ECG appliquées · Chapitre 06 · Premier semestre
Probabilités et statistiques
1re année
Statistiques univariées, événements, coefficients binomiaux, probabilité, conditionnement, indépendance, univers fini.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Statistiques univariées
- Événements
- Coefficients binomiaux
- Probabilité
- Conditionnement
- Indépendance
- Univers fini
Ce chapitre réunit deux disciplines que le lycée présente séparément, et qui se répondent. La statistique descriptive part de données déjà observées : une liste de nombres, relevés sur des foyers, des clients ou des journées de travail, que l'on veut résumer par quelques indicateurs et par quelques graphiques. Les probabilités, elles, partent d'un modèle : une expérience dont on ne connaît pas le résultat, mais dont on sait décrire l'ensemble des issues possibles, et à laquelle on attribue des nombres qui mesurent les chances de chaque événement. Le lien entre les deux, c'est-à-dire ce que des observations permettent d'affirmer sur le modèle qui les a produites, s'appelle la statistique inférentielle ; ce chapitre ne fait que la nommer, elle sera étudiée dans des chapitres ultérieurs.
Du côté des probabilités, le changement par rapport au lycée tient en une phrase : une probabilité n'est plus « le nombre de cas favorables divisé par le nombre de cas possibles », c'est une application définie sur l'ensemble des parties d'un univers fini, soumise à deux axiomes. Le quotient des cas favorables par les cas possibles redevient ce qu'il aurait toujours dû être, un cas particulier, celui de l'équiprobabilité. Tous les autres résultats du chapitre, y compris ceux que vous appliquiez déjà, se démontrent à partir des deux axiomes.
Ce basculement change la nature du travail. Un exercice de probabilités comporte presque toujours deux étapes bien distinctes, et l'essentiel des erreurs vient de leur confusion. La première est la modélisation : choisir l'univers , nommer les événements, décider quelles hypothèses d'équiprobabilité ou d'indépendance on s'autorise. Cette étape n'est pas un calcul, c'est une traduction, et elle relève du bon sens autant que des mathématiques. La seconde est le calcul : une fois le modèle posé, on applique des théorèmes, et il n'y a plus de place pour l'intuition. Un modèle mal posé produit un calcul irréprochable qui donne un résultat faux ; c'est la faute la plus fréquente et la plus coûteuse aux concours.
Le plan suit l'ordre du programme. On commence par les statistiques univariées : le vocabulaire d'une étude, les effectifs et les fréquences, la fonction de répartition d'une série et ses quantiles, la boîte à moustaches, puis les indicateurs de position et de dispersion. On passe ensuite au vocabulaire des événements, qui est du vocabulaire ensembliste rebaptisé. Les coefficients binomiaux fournissent les outils de comptage. On définit alors ce qu'est une probabilité et on en déduit toutes les propriétés de calcul, dont la formule du crible. Vient le conditionnement, c'est-à-dire la façon de réviser une probabilité quand une information arrive, avec les trois formules qui structurent la moitié des exercices : probabilités composées, probabilités totales, formule de Bayes. On termine par l'indépendance et ses pièges.
Deux avertissements sur le cadre, à lire attentivement. D'abord, l'univers est fini dans tout le chapitre, sans aucune exception : c'est ce qui permet de prendre pour événements toutes les parties de et de ne manipuler que des sommes finies, donc de ne rien admettre. Ensuite, et c'est le point le plus important : il n'y a aucune variable aléatoire dans ce chapitre. Les variables aléatoires, leur loi, leur espérance et leur variance arrivent au second semestre. Tout ce qui est dit ici se dit en termes d'événements. En particulier, la « fonction de répartition » de ce chapitre est celle d'une série statistique, pas celle d'une variable aléatoire ; et la moyenne , la variance et l'écart-type sont des indicateurs empiriques, calculés sur des observations. Ne confondez jamais , qui se calcule à partir de données relevées, avec l'espérance d'une variable aléatoire, qui se calcule à partir d'un modèle : ce sont deux objets différents, et ils n'ont pas les mêmes notations.
Voici les notations employées dans tout le chapitre.
| Notation | Signification |
|---|---|
| série statistique de taille : le -uplet des observations | |
| les valeurs distinctes prises par le caractère | |
| , | effectif et fréquence de la valeur |
| fonction de répartition de la série | |
| moyenne de la série | |
| , | premier et troisième quartiles |
| , | variance empirique et écart-type de la série |
| univers : ensemble fini et non vide des résultats observables | |
| un résultat ; est l'événement élémentaire associé | |
| ensemble des parties de : les événements | |
| événement impossible | |
| événement contraire de | |
| , | événements « et », « ou » |
| « et pas », c'est-à-dire | |
| nombre d'éléments de l'ensemble fini | |
| probabilité de l'événement | |
| probabilité de sachant | |
| factorielle de l'entier naturel | |
| coefficient binomial, « parmi » | |
| ensemble des entiers tels que | |
| fin d'une démonstration |
Statistiques univariées
Vocabulaire d'une étude statistique
Une étude statistique commence toujours par la même question : sur qui porte-t-elle, et quoi mesure-t-on sur eux ? Le vocabulaire ci-dessous fixe ces deux réponses, et il faut l'employer avec précision : dans une copie, écrire « la population est le nombre d'enfants » est une faute de sens, pas une maladresse.
Définition
La population est l'ensemble des objets sur lesquels porte l'étude. Un élément de cette population s'appelle un individu.
Un échantillon est une partie de la population, sur laquelle les observations sont effectivement réalisées. Sa taille est son nombre d'individus.
Une variable statistique, aussi appelée caractère, est une application qui associe à chaque individu la valeur observée sur lui.
Définition
On distingue trois types de caractères.
- Un caractère est quantitatif discret lorsque ses valeurs sont des nombres en quantité finie, ou isolés les uns des autres : un nombre d'enfants, un nombre de réclamations, une note entière.
- Un caractère est quantitatif continu lorsque ses valeurs sont des nombres susceptibles de remplir tout un intervalle : une taille, un temps d'attente, un chiffre d'affaires. On les regroupe alors en classes, c'est-à-dire en intervalles.
- Un caractère est qualitatif lorsque ses valeurs ne sont pas des nombres : une couleur, une catégorie socioprofessionnelle, une marque, un avis « satisfait / insatisfait ». On parle alors de modalités plutôt que de valeurs.
Seuls les caractères quantitatifs autorisent les calculs de moyenne et d'écart-type. Sur un caractère qualitatif, on ne dispose que des effectifs et des fréquences : parler de la « moyenne » d'une couleur n'a aucun sens, même si un tableur accepte de la calculer parce que les modalités ont été codées par des nombres.
Définition
Une série statistique de taille portant sur un caractère quantitatif est le -uplet
des observations relevées sur les individus, dans l'ordre où ils ont été observés.
L'ordre du -uplet n'a en général aucune importance pour les indicateurs de ce chapitre : la moyenne, la médiane et la variance ne changent pas si l'on permute les observations. En revanche, les répétitions comptent : une série n'est pas un ensemble, la valeur peut y figurer trente-huit fois et cela change tout.
Exemple
Un institut interroge foyers d'une commune et relève, pour chacun d'eux, le nombre d'enfants vivant au foyer.
La population est l'ensemble des foyers de la commune. Un individu est un foyer. L'échantillon est constitué des foyers interrogés, sa taille est . Le caractère étudié est le nombre d'enfants du foyer : il est quantitatif discret, et ses valeurs observées sont , , , et .
La série statistique est le -uplet des réponses, dans l'ordre des entretiens. On ne l'écrit évidemment pas en entier : on la résume par un tableau d'effectifs, ce qui est l'objet de la sous-section suivante.
Remarque
La statistique descriptive s'arrête à la description de l'échantillon : elle ne prétend rien dire de plus que ce que les données montrent. Affirmer « le nombre moyen d'enfants par foyer dans la commune est » à partir de foyers interrogés relève déjà de la statistique inférentielle, car c'est une extrapolation de l'échantillon à la population. Cette extrapolation demande des outils qui ne sont pas ceux de ce chapitre. Ici, on écrira : « le nombre moyen d'enfants dans l'échantillon vaut ».
Effectifs, fréquences, fréquences cumulées
Définition
Soit une série statistique de taille dont les valeurs distinctes, rangées dans l'ordre croissant, sont .
- L'effectif de la valeur , noté , est le nombre d'observations égales à .
- La fréquence de la valeur est le réel .
- L'effectif cumulé croissant de est , et la fréquence cumulée croissante est .
Propriété
Avec les notations précédentes :
et la suite finie est croissante, avec .
Démonstration. Chaque observation est égale à exactement une des valeurs distinctes : en regroupant les observations selon leur valeur, on partage l'échantillon en paquets disjoints d'effectifs , d'où . En divisant par , on obtient , et chaque est compris entre et comme quotient de par .
Enfin, , donc la suite des fréquences cumulées est croissante, et est la somme de toutes les fréquences, donc vaut .
Exemple
Reprenons l'enquête sur les foyers. Les effectifs relevés sont les suivants.
| Total | ||||||
|---|---|---|---|---|---|---|
Les fréquences se lisent immédiatement puisque : l'effectif donne la fréquence . Les fréquences cumulées s'obtiennent de proche en proche : , puis , puis , puis , et enfin . Cette dernière égalité est la vérification obligatoire de tout tableau de fréquences.
Un tel tableau se traduit graphiquement par un diagramme en bâtons, où la hauteur de chaque bâton est l'effectif de la valeur correspondante.
On lit sur ce diagramme que la valeur la plus fréquente est , avec foyers : c'est le mode de la série.
Remarque
Un diagramme en bâtons n'est pas un histogramme. Les bâtons sont réservés aux caractères quantitatifs discrets : chaque bâton correspond à une valeur isolée, et c'est sa hauteur qui porte l'information. Un histogramme sert aux caractères continus regroupés en classes : les rectangles y sont accolés, et c'est leur aire qui est proportionnelle à l'effectif de la classe. Confondre les deux conduit à des graphiques faux dès que les classes n'ont pas la même amplitude.
Fonction de répartition d'une série et quantiles
Le tableau des fréquences cumulées répond déjà à des questions du type « quelle proportion de foyers a au plus deux enfants ? ». La fonction de répartition généralise cette lecture à tous les réels, et non plus aux seules valeurs observées.
Définition
Soit une série statistique portant sur un caractère quantitatif. On appelle fonction de répartition de la série l'application définie sur par
c'est-à-dire la proportion d'observations inférieures ou égales à .
