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ECG appliquées · Chapitre 04 · Premier semestre
1re année
Suites arithmétiques, suites géométriques, récurrence linéaire d'ordre 2, convergence, comportements asymptotiques usuels.
Vous connaissez déjà les suites. Le lycée vous a appris à reconnaître une suite arithmétique, à calculer le terme général d'une suite géométrique, à observer sur une calculatrice qu'une suite « semble se rapprocher » d'un nombre. Ce chapitre reprend tout cela, mais en change la nature : il ne s'agira plus d'observer, il s'agira de démontrer.
Deux raisons rendent ce chapitre incontournable. D'abord, la suite est l'outil de modélisation le plus naturel dès qu'une grandeur évolue par étapes : un capital placé qui produit des intérêts chaque année, un emprunt que l'on amortit mensualité après mensualité, une dépense publique dont les effets se propagent de vague en vague dans l'économie. Toutes ces situations s'écrivent , et vous saurez les résoudre à la fin de ce chapitre. Ensuite, la notion de limite apparaît ici pour la première fois : elle sera reprise pour les fonctions, puis pour les variables aléatoires au second semestre.
Le programme demande d'utiliser « autant que possible la représentation graphique des suites pour illustrer ou conjecturer leur comportement ». Prenez cette consigne au sérieux : un nuage de points ou une construction en escalier tracée au brouillon vous dira, en trente secondes, si la suite monte, si elle est majorée et vers quoi elle tend. La démonstration vient ensuite, mais elle vient toujours plus vite quand on sait où l'on va.
Notations fixées pour tout le chapitre. La lettre désigne toujours un entier naturel. On note une suite réelle et son terme d'indice . Les lettres , , , , désignent des réels. Le symbole marque la fin d'une démonstration.
Définition
Une suite réelle est une application de dans , c'est-à-dire un procédé qui associe à chaque entier naturel un réel unique, noté .
Ce réel s'appelle le terme d'indice (ou terme de rang ) de la suite. La suite elle-même se note , ou plus simplement .
Certaines suites ne sont définies qu'à partir d'un certain indice : la suite de terme général n'a pas de terme d'indice . On écrit alors , et l'on précise toujours l'indice de départ.
Remarque
Une distinction de notation qui a l'air d'un détail, et qui n'en est pas un : est un nombre réel, alors que est la suite tout entière, c'est-à-dire un objet global qui contient une infinité de nombres.
On dit donc « la suite est croissante », et jamais « la suite est croissante » : un nombre réel ne peut pas être croissant. Les correcteurs de concours sanctionnent cette confusion, parce qu'elle révèle presque toujours un flou plus profond sur ce que l'on manipule.
Une suite peut être décrite de trois manières, qui n'offrent pas du tout les mêmes possibilités de calcul.
Définition
a. Par une formule explicite. Le terme est donné par une expression qui ne dépend que de :
b. Par une relation de récurrence. On se donne le ou les premiers termes, et une relation qui exprime chaque terme à l'aide des précédents :
c. Par restriction aux entiers d'une fonction de variable réelle. On part d'une fonction définie sur (ou sur ) et l'on pose :
Exemple
Calculons les premiers termes de chacune de ces trois suites.
a. Pour , il suffit de remplacer par sa valeur :
On peut obtenir immédiatement, sans calculer aucun terme intermédiaire.
b. Pour et , il faut avancer pas à pas :
Cette suite est constante, ce qui n'était pas visible sur la relation de récurrence. Nous verrons pourquoi dans la section consacrée aux suites arithmético-géométriques : est le point fixe de la relation.
c. Pour :
Remarque
La différence pratique entre le mode a et le mode b est considérable. Avec une formule explicite, on atteint n'importe quel terme d'un seul calcul, et l'on peut étudier la limite avec les outils de la section 5. Avec une relation de récurrence, obtenir demande cent calculs, et la limite n'est pas lisible sur la formule.
C'est pourquoi une bonne partie de ce chapitre consiste à transformer une définition par récurrence en formule explicite. Les sections 3 et 4 y parviennent complètement pour deux familles importantes. La section 8 traite le cas général, où la formule explicite n'existe pas, et où il faut ruser.
Définition
Soit une suite réelle.
Propriété
La suite est bornée si, et seulement s'il existe un réel tel que
Démonstration. Si pour tout , alors : la suite est minorée par et majorée par , donc bornée. Réciproquement, si pour tout , posons . Alors et , donc .
Exemple
a. La suite vérifie pour tout : elle est bornée.
b. La suite est minorée par , mais elle n'est pas majorée : elle n'est pas bornée.
c. La suite prend les valeurs , , , , , ... Elle n'est ni majorée ni minorée.
d. La suite vérifie , donc : elle est bornée. Nous la retrouverons en section 5, c'est la suite de la figure.
Remarque
Un majorant n'est jamais unique : si majore la suite, tout réel plus grand que la majore aussi. Il ne faut donc pas confondre majorant et maximum. La suite est majorée par , mais elle n'atteint jamais la valeur : elle n'a pas de maximum. Dire « le majorant de la suite » n'a aucun sens ; on dit « un majorant ».
Définition
Soit une suite réelle.
Remarquez que la définition ne compare que des termes consécutifs. C'est suffisant : si pour tout , alors en enchaînant les inégalités on obtient dès que .
