ECG appliquées · Chapitre 10 · Second semestre
Probabilités : variables aléatoires réelles
1re année
Espace probabilisé général, variables discrètes, moments, lois discrètes finies et infinies usuelles.
Sommaire
Ce qu'il faut savoir faire
- Espace probabilisé général
- Variables discrètes
- Moments
- Lois discrètes finies et infinies usuelles
Le chapitre de probabilités du premier semestre s'est déroulé dans un cadre volontairement étroit : l'univers y était fini, un événement était n'importe quelle partie de , et toutes les sommes rencontrées étaient des sommes finies. Ce cadre a permis de tout démontrer à partir de deux axiomes, sans rien admettre, et il a suffi à établir les outils que nous allons réutiliser tels quels : le vocabulaire des événements, la formule du crible, le conditionnement, les probabilités composées, les probabilités totales, la formule de Bayes, l'indépendance, et les coefficients binomiaux avec les trois modèles de tirage. Rien de tout cela n'est redémontré ici.
Ce cadre avait pourtant deux limites, et ce chapitre les lève l'une après l'autre. La première est que certaines expériences n'ont tout simplement pas d'univers fini : si l'on répète une épreuve jusqu'à obtenir un premier succès, sans fixer à l'avance un nombre maximal d'essais, le nombre d'essais nécessaires n'est majoré par rien. Il faut donc autoriser à être infini, ce qui oblige à revoir la définition d'une probabilité, car des séries vont remplacer des sommes finies. La seconde limite est plus profonde : au premier semestre, on savait parler d'événements, « la pièce est défectueuse », « le client achète », mais on ne savait pas parler de nombres. On pouvait calculer la probabilité qu'un atelier connaisse au moins une panne, pas le nombre moyen de pannes par jour. C'est l'objet nouveau de ce chapitre : la variable aléatoire réelle, c'est-à-dire un nombre attaché au résultat de l'expérience. Avec elle apparaissent l'espérance et la variance, qui font entrer le calcul là où il n'y avait que des événements.
Il faut dire franchement ce qui, dans ce chapitre, sera admis. Le programme demande de ne soulever aucune difficulté théorique sur l'ensemble des événements, et il interdit explicitement d'employer le mot qui désignerait cet ensemble en théorie de la mesure. Concrètement, quatre choses sont admises et ne vous seront jamais demandées : que les ensembles manipulés dans un exercice sont bien des événements ; qu'une application donnée est bien une variable aléatoire ; le théorème de transfert ; la linéarité et la positivité de l'espérance. Ce n'est pas de la paresse pédagogique, c'est que les démonstrations correspondantes réclament des outils de niveau master. Tout le reste, y compris les espérances et les variances des six lois usuelles, est démontré intégralement dans ce cours, et peut vous être redemandé.
Le plan suit l'ordre du programme. On construit d'abord l'espace probabilisé sur un univers quelconque et l'on y transporte toutes les formules du premier semestre. On définit ensuite les variables aléatoires réelles et les événements qu'elles engendrent. Vient le cas des variables discrètes, leur loi, et la loi d'une transformée . On étudie alors les moments : espérance, théorème de transfert, variance, écart-type, variable centrée réduite. Les deux dernières parties sont les plus utilisées en exercice : les lois usuelles finies, à savoir la loi certaine, la loi de Bernoulli, la loi uniforme et la loi binomiale, puis les lois usuelles infinies, à savoir la loi géométrique et la loi de Poisson.
Voici les notations employées dans tout le chapitre.
| Notation | Signification |
|---|---|
| univers : ensemble des résultats observables, fini ou infini | |
| un résultat, ou issue, de l'expérience | |
| ensemble des événements de | |
| probabilité définie sur | |
| événement contraire de | |
| probabilité de sachant | |
| variable aléatoire réelle | |
| ensemble des valeurs prises par | |
| événement « prend la valeur » | |
| événement « prend une valeur inférieure ou égale à » | |
| événement « prend une valeur appartenant à » | |
| espérance de | |
| variance de | |
| écart-type de , égal à | |
| variable centrée réduite associée à | |
| loi de Bernoulli de paramètre | |
| loi binomiale de paramètres et | |
| loi uniforme sur | |
| loi géométrique de paramètre | |
| loi de Poisson de paramètre | |
| ensemble des entiers tels que | |
| « suit la loi » : se lit « suit la loi géométrique de paramètre » | |
| fin d'une démonstration |
Une mise en garde typographique avant de commencer : la lettre droite désigne la probabilité, alors que la lettre calligraphiée désigne la loi de Poisson. Écrire pour une loi de Poisson est une faute de notation qui rend la copie illisible.
Espace probabilisé
Quand l'univers n'est plus fini
Commençons par une expérience que le cadre du premier semestre ne sait pas décrire.
Exemple
On répète une épreuve jusqu'au premier succès. Un commercial appelle des prospects les uns après les autres, dans les mêmes conditions, jusqu'à ce que l'un d'eux signe. On observe le rang de l'appel qui aboutit.
Un résultat de cette expérience se décrit par la suite des issues obtenues. Notons le résultat « les premiers appels échouent et le -ième aboutit », pour . Il faut aussi prévoir le résultat, si improbable soit-il, où aucun appel n'aboutit jamais : notons-le . L'univers est donc
Cet univers est infini, et aucune modélisation raisonnable ne permet de l'éviter : borner a priori le nombre d'appels reviendrait à décider que le commercial abandonne, ce qui n'est pas l'expérience décrite. Il est en revanche dénombrable, c'est-à-dire que l'on peut numéroter ses éléments à l'aide des entiers naturels : il suffit d'attribuer le numéro à et le numéro à pour obtenir une numérotation de par , sans oubli ni répétition.
Deux conséquences en découlent. D'une part, les réunions que l'on va former ne sont plus finies : l'événement « le commercial finit par signer » est la réunion des pour décrivant , c'est-à-dire une réunion dénombrable. D'autre part, les sommes de probabilités qui vont apparaître seront des séries, dont il faudra assurer la convergence. C'est exactement ce que la nouvelle définition d'une probabilité va prendre en charge.
L'ensemble des événements
Lorsque est fini, on prend pour événements toutes les parties de , et il n'y a rien à dire. Lorsque est infini, ce choix n'est plus toujours possible : on se donne alors un ensemble de parties de , appelé ensemble des événements, dont on exige seulement les propriétés de stabilité nécessaires aux calculs.
Définition
Soit un univers. Un ensemble des événements sur est un ensemble de parties de tel que :
- appartient à ;
- est stable par union ;
- est stable par intersection dénombrable : si sont des événements, alors est un événement ;
- est stable par passage au complémentaire : si est un événement, alors est un événement.
Les éléments de s'appellent les événements.
Comme le complémentaire d'une intersection est la réunion des complémentaires, la stabilité par intersection dénombrable et par passage au complémentaire entraîne la stabilité par réunion dénombrable : si sont des événements, alors en est un. C'est cette dernière stabilité que nous utiliserons en permanence.
Le programme est explicite sur deux points, et ce cours s'y tient. D'abord, cet ensemble se nomme toujours « l'ensemble des événements », et jamais autrement : le vocabulaire de la théorie de la mesure n'a pas cours ici. Ensuite, aucune difficulté théorique ne sera soulevée sur cet ensemble : on ne vous demandera jamais de vérifier qu'une partie de est un événement, et vous pouvez considérer que tout ce que vous manipulerez dans un exercice, en particulier tous les ensembles du type ou , en est un. Lorsque est fini ou dénombrable, on prendra d'ailleurs simplement pour l'ensemble de toutes les parties de , et la question ne se pose plus.
Probabilité sur un univers quelconque
Définition
Soit un univers et un ensemble des événements sur . On appelle probabilité sur toute application
vérifiant les deux axiomes suivants :
- (normalisation) ;
- (additivité dénombrable) pour toute suite d'événements deux à deux incompatibles, la série converge et
Le triplet s'appelle un espace probabilisé.
