ECG appliquées · Chapitre 06 · Premier semestre

Probabilités et statistiques

1re année

Statistiques univariées, événements, coefficients binomiaux, probabilité, conditionnement, indépendance, univers fini.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Statistiques univariées
  • Événements
  • Coefficients binomiaux
  • Probabilité
  • Conditionnement
  • Indépendance
  • Univers fini

Ce chapitre réunit deux disciplines que le lycée présente séparément, et qui se répondent. La statistique descriptive part de données déjà observées : une liste de nombres, relevés sur des foyers, des clients ou des journées de travail, que l'on veut résumer par quelques indicateurs et par quelques graphiques. Les probabilités, elles, partent d'un modèle : une expérience dont on ne connaît pas le résultat, mais dont on sait décrire l'ensemble des issues possibles, et à laquelle on attribue des nombres qui mesurent les chances de chaque événement. Le lien entre les deux, c'est-à-dire ce que des observations permettent d'affirmer sur le modèle qui les a produites, s'appelle la statistique inférentielle ; ce chapitre ne fait que la nommer, elle sera étudiée dans des chapitres ultérieurs.

Du côté des probabilités, le changement par rapport au lycée tient en une phrase : une probabilité n'est plus « le nombre de cas favorables divisé par le nombre de cas possibles », c'est une application définie sur l'ensemble des parties d'un univers fini, soumise à deux axiomes. Le quotient des cas favorables par les cas possibles redevient ce qu'il aurait toujours dû être, un cas particulier, celui de l'équiprobabilité. Tous les autres résultats du chapitre, y compris ceux que vous appliquiez déjà, se démontrent à partir des deux axiomes.

Ce basculement change la nature du travail. Un exercice de probabilités comporte presque toujours deux étapes bien distinctes, et l'essentiel des erreurs vient de leur confusion. La première est la modélisation : choisir l'univers Ω, nommer les événements, décider quelles hypothèses d'équiprobabilité ou d'indépendance on s'autorise. Cette étape n'est pas un calcul, c'est une traduction, et elle relève du bon sens autant que des mathématiques. La seconde est le calcul : une fois le modèle posé, on applique des théorèmes, et il n'y a plus de place pour l'intuition. Un modèle mal posé produit un calcul irréprochable qui donne un résultat faux ; c'est la faute la plus fréquente et la plus coûteuse aux concours.

Le plan suit l'ordre du programme. On commence par les statistiques univariées : le vocabulaire d'une étude, les effectifs et les fréquences, la fonction de répartition d'une série et ses quantiles, la boîte à moustaches, puis les indicateurs de position et de dispersion. On passe ensuite au vocabulaire des événements, qui est du vocabulaire ensembliste rebaptisé. Les coefficients binomiaux fournissent les outils de comptage. On définit alors ce qu'est une probabilité et on en déduit toutes les propriétés de calcul, dont la formule du crible. Vient le conditionnement, c'est-à-dire la façon de réviser une probabilité quand une information arrive, avec les trois formules qui structurent la moitié des exercices : probabilités composées, probabilités totales, formule de Bayes. On termine par l'indépendance et ses pièges.

Deux avertissements sur le cadre, à lire attentivement. D'abord, l'univers Ω est fini dans tout le chapitre, sans aucune exception : c'est ce qui permet de prendre pour événements toutes les parties de Ω et de ne manipuler que des sommes finies, donc de ne rien admettre. Ensuite, et c'est le point le plus important : il n'y a aucune variable aléatoire dans ce chapitre. Les variables aléatoires, leur loi, leur espérance et leur variance arrivent au second semestre. Tout ce qui est dit ici se dit en termes d'événements. En particulier, la « fonction de répartition » de ce chapitre est celle d'une série statistique, pas celle d'une variable aléatoire ; et la moyenne xˉ, la variance sx2 et l'écart-type sx sont des indicateurs empiriques, calculés sur des observations. Ne confondez jamais xˉ, qui se calcule à partir de données relevées, avec l'espérance d'une variable aléatoire, qui se calcule à partir d'un modèle : ce sont deux objets différents, et ils n'ont pas les mêmes notations.

Voici les notations employées dans tout le chapitre.

Notation Signification
(x1,x2,,xn) série statistique de taille n : le n-uplet des observations
v1,,vr les valeurs distinctes prises par le caractère
nj, fj effectif et fréquence de la valeur vj
F fonction de répartition de la série
xˉ moyenne de la série
Q1, Q3 premier et troisième quartiles
sx2, sx variance empirique et écart-type de la série
Ω univers : ensemble fini et non vide des résultats observables
ω un résultat ; {ω} est l'événement élémentaire associé
P(Ω) ensemble des parties de Ω : les événements
événement impossible
A événement contraire de A
AB, AB événements « A et B », « A ou B »
AB « A et pas B », c'est-à-dire AB
Card(A) nombre d'éléments de l'ensemble fini A
P(A) probabilité de l'événement A
PA(B) probabilité de B sachant A
n! factorielle de l'entier naturel n
(np) coefficient binomial, « p parmi n »
[ ⁣[a,b] ⁣] ensemble des entiers k tels que akb
fin d'une démonstration

Statistiques univariées

Vocabulaire d'une étude statistique

Une étude statistique commence toujours par la même question : sur qui porte-t-elle, et quoi mesure-t-on sur eux ? Le vocabulaire ci-dessous fixe ces deux réponses, et il faut l'employer avec précision : dans une copie, écrire « la population est le nombre d'enfants » est une faute de sens, pas une maladresse.

Définition

La population est l'ensemble des objets sur lesquels porte l'étude. Un élément de cette population s'appelle un individu.

Un échantillon est une partie de la population, sur laquelle les observations sont effectivement réalisées. Sa taille est son nombre d'individus.

Une variable statistique, aussi appelée caractère, est une application qui associe à chaque individu la valeur observée sur lui.

Définition

On distingue trois types de caractères.

  • Un caractère est quantitatif discret lorsque ses valeurs sont des nombres en quantité finie, ou isolés les uns des autres : un nombre d'enfants, un nombre de réclamations, une note entière.
  • Un caractère est quantitatif continu lorsque ses valeurs sont des nombres susceptibles de remplir tout un intervalle : une taille, un temps d'attente, un chiffre d'affaires. On les regroupe alors en classes, c'est-à-dire en intervalles.
  • Un caractère est qualitatif lorsque ses valeurs ne sont pas des nombres : une couleur, une catégorie socioprofessionnelle, une marque, un avis « satisfait / insatisfait ». On parle alors de modalités plutôt que de valeurs.

Seuls les caractères quantitatifs autorisent les calculs de moyenne et d'écart-type. Sur un caractère qualitatif, on ne dispose que des effectifs et des fréquences : parler de la « moyenne » d'une couleur n'a aucun sens, même si un tableur accepte de la calculer parce que les modalités ont été codées par des nombres.

Définition

Une série statistique de taille n portant sur un caractère quantitatif est le n-uplet

(x1,x2,,xn)

des observations relevées sur les n individus, dans l'ordre où ils ont été observés.

L'ordre du n-uplet n'a en général aucune importance pour les indicateurs de ce chapitre : la moyenne, la médiane et la variance ne changent pas si l'on permute les observations. En revanche, les répétitions comptent : une série n'est pas un ensemble, la valeur 2 peut y figurer trente-huit fois et cela change tout.

Exemple

Un institut interroge 100 foyers d'une commune et relève, pour chacun d'eux, le nombre d'enfants vivant au foyer.

La population est l'ensemble des foyers de la commune. Un individu est un foyer. L'échantillon est constitué des 100 foyers interrogés, sa taille est n=100. Le caractère étudié est le nombre d'enfants du foyer : il est quantitatif discret, et ses valeurs observées sont 0, 1, 2, 3 et 4.

La série statistique est le 100-uplet des réponses, dans l'ordre des entretiens. On ne l'écrit évidemment pas en entier : on la résume par un tableau d'effectifs, ce qui est l'objet de la sous-section suivante.

Remarque

La statistique descriptive s'arrête à la description de l'échantillon : elle ne prétend rien dire de plus que ce que les données montrent. Affirmer « le nombre moyen d'enfants par foyer dans la commune est 1,86 » à partir de 100 foyers interrogés relève déjà de la statistique inférentielle, car c'est une extrapolation de l'échantillon à la population. Cette extrapolation demande des outils qui ne sont pas ceux de ce chapitre. Ici, on écrira : « le nombre moyen d'enfants dans l'échantillon vaut 1,86 ».

Effectifs, fréquences, fréquences cumulées

Définition

Soit une série statistique de taille n dont les valeurs distinctes, rangées dans l'ordre croissant, sont v1<v2<<vr.

  • L'effectif de la valeur vj, noté nj, est le nombre d'observations égales à vj.
  • La fréquence de la valeur vj est le réel fj=njn.
  • L'effectif cumulé croissant de vj est Nj=n1+n2++nj, et la fréquence cumulée croissante est Fj=f1+f2++fj=Njn.

Propriété

Avec les notations précédentes :

j=1rnj=n,j=1rfj=1,0fj1,

et la suite finie (F1,F2,,Fr) est croissante, avec Fr=1.

Démonstration. Chaque observation est égale à exactement une des valeurs distinctes v1,,vr : en regroupant les n observations selon leur valeur, on partage l'échantillon en r paquets disjoints d'effectifs n1,,nr, d'où j=1rnj=n. En divisant par n, on obtient j=1rfj=1, et chaque fj est compris entre 0 et 1 comme quotient de njn par n.

Enfin, Fj+1Fj=fj+10, donc la suite des fréquences cumulées est croissante, et Fr est la somme de toutes les fréquences, donc vaut 1.

Exemple

Reprenons l'enquête sur les 100 foyers. Les effectifs relevés sont les suivants.

vj 0 1 2 3 4 Total
nj 12 25 38 15 10 100
fj 0,12 0,25 0,38 0,15 0,10 1
Fj 0,12 0,37 0,75 0,90 1

Les fréquences se lisent immédiatement puisque n=100 : l'effectif 38 donne la fréquence 38100=0,38. Les fréquences cumulées s'obtiennent de proche en proche : 0,12, puis 0,12+0,25=0,37, puis 0,37+0,38=0,75, puis 0,75+0,15=0,90, et enfin 0,90+0,10=1. Cette dernière égalité est la vérification obligatoire de tout tableau de fréquences.

Un tel tableau se traduit graphiquement par un diagramme en bâtons, où la hauteur de chaque bâton est l'effectif de la valeur correspondante.

Diagramme en bâtons des effectifs de la série nombre d'enfants du foyer : 12 foyers sans enfant, 25 foyers avec un enfant, 38 foyers avec deux enfants, 15 foyers avec trois enfants et 10 foyers avec quatre enfants

On lit sur ce diagramme que la valeur la plus fréquente est 2, avec 38 foyers : c'est le mode de la série.

Remarque

Un diagramme en bâtons n'est pas un histogramme. Les bâtons sont réservés aux caractères quantitatifs discrets : chaque bâton correspond à une valeur isolée, et c'est sa hauteur qui porte l'information. Un histogramme sert aux caractères continus regroupés en classes : les rectangles y sont accolés, et c'est leur aire qui est proportionnelle à l'effectif de la classe. Confondre les deux conduit à des graphiques faux dès que les classes n'ont pas la même amplitude.

Fonction de répartition d'une série et quantiles

Le tableau des fréquences cumulées répond déjà à des questions du type « quelle proportion de foyers a au plus deux enfants ? ». La fonction de répartition généralise cette lecture à tous les réels, et non plus aux seules valeurs observées.

Définition

Soit une série statistique (x1,,xn) portant sur un caractère quantitatif. On appelle fonction de répartition de la série l'application F définie sur R par

F(t)=Card({i[ ⁣[1,n] ⁣]  ;  xit})n,

c'est-à-dire la proportion d'observations inférieures ou égales à t.

Propriété

La fonction de répartition F d'une série de taille n, de valeurs distinctes v1<<vr, vérifie :

a. F est à valeurs dans [0,1] et F est croissante sur R ;

b. F(t)=0 pour tout t<v1, et F(t)=1 pour tout tvr ;

c. F est constante sur chaque intervalle [vj,vj+1[, où elle vaut Fj : c'est une fonction en escalier, dont les sauts se produisent exactement aux valeurs observées, le saut en vj ayant pour hauteur fj.

Démonstration. a. Le numérateur est un cardinal, donc un entier compris entre 0 et n : le quotient appartient à [0,1]. Si tt, toute observation vérifiant xit vérifie aussi xit ; l'ensemble compté au numérateur pour t est donc inclus dans celui compté pour t, et son cardinal est plus petit. D'où F(t)F(t).

b. Si t<v1, aucune observation n'est inférieure ou égale à t, puisque v1 est la plus petite valeur observée : le numérateur est nul. Si tvr, toutes les observations sont inférieures ou égales à t : le numérateur vaut n.

c. Soit t[vj,vj+1[. Les observations vérifiant xit sont exactement celles dont la valeur appartient à {v1,,vj}, car aucune valeur observée ne se trouve strictement entre vj et vj+1. Leur nombre vaut donc Nj, indépendamment de t dans cet intervalle, et F(t)=Njn=Fj. Le saut en vj vaut FjFj1=fj.

Exemple

Pour la série des 100 foyers, la fonction de répartition prend les valeurs suivantes.

t t<0 0t<1 1t<2 2t<3 3t<4 t4
F(t) 0 0,12 0,37 0,75 0,90 1

Son graphe est l'escalier suivant.

Fonction de répartition en escalier de la série nombre d'enfants du foyer : paliers successifs de hauteurs 0 puis 0,12 puis 0,37 puis 0,75 puis 0,90 puis 1

On y lit par exemple F(2)=0,75 : trois foyers sur quatre ont au plus deux enfants. Les points pleins marquent la valeur effectivement prise par F au point de saut, les points creux marquent la valeur qui n'est pas atteinte : F est constante sur [2,3[, et non sur ]2,3].

