ECG appliquées · Chapitre 05 · Premier semestre

Fonctions réelles d'une variable réelle

1re année

Polynômes, racine, puissances, valeur absolue, partie entière, logarithme et exponentielle, limites, continuité.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Polynômes
  • Racine
  • Puissances
  • Valeur absolue
  • Partie entière
  • Logarithme et exponentielle
  • Limites
  • Continuité

Ce chapitre est le magasin dans lequel vous viendrez puiser toute l'année, et il a deux missions bien distinctes. La première est de constituer un catalogue de fonctions de référence : le trinôme du second degré, la fonction inverse, la racine carrée, les fonctions puissances xxα, la valeur absolue, la partie entière, le logarithme népérien et l'exponentielle. Pour chacune, il faut connaître son ensemble de définition, ses variations, ses limites aux bornes et l'allure de sa courbe, aussi sûrement que l'on connaît une table de multiplication. Ce sont ces fonctions, et elles seules, qui apparaîtront dans les énoncés : le programme précise que « le champ des fonctions étudiées se limite aux fonctions usuelles et à celles qui s'en déduisent de façon simple ».

La seconde mission est de mettre en place trois théorèmes d'existence : le théorème de la limite monotone, le théorème des valeurs intermédiaires, et le théorème de l'image d'un segment. Ces trois énoncés ont un point commun remarquable : ils affirment qu'un objet existe sans jamais dire comment le calculer, ce qui est exactement ce dont on a besoin quand une équation n'a pas de solution exprimable par une formule. Vous les retrouverez partout : en probabilités pour montrer qu'une fonction de répartition admet des limites en et en +, en économie pour établir l'existence d'un prix d'équilibre entre une offre et une demande, et dans l'étude des suites récurrentes un+1=f(un) rencontrées au chapitre précédent.

Que savez-vous déjà, et qu'est-ce qui change ? Du lycée, vous rapportez le vocabulaire des variations, la lecture graphique, l'exponentielle et le logarithme, et un usage intuitif des limites. Trois choses changent. D'abord, les définitions deviennent formelles : « la limite de f en x0 vaut » recevra un énoncé quantifié précis, avec des ε et des α. Ensuite, les théorèmes viennent avec des hypothèses que l'on vérifie une par une avant de les appliquer : un théorème des valeurs intermédiaires invoqué sans avoir dit que la fonction est continue ne vaut aucun point. Enfin, tout repose sur la pratique des inégalités, que le programme demande explicitement de consolider : majorer, minorer, encadrer, comparer deux quantités sera votre geste le plus fréquent.

Un point mérite d'être annoncé sans détour, car il surprend toujours : ce chapitre se passe volontairement de la dérivation, qui appartient au chapitre VIII, au second semestre. Ici, le sens de variation s'obtient autrement, par les variations connues des fonctions usuelles, par composition ou somme de fonctions monotones, ou par le calcul direct du signe de f(b)f(a) pour a<b. Cette contrainte n'est pas une punition : elle vous oblige à raisonner sur les inégalités plutôt qu'à appliquer une recette. Notez enfin que le programme précise qu'aucune démonstration concernant les résultats de ce chapitre n'est exigible : les grands théorèmes seront donc énoncés et admis, et nous ne justifierons que ce qui est court et éclairant.

Notations fixées pour tout le chapitre. La lettre I désigne toujours un intervalle de R, non vide et non réduit à un point ; les lettres a, b, c désignent des réels et x0 un point de I ou une extrémité de I. Une fonction est notée f, g ou h, et l'on écrit f:IR ou xf(x). L'ensemble de définition de f est noté Df, et sa courbe représentative dans un repère (O,ı,ȷ) est notée Cf. On note R=R{0} et R+=]0,+[. La valeur absolue de x est x, la partie entière de x est x, la composée de f suivie de g est gf, et la réciproque d'une bijection f est f1. Enfin, R[x] désigne l'ensemble des fonctions polynômes et Rn[x] celui des fonctions polynômes de degré au plus n. Deux conventions d'écriture : les intervalles ouverts s'écrivent ]a,b[, le séparateur d'un couple ou d'un intervalle est la virgule (on écrit [0,1] et A(3,0)), et les décimaux gardent la virgule française, comme dans 0,75.

Généralités sur les fonctions

Cette première section fixe le vocabulaire. Aucun de ces mots n'est nouveau, mais chacun reçoit ici une définition que l'on pourra citer et vérifier, ce qui n'était pas le cas au lycée.

Ensemble de définition et courbe représentative

Définition

Une fonction réelle d'une variable réelle est un procédé qui, à certains réels x, associe un unique réel noté f(x). L'ensemble de définition de f, noté Df, est l'ensemble des réels x pour lesquels f(x) est défini, et la courbe représentative de f est l'ensemble des points de coordonnées (x,f(x)) lorsque x décrit Df :

Cf={M(x,y)  ;  xDf  et  y=f(x)}

Remarque

On travaille sur un intervalle. Le programme demande de se restreindre aux fonctions définies sur un intervalle de R. Or beaucoup d'ensembles de définition naturels sont des réunions d'intervalles : celui de x1x est R, celui de xln(x24) est ],2[]2,+[. Dans ce cas on ne renonce pas à la fonction, mais on annonce explicitement l'intervalle sur lequel on l'étudie, par exemple « plaçons-nous sur ]2,+[ ». C'est une exigence de rédaction, et elle a une vraie raison d'être : la plupart des théorèmes de ce chapitre, du théorème des valeurs intermédiaires au théorème de la bijection, sont faux si l'on oublie que l'ensemble de départ est un intervalle.

Méthode

Déterminer un ensemble de définition. On part de R et l'on retire les valeurs interdites ; il n'y a que trois sources d'interdiction dans ce chapitre.

  1. Un dénominateur doit être non nul : on résout l'équation « dénominateur =0 » et on retire ses solutions.
  2. Une racine carrée exige un radicande positif ou nul : on résout l'inéquation correspondante.
  3. Un logarithme exige un argument strictement positif. Attention, l'inégalité est stricte, contrairement au cas de la racine carrée.

Quand plusieurs conditions coexistent, on les impose toutes en même temps : l'ensemble de définition est leur intersection. On termine en écrivant le résultat sous forme d'intervalle ou de réunion d'intervalles, puis, si l'on doit étudier la fonction, en précisant sur quel intervalle on se place.

Exemple

a. f(x)=2x+1x3. Le dénominateur s'annule pour x=3, et lui seul, donc Df=R{3}. Pour étudier f, on se placera sur l'un des deux intervalles, par exemple ]3,+[.

b. g(x)=5x. Il faut 5x0, c'est-à-dire x5, donc Dg=],5], qui est bien un intervalle.

c. h(x)=ln(x24). Il faut x24>0, c'est-à-dire (x2)(x+2)>0 : ce produit est strictement positif lorsque les deux facteurs sont de même signe, donc pour x<2 ou x>2, et Dh=],2[]2,+[.

d. k(x)=x1x3. Deux conditions cette fois, x10 et x30, donc Dk=[1,3[]3,+[.

Égalité de deux fonctions

Définition

Deux fonctions f et g sont égales lorsque, d'une part, elles ont le même ensemble de définition, et d'autre part f(x)=g(x) pour tout x de cet ensemble commun.

Remarque

La première condition est celle que l'on oublie. Les fonctions xx21x1 et xx+1 ne sont pas égales, car la première est définie sur R{1} et la seconde sur R ; elles coïncident sur R{1}, ce qui est une affirmation plus faible et qu'il faut écrire ainsi. Cette distinction n'est pas une coquetterie : c'est exactement elle qui donnera un sens au prolongement par continuité, plus loin dans ce chapitre. De même, xx2 et xx ont toutes deux R pour ensemble de définition mais ne sont pas égales, puisque pour x=3 la première vaut 3 et la seconde 3 : nous verrons que x2=x.

Somme, produit, quotient, composée

Définition

Soient f et g deux fonctions, et λ un réel.

  • La somme f+g et le produit fg sont définis par (f+g)(x)=f(x)+g(x) et (fg)(x)=f(x)g(x), sur DfDg ; le produit par λ est défini par (λf)(x)=λf(x) sur Df.
  • Le quotient fg est défini par (fg)(x)=f(x)g(x) sur {xDfDg  ;  g(x)0}.
  • La composée gf, lue « g rond f », est définie par (gf)(x)=g(f(x)) sur {xDf  ;  f(x)Dg}.

Exemple

La composition n'est pas commutative : en général gffg, et les deux composées n'ont même pas le même ensemble de définition. On lit gf « de droite à gauche » : on applique d'abord f, puis g.

Prenons f:xlnx, définie sur ]0,+[, et g:xx, définie sur [0,+[. La composée gf:xlnx est définie lorsque x>0 et lnx0, c'est-à-dire sur [1,+[. La composée fg:xlnx est définie lorsque x0 et x>0, c'est-à-dire sur ]0,+[. Les deux fonctions sont bien différentes.

Parité

Définition

Soit f une fonction dont l'ensemble de définition est symétrique par rapport à 0, c'est-à-dire tel que xDf dès que xDf. On dit que f est paire lorsque f(x)=f(x) pour tout xDf, et impaire lorsque f(x)=f(x) pour tout xDf.

Propriété

Dans un repère orthogonal, la courbe d'une fonction paire est symétrique par rapport à l'axe des ordonnées, et celle d'une fonction impaire est symétrique par rapport à l'origine du repère. Dans les deux cas, il suffit d'étudier la fonction sur la partie positive de son ensemble de définition, puis de compléter la courbe par symétrie.

Remarque

La condition sur l'ensemble de définition passe en premier. Avant même de calculer f(x), il faut s'assurer que x appartient à Df : la fonction ln, définie sur ]0,+[, n'est ni paire ni impaire, et la question ne se pose même pas. Notez aussi qu'une fonction n'est pas obligée d'être l'une ou l'autre, et que la très grande majorité ne l'est pas : c'est le cas de exp, puisque e1 n'est égal ni à e1 ni à e1, ou encore de xx2+x. Sont paires xx2, xx et x11+x2 ; sont impaires xx3 et x1x sur R, qui est bien symétrique.

Fonctions monotones

Définition

Soit f définie sur un intervalle I.

  • f est croissante sur I lorsque, pour tous a et b de I tels que ab, on a f(a)f(b) ; elle est strictement croissante lorsque a<b entraîne f(a)<f(b).
  • f est décroissante (respectivement strictement décroissante) lorsque ab entraîne f(a)f(b) (respectivement a<b entraîne f(a)>f(b)).
  • f est monotone sur I lorsqu'elle y est croissante ou décroissante, et strictement monotone lorsqu'elle est strictement croissante ou strictement décroissante.

Remarque

La monotonie se dit toujours par rapport à un intervalle, jamais « en un point », et elle ne se transmet pas d'une réunion d'intervalles à cette réunion. La fonction inverse est strictement décroissante sur ],0[ et strictement décroissante sur ]0,+[, mais elle n'est pas décroissante sur R : on a 1<1 et pourtant 11=1<1=11. Écrire « x1x est décroissante sur R » est une faute, et elle est fréquente.

Méthode

Établir un sens de variation sans dériver. La dérivation appartient au second semestre ; trois outils la remplacent, et ils suffisent à tout ce chapitre.