Le seul changement par rapport au premier semestre tient dans le second axiome : l'additivité, qui portait sur deux événements incompatibles, porte maintenant sur une famille dénombrable d'événements deux à deux incompatibles. Tout le reste est identique, et toutes les propriétés de calcul du premier semestre restent valables, comme le montrent les démonstrations qui suivent.
Propriété
Soit un espace probabilisé et soient et deux événements.
a. .
b. Additivité finie. Si sont deux à deux incompatibles, alors .
c. .
d. Croissance. Si , alors .
e. Formule du crible. .
Démonstration. a. Considérons la suite constante définie par pour tout . Ces événements sont deux à deux incompatibles, puisque , et leur réunion vaut . L'axiome d'additivité dénombrable affirme donc que la série converge, et que sa somme vaut . Or une série dont le terme général est constant ne converge que si cette constante est nulle. D'où .
b. Soient deux à deux incompatibles. Complétons cette famille finie en une suite en posant pour tout . Les événements de cette suite restent deux à deux incompatibles et leur réunion est inchangée. L'additivité dénombrable donne
puisque tous les termes ajoutés sont nuls d'après a.
c. Les événements et sont incompatibles et leur réunion vaut . L'additivité finie, puis la normalisation, donnent .
d. Supposons . Alors est la réunion des deux événements incompatibles et , donc . Comme une probabilité est à valeurs dans , le second terme est positif, d'où .
e. Décomposons la réunion en deux morceaux incompatibles : , d'où . Par ailleurs est la réunion des deux événements incompatibles et , donc . En reportant, on obtient la formule annoncée.
Autrement dit, aucune des règles de calcul du premier semestre n'est perdue. Ce qui est gagné, c'est le droit d'additionner une infinité dénombrable de probabilités, ce que le paragraphe suivant met immédiatement à profit.
Événements négligeables et événements presque sûrs
Définition
Soit un événement. On dit que est négligeable lorsque , et que est presque sûr lorsque .
Sur un univers fini muni d'une probabilité qui charge tous les résultats, un événement de probabilité nulle est nécessairement vide. Ce n'est plus vrai dès que est infini, et c'est le premier changement de mentalité que ce chapitre demande.
Exemple
Un événement de probabilité nulle qui n'est pas impossible. Reprenons le commercial qui appelle des prospects jusqu'au premier succès, chaque appel aboutissant avec la probabilité , indépendamment des autres. Notons l'événement « le -ème appel aboutit », la suite étant mutuellement indépendante, et l'événement « aucun appel n'aboutit jamais », c'est-à-dire .
Pour tout entier , l'événement est inclus dans l'événement , « les premiers appels échouent », dont la probabilité vaut par indépendance. La croissance donne donc
Comme , la suite géométrique tend vers . Un réel positif inférieur à tous les termes d'une suite qui tend vers est nul, donc .
Pourtant n'est pas l'événement impossible : le résultat appartient bien à , et rien dans l'expérience ne l'exclut logiquement. La conclusion à retenir est celle-ci : négligeable ne veut pas dire impossible, et symétriquement presque sûr ne veut pas dire certain. L'événement « le commercial finit par signer » est presque sûr sans être certain.
Piège. L'implication « donc », parfaitement licite au premier semestre, devient fausse ici. On ne peut donc plus conclure qu'un événement est impossible à partir de sa probabilité, ni qu'il est certain à partir d'une probabilité égale à .
Systèmes complets d'événements
Définition
Soit une partie finie ou infinie de . Une famille d'événements est un système complet d'événements lorsque :
- les sont deux à deux incompatibles : pour tous de ;
- leur réunion est l'univers tout entier : .
C'est mot pour mot la définition du premier semestre, à ceci près que a le droit d'être infini. L'idée reste la même : un système complet découpe en morceaux qui ne se chevauchent pas et qui ne laissent rien de côté, de sorte que un et un seul des est réalisé, quel que soit le résultat de l'expérience.
Propriété
Si est un système complet d'événements, alors , cette somme désignant la somme d'une série convergente lorsque est infini.
Démonstration. Les sont deux à deux incompatibles et leur réunion vaut . L'additivité finie si est fini, l'additivité dénombrable si est infini, donnent
Exemple
a. Pour tout événement , la famille est un système complet à deux éléments : c'est le plus utilisé de tous.
b. Reprenons l'expérience du commercial. La famille n'est pas un système complet, car sa réunion oublie le résultat . En revanche, la famille obtenue en lui adjoignant en est un : c'est un système complet dénombrable. Comme , la propriété précédente s'écrit
égalité que l'on retrouvera en étudiant la loi géométrique.
c. On lance un dé et l'on note le résultat. La famille est un système complet à trois éléments.
d. La famille n'en est pas un : les deux premiers événements ne sont pas incompatibles.
Probabilité conditionnelle et probabilités composées
Définition
Soient et deux événements, avec . On appelle probabilité de sachant le réel
La définition est celle du premier semestre, et l'on admet, comme alors, que l'application est elle-même une probabilité sur : elle en vérifie les deux axiomes, l'additivité dénombrable se déduisant de celle de en divisant par . Toutes les formules de calcul s'appliquent donc à , en particulier .
Piège. L'hypothèse n'est pas décorative. Écrire sans avoir vérifié que est une faute de rédaction, et sur un univers infini la vérification est moins évidente qu'il n'y paraît, puisqu'un événement non vide peut être de probabilité nulle.
Propriété
Formule des probabilités composées. Soient des événements tels que . Alors
Démonstration. L'hypothèse rend d'abord tous les conditionnements licites : pour , on a l'inclusion , donc par croissance .
Le membre de droite s'écrit alors, en remplaçant chaque probabilité conditionnelle par sa définition,
Chaque numérateur se simplifie avec le dénominateur du facteur suivant : le produit se télescope et il ne reste que .
C'est la formule des expériences en chaîne : chaque facteur est la probabilité de l'étape suivante, sachant tout ce qui s'est passé avant. Elle sera utilisée telle quelle pour construire la loi géométrique.
Formule des probabilités totales et formule de Bayes
Propriété
Formule des probabilités totales. Soit un système complet d'événements, étant une partie finie ou infinie de , et soit un événement. Lorsque est infini, la série converge, et dans tous les cas
Si de plus pour tout , alors
Démonstration. Puisque la réunion des vaut , la distributivité de l'intersection sur la réunion donne
Ces événements sont deux à deux incompatibles, car pour on a . L'axiome d'additivité dénombrable s'applique donc : la série converge et sa somme vaut .
Si tous les sont de probabilité non nulle, la formule des probabilités composées donne pour chaque indice, d'où la seconde écriture.
Lorsque certains sont de probabilité nulle, la première écriture reste valable telle quelle : les termes correspondants sont nuls, puisque entraîne . On peut donc toujours se ramener à la seconde écriture en ne conservant que les indices pour lesquels .
Méthode
Conditionner par un système complet, y compris infini. La démarche est celle du premier semestre, augmentée d'une vérification de convergence.
- Repérer l'information manquante : « combien de clients se sont présentés ? », « quelle urne a été choisie ? », « au bout de combien d'essais a-t-on réussi ? ».
- Construire le système complet correspondant, et écrire les deux vérifications : incompatibilité deux à deux, et réunion égale à . Si l'information manquante est un entier non borné, le système est indexé par ou , et c'est parfaitement légitime.
- Écrire la formule avec le symbole portant sur tout l'ensemble d'indices, sans jamais s'arrêter à un rang arbitraire.
- Reconnaître la série obtenue dans le catalogue du chapitre sur les séries : géométrique, série dérivée, série exponentielle. C'est ce catalogue qui donne à la fois la convergence et la somme.
- Contrôler : le résultat est une probabilité, donc un réel de .
Exemple
Un conditionnement sur un système complet infini. Le nombre de courriels reçus dans la journée par un service client vérifie pour tout . Chaque courriel, indépendamment des autres, est une réclamation avec la probabilité . On note l'événement « aucun courriel reçu n'est une réclamation ».
