tendent vers , donc .
Théorèmes de comparaison pour les limites infinies
Propriété
Soient et deux suites telles que à partir d'un certain rang.
- Si , alors .
- Si , alors .
Le sens est facile à retenir sans apprendre l'énoncé par cœur : pour envoyer une suite vers , il faut la minorer par quelque chose qui y va déjà ; pour l'envoyer vers , il faut la majorer.
Exemple
a. Soit . Pour tout , , et . Donc .
b. Soit pour . Comme dès que , on a , donc .
Le théorème de la limite monotone
Propriété
Théorème de la limite monotone.
- Toute suite croissante et majorée converge.
- Toute suite croissante et non majorée tend vers .
- Toute suite décroissante et minorée converge.
- Toute suite décroissante et non minorée tend vers .
En particulier : toute suite monotone admet une limite, finie ou infinie.
C'est le théorème le plus important du chapitre. Il est le seul à fournir la convergence d'une suite dont on ne connaît pas la limite, et c'est exactement la situation des suites définies par récurrence, que nous traiterons en section 8.
Remarque
Deux erreurs symétriques, toutes deux très répandues.
Première erreur : croire que la limite vaut le majorant. Le théorème affirme l'existence de la limite, pas sa valeur. La suite est croissante et majorée par , mais sa limite vaut , pas . Tout ce que l'on peut affirmer, c'est que la limite est inférieure ou égale à tout majorant.
Seconde erreur : oublier la monotonie. Une suite majorée n'a aucune raison de converger. La suite est majorée par et minorée par , donc bornée, et pourtant elle n'a pas de limite. Dans « croissante et majorée », les deux mots comptent, et il faut démontrer les deux.
Suites adjacentes
Définition
Deux suites et sont dites adjacentes si les trois conditions suivantes sont réunies :
- est croissante ;
- est décroissante ;
- .
Propriété
Si et sont adjacentes, alors elles convergent toutes les deux vers une même limite . De plus, pour tout entier :
Ce dernier encadrement est la raison d'être du concept : à chaque rang, les deux suites fournissent un encadrement de la limite, et l'écart donne une majoration de l'erreur commise en approchant par ou par . C'est le principe de toutes les méthodes numériques d'approximation.
Exemple
Posons, pour :
Croissance de : .
Décroissance de : .
Écart : .
Les deux suites sont donc adjacentes, et convergent vers une même limite , qui vérifie pour tout . Ici on la connaît d'avance, c'est ; mais l'intérêt du théorème est justement de conclure à la convergence même quand on ne connaît pas la limite.
Le critère des rangs pairs et impairs
Propriété
Soit une suite réelle. Si les deux suites et convergent vers une même limite , alors converge vers .
Remarque
Ce critère sert dans les deux sens, et c'est le second usage qui est le plus fréquent.
Pour prouver une convergence : quand la suite oscille, on étudie séparément les termes de rang pair et ceux de rang impair, puis on constate qu'ils ont la même limite.
Pour prouver une divergence : si et ont des limites différentes, alors n'a pas de limite. C'est l'outil standard pour démontrer proprement qu'une suite oscillante diverge.
Exemple
a. Reprenons la suite de la figure, . Comme et :
Les deux sous-suites convergent vers la même limite , donc . Voilà la démonstration rigoureuse de ce que la figure laissait deviner.
b. Pour , on a et . Les limites sont différentes, donc n'a pas de limite.
Croissances comparées
Les tables d'opérations de la section 5 laissent sans réponse les formes du type ou : ce sont des quotients de deux suites qui tendent toutes deux vers . Les résultats de cette section, admis eux aussi, tranchent ces cas une fois pour toutes.
Propriété
Soient , et . Alors
La règle se retient en une phrase : le logarithme est toujours battu par la puissance, et la puissance est toujours battue par l'exponentielle de base plus grande que . Du plus lent au plus rapide, la hiérarchie est donc
et cela quelles que soient les valeurs de et de : même finit par être écrasé par .
Propriété
Quelques conséquences immédiates, à utiliser directement.
- pour et (c'est l'inverse d'une suite qui tend vers par valeurs strictement positives).
- , pour la même raison.
- si : il suffit d'écrire , avec .