Méthode
Étudier la monotonie d'une suite. Trois méthodes, à choisir selon la forme de la suite. Acquis depuis : expertes (terminale).
1. Le signe de . On calcule cette différence, on la simplifie au maximum, et l'on étudie son signe. Cette méthode fonctionne toujours : c'est celle à tenter en premier, et la seule à connaître par cœur.
2. La comparaison de à . Utilisable uniquement si tous les termes sont strictement positifs. Si le quotient est supérieur ou égal à , la suite est croissante ; s'il est inférieur ou égal à , elle est décroissante. Elle est commode quand est un produit, un quotient ou une puissance, car les simplifications y sont spectaculaires.
3. Les variations de la fonction associée. Utilisable uniquement si la suite est donnée sous forme explicite . Si est croissante sur , alors est croissante, et de même pour la décroissance.
Avant de choisir : vérifiez que l'hypothèse de la méthode est satisfaite. La méthode 2 appliquée à une suite de termes négatifs donne la conclusion inverse de la bonne.
Exemple
a. Par le signe de la différence. Soit . Alors
Cette différence est strictement négative pour , nulle pour , et strictement positive pour . La suite décroît donc jusqu'au rang , puis croît. Les premiers termes le confirment :
La suite n'est donc pas monotone, mais elle est croissante à partir du rang .
b. Par le quotient. Soit pour . Tous les termes sont strictement positifs, la méthode 2 s'applique :
Or équivaut à , c'est-à-dire à , ce qui est vrai pour tout . La suite est donc strictement croissante.
c. Par la fonction associée. Soit . Posons sur , de sorte que . Cette fonction est dérivable et
La fonction est strictement croissante sur , donc la suite est strictement croissante.
Remarque
Un piège très fréquent, sur lequel il faut être intraitable dès maintenant. La méthode 3 s'applique à une suite du type , où est évaluée en l'indice. Elle ne s'applique jamais à une suite du type , où est évaluée sur le terme précédent.
Ce sont deux situations totalement différentes. Dans le second cas, la croissance de ne donne pas la croissance de la suite : elle donne seulement sa monotonie, dont le sens dépend de la comparaison entre et . C'est l'objet de la section 8.
Définition
On dit qu'une propriété portant sur est vraie à partir d'un certain rang s'il existe un entier tel que la propriété soit vraie pour tout .
Cette formulation reviendra sans arrêt. Elle traduit une idée simple : pour la plupart des questions de ce chapitre, les premiers termes ne comptent pas. Si l'on modifie un nombre fini de termes d'une suite, on ne change ni sa nature (convergente ou divergente) ni sa limite, car les théorèmes de convergence ne regardent que le comportement « au bout ».
En revanche, la monotonie, elle, dépend de tous les termes : la suite de l'exemple précédent est croissante à partir du rang , mais elle n'est pas croissante. Il faut donc écrire la restriction, et ne pas la passer sous silence.
Définition
Une suite est arithmétique s'il existe un réel , appelé raison de la suite, tel que
Autrement dit : on passe d'un terme au suivant en ajoutant toujours le même nombre.
Propriété
Soit une suite arithmétique de raison . Pour tous entiers et :
Démonstration. La somme se télescope et vaut . Or chacun de ses termes vaut , donc . La seconde formule s'obtient de la même manière en partant de l'indice .
Méthode
Reconnaître une suite arithmétique. Calculer et vérifier que le résultat ne dépend pas de . Si la différence dépend de , la suite n'est pas arithmétique, et il est inutile d'insister. Acquis depuis : première (ens. scient.).
Exemple
a. Soit . Alors . La suite est arithmétique de raison et de premier terme .
b. Soit . Alors , qui dépend de : la suite n'est pas arithmétique.
Le sens de variation se lit immédiatement sur la raison : si la suite est strictement croissante, si elle est strictement décroissante, si elle est constante. Quant à la limite, elle vaut si , si , et si .
Propriété
Pour tout entier :
Démonstration. Notons . En écrivant la somme dans l'ordre croissant puis dans l'ordre décroissant et en ajoutant les deux lignes terme à terme, chaque colonne donne , et il y a colonnes. Donc , d'où le résultat.
Propriété
Soit une suite arithmétique et soient deux entiers. Alors
Sous forme parlée, à retenir ainsi : nombre de termes, multiplié par la moyenne des termes extrêmes.
Démonstration. Écrivons et sommons :
Par ailleurs . En multipliant cette quantité par , on retrouve exactement la ligne précédente.
Exemple
Soit , suite arithmétique de raison . Calculons .
Il y a termes. Les extrêmes sont et . Donc
Remarque
L'erreur classique sur ces sommes est le nombre de termes. De l'indice à l'indice , il y a termes, et non . Le contrôle est immédiat : de à , il y a entiers, et l'on peut les compter sur ses doigts. Prenez l'habitude de vérifier ce nombre à chaque fois : c'est le point où se perdent le plus de points aux concours.
Définition
Une suite est géométrique s'il existe un réel , appelé raison de la suite, tel que
Autrement dit : on passe d'un terme au suivant en multipliant toujours par le même nombre.
Propriété
Soit une suite géométrique de raison . Pour tous entiers et :
Méthode
Reconnaître une suite géométrique. Si tous les termes sont non nuls, calculer et vérifier que le résultat ne dépend pas de . Acquis depuis : première (ens. scient.).
