1ʳᵉ PCM · Chapitre 04 · Analyse

Dérivées

Notations Δy/Δx et dy/dx, approximation affine, dérivées (produit, quotient, xⁿ, cos, sin, f(ax + b)).

Ce qu'il faut savoir faire

  • Notations Δy/Δx et dy/dx
  • Approximation affine
  • Dérivées (produit, quotient, xⁿ, cos, sin, f(ax + b))

Le tronc commun a introduit l'un des outils les plus puissants des mathématiques : le nombre dérivé. Rappelons l'idée en quelques mots. Pour mesurer la variation d'une fonction f entre deux points d'abscisses a et a+h, on calcule le taux de variation f(a+h)f(a)h, qui est le coefficient directeur de la sécante joignant les deux points de la courbe. Lorsque h se rapproche de 0, les deux points se resserrent, la sécante pivote et vient se confondre avec la tangente : le taux de variation tend alors vers un nombre, le nombre dérivé f(a), qui est le coefficient directeur de la tangente au point d'abscisse a. Vous savez déjà calculer les dérivées de x2, de x3 et des polynômes de degré au plus 3, et vous savez que le signe de f commande les variations de f.

Ce chapitre de spécialité complète ce socle dans trois directions. D'abord, il introduit les notations de la physique : dydx, dxdt, que vous croiserez dans tous vos cours de physique-chimie, et qui donnent à la dérivée son vrai visage de « vitesse de variation ». Ensuite, il exploite la tangente pour faire du calcul approché : près d'un point, une courbe se confond avec sa tangente, et cela permet d'estimer très vite des valeurs comme (1,02)2 sans calculatrice. Enfin et surtout, il fournit de nouvelles règles de calcul : dérivée d'un produit, d'un quotient, des fonctions cosinus et sinus, et des signaux tAcos(ωt+φ) rencontrés au chapitre de trigonométrie. À la fin du chapitre, vous saurez dériver toutes les fonctions utiles en sciences, et donc étudier leurs variations.

Les notations de la dérivée

Commençons par installer le vocabulaire et les notations que la physique utilise en permanence. Considérons une grandeur y qui dépend d'une grandeur x par une fonction f : on écrit y=f(x). Lorsque x passe d'une valeur x0 à une valeur x0+Δx, la grandeur y varie d'une quantité Δy=f(x0+Δx)f(x0). La lettre grecque Δ (delta majuscule) se lit « variation de » : Δx est la variation de x, Δy la variation de y qui en résulte. Le quotient ΔyΔx n'est autre que le taux de variation du tronc commun : il mesure la variation moyenne de y par unité de x, entre x0 et x0+Δx.

Que se passe-t-il quand Δx devient de plus en plus petit ? Le taux de variation ΔyΔx se rapproche du nombre dérivé f(x0) : c'est exactement la définition vue en tronc commun, avec Δx dans le rôle de h. Pour rappeler cette origine, la physique note le nombre dérivé comme un quotient de variations devenues infinitésimales : les Δ, devenus infiniment petits, s'écrivent avec la lettre d.

Définition

Notation différentielle. Soit f une fonction dérivable en x0 et y=f(x). Le nombre dérivé de f en x0 se note indifféremment :

f(x0)=dydx(x0)=dfdx(x0)

La notation dydx se lit « d y sur d x ». Elle s'interprète comme un taux de variation infinitésimal : c'est la valeur vers laquelle tend le quotient ΔyΔx lorsque la variation Δx devient infiniment petite.

Cette notation, due à Leibniz, présente deux avantages qui expliquent son succès en sciences. D'une part, elle affiche les grandeurs en jeu : dydx dit explicitement que l'on mesure la variation de y par rapport à celle de x, ce qui est précieux quand plusieurs variables coexistent dans un problème de physique. D'autre part, elle garde la trace des unités : si y est en mètres et x en secondes, alors dydx s'exprime en mètres par seconde, comme le quotient dont elle provient.

Le cas le plus important est celui où la variable est le temps t. Si une grandeur y évolue au cours du temps selon y=f(t), alors dydt mesure la vitesse de variation de cette grandeur à l'instant considéré : vitesse d'un mobile si y est une position, vitesse de montée en température si y est une température, vitesse de charge si y est la charge d'un condensateur.