Définition

Soit α]0,1[. On appelle quantile d'ordre α de la série le plus petit réel qα tel que F(qα)α, c'est-à-dire la plus petite valeur en dessous de laquelle se trouve une proportion d'au moins α des observations.

Les quantiles portent des noms particuliers :

  • la médiane est le quantile d'ordre 0,5, notée Me ;
  • le premier quartile Q1 est le quantile d'ordre 0,25, le troisième quartile Q3 celui d'ordre 0,75 ;
  • le premier décile D1 est le quantile d'ordre 0,1, le neuvième décile D9 celui d'ordre 0,9.

Le quantile d'ordre α existe toujours et c'est l'une des valeurs observées : la fonction F vaut 1 au-delà de vr, donc l'ensemble des t vérifiant F(t)α est non vide ; comme F ne prend que les valeurs 0,F1,,Fr et ne saute qu'aux points vj, le plus petit de ces t est nécessairement un vj.

Méthode

Déterminer un quantile à partir des fréquences cumulées. La lecture se fait toujours dans le même sens, et une seule ligne du tableau suffit.

  1. Calculer les fréquences cumulées F1,,Fr si le tableau ne les donne pas, et vérifier que la dernière vaut 1.
  2. Parcourir cette ligne de gauche à droite jusqu'à rencontrer la première fréquence cumulée supérieure ou égale à α.
  3. Lire la valeur vj située au-dessus : c'est qα.
  4. Contrôler en énonçant le résultat en français : « au moins α des observations valent au plus qα », et vérifier que la valeur immédiatement précédente ne convenait pas.

Le piège est le cas d'égalité : si une fréquence cumulée vaut exactement α, c'est la valeur correspondante qui est le quantile, et non la suivante. L'inégalité de la définition est large.

Exemple

Reprenons la ligne des fréquences cumulées des 100 foyers : 0,12 ; 0,37 ; 0,75 ; 0,90 ; 1.

Médiane. On cherche la première fréquence cumulée au moins égale à 0,5. On a F1=0,12<0,5 et F2=0,37<0,5, mais F3=0,750,5 : la valeur correspondante est v3=2, donc Me=2.

Premier quartile. On a F1=0,12<0,25 et F2=0,370,25, donc Q1=1.

Troisième quartile. On a F2=0,37<0,75 et F3=0,750,75 : l'égalité suffit, donc Q3=2. C'est exactement le cas d'égalité annoncé ; répondre Q3=3 serait une erreur.

Neuvième décile. On a F3=0,75<0,9 et F4=0,900,9, donc D9=3 : au moins 90 % des foyers ont au plus trois enfants.

En français : la moitié au moins des foyers a au plus deux enfants, un quart au moins a au plus un enfant, et un dixième au plus a quatre enfants.

Remarque

Pour une série de petite taille donnée « en vrac », beaucoup de manuels définissent la médiane comme la moyenne des deux valeurs centrales lorsque n est pair. Cette convention et celle de la définition ci-dessus ne coïncident pas toujours, et aucune n'est plus juste que l'autre : ce sont des conventions. Dans ce cours, on utilise systématiquement la définition par la fonction de répartition, qui a l'avantage de traiter de la même façon les séries brutes et les séries données par un tableau d'effectifs. Quand un énoncé impose l'autre convention, il le dit.

Sur la série des foyers, les deux conventions donnent d'ailleurs le même résultat : les 50-ième et 51-ième observations rangées dans l'ordre croissant valent toutes deux 2, puisque les valeurs 0 et 1 occupent les 37 premiers rangs et que la valeur 2 occupe les rangs 38 à 75.

Boîte à moustaches

Définition

On appelle résumé en cinq nombres d'une série la donnée du minimum, du premier quartile Q1, de la médiane, du troisième quartile Q3 et du maximum.

La boîte à moustaches, ou diagramme en boîte, est la représentation graphique de ce résumé : un rectangle allant de Q1 à Q3, coupé par un trait à la médiane, prolongé de part et d'autre par deux segments, les moustaches, qui vont jusqu'au minimum et jusqu'au maximum.

Boîte à moustaches d'une série de durées en minutes : minimum 2, premier quartile 5, médiane 8, troisième quartile 12, maximum 20

Méthode

Lire une boîte à moustaches. On procède toujours dans cet ordre, et on écrit les cinq nombres avant tout commentaire.

  1. Relever les cinq nombres sur l'axe : les deux extrémités des moustaches donnent le minimum et le maximum, les deux bords de la boîte donnent Q1 et Q3, le trait intérieur donne la médiane.
  2. Calculer l'étendue maxmin et l'écart interquartile Q3Q1.
  3. Traduire en proportions : au moins 25 % des observations sont inférieures ou égales à Q1, au moins 50 % le sont à la médiane, au moins 75 % le sont à Q3. La boîte contient environ la moitié des observations.
  4. Commenter la symétrie : si la moustache de droite est nettement plus longue que celle de gauche, la série est étalée vers les grandes valeurs.

Exemple

La figure ci-dessus résume les durées, en minutes, d'une série d'interventions.

Les cinq nombres sont : minimum 2, Q1=5, médiane 8, Q3=12, maximum 20. L'étendue vaut 202=18 minutes, et l'écart interquartile vaut 125=7 minutes.

On en déduit qu'au moins un quart des interventions ont duré au plus 5 minutes, qu'au moins la moitié ont duré au plus 8 minutes, et qu'au moins trois quarts ont duré au plus 12 minutes. Environ la moitié des interventions ont donc une durée comprise entre 5 et 12 minutes.

La série est étalée vers la droite : la moustache de droite mesure 2012=8 minutes, celle de gauche seulement 52=3 minutes. De même, MeQ1=3 alors que Q3Me=4. Autrement dit, les interventions courtes sont resserrées et quelques interventions longues tirent la série vers le haut.

Remarque

Une boîte à moustaches ne dit rien de la moyenne. Elle ne contient que cinq nombres, et la moyenne n'en fait pas partie ; on ne peut donc ni la lire ni la deviner sur le graphique. Elle ne dit rien non plus de la répartition à l'intérieur de la boîte : deux séries très différentes, l'une concentrée sur deux valeurs, l'autre régulièrement étalée, peuvent avoir exactement la même boîte. La boîte à moustaches est un outil de comparaison rapide entre plusieurs séries, pas un résumé complet.

Moyenne et médiane

Définition

Soit (x1,,xn) une série statistique quantitative de taille n. On appelle moyenne de la série le réel

xˉ=1ni=1nxi.

Propriété

Si la série prend les valeurs distinctes v1,,vr avec les effectifs n1,,nr et les fréquences f1,,fr, alors

xˉ=1nj=1rnjvj=j=1rfjvj.

Démonstration. Regroupons les n observations selon leur valeur : pour chaque j, il y a exactement nj indices i tels que xi=vj, et ces paquets d'indices sont disjoints et recouvrent [ ⁣[1,n] ⁣]. La somme i=1nxi se scinde donc en r sommes partielles, la j-ième valant njvj puisqu'elle additionne nj fois le même nombre vj. D'où i=1nxi=j=1rnjvj, et l'on divise par n. La seconde écriture s'obtient en distribuant 1n dans la somme, puisque njn=fj.

Propriété

La somme des écarts à la moyenne est nulle :

i=1n(xixˉ)=0.

Démonstration. Par linéarité de la somme finie, i=1n(xixˉ)=i=1nxinxˉ. Or i=1nxi=nxˉ par définition de la moyenne, donc la différence est nulle.

Cette égalité exprime que la moyenne est le point d'équilibre de la série : les écarts positifs compensent exactement les écarts négatifs. C'est aussi une vérification commode d'un calcul de moyenne.

Exemple

Un commerçant relève son chiffre d'affaires quotidien, en euros, sur une semaine :

120,95,140,110,200,130,105.

La taille est n=7 et la somme vaut 120+95+140+110+200+130+105=900, donc

xˉ=9007128,57 euros.

Rangeons la série dans l'ordre croissant : 95, 105, 110, 120, 130, 140, 200. Les fréquences cumulées valent 17, 27, 37, 47, 57, 67, 1. La première qui atteint 0,5 est 470,571, donc Me=120. De même 270,2860,25 donne Q1=105, et 670,857 est la première à atteindre 0,75, donc Q3=140.

La moyenne dépasse la médiane, à cause de la seule journée à 200 euros. C'est le comportement typique : la moyenne est sensible aux valeurs extrêmes, la médiane ne l'est pas. Si la journée à 200 euros avait rapporté 500 euros, la moyenne passerait à 12007171,43 euros alors que la médiane resterait 120 euros.

Remarque

La médiane n'est pas la moyenne des valeurs extrêmes. Sur la série précédente, 95+2002=147,5, qui n'est ni la médiane (120), ni la moyenne (128,57) : la quantité min+max2 n'a aucune signification statistique, car elle ignore complètement les n2 autres observations. De même, la médiane n'est pas « la valeur du milieu de l'intervalle des valeurs », c'est la valeur qui coupe l'effectif en deux.

Propriété

Effet d'une transformation affine. Soit (x1,,xn) une série, soient a et b deux réels, et soit (y1,,yn) la série définie par yi=axi+b pour tout i. Alors

yˉ=axˉ+b.

Si de plus a>0, alors pour tout α]0,1[ le quantile d'ordre α se transforme de la même façon ; en particulier

Me(y)=aMe(x)+b,Q1(y)=aQ1(x)+b,Q3(y)=aQ3(x)+b.

Démonstration. Moyenne. Par linéarité de la somme finie,

yˉ=1ni=1n(axi+b)=ani=1nxi+1n×nb=axˉ+b.

Quantiles, cas a>0. Notons Fx et Fy les fonctions de répartition des deux séries, et soit t un réel. Comme a>0, l'inégalité yiat+b équivaut à axi+bat+b, donc à xit. Les deux ensembles d'indices comptés sont les mêmes, d'où

Fy(at+b)=Fx(t).

Ainsi tat+b met en correspondance, en préservant l'ordre, les réels vérifiant Fx(t)α et ceux vérifiant Fy(s)α. Le plus petit élément du premier ensemble est donc envoyé sur le plus petit élément du second : qα(y)=aqα(x)+b.

Remarque

L'hypothèse a>0 est indispensable pour les quantiles. Si a<0, la transformation renverse l'ordre des observations : ce qui était petit devient grand. Le premier quartile de la nouvelle série se calcule alors à partir du troisième quartile de l'ancienne, et non du premier. En revanche, la formule sur la moyenne, elle, reste valable quel que soit le signe de a.

Étendue, écart interquartile, variance et écart-type

Deux séries peuvent avoir la même moyenne et n'avoir rien à voir : 10,10,10 et 0,10,20 ont toutes deux pour moyenne 10. Les indicateurs de dispersion mesurent à quel point les observations s'écartent les unes des autres.

Définition

Soit une série statistique quantitative (x1,,xn), de moyenne xˉ.

  • L'étendue est la différence maxmin entre la plus grande et la plus petite observation.
  • L'écart interquartile est la différence Q3Q1.
  • La variance empirique est le réel
sx2=1ni=1n(xixˉ)2.
  • L'écart-type est le réel sx=sx2.

La variance est une moyenne de carrés d'écarts : elle est donc toujours positive, et la racine carrée a bien un sens. Si les observations sont des euros, la variance s'exprime en euros au carré, alors que l'écart-type s'exprime en euros : c'est l'écart-type, et non la variance, qui se compare directement aux valeurs de la série et à leur moyenne.

Remarque

La variance de ce cours est celle en 1n, conformément au programme. Certains ouvrages, et la plupart des calculatrices et des tableurs, proposent aussi une « variance corrigée » en 1n1, utile en statistique inférentielle pour estimer la dispersion d'une population à partir d'un échantillon. Ce n'est pas la définition retenue ici. Sur une calculatrice, deux écarts-types sont d'ailleurs affichés, souvent notés σx et sx selon les modèles : c'est celui qui divise par n qu'il faut lire, et le vérifier sur un petit exemple connu ne prend que quelques secondes.

Propriété

Si la série prend les valeurs distinctes v1,,vr avec les fréquences f1,,fr, alors

sx2=j=1rfj(vjxˉ)2.

Démonstration. C'est le même regroupement que pour la moyenne, appliqué à la série des carrés d'écarts : la quantité (xixˉ)2 vaut (vjxˉ)2 pour chacun des nj indices i tels que xi=vj. La somme se scinde donc en r paquets, le j-ième valant nj(vjxˉ)2, et l'on divise par n.

Propriété

Formule de Koenig. Pour toute série statistique quantitative,

sx2=1ni=1nxi2    xˉ2,

c'est-à-dire : la variance est la moyenne des carrés moins le carré de la moyenne. Avec un tableau d'effectifs, elle s'écrit

sx2=j=1rfjvj2xˉ2.

Démonstration. Développons le carré à l'intérieur de la somme, en se souvenant que xˉ est une constante qui ne dépend pas de l'indice i :

sx2=1ni=1n(xi22xˉxi+xˉ2)=1ni=1nxi2    2xˉ×1ni=1nxi  +  1n×nxˉ2=1ni=1nxi22xˉ2+xˉ2=1ni=1nxi2xˉ2,

où l'on a utilisé la linéarité de la somme finie, puis 1ni=1nxi=xˉ, et enfin le fait que la somme de n termes constants égaux à xˉ2 vaut nxˉ2.

La version avec les fréquences s'obtient en appliquant le même calcul à l'écriture regroupée de la variance.

Propriété

Conséquence. Pour toute série, xˉ21ni=1nxi2, avec égalité si et seulement si toutes les observations sont égales.