Exemple
Soit . On peut répondre de deux façons.
Par le quotient : , constant.
Par réécriture directe : , ce qui donne immédiatement et .
Propriété
Soit un réel. Pour tout entier :
Démonstration. Supposons et notons . Alors
la somme s'étant télescopée. Comme , on peut diviser par . Si , tous les termes valent et il y en a .
Propriété
Soit une suite géométrique de raison , et soient . Alors
Sous forme parlée : premier terme de la somme, multiplié par .
Exemple
a. .
b. comporte termes, le premier étant . Donc
Vérification directe : .
c. .
Propriété
Soit un réel. Les résultats suivants sont admis.
Retenez la frontière : c'est qui fait tendre vers . Une raison négative de valeur absolue inférieure à , comme , donne bien une suite qui tend vers , en alternant de signe.
Méthode
Déterminer un rang à partir duquel est inférieur à une précision donnée (avec ).
Exemple
Cherchons le plus petit entier tel que .
Or . En divisant par ce nombre négatif, l'inégalité se retourne :
Le plus petit entier convenable est donc . Vérifions : , qui est supérieur à , tandis que , qui convient.
Exemple
Un capital de euros est placé au taux annuel de , les intérêts étant capitalisés chaque année. Notons le capital disponible au bout de années.
Modélisation. Chaque année, le capital est augmenté de de sa valeur, donc multiplié par :
La suite est géométrique de raison et de premier terme , d'où
Valeurs. , , , et euros.
Temps de doublement. Cherchons le nombre d'années au bout duquel le capital a doublé :
Ici : l'inégalité ne change pas de sens quand on divise. Donc
Il faut donc années. Vérification : et .
Comparez avec l'exemple précédent : c'est le même calcul, mais le sens de l'inégalité finale y était inversé parce que est négatif alors que est positif. C'est exactement le point où l'on se trompe.
Exemple
Le multiplicateur keynésien. L'État injecte millions d'euros dans l'économie. Les bénéficiaires en consomment une proportion , ce qui crée une deuxième vague de revenus de millions, dont sont à leur tour consommés, et ainsi de suite. La vague d'indice vaut millions.
Le revenu total créé après vagues est
Après onze vagues : millions.
Comme , on a , donc . L'effet total de l'injection vaut millions : le multiplicateur vaut .
Remarque
Une précaution de rédaction sur l'exemple précédent. Nous avons calculé la limite de la suite , chaque étant une somme d'un nombre fini de termes. Nous n'avons à aucun moment écrit une somme comportant une infinité de termes : une telle écriture n'a pas encore de sens à ce stade de l'année, et elle sera définie plus tard. Écrivez donc toujours , et jamais autre chose.
Définition
Une suite est arithmético-géométrique s'il existe deux réels et tels que
Deux cas sont déjà connus : si , la suite est géométrique de raison ; si , elle est arithmétique de raison . Le cas intéressant est donc et , et c'est celui que traite cette section.
Le problème est le suivant : la suite n'est ni arithmétique (la différence dépend de ) ni géométrique (le quotient n'est pas constant). Aucune des deux formules de la section précédente ne s'applique. L'idée qui débloque tout consiste à décaler la suite pour se ramener à une suite géométrique.
Cherchons s'il existe une suite constante égale à un réel qui vérifie la même relation de récurrence. Une telle suite satisferait , c'est-à-dire . Comme , cette équation a une solution unique.
Définition
Soit . Le point fixe de la relation est l'unique réel vérifiant , c'est-à-dire
Propriété
Soit vérifiant avec , et soit . Alors la suite définie par est géométrique de raison . Par conséquent
Démonstration. Le calcul tient en trois lignes, et il faut savoir le refaire, car les énoncés de concours demandent presque toujours de le rédiger.
Or vérifie , donc . En reportant :
La suite est donc géométrique de raison , d'où , puis .
Méthode
Résoudre une récurrence avec . Quatre étapes, toujours les mêmes.
Exemple
Traitons entièrement la suite définie par et .
1. Point fixe. On résout , soit , donc .
2. La suite auxiliaire. Posons . Alors
La suite est géométrique de raison , de premier terme .
3. Forme explicite. On en déduit , puis
4. Vérification. La récurrence donne , , , . La formule donne , puis , puis , puis . Les deux coïncident.
Limite. Comme , on a , donc . La suite converge vers le point fixe, en croissant.
Si , la relation s'écrit : la suite est arithmétique de raison , et l'on a directement . Il ne faut surtout pas chercher de point fixe dans ce cas : l'équation n'a aucune solution quand .
Géométriquement, cela se comprend bien : le point fixe est l'abscisse du point d'intersection de la droite d'équation avec la droite . Quand , ces deux droites sont parallèles et ne se coupent pas.
Propriété
Soit vérifiant avec , et . On sait que . Le comportement se lit alors directement sur .
Exemple
Un plan d'épargne. Un capital initial de euros est placé au taux annuel de , et l'on ajoute euros à la fin de chaque année. Notons le capital après années :
1. Point fixe. On résout , soit , donc .
2. Suite auxiliaire. Posons . Alors
en utilisant . La suite est géométrique de raison , avec .
3. Forme explicite. .
4. Vérification. La récurrence donne et . La formule donne , puis . Les deux coïncident.
Application. Au bout de dix ans : euros.
