ECG appliquées · Chapitre 09 · Second semestre
Étude élémentaire des séries
1re année
Séries numériques à termes réels, convergence, séries géométriques, séries exponentielles, séries de Riemann.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Séries numériques à termes réels
- Convergence
- Séries géométriques
- Séries exponentielles
- Séries de Riemann
Additionner deux nombres, ou trois, ou mille, ne pose aucune difficulté de principe. Mais que signifie additionner une infinité de nombres ? L'écriture
n'a, telle quelle, aucun sens : aucune addition ne comporte une infinité d'étapes. Ce chapitre donne un sens précis à ce genre d'écriture, et il le donne de la seule manière rigoureuse possible : on additionne les termes un par un, ce qui produit une suite de résultats intermédiaires, puis on regarde si cette suite converge.
Voilà toute l'idée du chapitre, et il faut la retenir dès maintenant : une série n'est pas un objet nouveau, c'est une suite, celle de ses sommes partielles. Tout ce que vous savez sur les suites (limite, monotonie, théorème de la limite monotone, croissances comparées, suites extraites) s'applique donc immédiatement, sans rien avoir à réapprendre. Le premier réflexe, devant une série qui résiste, sera toujours de revenir à la suite .
Le programme est explicite sur le niveau attendu : « aucune technicité n'est exigible en première année ». Les techniques de comparaison entre séries à termes positifs seront vues en deuxième année. Ce que l'on demande ici, c'est de savoir reconnaître quatre ou cinq séries de référence, de savoir télescoper, et de rédiger proprement.
Une raison très concrète, enfin, de soigner ce chapitre : le chapitre suivant, consacré aux variables aléatoires discrètes, ne peut pas commencer sans lui. Une grandeur aléatoire qui prend une infinité de valeurs conduit à des sommes infinies, et il faut d'abord savoir quand une telle somme a un sens. Les deux applications économiques de la fin du chapitre, la valeur d'une rente perpétuelle et le multiplicateur keynésien, montrent que les séries ne servent pas qu'aux probabilités.
Notations fixées pour tout le chapitre. La lettre désigne un entier naturel, une suite réelle, et des réels. L'indice de départ, souvent ou , est noté et sera toujours précisé. Le symbole marque la fin d'une démonstration.
Séries et sommes partielles
Définition d'une série
Définition
Soit une suite réelle. Pour tout entier , on appelle somme partielle d'ordre le nombre réel
La série de terme général est la suite de ces sommes partielles. On la note , ou lorsqu'on veut rappeler l'indice de départ.
Insistons sur ce point, car c'est la clé de tout le chapitre : la série est la suite . Ce n'est pas une notation pour un nombre mystérieux, c'est une suite parfaitement ordinaire, dont le terme d'indice se calcule par une somme finie de termes. Étudier une série, c'est étudier cette suite.
Remarque
La somme partielle est une somme finie : toutes les règles de calcul des sommes finies (linéarité, changement d'indice, télescopage, relation de Chasles sur les indices) s'y appliquent sans précaution particulière. C'est précisément ce qui rend les séries accessibles : on ne manipule jamais l'infini directement, on manipule des sommes finies, et l'infini n'intervient qu'à la toute fin, par un passage à la limite.
Convergence, divergence, somme
Définition
Soit une série de sommes partielles .
La série converge si la suite admet une limite finie . Ce réel s'appelle alors la somme de la série, et l'on note
La série diverge dans tous les autres cas, c'est-à-dire si tend vers , vers , ou n'a pas de limite.
Déterminer la nature d'une série, c'est dire si elle converge ou si elle diverge.
Trois écritures voisines désignent trois objets différents, et les confondre est la faute la plus fréquente du chapitre.
| Écriture | Ce que c'est |
|---|---|
| un nombre réel, le terme d'indice | |
| une série, c'est-à-dire la suite | |
| un nombre réel, qui n'existe que si la série converge |
Méthode
Avertissement de rédaction, à lire deux fois. L'écriture désigne un nombre réel. Elle n'a de sens qu'après avoir établi la convergence de la série. On ne peut donc jamais commencer une solution par « posons » avant d'avoir prouvé que ce nombre existe.
L'ordre est toujours le même, sans exception :
1. on démontre que la série converge ; 2. on nomme sa somme et on la calcule.
Une copie qui manipule une somme infinie non justifiée perd les points de la question entière, même si le résultat numérique final est juste.
Méthode
Étudier une série à partir de la définition. Quand aucune série de référence n'est reconnaissable, on revient toujours à la même démarche en quatre temps.
1. Écrire la somme partielle , en prenant garde à l'indice de départ et en utilisant une lettre d'indice muette () différente de la borne ().
2. Calculer sous forme close, c'est-à-dire sous forme d'une expression de sans symbole de somme. C'est l'étape difficile, et il n'y a que deux techniques au programme de première année : la somme géométrique, et le télescopage.
3. Chercher la limite de quand tend vers , avec les outils du chapitre sur les suites.
4. Conclure en une phrase qui nomme la nature de la série, puis donner la somme si elle converge.
Exemple
Deux exemples fondateurs, traités entièrement.
a. La série . Sa somme partielle d'ordre est une somme géométrique de raison , que l'on sait calculer depuis le chapitre sur les suites :
Comme , on sait que , donc . La suite converge vers : la série converge, et
L'écriture informelle de l'introduction a maintenant un sens précis, et ce résultat est démontré.
b. La série . Ici la somme partielle ne ressemble à rien de connu, mais le terme général se décompose. Cherchons deux réels et tels que, pour tout ,
En réduisant le membre de droite au dénominateur commun , il vient . Deux fractions de même dénominateur sont égales pour tout si, et seulement si leurs numérateurs coïncident en tant que polynômes en , ce qui donne le système
d'où et . Ainsi , et la somme partielle se télescope :
Tous les termes intermédiaires se détruisent deux à deux, il ne reste que le premier et le dernier. Comme , on obtient , donc la série converge et
La figure ci-dessous représente les sommes partielles de la série . Chaque point est une somme partielle ; on voit la suite grimper puis se stabiliser sous la valeur limite , sans jamais l'atteindre.