Propriété
La fonction de répartition d'une série de taille , de valeurs distinctes , vérifie :
a. est à valeurs dans et est croissante sur ;
b. pour tout , et pour tout ;
c. est constante sur chaque intervalle , où elle vaut : c'est une fonction en escalier, dont les sauts se produisent exactement aux valeurs observées, le saut en ayant pour hauteur .
Démonstration. a. Le numérateur est un cardinal, donc un entier compris entre et : le quotient appartient à . Si , toute observation vérifiant vérifie aussi ; l'ensemble compté au numérateur pour est donc inclus dans celui compté pour , et son cardinal est plus petit. D'où .
b. Si , aucune observation n'est inférieure ou égale à , puisque est la plus petite valeur observée : le numérateur est nul. Si , toutes les observations sont inférieures ou égales à : le numérateur vaut .
c. Soit . Les observations vérifiant sont exactement celles dont la valeur appartient à , car aucune valeur observée ne se trouve strictement entre et . Leur nombre vaut donc , indépendamment de dans cet intervalle, et . Le saut en vaut .
Exemple
Pour la série des foyers, la fonction de répartition prend les valeurs suivantes.
Son graphe est l'escalier suivant.
On y lit par exemple : trois foyers sur quatre ont au plus deux enfants. Les points pleins marquent la valeur effectivement prise par au point de saut, les points creux marquent la valeur qui n'est pas atteinte : est constante sur , et non sur .
Définition
Soit . On appelle quantile d'ordre de la série le plus petit réel tel que , c'est-à-dire la plus petite valeur en dessous de laquelle se trouve une proportion d'au moins des observations.
Les quantiles portent des noms particuliers :
- la médiane est le quantile d'ordre , notée ;
- le premier quartile est le quantile d'ordre , le troisième quartile celui d'ordre ;
- le premier décile est le quantile d'ordre , le neuvième décile celui d'ordre .
Le quantile d'ordre existe toujours et c'est l'une des valeurs observées : la fonction vaut au-delà de , donc l'ensemble des vérifiant est non vide ; comme ne prend que les valeurs et ne saute qu'aux points , le plus petit de ces est nécessairement un .
Méthode
Déterminer un quantile à partir des fréquences cumulées. La lecture se fait toujours dans le même sens, et une seule ligne du tableau suffit.
- Calculer les fréquences cumulées si le tableau ne les donne pas, et vérifier que la dernière vaut .
- Parcourir cette ligne de gauche à droite jusqu'à rencontrer la première fréquence cumulée supérieure ou égale à .
- Lire la valeur située au-dessus : c'est .
- Contrôler en énonçant le résultat en français : « au moins des observations valent au plus », et vérifier que la valeur immédiatement précédente ne convenait pas.
Le piège est le cas d'égalité : si une fréquence cumulée vaut exactement , c'est la valeur correspondante qui est le quantile, et non la suivante. L'inégalité de la définition est large.
Exemple
Reprenons la ligne des fréquences cumulées des foyers : ; ; ; ; .
Médiane. On cherche la première fréquence cumulée au moins égale à . On a et , mais : la valeur correspondante est , donc .
Premier quartile. On a et , donc .
Troisième quartile. On a et : l'égalité suffit, donc . C'est exactement le cas d'égalité annoncé ; répondre serait une erreur.
Neuvième décile. On a et , donc : au moins des foyers ont au plus trois enfants.
En français : la moitié au moins des foyers a au plus deux enfants, un quart au moins a au plus un enfant, et un dixième au plus a quatre enfants.
Remarque
Pour une série de petite taille donnée « en vrac », beaucoup de manuels définissent la médiane comme la moyenne des deux valeurs centrales lorsque est pair. Cette convention et celle de la définition ci-dessus ne coïncident pas toujours, et aucune n'est plus juste que l'autre : ce sont des conventions. Dans ce cours, on utilise systématiquement la définition par la fonction de répartition, qui a l'avantage de traiter de la même façon les séries brutes et les séries données par un tableau d'effectifs. Quand un énoncé impose l'autre convention, il le dit.
Sur la série des foyers, les deux conventions donnent d'ailleurs le même résultat : les -ième et -ième observations rangées dans l'ordre croissant valent toutes deux , puisque les valeurs et occupent les premiers rangs et que la valeur occupe les rangs à .
Boîte à moustaches
Définition
On appelle résumé en cinq nombres d'une série la donnée du minimum, du premier quartile , de la médiane, du troisième quartile et du maximum.
La boîte à moustaches, ou diagramme en boîte, est la représentation graphique de ce résumé : un rectangle allant de à , coupé par un trait à la médiane, prolongé de part et d'autre par deux segments, les moustaches, qui vont jusqu'au minimum et jusqu'au maximum.
Méthode
Lire une boîte à moustaches. On procède toujours dans cet ordre, et on écrit les cinq nombres avant tout commentaire.
- Relever les cinq nombres sur l'axe : les deux extrémités des moustaches donnent le minimum et le maximum, les deux bords de la boîte donnent et , le trait intérieur donne la médiane.
- Calculer l'étendue et l'écart interquartile .
- Traduire en proportions : au moins des observations sont inférieures ou égales à , au moins le sont à la médiane, au moins le sont à . La boîte contient environ la moitié des observations.
- Commenter la symétrie : si la moustache de droite est nettement plus longue que celle de gauche, la série est étalée vers les grandes valeurs.
Exemple
La figure ci-dessus résume les durées, en minutes, d'une série d'interventions.
Les cinq nombres sont : minimum , , médiane , , maximum . L'étendue vaut minutes, et l'écart interquartile vaut minutes.
On en déduit qu'au moins un quart des interventions ont duré au plus minutes, qu'au moins la moitié ont duré au plus minutes, et qu'au moins trois quarts ont duré au plus minutes. Environ la moitié des interventions ont donc une durée comprise entre et minutes.
La série est étalée vers la droite : la moustache de droite mesure minutes, celle de gauche seulement minutes. De même, alors que . Autrement dit, les interventions courtes sont resserrées et quelques interventions longues tirent la série vers le haut.
Remarque
Une boîte à moustaches ne dit rien de la moyenne. Elle ne contient que cinq nombres, et la moyenne n'en fait pas partie ; on ne peut donc ni la lire ni la deviner sur le graphique. Elle ne dit rien non plus de la répartition à l'intérieur de la boîte : deux séries très différentes, l'une concentrée sur deux valeurs, l'autre régulièrement étalée, peuvent avoir exactement la même boîte. La boîte à moustaches est un outil de comparaison rapide entre plusieurs séries, pas un résumé complet.
Moyenne et médiane
Définition
Soit une série statistique quantitative de taille . On appelle moyenne de la série le réel
Propriété
Si la série prend les valeurs distinctes avec les effectifs et les fréquences , alors
Démonstration. Regroupons les observations selon leur valeur : pour chaque , il y a exactement indices tels que , et ces paquets d'indices sont disjoints et recouvrent . La somme se scinde donc en sommes partielles, la -ième valant puisqu'elle additionne fois le même nombre . D'où , et l'on divise par . La seconde écriture s'obtient en distribuant dans la somme, puisque .
Propriété
La somme des écarts à la moyenne est nulle :
Démonstration. Par linéarité de la somme finie, . Or par définition de la moyenne, donc la différence est nulle.
Cette égalité exprime que la moyenne est le point d'équilibre de la série : les écarts positifs compensent exactement les écarts négatifs. C'est aussi une vérification commode d'un calcul de moyenne.
Exemple
Un commerçant relève son chiffre d'affaires quotidien, en euros, sur une semaine :
La taille est et la somme vaut , donc
Rangeons la série dans l'ordre croissant : , , , , , , . Les fréquences cumulées valent , , , , , , . La première qui atteint est , donc . De même donne , et est la première à atteindre , donc .
La moyenne dépasse la médiane, à cause de la seule journée à euros. C'est le comportement typique : la moyenne est sensible aux valeurs extrêmes, la médiane ne l'est pas. Si la journée à euros avait rapporté euros, la moyenne passerait à euros alors que la médiane resterait euros.
Remarque
La médiane n'est pas la moyenne des valeurs extrêmes. Sur la série précédente, , qui n'est ni la médiane (), ni la moyenne () : la quantité n'a aucune signification statistique, car elle ignore complètement les autres observations. De même, la médiane n'est pas « la valeur du milieu de l'intervalle des valeurs », c'est la valeur qui coupe l'effectif en deux.
Propriété
Effet d'une transformation affine. Soit une série, soient et deux réels, et soit la série définie par pour tout . Alors
Si de plus , alors pour tout le quantile d'ordre se transforme de la même façon ; en particulier
Démonstration. Moyenne. Par linéarité de la somme finie,
Quantiles, cas . Notons et les fonctions de répartition des deux séries, et soit un réel. Comme , l'inégalité équivaut à , donc à . Les deux ensembles d'indices comptés sont les mêmes, d'où
Ainsi met en correspondance, en préservant l'ordre, les réels vérifiant et ceux vérifiant . Le plus petit élément du premier ensemble est donc envoyé sur le plus petit élément du second : .
Remarque
L'hypothèse est indispensable pour les quantiles. Si , la transformation renverse l'ordre des observations : ce qui était petit devient grand. Le premier quartile de la nouvelle série se calcule alors à partir du troisième quartile de l'ancienne, et non du premier. En revanche, la formule sur la moyenne, elle, reste valable quel que soit le signe de .
Étendue, écart interquartile, variance et écart-type
Deux séries peuvent avoir la même moyenne et n'avoir rien à voir : et ont toutes deux pour moyenne . Les indicateurs de dispersion mesurent à quel point les observations s'écartent les unes des autres.
Définition
Soit une série statistique quantitative , de moyenne .
- L'étendue est la différence entre la plus grande et la plus petite observation.
- L'écart interquartile est la différence .
- La variance empirique est le réel
- L'écart-type est le réel .
La variance est une moyenne de carrés d'écarts : elle est donc toujours positive, et la racine carrée a bien un sens. Si les observations sont des euros, la variance s'exprime en euros au carré, alors que l'écart-type s'exprime en euros : c'est l'écart-type, et non la variance, qui se compare directement aux valeurs de la série et à leur moyenne.
Remarque
La variance de ce cours est celle en , conformément au programme. Certains ouvrages, et la plupart des calculatrices et des tableurs, proposent aussi une « variance corrigée » en , utile en statistique inférentielle pour estimer la dispersion d'une population à partir d'un échantillon. Ce n'est pas la définition retenue ici. Sur une calculatrice, deux écarts-types sont d'ailleurs affichés, souvent notés et selon les modèles : c'est celui qui divise par qu'il faut lire, et le vérifier sur un petit exemple connu ne prend que quelques secondes.