Remarque
Cet exemple contient un avertissement précieux. Le point fixe vaut ici euros, ce qui n'a aucun sens financier : le capital ne sera jamais négatif, et il ne tend pas vers . Comme , la suite tend en réalité vers .
Le point fixe n'est pas la limite : c'est un intermédiaire de calcul, le décalage exact qui transforme la suite en suite géométrique. Il ne coïncide avec la limite que dans le cas . Confondre les deux est l'erreur la plus répandue de ce chapitre, et nous la retrouverons en section 8 sous une forme plus dangereuse encore.
Définition
Soient et deux réels, avec . Une suite vérifie une relation de récurrence linéaire d'ordre 2 à coefficients constants si
Une telle suite est entièrement déterminée par la donnée de ses deux premiers termes et .
On suppose pour que la relation soit réellement d'ordre : si , elle se réduit à , c'est-à-dire à une suite géométrique à partir du rang .
La méthode ne tombe pas du ciel : elle vient d'une question naturelle. Existe-t-il des suites géométriques qui vérifient cette relation ? Cherchons donc avec . La relation s'écrit
Comme , on peut diviser les deux membres par , et il reste . Toute l'étude repose sur cette équation du second degré.
Définition
L'équation caractéristique associée à la relation est
Son discriminant vaut .
Propriété
On note et des constantes réelles.
Cas 1 : . L'équation caractéristique a deux racines réelles distinctes et . Les suites vérifiant la relation sont exactement celles de la forme
Cas 2 : . L'équation caractéristique a une racine double , non nulle. Les suites vérifiant la relation sont exactement celles de la forme
Dans les deux cas, les constantes et sont déterminées de manière unique par les valeurs de et .
Justification. Vérifions d'abord que ces formules conviennent, ce qui est un simple calcul.
Dans le cas 1, comme et sont racines, on a et . Donc, pour la suite :
Dans le cas 2, le discriminant est nul, donc , ce qui donne , et la racine double vaut . Autrement dit et . Vérifions alors que la suite convient :
La suite convient également puisque est racine, et toute combinaison des deux aussi.
Reste l'unicité. Deux suites qui vérifient la même relation d'ordre 2 et qui ont les mêmes deux premiers termes sont égales : une récurrence immédiate le montre, puisque chaque terme est calculé à partir des deux précédents. Il suffit donc de vérifier que le couple est déterminé sans ambiguïté par et .
Dans le cas 1, le système s'écrit et ; en soustrayant fois la première équation à la seconde, on obtient , ce qui détermine puisque , puis .
Dans le cas 2, le système s'écrit et , ce qui donne , puisque .
Méthode
Trouver la forme explicite d'une suite récurrente linéaire d'ordre 2.
Exemple
Cas de deux racines distinctes. Soit définie par , et .
1 et 2. Ici et . L'équation caractéristique est , soit . Son discriminant vaut , et ses racines sont
3. Il existe donc et tels que pour tout .
4. Les deux premiers termes donnent le système
La première équation donne ; en reportant dans la seconde, , donc et . Ainsi
5. Vérification. La formule donne et . La récurrence donne et . Tout concorde.
Comportement. En factorisant par le terme le plus grand, . La parenthèse tend vers et , donc .
Exemple
Cas d'une racine double. Soit définie par , et .
1 et 2. Ici et . L'équation caractéristique est , de discriminant . Elle admet la racine double .
3. Il existe donc et tels que .
4. Pour : . Pour : , donc et . Ainsi
5. Vérification. La formule donne et . La récurrence donne et . Tout concorde.
Exemple
Cas de deux racines de signes contraires. Soit définie par , et .
Ici et , l'équation caractéristique est , de discriminant . Les racines sont et .
Donc , avec et . La seconde équation donne , d'où , donc et :
Vérification : la formule donne et ; la récurrence donne et .
La présence d'une racine négative fait osciller la suite, mais finit par l'emporter sur le terme borné , et .
Remarque
Le cas est hors programme dans cette filière. Lorsque le discriminant de l'équation caractéristique est strictement négatif, celle-ci n'a aucune racine réelle, et son traitement exige les nombres complexes, qui ne figurent au programme d'aucune des deux années du parcours mathématiques appliquées.
Vous ne rencontrerez donc, en exercice comme aux concours, que des équations caractéristiques de discriminant positif ou nul. Conséquence pratique très utile : si vous trouvez dans un exercice de cette filière, c'est presque certainement le signe d'une erreur de calcul, et il faut reprendre les signes de et de .
Nous abordons ici le cœur du chapitre. Une remarque de méthode s'impose d'emblée, et elle vaut pour cette section ainsi que pour les deux suivantes : tous les théorèmes de convergence énoncés ci-dessous sont admis. Le programme précise qu'aucune démonstration les concernant n'est exigible, et qu'un exposé théorique sur ces notions est à exclure.
Ce qui est exigible, en revanche, l'est pleinement : savoir énoncer correctement ces théorèmes, savoir vérifier leurs hypothèses, et savoir les utiliser dans un calcul. Un théorème invoqué sans que ses hypothèses aient été vérifiées ne rapporte aucun point.
Définition
Soient une suite réelle et un réel. On dit que la suite converge vers si tout intervalle ouvert contenant contient les termes pour tous les indices , hormis un nombre fini d'entre eux.