  1. Les variations connues des fonctions usuelles : xx2 est strictement décroissante sur ],0] et strictement croissante sur [0,+[, la racine carrée est strictement croissante sur [0,+[, ln et exp sont strictement croissantes, et ainsi de suite.
  2. Les règles de composition et d'opération énoncées ci-dessous : somme de deux fonctions de même sens, multiplication par un réel, passage à l'inverse, composition.
  3. Le calcul direct du signe de f(b)f(a) pour deux points a<b quelconques de I. C'est la méthode universelle, celle qui revient à la définition : on fixe a<b, on calcule la différence, on la factorise, et on conclut sur son signe.

Exemple

a. Montrons que f:xx2 est strictement croissante sur [0,+[. Soient 0a<b ; alors f(b)f(a)=b2a2=(ba)(b+a). Le facteur ba est strictement positif, et le facteur b+a aussi car b>a0 entraîne b>0. Le produit est strictement positif, d'où f(a)<f(b).

b. Montrons que g:x1x est strictement décroissante sur ]0,+[. Soient 0<a<b ; alors g(b)g(a)=1b1a=abab, quotient d'un numérateur strictement négatif par un dénominateur strictement positif, donc g(b)<g(a).

c. Montrons que h:xx est strictement croissante sur [0,+[. Soient 0a<b, et raisonnons par l'absurde en supposant ab. Ces deux nombres étant positifs, on peut élever au carré sans changer le sens de l'inégalité, ce qui donne ab et contredit a<b. Donc a<b.

Propriété

Monotonie d'une composée. Soient f définie sur I à valeurs dans un intervalle J, et g définie sur J. Le sens de variation de gf sur I obéit à une règle des signes, valable aussi avec « strictement » partout.

Sens de f sur I Sens de g sur J Sens de gf sur I
croissante croissante croissante
croissante décroissante décroissante
décroissante croissante décroissante
décroissante décroissante croissante

Justification, sur un cas. Supposons f croissante sur I et g décroissante sur J, et soient a<b dans I. La croissance de f donne f(a)f(b), et ces deux nombres appartiennent à J ; la décroissance de g renverse alors l'inégalité, d'où (gf)(a)(gf)(b), et gf est décroissante sur I. Les trois autres lignes se traitent exactement de la même façon.

Propriété

Somme, produit par un réel, inverse. Soient f et g définies sur I et λ un réel.

  1. Si f et g sont croissantes sur I, alors f+g est croissante sur I (de même pour décroissantes).
  2. Si λ>0, la fonction λf a le même sens de variation que f ; si λ<0, elle a le sens contraire.
  3. Si f est strictement positive et croissante sur I, alors 1f est décroissante sur I, et inversement.

En revanche, il n'existe aucune règle générale pour le produit ni pour la différence de deux fonctions monotones.

Exemple

a. xlnx est strictement croissante sur [1,+[, comme composée de xlnx, strictement croissante et à valeurs dans [0,+[ sur cet intervalle, suivie de la racine carrée, strictement croissante.

b. xex2 est strictement décroissante sur [0,+[ : la fonction xx2 y est strictement croissante, donc xx2 y est strictement décroissante d'après le point 2, et l'exponentielle étant strictement croissante, la composée est strictement décroissante.

c. x23x+1 est strictement croissante sur ]1,+[ : sur cet intervalle xx+1 est strictement croissante et strictement positive, donc x1x+1 est strictement décroissante, donc x3x+1 est strictement croissante, et l'ajout de la constante 2 ne change rien.

Fonctions majorées, minorées, bornées

Définition

Soit f définie sur un intervalle I. On dit que f est majorée sur I s'il existe un réel M tel que f(x)M pour tout xI (un tel M est un majorant), minorée s'il existe un réel m tel que f(x)m pour tout xI, et bornée si elle est à la fois majorée et minorée. La fonction f est bornée sur I si et seulement s'il existe un réel M0 tel que f(x)M pour tout xI.

Si de plus x0I, on dit que f admet un maximum sur I en x0 lorsque f(x)f(x0) pour tout xI ; ce maximum est le nombre f(x0), noté maxIf. On définit de même le minimum, noté minIf.

Remarque

Un majorant n'est pas un maximum. Un majorant est un réel qui domine toutes les valeurs ; un maximum est un majorant qui est atteint, c'est-à-dire qui est lui-même une valeur de la fonction. Ainsi x1x sur [1,+[ est minorée par 0 mais n'admet pas de minimum, car la valeur 0 n'est jamais atteinte et aucun réel strictement positif ne minore la fonction. C'est une distinction essentielle, et c'est précisément ce que le théorème de l'image d'un segment, en fin de chapitre, permettra de résoudre : sur un segment, une fonction continue atteint toujours ses bornes.

Exemple

Soit f:x11+x2, définie sur R. Pour tout réel x on a x20, donc 1+x21>0 ; la fonction inverse étant strictement décroissante sur ]0,+[, on en déduit 11+x21. Par ailleurs un quotient de deux nombres strictement positifs est strictement positif, d'où l'encadrement 0<f(x)1 valable pour tout réel x.

La fonction f est donc bornée sur R, et elle admet le maximum 1, atteint en x=0 puisque f(0)=1. En revanche elle n'admet pas de minimum : la valeur 0 n'est jamais atteinte, car un quotient de numérateur 1 ne peut pas être nul.

Fonctions polynômes

Le programme est explicite : « la construction des polynômes formels n'est pas au programme : on confond un polynôme avec sa fonction polynomiale ». Autrement dit, dans tout ce cours, un polynôme est une fonction, et deux polynômes sont égaux exactement lorsque les fonctions correspondantes le sont. Cette identification est confortable, mais elle exige un résultat non trivial que nous verrons plus bas : deux écritures polynomiales qui donnent la même valeur en tout point ont nécessairement les mêmes coefficients.

Définition, degré, ensembles de polynômes

Définition

Une fonction polynôme (ou, par abus, un polynôme) est une fonction P définie sur R par une expression de la forme

P(x)=anxn+an1xn1++a1x+a0

nN et où a0,a1,,an sont des réels, appelés les coefficients de P. Si P n'est pas la fonction nulle, son degré degP est le plus grand entier k tel que ak0, et adegP s'appelle le coefficient dominant ; par convention, deg0=.

On note R[x] l'ensemble de toutes les fonctions polynômes et, pour nN, Rn[x] l'ensemble des fonctions polynômes de degré inférieur ou égal à n.

Remarque

La convention deg0= n'est pas une facétie : elle sert à rendre vraies sans exception les deux formules sur le degré d'une somme et d'un produit, en posant +k= et <k pour tout entier k. Notez que le polynôme nul appartient à Rn[x] pour tout n, et que l'on a la chaîne d'inclusions R0[x]R1[x]R2[x]R[x], où R0[x] est l'ensemble des fonctions constantes. Ainsi 3x4x+7 est de degré 4 et de coefficient dominant 3, la fonction constante 5 est de degré 0, et (x1)(x+2)(x5) est de degré 3.

Propriété

Degré d'une somme et d'un produit. Soient P et Q deux polynômes et λ un réel non nul.

  1. deg(P+Q)max(degP,degQ), avec égalité dès que degPdegQ.
  2. deg(PQ)=degP+degQ, et le coefficient dominant de PQ est le produit des coefficients dominants.
  3. deg(λP)=degP.

Remarque

L'inégalité du point 1 peut être stricte, et c'est le seul point qui demande de l'attention. Prenons P(x)=x2+x et Q(x)=x2+1, tous deux de degré 2 : leur somme vaut x+1, qui est de degré 1, car les termes dominants se sont annulés. C'est pour cela que l'égalité n'est garantie que lorsque les deux degrés sont différents. Le point 2, en revanche, est une égalité sans réserve, puisqu'un produit de deux réels non nuls n'est jamais nul.

Racines et factorisation

Définition

Un réel a est une racine du polynôme P lorsque P(a)=0.

Propriété

Soit P un polynôme de degré n1 et a un réel. Les deux affirmations suivantes se valent : a est une racine de P ; il existe un polynôme Q, de degré n1, tel que P(x)=(xa)Q(x) pour tout réel x.

Justification. Le sens indirect est immédiat : en remplaçant x par a, on obtient P(a)=(aa)Q(a)=0. Pour le sens direct, supposons P(a)=0 et écrivons P(x)=k=0nakxk. Comme P(a)=0, on a P(x)=P(x)P(a)=k=0nak(xkak). Or, pour tout entier k1, on dispose de la factorisation classique

xkak=(xa)(xk1+axk2++ak2x+ak1)

et le terme k=0 de la somme est nul. Chaque terme se factorise donc par (xa), et en mettant ce facteur en évidence on obtient P(x)=(xa)Q(x) avec Q polynomial, de degré n1 d'après la formule du degré d'un produit.

Exemple

Factorisons complètement P(x)=x32x25x+6. On teste d'abord les petites valeurs : P(1)=125+6=0, donc 1 est racine et P se factorise par (x1). Cherchons alors Q(x)=x2+βx+γ tel que P(x)=(x1)Q(x), le coefficient dominant de Q valant 1 puisque celui de P vaut 1. En développant,

(x1)(x2+βx+γ)=x3+(β1)x2+(γβ)xγ

L'identification donne β1=2, donc β=1, et γ=6, donc γ=6 ; on contrôle sur le coefficient de x que γβ=6+1=5, ce qui est bien la valeur attendue. Ainsi P(x)=(x1)(x2x6). Le discriminant du trinôme vaut Δ=1+24=25>0 et ses racines sont 152=2 et 1+52=3, d'où la factorisation complète

P(x)=(x1)(x+2)(x3)

Contrôle. (x+2)(x3)=x2x6, puis (x1)(x2x6)=x32x25x+6 : on retrouve bien P.

La division euclidienne

Propriété

Soient A et B deux polynômes avec B non nul. Il existe un unique couple de polynômes (Q,R) tel que

A(x)=B(x)Q(x)+R(x)avecdegR<degB

Le polynôme Q s'appelle le quotient et R le reste de la division euclidienne de A par B. (Admis.)

Méthode

Poser une division euclidienne.

  1. Écrire A dans l'ordre des puissances décroissantes, en faisant apparaître les monômes manquants avec un coefficient nul.
  2. Diviser le terme dominant du dividende par le terme dominant de B : cela donne un terme du quotient.
  3. Multiplier B par ce terme et soustraire le résultat au dividende courant ; le degré diminue d'au moins une unité.
  4. Recommencer tant que le degré du dividende reste supérieur ou égal à degB, puis s'arrêter et vérifier en développant BQ+R.

Exemple

Divisons A(x)=2x43x3+x5 par B(x)=x2x+2. On écrit d'abord A(x)=2x43x3+0x2+x5.

Première étape. 2x4x2=2x2, et 2x2B(x)=2x42x3+4x2. En soustrayant :

(2x43x3+0x2+x5)(2x42x3+4x2)=x34x2+x5

Deuxième étape. x3x2=x, et xB(x)=x3+x22x. En soustrayant :

(x34x2+x5)(x3+x22x)=5x2+3x5

Troisième étape. 5x2x2=5, et 5B(x)=5x2+5x10. En soustrayant :

(5x2+3x5)(5x2+5x10)=2x+5

Le reste obtenu est de degré 1, strictement inférieur à degB=2 : la division s'arrête, avec Q(x)=2x2x5 et R(x)=2x+5, c'est-à-dire

2x43x3+x5=(x2x+2)(2x2x5)+(2x+5)

Vérification. En développant le produit :

(x2x+2)(2x2x5)=(2x4x35x2)+(2x3+x2+5x)+(4x22x10)=2x43x3+0x2+3x10

En ajoutant le reste 2x+5, on retrouve bien 2x43x3+x5=A(x). Cette technique rendra un service inattendu dans la section consacrée aux asymptotes : diviser le numérateur d'une fonction rationnelle par son dénominateur fait apparaître directement l'équation de son asymptote oblique.