Démonstration. L'inégalité est la formule de Koenig jointe à sx20. Le cas d'égalité correspond à sx2=0, c'est-à-dire à i=1n(xixˉ)2=0. Une somme finie de réels positifs est nulle si et seulement si tous ses termes le sont, donc xi=xˉ pour tout i : toutes les observations sont égales à la moyenne. Réciproquement, si toutes les observations sont égales, tous les écarts sont nuls et la variance aussi.

Méthode

Calculer les indicateurs d'une série donnée par un tableau d'effectifs. On complète le tableau ligne par ligne, sans jamais mélanger les étapes.

  1. Vérifier l'effectif total : la somme des nj doit valoir n, et la somme des fj doit valoir 1.
  2. Ajouter la ligne des njvj et en faire la somme : la moyenne est xˉ=1njnjvj.
  3. Ajouter la ligne des njvj2 et en faire la somme : elle donne 1njnjvj2.
  4. Appliquer Koenig : sx2=1njnjvj2xˉ2, puis sx=sx2, arrondi si nécessaire, avec le symbole .
  5. Ajouter la ligne des fréquences cumulées et y lire la médiane et les quartiles.
  6. Contrôler la vraisemblance : la moyenne doit être comprise entre le minimum et le maximum, et l'écart-type doit être nettement plus petit que l'étendue.

N'utilisez jamais la définition 1n(xixˉ)2 pour le calcul numérique : elle oblige à soustraire la moyenne à chaque valeur, ce qui multiplie les arrondis et les erreurs. La formule de Koenig est faite pour cela.

Exemple

Les indicateurs de la série des 100 foyers. On complète le tableau des effectifs.

vj 0 1 2 3 4 Total
nj 12 25 38 15 10 100
njvj 0 25 76 45 40 186
njvj2 0 25 152 135 160 472

Moyenne.

xˉ=186100=1,86.

Moyenne des carrés.

1njnjvj2=472100=4,72.

Variance, par la formule de Koenig.

sx2=4,721,862=4,723,4596=1,2604.

Écart-type.

sx=1,26041,12.

Position. On a lu plus haut Me=2, Q1=1 et Q3=2. L'étendue vaut 40=4 et l'écart interquartile vaut 21=1.

Contrôle. La moyenne 1,86 est bien comprise entre 0 et 4, et l'écart-type 1,12 est bien inférieur à l'étendue 4. On peut aussi refaire le calcul de la variance par la définition :

1100(12×1,862+25×0,862+38×0,142+15×1,142+10×2,142)=126,04100=1,2604,

ce qui confirme le résultat, au prix d'un calcul nettement plus lourd.

Exemple

Une seconde série, entièrement traitée. Un commercial note le nombre de contrats signés chaque jour ouvré, sur 20 jours.

vj 0 1 2 3 Total
nj 4 7 6 3 20
fj 0,20 0,35 0,30 0,15 1
Fj 0,20 0,55 0,85 1
njvj 0 7 12 9 28
njvj2 0 7 24 27 58

La moyenne vaut xˉ=2820=1,4 contrat par jour. La moyenne des carrés vaut 5820=2,9, donc

sx2=2,91,42=2,91,96=0,94,sx=0,940,97.

La ligne des fréquences cumulées donne Me=1 (première cumulée au moins égale à 0,5 : 0,55), Q1=1 (première au moins égale à 0,25 : 0,55) et Q3=2 (première au moins égale à 0,75 : 0,85). L'étendue vaut 3 et l'écart interquartile vaut 1.

Interprétation : le commercial signe en moyenne 1,4 contrat par jour, avec une dispersion d'environ un contrat autour de cette moyenne ; la moitié au moins des journées se soldent par au plus un contrat.

Propriété

Effet d'une transformation affine sur la dispersion. Si yi=axi+b pour tout i, alors

sy2=a2sx2etsy=asx.

En particulier, une translation (a=1) ne modifie pas la dispersion : sx+b=sx.

Démonstration. On sait déjà que yˉ=axˉ+b. Pour tout indice i,

yiyˉ=(axi+b)(axˉ+b)=a(xixˉ),

la constante b disparaissant par soustraction. En élevant au carré, (yiyˉ)2=a2(xixˉ)2, puis en sommant et en divisant par n :

sy2=1ni=1na2(xixˉ)2=a2×1ni=1n(xixˉ)2=a2sx2.

Enfin sy=a2sx2=a2sx2=asx, la valeur absolue venant de ce que a2=a et non a.

Exemple

Dans une entreprise, le salaire mensuel moyen est xˉ=2400 euros avec un écart-type sx=300 euros. La direction décide d'augmenter tous les salaires de 2 %, puis d'ajouter à chacun une prime fixe de 50 euros. Le nouveau salaire s'écrit yi=1,02xi+50, donc

yˉ=1,02×2400+50=2448+50=2498 euros,sy=1,02×300=306 euros.

La prime fixe déplace toute la série sans rien changer à sa dispersion ; seule l'augmentation en pourcentage écarte les salaires les uns des autres. Une politique salariale purement proportionnelle accroît donc les écarts, une prime uniforme les laisse intacts en valeur absolue. C'est exactement ce que dit la formule sy=asx.

Événements

Expérience aléatoire et univers

Définition

Une expérience aléatoire est une expérience dont on connaît à l'avance tous les résultats possibles, mais dont on ne peut pas prévoir lequel sera obtenu.

L'ensemble de ces résultats observables s'appelle l'univers de l'expérience ; on le note Ω. Dans tout ce chapitre, Ω est un ensemble fini et non vide. Un élément ω de Ω s'appelle un résultat, ou une issue.

Exemple

a. On lance un dé à six faces et on note le numéro obtenu : Ω=[ ⁣[1,6] ⁣], donc Card(Ω)=6.

b. On lance trois fois une pièce et on note la suite des résultats : Ω={P,F}3, dont les éléments sont les mots de trois lettres comme PFP. On a Card(Ω)=23=8.

c. On interroge un client et on note s'il est satisfait ou non : Ω={satisfait,insatisfait}, donc Card(Ω)=2.

d. Une association de 12 membres tire au sort 4 d'entre eux : Ω est l'ensemble des parties à 4 éléments d'un ensemble à 12 éléments, et l'on verra que Card(Ω)=(124)=495.

Le choix de Ω n'est jamais imposé par l'énoncé : c'est une décision de modélisation. Pour la même expérience « on lance trois fois une pièce », on peut prendre Ω={P,F}3, qui retient l'ordre des résultats, ou Ω=[ ⁣[0,3] ⁣], qui ne retient que le nombre de piles. Ces deux univers sont corrects, mais ils ne permettent pas de répondre aux mêmes questions, et surtout, comme on le verra, l'hypothèse d'équiprobabilité est légitime sur le premier et fausse sur le second. La règle pratique est la suivante : choisir l'univers le plus détaillé compatible avec l'expérience, quitte à ne pas utiliser tout ce détail ensuite.

Événements et connecteurs logiques

Définition

On appelle événement toute partie de Ω, c'est-à-dire tout élément de P(Ω).

Un événement A est réalisé par le résultat ω lorsque ωA.

Un événement réduit à un seul résultat, c'est-à-dire de la forme {ω}, est dit élémentaire. L'événement Ω est l'événement certain, l'événement est l'événement impossible.

Le point à retenir est qu'un événement est un ensemble. Tout le vocabulaire probabiliste se lit donc en langage ensembliste, et réciproquement. Le tableau suivant est le dictionnaire de traduction ; c'est le premier outil du chapitre, et il doit se manier sans hésitation.

Langage des probabilités Écriture ensembliste
événement certain Ω
événement impossible
A et B sont réalisés AB
A ou B est réalisé (sens inclusif) AB
A n'est pas réalisé A
A est réalisé mais pas B AB, noté aussi AB
si A est réalisé, alors B l'est AB
A et B ne peuvent pas se produire ensemble AB=
aucun des A1,,An n'est réalisé A1An
au moins un des A1,,An est réalisé A1An
tous les A1,,An sont réalisés A1An

Ce tableau est le prolongement direct des connecteurs logiques étudiés au premier chapitre : l'intersection traduit le « et », la réunion traduit le « ou » inclusif (un « ou » mathématique n'exclut jamais que les deux soient vrais), le passage au contraire traduit la négation. Les lois de De Morgan en sont la conséquence la plus utile.

Propriété

Lois de De Morgan. Pour tous événements A et B, et plus généralement pour A1,,An :

AB=AB,AB=AB,A1An=A1An,A1An=A1An.

En langage courant : le contraire de « au moins un est réalisé » est « aucun n'est réalisé », et le contraire de « tous sont réalisés » est « au moins un ne l'est pas ». C'est la remarque la plus rentable de tout le chapitre : dès qu'un énoncé contient les mots « au moins un », le réflexe est de passer au contraire.

Méthode

Traduire un énoncé en événements. La traduction se fait toujours dans le même ordre.

  1. Nommer les événements simples, par une phrase complète et sans ambiguïté : « A : la première pièce prélevée est défectueuse ». Un événement mal nommé se paye trois lignes plus loin.
  2. Repérer les mots-clés : « et » donne , « ou » donne , « ne pas » donne le contraire, « au moins un » donne une réunion, « aucun » et « tous » donnent des intersections.
  3. Écrire l'événement demandé comme une combinaison des événements nommés, sans phrase intermédiaire.
  4. Vérifier sur un cas : un résultat particulier de l'expérience réalise-t-il bien l'événement écrit lorsqu'il réalise l'énoncé ?

Exemple

On lance un dé équilibré à six faces, donc Ω=[ ⁣[1,6] ⁣]. On pose A : « le résultat est pair », B : « le résultat est au moins égal à 4 », C : « le résultat est un multiple de 3 ». Ainsi A={2,4,6}, B={4,5,6} et C={3,6}.

a. AB={4,6}.

b. AB={2,4,5,6}.

c. A={1,3,5}.

d. AB={2}.

e. BC={6} : les événements B et C peuvent être réalisés ensemble.

f. ABC={1} : c'est l'événement « aucun des trois n'est réalisé ».

Exemple

Une entreprise prélève trois pièces à la sortie d'une chaîne de production. On note Di l'événement « la i-ème pièce est défectueuse », pour i[ ⁣[1,3] ⁣].

a. « Les trois pièces sont défectueuses » s'écrit D1D2D3.

b. « Aucune pièce n'est défectueuse » s'écrit D1D2D3.

c. « Au moins une pièce est défectueuse » s'écrit D1D2D3, et c'est le contraire de l'événement b d'après la loi de De Morgan.

d. « Exactement une pièce est défectueuse » ne s'écrit pas avec une seule réunion : c'est

(D1D2D3)(D1D2D3)(D1D2D3),

réunion de trois événements deux à deux incompatibles. Le mot exactement impose toujours ce type d'écriture, où l'on précise ce qui se passe pour chaque pièce.

Événements incompatibles

Définition

Deux événements A et B sont dits incompatibles, ou disjoints, lorsque

AB=,

c'est-à-dire lorsqu'ils ne peuvent pas être réalisés simultanément.

Des événements A1,,An sont dits deux à deux incompatibles lorsque AiAj= pour tous indices ij.

Remarque

« Deux à deux incompatibles » est nettement plus fort que « d'intersection globale vide ». Pour le dé, les trois événements {1,2}, {2,3} et {4,5} ont une intersection commune vide, mais les deux premiers ne sont pas incompatibles puisqu'ils partagent le résultat 2. Toutes les formules de ce chapitre qui demandent l'incompatibilité la demandent deux à deux : il faut donc vérifier n(n1)2 intersections, ou justifier globalement pourquoi elles sont toutes vides.

Système complet d'événements

Définition

Soit I un sous-ensemble fini de N. Une famille (Ai)iI d'événements de Ω est un système complet d'événements lorsque :

  • les événements Ai sont deux à deux incompatibles : AiAj= pour tous ij de I ;
  • leur réunion est l'univers tout entier : iIAi=Ω.

Autrement dit, un système complet découpe Ω en morceaux qui ne se chevauchent pas et qui ne laissent rien de côté : quel que soit le résultat de l'expérience, un et un seul des Ai est réalisé. C'est exactement l'idée d'une disjonction de cas exhaustive, transportée dans le langage des événements. En pratique, on prend le plus souvent I=[ ⁣[1,n] ⁣] et l'on écrit le système (A1,A2,,An).

Exemple

a. Pour tout événement A, la famille (A,A) est un système complet : c'est le plus utilisé de tous.

b. Si Ω={ω1,,ωN}, la famille des événements élémentaires ({ω1},,{ωN}) est un système complet : c'est le découpage le plus fin possible.

c. Pour un lancer de dé, ({1,2},{3,4},{5,6}) est un système complet.

d. En revanche ({1,2},{2,3},{4,5,6}) n'en est pas un : les deux premiers ne sont pas incompatibles.

e. Et ({1,2},{3,4}) n'en est pas un non plus : la réunion n'est pas Ω.

Exemple

Une entreprise s'approvisionne auprès de trois fournisseurs et de personne d'autre. En notant F1, F2, F3 les événements « la pièce prélevée provient du fournisseur numéro 1, 2, 3 », la famille (F1,F2,F3) est un système complet : une pièce vient d'un fournisseur et d'un seul, et il n'y en a pas d'autre. C'est cette double vérification, en une phrase, que l'on attend dans une copie avant d'appliquer la formule des probabilités totales.

Remarque

La définition n'interdit pas qu'un des Ai soit l'événement impossible, ni qu'il soit de probabilité nulle une fois la probabilité choisie. On évitera cependant d'en faire figurer sans nécessité, car ces événements ne servent à rien dans les formules et compliquent la vérification des hypothèses.

Coefficients binomiaux

Le principe multiplicatif

Tous les comptages de ce chapitre reposent sur un seul principe, qui formalise l'idée de construire un objet par étapes successives.

Propriété

Principe multiplicatif. Si la construction d'un objet se fait en k étapes successives, avec m1 choix possibles à la première étape, puis m2 choix à la deuxième quel que soit le choix précédent, et ainsi de suite jusqu'à mk choix à la dernière, alors le nombre total d'objets construits vaut

m1×m2××mk.