Propriété
Si la série prend les valeurs distinctes avec les fréquences , alors
Démonstration. C'est le même regroupement que pour la moyenne, appliqué à la série des carrés d'écarts : la quantité vaut pour chacun des indices tels que . La somme se scinde donc en paquets, le -ième valant , et l'on divise par .
Propriété
Formule de Koenig. Pour toute série statistique quantitative,
c'est-à-dire : la variance est la moyenne des carrés moins le carré de la moyenne. Avec un tableau d'effectifs, elle s'écrit
Démonstration. Développons le carré à l'intérieur de la somme, en se souvenant que est une constante qui ne dépend pas de l'indice :
où l'on a utilisé la linéarité de la somme finie, puis , et enfin le fait que la somme de termes constants égaux à vaut .
La version avec les fréquences s'obtient en appliquant le même calcul à l'écriture regroupée de la variance.
Propriété
Conséquence. Pour toute série, , avec égalité si et seulement si toutes les observations sont égales.
Démonstration. L'inégalité est la formule de Koenig jointe à . Le cas d'égalité correspond à , c'est-à-dire à . Une somme finie de réels positifs est nulle si et seulement si tous ses termes le sont, donc pour tout : toutes les observations sont égales à la moyenne. Réciproquement, si toutes les observations sont égales, tous les écarts sont nuls et la variance aussi.
Méthode
Calculer les indicateurs d'une série donnée par un tableau d'effectifs. On complète le tableau ligne par ligne, sans jamais mélanger les étapes.
- Vérifier l'effectif total : la somme des doit valoir , et la somme des doit valoir .
- Ajouter la ligne des et en faire la somme : la moyenne est .
- Ajouter la ligne des et en faire la somme : elle donne .
- Appliquer Koenig : , puis , arrondi si nécessaire, avec le symbole .
- Ajouter la ligne des fréquences cumulées et y lire la médiane et les quartiles.
- Contrôler la vraisemblance : la moyenne doit être comprise entre le minimum et le maximum, et l'écart-type doit être nettement plus petit que l'étendue.
N'utilisez jamais la définition pour le calcul numérique : elle oblige à soustraire la moyenne à chaque valeur, ce qui multiplie les arrondis et les erreurs. La formule de Koenig est faite pour cela.
Exemple
Les indicateurs de la série des foyers. On complète le tableau des effectifs.
| Total | ||||||
|---|---|---|---|---|---|---|
Moyenne.
Moyenne des carrés.
Variance, par la formule de Koenig.
Écart-type.
Position. On a lu plus haut , et . L'étendue vaut et l'écart interquartile vaut .
Contrôle. La moyenne est bien comprise entre et , et l'écart-type est bien inférieur à l'étendue . On peut aussi refaire le calcul de la variance par la définition :
ce qui confirme le résultat, au prix d'un calcul nettement plus lourd.
Exemple
Une seconde série, entièrement traitée. Un commercial note le nombre de contrats signés chaque jour ouvré, sur jours.
| Total | |||||
|---|---|---|---|---|---|
La moyenne vaut contrat par jour. La moyenne des carrés vaut , donc
La ligne des fréquences cumulées donne (première cumulée au moins égale à : ), (première au moins égale à : ) et (première au moins égale à : ). L'étendue vaut et l'écart interquartile vaut .
Interprétation : le commercial signe en moyenne contrat par jour, avec une dispersion d'environ un contrat autour de cette moyenne ; la moitié au moins des journées se soldent par au plus un contrat.
Propriété
Effet d'une transformation affine sur la dispersion. Si pour tout , alors
En particulier, une translation () ne modifie pas la dispersion : .
Démonstration. On sait déjà que . Pour tout indice ,
la constante disparaissant par soustraction. En élevant au carré, , puis en sommant et en divisant par :
Enfin , la valeur absolue venant de ce que et non .
Exemple
Dans une entreprise, le salaire mensuel moyen est euros avec un écart-type euros. La direction décide d'augmenter tous les salaires de , puis d'ajouter à chacun une prime fixe de euros. Le nouveau salaire s'écrit , donc
La prime fixe déplace toute la série sans rien changer à sa dispersion ; seule l'augmentation en pourcentage écarte les salaires les uns des autres. Une politique salariale purement proportionnelle accroît donc les écarts, une prime uniforme les laisse intacts en valeur absolue. C'est exactement ce que dit la formule .
Événements
Expérience aléatoire et univers
Définition
Une expérience aléatoire est une expérience dont on connaît à l'avance tous les résultats possibles, mais dont on ne peut pas prévoir lequel sera obtenu.
L'ensemble de ces résultats observables s'appelle l'univers de l'expérience ; on le note . Dans tout ce chapitre, est un ensemble fini et non vide. Un élément de s'appelle un résultat, ou une issue.
Exemple
a. On lance un dé à six faces et on note le numéro obtenu : , donc .
b. On lance trois fois une pièce et on note la suite des résultats : , dont les éléments sont les mots de trois lettres comme . On a .
c. On interroge un client et on note s'il est satisfait ou non : , donc .
d. Une association de membres tire au sort d'entre eux : est l'ensemble des parties à éléments d'un ensemble à éléments, et l'on verra que .
Le choix de n'est jamais imposé par l'énoncé : c'est une décision de modélisation. Pour la même expérience « on lance trois fois une pièce », on peut prendre , qui retient l'ordre des résultats, ou , qui ne retient que le nombre de piles. Ces deux univers sont corrects, mais ils ne permettent pas de répondre aux mêmes questions, et surtout, comme on le verra, l'hypothèse d'équiprobabilité est légitime sur le premier et fausse sur le second. La règle pratique est la suivante : choisir l'univers le plus détaillé compatible avec l'expérience, quitte à ne pas utiliser tout ce détail ensuite.
Événements et connecteurs logiques
Définition
On appelle événement toute partie de , c'est-à-dire tout élément de .
Un événement est réalisé par le résultat lorsque .
Un événement réduit à un seul résultat, c'est-à-dire de la forme , est dit élémentaire. L'événement est l'événement certain, l'événement est l'événement impossible.
Le point à retenir est qu'un événement est un ensemble. Tout le vocabulaire probabiliste se lit donc en langage ensembliste, et réciproquement. Le tableau suivant est le dictionnaire de traduction ; c'est le premier outil du chapitre, et il doit se manier sans hésitation.
| Langage des probabilités | Écriture ensembliste |
|---|---|
| événement certain | |
| événement impossible | |
| et sont réalisés | |
| ou est réalisé (sens inclusif) | |
| n'est pas réalisé | |
| est réalisé mais pas | , noté aussi |
| si est réalisé, alors l'est | |
| et ne peuvent pas se produire ensemble | |
| aucun des n'est réalisé | |
| au moins un des est réalisé | |
| tous les sont réalisés |
Ce tableau est le prolongement direct des connecteurs logiques étudiés au premier chapitre : l'intersection traduit le « et », la réunion traduit le « ou » inclusif (un « ou » mathématique n'exclut jamais que les deux soient vrais), le passage au contraire traduit la négation. Les lois de De Morgan en sont la conséquence la plus utile.
Propriété
Lois de De Morgan. Pour tous événements et , et plus généralement pour :
En langage courant : le contraire de « au moins un est réalisé » est « aucun n'est réalisé », et le contraire de « tous sont réalisés » est « au moins un ne l'est pas ». C'est la remarque la plus rentable de tout le chapitre : dès qu'un énoncé contient les mots « au moins un », le réflexe est de passer au contraire.
Méthode
Traduire un énoncé en événements. La traduction se fait toujours dans le même ordre.
- Nommer les événements simples, par une phrase complète et sans ambiguïté : « : la première pièce prélevée est défectueuse ». Un événement mal nommé se paye trois lignes plus loin.
- Repérer les mots-clés : « et » donne , « ou » donne , « ne pas » donne le contraire, « au moins un » donne une réunion, « aucun » et « tous » donnent des intersections.
- Écrire l'événement demandé comme une combinaison des événements nommés, sans phrase intermédiaire.
- Vérifier sur un cas : un résultat particulier de l'expérience réalise-t-il bien l'événement écrit lorsqu'il réalise l'énoncé ?
Exemple
On lance un dé équilibré à six faces, donc . On pose : « le résultat est pair », : « le résultat est au moins égal à », : « le résultat est un multiple de ». Ainsi , et .
a. .
b. .
c. .
d. .
e. : les événements et peuvent être réalisés ensemble.
f. : c'est l'événement « aucun des trois n'est réalisé ».
Exemple
Une entreprise prélève trois pièces à la sortie d'une chaîne de production. On note l'événement « la -ème pièce est défectueuse », pour .
a. « Les trois pièces sont défectueuses » s'écrit .
b. « Aucune pièce n'est défectueuse » s'écrit .
c. « Au moins une pièce est défectueuse » s'écrit , et c'est le contraire de l'événement b d'après la loi de De Morgan.
d. « Exactement une pièce est défectueuse » ne s'écrit pas avec une seule réunion : c'est
réunion de trois événements deux à deux incompatibles. Le mot exactement impose toujours ce type d'écriture, où l'on précise ce qui se passe pour chaque pièce.
Événements incompatibles
Définition
Deux événements et sont dits incompatibles, ou disjoints, lorsque
c'est-à-dire lorsqu'ils ne peuvent pas être réalisés simultanément.
Des événements sont dits deux à deux incompatibles lorsque pour tous indices .
Remarque
« Deux à deux incompatibles » est nettement plus fort que « d'intersection globale vide ». Pour le dé, les trois événements , et ont une intersection commune vide, mais les deux premiers ne sont pas incompatibles puisqu'ils partagent le résultat . Toutes les formules de ce chapitre qui demandent l'incompatibilité la demandent deux à deux : il faut donc vérifier intersections, ou justifier globalement pourquoi elles sont toutes vides.
Système complet d'événements
Définition
Soit un sous-ensemble fini de . Une famille d'événements de est un système complet d'événements lorsque :
- les événements sont deux à deux incompatibles : pour tous de ;
- leur réunion est l'univers tout entier : .
Autrement dit, un système complet découpe en morceaux qui ne se chevauchent pas et qui ne laissent rien de côté : quel que soit le résultat de l'expérience, un et un seul des est réalisé. C'est exactement l'idée d'une disjonction de cas exhaustive, transportée dans le langage des événements. En pratique, on prend le plus souvent et l'on écrit le système .
