1ʳᵉ PCM · Chapitre 03 · Nombres complexes

Nombres complexes : formes algébrique et trigonométrique

STI2D uniquement

Conjugué, module, affixe, opérations, argument, passage entre formes algébrique et trigonométrique.

Ce qu'il faut savoir faire

  • Conjugué
  • Module
  • Affixe
  • Opérations
  • Argument
  • Passage entre formes algébrique et trigonométrique

L'équation x2=1 n'a aucune solution dans l'ensemble des nombres réels : le carré d'un réel est toujours positif ou nul. Pendant des siècles, cette impossibilité a semblé définitive. Pourtant, au XVIe siècle, les algébristes italiens (Cardan, Bombelli) qui cherchaient à résoudre des équations de degré 3 ont vu apparaître dans leurs calculs des racines carrées de nombres négatifs ; en acceptant de calculer avec ces quantités « impossibles », ils obtenaient des résultats justes. L'idée a fini par s'imposer : on peut agrandir l'ensemble R en lui ajoutant un nombre nouveau, noté i, dont le carré vaut 1. Les nombres construits à partir de i sont appelés nombres complexes, et ils obéissent aux mêmes règles de calcul que les réels.

Loin d'être une curiosité de mathématicien, les nombres complexes sont aujourd'hui un outil de travail quotidien de l'ingénieur, en particulier en électricité : les tensions et intensités des régimes sinusoïdaux (le courant alternatif de nos prises) se calculent remarquablement bien avec eux. Les électriciens notent d'ailleurs j ce que les mathématiciens notent i, pour ne pas confondre avec l'intensité du courant. C'est pour cela que ce chapitre figure au programme de la série STI2D (les élèves de STL ne le traitent pas) : il pose les fondations qui serviront en mathématiques comme en physique jusqu'en terminale.

Le nombre i et la forme algébrique

Tout part d'une décision audacieuse : décréter l'existence d'un nombre dont le carré est négatif, et voir si l'on peut calculer avec lui sans contradiction. La réponse est oui, et ce nombre porte un nom.

Définition

Le nombre i. On admet l'existence d'un nombre, noté i, tel que

i2=1

Ce nombre n'est pas un réel : aucun réel n'a un carré négatif.

À partir de i et des réels, on fabrique de nouveaux nombres en combinant additions et multiplications : 3+2i, 5i, 127i… Tous ces nombres s'écrivent sous une même forme, qui est l'écriture de référence du chapitre.

Définition

Nombre complexe, forme algébrique. Un nombre complexe est un nombre qui s'écrit

z=a+ib

a et b sont des réels. Cette écriture est appelée la forme algébrique de z.

  • Le réel a est la partie réelle de z, notée Re(z).
  • Le réel b est la partie imaginaire de z, notée Im(z).

L'ensemble des nombres complexes est noté C.

Attention au piège classique : la partie imaginaire de z est le réel b, et non le nombre ib. Ainsi, pour z=35i, on a Re(z)=3 et Im(z)=5 (et non 5i). La partie réelle et la partie imaginaire d'un nombre complexe sont donc toujours deux nombres réels.

Cette écriture a+ib n'est pas seulement commode : elle est unique. C'est ce qui permet d'identifier deux nombres complexes en comparant leurs parties réelles et imaginaires.

Propriété

Unicité de la forme algébrique. Deux nombres complexes sont égaux si et seulement s'ils ont la même partie réelle et la même partie imaginaire :

a+ib=a+ib    a=a et b=b

(avec a, b, a, b réels). En particulier :

a+ib=0    a=0 et b=0

Cette propriété est le moteur de nombreux exercices : une égalité entre nombres complexes se traduit toujours par deux égalités entre nombres réels.

Deux familles de nombres complexes méritent un nom particulier, selon que l'une des deux parties est nulle.

Définition

Réels et imaginaires purs. Soit z=a+ib un nombre complexe (avec a, b réels).