Ce principe n'est autre que le calcul du cardinal d'un produit cartésien, vu au chapitre sur les ensembles : Card(E1××Ek)=Card(E1)××Card(Ek). Deux conditions sont impératives et se vérifient toujours avant de l'appliquer : le nombre de choix à chaque étape ne doit pas dépendre des choix précédents, et deux suites de choix différentes doivent produire des objets différents.

Exemple

Un code d'accès est formé de quatre chiffres, chacun choisi dans [ ⁣[0,9] ⁣] et les répétitions étant autorisées. Il y a 10 choix à chacune des quatre étapes, donc

10×10×10×10=104=10000 codes possibles.

Si l'on impose au contraire que les quatre chiffres soient deux à deux distincts, il reste 10 choix pour le premier, 9 pour le deuxième, 8 pour le troisième et 7 pour le dernier, soit

10×9×8×7=5040 codes.

Le nombre de choix diminue d'une étape à l'autre, mais il ne dépend pas de quels chiffres ont été retenus : le principe multiplicatif s'applique bien.

Factorielle

Définition

Soit n un entier naturel. On appelle factorielle de n, et l'on note n!, l'entier défini par

0!=1etn!=1×2××n=k=1nkpour n1.

a. 0!=1

b. 1!=1

c. 2!=2

d. 3!=6

e. 4!=24

f. 5!=120

g. 6!=720

h. 7!=5040

i. (n+1)!=(n+1)×n!

La dernière égalité est la relation de récurrence qui définit la factorielle, et c'est elle que l'on utilise dans les démonstrations. La convention 0!=1 n'est pas arbitraire : elle rend cette relation valable dès n=0, et elle correspond au fait qu'il existe exactement une façon d'ordonner zéro objet.

Propriété

Soient E et F deux ensembles finis de même cardinal n. Le nombre de bijections de E dans F vaut n!.

En particulier, le nombre de bijections d'un ensemble à n éléments dans lui-même, c'est-à-dire le nombre de façons d'ordonner n objets discernables, vaut n!.

Démonstration. Par récurrence sur nN. Notons Hn la propriété : « pour tous ensembles E et F de cardinal n, le nombre de bijections de E dans F vaut n! ».

Initialisation. Pour n=0, les deux ensembles sont vides et il existe exactement une application de dans , l'application vide, qui est bijective. Or 0!=1 : la propriété H0 est vraie.

Hérédité. Soit nN ; supposons Hn vraie. Soient E et F deux ensembles de cardinal n+1, et fixons un élément a de E. Se donner une bijection σ de E dans F revient exactement à se donner :

  • l'image σ(a), qui est un élément quelconque de F, soit n+1 choix ;
  • puis la restriction de σ à E{a}, qui est une bijection de E{a} dans F{σ(a)}, ces deux ensembles ayant tous deux n éléments.

Cette description est bien une correspondance exacte : d'une part une bijection σ envoie E{a} sur F{σ(a)} de façon bijective ; d'autre part, la donnée d'un élément b de F et d'une bijection de E{a} dans F{b} définit une unique application de E dans F, qui est bijective.

Par hypothèse de récurrence, il y a n! choix à la seconde étape, et ce nombre ne dépend pas de l'élément σ(a) retenu. Le principe multiplicatif donne donc (n+1)×n!=(n+1)! bijections, ce qui est Hn+1.

Conclusion. La propriété est vraie pour tout nN.

Exemple

Une agence doit afficher, dans un ordre imposé, les photographies de 5 biens sur une page. Le nombre d'affichages possibles est le nombre de façons d'ordonner 5 objets, soit 5!=120.

Si elle ne dispose que de 3 emplacements et choisit lesquels des 5 biens y figurent, dans quel ordre, le comptage n'est plus une factorielle : c'est un tirage successif sans remise, traité plus bas.

Coefficients binomiaux

Définition

Soient n et p deux entiers naturels. On appelle coefficient binomial (np), et l'on lit « p parmi n », le nombre de parties à p éléments d'un ensemble à n éléments.

Lorsque p>n, aucune partie ne convient et l'on a donc (np)=0.

Cette définition est combinatoire : (np) est un nombre d'objets, donc un entier naturel, avant d'être une formule. Elle ne dépend pas de l'ensemble choisi, mais seulement de son cardinal : deux ensembles de même cardinal ont autant de parties à p éléments l'un que l'autre, car une bijection entre eux transporte les parties à p éléments des unes sur les autres.

Propriété

Pour tout entier naturel n :

(n0)=1,(nn)=1,(n1)=n,et (nn1)=n si n1.

Démonstration. La seule partie à 0 élément est , d'où (n0)=1. La seule partie à n éléments d'un ensemble à n éléments est l'ensemble tout entier, d'où (nn)=1. Les parties à un élément sont les singletons {x}, en correspondance exacte avec les n éléments x, d'où (n1)=n. Enfin, une partie à n1 éléments est obtenue en retirant exactement un élément, d'où n possibilités.

Exemple

Prenons E={a,b,c,d}, de cardinal 4. Les parties à deux éléments de E sont

{a,b},{a,c},{a,d},{b,c},{b,d},{c,d},

il y en a six, donc (42)=6. On remarquera qu'une partie n'est pas ordonnée : {a,b} et {b,a} désignent le même ensemble et ne sont comptés qu'une fois. C'est toute la différence avec les tirages successifs, où l'ordre compte.

Propriété

Interprétation par les arbres. On répète n fois une même épreuve n'ayant que deux issues, appelées succès et échec, et l'on représente les répétitions par un arbre à n niveaux. Alors :

  • l'arbre comporte 2n chemins ;
  • le nombre de chemins réalisant exactement p succès au cours des n répétitions vaut (np).

Démonstration. À chaque niveau, un chemin se prolonge de deux façons : le principe multiplicatif donne 2n chemins au total. Un chemin est entièrement déterminé par la liste des issues, donc par l'ensemble des numéros des répétitions qui ont donné un succès. Un chemin réalisant exactement p succès correspond ainsi à une partie à p éléments de [ ⁣[1,n] ⁣], et cette correspondance est exacte : deux chemins distincts donnent deux ensembles de positions distincts, et tout ensemble de p positions provient d'un chemin. Il y a donc (np) tels chemins.

Exemple

Une entreprise démarche 4 prospects ; chaque démarche se solde par un succès ou un échec. L'arbre comporte 24=16 chemins. Le nombre de chemins correspondant à exactement 2 signatures vaut (42)=6 : ce sont les six façons de choisir lesquels des quatre prospects ont signé, à savoir les six parties à deux éléments de [ ⁣[1,4] ⁣] listées dans l'exemple précédent.

Symétrie et formule du triangle de Pascal

Propriété

Symétrie. Pour tous entiers naturels n et p tels que pn,

(np)=(nnp).

Démonstration. Soit E un ensemble à n éléments. Considérons l'application φ qui, à une partie A de E à p éléments, associe son complémentaire EA, qui compte np éléments. Cette application va donc de l'ensemble des parties à p éléments vers l'ensemble des parties à np éléments.

Elle est bijective : l'application qui, à une partie B à np éléments, associe EB, en est la réciproque, puisque E(EA)=A pour toute partie A de E.

Deux ensembles finis en bijection ont le même cardinal, d'où (np)=(nnp).

Cette symétrie est le premier réflexe de calcul : choisir p éléments à garder revient à choisir np éléments à écarter. En pratique, on l'utilise pour ramener un calcul à un p petit, par exemple (5048)=(502)=1225.

Propriété

Formule du triangle de Pascal. Pour tous entiers naturels n et p,

(np)+(np+1)=(n+1p+1).

Démonstration. Si pn+1, les trois coefficients sont nuls et l'égalité est vraie. Supposons donc pn.

Soit E un ensemble à n+1 éléments et fixons un élément a de E. Notons A l'ensemble des parties de E à p+1 éléments ; par définition, Card(A)=(n+1p+1). Découpons A en deux selon que la partie contient ou non l'élément a :

  • Les parties de A qui contiennent a s'écrivent {a}B, où B est une partie à p éléments de E{a}, ensemble à n éléments. Cette écriture est unique, donc ces parties sont en nombre (np).
  • Les parties de A qui ne contiennent pas a sont exactement les parties à p+1 éléments de E{a} : elles sont en nombre (np+1).

Ces deux familles sont disjointes et leur réunion est A tout entier, donc (n+1p+1)=(np)+(np+1).

La formule permet de construire le triangle de Pascal ligne par ligne : chaque coefficient est la somme des deux qui se trouvent au-dessus de lui, celui de la même colonne et celui de la colonne précédente. Voici les six premières lignes, en utilisant la convention (np)=0 pour p>n.

n p=0 p=1 p=2 p=3 p=4 p=5
0 1 0 0 0 0 0
1 1 1 0 0 0 0
2 1 2 1 0 0 0
3 1 3 3 1 0 0
4 1 4 6 4 1 0
5 1 5 10 10 5 1

On y lit par exemple (52)=(41)+(42)=4+6=10, et l'on vérifie la symétrie sur chaque ligne, qui se lit de la même façon de gauche à droite et de droite à gauche.

Propriété

Somme d'une ligne du triangle. Pour tout entier naturel n,

p=0n(np)=2n.

Démonstration. C'est un double comptage : on compte de deux façons différentes le nombre de parties d'un ensemble E à n éléments.

Premier comptage. Se donner une partie A de E revient à décider, pour chacun des n éléments de E, s'il appartient à A ou non. Il y a deux choix à chacune des n étapes, et deux suites de choix différentes donnent deux parties différentes : le principe multiplicatif donne Card(P(E))=2n.

Second comptage. Classons les parties de E selon leur nombre d'éléments. Pour chaque p[ ⁣[0,n] ⁣], il y a (np) parties à p éléments, et toute partie a un nombre d'éléments et un seul, compris entre 0 et n. Ces familles sont donc deux à deux disjointes et recouvrent P(E), ce qui donne Card(P(E))=p=0n(np).

Les deux comptages portent sur le même ensemble : les deux résultats sont égaux.

Exemple

Sur la ligne n=5 du triangle : 1+5+10+10+5+1=32=25. Concrètement, un questionnaire de 5 questions à réponse « oui / non » admet 32 grilles de réponses, et l'on peut les classer selon leur nombre de « oui » : une seule grille sans aucun « oui », cinq grilles avec un seul, dix avec deux, dix avec trois, cinq avec quatre, une avec cinq.

La formule explicite

Propriété

Pour tous entiers naturels n et p tels que 0pn,

(np)=n!p!(np)!.

Démonstration. Par récurrence sur n. Notons Hn la propriété : « pour tout p[ ⁣[0,n] ⁣], on a (np)=n!p!(np)! ».

Initialisation. Pour n=0, le seul p possible est p=0. Or (00)=1, puisque l'ensemble vide possède exactement une partie à 0 élément, et 0!0!0!=11×1=1. La propriété H0 est vraie.

Hérédité. Soit nN ; supposons Hn vraie et soit p[ ⁣[0,n+1] ⁣]. On distingue trois cas.

Cas p=0. On a (n+10)=1 et (n+1)!0!(n+1)!=1 : l'égalité est vérifiée.

Cas p=n+1. On a (n+1n+1)=1 et (n+1)!(n+1)!0!=1 : l'égalité est encore vérifiée.

Cas 1pn. La formule de Pascal, appliquée avec les indices n et p1, donne

(n+1p)=(np1)+(np).

Les deux entiers p1 et p appartiennent à [ ⁣[0,n] ⁣], donc l'hypothèse de récurrence s'applique aux deux termes :

(n+1p)=n!(p1)!(np+1)!+n!p!(np)!.

Réduisons au même dénominateur p!(n+1p)!. Pour le premier terme, on multiplie haut et bas par p, en utilisant p!=p×(p1)! ; pour le second, on multiplie haut et bas par n+1p, en utilisant (n+1p)!=(n+1p)×(np)! :

(n+1p)=n!×pp!(n+1p)!+n!×(n+1p)p!(n+1p)!=n!(p+n+1p)p!(n+1p)!=n!×(n+1)p!(n+1p)!=(n+1)!p!((n+1)p)!.

La propriété Hn+1 est donc vraie.

Conclusion. Par récurrence, la formule est vraie pour tout nN et tout p[ ⁣[0,n] ⁣].

Exemple

a. (52)=5!2!3!=1202×6=12012=10, ce qui confirme la lecture du triangle.

b. (124)=12!4!8!=12×11×10×924=1188024=495.

c. (103)=10×9×86=7206=120.

d. (72)=7×62=21 et, par symétrie, (75)=21 également.

Méthode

Calculer un coefficient binomial à la main. Ne développez jamais les trois factorielles : elles explosent. Simplifiez d'abord.

  1. Réduire p par la symétrie si p>n2 : remplacer (np) par (nnp).
  2. Écrire la forme abrégée : (np)=n(n1)(np+1)p!, c'est-à-dire p facteurs décroissants au numérateur, divisés par p!.
  3. Simplifier avant de multiplier : le résultat est toujours un entier, donc les simplifications tombent juste. Une fraction non entière à la fin signale une erreur.
  4. Contrôler sur les petits cas connus : (n1)=n, (n2)=n(n1)2.

Dénombrer les tirages

Trois protocoles de tirage couvrent la quasi-totalité des énoncés. Les nombres indiqués sont ceux de l'univers correspondant, pour un tirage de k objets dans un ensemble de n objets discernables.