La famille est un système complet d'événements : le nombre de courriels reçus prend une valeur et une seule, et cette valeur est un entier naturel. Sachant , l'événement signifie que les courriels sont tous ordinaires, ce qui, par indépendance, donne . La formule des probabilités totales s'écrit alors
La série géométrique employée est de raison , de valeur absolue strictement inférieure à : elle converge bien. Le résultat appartient à , le contrôle passe.
Propriété
Formule de Bayes. Soient et deux événements de probabilités non nulles. Alors
Si est un système complet d'événements de probabilités non nulles et si , alors pour tout :
Démonstration. La définition de la probabilité conditionnelle donne , et les probabilités composées donnent : c'est la première formule. Pour la seconde, on l'applique avec et l'on remplace par son expression donnée par la formule des probabilités totales.
Indépendance d'événements
Définition
Deux événements et sont indépendants lorsque .
Soit . Les événements sont mutuellement indépendants lorsque, pour toute partie de contenant au moins deux éléments,
Une suite infinie d'événements est dite mutuellement indépendante lorsque, pour toute partie finie de contenant au moins deux éléments,
La nouveauté du chapitre est la troisième définition, et il faut en lire le détail : l'indépendance mutuelle d'une suite infinie ne fait intervenir que des intersections finies. On ne demande rien sur les intersections infinies, et c'est heureux, car les produits infinis ne sont pas au programme.
On admet, comme au premier semestre, que l'indépendance mutuelle est stable par passage au contraire : si les sont mutuellement indépendants, la famille obtenue en remplaçant certains par leur contraire l'est encore. C'est ce résultat, démontré au premier semestre dans le cas fini, qui autorise le calcul suivant, lequel servira à construire la loi géométrique et la loi binomiale.
Exemple
Répétitions indépendantes d'une même épreuve. On répète indéfiniment, dans les mêmes conditions, une épreuve qui donne un succès avec la probabilité . Notons l'événement « la -ème épreuve donne un succès ». L'hypothèse de modélisation, qui doit être écrite explicitement dans une copie, est que la suite est mutuellement indépendante et que pour tout .
La probabilité que les premières épreuves échouent toutes vaut alors
et la probabilité d'obtenir au moins un succès au cours des premières épreuves vaut .
Avec et , cela donne : une épreuve qui ne réussit qu'une fois sur dix réussit presque à coup sûr si on la répète vingt fois.
Généralités sur les variables aléatoires réelles
Définition
Définition
Soit un univers muni d'un ensemble des événements. On dit que est une variable aléatoire réelle définie sur lorsque est une application de dans telle que, pour tout réel ,
Cette définition demande simplement que les ensembles de la forme « ne dépasse pas » soient des événements, faute de quoi il serait impossible de leur attribuer une probabilité. Conformément au programme, démontrer qu'une application est une variable aléatoire n'est pas exigible : on ne vous le demandera jamais, et vous pouvez toujours admettre que les applications rencontrées dans les exercices en sont.
Une variable aléatoire est un nombre, pas une probabilité
C'est la confusion numéro un du chapitre, et elle coûte très cher, alors autant l'écrire en toutes lettres : une variable aléatoire est un nombre attaché au résultat de l'expérience. Si l'expérience consiste à prélever dix pièces et si compte les pièces défectueuses, alors prend l'une des valeurs selon le résultat obtenu. Une valeur de n'a aucune raison d'appartenir à , elle peut être négative, elle peut valoir s'il s'agit d'un chiffre d'affaires.
Trois écritures sont donc absurdes et doivent disparaître de vos copies :
- « » : n'est pas un événement, on ne prend pas sa probabilité. On écrit , , .
- « » pour dire que la probabilité vaut : la bonne écriture est .
- « la variable aléatoire » : la lettre est réservée à la probabilité.
Le mot « aléatoire » ne signifie d'ailleurs pas que est capricieuse : est une application, parfaitement déterminée, qui à chaque résultat associe le nombre . C'est le résultat qui est aléatoire, pas la règle qui lui associe un nombre.
Les événements associés à une variable aléatoire
Définition
Soit une variable aléatoire réelle et soit une partie de . On note
Pour un réel , on note de même
et l'on définit de la même façon , et .
Ces objets sont des événements : ce sont des parties de , et l'on admet qu'elles appartiennent à . Ils obéissent donc à toutes les règles de la première partie, en particulier au passage au contraire et à la formule du crible.
Exemple
Traduire des phrases en événements, et réciproquement. Une petite entreprise reçoit des commandes en ligne. On note le nombre de commandes reçues au cours d'une journée, de sorte que .
De la phrase vers l'événement :
- « l'entreprise ne reçoit aucune commande » s'écrit ;
- « elle reçoit au plus trois commandes » s'écrit ;
- « elle reçoit au moins une commande » s'écrit , qui est le contraire de ;
- « elle reçoit entre deux et cinq commandes, bornes comprises » s'écrit ;
- « elle reçoit plus de quatre commandes » s'écrit , c'est-à-dire puisque est à valeurs entières.
De l'événement vers la phrase :
- se lit « le nombre de commandes vaut ou », c'est-à-dire ;
- se lit « au moins quatre commandes ».
Deux égalités s'utilisent constamment dans les calculs :
La première est une réunion d'événements deux à deux incompatibles, donc les probabilités s'additionnent ; la seconde est le passage au contraire, qui évite systématiquement de sommer une infinité de termes.
Piège. L'inégalité stricte et l'inégalité large ne décrivent pas le même événement, mais pour une variable à valeurs entières on peut passer de l'une à l'autre : et . Ce passage est faux pour une variable qui prendrait des valeurs non entières, et il faut donc l'avoir justifié par la phrase « est à valeurs entières ».
L'ensemble des valeurs prises
Définition
Soit une variable aléatoire réelle définie sur . On note l'ensemble des valeurs prises par , c'est-à-dire
Déterminer est toujours la première question à traiter dans un exercice, avant tout calcul, et cela se rédige en une phrase justifiée. Si compte les pièces défectueuses parmi , alors ; si est le rang du premier succès dans une répétition non bornée, alors ; si est un gain algébrique, peut contenir des nombres négatifs.
Le système complet associé à une variable aléatoire
Propriété
Soit une variable aléatoire réelle telle que soit fini ou dénombrable. Alors la famille
est un système complet d'événements. On l'appelle le système complet associé à .
Démonstration. Vérifions les deux points de la définition.
Incompatibilité deux à deux. Soient et deux valeurs distinctes de . Si un résultat appartenait à , on aurait à la fois et , donc , ce qui est exclu. L'intersection est donc vide.
Réunion égale à . Chaque est inclus dans , donc leur réunion aussi. Réciproquement, soit ; le nombre est par définition un élément de , donc appartient à , qui est l'un des événements de la famille. La réunion contient donc .
Ce résultat, dont la démonstration tient en deux lignes, est l'outil le plus utilisé de tout le chapitre. C'est sur ce système complet que l'on conditionne dès qu'un problème comporte deux étapes dont la première produit un nombre : on tire d'abord un nombre de clients, de dés, d'appels, et le comportement de la deuxième étape dépend de ce nombre. La formule des probabilités totales s'écrit alors
sous réserve que les soient non nuls, et c'est la méthode reine des problèmes de concours.
Variables aléatoires discrètes
Définition
Définition
Une variable aléatoire réelle est dite discrète lorsque est fini, ou infini et indexé par une partie de , c'est-à-dire lorsque l'on peut numéroter ses valeurs :
Toutes les variables aléatoires de la première année sont discrètes, et la plupart sont même à valeurs entières. Les variables dont l'ensemble des valeurs est un intervalle, dites à densité, sont au programme de deuxième année.
Loi d'une variable aléatoire discrète
Définition
On appelle loi de la variable aléatoire discrète la donnée de et des probabilités
Deux variables aléatoires ont même loi lorsqu'elles prennent les mêmes valeurs avec les mêmes probabilités.
Propriété
Soit une variable aléatoire discrète. Les réels , pour , sont positifs et
cette somme étant la somme d'une série convergente lorsque est infini.