  • Si b=0, alors z=a est un réel.
  • Si a=0, alors z=ib est un imaginaire pur.

Le premier point est important : tout réel est un nombre complexe (sa partie imaginaire est nulle). L'ensemble R est donc contenu dans l'ensemble C, exactement comme l'ensemble des entiers est contenu dans celui des décimaux. Les nombres complexes n'annulent rien de ce que l'on sait : ils prolongent les réels.

Exemple

Identifier parties réelle et imaginaire. Donnons Re(z) et Im(z) pour quelques nombres complexes.

z 47i 23+i 6 3i i25
Re(z) 4 23 6 0 5
Im(z) 7 1 0 3 2

Le nombre 6 est un réel (partie imaginaire nulle) ; le nombre 3i est un imaginaire pur (partie réelle nulle). Noter que i25 se réécrit sous forme algébrique 5+i2 : on range toujours la partie réelle d'abord.

Opérations : somme, produit

Comment additionner et multiplier des nombres complexes ? La règle tient en une phrase : on calcule exactement comme avec des réels, en utilisant les règles habituelles (commutativité, distributivité, identités remarquables…), et chaque fois que i2 apparaît, on le remplace par 1.

Méthode

Calculer avec des nombres complexes. Pour additionner, soustraire ou multiplier des nombres complexes écrits sous forme algébrique :

  1. développer et réduire comme en calcul littéral, en traitant i comme une lettre ;
  2. remplacer chaque i2 par 1 ;
  3. regrouper les termes réels d'une part, les termes en i d'autre part, pour présenter le résultat sous forme algébrique a+ib.

Exemple

Somme et différence. Soient z=3+2i et z=54i. Alors :

z+z=(3+5)+(24)i=82ietzz=(35)+(2+4)i=2+6i

Les parties réelles s'ajoutent entre elles, les parties imaginaires aussi.

Exemple

Produit. Avec les mêmes z=3+2i et z=54i, on développe par double distributivité :

z×z=3×5+3×(4i)+2i×5+2i×(4i)=1512i+10i8i2

On remplace i2 par 1 : 8i2=8×(1)=8. D'où :

z×z=15+8+(12+10)i=232i

Puisque les règles de calcul sont les mêmes que dans R, les identités remarquables restent valables dans C : pour tous nombres complexes z et z,

(z+z)2=z2+2zz+z2,(zz)2=z22zz+z2,(z+z)(zz)=z2z2

L'une d'elles prend une forme nouvelle et particulièrement utile lorsqu'on l'applique à a+ib et aib.

Propriété

Une identité fondamentale. Pour tous réels a et b :

(a+ib)(aib)=a2+b2

En effet, (a+ib)(aib)=a2(ib)2=a2i2b2=a2+b2.

Retenons ce résultat : le produit de a+ib par aib est un réel positif. Là où (x+y)(xy) donnait une différence de carrés chez les réels, on obtient ici une somme de carrés, grâce au signe apporté par i2=1. Cette identité sera la clé du calcul des quotients, un peu plus loin.

Exemple

Identités remarquables en action. Calculons (2+3i)(23i) et (1+i)2 :

(2+3i)(23i)=22+32=13et(1+i)2=1+2i+i2=1+2i1=2i

Le premier produit est un réel, le second un imaginaire pur : les calculs dans C réservent parfois des surprises.

Signalons enfin les premières puissances de i, faciles à retrouver : i2=1, puis i3=i2×i=i, et i4=i2×i2=(1)×(1)=1. À partir de i4, le cycle i, 1, i, 1 recommence.

Conjugué

Le nombre aib que nous venons de rencontrer, obtenu à partir de a+ib en changeant le signe de la partie imaginaire, joue un rôle si important qu'il porte un nom.