Protocole Nature d'un résultat Nombre de résultats
k tirages successifs avec remise liste ordonnée de k objets, répétitions possibles nk
k tirages successifs sans remise liste ordonnée de k objets deux à deux distincts n!(nk)!
tirage simultané de k objets partie à k éléments (nk)

Propriété

Soit E un ensemble à n éléments et soit k un entier naturel non nul.

a. Le nombre de listes ordonnées de k éléments de E, avec répétitions autorisées, vaut nk.

b. Si kn, le nombre de listes ordonnées de k éléments deux à deux distincts de E vaut

n(n1)(n2)(nk+1)=n!(nk)!.

c. Si kn, le nombre de parties à k éléments de E vaut (nk), par définition du coefficient binomial.

Démonstration. a. On construit la liste en k étapes ; à chacune, on choisit librement un élément de E, soit n choix. Le principe multiplicatif donne nk.

b. On construit la liste en k étapes, en veillant à ne pas répéter d'élément. À la première étape, n choix ; à la deuxième, n1 choix, puisqu'un élément est déjà utilisé ; et ainsi de suite, la j-ième étape offrant n(j1) choix. Ce nombre ne dépend que de j, pas des éléments effectivement retenus : le principe multiplicatif s'applique et donne n(n1)(nk+1). Pour retrouver la forme factorielle, on multiplie et l'on divise par (nk)! :

n(n1)(nk+1)=n(n1)(nk+1)×(nk)!(nk)!=n!(nk)!,

car le numérateur reconstitue le produit de tous les entiers de 1 à n.

Remarque

Une seconde démonstration de la formule explicite, par double comptage. Comptons de deux façons les listes ordonnées de k éléments distincts de E. D'une part, on vient de voir qu'il y en a n!(nk)!. D'autre part, une telle liste est entièrement déterminée par l'ensemble de ses k éléments, soit (nk) choix, puis par l'ordre dans lequel on les range, soit k! choix. Le principe multiplicatif donne donc

n!(nk)!=(nk)×k!,c’est-aˋ-dire(nk)=n!k!(nk)!.

On retrouve la formule démontrée par récurrence, par un chemin entièrement différent. Cette égalité n!(nk)!=k!(nk) est aussi la traduction chiffrée d'une idée à retenir : un tirage simultané est un tirage successif sans remise dont on oublie l'ordre, et chaque tirage simultané correspond exactement à k! tirages successifs.

Méthode

Choisir le bon modèle de tirage. Trois questions, dans cet ordre, et la réponse est déterminée.

  1. Un objet peut-il être tiré plusieurs fois ? Si oui, c'est un tirage avec remise : compter avec nk.
  2. Sinon, l'ordre des tirages intervient-il dans la question posée ? Les mots « successivement », « l'un après l'autre », « le premier tiré » signalent que oui : compter avec n(n1)(nk+1).
  3. Sinon, c'est un tirage simultané : compter avec (nk). Les mots « simultanément », « en une seule fois », « une poignée de » signalent ce cas.

Un test infaillible en cas d'hésitation entre les modèles 2 et 3 : si la question porte sur une composition (« combien de blanches ? »), le modèle simultané suffit et il est plus simple. Si elle porte sur une position (« la première est-elle blanche ? »), il faut le modèle ordonné.

Exemple

a. Avec remise. Un jury attribue une note entière de 0 à 20 à chacun des 3 candidats, indépendamment. Le nombre de triplets de notes possibles vaut 213=9261.

b. Successifs sans remise. Huit coureurs disputent une course sans ex æquo. Le nombre de podiums possibles, c'est-à-dire de classements des trois premiers, vaut

8×7×6=336=8!5!.

c. Simultané. Une association de 12 membres tire au sort 4 personnes pour former un bureau. Le nombre de bureaux possibles vaut (124)=495.

d. Comparaison. Si, dans la situation c, on distinguait en plus les quatre rôles du bureau (président, trésorier, secrétaire, assesseur), il faudrait ordonner : on obtiendrait 495×4!=495×24=11880 bureaux, ce qui est bien 12!8!=12×11×10×9.

Probabilité

Définition

Définition

Soit Ω un univers fini non vide. On appelle probabilité sur P(Ω) toute application

P:P(Ω)[0,1]

vérifiant les deux axiomes suivants :

  • (additivité) pour tous événements A et B incompatibles, c'est-à-dire tels que AB=,
P(AB)=P(A)+P(B)  ;
  • (normalisation) P(Ω)=1.

Le couple (Ω,P) s'appelle un espace probabilisé fini. Le réel P(A) est la probabilité de l'événement A.

Tout tient dans ces deux lignes : une probabilité est une façon de répartir une masse totale égale à 1 sur les résultats de l'expérience, de sorte que la masse d'une réunion de morceaux disjoints soit la somme des masses. Toutes les propriétés qui suivent en découlent, sans aucune hypothèse supplémentaire, et c'est exactement ce que l'on attend de vous dans une démonstration : partir des deux axiomes, jamais d'une intuition sur les « cas favorables ».

Remarque

Le fait que P soit à valeurs dans [0,1] fait partie de la définition : il n'y a rien à démontrer sur ce point. En revanche, la positivité P(A)0 sera utilisée en permanence dans les démonstrations, en particulier pour établir la croissance.

Premières conséquences des axiomes

Propriété

Soit P une probabilité sur P(Ω), et soient A et B deux événements.

a. P()=0.

b. P(A)=1P(A).

c. P(AB)=P(A)P(AB).

d. Si BA, alors P(AB)=P(A)P(B).

e. Croissance. Si AB, alors P(A)P(B).

Démonstration. a. Les événements Ω et sont incompatibles, puisque Ω=, et leur réunion vaut Ω. L'axiome d'additivité donne

P(Ω)=P(Ω)=P(Ω)+P(),

d'où P()=0 en retranchant P(Ω) des deux côtés.

b. Les événements A et A sont incompatibles, car AA=, et leur réunion vaut Ω. L'additivité puis la normalisation donnent

P(A)+P(A)=P(AA)=P(Ω)=1,

d'où le résultat.

c. Découpons A selon que le résultat appartient ou non à B :

A=(AB)(AB),

et cette réunion est disjointe, puisque AB=AB ne rencontre pas B, donc pas AB. L'additivité donne P(A)=P(AB)+P(AB), d'où la formule.

d. Si BA, alors AB=B, et c devient P(AB)=P(A)P(B).

e. Supposons AB. D'après d appliqué au couple (B,A), on a P(BA)=P(B)P(A). Or une probabilité est à valeurs dans [0,1], donc P(BA)0, d'où P(B)P(A)0, c'est-à-dire P(A)P(B).

Exemple

Dans une entreprise, on choisit un salarié au hasard. On note A l'événement « le salarié est cadre » et B l'événement « le salarié a plus de dix ans d'ancienneté ». Le service des ressources humaines indique P(A)=0,22, P(B)=0,45 et P(AB)=0,14.

a. La probabilité que le salarié ne soit pas cadre vaut P(A)=10,22=0,78.

b. La probabilité qu'il soit cadre sans avoir dix ans d'ancienneté vaut

P(AB)=P(A)P(AB)=0,220,14=0,08.

c. La probabilité qu'il ait plus de dix ans d'ancienneté sans être cadre vaut

P(BA)=P(B)P(AB)=0,450,14=0,31.

d. Comme ABA, la croissance impose P(AB)P(A) : la donnée 0,140,22 est cohérente. Si l'énoncé avait annoncé P(AB)=0,30, il aurait été contradictoire, et le repérer aurait fait gagner beaucoup de temps.

Additivité finie et systèmes complets

Propriété

Additivité finie. Si A1,A2,,An sont des événements deux à deux incompatibles, alors

P(i=1nAi)=i=1nP(Ai).

Démonstration. Par récurrence sur n1.

Initialisation. Pour n=1, il n'y a rien à démontrer. Le cas n=2 est exactement l'axiome d'additivité.

Hérédité. Soit n2 ; supposons la propriété vraie au rang n et donnons-nous A1,,An+1 deux à deux incompatibles. Posons B=A1An. Les événements B et An+1 sont incompatibles : en effet, par distributivité de l'intersection sur la réunion,

BAn+1=(i=1nAi)An+1=i=1n(AiAn+1)=,

car chaque AiAn+1 est vide pour in, les événements étant deux à deux incompatibles. L'axiome d'additivité donne alors

P(BAn+1)=P(B)+P(An+1),

et l'hypothèse de récurrence fournit P(B)=i=1nP(Ai). En reportant, on obtient la formule au rang n+1.

Conclusion. La propriété est vraie pour tout n1.

Propriété

Soit (Ai)iI un système complet d'événements, I étant une partie finie de N. Alors

iIP(Ai)=1.

Démonstration. Les Ai sont deux à deux incompatibles, donc l'additivité finie s'applique et donne

iIP(Ai)=P(iIAi)=P(Ω)=1,

la deuxième égalité venant de la définition d'un système complet et la troisième de l'axiome de normalisation.

Remarque

C'est la vérification autonome la plus utile de tout le chapitre. Chaque fois que vous avez calculé les probabilités des morceaux d'un système complet, additionnez-les : si la somme ne vaut pas 1, un calcul au moins est faux. Cela vaut pour les branches d'un arbre, pour les cases d'un tableau croisé, pour les cas d'une disjonction.

Une probabilité est déterminée par les événements élémentaires

Propriété

Soit Ω={ω1,ω2,,ωN} un univers fini et soit P une probabilité sur P(Ω). Alors, pour tout événement A,

P(A)=ωAP({ω}).

Réciproquement, si p1,p2,,pN sont des réels positifs de somme 1, il existe une unique probabilité P sur P(Ω) telle que P({ωi})=pi pour tout i.

Démonstration. Premier point. Soit A un événement. Si A=, la somme est vide et vaut 0, ce qui est bien P(). Sinon, écrivons A={ωi1,,ωik}. Les événements élémentaires {ωi1},,{ωik} sont deux à deux incompatibles, puisque deux singletons distincts sont disjoints, et leur réunion est A. L'additivité finie donne exactement la formule annoncée.

Réciproque, unicité. Elle est contenue dans le premier point : la connaissance des P({ωi}) détermine P(A) pour tout A, donc deux probabilités qui coïncident sur les événements élémentaires sont égales.

Réciproque, existence. Définissons P(A)=ωiApi pour toute partie A de Ω. Cette somme est positive comme somme de réels positifs, et elle est majorée par i=1Npi=1 puisqu'on lui ajoute des termes positifs pour obtenir cette dernière : ainsi P est bien à valeurs dans [0,1]. On a P(Ω)=i=1Npi=1. Enfin, si A et B sont incompatibles, aucun indice i ne vérifie à la fois ωiA et ωiB, donc la somme portant sur AB se scinde en la somme sur A plus la somme sur B :

P(AB)=P(A)+P(B).

Les deux axiomes sont vérifiés : P est une probabilité, et P({ωi})=pi par construction.

Cette propriété est le mode d'emploi de la modélisation : pour définir une probabilité sur un univers fini, il suffit d'attribuer un poids à chaque résultat, ces poids étant positifs et de somme 1. Rien d'autre n'est à vérifier.

Exemple

Un dé à six faces est pipé de telle sorte que la probabilité d'obtenir une face soit proportionnelle au numéro de cette face.

Il existe donc un réel λ>0 tel que P({k})=λk pour tout k[ ⁣[1,6] ⁣]. La somme des poids doit valoir 1 :

k=16λk=λ×(1+2+3+4+5+6)=21λ=1,doncλ=121.

Ainsi P({k})=k21 pour tout k. On en déduit, par décomposition sur les événements élémentaires,

P({2,4,6})=221+421+621=1221=47,P({5,6})=521+621=1121.

La probabilité d'obtenir un résultat pair vaut donc 470,571, et non 12 : compter les cas favorables serait ici une faute, car il n'y a pas équiprobabilité.

Cas de l'équiprobabilité

Définition

On dit qu'il y a équiprobabilité sur l'univers fini Ω lorsque tous les événements élémentaires ont la même probabilité. La probabilité P est alors appelée probabilité uniforme sur Ω.

Propriété

Dans une situation d'équiprobabilité sur un univers Ω de cardinal N1, on a P({ω})=1N pour tout ω, et pour tout événement A :

P(A)=Card(A)Card(Ω)=nombre de cas favorablesnombre de cas possibles.

Démonstration. Notons p la valeur commune des P({ω}). Les événements élémentaires forment un système complet, donc la somme de leurs probabilités vaut 1 : on obtient Np=1, soit p=1N. Pour un événement A quelconque, la décomposition sur les événements élémentaires donne

P(A)=ωAP({ω})=ωA1N=Card(A)N,

puisqu'on additionne Card(A) termes tous égaux à 1N.

L'équiprobabilité n'est jamais une propriété automatique : c'est une hypothèse de modélisation, que l'énoncé suggère par des mots comme « au hasard », « équilibré », « bien mélangées », « indiscernables au toucher ». En rédaction, on l'annonce explicitement, par une phrase du type : « les membres étant tirés au sort, on munit Ω de la probabilité uniforme ».

Méthode

Choisir un univers et décider de l'équiprobabilité. Cette étape se rédige, elle ne se devine pas.

  1. Décrire un résultat de l'expérience en une phrase : qu'est-ce qu'on observe exactement ? Une liste ordonnée, un ensemble, un mot ?
  2. Écrire Ω en conséquence, en choisissant l'univers le plus détaillé compatible avec l'expérience, même si la question posée n'utilise pas tout ce détail.
  3. Justifier l'équiprobabilité par les termes de l'énoncé, ou constater qu'elle n'a pas lieu et attribuer des poids.
  4. Calculer Card(Ω) avec l'un des trois modèles de tirage.
  5. Compter les cas favorables en construisant le résultat favorable par étapes.
  6. Conclure par le quotient et simplifier la fraction.

Exemple

Un modèle correct et un modèle faux. On lance trois fois une pièce équilibrée et l'on s'intéresse au nombre de piles obtenus.

Modèle faux. On prend Ω1=[ ⁣[0,3] ⁣], l'ensemble des nombres de piles possibles, muni de l'équiprobabilité. Il vient alors « P(aucun pile)=14 ». Ce résultat est faux : les quatre valeurs 0, 1, 2, 3 n'ont aucune raison d'avoir la même probabilité.