Démonstration. La positivité est immédiate : une probabilité appartient à . Pour la somme, la famille est un système complet d'événements d'après la propriété précédente, et la somme des probabilités d'un système complet vaut . Lorsque est infini, on numérote ses valeurs et l'on applique l'additivité dénombrable à la suite : la série converge et sa somme vaut .
La réciproque est vraie, et c'est elle que les exercices utilisent : toute famille de réels positifs de somme est la loi d'une variable aléatoire. Plus précisément, si est une famille de réels positifs indexée par une partie finie ou dénombrable de , avec , alors il existe une variable aléatoire telle que et pour tout . On admet ce résultat, dont la démonstration relève de la construction des espaces probabilisés.
Méthode
Déterminer une constante pour qu'une famille de réels soit une loi. L'énoncé propose et demande la valeur de . La rédaction attendue comporte toujours les trois mêmes étapes.
- Écrire la condition de positivité : tous les doivent être positifs. Cela donne en général le signe de , et parfois une contrainte à ne pas oublier.
- Écrire la condition de somme : , la somme portant sur tout .
- Sortir de la somme, reconnaître une série du catalogue (géométrique, dérivée, exponentielle), calculer sa somme , et conclure .
- Vérifier en recalculant avec la valeur trouvée : la somme doit valoir exactement .
Exemple
Avec une série géométrique. On cherche le réel tel que la famille définie par pour soit une loi de probabilité.
Les nombres sont strictement positifs, donc la positivité impose . La condition de somme s'écrit
la série géométrique de raison convergeant puisque . L'égalité donne , qui est bien positif.
Vérification. Avec , on a , , , et la somme vaut .
Exemple
Avec la série exponentielle. On cherche le réel tel que la famille définie par pour soit une loi de probabilité.
Les quantités sont strictement positives, donc . La série exponentielle donne
L'égalité donne . On reconnaît au passage la loi de Poisson de paramètre , qui sera étudiée en fin de chapitre.
Exemple
Une loi donnée par un tableau. Soit la variable aléatoire dont la loi est la suivante.
Les quatre nombres sont positifs et leur somme vaut : c'est bien une loi de probabilité. On a . Cette variable servira d'exemple de référence dans tout le reste du chapitre.
On en déduit par exemple
Loi d'une variable transformée
Si est une variable aléatoire et une fonction définie sur , alors , définie par , est encore une variable aléatoire, ce que l'on admet. Sa loi se déduit de celle de par regroupement des antécédents.
Propriété
Soit une variable aléatoire discrète et une fonction définie sur . La variable est discrète, , et pour tout ,
Démonstration. L'événement est l'ensemble des tels que , c'est-à-dire tels que appartienne à l'ensemble des antécédents de par situés dans . Il est donc la réunion des événements pour ces valeurs , réunion d'événements deux à deux incompatibles. L'additivité donne la formule.
Méthode
Déterminer la loi de . On ne cherche jamais à « transformer les probabilités » : on transforme les valeurs, et l'on regroupe.
- Déterminer en appliquant à chaque valeur de , puis en supprimant les doublons.
- Pour chaque valeur de , chercher tous ses antécédents dans . C'est l'étape où tout se joue.
- Additionner les correspondants.
- Vérifier que les obtenus ont pour somme .
Deux cas reviennent sans cesse. Si est injective sur , ce qui est le cas de avec , chaque valeur a un antécédent et un seul : les probabilités sont simplement transportées, et . Si n'est pas injective, ce qui est le cas de dès que contient deux valeurs opposées, il faut sommer les probabilités des antécédents.
Exemple
Cas affine. Reprenons la variable de référence et posons . La fonction est strictement croissante, donc injective : chaque valeur de a exactement un antécédent, et la loi se transporte sans regroupement.
En effet équivaut à , et ainsi de suite. La somme des probabilités vaut toujours : la vérification est immédiate puisque ce sont les mêmes nombres, seulement rangés en face d'autres valeurs.
Exemple
Cas du carré. Avec la même variable de référence, posons . Les valeurs et ont le même carré, de même que et : la fonction n'est pas injective sur , il faut donc regrouper.
On a , et
Vérification. .
Piège. Il serait faux d'écrire « » en oubliant l'antécédent négatif. Chaque fois que la fonction n'est pas injective, la première chose à faire est de dresser la liste complète des antécédents de chaque valeur.
Moments d'une variable aléatoire discrète
Espérance : le cas fini
Définition
Soit une variable aléatoire discrète telle que soit fini. On appelle espérance de le réel
L'espérance est une moyenne pondérée des valeurs possibles, chacune étant affectée du poids que la loi lui attribue. Elle a la même forme que la moyenne d'une série statistique du premier semestre,
les fréquences étant remplacées par les probabilités . La différence est de nature, et il ne faut jamais la perdre de vue : se calcule sur des données observées, se calcule sur un modèle. La première est un résumé du passé, la seconde une prévision théorique.
Interprétation concrète : si l'on répétait un très grand nombre de fois l'expérience, la moyenne des valeurs relevées se stabiliserait autour de . Cette phrase est une intuition, pas un théorème ; l'énoncé précis, la loi des grands nombres, est au programme de deuxième année.
Exemple
Espérance de la variable de référence.
L'espérance vaut , une valeur que ne prend jamais. C'est normal : une moyenne n'a aucune raison d'être une valeur observable, pas plus que le nombre moyen d'enfants par foyer n'est un nombre d'enfants possible.
Exemple
Un jeu équitable, et un jeu qui ne l'est pas. Une fête foraine propose le jeu suivant : on lance un dé équilibré, le joueur gagne euros s'il obtient un et perd euros sinon. Notons le gain algébrique du joueur, de sorte que avec et . Alors
Le jeu est défavorable au joueur, qui perd en moyenne centimes par partie. Un jeu est dit équitable lorsque l'espérance du gain algébrique est nulle ; il faudrait ici que le gain en cas de soit avec , c'est-à-dire euros.
Espérance : le cas infini et la condition d'existence
Lorsque est infini, la somme précédente devient une série, et une série peut diverger. L'espérance n'est donc plus automatiquement définie : son existence doit être établie avant tout calcul.
Définition
Soit une variable aléatoire discrète telle que soit infini, ses valeurs étant numérotées On dit que admet une espérance lorsque la série
est absolument convergente, c'est-à-dire lorsque la série converge. On pose alors
L'exigence de convergence absolue, et non de simple convergence, a une raison précise : elle garantit que la somme ne dépend pas de l'ordre dans lequel on numérote les valeurs de . Or cette numérotation est arbitraire, et une espérance qui changerait de valeur selon l'ordre choisi n'aurait aucun sens. En pratique, lorsque est à valeurs positives, ce qui est le cas de presque toutes les variables de comptage, convergence et convergence absolue sont la même chose, et il suffit d'étudier la convergence de .
Exemple
Une variable aléatoire qui n'admet pas d'espérance. Soit une variable aléatoire telle que et
C'est bien une loi. Les termes sont positifs, et la décomposition donne une somme télescopique :
L'espérance n'existe pas. Les valeurs sont positives, donc la convergence absolue équivaut à la convergence de
Cette dernière série est la série harmonique privée de son premier terme : elle diverge. La variable n'admet donc pas d'espérance.
Ce que cela signifie. Les grandes valeurs de sont rares, mais pas assez rares pour compenser leur taille. Écrire « » pour cette variable, ou même écrire « », est une faute : l'objet n'existe pas.
Piège. Dans un exercice où est infini, la question « calculer » se traite toujours en deux temps : d'abord une phrase qui justifie l'existence en nommant la série de référence utilisée, ensuite seulement le calcul de la somme. Une copie qui calcule sans justifier perd des points même si le résultat est juste.
Théorème de transfert
Propriété
Théorème de transfert (résultat admis par le programme). Soit une variable aléatoire discrète et une fonction définie sur . Lorsque est fini, la variable admet toujours une espérance. Lorsque est infini, admet une espérance si et seulement si la série converge. Dans les deux cas,
L'intérêt de ce théorème est considérable : il permet de calculer sans déterminer la loi de , en travaillant uniquement avec la loi de . Toute la suite du chapitre en dépend, à commencer par le calcul des variances.