Définition

Conjugué. Soit z=a+ib un nombre complexe (avec a, b réels). Le conjugué de z est le nombre complexe

zˉ=aib

Autrement dit, Re(zˉ)=Re(z) et Im(zˉ)=Im(z).

Exemple

Calculs de conjugués. 3+2i=32i ; 14i=1+4i ; 5=5 (le conjugué d'un réel est lui-même) ; 7i=7i (le conjugué d'un imaginaire pur est son opposé).

Le conjugué se combine très simplement avec les opérations : conjuguer une somme, un produit ou un quotient revient à conjuguer chaque morceau.

Propriété

Conjugué et opérations. Pour tous nombres complexes z et z :

z+z=zˉ+zˉ,z×z=zˉ×zˉ,(zz)=zˉzˉ  (z0)

De plus zˉ=z : conjuguer deux fois redonne le nombre de départ.

Propriété

Conjugué, parties réelle et imaginaire. Pour tout nombre complexe z=a+ib (avec a, b réels) :

zzˉ=a2+b2,z+zˉ=2Re(z),zzˉ=2iIm(z)

La première égalité est l'identité fondamentale de la section précédente. Les deux autres se vérifient directement : z+zˉ=(a+ib)+(aib)=2a et zzˉ=(a+ib)(aib)=2ib. Elles fournissent un critère très pratique pour reconnaître les réels et les imaginaires purs sans passer par la forme algébrique.

Propriété

Caractérisation des réels et des imaginaires purs. Soit z un nombre complexe.

  • z est réel si et seulement si zˉ=z.
  • z est imaginaire pur si et seulement si zˉ=z.

En effet, zˉ=z équivaut à zzˉ=0, c'est-à-dire 2iIm(z)=0, donc Im(z)=0 ; et zˉ=z équivaut à z+zˉ=0, c'est-à-dire Re(z)=0.

Exemple

Montrer qu'un nombre est réel. Soit z un nombre complexe quelconque. Montrons que Z=zzˉ+z+zˉ est un réel. On calcule le conjugué de Z en utilisant les propriétés ci-dessus :

Zˉ=zzˉ+zˉ+zˉ=zˉ×zˉ+zˉ+z=zˉz+zˉ+z=Z

Comme Zˉ=Z, le nombre Z est réel, quel que soit z. On pouvait aussi le voir directement : zzˉ=a2+b2 et z+zˉ=2a sont deux réels.

Le conjugué possède aussi une signification géométrique très parlante (une symétrie), que nous découvrirons dans la section sur le plan complexe.

Quotient de deux nombres complexes

Il reste une opération à apprivoiser : la division. Que vaut, par exemple, 12i ? Telle quelle, cette écriture n'est pas une forme algébrique : il y a un i au dénominateur. Tout l'enjeu est de faire disparaître ce i du dénominateur, et c'est précisément l'identité (a+ib)(aib)=a2+b2 qui le permet : en multipliant le dénominateur par son conjugué, on obtient un réel.

Méthode

Mettre un quotient sous forme algébrique. Pour écrire zz (avec z0) sous forme algébrique :

  1. multiplier le numérateur et le dénominateur par zˉ, le conjugué du dénominateur ;
  2. le dénominateur devient zzˉ=a2+b2, un réel strictement positif ;
  3. développer le numérateur, puis séparer partie réelle et partie imaginaire.

Exemple

Inverse d'un nombre complexe. Mettons 12i sous forme algébrique. Le conjugué du dénominateur est 2+i :

12i=1×(2+i)(2i)(2+i)=2+i22+12=2+i5=25+15i

Exemple

Quotient de deux nombres complexes. Mettons 4+3i2i sous forme algébrique :

4+3i2i=(4+3i)(2+i)(2i)(2+i)=8+4i+6i+3i25=5+10i5=1+2i

On peut vérifier le résultat en remontant : (1+2i)(2i)=2i+4i2i2=4+3i. C'est bien le numérateur de départ.