Modèle correct. On prend Ω2={P,F}3, l'ensemble des mots de trois lettres, de cardinal 23=8. La pièce étant équilibrée et les lancers menés dans les mêmes conditions, l'équiprobabilité est ici légitime : chaque mot a la probabilité 18. L'événement « aucun pile » est le singleton {FFF}, donc

P(aucun pile)=18.

De même, « exactement deux piles » correspond aux mots comportant exactement deux lettres P, qui sont au nombre de (32)=3, à savoir PPF, PFP et FPP :

P(exactement deux piles)=38.

Moralité. L'équiprobabilité se pose sur l'univers détaillé, celui qui distingue les lancers, jamais sur un univers déjà résumé.

Exemple

Le tirage au sort du bureau. Une association compte 12 membres, dont 7 femmes et 5 hommes. On tire au sort 4 membres, simultanément, pour former le bureau.

L'univers est l'ensemble des parties à 4 éléments de l'ensemble des membres, de cardinal (124)=495, et le tirage au sort justifie l'équiprobabilité.

a. Le bureau est exclusivement féminin. Il faut choisir 4 femmes parmi 7 : (74)=35 cas favorables, d'où une probabilité de 35495=7990,071.

b. Le bureau compte exactement deux femmes. On choisit 2 femmes parmi 7 et 2 hommes parmi 5 : (72)(52)=21×10=210 cas, d'où 210495=14330,424.

c. Le bureau compte au moins un homme. L'événement contraire est « le bureau est exclusivement féminin », traité en a : la probabilité vaut 1799=92990,929.

d. Un membre donné, disons la présidente sortante, fait partie du bureau. Il faut compléter par 3 membres choisis parmi les 11 autres : (113)=165 cas, d'où 165495=13.

Le résultat d admet une lecture immédiate : chacun des 12 membres a la même chance de figurer parmi les 4 tirés, donc cette chance vaut 412=13. Retrouver un résultat par deux chemins est le meilleur contrôle qui soit.

Formule du crible

Propriété

Formule du crible pour deux événements. Pour tous événements A et B,

P(AB)=P(A)+P(B)P(AB).

Démonstration. Décomposons la réunion en deux morceaux disjoints :

AB=A(BA),avecA(BA)=.

L'axiome d'additivité donne P(AB)=P(A)+P(BA).

Il reste à exprimer P(BA), ce qui est exactement la propriété c établie plus haut, appliquée au couple (B,A) :

P(BA)=P(B)P(AB).

En reportant dans la première égalité, on obtient la formule annoncée.

L'interprétation est limpide : en additionnant P(A) et P(B), on compte deux fois les résultats qui réalisent à la fois A et B ; on retire donc une fois P(AB). Si A et B sont incompatibles, le terme correctif est nul et l'on retrouve l'axiome d'additivité.

Propriété

Sous-additivité. Pour tous événements A et B, on a P(AB)P(A)+P(B).

Démonstration. La formule du crible donne P(AB)=P(A)+P(B)P(AB), et P(AB)0 puisqu'une probabilité est positive. On soustrait donc un nombre positif.

Propriété

Formule du crible pour trois événements. Pour tous événements A, B et C,

P(ABC)=P(A)+P(B)+P(C)P(AB)P(AC)P(BC)+P(ABC).

Démonstration. On applique la formule du crible à deux événements, d'abord au couple (AB,  C) :

P(ABC)=P((AB)C)=P(AB)+P(C)P((AB)C).

Le premier terme se développe par le crible : P(AB)=P(A)+P(B)P(AB).

Pour le dernier, la distributivité de l'intersection sur la réunion donne

(AB)C=(AC)(BC),

et une nouvelle application du crible, aux deux événements AC et BC, donne

P((AB)C)=P(AC)+P(BC)P((AC)(BC)).

Or (AC)(BC)=ABC, puisque CC=C. En reportant les deux développements :

P(ABC)=(P(A)+P(B)P(AB))+P(C)(P(AC)+P(BC)P(ABC)),

ce qui est exactement la formule annoncée après suppression des parenthèses.

La structure de la formule se retient : on additionne les probabilités une à une, on retranche celles des intersections deux à deux, on rajoute celle de l'intersection des trois. Le programme s'arrête à trois événements ; au-delà, on passe à l'événement contraire ou l'on découpe à l'aide d'un système complet.

Exemple

Une enseigne interroge ses clients. On note A : « le client possède la carte de fidélité », B : « le client a déjà commandé en ligne », C : « le client est abonné à la lettre d'information ». Le service statistique fournit

P(A)=0,45,P(B)=0,38,P(C)=0,30,P(AB)=0,22,P(AC)=0,18,P(BC)=0,15,P(ABC)=0,10.

a. La probabilité qu'un client soit fidélisé ou ait commandé en ligne vaut

P(AB)=0,45+0,380,22=0,61.

b. La probabilité qu'il relève d'au moins un des trois profils vaut

P(ABC)=(0,45+0,38+0,30)(0,22+0,18+0,15)+0,10=1,130,55+0,10=0,68.

c. La probabilité qu'il ne relève d'aucun des trois vaut donc, en passant au contraire,

P(ABC)=P(ABC)=10,68=0,32.

d. Contrôle. La probabilité qu'un client soit fidélisé et seulement cela vaut

P(A)P(AB)P(AC)+P(ABC)=0,450,220,18+0,10=0,15,

qui est bien positive, comme doivent l'être toutes les quantités de ce type : c'est un test de cohérence des données de l'énoncé.

Probabilité conditionnelle

Définition

Une information partielle modifie une probabilité. Si l'on sait déjà que l'événement A est réalisé, les résultats extérieurs à A deviennent impossibles, et il faut redistribuer la masse totale 1 sur A seul : c'est exactement ce que fait la définition suivante, en divisant par P(A) pour ramener la masse de A à 1.

Définition

Soient A et B deux événements, avec P(A)0. On appelle probabilité de B sachant A le réel

PA(B)=P(AB)P(A).

La notation P(BA) se rencontre dans d'autres ouvrages ; on emploiera systématiquement PA(B), qui a l'avantage de faire apparaître PA comme une probabilité à part entière, ce que la sous-section suivante démontre. L'hypothèse P(A)0 est indispensable : conditionner par un événement de probabilité nulle n'a aucun sens, et écrire PA(B) sans avoir vérifié que P(A)0 est une faute de rédaction.

Exemple

On lance un dé équilibré, donc Ω=[ ⁣[1,6] ⁣] muni de la probabilité uniforme. Soit A : « le résultat est pair », et B : « le résultat est au moins égal à 4 ». On a A={2,4,6} et B={4,5,6}, donc

P(A)=36=12,AB={4,6},P(AB)=26=13.

Ainsi

PA(B)=1/31/2=23.

Sachant que le résultat est pair, il y a deux chances sur trois qu'il soit au moins égal à 4, alors que sans information cette probabilité valait P(B)=12. L'information a modifié la probabilité.

On peut aussi retrouver ce résultat directement : sachant que le résultat est pair, il ne reste que trois issues possibles, 2, 4 et 6, également probables, dont deux réalisent B.

Tableaux croisés

Un tableau croisé d'effectifs est la façon la plus concrète de lire des probabilités conditionnelles : conditionner, c'est se restreindre à une ligne ou à une colonne du tableau.

Exemple

Une entreprise de 200 salariés répartit son effectif selon le statut et le mode de travail.

Cadre Non-cadre Total
Télétravail 48 42 90
Sur site 32 78 110
Total 80 120 200

On choisit un salarié au hasard, avec équiprobabilité. Notons C : « le salarié est cadre » et T : « le salarié est en télétravail ».

a. Les probabilités simples se lisent dans la ligne et la colonne des totaux :

P(C)=80200=0,4,P(T)=90200=0,45.

b. La probabilité de l'intersection se lit dans une case intérieure :

P(CT)=48200=0,24.

c. Conditionner par C, c'est se restreindre à la colonne des cadres, qui compte 80 salariés :

PC(T)=4880=35=0,6.

On retrouve bien la définition : P(CT)P(C)=0,240,4=0,6.

d. Conditionner par T, c'est se restreindre à la ligne du télétravail, qui compte 90 salariés :

PT(C)=4890=8150,533.

Les deux nombres PC(T)=0,6 et PT(C)0,533 sont différents : ils ne répondent pas à la même question. Le premier dit quelle proportion des cadres télétravaille, le second dit quelle proportion des télétravailleurs est cadre.

Remarque

Ne confondez jamais PA(B) et PB(A). C'est l'erreur la plus fréquente et la plus lourde du chapitre, parce qu'elle est invisible : les deux quantités se calculent avec le même numérateur P(AB) et diffèrent seulement par le dénominateur. Une phrase comme « 80 % des malades ont ce symptôme » ne dit rien de la proportion de porteurs du symptôme qui sont malades ; en général les deux nombres n'ont même pas le même ordre de grandeur, comme le montrera l'exemple de la détection de fraude. En rédaction, écrivez toujours l'événement conditionnant en indice avant de calculer, cela évite l'inversion.

La probabilité conditionnelle est une probabilité

Propriété

Soit A un événement de probabilité non nulle. L'application

PA:P(Ω)[0,1],BP(AB)P(A)

est une probabilité sur P(Ω).

Démonstration. Les valeurs appartiennent à [0,1]. Le quotient est positif comme quotient d'un réel positif par un réel strictement positif. De plus ABA, donc la croissance donne P(AB)P(A), et en divisant par P(A)>0 on obtient PA(B)1.

Normalisation. On a AΩ=A, donc

PA(Ω)=P(AΩ)P(A)=P(A)P(A)=1.

Additivité. Soient B et C deux événements incompatibles. Les événements AB et AC sont alors incompatibles eux aussi, car

(AB)(AC)BC=.

Par distributivité, A(BC)=(AB)(AC), donc l'axiome d'additivité appliqué à P donne

PA(BC)=P(A(BC))P(A)=P(AB)+P(AC)P(A)=PA(B)+PA(C).

Les deux axiomes sont vérifiés : PA est une probabilité.

Cette propriété n'est pas une curiosité théorique, c'est un outil de calcul quotidien : tous les résultats démontrés jusqu'ici s'appliquent à PA. En particulier, pour tous événements B et C :

a. PA()=0 et PA(A)=1.

b. PA(B)=1PA(B).

c. PA(BC)=PA(B)+PA(C)PA(BC).

d. Si BC, alors PA(B)PA(C).

En revanche, rien ne relie PA(B) et PA(B) : l'égalité PA(B)=1PA(B) est fausse en général. Le passage au contraire est licite sur l'événement conditionné, jamais sur l'événement conditionnant. Le tableau croisé de l'entreprise en donne un contre-exemple immédiat : PC(T)=0,6 tandis que PC(T)=42120=0,35, qui n'est pas 10,6=0,4.

Formule des probabilités composées

Propriété

Cas de deux événements. Si P(A)0, alors

P(AB)=P(A)×PA(B).

Cas général. Soient A1,A2,,An des événements tels que P(A1A2An1)0. Alors

P(i=1nAi)=P(A1)×PA1(A2)×PA1A2(A3)××PA1An1(An).

Démonstration. Le cas de deux événements est la définition de PA(B), multipliée par P(A).

Observons d'abord que l'hypothèse rend tous les conditionnements licites : pour 1kn1, on a l'inclusion A1An1A1Ak, donc par croissance

P(A1Ak)P(A1An1)>0.

Démontrons la formule par récurrence sur n2.

Initialisation. Pour n=2, c'est le cas déjà traité.

Hérédité. Soit n2 ; supposons la formule vraie au rang n pour toute famille d'événements vérifiant l'hypothèse. Donnons-nous A1,,An+1 tels que P(A1An)0, et posons B=A1An. Comme P(B)0, le cas de deux événements donne

P(BAn+1)=P(B)×PB(An+1).

Par ailleurs P(A1An1)P(B)>0, donc l'hypothèse de récurrence s'applique à la famille A1,,An et fournit

P(B)=P(A1)×PA1(A2)××PA1An1(An).

En reportant, et en remarquant que PB(An+1)=PA1An(An+1), on obtient la formule au rang n+1.

Conclusion. La formule est vraie pour tout n2.

C'est la formule des expériences en chaîne : chaque facteur est la probabilité de l'étape suivante, sachant tout ce qui s'est passé avant.

Exemple

Un entrepôt contient 12 articles, dont 3 sont défectueux. Un contrôleur en prélève 3, successivement et sans remise. Notons Bi l'événement « le i-ème article prélevé est en bon état ».

La probabilité que les trois articles soient en bon état vaut

P(B1B2B3)=P(B1)×PB1(B2)×PB1B2(B3)=912×811×710=5041320=21550,382.

Après un premier prélèvement correct, il reste 11 articles dont 8 en bon état, d'où le deuxième facteur ; après deux prélèvements corrects, il reste 10 articles dont 7 en bon état, d'où le troisième.

Contrôle par un autre chemin. En raisonnant en tirage simultané, l'univers a (123)=220 éléments et les cas favorables sont les (93)=84 choix de trois articles parmi les neuf bons, d'où une probabilité de 84220=2155. Les deux modèles décrivent la même expérience et donnent bien le même résultat.

L'arbre pondéré

L'arbre est la mise en forme graphique de la formule des probabilités composées ; il n'a rien d'un objet nouveau, mais il évite les oublis et rend visibles tous les cas.

Arbre pondéré à deux niveaux : première branche A de probabilité 0,3 et A barre de probabilité 0,7, puis sous A les branches B de probabilité 0,8 et B barre de probabilité 0,2, et sous A barre les branches B de probabilité 0,1 et B barre de probabilité 0,9

Méthode

Construire et exploiter un arbre pondéré. Trois règles, et une vérification.

