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1ʳᵉ spé · Chapitre 04 · Analyse
Dérivées de référence, opérations (produit, quotient), signe de la dérivée et variations, extremums, parité des fonctions, optimisation.
Au chapitre précédent, la dérivation a été étudiée d'un point de vue local : en un point donné de la courbe, le nombre dérivé mesure la pente de la tangente. Ce chapitre change d'échelle et adopte un point de vue global : en calculant le nombre dérivé en tout point d'un intervalle, on construit une nouvelle fonction, la fonction dérivée. Son signe révèle alors le comportement de la fonction tout entière — où elle monte, où elle descend, où elle atteint ses sommets. C'est l'un des outils les plus puissants de l'analyse : il permet de résoudre des problèmes d'optimisation, de démontrer des inégalités et de comparer des courbes.
Commençons par un bref rappel du chapitre précédent. Soit une fonction définie sur un intervalle et un réel de . Pour , le taux de variation de entre et est le quotient
On dit que est dérivable en lorsque ce taux de variation se rapproche d'un réel unique lorsque se rapproche de . Ce réel est le nombre dérivé de en , noté . On résume cette définition par la notation
qui se lit : « lorsque se rapproche de , le taux de variation se rapproche de ».
Graphiquement, est le coefficient directeur de la tangente à la courbe de au point d'abscisse ; cette tangente a pour équation .
Jusqu'ici, on calculait le nombre dérivé en un point. L'idée nouvelle de ce chapitre : le calculer en tous les points à la fois.
Définition
Fonction dérivable sur un intervalle. Fonction dérivée. Soit une fonction définie sur un intervalle .
Exemple
On démontrera dans la section suivante que la fonction carré est dérivable en tout réel , avec . La fonction carré est donc dérivable sur , et sa fonction dérivée est .
Ainsi : au point d'abscisse , la tangente à la parabole a pour coefficient directeur . Et , … Une seule formule donne la pente de la tangente en n'importe quel point.
Remarque. On passe d'un nombre (le nombre dérivé , attaché à un point) à une fonction (la fonction dérivée , définie sur tout l'intervalle). C'est ce changement de point de vue qui rend la dérivation si efficace : au lieu d'étudier la courbe point par point, on étudie la fonction globalement.
Calculer un taux de variation à chaque fois serait fastidieux. On établit donc une fois pour toutes les dérivées des fonctions usuelles.
Propriété
Dérivées des fonctions de référence.
| Fonction | Dérivable sur | Dérivée |
|---|---|---|
| ( constante réelle) | ||
| ( entier, ) | ||
| et | ||
| ( entier, ) | et | |
Démonstration. Montrons que la fonction carré est dérivable sur , de dérivée . Soit un réel et . Le taux de variation de la fonction carré entre et vaut
Lorsque se rapproche de , la quantité se rapproche de . La fonction carré est donc dérivable en , et son nombre dérivé en vaut . Ceci étant vrai pour tout réel , la fonction carré est dérivable sur et sa fonction dérivée est .
Démonstration. Montrons que la fonction inverse est dérivable en tout réel , de dérivée . Soit et assez petit pour que . On réduit au même dénominateur :
donc le taux de variation de la fonction inverse entre et vaut
Lorsque se rapproche de , le produit se rapproche de , donc le taux de variation se rapproche de . La fonction inverse est donc dérivable en , avec pour nombre dérivé .
Remarques.
Exemple
La fonction valeur absolue n'est pas dérivable en . Soit , définie sur . Pour , le taux de variation de entre et vaut
Étudions ce taux selon le signe de :
Lorsque se rapproche de en restant positif, le taux reste égal à ; lorsque se rapproche de en restant négatif, il reste égal à . Le taux de variation ne se rapproche donc pas d'un réel unique : n'est pas dérivable en .
Graphiquement, la courbe de la valeur absolue présente en l'origine un point anguleux : à gauche, une demi-tangente de pente ; à droite, une demi-tangente de pente .
En revanche, est dérivable partout ailleurs : sur , on a donc ; sur , on a donc .
Les fonctions rencontrées en pratique sont construites à partir des fonctions de référence par sommes, produits et quotients. Les propriétés suivantes permettent de les dériver sans revenir aux taux de variation.
Dans toute cette section, et désignent deux fonctions dérivables sur un intervalle , et un réel.
Propriété
Somme et multiple. Les fonctions et sont dérivables sur , et :
En combinant les deux (avec ), on obtient aussi .
Exemple
La fonction est une somme de multiples de fonctions de référence : elle est dérivable sur et
Plus généralement, toute fonction polynôme est dérivable sur , et se dérive terme à terme.