On note alors
Une suite qui converge vers un réel est dite convergente. Une suite qui n'est pas convergente est dite divergente.
Prenons le temps de lire cette définition, car chacun de ses mots pèse.
« Tout intervalle ouvert contenant » : la propriété doit être vraie pour n'importe quel intervalle, y compris les plus étroits. C'est ce qui interdit à la suite de s'arrêter à une distance non nulle de .
« Hormis un nombre fini d'entre eux » : on autorise un nombre quelconque d'exceptions, pourvu qu'elles soient en nombre fini. Autrement dit, à partir d'un certain rang, tous les termes sont dans l'intervalle. C'est bien la traduction de l'idée intuitive : la suite « finit par entrer » dans l'intervalle et n'en ressort plus.
Exemple
La figure représente les dix-neuf premiers termes de la suite
Prenons l'intervalle ouvert , qui contient bien : c'est la bande grisée. Calculons les premiers termes :
Aucun de ces six termes n'appartient à la bande. Le cas de mérite attention : il vaut exactement , donc il est sur le bord de l'intervalle, et un intervalle ouvert ne contient pas ses bornes. Le terme est donc à l'extérieur.
En revanche, est strictement à l'intérieur, et il en va de même de tous les suivants. En effet, pour :
Bilan : exactement six termes (ceux d'indices à ) sont hors de la bande, ce qui est bien un nombre fini. La condition de la définition est donc satisfaite pour cet intervalle.
Elle l'est en réalité pour n'importe quel intervalle ouvert contenant , aussi étroit soit-il : le rang d'entrée sera simplement plus grand. C'est ce qui permet de conclure que .
Méthode
Déterminer un rang à partir duquel la suite approche sa limite à une précision donnée.
Exemple
Sur la suite précédente, cherchons à partir de quel rang .
L'écart vaut , et
Le rang cherché est donc . Vérification : pour , l'écart vaut , qui est trop grand ; pour , il vaut exactement , ce qui convient.
Définition
Soit une suite réelle.
Remarque
Vocabulaire à ne pas confondre. Le mot « converger » est réservé aux limites finies. Une suite qui tend vers diverge, même si elle a une limite. Il y a donc trois comportements possibles, et trois seulement :
Écrire « la suite converge vers » est une faute de vocabulaire, sanctionnée comme telle.
Exemple
Une suite sans limite. Considérons , qui vaut alternativement et .
Cette suite ne converge pas vers : l'intervalle ouvert contient , mais aucun terme de rang impair ne s'y trouve, et il y en a une infinité. Le même argument, avec , montre qu'elle ne converge pas vers .
Elle ne converge vers aucun autre réel non plus : un intervalle ouvert assez petit autour d'un tel laisse dehors au moins l'une des deux valeurs et , donc une infinité de termes. Enfin la suite est bornée, donc elle ne tend ni vers ni vers . Elle n'a pas de limite.
Propriété
Les deux résultats suivants sont admis.
Remarque
La réciproque du point 2 est fausse : la suite est bornée et pourtant elle ne converge pas. Une suite bornée n'a aucune raison de converger.
En revanche, la contraposée du point 2 est vraie et très utile : une suite non bornée ne converge pas. C'est parfois la façon la plus rapide de prouver une divergence.
Propriété
Les limites suivantes sont admises et doivent être connues sans hésitation. Dans tout ce qui suit, désigne un réel strictement positif.
a.
b.
c.
d.
e.
f.
g. si
h. si
i. une suite constante tend vers cette constante
Le programme précise qu'« aucune technicité sur ces opérations ne sera exigée ». Les trois tables ci-dessous couvrent tous les cas utiles. Dans chacune, et désignent des réels, et « F.I. » signifie forme indéterminée.
Somme.
| F.I. |
Produit.
| ou | F.I. |
Quotient.
| ou | ||
| ou | infinie, signe par la règle des signes | |
| avec de signe constant | infinie, signe par la règle des signes | |
| ou | ou | F.I. |
| F.I. |
Il y a donc exactement quatre formes indéterminées :
Remarque
« Forme indéterminée » ne signifie pas « la suite n'a pas de limite ». Cela signifie que la seule connaissance des deux limites ne permet pas de conclure, et qu'il faut transformer l'expression.
Regardez la forme avec dans les trois cas suivants : avec , la somme vaut ; avec , elle est nulle et tend vers ; avec , elle vaut et tend vers . Même forme, trois réponses différentes : voilà pourquoi elle est dite indéterminée.
Méthode
Lever une indétermination dans un quotient.
Ne cherchez jamais à « calculer le numérateur et le dénominateur séparément » : c'est précisément ce que la forme indéterminée interdit.
Exemple
a. Soit , de la forme . Le terme dominant est en haut comme en bas :
Le numérateur tend vers , le dénominateur vers , donc .
b. Soit . On factorise en haut et en bas :
Le second facteur tend vers et , donc .
c. Soit . Le terme dominant est ici :
Les deux puissances tendent vers car leurs raisons sont dans , donc .
Méthode
Lever une indétermination du type avec des racines carrées. On multiplie et l'on divise par l'expression conjuguée, en utilisant l'identité qui fait disparaître les racines du numérateur.