  1. Premier niveau : un système complet. Les branches issues de la racine portent les probabilités simples des événements d'un système complet, en général (A,A). Leur somme vaut 1.
  2. Niveaux suivants : des probabilités conditionnelles. Les branches issues d'un nœud portent les probabilités conditionnelles sachant tout ce qui précède sur le chemin. La somme des branches issues d'un même nœud vaut toujours 1.
  3. Probabilité d'un chemin : on multiplie. C'est la formule des probabilités composées.
  4. Probabilité d'un événement : on additionne les probabilités des chemins qui le réalisent. C'est la formule des probabilités totales.

Vérification obligatoire : la somme des probabilités de tous les chemins vaut 1, puisque les extrémités de l'arbre forment un système complet.

Exemple

Un organisme de formation prépare à un examen. Parmi les candidats inscrits, 30 % ont suivi le stage de préparation. Parmi ceux qui l'ont suivi, 80 % réussissent l'examen ; parmi les autres, seulement 10 % le réussissent.

Notons A : « le candidat a suivi le stage » et B : « le candidat réussit l'examen ». L'énoncé fournit

P(A)=0,3,P(A)=0,7,PA(B)=0,8,PA(B)=0,1,

et par passage au contraire sur l'événement conditionné, PA(B)=0,2 et PA(B)=0,9. C'est exactement l'arbre représenté ci-dessus. Il comporte quatre chemins.

Chemin Probabilité du chemin
A puis B 0,3×0,8=0,24
A puis B 0,3×0,2=0,06
A puis B 0,7×0,1=0,07
A puis B 0,7×0,9=0,63

Vérification. 0,24+0,06+0,07+0,63=1.

La probabilité qu'un candidat réussisse est la somme des deux chemins menant à B :

P(B)=0,24+0,07=0,31.

Autrement dit, 31 % des candidats réussissent l'examen. On en déduit P(B)=10,31=0,69, ce que confirment les deux chemins menant à B : 0,06+0,63=0,69.

Formule des probabilités totales

Propriété

Formule des probabilités totales. Soit (Ai)iI un système complet d'événements, I étant une partie finie de N. Pour tout événement B,

P(B)=iIP(BAi).

Si de plus P(Ai)0 pour tout i, alors

P(B)=iIP(Ai)PAi(B).

Démonstration. Puisque la réunion des Ai vaut Ω, la distributivité de l'intersection sur la réunion donne

B=BΩ=B(iIAi)=iI(BAi).

Ces événements sont deux à deux incompatibles : pour ij,

(BAi)(BAj)AiAj=.

L'additivité finie donne alors P(B)=iIP(BAi).

Si tous les Ai sont de probabilité non nulle, la formule des probabilités composées donne P(BAi)=P(Ai)PAi(B) pour chaque i, d'où la seconde écriture.

Lorsque certains Ai sont de probabilité nulle, la première écriture reste valable telle quelle : les termes correspondants sont nuls, puisque BAiAi entraîne P(BAi)P(Ai)=0. On peut donc toujours se ramener à la seconde écriture en ne conservant que les indices pour lesquels P(Ai)0.

Exemple

Le cas le plus fréquent : le système complet (A,A). Si 0<P(A)<1, alors pour tout événement B,

P(B)=P(A)PA(B)+P(A)PA(B).

C'est la formule utilisée pour l'organisme de formation :

P(B)=0,3×0,8+0,7×0,1=0,24+0,07=0,31.

Méthode

Conditionner par un système complet. C'est la méthode reine dès qu'une expérience se déroule en deux temps, ou qu'une information manque.

  1. Repérer l'information manquante : « de quel fournisseur vient la pièce ? », « le candidat a-t-il suivi le stage ? », « quelle urne a-t-on choisie ? ».
  2. Construire le système complet correspondant : les cas possibles, deux à deux incompatibles, couvrant toutes les situations. Écrire cette double vérification.
  3. Vérifier que l'énoncé donne bien les P(Ai) et les PAi(B) : ce sont les données naturelles d'un énoncé, souvent exprimées en pourcentages.
  4. Appliquer la formule et calculer.
  5. Contrôler : le résultat est une probabilité, donc un réel de [0,1], et il se situe nécessairement entre le plus petit et le plus grand des PAi(B), puisque c'est une moyenne pondérée de ces nombres.

Exemple

Une entreprise s'approvisionne auprès de trois fournisseurs, et d'eux seuls. Le fournisseur F1 livre 50 % des pièces, F2 en livre 30 % et F3 les 20 % restants. Les taux de pièces défectueuses sont respectivement 2 %, 4 % et 5 %. On prélève une pièce au hasard dans le stock et l'on note D l'événement « la pièce est défectueuse ».

La famille (F1,F2,F3) est un système complet : une pièce provient d'un fournisseur et d'un seul, et il n'y en a pas d'autre. Les données sont

P(F1)=0,5,P(F2)=0,3,P(F3)=0,2,PF1(D)=0,02,PF2(D)=0,04,PF3(D)=0,05.

La formule des probabilités totales donne

P(D)=0,5×0,02+0,3×0,04+0,2×0,05=0,010+0,012+0,010=0,032.

Le taux global de pièces défectueuses est donc de 3,2 %. Ce nombre est bien compris entre 0,02 et 0,05, comme doit l'être une moyenne pondérée des trois taux : le contrôle passe.

Remarque

Vérifiez toujours que le système est complet. Dans l'exemple précédent, un candidat pressé qui n'utiliserait que les deux premiers fournisseurs obtiendrait

0,5×0,02+0,3×0,04=0,022,

un résultat faux, et faux par défaut : la réunion F1F2 n'est pas Ω. L'erreur symétrique consiste à utiliser des événements qui se chevauchent, par exemple « le client est jeune » et « le client habite en ville » : la somme compte alors deux fois les jeunes citadins et dépasse la vraie valeur. Les deux conditions, incompatibilité et recouvrement, doivent être écrites.

Formule de Bayes

Les probabilités totales calculent la probabilité d'une conséquence à partir de celle des causes. La formule de Bayes fait le chemin inverse : elle calcule la probabilité d'une cause, sachant la conséquence observée.

Propriété

Formule de Bayes. Soient A et B deux événements de probabilités non nulles. Alors

PB(A)=P(A)PA(B)P(B).

Version avec un système complet. Si (A1,,An) est un système complet d'événements de probabilités non nulles et si P(B)0, alors pour tout indice j :

PB(Aj)=P(Aj)PAj(B)i=1nP(Ai)PAi(B).

Démonstration. Par définition de la probabilité conditionnelle, puis par la formule des probabilités composées appliquée à AB dans l'autre sens :

PB(A)=P(AB)P(B)=P(A)PA(B)P(B).

Pour la seconde version, on applique la première avec A=Aj, et l'on remplace le dénominateur P(B) par son expression donnée par la formule des probabilités totales.

Méthode

Reconnaître un exercice de probabilités totales puis de Bayes. Le signal est toujours le même : l'énoncé donne des probabilités « dans un sens » et en demande une « dans l'autre sens ».

  1. Repérer le sens des données. Un énoncé du type « parmi les X, une proportion p sont Y » donne PX(Y). La question « sachant qu'un individu est Y, quelle est la probabilité qu'il soit X ? » demande PY(X) : les deux sens sont inversés, il faudra Bayes.
  2. Ne jamais retenir la formule telle quelle, la reconstruire en trois lignes :
  • écrire la définition, PB(A)=P(AB)P(B) ;
  • calculer le numérateur par les probabilités composées, dans le sens où l'énoncé donne les données : P(AB)=P(A)PA(B) ;
  • calculer le dénominateur par les probabilités totales, avec le système complet des causes.
  1. Contrôler : les probabilités conditionnelles PB(A1),,PB(An) des différentes causes doivent avoir pour somme 1, puisque (A1,,An) est un système complet et que PB est une probabilité.

Exemple

Suite de l'organisme de formation. Un candidat a réussi l'examen. Quelle est la probabilité qu'il ait suivi le stage de préparation ?

On cherche PB(A). Les deux quantités nécessaires sont déjà calculées : le numérateur P(AB)=0,3×0,8=0,24, et le dénominateur P(B)=0,31. Donc

PB(A)=0,240,31=24310,774.

Ainsi, environ 77,4 % des candidats reçus ont suivi le stage, alors que le stage ne concerne que 30 % des inscrits : la réussite est un indice très fort d'avoir suivi la préparation.

Contrôle. La probabilité complémentaire vaut

PB(A)=0,070,31=7310,226,

et l'on a bien 2431+731=1.

On peut aussi inverser l'autre conditionnement : parmi les candidats qui échouent,

PB(A)=0,060,69=669=2230,087,

soit moins de 9 % de stagiaires. Les deux nombres 0,774 et 0,087 montrent à quel point l'information « le candidat a réussi » modifie le jugement.

Exemple

Les trois fournisseurs, dans l'autre sens. Une pièce prélevée se révèle défectueuse. De quel fournisseur vient-elle le plus probablement ?

On reprend P(D)=0,032 et les trois numérateurs déjà calculés :

PD(F1)=0,0100,032=1032=516=0,3125,PD(F2)=0,0120,032=1232=38=0,375,PD(F3)=0,0100,032=516=0,3125.

Contrôle. 0,3125+0,375+0,3125=1 : la somme vaut bien 1.

Le fournisseur le plus probablement en cause est F2, alors qu'il ne livre que 30 % des pièces et que ce n'est pas lui qui a le plus mauvais taux de défaut. C'est le produit du volume par le taux qui compte, et non l'un ou l'autre isolément : F1 livre beaucoup mais très proprement, F3 livre mal mais peu.

Exemple

Un résultat contre-intuitif : la détection de fraude. Une banque surveille les paiements par carte. Une transaction sur mille est frauduleuse. L'algorithme de détection signale 99 % des transactions frauduleuses, mais signale aussi, à tort, 2 % des transactions honnêtes.

Notons F : « la transaction est frauduleuse » et S : « la transaction est signalée ». Les données sont P(F)=0,001, PF(S)=0,99 et PF(S)=0,02. La formule des probabilités totales, avec le système complet (F,F), donne

P(S)=0,001×0,99+0,999×0,02=0,00099+0,01998=0,02097.

Puis la formule de Bayes :

PS(F)=0,000990,02097=992097=112330,047.

Une transaction signalée n'a donc qu'environ 4,7 % de chances d'être réellement frauduleuse, alors que l'algorithme détecte 99 % des fraudes. L'explication tient au déséquilibre des effectifs : les fraudes sont si rares que les 2 % de fausses alertes, prélevés sur l'immense majorité honnête, sont vingt fois plus nombreuses que les vraies détections. Confondre PF(S)=0,99 et PS(F)0,047 conduirait à bloquer massivement des clients innocents.

Indépendance en probabilité

Indépendance de deux événements

Définition

Deux événements A et B sont dits indépendants pour la probabilité P lorsque

P(AB)=P(A)×P(B).

Propriété

Soient A et B deux événements, avec P(A)0. Alors

A et B sont indeˊpendants    PA(B)=P(B).

Démonstration. Comme P(A)0, on peut diviser par P(A) sans changer la valeur de vérité d'une égalité :

P(AB)=P(A)P(B)    P(AB)P(A)=P(B)    PA(B)=P(B).

C'est la lecture intuitive de la notion : savoir que A est réalisé ne change pas la probabilité de B. On retiendra cependant la définition sous sa forme produit, qui est symétrique en A et B et qui ne suppose aucune probabilité non nulle.

L'indépendance est une propriété numérique, relative à la probabilité choisie ; elle n'exprime aucune absence de lien causal, et elle peut disparaître si l'on change de probabilité sur le même univers.

Méthode

Démontrer une indépendance, ou l'infirmer. On ne se fie jamais à l'intuition : on calcule les trois nombres.

  1. Calculer P(A), en revenant au modèle.
  2. Calculer P(B), de même.
  3. Calculer P(AB), en décrivant précisément l'événement « A et B ».
  4. Comparer P(AB) et le produit P(A)×P(B). Égalité : les événements sont indépendants, et on l'écrit. Inégalité : ils ne le sont pas, et il suffit d'exhiber les deux nombres différents.

Variante lorsque P(A)0 : comparer PA(B) et P(B), ce qui est parfois plus rapide à lire sur un tableau croisé ou sur un arbre. Jamais de raisonnement du type « ces deux phénomènes n'ont rien à voir, donc les événements sont indépendants » : c'est une justification qui ne vaut aucun point.

Exemple

a. Deux dés. On lance deux dés équilibrés, avec Ω=[ ⁣[1,6] ⁣]2 muni de l'équiprobabilité, donc Card(Ω)=36. Soit A : « le premier dé donne un résultat pair » et B : « le second dé donne 5 ou 6 ». Alors

P(A)=1836=12,P(B)=1236=13,P(AB)=3×236=636=16.

Comme 12×13=16, les événements A et B sont indépendants. Ce n'était pas une surprise : ils portent sur deux dés différents.

b. Un seul dé, et pourtant indépendants. On lance un seul dé équilibré, et l'on pose A={1,2,3,4} et B={2,4,6}. Alors

P(A)=46=23,P(B)=36=12,AB={2,4},P(AB)=26=13.

Or 23×12=13 : les deux événements sont indépendants, bien qu'ils portent sur le même lancer. L'indépendance est une coïncidence numérique, pas une séparation physique.

c. Le tableau croisé de l'entreprise. Avec C : « le salarié est cadre » et T : « il est en télétravail », on avait P(C)=0,4, P(T)=0,45 et P(CT)=0,24. Or P(C)×P(T)=0,4×0,45=0,180,24 : les deux événements ne sont pas indépendants. Le statut de cadre et le télétravail sont liés dans cette entreprise. Pour qu'ils soient indépendants, il aurait fallu 0,18×200=36 cadres en télétravail au lieu de 48.