Méthode
Calculer une espérance par le théorème de transfert.
- Écrire la somme , avec la fonction demandée par l'énoncé.
- Si est infini, justifier d'abord l'existence : reconnaître la série obtenue dans le catalogue, ou majorer par une série convergente.
- Calculer, en se ramenant aux séries de référence par changement d'indice.
- Ne jamais confondre et : ces deux nombres sont en général différents.
Les deux usages les plus fréquents sont , qui donne et sert à calculer les variances, et , qui donne et simplifie les calculs quand des factorielles ou des coefficients binomiaux sont en jeu.
Exemple
Deux transferts sur une loi uniforme. Soit une variable aléatoire telle que et pour tout .
Le moment d'ordre deux. Avec ,
Une fonction non polynomiale. Avec , aucune détermination de la loi de n'est nécessaire :
Le piège, en chiffres. Ici , donc , qui est bien différent de . De même alors que . L'espérance ne « traverse » pas les fonctions, sauf les fonctions affines, comme le dit la propriété suivante.
Linéarité et positivité
Propriété
Linéarité et positivité (résultats admis par le programme). Soit une variable aléatoire discrète.
a. Si admet une espérance, alors pour tous réels et , la variable admet une espérance et
b. Plus généralement, si et admettent des espérances, alors pour tous réels et , la variable admet une espérance et
c. Positivité. Si et si admet une espérance, alors .
Le point b ne fait pas intervenir deux variables aléatoires différentes : la quantité est encore une fonction de la seule variable , à savoir avec . C'est important, car l'espérance d'une somme de deux variables aléatoires distinctes relève du chapitre de deuxième année sur les couples, et n'est pas disponible ici. Toutes les manipulations de ce cours restent à l'intérieur d'une même variable.
En prenant constante égale à dans le théorème de transfert, on obtient au passage pour toute constante : l'espérance d'une variable certaine est sa valeur.
Propriété
Croissance. Soit une variable aléatoire discrète, et soient et deux fonctions définies sur telles que pour tout . Si et admettent des espérances, alors
En particulier, si admet une espérance et si pour tout , alors .
Démonstration. Posons . La fonction est positive sur , donc la variable est à valeurs positives, et elle admet une espérance par linéarité. La positivité donne , et la linéarité donne . D'où l'inégalité.
Pour l'encadrement, on applique ce qui précède aux fonctions constantes et , qui encadrent sur , en utilisant et .
L'encadrement final est un contrôle gratuit que l'on doit prendre l'habitude d'effectuer : une espérance sort toujours entre la plus petite et la plus grande des valeurs possibles. Une espérance de pour une variable à valeurs dans signale une erreur de calcul, sans même relire le détail.
Variable centrée
Définition
Une variable aléatoire admettant une espérance est dite centrée lorsque .
Propriété
Si admet une espérance, alors la variable est centrée.
Démonstration. Notons , qui est un réel, pas une variable. La variable est de la forme avec et , donc elle admet une espérance et, par linéarité,
Piège. est un nombre fixe, calculé une fois pour toutes. Écrire « » n'a de sens qu'en considérant comme une variable certaine, auquel cas . Et surtout, ne dépend pas de : c'est la constante que l'on retranche à pour la centrer.
Variance et écart-type
Définition
Soit une variable aléatoire discrète admettant une espérance, et soit . On dit que admet une variance lorsque la variable admet une espérance, et l'on pose alors
L'écart-type de est le réel .
La variance est l'espérance du carré de l'écart à la moyenne : elle mesure la dispersion de la variable autour de son espérance. Elle est toujours positive, comme espérance d'une variable positive, ce qui légitime la racine carrée. Si s'exprime en euros, s'exprime en euros au carré alors que s'exprime en euros : c'est l'écart-type, et non la variance, qui se compare directement aux valeurs de et à son espérance.
Propriété
Condition d'existence. Une variable aléatoire discrète admet une variance si et seulement si admet une espérance. De plus, si admet une espérance, alors en admet une aussi.
Démonstration. Établissons d'abord la seconde affirmation. Pour tout réel on a : c'est clair si , puisqu'alors ; et si , alors . En multipliant par et en sommant, les sommes partielles de la série à termes positifs sont majorées par . Une série à termes positifs dont les sommes partielles sont majorées converge : admet donc une espérance.
Venons-en à l'équivalence, et notons . Si admet une variance, alors admet une espérance, et l'identité donne, par linéarité appliquée à ces fonctions de la seule variable , l'existence de . Réciproquement, si admet une espérance, alors en admet une d'après ce qui précède, et l'identité donne de même l'existence de : admet une variance.
Retenez la conséquence pratique : dans un exercice, on établit l'existence de , et l'existence de suit. Il est donc inutile, et même maladroit, de traiter les deux existences séparément quand la seconde découle de la première.
Propriété
Formule de Kœnig-Huygens. Si admet une variance, alors
Démonstration. Notons . Le théorème de transfert appliqué à la fonction donne
Développons le carré, en gardant à l'esprit que est une constante :
La deuxième égalité est la linéarité, licite car les trois séries convergent absolument ; la troisième utilise le théorème de transfert pour la première somme, la définition de l'espérance pour la deuxième, et le fait que les probabilités d'une loi ont pour somme pour la troisième.
C'est toujours cette formule que l'on utilise pour un calcul numérique : elle évite de soustraire l'espérance à chaque valeur, ce qui multiplierait les erreurs. La définition, elle, sert aux démonstrations.
Propriété
Pour toute variable aléatoire admettant une variance, , et par conséquent
Démonstration. La variable est à valeurs positives, donc son espérance est positive par positivité : . L'inégalité annoncée est alors la formule de Kœnig-Huygens réécrite.
Exemple
Variance de la variable de référence. On a déjà . Le théorème de transfert donne
et l'on retrouve bien la valeur obtenue plus haut à partir de la loi de , à savoir : les deux chemins concordent, comme le théorème de transfert l'annonce. Donc
L'écart-type est du même ordre de grandeur que l'étendue des valeurs, qui va de à : le contrôle de vraisemblance passe.
Variance d'une transformée affine
Propriété
Soit une variable aléatoire admettant une variance, et soient et deux réels. Alors admet une variance et
Démonstration. Notons et . La linéarité donne , donc
En élevant au carré, . Cette variable est une fonction de , et elle admet une espérance puisque en admet une. La linéarité donne alors
En prenant la racine carrée, et puisque , on obtient .
Deux lectures de ce résultat. D'abord, la variance ne voit pas les translations : ajouter à toutes les valeurs déplace la variable en bloc sans modifier sa dispersion, donc . Ensuite, un changement d'unité multiplie l'écart-type par le même facteur : passer d'euros à centimes multiplie par et par .
Piège. Le carré du coefficient est la faute classique : , et non . Et la valeur absolue est indispensable dans la formule sur l'écart-type, car un écart-type est positif : .
Variance nulle et loi certaine
Propriété
Soit une variable aléatoire discrète admettant une variance. Alors si et seulement si prend la valeur avec la probabilité .
Démonstration. Sens direct, le plus simple. Supposons que soit la variable certaine égale à , c'est-à-dire . Alors , puis , puisque la variable ne prend que la valeur .
Réciproque. Supposons et notons . Par transfert,
somme de termes tous positifs. Une somme de réels positifs, finie ou somme d'une série convergente, est nulle si et seulement si tous ses termes sont nuls. Donc pour toute valeur de , on a , c'est-à-dire ou . Toutes les valeurs différentes de sont donc de probabilité nulle, et comme la somme de toutes les probabilités vaut , il reste .
Une nuance honnête, propre au cas infini : la conclusion est que vaut presque sûrement, et non que est constante en tant qu'application. Comme on l'a vu, un événement négligeable n'est pas forcément impossible, donc peut prendre d'autres valeurs, mais seulement sur un ensemble de probabilité nulle. Lorsque est fini et que toutes ses valeurs sont de probabilité non nulle, ce qui est la situation habituelle, la conclusion est bien que est la variable certaine égale à .