Exemple
a. Pour tout événement , la famille est un système complet : c'est le plus utilisé de tous.
b. Si , la famille des événements élémentaires est un système complet : c'est le découpage le plus fin possible.
c. Pour un lancer de dé, est un système complet.
d. En revanche n'en est pas un : les deux premiers ne sont pas incompatibles.
e. Et n'en est pas un non plus : la réunion n'est pas .
Exemple
Une entreprise s'approvisionne auprès de trois fournisseurs et de personne d'autre. En notant , , les événements « la pièce prélevée provient du fournisseur numéro , , », la famille est un système complet : une pièce vient d'un fournisseur et d'un seul, et il n'y en a pas d'autre. C'est cette double vérification, en une phrase, que l'on attend dans une copie avant d'appliquer la formule des probabilités totales.
Remarque
La définition n'interdit pas qu'un des soit l'événement impossible, ni qu'il soit de probabilité nulle une fois la probabilité choisie. On évitera cependant d'en faire figurer sans nécessité, car ces événements ne servent à rien dans les formules et compliquent la vérification des hypothèses.
Coefficients binomiaux
Le principe multiplicatif
Tous les comptages de ce chapitre reposent sur un seul principe, qui formalise l'idée de construire un objet par étapes successives.
Propriété
Principe multiplicatif. Si la construction d'un objet se fait en étapes successives, avec choix possibles à la première étape, puis choix à la deuxième quel que soit le choix précédent, et ainsi de suite jusqu'à choix à la dernière, alors le nombre total d'objets construits vaut
Ce principe n'est autre que le calcul du cardinal d'un produit cartésien, vu au chapitre sur les ensembles : . Deux conditions sont impératives et se vérifient toujours avant de l'appliquer : le nombre de choix à chaque étape ne doit pas dépendre des choix précédents, et deux suites de choix différentes doivent produire des objets différents.
Exemple
Un code d'accès est formé de quatre chiffres, chacun choisi dans et les répétitions étant autorisées. Il y a choix à chacune des quatre étapes, donc
Si l'on impose au contraire que les quatre chiffres soient deux à deux distincts, il reste choix pour le premier, pour le deuxième, pour le troisième et pour le dernier, soit
Le nombre de choix diminue d'une étape à l'autre, mais il ne dépend pas de quels chiffres ont été retenus : le principe multiplicatif s'applique bien.
Factorielle
Définition
Soit un entier naturel. On appelle factorielle de , et l'on note , l'entier défini par
a.
b.
c.
d.
e.
f.
g.
h.
i.
La dernière égalité est la relation de récurrence qui définit la factorielle, et c'est elle que l'on utilise dans les démonstrations. La convention n'est pas arbitraire : elle rend cette relation valable dès , et elle correspond au fait qu'il existe exactement une façon d'ordonner zéro objet.
Propriété
Soient et deux ensembles finis de même cardinal . Le nombre de bijections de dans vaut .
En particulier, le nombre de bijections d'un ensemble à éléments dans lui-même, c'est-à-dire le nombre de façons d'ordonner objets discernables, vaut .
Démonstration. Par récurrence sur . Notons la propriété : « pour tous ensembles et de cardinal , le nombre de bijections de dans vaut ».
Initialisation. Pour , les deux ensembles sont vides et il existe exactement une application de dans , l'application vide, qui est bijective. Or : la propriété est vraie.
Hérédité. Soit ; supposons vraie. Soient et deux ensembles de cardinal , et fixons un élément de . Se donner une bijection de dans revient exactement à se donner :
- l'image , qui est un élément quelconque de , soit choix ;
- puis la restriction de à , qui est une bijection de dans , ces deux ensembles ayant tous deux éléments.
Cette description est bien une correspondance exacte : d'une part une bijection envoie sur de façon bijective ; d'autre part, la donnée d'un élément de et d'une bijection de dans définit une unique application de dans , qui est bijective.
Par hypothèse de récurrence, il y a choix à la seconde étape, et ce nombre ne dépend pas de l'élément retenu. Le principe multiplicatif donne donc bijections, ce qui est .
Conclusion. La propriété est vraie pour tout .
Exemple
Une agence doit afficher, dans un ordre imposé, les photographies de biens sur une page. Le nombre d'affichages possibles est le nombre de façons d'ordonner objets, soit .
Si elle ne dispose que de emplacements et choisit lesquels des biens y figurent, dans quel ordre, le comptage n'est plus une factorielle : c'est un tirage successif sans remise, traité plus bas.
Coefficients binomiaux
Définition
Soient et deux entiers naturels. On appelle coefficient binomial , et l'on lit « parmi », le nombre de parties à éléments d'un ensemble à éléments.
Lorsque , aucune partie ne convient et l'on a donc .
Cette définition est combinatoire : est un nombre d'objets, donc un entier naturel, avant d'être une formule. Elle ne dépend pas de l'ensemble choisi, mais seulement de son cardinal : deux ensembles de même cardinal ont autant de parties à éléments l'un que l'autre, car une bijection entre eux transporte les parties à éléments des unes sur les autres.
Propriété
Pour tout entier naturel :
Démonstration. La seule partie à élément est , d'où . La seule partie à éléments d'un ensemble à éléments est l'ensemble tout entier, d'où . Les parties à un élément sont les singletons , en correspondance exacte avec les éléments , d'où . Enfin, une partie à éléments est obtenue en retirant exactement un élément, d'où possibilités.
Exemple
Prenons , de cardinal . Les parties à deux éléments de sont
il y en a six, donc . On remarquera qu'une partie n'est pas ordonnée : et désignent le même ensemble et ne sont comptés qu'une fois. C'est toute la différence avec les tirages successifs, où l'ordre compte.
Propriété
Interprétation par les arbres. On répète fois une même épreuve n'ayant que deux issues, appelées succès et échec, et l'on représente les répétitions par un arbre à niveaux. Alors :
- l'arbre comporte chemins ;
- le nombre de chemins réalisant exactement succès au cours des répétitions vaut .
Démonstration. À chaque niveau, un chemin se prolonge de deux façons : le principe multiplicatif donne chemins au total. Un chemin est entièrement déterminé par la liste des issues, donc par l'ensemble des numéros des répétitions qui ont donné un succès. Un chemin réalisant exactement succès correspond ainsi à une partie à éléments de , et cette correspondance est exacte : deux chemins distincts donnent deux ensembles de positions distincts, et tout ensemble de positions provient d'un chemin. Il y a donc tels chemins.
Exemple
Une entreprise démarche prospects ; chaque démarche se solde par un succès ou un échec. L'arbre comporte chemins. Le nombre de chemins correspondant à exactement signatures vaut : ce sont les six façons de choisir lesquels des quatre prospects ont signé, à savoir les six parties à deux éléments de listées dans l'exemple précédent.
Symétrie et formule du triangle de Pascal
Propriété
Symétrie. Pour tous entiers naturels et tels que ,
Démonstration. Soit un ensemble à éléments. Considérons l'application qui, à une partie de à éléments, associe son complémentaire , qui compte éléments. Cette application va donc de l'ensemble des parties à éléments vers l'ensemble des parties à éléments.
Elle est bijective : l'application qui, à une partie à éléments, associe , en est la réciproque, puisque pour toute partie de .
Deux ensembles finis en bijection ont le même cardinal, d'où .
Cette symétrie est le premier réflexe de calcul : choisir éléments à garder revient à choisir éléments à écarter. En pratique, on l'utilise pour ramener un calcul à un petit, par exemple .
Propriété
Formule du triangle de Pascal. Pour tous entiers naturels et ,
Démonstration. Si , les trois coefficients sont nuls et l'égalité est vraie. Supposons donc .
Soit un ensemble à éléments et fixons un élément de . Notons l'ensemble des parties de à éléments ; par définition, . Découpons en deux selon que la partie contient ou non l'élément :
- Les parties de qui contiennent s'écrivent , où est une partie à éléments de , ensemble à éléments. Cette écriture est unique, donc ces parties sont en nombre .
- Les parties de qui ne contiennent pas sont exactement les parties à éléments de : elles sont en nombre .
Ces deux familles sont disjointes et leur réunion est tout entier, donc .
La formule permet de construire le triangle de Pascal ligne par ligne : chaque coefficient est la somme des deux qui se trouvent au-dessus de lui, celui de la même colonne et celui de la colonne précédente. Voici les six premières lignes, en utilisant la convention pour .
On y lit par exemple , et l'on vérifie la symétrie sur chaque ligne, qui se lit de la même façon de gauche à droite et de droite à gauche.
Propriété
Somme d'une ligne du triangle. Pour tout entier naturel ,
Démonstration. C'est un double comptage : on compte de deux façons différentes le nombre de parties d'un ensemble à éléments.
Premier comptage. Se donner une partie de revient à décider, pour chacun des éléments de , s'il appartient à ou non. Il y a deux choix à chacune des étapes, et deux suites de choix différentes donnent deux parties différentes : le principe multiplicatif donne .
Second comptage. Classons les parties de selon leur nombre d'éléments. Pour chaque , il y a parties à éléments, et toute partie a un nombre d'éléments et un seul, compris entre et . Ces familles sont donc deux à deux disjointes et recouvrent , ce qui donne .
Les deux comptages portent sur le même ensemble : les deux résultats sont égaux.
Exemple
Sur la ligne du triangle : . Concrètement, un questionnaire de questions à réponse « oui / non » admet grilles de réponses, et l'on peut les classer selon leur nombre de « oui » : une seule grille sans aucun « oui », cinq grilles avec un seul, dix avec deux, dix avec trois, cinq avec quatre, une avec cinq.
La formule explicite
Propriété
Pour tous entiers naturels et tels que ,
Démonstration. Par récurrence sur . Notons la propriété : « pour tout , on a ».
Initialisation. Pour , le seul possible est . Or , puisque l'ensemble vide possède exactement une partie à élément, et . La propriété est vraie.
Hérédité. Soit ; supposons vraie et soit . On distingue trois cas.
Cas . On a et : l'égalité est vérifiée.
Cas . On a et : l'égalité est encore vérifiée.
Cas . La formule de Pascal, appliquée avec les indices et , donne
Les deux entiers et appartiennent à , donc l'hypothèse de récurrence s'applique aux deux termes :
Réduisons au même dénominateur . Pour le premier terme, on multiplie haut et bas par , en utilisant ; pour le second, on multiplie haut et bas par , en utilisant :
La propriété est donc vraie.
Conclusion. Par récurrence, la formule est vraie pour tout et tout .
Exemple
a. , ce qui confirme la lecture du triangle.
b. .
c. .
d. et, par symétrie, également.