Exemple
Soit , de la forme . Multiplions par la quantité conjuguée :
Le dénominateur tend vers , donc . L'écart entre deux racines carrées consécutives devient donc arbitrairement petit, ce qui n'était pas évident au départ.
Cette section rassemble les théorèmes qui permettent de conclure sans calculer la limite directement. Ce sont les plus puissants du chapitre, et ceux que les sujets de concours attendent le plus souvent. Comme annoncé, ils sont tous admis.
Propriété
Soient et deux suites convergentes, de limites respectives et . Si à partir d'un certain rang, alors
En particulier, si à partir d'un certain rang, alors .
Remarque
Les inégalités strictes ne se conservent pas. C'est l'un des points les plus contre-intuitifs du chapitre, et il faut le graver une fois pour toutes.
Prenons et pour . On a bien strictement, pour tout . Pourtant les deux suites convergent vers : les limites sont égales.
Le passage à la limite transforme donc « » en « ». Écrire « pour tout , donc » est une erreur, et elle est immédiatement repérée par un correcteur.
Propriété
Théorème d'encadrement (dit aussi « théorème des gendarmes »). Soient , et trois suites telles que
Si et convergent vers la même limite finie , alors converge également, et sa limite vaut .
Remarque
Mesurez bien la force de cet énoncé : il ne se contente pas de calculer une limite, il démontre l'existence de la limite de , dont on ne supposait rien au départ. C'est pour cela qu'il est indispensable dès qu'une suite contient un terme oscillant que l'on ne sait pas maîtriser autrement, comme .
Attention toutefois : les deux suites qui encadrent doivent avoir la même limite, et cette limite doit être finie. Un encadrement par deux suites de limites différentes ne donne rien.
Exemple
a. Soit pour . Comme vaut ou :
Les deux suites encadrantes tendent vers , donc .
b. Soit pour . Le numérateur vaut ou selon la parité, donc il est compris entre et :
Les deux encadrantes tendent vers , donc .
Propriété
Soient et deux suites telles que à partir d'un certain rang.
Le sens est facile à retenir sans apprendre l'énoncé par cœur : pour envoyer une suite vers , il faut la minorer par quelque chose qui y va déjà ; pour l'envoyer vers , il faut la majorer.
Exemple
a. Soit . Pour tout , , et . Donc .
b. Soit pour . Comme dès que , on a , donc .
Propriété
Théorème de la limite monotone.
En particulier : toute suite monotone admet une limite, finie ou infinie.
C'est le théorème le plus important du chapitre. Il est le seul à fournir la convergence d'une suite dont on ne connaît pas la limite, et c'est exactement la situation des suites définies par récurrence, que nous traiterons en section 8.
Remarque
Deux erreurs symétriques, toutes deux très répandues.
Première erreur : croire que la limite vaut le majorant. Le théorème affirme l'existence de la limite, pas sa valeur. La suite est croissante et majorée par , mais sa limite vaut , pas . Tout ce que l'on peut affirmer, c'est que la limite est inférieure ou égale à tout majorant.
Seconde erreur : oublier la monotonie. Une suite majorée n'a aucune raison de converger. La suite est majorée par et minorée par , donc bornée, et pourtant elle n'a pas de limite. Dans « croissante et majorée », les deux mots comptent, et il faut démontrer les deux.
Définition
Deux suites et sont dites adjacentes si les trois conditions suivantes sont réunies :
Propriété
Si et sont adjacentes, alors elles convergent toutes les deux vers une même limite . De plus, pour tout entier :
Ce dernier encadrement est la raison d'être du concept : à chaque rang, les deux suites fournissent un encadrement de la limite, et l'écart donne une majoration de l'erreur commise en approchant par ou par . C'est le principe de toutes les méthodes numériques d'approximation.
Exemple
Posons, pour :
Croissance de : .
Décroissance de : .
Écart : .
Les deux suites sont donc adjacentes, et convergent vers une même limite , qui vérifie pour tout . Ici on la connaît d'avance, c'est ; mais l'intérêt du théorème est justement de conclure à la convergence même quand on ne connaît pas la limite.
Propriété
Soit une suite réelle. Si les deux suites et convergent vers une même limite , alors converge vers .
Remarque
Ce critère sert dans les deux sens, et c'est le second usage qui est le plus fréquent.
Pour prouver une convergence : quand la suite oscille, on étudie séparément les termes de rang pair et ceux de rang impair, puis on constate qu'ils ont la même limite.
Pour prouver une divergence : si et ont des limites différentes, alors n'a pas de limite. C'est l'outil standard pour démontrer proprement qu'une suite oscillante diverge.
Exemple
a. Reprenons la suite de la figure, . Comme et :
Les deux sous-suites convergent vers la même limite , donc . Voilà la démonstration rigoureuse de ce que la figure laissait deviner.
b. Pour , on a et . Les limites sont différentes, donc n'a pas de limite.
Les tables d'opérations de la section 5 laissent sans réponse les formes du type ou : ce sont des quotients de deux suites qui tendent toutes deux vers . Les résultats de cette section, admis eux aussi, tranchent ces cas une fois pour toutes.
Propriété
Soient , et . Alors
La règle se retient en une phrase : le logarithme est toujours battu par la puissance, et la puissance est toujours battue par l'exponentielle de base plus grande que . Du plus lent au plus rapide, la hiérarchie est donc
et cela quelles que soient les valeurs de et de : même finit par être écrasé par .