Exemple

L'indépendance dépend de la probabilité. Prenons Ω={1,2,3,4}, A={1,2} et B={1,3}.

Avec la probabilité uniforme. On a P(A)=P(B)=12 et P(AB)=P({1})=14=12×12 : les événements A et B sont indépendants.

Avec une autre probabilité. Munissons Ω des poids P({1})=0,4, P({2})=0,1, P({3})=0,2 et P({4})=0,3, dont la somme vaut bien 1. Alors P(A)=0,5, P(B)=0,6 et P(AB)=0,4, tandis que P(A)×P(B)=0,30. Les mêmes événements ne sont plus indépendants.

L'indépendance n'est donc pas une propriété des ensembles A et B : c'est une propriété du triplet (A,B,P).

Indépendance et incompatibilité

Propriété

Soient A et B deux événements incompatibles, de probabilités non nulles. Alors A et B ne sont pas indépendants.

Démonstration. L'incompatibilité donne AB=, donc P(AB)=P()=0. Par ailleurs P(A)P(B)>0, comme produit de deux réels strictement positifs. Les deux quantités sont donc différentes, et la définition de l'indépendance n'est pas satisfaite.

Remarque

Incompatible et indépendant ne sont pas synonymes, et ne sont même pas compatibles. Ce sont deux notions de nature différente :

  • l'incompatibilité est une propriété ensembliste : elle ne dépend que de A et B, pas de P, et elle se vérifie en regardant si les deux ensembles se rencontrent ;
  • l'indépendance est une propriété numérique : elle dépend de P, et elle se vérifie par un calcul.

En un sens, ces deux notions sont opposées : si A et B sont incompatibles, apprendre que A est réalisé fait tomber la probabilité de B à zéro, ce qui est une dépendance maximale. Confondre les deux mots, ou écrire « A et B sont incompatibles donc P(AB)=P(A)P(B) », est une faute lourde.

Stabilité par passage au contraire

Propriété

Si A et B sont indépendants, alors les couples (A,B), (A,B) et (A,B) sont eux aussi formés d'événements indépendants.

Démonstration. Supposons P(AB)=P(A)P(B).

Le couple (A,B). Les événements AB et AB sont incompatibles, car leur intersection est incluse dans AA=, et leur réunion vaut B :

(AB)(AB)=(AA)B=ΩB=B.

L'axiome d'additivité donne donc P(B)=P(AB)+P(AB), d'où

P(AB)=P(B)P(AB)=P(B)P(A)P(B)=P(B)(1P(A))=P(A)P(B).

Ainsi A et B sont indépendants.

Le couple (A,B). La définition de l'indépendance étant symétrique en A et B, il suffit d'échanger les rôles des deux événements dans le raisonnement précédent.

Le couple (A,B). On applique le premier point au couple indépendant (A,B), ce qui donne l'indépendance de A et B.

Exemple

Un site marchand estime que la probabilité qu'un visiteur crée un compte est 0,20 et que la probabilité qu'il ouvre la lettre d'information est 0,35, ces deux événements A et B étant supposés indépendants. Alors

P(AB)=P(A)P(B)=0,80×0,65=0,52.

La probabilité qu'un visiteur fasse au moins l'une des deux choses vaut donc 10,52=0,48. On peut aussi le vérifier par le crible :

P(AB)=0,20+0,350,20×0,35=0,550,07=0,48.

Indépendance mutuelle d'une famille finie

Définition

Soit n2. Les événements A1,A2,,An sont dits mutuellement indépendants lorsque, pour toute partie I de [ ⁣[1,n] ⁣] contenant au moins deux éléments,

P(iIAi)=iIP(Ai).

Il ne suffit donc pas de vérifier l'égalité pour l'intersection de tous les événements, ni même pour tous les couples : toutes les sous-familles doivent la vérifier. Pour trois événements A, B, C, cela fait quatre égalités : les trois égalités deux à deux, et P(ABC)=P(A)P(B)P(C).

Propriété

Si A1,,An sont mutuellement indépendants, alors ils sont deux à deux indépendants. La réciproque est fausse.

Démonstration. L'implication est immédiate : les parties I à deux éléments figurent parmi celles que la définition considère. La fausseté de la réciproque se voit sur un contre-exemple, donné ci-dessous.

Exemple

Deux à deux n'implique pas mutuellement. On lance deux dés équilibrés, avec Ω=[ ⁣[1,6] ⁣]2 muni de l'équiprobabilité. Posons

  • A : « le premier dé donne un résultat pair » ;
  • B : « le second dé donne un résultat pair » ;
  • C : « la somme des deux résultats est paire ».

Chacun de ces trois événements a pour probabilité 12. C'est clair pour A et pour B ; pour C, la somme est paire si et seulement si les deux résultats ont la même parité, ce qui correspond à 9+9=18 couples, donc P(C)=1836=12.

Les intersections deux à deux valent toutes 14 :

P(AB)=936=14,

et comme « premier pair et somme paire » équivaut à « les deux pairs », on a aussi P(AC)=936=14, et de même P(BC)=14. Chacune vaut bien 12×12 : les trois événements sont deux à deux indépendants.

Pourtant ABC=AB, puisque deux résultats pairs ont toujours une somme paire, donc

P(ABC)=1418=P(A)P(B)P(C).

Les trois événements ne sont donc pas mutuellement indépendants, ce qui se comprend : A et B réalisés entraînent C, il y a bien un lien.

Propriété

Stabilité par passage au contraire. Si A1,,An sont mutuellement indépendants, alors les événements B1,,Bn le sont encore, où chaque Bi désigne soit Ai, soit son contraire Ai.

Démonstration. Cas n=2. C'est exactement la propriété démontrée à la sous-section précédente : si A1 et A2 sont indépendants, alors les couples (A1,A2), (A1,A2) et (A1,A2) le sont aussi.

Cas général. On remplace les Ai par leur contraire un par un, et il suffit donc de traiter le remplacement d'un seul, disons A1 par A1. Soit I une partie de [ ⁣[1,n] ⁣] contenant au moins deux éléments. Si 1I, l'égalité à vérifier est celle de l'hypothèse et il n'y a rien à faire. Si 1I, posons J=I{1} et D=iJAi. Les événements A1D et A1D sont incompatibles et de réunion D, donc l'additivité donne

P(A1D)=P(D)P(A1D)=iJP(Ai)P(A1)iJP(Ai)=P(A1)iJP(Ai),

en utilisant deux fois l'indépendance mutuelle des Ai, une fois pour la famille J et une fois pour la famille I. C'est bien l'égalité voulue. En répétant l'opération pour chaque indice dont on veut prendre le contraire, on obtient le résultat.

Ce résultat sert constamment : c'est lui qui autorise à écrire, pour des événements mutuellement indépendants,

P(A1A2An)=i=1n(1P(Ai)),

donc à calculer une probabilité du type « au moins un des Ai est réalisé » par passage au contraire.

Méthode

Calculer « au moins un » avec des événements mutuellement indépendants.

  1. Traduire : « au moins un » est le contraire de « aucun ».
  2. Passer au contraire avec la loi de De Morgan :
P(A1An)=1P(A1An).
  1. Transformer l'intersection en produit, grâce à la stabilité de l'indépendance mutuelle par passage au contraire.
  2. Conclure : P(A1An)=1i=1n(1P(Ai)).

En pratique, l'indépendance mutuelle n'est presque jamais démontrée : elle est posée comme hypothèse de modélisation, sous la forme « les épreuves sont indépendantes », « les composants tombent en panne indépendamment les uns des autres », « les tirages ont lieu avec remise ». Cette hypothèse doit être écrite explicitement dans la rédaction, car c'est elle, et elle seule, qui autorise les produits.

Exemple

Un atelier comporte 5 machines qui fonctionnent indépendamment les unes des autres. Chacune tombe en panne au cours d'une journée avec la probabilité 0,03. Notons Ai l'événement « la machine numéro i tombe en panne ».

La probabilité qu'aucune machine ne tombe en panne vaut

P(A1A5)=i=15(10,03)=0,9750,859,

donc la probabilité qu'au moins une machine tombe en panne vaut

10,9750,141.

Avec seulement 3 % de risque par machine, l'atelier connaît une panne environ un jour sur sept. La multiplication des équipements dégrade la fiabilité de l'ensemble, et c'est précisément ce que le calcul quantifie.

Remarque

Attention à ne pas confondre les trois « produits » du chapitre, qui n'ont pas les mêmes conditions d'emploi :

  • P(AB)=P(A)×PA(B) : la formule des probabilités composées, toujours vraie dès que P(A)0 ;
  • P(AB)=P(A)×P(B) : la définition de l'indépendance, jamais une règle de calcul générale ;
  • P(A)×PA(B) figurant comme un terme dans une somme : la formule des probabilités totales.

Multiplier deux probabilités sans avoir écrit et justifié une hypothèse d'indépendance est la faute qui coûte le plus de points aux concours.

Ce qu'il faut savoir faire

En statistiques

  • Employer le vocabulaire exact : population, individu, échantillon, caractère quantitatif discret, continu ou qualitatif, et savoir dire lequel autorise un calcul de moyenne.
  • Compléter un tableau de série statistique : effectifs, fréquences, fréquences cumulées, et vérifier que la somme des fréquences vaut 1.
  • Tracer et lire un diagramme en bâtons et une fonction de répartition en escalier, en plaçant correctement les points pleins et les points creux.
  • Déterminer un quantile à partir des fréquences cumulées : le plus petit vj tel que Fjα, cas d'égalité compris. En particulier la médiane, Q1, Q3, D1 et D9.
  • Construire et lire une boîte à moustaches, en donnant les cinq nombres, l'étendue et l'écart interquartile, et en commentant la symétrie.
  • Calculer xˉ, sx2 et sx à partir d'un tableau d'effectifs, par la formule de Koenig, et contrôler la vraisemblance des résultats.
  • Appliquer une transformation affine : yˉ=axˉ+b, sy=asx, et les quantiles pour a>0.
  • Interpréter : distinguer position et dispersion, savoir pourquoi la médiane résiste aux valeurs extrêmes et pas la moyenne.

En probabilités

  • Choisir un univers fini adapté à l'expérience, le décrire par une phrase et calculer son cardinal.
  • Justifier ou refuser l'équiprobabilité, et l'annoncer explicitement dans la rédaction.
  • Traduire un énoncé en événements avec le dictionnaire des connecteurs logiques, et utiliser De Morgan devant « au moins un ».
  • Vérifier qu'une famille est un système complet : incompatibilité deux à deux et réunion égale à Ω, les deux points écrits.
  • Calculer avec les coefficients binomiaux : symétrie, formule de Pascal, formule explicite, et somme d'une ligne du triangle par double comptage.
  • Compter les tirages selon les trois modèles, en identifiant d'abord s'il y a remise, puis si l'ordre intervient.
  • Démontrer les propriétés d'une probabilité à partir des deux axiomes : P()=0, P(A), croissance, additivité finie.
  • Appliquer la formule du crible à deux puis trois événements, et savoir passer au contraire quand elle deviendrait trop lourde.
  • Calculer une probabilité conditionnelle par la définition ou par lecture d'un tableau croisé, et ne jamais oublier de vérifier que le conditionnant est de probabilité non nulle.
  • Construire un arbre pondéré, lire un chemin comme un produit, un événement comme une somme, et contrôler que tous les chemins somment à 1.
  • Enchaîner probabilités totales puis Bayes : le premier calcule la conséquence à partir des causes, le second remonte aux causes.
  • Établir ou infirmer une indépendance par le calcul des trois nombres P(A), P(B) et P(AB), sans jamais invoquer l'intuition.
  • Distinguer indépendance deux à deux et indépendance mutuelle, et savoir produire le contre-exemple des deux dés.
  • Calculer « au moins un » sous hypothèse d'indépendance mutuelle, par passage au contraire.

Les erreurs à ne plus commettre

1. Poser l'équiprobabilité sur un univers résumé. Les nombres de piles, les sommes de dés, les effectifs regroupés ne sont presque jamais équiprobables. L'équiprobabilité se pose sur l'univers détaillé.

2. Confondre incompatibles et indépendants. Deux événements incompatibles de probabilités non nulles sont toujours dépendants.

3. Additionner sans vérifier l'incompatibilité. L'égalité P(AB)=P(A)+P(B) suppose AB=. Dans le doute, écrivez le crible, qui est toujours vrai.

4. Multiplier sans hypothèse d'indépendance. Sans hypothèse, on écrit P(AB)=P(A)PA(B), jamais P(A)P(B).

5. Inverser un conditionnement à la légère. PA(B) et PB(A) n'ont aucune raison d'être égaux : voyez l'exemple de la détection de fraude, où l'un vaut 0,99 et l'autre environ 0,047.

6. Écrire PA(B)=1PA(B). C'est faux. Seul PA(B)=1PA(B) est correct : on passe au contraire sur l'événement conditionné, jamais sur le conditionnant.

7. Oublier de vérifier qu'un système est complet avant d'appliquer les probabilités totales. Un cas oublié fait manquer un terme, des cas qui se chevauchent en comptent un deux fois.

8. Croire qu'une boîte à moustaches renseigne sur la moyenne. Elle ne contient que cinq nombres, et la moyenne n'en fait pas partie.

9. Prendre la médiane pour min+max2. La médiane coupe l'effectif en deux, pas l'intervalle des valeurs.

10. Utiliser la variance en 1n1. La convention de ce cours, et du programme, est la division par n. Vérifiez le réglage de votre calculatrice sur un exemple simple.

11. Développer les factorielles d'un coefficient binomial. Simplifiez d'abord : (np)=n(n1)(np+1)p!, et le résultat est toujours entier.

12. Confondre une série et un ensemble. Une série statistique garde ses répétitions : la valeur 2 y figure autant de fois qu'elle a été observée, et c'est cela qui porte l'information.

Bloqué sur « Probabilités et statistiques » ?

On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.