Le reste d'une série convergente
Quand une série converge, la différence entre la somme exacte et une somme partielle mesure l'erreur que l'on commet en s'arrêtant au rang . Cette quantité porte un nom.
Définition
Soit une série convergente de somme . Pour tout , le reste d'ordre est le réel
Propriété
Soit une série convergente de somme et de restes . Alors, pour tout , la série converge et
Démonstration. Fixons et notons, pour , la somme partielle de la série qui démarre au rang . La relation de Chasles sur les indices d'une somme finie donne , c'est-à-dire
Quand tend vers , le réel est une constante et , donc . La suite converge : la série converge, et sa somme vaut .
Reste à voir que . C'est immédiat : , où est une constante et , donc .
Remarque
Cette propriété est le fondement de tout calcul approché de somme. Elle dit que la somme partielle est une valeur approchée de , dont l'erreur exacte est , et que cette erreur devient aussi petite que l'on veut. Encore faut-il savoir majorer pour garantir une précision donnée : nous le ferons pour les séries géométriques, où le reste se calcule exactement.
L'indice de départ
Propriété
Modifier l'indice de départ d'une série ne change pas sa nature. Précisément, si , les séries et sont de même nature. En cas de convergence, les sommes sont reliées par
Démonstration. Notons et les sommes partielles respectives, pour . La relation de Chasles donne avec , un réel constant qui ne dépend pas de . Deux suites qui diffèrent d'une constante sont de même nature, et en cas de convergence leurs limites diffèrent de cette même constante.
Remarque
Retenez la distinction, elle est constamment source d'erreurs aux concours : changer l'indice de départ ne change pas la nature, mais change la somme. Écrire est une faute ; la bonne valeur est .
Premières propriétés
Combinaison linéaire de séries convergentes
Propriété
Soient et deux séries convergentes, de sommes respectives et , et soient et deux réels. Alors la série converge et
Démonstration. Notons , et les sommes partielles d'ordre des trois séries. La linéarité de la somme finie donne, pour tout ,
Par hypothèse et . Les théorèmes d'opérations sur les limites de suites donnent alors , qui est un réel. La suite converge, donc la série converge, et sa somme est .
Remarque
Toute la démonstration tient en une ligne parce que la linéarité est déjà connue pour les sommes finies. C'est le schéma de presque toutes les preuves de ce chapitre : on établit une identité sur la somme partielle, qui est finie, puis on passe à la limite. Ne cherchez jamais à raisonner directement sur la somme infinie.
Le piège : convergente plus divergente
Propriété
Si converge et si diverge, alors diverge.
Démonstration. Raisonnons par l'absurde et supposons que la série converge. Posons . Alors , c'est-à-dire : c'est une combinaison linéaire des termes généraux de deux séries convergentes, à savoir (supposée convergente) et (convergente par hypothèse). La propriété précédente s'applique et donne la convergence de , ce qui contredit l'hypothèse. L'hypothèse de départ est donc fausse : la série diverge.
Propriété
Si et divergent toutes les deux, on ne peut rien conclure sur la nature de .
Exemple
Deux contre-exemples suffisent à s'en convaincre, et il faut savoir les produire instantanément.
a. Prenons et pour tout . Les sommes partielles valent et : les deux séries divergent. Pourtant pour tout , donc les sommes partielles de la série somme sont toutes nulles : converge, de somme .
b. Prenons maintenant et . Les deux séries divergent, et donne des sommes partielles : la série somme diverge.
Les deux situations se produisent : aucune règle générale n'existe.
Méthode
Ce qu'il faut retenir pour rédiger. La linéarité s'utilise dans un seul sens, celui de la propriété : on part de séries dont on a déjà prouvé la convergence, et on en déduit celle de la combinaison. On ne l'utilise jamais à l'envers pour « couper » une série en deux morceaux dont on ignore la nature. Écrire
est une faute grave : la série de gauche converge (nous l'avons calculée), alors qu'aucune des deux séries de droite ne converge, comme nous le verrons. L'égalité met en jeu deux nombres qui n'existent pas.
Les premiers termes ne changent pas la nature
Propriété
Soient et deux suites qui coïncident à partir d'un certain rang , c'est-à-dire telles que pour tout . Alors les séries et sont de même nature.
Démonstration. Pour , la différence des sommes partielles vaut
puisque tous les termes d'indice supérieur ou égal à sont nuls. Cette quantité est une constante indépendante de . On a donc pour tout , et deux suites qui diffèrent d'une constante sont de même nature.
Remarque
Autrement dit, la convergence est une propriété du comportement au voisinage de l'infini : modifier, ajouter ou retirer un nombre fini de termes ne change rien à la nature de la série. En revanche, cela change la somme, exactement de la constante ci-dessus. C'est pourquoi les énoncés se permettent de dire « la série de terme général » sans préciser si l'on démarre à ou à tant qu'on parle seulement de nature, mais précisent toujours l'indice quand on demande la somme.
La condition nécessaire de convergence
Voici le premier vrai théorème du chapitre, et celui que l'on utilise le plus souvent, presque toujours par sa contraposée.