Variable centrée réduite
Définition
Soit une variable aléatoire admettant une variance, avec . On appelle variable centrée réduite associée à la variable
Propriété
Avec les notations précédentes, admet une espérance et une variance, et
Démonstration. Notons et , avec . La variable s'écrit avec et . La linéarité donne
et la formule de la variance d'une transformée affine donne
puisque par définition de l'écart-type.
Centrer et réduire, c'est effacer l'unité et le niveau : quelle que soit la variable de départ, est sans dimension, de moyenne nulle et d'écart-type . C'est ce qui permet de comparer des grandeurs qui n'ont rien à voir, par exemple un chiffre d'affaires en euros et un nombre de réclamations. L'hypothèse est indispensable : d'après le paragraphe précédent, elle revient à exclure le cas où est presque sûrement constante, cas dans lequel il n'y a de toute façon rien à réduire.
Exemple
Avec la variable de référence, et , donc
La valeur correspond à : elle se situe à environ écart-type au-dessus de la moyenne. La valeur correspond à , soit écart-type en dessous.
Lois usuelles finies
Loi certaine
Définition
Soit un réel. On dit que suit la loi certaine de valeur lorsque , c'est-à-dire lorsque .
Propriété
Si suit la loi certaine de valeur , alors et . Réciproquement, une variable aléatoire de variance nulle prend son espérance avec la probabilité .
Démonstration. La somme définissant l'espérance se réduit à un terme : . Le transfert donne ensuite , d'où par Kœnig-Huygens. La réciproque a été démontrée à la partie précédente.
La loi certaine est le cas dégénéré du chapitre, mais la caractérisation par la variance nulle est un vrai résultat, régulièrement demandé : « montrer que si alors est certaine ».
Loi de Bernoulli
Une épreuve de Bernoulli est une expérience à deux issues seulement, que l'on convient d'appeler succès et échec. C'est le modèle de toute question fermée : le client achète ou n'achète pas, la pièce est conforme ou défectueuse, le candidat réussit ou échoue.
Définition
Soit . On dit que suit la loi de Bernoulli de paramètre , et l'on note , lorsque
La valeur code le succès et la valeur code l'échec.
C'est bien une loi de probabilité : les deux nombres et sont positifs puisque , et leur somme vaut .
Propriété
Si , alors admet une espérance et une variance, et
Démonstration. L'ensemble est fini, donc l'existence est acquise. Par définition de l'espérance,
Le théorème de transfert avec donne
ce qui n'a rien d'étonnant puisque et : la variable est égale à . La formule de Kœnig-Huygens donne alors
Définition
Soit un événement. On appelle indicatrice de la variable aléatoire définie par
Propriété
Pour tout événement , l'indicatrice suit la loi , et par conséquent
Démonstration. L'événement est exactement et l'événement est exactement , d'après la définition. Donc , ce qui est la définition de la loi . Les deux formules suivent de la propriété précédente.
L'égalité est le pont entre les événements et les nombres : elle dit qu'une probabilité est une espérance déguisée, et c'est elle qui permettra, en deuxième année, de démontrer des résultats sur les probabilités en passant par des espérances.
Exemple
Une machine produit des pièces dont sont défectueuses. On prélève une pièce et l'on pose si elle est défectueuse, sinon. Alors , donc
L'espérance se lit comme la proportion moyenne de pièces défectueuses, ce qui est cohérent avec l'énoncé.
Loi uniforme sur un intervalle d'entiers
Définition
Soient et deux entiers avec . On dit que suit la loi uniforme sur , et l'on note , lorsque
L'entier est le nombre d'entiers de : il faut compter les deux bornes, et l'oubli du « » est l'erreur la plus fréquente sur cette loi. C'est bien une loi de probabilité, puisque l'on additionne termes tous égaux à , ce qui donne .
Traitons d'abord le cas , qui sert de brique de base.
Propriété
Si , alors
Démonstration. L'ensemble des valeurs est fini, donc l'existence est acquise. En utilisant la somme des premiers entiers,
Le théorème de transfert et la somme des carrés des premiers entiers donnent
La formule de Kœnig-Huygens donne alors
Propriété
Si , alors
Démonstration. Posons et . La fonction est affine de coefficient directeur , donc injective : la loi de se déduit de celle de par simple transport. Comme décrit , la variable décrit , et pour tout ,
Ainsi , et la propriété précédente s'applique à .
Comme , la linéarité de l'espérance donne
et la formule donnant la variance d'une transformée affine, appliquée avec un coefficient directeur égal à , donne
Cette rédaction, qui ramène le cas général au cas par une translation, est la rédaction attendue : refaire les sommes en partant de est possible, mais nettement plus lourd et beaucoup plus exposé aux erreurs de calcul.
Exemple
a. Le dé équilibré. Si est le résultat d'un lancer de dé à six faces équilibré, alors , donc
b. Un tirage de jeton. Une urne contient des jetons numérotés de à , indiscernables au toucher, et l'on en tire un au hasard. Le numéro obtenu suit , avec jetons. Donc
L'espérance est bien le milieu de , ce qui est le contrôle immédiat de ce genre de calcul.
Loi binomiale
Définition
On appelle schéma de Bernoulli de paramètres et la répétition de épreuves de Bernoulli identiques et indépendantes, chacune donnant un succès avec la probabilité .
Les trois mots comptent, et il faut les vérifier un par un avant d'invoquer une loi binomiale : les épreuves sont au nombre de fixé à l'avance, elles sont identiques, c'est-à-dire de même probabilité de succès, et elles sont indépendantes. Un tirage sans remise dans une urne ne relève donc jamais du schéma de Bernoulli, puisque la composition de l'urne change d'un tirage à l'autre.
Définition
Soient et . On dit que suit la loi binomiale de paramètres et , et l'on note , lorsque
Propriété
Dans un schéma de Bernoulli de paramètres et , la variable égale au nombre de succès obtenus suit la loi .
Démonstration. Modélisons l'expérience par l'univers , dont les éléments sont les mots de lettres formés de (succès) et de (échec) : un tel mot décrit complètement le déroulement des épreuves. Notons l'événement « la -ème épreuve donne un succès », de probabilité , les événements étant mutuellement indépendants par hypothèse.
Probabilité d'un mot fixé. Soit un mot comportant exactement lettres , aux positions , et donc lettres aux autres positions. L'événement « le déroulement est exactement » est l'intersection des pour dans les positions de succès et des pour les autres. L'indépendance mutuelle, stable par passage au contraire, donne
quantité qui ne dépend que du nombre de succès, pas de leurs positions.
Dénombrement. L'événement est la réunion des pour tous les mots comportant exactement lettres . Se donner un tel mot, c'est se donner l'ensemble des positions occupées par les succès parmi les positions disponibles, donc une partie à éléments de : il y a mots de ce type.
Conclusion. Ces événements élémentaires sont deux à deux incompatibles, donc leurs probabilités s'additionnent :
Propriété
La famille précédente est bien une loi de probabilité :
Démonstration. Les termes sont positifs, et la formule du binôme de Newton, appliquée aux deux réels et , donne
Avant de calculer l'espérance, isolons les deux identités de calcul qui rendent tout possible.
Propriété
Pour tous entiers et :
Démonstration. Pour la première, on part de la formule explicite du coefficient binomial :
où l'on a simplifié et remarqué que .
Pour la seconde, on procède de même :
c'est-à-dire , puisque .
Propriété
Si , alors
Démonstration. Posons . L'ensemble est fini, donc l'espérance et la variance existent.
Espérance. Le terme d'indice est nul, on peut donc démarrer la somme à et appliquer la première identité :
Posons , de sorte que décrit et que :
la dernière égalité venant de la formule du binôme et de .