Méthode
Calculer un coefficient binomial à la main. Ne développez jamais les trois factorielles : elles explosent. Simplifiez d'abord.
- Réduire par la symétrie si : remplacer par .
- Écrire la forme abrégée : , c'est-à-dire facteurs décroissants au numérateur, divisés par .
- Simplifier avant de multiplier : le résultat est toujours un entier, donc les simplifications tombent juste. Une fraction non entière à la fin signale une erreur.
- Contrôler sur les petits cas connus : , .
Dénombrer les tirages
Trois protocoles de tirage couvrent la quasi-totalité des énoncés. Les nombres indiqués sont ceux de l'univers correspondant, pour un tirage de objets dans un ensemble de objets discernables.
| Protocole | Nature d'un résultat | Nombre de résultats |
|---|---|---|
| tirages successifs avec remise | liste ordonnée de objets, répétitions possibles | |
| tirages successifs sans remise | liste ordonnée de objets deux à deux distincts | |
| tirage simultané de objets | partie à éléments |
Propriété
Soit un ensemble à éléments et soit un entier naturel non nul.
a. Le nombre de listes ordonnées de éléments de , avec répétitions autorisées, vaut .
b. Si , le nombre de listes ordonnées de éléments deux à deux distincts de vaut
c. Si , le nombre de parties à éléments de vaut , par définition du coefficient binomial.
Démonstration. a. On construit la liste en étapes ; à chacune, on choisit librement un élément de , soit choix. Le principe multiplicatif donne .
b. On construit la liste en étapes, en veillant à ne pas répéter d'élément. À la première étape, choix ; à la deuxième, choix, puisqu'un élément est déjà utilisé ; et ainsi de suite, la -ième étape offrant choix. Ce nombre ne dépend que de , pas des éléments effectivement retenus : le principe multiplicatif s'applique et donne . Pour retrouver la forme factorielle, on multiplie et l'on divise par :
car le numérateur reconstitue le produit de tous les entiers de à .
Remarque
Une seconde démonstration de la formule explicite, par double comptage. Comptons de deux façons les listes ordonnées de éléments distincts de . D'une part, on vient de voir qu'il y en a . D'autre part, une telle liste est entièrement déterminée par l'ensemble de ses éléments, soit choix, puis par l'ordre dans lequel on les range, soit choix. Le principe multiplicatif donne donc
On retrouve la formule démontrée par récurrence, par un chemin entièrement différent. Cette égalité est aussi la traduction chiffrée d'une idée à retenir : un tirage simultané est un tirage successif sans remise dont on oublie l'ordre, et chaque tirage simultané correspond exactement à tirages successifs.
Méthode
Choisir le bon modèle de tirage. Trois questions, dans cet ordre, et la réponse est déterminée.
- Un objet peut-il être tiré plusieurs fois ? Si oui, c'est un tirage avec remise : compter avec .
- Sinon, l'ordre des tirages intervient-il dans la question posée ? Les mots « successivement », « l'un après l'autre », « le premier tiré » signalent que oui : compter avec .
- Sinon, c'est un tirage simultané : compter avec . Les mots « simultanément », « en une seule fois », « une poignée de » signalent ce cas.
Un test infaillible en cas d'hésitation entre les modèles et : si la question porte sur une composition (« combien de blanches ? »), le modèle simultané suffit et il est plus simple. Si elle porte sur une position (« la première est-elle blanche ? »), il faut le modèle ordonné.
Exemple
a. Avec remise. Un jury attribue une note entière de à à chacun des candidats, indépendamment. Le nombre de triplets de notes possibles vaut .
b. Successifs sans remise. Huit coureurs disputent une course sans ex æquo. Le nombre de podiums possibles, c'est-à-dire de classements des trois premiers, vaut
c. Simultané. Une association de membres tire au sort personnes pour former un bureau. Le nombre de bureaux possibles vaut .
d. Comparaison. Si, dans la situation c, on distinguait en plus les quatre rôles du bureau (président, trésorier, secrétaire, assesseur), il faudrait ordonner : on obtiendrait bureaux, ce qui est bien .
Probabilité
Définition
Définition
Soit un univers fini non vide. On appelle probabilité sur toute application
vérifiant les deux axiomes suivants :
- (additivité) pour tous événements et incompatibles, c'est-à-dire tels que ,
- (normalisation) .
Le couple s'appelle un espace probabilisé fini. Le réel est la probabilité de l'événement .
Tout tient dans ces deux lignes : une probabilité est une façon de répartir une masse totale égale à sur les résultats de l'expérience, de sorte que la masse d'une réunion de morceaux disjoints soit la somme des masses. Toutes les propriétés qui suivent en découlent, sans aucune hypothèse supplémentaire, et c'est exactement ce que l'on attend de vous dans une démonstration : partir des deux axiomes, jamais d'une intuition sur les « cas favorables ».
Remarque
Le fait que soit à valeurs dans fait partie de la définition : il n'y a rien à démontrer sur ce point. En revanche, la positivité sera utilisée en permanence dans les démonstrations, en particulier pour établir la croissance.
Premières conséquences des axiomes
Propriété
Soit une probabilité sur , et soient et deux événements.
a. .
b. .
c. .
d. Si , alors .
e. Croissance. Si , alors .
Démonstration. a. Les événements et sont incompatibles, puisque , et leur réunion vaut . L'axiome d'additivité donne
d'où en retranchant des deux côtés.
b. Les événements et sont incompatibles, car , et leur réunion vaut . L'additivité puis la normalisation donnent
d'où le résultat.
c. Découpons selon que le résultat appartient ou non à :
et cette réunion est disjointe, puisque ne rencontre pas , donc pas . L'additivité donne , d'où la formule.
d. Si , alors , et c devient .
e. Supposons . D'après d appliqué au couple , on a . Or une probabilité est à valeurs dans , donc , d'où , c'est-à-dire .
Exemple
Dans une entreprise, on choisit un salarié au hasard. On note l'événement « le salarié est cadre » et l'événement « le salarié a plus de dix ans d'ancienneté ». Le service des ressources humaines indique , et .
a. La probabilité que le salarié ne soit pas cadre vaut .
b. La probabilité qu'il soit cadre sans avoir dix ans d'ancienneté vaut
c. La probabilité qu'il ait plus de dix ans d'ancienneté sans être cadre vaut
d. Comme , la croissance impose : la donnée est cohérente. Si l'énoncé avait annoncé , il aurait été contradictoire, et le repérer aurait fait gagner beaucoup de temps.
Additivité finie et systèmes complets
Propriété
Additivité finie. Si sont des événements deux à deux incompatibles, alors
Démonstration. Par récurrence sur .
Initialisation. Pour , il n'y a rien à démontrer. Le cas est exactement l'axiome d'additivité.
Hérédité. Soit ; supposons la propriété vraie au rang et donnons-nous deux à deux incompatibles. Posons . Les événements et sont incompatibles : en effet, par distributivité de l'intersection sur la réunion,
car chaque est vide pour , les événements étant deux à deux incompatibles. L'axiome d'additivité donne alors
et l'hypothèse de récurrence fournit . En reportant, on obtient la formule au rang .
Conclusion. La propriété est vraie pour tout .
Propriété
Soit un système complet d'événements, étant une partie finie de . Alors
Démonstration. Les sont deux à deux incompatibles, donc l'additivité finie s'applique et donne
la deuxième égalité venant de la définition d'un système complet et la troisième de l'axiome de normalisation.
Remarque
C'est la vérification autonome la plus utile de tout le chapitre. Chaque fois que vous avez calculé les probabilités des morceaux d'un système complet, additionnez-les : si la somme ne vaut pas , un calcul au moins est faux. Cela vaut pour les branches d'un arbre, pour les cases d'un tableau croisé, pour les cas d'une disjonction.
Une probabilité est déterminée par les événements élémentaires
Propriété
Soit un univers fini et soit une probabilité sur . Alors, pour tout événement ,
Réciproquement, si sont des réels positifs de somme , il existe une unique probabilité sur telle que pour tout .
Démonstration. Premier point. Soit un événement. Si , la somme est vide et vaut , ce qui est bien . Sinon, écrivons . Les événements élémentaires sont deux à deux incompatibles, puisque deux singletons distincts sont disjoints, et leur réunion est . L'additivité finie donne exactement la formule annoncée.
Réciproque, unicité. Elle est contenue dans le premier point : la connaissance des détermine pour tout , donc deux probabilités qui coïncident sur les événements élémentaires sont égales.
Réciproque, existence. Définissons pour toute partie de . Cette somme est positive comme somme de réels positifs, et elle est majorée par puisqu'on lui ajoute des termes positifs pour obtenir cette dernière : ainsi est bien à valeurs dans . On a . Enfin, si et sont incompatibles, aucun indice ne vérifie à la fois et , donc la somme portant sur se scinde en la somme sur plus la somme sur :
Les deux axiomes sont vérifiés : est une probabilité, et par construction.
Cette propriété est le mode d'emploi de la modélisation : pour définir une probabilité sur un univers fini, il suffit d'attribuer un poids à chaque résultat, ces poids étant positifs et de somme . Rien d'autre n'est à vérifier.
Exemple
Un dé à six faces est pipé de telle sorte que la probabilité d'obtenir une face soit proportionnelle au numéro de cette face.
Il existe donc un réel tel que pour tout . La somme des poids doit valoir :
Ainsi pour tout . On en déduit, par décomposition sur les événements élémentaires,
La probabilité d'obtenir un résultat pair vaut donc , et non : compter les cas favorables serait ici une faute, car il n'y a pas équiprobabilité.
Cas de l'équiprobabilité
Définition
On dit qu'il y a équiprobabilité sur l'univers fini lorsque tous les événements élémentaires ont la même probabilité. La probabilité est alors appelée probabilité uniforme sur .
Propriété
Dans une situation d'équiprobabilité sur un univers de cardinal , on a pour tout , et pour tout événement :
Démonstration. Notons la valeur commune des . Les événements élémentaires forment un système complet, donc la somme de leurs probabilités vaut : on obtient , soit . Pour un événement quelconque, la décomposition sur les événements élémentaires donne
puisqu'on additionne termes tous égaux à .
L'équiprobabilité n'est jamais une propriété automatique : c'est une hypothèse de modélisation, que l'énoncé suggère par des mots comme « au hasard », « équilibré », « bien mélangées », « indiscernables au toucher ». En rédaction, on l'annonce explicitement, par une phrase du type : « les membres étant tirés au sort, on munit de la probabilité uniforme ».