Propriété
Si la série converge, alors son terme général tend vers zéro :
Démonstration. Supposons la série convergente, de somme , et notons ses sommes partielles, de sorte que . Pour tout , la relation entre deux sommes partielles consécutives s'écrit
La suite est une suite extraite de , ou plus simplement la même suite décalée d'un rang : elle converge donc aussi vers . Par différence de limites,
Propriété
Divergence grossière (contraposée). Si le terme général ne tend pas vers , alors la série diverge. On dit qu'elle diverge grossièrement.
Méthode
Le tout premier réflexe devant une série. Regardez la limite de .
- Si ne tend pas vers (limite non nulle, limite infinie, ou pas de limite du tout), concluez immédiatement à la divergence grossière. C'est fini, en une ligne.
- Si , ce test ne donne aucune information : il faut poursuivre l'étude par une autre méthode.
Ce réflexe coûte dix secondes et règle un grand nombre de questions.
Exemple
a. diverge grossièrement, car .
b. diverge grossièrement : la suite prend alternativement les valeurs et , ses suites extraites de rangs pairs et impairs convergent vers des limites différentes, donc elle n'a pas de limite, et en particulier elle ne tend pas vers . On peut aussi le voir directement : vaut si est pair et si est impair, donc n'a pas de limite.
c. diverge grossièrement, car .
d. diverge grossièrement, car .
Méthode
La réciproque est FAUSSE, et c'est le piège central du chapitre. Le fait que n'entraîne pas la convergence de . Le contre-exemple de référence est la série harmonique : son terme général tend vers , et pourtant elle diverge. Nous le démontrerons de deux manières indépendantes dans la partie consacrée aux séries de référence.
Rédigez donc toujours l'implication dans le bon sens. « donc la série converge » est une phrase fausse, et les correcteurs la sanctionnent lourdement parce qu'elle révèle une incompréhension du chapitre entier.
Séries télescopiques et lien avec les suites
Le programme demande explicitement de « souligner l'intérêt de la série de terme général pour l'étude de la suite ». Cette partie exploite le fait qu'une suite et la série de ses accroissements portent exactement la même information.
Le théorème du télescopage
Propriété
Soit une suite réelle. La série et la suite sont de même nature : l'une converge si, et seulement si l'autre converge.
De plus, en cas de convergence, si , alors
Démonstration. Notons la somme partielle d'ordre de la série des accroissements et calculons-la. Pour tout ,
Le changement d'indice dans la première somme la transforme en la seconde, décalée d'un cran : tous les termes d'indice compris entre et apparaissent une fois avec le signe et une fois avec le signe , et se détruisent. Il ne subsiste que , présent seulement dans la première, et , présent seulement dans la seconde.
L'identité conclut la démonstration. Le réel est une constante, donc la suite converge si, et seulement si la suite converge, c'est-à-dire si, et seulement si la suite converge. Et dans ce cas .
Remarque
Ce théorème se lit dans les deux sens, et les deux sont utiles.
- De la suite vers la série. Si l'on connaît la limite de , on obtient gratuitement la somme de la série des accroissements. C'est ainsi que l'on calcule la plupart des sommes exactes de ce chapitre en dehors des séries de référence.
- De la série vers la suite. Si l'on sait étudier la série , on en déduit la nature de la suite . C'est l'usage annoncé par le programme : une suite définie par une récurrence additive se ramène à l'étude de la série .
Reconnaître un télescopage
Méthode
Comment repérer une série télescopique. Trois formes reviennent constamment.
1. Un quotient dont le dénominateur est un produit de facteurs qui se déduisent l'un de l'autre par translation, du type , , . On décompose en éléments simples : on cherche et tels que
on réduit au même dénominateur, et on identifie les coefficients du polynôme obtenu au numérateur.
2. Un logarithme d'un quotient, du type ou : la propriété fait apparaître la différence directement.
3. Une différence déjà écrite, , qu'il suffit de reconnaître.
Une fois la différence obtenue, on écrit la somme partielle, on télescope, et on passe à la limite. Attention au décalage : si la différence est et non , il reste deux termes à chaque bout et non un seul.
Exemple
a. Un télescopage avec décalage de deux crans : .
Cherchons et réels tels que, pour tout ,
En réduisant au dénominateur commun, le membre de droite vaut . L'identification des numérateurs donne le système
d'où et . On a donc
Calculons la somme partielle. Pour , en séparant les deux sommes puis en effectuant le changement d'indice dans la seconde :
À la dernière ligne, les deux sommes partagent les indices de à , qui se détruisent ; il reste les indices et de la première somme, et les indices et de la seconde, affectés du signe moins. Comme et ,
La série converge et .
b. Un télescopage logarithmique : .
Le terme général s'écrit , différence des termes consécutifs de la suite . La somme partielle se télescope :
Or , donc la série diverge.
Cet exemple mérite d'être médité : le terme général tend bien vers , et pourtant la série diverge. Voilà un second contre-exemple, entièrement démontré, à l'idée fausse selon laquelle « suffirait ».
c. De la série vers la suite. Soit définie par et, pour tout ,
Cette récurrence ne se résout par aucune des formules du chapitre sur les suites : elle n'est ni arithmétique, ni géométrique, ni arithmético-géométrique. Mais la différence est le terme général d'une série que nous avons déjà étudiée, et dont nous savons qu'elle converge, de somme .
Par le théorème du télescopage, la suite converge donc, et sa limite vérifie , c'est-à-dire
On peut le retrouver directement : , qui tend bien vers . C'est exactement l'usage annoncé par le programme : la série a résolu un problème de suite.
Séries à termes positifs
Les séries dont tous les termes sont positifs se comportent beaucoup plus simplement que les autres, pour une raison très simple : leurs sommes partielles ne peuvent que croître.