- , cas particulier .
Remarque
La comparaison est asymptotique, c'est-à-dire qu'elle ne dit rien des premiers termes. Comparons et :
La puissance mène très longtemps, elle est encore largement devant au rang , puis l'exponentielle la dépasse et l'écrase définitivement. Retenez la leçon : une limite ne se lit jamais sur les premiers termes, et une calculatrice qui affiche les vingt premières valeurs peut suggérer exactement le contraire de la vérité.
Méthode
Déterminer « qui gagne » dans un quotient.
- Dans chaque somme (numérateur et dénominateur), repérer le terme le plus fort selon la hiérarchie , puis , puis avec .
- Factoriser ce terme, en haut et en bas.
- Simplifier : chacun des quotients restants tend vers par croissances comparées.
- Conclure.
Exemple
a. , application directe avec et .
b. , application directe avec et .
c. : c'est l'inverse de , qui tend vers en restant strictement positive.
d. Une forme indéterminée. Soit . Numérateur et dénominateur sont dominés par :
Par croissances comparées, et , donc
e. Soit , de la forme . On écrit , et comme , les croissances comparées donnent .
f. Soit . Le terme dominant est des deux côtés :
Suites définies par une relation
Position du problème
Soit une fonction et un réel. La donnée
définit une suite, à condition que chaque appartienne à l'ensemble de définition de .
Sauf dans les cas particuliers déjà traités ( affine, sections 2 et 3), il n'existe aucune formule explicite pour . On ne peut donc pas calculer la limite en simplifiant une expression : il faut la déduire des propriétés de . Cette section donne la marche à suivre, qui est toujours la même et qu'il faut connaître par cœur.
Intervalle stable
Définition
Soit un intervalle. On dit que est stable par si
Propriété
Si et si est stable par , alors pour tout entier .
Démonstration. Par récurrence. La propriété est vraie au rang par hypothèse. Si , alors par stabilité.
Cette étape n'est pas une formalité : c'est elle qui garantit que la suite est bien définie, et c'est elle qui fournira le majorant ou le minorant dont on aura besoin à l'étape finale.
Les points fixes sont les seuls candidats
Définition
Un réel est un point fixe de si . Graphiquement, les points fixes sont les abscisses des points d'intersection de la courbe de avec la droite d'équation .
Pour relier points fixes et limite, nous avons besoin d'un résultat sur les fonctions.
Propriété
Résultat admis ici, qui sera démontré au chapitre consacré aux fonctions : si et si est continue en , alors .
Propriété
Soit définie par . Si converge vers un réel et si est continue en , alors est un point fixe de .
Justification. Passons à la limite dans l'égalité . À gauche, la suite est la suite privée de son premier terme : elle a donc la même limite . À droite, le résultat admis ci-dessus donne . Par unicité de la limite, .
Remarque
La remarque la plus importante de la section. Ce théorème dit : si la suite converge, alors sa limite est un point fixe. Il ne dit absolument pas que la suite converge.
Trouver les points fixes ne démontre donc rien sur la convergence. Un contre-exemple minimal suffit à s'en convaincre : pour et , le point fixe est (car donne ), et pourtant . Le point fixe existe, la suite ne converge pas vers lui, elle ne converge pas du tout.
La rédaction correcte est donc toujours en deux temps : d'abord établir la convergence (par le théorème de la limite monotone, ou par encadrement), ensuite seulement identifier la limite parmi les points fixes. Écrire « la suite converge vers car est le point fixe » est une faute de raisonnement, et c'est la plus lourdement sanctionnée du chapitre.
L'effet de la monotonie de
Propriété
Soit un intervalle stable par , contenant .
- Si est croissante sur , alors est monotone : elle est croissante si , et décroissante si .
- Si est décroissante sur , alors est croissante, et les deux suites et sont monotones, de sens contraires.
Démonstration du point 1. Supposons croissante sur et . Montrons par récurrence que pour tout . C'est vrai au rang . Si , ces deux termes appartiennent à , et la croissance de donne , c'est-à-dire . Le cas se traite de la même façon.