Exemple

Vitesse moyenne et vitesse instantanée. Une voiture se déplace sur une route rectiligne ; on note x(t) la distance parcourue (en mètres) à l'instant t (en secondes). Entre t=10 s et t=12 s, la voiture passe de x=250 m à x=302 m. Sa vitesse moyenne sur cet intervalle est le taux de variation :

ΔxΔt=3022501210=522=26 m/s

Mais le compteur de la voiture n'affiche pas une moyenne sur deux secondes : il affiche la vitesse à l'instant t=10 s. Pour l'obtenir, on resserre l'intervalle de mesure : Δt=1 s, puis 0,1 s, puis 0,01 s… Le quotient ΔxΔt tend alors vers la vitesse instantanée, qui est le nombre dérivé de la position :

v(10)=dxdt(10)=x(10)

Retenons cette double lecture, qui accompagnera tout le chapitre : f(x0) est un objet géométrique (le coefficient directeur de la tangente) et dydx(x0) est le même objet vu comme grandeur physique (un taux de variation instantané).

L'approximation affine

Zoomons sur la courbe d'une fonction au voisinage d'un de ses points. Plus on zoome, plus la courbe paraît droite : à très petite échelle, elle devient indiscernable de sa tangente. Cette observation, anodine en apparence, fournit un outil de calcul remarquable : puisque courbe et tangente se confondent près du point de contact, on peut remplacer les valeurs de la fonction, parfois pénibles à calculer, par les valeurs prises sur la tangente, qui relèvent d'un simple calcul affine.

Mettons cette idée en formule. La tangente à la courbe de f au point d'abscisse x0 a pour équation réduite y=f(x0)+f(x0)(xx0), résultat connu du tronc commun. Au point d'abscisse x=x0+h, l'ordonnée sur la tangente vaut donc f(x0)+f(x0)h. Si h est petit, ce nombre est très proche de la valeur exacte f(x0+h).

Propriété

Approximation affine. Soit f une fonction dérivable en x0. Pour h proche de 0 :

f(x0+h)f(x0)+f(x0)h

On dit que f(x0)+f(x0)h est l'approximation affine de f(x0+h) au voisinage de x0. En physique, on écrit la même relation sous la forme : au premier ordre, Δyf(x0)Δx — la variation de y est proportionnelle à la petite variation de x, avec pour coefficient le nombre dérivé.

Approximation affine de la fonction carré près de x = 1

La figure illustre la situation pour la fonction carré f(x)=x2 au point A(1;1). La tangente en A a pour coefficient directeur f(1)=2, d'où son équation y=2x1. En x=1,4, c'est-à-dire pour h=0,4, la courbe passe à l'ordonnée 1,42=1,96 tandis que la tangente passe à l'ordonnée 2×1,41=1,8 : l'écart, bien visible sur la figure, vaut 0,16. Mais observez comme les deux tracés se rapprochent quand on revient vers A : pour un h plus petit, l'approximation devient excellente.

Méthode

Effectuer un calcul approché. Pour estimer une valeur f(x0+h) sans calculatrice :

  1. choisir un point de référence x0 proche de la valeur visée, et où f(x0) et f(x0) se calculent facilement (valeur entière ou simple) ;
  2. calculer f(x0) et f(x0), et identifier l'écart h (qui peut être négatif) ;
  3. appliquer la formule f(x0+h)f(x0)+f(x0)h ;
  4. garder en tête que l'approximation est d'autant meilleure que h est petit.

Exemple

Estimer (1,02)2 de tête. On prend f(x)=x2, x0=1 et h=0,02. On a f(1)=1, f(x)=2x donc f(1)=2. L'approximation affine donne :

(1,02)21+2×0,02=1,04

La valeur exacte est (1,02)2=1,0404 : l'erreur commise n'est que de 0,0004. Comparons avec le cas de la figure, où h=0,4 : l'approximation 1,8 contre la valeur exacte 1,96 laissait une erreur de 0,16, quatre cents fois plus grande. Diviser h par 20 a rendu l'approximation spectaculairement plus précise : c'est le comportement typique de l'approximation affine, dont l'erreur fond bien plus vite que h.

Exemple

Estimer (2,01)3. On prend cette fois f(x)=x3, x0=2 et h=0,01. On a f(2)=8 et f(x)=3x2, donc f(2)=12. D'où :

(2,01)38+12×0,01=8,12

La valeur exacte est 8,120601 : l'approximation est correcte au millième près.