Croissance des sommes partielles
Propriété
Soit une série dont le terme général vérifie pour tout . Alors la suite de ses sommes partielles est croissante.
Démonstration. Pour tout , . La suite est donc croissante.
Cette remarque, apparemment anodine, a une conséquence décisive lorsqu'on lui applique le théorème de la limite monotone du chapitre sur les suites.
Propriété
Théorème (séries à termes positifs). Soit une série à termes positifs, de sommes partielles . Alors une seule des deux situations suivantes se produit.
- Si la suite est majorée, la série converge, et sa somme vérifie pour tout .
- Si la suite n'est pas majorée, alors et la série diverge.
En particulier : une série à termes positifs converge si, et seulement si la suite de ses sommes partielles est majorée.
Démonstration. La suite est croissante d'après la propriété précédente. Le théorème de la limite monotone affirme exactement ceci : une suite croissante et majorée converge, et une suite croissante non majorée tend vers . Il n'y a rien de plus à démontrer. La majoration vient du fait qu'une suite croissante est toujours majorée par sa limite.
Remarque
Une série à termes positifs n'a donc que deux comportements possibles : converger, ou tendre vers . Le cas embarrassant d'une suite de sommes partielles qui oscille sans limite, comme pour , ne peut pas se produire. C'est pourquoi, pour une telle série, on dit indifféremment « la série diverge » et « la série tend vers ».
Notez aussi que le reste d'une série convergente à termes positifs est toujours positif : la somme partielle est une valeur approchée par défaut de la somme.
Ce qui est au programme de première année, et ce qui ne l'est pas
Méthode
Frontière de programme, à connaître pour ne pas perdre son temps. Les techniques de comparaison entre séries à termes positifs, du type « si et si converge, alors converge », relèvent du programme de deuxième année. Il en va de même des comparaisons par équivalents ou par négligeabilité. Vous n'avez ni le droit ni le besoin de les invoquer cette année.
Ce que vous faites à la place, en première année : vous majorez à la main la somme partielle , sur l'exemple précis proposé par l'énoncé, en écrivant explicitement les inégalités terme à terme puis en sommant. L'énoncé vous guide toujours vers la bonne majoration, souvent par une question préliminaire du type « montrer que pour tout , ... ». L'exemple ci-dessous en est le modèle exact.
Exemple
La série converge.
Ses termes sont positifs : d'après le théorème précédent, il suffit de majorer les sommes partielles par une constante.
Étape 1, la majoration terme à terme. Soit . Comme , on a , et ces deux quantités sont strictement positives, donc en passant aux inverses (ce qui renverse l'inégalité) :
Étape 2, la décomposition du majorant. Le même calcul d'éléments simples que précédemment donne, pour ,
ce que l'on vérifie immédiatement en réduisant le membre de droite au même dénominateur : .
Étape 3, la sommation. Pour , on isole le terme d'indice puis on somme les inégalités de l'étape 1 :
la somme du milieu s'étant télescopée. On en déduit pour tout (l'inégalité est immédiate pour , puisque ).
Conclusion. La suite est croissante (termes positifs) et majorée par : elle converge. La série converge, et sa somme vérifie .
Remarquez ce que cette méthode donne et ce qu'elle ne donne pas : elle établit la convergence et fournit un encadrement de la somme, mais elle ne calcule pas la somme. La valeur exacte de est connue depuis Euler, elle vaut , soit environ , mais sa démonstration dépasse très largement le programme des deux années. Elle n'est jamais exigible : seule la convergence l'est.
Les séries de référence
Cette partie est le cœur pratique du chapitre. Les séries qui suivent doivent être reconnues instantanément, avec leur condition de convergence et leur somme.
La série géométrique
Propriété
Soit un réel. La série converge si, et seulement si . Dans ce cas,
Plus généralement, pour tout entier et tout réel tel que ,
Démonstration. Traitons séparément les deux cas.
Cas . Alors pour tout , donc la suite ne tend pas vers . La série diverge grossièrement. Ce cas englobe (où ) et (où vaut alternativement et ).
Cas . Alors , et la formule de la somme géométrique finie, connue depuis le chapitre sur les suites, donne pour tout
Comme , on sait que , donc et
La série converge et sa somme vaut .
Cas d'un indice de départ quelconque. Toujours pour , la somme partielle à partir de se factorise :
Méthode
La formule à retenir sous sa forme parlante. Pour ,
Cette formulation évite l'erreur d'indice la plus fréquente du chapitre. Par exemple a pour premier terme et pour raison , donc vaut .
Propriété
Reste d'une série géométrique. Pour et ,
Démonstration. C'est la formule précédente appliquée à l'indice de départ . On peut aussi la retrouver par soustraction :
Remarque
C'est la seule série de ce chapitre dont on sache calculer le reste exactement. Cette formule est donc l'outil de tous les calculs approchés, et nous l'utiliserons dans la partie consacrée au calcul de sommes.
Les deux séries dérivées
Propriété
Soit un réel tel que . Les deux séries suivantes convergent et
Le nom de « séries dérivées » vient de ce que est la dérivée de et sa dérivée seconde : les deux formules s'obtiennent en dérivant une fois puis deux fois l'égalité par rapport à . Ce raisonnement, qui consiste à dériver terme à terme une somme infinie, n'est pas justifiable avec les outils de première année, et le programme se contente d'admettre les résultats. Mais on peut parfaitement les démontrer à la main, et c'est ce que nous faisons ici.