Propriété
Produit. La fonction est dérivable sur , et :
Démonstration. Soit un réel de et tel que appartienne à . Le taux de variation de entre et vaut
L'astuce consiste à retrancher puis ajouter la quantité au numérateur :
ce qui se regroupe en
Étudions chaque morceau lorsque se rapproche de :
Le taux de variation se rapproche donc de : la fonction est dérivable en et .
Exemple
Soit définie sur par . On pose et : ces deux fonctions sont dérivables sur , avec et . Donc est dérivable sur et
On peut réduire au même dénominateur : comme , on obtient
Propriété
Inverse et quotient. Si ne s'annule pas sur , alors les fonctions et sont dérivables sur , et :
Remarque. La formule du quotient se déduit des précédentes : en écrivant et en dérivant ce produit,
On retient aussi que la formule de l'inverse est le cas particulier de celle du quotient : c'est un bon moyen de mémoriser le signe « » du numérateur.
Méthode
Dériver un quotient sans se tromper. Dérivons .
Voici le théorème central du chapitre. L'idée graphique est simple : là où la courbe monte, les tangentes montent aussi, donc leurs pentes sont positives ; là où la courbe descend, les pentes sont négatives. Aux points où la courbe passe d'un sens à l'autre, la tangente est horizontale : s'y annule.
Propriété
Théorème (admis). Soit une fonction dérivable sur un intervalle .
De plus, si pour tout de , sauf éventuellement en un nombre fini de valeurs où s'annule, alors est strictement croissante sur (et de même pour la stricte décroissance avec ).
La troisième équivalence est la caractérisation des fonctions constantes : sur un intervalle, les fonctions constantes sont exactement celles dont la dérivée est nulle partout.
Attention : le théorème s'applique sur un intervalle. La fonction inverse a pour dérivée , strictement négative : elle est donc strictement décroissante sur et sur . Mais elle n'est pas décroissante sur la réunion de ces deux intervalles : par exemple alors que . On rédige donc toujours les variations intervalle par intervalle.
Méthode
Dresser le tableau de variations d'une fonction.
Exemple
Étudions les variations de sur .
donc admet deux racines :
Le coefficient de est : le trinôme est positif à l'extérieur des racines, négatif entre les racines. 3. On calcule les valeurs de en et en :
Conclusion : est croissante sur , décroissante sur , croissante sur .
Le tableau de variations fait apparaître des « sommets » et des « creux » : les extremums. Précisons ce vocabulaire.
Définition
Soit une fonction définie sur un intervalle et un réel de .
On définit de même un minimum global et un minimum local (avec ). Un extremum est un maximum ou un minimum.
Par exemple, pour la fonction étudiée à la section précédente, le tableau de variations montre que admet un maximum local en (de valeur ) et un minimum local en (de valeur ). Ces extremums ne sont pas globaux : on a par exemple et .
Propriété
Nombre dérivé en un extremum. Soit une fonction dérivable sur un intervalle ouvert et un réel de . Si admet un extremum local en , alors
Graphiquement, la tangente à la courbe au point d'abscisse est horizontale, d'équation .
Remarque. L'hypothèse « intervalle ouvert » est importante : aux bornes d'un intervalle fermé, une fonction peut atteindre un extremum sans que la dérivée s'y annule. Par exemple, sur , la fonction atteint son maximum en , alors que sa dérivée vaut partout.
Exemple
La réciproque est fausse ! Considérons sur . On a , donc : la tangente à l'origine est horizontale. Pourtant, n'admet pas d'extremum en : comme pour tout , la fonction cube est strictement croissante sur , donc pour et pour . La tangente horizontale traverse la courbe à l'origine.
Retenons : est une condition nécessaire pour un extremum local en (à l'intérieur de l'intervalle), mais elle n'est pas suffisante.
Méthode
Repérer les extremums locaux dans un tableau de variations. Ce qui compte, ce n'est pas seulement que s'annule : c'est que s'annule en changeant de signe.
Certaines courbes présentent une symétrie remarquable, qui se lit directement sur l'expression de la fonction et permet de réduire de moitié le travail d'étude.
Définition
Soit une fonction dont l'ensemble de définition est symétrique par rapport à (c'est-à-dire : pour tout de , le réel appartient aussi à ).
Propriété
Traduction géométrique. Dans un repère orthogonal :
En effet, si est paire, les points de la courbe d'abscisses et ont la même ordonnée : ils sont symétriques par rapport à l'axe . Si est impaire, ils ont des ordonnées opposées : ils sont symétriques par rapport à l'origine. On remarque au passage qu'une fonction impaire définie en vérifie , donc : sa courbe passe par l'origine.