De manière générale, l'inverse d'un nombre complexe non nul z=a+ib s'écrit

1z=zˉzzˉ=aiba2+b2

Tout nombre complexe non nul possède donc un inverse : comme dans R, on peut diviser par n'importe quel nombre non nul.

Le plan complexe : affixe d'un point, d'un vecteur

Un nombre complexe z=a+ib est entièrement déterminé par le couple de réels (a;b). Or un couple de réels, c'est exactement ce qu'il faut pour repérer un point du plan ! Cette remarque, toute simple, est l'une des idées les plus fécondes du chapitre : elle transforme les nombres complexes en un outil de géométrie, et réciproquement elle permet de « voir » les nombres complexes.

Définition

Plan complexe, affixe, image. On munit le plan d'un repère orthonormé direct (O;u,v) (le sens direct est le sens inverse des aiguilles d'une montre, comme sur le cercle trigonométrique). À tout nombre complexe z=a+ib (avec a, b réels), on associe le point M de coordonnées (a;b).

  • On dit que M est le point image de z, et que z est l'affixe du point M ; on note souvent M(z) ou zM.
  • Le plan ainsi utilisé est appelé le plan complexe.

Plan complexe : point M de coordonnées (3 ; 2), d'affixe z = 3 + 2i, avec les pointillés de lecture vers l'axe des réels et l'axe des imaginaires

La correspondance est parfaite : à chaque nombre complexe correspond un unique point du plan, et à chaque point du plan correspond une unique affixe. Lire l'affixe d'un point revient à lire ses coordonnées : le point M(3;2) de la figure a pour affixe zM=3+2i.

Les deux axes du repère jouent des rôles particuliers :

  • les points de l'axe des abscisses ont une affixe de la forme a+0i=a : ce sont les images des nombres réels, d'où son nom d'axe des réels ;
  • les points de l'axe des ordonnées ont une affixe de la forme 0+ib=ib : ce sont les images des imaginaires purs, d'où son nom d'axe des imaginaires.

L'origine O, intersection des deux axes, est l'image du nombre 0.

Comme un point, un vecteur du plan est repéré par deux coordonnées : on peut donc lui aussi lui associer une affixe.

Définition

Affixe d'un vecteur. L'affixe du vecteur w de coordonnées (a;b) dans le repère (O;u,v) est le nombre complexe zw=a+ib. En particulier, l'affixe du vecteur OM est égale à l'affixe du point M.

Les formules de géométrie repérée de seconde se traduisent alors directement en langage complexe : les coordonnées du vecteur AB sont (xBxA;yByA), et celles du milieu d'un segment sont les moyennes des coordonnées des extrémités.

Propriété

Affixe d'un vecteur AB, affixe du milieu. Soient A et B deux points d'affixes zA et zB.

  • L'affixe du vecteur AB est zAB=zBzA
  • L'affixe du milieu I du segment [AB] est zI=zA+zB2

Exemple

Calculs d'affixes. Soient A et B les points d'affixes zA=1+3i et zB=5i.

L'affixe du vecteur AB est zAB=zBzA=(51)+(13)i=44i : le vecteur AB a pour coordonnées (4;4).

L'affixe du milieu I de [AB] est zI=(1+3i)+(5i)2=6+2i2=3+i : le point I a pour coordonnées (3;1).

Le plan complexe donne enfin son sens géométrique au conjugué, comme annoncé. Passer de z=a+ib à zˉ=aib, c'est garder l'abscisse et changer le signe de l'ordonnée : géométriquement, c'est une symétrie.

Propriété

Interprétation géométrique du conjugué. Soit M le point d'affixe z. Le point M d'affixe zˉ est le symétrique de M par rapport à l'axe des réels (l'axe des abscisses).