Propriété
Quelques conséquences immédiates, à utiliser directement.
Remarque
La comparaison est asymptotique, c'est-à-dire qu'elle ne dit rien des premiers termes. Comparons et :
La puissance mène très longtemps, elle est encore largement devant au rang , puis l'exponentielle la dépasse et l'écrase définitivement. Retenez la leçon : une limite ne se lit jamais sur les premiers termes, et une calculatrice qui affiche les vingt premières valeurs peut suggérer exactement le contraire de la vérité.
Méthode
Déterminer « qui gagne » dans un quotient.
Exemple
a. , application directe avec et .
b. , application directe avec et .
c. : c'est l'inverse de , qui tend vers en restant strictement positive.
d. Une forme indéterminée. Soit . Numérateur et dénominateur sont dominés par :
Par croissances comparées, et , donc
e. Soit , de la forme . On écrit , et comme , les croissances comparées donnent .
f. Soit . Le terme dominant est des deux côtés :
La section du programme consacrée à ces suites s'intitule « Suites usuelles : formes explicites », et elle en donne la liste complète : suite arithmétique, suite géométrique, suite arithmético-géométrique, et suite vérifiant une relation linéaire de récurrence d'ordre , avec la restriction « on se limitera au cas où l'équation caractéristique a des racines réelles ». Ces quatre familles, et elles seules, ont été traitées aux sections , et ; ce sont les quatre pour lesquelles vous devez savoir produire en fonction de .
| La relation de récurrence | Le terme général | Section |
|---|---|---|
| avec | , où | |
| , ou |
Dès qu'une récurrence sort de ce tableau, il n'existe aucune formule explicite pour , et il ne faut pas en chercher. Tout se lira sur la fonction , et l'énoncé vous dira comment.
Remarque
Il n'y a pas de méthode générale à apprendre ici, et ce n'est pas un oubli. Le programme de première année est explicite à deux endroits. Le chapeau de la section consacrée aux suites demande que « tout exposé trop théorique sur ces notions » soit exclu. Et lorsque le second semestre autorise enfin l'étude des suites du type , comme application de l'inégalité des accroissements finis et dans le seul cas , il ajoute aussitôt : « Tout exposé théorique sur les suites récurrentes générales est exclu. » L'étude de ces suites pour elles-mêmes, avec les notions d'intervalle stable et de point fixe d'une application, appartient au programme de deuxième année.
Ce que l'on attend de vous cette année est donc autre chose, et c'est exactement la pratique des sujets : quand une récurrence n'entre dans aucune des quatre familles ci-dessus, l'énoncé guide l'étude question par question, et chaque question se traite avec un outil déjà démontré dans ce chapitre. Il n'y a rien à réciter ; il y a un enchaînement à reconnaître, et de la technique de calcul à avoir.
Cet enchaînement est presque toujours le même, non parce qu'une théorie l'imposerait, mais parce que ce sont les seuls outils dont on dispose au premier semestre :
Ce dernier passage repose sur un résultat du chapitre consacré aux fonctions, du même semestre : si est définie sur un intervalle , si elle admet une limite en un point , et si est une suite d'éléments de convergeant vers , alors la suite converge vers . Appliqué à une fonction continue en la limite de , il donne ; comme est la suite privée de son premier terme, elle a la même limite , et l'unicité de la limite fournit l'égalité .
Remarque
Le piège le plus coûteux du chapitre, et il ne dépend d'aucune théorie : résoudre ne démontre jamais la convergence.
Un contre-exemple d'une ligne suffit. Pour et , l'équation donne , et pourtant : la valeur existe bel et bien, la suite ne s'en approche pas, et elle ne converge pas du tout.
La rédaction correcte est donc toujours en deux temps : d'abord la convergence, par la limite monotone ou par encadrement, ensuite seulement l'identification de la limite parmi les solutions de . Écrire « la suite converge vers puisque vérifie » est une faute de raisonnement, et c'est la plus lourdement sanctionnée du chapitre.
Le programme demande d'« utiliser autant que possible la représentation graphique des suites pour illustrer ou conjecturer leur comportement, en particulier pour illustrer la notion de convergence ». Pour une récurrence , cette représentation porte un nom : la construction en escalier. On trace la courbe de et la droite d'équation dans un même repère, puis :
Sur cette figure, la fonction est et le premier terme est . La ligne brisée obtenue monte en marches d'escalier, et l'on y lit trois choses : la suite semble croissante, elle semble rester sous la valeur , et elle semble s'accumuler contre le point d'intersection de la courbe et de la droite, d'abscisse .
Ces trois lectures sont des conjectures, rien de plus : un dessin ne démontre rien, et aucune d'elles ne vaudrait un point dans une copie. Elles ont pourtant une vraie valeur, puisqu'elles vous disent où aller. L'exemple ci-dessous les démontre une par une.
Exemple
L'énoncé, écrit comme un sujet. Soit la suite définie par et pour tout entier naturel .
1. Montrer par récurrence que pour tout .
2. Montrer par récurrence que pour tout .
3. En déduire que la suite converge.
4. Résoudre l'équation sur , puis déterminer la limite de .
Observez la forme : les quatre questions sont données, dans l'ordre, et aucune ne suppose une méthode apprise par cœur. C'est ainsi, et seulement ainsi, que ces suites apparaissent au premier semestre.