La forme physique Δyf(x0)Δx mérite qu'on s'y arrête une seconde. Elle dit qu'au voisinage d'un point de fonctionnement, une petite cause Δx produit un effet proportionnel Δy, le coefficient de proportionnalité étant le nombre dérivé. C'est ainsi qu'un physicien estime l'effet d'une petite erreur de mesure, d'une petite variation de température ou de tension : au premier ordre, tout est linéaire. Cette idée, que vous retrouverez sans cesse en sciences de l'ingénieur et en physique-chimie, est l'une des raisons d'être de la dérivée.

Dérivées des fonctions de référence

Passons maintenant au cœur du chapitre : élargir la liste des fonctions que l'on sait dériver. Le tronc commun a établi deux résultats : la dérivée de xx2 est x2x, et celle de xx3 est x3x2. Mettons-les côte à côte : (x2)=2x1 et (x3)=3x2. Dans les deux cas, l'exposant descend en facteur et diminue d'une unité. Ce motif n'est pas une coïncidence : il se prolonge à toutes les puissances entières.

Propriété

Dérivée de xxn. Soit n un entier naturel non nul. La fonction xxn est dérivable sur R et sa dérivée est :

(xn)=nxn1

Ainsi (x4)=4x3, (x5)=5x4, (x10)=10x9. Pour n=1, la formule redonne bien (x1)=1×x0=1 : la fonction xx a pour dérivée la constante 1.

Une deuxième fonction de référence rejoint notre catalogue : la fonction inverse x1x, définie pour tout x non nul. Sa dérivée est admise ici ; nous verrons plus loin qu'elle se retrouve aussi comme cas particulier de la dérivée de 1v.

Propriété

Dérivée de la fonction inverse. La fonction x1x est dérivable sur ];0[ et sur ]0;+[, et sa dérivée est :

(1x)=1x2

Cette dérivée est strictement négative pour tout x0 : on retrouve le fait que la fonction inverse est décroissante sur chacun des deux intervalles où elle est définie.

Voici maintenant une remarque qui rend ce résultat facile à mémoriser. Avec la notation des puissances d'exposant négatif, 1x=x1. Appliquons formellement la formule (xn)=nxn1 avec n=1 : on obtient (1)×x2=1x2… qui est exactement la bonne dérivée !

Propriété

Forme unifiée (moyen mnémotechnique). La formule

(xn)=nxn1

est valable pour tout entier n1 non nul : elle couvre d'un seul geste toutes les puissances x, x2, x3, …, xn, et la fonction inverse 1x=x1, dont la dérivée x2=1x2 s'obtient par le même mécanisme « l'exposant descend, puis diminue de 1 ».

Le tableau suivant récapitule les dérivées de référence du chapitre ; il est à connaître parfaitement.

Fonction f Dérivée f f est dérivable sur
f(x)=k (constante) f(x)=0 R
f(x)=x f(x)=1 R
f(x)=x2 f(x)=2x R
f(x)=x3 f(x)=3x2 R
f(x)=xn (n entier, n1) f(x)=nxn1 R
f(x)=1x f(x)=1x2 ];0[]0;+[

Exemple

Utiliser les formules de référence. La dérivée de xx6 est x6x5 : la tangente à la courbe de cette fonction au point d'abscisse 1 a donc pour coefficient directeur 6×15=6. De même, le coefficient directeur de la tangente à l'hyperbole d'équation y=1x au point d'abscisse 2 vaut 122=14 : une pente douce et négative, conforme à l'allure de la branche décroissante de l'hyperbole.

Dérivée d'une somme et d'un produit

Les fonctions rencontrées en sciences sont rarement des fonctions de référence à l'état pur : ce sont des sommes, des produits, des quotients de fonctions de référence. Il nous faut donc des règles d'assemblage qui, connaissant les dérivées des morceaux, donnent la dérivée de l'ensemble. La première, vue en tronc commun pour les polynômes de petit degré, s'énonce en toute généralité.

Propriété

Dérivée d'une somme et du produit par une constante. Soient u et v deux fonctions dérivables sur un intervalle I, et k un réel. Alors u+v et ku sont dérivables sur I, et :

(u+v)=u+vet(ku)=ku

Autrement dit, on dérive une somme terme à terme, et les coefficients multiplicatifs restent en place.