Points M d'affixe z = 3 + 2i et M' d'affixe son conjugué 3 − 2i, symétriques par rapport à l'axe des réels

Cette lecture géométrique éclaire les caractérisations vues plus haut : un point est sur l'axe des réels exactement quand il est son propre symétrique par rapport à cet axe (zˉ=z), et il est sur l'axe des imaginaires exactement quand son symétrique est son opposé (zˉ=z).

Module

Dans le plan complexe, une question géométrique se pose naturellement : à quelle distance de l'origine se trouve le point image de z ? La réponse définit une nouvelle grandeur attachée à chaque nombre complexe.

Définition

Module. Soit z=a+ib un nombre complexe (avec a, b réels) et M son point image. Le module de z, noté z, est la distance OM :

z=OM=a2+b2

La formule n'est autre que celle de la distance dans un repère orthonormé (héritée du théorème de Pythagore). Le module est toujours un réel positif ou nul, et pour un nombre réel z=a, on trouve z=a2 : le module coïncide alors avec la valeur absolue, ce qui justifie que l'on utilise la même notation.

Exemple

Calculs de modules. 3+4i=32+42=25=5 ; 1+i=12+12=2 ; 2i=02+(2)2=2 ; 7=7.

Le module est directement relié au conjugué : l'identité zzˉ=a2+b2 se relit désormais avec un carré de module.

Propriété

Module et conjugué. Pour tout nombre complexe z :

zzˉ=z2

C'est exactement ce qui rend la méthode du quotient si efficace : multiplier un dénominateur par son conjugué le remplace par le réel z2.

Puisque z mesure la distance de l'origine au point image de z, on peut plus généralement mesurer la distance entre deux points quelconques à l'aide de leurs affixes.

Propriété

Distance entre deux points. Soient A et B deux points d'affixes zA et zB. Alors :

AB=zBzA

C'est cohérent avec ce qui précède : zBzA est l'affixe du vecteur AB, et son module est la norme de ce vecteur, c'est-à-dire la longueur AB.

Exemple

Une distance dans le plan complexe. Reprenons A et B d'affixes zA=1+3i et zB=5i. On a vu que zBzA=44i, donc :

AB=44i=42+(4)2=32=42

Le module se comporte très bien vis-à-vis du produit et du quotient.

Propriété

Propriétés du module. Pour tous nombres complexes z et z :

z×z=z×z,zz=zz  (z0),zˉ=z

De plus :

z=0    z=0

La dernière équivalence traduit un fait géométrique évident : le seul point du plan situé à distance nulle de l'origine est l'origine elle-même. L'égalité zˉ=z se voit aussi géométriquement : M(z) et M(zˉ) étant symétriques par rapport à l'axe des réels, ils sont à la même distance de O. En revanche, prudence avec la somme : en général, z+z n'est pas égal à z+z (par exemple 1+(1)=0 alors que 1+1=2).

Exemple

Module d'un produit sans développer. Calculons (3+4i)(1+i). Plutôt que de développer le produit, utilisons la propriété :

(3+4i)(1+i)=3+4i×1+i=5×2=52

De même, 3+4i1+i=52, sans avoir besoin de mettre le quotient sous forme algébrique.

Argument

Le module situe le point M(z) sur un cercle de centre O : il indique à quelle distance de l'origine il se trouve, mais pas dans quelle direction. Pour achever de repérer M, il manque un angle. C'est ici que la trigonométrie du chapitre précédent entre en scène : angles orientés, mesures à 2kπ près, cercle trigonométrique, tout va resservir.

Définition

Argument. Soit z un nombre complexe non nul et M son point image. On appelle argument de z, noté arg(z), toute mesure en radians de l'angle orienté (u;OM) :

arg(z)=(u;OM)aˋ 2kπ preˋ(kZ)

Le nombre 0 n'a pas d'argument (le vecteur OO ne définit aucune direction).