Méthode
Choisir un univers et décider de l'équiprobabilité. Cette étape se rédige, elle ne se devine pas.
- Décrire un résultat de l'expérience en une phrase : qu'est-ce qu'on observe exactement ? Une liste ordonnée, un ensemble, un mot ?
- Écrire en conséquence, en choisissant l'univers le plus détaillé compatible avec l'expérience, même si la question posée n'utilise pas tout ce détail.
- Justifier l'équiprobabilité par les termes de l'énoncé, ou constater qu'elle n'a pas lieu et attribuer des poids.
- Calculer avec l'un des trois modèles de tirage.
- Compter les cas favorables en construisant le résultat favorable par étapes.
- Conclure par le quotient et simplifier la fraction.
Exemple
Un modèle correct et un modèle faux. On lance trois fois une pièce équilibrée et l'on s'intéresse au nombre de piles obtenus.
Modèle faux. On prend , l'ensemble des nombres de piles possibles, muni de l'équiprobabilité. Il vient alors « ». Ce résultat est faux : les quatre valeurs , , , n'ont aucune raison d'avoir la même probabilité.
Modèle correct. On prend , l'ensemble des mots de trois lettres, de cardinal . La pièce étant équilibrée et les lancers menés dans les mêmes conditions, l'équiprobabilité est ici légitime : chaque mot a la probabilité . L'événement « aucun pile » est le singleton , donc
De même, « exactement deux piles » correspond aux mots comportant exactement deux lettres , qui sont au nombre de , à savoir , et :
Moralité. L'équiprobabilité se pose sur l'univers détaillé, celui qui distingue les lancers, jamais sur un univers déjà résumé.
Exemple
Le tirage au sort du bureau. Une association compte membres, dont femmes et hommes. On tire au sort membres, simultanément, pour former le bureau.
L'univers est l'ensemble des parties à éléments de l'ensemble des membres, de cardinal , et le tirage au sort justifie l'équiprobabilité.
a. Le bureau est exclusivement féminin. Il faut choisir femmes parmi : cas favorables, d'où une probabilité de .
b. Le bureau compte exactement deux femmes. On choisit femmes parmi et hommes parmi : cas, d'où .
c. Le bureau compte au moins un homme. L'événement contraire est « le bureau est exclusivement féminin », traité en a : la probabilité vaut .
d. Un membre donné, disons la présidente sortante, fait partie du bureau. Il faut compléter par membres choisis parmi les autres : cas, d'où .
Le résultat d admet une lecture immédiate : chacun des membres a la même chance de figurer parmi les tirés, donc cette chance vaut . Retrouver un résultat par deux chemins est le meilleur contrôle qui soit.
Formule du crible
Propriété
Formule du crible pour deux événements. Pour tous événements et ,
Démonstration. Décomposons la réunion en deux morceaux disjoints :
L'axiome d'additivité donne .
Il reste à exprimer , ce qui est exactement la propriété c établie plus haut, appliquée au couple :
En reportant dans la première égalité, on obtient la formule annoncée.
L'interprétation est limpide : en additionnant et , on compte deux fois les résultats qui réalisent à la fois et ; on retire donc une fois . Si et sont incompatibles, le terme correctif est nul et l'on retrouve l'axiome d'additivité.
Propriété
Sous-additivité. Pour tous événements et , on a .
Démonstration. La formule du crible donne , et puisqu'une probabilité est positive. On soustrait donc un nombre positif.
Propriété
Formule du crible pour trois événements. Pour tous événements , et ,
Démonstration. On applique la formule du crible à deux événements, d'abord au couple :
Le premier terme se développe par le crible : .
Pour le dernier, la distributivité de l'intersection sur la réunion donne
et une nouvelle application du crible, aux deux événements et , donne
Or , puisque . En reportant les deux développements :
ce qui est exactement la formule annoncée après suppression des parenthèses.
La structure de la formule se retient : on additionne les probabilités une à une, on retranche celles des intersections deux à deux, on rajoute celle de l'intersection des trois. Le programme s'arrête à trois événements ; au-delà, on passe à l'événement contraire ou l'on découpe à l'aide d'un système complet.
Exemple
Une enseigne interroge ses clients. On note : « le client possède la carte de fidélité », : « le client a déjà commandé en ligne », : « le client est abonné à la lettre d'information ». Le service statistique fournit
a. La probabilité qu'un client soit fidélisé ou ait commandé en ligne vaut
b. La probabilité qu'il relève d'au moins un des trois profils vaut
c. La probabilité qu'il ne relève d'aucun des trois vaut donc, en passant au contraire,
d. Contrôle. La probabilité qu'un client soit fidélisé et seulement cela vaut
qui est bien positive, comme doivent l'être toutes les quantités de ce type : c'est un test de cohérence des données de l'énoncé.
Probabilité conditionnelle
Définition
Une information partielle modifie une probabilité. Si l'on sait déjà que l'événement est réalisé, les résultats extérieurs à deviennent impossibles, et il faut redistribuer la masse totale sur seul : c'est exactement ce que fait la définition suivante, en divisant par pour ramener la masse de à .
Définition
Soient et deux événements, avec . On appelle probabilité de sachant le réel
La notation se rencontre dans d'autres ouvrages ; on emploiera systématiquement , qui a l'avantage de faire apparaître comme une probabilité à part entière, ce que la sous-section suivante démontre. L'hypothèse est indispensable : conditionner par un événement de probabilité nulle n'a aucun sens, et écrire sans avoir vérifié que est une faute de rédaction.
Exemple
On lance un dé équilibré, donc muni de la probabilité uniforme. Soit : « le résultat est pair », et : « le résultat est au moins égal à ». On a et , donc
Ainsi
Sachant que le résultat est pair, il y a deux chances sur trois qu'il soit au moins égal à , alors que sans information cette probabilité valait . L'information a modifié la probabilité.
On peut aussi retrouver ce résultat directement : sachant que le résultat est pair, il ne reste que trois issues possibles, , et , également probables, dont deux réalisent .
Tableaux croisés
Un tableau croisé d'effectifs est la façon la plus concrète de lire des probabilités conditionnelles : conditionner, c'est se restreindre à une ligne ou à une colonne du tableau.
Exemple
Une entreprise de salariés répartit son effectif selon le statut et le mode de travail.
| Cadre | Non-cadre | Total | |
|---|---|---|---|
| Télétravail | |||
| Sur site | |||
| Total |
On choisit un salarié au hasard, avec équiprobabilité. Notons : « le salarié est cadre » et : « le salarié est en télétravail ».
a. Les probabilités simples se lisent dans la ligne et la colonne des totaux :
b. La probabilité de l'intersection se lit dans une case intérieure :
c. Conditionner par , c'est se restreindre à la colonne des cadres, qui compte salariés :
On retrouve bien la définition : .
d. Conditionner par , c'est se restreindre à la ligne du télétravail, qui compte salariés :
Les deux nombres et sont différents : ils ne répondent pas à la même question. Le premier dit quelle proportion des cadres télétravaille, le second dit quelle proportion des télétravailleurs est cadre.
Remarque
Ne confondez jamais et . C'est l'erreur la plus fréquente et la plus lourde du chapitre, parce qu'elle est invisible : les deux quantités se calculent avec le même numérateur et diffèrent seulement par le dénominateur. Une phrase comme « des malades ont ce symptôme » ne dit rien de la proportion de porteurs du symptôme qui sont malades ; en général les deux nombres n'ont même pas le même ordre de grandeur, comme le montrera l'exemple de la détection de fraude. En rédaction, écrivez toujours l'événement conditionnant en indice avant de calculer, cela évite l'inversion.
La probabilité conditionnelle est une probabilité
Propriété
Soit un événement de probabilité non nulle. L'application
est une probabilité sur .
Démonstration. Les valeurs appartiennent à . Le quotient est positif comme quotient d'un réel positif par un réel strictement positif. De plus , donc la croissance donne , et en divisant par on obtient .
Normalisation. On a , donc
Additivité. Soient et deux événements incompatibles. Les événements et sont alors incompatibles eux aussi, car
Par distributivité, , donc l'axiome d'additivité appliqué à donne
Les deux axiomes sont vérifiés : est une probabilité.
Cette propriété n'est pas une curiosité théorique, c'est un outil de calcul quotidien : tous les résultats démontrés jusqu'ici s'appliquent à . En particulier, pour tous événements et :
a. et .
b. .
c. .
d. Si , alors .
En revanche, rien ne relie et : l'égalité est fausse en général. Le passage au contraire est licite sur l'événement conditionné, jamais sur l'événement conditionnant. Le tableau croisé de l'entreprise en donne un contre-exemple immédiat : tandis que , qui n'est pas .
Formule des probabilités composées
Propriété
Cas de deux événements. Si , alors
Cas général. Soient des événements tels que . Alors
Démonstration. Le cas de deux événements est la définition de , multipliée par .
Observons d'abord que l'hypothèse rend tous les conditionnements licites : pour , on a l'inclusion , donc par croissance
Démontrons la formule par récurrence sur .
Initialisation. Pour , c'est le cas déjà traité.
Hérédité. Soit ; supposons la formule vraie au rang pour toute famille d'événements vérifiant l'hypothèse. Donnons-nous tels que , et posons . Comme , le cas de deux événements donne
Par ailleurs , donc l'hypothèse de récurrence s'applique à la famille et fournit
En reportant, et en remarquant que , on obtient la formule au rang .
Conclusion. La formule est vraie pour tout .
C'est la formule des expériences en chaîne : chaque facteur est la probabilité de l'étape suivante, sachant tout ce qui s'est passé avant.
Exemple
Un entrepôt contient articles, dont sont défectueux. Un contrôleur en prélève , successivement et sans remise. Notons l'événement « le -ème article prélevé est en bon état ».
La probabilité que les trois articles soient en bon état vaut
Après un premier prélèvement correct, il reste articles dont en bon état, d'où le deuxième facteur ; après deux prélèvements corrects, il reste articles dont en bon état, d'où le troisième.
Contrôle par un autre chemin. En raisonnant en tirage simultané, l'univers a éléments et les cas favorables sont les choix de trois articles parmi les neuf bons, d'où une probabilité de . Les deux modèles décrivent la même expérience et donnent bien le même résultat.
L'arbre pondéré
L'arbre est la mise en forme graphique de la formule des probabilités composées ; il n'a rien d'un objet nouveau, mais il évite les oublis et rend visibles tous les cas.
Méthode
Construire et exploiter un arbre pondéré. Trois règles, et une vérification.