Justification du point 2. Si est décroissante, la composée est croissante (deux renversements d'inégalité se compensent). Or : chacune des deux sous-suites et vérifie donc une récurrence de la forme du point 1, avec la fonction croissante . Elles sont par conséquent monotones, et l'on montre qu'elles le sont en sens contraires. On conclut ensuite avec le critère des rangs pairs et impairs de la section 6.
Remarque
Ne confondez pas ce résultat avec la méthode 3 de la section 1. Pour une suite explicite , la monotonie de se transmet directement à la suite. Pour une suite récurrente , la croissance de ne donne que la monotonie, dont le sens est déterminé par la comparaison de et de . C'est cette comparaison, et elle seule, qui décide si la suite monte ou descend.
La construction en escalier
Pour visualiser la suite, on trace la courbe de et la droite d'équation dans un même repère, puis on procède ainsi :
- on place sur l'axe des abscisses ;
- on monte verticalement jusqu'à la courbe : l'ordonnée du point atteint est ;
- on se déplace horizontalement jusqu'à la droite , ce qui ramène la valeur sur l'axe des abscisses ;
- on recommence.
Quand est croissante, la ligne brisée obtenue monte (ou descend) en marches d'escalier, d'où le nom. Quand est décroissante, elle s'enroule autour du point fixe en formant un escargot.
Sur cette figure, la fonction est et le premier terme est . On lit immédiatement trois choses : la suite est croissante, elle reste sous la valeur , et elle semble s'accumuler contre le point d'intersection de la courbe et de la droite, d'abscisse . Ces trois observations sont exactement ce que la démonstration ci-dessous va établir.
Méthode générale
Méthode
Étudier une suite définie par .
- Identifier , préciser son ensemble de définition, et déterminer un intervalle qui contient et qui est stable par . Démontrer par récurrence que pour tout .
- Chercher les points fixes de sur , en résolvant . Ce sont les seules limites finies possibles.
- Étudier la monotonie de sur , puis en déduire celle de en comparant et (cas croissante), ou celle des deux sous-suites (cas décroissante).
- Conclure à la convergence par le théorème de la limite monotone : la stabilité de obtenue à l'étape 1 fournit le majorant ou le minorant nécessaire.
- Identifier la limite parmi les points fixes, en écartant les valeurs impossibles grâce à l'encadrement de l'étape 1.
- Illustrer par une construction en escalier, au brouillon au minimum : elle permet de vérifier que le résultat trouvé est cohérent.
Exemple entièrement traité
Exemple
Soit définie par
Posons , définie pour , c'est-à-dire sur .
1. Un intervalle stable. Montrons que convient. Soit . Alors , et comme la fonction racine carrée est croissante,
Or est positif, donc . L'intervalle est bien stable par , et lui appartient. Par récurrence immédiate,
2. Les points fixes. Résolvons pour . Les deux membres étant positifs sur cet intervalle, élever au carré est une équivalence :
Le discriminant vaut , donc et les racines sont
La racine est négative, donc elle n'appartient pas à (et une racine carrée ne peut de toute façon pas être négative). Le seul point fixe est donc .
3. Monotonie. Sur , la fonction est croissante et la racine carrée l'est aussi, donc est croissante comme composée de deux fonctions croissantes. On peut aussi le voir par la dérivée, .
Comparons les deux premiers termes :
Comme est croissante et que , la suite est croissante.
4. Convergence. La suite est croissante et majorée par (étape 1). D'après le théorème de la limite monotone, elle converge. Notons sa limite. Comme est croissante, tous ses termes sont supérieurs ou égaux à ; en passant à la limite dans l'encadrement , on obtient .
5. Identification de la limite. La fonction est continue sur , donc est un point fixe de appartenant à . D'après l'étape 2, le seul possible est . Conclusion :
6. Contrôle numérique. Les premiers termes confirment la croissance vers :
Les valeurs sont arrondies au millième, sauf et qui sont exactes ; le terme vaut exactement . C'est exactement la suite tracée sur la figure ci-dessus.
Remarque
Quand est décroissante. La construction en escalier devient un escargot : les termes tournent autour du point fixe en s'en approchant (ou en s'en éloignant), et la suite n'est jamais monotone, puisque les termes passent alternativement de part et d'autre du point fixe.