Point M d'affixe racine de 3 plus i : le segment OM de longueur le module 2, et l'angle theta égal à pi sur 6 entre l'axe des réels et OM, marqué par un arc

Comme toute mesure d'angle orienté, un argument n'est défini qu'à un nombre entier de tours près : si θ est un argument de z, alors θ+2π, θ2π, et plus généralement θ+2kπ pour tout entier relatif k, en sont aussi. On parle donc d'un argument de z, et on privilégie souvent la mesure principale, celle qui appartient à ]π;π]. Sur la figure, le point M d'affixe 3+i est à distance 2 de l'origine et dans la direction repérée par l'angle π6 : son module vaut 2 et π6 est un argument.

La position du point image sur les axes donne immédiatement l'argument dans quelques cas qu'il faut connaître par cœur.

Propriété

Arguments des réels et des imaginaires purs. Soit z un nombre complexe non nul.

  • Si z est un réel strictement positif, alors arg(z)=02kπ près).
  • Si z est un réel strictement négatif, alors arg(z)=π2kπ près).
  • Si z=ib est un imaginaire pur avec b>0, alors arg(z)=π2 ; avec b<0, alors arg(z)=π22kπ près).

Ces valeurs se lisent sans calcul : les réels positifs sont sur la demi-droite de u (angle nul), les réels négatifs sur la demi-droite opposée (demi-tour, angle π), les imaginaires purs sur l'axe vertical (quart de tour, angle ±π2).

Exemple

Lire des arguments sur une figure. Plaçons les points d'affixes 5, 3, 2i et 1+i.

  • 5 est un réel strictement positif : arg(5)=0.
  • 3 est un réel strictement négatif : arg(3)=π.
  • 2i est un imaginaire pur de partie imaginaire positive : arg(2i)=π2.
  • Le point d'affixe 1+i a pour coordonnées (1;1) : il se trouve sur la bissectrice du premier quadrant, donc arg(1+i)=π4.

(Toutes ces égalités s'entendent à 2kπ près.)

L'argument et le module ont aussi une lecture riche pour le conjugué : M(z) et M(zˉ) sont symétriques par rapport à l'axe des réels, donc à la même distance de O mais avec des angles opposés. Ainsi zˉ=z, ce que l'on savait déjà, et un argument de zˉ est arg(z).

Forme trigonométrique

Faisons le bilan. Un nombre complexe non nul z peut être repéré de deux manières dans le plan : soit par les coordonnées (a;b) de son point image (c'est la forme algébrique), soit par la distance r=z et l'angle θ=arg(z) (comme un radar repère un avion : à telle distance, dans telle direction). Reste à traduire ce second repérage en une écriture du nombre z lui-même.

Le lien passe par le cercle trigonométrique. Le point M est sur le cercle de centre O et de rayon r, dans la direction d'angle θ : ses coordonnées sont donc a=rcosθ et b=rsinθ (sur le cercle de rayon 1, ce seraient cosθ et sinθ ; on dilate tout par r). En reportant dans z=a+ib, on obtient z=rcosθ+irsinθ, d'où l'écriture suivante.

Définition

Forme trigonométrique. Tout nombre complexe non nul z peut s'écrire sous la forme

z=r(cosθ+isinθ)

r=z est le module de z et θ=arg(z) un argument de z. Cette écriture est appelée forme trigonométrique de z.

Deux précautions d'emploi. D'abord, le coefficient devant la parenthèse doit être strictement positif : c'est un module. Une écriture comme 2(cosπ3+isinπ3) n'est pas une forme trigonométrique, à cause du 2. Ensuite, la forme trigonométrique n'est pas tout à fait unique : on peut remplacer θ par θ+2kπ sans changer le nombre. Réciproquement, si r(cosθ+isinθ)=r(cosθ+isinθ) avec r et r strictement positifs, alors r=r et θ=θ+2kπ pour un certain entier relatif k : le module est unique, l'argument est unique à 2kπ près.

Passer d'une forme à l'autre est la capacité centrale du chapitre. Commençons par le sens algébrique vers trigonométrique, le plus technique.