Un polynôme qui a trop de racines est nul

Propriété

Soit nN et PRn[x]. Si P admet au moins n+1 racines distinctes, alors P est le polynôme nul, c'est-à-dire que tous ses coefficients sont nuls. Autrement dit, un polynôme non nul de degré n possède au plus n racines distinctes.

Corollaire (identification des coefficients). Soient P et Q deux polynômes de Rn[x]. S'ils prennent la même valeur en au moins n+1 points distincts, alors P=Q et leurs coefficients sont égaux un à un. En particulier, si P(x)=Q(x) pour tout x d'un intervalle, qui contient une infinité de points, alors P et Q ont les mêmes coefficients.

Remarque

Ce corollaire est ce qui légitime, une fois pour toutes, le geste que vous faites depuis le lycée : « les deux expressions sont égales pour tout x, donc j'identifie les coefficients ». Ce geste n'a rien d'évident, puisqu'une égalité de fonctions est a priori une infinité d'égalités numériques, et non une égalité d'écritures. C'est exactement le prix à payer pour avoir confondu un polynôme et sa fonction polynomiale.

Exemple

Déterminons les réels a, b et c tels que, pour tout réel x,

x2=a(x1)(x2)+bx(x2)+cx(x1)

Les deux membres sont des polynômes de R2[x] : d'après le corollaire, il suffit de les faire coïncider en 3 points distincts, et le plus efficace est de choisir ceux qui annulent deux des trois termes. Pour x=0, le membre de gauche vaut 0 et celui de droite a(1)(2)=2a, donc a=0. Pour x=1, on obtient 1=b×1×(1)=b, donc b=1. Pour x=2, on obtient 4=c×2×1=2c, donc c=2.

Vérification. Avec ces valeurs, le membre de droite vaut x(x2)+2x(x1)=x2+2x+2x22x=x2 : l'égalité est bien vraie pour tout réel x.

Le trinôme du second degré

Définition

Un trinôme du second degré est un polynôme de la forme P(x)=ax2+bx+c avec a0. Son discriminant est le réel Δ=b24ac, et sa forme canonique est

ax2+bx+c=a(x+b2a)2Δ4a

Propriété

Racines et factorisation. Soit P(x)=ax2+bx+c avec a0.

  • Si Δ>0, P admet deux racines réelles distinctes, données par bΔ2a et b+Δ2a, et, en les notant x1 et x2, P(x)=a(xx1)(xx2). Attention : ces deux formules ne sont rangées dans l'ordre croissant que si a>0 ; lorsque a<0, c'est la seconde qui donne la plus petite. Dans toute la suite, dès que l'ordre des racines intervient, on convient de noter x1<x2 après les avoir comparées.
  • Si Δ=0, P admet une unique racine x0=b2a, dite double, et P(x)=a(xx0)2.
  • Si Δ<0, P n'admet aucune racine réelle et ne se factorise pas dans R.

Propriété

Signe du trinôme. Si Δ<0 ou Δ=0, le trinôme est du signe de a sur R tout entier, en s'annulant en x0 dans le cas Δ=0. Si Δ>0, en notant x1<x2 ses deux racines :

xx
-\infty
x1x_1
x2x_2
++\infty
ax2+bx+cax^2+bx+c
signe de aa
00
signe contraire de aa
00
signe de aa

La formule à retenir : le trinôme est du signe de a à l'extérieur des racines, du signe contraire entre les racines.

Justification du cas Δ<0. La forme canonique s'écrit aussi

ax2+bx+c=a[(x+b2a)2Δ4a2]

Comme Δ<0 et 4a2>0, le nombre Δ4a2 est strictement positif : le crochet est la somme d'un carré, positif ou nul, et d'un nombre strictement positif, donc il est strictement positif. Le trinôme est donc du signe de a, et ne s'annule jamais.

Propriété

Somme et produit des racines. Si Δ0 et si x1 et x2 désignent les racines de ax2+bx+c, éventuellement confondues, alors

S=x1+x2=baetP=x1x2=ca

Réciproquement, deux réels de somme S et de produit P sont exactement les racines du trinôme X2SX+P, lorsque celui-ci en possède.

Justification. Développons la forme factorisée : a(xx1)(xx2)=ax2a(x1+x2)x+ax1x2. En identifiant avec ax2+bx+c, il vient a(x1+x2)=b et ax1x2=c, ce qui donne les deux relations après division par a0.

Propriété

Signes des racines lus sur les coefficients. On suppose Δ0, et l'on note S=ba et P=ca.

Situation Conséquence sur les racines
P<0 deux racines de signes contraires (et alors Δ>0)
P>0 et S>0 deux racines strictement positives
P>0 et S<0 deux racines strictement négatives
P=0 l'une des racines est nulle

Justification du premier cas. Si P<0, le produit des racines est strictement négatif, donc les racines sont non nulles et de signes contraires. On peut même se passer de l'hypothèse Δ0 : en divisant Δ=b24ac par a2>0, on obtient Δa2=S24P, qui est strictement positif dès que P<0, donc le discriminant l'est automatiquement.

Exemple

Considérons le trinôme x25x+6 : ici a=1, donc S=5 et P=6. Le produit et la somme sont tous deux strictement positifs, donc les deux racines sont strictement positives, et cela se lit sans les calculer. On peut ensuite les chercher de tête, puisque deux nombres de somme 5 et de produit 6 sont 2 et 3 ; le contrôle par le discriminant confirme, avec Δ=2524=1 et des racines valant 5±12.

Méthode

Résoudre une inéquation produit ou quotient.

  1. Tout ramener d'un même côté pour obtenir une comparaison à 0. On ne multiplie jamais en croix par une quantité dont on ignore le signe.
  2. Réduire au même dénominateur s'il y a des fractions, puis factoriser numérateur et dénominateur en facteurs du premier degré ou en trinômes.
  3. Déterminer les valeurs interdites et les valeurs qui annulent chaque facteur.
  4. Dresser un tableau de signes : une ligne par facteur, une colonne par valeur charnière rangée dans l'ordre croissant, puis une ligne de synthèse obtenue par la règle des signes, avec une double barre aux valeurs interdites.
  5. Lire l'ensemble des solutions en soignant les bornes : une valeur qui annule le numérateur est incluse si l'inégalité est large, une valeur interdite est toujours exclue.

Exemple

Résolvons x2x6x+10. Le dénominateur s'annule en x=1, donc on travaille sur R{1}. Le trinôme x2x6 a pour discriminant Δ=1+24=25, donc pour racines 152=2 et 1+52=3 ; son coefficient dominant valant 1, il se factorise en (x+2)(x3) et l'inéquation devient (x+2)(x3)x+10. Les valeurs charnières sont donc 2, 1 et 3.

xx
-\infty
2-2
1-1
33
++\infty
x+2x+2
-
00
++
++
++
x3x-3
-
-
-
00
++
x+1x+1
-
-
00
++
++
(x+2)(x3)x+1\dfrac{(x+2)(x-3)}{x+1}
-
00
++
-
00
++

L'expression est négative ou nulle sur ],2] et sur ]1,3]. Les valeurs 2 et 3 sont incluses car elles annulent le numérateur et l'inégalité est large ; la valeur 1 est exclue car elle est interdite. L'ensemble des solutions est S=],2]]1,3].

Racine carrée, inverse et fonctions puissances

La fonction inverse et la fonction racine carrée

Propriété

La fonction inverse x1x, définie sur R, est impaire et strictement décroissante sur ],0[ ainsi que sur ]0,+[, mais pas sur la réunion des deux, comme on l'a vu plus haut. Ses limites aux bornes sont limx0+1x=+, limx01x= et limx±1x=0. Sa courbe est une hyperbole, qui admet l'axe des ordonnées pour asymptote verticale et l'axe des abscisses pour asymptote horizontale.

xx
00
++\infty
1x\dfrac{1}{x}
++\infty
00

Définition

Pour tout réel x0, la racine carrée de x, notée x, est l'unique réel positif dont le carré vaut x.

Propriété

La fonction racine carrée est définie sur [0,+[, à valeurs dans [0,+[, strictement croissante, et limx+x=+. Pour tous réels a0 et b0 :

ab=ab,ab=ab  (b>0),(a)2=a,x2=x  pour tout reˊel x

Quantité conjuguée. Si a et b ne sont pas tous deux nuls, ab=aba+b : c'est l'outil de base pour lever une forme indéterminée du type « différence de deux racines ».

Remarque

Deux pièges. D'abord, il n'existe aucune formule pour a+b : en général a+ba+b, comme le montre 9+16=5 alors que 9+16=7. Ensuite, x2=x et non x, l'égalité x2=x n'étant valable que pour x0 : c'est une erreur très coûteuse dans les calculs de limites où l'on factorise par x sous une racine.

Propriété

Comparaison avec x. Pour x[0,1] on a xx, et pour x[1,+[ on a xx. Les deux courbes se coupent en (0,0) et en (1,1).

Justification. Pour x0, écrivons xx=x(1x). Le facteur x est positif, et le facteur 1x est positif lorsque x1, c'est-à-dire lorsque x1, et négatif sinon. Le produit change donc de signe en 1, ce qui donne exactement les deux comparaisons annoncées.

Les fonctions puissances

Définition

Soit α un réel. La fonction puissance d'exposant α est définie sur ]0,+[ par xα=eαlnx.

Remarque

Cette définition est cohérente avec ce que vous connaissez : pour α=n entier naturel, enlnx=(elnx)n=xn ; pour α=12 on retrouve x1/2=x, et pour α=1 on retrouve x1=1x. Son intérêt est de donner un sens à des exposants comme x2 ou x0,3. Attention à l'ensemble de définition : dès que l'exposant n'est pas entier, la fonction xxα n'est définie que sur ]0,+[, car le logarithme exige un argument strictement positif. On n'écrit jamais (8)1/3.

Propriété

Règles de calcul. Pour tous réels x>0, y>0 et tous réels α, β :

xαxβ=xα+β,xαxβ=xαβ,(xα)β=xαβ,(xy)α=xαyα,xα=1xα

et, du côté du logarithme, ln(xα)=αlnx. Enfin x0=1 et 1α=1 : toutes les courbes des fonctions puissances passent par le point (1,1).

Propriété

Variations et limites. Si α>0, la fonction xxα est strictement croissante sur ]0,+[, avec limx0+xα=0 et limx+xα=+. Si α<0, elle est strictement décroissante, avec limx0+xα=+ et limx+xα=0. Si α=0, elle est constante égale à 1.

Justification des variations. Écrivons xα=eαlnx comme une composée. La fonction xlnx est strictement croissante sur ]0,+[ ; si α>0, la multiplication par α conserve le sens, donc xαlnx est strictement croissante, et l'exponentielle étant strictement croissante, la composée l'est aussi. Si α<0, la multiplication par α renverse le sens et la composée est strictement décroissante. Les limites s'obtiennent de la même manière par composition.

Propriété

Comparaison de deux puissances. Soient α<β deux réels. Pour x]0,1[ on a xβ<xα : sur cet intervalle, plus l'exposant est grand, plus la puissance est petite. Pour x]1,+[ on a xα<xβ, et l'ordre habituel est rétabli. En x=1, toutes les puissances valent 1.