La marche à suivre est alors la suivante : on constate que est croissante, on étudie séparément et avec la méthode ci-dessus, et l'on conclut avec le critère des rangs pairs et impairs de la section 6. Si les deux sous-suites convergent vers la même limite, la suite converge vers cette limite ; si elles convergent vers des limites différentes, la suite n'a pas de limite.
Ce qu'il faut retenir
Les définitions à savoir énoncer
a. Suite majorée : l'existence d'un réel tel que pour tout . De même minorée, et bornée si les deux.
b. Suite croissante, décroissante, monotone : la comparaison de et .
c. Suite arithmétique () et suite géométrique ().
d. Convergence vers : tout intervalle ouvert contenant contient tous les termes sauf un nombre fini.
e. Suites adjacentes : l'une croissante, l'autre décroissante, et leur différence tend vers .
f. Point fixe de : un réel tel que .
Les théorèmes et le moment de les utiliser
- Théorème de la limite monotone. À utiliser dès que l'on doit prouver qu'une suite converge sans connaître sa limite : c'est le cas de toutes les suites récurrentes. Il faut établir deux choses, la monotonie et la borne, et les écrire toutes les deux.
- Théorème d'encadrement. À utiliser dès qu'apparaît un terme oscillant que l'on ne sait pas maîtriser, typiquement . Il prouve la convergence en plus de donner la limite.
- Théorèmes de comparaison. À utiliser pour une limite infinie : on minore pour aller vers , on majore pour aller vers .
- Passage à la limite dans une inégalité. À utiliser pour localiser une limite déjà connue comme existante. Les inégalités strictes deviennent larges.
- Critère des rangs pairs et impairs. À utiliser pour les suites qui oscillent, dans les deux sens : prouver une convergence, ou prouver une divergence en exhibant deux limites différentes.
- Croissances comparées. À utiliser dès qu'une forme indéterminée mélange , une puissance de et une puissance .
- Point fixe. À utiliser après avoir prouvé la convergence, et jamais avant : il identifie la limite, il ne la crée pas.
Le formulaire
Termes généraux.
Sommes.
Limites de référence.
a. pour
b. pour
c.
d.
e. si
f. si
g. pour ,
h. pour
i. quatre formes indéterminées : , , ,
Les erreurs classiques
1. Confondre le point fixe et la limite. Le point fixe est le seul candidat possible ; il ne devient la limite que lorsque la convergence a été démontrée par ailleurs. Souvenez-vous du plan d'épargne de la section 3, dont le point fixe valait euros alors que le capital tendait vers .
2. Ne pas vérifier la formule explicite sur les premiers termes. Après avoir résolu une récurrence arithmético-géométrique ou d'ordre 2, comparez toujours la formule et la récurrence sur , et . Cette vérification prend vingt secondes et détecte la quasi-totalité des erreurs de signe.
3. Diviser par sans regarder son signe. Quand , on a , et l'inégalité change de sens au moment de la division. Comparez les deux exemples de la section 2 : avec l'inégalité se retourne, avec elle ne se retourne pas.
4. Croire qu'une suite majorée converge. Il faut aussi la monotonie. La suite est bornée et n'a pas de limite. Symétriquement, ne concluez jamais que la limite vaut le majorant que vous avez choisi.
5. Passer à la limite dans une inégalité stricte en gardant le strict. De pour tout , on ne déduit que . Le contre-exemple à retenir : , et pourtant les deux limites valent .
6. Se tromper sur le nombre de termes d'une somme. De l'indice à l'indice , il y a termes. Le « » s'oublie une fois sur deux.
7. Appliquer les variations de à une suite récurrente. La méthode de la fonction associée vaut pour , jamais pour . Dans le second cas, la croissance de donne seulement la monotonie, dont le sens dépend de la comparaison entre et .
8. Conclure « forme indéterminée, donc pas de limite ». Une forme indéterminée signifie seulement que les tables d'opérations ne suffisent pas. Il faut factoriser le terme dominant, utiliser une expression conjuguée, ou invoquer les croissances comparées.
9. Écrire « la suite converge vers ». Une suite de limite infinie diverge. Le mot « converger » est réservé aux limites finies.
Bloqué sur « Suites de nombres réels » ?
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.