Démonstration de la première formule. Posons, pour ,
L'idée est de multiplier par pour faire apparaître un télescopage. Écrivons
Dans la seconde somme, effectuons le changement d'indice , de sorte que et que varie de à :
Les deux sommes portent maintenant sur la même puissance . En isolant le terme de la première et le terme de la seconde, il vient
en reconnaissant à la dernière ligne une somme géométrique finie de premier terme et de raison . En divisant par , qui est non nul,
Il ne reste qu'à passer à la limite. Comme , on a ; et par croissances comparées, également (la puissance , qui tend vers géométriquement, l'emporte sur le facteur ). Donc
Démonstration de la seconde formule. La technique est identique. Posons, pour ,
et multiplions par . Le changement d'indice dans la seconde somme donne
En isolant le terme de la première somme, qui vaut , et le terme de la seconde, qui vaut , il reste des indices de à communs aux deux sommes, avec le coefficient
d'où
la dernière égalité s'obtenant par le changement d'indice , qui transforme en .
On passe à la limite : d'après la première partie, et par croissances comparées (une puissance de face à une suite géométrique de raison de valeur absolue strictement inférieure à ). Donc
Méthode
Ramener une série au catalogue. Toute série de la forme , où est un polynôme, se ramène aux trois séries de référence en deux gestes.
1. Ajuster la puissance de en factorisant. Les formules du cours portent sur et , alors que les énoncés proposent presque toujours . On écrit donc et , ce qui donne les deux formules dérivées les plus utiles en pratique :
2. Décomposer le polynôme dans la base , , , plutôt que dans la base , , . La décomposition clé est
On applique ensuite la linéarité, après avoir constaté que chacune des séries obtenues converge.
Vérifiez toujours l'indice de départ après ces manipulations : les termes d'indice ou sont souvent nuls, ce qui permet d'ajuster les bornes sans changer la somme.
Exemple
a. Calcul de pour .
Le terme d'indice est nul, donc on peut aussi bien sommer à partir de . Utilisons :
Les deux séries et convergent d'après la propriété (le terme d'indice de la première est nul, on peut la faire démarrer à sans rien changer). Par linéarité, la série converge et
Appliquons cette formule à :
b. Une série du type : calcul de .
Les séries et convergent, la seconde comme série géométrique de raison , la première comme série dérivée. Par linéarité, la série proposée converge et
La série exponentielle
Propriété
Résultat admis. Pour tout réel , la série converge et
En particulier, pour ,
Le programme précise que la convergence et la valeur de la somme sont admises en première année. On peut toutefois vérifier que le résultat est plausible : le terme général tend bien vers pour tout réel , par croissances comparées, la factorielle l'emportant sur toute puissance. La condition nécessaire de convergence est donc satisfaite, ce qui ne prouve rien mais ne contredit rien.
Remarque
Cette série converge pour tout réel , sans aucune condition, à la différence de la série géométrique. C'est ce qui la rend si commode. Notez aussi les premières valeurs, qui donnent une idée de la vitesse :
Six termes donnent déjà deux décimales exactes, et huit termes en donnent quatre : la factorielle au dénominateur fait chuter les termes très vite.
Méthode
Les deux simplifications à connaître par cœur. Elles servent chaque fois qu'un polynôme en multiplie .
Pour :
Pour :
La démarche pour traiter est alors la suivante.
1. Décomposer dans la base , , , comme pour les séries dérivées. 2. Simplifier chaque quotient avec les deux formules ci-dessus, ce qui fait baisser l'indice de la factorielle. 3. Changer d'indice pour se ramener à , en sortant la puissance de excédentaire. 4. Conclure par linéarité, chacune des séries obtenues étant convergente.
Exemple
Calcul de pour réel.
Étape 1, la décomposition. On écrit , ce que l'on vérifie en développant : .
Étape 2, les trois morceaux. Traitons-les séparément.
Le premier, en remarquant que les termes d'indice et sont nuls, puis avec le changement d'indice :
Le deuxième, en remarquant que le terme d'indice est nul, puis avec :
Le troisième est la série exponentielle elle-même : .
Étape 3, la conclusion. Les trois séries convergent, donc par linéarité la série proposée converge et
Pour , on obtient en particulier
La série harmonique et les séries de Riemann
Définition
La série s'appelle la série harmonique.
Propriété
La série harmonique diverge. Comme elle est à termes positifs, ses sommes partielles tendent vers :
Voici deux démonstrations indépendantes, toutes deux au programme des outils de première année. La première est la plus classique, la seconde donne en prime une minoration explicite.
Première démonstration, par la différence . Soit . Écrivons
Cette somme comporte exactement termes (les indices de à ). Chacun d'eux est minoré par le plus petit d'entre eux, qui est , puisque entraîne . Donc
Supposons maintenant, par l'absurde, que la série converge, c'est-à-dire que pour un certain réel . La suite est une suite extraite de , elle converge donc vers la même limite . Par différence,
Or le passage à la limite dans l'inégalité , valable pour tout , donne , ce qui est absurde. La série harmonique diverge donc.
Seconde démonstration, par télescopage logarithmique. Établissons d'abord l'inégalité auxiliaire
La fonction est concave sur (sa dérivée seconde est négative), donc sa courbe est située sous chacune de ses tangentes. La tangente au point d'abscisse a pour équation , d'où pour tout . En posant , on obtient l'inégalité annoncée.
Appliquons-la à pour :
Sommons ces inégalités pour allant de à . Le membre de droite se télescope :
Comme , le théorème de minoration donne . La série harmonique diverge.
Remarque
La seconde démonstration est plus riche que la première : elle fournit la minoration explicite , qui montre à quel point la divergence est lente. Pour dépasser , il faut environ termes ; pour dépasser , il en faut plus de millions. Une divergence peut être imperceptible sur les premiers milliers de termes, ce qui doit vous rendre très méfiant vis-à-vis des conclusions tirées d'un calcul numérique.