Justification. Écrivons xβxα=xβα=e(βα)lnx, avec βα>0. Si 0<x<1, alors lnx<0, donc l'exposant (βα)lnx est strictement négatif et l'exponentielle est strictement inférieure à 1 : le quotient est plus petit que 1, d'où xβ<xα. Si x>1, alors lnx>0 et le même raisonnement donne un quotient strictement supérieur à 1.

Les fonctions puissances sur l'intervalle des réels strictement positifs

La figure résume tout : sur ]0,1[, la courbe de x2 est sous celle de x, elle-même sous celle de x ; sur ]1,+[ l'ordre s'inverse ; et les quatre courbes se croisent au point (1,1). C'est un dessin à savoir refaire de mémoire, car il rend immédiates des comparaisons que l'on chercherait sinon par le calcul.

Valeur absolue et distance

Définition

La valeur absolue d'un réel x est le réel positif

x={xsi x0xsi x<0

La distance entre deux réels a et b est le réel positif d(a,b)=ab.

Propriété

Pour tous réels a, b, c :

  1. a0, et a=0 si et seulement si a=0 ;
  2. a=a, donc la fonction valeur absolue est paire ;
  3. ab=ab et, si b0, ab=ab ;
  4. a2=a2 et a2=a ;
  5. aaa ;
  6. inégalité triangulaire : a+ba+b, et seconde inégalité triangulaire : abab ;
  7. la distance vérifie d(a,b)=0 si et seulement si a=b, ainsi que d(a,b)=d(b,a) et d(a,c)d(a,b)+d(b,c).

Justification de l'inégalité triangulaire. Comparons les carrés des deux membres, tous deux positifs :

(a+b)2(a+b)2=a2+2ab+b2a22abb2=2(abab)

Or abab d'après le point 5, donc cette différence est positive et (a+b)2(a+b)2. Les deux nombres a+b et a+b étant positifs et la fonction tt2 étant strictement croissante sur [0,+[, on en déduit a+ba+b. Notez qu'il s'agit bien d'une inégalité, jamais d'une égalité : 3+(5)=2 alors que 3+5=8.

Propriété

Caractérisations, à connaître par cœur. Soit r un réel positif.

xr    rxr    x[r,r]xr    (xr  ou  xr)xar    arxa+r    x[ar,a+r]

Les mêmes équivalences valent avec des inégalités strictes et des intervalles ouverts.

Remarque

La troisième caractérisation se relit très simplement : xar signifie que x est à une distance au plus r du point a, c'est-à-dire que x appartient à l'intervalle de centre a et de rayon r. C'est cette lecture qu'il faut avoir en tête quand apparaîtra la définition de la limite, où f(x)ε voudra dire « f(x) est à une distance au plus ε de ». Par exemple, x23 décrit l'ensemble des réels situés à une distance au plus 3 du réel 2 :

−3−2−101234567centre

Propriété

La fonction xx est définie sur R, paire, strictement décroissante sur ],0] et strictement croissante sur [0,+[ ; elle admet un minimum égal à 0, atteint en x=0. Sa courbe est formée de deux demi-droites issues de l'origine : la droite d'équation y=x pour x0, et la droite d'équation y=x pour x0.

xx
-\infty
00
++\infty
x|x|
++\infty
00
++\infty

Courbe de la valeur absolue et interprétation de l'inégalité

Méthode

Résoudre une équation ou une inéquation avec une valeur absolue. Deux stratégies, à choisir selon la forme de l'énoncé.

Stratégie 1 : les caractérisations, quand il n'y a qu'une seule valeur absolue, isolée dans un membre.

  • A=k avec k>0 équivaut à « A=k ou A=k » ; avec k=0, à A=0 ; avec k<0, il n'y a pas de solution.
  • A=B équivaut à « A=B ou A=B ».
  • Ak équivaut à kAk, donc à un système ; Ak équivaut à « Ak ou Ak », donc à une réunion.

Stratégie 2 : la disjonction de cas, dès qu'il y a plusieurs valeurs absolues. On repère les valeurs qui annulent chaque expression entre les barres, on découpe R en intervalles délimités par ces valeurs, on remplace sur chaque intervalle chaque valeur absolue par l'expression sans barres affectée du bon signe, on résout, puis on intersecte avec l'intervalle de travail avant de réunir les résultats.

Dans les deux cas, on conclut par une phrase donnant l'ensemble des solutions, et l'on vérifie au moins une solution dans l'équation de départ.

Exemple

a. 2x3=5. Comme 5>0, l'équation équivaut à 2x3=5 ou 2x3=5, donc à x=4 ou x=1. Vérification : 2×43=5 et 2×(1)3=5=5, donc S={1,4}.

b. x23 équivaut à 3x23, donc à 1x5 : S=[1,5].

c. x+1>2 équivaut à « x+1<2 ou x+1>2 », donc S=],3[]1,+[.

d. x1=2x+3 équivaut à x1=2x+3 ou x1=(2x+3). La première donne x=4, la seconde donne 3x=2, soit x=23. Vérification : 41=5 et 2×(4)+3=5 ; puis 231=53 et 43+3=53. Donc S={4,23}.

Exemple

Une inéquation à deux valeurs absolues. Résolvons x1+x+25. Les expressions entre barres s'annulent en 1 et en 2, ce qui découpe R en trois intervalles.

Cas 1 : x<2. Alors x1=1x et x+2=x2, donc l'inéquation devient 2x15, soit x3. En intersectant avec ],2[, on obtient [3,2[.

Cas 2 : 2x<1. Alors x1=1x et x+2=x+2, donc l'inéquation devient 35, ce qui est toujours vrai : tout l'intervalle [2,1[ convient.

Cas 3 : x1. Alors x1=x1 et x+2=x+2, donc l'inéquation devient 2x+15, soit x2, et l'on obtient [1,2].

En réunissant les trois cas, S=[3,2[[2,1[[1,2]=[3,2]. Une vérification aux bornes conforte le résultat : pour x=3 on obtient 4+1=5, et pour x=2, 1+4=5.

Partie entière

Définition

Soit x un réel. Il existe un unique entier relatif n tel que nx<n+1 ; cet entier s'appelle la partie entière de x et se note x. (Existence et unicité admises.)

Remarque

Notation. Le programme impose la notation x, et pas autre chose : la lettre E est réservée à l'espérance d'une variable aléatoire, que vous rencontrerez au second semestre. Écrire la partie entière avec un E créerait une ambiguïté inacceptable dans les chapitres de probabilités, où les deux objets se côtoient.

Propriété

Encadrement fondamental. Pour tout réel x,  x1<xx. De plus, x=x si et seulement si x est un entier relatif.

Remarque

Cet encadrement est l'outil numéro un de tous les exercices sur la partie entière, et il se lit directement sur la définition : de xx on tire l'inégalité de droite, et de x<x+1 on tire x1<x. Sa force est de coincer x, objet peu maniable, entre deux expressions simples en x ; combiné au théorème d'encadrement de la section suivante, il permet de calculer toutes les limites où la partie entière apparaît.

a. 3,7=3

b. 5=5

c. 0,99=0

d. 3,7=4

e. 2=2

f. 0,1=1

Remarque

Le piège des nombres négatifs. La partie entière n'est pas « le nombre sans sa virgule » : c'est le plus grand entier inférieur ou égal à x. Pour x=3,7, les entiers inférieurs ou égaux à x sont 4, 5, 6, et ainsi de suite ; le plus grand est 4. On a donc 3,7=4, et surtout pas 3, ce que le contrôle par la définition confirme immédiatement, puisque 43,7<3.

Propriété

La fonction xx est définie sur R, à valeurs dans Z, et croissante au sens large, jamais strictement. Elle est constante sur chaque intervalle [n,n+1[ avec nZ, où elle vaut n : sa courbe est une succession de segments horizontaux, d'où le nom de fonction en escalier, chaque marche étant fermée à gauche et ouverte à droite.

La fonction partie entière, en escalier

Remarque

Une fonction qui n'est pas continue. On voit sur la figure que la courbe saute d'une unité à chaque entier. Nous formaliserons cela dans la section consacrée à la continuité : en un entier n, la fonction partie entière admet une limite à droite égale à n, donc égale à sa valeur, mais une limite à gauche égale à n1 ; les deux limites étant différentes, elle n'a pas de limite en n et n'y est donc pas continue. En dehors des entiers, en revanche, elle est localement constante, donc continue. C'est notre unique exemple naturel de fonction discontinue, et il servira plusieurs fois de contre-exemple, notamment pour montrer que l'hypothèse de continuité du théorème des valeurs intermédiaires ne peut pas être supprimée.

Logarithme népérien et exponentielle

Le logarithme népérien

Définition

On admet l'existence d'une fonction, appelée logarithme népérien et notée ln, définie sur ]0,+[, strictement croissante, vérifiant ln1=0 et ln(ab)=lna+lnb pour tous réels a>0 et b>0. Le réel e est défini comme l'unique réel strictement positif vérifiant lne=1 ; on a e2,718.

Propriété

Pour tous réels a>0, b>0 et tout entier nZ :

ln(1b)=lnb,ln(ab)=lnalnb,ln(an)=nlna,lna=12lna

Justification. Ces quatre formules découlent toutes de la seule propriété ln(ab)=lna+lnb. Pour la première, lnb+ln(1b)=ln(b×1b)=ln1=0, donc ln(1b)=lnb. Pour la deuxième, ln(ab)=lna+ln(1b)=lnalnb. Pour la troisième avec nN, on procède par récurrence : l'initialisation en n=0 est vraie car ln(a0)=ln1=0, et si ln(an)=nlna pour un entier n fixé, alors ln(an+1)=ln(an)+lna=(n+1)lna, ce qui achève l'hérédité ; le cas n négatif s'en déduit par la première formule. Pour la quatrième, 2lna=ln(a×a)=lna.

Propriété

Variations, signe et limites. La fonction ln est strictement croissante sur ]0,+[, avec limx0+lnx= et limx+lnx=+. Son signe se lit sur sa stricte croissance et sur ln1=0 : lnx<0 pour 0<x<1, et lnx>0 pour x>1.

xx
00
11
++\infty
lnx\ln x
-
00
++
xx
00
++\infty
lnx\ln x
-\infty
++\infty

Pour tous réels a>0 et b>0, on a lna=lnb    a=b (injectivité) et lnalnb    ab (stricte croissance). Avant d'appliquer l'une ou l'autre, il faut avoir vérifié que les deux quantités sont strictement positives.

La fonction exponentielle

Définition

La fonction ln réalise une bijection de ]0,+[ sur R. Sa bijection réciproque s'appelle la fonction exponentielle, notée exp ou xex ; elle est définie sur R, à valeurs dans ]0,+[.

Propriété

Les deux relations fondamentales sont elnx=x pour tout x>0 et ln(ey)=y pour tout réel y. En particulier e0=1 et e1=e, et surtout ex>0 pour tout réel x : l'exponentielle ne s'annule jamais. Pour tous réels x, y et tout entier nZ :

ex+y=exey,ex=1ex,exy=exey,(ex)n=enx

La fonction exponentielle est strictement croissante sur R, avec limxex=0 et limx+ex=+. Enfin ex=ey    x=y,  exey    xy, et pour y>0,  ex=y    x=lny.

xx
-\infty
++\infty
exe^{x}
00
++\infty

Justification de la première formule. Les deux membres sont strictement positifs, il suffit donc de montrer qu'ils ont le même logarithme. D'une part ln(ex+y)=x+y ; d'autre part ln(exey)=ln(ex)+ln(ey)=x+y. Les deux logarithmes coïncident, et ln est injective.