Combinée au tableau des dérivées de référence, cette règle permet de dériver n'importe quel polynôme, quel que soit son degré : un polynôme est une somme de termes de la forme axn, et chacun se dérive en anxn1. Tout polynôme est donc dérivable sur R, et sa dérivée est encore un polynôme, de degré diminué d'une unité.

Exemple

Dériver un polynôme. Soit P(x)=4x53x2+7x2, définie sur R. On dérive terme à terme : 4x5 donne 4×5x4=20x4 ; 3x2 donne 3×2x=6x ; 7x donne 7 ; la constante 2 donne 0. D'où, pour tout réel x :

P(x)=20x46x+7

Le polynôme P est de degré 5, sa dérivée est bien de degré 4.

Venons-en au produit de deux fonctions, et commençons par déjouer un piège : la dérivée d'un produit n'est pas le produit des dérivées. Un contre-exemple immédiat le montre : prenons u(x)=v(x)=x. Alors u(x)v(x)=x2, dont la dérivée est 2x ; mais u(x)×v(x)=1×1=1. La formule naïve (uv)=uv est donc fausse. La formule correcte est plus subtile, et plus intéressante.

Propriété

Dérivée d'un produit. Soient u et v deux fonctions dérivables sur un intervalle I. Alors le produit uv est dérivable sur I, et :

(uv)=uv+uv

« La dérivée du premier fois le second, plus le premier fois la dérivée du second. »

D'où vient cette formule ? Donnons le principe de la démonstration, qui repose sur le taux de variation. Fixons un réel a de I et un réel h non nul, et formons le taux de variation de la fonction uv entre a et a+h :

u(a+h)v(a+h)u(a)v(a)h

L'astuce consiste à faire apparaître les taux de variation de u et de v séparément, en retranchant puis rajoutant la quantité intermédiaire u(a)v(a+h) au numérateur :

u(a+h)v(a+h)u(a)v(a)=(u(a+h)u(a))v(a+h)variation de u+u(a)(v(a+h)v(a))variation de v

En divisant par h, le taux de variation du produit s'écrit donc :

u(a+h)u(a)h×v(a+h)  +  u(a)×v(a+h)v(a)h

Faisons maintenant tendre h vers 0 : le premier quotient se rapproche de u(a), le facteur v(a+h) se rapproche de v(a), et le second quotient se rapproche de v(a). Le taux de variation du produit tend donc vers u(a)v(a)+u(a)v(a) : c'est bien la formule annoncée. On comprend au passage pourquoi deux termes apparaissent : quand h varie, les deux facteurs du produit varient, et chacun apporte sa contribution.

Exemple

Dériver un produit. Soit f(x)=(3x1)(x2+2), définie sur R. Posons u(x)=3x1 et v(x)=x2+2 : alors u(x)=3 et v(x)=2x. La formule du produit donne :

f(x)=u(x)v(x)+u(x)v(x)=3(x2+2)+(3x1)×2x

On développe et on réduit : f(x)=3x2+6+6x22x=9x22x+6.

Vérification. Ici, on peut contrôler le résultat en développant d'abord : f(x)=3x3x2+6x2, qui se dérive terme à terme en f(x)=9x22x+6. Les deux chemins concordent. Pour des produits de polynômes, les deux méthodes sont possibles ; mais dès que les facteurs ne sont plus des polynômes (fonctions trigonométriques, par exemple), la formule du produit devient indispensable.

Dérivée de l'inverse et d'un quotient

Pour dériver des fonctions comme x1x2+1 ou x2x+1x3, il nous manque encore deux règles : celle de l'inverse d'une fonction, et celle d'un quotient. Une précaution s'impose d'emblée : un quotient n'existe que là où son dénominateur ne s'annule pas. L'ensemble de dérivation exclura donc systématiquement les zéros du dénominateur.

Propriété

Dérivée de l'inverse d'une fonction. Soit v une fonction dérivable sur un intervalle I, ne s'annulant pas sur I. Alors la fonction 1v est dérivable sur I, et :

(1v)=vv2

Deux remarques éclairent cette formule. D'abord, elle est cohérente avec la dérivée de la fonction inverse : en prenant v(x)=x, donc v(x)=1, on retrouve (1x)=1x2. Ensuite, le signe « moins » a un sens : comme v2>0, la dérivée de 1v est du signe opposé à celui de v. C'est conforme à l'intuition : quand une quantité augmente, son inverse diminue.