C'est exactement ce que montre la figure ci-dessous : les sommes partielles montent, mais de plus en plus lentement, et pourtant elles finissent par dépasser n'importe quelle valeur.
La série harmonique est le contre-exemple annoncé plus haut : son terme général tend vers , et pourtant elle diverge. La condition nécessaire de convergence n'est donc pas suffisante.
Propriété
Séries de Riemann (résultat admis). Soit un réel. La série
converge si, et seulement si .
Ce critère est admis en première année : il sera démontré en deuxième année, à l'aide des techniques de comparaison entre séries à termes positifs. Trois cas particuliers sont toutefois à votre portée dès maintenant, et il est bon de les avoir vus.
a. : divergence grossière
b. : série harmonique, divergente
c. : convergente,
Le premier cas se justifie en une ligne : pour , le terme ne tend pas vers . Le deuxième est la série harmonique, dont nous venons de démontrer la divergence de deux façons. Le troisième a été traité par majoration à la main dans la partie sur les séries à termes positifs.
Le cas se traite aussi à la main sur cet exemple précis. Pour , l'inégalité donne , donc , et en sommant ces inégalités puis en utilisant la minoration obtenue plus haut,
d'où et la divergence. Notez bien la nature de cet argument : c'est une minoration explicite de la somme partielle, écrite entièrement à la main sur cet exemple, et non l'invocation d'un théorème de comparaison, qui n'est pas au programme de première année. Seul le cas avec reste admis.
Convergence absolue
Jusqu'ici, les séries dont nous savons calculer la somme sont soit à termes positifs, soit géométriques. Comment traiter une série dont les termes changent de signe de manière quelconque ? Le programme introduit pour cela une notion, dont l'unique but en première année est de préparer la définition de l'espérance d'une variable aléatoire discrète au chapitre suivant.
Définition
Une série est dite absolument convergente si la série converge.
Remarque
La série est à termes positifs : tout ce que nous savons de ces séries s'y applique. En particulier, d'après le théorème des séries à termes positifs, converge absolument si, et seulement si la suite est majorée. Étudier la convergence absolue d'une série revient donc toujours à étudier une série à termes positifs, c'est-à-dire un cas plus simple.
Propriété
Résultat admis. Toute série absolument convergente est convergente :
De plus, on a alors l'inégalité triangulaire
L'implication est admise, conformément au programme. L'inégalité, en revanche, se démontre en une ligne une fois l'implication acquise.
Démonstration de l'inégalité. Notons et . L'inégalité triangulaire pour une somme finie donne, pour tout ,
Par hypothèse converge vers , et par le résultat admis converge vers . La fonction valeur absolue étant continue, . Le passage à la limite dans une inégalité large la conserve, donc .
Méthode
Attention à la réciproque, et à la manière d'en parler. La réciproque est fausse : il existe des séries qui convergent sans converger absolument. L'exemple classique est , dont la série des valeurs absolues est la série harmonique, donc divergente, alors que la série elle-même converge.
Seulement, la convergence de cette série ne peut pas être établie avec les outils de première année : elle repose sur le critère spécial des séries alternées, qui n'est pas au programme. Retenez donc simplement, sans chercher à le justifier, que la convergence absolue est strictement plus forte que la convergence. Dans un devoir, n'affirmez jamais la convergence de comme si elle allait de soi ; si un énoncé vous y conduit, il vous guidera par des questions intermédiaires.
Méthode
La démarche pour une série de signe quelconque. En première année, elle est unique.
1. Écrire et l'identifier : c'est une série à termes positifs, en général géométrique, dérivée ou exponentielle. 2. Prouver la convergence de . 3. Conclure à la convergence de par le théorème admis. 4. Calculer alors la somme, en reconnaissant une série de référence de raison négative.
Le point est souvent le plus rapide : les formules de la série géométrique et de ses dérivées sont valables pour tout tel que , y compris négatif. Il n'y a donc aucune formule nouvelle à apprendre.
Exemple
a. La série .
Son terme général s'écrit . La série des valeurs absolues est , série géométrique de raison dans : elle converge. La série converge donc absolument, donc converge.
Sa somme se calcule par la formule géométrique avec , qui vérifie bien :
Vérifions l'inégalité triangulaire : , tandis que la somme des valeurs absolues vaut . On a bien .
b. La série .
Son terme général s'écrit . La série des valeurs absolues est , qui converge comme série dérivée de raison , de somme
La série converge donc absolument, donc converge. Sa somme s'obtient par la même formule appliquée à :
L'inégalité triangulaire est bien vérifiée : .
Remarque
Pourquoi cette notion figure au programme de première année. Le programme le dit sans détour : la convergence absolue « est abordée uniquement pour permettre une définition de l'espérance d'une variable aléatoire discrète ». Au chapitre suivant, vous rencontrerez des sommes infinies dont les termes peuvent être de signes quelconques, et il faudra un critère qui garantisse que la somme a un sens sans dépendre de l'ordre dans lequel on additionne les termes. La convergence absolue est ce critère, et c'est la raison pour laquelle vous devez la connaître dès maintenant.
Calculer une somme, exactement ou approximativement
Les cinq réflexes
Méthode
Devant une série à étudier, parcourez cette liste dans l'ordre. Elle couvre l'intégralité de ce qui est exigible en première année.
1. Le terme général tend-il vers ? S'il ne tend pas vers , la série diverge grossièrement et c'est terminé en une ligne. Ce test se fait de tête, toujours en premier.