Positions relatives des trois courbes

Propriété

Inégalités fondamentales (admises). On a lnxx1 pour tout x>0, avec égalité si et seulement si x=1, et ex1+x pour tout réel x, avec égalité si et seulement si x=0.

Positions relatives. Il en résulte que lnx<x<ex pour tout x>0 : sur ]0,+[, la courbe de ln est au-dessous de la droite d'équation y=x, elle-même au-dessous de la courbe de exp. De plus, les courbes de ln et de exp sont symétriques par rapport à la droite d'équation y=x, puisque ces deux fonctions sont réciproques l'une de l'autre.

Justification. La première inégalité admise donne lnxx1<x, et la seconde donne ex1+x>x ; en combinant les deux sur ]0,+[, on obtient l'encadrement annoncé.

Positions relatives des courbes du logarithme, de la fonction identité et de l'exponentielle

Propriété

Limites usuelles en 0 (admises).

limx0ln(1+x)x=1etlimx0ex1x=1

Ce sont des formes indéterminées du type 00, dont le contenu est le suivant : au voisinage de 0, ln(1+x) et ex1 se comportent comme x. Vous les retrouverez dans presque tous les calculs de limites faisant intervenir une exponentielle ou un logarithme près de 0.

Fonctions du type u(x) puissance v(x)

Définition

Soient u et v définies sur un intervalle I, avec u(x)>0 pour tout xI. La fonction xu(x)v(x) est définie sur I par u(x)v(x)=ev(x)lnu(x).

Méthode

Étudier une fonction du type u(x)v(x).

  1. Déterminer l'ensemble de définition en imposant u(x)>0, condition impérative que le logarithme exige, en plus des conditions propres à u et à v.
  2. Réécrire immédiatement sous forme exponentielle : u(x)v(x)=ev(x)lnu(x). C'est le seul geste possible ; toute tentative de manipuler l'écriture avec exposant est vouée à l'échec.
  3. Étudier l'exposant xv(x)lnu(x), qui est un produit de deux fonctions connues, donc un objet familier, et calculer sa limite après avoir levé l'éventuelle forme indéterminée.
  4. Composer par l'exponentielle pour conclure, en utilisant sa continuité et le théorème de composition des limites.

Les formes indéterminées 1, 00 et 0 que l'on croit voir sur l'écriture initiale ne sont pas des formes nouvelles : le passage à l'exponentielle les ramène toujours à une forme 0× sur l'exposant.

Exemple

Étude de f(x)=(1+1x)x en +. Pour x>0 on a 1x>0, donc 1+1x>1>0 : la condition de stricte positivité de la base est satisfaite, et l'on se place sur I=]0,+[, où f(x)=exp(xln(1+1x)).

Limite de l'exposant. Notons g(x)=xln(1+1x). Lorsque x+, on a 1x0 et ln(1+1x)ln1=0 : nous sommes face à une forme indéterminée du type ×0. Posons t=1x ; comme x>0, on a t>0, et t0+ lorsque x+. Puisque x=1t, il vient

g(x)=1tln(1+t)=ln(1+t)t

Or limt0ln(1+t)t=1 d'après la limite usuelle admise, donc par composition limx+g(x)=1.

Conclusion. La fonction exponentielle étant continue en 1, une nouvelle composition donne

limx+(1+1x)x=e1=e2,718

Ce résultat est loin d'être anodin : il donne le taux de croissance limite d'un capital placé à intérêts composés lorsque la période de capitalisation devient infiniment courte. Une seconde limite se traite encore plus vite : sur ]0,+[, on écrit x1/x=exp(lnxx), et comme lnxx0 par croissances comparées, on obtient limx+x1/x=e0=1.

Limites

Limite finie en un point

Définition

Soit f définie sur un intervalle I, soit x0 un point de I ou une extrémité de I, et soit un réel. On dit que f admet pour limite en x0, et l'on note limxx0f(x)=, lorsque

ε>0, α>0, xI, (xx0α  f(x)ε)

Remarque

Comment lire cette définition. Elle dit : aussi petite que soit la marge de tolérance ε que l'on m'impose autour de , je peux trouver une marge α autour de x0 telle que tous les points de I situés à une distance au plus α de x0 ont leur image à une distance au plus ε de . En clair, f(x) est aussi proche de que l'on veut pourvu que x soit assez proche de x0, et le α dépend évidemment du ε imposé, puisqu'il est choisi après lui. Cette définition est là pour donner un sens précis au mot « limite », et elle sera utilisée en deuxième année ; dans ce chapitre, aucun exercice ne demandera de calculer une limite « à la main » avec des ε et des α, car on calcule les limites avec les théorèmes d'opérations, de composition et d'encadrement.

Propriété

Unicité de la limite. Si f admet une limite en x0, cette limite est unique, ce qui autorise l'article défini dans « la limite de f en x0 » et la notation limxx0f(x). (Admis.)

Remarque

Si x0 appartient à I et si f admet une limite en x0, alors nécessairement =f(x0) : il suffit d'appliquer la définition avec x=x0. Autrement dit, en un point où elle est définie, une fonction ne peut avoir d'autre limite que sa valeur. C'est exactement ce que l'on appellera la continuité.

Limite à gauche, limite à droite

Définition

Soit f définie sur un intervalle I et x0 un point de I qui n'en est pas une extrémité. On dit que f admet pour limite à gauche en x0, noté limxx0f(x)=, lorsque la définition de la limite est vérifiée en se restreignant aux x tels que x<x0, et pour limite à droite, noté limxx0+f(x)=, en se restreignant aux x tels que x>x0.

Propriété

Soit x0 un point intérieur à I. La fonction f admet une limite en x0 si et seulement si elle admet pour limite à gauche et pour limite à droite en x0, et que =f(x0). Si les deux limites latérales existent mais diffèrent, f n'admet pas de limite en x0.

Exemple

a. Soit f:xxx, définie sur R. Pour x>0, f(x)=xx=1, et pour x<0, f(x)=xx=1. Donc limx0+f(x)=1 et limx0f(x)=1 : les deux limites latérales étant différentes, f n'a pas de limite en 0.

b. Pour la partie entière en x0=1 : sur [0,1[ on a x=0, donc la limite à gauche vaut 0 ; sur [1,2[ on a x=1, donc la limite à droite vaut 1. Là encore, pas de limite en 1.

c. Il arrive souvent qu'une expression n'ait pas de sens en un point alors qu'elle en a partout autour ; la définition de la limite s'étend alors sans changement à une fonction définie sur I{x0}, en imposant simplement xx0 dans le quantificateur. Ainsi f:xx21x1, définie sur R{1}, vérifie f(x)=(x1)(x+1)x1=x+1 pour tout x1, simplification légitime parce que x1 ; on en déduit limx1f(x)=2, alors même que f(1) n'existe pas. C'est ce cadre qui permettra de définir le prolongement par continuité.

Limites infinies et limites en l'infini

Définition

Soit f définie sur un intervalle I.

  • limxx0f(x)=+ signifie : A>0, α>0, xI, (xx0αf(x)A).
  • limx+f(x)= signifie : ε>0, B>0, xI, (xBf(x)ε).
  • limx+f(x)=+ signifie : A>0, B>0, xI, (xBf(x)A).

On définit de même les limites égales à et les limites en , en adaptant les inégalités. Une fonction qui admet une limite finie est dite convergente en ce point, tandis qu'une fonction qui tend vers + ou diverge : écrire « f converge vers + » est une faute de vocabulaire, exactement comme pour les suites.

Opérations sur les limites

Propriété

Dans les trois tableaux ci-dessous, et désignent des réels, et les limites sont prises en un même point, fini ou infini.

limf limg lim(f+g)
+
+ +
+ + +
+ indéterminée
limf limg lim(fg)
0 ± ±, règle des signes
± ± ±, règle des signes
0 ± indéterminée
limf limg lim(f/g)
0 /
± 0
0 0+ ou 0 ±, règle des signes
± 0 ±, règle des signes
0 0 indéterminée
± ± indéterminée

Remarque

La notation 0+ signifie « limite nulle en restant strictement positif », et 0 « limite nulle en restant strictement négatif ». Cette précision est indispensable au dénominateur, puisque 1x+ en 0+ mais 1x en 0 : quand un dénominateur tend vers 0, la première chose à faire est de déterminer son signe au voisinage du point.

Propriété

Les quatre formes indéterminées sont ,  0×,   et 00. Une forme indéterminée ne signifie pas qu'il n'y a pas de limite : elle signifie seulement que les tableaux d'opérations ne permettent pas de conclure, et qu'il faut transformer l'expression.

Propriété

Limite d'une composée. Soient f et g deux fonctions, et soient a, b, c des éléments de R{,+}. Si limxaf(x)=b et limybg(y)=c, alors limxag(f(x))=c. (Admis.)

Exemple

a. limx+ln(1+1x)=0 : on pose y=1+1x, qui tend vers 1, et lnyln1=0 quand y1.

b. limx+ex2=0 : on pose y=x2, qui tend vers , et ey0 quand y.

c. limx0+ln(1+x)=0 : on pose y=ln(1+x)0+, et y0.

Comparaison, encadrement, caractérisation séquentielle

Propriété

Compatibilité avec l'ordre. Soient f et g définies sur I, admettant des limites finies ou infinies en x0. Si f(x)g(x) au voisinage de x0, alors limxx0f(x)limxx0g(x).

Théorèmes de comparaison. Toujours avec f(x)g(x) au voisinage de x0 : si f(x)+, alors g(x)+ ; si g(x), alors f(x). Pour aller vers + on minore, pour aller vers on majore.

Théorème d'encadrement (ou « théorème des gendarmes »). Si g(x)f(x)h(x) au voisinage de x0 et si g et h admettent la même limite finie en x0, alors f admet aussi pour limite en x0. Cas particulier très utile : si f(x)u(x) au voisinage de x0 et si u(x)0, alors f(x). (Tous admis.)

Remarque

Les inégalités strictes deviennent larges. Même si f(x)<g(x) pour tout x, on ne peut conclure qu'à une inégalité large entre les limites : sur ]0,1], la fonction nulle est strictement inférieure à xx, et pourtant les deux limites en 0+ valent 0. C'est la même règle que pour les suites, au chapitre précédent.

Notez par ailleurs que le théorème d'encadrement est le seul du chapitre qui démontre l'existence de la limite en même temps qu'il la calcule, là où les théorèmes d'opérations supposent que les limites existent déjà. C'est pourquoi il est incontournable dès qu'une expression contient un terme que l'on ne sait pas traiter directement, typiquement une partie entière.

Exemple

a. Calculons limx+xx. L'encadrement fondamental donne x1<xx pour tout réel x ; pour x>0 on peut diviser par x sans changer le sens des inégalités, ce qui donne 11x<xx1. Or 11x1 et la borne de droite est constante égale à 1, donc par encadrement la limite vaut 1.

b. Calculons limx0+x1x. Pour x>0, l'encadrement appliqué au réel 1x donne 1x1<1x1x ; en multipliant par x>0, ce qui conserve le sens, on obtient 1x<x1x1. Les deux bornes tendent vers 1, donc la limite cherchée vaut 1.

Propriété

Caractérisation séquentielle. Soit f définie sur I et x0 un point de I ou une extrémité de I. Si f admet pour limite en x0, alors pour toute suite (un) d'éléments de I convergeant vers x0, la suite (f(un)) converge vers . (Admis.)