Exemple

Dériver l'inverse d'une fonction. Soit g(x)=1x2+1. Le dénominateur v(x)=x2+1 est toujours supérieur ou égal à 1 : il ne s'annule jamais, donc g est définie et dérivable sur R tout entier. Avec v(x)=2x, la formule donne :

g(x)=v(x)v(x)2=2x(x2+1)2

On observe que g(x) est du signe de x : positive avant 0, négative après. La fonction g est donc croissante puis décroissante, avec un maximum en x=0 — ce que confirme sa courbe en forme de cloche.

Le cas général d'un quotient uv combine les idées du produit et de l'inverse. Le résultat suivant est admis : sa formule doit être connue avec précision, car l'ordre des termes au numérateur n'est pas interchangeable à cause du signe « moins ».

Propriété

Dérivée d'un quotient (admis). Soient u et v deux fonctions dérivables sur un intervalle I, avec v ne s'annulant pas sur I. Alors le quotient uv est dérivable sur I, et :

(uv)=uvuvv2

Attention à l'ordre : c'est uvuv au numérateur (la dérivée du numérateur en premier), et le dénominateur est élevé au carré.

Méthode

Dériver un quotient. Pour dériver une fonction de la forme f=uv :

  1. déterminer l'ensemble de dérivation : chercher les valeurs qui annulent le dénominateur v et les exclure ;
  2. poser clairement u et v, puis calculer u et v avant d'appliquer la formule ;
  3. écrire f=uvuvv2 en respectant l'ordre des termes ;
  4. simplifier le numérateur (développer, réduire), mais laisser le dénominateur v2 sous forme factorisée : son signe, toujours positif, sera précieux pour les études de variations.

Exemple

Dériver un quotient. Soit h(x)=2x+1x3. Le dénominateur s'annule en x=3 : la fonction h est définie et dérivable sur ];3[ et sur ]3;+[. Posons u(x)=2x+1 et v(x)=x3, d'où u(x)=2 et v(x)=1. La formule du quotient donne :

h(x)=2(x3)(2x+1)×1(x3)2=2x62x1(x3)2=7(x3)2

Le numérateur est constant et négatif, le dénominateur est un carré strictement positif : h(x)<0 partout. La fonction h est donc décroissante sur chacun de ses deux intervalles de définition.

Dérivées des fonctions cosinus et sinus

Le chapitre de trigonométrie a introduit les fonctions cosinus et sinus, et les signaux sinusoïdaux tAcos(ωt+φ) qui modélisent tensions alternatives, sons et vibrations. Pour étudier les variations de ces signaux, et surtout pour calculer les vitesses de variation des grandeurs oscillantes (c'est ce qu'on leur demande sans cesse en physique), il nous faut leurs dérivées. Les deux formules suivantes sont admises.

Propriété

Dérivées de cosinus et sinus. Les fonctions cosinus et sinus sont dérivables sur R, et pour tout réel x :

(cosx)=sinxet(sinx)=cosx

Sans en donner une démonstration, on peut rendre ces formules très plausibles par une lecture graphique : sur la courbe de sinus, la pente vaut 1 à l'origine (là où cos0=1), s'annule au sommet d'abscisse π2 (là où le cosinus s'annule), puis devient négative dans la descente (là où le cosinus est négatif) — la courbe des pentes de sinus est exactement la courbe de cosinus. Signalons aussi un point capital pour la pratique : ces formules ne sont valables que si x est mesuré en radians. C'est l'une des grandes raisons pour lesquelles le radian est l'unité d'angle des mathématiques et de la physique.

En sciences, cosinus et sinus apparaissent rarement seuls : l'argument est presque toujours une expression affine de la variable, comme dans cos(2x+1) ou sin(ωt+φ). La règle suivante, dernier outil du chapitre, traite exactement ce cas.

Propriété

Dérivée de xf(ax+b). Soient a et b deux réels et f une fonction dérivable. La fonction g:xf(ax+b) est dérivable là où elle est définie, et :

g(x)=a×f(ax+b)

En pratique : on dérive f comme d'habitude en conservant l'expression ax+b à l'intérieur, puis on multiplie par le coefficient a.