2. Est-ce une géométrique ou l'une de ses dérivées ? Cherchez la forme , , , ou un polynôme en multipliant . Vérifiez , ajustez la puissance de et l'indice de départ, décomposez le polynôme dans la base , , .
3. Est-ce une exponentielle ? La présence d'une factorielle au dénominateur est le signal. Simplifiez et , changez d'indice, sortez la puissance de excédentaire.
4. Peut-on télescoper ? Le signal est un quotient dont le dénominateur est un produit de facteurs décalés, ou un logarithme de quotient. Décomposez en éléments simples, écrivez la somme partielle, comptez soigneusement les termes qui survivent à chaque bout.
5. Sinon, s'agit-il seulement de déterminer la nature ? Si la série est à termes positifs, majorez la somme partielle à la main en suivant les indications de l'énoncé, et concluez par le théorème de la limite monotone. Si les termes changent de signe, passez par la convergence absolue.
Si aucun de ces cinq réflexes n'aboutit, relisez l'énoncé : en première année, il contient nécessairement une indication que vous n'avez pas exploitée.
Le calcul approché d'une somme
Quand on ne sait pas calculer la somme exactement, ou quand on veut une valeur numérique, on remplace par une somme partielle . Encore faut-il savoir quelle erreur on commet. La règle est toujours la même : l'erreur est exactement le reste , il faut donc le majorer.
Méthode
Obtenir une valeur approchée à près.
1. Établir la convergence de la série et exprimer, ou majorer, le reste . 2. Résoudre l'inéquation d'inconnue , en passant au logarithme si nécessaire. 3. Choisir le plus petit entier solution, et annoncer que est une valeur approchée de à près.
Pour une série à termes positifs, : la somme partielle est une valeur approchée par défaut, et l'on peut même encadrer par .
Exemple
Une valeur approchée de à près.
La série est géométrique de raison , avec : elle converge, et sa somme exacte vaut
Ici la somme exacte est connue, ce qui permettra de vérifier la méthode, mais appliquons quand même la démarche générale. Le reste vaut
Cherchons les entiers tels que :
Comme et , et comme la suite est strictement croissante, la condition équivaut à .
Le plus petit entier convenable est donc , et
Contrôlons : l'erreur réelle vaut , effectivement inférieure à . Et l'ordre n'aurait pas suffi, puisque .
Un calcul en Python
Le programme prévoit l'usage de Python. Voici la fonction que l'on écrit pour approcher la somme d'une série en accumulant les termes jusqu'à ce qu'ils deviennent négligeables.
def somme_approchee(u, tol):
"""Somme les termes u(0), u(1), ... tant que |u(n)| >= tol.
u : fonction qui a un entier n associe le terme u(n)
tol : seuil d'arret sur la valeur absolue du terme
Renvoie le couple (somme partielle calculee, dernier indice somme).
"""
S = 0.0
n = 0
while abs(u(n)) >= tol:
S += u(n)
n += 1
return S, n - 1
# Serie geometrique de raison 1/3, dont la somme exacte vaut 3/2.
S, n = somme_approchee(lambda k: (1 / 3) ** k, 1e-3)
print(S, n) # 1.4993141289437586 6
print(3 / 2 - S) # 0.000685871056241405
Remarque
Ce que ce programme garantit, et ce qu'il ne garantit pas. Il garantit une seule chose : la boucle s'arrête au premier rang où le terme passe sous le seuil, et il renvoie la somme partielle correspondante.
Il ne garantit pas que l'erreur commise soit inférieure à tol. La confusion entre « le terme est petit » et « le reste est petit » est précisément l'erreur que la série harmonique dénonce : ses termes deviennent aussi petits que l'on veut, et pourtant ses restes n'existent même pas, puisque la série diverge. Appliquée à cette série en démarrant à , la fonction s'arrêterait au rang pour tol = 1e-3 et renverrait une valeur qui n'approche rien du tout.
La garantie ne peut venir que d'une majoration mathématique du reste, établie avant de lancer le calcul, comme nous l'avons fait pour la série géométrique. Le programme exécute le calcul, il ne le justifie pas. Une copie qui conclut à une précision à partir du seul comportement numérique commet une faute de raisonnement.
Deux applications économiques
Les séries géométriques ne sont pas un objet de curiosité : elles sont l'outil de base du calcul financier et de la macroéconomie élémentaire. Voici deux modèles que vous rencontrerez en économie et dans les sujets de concours.
Valeur actuelle d'une rente perpétuelle
Un euro disponible dans un an vaut moins qu'un euro disponible aujourd'hui, puisque l'euro d'aujourd'hui, placé au taux annuel , deviendrait dans un an. Pour comparer des sommes disponibles à des dates différentes, on les ramène toutes à aujourd'hui : c'est l'actualisation. La valeur actuelle d'un flux perçu dans années est
Cas d'un flux constant. Considérons un actif qui verse un flux constant à la fin de chaque année, indéfiniment : un loyer, un coupon d'obligation perpétuelle, un dividende supposé stable. Sa valeur actuelle est la somme de toutes les valeurs actualisées :
Posons . Comme , on a , donc : la série géométrique converge, et l'on peut écrire
Exemple
Un garage loué euros par mois rapporte euros par an. Avec un taux d'actualisation , soit pour cent, sa valeur actuelle est
La lecture économique est immédiate : au-delà de ce prix, l'achat du garage rapporte moins que le placement au taux . Notez que la valeur est finie bien que les flux soient infinis en nombre, parce que l'actualisation les écrase géométriquement.