Remarque

Ce théorème sert dans les deux sens. Directement, il permet de calculer la limite d'une suite à partir de celle d'une fonction : si un=f(n) et si f(x) quand x+, alors un, ce qui justifie que l'on puisse faire tendre n vers + comme une variable réelle. Par contraposée, il permet de démontrer qu'une fonction n'a pas de limite en x0 : il suffit d'exhiber deux suites convergeant toutes deux vers x0 et dont les images ont des limites différentes. C'est enfin ce théorème qui, appliqué à un+1=f(un) avec f continue, donne le passage à la limite =f() du chapitre sur les suites : la limite est un point fixe de f.

Exemple

Montrons que la fonction partie entière n'a pas de limite en 2. Posons un=21n et vn=2+1n pour n2 : ces deux suites convergent vers 2.

Pour n2, on a 1un<2, donc un=1 et la suite (un) est constante égale à 1, donc converge vers 1. Toujours pour n2, on a 2<vn2,5<3, donc vn=2 et la suite (vn) converge vers 2.

Les deux limites obtenues sont différentes. Si la partie entière admettait une limite en 2, la caractérisation séquentielle imposerait à la fois =1 et =2, ce qui est absurde.

Limites usuelles et croissances comparées

Propriété

Comportement en l'infini. En + comme en , un polynôme a la même limite que son terme de plus haut degré, et une fonction rationnelle a la même limite que le quotient des termes de plus haut degré du numérateur et du dénominateur. Ces règles sont valables uniquement en ±, jamais en un point fini.

Justification, sur un exemple. Pour x0, on factorise par le terme dominant : 2x35x2+1=x3(25x+1x3). La parenthèse tend vers 2 et x3+ en +, donc le produit tend vers +. Le même calcul vaut dans le cas général.

Propriété

Croissances comparées. Pour tous réels a>0 et b>0 :

limx+(lnx)bxa=0limx0+xalnxb=0limx+xaex=0limxxaex=0

(Résultats admis.) La règle à retenir : l'exponentielle l'emporte sur toute puissance, qui l'emporte elle-même sur tout logarithme.

a. limx+lnxx=0

b. limx0+xlnx=0

c. limx+exx=+

d. limx+xex=0

e. limx+x3ex=0

f. limxx2ex=0

Méthode

Lever une forme indéterminée. Quatre techniques couvrent la quasi-totalité des cas.

  1. Factoriser par le terme dominant, pour un polynôme ou une fonction rationnelle en ± : on met en facteur la plus grande puissance de x au numérateur et au dénominateur, puis on simplifie.
  2. Multiplier par la quantité conjuguée, dès qu'apparaît une différence de la forme AB ou AB, afin de transformer la différence en quotient.
  3. Factoriser par l'exponentielle, dans une somme ou une différence mêlant ex et des puissances de x : le quotient restant relève des croissances comparées.
  4. Invoquer les croissances comparées, dès qu'une forme ou 0× mélange un logarithme, une puissance et une exponentielle.

Un cinquième réflexe accompagne les quatre autres : le changement de variable, couplé au théorème de composition, qui ramène une limite inconnue à une limite usuelle.

Exemple

a. limx+3x25x+12x2+x4, du type . On factorise par x2 en haut et en bas, ce qui est licite pour x0 :

3x25x+12x2+x4=x2(35x+1x2)x2(2+1x4x2)=35x+1x22+1x4x2

Le numérateur tend vers 3 et le dénominateur vers 2, non nul : la limite vaut 32.

b. limx+(x2+xx), du type . On multiplie par la quantité conjuguée :

x2+xx=(x2+xx)(x2+x+x)x2+x+x=x2+xx2x2+x+x=xx2+x+x

Pour x>0, on a x2+x=x2(1+1x)=x1+1x, en utilisant x2=x=x car x>0. Donc

x2+xx=xx(1+1x+1)=11+1x+1 x+ 12

c. limx+(exx3), du type . On factorise par l'exponentielle, qui ne s'annule jamais : exx3=ex(1x3ex). Par croissances comparées x3ex0, donc la parenthèse tend vers 1 ; comme ex+, le produit tend vers +.

d. limx+xlnxx+lnx, du type . On factorise par x en haut et en bas :

xlnxx+lnx=x(1lnxx)x(1+lnxx)=1lnxx1+lnxx

Par croissances comparées lnxx0, donc la limite vaut 101+0=1.

Asymptotes et branches infinies

Les limites que l'on vient de calculer se lisent sur la courbe : elles décrivent le comportement de Cf au bord du dessin. Trois situations reviennent constamment.

Définition

Soit f une fonction et Cf sa courbe représentative.

  • Asymptote verticale. Si limxa+f(x)=± ou limxaf(x)=±, la droite d'équation x=a est asymptote verticale à Cf.
  • Asymptote horizontale. Si limx+f(x)= avec réel, la droite d'équation y= est asymptote horizontale à Cf en +, et de même en .
  • Asymptote oblique. S'il existe deux réels a0 et b tels que limx+(f(x)(ax+b))=0, la droite d'équation y=ax+b est asymptote oblique à Cf en +, et de même en .

Propriété

Position de la courbe par rapport à son asymptote. Elle est donnée par le signe de la différence d(x)=f(x)(ax+b) : la courbe est au-dessus là où d(x)>0, au-dessous là où d(x)<0, et elle coupe l'asymptote là où d(x)=0. La même règle vaut pour une asymptote horizontale, avec d(x)=f(x).

Méthode

Trouver l'asymptote oblique d'une fonction rationnelle. Lorsque le degré du numérateur vaut exactement le degré du dénominateur plus un, on effectue la division euclidienne du numérateur par le dénominateur. On obtient f(x)=(ax+b)+R(x)B(x) avec degR<degB, donc un reste qui tend vers 0 en ± : l'asymptote se lit directement, et la différence f(x)(ax+b) est le quotient restant, dont le signe se lit tout aussi directement.

Exemple

Étude complète de f(x)=2x23x+1x2. Le dénominateur s'annule en x=2, donc Df=R{2}, et nous étudions f séparément sur ],2[ et sur ]2,+[.

Division euclidienne. On a 2x2x=2x et 2x(x2)=2x24x ; en soustrayant, il reste x+1. Puis xx=1 et 1×(x2)=x2 ; en soustrayant, il reste 3. Donc, pour tout x2, f(x)=2x+1+3x2, ce que l'on vérifie en développant : (2x+1)(x2)+3=2x24x+x2+3=2x23x+1.

Asymptote verticale. Quand x2+, on a x20+, donc 3x2+ et f(x)+ ; quand x2, on a x20, donc f(x). La droite d'équation x=2 est asymptote verticale à Cf.

Asymptote oblique. Pour tout x2, f(x)(2x+1)=3x2, qui tend vers 0 en + comme en : la droite d'équation y=2x+1 est asymptote oblique à Cf des deux côtés.

Position relative. Le signe de 3x2 est celui de x2.

xx
-\infty
22
++\infty
3x2\dfrac{3}{x-2}
-
++

Sur ]2,+[, la courbe est au-dessus de son asymptote ; sur ],2[, elle est au-dessous. Elle ne la coupe jamais, puisque 3x2 ne s'annule pas.

Remarque

Branches paraboliques. Quand f(x)± en + sans qu'il y ait d'asymptote oblique, on décrit tout de même la façon dont la courbe part à l'infini en regardant le quotient f(x)x. Si ce quotient tend vers +, la courbe présente une branche parabolique de direction l'axe des ordonnées, comme exp ; s'il tend vers 0, la branche est de direction l'axe des abscisses, comme ln et la racine carrée, d'après les croissances comparées.

Continuité

Définition

Soit f définie sur un intervalle I et x0I. La fonction f est continue en x0 lorsqu'elle admet une limite en x0, cette limite étant alors nécessairement f(x0) :

limxx0f(x)=f(x0)

On définit de même la continuité à gauche et à droite en x0 à l'aide des limites latérales. Si x0 est intérieur à I, la fonction f est continue en x0 si et seulement si elle y est continue à gauche et à droite. Enfin, f est continue sur l'intervalle I lorsqu'elle est continue en tout point de I, la continuité aux extrémités appartenant à I s'entendant à droite pour la borne gauche et à gauche pour la borne droite.

Prolongement par continuité

Définition

Soit f définie sur I{x0}, où x0I. Si f admet une limite finie en x0, on appelle prolongement par continuité de f en x0 la fonction f~ définie sur I par

f~(x)={f(x)si xI{x0}si x=x0

Cette fonction f~ est continue en x0, et l'on dit que f est prolongeable par continuité en x0.

Remarque

Le prolongement n'est possible que si la limite existe et est finie. Il consiste à combler un trou dans la courbe en y plaçant le seul point qui la rende continue : ce point est imposé, il n'y a aucun choix.

Exemple

a. Soit f(x)=x24x2, définie sur R{2}. Pour x2 on simplifie : f(x)=(x2)(x+2)x2=x+2, donc limx2f(x)=4. Cette limite étant finie, f est prolongeable par continuité en 2 en posant f~(2)=4, et le prolongement obtenu n'est autre que xx+2 sur R.

b. Soit g(x)=xlnx, définie sur ]0,+[. Par croissances comparées, limx0+xlnx=0, limite finie : g se prolonge par continuité en 0 en posant g~(0)=0. Ce prolongement est très utilisé en économie et en probabilités, où la quantité xlnx apparaît naturellement avec x=0 comme cas limite.

c. En revanche, h(x)=1x n'est pas prolongeable par continuité en 0 : ses limites latérales y sont infinies, et de plus elles diffèrent.

Opérations et fonctions usuelles

Propriété

Opérations. Soient f et g continues sur I et λ un réel. Alors f+g, λf, fg et f sont continues sur I, et fg est continue en tout point de Ig ne s'annule pas. Composition : si f est continue sur I à valeurs dans J et si g est continue sur J, alors gf est continue sur I.

Continuité des fonctions usuelles. Sont continues sur tout intervalle contenu dans leur ensemble de définition : les fonctions polynômes sur R ; les fonctions rationnelles sur tout intervalle ne contenant aucune valeur interdite ; la racine carrée sur [0,+[ ; la valeur absolue sur R ; ln sur ]0,+[ et exp sur R ; les fonctions puissances sur ]0,+[. (Admis.)

Remarque

La phrase à écrire en copie. Ces deux propriétés se combinent en un argument que vous emploierez des dizaines de fois cette année, et qu'il faut savoir rédiger d'un trait : « f est continue sur I comme somme, produit et composée de fonctions continues sur I ». Il faut simplement veiller à préciser l'intervalle et à vérifier qu'aucun dénominateur ne s'y annule, et qu'aucun logarithme ni aucune racine n'y reçoit un argument interdit. Ainsi xlnxx3 est continue sur ]0,3[ et sur ]3,+[, comme quotient de fonctions continues dont le dénominateur ne s'annule sur aucun de ces deux intervalles ; on ne parlera jamais de sa continuité « sur ]0,+[ ».

Exemple

La discontinuité de la partie entière. Soit n un entier relatif. Pour x[n,n+1[ on a x=n, donc la fonction est constante à droite de n et limxn+x=n=n : la partie entière est continue à droite en n. En revanche, pour x[n1,n[ on a x=n1, donc limxnx=n1.

Les deux limites latérales valent n et n1 : elles sont différentes, donc la fonction partie entière n'admet pas de limite en n et n'y est pas continue. Elle l'est en revanche en tout point non entier, où elle est localement constante.