Exemple

Deux applications de la règle. Dérivons g(x)=(5x1)3. Ici f est la fonction cube, avec f(X)=3X2, et a=5. Donc :

g(x)=5×3(5x1)2=15(5x1)2

Dérivons maintenant h(x)=cos ⁣(2x+π3). Ici f=cos, avec f=sin, et a=2. Donc :

h(x)=2×(sin ⁣(2x+π3))=2sin ⁣(2x+π3)

Appliquons enfin cette règle aux signaux sinusoïdaux généraux, ceux que la physique écrit avec une amplitude A, une pulsation ω et une phase à l'origine φ. L'argument ωt+φ est affine en t, de coefficient a=ω : la règle précédente s'applique directement, et le facteur A reste en place (produit par une constante).

Propriété

Dérivées des signaux sinusoïdaux. Soient A, ω et φ des réels. Les fonctions tAcos(ωt+φ) et tAsin(ωt+φ) sont dérivables sur R, et :

(Acos(ωt+φ))=Aωsin(ωt+φ)et(Asin(ωt+φ))=Aωcos(ωt+φ)

La dérivée d'un signal sinusoïdal est encore un signal sinusoïdal de même pulsation, dont l'amplitude est multipliée par ω : plus un signal oscille vite, plus ses variations sont rapides.

Exemple

Signal électrique. La tension du secteur peut être modélisée par u(t)=325cos(100πt), où u est en volts et t en secondes : l'amplitude vaut 325 V et la pulsation ω=100π rad/s correspond à la fréquence de 50 Hz du réseau. La vitesse de variation de la tension est :

u(t)=325×100π×sin(100πt)=32500πsin(100πt)

Elle s'exprime en volts par seconde, et son amplitude 32500π102000 V/s est considérable : la tension du secteur varie extrêmement vite. On remarque que u(t) est maximale en valeur absolue quand sin(100πt)=±1, c'est-à-dire aux instants où u(t)=0 : le signal varie le plus vite au moment où il traverse zéro, et ne varie plus du tout à ses sommets.

Dérivée et sens de variation

Toutes ces règles de calcul convergent vers un même objectif, déjà rencontré en tronc commun : étudier les variations d'une fonction grâce au signe de sa dérivée. Le théorème est inchangé ; ce qui change, c'est la portée de l'outil. Armés des dérivées de quotients et de fonctions trigonométriques, nous pouvons désormais étudier toutes les fonctions du programme, et plus seulement les polynômes de degré 3.

Propriété

Signe de la dérivée et sens de variation. Soit f une fonction dérivable sur un intervalle I.

  • Si f(x)>0 pour tout x de I, alors f est croissante sur I.
  • Si f(x)<0 pour tout x de I, alors f est décroissante sur I.
  • Si f(x)=0 pour tout x de I, alors f est constante sur I.

De plus, si f s'annule en x0 en changeant de signe, alors f admet un extremum local en x0 : un maximum si f passe du positif au négatif, un minimum si elle passe du négatif au positif.

Méthode

Étudier les variations d'une fonction.

  1. Préciser l'ensemble d'étude (pour un quotient, exclure les zéros du dénominateur).
  2. Calculer f avec la règle adaptée (somme, produit, quotient, f(ax+b)…).
  3. Étudier le signe de f(x) : factoriser si possible ; se souvenir qu'un carré est toujours positif ou nul, et utiliser les règles de signe des fonctions affines et des trinômes.
  4. Dresser le tableau de variations, en calculant les images des valeurs charnières et des bornes, puis conclure sur les extremums.

Exemple

Étude complète d'un quotient. Étudions les variations de la fonction f définie par f(x)=x2+3x1 sur l'intervalle [2;6].