1. L'encadrement. Notons la propriété « ».
Initialisation. On a et , donc est vraie.
Hérédité. Supposons vraie pour un entier , c'est-à-dire . En multipliant par puis en ajoutant , il vient . Cette quantité est strictement positive, donc est bien défini, et la fonction racine carrée étant croissante,
Comme est positif, on en déduit : la propriété est vraie.
Conclusion. Pour tout entier , . En particulier la suite est bien définie et majorée par .
2. La croissance. Notons la propriété « ».
Initialisation. On a , et , donc est vraie.
Hérédité. Supposons . En multipliant par et en ajoutant , , ces deux quantités étant positives d'après la question 1. La croissance de la racine carrée donne alors
donc est vraie.
Conclusion. La suite est croissante.
3. La convergence. La suite est croissante et majorée par . D'après le théorème de la limite monotone, elle converge. Notons sa limite. Comme la suite est croissante, tous ses termes sont supérieurs à , et le passage à la limite dans l'encadrement donne .
Ce théorème donne l'existence de , et rien d'autre : à ce stade sa valeur est encore inconnue.
4. L'identification de la limite. Résolvons d'abord l'équation sur . Les deux membres y étant positifs, élever au carré est une équivalence :
Le discriminant vaut , donc et les racines sont
La racine n'appartient pas à , et une racine carrée ne peut de toute façon pas être négative : la seule solution sur est .
Passons maintenant à la limite dans la relation . La fonction est continue sur , et converge vers , donc . Par ailleurs a la même limite que . Par unicité de la limite,
et appartient à : d'après ce qui précède, .
Conclusion : .
Contrôle numérique. Les premiers termes confirment la croissance vers :
Les valeurs sont arrondies au millième, sauf et qui sont exactes ; le terme vaut exactement . C'est la suite tracée sur la figure ci-dessus, et les trois conjectures que le dessin suggérait sont maintenant démontrées.
Remarque
Ce que vous verrez plus tard. Deux prolongements de cet exemple sont au programme, mais pas à ce semestre. Au second semestre, l'inégalité des accroissements finis permettra de majorer directement l'écart lorsque , et donc d'obtenir la convergence sans passer par la monotonie. En deuxième année, les suites feront l'objet d'une section pour elles-mêmes, avec les notions d'intervalle stable et de point fixe d'une application, et l'on y traitera aussi le cas où est décroissante. Rien de tout cela n'est exigible aujourd'hui : au premier semestre, une récurrence hors des quatre familles usuelles arrive toujours accompagnée de ses questions.
a. Suite majorée : l'existence d'un réel tel que pour tout . De même minorée, et bornée si les deux.
b. Suite croissante, décroissante, monotone : la comparaison de et .
c. Suite arithmétique () et suite géométrique ().
d. Convergence vers : tout intervalle ouvert contenant contient tous les termes sauf un nombre fini.
e. Suites adjacentes : l'une croissante, l'autre décroissante, et leur différence tend vers .
f. Point fixe de : un réel tel que .
Termes généraux.
Sommes.
Limites de référence.
a. pour
b. pour
c.
d.
e. si
f. si
g. pour ,
h. pour
i. quatre formes indéterminées : , , ,
1. Confondre le point fixe et la limite. Le point fixe est le seul candidat possible ; il ne devient la limite que lorsque la convergence a été démontrée par ailleurs. Souvenez-vous du plan d'épargne de la section 3, dont le point fixe valait euros alors que le capital tendait vers .
2. Ne pas vérifier la formule explicite sur les premiers termes. Après avoir résolu une récurrence arithmético-géométrique ou d'ordre 2, comparez toujours la formule et la récurrence sur , et . Cette vérification prend vingt secondes et détecte la quasi-totalité des erreurs de signe.
3. Diviser par sans regarder son signe. Quand , on a , et l'inégalité change de sens au moment de la division. Comparez les deux exemples de la section 2 : avec l'inégalité se retourne, avec elle ne se retourne pas.
4. Croire qu'une suite majorée converge. Il faut aussi la monotonie. La suite est bornée et n'a pas de limite. Symétriquement, ne concluez jamais que la limite vaut le majorant que vous avez choisi.
5. Passer à la limite dans une inégalité stricte en gardant le strict. De pour tout , on ne déduit que . Le contre-exemple à retenir : , et pourtant les deux limites valent .
6. Se tromper sur le nombre de termes d'une somme. De l'indice à l'indice , il y a termes. Le « » s'oublie une fois sur deux.
7. Appliquer les variations de à une suite récurrente. La méthode de la fonction associée vaut pour , jamais pour . Dans le second cas, le sens de variation ne se lit pas sur : il se démontre par récurrence, ou par l'étude du signe de , et l'énoncé indique laquelle des deux voies emprunter.
8. Conclure « forme indéterminée, donc pas de limite ». Une forme indéterminée signifie seulement que les tables d'opérations ne suffisent pas. Il faut factoriser le terme dominant, utiliser une expression conjuguée, ou invoquer les croissances comparées.
9. Écrire « la suite converge vers ». Une suite de limite infinie diverge. Le mot « converger » est réservé aux limites finies.
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. Une séance ciblée sur ce chapitre, et vous repartez au minimum avec une méthode.