Les trois théorèmes d'existence

Voici le cœur du chapitre. Ces trois théorèmes affirment tous qu'un objet existe, qu'il s'agisse d'une limite, d'une solution d'équation ou d'un maximum, et aucun ne dit comment le calculer : c'est justement ce qui fait leur puissance. Aucun n'est à démontrer ; en revanche, chacune de leurs hypothèses doit être vérifiée et écrite avant de les appliquer.

Le théorème de la limite monotone

Propriété

Théorème de la limite monotone. Soit f une fonction croissante sur un intervalle ]a,b[, où a peut valoir et b peut valoir +.

  1. Si f est majorée sur ]a,b[, alors f admet une limite finie en b, et cette limite est le plus petit des majorants de f sur ]a,b[. Sinon, limxbf(x)=+.
  2. Si f est minorée sur ]a,b[, alors f admet une limite finie en a+. Sinon, limxa+f(x)=.
  3. En tout point intérieur, f admet une limite finie à gauche et une limite finie à droite.

L'énoncé symétrique vaut pour une fonction décroissante. (Admis.)

Remarque

Le message du théorème : une fonction monotone a toujours des limites. Elle ne peut pas osciller ; soit elle est bloquée par une barrière et s'en approche, soit elle part à l'infini, et il n'y a pas de troisième possibilité. C'est le pendant exact, pour les fonctions, du théorème de convergence monotone vu au chapitre sur les suites. Retenez surtout que la limite obtenue n'est pas nécessairement le majorant que vous avez choisi : le théorème donne l'existence, pas la valeur.

Exemple

Soit f:xxx+1 sur I=[0,+[ ; montrons qu'elle admet une limite finie en +, sans la calculer d'abord. Pour x0, on écrit f(x)=(x+1)1x+1=11x+1.

Croissance. Sur I, la fonction xx+1 est strictement croissante et strictement positive, donc x1x+1 est strictement décroissante, donc x1x+1 est strictement croissante, et l'ajout de la constante 1 ne change rien : f est strictement croissante sur I.

Majoration. Pour x0, 1x+1>0, donc f(x)<1 : la fonction est majorée par 1.

Par le théorème de la limite monotone, f admet donc une limite finie en +. Ici on peut d'ailleurs la calculer directement, puisque 1x+10 donne une limite égale à 1 ; notez bien l'ordre logique, le théorème garantit l'existence et le calcul donne la valeur.

Le théorème des valeurs intermédiaires

Propriété

Théorème des valeurs intermédiaires (TVI). Soit f une fonction continue sur un segment [a,b]. Alors, pour tout réel k compris entre f(a) et f(b), il existe au moins un réel c[a,b] tel que f(c)=k.

Corollaire dit « théorème d'annulation ». Si f est continue sur [a,b] et si f(a)f(b)0, en particulier si f(a) et f(b) sont de signes contraires, alors l'équation f(x)=0 admet au moins une solution dans [a,b]. (Admis.)

Illustration du théorème des valeurs intermédiaires

Remarque

Le théorème donne l'existence, pas l'unicité. La figure le montre clairement, puisque la valeur k y est atteinte en trois points distincts : écrire « d'après le TVI, l'équation admet une unique solution » est une faute, et l'unicité exige l'hypothèse supplémentaire de stricte monotonie.

La continuité ne peut pas être supprimée. Prenons la fonction partie entière sur le segment [0,2] : on a 0=0 et 2=2, et pourtant la valeur intermédiaire 1,5 n'est jamais atteinte, puisque cette fonction ne prend que des valeurs entières. Il n'y a pas de contradiction, car elle n'est pas continue sur [0,2], et cet exemple justifie à lui seul l'exigence de vérifier la continuité avant d'invoquer le théorème.

Propriété

Corollaire : le TVI pour une fonction strictement monotone. Soit f continue et strictement monotone sur un segment [a,b]. Alors, pour tout réel k compris entre f(a) et f(b), l'équation f(x)=k admet une unique solution dans [a,b]. L'énoncé s'étend aux intervalles ouverts ou semi-ouverts, en remplaçant f(a) et f(b) par les limites de f aux bornes correspondantes.

Exemple

Montrons que l'équation x3+x1=0 admet une unique solution dans [0,1]. Posons f(x)=x3+x1 et vérifions les trois hypothèses, une par une.

Continuité. f est une fonction polynôme, donc continue sur R, en particulier sur le segment [0,1].

Stricte monotonie. La fonction xx3 est strictement croissante sur R, la fonction xx également, et l'ajout de la constante 1 ne change pas le sens de variation : comme somme de deux fonctions strictement croissantes, f est strictement croissante sur [0,1]. Aucun calcul de dérivation n'a été nécessaire.

Encadrement de la valeur cible. f(0)=1 et f(1)=1+11=1, donc 0 est bien compris entre f(0) et f(1).

D'après le corollaire du TVI, l'équation f(x)=0 admet donc une unique solution α dans [0,1], et même dans ]0,1[ puisque f(0) et f(1) sont non nuls. Pour la localiser, on calcule f(0,6)=0,216+0,61=0,184<0 et f(0,7)=0,343+0,71=0,043>0 : la fonction étant strictement croissante, on en déduit 0,6<α<0,7. La méthode de dichotomie, en fin de chapitre, systématisera ce procédé.

Image d'un intervalle, image d'un segment

Propriété

Image d'un intervalle. Si f est continue sur un intervalle I, alors f(I) est un intervalle. (Reformulation du TVI.)

Image d'un segment. Si f est continue sur un segment [a,b], alors f([a,b]) est un segment [m,M]. En particulier f est bornée sur [a,b] et elle atteint ses bornes : il existe deux réels xm et xM de [a,b] tels que

f(xm)=m=min[a,b]fetf(xM)=M=max[a,b]f

(Tous deux admis.)

Remarque

Trois mises en garde. D'abord, l'intervalle image n'est pas « du même type » que l'intervalle de départ : pour f:xx2 sur I=]1,2[, l'image est f(I)=[0,4[, car la borne 0 est atteinte en x=0 alors que 4 ne l'est pas. On ne devine pas f(I), on le détermine.

Ensuite, sur un intervalle ouvert les bornes ne sont pas atteintes en général : xx sur ]0,1[ est bornée, mais n'admet ni maximum ni minimum. L'hypothèse « segment », c'est-à-dire intervalle fermé et borné, est indispensable.

Enfin, sans continuité la fonction peut même ne pas être bornée sur un segment : définissons g sur [0,1] par g(x)=1x si x>0 et g(0)=0 ; cette fonction est définie sur un segment, n'y est pas continue en 0, et n'est pas majorée.

Propriété

Image par une fonction continue et strictement monotone. Si f est continue et strictement croissante sur I, l'image se lit directement aux bornes. Si f est strictement décroissante, les bornes s'échangent, et a comme b peuvent être infinies.

I f(I)
[a,b] [f(a),f(b)]
[a,b[ [f(a),limxbf(x)[
]a,b[ ]limxa+f(x),limxbf(x)[

Théorème de la bijection et fonction réciproque

Propriété

Théorème de la bijection. Soit f continue et strictement monotone sur un intervalle I. Alors f réalise une bijection de I sur l'intervalle J=f(I) ; la bijection réciproque f1:JI est continue sur J ; et f1 est strictement monotone, de même sens de variation que f. (Admis.)

Application à l'équation f(x)=k. Sous ces hypothèses, si kJ l'équation admet une unique solution dans I, à savoir x=f1(k) ; si kJ, elle n'admet aucune solution.

Remarque

Le point sur la monotonie surprend souvent, car on s'attend à ce que la réciproque renverse quelque chose : il n'en est rien, et si f est strictement croissante, f1 l'est aussi. Cela se voit très bien sur le couple ln et exp, tous deux strictement croissants. Attention aussi à la notation : f1 est la bijection réciproque, ce n'est pas 1f, et deux objets totalement différents portent malheureusement une notation voisine.

Propriété

Symétrie des courbes. Dans un repère orthonormé, les courbes Cf et Cf1 sont symétriques par rapport à la droite d'équation y=x, appelée première bissectrice. Cela vient de l'équivalence y=f(x)    x=f1(y) : le point de coordonnées (a,b) appartient à Cf si et seulement si le point de coordonnées (b,a) appartient à Cf1.

Courbe d'une fonction et de sa réciproque, symétriques par rapport à la première bissectrice

Exemple

Un exemple entièrement traité. Soit f(x)=2x1x+1, que l'on étudie sur I=]1,+[. Sur I, le dénominateur x+1 est strictement positif, donc ne s'annule pas : f est continue sur I comme quotient de fonctions polynômes dont le dénominateur ne s'annule pas. On réécrit f(x)=2(x+1)3x+1=23x+1.

Stricte monotonie. Sur I, xx+1 est strictement croissante et strictement positive, donc x3x+1 est strictement décroissante, donc x3x+1 est strictement croissante : f est strictement croissante sur I.

Limites aux bornes. Quand x(1)+, on a x+10+, donc 3x+1+ et f(x) ; quand x+, on a 3x+10 et f(x)2.

xx
1-1
++\infty
f(x)f(x)
-\infty
22

Conclusion du théorème. f est continue et strictement croissante sur I, donc elle réalise une bijection de I=]1,+[ sur J=],2[, et sa réciproque est continue et strictement croissante sur J.

Expression de la réciproque. Soit yJ ; résolvons y=23x+1 d'inconnue xI :

y=23x+1      3x+1=2y     x+1=32y(licite car y<2 donc 2y>0)     x=32y1=3(2y)2y=y+12y

Ainsi f1(y)=y+12y pour tout y],2[. Contrôle : f(0)=11=1 et f1(1)=03=0 ; de même f(12)=03/2=0 et f1(0)=12. Les deux fonctions se renvoient bien la balle.

La méthode de dichotomie

Quand le théorème de la bijection garantit l'existence d'une solution α sans en donner d'expression, il reste à l'approcher numériquement. La dichotomie, c'est-à-dire la coupe en deux, est la méthode la plus simple et la plus sûre.

Méthode

Principe. On suppose f continue et strictement monotone sur [a,b], avec f(a) et f(b) de signes contraires : l'équation f(x)=0 admet une unique solution α]a,b[.

  1. Calculer le milieu m=a+b2 et évaluer f(m).
  2. Si f(a) et f(m) sont de signes contraires, la solution est dans [a,m] et l'on remplace b par m ; sinon elle est dans [m,b] et l'on remplace a par m.
  3. Recommencer avec le nouvel intervalle, deux fois plus petit que le précédent.

Précision obtenue. Après n étapes, la solution est encadrée par un intervalle de longueur ba2n. Pour obtenir un encadrement d'amplitude au plus ε>0, il suffit donc de choisir n tel que

ba2nε    2nbaε    nln(baε)ln2

Exemple

Trois étapes sur l'exemple précédent. Reprenons f(x)=x3+x1 sur [0,1], avec f(0)=1<0 et f(1)=1>0.

Étape Intervalle Milieu m f(m) Signe Nouvel intervalle
1 [0,1] 0,5 0,375 négatif [0,5,1]
2 [0,5,1] 0,75 0,171875 positif [0,5,0,75]
3 [0,5,0,75] 0,625 environ 0,13 négatif [0,625,0,75]

Après trois étapes, on sait que 0,625<α<0,75, ce qui est cohérent avec la localisation 0,6<α<0,7 obtenue plus haut. Pour une précision de 103, comme ba=1, il faut 2n1000 ; puisque 29=512<1000 et 210=10241000, il faut n=10 étapes, ce que confirme la formule, ln1000ln2 valant environ 9,97.