Méthode

De la forme algébrique à la forme trigonométrique. Soit z=a+ib non nul (avec a, b réels).

  1. Calculer le module : r=z=a2+b2.
  2. Mettre r en facteur : z=r(ar+ibr), puis chercher un angle θ tel que
cosθ=aretsinθ=br
  1. Reconnaître un angle remarquable à l'aide du tableau des valeurs de cosinus et sinus (au besoin, s'aider du cercle trigonométrique et des angles associés pour trouver le bon quadrant).
  2. Conclure : z=r(cosθ+isinθ).

Les deux conditions (cosinus et sinus) sont indispensables : une seule ne suffit pas à déterminer l'angle, car deux points du cercle peuvent avoir le même cosinus (ou le même sinus).

Exemple

Forme trigonométrique de z=1+i. Le module vaut r=12+12=2. On cherche θ tel que :

cosθ=12=22etsinθ=22

L'angle θ=π4 convient (valeurs remarquables). D'où la forme trigonométrique :

1+i=2(cosπ4+isinπ4)

On retrouve la lecture géométrique de la section précédente : le point d'affixe 1+i est sur la bissectrice du premier quadrant, à distance 2 de l'origine.

Exemple

Forme trigonométrique de z=3i. Le module vaut r=(3)2+(1)2=4=2. On cherche θ tel que :

cosθ=32etsinθ=12

Le cosinus est positif et le sinus négatif : le point est dans le quatrième quadrant (en bas à droite). L'angle θ=π6 convient, car cos(π6)=cosπ6=32 et sin(π6)=sinπ6=12 (angles associés). D'où :

3i=2(cos(π6)+isin(π6))

Exemple

Forme trigonométrique d'un réel négatif. Soit z=5. Son module est 5=5 et, comme réel strictement négatif, son argument est π. Sa forme trigonométrique est donc :

5=5(cosπ+isinπ)

On vérifie : cosπ=1 et sinπ=0, donc 5(cosπ+isinπ)=5×(1)=5. Surtout, ne pas écrire « 5(cos0+isin0) » : le coefficient devant la parenthèse doit être positif.

Le passage inverse est beaucoup plus simple : il suffit de remplacer le cosinus et le sinus par leurs valeurs, puis de développer.

Méthode

De la forme trigonométrique à la forme algébrique. Soit z=r(cosθ+isinθ).

  1. Remplacer cosθ et sinθ par leurs valeurs exactes (tableau des valeurs remarquables, angles associés).
  2. Développer : z=rcosθ+irsinθ. La partie réelle est rcosθ, la partie imaginaire est rsinθ.

Exemple

Retour à la forme algébrique. Soit z=4(cos2π3+isin2π3). Avec les angles associés, cos2π3=cosπ3=12 et sin2π3=sinπ3=32. D'où :

z=4(12+i32)=2+2i3

On lit au passage Re(z)=2, Im(z)=23, et l'on savait déjà que z=4 et arg(z)=2π3.

Nous disposons désormais de deux écritures d'un même nombre complexe, chacune avec ses points forts : la forme algébrique est idéale pour les sommes, les produits et les quotients ; la forme trigonométrique raconte la géométrie du nombre (sa distance à l'origine, sa direction). En terminale STI2D, vous découvrirez tout ce que la forme trigonométrique permet de faire de plus, et c'est elle qui fait des nombres complexes l'outil favori de l'électricien : une tension sinusoïdale se code naturellement par un nombre complexe dont le module porte l'amplitude et l'argument porte le déphasage. Les calculs sur les circuits en régime sinusoïdal deviennent alors de simples calculs dans C, ceux que vous venez d'apprendre.

Bloqué sur « Nombres complexes : formes algébrique et trigonométrique » ?

On peut le travailler ensemble dès cette semaine. La première heure est offerte — on fait le point honnêtement, et vous repartez au minimum avec une méthode.