Moment factoriel d'ordre deux. Le théorème de transfert appliqué à donne, les termes d'indices et étant nuls,
Le changement d'indice donne, avec ,
Variance. Comme pour tout réel , la linéarité appliquée à ces deux fonctions de la même variable donne
La formule de Kœnig-Huygens conclut :
Un chemin interdit à ce stade. Vous rencontrerez dans certains ouvrages l'argument « une binomiale est une somme de variables de Bernoulli indépendantes, donc son espérance est ». Cet argument est correct, mais il utilise l'espérance d'une somme de variables aléatoires, qui est au programme de deuxième année : il n'est pas disponible ici, et une copie qui l'emploie s'appuie sur un résultat non démontré. Le calcul direct ci-dessus est le seul chemin autorisé en première année, et il faut savoir le refaire en entier.
Méthode
Justifier qu'une variable suit une loi binomiale. La justification tient en quatre phrases, et elle est attendue telle quelle dans une copie.
- Nommer l'épreuve de Bernoulli et dire ce qu'est un succès : « on appelle succès l'événement : la pièce prélevée est défectueuse ».
- Vérifier les trois conditions du schéma : les épreuves sont au nombre de fixé, elles sont identiques (même probabilité de succès), elles sont indépendantes (tirage avec remise, ou population assez grande pour que l'énoncé le pose).
- Dire ce que compte la variable : « est le nombre de succès au cours des épreuves ».
- Conclure : « donc », puis donner et la formule de .
Sans l'étape 2, la réponse ne vaut rien : c'est elle que le correcteur cherche.
Exemple
Contrôle qualité. Une chaîne produit des pièces dont sont défectueuses. On en prélève au hasard dans un stock assez grand pour que les prélèvements puissent être considérés comme indépendants, et l'on note le nombre de pièces défectueuses parmi les .
Reconnaissance de la loi. Le prélèvement d'une pièce est une épreuve de Bernoulli dont le succès est « la pièce est défectueuse », de probabilité . On répète fois cette épreuve de façon identique et indépendante, et compte les succès : donc , avec et
Quelques probabilités.
La probabilité d'avoir au moins une pièce défectueuse se calcule par passage au contraire :
Moments.
Sur un lot de pièces, on en attend donc défectueuses en moyenne, ce qui est cohérent avec le taux de annoncé.
Le binôme de Newton relu comme une somme de probabilités
Propriété
Application de la loi binomiale à la formule du binôme. Soient et deux réels strictement positifs et un entier naturel non nul. En posant , on a et , et la relation « la somme des probabilités d'une loi vaut » se relit exactement comme la formule du binôme de Newton :
Démonstration. Comme et , le réel appartient à , et
Soit . La somme des probabilités de sa loi vaut , donc
puisque les dénominateurs se regroupent en . En multipliant par , on obtient la formule annoncée.
L'intérêt de cette lecture est double. D'une part, elle montre que la formule du binôme et la loi binomiale sont le même objet vu de deux côtés, ce qui explique le nom de la loi. D'autre part, dans l'autre sens, elle fournit la vérification réflexe de tout calcul binomial : dès qu'une somme de la forme apparaît dans un calcul, elle vaut , et c'est ce que nous avons utilisé deux fois dans la démonstration de l'espérance et de la variance, après l'avoir utilisé une première fois pour vérifier que la somme des probabilités vaut .
Lois usuelles infinies
Loi géométrique
Définition
Soit . On dit que suit la loi géométrique de paramètre , et l'on note , lorsque
Propriété
On répète indéfiniment, de façon identique et indépendante, une épreuve de Bernoulli de probabilité de succès . Alors la variable égale au rang du premier succès suit la loi .
Démonstration. Notons l'événement « la -ème épreuve donne un succès », la suite étant mutuellement indépendante avec .
Le premier succès a lieu au rang si et seulement si les premières épreuves échouent et la -ième réussit :
L'indépendance mutuelle, stable par passage au contraire, transforme cette intersection en produit :
Une précision de modélisation, dans l'esprit du programme qui demande de ne soulever aucune difficulté théorique. Le résultat « aucune épreuve ne donne jamais de succès » existe dans l'univers, mais on a démontré en première partie qu'il est négligeable. On convient donc de l'écarter, ce qui permet d'écrire et de considérer que est définie partout.
Propriété
La famille précédente est bien une loi de probabilité :
Démonstration. Posons , de sorte que et . Les termes sont positifs, et la série géométrique donne
après le changement d'indice .
Propriété
Si , alors pour tout entier naturel ,
Démonstration. Avec les notations précédentes, l'événement signifie que le premier succès n'a pas encore eu lieu au bout de épreuves, c'est-à-dire que les premières épreuves ont toutes échoué :
On peut aussi le retrouver par le calcul, en sommant la série à partir du rang :
avec le changement d'indice . La seconde formule est le passage au contraire.
Propriété
Si , alors admet une espérance et une variance, et
Démonstration. Posons , avec .
Espérance. Les termes sont positifs, donc la convergence absolue équivaut à la convergence. La première série dérivée du chapitre sur les séries donne, pour ,
série convergente. Par conséquent admet une espérance et
Moment factoriel d'ordre deux. Le théorème de transfert avec donne, le terme d'indice étant nul,
où l'on a écrit . La seconde série dérivée vaut , donc la série converge et
Variance. Comme , la linéarité donne
quantité finie, donc admet bien une variance. La formule de Kœnig-Huygens donne alors
la troisième ligne utilisant .
L'espérance se retient sans effort par le bon sens : si une épreuve réussit une fois sur cinq, il faut s'attendre à cinq essais pour décrocher le premier succès.
Absence de mémoire
Propriété
Absence de mémoire de la loi géométrique. Si , alors pour tous entiers naturels et ,
Démonstration. Le conditionnement est licite : est strictement positif, puisque .
Comme , l'événement est inclus dans , donc leur intersection vaut . La définition de la probabilité conditionnelle donne alors
Traduisons. Sachant que les premières épreuves ont toutes échoué, la probabilité qu'il faille encore attendre plus de épreuves est la même qu'au tout début de l'expérience : le processus a oublié son passé. C'est la formulation savante d'un fait que l'intuition refuse souvent : une pièce qui vient de donner dix fois face n'a pas plus de chances de donner pile au lancer suivant.
Piège. Cette propriété est parfois invoquée à tort pour justifier qu'une variable suit une loi géométrique. Dans un exercice, la justification se fait par la modélisation, à savoir « rang du premier succès dans une répétition d'épreuves identiques et indépendantes », et non par l'absence de mémoire.
Exemple
Prospection commerciale. Un commercial appelle des prospects dans les mêmes conditions et de façon indépendante ; chaque appel aboutit à une signature avec la probabilité . On note le rang du premier appel qui aboutit, de sorte que .
Quelques probabilités.
Il y a donc environ de chances que les cinq premiers appels échouent tous.
Moments.
Le commercial signe donc en moyenne au quatrième appel, mais avec une dispersion importante.
Absence de mémoire. Les cinq premiers appels ont échoué. La probabilité qu'il en faille encore plus de trois vaut
exactement comme si l'on repartait de zéro. Les cinq échecs déjà encaissés n'améliorent en rien les chances des appels suivants.
Loi de Poisson
La loi de Poisson est la loi de référence des comptages d'événements rares sur une période ou une zone données : nombre d'appels reçus par un standard en une minute, nombre de pannes d'une machine dans le mois, nombre de sinistres déclarés à un assureur dans l'année, nombre de clients se présentant à un guichet en un quart d'heure, nombre de défauts sur un mètre de tissu. Le point commun de ces situations est qu'un très grand nombre d'occasions se présentent, chacune ayant une très faible probabilité de produire l'événement compté.
Définition
Soit . On dit que suit la loi de Poisson de paramètre , et l'on note , lorsque
Propriété
La famille précédente est bien une loi de probabilité :
Démonstration. Les termes sont positifs, puisque et que l'exponentielle est strictement positive. La série exponentielle donne, pour tout réel , . Appliquée à , elle donne
Propriété
Si , alors admet une espérance et une variance, et
Démonstration. Espérance. Les termes sont positifs, donc la convergence absolue équivaut à la convergence. Le terme d'indice est nul, et pour on simplifie :
avec le changement d'indice . La série converge, donc admet une espérance et .