Exemples de référence.
| Fonction | Parité | Symétrie de la courbe |
|---|---|---|
| paire | axe | |
| paire | axe | |
| impaire | centre | |
| impaire | centre |
Plus généralement, la fonction ( entier relatif non nul) est paire lorsque est pair, impaire lorsque est impair — c'est de là que vient le vocabulaire. Ainsi est paire.
Méthode
Étudier la parité d'une fonction.
Exemple
Trois études de parité.
Donc est impaire : sa courbe est symétrique par rapport à l'origine.
Donc est paire : sa courbe est symétrique par rapport à l'axe des ordonnées.
Enfin, la fonction racine carrée, définie sur , n'est ni paire ni impaire : son ensemble de définition n'est pas symétrique par rapport à (inutile de calculer quoi que ce soit).
Remarque : à quoi sert la parité ? Elle divise le travail par deux. Pour une fonction paire ou impaire, il suffit d'étudier les variations sur (intersecté avec l'ensemble de définition), puis de compléter la courbe par symétrie : pour une fonction paire, le sens de variation sur est l'opposé de celui sur ; pour une fonction impaire, c'est le même.
La dérivation transforme des questions variées — trouver le meilleur choix, comparer deux quantités, retrouver des résultats connus — en une seule et même démarche : étudier le signe d'une dérivée.
Méthode
Optimiser une quantité, en 4 étapes.
Exemple
La boîte de volume maximal. Dans une plaque de carton carrée de côté cm, on découpe aux quatre coins des carrés identiques de côté , puis on relève les bords pour former une boîte sans couvercle. Quelle valeur de rend le volume de la boîte maximal ?
(Les racines et du trinôme s'obtiennent avec le discriminant .) Sur , le facteur est strictement négatif ; le signe de est donc l'opposé de celui de :
Méthode
Démontrer que pour tout d'un intervalle .
Exemple
Montrons que pour tout réel : .
On pose, pour ,
La fonction est dérivable sur (somme d'une fonction affine et d'un multiple de la racine carrée), et
Le dénominateur est strictement positif ; le signe de est celui de , qui est négatif pour et positif pour . Comme , on obtient le tableau :
La fonction est décroissante sur puis croissante sur : elle admet en un minimum, qui vaut . Donc pour tout , c'est-à-dire .
Enfin, pour , l'inégalité s'écrit : elle est vraie. L'inégalité est donc démontrée pour tout , avec égalité uniquement en .
Méthode
Comparer les courbes et sur un intervalle.
Exemple
Position de la courbe de la fonction cube par rapport à une tangente. Soit , de courbe , et la droite d'équation . On remarque que est la tangente à au point d'abscisse : en effet , donc la tangente en a pour équation .
On pose , fonction polynôme dérivable sur , avec
Ce trinôme est positif à l'extérieur des racines et , négatif entre. Avec et :
Déduisons le signe de de ses variations :
Conclusion. est en dessous de sur et au-dessus de sur . Les deux courbes ont deux points communs : le point , où traverse la droite, et le point de tangence , où touche la droite sans la traverser.
En classe de seconde puis au chapitre sur le second degré, les variations du trinôme ont été admises ou obtenues par la forme canonique. La dérivation permet de les démontrer en quelques lignes.
Propriété
Soit avec . La fonction est dérivable sur et , qui s'annule en .
Dans les deux cas, le point est le sommet de la parabole, et la tangente en est horizontale.
Démonstration. est une fonction polynôme, donc dérivable sur , et . La fonction est affine, de coefficient directeur , et s'annule en . Si , alors pour et pour : d'après le théorème de la section 4, est décroissante sur puis croissante sur , et admet donc en un minimum global. Le cas se traite de la même façon en inversant les signes.
On retrouve ainsi, démontrée, l'abscisse du sommet, c'est-à-dire le réel de la forme canonique.
Exemple
Soit . On a , qui s'annule en , avec pour et pour . Comme , la fonction est décroissante sur , croissante sur , et admet un minimum global en , qui vaut
Le sommet de la parabole est donc le point , et la parabole est tournée vers le haut.
En résumé : ce chapitre fournit une démarche unique — dériver, étudier le signe de la dérivée, dresser le tableau de variations — qui répond à la fois aux questions de variations, d'extremums, d'optimisation, d'inégalités et de comparaison de courbes. C'est cette démarche que les chapitres d'analyse suivants enrichiront avec de nouvelles fonctions.
On peut le travailler ensemble dès cette semaine. Une séance ciblée sur ce chapitre, et vous repartez au minimum avec une méthode.