  1. Ensemble d'étude. Le dénominateur s'annule en x=1, qui n'appartient pas à [2;6] : la fonction f est bien définie et dérivable sur tout l'intervalle d'étude.
  2. Calcul de f. Posons u(x)=x2+3 et v(x)=x1, d'où u(x)=2x et v(x)=1. La formule du quotient donne :
f(x)=2x(x1)(x2+3)×1(x1)2=2x22xx23(x1)2=x22x3(x1)2
  1. Signe de f(x). Le dénominateur (x1)2 est strictement positif sur [2;6] : le signe de f(x) est celui du trinôme x22x3. On vérifie en développant que ce trinôme se factorise : (x+1)(x3)=x23x+x3=x22x3. Ses racines sont donc 1 et 3, et le trinôme, de coefficient dominant positif, est négatif entre ses racines et positif à l'extérieur. Sur [2;6] : f(x)<0 pour x dans [2;3[, f(3)=0, et f(x)>0 pour x dans ]3;6].
  2. Tableau et conclusion. On calcule les images utiles : f(2)=4+321=7, puis f(3)=9+331=122=6, et f(6)=36+361=395=7,8.
xx
22
33
66
f(x)f'(x)
-
00
++
f(x)f(x)
77
66
7,87{,}8

La fonction f est décroissante sur [2;3], croissante sur [3;6], et admet en x=3 un minimum égal à 6 : c'est la plus petite valeur prise par f sur l'intervalle [2;6].

La dérivée en physique

Terminons par une synthèse du fil conducteur de ce chapitre : en sciences, la dérivée est la manière de parler de vitesse de variation. Chaque fois qu'une grandeur y dépend du temps t, sa dérivée dydt mesure la rapidité avec laquelle elle évolue à un instant donné. Trois situations reviennent constamment dans vos cours de physique-chimie.

En cinématique, la position x(t) d'un mobile se dérive en sa vitesse, et la vitesse se dérive à son tour en accélération : la vitesse dit à quel rythme la position change, l'accélération dit à quel rythme la vitesse change. En cinétique chimique, étudiée en STL, la concentration d'une espèce évolue au cours d'une réaction : la dérivée de la concentration d'un produit mesure sa vitesse d'apparition ; pour un réactif, dont la concentration diminue, la dérivée est négative et sa valeur absolue mesure la vitesse de disparition. En énergétique enfin, la puissance est la dérivée de l'énergie par rapport au temps : recevoir beaucoup d'énergie en peu de temps, c'est recevoir une grande puissance, exactement comme parcourir beaucoup de distance en peu de temps, c'est avoir une grande vitesse.

Propriété

La dérivée comme vitesse de variation.

  • Cinématique : si x(t) est la position d'un mobile, alors v(t)=dxdt est sa vitesse instantanée, et a(t)=dvdt est son accélération.
  • Cinétique chimique : si [P](t) est la concentration d'un produit, alors d[P]dt est la vitesse d'apparition de ce produit.
  • Énergétique : si E(t) est une énergie, alors P(t)=dEdt est la puissance correspondante (le watt est un joule par seconde).

Exemple

Bille lancée verticalement. Une bille est lancée vers le haut ; sa hauteur, en mètres, à l'instant t (en secondes) est modélisée par h(t)=5t2+20t+1 tant qu'elle est en l'air.

Vitesse. La vitesse est la dérivée de la position : v(t)=h(t)=10t+20, en mètres par seconde. À l'instant initial, v(0)=20 m/s : c'est la vitesse de lancement.

Sommet de la trajectoire. La vitesse s'annule pour 10t+20=0, soit t=2 s, en passant du positif (la bille monte) au négatif (elle redescend) : la hauteur h est donc croissante puis décroissante, et atteint son maximum à t=2 s. Ce maximum vaut h(2)=5×4+20×2+1=20+40+1=21 m. On retrouve le lien entre annulation de la dérivée avec changement de signe et extremum.

Accélération. L'accélération est la dérivée de la vitesse : a(t)=v(t)=10 m/s2. Elle est constante et négative : à chaque seconde, la bille perd 10 m/s de vitesse. On reconnaît, aux arrondis près, l'accélération de la pesanteur g9,8 m/s2, dirigée vers le bas : c'est la signature mathématique de la chute libre.

Un même outil, trois lectures : coefficient directeur d'une tangente pour le géomètre, taux de variation infinitésimal dydx pour le physicien, machine à produire des tableaux de variations pour l'analyste. Les règles de calcul de ce chapitre — produit, quotient, fonctions trigonométriques, f(ax+b) — vous donnent accès à toutes les fonctions du programme : les exercices vont maintenant les faire fonctionner ensemble, du calcul de dérivée brut jusqu'à l'optimisation de grandeurs physiques.

Bloqué sur « Dérivées » ?

On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.