Cas d'un flux à croissance géométrique. Supposons maintenant que le flux croisse au taux annuel , de sorte que le versement de l'année vaut , avec . La valeur actuelle est
Factorisons pour faire apparaître une série géométrique. En écrivant :
Posons . L'hypothèse donne , donc , et l'hypothèse donne : la condition est satisfaite, la série converge, et sa somme vaut puisqu'elle démarre à l'exposant . D'où
Remarque
On retrouve la formule dite de Gordon et Shapiro, utilisée pour évaluer une action à partir de ses dividendes. La condition n'est pas une commodité de calcul, c'est une condition économique : si les flux croissaient au moins aussi vite que le taux d'actualisation, la série divergerait et la valeur de l'actif serait infinie, ce qui n'a pas de sens. Le même garage, avec un loyer indexé à , vaudrait euros, soit le double.
Le multiplicateur keynésien
Un État injecte une dépense initiale dans l'économie, par exemple une commande publique. Cette somme devient un revenu pour ceux qui la reçoivent. Ils en consomment une fraction , appelée propension marginale à consommer, et épargnent le reste. Cette consommation devient à son tour le revenu d'autres agents, qui en consomment de nouveau la fraction , et ainsi de suite.
Les dépenses engendrées par vagues successives sont donc
et l'effet total sur l'activité économique est la somme de la série géométrique de raison :
la série convergeant puisque entraîne .
Exemple
Avec une propension marginale à consommer , le coefficient s'appelle le multiplicateur : une dépense publique de million d'euros engendre au total millions d'euros d'activité.
Trois lectures économiques méritent d'être retenues.
a. Le multiplicateur est d'autant plus grand que est proche de , c'est-à-dire que les agents consomment une part importante de leur revenu supplémentaire. Avec , il vaut .
b. La quantité mesure les fuites du circuit économique à chaque tour, ici l'épargne. Plus les fuites sont importantes, plus l'effet s'éteint vite, et plus le multiplicateur est faible.
c. L'effet total est fini, alors que le nombre de vagues est infini. C'est exactement le phénomène de la série géométrique convergente.
Remarque
Le reste de cette série a lui aussi une interprétation. Après vagues, l'activité cumulée vaut , et il reste à venir
Cette quantité mesure la part de l'effet qui ne s'est pas encore matérialisée : le quotient vaut exactement . Pour , après la vague de rang , il reste , soit environ pour cent de l'effet total : l'essentiel du multiplicateur s'est déjà produit. C'est le même calcul de reste que dans la partie précédente, appliqué à une question de politique économique.
Erreurs classiques à ne pas commettre
Méthode
1. Écrire la somme avant d'avoir prouvé la convergence. L'écriture désigne un nombre, qui n'existe pas si la série diverge. Toute manipulation d'une somme non justifiée invalide la question entière, et conduit d'ailleurs souvent à des égalités fausses, comme nous l'avons vu en séparant en deux morceaux divergents.
2. Croire que suffit. C'est la faute la plus fréquente, et la plus lourdement sanctionnée. La condition est nécessaire, jamais suffisante : la série harmonique et la série de terme général en fournissent deux contre-exemples entièrement démontrés dans ce cours. Utilisez ce test uniquement dans le sens de la contraposée, pour conclure à une divergence grossière.
3. Sommer deux séries dont l'une diverge. La linéarité exige la convergence des deux séries. Si l'une converge et l'autre diverge, la somme diverge. Si les deux divergent, on ne peut rien dire, comme le montrent les deux contre-exemples avec , puis .
4. Oublier l'indice de départ dans la formule géométrique. La formule vaut pour une somme démarrant à . À partir de , la somme est . Pensez toujours à la forme parlante : premier terme divisé par moins la raison. La même vigilance s'impose pour les séries dérivées, où l'exposant de diffère de l'indice de sommation.
5. Confondre la série et la suite. La suite converge vers , mais la série diverge : ce sont deux objets différents, et deux questions différentes. Lisez l'énoncé avec attention, et n'écrivez jamais « la série tend vers », qui ne veut rien dire. Une série converge ou diverge, un terme général tend vers une limite.
6. Appliquer une comparaison non exigible en première année. Les énoncés du type « et converge donc converge », les équivalents et les négligeabilités relèvent de la deuxième année. En première année, on majore la somme partielle à la main, sur l'exemple proposé, en suivant les indications de l'énoncé. Invoquer un théorème hors programme, c'est aussi risquer de l'appliquer de travers, par exemple en oubliant l'hypothèse de positivité.
7. Manipuler une somme infinie comme une somme finie. Regrouper des termes, les réordonner, intervertir deux sommations : toutes ces opérations demandent des justifications qui ne sont pas au programme. Travaillez toujours sur la somme partielle, qui est finie, et ne passez à la limite qu'à la fin.
Ce qu'il faut retenir
Le tableau ci-dessous rassemble les séries de référence du chapitre. Il doit être su par cœur, condition de convergence comprise.
| Série | Converge si et seulement si | Somme |
|---|---|---|
| tout réel | ||
| non exigible |
Les quatre théorèmes à savoir énoncer sans hésiter sont les suivants.
- Condition nécessaire. Si converge, alors . La réciproque est fausse, comme le montre la série harmonique.
- Séries à termes positifs. Une telle série converge si, et seulement si la suite de ses sommes partielles est majorée.
- Télescopage. La série et la suite ont la même nature, et en cas de convergence la somme vaut .
- Convergence absolue. Si converge, alors converge, et .
Trois résultats de ce chapitre sont admis : la convergence et la somme de la série exponentielle, le critère de convergence des séries de Riemann pour (qui sera démontré en deuxième année), et l'implication « convergence absolue donc convergence ». Tout le reste a été démontré ici, et peut vous être redemandé.
Bloqué sur « Étude élémentaire des séries » ?
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.