- Premier niveau : un système complet. Les branches issues de la racine portent les probabilités simples des événements d'un système complet, en général . Leur somme vaut .
- Niveaux suivants : des probabilités conditionnelles. Les branches issues d'un nœud portent les probabilités conditionnelles sachant tout ce qui précède sur le chemin. La somme des branches issues d'un même nœud vaut toujours .
- Probabilité d'un chemin : on multiplie. C'est la formule des probabilités composées.
- Probabilité d'un événement : on additionne les probabilités des chemins qui le réalisent. C'est la formule des probabilités totales.
Vérification obligatoire : la somme des probabilités de tous les chemins vaut , puisque les extrémités de l'arbre forment un système complet.
Exemple
Un organisme de formation prépare à un examen. Parmi les candidats inscrits, ont suivi le stage de préparation. Parmi ceux qui l'ont suivi, réussissent l'examen ; parmi les autres, seulement le réussissent.
Notons : « le candidat a suivi le stage » et : « le candidat réussit l'examen ». L'énoncé fournit
et par passage au contraire sur l'événement conditionné, et . C'est exactement l'arbre représenté ci-dessus. Il comporte quatre chemins.
| Chemin | Probabilité du chemin |
|---|---|
| puis | |
| puis | |
| puis | |
| puis |
Vérification. .
La probabilité qu'un candidat réussisse est la somme des deux chemins menant à :
Autrement dit, des candidats réussissent l'examen. On en déduit , ce que confirment les deux chemins menant à : .
Formule des probabilités totales
Propriété
Formule des probabilités totales. Soit un système complet d'événements, étant une partie finie de . Pour tout événement ,
Si de plus pour tout , alors
Démonstration. Puisque la réunion des vaut , la distributivité de l'intersection sur la réunion donne
Ces événements sont deux à deux incompatibles : pour ,
L'additivité finie donne alors .
Si tous les sont de probabilité non nulle, la formule des probabilités composées donne pour chaque , d'où la seconde écriture.
Lorsque certains sont de probabilité nulle, la première écriture reste valable telle quelle : les termes correspondants sont nuls, puisque entraîne . On peut donc toujours se ramener à la seconde écriture en ne conservant que les indices pour lesquels .
Exemple
Le cas le plus fréquent : le système complet . Si , alors pour tout événement ,
C'est la formule utilisée pour l'organisme de formation :
Méthode
Conditionner par un système complet. C'est la méthode reine dès qu'une expérience se déroule en deux temps, ou qu'une information manque.
- Repérer l'information manquante : « de quel fournisseur vient la pièce ? », « le candidat a-t-il suivi le stage ? », « quelle urne a-t-on choisie ? ».
- Construire le système complet correspondant : les cas possibles, deux à deux incompatibles, couvrant toutes les situations. Écrire cette double vérification.
- Vérifier que l'énoncé donne bien les et les : ce sont les données naturelles d'un énoncé, souvent exprimées en pourcentages.
- Appliquer la formule et calculer.
- Contrôler : le résultat est une probabilité, donc un réel de , et il se situe nécessairement entre le plus petit et le plus grand des , puisque c'est une moyenne pondérée de ces nombres.
Exemple
Une entreprise s'approvisionne auprès de trois fournisseurs, et d'eux seuls. Le fournisseur livre des pièces, en livre et les restants. Les taux de pièces défectueuses sont respectivement , et . On prélève une pièce au hasard dans le stock et l'on note l'événement « la pièce est défectueuse ».
La famille est un système complet : une pièce provient d'un fournisseur et d'un seul, et il n'y en a pas d'autre. Les données sont
La formule des probabilités totales donne
Le taux global de pièces défectueuses est donc de . Ce nombre est bien compris entre et , comme doit l'être une moyenne pondérée des trois taux : le contrôle passe.
Remarque
Vérifiez toujours que le système est complet. Dans l'exemple précédent, un candidat pressé qui n'utiliserait que les deux premiers fournisseurs obtiendrait
un résultat faux, et faux par défaut : la réunion n'est pas . L'erreur symétrique consiste à utiliser des événements qui se chevauchent, par exemple « le client est jeune » et « le client habite en ville » : la somme compte alors deux fois les jeunes citadins et dépasse la vraie valeur. Les deux conditions, incompatibilité et recouvrement, doivent être écrites.
Formule de Bayes
Les probabilités totales calculent la probabilité d'une conséquence à partir de celle des causes. La formule de Bayes fait le chemin inverse : elle calcule la probabilité d'une cause, sachant la conséquence observée.
Propriété
Formule de Bayes. Soient et deux événements de probabilités non nulles. Alors
Version avec un système complet. Si est un système complet d'événements de probabilités non nulles et si , alors pour tout indice :
Démonstration. Par définition de la probabilité conditionnelle, puis par la formule des probabilités composées appliquée à dans l'autre sens :
Pour la seconde version, on applique la première avec , et l'on remplace le dénominateur par son expression donnée par la formule des probabilités totales.
Méthode
Reconnaître un exercice de probabilités totales puis de Bayes. Le signal est toujours le même : l'énoncé donne des probabilités « dans un sens » et en demande une « dans l'autre sens ».
- Repérer le sens des données. Un énoncé du type « parmi les , une proportion sont » donne . La question « sachant qu'un individu est , quelle est la probabilité qu'il soit ? » demande : les deux sens sont inversés, il faudra Bayes.
- Ne jamais retenir la formule telle quelle, la reconstruire en trois lignes :
- écrire la définition, ;
- calculer le numérateur par les probabilités composées, dans le sens où l'énoncé donne les données : ;
- calculer le dénominateur par les probabilités totales, avec le système complet des causes.
- Contrôler : les probabilités conditionnelles des différentes causes doivent avoir pour somme , puisque est un système complet et que est une probabilité.
Exemple
Suite de l'organisme de formation. Un candidat a réussi l'examen. Quelle est la probabilité qu'il ait suivi le stage de préparation ?
On cherche . Les deux quantités nécessaires sont déjà calculées : le numérateur , et le dénominateur . Donc
Ainsi, environ des candidats reçus ont suivi le stage, alors que le stage ne concerne que des inscrits : la réussite est un indice très fort d'avoir suivi la préparation.
Contrôle. La probabilité complémentaire vaut
et l'on a bien .
On peut aussi inverser l'autre conditionnement : parmi les candidats qui échouent,
soit moins de de stagiaires. Les deux nombres et montrent à quel point l'information « le candidat a réussi » modifie le jugement.
Exemple
Les trois fournisseurs, dans l'autre sens. Une pièce prélevée se révèle défectueuse. De quel fournisseur vient-elle le plus probablement ?
On reprend et les trois numérateurs déjà calculés :
Contrôle. : la somme vaut bien .
Le fournisseur le plus probablement en cause est , alors qu'il ne livre que des pièces et que ce n'est pas lui qui a le plus mauvais taux de défaut. C'est le produit du volume par le taux qui compte, et non l'un ou l'autre isolément : livre beaucoup mais très proprement, livre mal mais peu.
Exemple
Un résultat contre-intuitif : la détection de fraude. Une banque surveille les paiements par carte. Une transaction sur mille est frauduleuse. L'algorithme de détection signale des transactions frauduleuses, mais signale aussi, à tort, des transactions honnêtes.
Notons : « la transaction est frauduleuse » et : « la transaction est signalée ». Les données sont , et . La formule des probabilités totales, avec le système complet , donne
Puis la formule de Bayes :
Une transaction signalée n'a donc qu'environ de chances d'être réellement frauduleuse, alors que l'algorithme détecte des fraudes. L'explication tient au déséquilibre des effectifs : les fraudes sont si rares que les de fausses alertes, prélevés sur l'immense majorité honnête, sont vingt fois plus nombreuses que les vraies détections. Confondre et conduirait à bloquer massivement des clients innocents.
Indépendance en probabilité
Indépendance de deux événements
Définition
Deux événements et sont dits indépendants pour la probabilité lorsque
Propriété
Soient et deux événements, avec . Alors
Démonstration. Comme , on peut diviser par sans changer la valeur de vérité d'une égalité :
C'est la lecture intuitive de la notion : savoir que est réalisé ne change pas la probabilité de . On retiendra cependant la définition sous sa forme produit, qui est symétrique en et et qui ne suppose aucune probabilité non nulle.
L'indépendance est une propriété numérique, relative à la probabilité choisie ; elle n'exprime aucune absence de lien causal, et elle peut disparaître si l'on change de probabilité sur le même univers.
Méthode
Démontrer une indépendance, ou l'infirmer. On ne se fie jamais à l'intuition : on calcule les trois nombres.
- Calculer , en revenant au modèle.
- Calculer , de même.
- Calculer , en décrivant précisément l'événement « et ».
- Comparer et le produit . Égalité : les événements sont indépendants, et on l'écrit. Inégalité : ils ne le sont pas, et il suffit d'exhiber les deux nombres différents.
Variante lorsque : comparer et , ce qui est parfois plus rapide à lire sur un tableau croisé ou sur un arbre. Jamais de raisonnement du type « ces deux phénomènes n'ont rien à voir, donc les événements sont indépendants » : c'est une justification qui ne vaut aucun point.
Exemple
a. Deux dés. On lance deux dés équilibrés, avec muni de l'équiprobabilité, donc . Soit : « le premier dé donne un résultat pair » et : « le second dé donne ou ». Alors
Comme , les événements et sont indépendants. Ce n'était pas une surprise : ils portent sur deux dés différents.
b. Un seul dé, et pourtant indépendants. On lance un seul dé équilibré, et l'on pose et . Alors
Or : les deux événements sont indépendants, bien qu'ils portent sur le même lancer. L'indépendance est une coïncidence numérique, pas une séparation physique.
c. Le tableau croisé de l'entreprise. Avec : « le salarié est cadre » et : « il est en télétravail », on avait , et . Or : les deux événements ne sont pas indépendants. Le statut de cadre et le télétravail sont liés dans cette entreprise. Pour qu'ils soient indépendants, il aurait fallu cadres en télétravail au lieu de .
Exemple
L'indépendance dépend de la probabilité. Prenons , et .
Avec la probabilité uniforme. On a et : les événements et sont indépendants.
Avec une autre probabilité. Munissons des poids , , et , dont la somme vaut bien . Alors , et , tandis que . Les mêmes événements ne sont plus indépendants.
L'indépendance n'est donc pas une propriété des ensembles et : c'est une propriété du triplet .
Indépendance et incompatibilité
Propriété
Soient et deux événements incompatibles, de probabilités non nulles. Alors et ne sont pas indépendants.