Moment factoriel d'ordre deux. Le théorème de transfert avec donne, les termes d'indices et étant nuls et pour :
avec le changement d'indice .
Variance. Comme , la linéarité donne , quantité finie : admet une variance, et la formule de Kœnig-Huygens donne
La loi de Poisson est la seule loi du chapitre dont l'espérance et la variance sont égales quel que soit son paramètre : d'autres y parviennent pour une valeur particulière, ainsi dont l'espérance et la variance valent , ou dont l'espérance et la variance valent . C'est un moyen de contrôle commode, et parfois un indice de modélisation : si des données de comptage présentent une moyenne et une variance très proches, le modèle de Poisson est plausible.
Exemple
Un standard téléphonique. Le nombre d'appels reçus en une minute par le standard d'une agence suit une loi de Poisson de paramètre .
Quelques probabilités. Avec ,
La probabilité de recevoir au moins trois appels se calcule par passage au contraire :
Moments.
Le standard reçoit donc trois appels par minute en moyenne, et il reçoit au moins trois appels un peu plus d'une minute sur deux.
Le lien entre loi binomiale et loi de Poisson
Propriété
Soit et soit un entier naturel fixé. Pour tout entier , le réel appartient à , et
Il faut lire cet énoncé pour ce qu'il est, à savoir un calcul de limite portant, pour chaque valeur de fixée, sur une suite de nombres réels. Sa démonstration est un exercice classique du chapitre, et n'est pas reprise ici. La notion qui lui donnerait tout son sens, celle de convergence en loi d'une suite de variables aléatoires, est au programme de deuxième année : on se garde donc bien d'écrire ici qu'une suite de variables binomiales « converge en loi » vers une variable de Poisson, formulation qui n'a pas encore de définition à ce stade.
L'usage pratique, lui, est immédiat : une loi binomiale à grand nombre d'épreuves et faible probabilité de succès se comporte comme une loi de Poisson de paramètre . Les critères usuellement retenus sont grand (au moins quelques dizaines), petit (de l'ordre de au plus) et modéré. L'intérêt est calculatoire : les coefficients binomiaux d'indice élevé sont pénibles à manipuler, alors que la formule de Poisson est immédiate.
Exemple
Une approximation en chiffres. Une compagnie assure contrats indépendants, chacun donnant lieu à un sinistre dans l'année avec la probabilité . Le nombre de sinistres suit , d'espérance .
Comparons les probabilités exactes et les valeurs fournies par la loi .
| loi | loi | |
|---|---|---|
Les valeurs sont arrondies à près. L'écart est de l'ordre du millième, pour un calcul beaucoup plus court : c'est exactement ce que l'on attend d'une approximation. On notera au passage que les variances, elles, ne coïncident pas exactement : pour la binomiale contre pour la loi de Poisson, l'écart étant d'autant plus faible que est petit.
Récapitulatif des six lois usuelles
| Loi | Notation | ||||
|---|---|---|---|---|---|
| Certaine | — | ||||
| Bernoulli | |||||
| Uniforme | |||||
| Binomiale | |||||
| Géométrique | |||||
| Poisson |
Trois remarques pour utiliser ce tableau sans se tromper. La loi uniforme sur est le cas particulier , , avec et . La loi de Bernoulli est le cas particulier de la loi binomiale, ce que confirment les formules : et . Enfin, la loi géométrique commence à , alors que la loi de Poisson commence à : c'est la source d'erreur numéro un dans les changements d'indice.
Méthodes du chapitre
Méthode
Déterminer la loi d'une variable aléatoire. Quatre étapes, toujours dans cet ordre, et chacune rédigée.
- Décrire en français, puis déterminer avec une justification : pourquoi ces valeurs, et pourquoi pas d'autres. Une erreur ici invalide tout le reste.
- Calculer pour un générique de , en écrivant d'abord l'événement à l'aide d'événements dont on sait calculer la probabilité (intersections, réunions, conditionnements). Si plusieurs cas se présentent selon la position de , traiter chaque cas séparément et le dire.
- Vérifier que la somme des probabilités vaut . C'est la seule vérification autonome dont vous disposiez, et elle détecte la quasi-totalité des erreurs de calcul.
- Conclure en récapitulant la loi, sous forme de tableau si est petit, sous forme de formule sinon.
Méthode
Reconnaître une loi usuelle et rédiger la justification attendue. Le correcteur cherche la vérification des hypothèses, pas le nom de la loi.
- Loi de Bernoulli : l'expérience n'a que deux issues, et vaut en cas de succès, sinon. Préciser ce qu'est le succès et sa probabilité.
- Loi uniforme sur : prend les valeurs entières de à , toutes avec la même probabilité. Le mot « au hasard » ou « indiscernables » de l'énoncé justifie l'équiprobabilité, et il faut le citer.
- Loi binomiale : nombre de succès dans un schéma de Bernoulli. Vérifier les trois conditions, à savoir fixé, épreuves identiques, épreuves indépendantes. Un tirage sans remise disqualifie immédiatement cette loi.
- Loi géométrique : rang du premier succès dans une répétition non bornée d'épreuves identiques et indépendantes. Vérifier que , l'oubli de la valeur étant caractéristique.
- Loi de Poisson : elle n'est presque jamais « reconnue », elle est posée par l'énoncé ou obtenue par approximation d'une binomiale. Vérifier que et identifier , qui est l'espérance.
Une fois la loi identifiée, ne redémontrez pas son espérance et sa variance : citez-les. En revanche, si l'énoncé demande de les établir, il faut refaire le calcul complet.
Méthode
Calculer une espérance quand est infini. L'ordre des opérations n'est pas négociable : on justifie avant de calculer.
- Écrire la série , en précisant l'ensemble d'indices.
- Justifier l'existence : dire que les termes sont positifs (auquel cas convergence absolue et convergence coïncident), puis identifier la série de référence, à savoir géométrique, dérivée première, dérivée seconde, ou exponentielle. Conclure par la phrase « donc admet une espérance ».
- Calculer la somme en se ramenant à la série de référence par un changement d'indice, en veillant à l'exposant : les formules du cours portent sur et , pas sur .
- Pour la variance, passer par plutôt que par chaque fois que des factorielles ou des coefficients binomiaux sont en jeu : les simplifications sont bien plus nettes. Puis utiliser et Kœnig-Huygens.
- Contrôler : une espérance de variable positive est positive, une variance est positive, et l'ordre de grandeur doit être compatible avec les valeurs les plus probables.
Méthode
Conditionner par les valeurs d'une variable aléatoire. C'est la méthode reine des problèmes en deux temps, où la première étape produit un nombre dont dépend la seconde.
- Identifier la variable qui porte l'information manquante, appelons-la : le nombre de clients entrés, le nombre de dés lancés, le rang du premier succès.
- Poser le système complet associé : la famille est un système complet d'événements, et il faut l'écrire avec cette phrase, qui vaut justification.
- Écrire la formule des probabilités totales pour l'événement ou la valeur cherchée :
- Calculer chaque probabilité conditionnelle en se plaçant « à fixé » : c'est là que l'énoncé devient une situation connue, souvent une loi binomiale de paramètres et .
- Sommer, en reconnaissant la série obtenue, et vérifier que le résultat définit bien une loi.
Pour finir, la liste des fautes qui coûtent le plus de points sur ce chapitre. Confondre la variable aléatoire , qui est un nombre, avec une probabilité, et écrire « ». Calculer une espérance sur un ensemble de valeurs infini sans avoir justifié son existence. Écrire , en particulier , alors que ces égalités ne valent que pour les fonctions affines. Oublier le carré dans . Oublier un antécédent en déterminant la loi de . Oublier le « » dans le nombre d'entiers de . Annoncer une loi binomiale pour un tirage sans remise. Démarrer une loi géométrique à ou une loi de Poisson à . Et enfin, sur un univers infini, conclure qu'un événement est impossible parce que sa probabilité est nulle.
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On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.