Méthode

La dichotomie en Python. La fonction ci-dessous renvoie un encadrement de la solution, d'amplitude au plus precision.

def dichotomie(f, a, b, precision):
    """Encadrement d'une racine de f sur [a, b], dans le cas ou f(a) et f(b)
    sont de signes contraires. Renvoie un couple (a, b) d'amplitude au plus
    egale a precision."""
    while b - a > precision:
        m = (a + b) / 2
        if f(a) * f(m) <= 0:
            b = m
        else:
            a = m
    return a, b


def f(x):
    return x**3 + x - 1


print(dichotomie(f, 0, 1, 1e-3))

Le test f(a) * f(m) <= 0 traduit exactement « f(a) et f(m) sont de signes contraires, ou l'un des deux est nul » : dans ce cas la solution se trouve dans la moitié gauche, et l'on remplace b par m. La boucle s'arrête dès que l'amplitude de l'encadrement est descendue sous la précision demandée, ce qui se produit après un nombre fini d'étapes puisque cette amplitude est divisée par 2 à chaque tour.

Étude graphique et régionnement du plan

Le programme demande d'utiliser « autant que possible la représentation graphique des fonctions pour illustrer ou conjecturer ces résultats ». Cette dernière section fait le chemin inverse des précédentes : on part du dessin pour en tirer de l'information.

Propriété

Lecture graphique récapitulative. Sur la courbe Cf d'une fonction f, on lit directement :

Question Ce que l'on regarde
Df la projection de la courbe sur l'axe des abscisses
f(a) l'ordonnée du point de Cf d'abscisse a
les solutions de f(x)=k les abscisses des points d'intersection de Cf avec la droite y=k
les solutions de f(x)k les abscisses où la courbe est au-dessus de la droite y=k
le signe de f la position de la courbe par rapport à l'axe des abscisses
les variations, les extremums les montées, les descentes, les points les plus hauts et les plus bas
la parité la symétrie par rapport à l'axe des ordonnées ou par rapport à l'origine
les asymptotes les droites dont la courbe se rapproche indéfiniment

Remarque

Une lecture graphique n'est jamais une démonstration. Elle sert à conjecturer, à contrôler un résultat calculé, ou à répondre quand l'énoncé fournit la courbe et demande explicitement une lecture. Dès que l'énoncé donne l'expression de f, c'est le calcul qui fait foi, et l'on écrit « la courbe suggère que tel résultat est vrai, démontrons-le ».

Positions relatives de deux courbes

Propriété

Soient f et g définies sur un intervalle I. Sur I, la courbe Cf est au-dessus de Cg si et seulement si f(x)g(x)0 pour tout xI, et au-dessous si et seulement si f(x)g(x)0 pour tout xI ; les points d'intersection ont pour abscisses les solutions de f(x)=g(x). Toute question de position relative se ramène donc à l'étude du signe de la différence fg.

Exemple

Comparons x2 et x3 sur ]0,+[. La différence vaut x3x2=x2(x1), et le facteur x2 étant strictement positif sur cet intervalle, son signe est celui de x1.

xx
00
11
++\infty
x2(x1)x^{2}(x-1)
-
00
++

Sur ]0,1[ on a x3<x2 : la courbe du cube est au-dessous de celle du carré. Sur ]1,+[ c'est l'inverse, et les deux courbes se coupent au point de coordonnées (1,1). On retrouve la règle de comparaison des fonctions puissances établie plus haut, avec α=2 et β=3.

Régionnement du plan

Définition

Soit f définie sur I. La courbe Cf partage la bande verticale au-dessus de I en deux régions : l'ensemble {M(x,y)  ;  xI  et  y>f(x)} est la partie située au-dessus de Cf, et l'ensemble {M(x,y)  ;  xI  et  y<f(x)} est la partie située au-dessous. Avec des inégalités larges, la courbe elle-même est incluse dans la région.

Méthode

Représenter l'ensemble des solutions d'une inéquation y>f(x).

  1. Tracer la courbe Cf, en trait plein si l'inégalité est large, en pointillés si elle est stricte, la courbe étant alors exclue.
  2. Tester un point qui n'est pas sur la courbe, le plus simple étant souvent l'origine : si ses coordonnées vérifient l'inéquation, la région cherchée est celle qui le contient.
  3. Hachurer ou colorer la région retenue, et le préciser dans une légende.
  4. Pour un système d'inéquations, traiter chaque inéquation séparément puis prendre l'intersection des régions obtenues.

Régionnement du plan délimité par une parabole

La zone colorée de la figure est l'ensemble des points M(x,y) du plan tels que y>x21. Contrôlons avec le point test O(0,0) : on a 021=1, et 0>1 est vrai, donc l'origine appartient bien à la région, ce que confirme le dessin. À l'inverse, le point de coordonnées (2,0) ne convient pas, puisque 221=3 et que 0>3 est faux.

Un exemple micro-économique : offre, demande et prix d'équilibre

Exemple

Sur un marché, on note p le prix unitaire en euros, avec p0. Les quantités, exprimées en milliers d'unités, sont données par la fonction d'offre O(p)=3p et la fonction de demande D(p)=202p. L'offre croît avec le prix, puisque les producteurs sont incités à produire davantage, tandis que la demande décroît, les acheteurs se détournant quand c'est cher. La demande n'ayant de sens économique que tant qu'elle est positive, c'est-à-dire pour p10, plaçons-nous sur l'intervalle I=[0,10].

Prix d'équilibre. C'est le prix pour lequel les deux courbes se coupent, c'est-à-dire la solution de O(p)=D(p) :

3p=202p    5p=20    p=4

Le prix d'équilibre vaut donc p=4 euros, et la quantité échangée à l'équilibre est O(4)=12, soit 12000 unités ; on vérifie la cohérence avec D(4)=208=12.

Zone d'excès de demande. Elle correspond aux prix pour lesquels la demande dépasse l'offre, c'est-à-dire 202p>3p, soit 20>5p, soit p<4. Sur [0,4[, la courbe de la demande est au-dessus de celle de l'offre : les acheteurs veulent plus de biens que les producteurs n'en proposent, il y a pénurie, et la pression pousse le prix à la hausse. Sur ]4,10] la situation s'inverse, c'est un excès d'offre, les invendus s'accumulent et le prix a tendance à baisser. Le prix d'équilibre est précisément le seul prix où aucune de ces deux pressions ne s'exerce.

Lecture en termes de régionnement. L'ensemble des couples (p,q) correspondant à une quantité inférieure à la fois à l'offre et à la demande, c'est-à-dire l'ensemble des transactions effectivement réalisables, est la région située à la fois au-dessous de CO et au-dessous de CD ; sa frontière supérieure atteint son point le plus haut exactement au prix d'équilibre.

Exemple

Économies d'échelle. Une entreprise produit q unités d'un bien, avec q>0, pour un coût total en euros C(q)=100+5q, où 100 représente un coût fixe et 5q le coût proportionnel à la production. Le coût moyen par unité produite est

CM(q)=C(q)q=100q+5

Sur ]0,+[, la fonction q100q est strictement décroissante, donc CM l'est aussi : plus l'entreprise produit, moins chaque unité lui coûte. C'est ce que l'on appelle des économies d'échelle, et le calcul en donne la raison exacte, à savoir que le coût fixe se répartit sur un nombre croissant d'unités.

Les limites précisent le phénomène. Quand q0+, on a CM(q)+ : produire une poignée d'unités revient très cher à l'unité. Quand q+, on a CM(q)5, donc la courbe du coût moyen admet la droite d'équation y=5 pour asymptote horizontale : le coût moyen se rapproche de 5 euros par unité sans jamais l'atteindre, puisque 100q>0 pour tout q>0, ce qui place la courbe strictement au-dessus de son asymptote.

Ce qu'il faut retenir

Le formulaire

Fonction Limite en 0+ Limite en +
lnx +
x 0 +
1x + 0
xα avec α>0 0 +
xα avec α<0 + 0

L'exponentielle et la partie entière, elles, se lisent aux deux infinis : limxex=0 et limx+ex=+, tandis que x tend vers en et vers + en +.

Les deux limites en 0 à connaître.

limx0ln(1+x)x=1limx0ex1x=1

Les croissances comparées, pour tous réels a>0 et b>0.

limx+(lnx)bxa=0limx0+xalnxb=0limx+xaex=0limxxaex=0

Les inégalités fondamentales. lnxx1 pour x>0,  ex1+x pour tout réel x, et x1<xx pour tout réel x.

Les quatre formes indéterminées. ,  0×,  ,  00.

Quelle méthode pour quelle question

  • « Déterminer l'ensemble de définition. » Dénominateur non nul, radicande positif ou nul, argument du logarithme strictement positif ; puis annoncer l'intervalle d'étude si l'ensemble obtenu est une réunion d'intervalles. Cet oubli est le plus fréquent du chapitre, car tous les théorèmes qui suivent exigent un intervalle.
  • « Étudier le sens de variation. » Sans dériver : variations des fonctions usuelles, composition et somme de fonctions monotones, ou signe de f(b)f(a) pour a<b. Et l'on n'écrit jamais qu'une fonction est monotone sur une réunion d'intervalles.
  • « Résoudre une inéquation produit ou quotient. » Tout ramener d'un côté, factoriser, tableau de signes, puis lire les solutions en soignant les bornes : une valeur interdite est toujours exclue.
  • « Résoudre avec une valeur absolue. » Une seule valeur absolue, les caractérisations ; plusieurs, la disjonction de cas puis la réunion des solutions partielles.
  • « Il y a une partie entière. » Écrire l'encadrement x1<xx, puis appliquer le théorème d'encadrement.
  • « Calculer une limite, forme indéterminée. » Factoriser le terme dominant, multiplier par la quantité conjuguée, factoriser par l'exponentielle, ou invoquer les croissances comparées ; un changement de variable ramène souvent à une limite usuelle. Une forme indéterminée ne veut jamais dire « pas de limite ».
  • « Il y a un exposant variable, du type u(x)v(x). » Passer par ev(x)lnu(x) après avoir vérifié u(x)>0, toujours, car aucune règle d'exposant ne s'applique avant.
  • « Montrer qu'une fonction n'a pas de limite. » Caractérisation séquentielle : deux suites qui convergent vers le même point et dont les images ont des limites différentes.
  • « Montrer que la limite existe, sans la calculer. » Théorème de la limite monotone : établir la monotonie et la borne, et écrire les deux. La limite n'est pas le majorant choisi.
  • « Montrer que l'équation f(x)=k a une solution. » TVI : écrire la continuité sur un segment, puis encadrer k par les valeurs aux bornes. Pour l'unicité, ajouter la stricte monotonie ; sans elle, le théorème ne la donne pas.
  • « Montrer que f atteint un maximum. » Théorème de l'image d'un segment : continuité sur un intervalle fermé et borné. Sur un intervalle ouvert, une fonction bornée n'a en général ni maximum ni minimum.
  • « Montrer que f est bijective, expliciter f1. » Théorème de la bijection, puis détermination de J=f(I) par les limites aux bornes, puis résolution de y=f(x) d'inconnue x. On n'écrit jamais f1 avant d'avoir établi la bijectivité, et f1 n'est pas 1f.
  • « Approcher la solution numériquement. » Dichotomie : amplitude ba2n après n étapes.
  • « Position relative de deux courbes. » Signe de la différence fg, dans un tableau de signes.

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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.