Démonstration. L'incompatibilité donne , donc . Par ailleurs , comme produit de deux réels strictement positifs. Les deux quantités sont donc différentes, et la définition de l'indépendance n'est pas satisfaite.
Remarque
Incompatible et indépendant ne sont pas synonymes, et ne sont même pas compatibles. Ce sont deux notions de nature différente :
- l'incompatibilité est une propriété ensembliste : elle ne dépend que de et , pas de , et elle se vérifie en regardant si les deux ensembles se rencontrent ;
- l'indépendance est une propriété numérique : elle dépend de , et elle se vérifie par un calcul.
En un sens, ces deux notions sont opposées : si et sont incompatibles, apprendre que est réalisé fait tomber la probabilité de à zéro, ce qui est une dépendance maximale. Confondre les deux mots, ou écrire « et sont incompatibles donc », est une faute lourde.
Stabilité par passage au contraire
Propriété
Si et sont indépendants, alors les couples , et sont eux aussi formés d'événements indépendants.
Démonstration. Supposons .
Le couple . Les événements et sont incompatibles, car leur intersection est incluse dans , et leur réunion vaut :
L'axiome d'additivité donne donc , d'où
Ainsi et sont indépendants.
Le couple . La définition de l'indépendance étant symétrique en et , il suffit d'échanger les rôles des deux événements dans le raisonnement précédent.
Le couple . On applique le premier point au couple indépendant , ce qui donne l'indépendance de et .
Exemple
Un site marchand estime que la probabilité qu'un visiteur crée un compte est et que la probabilité qu'il ouvre la lettre d'information est , ces deux événements et étant supposés indépendants. Alors
La probabilité qu'un visiteur fasse au moins l'une des deux choses vaut donc . On peut aussi le vérifier par le crible :
Indépendance mutuelle d'une famille finie
Définition
Soit . Les événements sont dits mutuellement indépendants lorsque, pour toute partie de contenant au moins deux éléments,
Il ne suffit donc pas de vérifier l'égalité pour l'intersection de tous les événements, ni même pour tous les couples : toutes les sous-familles doivent la vérifier. Pour trois événements , , , cela fait quatre égalités : les trois égalités deux à deux, et .
Propriété
Si sont mutuellement indépendants, alors ils sont deux à deux indépendants. La réciproque est fausse.
Démonstration. L'implication est immédiate : les parties à deux éléments figurent parmi celles que la définition considère. La fausseté de la réciproque se voit sur un contre-exemple, donné ci-dessous.
Exemple
Deux à deux n'implique pas mutuellement. On lance deux dés équilibrés, avec muni de l'équiprobabilité. Posons
- : « le premier dé donne un résultat pair » ;
- : « le second dé donne un résultat pair » ;
- : « la somme des deux résultats est paire ».
Chacun de ces trois événements a pour probabilité . C'est clair pour et pour ; pour , la somme est paire si et seulement si les deux résultats ont la même parité, ce qui correspond à couples, donc .
Les intersections deux à deux valent toutes :
et comme « premier pair et somme paire » équivaut à « les deux pairs », on a aussi , et de même . Chacune vaut bien : les trois événements sont deux à deux indépendants.
Pourtant , puisque deux résultats pairs ont toujours une somme paire, donc
Les trois événements ne sont donc pas mutuellement indépendants, ce qui se comprend : et réalisés entraînent , il y a bien un lien.
Propriété
Stabilité par passage au contraire. Si sont mutuellement indépendants, alors les événements le sont encore, où chaque désigne soit , soit son contraire .
Démonstration. Cas . C'est exactement la propriété démontrée à la sous-section précédente : si et sont indépendants, alors les couples , et le sont aussi.
Cas général. On remplace les par leur contraire un par un, et il suffit donc de traiter le remplacement d'un seul, disons par . Soit une partie de contenant au moins deux éléments. Si , l'égalité à vérifier est celle de l'hypothèse et il n'y a rien à faire. Si , posons et . Les événements et sont incompatibles et de réunion , donc l'additivité donne
en utilisant deux fois l'indépendance mutuelle des , une fois pour la famille et une fois pour la famille . C'est bien l'égalité voulue. En répétant l'opération pour chaque indice dont on veut prendre le contraire, on obtient le résultat.
Ce résultat sert constamment : c'est lui qui autorise à écrire, pour des événements mutuellement indépendants,
donc à calculer une probabilité du type « au moins un des est réalisé » par passage au contraire.
Méthode
Calculer « au moins un » avec des événements mutuellement indépendants.
- Traduire : « au moins un » est le contraire de « aucun ».
- Passer au contraire avec la loi de De Morgan :
- Transformer l'intersection en produit, grâce à la stabilité de l'indépendance mutuelle par passage au contraire.
- Conclure : .
En pratique, l'indépendance mutuelle n'est presque jamais démontrée : elle est posée comme hypothèse de modélisation, sous la forme « les épreuves sont indépendantes », « les composants tombent en panne indépendamment les uns des autres », « les tirages ont lieu avec remise ». Cette hypothèse doit être écrite explicitement dans la rédaction, car c'est elle, et elle seule, qui autorise les produits.
Exemple
Un atelier comporte machines qui fonctionnent indépendamment les unes des autres. Chacune tombe en panne au cours d'une journée avec la probabilité . Notons l'événement « la machine numéro tombe en panne ».
La probabilité qu'aucune machine ne tombe en panne vaut
donc la probabilité qu'au moins une machine tombe en panne vaut
Avec seulement de risque par machine, l'atelier connaît une panne environ un jour sur sept. La multiplication des équipements dégrade la fiabilité de l'ensemble, et c'est précisément ce que le calcul quantifie.
Remarque
Attention à ne pas confondre les trois « produits » du chapitre, qui n'ont pas les mêmes conditions d'emploi :
- : la formule des probabilités composées, toujours vraie dès que ;
- : la définition de l'indépendance, jamais une règle de calcul générale ;
- figurant comme un terme dans une somme : la formule des probabilités totales.
Multiplier deux probabilités sans avoir écrit et justifié une hypothèse d'indépendance est la faute qui coûte le plus de points aux concours.
Ce qu'il faut savoir faire
En statistiques
- Employer le vocabulaire exact : population, individu, échantillon, caractère quantitatif discret, continu ou qualitatif, et savoir dire lequel autorise un calcul de moyenne.
- Compléter un tableau de série statistique : effectifs, fréquences, fréquences cumulées, et vérifier que la somme des fréquences vaut .
- Tracer et lire un diagramme en bâtons et une fonction de répartition en escalier, en plaçant correctement les points pleins et les points creux.
- Déterminer un quantile à partir des fréquences cumulées : le plus petit tel que , cas d'égalité compris. En particulier la médiane, , , et .
- Construire et lire une boîte à moustaches, en donnant les cinq nombres, l'étendue et l'écart interquartile, et en commentant la symétrie.
- Calculer , et à partir d'un tableau d'effectifs, par la formule de Koenig, et contrôler la vraisemblance des résultats.
- Appliquer une transformation affine : , , et les quantiles pour .
- Interpréter : distinguer position et dispersion, savoir pourquoi la médiane résiste aux valeurs extrêmes et pas la moyenne.
En probabilités
- Choisir un univers fini adapté à l'expérience, le décrire par une phrase et calculer son cardinal.
- Justifier ou refuser l'équiprobabilité, et l'annoncer explicitement dans la rédaction.
- Traduire un énoncé en événements avec le dictionnaire des connecteurs logiques, et utiliser De Morgan devant « au moins un ».
- Vérifier qu'une famille est un système complet : incompatibilité deux à deux et réunion égale à , les deux points écrits.
- Calculer avec les coefficients binomiaux : symétrie, formule de Pascal, formule explicite, et somme d'une ligne du triangle par double comptage.
- Compter les tirages selon les trois modèles, en identifiant d'abord s'il y a remise, puis si l'ordre intervient.
- Démontrer les propriétés d'une probabilité à partir des deux axiomes : , , croissance, additivité finie.
- Appliquer la formule du crible à deux puis trois événements, et savoir passer au contraire quand elle deviendrait trop lourde.
- Calculer une probabilité conditionnelle par la définition ou par lecture d'un tableau croisé, et ne jamais oublier de vérifier que le conditionnant est de probabilité non nulle.
- Construire un arbre pondéré, lire un chemin comme un produit, un événement comme une somme, et contrôler que tous les chemins somment à .
- Enchaîner probabilités totales puis Bayes : le premier calcule la conséquence à partir des causes, le second remonte aux causes.
- Établir ou infirmer une indépendance par le calcul des trois nombres , et , sans jamais invoquer l'intuition.
- Distinguer indépendance deux à deux et indépendance mutuelle, et savoir produire le contre-exemple des deux dés.
- Calculer « au moins un » sous hypothèse d'indépendance mutuelle, par passage au contraire.
Les erreurs à ne plus commettre
1. Poser l'équiprobabilité sur un univers résumé. Les nombres de piles, les sommes de dés, les effectifs regroupés ne sont presque jamais équiprobables. L'équiprobabilité se pose sur l'univers détaillé.
2. Confondre incompatibles et indépendants. Deux événements incompatibles de probabilités non nulles sont toujours dépendants.
3. Additionner sans vérifier l'incompatibilité. L'égalité suppose . Dans le doute, écrivez le crible, qui est toujours vrai.
4. Multiplier sans hypothèse d'indépendance. Sans hypothèse, on écrit , jamais .
5. Inverser un conditionnement à la légère. et n'ont aucune raison d'être égaux : voyez l'exemple de la détection de fraude, où l'un vaut et l'autre environ .
6. Écrire . C'est faux. Seul est correct : on passe au contraire sur l'événement conditionné, jamais sur le conditionnant.
7. Oublier de vérifier qu'un système est complet avant d'appliquer les probabilités totales. Un cas oublié fait manquer un terme, des cas qui se chevauchent en comptent un deux fois.
8. Croire qu'une boîte à moustaches renseigne sur la moyenne. Elle ne contient que cinq nombres, et la moyenne n'en fait pas partie.
9. Prendre la médiane pour . La médiane coupe l'effectif en deux, pas l'intervalle des valeurs.
10. Utiliser la variance en . La convention de ce cours, et du programme, est la division par . Vérifiez le réglage de votre calculatrice sur un exemple simple.
11. Développer les factorielles d'un coefficient binomial. Simplifiez d'abord : , et le résultat est toujours entier.
12. Confondre une série et un ensemble. Une série statistique garde ses répétitions : la valeur y figure autant de fois qu'elle a été observée, et c'est cela qui porte l'information.
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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.